Invitation à la coexistence Episode : 19

Au nom d’Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ; louanges à Allah, Seigneur de l’Univers, et que la bénédiction d’Allah soit accordée à notre maître, le Messager d’Allah. L'Imam Ahmad ibn Hanbal fut le quatrième des grands Imams de jurisprudence à avoir laissé son empreinte, à une époque critique que traversait la Oumma, en se consacrant à deux grandes oeuvres dont la première fut le rassemblement des hadiths du Messager d'Allah, bénédiction et paix sur lui ; soucieux qu'il était de dissiper tout différend existant ou pouvant naître entre les Ulémas du Hidjaz, de l'Iraq, de Syrie et du Yémen au moment de prononcer leur fatwa. Les Ulémas desdits pays avaient des circonstances atténuantes car ils ne disposaient pas de tous les hadiths rapportés par les compagnons. L'Imam Ahmad s'était donc déplacé entre différentes villes arabes pour mettre à exécution le but qu'il s'était fixé dans sa première jeunesse. A l'âge de 35 ans, il était revenu dans sa ville natale où il avait passé cinq ans à rédiger son fameux livre "Mousnad de l'Imam Ahmad" dans lequel il avait inséré tous les hadiths prophétiques, après s'être assuré de leur authenticité, et de leurs rapporteurs. Oeuvre gigantesque de longue haleine, qu'il était parvenu à réaliser tout seul en une vingtaine d'années, alors qu'elle aurait nécessité la convergence des efforts d'un grand nombre de personnes et sur plusieurs générations. La biographie de l'Imam Ahamd, tout autant que celle de l'Imam Ach-Chafi'i mériteraient d'être dédiées aux jeunes gens, car s'étant trouvés orphelins dès leur plus tendre enfance, et assistés par leurs mères respectives, tous les deux avaient compté sur leurs efforts personnels qu'ils avaient mis au service de l'Islam en vue de rassembler la Oumma. Le second grand exploit de l'Imam Ahmad est la préservation de la doctrine des Musulmans, telle que léguée par le Prophète, bénédiction et paix sur lui, par les compagnons et par les disciples. L'histoire remonte à l'époque des conquêtes islamiques, qui avaient commencé du temps du second calife 'Omar ibnul Khattab, puis s'étaient largement répandues durant l'avènement des Umayyades. En effet, les gens qui affluaient à l'Islam se comptaient par milliers, et venaient des quatre coins du monde; en outre, ils introduisaient une variété de cultures, de concepts et de préjugés; en plus de leurs us et coutumes respectifs. Cependant, les gens qui se convertissaient à l'Islam ne le faisaient pas tous par piété, certains étaient poussés par diverses motivations : Il y avait ceux qui visaient à y imposer leur méthode de raisonnement. D'autres cherchaient à assujettir l'Islam à leur mode de réflexion.

Mais le plus grave, c'était les malveillants et les haineux qui n'avaient d'autre choix que d'embrasser cette religion qui se répandait au détriment de l'empire Perse et de l'empire Romain. On voyait se former des scissions et des groupes dont les Mu'tazilites qui tramaient des machinations et guettaient le moment propice pour corrompre les fondements de la doctrine de cette religion qui était des plus simples, des plus pures et qui ne posait aucun problème à ceux qui voulaient l'embrasser, car elle stipule : à à à L'Attestation de l'Unicité d'Allah (il n'y a d'autre divinité qu'Allah) que Mohammad est le dernier des Messagers d'Allah ; Qu'Allah a envoyé des Prophètes et des Messagers,

à qui avaient pour mission d'ordonner aux gens d'adorer Allah, de labourer la terre et de la peupler, afin d'avoir accès à la djannah et d'éviter la géhenne. Qui sont les Mu'tazilites? Un certain nombre d’idées avait commencé à se répandre afin de corrompre l'Islam; leur but essentiel était de semer la confusion parmi les gens et leur ôter toute envie de s'y convertir. Ce fut une offensive féroce contre l'Islam à Baghdad, capitale du califat des Abbassides. Entre autres, les Mu'tazilites avaient brandi l'idée de "la création du Coran" et tenaient à l'introduire dans l'Islam à tout prix. Ils avaient dit que le Coran est une création, par conséquent, il est fortuit, car s'il existait depuis longtemps les anciens seraient multiples, et la doctrine serait à son tour, païenne; or le Coran n'est certainement pas ancien, par conséquent il est créé. Mais les Musulmans ont une profonde conviction et croient fermement que le Noble Coran est une Révélation Divine et que l'Islam est une religion simple et claire; Allah l'a d'ailleurs révélé au verset 5 de Sourate Al-Bayyina (La Preuve) (Il

ne leur a été commandé, cependant, que d'adorer Allah, Lui vouant un culte exclusif, d'accomplir la Salât et d'acquitter la Zakât. Et voilà la religion de droiture. ) Au fond, les Mu'tazilites avaient combiné cette émeute depuis une cinquantaine d'années sous forme de polémique et de controverse. Ils avaient essayé durant l'avènement du calife Abbasside "Al-Mansour", mais ils avaient échoué dans leur entreprise, du fait que le calife avait des gens vertueux et des fidèles autour de lui; en plus, il tenait à la tradition du Prophète, bénédiction et paix sur lui, et l'Imam Abou Hanifah était là pour répondre à leur débat. Son successeur, le calife "Haroun Ar-Rachid" avait pour premier jurisconsulte l'Imam Abou Youssef, disciple de l'Imam Abou Hanifah; là aussi, ils avaient essuyé un échec. Toujours aux aguets, les Mu'tazilites avaient su profiter d'une certaine faiblesse chez le troisième calife "Al-Ma'moun". Puis ils avaient consolidé leur position en se rapprochant du calife jusqu'à obtenir des postes de ministres ; d'autant plus que l'Imam Abou Hanifah et l'Imam Abou Youssef étaient morts. De là, ils avaient réussi à persuader Al-Ma'moun de forcer les Musulmans à adopter certaines idées, "la création du Coran" entre autres. Se pliant aux instructions d'ibn Abou Dawoud qui était à la tête de cette émeute, Al-Ma'moun avait ordonné de faire répandre que: Le Coran est créé Qu'Ali ibn Abou Taleb est bien meilleur qu'Abou Bakr et 'Omar

Que nous ne verrons pas le visage de notre Créateur le Jour de la Résurrection (Il n’y a rien qui Lui ressemble) -Ach-Choûrâ-. Et ils avaient ajouté beaucoup d'autres philosophies dépravantes. L'Imam Ahmad ibn Hanbal face à l'émeute 1- Au temps du calife Al-Ma'moun L'Imam Ahmad ibn Hanbal était un homme vertueux, dévot, ascète, sincère et connu pour ses prises de position simples; en outre, sa jurisprudence approuvait la simplicité; mais à l'opposé, il se montrait inflexible et énergique quand il s'agissait d'une question qui se rattachait aux fondements de l'Islam, quel qu'en était le prix. Un jour, un des Mu'tazilites lui avait demandé : « quelle est la distance qui nous sépare du trône? » il lui avait répondu : « une imploration sincère, émanant d'un coeur loyal. » Un autre lui avait demandé : «Qui est le meilleur des gens? Est-ce Ali, Othmân ou Mu'awyia? Et qui était dans son tort le jour de la bataille du chameau? » -Question assez délicate qui constitue un objet de litige jusqu'à nos jours-. Il lui avait répondu : «c'était une émeute, dont Allah a épargné nos mains, essayons d'en sauver nos langues; ils étaient tous sincères et ne cherchaient que le bien. Celui qui s'était appliqué et avait bien vu les choses sera doublement rétribué; alors que celui qui s'était appliqué mais était tombé dans l'erreur aura une seule rétribution.» En l'an 218 de l'Hégire, la question de la création du Coran avait tourné au sérieux, ce n'était plus une annonce mais une obligation. A signaler que Al-Ma'moun avait au début, donné aux Mu'tazilites la liberté de parole; puis, il avait adopté leurs paroles, ensuite il avait forcé les gens à les approuver. C'est pourquoi il avait demandé au commandant en chef de convoquer 17 des Ulémas de Baghdad afin de leur demander de choisir entre l'épée, la prison ou de se conformer à l'ordre du calife (qui impliquait d'admettre que le Coran avait été créé et qu'Ali était meilleur qu'Abou Bakr et 'Omar); sous la menace, les 17 avaient fini par se plier à cet ordre. Dans un deuxième temps, il avait donné ses instructions au commandant en chef de réunir quatre autres des Ulémas, parmi lesquels figurait l'Imam Ahmad ibn Hanbal qui était alors âgé de 55 ans. Le commandant avait reçu l'ordre du calife de mettre en prison celui qui refuserait de se conformer. Leur détention avait duré de longs mois, puis les trois Imams, soumis, avaient été libérés et l'Imam Ahmad était resté seul en prison. Par son attitude, l'Imam Ahmad était devenu de plus en plus célèbre et la foule l'avait désigné son chef et guettait sa parole décisive. Les conditions de vie en prison étaient des plus pénibles. De temps à autre le calife Al-Ma'moun lui envoyait des messagers pour le forcer à se raviser, mais l'Imam leur répondait : " La chute du savant entraîne la perte du monde entier". La seule fois qu'il avait comparu devant le calife en traînant ses chaînes, Al-Ma'moun l'avait menacé de lui faire couper la tête s'il persistait dans son opiniâtreté. La nuit-même, le calife mourut car l'Imam Ahmad avait invoqué Allah en disant :"Ô Allah, préservez-moi contre leur mauvaise intention dans les conditions et à l'image que Vous voulez, Vous Seul, avez pouvoir sur toute chose." 2- Au temps du calife Al-Mou'tassem Puis ce fut l'avènement du calife Al-Mou'tassem; ibn Abou Dawoud qui occupait toujours le poste de ministre, lui avait recommandé de soumettre l'Imam Ahmad au supplice au cas où il persisterait dans son opinion. Le calife l'avait convoqué le jour suivant, et en le voyant accablé par les chaînes, lui avait dit :

-

Je n'aime pas vous causer du tort, j'ai pitié de vous, faites-moi entendre ce que je veux.

Ô prince des croyants, ne pensez-vous pas qu'Allah nous a révélé Son Noble Livre? N'a-t-il pas dit dans Son Livre " Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion" Sourate Al-Mâ'ida. C'est juste. Est-ce que la "création du Coran" figure dans le Livre d'Allah? Non. Est-ce que le Prophète nous a fait part de tous les ordres révélés par Allah, Exalté soit-Il? Oui. Est-ce que le Prophète était au courant de cette question? Oui. Pour quelle raison s'était-il alors abstenu de nous la communiquer?

Al-Mou'tassem était resté perplexe. Puis, il avait demandé à ibn Abou Dawoud de lui répondre. Et l'Imam de reprendre le débat avec ibn Abou Dawoud : Ô ibn Abou Dawoud, est-ce que les compagnons étaient au courant de cette question? Oui. Pour quelle raison ne nous ont-ils rien appris à ce propos?

Ibn Abou Dawoud n'avait rien trouvé à redire. Et, se tournant vers le calife, l'Imam Ahmad lui avait dit : Donnez-moi un indice du Livre d'Allah ou de la Sunna du Messager d'Allah pour que je vous le répète. Gardez aux Musulmans leur doctrine telle quelle. Pour couper court à ce débat, ibn Abou Dawoud s'était adressé au calife et lui avait recommandé de le faire fouetter. L'Imam fut fouetté férocement par dix bourreaux, conformément aux instructions du Mou'tassem, qui s'était déféré aux désirs d'ibn Abou Dawoud. L'Imam avait failli fléchir car il supportait mal les coups de fouets mais il avait repris sa constance, et ce, après avoir entendu les paroles de l'un des anciens détenus qui lui avait dit :" Ô Imam, vous êtes dans le vrai, persistez-y, car si vous survivez vous serez honoré et si vous mourez vous serez martyr. J'ai reçu 18 000 coups de fouets mais moi j'étais dans l'erreur, j'étais un voleur et j'ai tenu ferme pour Satan; quant à vous, vous êtes dans le vrai, faites-le pour le Miséricordieux." A force d'être fouetté, l'Imam avait perdu connaissance à plusieurs reprises, le calife craingnit de causer sa mort et surtout d'être sujet au soulèvement de la foule. Deux ans plus tard, le calife Al-Mou'tassem avait conquis Ammourya en réponse à l'appel d'une femme qui avait été giflée par l'empereur romain; l'Imam Ahmad avait alors déclaré avoir pardonné au calife sa tyrannie. 3- Au temps du calife Al-Watheq puis du Moutawakkel. A la mort du calife AL-Mou'tassem, Al-Watheq lui succéda. Des années passèrent et l'Imam était toujours emprisonné. Au fond il était resté enfermé de 55 à 68 ans, à supporter le supplice et les peines jusqu'à l'avènement du calife Moutawakkel qui avait mis fin à cette émeute en revenant à la Sunna, à la suite d'un incident. A vrai dire, la foule ne faisait que répéter les paroles de l'Imam Ahmad. Un jour, un vieil homme fut arrêté et conduit devant le calife; un débat s'était entamé entre le vieillard et ibn Abou Dawoud qui était en compagnie du calife; le vieillard avait dit : Informez-moi au sujet des propos que vous tenez, font-ils partie de la religion d'Allah? Oui. Ils figurent dans la doctrine des Musulmans et dans la religion d'Allah. Qu'en est-il du Messager d'Allah, avait-il dissimulé des notions sur l'Islam? A Allah ne plaise !! Pourquoi alors n'en avait–t-il rien dit?

Et s'adressant au calife, il avait dit: - Voilà un point, et le calife de l'approuver.

Dites-moi, est-ce qu'Allah était veridique lorsqu’Il a déclaré au verset 5 de Sourate Al-Mâ'ïda (La Table Servie) Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion) A-t-Il retenu quelquechose ? Absolument rien.

Puis il avait demandé : Indiquez-moi où trouve-t-on ces propos dans le Livre d'Allah? Ils n'y figurent pas.

Puis le vieillard était revenu à la charge : Est-ce que le Prophète les avait connus ou non? Bien sûr que oui. A-t-il appelé les Musulmans à les adopter? Non.

Puis se tournant vers le calife, le vieillard avait fait remarquer : « serions-nous meilleurs que le Prophète d'Allah? Pourquoi ne nous conformerions-nous pas aux actes du Prophète? » Pour toute réponse, le calife avait chassé ibn Abou Dawoud de son palais et de son ministère à tout jamais, puis avait demandé de libérer l'Imam Ahmad. L'Imam était sorti, épuisé, à bout de forces; le calife avait proposé de le compenser, mais l'Imam s'était excusé en disant : « Ô prince, vous avez témoigné d'un acte de générosité en me libérant, mais je refuse d'accepter l'argent que vous me donnez, parce qu'il n'est pas vôtre, il appartient à tous les Musulmans, et je n'ai aucun droit à y toucher.» L'Imam lui avait fait comprendre que lui aussi n'avait pas droit à cet argent, mais avec finesse. Sa mort : Toutes les issues menant à sa maison ont été bloquées par les foules, car il était clair qu'il vivait ses dernières heures. Le plus étrange, c'est qu'un des bourreaux était venu en larmes, lui demander pardon et l'Imam de lui pardonner à condition qu’il ne recommence avec personne. L'Imam Ahmad s'était éteint en sollicitant Allah de l'absoudre de ses péchés. Il avait auparavant demandé qu’on lui mette trois des cheveux qui lui revenaient du Prophète (BP sl) dont deux sur les yeux et un sur la bouche comme pour dire au Messager d'Allah : «j'ai préservé la Sunnah. » Les gens qui avaient suivi son cortège funèbre, maudissaient ibn Abou Dawoud et toute personne tyrannique!! Parviendrons-nous à lui emboîter le pas dans sa flexibilité et sa constance? Saurons-nous préserver nos pays et traiter les problèmes avec sagesse, fermeté et coexistence?