"Le Paradis dans nos foyers

"

Episode 5

Des îlots isolés

Au nom d'Allah le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ; louanges à Allah, Seigneur de l'univers et bénédictions et paix sur le messager d'Allah.

Après ces quelques jours de Ramadan, je me demande combien d'entre nous ont mis en pratique notre promesse d'adorer Allah ensemble de ces cinq façons : prier, invoquer Allah, lire le Coran, donner à manger à des pauvres qui jeûnent et prier la nuit ensemble? Je me demande qui a adopté cette devise “Ma famille, avec elle j'entrerai au Paradis” Je vous le rappelle pour vous y encourager et éveiller votre ardeur en ce mois béni en l'occasion duquel le Prophète (BP sur lui) dit : “Ô vous les gens! Ramadan vous est venu, un

mois plein de bénédictions où Allah vous recouvre de Sa miséricorde, pardonne les fautes, exauce les invocations et exprime aux anges Sa fierté de vous. Montrez à Allah le bien en vous. Le malheureux est celui qui se trouve privé de la miséricorde d’Allah pendant le Ramadan.” Tenez la main de votre épouse, votre fille,
votre mère et faites apparaître à Allah ce que vous avez de bien.

Nous traitons aujourd'hui le démembrement de la famille et je voudrais commencer par une histoire imaginaire. C'est une île où se trouvait une grande famille très unie. Elle comprenait des pères, des mères des garçons, des filles et des petits-enfants qui s'entendaient à merveille et se comprenaient du regard. Ils prenaient leurs repas ensemble, passaient leurs soirées ensemble et réalisaient l’importance de cet attachement. Les jeunes gens choisissaient leurs épouses de cette même famille et si on veut exprimer l'atmosphère de cette île en un seul mot, on dira “sécurité”. Mais le monde change et Allah dit: “… Nous

vous éprouverons par le mal et par le bien [à titre] de tentation. Et c'est à Nous que vous serez ramenés.” [1] Un tremblement de terre survint, l'île se démantela et chaque partie s'en alla à la dérive,
seule. Les membres de la famille pleuraient et s'appelaient. Un homme et une femme qui se trouvaient dans le même lit furent projetés chacun sur un bout de terre, seul. Un père et son fils essayèrent de se cramponner l'un à l'autre mais en vain. Tous ont beaucoup pleuré mais peu de temps après, le chef de la famille se trouva sur un petit îlot seul, les enfants également. Les plus heureux étaient les enfants qui pensaient avoir trouvé la liberté loin de l'autorité des parents. Mais peu à peu et malgré le sentiment du manque de sécurité, tout le monde finit par s'habituer à vivre seul. Ils ne pleuraient plus mais avec le manque de communication, ils ne parlaient plus la même langue. Ils ne se comprenaient plus. Après quelques temps, une mère proposa à son mari de traverser la mer vers l'île où se trouvaient ses enfants, il lui répondit que c'étaient aux enfants de venir à eux puisqu'ils étaient les plus jeunes. Un garçon dit à son frère: “Je ne suis pas heureux sans nos parents, allons vers eux.” Il lui répondit: “Je préfère garder ma liberté.”

Cette histoire est imaginaire, mais nous la vivons dans la réalité où nos chambres et nos lits représentent les îles. Il y a des membres d'une même famille qui vivent isolés dans leur maison comme sur des îlots. Dans l'histoire imaginaire, personne n'est mort, mais c'est comme s'ils l'étaient avec leur éloignement l'un de l'autre.

Faîtes attention, que je ne veux pas parler de divorce, de disputes ou de problèmes familiaux, uniquement du démantèlement, du manque de communication. La relation entre époux est devenue froide, ils n'ont plus d'intérêts communs. La famille a commence par ne plus avoir de conversation ensemble, ensuite, ils cessent d'avoir leurs repas et de sortir ensemble. On dirait des étrangers qui se côtoient dans un hôtel. Il n'y a plus entre eux que le langage des notes écrites et collées avec un aimant au réfrigérateur ou celui des messages électroniques. Si la famille est bien nantie, vous pouvez voir cette scène : le père suivant les nouvelles

devant la télévision, deux jeunes enfants regardant des programmes pour enfants, un garçon devant un film en vidéo, une fille communicant avec son amie à travers le Chat, un autre petit garçon jouant avec son Playstation que son père lui a acheté pour le tenir tranquille. Le grand frère est dans sa chambre entrain de téléphoner à sa petite amie et la mère à la cuisine entrain de pourvoir tous les sandwiches et les boissons qui lui sont demandés. Je me demande ce que cette famille fait exactement, même lorsqu'ils voient un programme ensemble à la télévision, ils sont tout silencieux. Pourquoi ne profitent-ils pas de cette occasion pour discuter ensemble et communiquer leurs idées? Ils auront ainsi utilisé la technologie moderne d'une façon positive.

Remarquez que je ne suis pas du tout contre la technologie moderne, mais je crains de nous voir perdre notre seule qualité distinctive qui est l'union familiale. Notre Umma est grandiose mais elle ne possède plus beaucoup de valeurs en main, des valeurs sur lesquelles se fonder. Nous serons complètement perdu avec le démantèlement des liens familiaux. Nous reculerons de deux siècles. J'encourage à l'amorcement d'une renaissance dans mes programmes mais le seul espoir d'y arriver est de rester attacher à nos pères et mères et de préserver les liens de famille.

Je vais vous parler des symptômes de cette maladie appelée l'isolement et qui représente le premier clou du cercueil ou la première cause du divorce, de la toxicomanie, de la perte des enfants qui vont chercher l'affection ailleurs et des traîtrises conjugales. Le premier symptôme de cette maladie est qu'elle ne survient pas subitement mais par étapes. L'isolement vient petit à petit. Au début, c'est l'arrêt des sorties ensemble, ensuite les repas, les conversations, les intérêts communs et après deux ans personne ne voit plus l'autre alors qu'il se trouve dans la chambre voisine. C'est comme des grenouilles qui ont été mises dans de l'eau bouillante et qui ont succombé parce qu'elles n'ont pas réagi. Oui, les grenouilles sont sensées sauter mais elles se sont laissées prendre parce que l'eau qui était tiède au début avait été chauffée petit à petit jusqu'à ce qu'il fût trop tard pour elles. Dans nos foyers, l'atmosphère commence également à chauffer et je vous dis de faire attention qu'elle ne devienne bouillante. Les membres de la famille cherchent la tendresse et la consolation ailleurs et tombent dans l'illicite sans en avoir eu l'intention. Secourez vos foyers.

Nous avons demandé à des psychologues de nous mettre un questionnaire sur le site amrkhaled.net dont le résultat fera connaître à chacun de quel genre de famille il fait partie.

Je vais vous raconter une histoire dans la morale se résume en cette phrase “Ou vous construisez des familles ou vous construisez des prisons pour abriter les criminels qui augmenteront”. Cette histoire est celle d'un film produit par la chaîne National Géographique. C'est l'histoire d'un groupe d'éléphants qui vivaient près d'une agglomération de villages indiens habités par des agriculteurs. Il est connu que les éléphants sont les animaux qui ressemblent le plus aux hommes dans leur système de vie familiale. D'autre part, ils sont des amis de l'Homme et ils se nourrissent de plantes. La colonie d'éléphants dont nous parlons allait chaque soir se nourrir dans les champs des paysans voisins qui devenaient furieux. Rien ne retenait les bêtes, ni les barrières épineuses que les fermiers plaçaient ni les boules de piment brûlant qu'ils leur jetaient. Les paysans décidèrent de tuer les parents éléphants. Ils pensaient ainsi résoudre le problème en tuant les guides. La jeune génération des éléphants se trouva ainsi mal élevée et devint coriace. Après avoir été habitué à se nourrir de plantes, les jeunes éléphants commencèrent à attaquer les humains, les tuer et faire des dégâts dans les villages. Pour résoudre le problème, les autorités ont été obligées d'importer des pères et des mères éléphants d'Afrique. Six mois après leur arrivée, les éléphants s'étaient habitués les uns aux autres et la paix était revenue dans les villages.

Je recommande aux jeunes d'enlacer leurs parents. Vous êtes peut-être fortement impressionnés par mes paroles et ce que je dis est triste mais je résume cela par l'adage égyptien qui dit “Que celui qui n'a pas une grande personne à ses côtés s'en achète une”. Les pères, mères, époux, frères, sœurs, enfants et grands parents sont des grâces que certains ne ressentent pas. Il faut en remercier Allah avant de les perdre. C'est Lui qui dit: “Allah vous a fait à partir de vous-mêmes des épouses, et de vos épouses

Il vous a donné des enfants et des petits-enfants. Et Il vous a attribué de bonnes choses. Croient-ils donc au faux et nient-ils le bienfait d'Allah?” [2] Questionnez ceux qui ont perdu ces
grâces.

Je m'adresse au jeune révolté contre ses parents et je lui dis d'aller observer les enfants des rues pour être convaincu qu'il lui faut embrasser les pieds de ses parents. Aux parents qui ne donnent pas du temps à leurs enfants, je leur dis d'aller voir ceux qui ont perdu leurs enfants et ne pas négliger cette grâce pour un plaisir éphémère. Au mari qui cherche le plaisir loin de sa femme, je dis : “Ne te hâte pas vers un caprice ou une trahison, remarque ce qu’Allah dit dans ce verset : « Moïse en fut étonné ; il leur dit avec

désapprobation : « Préférez-vous ces sortes de nourriture á ce qui est meilleur : à la manne et aux cailles ? » [3]

Soyez conscients du don de la famille et remerciez Allah, sinon vous le perdrez. Si jamais vous expérimentez le divorce, vous apprécierez le don du mariage comme beaucoup de divorcés le ressentent. Tant de maris qui jouissaient de ce don, ont divorcé pour rien ou bien pour un caprice qu’il cherchait. Après le divorce, ils ont couru derrière leurs femmes pour retourner avec elles, ils reconnaissent le don désormais mais en vain, leurs femmes refusent de leur retourner. N’entendez-vous pas souvent cette histoire ? Après avoir divorcé sa femme, l’avoir insultée et humiliée elle et sa famille, l'époux reprend conscience et essaie de la convaincre de retourner au foyer conjugal. Il a découvert que ce caprice était un mirage et que cette femme était celle qui lui convenait le mieux. Hélas! Trop tard, il a perdu le don. Peut-être sentirez-vous que vous avez perdu cette faveur lorsque, après le divorce, vous verriez comment vos enfants souffrent. Vous direz, c’était un don que je n'ai pu conserver. Pourquoi ai-je divorcé ? Pour des questions futiles. Remerciez Allah pour cette grâce et préservez-la avant de la perdre.

Voici une histoire très étrange. Une femme a été chargée par ses employeurs de visiter un orphelinat. En jouant avec les petits orphelins, elle leur demanda de colorer des cœurs déjà dessinés. A son étonnement, un des petits garçons colora le cœur en bleu foncé. Elle pensa qu’il n’avait pas d’autres couleurs et le lui demanda. Il répondit : « Si, mais ca c’est la couleur de mon cœur. » Nous pensons que les enfants ne remarquent pas beaucoup de choses ce qui n'est pas vrai. Ils sont plus sensibles et parfois nous en tirons des leçons. Lorsque le petit garçon prononça cette phrase, la femme le serra, l’embrassa et resta proche de lui toute la journée, cherchant à le combler d’affection. Il sautait sur ces genoux et la serrait comme s’il voulait se rassasier. Puis il est retourné à son dessin et, à la fin de la journée, lorsqu'elle se prépara à partir, il tira sur ses vêtements et lui dit : “La couleur de mon cœur a changé, elle est devenue jaune.”

Vous jouissez du don d'avoir des parents, vous les jeunes hommes, vous devez baiser leur mains parce que vous auriez pu être comme cet orphelin.

Une fille raconte l’histoire qui suit : ‘Après être devenue épouse et mère, je ne contactais mon père que rarement, en raison de mes occupation à la maison et vis-à-vis des enfants. Parfois il me blâmait mais je lui disais : `Papa, tu connais mes occupations`. Jusqu'à ce qu’un jour, mon frère m’appelât et me dit que mon père avait subi un accident cérébral et se trouvait à l’hôpital. Je courus vers l’hôpital et tout le long du chemin, je me rappelais du passé, de sa tendresse envers moi, de tous ses comportements et ses sacrifices… j’ai reconnu la grâce que je ne percevais pas auparavant. Lorsque je suis arrivée et que j’ai vu mon père étendu devant moi, je me suis aperçue qu’il avait beaucoup vieilli, sans que j’aie fait attention. L’infirmière me dit : “Assieds-toi près de lui et tiens sa main dans la tienne.” Tenir sa main ? Je me demandais quand est-ce que je lui avais tenu la main la dernière fois ? Quand j’étais encore enfant. Comment, le long de toutes ces années j’ai pu ne pas tenir sa main, étais-je à ce point engourdie de sens ? Je regardais sa main très maigre et douce, et c’était la dernière fois que je l'ai tenue parce qu’il mourut quelques heures après. Des mois plus tard, en marchant avec mes enfants, mon fils me tint la main alors que ma fille se pensait déjà trop grande pour le faire. Très heureuse de tenir la main de mon fils, je désirais raconter à ma fille mon histoire pour qu’elle en tire leçon. Et je me repentis auprès d’Allah pour qu’Il me pardonne.

La famille est une grâce, mes amis. Nous avons parmi nous aujourd’hui une famille dont la fille mourut à

l’âge de vingt ans. Mr Ashraf Khorchid, sa femme et leur fille Nora. Mr Ashraf, adressez-vous aux jeunes gens, aux mères et aux pères et dites-leur à quel point la famille est précieuse.

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Nous sommes une famille constituée d’un père, d’une mère et de deux filles. Ma fille, Noha, était en dernière année de la faculté des sciences politiques et économiques, filière anglaise. Nous avons été surpris lorsque Dieu l’a éprouvée par la maladie du cancer. Le sens de solidarité entre nous, au sein de la famille, avait le plus grand effet pour dépasser la crise notamment, comme vous savez tous, l’effet de la chimiothérapie sur le malade. Louange à Allah, nous avons pu dépasser cette période grâce à l’amour, la solidarité et la fidélité de l’un envers l’autre. Puis elle a subi la radiothérapie et grâce à Dieu, elle a complètement guéri pendant deux ans. Ensuite, nous nous sommes hâtés vers le chemin d’Allah, cherchant à Le satisfaire, nous étions très contents de notre amour l’un envers l’autre. Chacun préférait l’autre sur lui-même. Après deux ans, ma fille fit une rechute, mais cette fois-ci, elle était plus gravement atteinte. C’était un choc pour nous mais nous avons pu le dépasser de nouveau, grâce à la solidarité familiale. Après un séjour en France, elle fut internée à l’hôpital pendant deux mois. Allah n’a pas voulu qu’elle vive. Nous surmontions toute cette période ensemble, tous les quatre, jusqu'à ce qu’elle décéda. Louanges à Allah, Dieu nous a honorés en nous accordant la patience. Depuis sa mort en janvier 2004, nous ne l’avons pas oubliée une minute, mais chacun d’entre nous essaye de se maîtriser pour consoler les deux autres. Nous jouissons de la satisfaction d’Allah sur nous. Et enfin, nous avons repris nos bonnes œuvres, ce qui nous rend très heureux et calmes.’

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Je n’ai plus de message à adresser aux jeunes après celui-là. Faites attention tous, de perdre vos parents au moment où ils sont mécontents de vous. Comment dormirez-vous si vous êtes réprouvés par l’un de vos parents ? Allez leur demander pardon.

Le Messager d'Allah (BP sur lui) dit : ‘O 'Aicha, préserve bien les grâces d'Allah, elles reviennent rarement

vers la famille qu'elles ont fuie.”

Commencerez-vous à unir vos familles ? Commencez et n’attendez point. Conservez la grâce par le remerciement d’Allah, Qui, dans son livre sacré, dit, ce qui peut être traduit par : ‘Nous avons dit à la

famille de David : ‘Faites des actions par lesquelles vous exprimez continuellement votre gratitude à Allah’[4]

[1] [2]

“Al-Anbiyâ' ” (Les Prophètes) 35. “An-Nahl” (Les Abeilles) 72. ‘Saba’ : 13

1 ‘Al-Bakara’: 61
[4]-

i-TSC : Traduction des Sens du Coran. Cette traduction est celle du sens courant le plus connu jusqu'à présent de la sourate sus mentionnée. Lire la TSC ne remplace nullement sa lecture en arabe, la langue de révélation du saint Coran.