LICENCE DE MATHÉMATIQUES

TROISIÈME ANNÉE
Unité d’enseignement LCMA 5U12
ALGÈBRE
Françoise GEANDIER
Université Henri Poincaré Nancy I
Département de Mathématiques
.
Table des matières
I Anneaux 1
1. Anneaux.
2. Sous-anneaux.
3. Relations d’équivalence - Corps des fractions d’un anneau intègre.
4. Homomorphismes.
5. Idéaux.
6. Polynômes à coefficients dans un anneau.
7. Anneaux-quotients.
II Anneaux euclidiens, principaux, factoriels 17
1. Anneaux euclidiens.
2. Anneaux principaux.
3. Anneaux factoriels.
4. Théorèmes de transfert aux anneaux de polynômes.
5. Polynômes irréductibles de Z[X].
III Groupes 31
1. Groupes.
2. Homomorphismes.
3. Sous-groupes.
4. Relations d’équivalence dans les groupes.
5. Sous-groupes distingués - Groupes-quotients.
6. Groupes-quotients de (Z, +).
7. Groupes isomorphes.
8. Groupe symétrique.
IV Groupes commutatifs finis 57
1. Somme directe de groupes.
2. p-groupes.
3. Groupes p-élémentaires.
4. Théorèmes de décomposition.
V Extensions de corps 71
1. Extensions algébriques.
2. Corps de rupture d’un polynôme.
3. Corps algébriquement clos - clôture algébrique.
4. Corps finis.
5. Théorème de Wedderburn.
I ANNEAUX
1. Anneaux
1.1 Définition
On appelle anneau un ensemble non vide / muni de deux lois internes + et . appelées
addition et multiplication, vérifiant les conditions suivantes :
a) ∀x, y, z ∈ /
∗ x +y = y +x : commutativité de l’addition;
∗ (x +y) +z = x + (y +z) : associativité de l’addition;
∗ il existe un élément neutre pour l’addition noté 0
A
: ∀x ∈ /, 0
A
+x = x + 0
A
= x;
∗ tout élément x ∈ / admet un opposé noté −x appartenant à / tel que
x + (−x) = (−x) +x = 0
A
.
Et aussi
b) ∀x, y, z ∈ /
∗ (xy)z = x(yz) : associativité de la multiplication;
∗ (x + y)z = xz + yz et z(x + y) = zx + zy : distributivité (à gauche et à droite) de la
multiplication par rapport à l’addition;
∗ il existe un élément neutre pour la multiplication noté 1
A
: ∀x ∈ /, 1
A
.x = x.1
A
= x.
Si de plus la multiplication est commutative, on dit que / est un anneau commutatif.
1.2 Exemples
∗ Z, Q, R, C sont des anneaux commutatifs.
∗ N n’est pas un anneau.
∗ Z[i] := ¦a + ib/ a, b ∈ Z¦ est un anneau commutatif : on l’appelle l’anneau des entiers
de Gauss.
∗ Pour tout n ≥ 1, l’ensemble Z/nZ est un anneau commutatif.
∗ L’ensemble M
n
(R) des matrices réelles carrées d’ordre n est un anneau non commutatif.
1.3 Propriétés
a) Pour tout x ∈ /, l’opposé −x est unique ;
b) un anneau / est régulier pour l’addition :
∀x, y, z ∈ /, x +z = y +z =⇒ x = y ;
c) ∀x ∈ /, 0
A
.x = 0
A
: on dit que 0
A
est absorbant ;
d) ∀x, y ∈ /, −x = (−1
A
)x = x(−1
A
) et −(xy) = (−x)y = x(−y) ;
e) ∀x ∈ /, ∀n ∈ N, on note
nx =
n fois
. .. .
x +x + +x et x
n
=
n fois
. .. .
x.x x
1
si n ∈ Z

, on pose nx = −(−n)x;
f) si l’anneau / est commutatif, on a la formule dite du binôme de Newton :
∀x, y ∈ /, (x +y)
n
=
n
¸
k=0
C
k
n
x
k
y
n−k
cette propriété est fausse si l’anneau n’est pas commutatif ; en effet, déjà pour n = 2, on
a (x +y)
2
= x
2
+xy + yx +y
2
.
Preuve : immédiate.

1.4 Définitions
a) Soit / un anneau commutatif et soient a et b deux éléments de / : on dit que a est
multiple de b ou que b divise a s’il existe un élément c de / tel que a = bc. On note alors
b[a.
b) Soit / un anneau non nécessairement commutatif. On dit qu’un élément non nul a de
/ est un diviseur de zéro à gauche (resp. à droite) s’il existe un élément non nul b de /
tel que ab = 0 (resp. ba = 0).
Exemple : M
n
(R) possède des diviseurs de zéro, en effet

1 0
0 0

0 0
0 1

=

0 0
0 0

c) Un élément a de / est dit inversible dans / s’il existe un élément b de / tel que
ab = ba = 1
A
. Cet élément b est alors unique et est appelé inverse de a ; on le note
a
−1
. Evidemment, a
−1
est lui-même inversible, d’inverse a. On notera /

l’ensemble des
éléments inversibles de /. Remarquons qu’un élément inversible de / est nécessairement
non nul.
Exemples :
∗ Z

= ¦1, −1¦.
∗ R

= R −¦0¦.
∗ (Z/nZ)

= ¦¯ a/pgcd(a, n) = 1¦.
∗ (M
n
(R))

est l’ensemble des matrices de déterminant non nul.
∗ (Z[i])

= ¦1, −1, i, −i¦.
Remarque : On a coutume de noter N

= N`¦0¦ ; cette notation n’est pas contradictoire
avec la notation vue précédemment pour l’ensemble des éléments inversibles d’un anneau
puisque N n’est pas un anneau.
1.5 Définition
On appelle corps un anneau dont tous les éléments non nuls sont inversibles.
Exemples : Q, R, C sont des corps commutatifs ; Z/nZ est un corps commutatif si et
seulement si n est premier.
2
1.6 Définition
On dit qu’un anneau / est intègre s’il ne possède pas de diviseurs de zéro, i.e.
∀x, y ∈ /, xy = 0
A
=⇒ x = 0
A
ou y = 0
A
.
Exemples :
∗ Tout corps est intègre ; la réciproque est fausse : Z est intègre sans être un corps.
∗ M
n
(R) n’est pas intègre.
∗ Z/nZ est intègre si et seulement si n est premier.
1.7 Proposition
Soit / un anneau intègre ; alors / est régulier pour la multiplication, i.e.
∀x, y, z ∈ /, xy = xz et x non nul =⇒ y = z.
Preuve : immédiate.

2. Sous-anneaux
2.1 Définition
Soit / un anneau et B une partie non vide de /. On dit que B est un sous-anneau de / si
B muni de l’addition et de la multiplication de / est lui-même un anneau et si 1
B
= 1
A
.
2.2 Proposition
Soit / un anneau et soit B un sous-anneau de /. Alors, on a
a) l’addition et la multiplication sont internes à B ;
b) 0
B
= 0
A
;
c) pour tout x ∈ /, l’opposé de x considéré comme élément de l’anneau B est le même
que l’opposé de x considéré comme élément de l’anneau /;
d) si / est commutatif, alors B l’est aussi. Si / est intègre, alors B l’est aussi.
Preuve : immédiate.

Remarque : un sous-anneau B d’un anneau / peut être commutatif intègre sans que /
le soit. Ainsi l’ensemble B = ¦λI/ λ ∈ R¦ des matrices d’homothéties dans M
n
(R) est
un sous-anneau commutatif et intègre de M
n
(R) alors que M
n
(R) n’est ni commutatif ni
intègre.
2.3 Proposition
Soit B une partie d’un anneau /. Alors B est un sous-anneau de / si et seulement si il
vérifie les conditions suivantes :
3
a) 1
A
∈ B;
b) ∀x, y ∈ B, x −y ∈ B et xy ∈ B.
Preuve :
Soit B un sous-anneau de /, alors l’addition et la multiplication sont internes à B. De plus,
pour tout y ∈ B, −y ∈ B d’après 2.2, donc ∀x, y ∈ B, x − y = x + (−y) ∈ B et xy ∈ B.
En outre, 1
B
= 1
A
donc 1
A
∈ B.
Réciproquement, soit B une partie de / vérifiant les conditions a) et b). Alors, en parti-
culier B est non vide. De plus, d’après b) on a 0
A
= 1
A
−1
A
∈ B, d’où pour tout x ∈ B,
−x = 0
A
−x ∈ B. On en déduit que ∀x, y ∈ B, x + y = x −(−y) ∈ B et ainsi l’addition
est interne à B. De plus, l’addition étant commutative et associative dans / l’est aussi
dans B.
D’autre part, la multiplication est elle aussi interne à B grâce à b), elle est associative
et distributive par rapport à l’addition dans B, puisqu’elle l’est dans /, et elle admet un
élément neutre dans B, à savoir 1
A
. Donc B est bien un sous-anneau de /.

2.4 Exemples
∗ Z est un sous-anneau de Q qui est lui-même un sous-anneau de R, qui est lui-même un
sous-anneau de C.
∗ Si n est un entier différent de 1 et −1, nZ n’est pas un sous-anneau de Z (1 ∈ nZ).
∗ Z[i] et Z[i

2] sont des sous-anneaux de C.
3 Relations d’équivalence - Corps des fractions d’un anneau intègre
3.1 Définition et proposition
On considère sur un ensemble E une relation binaire 1(i.e. entre deux éléments de E). On
dit que 1 est une relation d’équivalence sur E si elle vérifie les trois conditions suivantes
a) 1 est réflexive : ∀x ∈ E, x 1 x;
b) 1 est symétrique : ∀x, y ∈ E, x 1 y ⇐⇒ y 1 x;
c) 1 est transitive : ∀x, y, z ∈ E, x 1 y et y 1 z =⇒ x 1 z.
Soit E un ensemble muni d’une relation d’équivalence 1;
a) Soit x ∈ E ; on appelle classe d’équivalence de x pour la relation 1 et on note x le
sous-ensemble de E défini par
x = ¦y ∈ E/ y 1 x¦.
Tout élément de x est appelé un représentant de la classe d’équivalence x. On appelle
système de représentants de la relation d’équivalence 1 toute famille (x
i
)
i∈I
d’éléments
de E vérifiant :
∗ ∀x ∈ E, ∃ i ∈ I, x ∈ x
i
;
∗ ∀i, j ∈ I, i = j =⇒ x
i
∩ x
j
= ∅.
On a les propriétés suivantes pour tous x, y ∈ E
4
∗ x ∈ x;
∗ y ∈ x ⇐⇒ y 1 x ⇐⇒ x ∈ y ⇐⇒ x = y.
De plus la famille des classes d’équivalence pour la relation 1 est une partition de E.
b) On appelle ensemble-quotient de E par 1, et on note E/1 l’ensemble des classes
d’équivalence des éléments de E i.e.
E/1 = ¦x/ x ∈ E¦.
Si (x
i
)
i∈I
est un système de représentants de 1, on a en fait
E/1 = ¦x
i
/ i ∈ I¦ et ainsi card(E/1) = card(I).
3.2 Théorème et définition
Soit / un anneau commutatif intègre ; on définit sur l’ensemble //−¦0¦ la relation
binaire suivante :
(a, b)1(a

, b

) ⇐⇒ ab

= a

b.
Alors 1est une relation d’équivalence et on peut munir l’ensemble-quotient //−¦0¦/1
d’une addition et d’une multiplication définies de la manière suivante :
notons (a, b) la classe d’équivalence d’un couple (a, b) ; Si u = (a, b) et v = (c, d) sont deux
éléments de //−¦0¦/1, on pose
u +v = (ad +bc, bd)
uv = (ac, bd)
L’ensemble-quotient / / − ¦0¦/1 muni de ces deux lois est un corps commutatif,
appelé corps des fractions de l’anneau /. De plus il existe une injection naturelle de /
dans //−¦0¦/1 :
/ ֒→ //−¦0¦/1
a −→ (a, 1)
On peut donc considérer / comme un sous-anneau de son corps des fractions. On note
généralement les éléments du corps des fractions sous la forme (a, b) =
a
b
.
Preuve : Il est immédiat de vérifier que la relation 1 est réflexive et symétrique. D’autre
part, la relation est transitive parce que /est intègre ; en effet si (a, b)1(a

, b

) et (a

, b

)1(a
′′
, b
′′
)
alors, ab

= a

b et a

b
′′
= a
′′
b

d’où ab

b
′′
= a

bb
′′
= a
′′
b

b donc ab
′′
= a
′′
b d’après 1.7 puisque
/ est intègre et b

= 0. Donc (a, b)1(a
′′
, b
′′
). Ainsi 1 est une relation d’équivalence.
Montrons maintenant que l’addition et la multiplication sont bien définies sur l’ensemble-
quotient //−¦0¦/1, i.e que le résultat ne dépend pas du choix des représentants de
u et v : considérons donc un autre représentant (a

, b

) pour u et un autre représentant
(c

, d

) pour v, alors (a, b)1(a

, b

) et (c, d)1(c

, d

) i.e ab

= a

b et cd

= c

d. Montrons que
(ad +bc, bd)1(a

d

+b

c

, b

d

) : or on a (a

d

+b

c

)bd = a

d

bd +b

c

bd = ab

dd

+cd

bb

=
(ad +bc)b

d

d’où le résultat. De même on montre que (ac, bd)1(a

c

, b

d

).
Il est alors facile de vérifier que ces deux lois munissent //− ¦0¦/1 d’une structure
d’anneau commutatif : l’élément neutre pour l’addition est (0, b) pour tout b ∈ /−¦0¦,
5
l’élément neutre pour la multiplication est (1, 1) et l’opposé de (a, b) est (−a, b). Montrons
maintenant que //−¦0¦/1 est un corps : soit (a, b) un élément de /−¦0¦/−¦0¦,
alors il est immédiat de constater que (a, b) possède un inverse dans / / − ¦0¦/1, à
savoir (b, a).

3.3 Exemples
a) Le corps des fractions de Z n’est autre que Q.
b) Le corps des fractions de R[X] est R(X) justement appelé corps des fractions ration-
nelles à coefficients réels.
4. Homomorphismes
4.1 Définition
Soit f une application d’un anneau / dans un anneau B. On dit que f est un homomor-
phisme d’anneaux s’il vérifie les conditions suivantes :
a) ∀x, y ∈ /, f(x +y) = f(x) +f(y) et f(xy) = f(x)f(y) ;
b) f(1
A
) = 1
B
.
Si / = B, on dit que f est un endomorphisme d’anneaux. On appelle isomorphisme
d’anneaux tout homomorphisme d’anneaux bijectif. On appelle automorphisme d’anneaux
tout endomorphisme d’anneaux bijectif.
4.2 Propriétés
Soit f un homomorphisme d’anneaux de / dans B, alors :
a) f(0
A
) = 0
B
;
b) ∀x ∈ /, f(−x) = −f(x) ;
c) Si x est inversible dans /, alors f(x) est inversible dans B et (f(x))
−1
= f(x
−1
).
d) Imf est un sous-anneau de B.
Preuve : immédiate.

4.3 Exemples
∗ L’application de C dans C qui à un élément associe son conjugué est un automorphisme
d’anneaux.
∗ L’application de C dans R qui à un élément associe son module n’est pas un homomor-
phisme d’anneaux.
∗ Soit P une matrice inversible de M
n
(R) ; alors l’application de M
n
(R) dans M
n
(R) qui
à une matrice A associe la matrice PAP
−1
est un automorphisme d’anneaux.
6
4.4 Définition et proposition
Soit f un homomorphisme d’anneaux de / dans B. On appelle noyau de f et on note
ker f le sous-ensemble de / défini par
ker f = ¦a ∈ // f(a) = 0
B
¦.
L’homomorphisme f est injectif si et seulement si ker f = ¦0
A
¦.
Preuve : immédiate.

5. Idéaux
5.1 Définition
Soit / un anneau commutatif et 1 un sous-ensemble de /. On dit que 1 est un idéal de
/ s’il vérifie les conditions suivantes :
a) 1 = ∅ ;
b) ∀x, y ∈ 1, x −y ∈ 1 ;
c) ∀x ∈ 1, ∀a ∈ /, ax ∈ 1.
5.2 Propriétés
Soit 1 un idéal de /, alors :
a) 0
A
∈ 1 ;
b) ∀x ∈ 1, −x ∈ 1 ;
c) ∀x, y ∈ 1, x +y ∈ 1.
Preuve : immédiate.

5.3 Exemples
∗ ¦0
A
¦ et / sont des idéaux de /.
∗ Pour tout a ∈ /, l’ensemble des multiples de a est un idéal de /; on le note (a) ou a/ :
(a) = ¦ax/ x ∈ /¦.
∗ Un sous-ensemble 1 de Z est un idéal si et seulement si il existe un entier n tel que
1 = nZ.
∗ Si f est un homomorphisme d’anneaux de / dans B, alors ker f est un idéal de /.
5.4 Définitions et proposition
a) Soit / un anneau commutatif et soit E un sous-ensemble non vide de /. On appelle
idéal de / engendré par E le plus petit idéal (au sens de l’inclusion) de / contenant E
et on le note 'E`. Ainsi 'E` = 1 si et seulement si 1 vérifie les conditions suivantes :
∗ 1 est un idéal de / contenant E ;
7
∗ Pour tout idéal . de / contenant E, 1 ⊂ ..
b) Soient 1 et . deux idéaux d’un anneau commutatif / : alors 1 ∩. est un idéal de /.
En général, 1 ∪ . n’est pas un idéal.
c) Soient 1 et . deux idéaux d’un anneau commutatif /. On appelle somme de 1 et .
et on note 1 +. l’ensemble défini par
1 +. = ¦x +y/ x ∈ 1 et y ∈ .¦
L’ensemble 1 +. est un idéal de / : c’est l’idéal engendré par 1 ∪ ..
d) Soit 1 un idéal d’un anneau commutatif /, alors :
1 = / ⇐⇒ 1
A
∈ 1 ⇐⇒ 1 ∩ /

= ∅
Preuve :
b) 0
A
appartient à 1 et . donc à leur intersection, d’où 1 ∩. = ∅. Soient x, y ∈ 1 ∩. :
alors x − y ∈ 1 et x − y ∈ . puisque 1 et . sont des idéaux. Donc x − y ∈ 1 ∩ .. De
même, si x ∈ 1 ∩ . et a ∈ /, alors ax ∈ 1 et ax ∈ . donc ax ∈ 1 ∩ .. Ainsi 1 ∩ . est
un idéal de /.
Mais la réunion de deux idéaux n’est pas un idéal en général : par exemple 2Z∪3Z n’est
pas un idéal de Z. En effet −2 et 3 ∈ 2Z ∪ 3Z mais leur somme 1 ∈ 2Z ∪ 3Z.
c) Il est facile de voir que 1 + . est un idéal de /. Montrons que c’est l’idéal engendré
par 1 ∪ ..
Tout d’abord, 1 +. contient 1 ∪ ., en effet :
∀x ∈ 1, x = x + 0
A
∈ 1 + . puisque 0
A
∈ .. Ainsi 1 ⊂ 1 + .. De même . ⊂ 1 + .,
d’où 1 ∪ . ⊂ 1 +..
Considérons maintenant un idéal / contenant 1 ∪ . et montrons que 1 + . ⊂ /; soit
z ∈ 1 +. : ∃ x ∈ 1 et ∃ y ∈ . tels que z = x +y. Comme 1 ∪ . ⊂ /, x et y ∈ / donc
z = x +y ∈ / puisque / est un idéal, donc 1 +. ⊂ /.
Ainsi 1 +. est bien l’idéal engendré par 1 ∪ ..
d) exercice.

Remarque : Si a est un élément d’un anneau commutatif /, l’idéal (a) des multiples de
a n’est autre que l’idéal engendré par l’ensemble ¦a¦.
6. Polynômes à coefficients dans un anneau
6.1 Définition
On appelle polynôme à coefficients dans / toute suite (a
n
)
n∈N
d’éléments de / nulle à
partir d’un certain rang : ∃ n
0
∈ N tel que n > n
0
=⇒ a
n
= 0. L’élément a
n
est appelé
terme d’indice n du polynôme.
On appelle polynôme nul la suite nulle (0, 0, ..., 0, 0, ...).
La suite (0, 1, 0, ..., 0, ...) est notée X et est appelée indéterminée.
On note /[X] l’ensemble des polynômes à coefficients dans /.
8
6.2 Définition et proposition
On définit une addition et une multiplication sur /[X] de la manière suivante
Soient P = (a
n
)
n∈N
et Q = (b
n
)
n∈N
deux éléments de /[X]. On pose :
P +Q = (c
n
)
n∈N
où ∀n ∈ N, c
n
= a
n
+b
n
P.Q = (d
n
)
n∈N
où ∀n ∈ N, d
n
=
n
¸
k=0
a
k
b
n−k
.
Alors (/[X], +, .) est un anneau commutatif.
Preuve :
Vérifions d’abord que les deux lois ainsi définies sont internes à /[X] :
P et Q sont des polynômes donc ∃ n
0
et m
0
∈ N tels que n > n
0
=⇒ a
n
= 0 et
n > m
0
=⇒ b
n
= 0, d’où n > max (n
0
, m
0
) =⇒ c
n
= a
n
+ b
n
= 0 : P + Q est donc un
polynôme. De plus, si n > n
0
+m
0
alors, pour tout k ∈ [0, n], k > n
0
ou n−k > m
0
donc
a
k
b
n−k
= 0 et ainsi d
n
= 0 ; P.Q est donc aussi un polynôme.
Il est facile (et un peu fastidieux) de voir que ces deux lois munissent /[X] d’une structure
d’anneau commutatif ; l’élément neutre pour l’addition est le polynôme nul, l’opposé d’un
polynôme P = (a
n
)
n∈N
est −P = (−a
n
)
n∈N
, l’élément neutre pour la multiplication est le
polynôme (1, 0, 0, ..., 0, ...).

6.3 Proposition
Si / est un anneau intègre (en particulier si / est un corps), alors l’anneau /[X] est
intègre.
Preuve :
Soient P = (a
n
)
n∈N
et Q = (b
n
)
n∈N
deux polynômes non nuls de /[X]. Alors, ∃ n
0
∈ N
tel que a
n
0
= 0 et n > n
0
=⇒ a
n
= 0 et ∃ m
0
∈ N tel que b
m
0
= 0 et n > m
0
=⇒ b
n
= 0.
Notons P.Q = (d
n
)
n∈N
, alors d
n
0
+m
0
= a
n
0
b
m
0
est non nul puisque / est intègre. Donc
P.Q est un polynôme non nul.

6.4 Définition et proposition
On a une loi de multiplication externe par les éléments de / sur /[X] définie de la manière
suivante :
soient P = (a
n
)
n∈N
un polynôme et α un élément de /, alors on pose αP = (αa
n
)
n∈N
. Il
est clair que αP est un polynôme de /[X] et on a les propriétés suivantes :
∀P, Q ∈ /[X], ∀α, β ∈ /
∗ (α +β)P = αP +βP ; α(P +Q) = αP + αQ;
∗ (αβ)P = α(βP) ; 1.P = P ; α(PQ) = (αP)Q = P(αQ).
9
On remarque alors que /[X] muni de l’addition et de cette multiplication externe vérifie
les axiomes de définition des espaces vectoriels, à cette différence près que l’ensemble des
scalaires ici est un anneau / et pas nécessairement un corps : cette structure s’appelle
un /-module. On a alors, comme dans les espaces vectoriels, la notion de combinaison
linéaire. Cependant, on prendra garde que beaucoup de résultats valables dans un espace
vectoriel ne le sont plus dans un /-module (par exemple, un /-module ne possède pas
toujours de base !)
6.5 Définition
Soit P = (a
n
)
n∈N
un polynôme non nul de /[X], alors ∃ n
0
∈ N tel que a
n
0
= 0 et
n > n
0
=⇒ a
n
= 0 : cet entier n
0
est appelé degré de P et noté d˚(P) ou deg P.
On convient que le degré du polynôme nul est l’élément −∞ de N ∪ ¦−∞¦.
6.6 Proposition
Soient P et Q deux polynômes de /[X]. Alors, on a
a) d˚(P +Q) ≤ max (d˚(P), d˚(Q)) ;
b) d˚(P.Q) ≤ d˚(P) +d˚(Q).
Si de plus, / est intègre, on a l’égalité d˚(P.Q) = d˚(P) +d˚(Q).
Preuve :
Si P ou Q est le polynôme nul, les inégalités a) et b) sont évidentes. Si aucun des polynômes
P et Q n’est nul, il suffit de se reporter à la preuve de 6.2 pour avoir le résultat.
Si de plus / est intègre, la preuve de 6.3 fournit l’égalité d˚(PQ) = d˚(P) +d˚(Q).

6.7 Proposition
Dans l’anneau /[X], pour tout n ∈ N

, X
n
est le polynôme dont tous les termes sont
nuls sauf celui d’indice n qui est égal à 1. Pour n = 0, on adopte la convention X
0
= 1.
Preuve : par récurrence sur n.
6.8 Corollaire
Dans le /-module /[X], tout polynôme s’écrit de manière unique comme combinaison
linéaire de la famille (X
n
)
n∈N
. Plus précisément, si P = (a
n
)
n∈N
est un polynôme non nul
de degré n
0
, alors : P = a
0
+ a
1
X + a
n
0
X
n
0
. Le terme a
n
d’indice n de P est alors
également appelé coefficient du terme de degré n de P.
Preuve : c’est une conséquence immédiate de 6.7.
Remarque : Ainsi, on peut considérer les éléments non nuls de / comme les polynômes
de degré 0 de /[X], appelés aussi polynômes constants (non nuls) de /[X].
6.9 Proposition
Si / est un anneau intègre, les éléments inversibles de /[X] sont les éléments inversibles
de /. En particulier, si / est un corps, les éléments inversibles de /[X] sont les polynômes
constants non nuls.
10
Preuve :
Soit a ∈ /

, alors ∃ b ∈ / tel que ab = 1, donc le polynôme constant a possède bien
un inverse b dans /[X]. Réciproquement, soit P un polynôme inversible dans /[X], alors
∃ Q ∈ /[X] tel que PQ = 1. Donc, d’après 6.6, d˚(P.Q) = d˚(P) + d˚(Q) puisque / est
intègre ; or d˚(P.Q) = d˚(1) = 0 donc d˚(P) = d˚(Q) = 0, ainsi P et Q sont des polynômes
constants, i.e. des éléments de / et qui vérifient PQ = 1, donc P est inversible dans /.

6.10 Définitions
On appelle coefficient dominant d’un polynôme P non nul de degré n
0
le coefficient du
terme de degré n
0
de P.
On appelle polynôme unitaire de /[X] tout polynôme non nul dont le coefficient dominant
est égal à 1.
6.11 Définition
Soient P = a
0
+a
1
X + +a
n
X
n
un polynôme de /[X] et Q un polynôme. On appelle
polynôme composé des deux polynômes P et Q, et on note P(Q) le polynôme défini par :
P(Q) = a
0
+a
1
Q + +a
n
Q
n
.
En d’autre termes, on substitue à l’indéterminée X le polynôme Q.
6.12 Définition
Soit P = a
0
+a
1
X + +a
n
X
n
un polynôme de /[X]. On appelle fonction polynomiale
(ou fonction polynôme) associée à P, la fonction de / dans /, notée
¯
P, définie par
∀x ∈ /,
¯
P(x) = a
0
+a
1
x + +a
n
x
n
.
6.13 Proposition
Soient P et Q deux polynômes de /[X]. Alors
a) la fonction polynomiale associée à P + Q est la somme des fonctions polynomiales
associées à P et Q :

P +Q =
¯
P +
¯
Q;
b) la fonction polynomiale associée à P.Q est le produit des fonctions polynomiales asso-
ciées à P et Q :
¯
P.Q =
¯
P.
¯
Q.
Ainsi l’application P →
¯
P est un homomorphisme d’anneaux de /[X] dans l’anneau des
fonctions polynomiales de / dans / (on vérifie en effet que la fonction polynomiale asso-
ciée au polynôme constant 1 est bien l’élément neutre de la multiplication des fonctions).
c) la fonction polynomiale associée à P(Q) est la composée des fonctions polynomiales
associées à P et Q :

P(Q) =
¯
P ◦
¯
Q.
Preuve : immédiate.
6.14 Notation : Dans un souci de simplification, pour tout polynôme P de /[X], et
pour tout a ∈ /, on notera désormais P(a) au lieu de
¯
P(a) l’image de a par la fonction
polynomiale associée à P.
11
6.15 Théorème de division euclidienne
Soit K un corps commutatif et soient A et B deux polynômes de K[X] avec B non nul.
Alors il existe un unique couple (Q, R) de polynômes de K[X] tel que :
A = BQ +R avec d˚(R) < d˚(B).
Preuve : cf. Cours de 1ère année.
7. Anneaux-quotients
7.1 Définition et proposition
Soit / un anneau commutatif et 1 un idéal de /. On peut définir une relation sur / de
la manière suivante
x 1 y ⇐⇒ x −y ∈ 1.
La relation 1 est une relation d’équivalence que l’on note habituellement x ≡ y (mod 1)
(x est dit congru à y modulo 1). Elle est compatible avec l’addition et la multiplication
dans / :
a ≡ a

(mod 1) et b ≡ b

(mod 1) =⇒ a+b ≡ a

+b

(mod 1) et ab ≡ a

b

(mod 1).
On peut alors définir une addition et une multiplication sur l’ensemble-quotient //1 qui
est noté //1. Soient α et β ∈ //1, il existe des éléments a et b de / tels que α = a et
β = b. On pose alors
α +β = a +b = a +b et α.β = a.b = ab.
L’ensemble //1 muni de cette addition et de cette multiplication est alors un anneau
commutatif appelé anneau quotient de / par 1.
Preuve :
La relation 1 est une relation d’équivalence compatible avec l’addition grâce la propriété
suivante des idéaux : ∀a, b ∈ 1, a−b ∈ 1. De plus, 1 est compatible avec la multiplication
grâce à l’autre propriété des idéaux : ∀a ∈ /, ∀x ∈ 1, ax ∈ 1. On montre ensuite
sans difficulté que //1 muni de cette addition et de cette multiplication est un anneau
commutatif.

7.2 Exemples
a) La relation de congruence modulo n sur l’anneau Z permet de munir l’ensemble-quotient
Z/nZ d’une structure d’anneau commutatif.
b) Considérons dans l’anneau R[X] l’idéal des multiples du polynôme X
2
+1 et la relation
associée :
P ≡ Q (mod (X
2
+ 1)) ⇐⇒ X
2
+ 1 divise P −Q.
L’ensemble des polynômes de degré ≤ 1 est un système de représentants pour cette relation
d’équivalence ; en effet, si on effectue la division euclidienne de P ∈ R[X] par X
2
+ 1, on
obtient P = (X
2
+ 1)Q + aX + b, donc P ≡ aX + b (mod (X
2
+ 1)). De plus, si deux
12
polynômes de degré ≤ 1, aX + b et cX + d sont congrus modulo X
2
+ 1, alors ils sont
égaux ; en effet, X
2
+ 1 divise (aX +b) −(cX +d) d’où (aX +b) −(cX +d) = 0.
Donc l’anneau quotient R[X]/(X
2
+ 1) s’identifie à l’ensemble des classes aX +b où
a, b ∈ R. Or, on peut écrire
aX +b = aX +b = aX +b
en identifiant un réel et sa classe modulo (X
2
+ 1).
D’autre part, on a évidemment X
2
+ 1 = 0 dans l’anneau quotient, d’où
X
2
= X
2
= −1 = −1.
Alors, en posant X = i, on a i
2
= −1 et les éléments de l’anneau-quotient s’écrivent
ai + b : on reconnaît C. On a ainsi une nouvelle construction du corps C, vu comme
anneau-quotient de R[X] par l’idéal des multiples du polynôme X
2
+ 1.
7.3 Théorème
Soient / et B deux anneaux et ϕ un homomorphisme d’anneaux de / dans B. Alors ϕ
induit une application
ϕ : // ker ϕ −→ Imϕ
a −→ ϕ(a)
qui est un isomorphisme d’anneaux.
Preuve :
Tout d’abord, montrons que l’application ϕ est bien définie sur l’anneau //1 : soient a
et b deux éléments de / tels que a = b, alors il existe c ∈ ker ϕ tel que a = b + c, donc
ϕ(a) = ϕ(b +c) = ϕ(b) +ϕ(c) = ϕ(b) i.e ϕ(a) = ϕ(b). Ainsi ϕ(a) ne dépend pas du choix
du représentant de a.
L’application ϕ étant un homomorphisme d’anneaux de / dans B, on en déduit facilement
que ϕ est un homomorphisme d’anneaux de // ker ϕ dans B.
Montrons maintenant que ϕ est injective : soit a un élément de / tel que a ∈ ker ϕ; alors
ϕ(a) = ϕ(a) = 0 donc a ∈ ker ϕ i.e a = 0. Donc ϕ est injective.
Enfin, il est clair que ϕ est une surjection de // ker ϕ sur Imϕ.

7.4 Définitions
Soit / un anneau commutatif et 1 un idéal de /.
a) On dit que 1 est un idéal premier s’il vérifie la propriété suivante
∀a, b ∈ /, ab ∈ 1 =⇒ a ∈ 1 ou b ∈ 1.
b) On dit que 1 est un idéal maximal si 1 = / et si pour tout idéal . de /, on a
1 ⊂ . ⊂ / =⇒ . = 1 ou . = /.
13
7.5 Proposition
Soit / un anneau commutatif et 1 un idéal de /. Alors on a
a) 1 est un idéal premier de / ⇐⇒ //1 est un anneau intègre.
b) 1 est un idéal maximal de / ⇐⇒ //1 est un corps.
c) Tout idéal maximal est un idéal premier.
Preuve :
a) Soit 1 un idéal premier de /. Considérons a et b deux éléments de /. Si ab = ab = 0
dans l’anneau //1, alors ab ∈ 1, donc, puisque 1 est premier, a ∈ 1 ou b ∈ 1, i.e a = 0
ou b = 0. Donc l’anneau //1 est intègre.
Réciproquement, soit 1 un idéal de / tel que l’anneau //1 est intègre ; considérons a et
b deux éléments de / tels ab ∈ 1, alors ab = ab = 0, donc a = 0 ou b = 0, i.e a ∈ 1 ou
b ∈ 1. Donc 1 est premier.
b) Soit 1 un idéal maximal de /. Considérons a un élément de / tel que a = 0 et montrons
que a est inversible dans //1 : comme a = 0, a ∈ 1 donc l’idéal (a) + 1 est un idéal
vérifiant
1 ⊂ (a) +1 ⊂ / et (a) +1 = 1
donc, comme 1 est un idéal maximal de /, on a (a)+1 = /. On en déduit que 1 ∈ (a)+1 :
il existe donc b ∈ / et c ∈ 1 tels que 1 = ab + c d’où 1 = ab + 0 = ab et ainsi a possède
un inverse dans //1 : //1 est donc un corps.
Réciproquement, soit 1 un idéal de / tel que l’anneau //1 est un corps. Considérons un
idéal . de / tel que 1 ⊂ . ⊂ /; si . = 1, alors il existe a ∈ . tel que a ∈ 1, donc
a = 0 et ainsi a est inversible dans le corps //1 : il existe donc b ∈ / tel que 1 = ab donc
il existe c ∈ 1 tel que 1 = ab + c. Par conséquent, 1 ∈ . puisque a ∈ . et c ∈ 1 ⊂ . :
on en déduit aussitôt que . = / d’après 5.4, et ainsi . est un idéal maximal de /.

7.6 Caractéristique d’un anneau
Soit / un anneau commutatif. Alors l’application
ϕ : Z −→ /
n −→ n1
A
est un homomorphisme d’anneaux de Z dans /. Son noyau ker ϕ est alors un idéal de Z
donc il existe un unique q ∈ N tel que ker ϕ = qZ; cet entier q est appelé la caractéristique
de l’anneau /. Si / est intègre, alors sa caractéristique est nulle ou est un nombre premier.
Ainsi, si q = 0, q est le plus petit entier ≥ 1 tel que q1
A
= 0
A
(d’où ∀a ∈ /, qa = 0
A
).
Si q = 0 et si / est intègre, alors, ∀n ∈ Z, ∀a ∈ /, on a
na = 0
A
=⇒ n = 0 ou a = 0
A
.
14
Preuve :
Il est clair que ϕ est un homomorphisme d’anneaux de Z dans /. Si / est intègre et si
sa caractéristique q est non nulle, montrons que q est un nombre premier : d’après 7.3,
ϕ induit un isomorphisme d’anneaux de Z/qZ sur Imϕ; or Imϕ est un sous-anneau de
/ donc est intègre, par conséquent l’anneau Z/qZ est lui aussi intègre et ainsi q est un
nombre premier.

Exemples
Les anneaux Z, Q, R, C sont de caractéristique nulle.
Pour tout n ≥ 1, l’anneau Z/nZ est de caractéristique n.
15
.
16
II ANNEAUX EUCLIDIENS, PRINCIPAUX, FACTORIELS
Dans tout le chapitre, les anneaux considérés sont commutatifs.
1. Anneaux euclidiens
On sait qu’il existe une division dite euclidienne sur l’anneau Z et sur l’anneau R[X]. On
va donner ci-dessous un autre exemple d’anneau muni d’une division euclidienne, puis on
dégagera une définition générale de division euclidienne recouvrant ces trois exemples.
1.1 Proposition
On considère l’anneau Z[i

2]. Pour tout z ∈ Z[i

2], on pose N(z) = zz = [z[
2
. Soient
a, b ∈ Z[i

2], avec b = 0. Alors il existe deux éléments q et r de Z[i

2] vérifiant
a = bq +r avec N(r) < N(b).
Le couple (q, r) n’est pas nécessairement unique.
Preuve :
Posons a = a
1
+a
2
i

2 et b = b
1
+b
2
i

2 où a
1
, a
2
sont des entiers et b
1
, b
2
sont des entiers
non tous deux nuls. Alors :
a
b
=
a
1
+a
2
i

2
b
1
+b
2
i

2
=
a
1
b
1
+ 2a
2
b
2
+ (a
2
b
1
−a
1
b
2
)i

2
b
2
1
+ 2b
2
2
= u +vi

2
où u, v ∈ Q. Il existe x ∈ Z tel que [u − x[ ≤
1
2
: il suffit de prendre x = E(u) si
E(u) ≤ u ≤ E(u) +
1
2
et x = E(u) + 1 si E(u) +
1
2
≤ u ≤ E(u) + 1. De même il existe
y ∈ Z tel que [v −y[ ≤
1
2
. Posons alors q = x +yi

2 et r = a −bq ; q, r ∈ Z[i

2] et
r = a −bq = b(
a
b
−q) = b(u +vi

2 −x −yi

2) = b

(u −x) + (v −y)i

2

.
Donc
N(r) = [r[
2
= [b[
2
[(u −x) + (v −y)i

2[
2
= N(b)

(u −x)
2
+ 2(v −y)
2

donc N(r) ≤ N(b)

1
4
+ 2
1
4

=
3
4
N(b) < N(b).
Le couple (q, r) n’est pas nécessairement unique puisque, dans le cas où u = E(u) +
1
2
par
exemple, on a deux choix possibles pour x : x = E(u) ou x = E(u) + 1.
Exemple Il existe quatre divisions possibles de 19 + 76i

2 par 50 + 2i

2 ; en effet
19 + 76i

2
50 + 2i

2
=
1
2
+
3
2
i

2
donc on peut prendre q = 0 + i

2 ou q = 0 + 2i

2 ou q = 1 + i

2 ou q = 1 + 2i

2 et
les restes correspondants.
17
1.2 Définition
On dit qu’un anneau / est euclidien si
a) / est intègre ;
b) il existe une application g de / dans N, appelée stathme ou valuation, telle que
∀a ∈ /, ∀b ∈ /−¦0
A
¦, ∃ q, r ∈ / tels que a = bq +r et g(r) < g(b).
1.3 Exemples
a) Z est un anneau euclidien pour le stathme g(n) = [n[ ;
b) R[X] est un anneau euclidien pour le stathme g(P) = d˚(P) ;
c) Z[i

2] est un anneau euclidien pour le stathme g(z) = [z[
2
;
d) Z[i] est un anneau euclidien pour le stathme g(z) = [z[
2
(cf. exercice).
2. Anneaux principaux
2.1 Définition
Soit / un anneau; un idéal 1 de / est dit principal s’il existe a ∈ / (en fait a ∈ 1) tel
que 1 = (a).
Si 1 est un idéal principal engendré par a = 0
A
, alors l’élément a n’est pas unique, plus
précisément, on a la proposition suivante :
2.2 Définition et proposition
Soit / un anneau intègre, alors on a ∀a, b ∈ /−¦0
A
¦
(a) = (b) ⇐⇒ a[b et b[a ⇐⇒ ∃ u ∈ /

/ a = bu.
On dit alors que a et b sont associés. La relation “a est associé à b” est une relation
d’équivalence sur /−¦0
A
¦.
Preuve :
Si (a) = (b), alors ∃ u, v ∈ / tels que a = bu et b = va, d’où a = uva ; donc a(1
A
−uv) =
0
A
. Or a = 0
A
et / est intègre, donc uv = 1
A
et u est inversible. Réciproquement, si
a = bu où u est inversible, alors (a) ⊂ (b), et comme b = au
−1
, on a aussi (b) ⊂ (a).
D’autre part, il est clair qu’on définit ainsi une relation d’équivalence sur /−¦0
A
¦.

Exemples
a) Dans Z, a et b associés ⇐⇒ a = ±b ;
b) dans R[X], P et Q associés ⇐⇒ ∃ c ∈ R

, P = cQ;
c) dans Z[i], a et b associés ⇐⇒ a = b ou a = −b ou a = ib ou a = −ib.
18
2.3 Définition
On dit qu’un anneau / est principal si
a) / est intègre ;
b) tous les idéaux de / sont principaux.
2.4 Exemple
Z est un anneau principal ; de plus la preuve de ce théorème repose sur l’existence d’une
division euclidienne sur Z. Cette démonstration se généralise pour donner le théorème
suivant :
2.5 Théorème Tout anneau euclidien est principal ; la réciproque est fausse.
Preuve :
Soit / un anneau euclidien pour le stathme g, et soit 1 un idéal de /.
Si 1 = ¦0
A
¦, alors 1 = (0
A
) donc est principal. Si 1 = ¦0
A
¦, considérons le sous-ensemble
E de N défini par E = ¦g(x)/ x ∈ 1 −¦0
A
¦¦ ; E est non vide et minoré donc possède un
plus petit élément n. Comme n ∈ E, il existe a ∈ 1 − ¦0
A
¦ tel que n = g(a). Montrons
que 1 = (a) ; considérons x ∈ 1 et effectuons la division euclidienne de x par a : il existe q
et r dans / tels que x = qa+r et g(r) < g(a). Supposons r = 0
A
alors, comme r = x−qa,
r ∈ 1 −¦0
A
¦, d’où g(r) ∈ E et ainsi g(r) ≥ n = g(a), ce qui est absurde. Donc r = 0
A
et
x = qa ∈ (a) d’où 1 ⊂ (a). Réciproquement, comme a ∈ 1 et 1 est un idéal, on a (a) ⊂ 1.

2.6 Exemples
a) R[X] est euclidien donc principal ;
b) l’anneau Z
¸
1 +i

19
2
¸
est principal non euclidien;
c) l’anneau Z[X] n’est pas principal.
Preuve :
b) admis.
c) Montrons que Z[X] n’est pas principal. Considérons l’idéal
1 = (2) + (X) = ¦2P +XQ/ P, Q ∈ Z[X]¦.
Montrons que 1 n’est pas un idéal principal. Tout d’abord, 1 = ¦A ∈ Z[X]/ A(0) est pair ¦
en effet, soit A ∈ 1 alors ∃ P, Q ∈ Z[X] tels que A = 2P + XQ, donc A(0) = 2P(0) est
pair.
Réciproquement, si A(0) est pair, alors A s’écrit A = a
n
X
n
+ a
n−1
X
n−1
+ a
1
X + 2a
0
où a
n
, ..., a
1
, a
0
∈ Z, d’où A = 2a
0
+X(a
n
X
n−1
+a
n−1
X
n−2
+ a
1
) et ainsi A ∈ 1.
Supposons 1 principal ; alors, il existe P
0
∈ 1 tel que 1 = (P
0
). Or 2 et X appartiennent
à 1, donc P
0
divise 2 et X. Comme P
0
divise 2, P
0
est constant et vaut ±1 ou ±2 ; or 2 et
−2 ne divisent pas X dans Z[X], donc, nécessairement, P
0
= ±1, mais alors P
0
(0) n’est
pas pair, ce qui est absurde. Donc 1 n’est pas un idéal principal.
19
2.7 Définition
Soient / un anneau principal et a et b deux éléments non nuls de /; on appelle pgcd de a
et b tout élément de / qui engendre l’idéal (principal) 1 = (a)+(b) = ¦ax+by/ x, y ∈ /¦.
Ainsi, on n’a pas l’unicité : si d est un pgcd de a et b, alors tout élément associé à un pgcd
de a et b est aussi un pgcd de a et b.
Exemple
Dans l’anneau Z[i], les éléments inversibles sont 1, −1, i − i. Tout couple d’éléments non
nuls de Z[i] possède donc quatre pgcd.
Cependant, dans l’anneau principal R[X], on peut définir le pgcd de deux polynômes de
manière unique : pour tous polynômes non nuls P et Q on appelle pgcd de P et Q l’unique
polynôme unitaire qui engendre l’idéal 1 = (P) + (Q). On a ainsi le théorème suivant :
2.8 Théorème
Soient P, Q et R des polynômes non nuls de R[X]. Alors, on a
a) si D = pgcd(P, Q), alors ∃ A, B ∈ R[X] tels que D = AP +BQ;
b) tout diviseur commun à P et Q divise leur pgcd ;
c) on a le théorème de Bezout : pgcd(P, Q) = 1 ⇐⇒ ∃ U, V ∈ R[X], UP + V Q = 1. On
dit alors que P et Q sont premiers entre eux ;
d) on a le lemme de Gauss :
∗ si P[QR et si pgcd(P, Q) = 1, alors P[R;
∗ si pgcd(P, Q) = 1, alors P[R et Q[R =⇒ PQ[R;
e) R[X] étant un anneau euclidien, on peut effectuer l’algorithme d’Euclide pour calculer
le pgcd de deux polynômes, tout comme dans Z : le pgcd est le dernier reste non nul,
divisé par son coefficient dominant (pour avoir un polynôme unitaire).
Preuve : analogue à celle faite dans Z.
3. Anneaux factoriels
3.1 Définition
Soient / un anneau intègre et x un élément non nul de /; on dit que x est irréductible
dans / si
a) x est non inversible dans /;
b) si a et b sont des éléments de / tels que x = ab, alors a ou b est inversible dans
/. Autrement dit, les seuls diviseurs de x, autres que les éléments inversibles, sont ses
éléments associés.
3.2 Exemples
a) Les éléments irréductibles de Z sont les nombres premiers ;
b) les éléments irréductibles de R[X] sont les polynômes du premier degré et les polynômes
du second degré à discriminant < 0 ;
c) dans l’anneau Z[i], l’élément 3 est irréductible ; en effet, considérons l’application N de
Z[i] dans N définie par N(z) = [z[
2
. S’il existe z et z

dans Z[i] tels que 3 = zz

, alors,
N(3) = 9 = N(z)N(z

), donc N(z) = 1, 3 ou 9 ; si N(z) = 1, alors zz = 1 donc z est
20
inversible dans Z[i] d’inverse z, si N(z) = 9 alors N(z

) = 1 et c’est z

qui est inversible. Si
N(z) = 3, alors N(z

) = 3 aussi ; notons z = u+iv où u, v ∈ Z, alors 3 = N(z) = u
2
+v
2
,
donc u
2
= 0 et v
2
= 3, ou u
2
= 3 et v
2
= 0 ou u
2
= 1 et v
2
= 2 ou u
2
= 2 et v
2
= 1. Mais

2 et

3 ne sont pas des entiers, donc le cas N(z) = N(z

) = 3 est impossible. Donc 3
est irréductible dans Z[i] ;
d) 5 est irréductible dans l’anneau Z, mais ne l’est pas dans l’anneau Z[i] : en effet, on a
5 = (2 + i)(2 − i). Le caractère irréductible d’un élément dépend donc de l’anneau dans
lequel on le considère.
3.3 Proposition
Soit / un anneau intègre et x un élément non nul et non inversible de / tel que (x) soit
un idéal premier de /; alors x est irréductible dans /.
Preuve :
Soit x un élément non nul et non inversible de / tel que (x) soit un idéal premier de /;
soient a et b dans / tels que x = ab, alors ab ∈ (x) donc a ou b ∈ (x) puisque (x) est
un idéal premier i.e x[a ou x[b. Supposons que x[a, alors ∃ y ∈ / tel que a = xy, d’où
x = xyb, i.e. x(1
A
− yb) = 0
A
. Or / est intègre et x = 0
A
, donc 1
A
= yb ; b est donc
inversible dans /, et ainsi x est irréductible.

Remarque
La réciproque de la proposition 3.3 est vraie dans Z (lemme d’Euclide), mais ce n’est pas
le cas en général : ainsi 1+i

5 est irréductible dans l’anneau Z[i

5] mais l’idéal (1+i

5)
n’est pas premier (cf. exercice). C’est toutefois le cas dans un anneau principal :
3.4 Proposition
Le lemme d’Euclide est vérifié dans tout anneau principal / : si x est un élément irréduc-
tible de / alors (x) est un idéal premier de /, i.e il vérifie la condition
({) ∀a, b ∈ /, x[ab =⇒ x[a ou x[b.
Preuve : Soit x irréductible dans /tel que x[ab, alors ∃ y ∈ /tel que ab = xy. Considérons
l’idéal (a) + (x) : comme / est principal, il existe d ∈ / tel que (a) + (x) = (d) (d est
un pgcd de a et x). Alors, en particulier, d[x donc ∃ x

∈ / tel que x = dx

. Or x est
irréductible, donc x

ou d est inversible.
Si x

est inversible, alors x et d sont associés et (x) = (d) = (a) + (x), donc a ∈ (x) i.e.
x[a.
Si d est inversible, alors (d) = /, et ainsi, 1
A
∈ (d) = (a) + (x), donc ∃ u, v ∈ / tel que
1
A
= au + xv (ce résultat n’est rien d’autre que le théorème de Bezout dans un anneau
principal), donc b = abu +xbv = xyu +xbv = x(yu +bv), d’où x[b.

21
3.5 Définition
On dit qu’un anneau / est factoriel si
a) / est intègre ;
b) tout élément a non nul et non inversible de / s’écrit sous la forme a = up
1
p
2
p
r

u ∈ /

et p
1
, p
2
, ..., p
r
sont des éléments irréductibles de /;
c) la décomposition en produit d’éléments irréductibles est essentiellement unique i.e.
pour tout élément a non inversible et non nul dans /, si on a
a = up
1
p
2
p
r
= vq
1
q
2
q
s
où u, v ∈ /

et p
1
, p
2
, ..., p
r
, q
1
, q
2
, ..., q
s
irréductibles dans /, alors r = s et il existe une
permutation σ ∈ S
r
telle que pour tout i ∈ [1, r], p
i
et q
σ(i)
sont associés.
3.6 Proposition
Soit / un anneau factoriel et soit { = ¦p
i
/ i ∈ I¦ un système de représentants des
éléments irréductibles pour la relation d’équivalence “a est associé à b” sur / − ¦0
A
¦.
Alors tout élément a non nul de / s’écrit de manière essentiellement unique sous la forme
a = u
¸
i∈I
p
α
i
i
où u ∈ /

et où pour tout i ∈ I, α
i
∈ N et les α
i
sont presque tous nuls i.e α
i
= 0 sauf
pour un nombre fini de i ∈ I.
3.7 Définition
Soit / un anneau factoriel et soit { = ¦p
i
/ i ∈ I¦ un système de représentants des
éléments irréductibles pour la relation d’équivalence “a est associé à b” sur /−¦0
A
¦.
Soient a = u
¸
i∈I
p
α
i
i
et b = v
¸
i∈I
p
β
i
i
deux éléments de /− ¦0
A
¦ où u, v ∈ /

et où pour
tout i ∈ I, α
i
∈ N et β
i
∈ N sont presque tous nuls ; on définit le pgcd et le ppcm de a et
b de la manière suivante
pgcd(a, b) =
¸
i∈I
p
Inf(α
i

i
)
i
et ppcm(a, b) =
¸
i∈I
p
Sup(α
i

i
)
i
.
Ainsi le pgcd et le ppcm de a et b sont définis à un élément inversible près. Si pgcd(a, b)
est un élément inversible, on dit que a et b sont premiers entre eux.
Exemples
Z est un anneau factoriel, plus généralement, on a le résultat suivant :
3.8 Théorème Tout anneau principal est factoriel.
Preuve :
Lemme : Il n’existe pas de suite strictement croissante d’idéaux dans un anneau principal.
22
Considérons en effet une suite croissante d’idéaux (1
k
)
k∈N
d’un anneau principal /. Soit 1
la réunion des idéaux 1
k
quand k décrit N; alors 1 est un idéal de /, car la suite (1
k
)
k∈N
est croissante, donc ∃ b ∈ 1 tel que 1 = (b). Or 1 est la réunion des idéaux 1
k
, donc
∃ n ∈ N tel que b ∈ 1
n
, d’où pour tout m ∈ N, les inclusions (b) ⊂ 1
n
⊂ 1
n+m
⊂ 1 = (b)
et ainsi la suite (1
k
)
k∈N
est stationnaire à partir du rang n. Il n’existe donc pas de suite
strictement croissante d’idéaux dans un anneau principal.
Existence : soit a un élément non nul et non inversible de /. Supposons que a n’admette
pas de décomposition en produit d’éléments irréductibles. Alors, en particulier, a n’est
pas irréductible, donc il existe a
1
et b
1
non inversibles dans / tels que a = a
1
b
1
. Comme a
n’est pas produit d’éléments irréductibles, alors a
1
ou b
1
n’est pas irréductible, par exemple
a
1
, donc il existe a
2
et b
2
non inversibles dans / tels que a
1
= a
2
b
2
, d’où a = a
2
b
1
b
2
et
ainsi a
2
ou b
1
ou b
2
est non irréductible, par exemple a
2
,etc. On construit ainsi une suite
d’éléments a
1
, a
2
, ...., a
n
, ... tels que, pour tout i, a
i+1
[a
i
et a
i
et a
i+1
sont non associés,
d’où la suite strictement croissante d’idéaux de / suivante
(a) ⊂ (a
1
) ⊂ (a
2
) ⊂ .... ⊂ (a
n
) ⊂ (a
n+1
) ⊂ .....
Or, d’après le lemme, il n’existe pas de suite strictement croissante d’idéaux dans un
anneau principal, d’où la contradiction. Donc a admet une décomposition en produit
d’éléments irréductibles.
Unicité essentielle : la démonstration est analogue à celle faite dans le cas de l’anneau Z;
il suffit d’appliquer le lemme d’Euclide qui est vrai dans tout anneau principal, d’après
3.4.

3.9 Corollaire
Tout polynôme P non constant de R[X] s’écrit de manière essentiellement unique sous
la forme P = cP
1
P
2
P
r
où c ∈ R

et P
1
, P
2
, ...P
r
sont des polynômes irréductibles de
R[X], i.e. des polynômes de degré 1 ou des polynômes de degré 2 à discriminant < 0.
Preuve : R[X] étant euclidien est principal, donc factoriel.

Remarque : L’existence de la décomposition en produit de polynômes irréductibles dans
R[X] est assurée par le théorème précédent, ce qui ne signifie pas que l’on sache explici-
tement la calculer pour un polynôme donné (contrairement au cas des entiers) : c’est en
général un problème difficile, pour ne pas dire insoluble.
3.10 Proposition
Le lemme d’Euclide est vrai dans tout anneau factoriel : si x est un élément irréductible
de /, alors l’idéal (x) est premier, i.e il vérifie la condition
({) ∀a, b ∈ /, x[ab =⇒ x[a ou x[b.
23
Preuve :
Soit x irréductible dans / factoriel ; si x[ab, alors ∃ y ∈ / tel que ab = xy. Si a est inver-
sible, alors b = a
−1
xy et ainsi x[b, de même si b est inversible, alors x[a. Si a et b ne sont
pas inversibles, alors y ne l’est pas non plus, sinon x = aby
−1
ce qui est impossible puisque
x est irréductible ; ainsi a,b et y se décomposent en produit d’éléments irréductibles :
a = up
1
p
2
p
r
, b = vq
1
q
2
q
s
et y = wm
1
m
2
m
t
où u, v, w ∈ /

et p
1
, p
2
, ..., p
r
,
q
1
, q
2
, ..., q
s
, m
1
, m
2
, ..., m
t
sont irréductibles dans /. Alors on a
uvp
1
p
2
p
r
q
1
q
2
q
s
= wxm
1
m
2
m
t
.
Alors, par unicité essentielle de la décomposition, ou bien x est associé à l’un des p
i
, et
alors x[p
i
donc x[a, ou bien x est associé à l’un des q
j
et alors x[b.

4. Théorèmes de transfert aux anneaux de polynômes
Il est intéressant de se poser la question suivante : si l’anneau / est euclidien, principal
ou factoriel, en est-il de même de l’anneau de polynômes /[X] ?
4.1 Proposition
a) Si l’anneau / est euclidien, l’anneau /[X] n’est pas euclidien en général.
b) Si l’anneau / est principal, l’anneau /[X] n’est pas principal en général.
En effet, Z est euclidien, donc principal alors que Z[X] n’est pas principal donc n’est pas
euclidien.
On a en fait le théorème suivant :
4.2 Théorème Soit / un anneau commutatif ; alors
/[X] est euclidien ⇐⇒/[X] est principal ⇐⇒ / est un corps.
Preuve :
Si /[X] est euclidien, il est principal.
Si /[X] est principal, montrons que / est un corps : soit a un élément non nul de
/, considérons l’idéal (X) + (a) de /[X] ; comme /[X] est principal, il existe donc un
polynôme P (non nul) tel que (X) + (a) = (P). En particulier a ∈ (P) i.e il existe
Q ∈ /[X] tel que a = PQ; l’anneau /[X] étant principal, il est intègre donc A aussi, par
conséquent 0 = deg a = deg P + deg Q d’où deg P = 0 et ainsi P est une constante c non
nulle. D’autre part on a aussi X ∈ (P) i.e il existe R ∈ /[X] tel que X = PR = cR, d’où
deg R = 1 et en identifiant les termes de degré 1, on établit l’existence d’un élément b de
/ tel que 1 = cb donc P = c est inversible dans / et ainsi l’idéal (P) est égal à /[X].
En particulier, 1 ∈ (P) = (a) + (X) i.e il existe T et S dans /[X] tels que 1 = aS +XT
d’où 1 = aS(0) + 0.T(0) = aS(0) et ainsi a possède un inverse dans / : / est un corps.
Enfin, si / est un corps, /[X] est euclidien d’après I 6.15.

4.3 Proposition
Soit K un corps ; alors tout idéal premier de l’anneau K[X] non nul et distinct de K[X]
est maximal.
24
Preuve :
Soit 1 un idéal premier non nul de K[X], comme K est un corps, K[X]est un anneau
principal donc il existe P ∈ K[X] non nul tel que 1 = (P) ; (P) étant un idéal premier
distinct de K[X], d’après 3.3 P est irréductible dans K[X], montrons alors que l’idéal (P)
est maximal : soit . un idéal de K[X] tel que
(P) ⊂ . ⊂ K[X]
alors il existe Q ∈ K[X] tel que . = (Q) ; comme (P) ⊂ (Q), Q divise P et ainsi il existe
R ∈ K[X] tel que P = QR, or P est irréductible dans K[X] donc Q ou R est inversible :
si Q est inversible, alors . = (Q) = K[X] et si R est inversible alors P et Q sont associés
i.e (P) = (Q) = . : l’idéal (P) est donc maximal.

On va maintenant prouver que si / est factoriel, alors /[X] est factoriel :
4.4 Définition et Proposition
Soit / un anneau factoriel.
a) Soit P = a
n
X
n
+ + a
1
X + a
0
un élément de /[X] ; on appelle contenu de P et on
note c(P) le pgcd (défini à la multiplication d’un élément inversible près) des coefficients
a
n
, , a
1
, a
0
. Si c(P) = 1, on dit que P est un polynôme primitif.
b) Soient P et Q deux éléments de /[X] ; alors c(PQ) = c(P)c(Q).
Preuve :
Considérons P = a
n
X
n
+ +a
1
X +a
0
et Q = b
m
X
m
+ +b
1
X +b
0
deux éléments de
/[X] alors PQ = c
n+m
X
n+m
+ +c
1
X +c
0
où c
k
=
¸
i+j=k
a
i
b
j
pour tout 1 ≤ k ≤ n+m.
1er cas : on suppose P et Q primitifs ; si PQ n’est pas primitif, alors il existe un élément
irréductible p de / tel que p divise c(PQ) = pgcd(c
n+m
, , c
0
). D’autre part, p ne divise
pas tous les coefficients de P sinon il diviserait leur pgcd, i.e c(P), ce qui est impossible
puisque c(P) = 1 ; il existe donc un entier i
0
tel que p divise a
i
pour tout i < i
0
et p ne
divise pas a
i
0
. De même il existe un entier j
0
tel que p divise b
j
pour tout j < j
0
et p ne
divise pas b
j
0
.
Alors, on a
p [ c
i
0
+j
0
=
¸
i+j=i
0
+j
0
a
i
b
j
= a
i
0
b
j
0
+
¸
i+j=i
0
+j
0
i<i
0
ou j<j
0
a
i
b
j
donc p [ a
i
0
b
j
0
, or / est factoriel donc, d’après le lemme d’Euclide, p [ a
i
0
ou p [ b
j
0
, ce
qui est absurde. Donc c(PQ) = 1.
Cas général : on pose d = c(P) et e = c(Q) puis P
1
=
1
d
P et Q
1
=
1
e
Q, alors P
1
et Q
1
sont primitifs et ainsi c(P
1
Q
1
) = 1 ; or PQ = deP
1
Q
1
donc c(PQ) = de c(P
1
Q
1
) = de =
c(P)c(Q).

25
4.5 Théorème
Soit / un anneau factoriel et soit K son corps des fractions ; alors les polynômes irréduc-
tibles de /[X] sont :
1) Les éléments de / irréductibles dans /;
2) Les polynômes P de /[X] de degré ≥ 1, primitifs et irréductibles dans K[X].
Preuve :
Montrons d’abord que les éléments cités ci-dessus sont bien irréductibles dans /[X] :
Soit a un élément irréductible de / : si a s’écrit sous la forme a = PQ où P et Q sont des
polynômes de /[X], alors deg a = 0 = deg P + deg Q donc deg P = deg Q = 0, d’où P et
Q sont des éléments de / et par conséquent P ou Q ∈ /

puisque a est irréductible dans
/, donc a fortiori P ou Q est inversible dans /[X] (cf. I 6.9) et ainsi a est irréductible
dans /[X].
Soit un polynôme P de /[X] de degré≥ 1, primitif et irréductible dans K[X] : si P s’écrit
sous la forme P = QR où Q et R sont des polynômes de /[X], alors, par exemple Q
considéré comme polynôme de K[X] est inversible dans K[X], i.e est une constante non
nulle : Q = a ∈ /− ¦0¦. On en déduit que P = aR et donc a divise c(P) dans /; or P
est primitif donc a est inversible dans / donc dans /[X] : P est donc irréductible dans
/[X].
Considérons maintenant un polynôme P irréductible de /[X]. Si deg P = 0, alors P ∈ /
donc est irréductible dans /; si deg P ≥ 1, alors, comme c(P) divise P, nécessairement
c(P) = 1 puisque P est irréductible dans /[X], il reste donc à montrer que P est irréduc-
tible dans K[X] :
supposons qu’il existe des polynômes Q et R de K[X] tels que P = QR; le polynôme Q
s’écrit sous la forme
Q =
a
n
b
n
X
n
+ +
a
1
b
1
X +
a
0
b
0
où a
n
, , a
0
∈ / et b
n
, , b
0
∈ / − ¦0¦. En multipliant Q par b = ppcm(b
n
, , b
0
),
on obtient un polynôme bQ ∈ /[X] et en notant a = c(bQ), on a bQ = aQ
1
où Q
1
est un
polynôme primitif de /[X], d’où
Q =
a
b
Q
1
.
De même on peut écrire
R =
d
e
R
1
où d et e sont des éléments de /−¦0¦ et où R
1
est un polynôme primitif de /[X]. Alors
on a
P =
a
b
d
e
Q
1
R
1
ou encore
beP = adQ
1
R
1
Alors c(beP) = be c(P) = c(adQ
1
R
1
) = ad c(Q
1
)c(R
1
) d’où l’existence d’un élément
u ∈ /

tel que ad = ube puisque P, Q
1
et R
1
sont primitifs. Donc on a P = uQ
1
R
1
, or P
est irréductible dans /[X] donc, par exemple, Q
1
est inversible dans /[X], i.e Q
1
est un
élément de /

, donc Q est une constante non nulle de K donc un élément inversible de
K[X] : P est donc irréductible dans K[X].
26
4.6 Théorème Soit / un anneau commutatif.
Si / est factoriel, alors /[X] est factoriel.
Preuve :
L’anneau / étant factoriel est intègre donc peut être plongé dans son corps des fractions
K.
Existence : soit P un polynôme de /[X] non nul et non inversible ; si P ∈ /, on décom-
pose P en produit de facteurs irréductibles dans l’anneau factoriel /, sinon deg P ≥ 1 et
P est aussi un polynôme de K[X], on distingue alors deux cas :
1er cas : P est primitif ; K étant un corps, l’anneau K[X] est euclidien donc factoriel ; on
peut donc écrire P sous la forme
P = P
α
1
1
P
αr
r
où P
1
, , P
r
sont des polynômes irréductibles de K[X] distincts deux à deux et α
1
, , α
r
sont des entiers ≥ 1.
Comme dans la preuve de 4.5, on peut écrire chaque polynôme P
i
sous la forme P
i
=
a
i
b
i
¯
P
i

¯
P
i
est un polynôme primitif de /[X] et où a
i
et b
i
sont des éléments non nuls de /,
ainsi on a
¯
P
i
=
b
i
a
i
P
i
donc
¯
P
i
est irréductible dans K[X] donc dans /[X] d’après 4.4. On
a alors
(
r
¸
i=1
b
α
i
i
)P = (
r
¸
i=1
a
α
i
i
)
¯
P
α
1
1

¯
P
αr
r
.
En calculant les contenus des polynômes, on obtient alors
(
r
¸
i=1
b
α
i
i
)c(P) = (
r
¸
i=1
a
α
i
i
)c(
¯
P
1
)
α
1
c(
¯
P
r
)
αr
.
Or les polynômes considérés sont tous primitifs, donc il existe u ∈ /

tel que
r
¸
i=1
a
α
i
i
= u
r
¸
i=1
b
α
i
i
On en déduit
P = u
¯
P
α
1
1

¯
P
αr
r
et ainsi P est produit de polynômes irréductibles de /[X].
2ème cas : si P n’est pas primitif, on écrit P = c(P)
¯
P où
¯
P est primitif, on décompose
c(P) en produit d’irréductibles dans /puis
¯
P en produit d’irréductibles dans /[X] comme
ci-dessus et on obtient ainsi la décomposition de P en produit d’irréductibles dans /[X].
Unicité essentielle : Comme dans Z, la démonstration repose sur le lemme d’Euclide ; il
suffit donc de montrer que le lemme d’Euclide est valide dans l’anneau /[X], ou encore,
que si P est un polynôme irréductible de /[X], alors l’idéal P/[X] est premier dans
/[X]. Considérons donc un polynôme P irréductible de /[X] :
∗ si P est constant alors P = p ∈ /; on a alors l’application
ϕ : /[X] −→ //(p)[X]
n
¸
k=0
a
k
X
k
−→
n
¸
k=0
a
k
X
k
27
qui est clairement un homomorphisme d’anneaux surjectif.
Calculons ker ϕ : Soit Q =
n
¸
k=0
a
k
X
k
∈ ker ϕ, i.e
n
¸
k=0
a
k
X
k
= 0 alors, pour tout k on a
a
k
= 0 c’est-à-dire a
k
∈ (p) donc Q ∈ p/[X] et réciproquement, donc ker ϕ = p/[X].
Alors, d’après I.7.3, on a l’isomorphisme d’anneaux
/[X]/p/[X] ≃ //(p)[X].
Or p est irréductible dans /[X] et constant donc est irréductible dans /, par conséquent
l’idéal (p) est premier dans l’anneau factoriel / d’après 3.8, on en déduit que l’anneau
//(p) est intègre donc que l’anneau de polynômes //(p)[X] est intègre puis, par isomor-
phisme, que l’anneau /[X]/p/[X] est lui aussi intègre. Donc l’idéal p/[X] est premier
dans /[X].
∗ si deg P ≥ 1, alors P est primitif d’après 4.5 ; on considère l’application
ψ : /[X]/P/[X] −→ K[X]/PK[X]
Q mod P/[X] −→ Q mod PK[X]
Cette application est bien définie puisque P/[X] ⊂ PK[X] et est clairement un homo-
morphisme d’anneaux. Montrons que ψ est injective : pour celà il suffit de montrer que
PK[X] ∩/[X] ⊂ P/[X]. Soit donc Q ∈ PK[X] ∩/[X], alors il existe R ∈ K[X] tel que
Q = PR. On écrit alors R sous la forme R =
a
b
¯
R où a et b sont des éléments non nuls de
/ et où
¯
R est un polynôme primitif de /[X], et Q = c
¯
Q où
¯
Q est un polynôme primitif
de /[X]. Alors on a bc
¯
Q = aP
¯
R, d’où, en calculant les contenus, on établit l’existence
d’un élément u ∈ /

tel que bc = au donc b divise a et ainsi R ∈ /[X], d’où Q ∈ P/[X].
On peut donc considérer que /[X]/P/[X] est un sous-anneau de K[X]/PK[X] ; or P est
irréductible dans /[X] et de degré ≥ 1 donc est irréductible dans K[X] d’après 4.5, de plus
l’anneau K[X] est euclidien donc l’idéal PK[X] est premier donc l’anneau K[X]/PK[X]
est intègre, et par conséquent, le sous-anneau /[X]/P/[X] est lui aussi intègre, i.e l’idéal
P/[X] est premier.

5 Polynômes irréductibles de Z[X]
5.1 Théorème
Soit P = a
n
X
n
+ +a
1
X+a
0
un polynôme de degré ≥ 1 de Z[X] ; s’il existe un nombre
premier p tel que a
n
= 0 dans le corps Z/pZ et tel que P = a
n
X
n
+ + a
1
X + a
0
est
irréductible dans Z/pZ[X], alors P est irréductible dans Q[X].
Si de plus P est primitif, alors P est irréductible dans Z[X].
Preuve :
Soient Q = b
q
X
q
+ + b
0
et R = c
r
X
r
+ + c
0
dans Z[X] avec b
q
= 0 et c
r
= 0 tels
que P = QR, alors P = Q R d’où a
n
= b
q
c
r
; or a
n
= 0 donc b
q
= 0 et c
r
= 0 puisque
Z/pZ est intègre. On en déduit que deg(Q) = deg(Q) et deg(R) = deg(R).
Or P est irréductible dans Z/pZ[X] donc, par exemple, Q est inversible, i.e deg(Q) = 0,
d’où deg(Q) = 0 et ainsi Q est inversible dans Q[X], donc P est irréductible dans Q[X].
28
5.2 Critère d’Eisenstein
Soit P = a
n
X
n
+ +a
1
X+a
0
un polynôme de degré ≥ 1 de Z[X] ; s’il existe un nombre
premier p tel que p divise a
0
, a
1
, , a
n−1
, p ne divise pas a
n
et p
2
ne divise pas a
0
, alors
P est irréductible dans Q[X].
Si de plus P est primitif, alors P est irréductible dans Z[X].
Preuve :
Soient Q = b
q
X
q
+ +b
0
et R = c
r
X
r
+ +c
0
dans Z[X] tels que P = QR et supposons
q ≥ 1 et r ≥ 1 ; alors on a
P = a
n
X
n
= Q R
on en déduit que Q et R sont des monômes d’où Q = b
q
X
q
et R = c
r
X
r
. Par conséquent
b
q−1
= = b
0
= 0 et c
r−1
= = c
0
= 0, ainsi p divise b
0
,...b
q−1
et c
0
,...c
r−1
, d’où p
2
divise b
0
c
0
= a
0
ce qui est impossible. Donc q = 0 ou r = 0 et ainsi P est irréductible
dans Q[X].

Exemple
Si a = p
1
p
2
p
n
où p
1
, p
2
, , p
n
sont des nombres premiers deux à deux distincts, alors
pour tout entier m ≥ 1, le polynôme P = X
m
±a est irréductible dans Z[X].
29
.
30
III GROUPES
1 Groupes
1.1 Définition
Soit ( un ensemble non vide muni d’une loi de composition interne notée multiplicative-
ment :
( ( −→ (
(x, y) −→ x.y noté aussi xy
On dit que ((, .) est un groupe (multiplicatif) si les conditions suivantes sont vérifiées :
a) la loi est associative : ∀x, y, z ∈ (, (xy)z = x(yz) ;
b) il existe un élément neutre e ∈ ( : ∀x ∈ (, xe = ex = x;
c) tout élément possède un symétrique : ∀x ∈ (, ∃ y ∈ ( tel que xy = yx = e.
Si de plus la loi est commutative, on dit que ( est un groupe commutatif ou abélien.
1.2 Exemples
a) Z, Q, R, C munis de l’addition sont des groupes commutatifs. Plus généralement, tout
anneau est un groupe commutatif pour l’addition.
b) Q

, R

, C

munis de la multiplication sont des groupes commutatifs. Plus généralement,
pour tout corps K, K

= K −¦0
K
¦ est un groupe pour la multiplication. En fait, avec le
vocabulaire des groupes, on a la définition des corps suivante :
(K, +, .) est un corps si et seulement si (K, +) est un groupe commutatif, (K − ¦0
K
¦, .)
est un groupe et la multiplication est distributive par rapport à l’addition.
c) Si / est un anneau, l’ensemble /

des éléments inversibles est un groupe pour la
multiplication. Par exemple, (Z[i])

= ¦1, −1, i, −i¦ est un groupe pour la multiplication.
d) Soit n ∈ N

. On appelle permutation à n éléments toute bijection de l’ensemble
¦1, 2, ..., n¦ sur lui-même et on note S
n
l’ensemble des permutations à n éléments. Alors
S
n
muni de la loi de composition des applications est un groupe à n! éléments, appelé
groupe symétrique. Pour n ≥ 3, S
n
n’est pas commutatif.
Preuve :
c) Soit / un anneau; montrons que (/

, .) est un groupe.
Tout d’abord la multiplication est bien une loi interne à /

: si a et b ∈ /

, alors ab ∈ /

,
en effet son inverse est b
−1
a
−1
. De plus la multiplication étant associative dans /, l’est
aussi dans /

; 1
A
∈ /

est élément neutre, et évidemment, tout élément x de /

possède
un symétrique dans /

, à savoir x
−1
.
d) Tout d’abord, Card(S
n
) = n! ; en effet, soit σ ∈ S
n
: pour σ(1) on a n choix possibles
parmi ¦1, 2, ..., n¦, une fois σ(1) fixé, comme σ est injective, on a n − 1 choix possibles
pour σ(2) parmi ¦1, 2, ..., n¦−¦σ(1)¦. Par une récurrence finie, pour σ(k), on a n−(k−1)
choix possibles pour σ(k) parmi ¦1, 2, ..., n¦ − ¦σ(1), σ(2), ..., σ(k − 1)¦. Donc le nombre
total de permutations est n(n −1) (n −k + 1) 2.1 = n!
Montrons que (S
n
, ◦) est un groupe ; la loi de composition des applications est interne
à S
n
(la composée de deux bijections est une bijection). De plus, la loi de composition
31
des applications est toujours associative. Il y a un élément neutre, à savoir l’application
identité Id de ¦1, 2, ..., n¦ dans ¦1, 2, ..., n¦. Enfin, par définition même, toute bijection
possède une bijection réciproque qui est donc son symétrique.

1.3 Propriétés
Soit ( un groupe multiplicatif. Alors
a) L’élément neutre e est unique ;
b) tout élément possède un unique symétrique ;
c) ( est régulier à gauche et à droite : ∀x, y, z ∈ (, zx = zy =⇒ x = y et xz = yz =⇒
x = y.
Preuve : immédiat.
1.4 Notations
Le plus souvent on emploie la notation multiplicative pour les groupes. Si ((, .) est un
groupe, on note généralement e ou e
G
son élément neutre, et pour tout x ∈ (, on note
x
−1
son symétrique et on l’appelle l’inverse de x.
Pour tout n ∈ N

et tout x ∈ (, on note x
n
=
n fois
. .. .
x x et x
0
= e par convention.
Pour n ∈ Z

, on note x
n
= (x
−1
)
−n
.
On remarquera que, si ( n’est pas commutatif, pour tous x, y ∈ ( et tout n ∈ N

(xy)
n
= (xy)(xy) (xy) = x
n
y
n
en général.
Il arrive qu’on utilise la notation additive, principalement quand le groupe ( est commu-
tatif ; on parle alors de groupe additif. Dans ce cas, on note généralement 0
G
son élément
neutre, le symétrique d’un élément x est noté −x et est appelé opposé de x.
Pour tout n ∈ N

et tout x ∈ (, on note nx =
n fois
. .. .
x + +x et 0x = 0
G
par convention.
Pour n ∈ Z

, on note nx = −((−n)x).
1.5 Table d’un groupe
Quand le groupe est fini, et de cardinal "raisonnable", on peut écrire la table du groupe.
Exemple : Table de S
3
.
S
3
a 6 éléments :
e =

1 2 3
1 2 3

, σ
1
=

1 2 3
2 1 3

, σ
2
=

1 2 3
1 3 2

, σ
3
=

1 2 3
3 2 1

,
σ
4
=

1 2 3
3 1 2

, σ
5
=

1 2 3
2 3 1

.
On a la table suivante :
32
ր e σ
1
σ
2
σ
3
σ
4
σ
5
e e σ
1
σ
2
σ
3
σ
4
σ
5
σ
1
σ
1
e σ
5
σ
4
σ
3
σ
2
σ
2
σ
2
σ
4
e σ
5
σ
1
σ
3
σ
3
σ
3
σ
5
σ
4
e σ
2
σ
1
σ
4
σ
4
σ
2
σ
3
σ
1
σ
5
e
σ
5
σ
5
σ
3
σ
1
σ
2
e σ
4
2. Homomorphismes
2.1 Définition
Soient ( et (

deux groupes multiplicatifs et ϕ une application de ( dans (

. On dit que
ϕ est un homomorphisme de groupes si
∀x, y ∈ (, ϕ(xy) = ϕ(x)ϕ(y).
On appelle isomorphisme de groupes tout homomorphisme de groupes bijectif et auto-
morphisme de groupes tout isomorphisme d’un groupe sur lui-même.
2.2 Propriétés
Soient ( et (

deux groupes et soit ϕ : ( −→ (

un homomorphisme de groupes. Alors,
on a
a) ϕ(e
G
) = e
G
′ ;
b) ∀x ∈ (, ϕ(x
−1
) = (ϕ(x))
−1
.
Preuve : immédiat.
2.3 Exemples
a) L’application det : GL
n
(R) −→R

est un homomorphisme de groupes
∀A, B ∈ GL
n
(R), det(AB) = det(A) det(B).
b) L’application ln : R
+∗
−→R est un homomorphisme de groupes de (R
+∗
, .) dans (R, +)
∀a, b ∈ R
+∗
, ln(ab) = ln(a) + ln(b)
.
c) Si ( est un groupe multiplicatif, pour tout a ∈ (, l’application :
ϕ
a
: ( −→ (
x −→ axa
−1
est un automorphisme de groupes de (, appelé automorphisme intérieur. On dit que axa
−1
est le conjugué de x par a.
Cette notion d’automorphisme intérieur n’a d’intérêt que dans un groupe non commutatif ;
en effet, dans un groupe commutatif, ∀a, x ∈ (, on a axa
−1
= aa
−1
x = x et ainsi ϕ
a
= Id.
33
2.4 Proposition
Soient (, (

et (
′′
trois groupes et ϕ : ( −→ (

et ψ : (

−→ (
′′
deux homomorphismes
de groupes. Alors la composée ψ ◦ ϕ : ( −→ (
′′
est un homomorphisme de groupes.
Si ϕ est un homomorphisme de groupes bijectif de ( dans (

, alors ϕ
−1
est un homomor-
phisme de groupes de (

dans (.
Preuve :
Si x, y ∈ (, alors, (ψ ◦ ϕ)(xy) = ψ(ϕ(xy)) = ψ(ϕ(x)ϕ(y)) = ψ(ϕ(x))ψ(ϕ(y)). Donc ψ ◦ ϕ
est un homomorphisme de groupes.
Si ϕ est bijectif, alors, pour tous x, y ∈ (

, ϕ(ϕ
−1
(xy)) = xy. Or on a également
ϕ(ϕ
−1
(x)ϕ
−1
(y)) = ϕ(ϕ
−1
(x))ϕ(ϕ
−1
(y)) = xy
puisque ϕ est un homomorphisme de groupes. Donc, ϕ(ϕ
−1
(xy)) = ϕ(ϕ
−1
(x)ϕ
−1
(y)), d’où
ϕ
−1
(xy) = ϕ
−1
(x)ϕ
−1
(y) par injectivité de ϕ.
2.5 Définition et proposition
On dit que deux groupes ( et (

sont isomorphes s’il existe un isomorphisme de groupes
de ( sur (

; on note ( ≃ (

. La relation d’isomorphisme ≃ est une relation d’équivalence
sur l’ensemble des groupes.
Preuve :
La relation ≃ est réflexive : l’application identique de ( sur ( est un isomorphisme de
groupes.
La relation ≃ est symétrique : si ( ≃ (

, il existe un isomorphisme de groupes ϕ de ( sur
(

; alors ϕ
−1
est un isomorphisme de groupes de (

sur ( d’après 2.4, donc (

≃ (.
La relation ≃ est transitive : si ( ≃ (

et si (

≃ (
′′
, il existe un isomorphisme de groupes
ϕ de ( sur (

et un isomorphisme de groupes ψ de (

sur (
′′
; alors la composée ψ ◦ ϕ est
un isomorphisme de groupes de ( sur (
′′
, d’après 2.4.

2.6 Définition et proposition
Soient ( et (

deux groupes multiplicatifs ; on peut définir une loi de composition interne
sur le produit ( (

de la façon suivante :
∀(x, y), (x

, y

) ∈ ( (

, (x, y).(x

, y

) = (xx

, yy

).
Alors ( (

muni de cette loi de composition est un groupe :
∗ l’élément neutre de ( (

est (e
G
, e
G
′ ) ;
∗ l’inverse d’un élément (x, y) est (x
−1
, y
−1
) ;
∗ si ( et (

sont commutatifs, ( (

est commutatif ;
∗ on a des isomorphismes ( ¦e
G
′ ¦ ≃ ( et ¦e
G
¦ (

≃ (

.
Preuve : sans difficultés ; l’isomorphisme entre ( ¦e
G
′ ¦ et ( n’est autre que l’application
ϕ définie par ϕ(x, e
G
′ ) = x.
34
2.7 Définition
Soient ( et (

deux groupes et ϕ : ( −→ (

un homomorphisme de groupes. On appelle
noyau de ϕ et on note ker ϕ le sous-ensemble de ( défini par
ker ϕ = ¦x ∈ (/ ϕ(x) = e
G
′ ¦.
On appelle image de ϕ et on note Im ϕ le sous-ensemble de (

défini par
Im ϕ = ϕ(() = ¦ϕ(x)/ x ∈ (¦ = ¦y ∈ (

/ ∃ x ∈ (, y = ϕ(x)¦.
On remarque que e
G
∈ ker ϕ et e
G
′ ∈ Im ϕ d’après 2.2.
Exemples
a) Pour l’homomorphisme det : GL
n
(R) −→R

, ker(det) = ¦A ∈ GL
n
(R)/ det(A) = 1¦ ;
ce noyau est un groupe, appelé groupe spécial linéaire et noté SL
n
(R).
b) Pour l’homomorphisme ln : R
+∗
−→R, ker(ln) = ¦a ∈ R
+∗
/ ln(a) = 0¦ = ¦1¦.
2.8 Proposition
Soient ( et (

deux groupes et ϕ : ( −→ (

un homomorphisme de groupes. Alors, on a
a) ϕ est injective ⇐⇒ ker ϕ = ¦e
G
¦ ;
b) ϕ est surjective ⇐⇒ Im ϕ = (

.
Preuve :
a) Supposons ϕ injective et soit x ∈ ker ϕ alors ϕ(x) = e
G
′ , or ϕ(e
G
) = e
G
′ d’après 2.2,
donc x = e
G
par injectivité, d’où ker ϕ = ¦e
G
¦.
Réciproquement, supposons que ker ϕ = ¦e
G
¦ et soient x, y ∈ ( tels que ϕ(x) = ϕ(y) ; alors
ϕ(x)(ϕ(y))
−1
= e
G
′ or d’après 2.2, (ϕ(y))
−1
= ϕ(y
−1
), donc e
G
′ = ϕ(x)ϕ(y
−1
) = ϕ(xy
−1
).
Donc xy
−1
∈ ker ϕ, d’où xy
−1
= e
G
et ainsi x = y. Donc ϕ est injective.
b) Evident par définition même d’une application surjective.

3. Sous-groupes
3.1 Définition
Une partie non vide H d’un groupe ( est appelée sous-groupe de ( si et seulement si H
muni de la loi de composition de ( est un groupe.
3.2 Proposition
Soit H un sous-groupe d’un groupe (. Alors la loi de composition de ( est interne à H,
l’élément neutre e
H
du groupe H n’est autre que l’élément neutre e
G
de (.
De plus, pour tout x ∈ H, l’inverse de x considéré comme élément du groupe H est le
même que l’inverse de x considéré comme élément du groupe (.
35
Preuve :
On a e
H
e
H
= e
H
dans le groupe H, mais aussi e
H
e
G
= e
H
dans le groupe (, d’où
e
H
e
H
= e
H
e
G
; on en déduit e
G
= e
H
par régularité du groupe (.
Pour tout x ∈ H, considérons son inverse x
−1
dans le groupe ( et x

son inverse dans le
groupe H; alors xx

= e
H
= e
G
= xx
−1
d’où x

= x
−1
, toujours par régularité du groupe
(.

3.3 Proposition
Soit H une partie d’un groupe multiplicatif (. Alors H est un sous-groupe de ( si et
seulement si les conditions suivantes sont vérifiées :
a)H = ∅ ;
b) ∀x, y ∈ H, xy ∈ H;
c) ∀x ∈ H, x
−1
∈ H.
Les deux conditions b) et c) sont équivalentes à la condition b’) suivante :
b’) ∀x, y ∈ H, xy
−1
∈ H.
Preuve :
Soit H un sous-groupe de ( alors, par définition, H = ∅. De plus, la loi est interne à H,
donc la condition b) est vérifiée. Enfin, l’inverse dans le groupe H d’un élément x de H
est évidemment dans H; or, d’après 3.2, il coïncide avec l’inverse x
−1
de x dans le groupe
(, donc x
−1
∈ H.
Réciproquement, soit H une partie de ( vérifiant les conditions a), b) et c). Alors la loi
est interne à H grâce à b) et la loi est encore associative dans H. De plus, H étant non
vide, il contient au moins un élément x, donc il contient également x
−1
par c) et, par
conséquent, il contient xx
−1
= e
G
par b). Enfin, tout élément x de H possède un inverse
dans H d’après c). Donc H est bien un sous-groupe de (.

3.4 Remarque : en notation additive, les conditions b), c) et b’) s’écrivent sous la forme
b) ∀x, y ∈ H, x +y ∈ H;
c) ∀x ∈ H, −x ∈ H;
b’) ∀x, y ∈ H, x −y ∈ H.
Exemples
a) Pour tout groupe (, ¦e
G
¦ et ( sont des sous-groupes de (.
b) (Z, +) est un sous-groupe de (R, +).
c) Si n ∈ N

, U
n
= ¦z ∈ C/ z
n
= 1¦ est un sous-groupe de (C

, .).
d) ¦e, σ
1
¦ est un sous-groupe de S
3
(cf. 1.5).
36
e) Tout idéal d’un anneau / est un sous-groupe de (/, +).
f) Pour tout groupe (, on appelle centre de ( et on note Z(() le sous-ensemble suivant :
Z(() = ¦x ∈ ( / ∀y ∈ (, xy = yx¦
alors Z(() est un sous-groupe de (.
g) Si ( et (

sont des groupes, ( ¦e
G
′ ¦ et ¦e
G
¦ (

sont des sous-groupes de ( (

.
3.5 Proposition
a) L’intersection de deux sous-groupes d’un groupe ( est un sous-groupe de (. Plus
généralement, si ((
i
)
i∈I
est une famille de sous-groupes de (, alors
¸
i∈I
(
i
est un sous-
groupe de (.
b) Soient ( et (

deux groupes et ϕ : ( −→ (

un homomorphisme de groupes. Alors
ker ϕ est un sous-groupe de ( et Im ϕ est un sous-groupe de (

. Si H est un sous-groupe
de (, alors ϕ(H) est un sous-groupe de (

.
Preuve
a) Soit H =
¸
i∈I
(
i
. Alors H est non vide puisque pour tout i ∈ I, (
i
contient e
G
. Soient
x, y ∈ H alors, pour tout i ∈ I, x et y ∈ (
i
, donc xy
−1
∈ (
i
puisque (
i
est un sous-groupe
de (, d’où xy
−1
∈ H. Ainsi H est un sous-groupe de (.
b) ker ϕ est non vide puisqu’il contient au moins e
G
. Soient x, y ∈ ker ϕ, alors
ϕ(xy
−1
) = ϕ(x)ϕ(y
−1
) = ϕ(x)(ϕ(y))
−1
= e
G
′ e
−1
G

= e
G

donc xy
−1
∈ ker ϕ et ainsi ker ϕ est un sous-groupe de (.
Soit H un sous-groupe de (, alors H contient e
G
, donc ϕ(H) contient ϕ(e
G
) = e
G
′ . Soient
y, y

∈ ϕ(H), il existe x, x

∈ H tels que y = ϕ(x) et y

= ϕ(x

), alors
yy
′−1
= ϕ(x)(ϕ(x

))
−1
= ϕ(x)ϕ(x
′−1
) = ϕ(xx
′−1
).
Or xx
′−1
∈ H puisque H est un sous-groupe, donc yy
′−1
∈ ϕ(H) et ainsi ϕ(H) est un
sous-groupe de (

. Dans le cas particulier où H = (, on a ϕ(H) = Im ϕ qui est donc un
sous-groupe de (

.

Remarque : la réunion de deux sous-groupes n’est pas un sous-groupe en général. Par
exemple, 2Z et 3Z sont des sous-groupes de (Z, +), mais 2Z∪3Z n’est pas un sous-groupe
de (Z, +), en effet 2 ∈ 2Z et 3 ∈ 3Z, mais 3 −2 = 1 ∈ 2Z ∪ 3Z.
3.6 Définition et proposition
Soit ( un groupe et A une partie non vide de (. Alors l’intersection de tous les sous-
groupes de ( contenant A est un sous-groupe de (, appelé sous-groupe engendré par A
et noté 'A` ; 'A` est aussi le plus petit sous-groupe de ( contenant A, i.e. H = 'A` si et
seulement si les deux conditions suivantes sont vérifiées :
∗ H est un sous-groupe de ( contenant A;
∗ pour tout sous-groupe / de ( contenant A, H ⊂ /.
37
Preuve :
Soit ((
i
)
i∈I
la famille des sous-groupes de ( contenant A (elle est non vide puisqu’elle
contient ().
Si H = 'A`, alors par définition H =
¸
i∈I
(
i
. Donc H est lui-même un sous-groupe de (
contenant A, et si / est un sous-groupe de ( contenant A, alors / est l’un des (
i
, donc
contient H.
Réciproquement, si H vérifie les deux conditions, alors, il existe i
0
∈ I tel que H = (
i
0
et
∀i ∈ I, on a H ⊂ (
i
. On en déduit
H ⊂
¸
i∈I
(
i
⊂ (
i
0
= H.
d’où
H =
¸
i∈I
(
i
= 'A`.

Exemples
a) Le sous-groupe de Z engendré par ¦n¦ est nZ.
b) Le sous-groupe de Z engendré par ¦n, m¦ est nZ +mZ = dZ où d = pgcd(n, m).
3.7 Définition et proposition
Soit ( un groupe multiplicatif et x un élément de (. Le sous-groupe de ( engendré par la
partie ¦x¦ est appelé sous-groupe engendré par x est noté 'x` (plutôt que '¦x¦`). On a
'x` = ¦x
n
/ n ∈ Z¦ en notation multiplicative et 'x` = ¦nx/ n ∈ Z¦ en notation additive.
On dit qu’un groupe ( est cyclique ou monogène s’il existe x ∈ ( tel que ( = 'x`.
Preuve :
Notons H = ¦x
n
/ n ∈ Z¦ ; H contient x et est un sous-groupe de (. En effet, pour tous
n, m ∈ Z, x
n
(x
m
)
−1
= x
n−m
∈ H.
Soit / un sous-groupe de ( contenant x, alors, comme / est stable pour la loi de groupe
de (, ∀n ∈ N

, x
n
∈ /; x
−1
∈ / également, donc (x
−1
)
n
= x
−n
∈ /, et x
0
= e ∈ /. Donc
H ⊂ /. Ainsi H est bien le sous-groupe engendré par x d’après 3.6.

Exemples
a) le groupe additif Z est cyclique : Z = '1` = '−1`.
b) pour tout entier n ≥ 1, le groupe nZ est cyclique : nZ = 'n` = '−n`.
38
3.8 Définition
Soit ( un groupe ; on appelle ordre de ( et on note [([ le cardinal du groupe (.
Soit x ∈ ( ; on appelle ordre de x et on note ord(x) l’ordre du groupe 'x`.
Remarque : Si ( est un groupe d’ordre fini, alors tout élément de ( est évidemment
d’ordre fini, mais la réciproque est fausse : l’ensemble ( = ¦z ∈ C/ ∃ n ∈ N

, z
n
= 1¦ est
un groupe d’ordre infini dont tous les élément sont d’ordre fini.
Exemples
a) Dans tout groupe (, l’élément neutre est d’ordre 1 (et c’est le seul élément d’ordre 1
de ().
b) Dans le groupe S
3
, σ
1
, σ
2
, σ
3
sont d’ordre 2, σ
4
et σ
5
sont d’ordre 3.
4. Relations d’équivalence dans les groupes
4.1 Définition et proposition
Soit ( un groupe multiplicatif et soit H un sous-groupe de (. On définit une relation 1
g
sur ( de la façon suivante :
x 1
g
y ⇐⇒ x
−1
y ∈ H.
1
g
est une relation d’équivalence sur ( ; les classes d’équivalence de 1
g
sont les ensembles
xH où x ∈ (, on les appelle classes à gauche modulo H. L’ensemble-quotient est noté
((/H)
g
. On a bien sûr les équivalences :
x 1
g
y ⇐⇒ y ∈ xH ⇐⇒ x ∈ yH ⇐⇒ xH = yH.
De même, on définit une relation 1
d
sur ( de la façon suivante :
x 1
d
y ⇐⇒ yx
−1
∈ H.
1
d
est une relation d’équivalence sur ( ; les classes d’équivalence de 1
d
sont les ensembles
Hx où x ∈ (, on les appelle classes à droite modulo H. L’ensemble-quotient est noté
((/H)
d
.
Preuve :
1
g
est réflexive : en effet ∀x ∈ (, x
−1
x = e ∈ H donc x 1
g
x.
1
g
est symétrique : si x 1
g
y, alors x
−1
y ∈ H donc (x
−1
y)
−1
∈ H, or (x
−1
y)
−1
= y
−1
x,
ainsi y
−1
x ∈ H, i.e. y 1
g
x.
1
g
est transitive : si x 1
g
y et si y 1
g
z, alors x
−1
y ∈ H et y
−1
z ∈ H donc le produit
x
−1
yy
−1
z = x
−1
z ∈ H, d’où x 1
g
z.
Donc 1
g
est une relation d’équivalence sur (. De même 1
d
est une relation d’équivalence
sur (.

39
Remarques :
Si le groupe ( est commutatif, les relations 1
g
et 1
d
coïncident, on note alors simplement
1. En notation additive, on a donc
x 1 y ⇐⇒ x −y ∈ H.
Dans le cas où ( = Z, comme tout sous-groupe est de la forme nZ, on retrouve la définition
des relations de congruence modulo n.
4.2 Théorème de Lagrange et définition
Soit ( un groupe fini et soit H un sous-groupe de (. Alors les ensembles-quotients ((/H)
g
et ((/H)
d
sont finis et ont même cardinal, appelé indice de H dans ( et noté [( : H]. De
plus, on a
[( : H] =
[([
[H[
.
On en déduit que l’ordre d’un sous-groupe divise l’ordre du groupe.
Preuve :
Il est clair que ((/H)
g
et ((/H)
d
sont finis puisque ( est fini. Considérons l’application :
f : ((/H)
g
−→ ((/H)
d
xH −→ Hx
−1
Montrons que f est injective ; soient x et y dans ( tels que f(xH) = f(yH), alors
Hx
−1
= Hy
−1
. Or x
−1
∈ Hx
−1
, donc x
−1
∈ Hy
−1
, i.e. il existe h ∈ H tel que x
−1
= hy
−1
,
donc x = (hy
−1
)
−1
= yh
−1
∈ yH, d’où xH = yH : f est injective.
Montrons que f est surjective ; tout élément de ((/H)
d
est de la forme Hy où y ∈ (, alors
y
−1
H est un antécédent de Hy par f. Donc f est surjective.
Donc f est une bijection et ainsi ((/H)
g
et ((/H)
d
ont même cardinal, noté [( : H].
Montrons que
[( : H] =
[([
[H[
.
Posons [( : H] = r et considérons un système de représentants (x
1
, x
2
, ..., x
r
) de ((/H)
g
;
les classes d’équivalence x
1
H, x
2
H,...,x
r
H forment alors une partition de (. Donc
[([ = Card(x
1
H) + Card(x
2
H) + + Card(x
r
H).
Or chaque classe x
i
H a même cardinal que H; en effet, on voit facilement que l’applica-
tion :
f
i
: H −→ x
i
H
h −→ x
i
h
est une bijection. On en déduit que [([ = r[H[ = [( : H][H[.

40
Remarque La réciproque du théorème de Lagrange est fausse : si ( est un groupe fini
d’ordre n et si k divise n, il n’existe pas toujours de sous-groupe ou d’élément de ( d’ordre
k.
Exemples
Considérons les éléments de S
4
suivants :
e =

1 2 3 4
1 2 3 4

, σ
1
=

1 2 3 4
3 4 1 2

, σ
2
=

1 2 3 4
4 3 2 1

, σ
3
=

1 2 3 4
2 1 3 4

,
σ
4
=

1 2 3 4
1 3 4 2

, σ
5
=

1 2 3 4
1 4 2 3

, σ
6
=

1 2 3 4
3 2 4 1

, σ
7
=

1 2 3 4
4 2 1 3

,
σ
8
=

1 2 3 4
2 4 3 1

, σ
9
=

1 2 3 4
4 1 3 2

, σ
10
=

1 2 3 4
2 3 1 4

, σ
11
=

1 2 3 4
3 1 2 4

.
et notons A
4
l’ensemble de ces éléments. Alors A
4
est un sous-groupe de S
4
d’ordre 12
qui ne possède aucun élément d’ordre 6 ; en effet, e est d’ordre 1, σ
1
, σ
2
, σ
3
sont d’ordre
2 et tous les autres éléments sont d’ordre 3. On montre que A
4
ne possède pas non plus
de sous-groupe d’ordre 6.
5. Sous-groupes distingués - Groupes-quotients
On a défini au § 4 pour tout sous-groupe H d’un groupe ( deux ensembles-quotients
((/H)
g
et ((/H)
d
: on va voir à quelle condition ces deux ensembles-quotients coïncident
et on va alors munir ce quotient d’une loi de groupe.
5.1 Définition et proposition
Soit ( un groupe multiplicatif et soit H un sous-groupe de ( ; on dit que H est un
sous-groupe distingué de ( si et seulement si il vérifie l’une des 5 conditions équivalentes
suivantes :
a) ((/H)
g
= ((/H)
d
;
b) ∀x ∈ (, xH = Hx;
c) ∀x ∈ (, xH ⊂ Hx;
d) ∀x ∈ (, xHx
−1
⊂ H;
e) ∀x ∈ (, xHx
−1
= H.
On note alors H⊳(.
Preuve :
Seule l’implication d) =⇒ e) n’est pas immédiate : supposons donc d) vérifié ; alors,
pour tout x ∈ (, on a l’inclusion xHx
−1
⊂ H, mais aussi, puisque x
−1
∈ (, l’inclusion
x
−1
H(x
−1
)
−1
⊂ H, i.e x
−1
Hx ⊂ H, d’où H ⊂ xHx
−1
et ainsi l’égalité xHx
−1
= H.

5.2 Exemples
a) Soit ( un groupe, alors ¦e
G
¦ est un sous-groupe distingué de (.
b) Si ( un groupe commutatif, alors tout sous-groupe de ( est distingué dans (.
41
c) Soit ϕ : ( −→ (

un homomorphisme de groupes, alors ker ϕ est un sous-groupe
distingué de (.
d) Le centre d’un groupe ( est un sous-groupe distingué de (.
Preuve :
c) Soit ϕ : ( −→ (

un homomorphisme de groupes ; considérons x ∈ ( et h ∈ ker ϕ et
montrons que xhx
−1
∈ ker ϕ : ϕ(xhx
−1
) = ϕ(x)ϕ(h)ϕ(x
−1
) = ϕ(x)e
G
′ (ϕ(x))
−1
= e
G
′ donc
xhx
−1
∈ ker ϕ.
d) Considérons x ∈ ( et h ∈ Z(() et montrons que xhx
−1
∈ Z(() ; ∀y ∈ (, on a :
(xhx
−1
)y = x(hx
−1
)y = x(x
−1
h)y = (xx
−1
)hy = hy
puisque h commute avec tout élément de (. De même on a :
y(xhx
−1
) = yx(hx
−1
) = yx(x
−1
h) = y(xx
−1
)h = yh = hy.
Donc xhx
−1
commute avec tout élément de ( : xhx
−1
∈ Z(().

5.3 Théorème
Soit ( un groupe multiplicatif et soit H un sous-groupe distingué de (, alors les relation
d’équivalence 1
g
et 1
d
coïncident (on note alors simplement 1) et sont compatibles avec
la loi de groupe de ( ; par conséquent l’ensemble quotient ((/H)
g
= ((/H)
d
que l’on note
dans ce cas (/H, est muni d’une loi de groupe définie de la manière suivante :
Soient α et β ∈ (/H; il existe x et y ∈ ( tels que α = x et β = y. On pose alors
αβ = x y = xy.
On dit que (/H est le groupe-quotient de ( par H. De plus la surjection canonique de (
sur (/H :
p : (/ −→ (/H
x −→ x
est un homomorphisme de groupes.
Enfin, si ( est commutatif ,alors (/H l’est aussi.
Preuve :
Soient x, x

, y, y

∈ ( tels que x 1 x

et y1y

i.e x
−1
x

∈ H et y
−1
y

∈ H, alors il
existe h ∈ H tel que x
−1
x

= h et il existe k ∈ H tel que y
−1
y

= k ou encore y

= yk ;
montrons que xy 1 x

y

: (xy)
−1
x

y

= (y
−1
x
−1
)x

y

= y
−1
(x
−1
x

)y = y
−1
hy

= y
−1
hyk =
(y
−1
hy)k ∈ H car y
−1
hy ∈ H puisque H⊳(. Donc xy 1 x

y

.

42
5.4 Théorème
Soient ( et (

deux groupes multiplicatifs et soit ϕ un homomorphisme de groupes de (
dans (

. Alors ϕ induit un isomorphisme de groupes
ϕ : (/ ker ϕ −→ Im ϕ
x −→ ϕ(x)
Preuve : L’application ϕ étant un homomorphisme de groupes, ker ϕ est un sous-groupe
distingué de ( et (/ ker ϕ est un groupe.
L’application ϕ est bien définie sur le groupe (/ ker ϕ en effet, si x = y il existe h ∈ ker ϕ
tel que y = xh, d’où
ϕ(y) = ϕ(xh) = ϕ(x)ϕ(h) = ϕ(x)e
G
′ = ϕ(x)
et ainsi ϕ(x) ne dépend pas du représentant choisi pour la classe x.
D’autre part, ϕ est un homomorphisme de groupes ; pour tous x, y ∈ (, on a en effet
ϕ(xy) = ϕ(xy) = ϕ(xy) = ϕ(x)ϕ(y) = ϕ(x)ϕ(y).
Il est clair que ϕ est surjective puisque son ensemble d’arrivée est Im ϕ. Montrons que ϕ
est injective ; soit x ∈ ker ϕ, on a
e
G
= ϕ(x) = ϕ(x)
donc x ∈ ker ϕ. On en déduit que x = e
G
et ainsi ϕ est injective.

5.5 Proposition
Soit H un sous-groupe distingué d’un groupe ( ; alors les sous-groupes de (/H sont
exactement les groupes-quotients //H où / est un sous-groupe de ( contenant H.
Preuve :
Si / est un sous-groupe de ( contenant H, il est clair que H est distingué dans / puisqu’il
l’est dans ( et que //H est un sous-groupe de (/H.
Réciproquement, si / est un sous-groupe de (/H et si p désigne la surjection canonique
de ( sur (/H :
p : ( −→ (/H
x −→ x
alors, en posant / = p
−1
(/), on voit facilement que / est un sous-groupe de ( contenant
H et que / = //H.

43
6. Groupes-quotients de (Z, +)
6.1 Proposition
Soit H une partie de Z. Alors, on a
H est un sous-groupe de Z ⇐⇒ ∃ k ∈ Z, H = kZ.
Preuve : cf. cours de 2ème année.
6.2 Proposition
a) Pour tout n ∈ N

, le groupe-quotient (Z/nZ, +) est cyclique d’ordre n.
b) Soit n ∈ N

et a ∈ Z. Alors, on a
a engendre Z/nZ ⇐⇒ pgcd(a, n) = 1.
Preuve :
a) On a pour tout m ∈ Z, m = m1 dans Z/nZ donc Z/nZ = '1` est cyclique.
b) Supposons Z/nZ = 'a`. Alors, en particulier, 1 s’écrit 1 = ka = ka pour un certain
entier k, donc il existe m ∈ Z tel que 1 = ka + mn; on en déduit alors que pgcd(a, n) =
1 d’après le théorème de Bezout. Réciproquement, si pgcd(a, n) = 1, alors d’après le
théorème de Bezout, il existe k, m ∈ Z tels que 1 = ka+mn, d’où 1 = ka+0 = ka. Alors,
pour tout l ∈ Z, l = l1 = lka, donc Z/nZ = 'a`.

6.3 Théorème
Le théorème des restes chinois vu en 2ème année peut s’exprimer de la façon suivante :
soient n, m ∈ N

, alors l’application
ϕ : Z/nmZ −→ Z/nZ Z/mZ
k (mod nm) −→ ( k (mod n), k (mod m))
est bien définie et est un homomorphisme de groupes. De plus, on a :
pgcd(n, m) = 1 ⇐⇒ ϕ est un isomorphisme .
Preuve :
L’application ϕ est bien définie, en effet, si k ≡ l (mod nm) alors nm divise k − l, donc
n et m divisent k −l et ainsi k ≡ l (mod n) et k ≡ l (mod m).
Montrons que ϕ est un homomorphisme de groupes :
Si k ∈ Z, notons k la classe de k (mod n) ,
´
k la classe de k (mod m) et
¯
k la classe de k
(mod nm).
Pour tous k, l ∈ Z, on a alors
ϕ(

k +l) = (k +l,

k +l) = (k +l,
´
k +
´
l) = (k,
´
k) + (l,
´
l) = ϕ(
¯
k) +ϕ(
¯
l).
44
Donc ϕ est un homomorphisme de groupes.
Dire que ϕ est bijectif revient à dire que pour tout (a,
´
b) ∈ Z/nZ Z/mZ, il existe
un unique élément
¯
k ∈ Z/nmZ tel que ϕ(
¯
k) = (a,
´
b), i.e. le système de congruences

k ≡ a (mod n)
k ≡ b (mod m)
possède une unique solution dans Z modulo nm. Or le théorème des
restes chinois affirme que c’est le cas si et seulement si n et m sont premiers entre eux.

On a vu que Z et Z/nZ sont des groupes cycliques ; en fait, à isomorphisme près, ce sont
les seuls :
6.4 Théorème
1) Soit ( un groupe cyclique. Alors
a) Si ( est infini, ( est isomorphe à Z.
b) Si ( est d’ordre fini n, ( est isomorphe à Z/nZ.
Preuve :
1) ( étant un groupe cyclique, il existe x ∈ ( tel que ( = 'x` = ¦x
m
/ m ∈ Z¦ en notation
multiplicative.
Considérons l’application :
ϕ : Z −→ (
m −→ x
m
Alors, ϕ est un homomorphisme de groupes, en effet :
∀k, m ∈ Z, ϕ(k +m) = x
k+m
= x
k
x
m
= ϕ(k)ϕ(m).
Donc ker ϕ est un sous-groupe de Z et ainsi, il existe n ∈ N tel que ker ϕ = nZ. De
plus, ϕ est clairement surjective, puisque ( = ¦x
m
/ m ∈ Z¦. Donc, d’après 5.4, on a
l’isomorphisme
Z/nZ ≃ (.
Si ( est fini alors il est donc d’ordre n.
Si ( est infini, alors Z/nZ aussi donc nécessairement, n = 0 donc ker ϕ = ¦0¦ et ainsi ϕ
est un isomorphisme de Z sur (.

6.5 Proposition
Soit ( un groupe multiplicatif d’ordre fini et soit x ∈ (. Alors l’ordre de x est le plus
petit des entiers k ≥ 1 vérifiant x
k
= e et on a
'x` = ¦e, x, x
2
, ..., x
ord(x)−1
¦.
De plus, pour tout m ∈ Z, on a : x
m
= e ⇐⇒ ord(x)[m.
45
Preuve :
Soit x ∈ ( ; comme 'x` est un sous-groupe du groupe fini (, il est lui-même fini, d’ordre
n ≥ 1. Considérons l’homomorphisme de groupes
ϕ : Z −→ (
m −→ x
m
alors, il est clair que Imϕ = 'x`, de plus ker ϕ est un sous-groupe de Z donc il existe d ∈ N
tel que ker ϕ = dZ. Donc, d’après 5.4, on a l’isomorphisme
Z/dZ ≃ 'x`
on en déduit aussitôt que d = n; par conséquent, on a pour tout entier k
x
k
= e ⇐⇒ ϕ(k) = e ⇐⇒ k ∈ ker ϕ ⇐⇒ k ∈ nZ ⇐⇒ n[k
et ainsi ord(x) est bien le plus petit des entiers k ≥ 1 vérifiant x
k
= e.
Montrons maintenant que 'x` = ¦e, x, x
2
, ..., x
ord(x)−1
¦ : notons E = ¦e, x, x
2
, ..., x
ord(x)−1
¦,
il est clair que E ⊂ 'x` ; réciproquement, considérons un élément y de 'x` : il existe m ∈ Z
tel que y = x
m
. Effectuons la division euclidienne de m par n : m = nq+r où 0 ≤ r ≤ n−1 ;
alors y = x
m
= (x
n
)
q
x
r
= e
q
x
r
= x
r
∈ E d’où 'x` ⊂ E et ainsi 'x` = E.

6.6 Corollaire
Soit ( un groupe fini d’ordre n. Comme pour tout x ∈ (, l’ordre de x divise l’ordre de (,
on a ∀x ∈ (, x
n
= e.
Exemple Dans le groupe fini U
n
, e
2iπ
n
est d’ordre n.
6.7 Notation additive
Soit ( un groupe additif et x ∈ (, alors
'x` = ¦nx/ n ∈ Z¦.
Si ( est fini, alors ord(x) est le plus petit des entiers k ≥ 1 tels que kx = 0
G
et
'x` = ¦0
G
, x, 2x, ..., (ord(x) −1)x¦.
De plus, pour tout m ∈ Z on a : mx = 0
G
⇐⇒ ord(x)[m.
6.8 Théorème
Tout sous-groupe d’un groupe cyclique est cyclique.
Preuve :
Soit H un sous-groupe d’un groupe cyclique (.
Si ( est infini, ( est isomorphe à Z; comme les sous-groupes de Z sont tous cycliques
d’après 3.4 alors, par isomorphisme, les sous-groupes de ( sont tous cycliques également.
Si ( est d’ordre fini n, alors ( = 'x` = ¦e, x, x
2
, ..., x
n−1
¦. Soit H un sous-groupe de ( :
46
Si H = ¦e¦, alors H est engendré par e donc cyclique.
Si H = ¦e¦, l’ensemble E

= ¦k ≥ 1/ x
k
∈ H¦ est non vide, puisque H est un sous-groupe
de ¦e, x, x
2
, ..., x
n−1
¦, non réduit à ¦e¦. Donc E

possède un plus petit élément d ≥ 1 ;
montrons que H = 'x
d
`. Il est clair que 'x
d
` ⊂ H, puisque x
d
∈ H, réciproquement, soit
a ∈ H alors a fortiori a ∈ (, donc il existe k ∈ ¦0, 1, ..., n −1¦ tel que a = x
k
. Effectuons
la division euclidienne de k par d : k = qd + r où 0 ≤ r ≤ d − 1, alors a = x
k
= (x
d
)
q
x
r
donc x
r
= a(x
d
)
−q
d’où x
r
∈ H, puisque x
d
∈ H et a ∈ H. Si r ≥ 1 alors r ∈ E

donc
r ≥ d, ce qui est absurde, donc r = 0 et ainsi a = (x
d
)
q
∈ 'x
d
`. Donc H = 'x
d
` : H est
cyclique.

6.9 Théorème
Le produit direct de deux groupes cycliques finis H et / est cyclique si et seulement si
les ordres de H et / sont premiers entre eux.
Preuve :
Soient H et / deux groupes cycliques finis d’ordre respectivement n et m. Alors d’après
6.4 on a H ≃ Z/nZ et / ≃ Z/mZ. Donc, si n et m sont premiers entre eux, d’après 6.3
on a H/ ≃ Z/nmZ donc H/ est cyclique.
Réciproquement, supposons que H/ est cyclique : alors il existe un élément (h, k) de
H/ qui engendre H/, i.e qui est d’ordre nm. Démontrons le lemme suivant :
Lemme : Soient H et / deux groupes finis et soient (h, k) ∈ H /; alors l’ordre de
(h, k) est le ppcm des ordres de h et k.
En effet, si on note ord(h) = r, ord(k) = s, ord(h, k) = t et ppcm(r, s) = u, alors
(e
H
, e
K
) = (h, k)
t
= (h
t
, k
t
) d’où h
t
= e
H
et k
t
= e
K
donc r et s divisent t et ainsi
u = ppcm(r, s) divise t. D’autre part, r divise u donc h
u
= e
H
et s divise u donc k
u
= e
K
,
d’où (h, k)
u
= (e
H
, e
K
) et ainsi t divise u, donc t = u.
Appliquons le lemme à (h, k) : notons ord(h) = r, ord(k) = s, alors on a
nm = ord(h, k) = ppcm(r, s)
or h ∈ H qui est d’ordre n donc r divise n i.e il existe n

∈ N tel que n = rn

, de même
s divise m donc il existe m

∈ N tel que m = sm

, ainsi on a n

m

rs = ppcm(r, s) ;
or ppcm(r, s) divise rs, i.e il existe u ∈ N tel que rs = u ppcm(r, s), donc n

m

u
ppcm(r, s) = ppcm(r, s) d’où n

m

u = 1 et ainsi n

= m

= u = 1. On en déduit que n = r
et m = s donc nm = ppcm(n, m), d’où pgcd(n, m) = 1.

7. Groupes isomorphes
L’un des problèmes centraux de la théorie des groupes consiste à pouvoir dire si deux
groupes donnés sont isomorphes ou pas ; s’ils le sont, il suffit pour le prouver d’exhiber
un isomorphisme entre les deux, s’ils ne le sont pas, il suffit de montrer qu’une propriété
que l’on sait commune à deux groupes isomorphes est vérifiée par l’un et pas par l’autre.
47
D’où l’utilité de faire une liste (non exhaustive !) de propriétés communes à deux groupes
isomorphes :
7.1 Théorème
Soient ( et (

deux groupes isomorphes ; notons ϕ un isomorphisme de ( sur (

. Alors,
on a :
a) Si ( est commutatif, (

aussi ;
b) Si ( est infini, alors (

aussi ;
c) Si ( est fini, alors (

aussi et [([ = [(

[ ;
d) ∀x ∈ (, ord(x) = ord(ϕ(x)) (éventuellement infini). Pour un entier k donné, ( et (

ont le même nombre d’éléments d’ordre k (éventuellement aucun!) ;
e) Si ( est cyclique, (

aussi ;
f) Si ( possède un sous-groupe H d’ordre k, alors (

aussi, à savoir ϕ(H). Pour un entier
k donné, ( et (

ont le même nombre de sous-groupes d’ordre k (éventuellement aucun!).
Preuve :
a) : immédiat.
b) et c) : proviennent du fait que ϕ est bijectif.
d) et e) : en notation multiplicative 'x` = ¦x
n
/ n ∈ Z¦, alors, on a
ϕ('x`) = ¦ϕ(x
n
)/ n ∈ Z¦ = ¦(ϕ(x))
n
/ n ∈ Z¦ = 'ϕ(x)`.
D’où le résultat.
f) Si H est un sous-groupe de (, alors ϕ(H) est un sous groupe de (

d’après 3.5, et de
même cardinal que H puisque ϕ est bijectif.

7.2 Exemples
a) Z/4Z et Z/6Z ne sont pas isomorphes car ils sont d’ordres différents.
b) Z/6Z et S
3
ne sont pas isomorphes : ils ont certes le même ordre, mais l’un est com-
mutatif et l’autre ne l’est pas.
c) Z/4Z et Z/2Z Z/2Z ne sont pas isomorphes : ils ont le même ordre, sont tous
deux commutatifs, mais Z/4Z possède un élément d’ordre 4, alors que Z/2ZZ/2Z n’en
possède pas. En effet :
Z/2Z Z/2Z = ¦(0, 0), (0, 1), (1, 0), (1, 1)¦.
et (0, 0) est d’ordre 1 , (0, 1), (1, 0), (1, 1) sont d’ordre 2.
Z/2Z Z/2Z est appelé groupe de Klein.
8 Groupe symétrique
On a défini au § I le groupe symétrique S
n
comme le groupe des bijections de l’ensemble
E
n
= ¦1, 2, , n¦ sur lui même. On va étudier plus en détail sa structure.
48
8.1 Définition et proposition
Soit σ ∈ S
n
; on définit une relation 1
σ
sur E
n
de la façon suivante :
k 1
σ
m ⇐⇒ ∃ p ∈ Z / m = σ
p
(k)
La relation 1
σ
est une relation d’équivalence. La classe d’équivalence d’un élément k de
E
n
est appelée orbite de k suivant σ et notée O
σ
(k)
O
σ
(k) = ¦σ
p
(k) / p ∈ Z¦
Les orbites suivant σ forment alors une partition de E
n
.
Preuve : immédiate.
8.2 Définition
Soit σ ∈ S
n
− ¦Id¦ ; on appelle support de σ et on note supp(σ) le sous-ensemble de E
n
défini par :
supp(σ) = ¦i / 1 ≤ i ≤ n et σ(i) = i¦.
8.3 Définition
Soit d un entier ≤ n; on dit qu’un élément σ ∈ S
n
est un d-cycle si et seulement si une
seule de ses orbites, dont le cardinal est d, n’est pas réduite à un élément. Cette orbite
est alors le support du cycle σ.
Autrement dit, σ est un d-cycle si et seulement si il existe d éléments a
1
, a
2
, , a
d
distincts
deux à deux de E
n
tels que

σ(a
i
) = a
i+1
pour 1 ≤ i ≤ d −1 et σ(a
d
) = a
1
σ(j) = j pour j ∈ E
n
−¦a
1
, a
2
, , a
d
¦
On a alors supp(σ) = ¦a
1
, a
2
, , a
d
¦ et on note σ = (a
1
a
2
a
d
).
Un 2-cycle est appelé une transposition : il échange deux éléments de E
n
et laisse fixes
tous les autres.
On dit que deux cycles sont disjoints si leurs supports respectifs sont disjoints.
8.4 Proposition
Soit σ et τ des cycles de S
n
. Alors on a :
a) Si σ est un d-cycle, ord(σ) = d ;
b) supp(σ) = supp(σ
−1
) et σ(supp(σ)) = supp(σ) ;
c) supp(σ ◦ τ) ⊂ supp(σ) ∪ supp(τ) ;
d) Si σ et τ sont disjoints alors σ ◦ τ = τ ◦ σ et supp(σ ◦ τ) = supp(σ) ∪ supp(τ).
Preuve :
a) Soit σ = (a
1
a
2
a
d
) un d-cycle ; il est facile de voir que σ
k
(a
1
) = a
1+k
pour
1 ≤ k ≤ d −1, d’où σ
d−1
(a
2
) = σ
d−1
(σ(a
1
)) = σ(σ
d−1
(a
1
)) = σ(a
d
) = a
1
, ....., σ
d−1
(a
d
) =
σ
d−1
(σ(a
d−1
)) = σ(σ
d−1
(a
d−1
)) = σ(a
d−2
) = a
d−1
; on en déduit, d’une part que σ
k
= Id
49
si 1 ≤ k ≤ d − 1, et d’autre part que σ
d
(a
1
) = σ(a
d
) = a
1
,....., σ
d
(a
d
) = σ(a
d−1
) = a
d
,
d’où σ
d
= Id. Donc ord(σ) = d.
b) Soit j ∈ E
n
, alors on a
j ∈ supp(σ) ⇐⇒ σ(j) = j ⇐⇒ σ
−1
(j) = j ⇐⇒ j ∈ supp(σ
−1
).
Donc supp(σ) = supp(σ
−1
). D’autre part il est clair que σ(supp(σ)) = supp(σ).
c) Soit j ∈ E
n
tel que j ∈ supp(σ) et j ∈ supp(τ) ; alors σ(j) = j et τ(j) = j, d’où
σ◦τ(j) = j et ainsi j ∈ supp(σ◦τ). Donc, par contraposée, supp(σ◦τ) ⊂ supp(σ)∪supp(τ).
d) Supposons σ et τ disjoints et soit j ∈ E
n
; comme supp(σ) et supp(τ) sont disjoints, il
n’y a que 3 cas de figure pour j :
∗ 1er cas : j ∈ supp(σ) et j ∈ supp(τ) ; alors σ(j) = j et τ(j) = j donc σ ◦ τ(j) = j =
τ ◦ σ(j).
∗ 2ème cas : j ∈ supp(σ) et j ∈ supp(τ) ; alors σ(j) = j donc τ ◦ σ(j) = τ(j), d’autre
part, τ(j) ∈ supp(τ) d’après b) et supp(σ) et supp(τ) sont disjoints donc τ(j) ∈ supp(σ)
d’où σ ◦ τ(j) = τ(j) et ainsi σ ◦ τ(j) = τ ◦ σ(j).
∗ 3ème cas : j ∈ supp(σ) et j ∈ supp(τ) ; on se ramène au 2ème cas en échangeant les
rôles de σ et τ.
Donc ∀j ∈ E
n
, σ ◦ τ(j) = τ ◦ σ(j) : σ ◦ τ = τ ◦ σ.
Montrons maintenant que supp(σ ◦ τ) = supp(σ) ∪ supp(τ) ; d’après c) on a l’inclusion
supp(σ ◦ τ) ⊂ supp(σ) ∪ supp(τ), il reste à montrer l’inclusion inverse :
soit j ∈ E
n
tel que j ∈ supp(σ ◦ τ), alors σ ◦ τ(j) = τ ◦ σ(j) = j. Supposons que σ(j) = j,
alors τ(j) = j, en effet, si τ(j) = j, alors σ ◦ τ(j) = σ(j) = j ce qui est absurde, donc
j ∈ supp(σ) ∩ supp(τ) ce qui est impossible puisque supp(σ) et supp(τ) sont disjoints.
Donc σ(j) = j et par conséquent, j = τ ◦ σ(j) = τ(j), d’où j ∈ supp(σ) et j ∈ supp(τ).
On en déduit aussitôt que supp(σ) ∪ supp(τ) ⊂ supp(σ ◦ τ).

8.5 Proposition
Soit (σ
i
)
1≤i≤p
une famille de cycles deux à deux disjoints et soit σ = σ
1
◦ ◦ σ
p
; alors,
on a :
a) σ coïncide avec σ
j
sur supp(σ
j
) pour tout 1 ≤ j ≤ p, et avec Id sur E
n

¸
1≤i≤p
supp(σ
i
).
b) Les supports des σ
i
sont les orbites suivant σ non réduites à un élément.
Preuve :
a) Soit k ∈ supp(σ
j
), alors on a pour tout i = j, k ∈ supp(σ
i
) puisque les supports sont
deux à deux disjoints d’où σ
i
(k) = k donc
¸
i=j
σ
i
(k) = k d’où, en écrivant σ = σ
j
¸
i=j
σ
i
,
on obtient σ(k) = σ
j
(k).
Soit maintenant k ∈ E
n

¸
1≤i≤p
supp(σ
i
), alors pour tout 1 ≤ i ≤ p, σ
i
(k) = k d’où
σ(k) = k.
50
b) Soit k ∈ supp(σ
i
), alors on peut écrire
supp(σ
i
) = ¦σ
m
i
(k) / m ∈ Z¦ = O
σ
i
(k)
car supp(σ
i
) est la seule orbite non réduite à un élément. Or d’après a) σ(k) = σ
i
(k)
puisque k ∈ supp(σ
i
), donc pour tout m ∈ Z, on a σ
m
(k) = σ
m
i
(k) car σ
i
(k) ∈ supp(σ
i
)
et par conséquent
supp(σ
i
) = ¦σ
m
(k) / m ∈ Z¦ = O
σ
(k)
et ainsi supp(σ
i
) est une orbite suivant σ. De plus, d’après a), on a
¸
1≤i≤p
supp(σ
i
) = ¦k ∈ E
n
/ σ(k) = k¦
donc toute orbite suivant σ non réduite à un élément est l’un des supp(σ
i
).

8.6 Théorème et définition
Toute permutation σ ∈ S
n
distincte de Id s’écrit de manière unique, à l’ordre près, comme
produit d’une famille de cycles disjoints deux à deux :
σ = σ
1
◦ ◦ σ
p
où σ
i
est un d
i
-cycle avec d
1
≤ d
2
≤ ≤ d
p
: le p-uplet (d
1
, , d
p
) est appelé le type
de σ.
De plus ord(σ) = ppcm(ord(σ
1
), , ord(σ
p
)).
Preuve : Soit σ ∈ S
n
distincte de Id, alors les orbites suivant σ ne sont pas toutes réduites
à un seul élément ; considérons donc la famille (T
i
)
1≤i≤p
des orbites suivant σ non réduites
à un seul élément et pour tout 1 ≤ i ≤ p notons σ
i
la permutation qui coïncide avec σ
sur T
i
et avec Id sur E
n
−T
i
: il est clair que σ
i
est un cycle de support T
i
.
Les orbites d’une permutation formant une partition de E
n
, il est clair que les ensembles
T
i
sont disjoints deux à deux, donc les cycles σ
i
commutent entre eux deux à deux. Posons
alors
σ

= σ
1
◦ ◦ σ
p
.
Montrons que σ = σ

: si k ∈ E
n

¸
1≤i≤p
supp(σ
i
), alors σ(k) = k = σ

(k) et si k ∈ supp(σ
j
),
alors en écrivant σ

= σ
j
¸
i=j
σ
i
, on a σ

(k) = σ
j
(k) = σ(k). Donc σ = σ

.
Montrons maintenant l’unicité, à l’ordre près, de la décomposition : si σ = τ
1
◦ ◦ τ
q

τ
1
, , τ
q
sont des cycles disjoints deux à deux , alors d’après 8.5, les supports des τ
j
sont
exactement les orbites suivant σ non réduites à un élément, donc ce sont les ensembles T
i
,
par conséquent p = q et, quitte à réindexer les τ
i
, on a supp(τ
i
) = T
i
pour tout 1 ≤ i ≤ p.
On en déduit, toujours d’après 8.5, que pour tout 1 ≤ i ≤ p, τ
i
coïncide avec σ sur T
i
et
avec Id sur E
n

¸
1≤i≤p
supp(σ
i
). Or σ
i
coïncide avec σ sur T
i
et avec Id sur E
n
−supp(σ
i
),
de plus, comme les supports des cycles σ
j
sont disjoints deux à deux, σ
i
coïncide avec Id
sur T
j
pour tout j = i ; donc τ
i
= σ
i
pour tout 1 ≤ i ≤ p.
51
Notons m = ppcm(ord(σ
1
), , ord(σ
p
)) et n = ord(σ) ; comme σ
1
, , σ
p
commutent
entre eux deux à deux, on a σ
m
= σ
m
1
◦ ◦ σ
m
p
= Id ◦ ◦ Id = Id, d’où n divise m.
Réciproquement, on a Id = σ
n
= σ
n
1
◦ ◦ σ
n
p
donc σ
n
1
= (σ
−1
2
)
n
◦ ◦ (σ
−1
p
)
n
, donc
supp(σ
n
1
) = supp((σ
−1
2
)
n
◦ ◦ (σ
−1
p
)
n
) ⊂ supp(σ
2
) ∪ ∪ supp(σ
p
) d’après 8.4. Or, si
σ
n
1
= Id, son support est non vide et contenu dans supp(σ
1
) ; mais comme les cycles
σ
1
, , σ
p
sont disjoints deux à deux, supp(σ
1
) et supp(σ
2
) ∪ ∪supp(σ
p
) sont disjoints,
ce qui est absurde. Donc σ
n
1
= Id ; de la même manière, on montre que σ
n
2
= = σ
n
p
= Id
et ainsi n est multiple des ordres des σ
i
donc de leur ppcm m. On en déduit que n = m.

Exemple Considérons la permutation
σ =

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
9 10 1 8 7 4 5 2 3 6

et déterminons ses orbites :
O(1) = ¦1, 9, 3¦, O(2) = ¦2, 10, 6, 4, 8¦ et O(5) = ¦5, 7¦
Alors, en posant σ
1
= (1 9 3), σ
2
= (2 10 6 4 8) et σ
3
= (5 7), on a aussitôt σ = σ
1
◦σ
2
◦σ
3
et ainsi ord(σ) = ppcm(3, 5, 2) = 30.
8.7 Application
On peut facilement calculer la puissance n
ieme
d’une permutation à partir de sa décompo-
sition en cycles : si σ = σ
1
◦ ◦ σ
p
où les σ
i
sont des d
i
-cycles deux à deux disjoints donc
commutant entre eux deux à deux , alors σ
m
= σ
m
1
◦ ◦ σ
m
p
et, puisque σ
i
est d’ordre d
i
,
σ
m
i
= σ
r
i
i
où r
i
est le reste de la division euclidienne de m par d
i
:
Exemple : Calcul de σ
3071
si σ =

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
9 10 1 8 7 4 5 2 3 6

alors σ = σ
1
◦ σ
2
◦ σ
3
où σ
1
= (1 9 3), σ
2
= (2 10 6 4 8) et σ
3
= (5 7), d’où
σ
3071
= σ
3071
1
◦ σ
3071
2
◦ σ
3071
3
et σ
3071
1
= σ
2
1
= (3 9 1) , σ
3071
2
= σ
2
= (2 10 6 4 8) et σ
3071
3
= σ
3
= (5 7)
donc
σ
3071
=

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
3 10 9 8 7 4 5 2 1 6

8.8 Théorème
a) Si n ≥ 2, toute permutation σ ∈ S
n
s’écrit comme produit de transpositions (la
décomposition n’est pas unique).
b) Si n ≥ 2, toute permutation σ ∈ S
n
s’écrit comme produit de transpositions du type
(i i + 1).
Preuve :
a) Il suffit de constater que tout cycle peut s’écrire comme produit de transpositions grâce
à l’identité
(a
1
a
2
a
3
a
d−1
a
d
) = (a
1
a
2
) ◦ (a
2
a
3
) (a
d−1
a
d
)
52
et d’utiliser le théorème 8.6.
b) Avec a) il suffit de montrer que toute transposition (a b) où a < b peut s’écrire comme
produit de transpositions du type (i i + 1) : si b = a + 1, c’est clair et si b > a + 1 , on
fait une récurrence sur b −a à l’aide de l’identité (a b) = (b −1 b)(a b −1)(b −1 b).

8.9 Théorème
Deux permutations σ et σ

de S
n
sont conjuguées (i.e il existe τ ∈ S
n
tel que σ

= τ◦σ◦τ
−1
)
si et seulement si σ et σ

ont le même type.
Preuve :
Si σ et σ

∈ S
n
sont conjuguées, alors il existe τ ∈ S
n
tel que σ

= τ ◦ σ ◦ τ
−1
; écrivons
σ = σ
1
◦ ◦ σ
p
où les σ
i
sont des d
i
-cycles deux à deux disjoints. Il est facile de vérifier
que le conjugué d’un d
i
-cycle est un d
i
-cycle, plus précisément si σ
i
= (a
1
a
2
a
d
i
) on
a :
τ ◦ σ
i
◦ τ
−1
= (τ(a
1
) τ(a
2
) τ(a
d
i
)) = σ

i
alors
σ

= τ ◦ σ ◦ τ
−1
= (τ ◦ σ
1
◦ τ
−1
) ◦ (τ ◦ σ
2
◦ τ
−1
) ◦ ◦ (τ ◦ σ
d
◦ τ
−1
) = σ

1
◦ ◦ σ

p
donc σ

a même type que σ.
Réciproquement, si σ et σ

ont le même type alors on a les décompositions en produit de
cycles disjoints σ = σ
1
◦ ◦ σ
p
où σ
i
= (a
i
1
a
i
2
a
i
d
i
) est un d
i
-cycle et σ

= σ

1
◦ ◦ σ

p
où σ

i
= (a

1
i
a

2
i
a

d
i
i
) est aussi un d
i
-cycle. Comme les cycles sont disjoints deux à
deux, on peut définir une permutation τ en posant pour tout 1 ≤ i ≤ p et pour tout
1 ≤ j ≤ d
i
, τ(a
i
j
) = a

j
i
et τ(a) = a si a n’est dans aucun support des σ
i
, alors on a pour
tout 1 ≤ i ≤ p, τ ◦ σ
i
◦ τ
−1
= σ

i
d’où σ

= τ ◦ σ ◦ τ
−1
.

8.10 Définition
Soit σ ∈ S
n
: on appelle signature de σ et on note ε(σ) l’entier (−1)
n−m
où m désigne le
nombre d’orbites suivant σ.
8.11 Proposition
a) ε(Id) = 1 ;
b) Si σ est une transposition, ε(σ) = −1 ;
c) Si σ est un d-cycle, ε(σ) = (−1)
d−1
.
Preuve :
a) Dans S
n
, Id possède n orbites, d’où ε(Id) = (−1)
n−n
= 1.
b) Une transposition σ de S
n
possède n −1 orbites : son support réduit à deux éléments
et n −2 orbites réduites à un élément, d’où ε(σ) = −1.
c) Soit σ un d-cycle de S
n
: σ = (a
1
a
2
a
3
a
d−1
a
d
), alors O(a
1
) = O(a
2
) = =
O(a
d
) et O(a) = ¦a¦ si a ∈ ¦a
1
, a
2
a
3
, , a
d
¦ donc σ possède n − d + 1 orbites, d’où
ε(σ) = (−1)
d−1
.
53
8.12 Proposition
Soit σ ∈ S
n
et soit τ une transposition; alors ε(σ ◦ τ) = −ε(σ).
Preuve : Soit m le nombre d’orbites suivant σ.
Posons τ = (a b) et σ

= σ ◦ τ, alors σ

(a) = σ(b) , σ

(b) = σ(a) et σ

(x) = σ(x) si x = a
et b, donc seules les orbites suivant σ contenant a ou b sont modifiées par τ.
1er cas : a et b sont dans la même orbite O de cardinal p suivant σ, alors
O = ¦a, σ(a), , σ
p−1
(a)¦
et il existe 0 < q ≤ p − 1 tel que b = σ
q
(a) ; calculons l’orbite suivant σ

contenant a :
σ

(a) = σ(b) = σ(σ
q
(a)) = σ
q+1
(a), σ
′2
(a) = σ

(σ(b)) = σ(σ(b)) = σ
q+2
(a),etc.....,σ
′k
(a) =
σ
q+k
(a), etc...., σ
′p−q−1
(a) = σ


′p−q−2
(a)) = σ


p−2
(a)) = σ
p−1
(a) et
σ
′p−q
(a) = σ


′p−q−1
(a)) = σ


p−1
(a)) = σ
p
(a) = a, d’où
O
σ
′ (a) = ¦a, σ
q+1
(a), σ
q+2
(a), , σ
p−1
(a)¦.
Donc b ∈ O
σ
′ (a) : on obtient deux orbites suivant σ

alors qu’on en avait une seule pour
σ, donc σ

admet m+ 1 orbites, d’où ε(σ

) = (1)
n−m−1
= −ε(σ).
2ème cas : a et b sont dans deux orbites distinctes O
1
et O
2
suivant σ
O
1
= ¦a, σ(a), , σ
p−1
(a)¦ et O
2
= ¦b, σ(a), , σ
q−1
(b)¦
Alors σ

(a) = σ(b), σ
′2
(a) = σ

(σ(b)) = σ
2
(b),etc..., σ
′q
(a) = σ


′q−1
(b)) = σ(σ
q−1
(b)) =
σ
q
(b) = b donc b ∈ O
σ
′ (a) et par conséquent a et b sont dans la même orbite suivant σ

,
donc σ

admet m−1 orbites, d’où ε(σ

) = (1)
n−m+1
= −ε(σ).

8.13 Corollaire
Si σ est produit de p transpositions, alors ε(σ) = (−1)
p
.
Preuve : immédiate avec 8.12.

8.14 Définition et théorème
Si σ ∈ S
n
, on définit le nombre k d’inversions de σ comme le nombre de couples (i, j) ∈ E
2
n
tels que i < j et σ(i) > σ(j) ; alors ε(σ) = (−1)
k
.
Preuve :
D’après 8.8 b) σ peut s’écrire comme produit de transpositions de la forme (i i + 1)
et il est facile de voir que le nombre de transpositions nécessaires à cette écriture est
exactement le nombre d’inversions k de σ, d’où ε(σ) = (−1)
k
d’après 8.13.

8.15 Théorème
L’application signature est un homomorphisme de groupes de S
n
dans le groupe multipli-
catif ¦1, −1¦, surjectif si n ≥ 2 :
∀σ, τ ∈ S
n
, ε(σ ◦ τ) = ε(σ)ε(τ).
54
Preuve :
Considérons σ et τ ∈ S
n
, alors d’après 8.8 σ peut s’écrire comme produit de p transposi-
tions et τ comme produit de q transpositions, donc σ ◦ τ peut s’écrire comme produit de
p +q transpositions et ainsi d’après 8.13 :
ε(σ ◦ τ) = (−1)
p+q
= (−1)
p
(−1)
q
= ε(σ)ε(τ)
Donc ε est un homomorphisme de groupes de S
n
dans le groupe multiplicatif ¦1, −1¦ ; de
plus si n ≥ 2, S
n
contient Id et au moins une transposition, donc ε est surjectif.

8.16 Calcul de la signature
On a donc trois méthodes pour calculer la signature d’une permutation :
a) en calculant le nombre d’orbites et en utilisant la définition 8.10 ;
b) à partir de la décomposition en produit de cycles disjoints en utilisant 8.15 et 8.11 ;
c) en comptant le nombre d’inversions de la permutation et en utilisant 8.14.
Exemple Considérons la permutation de S
10
σ =

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
9 10 1 8 7 4 5 2 3 6

On a vu dans 8.6 que σ comptait trois orbites, donc ε(σ) = (−1)
10−3
= −1 ; d’autre part
on a vu que σ = σ
1
◦ σ
2
◦ σ
3
où σ
1
= (1 9 3), σ
2
= (2 10 6 4 8) et σ
3
= (5 7), donc
ε(σ) = ε(σ
1
)ε(σ
2
)ε(σ
3
) = (−1)
3−1
(−1)
5−1
(−1)
2−1
= −1 ; enfin le nombre d’inversions de
σ est égal à 8 + 8 + 0 + 6 + 5 + 2 + 2 + 0 + 0 = 31, donc ε(σ) = (−1)
31
= −1.
8.17 Théorème et définition
Le noyau de l’homomorphisme ε est un sous-groupe distingué de S
n
, appelé groupe alterné
et noté A
n
:
A
n
= ¦σ ∈ S
n
/ ε(σ) = 1¦.
Les éléments de A
n
sont appelées permutations paires et les éléments de S
n
− A
n
sont
appelées permutations impaires.
Si n ≥ 2, ε étant surjectif, on a l’isomorphisme de groupes
S
n
/A
n
≃ ¦1, −1¦
On en déduit que A
n
est d’ordre
n!
2
: il y a donc autant de permutations paires que de
permutations impaires.
Preuve : immédiat d’après 5.2, 5.4 et le théorème de Lagrange.
55
9. Equation des classes
9.1 Définition et proposition
Soit ( un groupe ; pour tout x ∈ (, l’ensemble C
x
défini par
C
x
= ¦y ∈ ( / xy = yx¦
est un sous-groupe de ( appelé centralisateur de x.
Preuve : immédiat.
9.2 Définition et proposition
On considère la relation B dite de conjugaison sur un groupe ( définie par
x B y ⇐⇒ ∃ a ∈ (, y = axa
−1
.
Alors B est une relation d’équivalence sur (.
Preuve : immédiat.
9.3 Théorème
Soit ( un groupe fini et soit (x
1
, x
2
, , x
r
) un système de représentants de la relation de
conjugaison B tel que pour 1 ≤ i ≤ s, x
i
∈ Z(() et pour s + 1 ≤ i ≤ r, x
i
∈ Z(() ; alors
on a “l’équation des classes”
[([ = [Z(()[ +
¸
1≤i≤s
[( : C
x
i
].
.
Preuve : cf. exercice.
56
IV GROUPES COMMUTATIFS FINIS
Dans tout le chapitre, on considère des groupes additifs commutatifs.
1 Somme directe de groupes
1.1 Définition
Soit ((, +) un groupe commutatif et soient H
1
, H
2
, , H
k
des sous-groupes de ( ; on dit
que ( est somme directe des sous-groupes H
1
, H
2
, , H
k
et on note ( = H
1
⊕H
2
⊕ ⊕H
k
si et seulement si on a :
∀x ∈ (, il existe un unique k-uplet (x
1
, x
2
, , x
k
) ∈ H
1
H
2
H
k
tel que
x =
k
¸
j=1
x
j
.
Si H et / sont des sous-groupes de (, on dit H et / sont supplémentaires dans ( si et
seulement si H⊕/ = (.
1.2 Proposition
Soit ((, +) un groupe commutatif et soient H
1
, H
2
, , H
k
des sous-groupes de ( ; alors
on a :
( = H
1
⊕H
2
⊕ ⊕H
k
⇐⇒

( = H
1
+H
2
+ +H
k
∀1 ≤ i ≤ k, H
i
¸¸
j=i
H
j
= ¦0¦
Preuve : analogue à celle faite dans le cas des espaces vectoriels.

1.3 Remarques
a) Si ( = H
1
⊕H
2
⊕ ⊕H
k
, alors ( ≃
k
¸
j=1
H
j
.
b) Si H est un sous-groupe de (, H ne possède pas nécessairement de supplémentaire
dans (.
2 p-groupes
2.1 Définition
Soit p un nombre premier et ( un groupe commutatif ; on dit que ( est un p-groupe
ou un groupe p-primaire si et seulement si les ordres de tous les éléments de ( sont des
puissances de p.
57
Exemples
a) Z/2Z, Z/8Z, (Z/2Z)
3
Z/4Z sont des 2-groupes (finis).
b) Z/5Z[X] est un 5-groupe (infini).
2.2 Théorème
Soit ( un groupe commutatif fini et p un nombre premier ; alors on a :
( est un p-groupe ⇐⇒ ∃ a ∈ N

, [([ = p
a
.
Preuve :
S’il existe a ∈ N

tel que [([ = p
a
alors, d’après le théorème de Lagrange, l’ordre de tout
élément de ( divise p
a
donc est une puissance de p : ( est donc un p-groupe.
Réciproquement, si ( est un p-groupe, montrons qu’il existe a ∈ N

tel que [([ = p
a
par
récurrence :
si [([ = 2, alors [([ est une puissance de 2 ;
soit n ≥ 2 et supposons le résultat démontré pour tous les p-groupes d’ordre ≤ n − 1 :
considérons un p-groupe ( d’ordre n et soit x ∈ ( − ¦0¦, alors il existe b ∈ N

tel que
ord(x) = p
b
. Le groupe-quotient (/'x` est aussi un p-groupe, en effet :
pour tout α ∈ (/'x`, il existe y ∈ ( tel que α = y ; comme ( est un p-groupe, y est
d’ordre p
k
pour un certain entier k, donc p
k
y = 0, d’où p
k
y = 0, i.e p
k
α = 0 et ainsi
l’ordre de α divise p
k
donc est une puissance de p.
De plus, [(/'x`[ =
[([
p
b
< [([ donc on peut appliquer l’hypothèse de récurrence au p-groupe
(/'x` : il existe c ∈ N tel que [(/'x`[ = p
c
, d’où [([ = p
b+c
.

2.3 Définition et proposition
Soit ( un groupe commutatif fini et soit p un nombre premier divisant [([ ; on définit la
composante p-primaire (
p
de ( de la façon suivante :
(
p
= ¦x ∈ ( / ∃ a ∈ N, ord(x) = p
a
¦.
(
p
est un sous-groupe de ( (et évidemment un p-groupe).
Preuve :
Tout d’abord, 0 ∈ (
p
, en effet ord(0) = 1 = p
0
.
Considérons maintenant x et y deux éléments de (
p
: il existe deux entiers a et b tels que
ord(x) = p
a
et ord(y) = p
b
; si on suppose a ≥ b, alors on a
p
a
(x −y) = p
a
x −p
a
y = 0 −0 = 0
donc ord(x −y) divise p
a
, d’où ord(x −y) est une puissance de p : x −y ∈ (
p
.

58
Exemple Considérons le groupe ( = Z/60Z et calculons (
2
:
(
2
= ¦k ∈ ( / ∃ a ∈ N, ord(k) = 2
a
¦
or pour tout k ∈ ( , ord(k) divise 60 donc si k ∈ (
2
, ord(k) = 1, 2 ou 4 et ainsi
(
2
= ¦k ∈ ( / 4k = 0¦ = ¦k ∈ ( / k ∈ 15Z¦ = 15Z/60Z = ¦0, 15, 30, 45¦.
2.4 Théorème
Soit ( un groupe commutatif fini d’ordre n ≥ 2 ; considérons la décomposition de n en
produit de facteurs premiers
n = p
a
1
1
p
a
2
2
p
a
k
k
où p
1
, p
2
, , p
k
sont des nombres premiers distincts deux à deux et où a
1
, a
2
, , a
k
sont
des entiers ≥ 1, alors on a :
( = (
p
1
⊕(
p
2
⊕ ⊕(
p
k
.
et pour tout 1 ≤ i ≤ k, ord((
p
i
) = p
a
i
i
.
De plus cette décomposition est unique à l’ordre près, plus précisément :
si ( = H
1
⊕ ⊕ H
m
où pour tout j, H
j
est un sous-groupe de ( q
j
-primaire avec
q
1
, , q
m
des nombres premiers distincts deux à deux, alors k = m et, quitte à réindexer,
pour tout 1 ≤ i ≤ k, on a q
i
= p
i
et H
i
= (
p
i
.
Preuve :
Existence : posons pour tout i, n
i
=
¸
j=i
p
a
j
j
, alors il est clair que n
1
, n
2
, , n
k
sont
premiers entre eux dans leur ensemble, donc d’après le théorème de Bezout, il existe
q
1
, q
2
, , q
k
tels que
n
1
q
1
+ +n
k
q
k
= 1
donc pour tout x ∈ (, on a
x = (n
1
q
1
+ +n
k
q
k
)x = n
1
q
1
x + +n
k
q
k
x
alors en posant x
i
= n
i
q
i
x pour tout 1 ≤ i ≤ k, on a
x = x
1
+ +x
k
.
Montrons que pour tout 1 ≤ i ≤ k, x
i
∈ (
p
i
: on a p
a
i
i
x
i
= p
a
i
i
q
i
n
i
x = q
i
nx = 0 donc
ord(x
i
) divise p
a
i
i
, d’où ord(x
i
) est une puissance de p
i
: x
i
∈ (
p
i
; donc
( = (
p
1
+(
p
2
+ +(
p
k
.
Montrons maintenant que la somme est directe : soit 1 ≤ i ≤ k et y ∈ (
p
i
¸¸
j=i
(
p
j
.
Comme y ∈ (
p
i
, il existe un entier b tel que ord(y) = p
b
i
; de plus y ∈
¸
j=i
(
p
j
donc
y =
¸
j=i
y
j
où y
j
∈ (
p
j
pour tout j = i, donc il existe des entiers c
j
tel que ord(y
j
) = p
c
j
j
,
d’où p
c
j
j
y
j
= 0. Posons alors q =
¸
j=i
p
c
j
j
, il est clair que qy = 0 : on en déduit alors que
59
ord(y) = p
b
i
divise q, or q et p
b
i
sont premiers entre eux, donc nécessairement p
b
i
= 1 d’où
y = 0 : (
p
i
¸¸
j=i
(
p
j
= ¦0¦. Donc la somme est directe :
( = (
p
1
⊕(
p
2
⊕ ⊕(
p
k
d’où
( ≃ (
p
1
(
p
2
(
p
k
donc
[([ = [(
p
1
[ [(
p
k
[.
Or pour tout 1 ≤ i ≤ k, (
p
i
est un p
i
-groupe donc ∃ d
i
∈ N tel que [(
p
i
[ = p
d
i
i
, d’où
n = [([ = p
d
1
1
p
d
k
k
Par unicité de la décomposition en produit de nombres premiers, on a alors pour tout
1 ≤ i ≤ k, d
i
= a
i
et ainsi [(
p
i
[ = p
a
i
i
.
Unicité : Supposons que ( = H
1
⊕ ⊕H
m
où pour tout j, H
j
est un sous-groupe de (
q
j
-primaire d’ordre q
e
j
j
avec q
1
, , q
m
des nombres premiers distincts deux à deux ; alors
[([ = [H
1
[ [H
m
[
donc
n = [([ = q
e
1
1
q
em
m
donc, toujours par unicité de la décomposition en produit de nombres premiers, m = k
et quitte à réindexer, q
i
= p
i
et e
i
= a
i
pour tout 1 ≤ i ≤ k : ainsi chaque sous-groupe H
i
est p
i
-primaire d’ordre p
a
i
i
, donc H
i
⊂ (
p
i
et est de même ordre donc H
i
= (
p
i
.

Exemple Considérons le groupe ( = Z/60Z; comme 60 = 2
2
3 5, alors d’après 2.4
on a :
( = (
2
⊕(
3
⊕(
5
.
On a déjà calculé (
2
= 15Z/60Z en 2.3, de la même manière on montre que
(
3
= ¦k ∈ ( / 3k = 0¦ = ¦k ∈ ( / k ∈ 20Z¦ = 20Z/60Z
et
(
5
= ¦k ∈ ( / 5k = 0¦ = ¦k ∈ ( / k ∈ 12Z¦ = 12Z/60Z
d’où
Z/60Z = 15Z/60Z ⊕20Z/60Z ⊕12Z/60Z.
2.5 Corollaire
Tout groupe cyclique fini est somme directe de p-groupes cycliques.
60
Preuve :
Si ( est un groupe cyclique fini, il est commutatif donc on peut lui appliquer le théorème
2.4 : ( est somme directe de p-sous-groupes ; or tout sous-groupe d’un groupe cyclique est
cyclique, d’où le résultat.

3 Groupes p-élémentaires
3.1 Définitions
a) Soit ( un groupe commutatif fini et soit p un nombre premier ; on dit que ( est
p-élémentaire si et seulement si
∀x ∈ (, px = 0.
b) Soit ( un groupe commutatif fini et soit p un nombre premier ; on note
([p] = ¦x ∈ ( / px = 0¦.
De manière évidente, ( est p-élémentaire si et seulement si ( = ([p].
3.2 Proposition
Soit ( un groupe commutatif fini et soit p un nombre premier ; alors, on a :
a) ([p] est un sous-groupe de ( et un groupe p-élémentaire.
b) Si ( est un groupe p-élémentaire, alors tout sous-groupe de ( est un groupe p-
élémentaire.
c) x ∈ ([p] ⇐⇒ x = 0 ou x est d’ordre p.
d) Si ( est somme directe de sous-groupes ( = H
1
⊕ ⊕H
m
, alors
([p] = H
1
[p] ⊕ ⊕H
m
[p].
e) Si ( ≃ (

, alors ([p] ≃ (

[p].
f) Pour tout entier n, Z/p
n
Z[p] = p
n−1
(Z/p
n
Z).
g) Tout groupe p-élémentaire est p-primaire.
Preuve :
a) et b) immédiat.
c) Si px = 0, alors ord(x) divise p donc vaut 1 ou p, d’où le résultat, et réciproquement.
d) Si ( = H
1
⊕ ⊕H
m
, considérons x ∈ ([p], alors px = 0 ; de plus x est un élément de
( donc x s’écrit x = x
1
+x
2
+ +x
m
où x
i
∈ H
i
pour tout 1 ≤ i ≤ m, d’où
px = px
1
+px
2
+ +px
m
= 0.
Or pour tout 1 ≤ i ≤ m, H
i
est un sous-groupe donc px
i
∈ H
i
, donc comme les H
i
sont
en somme directe, on en déduit que
px
1
= px
2
= = px
m
= 0
61
donc pour tout 1 ≤ i ≤ m, x
i
∈ H
i
[p] et ainsi
([p] = H
1
[p] + +H
m
[p].
De plus, pour tout 1 ≤ i ≤ m, H
i
[p] ⊂ H
i
et les H
i
sont en somme directe donc les H
i
[p]
sont aussi en somme directe.
e) Soit ϕ un isomorphisme entre ( et (

: alors on voit facilement que ϕ(([p]) = (

[p] et
ainsi la restriction de ϕ à ([p] est un isomorphisme de ([p] sur (

[p].
f) Soit k ∈ Z/p
n
Z[p] alors pk = 0 i.e p
n
divise pk d’où p
n−1
divise k et réciproquement,
d’où le résultat.
g) Evident.

3.3 Proposition
Soit p un nombre premier et soit ( un groupe commutatif p-élémentaire ; on peut définir
sur ( une multiplication externe ⊤ par les éléments du corps Z/pZ de la façon suivante :
Z/pZ ( → (
(k, x) → k⊤x = kx
Alors ((, +, ⊤) est un Z/pZ-espace vectoriel.
Preuve :
La multiplication externe par les éléments de Z/pZ est bien définie sur ( car ( est un
groupe p-élémentaire ; il est ensuite facile de vérifier que la loi additive de groupe de ( et
la multiplication externe par les éléments de Z/pZ munissent ( d’une structure d’espace
vectoriel.

3.4 Proposition
Soit p un nombre premier et soit ( un groupe commutatif p-élémentaire ; alors on a :
a) Tout sous-groupe H de ( est un sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel ( sur Z/pZ;
b) si A est une partie non vide de (, alors le sous-groupe de ( engendré par A coïncide
avec le sous-espace vectoriel de ( sur Z/pZ engendré par A;
c) si H
1
, , H
m
sont des sous-groupes de ( en somme directe, alors les sous-espaces
vectoriels H
1
, , H
m
sur Z/pZ sont aussi en somme directe, et la somme directe de
H
1
, , H
m
en tant que sous-groupes coïncide avec la somme directe de H
1
, , H
m
en
tant que sous-espaces vectoriels ;
d) Si H est un sous-groupe de (, il admet un supplémentaire dans ( en tant que sous-
espace vectoriel sur Z/pZ, donc en tant que sous-groupe.
Preuve : immédiate.
62
3.5 Théorème
Soit p un nombre premier et soit ( un groupe commutatif p-élémentaire fini ; alors il existe
x
1
, x
2
, , x
k
∈ ( tels que
( = 'x
1
` ⊕'x
2
` ⊕'x
k
`
De plus, pour tout 1 ≤ i ≤ k, on a
'x
i
` ≃ Z/pZ
d’où
( ≃ (Z/pZ)
k
.
Preuve :
Le groupe ( étant fini, c’est un espace vectoriel de dimension finie sur Z/pZ : il ad-
met donc une base finie x
1
, x
2
, , x
k
et ainsi est somme directe des droites engendrées
par x
1
, x
2
, , x
k
. Par conséquent il est somme directe des sous-groupes engendrés par
x
1
, x
2
, , x
k
:
( = 'x
1
` ⊕'x
2
` ⊕'x
k
`.
De plus, pour tout 1 ≤ i ≤ k, x
i
= 0 donc x
i
est d’ordre p d’après 3.2, d’où
'x
i
` ≃ Z/pZ en tant que groupe.

4 Théorèmes de décomposition
4.1 Théorème
Soit ( un groupe commutatif fini, alors ( est somme directe de sous-groupes cycliques
primaires ; de plus, dans deux décompositions de ( en somme directe de sous-groupes
cycliques primaires, il y a pour tout nombre premier p et tout entier n ≥ 1 le même
nombre de facteurs d’ordre p
n
.
Preuve :
Existence : d’après 2.4, ( est somme directe de sous-groupes primaires, il suffit donc de
montrer le résultat pour un groupe ( p-primaire où p est un nombre premier.
Le groupe ( étant p-primaire, il existe un entier m ≥ 1 tel que p
m
( = ¦0¦ ; montrons par
récurrence sur m que ( est somme directe de sous-groupes cycliques p-primaires :
si m = 1, alors ( est p-élémentaire et il suffit d’appliquer le théorème 3.5 ;
supposons le résultat vrai pour tout groupe p-primaire H tel que p
m−1
H = ¦0¦. Po-
sons H = p(, alors on a p
m−1
H = ¦0¦, donc par hypothèse de récurrence, il existe
y
1
, y
2
, , y
k
∈ H d’ordres respectifs p
b
1
, p
b
2
, p
b
k
avec b
1
, , b
k
≥ 1 et tels que
H = 'y
1
` ⊕'y
2
` ⊕'y
k
`.
Comme pour tout 1 ≤ i ≤ k, y
i
∈ H, il existe z
i
∈ ( tel que y
i
= pz
i
: montrons que les
sous-groupes 'z
1
`, , 'z
k
` sont en somme directe :
63
soit 1 ≤ i ≤ k et soit x ∈ 'z
i
`
¸¸
j=i
'z
j
` : il existe m
1
, , m
k
∈ Z tels que
x = m
i
z
i
=
¸
j=i
m
j
z
j
d’où
px = m
i
y
i
=
¸
j=i
m
j
y
j
∈ 'y
i
`
¸¸
j=i
'y
j
`.
Or 'y
1
`, , 'y
k
` sont en somme directe donc pour tout 1 ≤ q ≤ k on a m
q
y
q
= 0, donc
p
bq
divise m
q
: il existe s
q
∈ N tel que m
q
= s
q
p
bq
, d’où
x = s
i
p
b
i
z
i
=
¸
j=i
s
j
p
b
j
z
j
et
x = s
i
p
b
i
−1
y
i
=
¸
j=i
s
j
p
b
j
−1
y
j
or 'y
1
`, , 'y
k
` sont en somme directe, d’où x = 0. Notons alors
L = 'z
1
` ⊕'z
2
` ⊕'z
k
`.
Construisons maintenant un sous-groupe M tel que ( = L⊕M et tel que M soit somme
directe de sous-groupes cycliques primaires :
On a pour tout 1 ≤ i ≤ k, ord(y
i
) = p
b
i
donc p
b
i
z
i
∈ ([p] : de plus pour tout 1 ≤ i ≤ k,
p
b
i
z
i
∈ 'z
i
` donc les sous-groupes 'p
b
i
z
i
` sont en somme directe ; or ([p] est un espace
vectoriel de dimension finie sur Z/pZ, donc les 'p
b
i
z
i
` sont aussi en somme directe en tant
que sous-espaces vectoriels de ([p], par conséquent 'p
b
1
z
1
` ⊕ 'p
b
2
z
2
` ⊕ 'p
b
k
z
k
` admet
un supplémentaire dans ([p] que l’on peut écrire sous la forme
M = 'x
1
` ⊕'x
2
` ⊕'x
s
`.
où x
1
, , x
s
sont des éléments de ([p], libres sur Z/pZ.
Montrons que ( = L +M : soit x ∈ (, alors px ∈ H = 'y
1
` ⊕'y
2
` ⊕'y
k
`, i.e il existe
des entiers n
1
, , n
k
tels que
px = n
1
y
1
+ +n
k
y
k
= p(n
1
z
1
+ +n
k
z
k
)
d’où
p(x −(n
1
z
1
+ +n
k
z
k
)) = 0
par conséquent x−(n
1
z
1
+ +n
k
z
k
) ∈ ([p] ; on en déduit aussitôt qu’il existe des entiers
λ
1
, , λ
k
et µ
1
, , µ
s
tels que
x −(n
1
z
1
+ +n
k
z
k
) = λ
1
p
b
1
z
1
+ +λ
k
p
b
k
z
k

1
x
1
+ +µ
s
x
s
et ainsi x ∈ L +M.
Montrons que L ∩ M = ¦0¦ : soit y ∈ L ∩ M, alors il existe des entiers n
1
, , n
k
et
a
1
, , a
s
tel que
y = n
1
z
1
+ +n
k
z
k
= a
1
x
1
+ +a
s
x
s
64
d’où
py = n
1
y
1
+ +n
k
y
k
= pa
1
x
1
+ +pa
s
x
s
.
Or y ∈ M ⊂ ([p] donc py = 0, d’où n
1
y
1
= = n
k
y
k
= 0 puisque la somme est directe.
On en déduit que pour tout 1 ≤ i ≤ k, ord(y
i
) = p
b
i
divise n
i
: il existe un entier θ
i
tel
que n
i
= θ
i
p
b
i
. Donc
y = θ
1
p
b
1
z
1
+ +θ
k
p
b
k
z
k
= a
1
x
1
+ + a
s
x
s
or 'p
b
1
z
1
`⊕'p
b
2
z
2
` ⊕'p
b
k
z
k
` est en somme directe avec 'x
1
`⊕'x
2
` ⊕'x
s
`, d’où y = 0.
Donc ( = L ⊕M est bien somme directe de sous-groupes cycliques primaires.
Unicité : montrons que pour tout nombre premier p et tout entier n ≥ 1 le nombre m
n
de facteurs d’ordre p
n
dans une décomposition de ( en somme directe de sous-groupes
cycliques primaires est donné par
p
mn
= Card

p
n−1
( ∩ ([p]/p
n
( ∩ ([p]

(et ainsi m
n
ne dépend que de ().
D’après 2.4, ( est somme directe de sous-groupes primaires, il suffit donc de montrer le
résultat pour un groupe ( p-primaire où p est premier : d’après le résultat d’existence
démontré ci-dessus, on a une décomposition du type
( = ((
1
1
⊕ ⊕(
1
m
1
) ⊕ ⊕((
s
1
⊕ ⊕(
s
ms
)
où pour tous i, j, (
i
j
≃ Z/p
i
Z : ainsi pour tout entier 1 ≤ k ≤ s, m
k
est le nombre de
facteurs d’ordre p
k
. Or on a pour tout entier k, p
k
(
i
j
= ¦0¦ si k ≥ i et p
k
(
i
j
≃ p
k
(Z/p
i
Z) ≃
Z/p
i−k
Z si k < i ; on prouve en effet facilement que l’application
ϕ : Z −→ Z/p
i
Z
x −→ p
k
x = p
k
x
est un homomorphisme de groupes tel que ker ϕ = p
i−k
Z et Imϕ = p
k
(Z/p
i
Z).
Alors on a pour tout entier k :
p
k
( = (p
k
(
k+1
1
⊕ ⊕p
k
(
k+1
m
k+1
) ⊕ ⊕(p
k
(
s
1
⊕ ⊕p
k
(
s
ms
)
Or on voit facilement que p
k
( ∩ ([p] = (p
k
()[p], donc, d’après 3.2 on a
p
k
( ∩ ([p] =

(p
k
(
k+1
1
)[p] ⊕ ⊕(p
k
(
k+1
m
k+1
)[p]

⊕ ⊕

(p
k
(
s
1
)[p] ⊕ ⊕(p
k
(
s
ms
)[p]

mais, p
k
(
i
j
≃ Z/p
i−k
Z, donc d’après 3.2,
(p
k
(
i
j
)[p] ≃ Z/p
i−k
Z[p] = p
i−k−1
(Z/p
i−k
Z) ≃ Z/pZ
d’où
p
k
( ∩ ([p] ≃

m
k+1
¸
1
Z/pZ

ms
¸
1
Z/pZ

donc
65
p
k
( ∩ ([p] ≃ (Z/pZ)
m
k+1
+···+ms
par conséquent
p
k−1
( ∩ ([p]/p
k
( ∩ ([p] ≃ (Z/pZ)
m
k
.
Ainsi l’entier p
m
k
ne dépend pas de la décomposition de ( en somme directe de sous-
groupes cycliques primaires.

4.2 Théorème et définition
a) Soit ( un groupe commutatif fini d’ordre n; alors il existe une unique suite de nombres
premiers p
1
< p
2
< < p
k
et pour tout 1 ≤ i ≤ k il existe une unique suite d’entiers
strictement positifs, α
i1
≤ α
i2
≤ ≤ α
in
i
telles que n = p
α
11
1
p
α
1n
1
1
p
α
k1
k
p
α
kn
k
k
et
( ≃ Z/p
α
11
1
Z Z/p
α
1n
1
1
Z Z/p
α
k1
k
Z Z/p
α
kn
k
k
Z.
On dit que la suite d’entiers (p
α
11
1
, , p
α
1n
1
1
, , p
α
k1
k
, , p
α
kn
k
k
) est le type de (.
b) Deux groupes commutatifs finis sont isomorphes si et seulement si ils ont le même type.
Preuve : c’est une conséquence immédiate de 4.1.

Exemple Considérons le groupe ( = Z/24ZZ/30Z; alors ord(() = 720 = 2
4
3
2
5
donc sa décomposition en composantes primaires est la suivante
( = (
2
⊕(
3
⊕(
5
.
On a :
(
2
= ¦(k, ¯ n) ∈ ( / ord(k, ¯ n) est une puissance de 2¦ = ¦(k, ¯ n) ∈ ( / 2
4
(k, ¯ n) = (0,
¯
0)¦
= ¦(k, ¯ n) ∈ ( / 3 divise k et 15 divise n¦ = (3Z/24Z) (15Z/30Z)
de même, on a
(
3
= ¦(k, ¯ n) ∈ ( / ord(k, ¯ n) est une puissance de 3¦ = ¦(k, ¯ n) ∈ ( / 3
2
(k, ¯ n) = (0,
¯
0)¦
= (8Z/24Z) (10Z/30Z)
et
(
5
= ¦(k, ¯ n) ∈ ( / ord(k, ¯ n) est une puissance de 5¦ = ¦(k, ¯ n) ∈ ( / 5(k, ¯ n) = (0,
¯
0)¦
= ¦0¦ 6Z/30Z
Or on peut écrire
(
2
=

3Z/24Z ¦
¯

¦0¦ 15Z/30Z

66
de même
(
3
=

8Z/24Z ¦
¯

¦0¦ 10Z/30Z

.
Donc la décomposition de ( en somme directe de groupe cycliques primaires est la sui-
vante :
( =

3Z/24Z ¦
¯

¦0¦ 15Z/30Z

8Z/24Z ¦
¯

¦0¦ 10Z/30Z

¦0¦ 6Z/30Z

et le type de ( est (2, 2
3
, 3, 3, 5).
En fait, il n’est pas nécessaire dans ce cas précis de décomposer ( en somme directe de
groupes cycliques primaires pour calculer son type : il suffit de faire appel au théorème
des restes chinois :
( = Z/24Z Z/30Z ≃ (Z/3Z Z/8Z) (Z/2Z Z/3Z Z/5Z)
donc
( ≃ (Z/2Z)

Z/2
3
Z

(Z/3Z) (Z/3Z) (Z/5Z) .
4.3 Théorème de Cauchy
Soit ( un groupe commutatif fini et soit p un nombre premier divisant [([ ; alors ( admet
au moins un élément d’ordre p.
Preuve :
On décompose ( en somme directe de sous-groupes cycliques primaires d’après 4.1, et
comme p est un nombre premier divisant [([, l’un des sous-groupes cycliques primaires
est d’ordre p
a
pour un certain entier a ≥ 1 : notons-le H et considérons un générateur x
de H, alors p
a−1
x est un élément d’ordre p de (.

Remarque : le résultat est faux pour un entier non premier : le groupe de Klein
Z/2Z Z/2Z est d’ordre 4 et ne contient pas d’élément d’ordre 4.
4.4 Théorème
Soit ( un groupe commutatif fini et soit d un entier ≥ 1 divisant [([ ; alors ( admet au
moins un sous-groupe d’ordre d.
Preuve :
D’après 2.4, ( est somme directe de groupes primaires : il suffit donc de démontrer le
théorème dans le cas où ( est un groupe p-primaire pour un certain nombre premier p.
Posons [([ = p
a
et montrons que ( admet un sous-groupe d’ordre p
b
pour tout entier b
vérifiant 0 ≤ b ≤ a par récurrence sur b :
si b = 0, ¦0¦ est un sous-groupe de ( d’ordre p
0
= 1 ;
si b ≥ 1, supposons que tout groupe fini p-primaire d’ordre ≥ p
b−1
admet un sous-groupe
d’ordre p
b−1
; comme [([ = p
a
, d’après le théorème de Cauchy, ( admet un élément x
d’ordre p, alors le groupe-quotient (/'x` est d’ordre p
a−1
, donc est un p-groupe et p
a−1

p
b−1
donc on peut appliquer l’hypothèse de récurrence : (/'x` admet un sous-groupe /
d’ordre p
b−1
. Par conséquent, il existe un sous-groupe H de ( tel que 'x` ⊂ H ⊂ ( et
/ = H/'x` et ainsi [H[ = [/[ ['x`[ = p
b−1
p = p
b
.
67
4.5 Théorème
Soit ( un groupe commutatif fini ; alors il existe des groupes cycliques H
1
, H
2
, , H
r
tels que
( ≃ H
1
H
2
H
r
et pour tout 1 ≤ i ≤ r −1 , [H
i+1
[ divise [H
i
[.
De plus la décomposition est unique à isomorphisme près : s’il existe d’autres groupes
cycliques /
1
, /
2
, , /
s
vérifiant
( ≃ /
1
/
2
/
s
et pour tout 1 ≤ i ≤ s −1 , [/
i+1
[ divise [/
i
[ alors s = r et pour tout 1 ≤ i ≤ r, /
i
≃ H
i
.
Preuve :
Existence : D’après 4.2, il existe une unique suite de nombres premiers p
1
< p
2
< < p
k
et pour tout 1 ≤ i ≤ k une unique suite d’entiers ∈ N

, α
i1
≤ α
i2
≤ ≤ α
in
i
telles que
( ≃ Z/p
α
11
1
Z Z/p
α
1n
1
1
Z Z/p
α
k1
k
Z Z/p
α
kn
k
k
Z.
Posons H
1
= Z/p
α
1n
1
1
Z Z/p
α
kn
k
k
Z; comme p
α
1n
1
1
, , p
α
kn
k
k
sont premiers entre eux
deux à deux, d’après le théorème des restes chinois, H
1
est cyclique et ( ≃ H
1
(
1

(
1
est le produit des termes restants Z/p
α
ij
i
Z où pour tout i et j , α
ij
≤ α
in
i
. On refait
la même opération avec (
1
et le groupe H
2
obtenu vérifie [H
2
[ divise [H
1
[ puisque pour
tous i et j on a α
in
i
≥ α
ij
, etc.... Comme ( est fini, le processus est fini.
Unicité : supposons qu’il existe d’autres groupes cycliques /
1
, /
2
, , /
s
vérifiant
( ≃ /
1
/
2
/
s
et pour tout 1 ≤ i ≤ s −1 , [/
i+1
[ divise [/
i
[ ; alors d’après 4.2,on a :
/
i

¸
j
Z/p
β
ji
j
Z
et comme pour tout 1 ≤ i ≤ s , ord(/
i+1
) divise ord(/
i
), on a β
ji+1
≤ β
ji
pour tout j.
De plus, d’après 4.1, le plus grand exposant est le même dans deux décompositions de (
en somme directe de sous-groupes cycliques primaires, donc pour tout j, on a β
j1
= α
jn
j
.
On en déduit que /
1
≃ H
1
, puis on fait le quotient des deux décompositions de ( par
¸
j
Z/p
β
ji
j
Z et on continue le processus : on obtient ainsi /
2
≃ H
2
, etc... d’où finalement
s = r et pour tout 1 ≤ i ≤ r, /
i
≃ H
i
.

Exemple Considérons à nouveau le groupe ( = Z/24Z Z/30Z; alors on a :
( ≃

Z/3Z Z/2
3
Z

(Z/2Z Z/3Z Z/5Z)
donc
( ≃

Z/2
3
Z Z/3Z Z/5Z

(Z/2Z Z/3Z) ≃ Z/120Z Z/6Z
alors H
1
= Z/120Z et H
2
= Z/6Z.
68
4.6 Corollaire
Soit K un corps commutatif et soit ( un sous-groupe fini du groupe multiplicatif K

;
alors ( est cyclique.
En particulier, pour tout corps commutatif fini K, le groupe multiplicatif K

est cyclique.
Preuve :
D’après 4.5, il existe des groupes cycliques H
1
, H
2
, , H
r
d’ordres respectifs n
1
, n
2
, , n
r
tels que
( ≃ H
1
H
2
H
r
et pour tout 1 ≤ i ≤ r −1 , n
i+1
divise n
i
. Montrons que pour tout x ∈ (, x
n
1
= 1
K
:
considérons ϕ un isomorphisme de ( sur H
1
H
2
H
r
:
ϕ : ( −→ H
1
H
2
H
r
x −→ (x
1
, x
2
, , x
r
)
Comme pour tout 1 ≤ i ≤ r −1, n
i+1
divise n
i
, alors n
i+1
divise n
1
et ainsi on a x
n
1
j
= e
H
j
pour tout 1 ≤ j ≤ r, d’où (ϕ(x))
n
1
= (e
H
1
, , e
Hr
) ; or (ϕ(x))
n
1
= ϕ(x
n
1
) donc x
n
1
= 1
K
puisque ϕ est injective.
On a ainsi prouvé que tout élément de ( est racine du polynôme X
n
1
−1
K
; or K est un
corps donc le polynôme X
n
1
− 1
K
a au plus n
1
racines dans K, d’où [([ ≤ n
1
. D’autre
part [([ = n
1
n
2
n
r
≥ n
1
, donc [([ = n
1
et ainsi n
2
= = n
r
= 1, d’où H
i
= ¦e
H
i
¦
pour i = 2, , r et par conséquent
( ≃ H
1
¦e
H
2
¦ ¦e
Hr
¦ ≃ H
1
d’où ( est cyclique.

69
.
70
V EXTENSIONS DE CORPS
Dans tout le chapitre (sauf au § 5), on considère des corps commutatifs. Pour tout nombre
premier p on notera F
p
le corps Z/pZ.
1 Extensions algébriques
1.1 Définition et proposition
a) Soit K un corps commutatif ; on dit qu’un sous-ensemble L de K est un sous-corps de
K si et seulement si L muni de l’addition et de la multiplication de K est lui-même un
corps ; on vérifie facilement que L est un sous-corps de K si et seulement si L est non vide
et vérifie les conditions suivantes :
∗ ∀x, y ∈ L, x −y ∈ L et xy ∈ L;
∗ ∀x ∈ L −¦0¦, x
−1
∈ L.
b) Soit K un corps commutatif ; on appelle sous-corps premier de K l’intersection de tous
les sous-corps contenus dans K : c’est aussi le plus petit sous-corps de K.
Si K est de caractéristique 0, le sous-corps premier de K est isomorphe à Q. Si K est de
caractéristique p (premier), le sous-corps premier de K est isomorphe à F
p
.
Preuve : Notons (L
i
)
i∈I
la famille des sous-corps de K ; alors le sous-corps premier de K
est L =
¸
i∈I
L
i
.
Rappelons la définition de la caractéristique : on considère l’homomorphisme d’anneaux
ϕ : Z −→ K
n −→ n1
K
alors ker ϕ est un idéal de Z et par conséquent il existe un unique entier p ∈ N, appelé
caractéristique de K, tel que ker ϕ = pZ et Imϕ est un sous-anneau de K isomorphe à
Z/pZ. D’autre part, Imϕ ⊂ L, en effet tout sous-corps L
i
de K contient 1
K
donc contient
Imϕ.
Si p = 0, alors Imϕ ≃ Z donc le corps des fractions M de Imϕ est isomorphe à Q; or
Imϕ ⊂ L donc M ⊂ L, de plus il est clair que M est un sous-corps de K donc L ⊂ M
d’où M = L et ainsi L ≃ Q.
Si p = 0, alors p est un nombre premier et Imϕ ≃ Z/pZ = F
p
est un sous-corps de K d’où
L ⊂ Imϕ et ainsi L = Imϕ est isomorphe à F
p
.

1.2 Proposition et définition
Soit L un corps et K un sous-corps de L, alors L est un espace vectoriel sur K : on dit
que L est une extension de K. On note [L : K] la dimension du K-espace vectoriel L et
on l’appelle le degré de l’extension L de K.
Preuve : immédiate.

Exemple : C est une extension de R de degré 2.
71
1.3 Proposition
Soit K un corps fini ; alors sa caractéristique est un entier premier p et son cardinal est
de la forme p
n
pour un certain entier n ≥ 1.
Preuve : Le corps K étant fini est nécessairement de caractéristique non nulle, sinon son
sous-corps premier serait isomorphe à Q d’après 1.1 donc infini, ce qui est impossible ;
donc la caractéristique de K est un nombre premier p et son sous-corps premier L est
isomorphe à F
p
, ainsi K est un L-espace vectoriel de dimension nécessairement finie n
puisque K est de cardinal fini, d’où K ≃ L
n
et ainsi Card(K) =Card(L
n
) = p
n
.

1.4 Théorème et définition
Soit L une extension d’un corps K et soit a un élément de L; considérons l’homomor-
phisme d’anneaux
ψ : K[X] −→ L
P −→ P(a)
on notera K[a] = ¦P(a) / P ∈ K[X]¦ l’image de ψ et K(a) le plus petit sous-corps de L
contenant K et a.
1er cas : ψ est injective, alors K[a] ≃ K[X] et K(a) ≃ K(X) : on dit alors que a est
transcendant sur K ; ainsi a est transcendant sur K s’il n’existe aucun polynôme non nul
de K[X] tel que P(a) = 0.
2ème cas : ψ n’est pas injective, alors il existe un unique polynôme unitaire P tel que
ker ψ = (P) d’où K[a] ≃ K[X]/(P) ; de plus P est irréductible donc K[a] est un corps et
ainsi K[a] = K(a). On dit alors que a est algébrique sur K et le polynôme P est appelé
polynôme minimal de a : c’est donc le polynôme unitaire de plus petit degré de K[X]
annulant a. De plus, le degré de l’extension K(a) de K est égal au degré du polynôme
minimal de a :
[K(a) : K] = deg(P).
On dit alors que a est algébrique de degré deg(P).
Preuve :
1er cas : ψ est injective, alors d’après I 7.3, Imψ = K[a] ≃ K[X]. De plus K(a) est le plus
petit sous-corps de L contenant K et a donc il contient les éléments de la forme P(a) où
P ∈ K[X], i.e K[a] ⊂ K(a) ; d’autre part, pour tout Q ∈ K[X] − ¦0¦, Q(a) = 0 puisque
ψ est injective, donc Q(a) est inversible dans L, on peut donc considérer l’application
suivante
¯
ψ : K(X) −→ L
F =
P
Q
−→ F(a) = P(a)(Q(a))
−1
il est facile de constater que
¯
ψ est un homomorphisme d’anneaux ; en outre,
¯
ψ est injective,
en effet soit F =
P
Q
∈ K(X) tel que F(a) = P(a)(Q(a))
−1
= 0 alors P(a) = 0 i.e P = 0
puisque ψ est injective, d’où F = 0. Montrons que Im
¯
ψ = K(a) : comme
¯
ψ est injective,
Im
¯
ψ ≃ K(X) donc Im
¯
ψ est un sous-corps de L, de plus il contient
¯
ψ(K) = K et
¯
ψ(X) = a
72
donc Im
¯
ψ contient K(a) ; d’autre part, on a K[a] ⊂ K(a), donc pour tout Q ∈ K[X]−¦0¦,
Q(a) ∈ K(a) et par conséquent (Q(a))
−1
∈ K(a), on en déduit alors que Im
¯
ψ ⊂ K(a) et
ainsi Im
¯
ψ = K(a). Donc K(a) ≃ K(X).
2ème cas : ψ n’est pas injective, alors ker ψ est un idéal non nul de K[X] donc il existe un
unique polynôme unitaire P tel que ker ψ = (P) d’où K[a] ≃ K[X]/(P) ; or K[a] ⊂ L donc
K[a] est un anneau intègre, on en déduit que l’idéal (P) est premier, donc d’après II 3.3
et II 4.3, P est irréductible dans K[X] et l’idéal (P) est maximal, donc l’anneau-quotient
K[X]/(P) est un corps et ainsi K[a] est un corps également. On en déduit aussitôt que
K[a] = K(a).
Notons P = X
d
+ a
d−1
X
d−1
+ + a
0
et montrons que [K(a) : K] = d ; considérons
Q ∈ K[X] et effectuons la division euclidienne de Q par P : il existe S et R dans K[X]
tels que
Q = PS +R et deg(R) ≤ d −1
d’où
Q(a) = P(a)S(a) +R(a) = 0 S(a) +R(a) = R(a)
et ainsi (1, a, , a
d−1
) est un système générateur de K[a] = K(a). Montrons que le
système (1, a, , a
d−1
) est libre sur K : soient b
0
, b
1
, , b
d−1
dans K tels que
b
0
+b
1
a + +b
d−1
a
d−1
= 0
alors le polynôme b
0
+b
1
X+ +b
d−1
X
d−1
∈ ker ψ donc est multiple de P ; or deg(P) = d
donc nécessairement b
0
+b
1
X+ +b
d−1
X
d−1
est le polynôme nul, i.e b
0
= = b
d−1
= 0 :
(1, a, , a
d−1
) est donc libre sur K. Ainsi (1, a, , a
d−1
) est une base de K(a) sur K :
[K(a) : K] = d.

Exemples
a)

2 est algébrique sur Q, en effet

2 est racine du polynôme X
2
−2 ∈ Q[X] ; de même

3 et i sont algébriques sur Q.
b) a =

2 +

3 est algébrique sur Q, en effet, on a (a −

3)
2
= 2 d’où a
2
+1 = 2

3a et,
en élevant au carré, on obtient a
4
−10a
2
+ 1 = 0 ; plus généralement, la somme de deux
éléments algébriques sur un corps K est algébrique sur K, mais il est en général difficile
de le montrer directement : on montrera ce résultat en 1.7.
c) e et π sont transcendants sur Q.
1.5 Proposition
Soit L une extension d’un corps K et soit a un élément de L; a est algébrique sur K si
et seulement si il existe un sous-corps M de L contenant K et a tel que le degré [M : K]
est fini.
Preuve :
D’après 1.4, si a est algébrique, alors K(a) est un sous-corps de L contenant K et a et
[K(a) : K] est fini.
73
Réciproquement, s’il existe un sous-corps M de L contenant K et a tel que le degré
[M : K] soit fini égal à m, alors la famille (1, a, , a
m
) est liée puiqu’elle compte m + 1
éléments distincts, i.e il existe m + 1 éléments non tous nuls b
0
, b
1
, , b
m
de K tels que
b
0
+b
1
a + +b
m
a
m
= 0
ainsi le polynôme b
0
+b
1
X + +b
m
X
m
est un polynôme non nul de K[X] qui annule a
et par conséquent a est algébrique sur K d’après 1.4.

1.6 Théorème (dit de la base télescopique)
Soit L une extension d’un corps K et soit M une extension du corps L, alors
[M : K] = [M : L][L : K].
Preuve :
Considérons (e
1
, , e
n
) une base de L sur K et (f
1
, , f
p
) une base de M sur L : on
va montrer que la famille (e
i
f
j
, 1 ≤ i ≤ n, 1 ≤ j ≤ p) est une base de M sur K.
Soit x ∈ M, alors il existe b
1
, , b
p
∈ L tels que
x = b
1
f
1
+ +b
p
f
p
or, pour tout 1 ≤ j ≤ p, b
j
s’écrit
b
j
= a
1j
e
1
+ +a
nj
e
n
où a
1j
, , a
nj
∈ K, d’où
x =
¸
i,j
a
ij
e
i
f
j
et ainsi (e
i
f
j
, 1 ≤ i ≤ n, 1 ≤ j ≤ p) engendre M sur K.
Montrons que (e
i
f
j
, 1 ≤ i ≤ n, 1 ≤ j ≤ p) est libre sur K : soient a
ij
des éléments de K
pour 1 ≤ i ≤ n et 1 ≤ j ≤ p tels que
¸
i,j
a
ij
e
i
f
j
= 0
alors
¸
j
(
¸
i
a
ij
e
i
)f
j
= 0
donc pour tout 1 ≤ j ≤ p, on a
¸
i
a
ij
e
i
= 0
puisque (f
1
, , f
p
) est libre sur L, d’où, pour tous 1 ≤ i ≤ n et 1 ≤ j ≤ p, a
ij
= 0
puisque (e
1
, , e
n
) est libre sur K.

74
1.7 Théorème
Soit L une extension d’un corps K ; alors l’ensemble des éléments de L algébriques sur K
est un sous-corps de L.
Preuve :
Soient x et y deux éléments de L algébriques sur K : il suffit de montrer que x − y, xy
sont algébriques sur K, et que si x = 0, x
−1
est également algébrique sur K.
Puisque x est algébrique sur K, on a [K(x) : K] < +∞; d’autre part, y est algébrique
sur K donc sur K(x) (un polynôme à coefficients dans K est a fortiori un polynôme à
coefficients dans K(x)), donc [K(x)(y) : K(x)] < +∞. Or d’après 1.6, on a
[K(x)(y) : K] = [K(x)(y) : K(x)][K(x) : K]
d’où
[K(x)(y) : K] < +∞
et ainsi K(x)(y) est une extension de degré fini sur K et qui contient x −y, xy et x
−1
si
x = 0, donc d’après 1.5, x −y, xy et x
−1
sont algébriques sur K.

1.8 Définition
On dit qu’une extension L d’un corps K est une extension algébrique si tous les éléments
de L sont algébriques sur K.
1.9 Proposition
Toute extension L de degré fini d’un corps K est une extension algébrique.
Preuve : immédiate d’après 1.5.

Remarque : La réciproque est fausse : l’ensemble Q des éléments de C algébriques sur
Q est une extension algébrique de Q de degré infini. (cf. 3.5)
2 Corps de rupture d’un polynôme
2.1 Proposition
Soit K un corps et soit P un polynôme irréductible de K[X] ; alors le corps K[X]/(P)
est une extension de K, de degré d
o
P, dans laquelle P admet au moins une racine.
Preuve :
Le polynôme P étant irréductible, l’anneau-quotient K[X]/(P) est un corps ; de plus on
voit facilement que la surjection canonique
f : K[X] −→ K[X]/(P)
Q −→ Q (mod P)
est telle que sa restriction à K est injective, donc f(K) ≃ K ; on identifie alors K et f(K)
et on pose f(a) = a pour tout a ∈ K et pour tout Q = a
q
X
q
+ + a
1
X + a
0
∈ K[X],
f(Q) = a
q
X
q
+ + a
1
X + a
0
; alors K est un sous-corps de K[X]/(P) et X est racine
de P dans le corps K[X]/(P). Enfin, si n = deg(P) on montre comme dans la preuve de
1.4 que (1, X, , X
n−1
) est une base de K[X]/(P) sur K.
75
2.2 Théorème et définition
Soit K un corps et soit P un polynôme irréductible de K[X] ; alors il existe une extension
L de K, unique à isomorphisme près, telle que P ait au moins une racine a dans L et telle
que le plus petit sous-corps de L contenant K et a soit L. Cette extension est appelée
corps de rupture du polynôme P.
Preuve :
Existence : d’après 2.1, le corps L = K[X]/(P) répond à la question : P admet pour
racine l’élément a = X de L et le plus petit sous-corps de L contenant K et a est bien L.
Unicité : soit M une extension de K telle que P ait au moins une racine b dans M
et telle que le plus petit sous-corps de M contenant K et b soit M ; considérons alors
l’homomorphisme ω suivant :
ω : K[X] −→ M
Q −→ Q(b)
il est clair que P ∈ ker ω, de plus P étant irréductible dans K[X], l’idéal (P) est maximal
donc ker ω = (P) et ainsi Imω ≃ K[X]/(P) donc Imω est un sous-corps de M contenant
ω(X) = b et ω(K) = K : on en déduit que Imω = M et ainsi M ≃ K[X]/(P) = L.

2.3 Théorème
Soit K un corps et soit P un polynôme non constant de K[X] ; alors il existe une extension
L de K dans laquelle P est scindé, i.e P est produit de polynômes de L[X] de degré 1.
Preuve : La démonstration se fait par récurrence sur d = deg(P) : écrivons P comme
produit de facteurs irréductibles Q
1
, Q
2
, , Q
r
dans l’anneau factoriel K[X].
Le théorème est évident si d = 1 ; si d ≥ 2 supposons le théorème vrai pour tout polynôme
non constant de degré < d sur un corps quelconque. Considérons L
1
le corps de rupture
de Q
1
et a
1
∈ L
1
une racine de Q
1
, alors il existe R
1
∈ L
1
[X] tel que
Q
1
= (X −a
1
)R
1
(X).
Appliquons l’hypothèse de récurrence à R
1
: il existe une extension M
1
de L
1
dans laquelle
R
1
est produit de polynômes de M
1
[X] de degré 1 donc Q
1
est produit de polynômes
de M
1
[X] de degré 1 ; puis on construit de la même façon une extension M
2
de M
1
dans laquelle Q
2
est produit de polynômes de M
2
[X] de degré 1, etc... En effectuant
l’opération pour tous les facteurs irréductibles de P, on construit une suite croissante de
corps M
1
⊂ M
2
⊂ ⊂ M
r
de K et M
r
est alors une extension de K dans laquelle P est
scindé.

2.4 Proposition
Soit L une extension de degré fini d’un corps K et soit P un polynôme irréductible de
K[X] ayant au moins une racine a dans L; alors le degré de P divise le degré de l’extension
[L : K].
76
Preuve :
En effet, d’après 1.6, on a
[L : K] = [L : K(a)][K(a) : K]
or [K(a) : K] = deg(P) d’après 1.4.

2.5 Définition
Soit K un corps et soit P un polynôme de K[X] de degré n ≥ 1 ; on appelle corps de
décomposition de P sur K toute extension L de K vérifiant :
a) P est scindé dans L;
b) L est minimal pour cette propriété, i.e L est engendré sur K par les racines de P.
2.6 Théorème
Soit K un corps et soit P un polynôme de K[X] de degré n ≥ 1 ; alors il existe un corps
de décomposition de P, unique à isomorphisme près.
Preuve :
Existence : elle est donnée par le théorème 2.3.
Unicité : il suffit de démontrer le lemme suivant qui fournit un résultat meilleur
Lemme : Soient K et K

deux corps et i un isomorphisme de K sur K

; on considère P
un polynôme de K[X] de degré n ≥ 1, L un corps de décomposition de P sur K et L

un corps de décomposition de i(P) sur K

: alors il existe un isomorphisme de L sur L

prolongeant i.
La démonstration se fait par récurrence sur [L : K] :
si [L : K] = 1, alors L = K i.e P est scindé sur K donc i(P) est scindé sur i(K) = K

et
par minimalité, on a alors L

= K

;
si [L : K] ≥ 2, on suppose que si L est une extension d’un corps M avec [L : M] < [L : K],
alors le lemme est vrai pour tout polynôme de degré ≥ 1 de M[X] ;
comme [L : K] ≥ 2, P n’est pas scindé sur K donc il existe α ∈ L−K tel que α est racine
de P ; soit Q le polynôme minimal de α, alors Q est un facteur irréductible de P. De plus
i induit de manière évidente un isomorphisme de K[X] sur K

[X] et un isomorphisme
¯
i de
K[X]/(Q) sur K

[X]/(i(Q)), d’où i(Q) est un facteur irréductible de i(P) : considérons
α

une racine de i(Q) dans L

et posons M = K(α) et M

= K



), alors M (resp. M

)
est un corps de rupture de Q sur K (resp. de i(Q) sur K

) ; on en déduit alors, d’après 2.2
qu’il existe un isomorphisme ψ de M sur M

prolongeant i, défini de la manière suivante :
ψ : M = K(α)

−→ K[X]/(Q)
e
i
−→ K

[X]/(i(Q))

−→ M

= K



)
A(α) −→ A (mod Q) −→ i(A) (mod i(Q)) −→ i(A)(α

)
et vérifiant ψ(α) = α

. De plus, dans M[X], P s’écrit P = (X −α)S et dans M

[X], i(P)
s’écrit i(P) = (X − α

)T, d’où ψ(S) = T. Alors L est un corps de décomposition de S
sur M et L

est un corps de décomposition de T sur M

; or [L : M] < [L : K], donc
par hypothèse de récurrence, il existe un isomorphisme ϕ de L sur L

prolongeant ψ donc
prolongeant i.
77
3 Corps algébriquement clos - clôture algébrique
3.1 Définition
On dit qu’un corps K est algébriquement clos si tout polynôme non constant de K[X]
possède au moins une racine dans K.
3.2 Théorème
Soit K un corps ; alors K est algébriquement clos si et seulement si il vérifie l’une des
trois conditions équivalentes suivantes :
a) tout polynôme non constant de K[X] est scindé dans K[X],
b) tout polynôme irréductible de K[X] est de degré 1,
c) toute extension algébrique de K coïncide avec K.
Preuve :
Tout d’abord, montrons que K est algébriquement clos si et seulement si il vérifie la
condition a) : si a) est vérifiée, il est clair que K est algébriquement clos ;
réciproquement, supposons que K est algébriquement clos et considérons un polynôme de
degré d ≥ 1 : si d = 1, la condition a) est vérifiée ; si d ≥ 2, supposons la condition a)
vérifiée pour tout polynôme de K[X] de degré < d : comme K est algébriquement clos, P
admet au moins une racine a ∈ K et ainsi, il existe Q ∈ K[X] tel que P = (X−a)Q(X) ;
alors deg(Q) = d − 1, donc par hypothèse de récurrence, Q est produit de facteurs de
degré 1 dans K[X], il en est donc de même pour P.
a)=⇒ b) : considérons un polynôme irréductible P de K[X] ; si deg(P) = d ≥ 2 alors,
comme d’après a) P est produit de d polynômes de degré 1, P ne serait pas irréductible,
donc P est de degré 1.
b)=⇒ c) : Soit L une extension algébrique de K et soit a ∈ L; alors le polynôme minimal
de a est irréductible dans K[X], donc est de degré 1 d’après b), on en déduit aussitôt que
a ∈ K et ainsi L = K.
c)=⇒ a) : supposons a) non vérifiée, alors, comme l’anneau K[X] est factoriel, celà si-
gnifie qu’il existe au moins un polynôme P irréductible de degré d ≥ 2 ; alors l’extension
K[X]/(P) de K est de degré d (donc algébrique) et contient strictement K puisque d = 1,
ce qui contredit c) : donc a) est vérifiée.

Exemples
a) C est algébriquement clos.
b) R n’est pas algébriquement clos : le polynôme X
2
+ 1 n’admet pas de racine réelle.
c) Un corps fini n’est jamais algébriquement clos : en effet, si K est un corps fini à n
éléments K = ¦a
1
, , a
n
¦, le polynôme
¸
1≤i≤n
(X −a
i
) +1 ne possède pas de racine dans
K.
78
3.3 Définition
Soit K un corps : on appelle clôture algébrique de K tout corps algébriquement clos qui
est une extension algébrique de K.
3.4 Théorème
Tout corps K possède une clôture algébrique L unique à isomorphisme près : si L

est une
autre clôture algébrique de K, il existe un isomorphisme de corps ϕ : L −→ L

dont la
restriction à K est l’identité.
Preuve : admise.
3.5 Théorème
Soit Q l’ensemble des éléments de C qui sont algébriques sur Q : alors Q est une clôture
algébrique de Q de degré infini sur Q.
Preuve :
D’après 1.7, Q est un sous-corps de C et est évidemment une extension algébrique de Q;
montrons que Q est algébriquement clos :
soit P = a
n
X
n
+ + a
0
un polynôme de Q[X] ; on définit par récurrence une suite
croissante de sous-corps de C, K
0
⊂ K
1
⊂ ⊂ K
n
en posant K
0
= Q(a
0
) et K
i
=
K
i−1
(a
i
) pour tout 1 ≤ i ≤ n, alors [K
i
: K
i−1
] = [K
i−1
(a
i
) : K
i−1
] < +∞ pour tout 1 ≤
i ≤ n puisque a
i
est algébrique sur Q donc sur son extension K
i−1
, et [K
0
: Q] = [Q(a
0
) :
Q] < +∞; on en déduit par le théorème de la base télescopique que [K
n
: Q] < +∞.
Considérons maintenant une racine complexe a de P et montrons que a ∈ Q : a est
algébrique sur K
n
puisque P(a) = 0 et P ∈ K
n
[X] donc [K
n
(a) : K
n
] < +∞, d’où
[K
n
(a) : Q] = [K
n
(a) : K
n
][K
n
: Q] < +∞ et ainsi a est algébrique sur Q d’après 1.5, i.e
a ∈ Q. Donc P est produit de facteurs de degré 1 dans Q[X] : Q est donc algébriquement
clos.
Montrons enfin que [Q : Q] = +∞: pour tout n ∈ N

, le polynôme X
n
−2 est irréductible
dans Q[X] (critère d’Eisenstein) , donc
n

2 est un élément algébrique sur Q de degré n;
supposons [Q : Q] < +∞, alors d’après 2.4, n divise [Q : Q] et ce pour tout n ∈ N

, ce
qui est impossible. Donc [Q : Q] = +∞.

4 Corps finis
4.1 Proposition
Soit K un corps de caractéristique non nulle p (nombre premier) ; alors l’application
F : K −→ K
x −→ x
p
est un homomorphisme d’anneaux injectif appelé homomorphisme de Frobenius. De plus,
si K est fini, F est un automorphisme, et si K = F
p
, F est l’identité.
Preuve : on a clairement F(1) = 1 et pour tous x, y ∈ K, on a F(xy) = (xy)
p
= x
p
y
p
=
F(x)F(y) puisque K est commutatif.
79
D’autre part, F(x+y) = (x+y)
p
= x
p
+
p−1
¸
k=1
C
k
p
x
k
y
p−k
+y
p
; démontrons le lemme suivant :
Lemme : soit p un nombre premier, alors pour tout 1 ≤ k ≤ p −1, p divise C
k
p
.
En effet, on a C
k
p
k! = p(p − 1) (p − k + 1) donc p divise C
k
p
k!, or p est premier
avec k! puisque 1 ≤ k ≤ p −1 et p est un nombre premier, d’où p divise C
k
p
.
On en déduit que C
k
p
x
k
y
p−k
= 0 pour tout 1 ≤ k ≤ p −1 puisque K est de caractéristique
p. D’où F(x + y) = (x + y)
p
= x
p
+ y
p
= F(x) + F(y). Ainsi F est un homomorphisme
d’anneaux.
Montrons que F est injectif : ker F est un idéal du corps K donc ker F = ¦0¦ ou ker F = K,
or F n’est pas l’homomorphisme nul donc ker F = K, d’où ker F = ¦0¦ et F est injectif.
D’autre part, si K est fini, alors F étant injectif est bijectif, et si K = F
p
, F est l’identité
d’après le petit théorème de Fermat.

4.2 Théorème
a) Soit K un corps fini à q éléments, alors il existe un nombre premier p et un entier n ≥ 1
tel que q = p
n
.
b) Soit q = p
n
où p est un nombre premier et n un entier n ≥ 1, alors “le” corps de
décomposition du polynôme X
q
−X sur F
p
est un corps à q éléments.
c) Soit q = p
n
où p est un nombre premier et n un entier n ≥ 1 et soit K un corps à q
éléments ; alors K est isomorphe au corps de décomposition du polynôme X
q
−X sur F
p
.
Ainsi deux corps à q éléments sont isomorphes. On note alors F
q
“le” corps à q éléments.
Preuve :
a) : cf. 1.3.
b) : Soit q = p
n
où p est un nombre premier et n un entier n ≥ 1 et soit K “le” corps de
décomposition du polynôme P = X
q
− X sur F
p
; considérons k = ¦x ∈ K / P(x) = 0¦
l’ensemble des racines de P sur K et montrons que k est un sous-corps de K :
il est clair que 1
K
est racine de P donc 1
K
∈ k ;
soient x et y ∈ k, alors x
q
= x et y
q
= y d’où (xy)
q
= x
q
y
q
= xy et ainsi xy ∈ k ; montrons
maintenant par récurrence sur n que (x −y)
q
= x
q
−y
q
:
si n = 1, alors q = p et on a d’après 4.1, (x −y)
p
= x
p
+(−y)
p
= x
p
+(−1
K
)
p
y
p
; or p est
premier donc, soit p ≥ 3 et alors p est impair, soit p = 2 et K est alors de caractéristique 2,
d’où 1
K
= −1
K
, donc dans tous les cas (−1
K
)
p
y
p
= −y
p
. On en déduit (x−y)
p
= x
p
−y
p
.
si n ≥ 2, supposons que (x −y)
p
n−1
= x
p
n−1
−y
p
n−1
, alors on a
(x − y)
p
n
= ((x − y)
p
n−1
)
p
= (x
p
n−1
− y
p
n−1
)
p
= (x
p
n−1
)
p
− (y
p
n−1
)
p
d’après le cas n = 1,
d’où (x −y)
p
n
= x
p
n
−y
p
n
.
Ainsi on a (x −y)
q
= x
q
−y
q
= x −y puisque x et y ∈ k, d’où x −y ∈ k. Donc k est un
sous-anneau de K ; de plus, pour tout x ∈ k

, x possède un inverse x
−1
dans le corps K
et x
q
= x, d’où x
−1
= (x
q
)
−1
= x
−q
= (x
−1
)
q
et ainsi x
−1
∈ k, donc k est un sous-corps
80
de K. On en déduit que K = k, puisque le corps de décomposition d’un polynôme est
engendré par les racines de ce polynôme.
De plus, P

= qX
q−1
− 1 = p
n
X
q−1
− 1 = −1 puisque K est de caractéristique p, donc
toutes les racines de P sont simples, i.e Card(k) = q, donc K = k est un corps à q
éléments.
c) Soit K un corps à q = p
n
éléments, alors K

= K−¦0
K
¦ est un groupe multiplicatif à
q −1 éléments donc, d’après le théorème de Lagrange, tout x ∈ K

vérifie x
q−1
= 1
K
d’où
x
q
= x; cette égalité étant également vérifiée par 0
K
, on en déduit que tout élément de K
est racine du polynôme X
q
−X. D’autre part, K étant de caractéristique p, le sous-corps
premier k de K est isomorphe à F
p
ainsi, puisque K est engendré sur k par les racines de
X
q
−X, K est isomorphe au corps de décomposition de X
q
−X sur F
p
.

5 Théorème de Wedderburn
5.1 Définition et proposition
Soit n ∈ N

: on note U
n
= ¦z ∈ C / z
n
= 1¦ le groupe des racines nièmes de l’unité ;
alors l’application
f : Z/nZ −→ U
n
k −→ e
2ikπ
n
est un isomorphisme de groupes (et ainsi U
n
est cyclique) ; de plus on a les équivalences
e
2ikπ
n
engendre U
n
⇐⇒ k engendre Z/nZ ⇐⇒ k ∧ n = 1.
On appelle racine primitive nième de l’unité tout élément de U
n
qui engendre U
n
, i.e qui
est d’ordre n, et on note P(U
n
) l’ensemble des racines primitives nièmes de l’unité : ainsi
on a
P(U
n
) = ¦e
2ikπ
n
/ k ∧ n = 1¦
et CardP(U
n
) = ϕ(n) où ϕ est la fonction indicateur d’Euler.
5.2 Définition
Soit n ∈ N

: on appelle nième polynôme cyclotomique le polynôme Φ
n
(X) défini par
Φ
n
(X) =
¸
α∈P(Un)
(X −α).
5.3 Proposition
Soit n ∈ N

; alors on a :
a) Φ
n
(X) est unitaire et de degré ϕ(n) ;
b) X
n
−1 =
¸
d∈N

,d|n
Φ
d
(X) ;
c) Φ
n
(X) est à coefficients dans Z.
81
Preuve :
a) clair.
b) Les ensembles P(U
d
) forment une partition de U
n
quand d décrit l’ensemble des divi-
seurs positifs de n, en effet :
pour tout diviseur positif d de n et pour tout α ∈ P(U
d
), on a α
d
= 1 donc α
n
= 1 d’où
P(U
d
) ⊂ U
n
; réciproquement, pour tout α ∈ U
n
, ord(α) divise n et α ∈ P(U
ord(α)
), donc
U
n
=
¸
d|n
P(U
d
).
D’autre part, pour tout d le groupe U
d
est cyclique donc P(U
d
) = ∅ et, si P(U
d
) ∩P(U
d
′ )
est non vide, alors pour tout α ∈ P(U
d
) ∩ P(U
d
′ ) on a ord(α) = d = d

: on a donc bien
une partition.
Or X
n
− 1 est unitaire et n’a que des racines simples dans C donc, par définition même
de U
n
, on a
X
n
−1 =
¸
α∈Un
(X −α)
d’où
X
n
−1 =
¸
d|n

¸
¸
α∈P(U
d
)
(X −α)

=
¸
d|n
Φ
d
(X).
c) Montrons que Φ
n
(X) est à coefficients dans Z par récurrence sur n :
si n = 1, alors Φ
n
(X) = X −1 ∈ Z[X] ;
si n ≥ 2, on suppose que Φ
m
(X) ∈ Z[X] pour tout entier m ≤ n −1 ; alors on a
X
n
−1 =
¸
d|n
Φ
d
(X) = Φ
n
(X)R(X)
où R(X) =
¸
d|n,d=n
Φ
d
(X) : ainsi R(X) est unitaire et à coefficients entiers par hypothèse
de récurrence donc, quand on effectue la division euclidienne de X
n
−1 par R, le quotient
Φ
n
(X) est aussi à coefficients entiers.

5.4 Théorème de Wedderburn
Tout corps fini est commutatif ; ainsi pour tout corps fini K, il existe un nombre premier
p et un entier n ≥ 1 tel que K ≃ F
p
n.
Preuve :
Soit K un corps fini a priori non commutatif ; considérons le centre Z(K) défini par
Z(K) = ¦x ∈ K / ∀ y ∈ K, xy = yx¦.
Notons q = Card(Z(K)), alors q ≥ 2 puisque 0
K
et 1
K
∈ Z(K). On vérifie facilement
que Z(K) est un sous-corps commutatif de K, et ainsi K est muni d’une structure de
82
Z(K)-espace vectoriel, de dimension finie n ≥ 1 puisque K est fini, d’où [K[ = q
n
: on va
montrer que n = 1, ainsi on aura Z(K) = K et K sera commutatif.
Considérons x ∈ K

et posons K
x
= ¦y ∈ K / xy = yx¦, alors on vérifie facilement
que K
x
est un sous-corps de K et que Z(K) ⊂ K
x
donc K
x
est muni d’une structure
de Z(K)-espace vectoriel de dimension finie n
x
≥ 1, d’où [K
x
[ = q
nx
. D’autre part, K

x
est un sous-groupe du groupe multiplicatif K

donc d’après le théorème de Lagrange,
[K

x
[ = q
nx
−1 divise [K

[ = q
n
−1 ; on en déduit alors que n
x
divise n à l’aide du lemme
suivant :
Lemme : Soient a et b ∈ N

, alors on a :
q
b
−1 [ q
a
−1 ⇐⇒ b [ a.
En effet, si b [ a, il existe k ∈ N

tel que a = bk, d’où
q
a
−1 = (q
b
)
k
−1 = (q
b
−1)((q
b
)
k−1
+ +q
b
+ 1).
Réciproquement, si q
b
−1 [ q
a
−1, effectuons la division euclidienne de a par b : a = bs+r
où 0 ≤ r ≤ b −1, alors
q
a
−1 = q
bs
q
r
−1 = q
r
(q
bs
−1) +q
r
−1
or q
b
− 1 divise q
a
− 1 et q
bs
− 1 donc, si r = 0, q
b
− 1 divise q
r
− 1 ; comme q
b
− 1 ≥ 1
et q
r
− 1 ≥ 1, on en déduit que q
b
− 1 ≤ q
r
− 1, d’où b ≤ r puisque q ≥ 2 ce qui est
impossible, donc r = 0 et b divise a.
Le centre Z(K

) du groupe K

n’est autre que Z(K)

= Z(K) −¦0¦ et K

x
= K
x
−¦0¦
est le centralisateur de x dans K

.
Supposons n = 1 : alors K = Z(K) et ainsi K

= Z(K

), on a alors d’après III 9.3
“l’équation des classes”
[K

[ = [Z(K

)[ +
¸
x∈Z(K

)
[K

: K

x
]
en prenant un et un seul x ∈ Z(K

) par classe de conjugaison dans la somme.
Alors on obtient
q
n
−1 = q −1 +
¸
x∈Z(K

)
[K

[
[K

x
[
= q −1 +
¸
x∈Z(K

)
q
n
−1
q
nx
−1
.
Or, d’après 5.3 on a X
n
− 1 =
¸
d|n
Φ
d
(X) et pour tout d ∈ N

, Φ
d
(X) est à coefficients
dans Z, d’où q
n
−1 =
¸
d|n
Φ
d
(q) et Φ
n
(q) divise q
n
−1.
De la même façon, on a pour tout x ∈ Z(K

), q
nx
−1 =
¸
d|nx
Φ
d
(q) donc, puisque n
x
divise
n, si on note I = ¦d ∈ N

/ d[n et d[ n
x
¦, on obtient
q
n
−1
q
nx
−1
=
¸
d∈I
Φ
d
(q)
83
or, comme x ∈ Z(K

), il existe y ∈ K tel que xy = yx d’où K
x
= K et n
x
= n, par
conséquent l’ensemble I contient n et ainsi Φ
n
(q) divise
q
n
−1
q
nx
−1
. On en déduit aussitôt
que Φ
n
(q) divise q −1, d’où [Φ
n
(q)[ ≤ [q −1[.
Or n = 1 donc, pour tout α = cos θ +i sin θ ∈ P(U
n
), on a α = 1 donc
[q −α[ =

(q −cos θ)
2
+ sin
2
θ =

q
2
−2q cos θ + 1 >

q
2
−2q + 1 = [q −1[
d’où

n
(q)[ =
¸
α∈P(Un)
[q −α[ > [q −1[
ϕ(n)
≥ [q −1[
ce qui est absurde, donc n = 1 et ainsi K est commutatif.

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