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28/3/2015

Imprimer : Les médias, un manipulateur manipulé

Patrick Charaudeau ­ Livres, articles,
publications

http://www.patrick­charaudeau.com/Les­medias­un­
manipulateur,162.html

Les médias, un manipulateur manipulé
in La manipulation à la française, Ed. Economica, Paris
Le fonctionnement des médias obéit à une double logique commerciale et démocratique. Logique
commerciale, car il faut bien que les médias vivent. Ils se trouvent comme toute entreprise dans le
circuit économique et doivent donc satisfaire à un principe de profit. Celui­ci se réalise ici par le biais
des rentrées publicitaires à proportion du nombre des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs qui
lisent, écoutent ou regardent tel ou tel organe d’information. mais en même temps logique
démocratique, parce que ce qui justifie l’activité des médias (on pouurait dire ce qui constitue leur
produit de consommation) est l’information du citoyen, sans parler de ses activités de
diverstissement. Et cette logique, elle, est soumise à des impératifs de divulgation qui font que
l’information doit être à la fois crédible et captivante. Ces deux logiques, on le voit, sont
antagonistes, ce qui fait que les médias d’information fonctionnent comme une machine à la fois
puissante et fragile. Et l’on peut dire que les médias, en tant qu’ils sont les ordonnateurs de la mise
en scène de l’information, sont autant agent manipulateur que patient manipulé.
Un manipulateur, mais pas toujours volontaire et souvent limité. Pas toujours volontaire, car c’est
davantage par des effets indirects que s’exerce cette influence. S’il y a action des médias sur
l’opinion publique ce n’est pas tant du fait de la transmission d’un savoir ou de la façon d’analyser un
problème, que du fait du surgissement même de ce problème. Aux événements qui surgissent dans
l’espace public s’ajoutent les événements créés par les médias. Dès lors, on ne pourrait plus
reprocher à cette machine de déformer l’information, de créer et amplifier la rumeur, voire d’être
mensongère, puisqu’elle ne ferait que construire son propre événement. Lavée d’un premier
soupçon de manipulation (elle ne peut déformer puisqu’elle­même construit), elle se trouve
entachée d’une plus grande intention manipulatoire puisqu’elle crée un événement qui lui est
propre, tout en le proposant comme reflet de ce qui se passerait réellement dans l’espace public.
L’information résulte donc de la conjonction entre l’"événement brut" qui se produit dans l’espace
public et l’"événement construit" par les médias selon une activité qui consiste à le mettre en scène
tout en prétendant rendre compte de la "réalité". De ce fait, tantôt l’"événement brut" et
l’"événement médiatique" se confondent, tantôt l’un prend le pas sur l’autre, comme peut en
témoigner le traitement par les médias d’une certain nombre d’affaires, et particulièrement celle de
la "vache folle", au point que, ironie maligne, les médias se sont vu attribuer, comme on l’a vu, le
qualificatif de « presse folle ». Les médias ne peuvent pas ne pas manipuler.
Mais on a dit également manipulateur limité. Limité dans la mesure où justement les médias ont
besoin de l’existence d’un quelque chose d’externe à eux­mêmes qui fait qu’ils dépendent d’autres
instances sociales pour exercer leur office. Si par exemple leur arrive une information fausse, parée
de tous les atours de la vérité et qu’ils s’en emparent pour la mettre en scène, ils se font les
complices de cette fausseté, perdront de leur crédibilité lorsque le pot aux roses sera découvert, et
deviendront à leur tour victime [1]. Les médias peuvent donc être manipulés de deux façons : par
une pression externe et par une pression interne.
Par une pression externe, en amont de la machine médiatique, du fait de trois facteurs : la
prégnance de l’actualité, l’exercice du pouvoir politique, l’existence d’une concurrence féroce. On dit
que c’est l’Agenda médiatique qui s’impose aux citoyens comme reflet de l’actualité sociale, mais cet
Agenda est lui­même imposé en partie aux médias, à cause d’une certaine vision de l’actualité.
L’actualité, marquée par le principe de saillance, impose une information sans suivie, faite de clous
qui se chassent l’un l’autre : « Le souci de poursuivre les débats a évidemment pour limite les
contraintes que nous imposent la couverture de l’actualité et les nouveaux sujets de discussion
qu’elle lance » reconnaît le médiateur du journal Le Monde [2]. Le média, ici, n’a guère de marge de
manoeuvre, pris qu’il est dans une concurrence commercial qui l’amène à assurer la visibilité de sa
grille d’information par une programmation qui à la fois doit tenir compte de cette actualité
médiatique, pour faire comme les autres, et doit s’en distinguer pour prévenir le zapping des
téléspectateurs ou l’abandon, serait­ce provisoire, de lecteurs ou d’auditeurs. L’effet de retour
pervers qui ressort de cet état de fait est que, pour le consommateur d’information, le monde lui est
présenté à travers une vision spatiale et temporelle fragmentée, alors que les médias voudraient en
donner une vision cohérente et intelligible. Le pouvoir politique, quant à lui, est partie prenante dans
la construction de l’Agenda médiatique et, plus généralement, dans ce jeu de manipulation. C’est
bien la guerre, comme on l’a vu, entre politiques et journalistes, guerre symbolique mais guerre
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 ce jeu. dont les exigences de visibilité et de spectacularisation entraînent la machine médiatique à construire une vision obsessionnelle et dramatisante de l’espace publique. le jeu des scénarios plus ou moins montés [10] ou reconstitués qui proposent au citoyen des images faussées de ce qui s’est passé [11] ; le jeu des débats. et les médias se trouvent piégés. L’instance médiatique est victime de son système de représentation dans lequel au lieu que l’échange se fasse entre elle est le citoyen. Engagement neutre compensé par des représentations d’auto­légitimation sur ce qui justifie la raison d’être des médias. dans la mesure où la parole y est mise en spectacle de façon quasi exclusivement polémique. et « labellisent » ceux qui s’y trouvent convoqués créant une censure par défaut. en qu’en même temps ils se soumettent aux conditions de discours de ceux­ci. les journalistes reprochent aux responsables politiques. puisse être sincère ? Elle ne peut être que tactique [5]. un manipulateur manipulé dont l’objectif est d’influencer l’opinion publique.com/spip.php?page=imprimir_articulo&id_article=162 2/5 . dont le rôle revendiqué par les médias eux­mêmes est d’éclairer l’opinion publique. suppose trois conditions : (1) que celui­ci veuille bien se définir une conduite morale dans l’exercice de ses fonctions. constituent des obligations. les représentations que l’instance médiatique se fait de la cible d’information sur ce que peut être l’intérêt et l’affect de celle­ci. rendue publique. D’une part. A ce poker menteur de la séduction cathodique. mais engagé du point de vue de la morale sociale [7]. le vainqueur n’est pas toujours celui que l’on croit » [3].28/3/2015 Imprimer : Les médias. car même s’ils enquêtent pour vérifier la véracité des dires ou dénoncer les faux­semblants. il édicte un ensemble de règles qui garantissent cette conduite. et il est vraisemblable que les déclarations récentes de Jacques Chirac fustigeant la presse (« la presse folle »). volontiers vilipendés. on comprend que les conditions (1) et (2) doivent être créées à l’intérieur même du corps social concerné. et celle­ci parfois la presse). est purement tactique. Ce n’est donc pas le journaliste qui est manipulateur. représentations qui sont à l’origine du discours de “balancier” que nous avons décrit et qui éclaire fort peut l’analyse. qui est censé apparaître neutre du point de vue politique. ou en appelant aux experts (« Que les experts prennent leurs responsabilité ») [4]. d’en être les avisés co­metteurs en scène. parce qu’ils excluent des médias les sans nom. de comportement ; (3) qu’existe un mécanisme de contrôle faisant que ces règles agissent davantage de façon négative que positive. pour un corps social déterminé. Ils accusent à leur tour l’influence grandissante des directeurs de communication. même si c’est de façon variable selon le support de diffusion. lesquelles devant être respectées par tous les membres de ce corps social. d’être utilisés. ce qui en fait un mécanisme de sanction. la balance n’est pas égale. D’ailleurs comment imaginer que toute parole politique. N’y­a­t­il donc rien qui sauve le discours d’information médiatique ? Pour tenter de répondre à cett question. mais que la condition (3) http://www. C’est le discours d’information au prix d’un ensemble de verrouillages qui fait que la machine est par avance piégée. D’où des procédés de verrouillage destinés à conforter l’opinion publique — et soi­même— du bien fondé de l’information médiatique : citations réciproques (la radio citant la presse. il faut d’abord régler une question : la déontologie. le jeu des titres qui ont un effet d’aveuglement rationnel ; pour la télévision. Loin de manipuler les politiques. doit satisfaire aux deux principes de crédibilité démocratique et de captation médiatique. Par là­même. La déontologie. au regard de ce qui dans une société est considéré comme bien et mal ; (2) que pour ce faire. Malheureusement. ils sont obligés de rendre compte des déclarations des politiques et donc de laisser se faire le jeu d’influence de cette parole. Ces représentations et ces dispositifs constituent autant de limitation à la visée d’information de la machine médiatique. « l’unité de base [étant] les "coup de gueule" ou le "coup de coeur" » [12].patrick­charaudeau. Celle­ci. à savoir qu’à ne pas les respecter on s’exclue "moralement" du corps social. Cette guerre­là. Les dispositifs. par ses propres membres. qui se présentent en victimes du système médiatique. les représentations que cette instance se fait d’elle­même quant à son propre engagement. désormais. un devoir. pourvoyant pour ce faire à sa propre promotion : « Et si l’information ne renvoyait ni à l’événement ni aux faits. Cependant. D’autre part. les médias s’auto­manipulent sous l’effet d’une double pression interne : celle des représentations et celle des dispositifs. des conseillers en images ou l’écran opaque des “entourages”. mais à la promotion de l’information elle­même comme événement ? » demande Jean Baudrillard [13]. on l’a dit. et qui pourtant ne présentent qu’un simulacre d’échange démocratique. il se fait entre elle et les acteurs de la machine économique. verrouillage par l’exclusion de ce qui pourrait être une critique des médias [9] ; enfin. représentations qui tendent à privilégier l’émotion sur la raison et à construire cette cible comme un nous consensuel quant aux valeurs et croyances dont elle serait porteuse [6]. sans exception. Dans un tel contexte personne n’a à être sincère. enquêtes et sondages périodiques sur les rapports médias­opinion publique [8] ; mais aussi. car le second principe est celui qui tient le haut du pavé. font que l’on ne sait plus si l’on a affaire à un monde réalité ou de fiction. la presse la télévision. verrouillage par une sélection appropriée de logocrates qui ne peuvent que confirmer les médias dans leur bien fondé du fait qu’ils y participent en tant qu’expert. car lui­même est piégé par une machine manipulatrice. les journalistes ont la sensation. dès lors qu’elle est diffusée. Pour la presse ou la radio. les deux belligérants en ont conscience : « Montrés du doigt.

 c’est à dire transgression. ni un miroir renvoyant le reflet fidèle —serait­il inversé— du monde. Évidemment cet "imaginé" est à forte teneur de référentialité. qu’il est quasiment impensable qu’existe un quelconque système de contrôle [18]. difficile à maîtriser. à savoir l’objectivité de l’information. commentaire et mise en scène. selon le principe de saillance. Condition d’ "inventivité" enfin. même quand ils ont la chance de se trouver en prise directe avec quelque surgissement du monde phénoménal. à l’adresse d’un public qu’ils ne maîtrisent pas et qui de surcroît construit ses propres interprétations. L’événement qu’ils proposent est un “événement médiatique” et non l’événement brut de l’espace public. à l’intérieur de la profession. La machine médiatique a un tel pouvoir de récupération de ses propres manquements aux règles. ils doivent accepter de reconnaître que tous les systèmes mis en place pour montrer comment cette cible réagit (enquêtes. ou par l’existence d’un système d’autorégulation qui génère la sanction du fait des conséquences qu’entraîne. si tant est que les deux premières conditions soient satisfaites [14]. pour les raisons avancées plus haut. impossible parole de vérité pour les médias ? Impossible information objective ? Impossible conduite morale et seulement simulacre de démocratie ? Il nous semble pourtant qu’il est une voie dans laquelle une parole médiatique est possible qui puisse avoir un effet positif sur la démocratie. malgré la mise en spectacle. Dès lors. avec la confrontation des opinions citoyennes. et qui lave le pécheur de toute faute [17]. l’absence de transgression ne pouvant plus garantir l’impact auprès du public. Condition de "modestie" d’abord. car l’information est faite d’un entrecroisement de discours qui circulent dans la société. ils doivent accepter que leur discours n’est pas fait de transparence mais d’opacité. comme ont tendance à la suggérer certains discours émanant du monde professionnel.patrick­charaudeau. Dans le monde des médias. ne peuvent prétendre être un transmetteur qui s’efface entre un externe (monde de l’événement) et un interne (monde perçu). Les médias. Les médias n’ont pas à se prendre pour la démocratie elle­même.28/3/2015 Imprimer : Les médias. à l’extérieur. dont on ne peut prédire les réactions pulsionnelles ni même rationnelles. avec la participation de penseurs ou d’experts qui nous apprennent souvent davantage que les commentaires journalistiques. la crédibilité aidant. ils revendiquent tous le droit à la subjectivité dans l’exercice du métier de journaliste. Les médias doivent accepter qu’ils ne peuvent prétendre à la transparence. Conséquemment. pour éviter qu’il fasse ce qu’il veut de ses règles. discours sur lesquels les médias opèrent sélection. avec la révélation des affaires de corruption (malgré l’amalgame) ou des drames collectifs (sang contaminé). sans représentation du drame http://www. et chercher du même coup ce qui en constitue sa spécificité dans la manière de commenter le monde comme récit de la destinée humaine. sans imaginaires. neutre. et à faire marcher les “industries de l’influence” que sont les instituts de sondage. le comportement déviant. Il ne s’agit pas de dénier l’utilité de ces industries. Cela peut être obtenu par la création d’une sorte de comité des sages dont le mode de nomination devrait donner une assurance d’impartialité.com/spip. mais le système d’autorégulation fonctionne en sens inverse : plus il y a manquement à la règle. et qui par un effet de retour pénalise le manquement à la règle. plus. interactivité) ne sont que poudre aux yeux destinée à créer l’illusion qu’on la connaît. c’est à dire la survie de l’organe d’information. ni pour l’espace public lui­même. sondages. de ce sur quoi devraient porter les règles. Position raisonnable [19]. services de marketing et autres bureaux d’études. est assurée la captation du public. et même. La déontologie ici serait de refuser de faire passer pour réalité du monde social ce qui n’en est que l’une des représentations imaginées. Mais il est également susceptible de produire un effet de catharsis sociale qu’on aurait tort de mépriser. Entendons­nous bien. Il s’agit seulement de refuser l’illusion de réalisme. non impliqué qui lui garantisse une certaine “objectivation”. c’est elle qui se trouve de fait sanctionnée. Condition de "courage" ensuite. Bien plus. se dote de moyens d’avoir un regard distancié. et comme parfois en politique. C’est un événement construit par eux. le public réel qui réagit à sa façon et le phénomène de rumeur qui est créé par la publication des résultats de sondages et d’enquêtes. Dans les médias comme dans la publicité (voir les campagnes de détournement du genre publicitaire de Benetton [16]). un manipulateur manipulé exige que le corps social. Mais il y faut un certain nombre de conditions qui renvoient à une prise de conscience des strictes limites sociales de la machine médiatique. Alors. plus aucun journaliste sérieux n’y souscrit. La vision du monde sociale que proposent les médias est à la fois trop fragmentaire et obsessionnelle pour y prétendre. ni un simple greffier qui enregistre. et c’est peut­être cela le propre du discours de l’information médiatique : construire un récit du monde qui part de ce monde et renvoie une image réfractée de ce monde. la troisième est en revanche absente. selon une double tentative de crédibilité et de captation. C’est le cas avec la dénonciation des méfaits qui se produisent ici et là. Les médias doivent accepter de reconnaître que la cible à laquelle ils s’adressent est une inconnue. Alors. Quant au débat.php?page=imprimir_articulo&id_article=162 3/5 . Non seulement il n’existe pas de véritable comité des sages ayant un réel pouvoir de sanction comme c’est le cas dans le corps médical [15]. Mais en dernière instance. c’est la transgression qui est payante. c’est pour leur cible que travaille les médias et non pour le public. et sans laquelle l’information n’aurait pas d’intérêt. Il se produit bien sûr un jeu d’influence entre l’image que les médias construisent de leur public­cible. ce type de mise en scène est susceptible de jouer un rôle démocratique. Car il n’est pas de société sans rumeurs. Et du coup.

 Pour cela il y faut de la lucidité. pour imaginer des possibles mises en ordre. où il est rappelé que certains hommes politiques et journalistes —et non des moindres— n’ont pas voulu ou pu répondre à l’enquête. L’expression « mauvaise graisse » employée par Alain Juppé à propos de la fonction publique. Télérama n°2349. tout en donnant la parole à ses auditeurs (Info­Com. ce qui nous intéresse est de pouvoir définir une éthique de la responsabilité du discours médiatique comme s’inscrivant dans un cadre pragmatique d’action et d’influence. Bordas. ce type d’éthique nous semble pouvoir intégrer cette spécificité du discours d’information médiatique : une allure de doxa prise dans les filets de la paradoxa. [10] Cela explique qu’il y ait une tendance à l’expulsion des experts ou à une présence bien encadrée médiatiquement aussi bien pour la politique que pour les sciences ou le sport. est celui de la météorologie. C’est peut­être cela la différence entre le discours romanesque et le discours d’information médiatique : le premier tente de répondre à la question du « qui sommes­nous ? ». La presse davantage marquant ainsi sa différence. 1987). un manipulateur manipulé et du tragique. Ces conditions relèvent de ce que Max Weber appelait une « éthique de la responsabilité » qu’il opposait à une « éthique de la conviction ». op. [9] Radio et télévision se font rarement l’écho de critiques sur les médias.). en France. les météorologues ayant été évincés du petit écran au profit de présentateurs du monde des médias. Juin 1996. c’est à dire prise de conscience du contrat d’action. [4] Le Monde du 30/04/96) [5] Il est vrai que parfois on est en droit de se poser des questions. en s’imposant la totale pureté des moyens et sans se préoccuper des conséquences. doit­elle être considérée comme une boutade (peu habile). Voilà peut­être pourquoi les médias apportent moins de connaissances qu’ils ne créent de curiosité. un clin d’oeil aux ultra­libéraux (possible) ? [6] Ce phénomène a été dénommé “illusion groupale” par Didier Anzieu (“L’illusion groupale : un Moi idéal commun”. sans désir de capter et d’être captée. Il n’y a pas lieu ici de discuter de cette distinction. voilà pourquoi nous avons affaire ici à une merveilleuse machine à alimenter la conversation des êtres qui vivent en collectivité. [7] Curieusement. revue Mots n°47. il faut que le conflit soit présenté non point selon la raison d’État (le jeu des forces politiques ne concerne pas celui qui se trouve à l’extérieur). n’entre jamais dans un débat de fond. Si nous avions à répondre à la question « voulez­ vous des faits ou des commentaires ? des faits heureux ou du drame ? ».php?page=imprimir_articulo&id_article=162 4/5 . La seconde a partie liée avec la valeur vis à vis de laquelle l’adhésion doit être totale. mais selon la raison humanitaire. Voir aussi “La traversée des apparences” par Max Dorra dans Le Monde diplomatique. http://www. le second à celle du « que sommes­nous ? ». nous répondrions « tout cela en même temps » ; car tout cela renvoie en fin de compte à la question du « que sommes­ nous ? ». [1] Voir le syndrome de Timisoara.28/3/2015 Imprimer : Les médias. La première serait l’éthique de l’homme politique. Or. une conviction (où serait la tactique ?). une provocation (risqué). Paris. pour pouvoir faire des hypothèses sur les causes de celui­ci. Le cas extrême. Aussi. quant à la télévision. l’étude que notre Centre d’Analyse du Discours mène actuellement sur le traitement par la télévision du conflit en ex­Yougoslavie montre que pour que l’on puisse interpeller la conscience du citoyen. sur France­Inter). [8] « Incroyable ! Les médias ont bonne presse ». ce qui témoigne de la méfiance réciproque des deux partenaires. pour au bout du compte nous confronter à notre propre destinée en tant qu’êtres collectifs. elle supprime purement et simplement les émissions qui sentent le souffre : “La preuve par l’image” (pour les raisons alléguées voir Le Monde du 23/09/95).patrick­charaudeau. Les êtres sociaux sommes constitués d’un mélange de désir et de rationalité qui nous amène à préférer le désordre à l’ordre. Mais la radio.c. L’imaginaire groupal.com/spip. [2] Du 4­5 février 1996 [3] In Telérama n°2349 du 18 janvier 1995. La première a partie liée avec l’action dans la mesure où elle se pose la question de la finalité des actes et de leur conséquence. la télévision oriente­t­elle son discours de cette façon à partir de 1992 (voir “La construction thématique du conflit en ex­Yougoslavie par les journaux télévisés français”. sondage exclusif de Télérama­La Croix. la seconde celle du croyant ou du chercheur. de la marge de manoeuvre dont on dispose et des effets que produisent les composantes mêmes de ce cadre de contraintes. sans aspiration à jouer la scène de l’illusion perdue de la vérité. 18 janvier 1995. “Arrêt sur image”. sans discussion. in Le Groupe et l’Inconscient.

 ainsi que celle de Philippe Sobet : “United pubs of Benetton”. [15] Le CSA. par un de ces coups de rein destiné à redonner une virginité à un média. Parfois. http://www. un manipulateur manipulé [11] Cela est conforté même. n’admettent pas (aux deus sens du terme) la critique (voir l’affaire du journal Le midi libre qui voulut tenter un procès en diffamation à des chercheurs de l’université de Montpellier. Martin de poursuivre : « L’honnêteté de l’information ne comprend donc pas le cas d’un faux manifeste. dans la pratique journalistique elle­même. la plupart du temps de façon implicite. alors qu’il n’y avait pas là faute professionnelle. lesquels avaient fait l’analyse de la façon dont ce journal traitait de l’immigration). [19] Cependant dangereuse lorsque.28/3/2015 Imprimer : Les médias.com/spip. la divulgation d’une fausse nouvelle… ». 3/06/96. n’a pas le pouvoir de l’Ordre des médecins. à trop revendiquer sa subjectivité. [16] Voir à ce propos notre contribution au dossier sur “La publicité : masques et miroirs” dans la revue Mscope n°8 (sept.php?page=imprimir_articulo&id_article=162 5/5 . mais dont l’application passe par une jurisprudence compliquée (voir "Le juge et le journaliste". dans Le Monde diplomatique de mai 1996. Paul Amar en fut la victime.patrick­charaudeau. [17] Ainsi s’explique la non condamnation de PPDA pour faute professionnelle lors de la fausse interview de Fidel Castro. il se produit une sanction. [13] Libération. J. a décidé de ne pas condamner celui­ci : « Les propos [ont] été fidèlement rapportés…[bien que] les questions et les réponses [soient présentées] sous la forme d’un dialogue qui n’a. et la télévision en particulier. en réalité. et donc légitimé. [18] Une fois de plus. par des décisions de justice. D’autres. en France. cependant. la faute devient vénielle dès lors que l’audimat monte. septembre 1995). 1994). A la télé. [14] Quelques unes de façon juridique : liberté de la presse. respect du secret de l’instruction. c’est pour cette raison que les médias. rappelle les attendus du tribunal qui ayant à juger l’affaire du faux entretien de Fidel Castro avec PPDA. » « L’obligation ne dépasse pas le strict contenu de l’information elle­même pour s’attacher également aux modalités techniques de présentation » Et J. pas eu lieu. Dans un article intitulé "Le juge et le journaliste" in Le Monde diplomatique de septembre 1995. CRDP de Versailles. Le Monde diplomatique. Mais le service public exigeait un acte de pruderie auto­légitimant (la "moral majority" américaine ne procède pas autrement). [12] Propos de Daniel Schneidermann dans sa réponse à Pierre Bourdieu. on finit par justifier toute forme de traitement médiatique. Martin. avocat à la cour.