Invitation à la Coexistence Episode 8

Au nom d’Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ; louanges à Allah, Seigneur de l’Univers, et que la bénédiction d’Allah soit accordée à notre maître, le Messager d’Allah.

Nous continuons toujours notre invitation à la coexistence avec l'imam Malik, un des quatre Imams qui ont jeté les bases de la jurisprudence islamique, et qui donnent le meilleur exemple de la coexistence, de l'échange des points de vue et du respect de la différence. La coexistence est en fait la première grande leçon de l'humanité, c'est pourquoi je présente ces exemples dans le but d'aider à cicatriser les blessures de l'Iraq, ou à empêcher un divorce, ou encore à créer un espace commun de dialogue entre un père et son fils. Nous visons également à apprendre à l'Occident que la coexistence est un des principes de l'Islam, et qu'il ne doit donc pas nous imposer sa culture mais nous accepter avec nos principes.

La fois dernière, nous avons parlé en bref de l'idéologie de Malik. Aujourd'hui, nous parlerons plus en détail de sa vie.

Qui est l'imam Malik ?

Il s'appelle Malik ibn Anas ibn Malik. Il ne s'agit pas de Anas ibn Malik, le compagnon du Prophète (Bénédictions et paix sur lui). L'imam Malik est d'origine yéménite. Son grand-père vivait au Yémen avant d'émigrer à Médine où il entra sous les auspices de la tribu de Bani Tayem, les descendants de Abou Bakr As-Seddiq. Sa relation avec la famille d'Abou Bakr est très étroite, comme elle l'est avec sa jurisprudence et aussi avec celle de `Omar Ibn Al-Khattâb, étant l'élève de Nafe`, l'affranchi de Abdollah ibn `Omar. Il a donc hérité de la pensée de ces deux grands compagnons. La pensée de Abou Bakr tournait autour de la miséricorde, et celle de `Omar, autour de l'intérêt commun des gens. C'est ainsi que la jurisprudence de Malik, regroupe les deux tendances : elle vise à faciliter aux gens la vie et à prendre en considération leurs intérêts. La diversité est donc signe de richesse. C'est dans la diversité que se réalise la complémentarité.

Né en l'an 93 de l'hégire et mort en l'an 185 (ou 179, selon certaines sources), Malik fut nommé le savant de Médine, l'imam de la terre d'immigration. Il est à noter que l'imam Malik est, selon certains, un affranchi. C'est là un point capital dans la coexistence. Comment 40 ans après la mort du Prophète (BP sur lui), les Arabes ont-ils accepté que leur savant ait été un esclave ? Nous ne pouvons qu’admirer cette forme de coexistence qui leur a permis d'accepter une telle situation et qui manque à présent dans nos sociétés où s'accentuent de plus en plus les distinctions entre les quartiers riches et les quartiers pauvres. Les compagnons du Prophète (BP sur lui) ont compris que le Coran bannissait la différence entre les classes sociales et encourageait à l'affranchissement des esclaves, c'est pourquoi, ils ont été plus aptes à accepter et à vivre cette différence, et ceci en faisant marier leurs fils avec des femmes affranchies menant ainsi à la création d'une génération qui ne connaît pas ces distinctions.

Il est à noter que l'affranchissement des esclaves en Islam s'est fait par étapes, et ceci pour empêcher les révoltes et les dissidences qui pourraient se produire dans la communauté.

Nous devons souligner aussi que le père de l'imam Malik fabriquait des arcs, et pourtant la société a accepté que son fils soit ce grand savant que fut Malik. Le grand calife Haroun Ar-Rachid assistait même aux cours de Malik et apprenait de lui.

La question qui se pose est la suivante : est-ce que nous pouvons accepter actuellement cette coexistence entre les différentes classes sociales déjà vécue en Islam il y a plus de 1400 ans ?

Concernant la vie familiale de Malik, il avait trois fils : Yahya, Mohammad et Abdollah, et une fille, Fatima, qui ressemblait beaucoup à son père. Dans son cours, Fatima s'asseyait derrière un mur et frappait trois coups à la porte si un des étudiants de son père faisait une erreur dans la lecture de son livre. Ces trois coups attiraient l'attention de son père qui savait que sa fille maîtrisait le contenu du livre autant que son père. Quant à Yahya, il fut, à l'inverse de Fatima, passionné de jeux. La science ne l'attirait guère, il s'habillait même de façon extravagante ; cependant son père ne le grondait pas et n'exerçait sur lui aucune pression mais il lui parlait gentiment et priait Allah de le guider au bon chemin. Ce n'est qu'après la mort de Malik que Yahya changea de comportement. Nous avons là un exemple de coexistence entre les parents et leurs enfants qui vient s'ajouter à la première forme de coexistence entre les classes sociales.

L'apprentissage de Malik

Né à Médine, Malik y a passé toute sa vie. Il a eu l'occasion d'apprendre de beaucoup de professeurs de tendances très différentes, ce qui a eu un impact positif sur sa pensée qui s'est trouvée très enrichie par la suite.

Malik a déployé de grands efforts pour apprendre. Il atteste lui-même de ses efforts en disant : "Je me suis battu contre moi-même pendant 40 ans jusqu'à ce que je fusse sur le bon chemin de l'apprentissage". Il s'avère que Malik a connu des moments d'échec mais il n'a jamais perdu espoir. Et c'est là une forme de coexistence avec soi-même qui est peut-être la plus importante.

- Le premier professeur chez qui sa mère lui a conseillé de se rendre est Rabi`a. Elle lui avait dit : "Apprends sa politesse avant sa science". En effet, Rabi`a était connu pour sa grande politesse, son élégance, et l'attention qu'il accordait à l'enseignement de la discipline en classe.

- Malik fut aussi l'étudiant de Ibn Hormoz pendant 6 ans. Ibn Hormoz était l'un de ces grands savants qui avait deux sortes de cours : un cours public pour tous ceux qui fréquentaient la mosquée, et un autre privé pour les étudiants les plus brillants. Malik voulait absolument faire partie de ce dernier groupe. C'est pourquoi, il fit de son mieux pour rejoindre ce groupe. Il raconte : "je restais des heures devant la maison de Ibn Hormoz sans jamais frapper à la porte jusqu'à ce que Ibn Hormoz sente qu'il y a quelqu'un derrière la porte et demande à la servante d'ouvrir. Elle disait : "C'est le blond (Malik était blond)." Ibn Hormoz faisait entrer Malik qui prenait soin de dire à la servante : " Si un autre étudiant vient frapper à la porte, donne-lui ces confiseries et dis-lui que le professeur n'est pas disponible". Il répétait cela presque chaque jour. Ibn Hormoz vit en lui un grand savant et lui dit un jour : " Tu es aujourd'hui encore jeune, mais demain tu seras un grand savant. Tu seras un socle de la science. Alors, à ce moment, aie peur d'Allah". Malik avait à

cette époque entre 12 et 13 ans.

Quand Ibn Hormoz est devenu âgé et a perdu la vue, c'est Malik qui l'accompagnait à la mosquée pour apprendre de lui les hadiths. Celui qui veut apprendre doit fournir des efforts. A la fin de sa vie, Ibn Hormoz ne portait son attention dans son cours qu'à Malik et quand on lui en demanda la raison, il dit que les gens ont eu l'habitude d'accepter tout ce qu'il leur dit sauf Malik qui n'acceptait que ce qui était acceptable parce qu'il avait un esprit critique. Malik nous donne ici l'exemple de la juste coexistence. Il ne s'agit pas de se laisser envahir par l'Autre, mais d'accepter ce qu'il dit en fonction de nos propres critères. Les musulmans qui vivent en Occident pourront profiter de cette expérience de Malik. Ils doivent, pour mieux faire connaître l'Islam aux autres, bien s'intégrer dans leurs sociétés sans pour autant perdre leur identité.

- Malik apprendra aussi de Nafe`, l'affranchi de Abdollah ibn `Omar. Nafe` est connu pour être un des grands savants qui détenait le savoir de Abdollah ibn `Omar et celui de `Omar. Il fit avec Nafe` ce qu'il faisait avec les autres. Le voilà qui raconte : "Je marchais dans la chaleur en plein soleil et je restais des heures devant la porte de Nafe`. Lorsqu'il sortait, je ne lui parlais pas directement, mais j'attendais le moment propice pour le faire. Ce moment était celui où je le voyais sourire, alors je me présentais à lui pour le saluer et puis je partais tout de suite sans dire un mot. Quand il eut l'habitude de me voir, je lui adressais parfois certaines questions et c'est ainsi que j'attirai son attention. Je suis devenu donc son ami et j'ai appris de lui la science de `Omar et de Abdollah ibn `Omar." La jurisprudence de Malik met effectivement en avant l'intérêt des gens. C'est une des formes de la coexistence avec les savants. En effet, les grands savants connaissent beaucoup de personnes mais ne peuvent pas avoir des relations étroites avec tout le monde. Ces relations ne se créent qu'avec les personnes intelligentes et persistantes qui deviennent peu à peu leurs amis, ensuite leurs étudiants et puis, il arrive qu’ils travaillent ensemble.

- Le quatrième professeur de Malik fut Ibn Al Achhab. Il était aussi un des grands savants qui détestait répéter ces cours. Un jour, Malik avait oublié son cahier, et son professeur a récité 30 hadiths. A chaque hadith, il faisait un nœud avec une ficelle qu'il avait trouvée. A la fin du cours, il essaya de reprendre les 30 hadiths, mais il ne s'en souvint que de 29 seulement. Quand il demanda à son professeur de lui dire le hadith qui lui manquait, son professeur s’exclama : "La mémorisation est perdue à cette époque !". C'est alors que Malik décida de ne jamais oublier un seul mot.

Il est aussi allé le voir le premier jour de la fête pensant que c’était la meilleure occasion pour le trouver seul. Ibn Al Achhab lui apprit ce jour 20 hadiths que Malik mémorisa tous. Son professeur lui conseilla aussi d'apprendre de deux éminents professeurs dont `Aï'cha fille de Sa`d ibn Al Waqqas. Malik n'avait pas honte d'apprendre d'une femme et de profiter de son savoir.

- Il fut aussi l'étudiant de Dja`far As-Sadiq, le grand imam des Chi`ites. Il est peut-être étonnant de voir qu'un des grands imams du sunnisme eut parmi ses professeurs l'imam des Chi`ites. Mais il faut dire que Dja`far As-Sadiq se disait fier d'avoir Abou Bakr comme grand-père et de l'amour de Ali pour `Omar Ibn Al-Khattâb. Sa mère était descendante de Abou Bakr et sa grand-mère était Asmaa fille de Abderrahman fils de Abou Bakr.

Malik a procédé à la fatwa à l'âge de 17 ans après avoir pris l'autorisation de 70 des grands

savants de Médine qui nous donnent le meilleur exemple de coexistence avec les jeunes. Lors de l'examen qui lui permettait d'accéder à la qualité de mufti, le jury lui posa des questions qui n'avaient pas trait à la jurisprudence, mais à la vie, aux gens. En effet, la jurisprudence nécessite de bien connaître les gens. On lui demanda : "Qui est l'homme le plus vil dans la société ?". Il répondit: "L'homme le plus vil est celui qui manipule sa religion pour gagner de l'argent. Et la preuve est le verset : " Et est-ce

pour vous [une façon d'être reconnaissant] à votre subsistance que de traiter (le Coran) de mensonge ? (TSC, Al Waqi`a (L'événement) : 82).
"Et qui est plus vil que cet homme ? ". "Celui qui manipule sa religion pour faire gagner aux autres de l'argent".

Malik qui tenta toute sa vie de créer des espaces communs avec sa société, avec ses enfants et avec ses professeurs, donnait son cours puis allait assister aux cours de ses anciens professeurs. C'est la raison essentielle de sa richesse et du renouvellement de sa science. En fait, c'est dans l'échange permanent, dans la lecture permanente que se renouvelle et s’enrichit le savoir.

Avant de conclure par l'élégance de Malik, nous devons dire qu'une expérience a été faite sur dix jeunes dont cinq ont été forcés à suivre certaines instructions, alors que les cinq autres avaient le choix entre suivre les instructions et être récompensés. Le résultat a montré que ceux à qui on a imposé des interdictions étaient faibles devant leurs passions, alors que ceux qui avaient le choix ont montré plus de force et étaient capables de maîtriser leurs désirs.

L'élégance de Malik

Malik était très élégant, portait les costumes les plus chers, portait une bague en argent ; sa maison était bien décorée, pleine de tapis, et sur l'extérieur était calligraphié un verset. Il aimait la bonne cuisine et parmi les fruits, préférait les bananes présentes toute l'année. Il aimait la beauté.

Face à la lettre qui lui fut adressée par un des soufis qui critiquait sa façon de s'habiller et de vivre, Malik s'est montré de ceux qui respectaient l'avis contraire et admettaient le conseil des autres. Il essayait toujours de réaliser un équilibre dans sa vie. Son amour des plaisirs de la vie, tant qu'ils ne proviennent pas de voies illicites, ne contredisait pas sa dévotion dans la pratique. Malik fut, à vrai dire, un exemple de la coexistence avec la société.