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TRIBUNAL

D E GRANDE
INSTANCE
DE PARIS1

3ème chambre 1ère
section
JUGEMENT
en la forme des référés
rendu le 02 Avril 2015

N° RG : 14/08177

N° MINUTE :
DEMANDERESSE
Société Civile DES PRODUCTEURS PHONOGRAPHIQUES
14 Boulevard du Général Leclerc
92527 NEUILLY SUR SEINE CEDEX
représentée par Me Nicolas BOESPFLUG, avocat au barreau de
PARIS, vestiaire #E0329
DÉFENDERESSES
S.A. ORANGE
78 rue Olivier de Serres
75015 PARIS
représentée par Maître Christophe CARON de l’Association CABINET
CHRISTOPHE CARON, avocats au barreau de PARIS, avocat
postulant, vestiaire #C0500
S.A.S FREE
16 rue de la Ville l’Evêque
75008 PARIS
représentée par Me Yves COURSIN, avocat au barreau de PARIS,
vestiaire #C2186
S.A. SOCIETE FRANCAISE DU RADIOTELEPHONE - SFR
42 Avenue de Friedland
75008 PARIS
représentée par Maître Pierre-Olivier CHARTIER de l’Association
CARRERAS, BARSIKIAN, ROBERTSON & ASSOCIES, avocat au
barreau de PARIS, vestiaire #R0139
S.A. BOUYGUES TELECOM
37-39 rue Boissière
75116 PARIS

Expéditions
exécutoires
délivrées le :

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Décision du 02 Avril 2015
3ème chambre 1ère section
N° RG : 14/08177

représentée par Maître François DUPUY de la SCP HADENGUE et
Associés, avocat au barreau de PARIS, vestiaire #B0873
COMPOSITION DU TRIBUNAL
Marie-Christine COURBOULAY, Vice Présidente
Camille LIGNIERES, Vice Présidente
François THOMAS, Vice Président
assistés de Léoncia BELLON, Greffier,
DEBATS
A l’audience du 17 Février 2015
tenue publiquement
JUGEMENT
Prononcé publiquement par mise à disposition au greffe
Contradictoirement
en premier ressort
FAITS ET PROCÉDURE
les parties
La Société Civile des Producteurs Phonographiques dite SCPP est une
société de perception et de répartition des droits régie par le Titre II du
Livre III du code de la propriété intellectuelle qui regroupe près de 2000
producteurs de phonogrammes et gère un répertoire de plus de 3
millions de phonogrammes représentant plus de 80 % des droits
reconnus aux producteurs de phonogrammes.
En vertu de l’article L 321-1 du code de la propriété intellectuelle, la
SCPP a qualité pour ester en justice pour la défense des droits dont elle
a statutairement la charge.
La SCPP a notamment pour objet la défense de l’intérêt collectif de la
profession exercée par ses membres au nom duquel elle est en droit de
faire sanctionner l’utilisation non autorisée de phonogrammes.
La société ORANGE, anciennement FRANCE TÉLÉCOM a été créée
en 1988 et intervient dans différents grands secteurs d’activités, à savoir
la téléphonie, les services de communication résidentiels comprenant
notamment l’internet et la télévision, les services de communication
d’entreprises et enfin les services aux opérateurs télécoms
internationaux. Elle est aussi la société mère de nombreuses filiales
tournées vers les télécommunications. La société ORANGE finance
directement ou à travers ses filiales de nombreuses actions et créations,
que ce soit dans le domaine du cinéma ou encore de la musique. Elle
propose aussi à ses clients la gamme la plus large possible de contenus,
disponibles sur tous les écrans, en nouant des partenariats de plus en
plus nombreux avec les 3principaux producteurs et éditeurs de contenus
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en matière de télévision, musique ou vidéo, ainsi qu’avec les sociétés
de gestion collective de droits d’auteur et de droits voisins.
Les sociétés SFR, BOUYGUES TÉLÉCOM et FREE sont des
opérateurs de communication électronique qui commercialisent
notamment des offres de téléphonie fixe et mobile et d’accès à internet
sur le territoire français métropolitain.
le litige
Le site francophone T411 qui est exploité sous le nom de domaine
«t411.me » et qui est l’un des sites les plus visités en France, met
à la disposition du public par le biais de liens des phonogrammes
et des vidéomusiques du répertoire de la SCPP qui peuvent être
téléchargés, et ce sans l’autorisation de cette dernière.
La SCPP a fait constater par ses agents assermentés conformément aux
dispositions de l’article L 331-2 du code de la propriété intellectuelle
la possibilité de téléchargement qui ont dressé des procès-verbaux de
constat les 26 février 2014, 27 février 2014, 28 février 2014, 3 et 4 mars
2014, 3 au 5 mars 2014, 5 mars 2014, 6 mars 2014, 7 mars 2014, 19
mars 2014, 15 et 16 avril 2014, 29 avril 2014 et 2 mai 2014, le
téléchargement au moyen de liens entourés de bandeaux
publicitaires se trouvant sur le site T411 de très nombreux albums et
enregistrements phonographiques anciens et récents ainsi que des
vidéomusiques d’artistes français et étrangers notoirement connus
appartenant au répertoire de la SCPP.
L’illicéité du site dénommé QUEBECTORRENT a été reconnue par
la Cour supérieure du Québec, laquelle par décision du 9 juillet 2008
en a ordonné la fermeture notamment à la demande de
producteurs de phonogrammes pour atteinte à leurs droits.
Les agents assermentés de la SCPP ont relaté avoir accédé au site T411
par l’intermédiaire de quatre fournisseurs d’accès à internet français que
sont les sociétés ORANGE, FREE, SFR et BOUYGUES TELECOM
C’est dans ces conditions que, par assignation en la forme des référés
signifiée les 30 mai et 3 juin 2014, la SCPP sollicitait du tribunal de
grande instance de Paris, sur le fondement de l’article L.336-2 du code
de la propriété intellectuelle, qu’il fasse injonction à la société SFR, la
société ORANGE, la société BOUYGUES et la société FREE en leur
qualité de fournisseurs d’accès à internet (FAI), de « mettre en oeuvre
toutes les mesures propres à empêcher l’accès au site T411 à partir du
territoire français par leurs abonnés » par le blocage du nom de
domaine t411.me.
les dernières prétentions
Dans ses dernières e-conclusions du 13 février 2015, la SCPP demande
au tribunal de:
DIRE ET JUGER que le site T411 exploité sous le nom de domaine
«t411.me » porte atteinte aux droits des producteurs de phonogrammes
et de vidéomusiques membres de la SCPP.
ORDONNER aux sociétés ORANGE, FREE, SFR et BOUYGUES
TELECOM de mettre en œuvre toutes mesures propres à empêcher
l’accès au site T411 à partir du territoire français par leurs abonnés
notamment par le blocage du nom de domaine « t411.me » au plus tard
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dans les quinze jours de la signification de la décision à intervenir et
pendant une durée d’un an à compter de la mise en œuvre des mesures
ordonnées.
DIRE que les fournisseurs d’accès à internet devront informer la
SCPP de la mise en œuvre des mesures ordonnées.
DIRE qu’en cas d’évolution du litige, la SCPP pourra saisir le Tribunal
de Grande Instance de Paris statuant en la forme des référés aux fins
d’actualisation des mesures ordonnées.
DIRE que le coût de la mise en œuvre des mesures ordonnées
restera à la charge des fournisseurs d’accès à internet.
DIRE que chaque partie conservera la charge de ses frais et dépens.
RAPPELER le caractère exécutoire par provision de la décision à
intervenir.
Au soutien de ses demandes la SCPP a fait valoir qu’il a été établi
grâce aux nombreux procès-verbaux de constat versés au débat que le
site T411 porte atteinte aux droits des producteurs de phonogrammes
membres de la SCPP ; que ce site revendique son caractère illicite ainsi
qu’en témoignent sa dénomination et les mentions qu’il comporte telles
que le risque d’être poursuivi pour téléchargement des contenus ; que
l’illécéïté di site a en outre été reconnue par la juridiction canadienne.
Elle ajoute que l’illécéïté du site l’a d’ailleurs conduit à changer de
nom.
Dans ses écritures notifiées par RPVA le 13 janvier 2015, la société
ORANGE sollicite du tribunal de :
Vu l’article 16 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union
européenne,
Vu l’article 4 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen,
Vu l’article 8.3 de la directive n° 2001/29/CE du 22 mai 2001 sur
l’harmonisation de certains aspects du droit d’auteur et des droits
voisins dans la société de l’information,
Vu l’article 3 de la directive n° 2004/48/CE du 29 avril 2004
relative au respect des droits de propriété intellectuelle,
Vu l’article L. 336-2 du Code de la propriété intellectuelle,
DONNER ACTE que la société ORANGE ne s’oppose pas à la mesure
de blocage sollicitée par la SCPP en ce qu’elle réunit les conditions,
exigées par le droit positif, que sont : le caractère judiciaire préalable
et impératif de la mesure dans son principe, son étendue et ses
modalités, y compris pour son actualisation ; la liberté de choix de la
technique à utiliser pour réaliser le blocage ; la durée limitée de la
mesure ;
DIRE ET JUGER que la société ORANGE ne peut être tenue au
paiement des coûts engagés et DIRE ET JUGER que le droit de la
propriété intellectuelle impose à la demanderesse à une injonction ou
à une réquisition judiciaire de prendre en charge lesdits coûts.
En conséquence,
DIRE ET JUGER que, dans un délai de quinze jours à compter de la
décision à intervenir, la société ORANGE ne peut être enjointe que de
bloquer l’accès au seul nom de domaine mentionné dans le dispositif de
l’assignation de la demanderesse et que l’intégralité des coûts de
blocage exposés par la société ORANGE doit être mise à la charge de
la demanderesse.
DIRE que chaque partie conservera à sa charge ses frais et dépens.

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Dans ses e-conclusions du 3 février 2015, la société SFR demande au
tribunal de :
APPRECIER si la SCPP a qualité à agir et si l’atteinte qu’elle invoque
est constituée ;
APPRECIER en application du principe de proportionnalité si, au
regard des circonstances particulières de l’espèce, une action à la source
(exploitants, hébergeurs) ou à l’encontre des prestataires tiers
(registrar, registry…) aurait été manifestement vouée à l’échec ;
APPRECIER s’il est proportionné et strictement nécessaire à la
protection des droits en cause, au regard notamment (i) des risques
d’atteinte au principe de la liberté d’expression et de communication
(risques d’atteintes à des contenus licites et au bon fonctionnement des
réseaux) (ii) de l’importance du dommage allégué, (iii) des risques
d’atteinte à la liberté d’entreprendre des FAI, et (iv) du principe
d’efficacité,
d’ordonner aux FAI, dont SFR, la mise en œuvre des mesures de
blocage sollicitées ;
Si le Tribunal considère qu’il est proportionné et strictement nécessaire
à la protection des droits en cause d’ordonner la mise en œuvre par les
FAI, dont SFR, de mesures de blocage du site t411.me :
ENJOINDRE SFR de mettre en œuvre, dans un délai de quinze jours
à compter de la signification de la décision à intervenir, des mesures
propres à prévenir l’accès des abonnés de SFR (et des abonnés de
sociétés qui utilisent le réseau de SFR pour fournir des services
d’accès à internet), situés sur le territoire français, au site t411.me ;
DIRE ET JUGER que les mesures de blocage mises en œuvre par les
FAI, dont SFR, seront limitées à une durée de douze (12) mois, à
l’issue de laquelle la SCPP devra saisir le Tribunal, afin de lui
permettre d’apprécier la situation et de décider s’il convient ou non de
reconduire lesdites mesures de blocage ;
DIRE ET JUGER que la SCPP devra rembourser aux FAI, dont
SFR, les coûts afférents auxdites mesures de blocage qui seront
ordonnées, y compris en termes de maintenance, de supervision et de
gestion d’éventuelles difficultés, sur présentation des factures
correspondant auxdits coûts ;
DIRE ET JUGER que les parties pourront saisir le Tribunal en cas de
difficultés ou d’évolution du litige.
CONDAMNER la SCPP aux dépens de la présente instance.
Dans ses dernières écritures notifiées par voie électronique le 13 février
2015, la société BOUYGUES TÉLÉCOM sollicite du tribunal de :
APPRÉCIER si la SCPP a qualité à agir,
APPRÉCIER l’atteinte aux droits d’auteur et aux droits voisins
invoquée par la SCPP,
APPRÉCIER si les demandes de la SCPP respectent le principe de
proportionnalité,
En tout état de cause, dans l’hypothèse où la demande de blocage
serait jugée fondée,
ENJOINDRE à la société BOUYGUES TÉLÉCOM de mettre en
oeuvre les mesures propres à prévenir l’accès de ses abonnés, situés sur
le territoire français, aux sites internet dans un délai de 30 jours à
compter de la signification de la décision à intervenir, et pour une durée
de 12 mois,
DIRE ET JUGER que la SCPP devra rembourser à la société
BOUYGUES TÉLÉCOM, sur présentation de factures, les coûts
afférents auxdits mesures de blocage, y compris en termes de
maintenance et de supervision,
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CONDAMNER la SCPP au paiement des entiers dépens de l’instance.
Les sociétés ORANGE, SFR et BOUYGUES TÉLÉCOM ne contestent
pas le caractère illicite du site T411mais demandent au tribunal de faire
application du principe de proportionnalité, de limiter les mesures de
blocage dans le temps, de fixer le nombre de sites à bloquer, de laisser
les FAI libres du choix des mesures techniques de blocage, de leur
laisser un délai suffisant pour les effectuer et de laisser le coût du
blocage à la charge de la SCPP.
Dans ses re-conclusions du 12 février 2015, la société FREE demande
au tribunal de :
À titre principal :
DE JUGER qu'en l'état, les demandes de la SOCIÉTÉ CIVILE
DES PRODUCTEURS PHONOGRAPHIQUES SCPP ne respectent
pas le principe de proportionnalité ;
Les rejeter ;
À titre subsidiaire :
DE JUGER que toute éventuelle mesure de blocage (et son adaptation)
ne pourrait être prise que sous le contrôle strict de l'autorité judiciaire,
exclusivement ;
DE REJETER la demande de la SOCIÉTÉ CIVILE DES
PRODUCTEURS PHONOGRAPHIQUES SCCP, en ce que celle-ci
viserait une mesure qui aurait des conséquences générales, par l'emploi
du terme "notamment" dans l'acte introductif d'instance ;
DE JUGER qu'une éventuelle mesure de blocage ne pourrait être mise
en œuvre que dans un délai de quinze jours après signification, et selon
les modalités que la société FREE estimera les plus adaptées à l'objectif
à remplir en fonction, notamment, des contingences de son réseau ;
DE JUGER que toute éventuelle mesure ne pourrait être prise que pour
une durée déterminée de un an, à charge pour le demandeur de
justifier, avant son expiration, de la nécessité de son
maintien/reconduction ou de sa modification pour une nouvelle durée
qui serait fixée par l'autorité judiciaire ;
DE JUGER que la SOCIÉTÉ CIVILE DES PRODUCTEURS
PHONOGRAPHIQUES SCCP ("SCPP") devra supporter l'intégralité
des coûts de la mesure qu'elle demande ou qui en découleront
(maintien, maintenance, …), et ce, dès présentation des factures
correspondantes ;
DE JUGER qu'il pourra vous en être référé, en cas de difficulté ;
DE REJETER tous autres demandes et moyens, et notamment toutes
demandes contraires ;
DE LAISSER la charge des dépens au demandeur.
La société FREE conteste que le principe de proportionnalité rappelé
par la CJUE dans ses différents arrêts soit respecté du fait de l’absence
de la société NUMERICABLE dans la cause et conteste que ces
mesures puissent être ordonnées en raison de leur inefficacité. Elle fait
valoir que la SCPP n’a pas davantage adressé une mise en demeure à
l’éditeur du site pour respecter le principe de subsidiarité.
MOTIFS
A titre liminaire, le tribunal relève que la qualité à agir de la SCPP qui
a pouvoir pour ester en justice pour défendre les intérêts professionnels
en cause n’est pas contestée
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En conséquence, la SCPP est recevable en ses demandes.
sur l’atteinte à un droit d’auteur occasionné par le contenu d’un
service de communication en ligne.
La SCPP fait valoir qu’elle démontre suffisamment par la production
des procès-verbaux de constat effectués par ses agents assermentés la
matérialité des atteintes aux droits d’auteur commises sur le site T411
exploité sous le nom de domaine “t411.me” constituées des
téléchargements de très nombreux enregistrements phonographiques
anciens et récents d’artistes français et étrangers notoirement connus
appartenant au répertoire de la SCPP.
Elle prétend que le site litigieux a une activité illicite établie par les
procès-verbaux, régulièrement mis au débat en ce qu’ils proposent une
représentation des oeuvres sans avoir obtenu l’autorisation des auteurs
et une reproduction des mêmes oeuvres ce qui constituent des actes de
contrefaçon au regard des dispositions des articles L.336-2 du code de
la propriété intellectuelle.
Elle rappelle que ce site qui seul a la qualité d’éditeur, a été identifié
ainsi que, les serveurs qui l’abritent mais qu’il est par trop inefficace de
demander des mesures de blocage les concernant.
Les défendeurs répondent qu’il appartient au tribunal d’apprécier le
caractère illicite du site T411, de prononcer éventuellement des mesures
d’interdiction en respectant le principe de proportionnalité, en limitant
les mesures au site T411 en supprimant l’adverbe “notamment” de la
demande de la SCPP, de laisser le choix des mesures aux FAI et le coût
de leur mise en oeuvre à la SCPP.
La société FREE conteste seule les mesures demandées en indiquant
qu’elles ne respectent pas le principe de proportionnalité faute d’avoir
attrait dans la cause tous les FAI et notamment la société
NUMERICABLE, et qu’elles sont inefficaces car elles peuvent être
contournées aisément.
Sur ce,
Selon l’article L.336-2 du code de la propriété intellectuelle, en
présence d'une atteinte à un droit d'auteur ou à un droit voisin
occasionnée par le contenu d'un service de communication au public
en ligne, le tribunal de grande instance, statuant le cas échéant en la
forme des référés, peut ordonner à la demande des titulaires de droits
sur les oeuvres et objets protégés, de leurs ayants droit, des sociétés de
perception et de répartition des droits visées à l'article L.321-1 ou des
organismes de défense professionnelle visés à l'article L. 31-1, toutes
mesures propres à prévenir ou à faire cesser une telle atteinte à un
droit d'auteur ou un droit voisin, à l'encontre de toute personne
susceptible de contribuer à y remédier.
L’article L.122-1 du code de la propriété intellectuelle dispose que le
droit d’exploitation appartenant à l’auteur comprend le droit de
représentation et le droit de reproduction et l’article L.122-2 du même
code, que la représentation consiste dans la communication de l’oeuvre
au public par un procédé quelconque et notamment :
...
2° télédiffusion
la télédiffusion s’entend de la diffusion par tout procédé de
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télécommunication de sons, d’images, de documents, de données et de
messages de toute nature.
Est assimilée à une représentation l’émission d’une oeuvre vers un
satellite.
Selon l’article L.122-3, la reproduction consiste en la fixation
matérielle de l’oeuvre par tous procédés qui permettent de la
communiquer au public d’une manière indirecte.
Enfin, l’article L.122-4 précise que toute reproduction ou reproduction
intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses
ayants droit ou ayants cause est illicite.
Le litige porte bien sur le fait que le site T411 accessible à partir du
nom de domaine “t411.me” a une activité illicite en ce qu’ils proposent
un contenu exclusivement ou quasi exclusivement dédié à une activité
qui consiste à représenter et/ou reproduire des phonogrammes sous la
forme de téléchargements, sans l’autorisation des auteurs et ce, en
contravention avec les articles L.122-1 et suivants cités plus haut.
En effet, ni le téléchargement ni le streaming ne sont en soi une activité
illicite et ils sont tout à fait légaux quand ils interviennent dans le cadre
d’une cession légale des droits des auteurs et d’un droit d’exploitation
donné par les producteurs.
Il ressort de l’analyse à laquelle le tribunal s’est livré alors que la SCPP
ne s’en est pas donné la peine se contentant d’affirmer que cela ressort
des procès-verbaux sans en faire elle-même une analyse exhaustive, que
les nombreux procès-verbaux réalisés par les agents assermentés de la
SCPP permettent de mettre en évidence que des phonogrammes étaient
proposés en téléchargement “download” sur le site T441, qu’ils
pouvaient être téléchargés par l’internaute sans aucune difficulté et sans
avoir besoin d’un intermédiaire ou d’un appareil supplémentaire puis
être écoutés avec une qualité sonore équivalente à celle d’un
phonogramme du commerce (pièces 5 à 17), que l’internaute peut
accéder à partir de sa connexion internet souscrite auprès de son FAI au
site T441 à l’adresse t441.me qui lui propose sans autre formalité de
télécharger puis d’écouter des phonogrammes du commerce ; que le site
mentionne clairement sur sa page d’accueil qu’il s’agit d’une site
d’échanges et qu’il convient de conserver un ratio de 0.75 pour pouvoir
continuer à profiter du téléchargement ; que la SCPP verse au débat les
extraits de son catalogue établissant les droits qu’elle détient sur les
oeuvres des artistes ainsi téléchargées (à titre d’exemples Stromae,
Michel Delpech, Daft Punk, etc..) ; que le téléchargement proposé est
revendiqué comme provenant de fichiers mis à disposition par d’autres
internautes agissant sous un pseudonyme.
Les procès-verbaux cités plus haut donnent de nombreux exemples de
téléchargements d’oeuvres d’artistes français ou d’artistes entrant dans
le catalogue de la SCPP dont les oeuvres ont pu être téléchargées puis
écoutées.
Ils expliquent que la rubrique staff permet d’accéder à la liste des
membres du site t411.me et d’accéder à un profit à partir d’un
pseudonyme.
Ainsi en procurant aux internautes la possibilité de télécharger les
oeuvres à partir du nom de domaine t411.me, le site T411 a permis aux
internautes de procéder au téléchargement des oeuvres litigieuses en
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fournissant la mise à disposition des contenus c’est-à-dire a donné aux
internautes les moyens de reproduire des oeuvres, dont ils ne détenaient
pas les droits.
Il est d’ailleurs admis par les sociétés défenderesses que ce réseau ne
demandait pas l’autorisation des titulaires des droits pour mettre à
disposition les oeuvres et même revendiquait le caractère de partage des
sites, c’est-à-dire l’offre de téléchargement des phonogrammes sans en
avoir obtenu les droits de sorte que l’absence d’autorisation donnée par
les ayants droit peut être retenue.
L’absence de droits d’exploitation sur les oeuvres est connue de tous
car le site Torrent 411 revendique sa filiation avec le site QUEBEC
TORRENT, les fondateurs étant les mêmes, et les informations sur les
poursuites éventuelles sont données par exemple au sein de la rubrique
Forum ; le procès-verbal du 26 février 2014 (pièce5) indique
notamment qu’il existe une possibilité pour les internautes canadiens
d’être poursuivis puisqu’il a été ordonné au FAI TekSavvy de fournir
les noms et adresses de 2000 clients soupçonnés d’avoir illégalement
téléchargé du contenu appartenant à une société de production.
L’illécéïté du site QUEBEC TORRENT a été reconnue par la Cour
supérieure du Québec, laquelle par décision du 9 juillet 2008 en a
ordonné la fermeture notamment à la demande de producteurs de
phonogrammes pour atteinte à leurs droits (pièce 18) ; la renaissance
du site sous la forme de Torrent 411 ou T411 est établie par la
production de l’article Wikipedia par la SCPP ( sa pièce 3).
En conséquence, la SCPP est fondée en ses demandes.
Sur les mesures sollicitées
Il n’est pas contesté par les parties à l’exception de la société FREE,
que les mesures sollicitées, en ce qu’elles visent à empêcher l’accès aux
noms de domaine litigieux par les abonnés de ces fournisseurs d’accès
à l’internet, sont susceptibles de contribuer à empêcher ou réduire
l’atteinte aux droits des auteurs des oeuvres ainsi offertes, même si
certains internautes peuvent les contourner.
La SCPP ne conteste pas davantage que le choix des mesures à mettre
en place doit être laissé aux FAI.
Sur l’absence de certains acteurs au regard du principe de
proportionnalité
La société FREE soutient que le principe de proportionnalité ne serait
pas respecté par la SCPP au motif que divers autres intervenants dont
la société NUMERICABLE ne sont pas attraits dans la cause et que les
éditeurs de site ne sont pas eux-mêmes poursuivis alors que leur identité
peut être retrouvée et que l’efficacité des actions à leur encontre, en ce
qu’elles touchent la source des contrefaçons, prime toute autre
démarche.
Sur ce
Le principe de proportionnalité édicté dans la Directive (CE)
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n°2004/48 du 29 avril 2004 a été rappelé avec force par la CJUE dans
les arrêts SABAM / Scarlet (24 nov. 2011), SABAM / Netlog (16 févr.
2012) Telekabel, (27 mars 2014).
Les éditeurs des sites litigieux
Outre qu’il a été suffisamment démontré par la SCPP que les éditeurs
des sites ont été poursuivis et même par la voie pénale et que ceux-ci
ont pour politique de changer les adresses des sites et de varier leur
hébergement dans les serveurs ce qui rend très aléatoire toute action
formée à leur encontre, il apparaît que les dispositions de l’article
L.336-2 du code de la propriété intellectuelle sont précisément destinées
à permettre aux ayants-droit et organismes de défense professionnelle
concernés d’exercer une action distincte de celle par laquelle les
premiers peuvent faire juger qu’une contrefaçon leur cause un préjudice
dont ils demandent réparation aux auteurs de cette contrefaçon, en
l’occurrence l’opérateur de sites contrefaisants.
Si l’on peut regretter que la SCPP n’ait pas mis en demeure l’éditeur
du site accessible à partir du nom de domaine “t411.me” même si celleci a peu de chances d’obtenir une réponse positive, il n’en demeure pas
moins qu’il n’est pas prévu par la loi que cette action au fond, dirigée
contre les auteurs des atteintes en cause, soit mise en oeuvre
préalablement à celle par laquelle des mesures provisoires peuvent être
sollicitées à l’encontre de toute personne susceptible de contribuer à
remédier aux atteintes à leurs droits et que la demande de la SCPP
formée à l’encontre des fournisseurs d’accès conserve une nature de
demande subsidiaire.
Ce moyen sera rejeté.
Les autres fournisseurs d’accès à l’internet
La SCPP répond que si la société NUMERICABLE n’ a pas été attraite
dans ce présent litige c’est en raison du faible nombre d’internautes
qu’elle draine sur son réseau ce qui ne peut constituer une atteinte au
principe de proportionnalité.
Si là encore il est regrettable que la SCPP n’ait pas attrait la société
NUMERICABLE dans la cause, l’action dont le tribunal est saisi est
formulée à l’encontre des principales sociétés qui offrent ce service,
représentant, de notoriété publique, plus de 90 % des abonnés français
et les sociétés défenderesses ne justifient pas qu’un fournisseur d’accès
à l’internet important n’a pas été mis en cause, la société
NUMERICBALE ne traitant que 5% du trafic soit 1million770
internautes selon les chiffres de l’ARGEL, étant observé que la présente
action n’est pas exclusive d’autres procédures ultérieures.
Aucune atteinte au principe de proportionnalité n’est donc établie par
la société FREE.
Sur les risques de contournement des mesures par les internautes
La société FREE indique que les internautes peuvent utiliser les
services offerts par d’autres fournisseurs d’accès à l’internet et/ou
accéder aux sites en cause par tout autre moyen que leurs compétences
techniques et leur désir d’échapper à la loi les inciteraient à rechercher.
Ils soulignent la facilité avec laquelle les réseaux sociaux diffusent des
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conseils permettant à la communauté de leurs membres d’être informée
des moyens de contourner les mesures de contrainte susceptibles d’être
ordonnées par une juridiction, ce qui risque de rendre inefficace toute
décision de cette nature.
S’il est exact que toute mesure de blocage peut être contournée par une
partie des internautes, d’une part il n’est pas établi que la grande
majorité des internautes, qui est attachée à la gratuité des
communications et de nombreux services sur l’internet, a la volonté
affermie de participer à une piraterie mondialisée et à grande échelle
et d’autre part les mesures sollicitées visent le plus grand nombre des
utilisateurs, lesquels n’ont pas nécessairement le temps et les
compétences pour rechercher les moyens de contournement que les
spécialistes trouvent et conservent en mémoire.
La CJUE a dit dans son arrêt Telekabel du 27 mai 2014 , qu’ “il n’est
pas exclu qu’aucune technique permettant de mettre complètement fin
aux atteintes au droit de propriété intellectuelle n’existe ou ne soit en
pratique réalisable, ce qui aurait pour conséquence que certaines
mesures prises seraient, le cas échéant, contournables d’une manière
ou d’une autre »... et qu’il suffit que ces mesures aient pour effet de
“de rendre difficilement réalisables les consultations non autorisées
des objets protégés et de décourager sérieusement les utilisateurs
d’Internet ayant recours aux services du destinataire de cette même
injonction de consulter ces objets mis à leur disposition en violation du
droit de propriété intellectuelle ».
Ainsi, l’impossibilité d’assurer une complète et parfaite exécution des
décisions susceptibles d’être prises n’est pas un obstacle à la décision
d’autoriser des mesures empêchant l’accès aux sites concourant à la
diffusion des contrefaçons sur internet et ne doit pas entraîner l’absence
de reconnaissance des droits des ayants-droit par les juridictions
En conséquence, la demande de blocage de l’accès aux sites internet
visés expressément dans les demandes de la SCPP est le seul moyen
réellement efficace dont disposent actuellement les titulaires de droits
de propriété intellectuelle pour lutter contre la contrefaçon sur internet
Sur le choix des mesures que devront prendre les fournisseurs
d’accès a l’internet
La SCPP sollicite qu'il soit ordonné aux fournisseurs d’accès à
l’internet en la cause de mettre en oeuvre ou de faire mettre en oeuvre
toutes mesures propres à empêcher l’accès à partir du territoire français
et/ou par leurs abonnés à raison d’un contrat souscrit sur ce territoire,
aux sites visés par eux.
Cette demande, qui laisse à chaque fournisseur d’accès à l’internet la
possibilité de déterminer la nature des mesures qu’il convient de mettre
en oeuvre, eu égard à la structure juridique et technique de leur
entreprise, aux effets des mesures prises et à l’évolution du litige et qui
privilégie une mesure acceptée par l’ensemble des fournisseurs d’accès
à l’internet appelés à cette instance, est fondée
Ainsi, la société Orange, la société Bouygues TÉLÉCOM, la société
FREE et la société SFR devront mettre en oeuvre et/ou faire mettre en
oeuvre, selon les termes précisés ci-après, toutes mesures propres à
empêcher l'accès, à partir du territoire français et/ou par leurs abonnés
à raison d'un contrat souscrit sur ce territoire, par tout moyen efficace et
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notamment par le blocage du nom de domaine “T411.me”.
Contrairement à ce que soutiennent les sociétés défenderesses,
l’adverbe “notamment” ne s’applique pas aux sites visés par la décision
mais à la mesure de blocage elle-même qui est un moyen parmi d’autres
des mesures permettant d’empêcher l’accès des internautes aux sites
listés.
Réclamant eux-mêmes de conserver le choix des mesures à mettre en
place pour interdire l’accès des internautes aux sites visés dans la
décision, les FAI ne peuvent s’inquiéter de la présence de cet adverbe.
En revanche, le Site qui doit faire l’objet de l’interdiction d’accès est
précisément déterminé par le présent jugement et toute mesure touchant
un autre site doit être autorisée par une autorité judiciaire, les FAI
n’ayant pas d’obligation de surveillance des contenus et la SCPP ne
disposant pas du droit de faire bloquer l’accès à des sites sans le
contrôle préalable de l’autorité judiciaire.
Les modalités
Les fournisseurs d’accès à l’internet devront mettre en place les
mesures ordonnées sans délai et au plus tard dans les quinze jours à
compter de la signification de la présente décision et ils devront
informer de leur réalisation les demandeurs, en leur précisant
éventuellement toute difficulté qu’ils rencontreraient.
En l’absence de toute opposition de principe à la demande, sous les
réserves qu’elles ont exprimées, il n’y a pas lieu d’ordonner de mesures
d’astreinte, la présente juridiction pouvant être à nouveau saisie en cas
de difficulté ou d’inexécution par l’une des parties à l’instance.
Les mesures ordonnées, qui ne doivent répondre qu’à ce qui apparaît
nécessaire à la préservation des droits en cause, sans risquer de devenir
obsolètes, devront être limitées à une durée de douze mois à compter de
leur mise en place.
Sur la prise en charge du coût du blocage
Les mesures ordonnées le sont à la demande de la SCPP et à leur
bénéfice.
Celle-ci ne justifie d'aucune disposition légale particulière au profit des
ayants-droit de droits d’auteur ou de droits voisins ou des organismes
de défense, intervenant pour la défense des intérêts moraux des
professionnels qu’ils représentent, relative à la prise en charge
financière des mesures sollicitées.
Le Conseil Constitutionnel dans sa décision du 28 décembre 2000 a, à
propos des frais engendrés par les interceptions de sécurité demandées
aux opérateurs, indiqué que :
« Considérant que, s'il est loisible au législateur, dans le respect des
libertés constitutionnellement garanties, d'imposer aux opérateurs de
réseaux de télécommunications de mettre en place et de faire
fonctionner les dispositifs techniques permettant les interceptions
justifiées par les nécessités de la sécurité publique, le concours ainsi
apporté à la sauvegarde de l'ordre public, dans l'intérêt général de la
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population, est étranger à l'exploitation des réseaux de
télécommunications ; que les dépenses en résultant ne sauraient dès
lors, en raison de leur nature, incomber directement aux opérateurs».
La CJUE a dit pour droit dans l’arrêt SABAM / Netlog (CJUE, 16 févr.
2012, aff. C-360/10) que
« Une telle injonction entraînerait une atteinte caractérisée à la liberté
d’entreprise du fournisseurs d’accès internet concerné puisqu’elle
l’obligerait à mettre en place un système informatique complexe,
coûteux, permanent et à ses seuls frais, ce qui serait d’ailleurs contraire
aux conditions prévues à l’article 3, paragraphe 1, de la directive
2004/48, qui exige que les mesures pour assurer le respect des droits de
propriété intellectuelle ne soient pas inutilement complexes ou
coûteuses».
Elle a réaffirmé sa position dans la décision Telekabel, rendue le 27
mars 2014, en rappelant que l’injonction limitait la liberté
d’entreprendre du fournisseur d’accès à l’internet, notamment en ce
qu’elle « l’oblige à prendre des mesures qui sont susceptibles de
représenter pour celui-ci un coût important », alors même qu’il « n’est
pas l’auteur de l’atteinte au droit fondamental de propriété
intellectuelle ayant provoqué l’adoption de ladite injonction » .
Dès lors, le coût des mesures ordonnées ne peut être mis à la charge des
défendeurs qui ont l’obligation de les mettre en oeuvre.
Il appartiendra à ces derniers de solliciter, s’ils le souhaitent, le
paiement de leurs frais auprès des demandeurs à l’instance, eu égard aux
mesures effectivement prises et aux dépenses engagées spécifiquement
pour l’application des injonctions qui leur sont faites.
Sur les autres demandes
L’exécution provisoire est attachée à la présente décision,
conformément aux dispositions de l’article 492-1 du code de procédure
civile, aux termes duquel lorsque le juge statue “comme en la forme des
référés ou en la forme des référés”, le jugement est exécutoire à titre
provisoire, à moins qu’il n’en soit décidé autrement.
En l’occurrence, aucun motif ne justifie que l’exécution provisoire soit
écartée.
Chacune des parties en demande ou en défense ne succombant pas
totalement dans ses prétentions, il convient de laisser à leur charge les
frais et dépens exposés.
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement en la forme des référés, par remise au
greffe le jour du délibéré, par jugement contradictoire et en
premier ressort,
Dit la SCPP, en sa qualité d’organisme de défense, recevable en ses
demandes.
Dit que la SCPP démontre suffisamment que le site T411 accessible à
partir du nom de domaine t411.me est entièrement dédié ou quasi
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entièrement dédié à la représentation de phonogrammes sans le
consentement des auteurs ce qui constitue une atteinte aux droits
d’auteur telle que prévue à l’article L.336-2 du code de la propriété
intellectuelle ;
En conséquence
Ordonne à la société Orange, à la société Bouygues Télécom, à la
société Free, à la société SFR de mettre en oeuvre et/ou faire mettre en
oeuvre, selon les termes précisés ci-après, toutes mesures propres à
empêcher l'accès, à partir du territoire français, y compris dans les
départements ou régions d’outre mer et collectivités uniques ainsi que
dans les îles Wallis et Futuna, en Nouvelle Calédonie et dans les Terres
australes et antarctiques françaises, et/ou par leurs abonnés à raison d'un
contrat souscrit sur ce territoire, par tout moyen efficace et notamment
par le blocage du nom de domaine t411.me, sans délai et au plus tard
dans les quinze jours à compter de la signification de la présente
décision et pendant une durée de douze mois à compter de la mise en
place des mesures ;
Dit que les fournisseurs d'accès à l'internet devront informer les
demandeurs de la réalisation de ces mesures en leur précisant
éventuellement les difficultés qu'ils rencontreraient ;
Sous réserve d’un meilleur accord entre les parties,
Dit qu’en cas d’une évolution du litige notamment par la suppression
des contenus contrefaisants constatés ou la disparition du site visé , ou
par la modification du nom de domaine ou chemins d’accès, la SCPP
pourra en référer à la présente juridiction, en mettant en cause par voie
d’assignation les parties présentes à cette instance ou certaines d’entre
elles, en la forme des référés, afin que l’actualisation des mesures soit
ordonnée, au vu notamment des constats réalisés à leur demande et
éventuellement des résultats préalablement communiqués résultant de
l’application permettant le suivi des sites en cause ;
Déboute la SCPP de sa demande de prise en charge des frais des
mesures susvisées par les fournisseurs d’accès à l’internet et aux
fournisseurs de moteurs de recherche qui devront les mettre en oeuvre ;
Dit qu’en cas de difficultés d’exécution des mesures de blocage et de
paiement des coûts des mesures ordonnées, les mesures ayant un
caractère provisoire, la société ORANGE, la société BOUYGUES
TÉLÉCOM, la société FREE et la société SFR pourront en référer à la
présente juridiction, en mettant en cause par voie d’assignation les
parties présentes à cette instance ou certaines d’entre elles, en la forme
des référés.
Rappelle que le présent jugement est exécutoire par provision.
Condamne chacune des parties à supporter ses charges et dépens.
Fait et jugé à Paris le 02 Avril 2015
Le Greffier

Le Président

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