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Philippe Doucet ­ 3 mars 2015 

Lettre ouverte à Manuel Valls : 24 propositions pour 
lutter vraiment contre l’Apartheid territorial, social et 
ethnique 
 
M. Le Premier Ministre, 
 
Vous avez qualifié d’​
apartheid territorial, social et ethnique​
, la situation de fait qui frappe un 
certain nombre de villes et de quartiers sur l'ensemble du territoire national. Les Français 
approuvent à une forte majorité, et notamment au sein de l’électorat de gauche1 , le fait que 
vous pointiez du doigt cet état de fait connu mais qu’une partie des élites politiques et 
sociales de ce pays ne veut pas voir, ne veut pas dire. Si les mots sont forts, c’est que la 
réalité qu’ils décrivent l’est tout autant : oui, il y a bien un dysfonctionnement majeur qui 
concerne l’une des trois valeurs de la devise républicaine, l’égalité. 
 
Après les attentats du 7 et 9 janvier, la mobilisation pour la défense de la liberté d’expression 
—de la Liberté tout simplement !— a été considérable, cristallisée dans un grand moment de 
fraternité.  
   
Immédiatement, l'attachement à la laïcité comme fondement du vivre­ensemble a fait l'objet 
d'une réaffirmation forte de la part du Président de la République, de vous­même et de la 
ministre de l’Éducation nationale, concrétisée par l’annonce d’un grand plan de mobilisation 
de l'école. 
 
Votre propos sur l’​
apartheid​
 a finalement montré qu’il nous restait maintenant un long chemin 
à parcourir sur la voie de l’égalité réelle, la grande promesse de la République. 
 
Pour lutter vraiment contre l’apartheid, nous devons agir à la fois sur du temps court et du 
temps long, en questionnant de nombreuses politiques publiques. Vous ne vous contentez 
plus de périphrases pour qualifier la situation : ne nous contentons plus de péri­réformes pour 
la résoudre. 
 
Voici 24 propositions pour lutter vraiment contre l’apartheid. 

 
 

1

 

 Sondage Odoxa pour Le Parisien du 23/01/2015 : 54 % des Français estiment que le chef du 
gouvernement a eu raison d'utiliser le terme «apartheid», 74 % chez les sympathisants de gauche. 

 
Philippe Doucet ­ 3 mars 2015 

I. L’apartheid territorial 
 

A. Casser les ghettos urbains 
Pour lutter contre l’apartheid territorial, il faut s’attaquer à l’entre­soi social qui n’a cessé de se 
développer ces 30 dernières années et qui a conduit à la création de vrais ghettos français : 
ils sont plus de 400, ce sont les quartiers de la politique de la ville. Trois décennies de 
ghettoïsation rampante, sur fond de silence coupable, transformé en assentiment tacite de la 
société française. 
 
Si le soutien de l’État, à travers le dispositif de rénovation urbaine porté par l’ANRU, a 
amélioré le cadre urbain de ces quartiers, il n’a agit qu’à la marge sur la non­mixité sociale de 
ceux­ci. Il faut aller beaucoup plus loin pour lutter contre la ghettoïsation.  
 
5 propositions pour casser les ghettos urbains : 
1. ​
Relever les seuils de logements sociaux prévus par la loi SRU à 30 % dès 2020 (contre 
25 % en 2025 à l’heure actuelle), et, à l’inverse, empêcher qu’il existe des communes au 
dessus de 50 % de logements sociaux ; 
2. ​
Augmenter fortement le barème des amendes pour les communes délinquantes ne 
respectant le seuil minimum, jusqu'à la suppression de la dotation globale de 
fonctionnement ; 
3. ​
Mettre en place un nouvel outil permettant à la puissance publique de reprendre le 
contrôle des ensembles de copropriétés dégradées, véritables poches de pauvreté ; 
4. ​
Transférer du juge au maire la capacité à interdire la mise en location de logements 
réputés indignes, pour en finir avec les marchands de sommeil. 
 

B. Des Français inégalitaires devant la sécurité 
Même cause, autre symptôme : le système d’organisation de la police nationale, notamment 
en Île­de­France, fait que plus l’on s’éloigne du centre de Paris, moins la présence policière 
est importante, moins les forces de l’ordre sont expérimentées, encadrées, et demeurent en 
poste suffisamment longtemps. Ainsi les habitants des périphéries sont­ils, par une 
sous­sécurisation, les plus exposés aux actes de délinquance.  
 
2 propositions pour une présence policière appropriée dans les quartiers : 
5. ​
Instaurer en Île­de­France un seuil plancher par habitant d’officiers de police affectés à 
des tâches de sécurité ; 
6. ​
Étendre le périmètre de la préfecture de police de Paris à l’ensemble des ​
zones police 
nationale​
 de l’Île­de­France. 

 
 

 

 
Philippe Doucet ­ 3 mars 2015 

C. Refuser l’inégalité fiscale 
Le système de fiscalité locale est non seulement archaïque, par le nombre de ses taxes et le 
calcule des bases d’imposition, mais il est également un facteur déterminant de la 
ségrégation territoriale. En effet, plus la population d’une commune a un potentiel fiscal 
important, moins elle paye d’impôts, tout en touchant la même dotation de l’État (la ​
DGF​

dotation globale de fonctionnement). 
 
Ainsi, les classes moyennes des villes populaires payent, à revenu équivalent ​
et​
 à valeur 
locative inférieure, plus d’impôts locaux, que dans les villes riches où la valeur locative est 
plus forte : notre système marche sur la tête. 
 
Le système fiscal local pousse à la ségrégation sociale puisque les classes moyennes payant 
l’impôt ont intérêt à quitter une ville pauvre pour rejoindre une ville riche. Les compensations 
existant aujourd’hui (DSU, DDU) ne sont pas à l’échelle du manque à gagner financier des 
communes pauvres et ne contribuent en rien à la lutte contre la ségrégation sociale. 
 
2 propositions pour refuser l’inégalité fiscale : 
7. ​
Remettre à plat la fiscalité locale à partir du potentiel fiscal des villes ; 
8. ​
Introduire la dégressivité, allant jusqu’à la suppression, dans le calcul de la dotation 
globale de fonctionnement pour les villes au delà d’un certain seuil de richesse. 

 
**** 

II. L’apartheid social 
 

A. La ségrégation scolaire 
Pour lutter contre l’apartheid social, il faut regarder en face la ségrégation scolaire à l’oeuvre 
dans l’Éducation nationale. Il n’y a pas ​
une​
 mais ​
plusieurs​
 éducations nationales. Dans les 
quartiers, le constat est sans appel : une rotation plus importante des professeurs, la 
jeunesse de ceux­ci, le mauvais classement dans les parcours des proviseurs et principaux 
de ces établissements, moins de jeunes agrégés, un recrutement départemental des 
instituteurs à bout de souffle, etc. 
 
Au lieu d’entretenir l’illusion, il serait plus courageux et plus utile de prendre acte de la réalité 
et de se fixer comme objectif de rebâtir l’Éducation nationale “​
une et indivisible​
”. Sans 
attendre que les mesures visant à favoriser une meilleure mixité sociale produisent leurs 
effets, nous devons dès maintenant imaginer des dispositifs spécifiques pour que les enfants 
victimes de la ségrégation scolaire se retrouvent à égalité de traitement avec les autres.  
 
L’égalité ​
réelle​
 pour ces élèves passe par des mesures qui modifient l’organisation du 
système éducatif et notamment la gestion des carrières des personnels enseignants et de 

 
Philippe Doucet ­ 3 mars 2015 

direction des établissements. Responsabilité et incitation doivent être au centre des 
réflexions.  
 
Nous devons également nous doter d’un certain nombre d’outils nouveaux pour lutter en 
priorité contre le décrochage, le mal typique de ces ghettos. Les familles doivent faire partie 
de la communauté éducative : renouer le lien avec elles doit faire partie des missions des 
personnels de chaque établissement. 
 
4 propositions pour rebâtir l’Éducation nationale : 
9. ​
Introduire des dispositifs spécifiques dans les carrières des personnels de l’Éducation 
nationale, autour de nouvelles obligations et incitations, afin d’asseoir dans la durée des 
contrats de développement pour les établissements dans lesquels on trouve le plus de 
décrocheurs et où les résultats au brevet et au bac sont les plus bas.  
10. ​
Passer d’un recrutement départemental des instituteurs à un recrutement régional pour 
pallier le manque de candidats au concours dans les zones les plus défavorisées. 
11. ​
Généraliser les expérimentations de “​
busing​
” à la française, entreprises par le passé 
mais abandonnées sans raison valable sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, pour 
emmener les écoliers des quartiers défavorisés dans les établissements voisins et ainsi 
forcer la mixité sociale. 
12. ​
Faire rentrer les parents à l’école en rendant obligatoire, dans le réseau d’éducation 
prioritaire, une rencontre parent­professeur trimestrielle, du primaire au baccalauréat, pour 
tous les enseignements, généraux et professionnels. 
13. ​
Créer une école des parents pour les former à l’accompagnement et à l’orientation de 
leurs enfants. 

 

B. L’accès inégalitaire à l’emploi 
Chacun sait qu’au delà des diplômes, l’intégration dans une entreprise se fait bien souvent 
par une logique de réseaux, l’accès à un stage ou un CDD en étant souvent la première 
marche. Aujourd’hui combien d’écoles, d’instituts de formation, de CFA n’ont aucun lien avec 
les entreprises, et renvoient à défaut les étudiants à leur propre réseau pour trouver ce stage 
débouchant sur l’obtention du diplôme et, in fine, sur l’emploi ? Cette situation est 
inacceptable. 
 
Ce manque de réseau se double par ailleurs d’une discrimination au faciès, au nom de famille 
ou à l’adresse considérable, contre laquelle les mesures de coercition ne fonctionnent pas, ou 
trop peu. 
 
3 propositions pour l’égal accès à l’emploi de tous les jeunes : 
14. ​
Systématiser dans tous les établissements du secondaire du réseau d’éducation 
prioritaire un programme de rencontres avec des chefs d’entreprises, des anciens élèves 
au parcours modèle, des acteurs culturels, pour ouvrir le champ des possibles. Ces 

 
Philippe Doucet ­ 3 mars 2015 

initiatives existent de manière éparses, il faut les rendre obligatoires et leur donner un 
cadre et des moyens stables. 
15. ​
Rendre obligatoire à l’ensemble des écoles, instituts de formation et CFA dans lesquels 
un stage ou un contrat d’apprentissage est inscrit au cursus, le fait de contracter avec les 
entreprises du bassin d’emploi, pour proposer à leurs étudiants des stages adéquats. 
16. ​
Réformer la profession professionnelle pour les ​
outsiders​
 : dédiée aujourd’hui à ceux 
qui sont dans l’emploi, nous devons la tourner principalement vers ceux qui n’en ont pas ou 
plus et qui ont un problème d’adaptation au marché du travail. 
17. ​
Ouvrir la possibilité aux associations de lutte contre le racisme et les discriminations, de 
procéder à de vastes campagnes de “testing” en entretien d’embauche, comme cela existe 
depuis longtemps pour les entrées en boite de nuit. 
 
**** 

III. L’apartheid ethnique 
 

A. Rompre l’hypocrisie sur les inégalités ethniques, vaincre le racisme 
Les villes et les quartiers populaires sont asphyxiés par l’absence de mixité sociale. Quand à 
la pauvreté s’ajoute les logiques de discrimination, la spirale de la stigmatisation s’enclenche. 
Ces jeunes qui sont français depuis deux, voire trois générations, n’en peuvent plus d’être 
systématiquement renvoyés à leurs origines, et maintenant à leur religion supposée. 
 
Pour changer le regard, il faut forcer la mixité sociale. Il faut rompre avec la ghettoïsation des 
populations d’origine immigrée. Ces familles sont les premières à souhaiter la mixité, mais 
c’est la société française toute entière qui en a plus que jamais besoin. Il nous faut donc une 
politique de peuplement. 
 
3 propositions pour mettre un terme à l’apartheid ethnique : 
18. ​
Autoriser, sous le contrôle de la CNIL, le recours aux statistiques ethniques, 
notamment dans les attributions de logements par les bailleurs sociaux, pour lutter contre 
la ghettoïsation ; 
19. ​
Réformer en profondeur la loi sur le droit au logement opposable (DALO) qui attribue 
des logements aux plus pauvres, dans des quartiers déjà très pauvres ; 
20. ​
Tripler en cinq ans le nombre de fonctionnaires de police issus de l’immigration en 
engageant des mesures de communication et d’aide à la préparation des examens 
permettant une diversification des origines. L’armée a réussi ce pari en ouvrant ses portes 
aux jeunes des quartiers populaires, en donnant des formations, un accompagnement, du 
sens. Notre police doit pouvoir faire de même. 

 
 

 

 
Philippe Doucet ­ 3 mars 2015 

B. Tous citoyens, tous français, tous républicains 
La logique de la relégation, du sentiment d’abandon, de ne pas faire partie de la République, 
conduit nombre d’habitants de ces villes et quartiers à s’abstenir lors des élections. La 
question de la citoyenneté est au coeur du projet républicain, elle doit donc être au coeur de 
la lutte contre l’apartheid.  
 
3 propositions pour former des citoyens : 
21. ​
Former des citoyens en instituant un service civique obligatoire d’une durée de 6 mois 
pour tous les jeunes garçons et filles, à effectuer entre 16 et 18 ans. 
22. ​
Ouvrir la naturalisation pour les personnes âgées de plus de 65 ans qui ont vécu 25 
ans en France et qui ont un enfant français, comme l’a annoncé François Hollande lors de 
l’inauguration du Musée de l'histoire de l'immigration le 15 décembre dernier. 
23. ​
Rendre le vote obligatoire, comme cela se fait en Belgique, au Luxembourg, en Grèce, 
en Australie etc., et rendre automatique l’inscription sur les listes électorales. 
 
**** 

IV. Remettre l’État au centre du jeu 
 
Aujourd’hui l’État est un acteur secondaire dans les quartiers, d’abord du fait de la faiblesse 
de ses moyens. Depuis trop longtemps on habille des politiques publiques sous l’appellation 
“politique de la ville”, sans mettre, en réalité, un euro supplémentaire pour les quartiers qui 
devraient être prioritaires. Les élus, mais surtout les habitants, ne sont plus dupes. 
 
La mise en retrait de l’État s’explique aussi parce que l’écosystème public fonctionne mal. 
Une multiplicité d’acteurs —collectivités locales, élus, CAF, associations, centres sociaux 
etc.— jouent leur partition en solo, mènent leurs actions en silos, générant bureaucratie et, 
entretiennent, parfois, de réelles féodalités au coeur des quartiers. 
 
J’en appelle au retour de l’autorité de l’État républicain, afin qu’il puisse, dans le respect du 
droit, permettre un retour à la verticalité dans le pilotage de grandes politiques publiques. 
 
1 proposition pour rétablir l’État républicain partout : 
24. ​
Permettre, dans les quartiers en situation d’urgence sécuritaire et/ou sociale, la mise 
sous tutelle temporaire par l’État, reprenant le contrôle sur l’ensemble des leviers de 
l’action publique afin de réinstaurer les valeurs et l’ordre républicain. 
 

V. Conclusion 
Vous avez indiqué M. le Premier Ministre, que lutter contre l’apartheid prendra une génération 
: raison de plus pour s’y atteler dès maintenant.  
 
Les Français veulent la République partout et pour tous.