Le paradis dans nos foyers

Episode 3

Au nom d’Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Louange à Allah Seigneur de l'Univers, et que la Bénédiction et le Salut d’Allah soient accordés à notre maître, le Messager d’Allah.

Notre objectif en ce mois sacré de Ramadan est de renouer les liens familiaux. Nous avons établi précédemment qu’il était nécessaire pour cela que les membres de la famille s’habituent à effectuer certains actes : Adorer Dieu ensemble Prendre l’initiative de rassembler la famille …

Parlons à présent de la miséricorde, comme fondement des relations familiales.

Le renforcement des liens familiaux est intimement lié au principe de la miséricorde. En effet, à l’origine de toute relation familiale, la miséricorde est la garantie de rapports sains et harmonieux entre les époux, les parents et leurs enfants, les frères et sœurs etc.

Force est de constater que si la famille souffre de grands problèmes de coexistence, de communication et de rapports tendus, cela est principalement dû à la disparition de la vertu de la miséricorde. Comment comprendre sinon que des parents fassent preuve de dureté envers leurs enfants en critiquant leurs moindres efforts ?

L’absence de miséricorde a engendré bon nombre de faits et gestes nuisant au maintien de la famille. Le jeune préfère s’isoler face à son ordinateur plutôt que de se rapprocher de ses parents. Il peut aussi passer de longues heures avec ses amis sans songer à tranquilliser sa mère, inquiète à son sujet. La jeune fille, de son côté, trahit la confiance de ses parents en s’aventurant dans des relations interdites par l’Islam. De même, le père, violent envers son épouse, ou les parents qui se disputent incessamment en présence de leurs petits, font preuve d’une grande insensibilité à l’égard des sentiments d’insécurité qui assaillent leurs enfants. Ces derniers s’avèrent victimes des agissements des adultes. Nombre d’enfants sont effectivement privés de leur père parce que leur mère, après le divorce, a juré de lui interdire son droit de visite. Des cousins naissent et grandissent sans se connaître car leurs oncles respectifs sont en conflit des années durant. Enfin, plus solitaires encore, des enfants évoluent sans goûter à l’affection maternelle puisque la mère, trop occupée, a laissé l’éducation de ses petits à la gouvernante.

Or, toutes les relations familiales mentionnées par le Saint Coran sont fondées sur la vertu de la miséricorde. Plus que l’amour, la miséricorde est le secret de l’union qui lie l’homme à sa femme : Allah (que Son nom soit exalté) dit –ce qui peut être traduit comme [i] : « Et parmi Ses signes Il a créé de vous, pour

vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de l’affection et de la bonté. Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent. »[1]

Les fils sont ordonnés d’agir avec bonté et bienveillance envers leurs parents par obéissance au principe de miséricorde : Allah (que Son nom soit exalté) dit –ce qui peut être traduit comme :

« Et ton Seigneur a décrété: «N’adorez que Lui; et (marquez) de la bonté envers les père et mère: si l’un d’eux ou tous deux doivent atteindre la vieillesse auprès de toi, alors ne leur dis point: «Fi!» et ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses. Et par miséricorde, abaisse pour eux l’aile de l’humilité, et dis: «Ô mon Seigneur, fais-leur, à tous deux, miséricorde comme ils m’ont élevé tout petit».[2]

En général, l’Islam favorise l’épanouissement des rapports familiaux et condamne tout acte visant à couper les liens de consanguinité. Dans le hadith qudsi, Allah dit : « Je suis Ar-Rahman (le Miséricordieux) et Al-Rahem (la matrice, les liens familiaux) vient de Mon Nom. Je lui ai donné un nom dérivé du Mien ; quiconque entretient les liens de consanguinité, J’entretiens des liens avec lui, et quiconque les romps, Je romps avec lui ».

Le mois de Ramadan constitue une bonne opportunité pour chacun d’œuvrer pour la consolidation des rapports familiaux. Ce mois sacré est placé sous l’esprit de la miséricorde et du pardon divin auquel nous aspirons tout au long de l’année. Ces jours bénis sont l’occasion de se rapprocher d’Allah afin de bénéficier de Sa Miséricorde. La fin de sourate Al Baqara résume parfaitement l’attente suprême de tout croyant, celle d’obtenir le Pardon de Dieu afin d’accéder au Paradis. Allah (que Son nom soit exalté) dit –ce qui peut être traduit comme :

« Seigneur! Ne nous impose pas ce que nous ne pouvons supporter, efface nos fautes, pardonne-nous et fais nous miséricorde. Tu es Notre Maître, accorde-nous donc la victoire sur les peuples infidèles ».[3]
et

«Seigneur! Ne fait pas dévier nos cœurs après que Tu nous aies guidés; et accorde-nous Ta miséricorde. C’est Toi, certes, le Grand Donateur! »[4]

Les vertus de la miséricorde sont également dénombrées par le Prophète (PBSL) dans le hadith suivant :

« Allah, J’invoque Ta miséricorde pour nous rassembler, guider nos cœurs vers le droit chemin, …, et ramener à nous les absents. »

Mériter la miséricorde d’Allah ne peut se faire que par la pratique de la miséricorde sur cette terre. Le Prophète (PBSL) rapporte que : « Dieu fait miséricorde à ceux qui sont eux-mêmes miséricordieux.» Il dit aussi : « Traitez ceux qui sont sur terre avec miséricorde, vous serez traités de même par Celui qui est

dans le ciel. »
Le premier lieu où la miséricorde doit être exercée est sans conteste la famille et les parents doivent en être les principaux bénéficiaires. L’imam al Ghazali propose une méthode visant à aider les croyants à exercer leur foi et qui consiste à se conformer à une condition en prenant Dieu à témoin. Dans le cas qui nous intéresse, on doit s’engager devant Dieu à agir avec miséricorde durant le mois de Ramadan en guise d’entraînement. En prenant Dieu à témoin, cela nous pousse à ne pas relâcher notre promesse face aux contraintes rencontrées et pouvoir ainsi nous auto-évaluer à la fin du mois sacré.

Maintenant, évoquons des exemples concrets révélateurs de la compassion dans nos foyers.

Le premier est de ne pas accaparer la prise de décision. En effet, certains pères sont obstinés et ne tolèrent pas qu’une autre personne au foyer, notamment la femme, prenne la décision à leur place : ils aiment prendre individuellement et autoritairement la décision à propos de tout (choix des vêtements pour les enfants, choix du mari pour les filles …). Leur femme n’a pas le droit de décider ou de proposer, ni même de parler.

Il arrive parfois que certains pères entrent en communication avec les autres membres de la famille pour prendre une décision, mais une fois confrontés à des propos différents des leurs, ils haussent le ton, arrêtent la discussion et interrompent la concertation pour imposer autoritairement leur décision.

Bien évidemment, une famille a besoin d’un chef au foyer, mais cela n’empêche pas qu’il y ait une communication et une concertation entre ses différents membres.

L’autorité dans la prise de décision engendre la frustration et le repliement, et donc réfute la miséricorde. Il n’y a pas de mal à se concerter au foyer, avec la femme et avec les enfants, même en bas âge. Il faut en prendre l’habitude, cela crée un climat de compassion.

Le Coran incite le père et la mère à se concerter à propos de choses élémentaires telle la durée de l’allaitement. ALLAH a dit- ce qui peut être traduit par : « Et les mères, qui veulent donner un

allaitement complet, allaiteront leurs bébés deux ans complets. Au père de l'enfant de les nourrir et vêtir de manière convenable. Nul ne doit supporter plus que ses moyens. La mère n'a pas à subir de dommage à cause de son enfant, ni le père, à cause de son enfant. Même obligation pour l’héritier. Et si, après s'être consultés, tous deux tombent d'accord pour décider le sevrage, nul grief a leur faire.»[5]
C’est une façon d’inciter les parents et de les éduquer à discuter ensemble et à prendre conjointement les décisions les plus importantes et d’en donner l’exemple devant leurs enfants.

A signaler que la contestation par la femme sur les propos du mari était inhabituelle au temps des compagnons. Un jour, Omar Ibn Al Khattab a été récusé par sa femme. Surpris, il lui demanda explication. Sa femme lui répondit que sa fille Hafsa faisait de même avec son époux le Prophète (PBASL). Il se rendit chez sa fille et lui reprocha un tel comportement. Sa fille lui répondit que toutes les autres épouses contestaient le Prophète (PBASL) sans qu’Il ne leur reproche rien. Omar se rendit chez le Prophète (PBASL) et trouva ses épouses en train de le contester à propos des dépenses. Le Prophète (PBASL), consentant, répliqua gentiment et en souriant : « Elles me contestent à propos du débours. » Omar comprit qu’il n’y a pas de mal à discuter avec sa femme, à céder quand elle a raison et à la supporter dans tous les cas. Et c’est ce qu’il n’a cessé de faire depuis lors.

On raconte qu’un jour, lorsqu’il est devenu Prince des croyants, un citoyen est allé se plaindre auprès de lui des contestations de sa femme. En arrivant à la porte de Omar, il entendit la femme de Omar le rabrouant à haute voix. Il rebroussa alors chemin mais Omar ouvrit la porte et rappela l’homme pour lui demander l’objet de sa visite. L’homme lui raconta sa situation et lui révéla son intention. Omar lui répondit sagement et avec beaucoup de compassion, qu’il faut être reconnaissant envers sa femme et la supporter lorsqu’elle hausse le ton puisqu’elle veille sur lui (sa nourriture, la propreté de ses vêtements, son plaisir), et sur l’éducation de ses enfants.

Un jour, des femmes déléguèrent l’une d’entre elles pour interroger le Prophète (PBASL) sur le fait que les hommes se sont accaparés les bonnes actions les plus rétribuées par ALLAH (Jihad, prière à la mosquée, prière du vendredi…), alors qu’en reste t-il pour les femmes ? Le Prophète (PBASL) la rassura et lui demanda d’avertir les autres femmes qu’être au service de son mari vaut tout cela. Vous les femmes, soyez clémentes au foyer, ayez de la compassion pour vos époux et vos enfants !

Au foyer, époux et épouses, profitez des dix premiers jours de Ramadan, les jours de la miséricorde, pour faire régner la compassion et la clémence entre vous.

Et que les fils et les filles soient pleins de miséricorde envers leur mère… On raconte qu’un certain Jourayj était un fidèle pratiquant. A chaque fois qu’il voulait prier, sa mère l’appelait, mais il préférait entamer sa prière plutôt que de répondre à sa mère. Le Prophète a dit à son propos « Qu’ALLAH ait pitié de mon frère Jourayj, s’il était averti (savant) il aurait su que répondre à sa mère vaut plus pour ALLAH que sa prière ».

Enfin, on ne peut parler de miséricorde sans parler de pardon et de tolérance. Beaucoup d’entre nous sont en désaccord avec leurs proches ; soyons cléments, pardonnons pour qu’ALLAH nous pardonne. Faisons vite et contactons-les immédiatement à la fin de cet épisode pour leur dire que nous leur pardonnons et que c’est pour ALLAH que nous le faisons. Refusons-nous la clémence d’ALLAH ? C’est l’exemple d’Abou Bakr qui a pardonné à Mostah lequel avait répandu des rumeurs à propos de sa cousine, l’épouse du Prophète Aîcha. Et c’est aussi l’exemple de Joseph (PBASL) qui a aussitôt pardonné à ses frères après tout le malheur qu’ils lui ont causé.

En guise de conclusion, ayez de la compassion pour la famille afin qu’ALLAH et Ses anges nous disent ce qu’ils avaient dit à Abraham (PBASL) « miséricorde et générosités sur vous les gens du foyer ».

[1] Ar-Roûm (Les Romains) : 21

[2] Al Isra’ (Le voyage nocturne) :23-24 [3] Al Baqara (la vache) : 286 [4] Al Imran : 8

[5] Al-Baqara (La vache):233

[i] TSC : Traduction des Sens du Coran. Cette traduction est celle du sens courant le plus connu jusqu'à présent de la sourate sus mentionnée. Lire la TSC ne remplace nullement sa lecture en arabe, la langue de révélation du saint Coran.