THEME I : MAX WEBER : LA RATIONALISATION DES ACTIVITES SOCIALES

PARTIE I – L’ANALYSE DE WEBER
INTRODUCTION : PRESENTATION GENERALE ET DEMARCHE DE WEBER
I ) BIOGRAPHIE .
Document 1 : repère biographiques p 410 du cours

Questions : - Quel est le contexte familial dans lequel Weber a été socialisé ? - Montrez que Weber est un esprit curieux dont les centres d’intérêts et les recherches sont très divers. - Weber est-il seulement un théoricien ?

II ) LE CONTEXTE .
Document 2 :Analyse et contexte historique jusqu’à : « bloqué le développement économique » p 410 Questions : - Caractérisez l’Allemagne de la fin du 19 ème siècle, en quoi ce contexte vat’il influencer les analyses de Weber ?

III – LA DEMARCHE WEBERIENNE : rappel du cours de première ( voir complément de cours)
Document 3 : 1 p411 Questions : - Comment Weber définit-il la sociologie ? - Définissez précisément le terme activité selon Weber. Document 4 : 3 p 411 Questions : - Définissez le terme idéal-type - Peut-on repprocher à cette notion de ne pas refléter la réalité ?

SECTION I – LA RATIONALISATION DES ACTIVITES SOCIALES
I – LES DIFFERENTS MODES D’ACTION SOCIALE : VERS LA PREDOMINANCE DE L’ACTION RATIONNELLE
Document 5 : 2 p 411 et A:
Max Weber, nous l'avons vu, porte intérêt aux activités sociales qui font sens pour l'individu. Économie et société s'ouvre ainsi sur une étude très générale des actions humaines, actions qui peuvent être analysées à partir de quatre idéal-types fondamentaux : • L'action traditionnelle se rattache à la coutume, à l'habitude.Pour Weber, la plupart des activités quotidiennes familières appartiennent à ce type. • L'action affective est guidée par les passions ; la gifle donnée impulsivement, par exemple, rentre dans ce type d'activité. • L'action rationnelle en valeur (wertrational) n'est pas mue par la tradition ou les pulsions mais par des valeurs d'ordre éthique, esthétique ou religieux. L'aristocrate qui se bat pour son honneur, le chevalier qui part en croisade ou le capitaine qui sombre avec son bateau agissent rationnellement en valeur, même s'ils doivent y perdre la vie. • L'action rationnelle en finalité (zweckrational), enfin, est une action instrumentale tournée vers un but utilitaire et qui implique l'adéquation entre fins et moyens. L'entreprise capitaliste qui gère ses biens en vue du profit maximum, le stratège militaire qui organise son armée et son plan de bataille, le savant qui expérimente et recherche des preuves, etc. fonctionnent suivant cette logique.

Ces différentes orientations ne constituent en aucune manière une classification rigide et cloisonnée des modes de l'activité sociale. Elles ne sont que de purs types construits pour servir les fins de la recherche sociologique. Dans la réalité, l'activité se rapproche plus ou moins de l'un de ces types idéaux ; bien souvent, elle les combinent. Plus encore, Weber constate que la vie sociale est faite d'interactions, qu'elle déborde d'oppositions, de conflits et de compromis. Au cœur de relations sociales pétries par les luttes, le sociologue allemand perçoit en fait la domination, domination assise sur une constellation d'intérêts (comme le monopole économique) ou domination fondée sur l'autorité (pouvoir de commander). C'est pourquoi, Weber adjoint à chaque type d'activité (traditionnelle, affective, rationnelle) un type de domination particulier. Weber définit la domination comme la « chance de trouver une personne déterminée prête à obéir à un ordre de contenu déterminé ». Mais tout pouvoir, tout avantage a besoin d'être justifié. La domination s'accompagne nécessairement d'une forme de légitimité dont la fonction est de normaliser ce qui est. Cette légitimité n'est en fait qu'une croyance sociale : celle qui valide le pouvoir détenu par le (s) dominant(s).

Source : M.Lallement , op cité Questions : - Quels sont , selon Weber , les quatre différents types d’action que l’on peut distinguer - Ces types d’action correspondent-ils au comportement moyen des individus ? A quelle démarche pouvez-vous ici faire référence ? Quels sont , selon Weber , les types d’action les plus représentatifs de la société moderne ? Pourquoi ? - Quels liens peut-on établir entre les concepts d’action , de domination et de légitimité ?

II - LA RATIONALISATION MOTEUR DE L’OCCIDENTALISATION
Document 6 : 4 p 411 Questions : - La rationalité est-elle un concept naturel ? Document 7 : 5 p 411 Questions : - Expliquez la première phrase du texte. - Comment Weber justifie t’il son affirmation ? Document 8 : 9 p 413 Questions : - Justifiez la première phrase du texte en vous appuyant sur les exemples cités par Weber.

III – LES DIFFERENTS TYPES DE DOMINATION LEGITIME
Document 9 :15 p 414 et
Max Weber propose la célèbre distinction entre domination traditionnelle, domination légale-rationnelle et domination charismatique. Ce qui les distingue c'est le mode de légitimation mis en œuvre. • La domination traditionnelle se fonde sur «des coutumes sanctionnées par leur validité immémoriale et par l'habitude enracinée en l'homme de les respecter», (cf. Le savant et le politique de M. Weber.) Dans une communauté de type Gemeinschaft, caractérisée par des relations fortement personnalisées et soudée par des croyances communes, se trouve valorisée la stabilité plutôt que l'innovation, le respect des hiérarchies établies ainsi que la conformité de chacun au rôle qui lui est assigné dans la société. Tout système de gouvernement qui peut se prévaloir d'une tradition fortement ancrée dans des croyances communes y puise une légitimité considérablement accrue.Il devient en quelque sorte une autorité «naturelle», c'est-àdire dont l'origine et les fondements ne sont plus remis en cause. Ainsi en allait-il des monarchies d'Ancien Régime. Mais cette forme de légitimité traditionnelle subsiste et se manifeste chaque fois que l'on observe des comportements d'allégeance fondés sur la déférence ou le souci de se conformer sans examen à un rôle assigné. • La domination légale-rationnelle est liée à la prééminence de l'État moderne. Associée à l'idée de GeselIschaft, ou de société c'est-à-dire à la conception d'une communauté fondée sur l'adhésion contractuelle et l'égalité juridique de ses membres (sociation plutôt que communalisation), elle se caractérise par un fort degré d'institutionnalisation du pouvoir politique. L'élément de gouvernement bureaucratique lui paraît le trait décisif, impliquant le triomphe de la règle générale et impersonnelle sur la faveur ou le privilège, le recrutement des agents sur une base de compétence plutôt que de clientélisme, l'absence d'appropriation personnelle des positions de pouvoir occupées. Ainsi les gouvernés comme les dirigeants, confrontés à des règles claires, se trouvent-ils portés à adopter un comportement de type zweckrational; c'est-à-dire qu'ils chercheront à atteindre leurs objectifs par un calcul rationnel adapté aux règles du jeu effectivement en vigueur. • La domination charismatique se situe à un niveau de plus forte implication affective. La force de l'emprise des dominants sur les assujettis repose en effet, nous dit Weber, sur une «communauté émotionnelle». Le leader, démocratique ou traditionnel, peut compter, pour s'imposer, sur cette «remise de soi» qui pousse les assujettis à «un abandon [...] né de l'enthousiasme ou de la nécessité et de l'espoir». La domination

charismatique, qui se fonde sur d'intenses projections des dominés et mobilise les ressources de la séduction, perturbe les mécanismes routiniers de la domination traditionnelle ou légale-rationnelle. Elle peut transformer par exemple le leader politique ou religieux en prophète / conducteur de peuple, faire basculer la démocratie en régime plébiscitaire aboutissant à la suspension de l'application normale des règles juridiques établies. Alors que la domination traditionnelle tend, historiquement en Occident, à céder le pas à la domination légale-rationnelle, la domination charismatique revêt davantage le caractère d'une situation exceptionnelle, fragile à long terme.

Source : G.Hermet et alii , Dictionnaire de sciences politiques , Cursus , Armand Colin , 1994 Questions : - La domination , selon Max Weber , s’impose-t-elle par la force ou la contrainte ? - A partir du texte , complétez le tableau suivant : Domination traditionnelle Domination légale - rationnelle Domination charismatique Type de communauté Fondements de la légitimité Type de comportement dominant Régime politique représentatif Type de dominés - Quel est , selon Weber , la forme de domination qui , en Occident , devient dominante ?

III – LA BUREAUCRATIE , INSTRUMENT DE LA RATIONALITE
A- LA BUREAUCRATIE , UN PHENOMENE IRREVERSIBLE ?
Document 10 :
D’un point de vue a une typologie pure des formes de domination, la bureaucratie répond à sa manière à deux préoccupations permanentes de l'activité sociale : le souci de continuité et celui d'efficacité. Cependant, dans le monde contemporain, elle connaît une expansion sans précédent ; ces tendances nouvelles appellent donc une explication spécifique, que Weber trouve dans la conjonction de trois séries de phénomènes : la rationalisation de l'économie, incamée notamment par le capitalisme moderne, la multiplication des buts assignés à l'action rationnelle et, enfin, le développement de la démocratie (au sens tocquevillien de l' « égalité des conditions »). Si le développement du capitalisme s'accompagne toujours d'une certaine expansion de la bureaucratie, c'est d'abord parce que, même et surtout dans ses phases les plus libérales, il ne peut se passer d'une certaine « rationalisation » de la domination, sous la double forme de la systématisation du droit et de l'affaiblissement des solidarités traditionnelles ; le capitalisme appelle ainsi une transformation du droit et de l'État qui est éminemment favorable à la bureaucratie étatique. [...] Même dans l'hypothèse de l'État minimal, une certaine expansion de la bureaucratie fait donc partie de ce que Marx appelait les « préconditions historiques de l'essor du Capital », qui n'aurait jamais eu lieu, sans l'imposition de l'ordre de marché, au détriment des solidarités traditionnelles. Ce n'est pas là, néanmoins, ce qui explique la bureaucratisation de l'économie et de la production elles-mêmes (fussent-elles « privées) ; celle-ci traduit le fait que le capitalisme moderne incarne le même principe qui est à l'origine de l'expansion universelle de la bureaucratie dans la société : la recherche de l'efficacité par l'organisation des activités humaines selon des règles calculables. A l'opposé d'une certaine vulgate « libérale », Weber insiste donc sur les similitudes entre les administrations publiques et la hiérarchie des entreprises privées ; mais, surtout, il montre que, loin de se limiter à fixer un cadre formel aux activités économiques, le développement du capitalisme moderne se traduit par une transformation complète de l'organisation du travail et du type d'autorité dominant dans la production, et par un renforcement de la contrainte sur les travailleurs.

Source : P.Raynaud , Max Weber et les dilemmes de la raison moderne , PUF , 1987 Questions :. - Quels sont , selon l’auteur , les deux déterminants majeurs qui permettent de justifier l’existence de la bureaucratie ? - Comment l’auteur explique-t-il que la bureaucratie se développe dans les sociétés occidentales contemporaines ? - Weber considère-t-il , avec les libéraux , que le développement du capitalisme et celui de la bureaucratie soient antagonistes ? Document 11 : 17 p 415 Questions : - Quelles sont les raisons qui selon M. Weber justifient la supériorité de l’administration bureaucratique ? Quels en sont les conséquences selon Weber ? - Weber s’oppose-t-il à Marx sur le rôle de la bureaucratie dans une société socialiste ? - Weber considère-t-il que la bureaucratie publique soit généralisable aux différentes organisations dont les entreprises publiques ?

B- LE FONCTIONNEMENT DE L’ADMINISTRATION BUREAUCRATIQUE
Document 12: 16 p 414

Questions : - Définissez le statut des fonctionnaires - Quelles sont les qualités et les devoirs qui sont attendus des fonctionnaires ? - Quels sont les instruments et les procédures qui limitent leurs pouvoirs ?

IV – LE DESENCHANTEMENT DU MONDE
Document 13 : A : 8 p 412 B: On retrouve chez Weber une note tragique et un paradoxe. Au départ force de progrès, instrument indispensable à l'affranchissement de l'homme des fers de la tradition, la rationalisation finit par être à la racine d'une tyrannie plus forte, plus pénétrante et plus durable que toutes celles que l'homme a jamais connues. Elle n'est pas simplement un processus politique, ses effets ne se limitent pas à l'émergence d'une bureaucratie politique. De même qu'elle affecte la structure de l'économie et de l'État moderne, elle affecte la culture toute entière , et pénètre jusqu’à l’esprit humain .Tant qu'elle pouvait se nourrir de la structure de la société et de la culture traditionnelle qui s'était constituée au Moyen Age, la rationalisation représentait un processus fécond et libérateur. Mais à présent que cette structure s'est progressivement désintégrée, que l'homme est de plus en plus désenchanté par rapport aux valeurs qu'elle recouvrait, la rationalisation menace de devenir une force non plus féconde et libératrice mais une source de mécanisation et d'embrigadement qui finira par détruire la raison. « Le destin de notre époque caractérisée par la rationalisation , par l’intellectualisation et surtout par le désenchantement du monde, a conduit les humains à bannir les valeurs suprêmes les plus sublimes de la vie publique. Elles ont trouvé refuge soit dans le royaume transcendant de la vie mystique soit dans la fraternité des relations directes et réciproques entre individus isolés » (M. Weber). Weber observe un changement dans la personnalité humaine elle- même, changement qui résulte du fait que l'homme moderne est de plus en plus dominé , protégé dans les moindres détails de son existence . mais , cela ne le conduit pas à se dresser aveuglèment conre les forces de la modernisation et du progrès. Il perçoit tout ce que l'égalitarisme et la rationalisation ont accompli de grandiose au cours de l'histoire de l'Europe moderne en affranchissant l'homme des cadres qui, du fait de leur caractère étroit et personnel, étaient trop souvent tyranniques, de valeurs dont la sacralité même avait étouffé toute vie et toute créativité. Malgré tout le désespoir que lui inspirent les conséquences de la rationalisation, Weber prône-t-il un retour au passé ? Non, [.,.] il reconnaît que, par sa dimension même, l'évolution historique est irréversible et que s'il est du devoir de l'intellectuel deregarder l'histoire en face, d'un œil lucide et impitoyable, de lui appliquer le qualificatif qui lui convient, il est également de son devoir de ne pas se laisser aller à trouver refuge et apaisement dans les faux dieux de l'archaïsme. [...] Ce n'est, pas la désorganisation ni la catastrophe que craint Weber, mais plutôt la surorganisation, la stérilisation future de tous les cadres informels et de tous les us et coutumes qui permettent à la personnalité de résister au nivellement intellectuel et à l'uniformité culturelle, La rationalisation, qui a assuréle triomphe de la démocratie et du capitalisme sur les systèmes sociaux antérieurs, conduira, si on Jie renouvelle pas son inspiration, à une société dans laquelle la démocratie et le capitalisme eux-mêmes périront ou ne survivront qu'à l'étal de caricatures et où l'homme, perdant la dimension faustienne que lui donne la société moderne, ne sera plus qu'une créature apathique et hantée par la peur des vieux démons.

Source : R Nisbet, la tradition sociologique, PUF, 1984. Questions : - Quelle erreur est fréquemment commise quant à la compréhension de la rationalisation intellectualiste ? - Comment Weber définit-il l’intellectualisation et la rationalisation ? - Quels sont les effets positifs mais aussi pervers générés par le processus de rationalisation ?

PARTIE II – ACTUALITE DE L’ANALYSE DE WEBER
SECTION I - LES LIMITES DE LA RATIONALITE
I – CRITIQUE DU MODELE DE L’HOMO OECONOMICUS : LE MODELE DE L’HOMO OECONOMICUS COMME IDIOT RATIONNEL
Document 14 :
A: La théorie économique de l'utilité, en rapport avec la théorie du comportement rationnel, est parfois critiquée pour son excès de structure ; les êtres humains seraient en réalité «plus simples». Si notre argumentation est correcte, c'est précisément le contraire qui semble vrai :la structure de la théorie traditionnelle est insuffisante. On attribue à la personne un seul classement des préférences et, au gré des besoins, ce classement est supposé refléter les intérêts de la personne, représenter son bien-être, résumer son opinion sur ce qu'il convient de faire, et décrire ses choix et son comportement effectifs. Un seul classement des préférences peut-il remplir tous ces rôles? Une personne ainsi décrite peut être «rationnelle» au sens limité où elle ne fait preuve d'aucune incohérence dans son comportement de choix,

mais si elle n'utilise pas ces distinctions entre des concepts très différents, elle doit être un peu niaise. L'homme purement économique est à vrai dire un demeuré social. La théorie économique s'est beaucoup occupée de cet idiot rationnel, drapé dans la gloire de son classement de préférences unique et multifonctionnel. Pour prendre en compte les différents concepts relatifs à son comportement, nous avons besoin d'une structure plus complexe.

Source : Amartya SEN, Éthique et économie, PUF, 1993 (1987). B : 14 p 414 Questions : - Rappelez la définition de l’homo oeconomicus - En quoi le modèle de l’homo oeconomicus ne paraît pas refléter la réalité - Expliquez la phrase soulignée du doc A
Expliquez la phrase soulignée du doc B

II - RATIONALITE LIMITEE ET PRINCIPE DE SATISFACTION : LA THEORIE DE MARCH ET SIMON
Document 15 : Questions : - Sur quels postulats repose la théorie néo-classique ? - Quelles critiques H.Simon adresse-t-il au modèle néo-classique ? - Quel modèle de comportement propose-t-il de lui substituer ?

SECTION II- ACTUALITE ET LIMITES DE L’ANALYSE DU DESENCHANTEMENT
I – ACTUALITE DE L’ANALYSE WEBERIENNE
Document 16 :1 p 416 Questions : - Expliciter l’expression « primauté de la raison instumentale - Montrez que celle-ci a des effets ambigus. Document 17 : 3 et 4 p 416-417 Questions : - Donnez le mode de lecture et de calcul des chiffres 9 et 10.7 (l1 c1 de chaque tableau) - Répondez à la question 4 du livre.

II- LES LIMITES DE L’ANALYSE WEBERIENNE
Document 18 :
Daniel Boy, directeur de recherches au Centre d'études de la vie politique française, souligne la relative stabilité des croyances aux parasciences depuis 1982, date à laquelle la Sofres a commencé à prendre ce paramètre en considération. Les cinq enquêtes réalisées depuis lors - dont la dernière, conduite auprès de 1 000 personnes de plus de dix-huit ans, date de novembre 2000 -, montrent qu'environ un tiers de la population croit à l'explication des caractères par les signes astrologiques, tandis qu'un quart donne crédit aux prédictions fournies par les horoscopes. Les Français croient plus volontiers aux guérisons par imposition des mains (50 % environ) et à la transmission de pensée (entre 40 et 55 °/o). Un des paradoxes mis en évidence par ces sondages est que l'intérêt pour la science est corrélé positivement au degré de croyance aux parasciences. « Contrairement à ce que laisserait présager une vision positiviste des choses, l'amour de la science ne détourne pas des "fausses sciences", écrit Daniel Boy De même, la frange de la population ayant un degré de connaissances scientifiques « très faible » est en moyenne moins «crédule » que celle ayant un niveau de connaissance « très bon ». Les sondages révèlent aussi que les parasciences ne se sont pas développées « en réaction ou contre l'institution scientifique ».

Source : « La croyance des Français dans les parasciences est stable », LeMonde, 5 mai 2001. Questions : - A quelle évolution aurait on dû s’attendre d’après la thèse du désenchantement ? - Quelles informations apporte le sondage ? - Quel paradoxe est mis en évidence dans le texte ? En quoi relativise-t-il l’analyse de Weber ?

SECTION III – LES DYSFONCTIONNEMENTS DE LA BUREAUCRATIE

I - L’ANALYSE DE MERTON
Document 19: 5 p 417 Questions : - Comment la bureaucratie s’attache-t-elle ses membres et les rend-elle efficace ? - Quels effets pervers cela risque-t-il d’engendrer ?

II - L’ANALYSE DE CROZIER
Document 20 :
Malgré l'autorité infaillible de Max Weber, que le respect trop instinctif des résultats de la tradition bureaucratique prussienne avait conduit à imposer l'idée de la supériorité absolue du modèle hiérarchique réglementaire et bureaucratique en matière d'efficacité, l'analyse des faits démontre que plus ce modèle prévaut, moins l'organisation est efficace. En fait la bureaucratie, au sens où le grand public l'entend (c'est-à-dire le climat de routine, de rigidité, de contrainte et d'irresponsabilité qui caractérise les organisations dont on se plaint), n'est pas du tout la préfiguration de l'avenir et n'a pas tendance à augmenter particulièrement avec la concentration des entreprises, mais constitue le legs paralysant d'un passé où prévalait une conception étroite et bornée des moyens de coopération entre les hommes. Aucune organisation en effet n'a jamais pu et ne pourra jamais fonctionner comme une machine. Son rendement dépend de la capacité de l'ensemble humain qu'elle constitue à coordonner ses activités de façon rationnelle. Cette capacité dépend à son tour des développements techniques mais aussi et parfois surtout de la façon dont les hommes sont capables de jouer entre eux le jeu de la coopération. Un tel jeu n'est pas un jeu harmonieux. Il peut être considéré tout autant comme un jeu de conflit que comme un jeu de coopération. L'analyse empirique démontre qu'il est dominé par des problèmes de pouvoir; non pas le pouvoir au sens politique et plus ou moins mythique du terme, cette entité qui réside au sommet et que l'on pourrait un jour capturer, mais les relations de pouvoir, ces relations que tout le monde entretient avec tout le monde pour savoir qui perd, qui gagne, qui entraîne, qui influence, qui dépend de qui, qui manipule qui et jusqu'où. La leçon de mes enquêtes sociologiques, on le verra, c'est que dans ses relations avec autrui - même au bas de l'échelle – le pouvoir de chaque individu dépend de l'imprévisibilité de son comportement et du contrôle qu'il exerce sur une source d'incertitude importante pour la réalisation des objectifs communs. D'où la tendance irrésistible à se rendre indispensable, à garder secrets des arrangements particuliers, à maintenir incertain, inaccessible à autrui, irrationnel même ce qui devient le fondement de son pouvoir. D'où cette lutte complexe, incompréhensible autrement, des individus, des groupes et des clans pour valoriser le type d'expertise qui est le leur aux dépens de l'organisation tout entière.

Source :Michel Crozier, Le Phénomène bureaucratique, Le Seuil, 1971 (1963). Questions : - Quelle analyse de la bureaucratie fait Weber ? En quoi dépend-elle du contexte dans lequel il vit ? - Pourquoi M.Crozier considère-t-il que Weber fait preuve d’un optimisme excessif ? - Quelle analyse Crozier propose-t-il des relations de pouvoir au sein de la bureaucratie ?

III – LA VIE AU GUICHET
Document 21 : 7 p 418
Questions :

-

Répondez à la question 4 p 418.

COMPLEMENTS DE COURS
COMPLEMENT I - LA METHODE .
A – UNE SOCIOLOGIE DE L’ACTION SOCIALE
DOCUMENT 1 : Evénements, données singulières, régularités statistiques, plus généralement toutes les catégories de phénomènes sociaux que les sociologues se proposent d'expliquer résultent de la composition d'actions individuelles, ainsi que l'indique clairement le texte de Weber cité [en encadré] (...). Dans une lettre à Robert Liefmann datée du 9 mars 1920, années de sa mort. Max Weber écrit : « Si je suis finalement devenu sociologue (comme l'indique mon arrêté de nomination) c'est essentiellement afin de mettre un point final à ces exercices à base de concepts collectifs dont le spectre rôde toujours. En d'autres termes : la sociologie, elle aussi, ne peut procéder que des actions d'un, de quelques, ou de nombreux individus séparés. C'est pourquoi elle se doit d'adopter des méthodes strictement individualistes. »

[Mais] si les actions élémentaires des individus sont seules capables de rendre compte des phénomènes macrosociologiques, il n'en résulte pas qu'elles soient le produit du « libre arbitre » ou d'une liberté conçue comme absolue. L'action d'un individu se développe toujours à l'intérieur d'un système de contraintes plus ou moins clairement définies, plus ou moins transparentes pour le sujet, plus ou moins rigoureuses. Considérons par exemple la manière dont Weber explique la prolifération des sectes protestantes aux États-Unis à la fin du xix' siècle : le pays est, à ce moment, peuplé d'individus dont les origines ethniques sont très diverses. La mobilité géographique y est grande. Le commerce, les échanges et transactions de toutes sortes y sont très développés. Mais les transactions , surtout lorsqu'elles sont étalées dans le temps (par exemple les transactions reposant sur le crédit), supposent la confiance. Or la confiance ne peut s'établir qu'entre personnes qui se connaissent, entre personnes qui, sans se connaître, se reconnaissent comme appartenant « au même monde », ou entre personnes capables d'exhiber des signes d'honorabilité susceptibles d'être reconnus pour tels. Les voyageurs de commerce et autres offreurs de biens et services ne pouvant compter (en raison de l'hétérogénéité ethnique et de la mobilité de la population) sur les deux premières « solutions » se trouvèrent par là même incités à recourir à la troisième : en affichant leur appartenance à une secte protestante ils détenaient un moyen sûr d'acquérir à peu de frais un brevet d'honorabilité indispensable à l'exercice de leur activité (...). ' SOURCE :R.Boudon et F.Bourricaud , Dictionnaire critique de sociologie , PUF ,1982 QUESTIONS : - Comment les sociologues , et en particulier Durkheim , expliquent-ils les faits sociaux ? - Comment Weber s’oppose-t-il à cette démarche ? - Quel est , selon lui , l’objet de la sociologie ? Montrez , à partir de l’exemple du développement des sectes protestantes aux Etats – Unis , quelle est la méthode suivie par Weber

B- UNE SOCIOLOGIE COMPREHENSIVE
DOCUMENT 2 : Expliquer un phénomène social suppose toujours qu'on rende compte des actions individuelles qui le composent. Mais qu'est-ce que « rendre compte » d'une action ? On peut continuer de suivre Weber sur ce point. Rendre compte d'une action, dit-il, c'est, la « comprendre » ( Verstehen). Ce qui veut dire que le sociologue doit pouvoir être capable de se mettre à la place des acteurs auxquels il s ‘intéresse . « Comprendre » l'action du voyageur de commerce americain qui fréquente le service religieux du dimanche , c'est être capable de conclure : « si j’avais été dans la même situation , j’aurais sans doute fait la même chose.» Naturellement « se mettre à la place » de l’acteur (...) suppose généralement de la part de l’observateur un travail d’information et un souci de distanciation ; SOURCE : op cité QUESTIONS : - Pourquoi la sociologie de Weber est-elle qualifiée de compréhensive ? - Quelle est la démarche préconisée par Weber ? DOCUMENT 3 : Le sociologue qui pratique une sociologie compréhensive ne peut se contenter de faire l'introspection de ses propres structures de conscience mais doit aussi trouver un accès à la conscience d'autrui, en évitant de confondre la méthode qu’il suit avec une simple supputation des états de conscience d'autrui. Or ce risque de supputation paraît dramatiquement lié au projet de compréhension du sens visé subjectivement. On ne peut l'éviter,selon Weber, que par la construction de concepts idéaltypiques dont on chercherait à tester l'adéquation à la réalité à l'aide des différentes ressources qu'offre l'analyse empirique : observation des régularités, expériences mentales de ce qui se serait passé si tel sens hypothétique n'avait pas été en jeu, etc. SOURCE : P.Pharo , Le sens de l’action et la compréhension d’autrui , L’harmattan , 1993 QUESTIONS : - Quels sont , selon les auteurs , les risques qu’encourt la méthode préconisée par M.Weber ? - Quelles sont les solutions préconisées par M.Weber pour les éviter ?

C- UNE DEMARCHE BASEE SUR LA RECHERCHE DE TYPES IDEAUX
DOCUMENT 4 : Weber récuse les théories qui établissent une stricte correspondance entre les concepts et le réel, soit qu'elles conçoivent le concept comme simple copie du réel, soit, au contraire, qu'elles veuillent déduire la realité du système conceptuel. Pour Max Weber, il existe toujours un décalage insurmontable, un «hiatus irréductible» entre le concept et la réalité qu'il est vain et inutile de vouloir combler. Les concepts ne constituent donc pas un but en soi pour la recherche mais visent simplement à fournir au chercheur un instrunent d'intelligibilité du réel afin d'organiser, de clarifier, de mettre de l'ordre dans l'enchevêtrement inextricable des faits. L'idéaltype répond à ce besoin . Loin d'être une simple reproduction de la réalité, c'est une construction théorique, «un tableau idéal» au sens logique du terme, dont le concept d’homo oeconomicus forgé par des économistes classiques , représente un bon modèle . L'élaboration de l'idéaltype met en œuvre trois procédés. D'abord, un processus d'abstraction, de sélection et recomposition des faits : loin de regrouper tous les caractères communs aux phénomènes étudiés, on isole, au contraire, unilatéralement quelques traits significatifs en fonction de l'orientation que l'on donne à la recherche. Ensuite ne sont retenus que les éléments susceptibles de se combiner en un ensemble logiquement cohérent, non contradictoire, car ce qui est recherché, avant tout, ce sont des concepts clairs, univoques. Enfin, on grossit certains traits : il s'agit d'accentuer les différences pour

donner à voir la singularité, la spécificité, l'originalité du phénomène étudié. Cette amplification du trait est un procédé bien connu en littérature : le personnage de L'Avare de Molière peut être considéré, d'une certaine manière, comme un bon exemple d'idéaltype. L'idéaltype ne correspond donc pas au type moyen, mais représente plutôt un cas limite, que l'on ne rencontre jamais dans sa pureté, mais à l'aune duquel on peut comparer les comportements réels qui s'en approcheront toujours plus ou moins.En faisant apparaître, l'écart entre le cours réel des événements et celui construit à partir de l'idéaltype, on pourra déterminer ainsi les motifs réels de l'action. L 'homo œconomicus : prototype de l'idéaltype «À cette fin (pour "décrire les phénomènes les plus élémentaires de la vie de l'homme ayant pleinement accédé à l'économie") elle [la science économique] se fonde sur un sujet économique qu'elle a construit et à propos duquel, au contraire de l'homme empirique : a. Elle choisit d'ignorer toutes les motivations qui ne sont pas spécifiquement économiques, c'est-à-dire qui ne découlent pas du souci de pourvoir aux besoins matériels, et qui exercent une influence sur l'homme empirique - elle les traite comme si elles n'existaient pas; b. Imagine la présence de certaines qualités que l'homme empirique possède ou pas du tout ou imparfaitement, c'està-dire : -une vision parfaite de la situation du moment - l'omniscience économique; -la maîtrise complète du moyen le plus approprie à la réalisation du but du moment - une "économicité" absolue; - un usage parfait de toutes ses forces au service de l'acquisition économique des biens - "un effort d'acquisition sans inertie". Elle argumente donc à partir d'un homme irréel, analogue à une figure idéale en mathématiques.» Max Weber, Esquisse de Heidelberg, 1898, traduit dans La Problématique de Max Weber, Wilheim Hennis. SOURCE : H.Mendras et J.Etienne , les grands auteurs de la sociologie , Hatier , 1996 QUESTIONS : - Weber pense-t-il qu’une description complète de la réalité et des motivations des acteurs soient possibles ? Pourquoi ?

D- LE REJET DES ANALYSES TELEOLOGIQUES ET LA RECHERCHE DE LA NEUTRALITE AXIOLOGIQUE
DOCUMENT 5 : Max Weber se distingue de nombreux pionniers des sciences sociales (Comte, Marx...) par son refus constant d'intégrer à toute force les phénomènes sociaux dans le cadre de philosophies évolutionnistes ou déterministes. Le propre de ces philosophies est d'envisager l'histoire universelle soit comme déploiement d'une logique propre soit comme simple résultante d'un élément déterminant (économe, religion...). Dans son Histoire économique, Weber réfute ainsi les théories qui s'enracinent dans la croyance indéfectible en une évolution économique à étapes obligées. Il montre, par exemple, l'inanité des schémas qui fondent tout développement économique à partir de ce point de départ obligé que serait le communisme primitif agraire. La socioogie n'a pas pour but de réformer la société ou d'engendrer une quelconque théorie révolutionnaire. La neutralité axiologique dont loit faire preuve le savant signifie que celui-ci doit éviter de transforner les valeurs qui le guident dans son appréhension du réel en jugement de valeur. Autrement dit, il lui faut suspendre ses convictions personnelles dans le regard critique qu'il porte sur les événements. Dans un cas, l'on a des croyances (jugements de valeur), dans l'autre des hypothèses de travail qui sont soumises aux faits (jugements de fait). En distinguant ainsi normes et réalités, Weber assigne la sociologie dans un territoire clairement démarqué : celui des réalités. Si les actions sociales sont empreintes de valeurs contradictoires, si concurremment l'histoire est complexe et indéterminée, comment le sociologue peut-il, dans ces conditions, faire œuvre de science ? Afin de répondre à ce vrai problème épistémologique, Max Weber souligne d'abord qu'aucune science empirique ne peut dire quelles doivent être les fins de l'action. Cela est affaire de morale. Une science empirique ne peut édicter ce qu'il convient de faire mais seulement ce que l'individu peut ou veut faire. SOURCE : M.Lallement , op cité QUESTIONS : - Après avoir recherché la définition du terme téléologique , vous montrerez que les analyses de Comte ou Marx en sont de bons exemples - Quelles sont les faiblesses des analyses téléologiques ? - En quoi conduisent-elles Weber à les rejeter et à appliquer le principe de neutralité axiologique ( que vous définirez ) - Quelle doit être la démarche suivie par un scientifique ?

E – UNE SOCIOLOGIE COMPARATISTE
DOCUMENT 6 : Pour comprendre les formes d'organisation sociale particulières à ce monde occidental moderne, Weber les compare systématiquement à celles des civilisations qui les ont précédées. L'œuvre se présente donc en une série d études de sociologie religieuse, de sociologie juridique ou de sociologie économique, autant d'angles d'attaque pour une méthodologie historique et comparative.

L'ampleur et la diversité de ces travaux ne doivent pourtant pas faire oublier que ceux-ci sont guidés par une question majeure :comprendre la singularité de l'Occident. Le projet weberien apparaît d'autant plus original lorsque l'on sait qu'au moment où écrit Weber, l'ensemble des débats allemands relatifs à l'évolution sociétale se focalise autour d'une alternative : capitalisme ou socialisme ? Weber considère que cette opposition n'est pas pertinente. Ce qu'il cherche à dégager grâce au travail comparatif qu'il mène sur les formes d'organisation sociale propres à chaque civilisation, c'est en fait un trait spécifique au monde moderne occidental : la rationalisation croissante de celui-ci SOURCE : M.Lallement , op cité QUESTIONS : - Weber considère-t-il que la société occidentale doit être analysée comme un cas spécifique ? - Quelle méthode préconise-t-il afin de mieux analyser les caractéristiques de la société occidentale ? - Le débat opposant capitalisme et socialisme , du point de vue de la rationalité , est-il pertinent ?

COMPLEMENT II : UNE APPLICATION DE LA METHODE WEBERIENNE : L’ETHIQUE PROTESTANTE DU CAPITALISME : EXERCICE DE COMPREHENSION DE LA DEMARCHE WEBERIENNE
DOCUMENT 1 : « Comment cette activité, tolérée par la morale dans le meilleur des cas, a-t-elle pu se transformer en profession au sens de Benjamin Frankiin? Comment expliquer historiquement que, dans le plus grand centre capitaliste du temps, dans la Florence des XIVe et XVe siècles, marché de l'argent et du capital de toutes les grandes puissances politiques, cette attitude fût considérée comme éthiquement injustifiable, ou, au mieux, tolérée? Alors qu'au XVIIe siècle, dans des conditions petites-bourgeoises, au milieu des forêts de Pennsylvanie, où les affaires menaçaient de dégénérer en troc par simple manque d'argent, où l'on trouvait à peine trace de grandes entreprises industrielles, où les banques n'en étaient qu'à leurs tout premiers pas, le même fait ait pu être considéré comme l'essence de la conduite morale, qu'il ait même été recommandé au nom du devoir. Parler ici de «reflet» serait pur non-sens. Quel est donc l'arrière-plan d'idées qui a conduit à considérer cette sorte d'activité, dirigée en apparence vers le seul profit, comme une vocation (Béruf) envers laquelle l'individu se sent une obligation morale? Car ce sont ces idées qui ont conféré à la conduite de l'entrepreneur «nouveau style » son fondement éthique et sa justification » SOURCE : M.WEBER in R.A.NISBET , La tradition sociologique ; PUF , 1984 . QUESTIONS : - Pourquoi selon WEBER ne peut-on réellement parler de société capitaliste à Florence au XV° ? - Pourquoi , au contraire , peut-on dire qu’en Pennsylvanie les conditions étaient réunies pour que l’esprit capitaliste se développe ? DOCUMENT 2 : Max Weber a cherché si, ou dans quelle mesure, les conditions sociales et religieuses étaient favorables ou défavorables à la formation d'un capitalisme de type occidental dans d'autres civilisations—Chine, Inde , judaïsme primitif et Islam. S'il existe bien des phénomènes capitalistes dans des civilisations extérieures à l'Occident, les traits spécifiques du capitalisme occidental, la combinaison de la recherche du profit et de la discipline rationnelle du travail, ne sont apparues qu'une seule fois dans le cours de l'histoire. Le capitalisme de type occidental ne s'est développé nulle part en dehors de la civilisation occidentale. Max Weber s'est donc demandé dans quelle mesure une attitude particulière à l'égard du travail, elle-même déterminée par les croyances religieuses, aurait été le fait différentiel, présent en Occident et absent ailleurs, capable de rendre compte du cours singulier pris par l'histoire de l'Occident . Cette interrogation est fondamentale dans la pensée de Max Weber . II ouvre ainsi son livre sur l'éthique protestante en écrivant « Tous ceux qui, élevés dans la civilisation uropéenne d'aujourd'hui, étudient les problèmes de l'histoire universelle, sont tôt ou tard amenés à se poser, et avec raison, la question suivante :à quel enchaînement de circonstances doit-on imputer l'apparition dans la civilisation occidentale et uniquement dans celle-ci, de phénomènes culturels qui — du moins nous aimons à le penser ont revêtu une signification et une valeur universelle» SOURCE : R.ARON , Les étapes de la pensée sociologique , GALLIMARD , 1967 . QUESTIONS : - Que constate WEBER ? - Quelle méthode va-t-il utiliser pour expliquer cette constatation ? - A quel résultat arrive-t-il finalement ? DOCUMENT 3 : Normalement, le laïc catholique du Moyen Age vivait pour ainsi dire « au jour le jour », du point de vue moral. Avant tout, il accomplissait consciencieusement ses devoirs traditionnels. Pour le reste, toutefois, ses « bonnes œuvres » ne constituaient pas forcément un ensemble cohérent; du moins n'étaient-elles pas nécessairement sériées de façon rationnelle en un système de vie. Elles demeuraient plutôt une succession d'actes isolés qu'il accomplissait au gré des circonstances en vue de racheter des péchés particuliers, soit sous l'influence pastorale, soit, vers la fin de sa vie, pour s'acquitter d'une sorte de prime d'assurance. [...]

Le « désenchantement » [Entzauberung du monde - l'élimination de la magie en tant que technique de salut - n'a pas été mené aussi loin par le catholicisme que par le puritanisme (et, avant celui-ci, par le judaïsme). Le catholique avait à sa disposition l'absolution de son Église pour compenser sa propre imperfection. Le prêtre était un magicien accomplissant le miracle de la transsubstantiation et il disposait du pouvoir des clés. Cn pouvait se tourner vers lui dans le repentir et la contrition en administrant les sacrements il dispensait le rachat, l'espoir de la grâce, la certitude du pardon, assurant par là la décharge de cette monstrueuse tension à laquelle son destin condamnait le calviniste, sans évasion possible ni adoucissement aucun. Pour celui-ci, point de ces consolations amicales et humaines. [...] Le Dieu du calvinisme réclamait non pas des bonnes œuvres isolées, mais une vie tout entière de bonnes œuvres érigées en système.Pas question du va-et-vient catholique, authentiquement humain, entre péché, repentir, pénitence, absolution, suivis derechef du péché. Ni de tirer d'une vie, considérée dans son ensemble, un solde qui puisse être compensé par des pénitences temporelles, expié par le moyen des grâces de l'Église. La pratique morale courante, ainsi dépouillée de son absence de plan et de système, se trouvait donc façonnée en une méthode conséquente appliquée à l'ensemble de la conduite. Ce n'est pas par hasard que le nom de « méthodistes » est resté attaché aux adeptes du dernier grand réveil de la pensée puritaine au XVIIIe siècle, de même que le terme équivalent de « précisiens » [Präzisisten] avait été appliqué à leurs devanciers spirituels du XVII°siècle. Car seule une transformation radicale du sens de la vie tout entière, à chaque instant, dans chaque action, était à même de confirmer les effets de la grâce, soustrayant l'homme au status naturae le placer dans le status gratiae. SOURCE : M.Weber , op cité QUESTIONS : - Complétez le tableau suivant : Système de valeurs Système de conduites CALVINISME CATHOLICISME DOCUMENT 4 : « Voici, en peu de mots, le résultat général auquel j'arrivai et qui, une fois obtenu, me servit de fil conducteur dans mes études. Dans la production sociale de leur existence, les hommes nouent des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté;ces rapports de production correspondent à un degré donné du développement de leurs forces productives matérielles. L'ensemble de ces rapports forme la structure économique de la société, la fondation réelle sur laquelle s'élève un édifice juridique et politique, et à quoi répondent des formes déterminées de la conscience sociale. Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. A un certain degré de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en collision avec les rapports de production existants, ou avec les rapports de propriété au sein desquels elles s'étaient mues jusqu'alors, et qui n'en sont que l'expression juridique. Hier encore formes de développement des forces productives, ces conditions se changent en de lourdes entraves. Alors commence une ère de révolution sociale. Le changement dans les fondations économiques s'accompagne d'un bouleversement plus ou moins rapide dans tout cet énorme édifice. Quand on considère ces bouleversements, il faut toujours distinguer deux ordres de choses. Il y a le bouleversement matériel des conditions de production économique. On doit le constater dans l'esprit de rigueur des sciences naturelles. Mais il y a aussi les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques, philosophiques, bref les formes idéologiques, dans lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le poussent jusqu'au bout. On ne juge pas un individu sur l'idée qu'il a de lui-même. On ne juge pas une époque de révolution d'après la conscience qu'elle a d'elle-même. Cette conscience s'expliquera plutôt par les contrariétés de la vie matérielle, par le conflit qui oppose les forces productives sociales et les rapports de production. Jamais une société n'expire, avant que soient développées toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir; jamais des rapports supérieurs de production ne se mettent en place, avant que les conditions matérielles de leur existence soient écloses dans le sein même de la vieille société. C'est pourquoi l'humanité ne se propose jamais que les tâches qu'elle peut remplir : à mieux considérer les choses, on verra toujours que la tâche surgit là où les conditions matérielles de sa réalisation sont déjà formées, ou sont en voie de se créer. Réduits à leurs grandes lignes, les modes de production asiatique, antique, féodal et bourgeois moderne apparaissent comme des époques progressives de la formation économique de la société. Les rapports de production bourgeois sont la dernière forme antagonique du procès social de la production. Il n'est pas question ici d'un antagonisme individuel; nous l'entendons bien plutôt comme le produit des conditions sociales de l'existence des individus; mais les forces productives qui se développent au sein de la société bourgeoise créent dans le même temps les conditions matérielles propres à résoudre cet antagonisme. Avec ce système social c'est donc la préhistoire de la société humaine qui se clôt. » (Contribution à la critique de {économie politique, Avant-propos, Œuvres, t. I, p. 272-275.) SOURCE : K.MARX , in R.ARON , op cité . QUESTIONS : - Pourquoi peut-on dire que MARX a une conception matérialiste de l’histoire ? - Quelle place occupe les formes religieuses dans la théorie marxiste ? - Comment MARX explique-t-il le passage à un mode de production à un autre ? DOCUMENT 5 :

Ainsi le capitalisme, parvenu de nos jours à dominer toute la vie économique, éduque et choisit, par un processus de sélection économique, les sujets — entrepreneurs et ouvriers — les mieux adaptés et qui lui sont nécessaires. Mais on touche ici du doigt les limites de cette notion de sélection en tant que moyen d'explication historique. Pour que ce mode de vie, cette façon d'envisager sa besogne, si bien adaptés aux particularités du capitalisme, puissent être «sélectionnés », puissent dominer les autres, il leur faut évidemment tout d'abord prendre naissance, mais ce ne sera pas chez des individus isolés :ils devront exprimer une conception commune à des groupes humains dans leur totalité. C'est cette origine qu'il est nécessaire d'expliquer. Nous parlerons ci-après en détail de la doctrine simpliste du matérialisme historique, suivant laquelle de telles idées sont le reflet, ou la superstructure, de situations économiques données. Pour notre propos , il suffît de faire remarquer que l'« esprit du capitalisme » (au sens où nous l'entendons ici) existait sans nul doute dans le pays qui a vu naître Benjamin Frankiin, le Massachusetts, avant que ne se développe l'ordre capitaliste. Dès 1632, des doléances s'étaient élevées contre l'excès du calcul dans la poursuite du profit, propre à la Nouvelle-Angleterre qui se distinguait ainsi des autres contrées de l'Amérique. De plus, il est certain que le capitalisme s'était moins bien implanté dans les colonies voisines (devenues depuis les États du Sud de l'Union), qui avaient été fondées par de grands capitalistes dans le dessein de faire des affaires, tandis que les colonies de la Nouvelle-Angleterre avaient été fondées, pour des raisons religieuses, par des prédicateurs et des intellectuels avec l'aide de petits bourgeois, d'artisans et de yeomen. Dans le cas présent, la relation causale est donc l'inverse de celle que proposerait le matérialisme historique. SOURCE : MAX WEBER , L’ éthique protestante et l’esprit du capitalisme , PLON , 1967 . QUESTIONS : - Rappelez comment Marx explique l’apparition du capitalisme - Quelle est l’explication avancée par Weber ? Pour quelles raisons WEBER qualifie-t-il la doctrine du matérialisme historique de simpliste ? Explicitez l’exemple qu’il donne DOCUMENT 6 Sans doute le succès qu'a rencontré le livre de Weber, comme d'ailleurs les polémiques qu'il a suscitées, vient-il, pour une large part, de ce qu'il a passé pour une réfutation du marxisme. Weber n'a-t-il pas présenté lui-même le cours de sociologie des religions qu'il donna à l'université de Vienne comme une "réfutation positive du matérialisme historique" ?(...) Weber ne refuse pas la dialectique marxiste entre l'économie et les autres activités humaines, mais il dénonce la prétention dogmatique d'une explication totale ou ultime de l'histoire, et en particulier des phénomènes culturels, par le substrat économique. Le recours à des causes ultimes, authentiques ou dernières ne lui paraît pas correspondre à une démarche scientifique. (...) Les idées religieuses en particulier "ne se laissent pas déduire tout simplement des conditions économiques (...) elles possèdent une force contraignante qui leur est propre". Ce que Weber récuse fondamentalement, c'est ['idée d'une détermination causale unilatérale . SOURCE : P Besnard , Protestantisme et capitaliste , Armand Colin ,1970 . QUESTIONS : - Indiquez ce que Weber accepte dans l’analyse marxiste et ce qu’il refuse . DOCUMENT 7 : La thèse de Max Weber est celle de l'adéquation significative entre l’ esprit du capitalisme et l'esprit du protestantisme. Ramenée à ses éléments essentiels , elle se présente ainsi : II est conforme à l’ esprit d un certain protestantisme d'adopter à l'égard de l'activilé économique une attitude elle-même conforme à l'esprit du capitalisme . . Il y a une affinité spirituelle entre une certaine vision du monde et un certain style d’activités économiques . . L’éthique protestante à laquelle s’attache Weber est essentiellement la conception calviniste qu'il résume en cinq propositions en s'inspirant notamment du texte de la Confession de Westminster de 1647. - il existe un Dieu absolu, transcendant, qui a créé le monde et qui le gouverne, mais qui est insaisissable à l'esprit fini des hommes. - Ce Dieu tout-puissant et mystérieux a prédestiné chacun de nous au salut ou à la damnation sans que, par nos œuvres, nous puissions modifier un décret divin pris à l'avance. - Dieu a créé le monde pour sa propre gloire. - L'homme, qu'il doive être sauvé ou damné, a pour devoir de travailler à la gloire de Dieu et de créer le royaume de Dieu sur cette terre - Les choses terrestres , la nature humaine, la chair, apparlicnnent à l’ ordre du péché et de la mort, et le salut ne peut être pour l’homme qu’un don totalement gratuit de la grâce divine . Tous ces éléments , précise Max Weber , existent dispersés dans d’autres conceptions religieuses , mais la combinaison de ces éléments est originale et unique . Et les conséquences en sont importantes . SOURCE : R.Aron , Les étapes de la pensée sociologique , Gallimard , 1967 QUESTIONS : - Caractérisez le phénomène de prédestination - Quelles pourraient être , face à ce concept , la réaction des individus ? - Quelle est la spécificité du protestantisme par rapport aux autres religions ? DOCUMENT 8 :

Comment pareille doctrine a-elle pu être tolérée à une époque où l'au-delà était non seulement chose plus importante, mais à bien des égards plus certaine de surcroît que tous les intérêts de la vie ici-bas? Une question devait se poser d’emblée à chacun des fidèles, repoussant ainsi à l'arrière-plan toute autre considération : suis-je un élu ? comment m'en assurer ?[...] Calvin n'admet au fond qu'une seule réponse : nous devons nous contenter de savoir que Dieu a décidé, et persévérer dans l'inébranlable confiance en Christ qui résulte de la vraie foi. [...] Dans la pratique du soin des âmes, les pasteurs ne pouvaient s'en satisfaire, car ils étaient en contact immédiat avec les tourments engendrés par cette doctrine.(...) Apparurent [alors] deux types caractéristiques, liés l'un à l'autre, de conseils pasjoraux. D'une part, se considérer comme élu constituait: un devoir ; toute espèce de doute à ce sujet devait être repoussé en tant que tentation du démon, car une insuffisante confiance en soi découlait d'une foi insuffisante. [...] D'autre part, afin d'arriver à cette confiance en soi, le travail sans relâche dans un métier est expressément recommandé comme le moyen le meilleur. Cela, et cela seul, dissipe le doute religieux. SOURCE : M.Weber , op cité QUESTIONS : - Pourquoi la doctrine calviniste va-t-elle être édulcorée ? - Quelles conséquences eurent l’application de doctrines pastorales plus accommodantes ? DOCUMENT 9 : Ce n’est ni l'oisiveté ni la jouissance , mais l'activité seule qui sert à accroître la gloire de Dieu [comme le souligne Richard Baxter, un des auteurs caractéristiques du protestantisme puritain]. Gaspiller son temps est donc le premier, en principe le plus grave, de tous les péchés. Passer son temps en société, le perdre en « vains bavardages », dans le luxe, voire en dormant plus qu'il n'est nécessaire à la santé - six à huit heures au plus -, est passible d’une condamnation morale absolue (...). Le temps est précieux, infiniment, car chaque heure perdue est soustraite au travail qui concourt à la gloire divine. Aussi la contemplation inactive, en elle-même dénuée de valeur, est-elle directement répréhensible lorsqu'elle survient aux dépens de la besogne quotidienne. Car elle plaît moins à Dieu que l'accomplissement pratique de sa volonté dans un métier. Le dimanche n'est-il pas là d'ailleurs pour la contemplation ? [...]. Deux thèmes se conjuguent ici. En premier lieu, le travail a dès longtemps fait ses preuves en tant que moyen ascétique. En particulier, le travail est le remède spécifique à employer à titre préventif contre toutes ces tentations que le puritanisme a reunies sous le terme d'unclean life. (Ainsi), les relations sexuelles ne sont permises dans le mariage qu'à titre de moyen voulu par Dieu pour accroître sa gloire, selon le commandement : « Croissez et multipliez. » Contre toutes les tentations sexuelles aussi bien que contre les doutes religieux ou l'indignité morale, on dispose du précepte : « Travaille ferme à ta besogne.» Le travail cependant est autre chose encore ; il constitue surtout le but même de la vie, tel que Dieu l'a fixé. (...] Si ce Dieu que le puritain voit à l'œuvre dans toutes les circonstances de la vie, montre à l'un de ses élus une chance de profit, il le fait à dessein. Partant, le bon chrétien doit repondre à cel appel : « Si Dieu vous désigne tel chemin dans lequel vous puissiez légalement gagner plus que dans tel autre (cela sans dommage pour votre âme ni pour celle d'autrui) et que vous refusiez le plus profitable pour choisir le chemin qui l'est moins, vous contrecarrez l'une des fins de votre vocation, vous refusez de vous faire l'intendant de Dieu et d accepter ses dons, et de les employer à son service s'il vient à l'exiger. Travailler donc à être riches pour Dieu, non pour la chair et le péché . SOURCE : M.Weber , op cité QUESTIONS : - Dans la morale des protestants puritains , quel usage du temps se trouve fortement valorisé ? Pourquoi ? - Pour qui le protestant travaille-t-il ? DOCUMENT 10 : ( … ) l'ascétisme protestant, agissant à l'intérieur du monde, s'opposa avec une grande efficacité à la jouissance spontanée des richesses et freina la consommation, notamment celle des objets de luxe. En revanche, il eut pour effet psychologique de débarrasser des inhibitions de l'éthique traditionaliste le désir d'acquérir. Il a rompu les chaînes [qui entravaient] pareille tendance a acquérir, non seulement en la légalisant, mais aussi, comme nous l'avons exposé, en la considérant comme directement voulue par Dieu. [...] Si pareil frein de la consommation s'unit à pareille poursuite débridée du gain, le résultat pratique va de soi : Le capital se forme par l'épargne forcée ascétique. Il est clair que les obstacles qui s'oppo saient à la consommation des biens acquis favorisaient leur emploi productif en tant que capital à investir. On peut dire qu’ aussi loin que s’est étendue l’ influence de la conception puritaine de l’ existence - et ceci est autrement important que le simple encouragement à l’ accumulation du capital – cette conception a favorisé la tendance à une vie bourgeoise, économiquement plus rationnelle ; elle en fut le facteur le plus important et, surtout , le seul qui fut conséquent. Bref , elle a veillé sur le berceau de l'homo oeconomicus moderne. SOURCE : M.Weber , op cité QUESTIONS : - Quels sont les deux biais par lequel l’ascétisme protestant a favorisé l’accumulation du capital ? - Quels liens établit Weber entre ascétisme puritain et comportement calculateur de l’homo oecononomicus ?

DOCUMENT 11 : A: Un ethos spécifiquement bourgeois de la besogne avait pris naissance. Ayant conscience de se tenir dans la plénitude de la grâce de Dieu, d'être manifestement une créature bénie, aussi longtemps qu'il demeurait dans les limites d'une conduite formellement correcte, que sa conduite morale était irréprochable et que l'usage qu'il faisait de ses richesses n'était en rien choquant, l’ entrepreneur bourgeois pouvait veiller à ses intérêts pécuniaires : mieux, son devoir était d'agir de la sorte. En outre, la puissance de l'ascétisme religieux mettait à sa disposition des ouvriers sobres , consciencieux, d'une application peu commune, faisant corps avec une tâche considérée comme un but voulu par Dieu. Enfin elle lui donnait l'assurance réconfonante que la répartition inégale des biens de ce monde répond à un décret spécial de la Providence qui, avec ces différences comme avec la grâce particulière, poursuit des fins pour nous secrètes. Calvin lui-même n'avait-il pas émis l'assertion citée que ce n'est qu'autant que le « peuple » — c'est-à-dire la masse des ouvriers et des artisans — demeure dans la pauvreté qu'il reste dans l'obéissance de Dieu ? SOURCE : M.Weber , op cité B: Pour résumer ce que nous avons dit jusqu'à présent, l'ascétisme protestant, agissant à l'intérieur du monde, s'opposa avec une grande efficacité à la jouissance spontanée des richesses et freina la consommation, notamment celle des objets de luxe. En revanche, il eut pour effet psychologique de débarrasser des inhibitions de l'éthique traditionaliste le désir d'acquérir. Il a rompu les chaînes [qui entravaient] pareille tendance à acquérir, non seulement en la légalisant, mais aussi, comme nous l'avons exposé, en la considérant comme directement voulue par Dieu. [...] Sur le terrain de la production des biens privés, l'ascétisme combattait à la fois la malhonnêteté et l'avidité purement instinctive. Il condamnait [...] la poursuite de la richesse pour elle-même. Car en elle-même, la richesse est tentation. En effet, en accord avec l'Ancien Testament et par analogie avec l'évaluation éthique des bonnes œuvres, l'ascétisme voyait le summum du répréhensible dans la poursuite de la richesse en tant que fin en elle-même, et en même temps, il tenait pour un signe de la bénédiction divine la richesse comme fruit du travail professionnel. Plus important encore, l'évaluation religieuse du travail sans relâche, continu, systématique, dans une profession séculière, comme moyen ascétique le plus élevé et à la fois preuve la plus sûre, la plus évidente de régénération et de foi authentique, a pu constituer le plus puissant levier qui se puisse imaginer de l'expansion de cette conception de la vie que nous avons appelée, ici, l'esprit du capitalisme. Si pareil frein de la consommation s'unit à pareille poursuite débridée du gain, le résultat pratique va de soi : le capital se forme par épargne forcée ascétique. Il est clair que les obstacles qui s'opposaient à la consommation des biens acquis favorisaient leur emploi productif en tant que capital à investir. SOURCE : M.Weber , L’éthique protestante et l’espit du capitalisme QUESTIONS : - A partir des documents Aet B , expliquez en quoi la richesse peut être la meilleure et la pire des choses - Pourquoi Weber considère-t-il que l’ascétisme ^protestant a permis de valoriser le comportement de la bourgeoisie et de la rendre ainsi acceptable pour les ouvriers , dont vous décrirez les caractéristiques - Quels liens pouvez-vous établir entre l’ascétisme protestant et l’esprit du capitalisme ?

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