Invitation à la Coexistence Episode : 21

Au nom d’Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Louange à Allah Seigneur de l'Univers, et que la Bénédiction et le Salut d’Allah soient accordés à notre maître, le Messager d’Allah.

Nous avons longuement parlé de la coexistence entre les membres de la famille, les membres de la société, les Iraqiens et les Libanais mais aujourd’hui comme la fois précédente, nous voulons nous concentrer sur la coexistence entre les diverses écoles du Fiqh (jurisprudence islamique) et dans nos mosquées. Nous le ferons cette fois-ci encore à travers notre observation de l’école de l’Imam ibn Hanbal et en compagnie de Dr Sa‘d ben Matar Al-‘Atîdi.

A.K. 1 Dr Sa‘d, je vous souhaite la bienvenue parmi nous et je veux poser une question franche pour répondre à une accusation lancée contre l’Islam par les Occidentaux qui répètent dans leurs thèses que la rigidité de la jurisprudence islamique est née avec les écoles du Fiqh et particulièrement celle d’Ibn Hanbal ?

Dr S.A. 1 A ce sujet, je m’adresse aux Occidentaux aussi bien qu’aux jeunes Musulmans pour leur faire savoir ce qu’on dit de l’Islam et leur apprendre à répondre à ces accusations. Tout d’abord, il n’est pas étonnant que nous ayons des ennemis puisque le Coran le mentionne : “Tu trouveras certainement que les Juifs et les associateurs sont les ennemis les plus acharnés des croyants. Et tu trouveras certes que les plus disposés à aimer les croyants sont ceux qui disent: «Nous sommes chrétiens». C'est qu'il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu'ils ne s'enflent pas d'orgueil.”

A.K. 2 Je vois également un point important qui apparaît dans le verset et c’est que, malgré l’accusation lancée contre nous par les Occidentaux, nous ne devons pas penser que tous sont nos ennemis.

Dr S.A. 3 Le Coran nous le dit : “ Mais ils ne sont pas tous pareils. Il est, parmi les gens du Livre, une communauté droite qui, aux heures de la nuit, récite les versets d'Allah en se prosternant.” et encore : “ Et ne laissez pas la haine pour un peuple qui vous a obstrué la route vers la Mosquée sacrée vous inciter à transgresser.” Il nous recommande la justice même envers nos ennemis, c’est cela notre religion. D’autre part, nous avons des gens de notre Umma qui pensent comme les Occidentaux et leur donnent une mauvaise image de l’Islam par leurs mauvaises attitudes et les fausses informations qu’ils répètent. Au sujet de l’école hanbalite, il faut revenir un peu en arrière et se rappeler qu’au temps de l’occupation anglaise en Inde, il y a eu quelques opérations de résistance de la part des Musulmans de là-bas encouragés par les pensées de cheikh Mohammed Abdel Wahhab en Arabie saoudite. C’était donc l’opposition à l’occupation ennemie, le Jihad enseigné par toutes les écoles du Fiqh et pas seulement par l’école hanbalite. Avant la venue de cheikh Mohammed Abdel Wahhab, il y avait une école du nom de Wahabiya contenant des idées étrangères à l'Islam comme la Bahâ’iya et la Qadyaniya. Les occupants en Inde ont voulu confondre exprès le nom de Cheikh Mohammed Abdel Wahhab avec cette école. Ils ont pris quelques-unes des Fatwa (réponses à des questions jurisprudentielles) de cette dernière et les ont répandues en Inde parmi les Musulmans de là-bas pour affaiblir leur résistance. Dans tous les cas, le Jihad (dans le sens de résistance à l’ennemi et de combat contre tout ce qui peut entraver la liberté des gens) n’est pas propre à l’école hanbalite, toutes les écoles et même le droit international y encouragent. Les Etats-Unis ont envahi l’Iraq sous prétexte de donner la liberté aux Iraqiens et, si leur intention avait été honnête ils auraient été conformes au Jihad musulman. Comme sens et comme pratique, le Jihad en Islam est une chose vraiment grandiose. Une femme ennemie ne doit ni être tuée ni agressée, aussi bien que l’enfant, le vieillard ou le moine dans son ermitage. Seul le combattant ennemi peut

l’être et il est même sauvé s’il accepte de payer la Djizia qui est infime par rapport à la Zakat que le Musulman est obligé de payer.

A.K. 4 Donc, aucune école de Fiqh même la hanbalite n’autorise l’extermination massive et désordonnée des civils.

Dr S.A. 5 Des gens non musulmans l’attestent et l’écrivent, il n’y a que ceux qui ont de mauvaises intentions qui le nient. Nous nous demandons qui est l’instigateur des grands problèmes du monde que nous vivons, la Palestine, la déclaration de Balfour, la guerre économique contre toute organisation bénéfique aux Musulmans et les insultes adressées au Prophète (BP sur lui) ?

A.K. 6 C'est-à-dire, en parlant de coexistence, vous vous demandez qui est-ce qui mine cette coexistence ? Il faut remarquer également que ceux qui attaquent les écoles de Fiqh, leur empruntent beaucoup dans leurs lois et droits civiques.

Dr S.A. 7 Un des savants de Al-Azhar, du nom de ‘Abdillah Hussein, a écrit un livre de quatre volumes intitulé ‘AlMouqaranâte At-Tachrî‘ya (Les comparaisons jurisprudentielles)’ où il a comparé des droits civiques et prouvé que le français avait emprunté plusieurs points au Fiq de l’Imam Malik. Ce livre existe depuis plus de soixante-dix ans et Cheikh Ali Gom‘a, moufti d’Égypte y a écrit une note d’introduction pour sa dernière édition. Cela en ce qui concerne le droit, sans parler de toutes les sciences expérimentales.

A.K. 8 Mais les Occidentaux se demandent également ce que le Fiqh islamique a ajouté aux temps présents. Ils pensent qu’il a été uniquement utile en son temps.

Dr S.A. 9 Cela n’est pas du tout vrai. Si la Umma islamique avait pu éviter son occupation par les Occidentaux, les choses auraient été très différentes. Ils ont interrompu son développement mais, avec cela, ils n’ont pas réussi à l’arrêter complètement. Le régime soviétique a duré soixante-dix ans et dès qu’il a disparu, soixante-dix millions de Musulmans y sont apparus. Vous avez mentionné le droit international et, à ce sujet, le Hollandais Hugo de Groot dit : Grotius avait étudié en Andalousie dans une des mosquées et avait lu un livre au sujet du Jihad. Suite à ces études, il a écrit son livre ‘De jure belli ac pacis (le Droit de la guerre et de la paix, 1625)’ qui compte de nos jours comme la source du droit international. J’ai entendu une des grandes personnalités de la Croix rouge mentionner une thèse présentée en Suisse au sujet du droit humain inspirée du Fiqh malékite. L’auteur y disait que, après le barbarisme pratiqué dans leurs deux guerres de ce siècle, les Européens ont instauré un droit humain inspiré du traitement offert par le prince Abdel Kader en Algérie à ses prisonniers de guerre. En recherchant bien, par exemple dans la bibliothèque du Congrès aux EtatsUnis, nous verrons que la plupart des livres traitant de droit humain sont musulmans.

A.K. 10 Je souligne alors que nous sommes entrain de faire une invitation de coexistence et celui qui la présente doit avoir grande confiance dans sa doctrine. Nous entendons des accusations proclamer que l’Islam invite au terrorisme, à la guerre et à la violence, qu’il n’ajoute rien à l’humanité et que le Fiqh islamique est rigide. Nous baissons la tête et nous nous sentons humiliés. Nous ne devons pas avoir honte que notre religion majestueuse invite au Jihad parce qu’elle ne le fait que pour préserver le monde, la religion et le droit humain et pour établir la justice sur terre. Elle est à l’origine de l’invitation à la paix et d’une grande partie de la science pratique. Je demande à l’Occident, comment voulez-vous que nous pratiquions la coexistence alors que notre liberté nous est usurpée ? Est-ce que pour coexister il faut se fondre

l’un dans l’autre ? Dr ‘Atîdi, nous aimerions savoir quels sont les fondements du Fiqh Hanbalite ?

Dr S.A. 11 Tous les livres qui traitent des écoles de Fiqh mentionnent que leurs sources à toutes sont le Coran et la Sunna, ensuite Al-Qiyâs et Al-Idjmâ’. Chez l’Imam Ibn Hanbal, il y a en plus, après la Sunna (tradition du Prophète (BP sur lui)), la tradition des Compagnons du Prophète (BP sur lui) même d’un seul compagnon pourvu qu’elle ne soit pas l’objet de contestation ou de divergence.

A.K. 12 Et s’il trouve un différend entre les Compagnons ?

Dr S.A. 13 S’il y a un différend, il choisit le plus probable d’après les preuves et le plus proche du texte coranique et de la Sunna. Il n’y a pas de question qui n’ait pas de réponse dans la Charî‘a prise du Coran, de la Sunna, du Qiyâs ou de l’Idjmâ‘.

A.K. 14 En d’autres termes comme nous le disons de nos jours, le Coran est utile et effectif en tout temps et tout lieu jusqu’à l’éternité.

Dr S.A. 15 L’Imam Ahmad ibn Hanbal pense qu’à l’origine toute chose est licite à part les prohibitions strictement mentionnées par le Coran.

A.K. 16 C’est une déclaration très importante parce qu’elle assure que le Fiqh se base surtout sur l’aisance et la facilité. Ce qui est étrange, et malgré que l’Imam ibn Hanbal dise le contraire, beaucoup de gens et de ceux qui sont des adeptes de l’école hanafite pensent qu’à l’origine c’est la prohibition qui règne et que le licite est rare. De plus, il ne le dit pas de lui-même c’est le Coran qui dit : “Dis: «Venez, je vais réciter ce que votre Seigneur vous a interdit: “ … …” S’Il nous énumère ce qui est défendu, cela signifie que la liste n’est pas énorme. Dr S.A. 17 Il n’y a de défendu que ce qui est nuisible aux gens et leur porte préjudice.

A.K. 18 Et que dit l’Imam Ibn Hanbal au sujet de la coexistence ?

Dr S.A. 19 Il essayait de ne pas dire les mots licite et illicite d’une façon directe. Face à celui qui lui demandait une Fatwa, il ne se considérait pas comme un avocat qui devait lui trouver une échappatoire à son problème, mais un éducateur qui

devait lui améliorer sa relation avec Allah. Sa probité lui attirait la confiance de tous les habitants des pays musulmans. Un jour, un juge musulman formula une sentence contre une femme mazdéenne qui lui répondit : “Si cette sentence est selon l’école de l’Imam Ahmed, je l’accepte.”

A.K. 20 Je comprends cela, mais il y a des adeptes de l’Imam Ahmed qui énoncent des Fatwa rigoureuses et donnent l’impression qu’aucune autre opinion ne peut être acceptée.

Dr S.A. 21 Je pense que cela avait lieu dans le passé. Aujourd’hui avec la facilité des communications et l’ouverture du monde, les gens sont plus proches. Et plus un cheikh est savant, plus il a des connaissances, plus il facilite la vie aux gens. Cela a toujours été ainsi. Nous trouvons des élèves des grands Imams qui approuvent certaines Fatwas d’autres écoles qui contredisent la leur. Ils ont écrit des livres sur la comparaison du Fiqh. A.K. 22 Des livres sur la comparaison du Fiqh... signifie qu’ils présentaient toutes les opinions. Est-ce que nous pouvons trouver aujourd’hui en Arabie saoudite des savants qui avancent des Fatwa d’autres écoles que l’école hanbalite ?

Dr S.A. 23 Ibn Taymiya qui est un élève de l’école hanbalite a contredit plusieurs opinions de cette école et Cheikh Ben Baaz, en expliquant un livre de l’Imam Ahmed, est venu avec des dizaines de contradictions à son école. C’est un exemple de nos jours et les enregistrements audio existent. Chez nous aujourd’hui, la Fatwa ne se base pas sur l’opinion de l’école hanbalite mais sur la preuve.

A.K.

24 Peut-être que cette attitude n’est pas adoptée par les jeunes. Ce que je cherche c’est de démontrer que nous avons un grand espace commun qui nous permet de coexister et je dois poser encore une question. Est-ce que d’après l’école hanafite, je dois obliger les adeptes des autres écoles à suivre les instructions de la mienne ? Et, comme exemple, je dis qu’il y a un grand conflit entre les hanbalites et les hanafites au sujet de la zakat (aumône obligatoire) qui doit être donnée au matin de la fête qui suit la rupture du jeûne de Ramadan. Ibn Hanbal pense qu’il faut la payer en nature avec des dattes ou autres alors que Abou Hanifa permet de donner de l’argent et les deux se basent sur le même hadith qu’ils interprètent différemment. Mais j’ai été très heureux l’année dernière d’entendre l’Imam dire, durant le sermon prononcé durant la prière de cette fête à la Mecque : “ Chez nous, nous pensons qu’il est préférable de donner des dattes ou des raisins secs etc. … mais, notre désir de maintenir l’unité de la Umma nous fait dire que les deux fatwas amènent le bien.” Cette attitude est-elle souvent permise par l’école hanbalite lorsqu’un hadith peut avoir plusieurs interprétations ?

Dr S.A. 1 Naturellement. Il ne faut pas oublier qu’un homme était venu présenter à l’Imam Ahmad ibn Hanbal un livre où il avait assemblé toutes les opinions jurisprudentielles contradictoires et qu’il voulait intituler “Les Controverses des Faqihs”. L’Imam lui dit de le nommer “Le Livre de l’Ampleur” Que peut-on vouloir de plus ? On ne demande rien d’autre à la personne qui formule une opinion contraire que de présenter ses preuves.

A.K. 25 Est-ce que le Musulman doit suivre strictement une des écoles du Fiqh et proclamer son appartenance à cette école ?

Dr S.A. 26 Tout d’abord, les quatre Imam du Fiqh ont tous dit que toute opinion qui contredit le Coran ou la Sunna est erronée. Il n’y a aucun mal à ce que celui qui étudie le Fiqh se spécialise dans une certaine école mais il doit en même temps étudier les autres. A.K. 27 Cela pour les spécialistes, mais pour le commun des gens et les jeunes, les gens de toutes professions, femmes ou hommes ?

Dr S.A. 28 Il y a des questions générales et d’autres particulières. Pour les questions qui concernent la personne même, comme la pratique du culte, celle-ci doit prendre l’avis du savant le plus compétent qui a étudié le Fiqh. A.K. 29 J’aimerais avant de terminer parler de la femme dans le Fiqh d’Ibn Hanbal et de l’honneur qui lui est octroyé. Il lui a par exemple donné le droit, au moment du mariage, de poser à son mari la condition de ne pas prendre d’autres épouses. D’autre part, elle n’est pas obligée de servir son mari. Elle ne le fera que de plein gré et si cela est conforme aux coutumes. Il a dit également que celui qui doit accomplir le pèlerinage à la place de ses parents doit commencer par sa mère et, si une mère appelle son fils alors qu’il accomplit la salat (prière), il doit l’interrompre et lui répondre surtout si c’est une prière surérogatoire. L’Imam Ibn Hanbal a mentionné plusieurs questions pareilles.

Dr S.A. 30 En vérité, la femme a été honorée par la charî‘a.

A.K. 31 Mais elle a été opprimée dans les pays musulmans.

Dr S.A. 32 Cela n’est pas beaucoup mieux en Occident. Aux Etats-Unis, seulement 5 des 500 plus grandes sociétés sont dirigées par des femmes et il n’y a encore eu aucune présidente. En Islam, la relation avec la femme est basée sur la justice et non l’égalité parce que le contraire ne serait pas équitable. Si par exemple, je demande à la femme de gagner le pain de la famille alors que le mari est assis à la maison cela sera de l’injustice et de même si je demande à l’homme de porter des enfants. L’injustice que subit la femme dans les pays islamiques est due aux coutumes et non aux règles de l’Islam. On se demande pourquoi elle y est méprisée bien que Allah ait honoré l’être humain.

A.K. Dr S.A. 33 C’est effectivement un point très important.

34 A.K.

L’Islam a institué des droits et des devoirs psychologiques ou biologiques aussi bien à l’homme qu’à la femme.

35 Un dernier point que nous aimerions éclaircir. L’Imam ibn Hanbal a subi beaucoup d’injustices et beaucoup d’épreuves surtout au sujet de la question de la création du Coran. Nous avons traité cela en détail auparavant et j’avais seulement mentionné que cela était au sujet de la doctrine. Pourquoi s’y est-il si fortement opposé ?

Dr S.A.

36 Cette opposition n’était pas chose commune. Ceux qui proclamaient la création du Coran étaient des protégés de l’autorité de ce temps. Ils prétendaient que ce Livre ne contenait pas les paroles d’Allah et leur conduite irrespectueuse était sans limites. Leurs explications pouvaient les amener à distordre le texte comme cela est arrivé pour les autres religions et ce qui est dangereux est qu’ils généralisaient leurs méthodes de penser parmi les gens. Ibn Hanbal leur répondait du Coran même et de la Sunna mais le problème est que ces gens ne connaissaient pas la tradition du Prophète (BP sur lui). Allah (SWT) a fait de Ibn Hanbal un barrage devant ceux qui voulaient changer le Coran et rejeter sa sainteté ce qui était dangereux pour l’Islam même. Nous utilisons de nos jours ses propres paroles pour répondre à ceux qui essayent de distordre le sens du texte coranique.

A.K. 37 Je vous remercie infiniment Dr Sa‘d pour votre présence et vos explications à la fin des épisodes au sujet de l’Imam Ahmed ibn Hanbal.