L’avenir de la documentation.

Les enseignements issus d’études de cas dans des centres de ressources aux USA
Rapport de stage Mars – Juin 2007

Institute for Policy Studies, International Fellows Program
Johns Hopkins University - Baltimore, MD. USA

Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de la Région d’Ile-de-France
15, rue Falguière – 75 740 PARIS CEDEX 15 – Tél. : 01-53-85-53-85 – Télécopie : 01-53-85-76-02 Directeur Général : François Dugény DIDM – Médiathèque Directeur : Philippe MONTILLET N° ord. : 9.04.003 Rapport réalisé par Julien Cammas mediatec@iaurif.org

IAURIF- Décembre 2007

Remerciements :

Sandra Newman, Marsha Schachtel, Institute for Policy Studies, Johns Hopkins University, Baltimore MD Lynn Stuart, Jim Gillispie et David Reynolds – Sheridan Library, Johns Hopkins University, Baltimore MD Mary Logan – Baltimore Metropolitan Council, Baltimore MD Matt Cook – Illinois Institute for Technology, Chicago IL Shannon Paul – American Planning Association, Chicago IL David Deckelbaum – University of California, Los Angeles CA Denise Hibay et Robert Armitage – New York Public Library Luc Declerck - University of California, San Diego CA Joan Campbell et Rick Davis– Urban Land Institute, Washington DC Nancy Minter – Urban Institute, Washington DC Les documentalistes du club-doc FNAU L’IAURIF

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INTRODUCTION LES SCIENCES DE L’INFORMATION A L’HEURE D’INTERNET HISTOIRE ET EVOLUTIONS D’INTERNET La création du réseau et l’évolution du nombre d’utilisateurs Le Web 2.0 L’OFFRE DE SERVICES DES CATALOGUES EN LIGNE NON-INSTITUTIONNELS La « longue-traîne » et l’enrichissement du catalogue : Amazon Cataloguer soi-même : Librarything L’accès au texte numérisé et la recherche “full-text” : Google Books Search Publier, organiser et partager l’information numérique : Flickr, YouTube, Scribd LES CONSEQUENCES D’INTERNET SUR LE MONDE DES BIBLIOTHEQUES La fréquentation des bibliothèques ETUDES DE CAS AUPRES DE 8 CENTRES DE RESSOURCES AMERICAINS

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15 SPECIFICITES DES CENTRES VISITES Les centres de ressources spécialisés dans l’aménagement du territoire 15 Les bibliothèques universitaires et les bibliothèques publiques 16 LA FREQUENTATION PHYSIQUE DE CES CENTRES 16 Une stagnation dans les médiathèques d’entreprises 17 Une fréquentation plutôt en hausse dans les bibliothèques publiques et universitaires 17 PRISES DE VUES DES CENTRES DE RESSOURCES VISITES 19 Les centres de ressources d’entreprises : une capacité d’accueil limitée, mais un fonds consultable sans intermédiaire 19 Le prestige des bâtiments des bibliothèques publiques américaines 19 Les bibliothèques universitaires : des locaux bien équipés au cœur du campus 22 LES SERVICES PROPOSES SUR PLACE 23 Les centres de ressources d’entreprises 23 Une haute qualité de services dans les bibliothèques publiques 23 LES BIBLIOTHEQUES PUBLIQUES TRES PERFORMANTES SUR INTERNET 27 La présentation des services de la bibliothèque sur Internet 27 Le catalogue : produit phare du réseau des bibliothèques publiques sur Internet 28 L’organisation des ressources numériques 29 L’accès aux documents numériques 30 La vie de la bibliothèque 34 L’intervention des utilisateurs 37 LES PRATIQUES DES DOCUMENTALISTES 39 Recherche de l’information 39 Traitement de l’information 40 Diffusion de l’information 41 L’AVENIR VU PAR LES DOCUMENTALISTES AMERICAINS 43 Les difficultés principales des bibliothèques de nos jours 43 L’évolution du métier 43 Les sciences de l’information dans le futur 44 Les attentes par rapport aux nouvelles technologies et au travail documentaire 44

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LES ENSEIGNEMENTS ISSUS DES PRATIQUES AMERICAINES LA BIBLIOTHEQUE COMME ACTEUR DU PROJET ET DE L’INNOVATION L’exemple de la Geisel Library Des partenariats pour le développement technologique LE RESEAU DES BIBLIOTHEQUES L’UTILISATION D’INTERNET PLUS DEVELOPPEE QU’EN FRANCE Des raisons historiques Internet et les bibliothèques DOCUMENTALISTE : UN ROLE QUI EVOLUE Les évolutions probables du métier L’allègement de certaines tâches Un nouveau type de relation avec l’utilisateur Le métier devient plus technique et administratif SYNTHESE DES ENSEIGNEMENTS CONCLUSIONS ET QUESTIONNEMENTS POUR L’AVENIR EN FRANCE PRECONISATIONS POUR L’IAURIF CREER UNE BASE NUMERIQUE DES ETUDES DE L’INSTITUT CREER UN ANNUAIRE PARTAGE DE RESSOURCES INTERNET UTILISER

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CLASSEES THEMATIQUEMENT

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LA TECHNOLOGIE RSS POUR LA VEILLE THEMATIQUE EN EN RENFORÇANT LA PERTINENCE POUR LES CHARGES D’ETUDES 59 CREER ET ALIMENTER UN BLOG POUR L’INTERNE ET L’EXTERNE 59

BIBLIOGRAPHIE

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Introduction
Ce projet s’inscrit dans le cadre d’un partenariat entre la Johns Hopkins University de Baltimore et l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de la Région Ile-de-France. Il s’est concrétisé par une étude de 3 mois, de Mars à Mai 2007, sur les pratiques des documentalistes dans des centres de ressources aux Etats-Unis. L’objectif principal de ce rapport est de rendre compte des changements récents qui ont eu lieu dans le monde des bibliothèques avec le développement du réseau Internet. D'après nos recherches, les USA ont bien appréhendé l'avancée des technologies. Les centres de ressources les plus à la pointe sont souvent des bibliothèques universitaires, les bibliothèques de "loisirs" (de comtés, de communes) ainsi que les centres de documentation d'entreprises spécialisées. Nous avons choisi de rencontré 8 spécialistes américains de l’information en milieu public, privé et universitaire, afin d’avoir une vision d’ensemble du travail documentaire aux USA. Bien sûr, l’échantillon de l’enquête n’étant pas suffisant, les informations recueillies sont d’ordre qualitative, ce qui correspond aux objectifs de ce travail. Problématique Le premier objectif de cette étude est de dresser le bilan actuel de l’offre d’Internet en terme de gestion de contenu documentaire. Pour cela, je me suis inspiré d’études de cas en France et de littérature qui présente des analyses américaines. En effet, d’après une étude de l’INSEE1, un français sur quatre utilise quotidiennement Internet. C’est la première source d’information des français pour les besoins pratiques ( bricolage, aide aux devoirs …) et un foyer sur quatre est équipé d’une connexion. Le gouvernement français encourage le développement d’Internet en équipant les espaces publics de l’Internet sans fil (WIFI), ou encore en diffusant des informations civiques et des rapports publics téléchargeables librement sur Internet. Récemment, le gouvernement a décidé de stopper l’édition papier du Journal Officiel pour ne proposer uniquement que sa version numérique, accompagnée des services qu’offrent traditionnellement ce type de site Internet : classement thématique des documents, recherche dans le texte intégral, accès rapide aux derniers documents publiés … Cet exemple illustre les évolutions récentes que le développement d’Internet induit sur le monde de la documentation : l’utilisateur peut maintenant disposer instantanément des textes intégraux chez lui et sans avoir recours à un intermédiaire. Le second objectif est de mesurer quel est l’impact de ce développement technologique sur le monde des bibliothèques : sur la fréquentation des bibliothèques ? sur le travail des documentalistes et bibliothécaires ? Nous allons en tirer des enseignements issus de nos investigations auprès des documentalistes américains. Nous verrons que l’analyse de leurs pratiques quotidiennes et de leur approche des sciences des bibliothèques peut nous apporter des clés pour penser l’avenir de la documentation. Cette dernière partie sera également notre conclusion. Enfin, ce travail est également l’occasion d’apporter à l'IAURIF des idées novatrices pour accompagner le projet de la médiathèque et peut-être, participer au développement du réseau Urbamet vers les USA.

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Internet au quotidien : un Français sur quatre.- Insee Première, n°1076, Mai 2006. www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/IP1076.pdf
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Méthodologie En premier lieu, je me suis fixé comme objectif d’étudier les pratique des documentalistes américains, afin d’en extraire de nouvelles idées. Mais je me suis vite aperçu que le développement des technologies Web pour tous transformait considérablement la manière dont le public utilise les bibliothèques. Cette étude s’appuie sur plusieurs outils : - des entretiens effectués de Mars à Mai 2007 auprès de 8 documentalistes américains travaillant dans des bibliothèques universitaires, publiques ou privées. Les questions posées sont « fermées », mais les entretiens ont toujours débuté par une discussion sur le métier en général et sur la présentation du contexte de leur poste. - des visites dans des grandes bibliothèques publiques américaines, pour analyser les infrastructures - une enquête réalisée en janvier 2007 auprès de 19 documentalistes du réseau de la FNAU. Cette enquête nous donne un aperçu concret de l’utilisation d’Internet par les documentalistes en France - des lectures, permettant de cerner le contexte général de l’étude et de proposer des données pour la mesure de l’impact d’Internet sur le monde des bibliothèques - des recherches sur le Web et de l’autoformation sur les nouveaux outils du Web 2.0

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Les sciences de l’Information à l’heure d’Internet
Il s’agit dans cette première partie de montrer, en s’appuyant notamment sur des pratiques déjà utilisées aux Etats-Unis, quel rôle Internet peut avoir en matière de documentation.

Histoire et évolutions d’Internet
La création du réseau et l’évolution du nombre d’utilisateurs Internet a été initié par le ministère de la Défense américain en 1962, puis s’est développé sur le continent nord-américain et également en Europe, grâce à quelques expériences étrangères. En 1991 est proclamé le World Wide Web, c’est-à-dire l’application d’Internet permettant de lier le contenu de pages Web par des « hyperliens ». Les années 2000 sont synonymes d’explosion du réseau Internet. Le réseau connaît un développement exponentiel depuis peu. En 2003, on comptait plus de 600 millions d’utilisateurs dans le monde, soit 3 fois plus qu’en 1999.

Source : Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Internet#Liens_externes Le Web 2.0 Internet a récemment connu une évolution majeure : le Web 2.0. « Web 2.0 est un terme souvent utilisé pour désigner ce qui est perçu comme une transition importante du World Wide Web, passant d'une collection de sites Web à une plate-forme informatique à part entière, fournissant des applications Web aux utilisateurs. Les défenseurs de ce point de vue soutiennent que les services du Web 2.0 remplaceront progressivement les applications de bureau traditionnelles. »2 En effet, le Web 2.0 est fondé sur le partage des connaissances des utilisateurs grâce à des évolutions technologiques qui permettent, à l’aide d'outils simples, de publier du contenu sur le
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Source : Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Web_2.0
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Web. C’est l’avènement de « l’utilisateur acteur ». Chacun est maintenant libre de publier du contenu sur Internet. D’après mes recherches, l’explosion du Web 2.0 peut s’expliquer par l’action cumulée de quatre facteurs : - l’évolution technologique « mécanique » : augmentation de la capacités de stockage des serveurs et de la rapidité de transfert de données des réseaux ; - l’évolution technologique « informatique » : la simplification des outils ; - l’accroissement de la communauté des logiciels libres, ayant pour objectif de développer des logiciels alternatifs gratuits ; - la volonté de simplification du partage d’informations par les Internautes. Wikipédia, l’encyclopédie libre en ligne, est une parfaite illustration de l’engouement des utilisateurs pour le Web 2.0. Dans les domaines qui nous intéressent ici, d’autres sites emblématiques sont basés sur ce modèle : Del.icio.us : http://del.icio.us/, qui offre la possibilité de publier ses signets Internet en ligne ; Flickr : http://www.flickr.com , qui permet de gérer et de partager des collections de photographies numériques ; Myspace : http://www.myspace.com/ . Ce site offre un espace d’expression aux utilisateurs, sur le même principe qu’un blog. C’est un des sites phares du Web « social », car il permet de former un réseau d’amis qui peuvent ensuite discuter et interagir les uns avec les autres. Youtube3, Dailymotion4 et Google Video5 : Ces sites permettent de publier et de diffuser des vidéos sur le Web. Tous ces sites ont un impact sur la documentation et la pratique documentaire. Ils offrent la possibilité aux utilisateurs d’Internet, à travers des logiciels en ligne faciles d’utilisation, de publier du contenu sur le Web des documents textuels, sonores et visuels. L’engouement des utilisateurs pour ces nouveaux modes d’expression est indéniable. En 2006, on enregistre pas moins d’un nouvel abonné toutes les secondes à Flickr. La partie suivante présente des services innovants de gestion de contenu numérique documentaire développés par des entreprises privées ou des associations. Il est important que les documentalistes suivent de près l’évolution de ces sites car ils sont souvent les précurseurs de nouveaux modes de gestion de l’information.

L’offre de services des catalogues en ligne non-institutionnels
De nombreuses sociétés, à but lucratif ou non, se mettent à développer des solutions techniques sur le Web de recherche, de gestion et de diffusion de documents, à l’instar des bibliothèques et des centres de ressources. Ces sites proposent aux utilisateurs des services inventifs de gestion et de partage de contenu et contribuent largement à alimenter le débat autour de l’avenir des sciences de l’information. La « longue-traîne » et l’enrichissement du catalogue : Amazon http://www.amazon.com Amazon.com est une entreprise de commerce électronique basée à Seattle. Le site s’est imposé comme le leader de la vente en ligne de livres, avec un chiffre d’affaire annuel de 7 milliards de dollars en 2004.

www.youtube.com www.dailymotion.com 5 www.google.com
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Amazon.com propose un catalogue en ligne d’entrées bibliographiques de plusieurs millions d’ouvrages en plusieurs langues. Outre les information bibliographiques liées directement à l’ouvrage (Titre, auteur, année, pages …) et à sa commercialisation (prix, disponibilité …), le catalogue propose des informations annexes qui enrichissent les données initiales et qui ont vraisemblablement contribué au succès d’Amazon : - La première de couverture : donne une information sur l’aspect du livre ; - La table des matières, le sommaire, le résumé de l’éditeur : fournissent des informations sur le contenu du document ; Si ces services ont été créé à l’origine par Amazon pour encourager l’achat, ils ont trouvé rapidement une autre finalité. Amazon a découvert qu’en favorisant la participation de l’utilisateur, il pouvait faire évoluer le contenu du catalogue, orienter l’utilisateur dans ses recherches et fidéliser la clientèle. Ce phénomène est appelé la « longue-traîne » (« long-tail »). C’est une opération marketing mais qui peut intéresser les spécialistes de la documentation. Voici concrètement en quoi cela consiste : - Les internautes peuvent poster des commentaires sur le livre ; - Le site exploite des données statistiques du catalogue pour orienter l’internaute dans ses recherches : « les internautes ayant acheté ce livre ont aussi acheté », « les internautes ayant consulté cette notice ont aussi consulté » ; - Recherche de documents similaires par mots-clés proches de cette thématique, ce qui peut se produire en matière documentaire. Enfin, il est important de comprendre qu’Amazon est un « open catalogue », c’est à dire que tous les catalogues en ligne utilisant le même mode de langage informatique ont la possibilité d’intégrer automatiquement les informations d’Amazon pour enrichir leur propre catalogue. Cataloguer soi-même : Librarything http://www.librarything.fr/ Library Thing est un site dédié aux amateurs du livre et donne la possibilité à l’internaute d’organiser les livres de sa bibliothèque personnelle, d’échanger ses impressions avec d’autres amateurs et de découvrir d’autres livres, comme dans un club de lecture. Plus de 13 millions d’ouvrages sont actuellement référencés sur ce site. En quelques mois d’existence, Library Thing est devenu la base de référence en littérature sur Internet. - Référencer et organiser ses livres dans Library Thing Cette opération est très simple. Library Thing utilise les services bibliographiques d’Amazon pour le catalogage de base et permet à l’utilisateur d’ajouter ses propres mots-clés, ses commentaires et ses critiques pour indexer ses livres. - Partager sa bibliothèque et trouver d’autres livres Les utilisateurs fonctionnent ainsi comme des minis catalogues de bibliothèques en ligne qui interagissent. Le site fonctionne uniquement sur le principe de la longue-traîne : il est ainsi possible de voir si d’autres utilisateurs ont une bibliothèque similaire à la notre, de débattre avec eux sur des livres, de proposer d’autres livres … L’avantage pour la recherche est donc évident. L’utilisateur ici est à la fois administrateur de base de données et producteur de contenu. Ce site montre que les évolutions technologiques permettent à l’utilisateur de créer de l’information, mais surtout de l’organiser et de la diffuser et de la partager. Une évolution technologique récente permet aux documentalistes d’intégrer des données de Libray Thing dans leur catalogue en ligne (documents similaires, autres éditions, scan de la première de couverture, tags d’utilisateurs …) sur le même principe qu’Amazon. Cela donne une valeur ajoutée très intéressante au catalogue6.
Voir un exemple sur le catalogue de la bibliothèque de Danbury : http://cat.danburylibrary.org/search/tname+rose/tname+rose/3%2C0%2C0%2CB/frameset&FF=tname+of+the+rose&2%2C%2C3
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L’accès au texte numérisé et la recherche “full-text” : Google Books Search http://books.google.fr/ Google Books Search est un ambitieux projet de numérisation du savoir, peut-être l'un des plus ambitieux jamais entrepris. Le moteur de recherche s'est en effet mis en tête de numériser l'ensemble des livres contenus dans les grandes bibliothèques américaines afin de mettre ces connaissances à la portée de tous et - accessoirement - de générer quelques revenus en proposant des liens vers des sites de vente en ligne. Ce projet est très controversé : les éditeurs craignent que Google détienne à terme le monopôle du savoir et dénoncent le manque de respect des droits d’auteurs ; les francophones défendent l’idée qu’un projet de cette envergure ne devrait pas être réservé uniquement à la littérature anglophone ; les documentalistes craignent pour leur emploi ! C’est pourquoi, les européens commencent à réagir en proposant des projets similaires, notamment celui entrepris par la Bibliothèque Nationale de France. Ceci dit, Google a eu le mérite avec ce programme de faire avancer de façon spectaculaire les projets de numérisation du savoir partout dans le monde. Il introduit par la même occasion une nouvelle façon de penser l’accès au document primaire, ce qui n’est pas sans avoir des conséquences sur le monde des bibliothèques. Publier, organiser et partager l’information numérique : Flickr, YouTube, Scribd www.flickr.com, www.youtube.com , www.scribd.com Ces sites proposent un espace libre de publication de contenu. Ils sont chacun spécialisés dans un format : Flickr pour les photographies, YouTube pour les vidéos et Scribd pour les documents textuels. Ils permettent à l’utilisateur d’organiser ses documents et d’interagir avec les documents des autres. Ils proposent au visiteur de poster des commentaires et de faire référence au contenu du site dans d’autres sites Internet. Il s’agit là d’une nouvelle manière de capitaliser le savoir en proposant aux auteurs d’enregistrer leurs documents dans une banque de données commune, sans avoir besoin de l’intervention de professionnels de l’information. Scribd est un service récent particulièrement intéressant car il permet à n’importe qui de poster un document textuel sous n’importe quel format. Il le transforme ensuite en pdf, word, txt et même en MP3. Cet outil est très simple, et propose de nombreuses fonctions associées : commentaires d’utilisateurs, indexation par mots-clés, statistiques de consultation, recherche en texte intégral, statut du document public ou privé, publication du document sur d’autres sites … Ces atouts laissent à penser que ce site deviendra l’une des plus grande bibliothèque de contenu numérique du web. Plusieurs conclusions sont à extraire de l’analyse de ces nouveaux services gratuits du Web 2.0 : la possibilité donnée à l’utilisateur de publier librement du contenu sur Internet aboutit à un développement exponentiel d’informations en temps réel l’engouement des internautes pour ce type de services montre qu’ils correspondent aux attentes des utilisateurs ces outils permettent à l’utilisateur d’avoir un rapport direct avec le document et limite les intermédiaires pour la recherche, l’organisation, la diffusion et le partage du document primaire les bibliothèques ont perdu le monopole du savoir

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Les conséquences d’Internet sur le monde des bibliothèques
La fréquentation des bibliothèques D’après une enquête réalisée en interne au sein du réseau des documentalistes de la Fédération Nationale des Agences d’Urbanisme7, la fréquentation des centres de documentation a baissé ou a stagné en 2006 dans 5 centres de documentation sur les 7 interrogés. Ce phénomène s’explique entre autre par la concurrence d’Internet et la modification du comportement des lecteurs : recherches en ligne de plus en plus fréquentes, demandes par e-mail et par téléphone … Certaines statistiques de fréquentation au niveau national confirment cette tendance pour les bibliothèques publiques. Cependant, le CREDOC a publié une étude en 2007 qui indique que la fréquentation des bibliothèques publiques a plus que doublé entre 1989 et 2007, passant de 10,5 millions à 21,4 millions8. Mais les diverses sources s’accordent à dire que le développement des pratiques d’Internet a des incidences sur l’utilisation des bibliothèques. Ce phénomène a été anticipé aux Etats-Unis. En effet, d’après l’American Librarian Association, Internet favorise considérablement la fréquentation des bibliothèques publiques aux Etats-Unis. Le nombre de visites a augmenté de 61% entre 1994 et 2004. En France, le CREDOC observe que la hausse de la fréquentation est considérable à partir de 1997. Cela correspond au développement des accès Internet en France (en 1997, 46% des foyers étaient équipés d’une connexion) et coïncide avec le changement de politique des bibliothèques publiques de diversification des supports culturels. La possibilité d’emprunter des CD, des DVD et des magasines semble motiver les usagers. L’emprunt de supports autres que le livre a doublé en 10 ans , et 10% des usagers n’ont jamais emprunté de livres dans les bibliothèques publiques. Cependant, l’érosion des gros lecteurs dans les années 1980 s’est estompé. Les gros consommateurs d’Internet sont souvent des amateurs de bibliothèques, puisque 45% d’entre eux déclarent les fréquenter. La possibilité d’accéder à Internet librement dans les bibliothèques attire les usagers. Cependant, le nombre de postes informatiques doit être supérieur à 1 pour 8000 habitants, et les services de messageries ne doivent pas être bridés. Enfin, la visibilité des bibliothèques sur Internet favorise les visites. Internet est la première source d’information des français pour la recherche d’informations pratiques9. Les bibliothèques utilisant ce vecteur d’information ont donc plus de chance d’être identifiées et donc visitées. Internet correspondant aux attentes des utilisateurs, le succès des bibliothèques dépend également de la qualité de services disponibles sur le Web. Cependant, sous certains aspects, la concurrence d’Internet est indéniable. Selon une étude américaine réalisée en 200210, la proportion de la population qui utilise Internet est deux fois supérieure au nombre d’usagers des bibliothèques. De plus, la communauté d’internautes correspond à une part instruite et plutôt jeune de la population, habituée des bibliothèques. L’offre d’Internet en documents multimédias, notamment par le biais des téléchargements, pourrait détourner cette catégorie de la population des bibliothèques. Certaines bibliothèques voient déjà s’éroder le public des sections disques.

Voir le message posté le 2 Mars 2007 sur la boîte Yahoo Club doc : http://fr.groups.yahoo.com/group/Club_doc/message/414 La fréquentation des bibliothèques publiques a doublé depuis 1989.- Consommation et Modes de vie, n°193, Mai 2006 : www.credoc.fr/pdf/4p/193.pdf 9 Internet au quotidien : un Français sur quatre.- INSEE Première, n°1076, Mai 2006 : www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/IP1076.pdf 10 George D'Elia, Corinne Jörgensen, Joseph Woelfel.- The impact of the internet on public library use: an analysis of the current consumer market for library and internet services.- Journal of the American Society for Information Science and Technology, Vol.53, Issue 10, 2002
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L’étude du CREDOC convient qu’Internet est la première source des français pour les informations pratiques et pour l’aide aux devoirs. Selon d’autres sources11, Internet est privilégié pour la recherche d’information sur les consommateurs, pour des projets personnels, pour les affaires ou pour des données gouvernementales. Enfin, le CREDOC constate une évolution des pratiques des usagers : les inscriptions stagnent mais les médiathèques municipales attirent plus de visiteurs occasionnels et les visites sont plus longues. La médiathèque est devenue un lieu où passer du temps pour voir des expositions (28% des usagers), assister à des lectures, des débats, des spectacles (20%), consulter des livres (50%) ou la presse (36%) et est un lieu de travail privilégié des étudiants. Les bibliothèques assistent donc à une mutation des besoins des utilisateurs vers de nouveaux médias que les responsables doivent prendre en compte. Ce phénomène est fortement impulsé par le développement des technologies disponibles sur Internet. La politique des bibliothèques doit donc surveiller et prendre en compte les évolutions d’Internet et la médiathèque de demain est de ce fait intimement lié au développement du Web. Pour conclure, on constate que le livre n’est plus un support suffisamment attractif pour les bibliothèques. L’évolution de la fréquentation des bibliothèques est donc conditionnée par : La visibilité et la qualité de services de la médiathèque sur Internet L’accès libre à Internet ; De nouveau services : expositions, débats … ; L’accès à l’emprunt de nouveaux médias (DVD, CD, livres audio …) ;

Poissenot, Claude, ENSSIB.- Penser http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00110440
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la fréquentation des bibliothèques à l'heure d'Internet.- Mai 2006 :

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Internet dans les pratiques documentaires : l’exemple de la FNAU12 Pour connaître l’impact du développement d’Internet sur le travail des documentalistes dans la pratique, je me suis appuyé sur mes expériences personnelles en tant que documentaliste dans une agence d’urbanisme, et sur le réseau des membres de la FNAU. 19 documentalistes ont donc répondu à un questionnaire en ligne concernant leurs pratiques documentaires avec Internet. L’échantillon est uniquement composé de femmes. 31,6% d’entre-elles travaillent depuis 5 à 15 ans dans l’entreprise. Lors d’une recherche, une large majorité des documentalistes interrogent en premier lieu la base documentaire interne (84%) et, dans un second temps, Internet. Le réseau de connaissances arrive en troisième position, puis la recherche dans une base externe ou dans des bibliographies d’ouvrages, en dernier lieu. Aucune agence n’utilise de logiciel libre de gestion documentaire. 3 centres de ressources n’ont pas de logiciel de bibliothèque, et les 16 autres ont des logiciel distribués dans le commerce ( Alexandrie = 11, Superdoc = 3, Ex-Libris /Cadic = 2). La communication avec les utilisateurs se fait très nettement par e-mail (100%), puis en main propre (57,9%). 84,2% des documentalistes interrogés réalisent une revue de presse et 78,9%, des bibliographies. Internet est utilisé en premier lieu parce qu’il permet d’accéder aux documents primaires, (94,7% des documentalistes vont sur Internet pour télécharger des documents) et parce qu’il fournit de l’information actualisée (84,2% vont sur Internet pour se tenir informé de l’actualité sur l’urbanisme). Le fait de pouvoir rechercher un contact et des informations bibliographiques est également bien représenté (78,9%). Cela prouve que ces documentalistes manipulent bien l’outil et connaissent les sources fiables pour télécharger, contacter une personne ou trouver des informations bibliographiques. La veille documentaire est surtout faîte à partir de la presse papier (89,5%). La veille sur Internet est surtout basée sur des technologies utilisant la boîte e-mail : abonnements à des Newsletters (84,2%) et Alertes mail (78,9%). Cependant, 63,2% des personnes interrogées utilisent des outils gratuits de veille sur Internet et 36,8% sont abonnées à des RSS. Enfin, seule une personne est associée à des projets de knowledge management. 13 documentalistes ont exprimé leurs attentes par rapport aux évolutions de leur métier et des nouvelles technologies. D’une manière générales, les documentalistes sont tout à fait près à travailler davantage avec les nouvelles technologies. Ils souhaitent pouvoir disposer « d’outils » qui permettraient « d’optimiser » leur travail quotidien. Ils souhaitent que les NTIC soient un « gain de temps » à deux niveaux : - pour chercher l’information : « trouver de l’information rapidement », « gagner du temps et être plus exhaustif », « accéder immédiatement à l’information pertinente » … - pour traiter l’information : « optimisation du temps d’indexation », un « traitement des information rapide et efficace »

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Fédération Nationale des Agences d’Urbanisme
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Ils ont conscience que l’avenir de leur métier sera très orienté vers les nouvelles technologies. Pour cela, ils attendent des formations sur des domaines très précis : « pour la mise en ligne, la recherche », « pour optimiser sa veille et organisation de gestion de documents numériques », sur les nouveaux outils du Web … Ils souhaitent également une collaboration accrue avec les services informatiques. Ils attendent également une réflexion de leurs responsables sur le rôle du documentaliste dans l’entreprise. Il doit pouvoir étendre « ses compétences en-dehors de la gestion du fonds documentaire », s’impliquer « dans les processus informationnels internes (ex. KM, RM, veille, gestion de contenu) ». Enfin, ils souhaitent également travailler davantage en réseau, « mutualiser le travail ». Cette enquête nous permet de considérer les conclusions suivantes : Internet est utilisé pour la recherche d’information essentiellement. La fonction de traitement de l’information n’est pas exploitée. La communication est assurée par e-mail Les nouvelles technologies sont un moyen pour les documentalistes d’optimiser leur travail Mais les NTIC doivent s’améliorer pour optimiser le temps de recherche et de traitement de l’information Conscience de l’évolution du métier : volonté de repositionnement du documentaliste dans l’entreprise, demande de formation aux NTIC

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Etudes de cas auprès de 8 centres de ressources américains
Cette partie permet d’avoir un aperçu concret des pratiques et des réflexions sur la situation des sciences de l’information aux Etats-Unis à travers 8 exemples de centres de ressources. Cela permettra de les confronter aux pratiques françaises et d’en tirer des enseignements par rapport au contexte d’évolution technologique que nous avons développé dans la première partie. Les entretiens ont été réalisés entre Mars et Mai 2007 auprès de 8 responsables de structures et de services. Ces investigations ont été complétées par la visite de bibliothèques publiques de grandes villes (Los Angeles, Chicago, Library of Congress à Washington, Enoch Pratt Library à Baltimore) et par des entretiens complémentaires auprès de chargés de projets (Baltimore Metropolitan Council, Sheridan Library à la Johns Hopkins University de Baltimore).

Spécificités des centres visités
Travaillant dans la médiathèque d’ une entreprise spécialisée dans l’aménagement du territoire, j’ai souhaité rencontrer des responsables de structures similaires à la mienne, afin de pouvoir faire des comparaisons. Cependant, j’ai également contacté des centres de recherche publics ou d’Universités car j’ai constaté que les principales innovations en gestion de l’information se trouvaient dans ce type de structure. Les centres de ressources spécialisés dans l’aménagement du territoire Merriam Library, American Planning Association – Chicago L’American Planning Association est le plus gros réseau de professionnels de l’aménagement du territoire aux Etats-Unis. L’APA compte aujourd’hui 38000 membres. Son but principal est de promouvoir l’aménagement urbain et d’éduquer et d’informer le public sur les actions d’aménagement entreprises sur le territoire américain. La Merriam Library fait parti du pôle de recherche de l’APA. Sa mission principale consiste à répondre aux besoins documentaires de l’équipe de chercheurs de l’APA et aux demandes documentaires des membres de l’association. Le centre de ressources de l’Urban Land Institute – Washington L'Urban Land Institute est une fondation créée en 1936 qui est chargée de promouvoir la recherche sur les problématiques du logement et de l'immobilier d'entreprise. La bibliothèque principale de l’association travaille essentiellement pour l’interne. Les recherches pour l’externe et sont facturées. Ce centre a la spécificité de ne pas avoir de banque de données. Les recherches se font physiquement dans le fonds, sur des banques de données externes, sur Internet, dans le réseau de professionnels et à partir d’un produit documentaire annuel : la revue des articles intéressants de l’année. Le centre de ressources de l’Urban Institute - Washington L’Urban Institute est un organisme de recherche en politique sociale et économique. Le centre de ressources a pour mission de répondre aux besoins des chargés d’études en interne. Il n’est pas ouvert au public extérieur. En 2005, la direction a voté la division par deux du budget annuel du centre de ressources. Le service a été contraint de se réorganiser. L’effectif est alors passé de 7 documentalistes à 4, le fonds documentaire a été optimisé et la politique documentaire a totalement été remaniée. Le centre est maintenant très performant au niveau technologique. Il a été élu l’un des centres de ressources les plus performants de Washington DC, d’après une enquête menée par l’American Librarian Association.

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Les bibliothèques universitaires et les bibliothèques publiques Geisel Library, Technology Service – University of California – San Diego La Geisel Library est la bibliothèque principale de l’université. Elle se situe dans un bâtiment très moderne de 5 étages. Elle regroupe 6 bibliothèques spécialisées par thématiques. Les bibliothèques de l’UCSD ont un programme ambitieux d’amélioration de leurs services, qui passe essentiellement par le développement de services de type Web, accessibles au publics extérieur et aux étudiants. Le département « Technology Services » de la bibliothèque est chargée de gérer le système d’information de toute l’Université. Ce service s’occupe de la gestion du site Internet de l’Université. Cette position donne aux documentalistes une légitimité pour mener à bien des projets d’amélioration des services sur le réseau Internet. Ce innovations se font en partenariat avec de nombreuses autres universités américaines. Graham Resource Center – Illinois Institute for Technology L’ Illinois Institute for Technology appartient à l’Université de Chicago. Il regroupe plusieurs écoles, dont le College of Architecture. Le Graham Resource Center a pour mission d’acquérir, de préserver et de diffuser des documents sur l’architecture pour les étudiants, les professeurs, les employés de l’Université et aussi pour les visiteurs intéressés par l’architecture. Le centre était en très mauvaise situation il y a quatre ans. Matt Cook a été embauché pour déménager le site et constituer un fonds sur l’architecture. New York Public Library Les principales collections de la New York Public Library se trouvent dans un superbe bâtiment construit au XIXème siècle par un architecte français, sur la 7ème avenue, au cœur de Manhattan. C’est la seconde bibliothèque des Etats-Unis, avec un fonds de plus de 40 millions de documents. Une majorité du fonds est conservée dans les 88 miles d’étagères qui se trouvent dans les 7 étages en sous-sol de la bibliothèque. Une autre partie du fonds est située dans des locaux partagés avec d’autres bibliothèques dans le New Jersey. Un nouveau service de prêt numérique a été développé récemment. Il permet d’obtenir une copie électronique d’un article qui disparaît de l’ordinateur de l’utilisateur au bout de deux semaines. Sheridan Library – Johns Hopkins University – Baltimore La Sheridan Library regroupe le fonds de plusieurs bibliothèques. C’est maintenant la bibliothèque principale de la Johns Hopkins University de Baltimore, qui en compte toujours trois. C’est également le premier bâtiment que l’on voit lorsque l’on entre dans le campus. Elle est composée de quatre niveaux, sur une surface de plusieurs centaines de m2. Young Research Library, Maps and GIS Department – University of California – Los Angeles Ce service se situe dans les locaux de la Charles Young Research Library de l’UCLA. Cette bibliothèque regroupe plusieurs fonds dédiés à la recherche en urbanisme, en architecture et en politiques publiques. Le fonds Maps et GIS est spécialisé dans les cartes et les SIG. La plupart des données proviennent du gouvernement fédéral et propose des cartes principalement sur Los Angeles. .

La fréquentation physique de ces centres
Il faut distinguer la fréquentation physique des centres de ressources d’entreprises, qui sont généralement plutôt orientés vers un public interne, et les grands pôles de ressources universitaires, qui captent plusieurs dizaines de milliers de visiteurs par an. Nous inclurons les bibliothèques publiques dans cette dernière catégorie.
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Une stagnation dans les médiathèques d’entreprises Avec le public interne D’une manière générale, les documentalistes rencontrés n’observent pas de baisse significative de la fréquentation mais ils précisent que les utilisateurs communiquent davantage par e-mail ou par téléphone. L’Urban Land Institute a mis au point un service très performant sur Intranet de communication par blog, news-letters et page web dynamique. Les documentalistes encouragent les chercheurs à utiliser l’Intranet. Ce service semble leur correspondre puisqu’il s’inscrit dans cette tendance de dématérialisation des échanges. De plus, les documentalistes s’accordent pour dire que la nature des questions a changé : les utilisateurs sont plus autonomes et se réfèrent au documentaliste pour des questions plus techniques et pour gagner du temps. Enfin, chaque structure est différente : l’American Planning Association par exemple, est une petite structure ou tout le monde se connaît. La communication physique est donc plus facile. Avec le public externe A part l’Urban Institute, les centres visités offrent la possibilité au public extérieur de venir consulter des documents sur place. La communication de ces centres d’entreprises avec le public externe se fait par la page Internet du centre de ressources. Les centres que nous avons visités n’ont en général pas une politique très forte d’ouverture vers un public externe. Le centre de ressources de l’Urban Land Institute facture d’ailleurs les recherches pour l’externe. Une fréquentation plutôt en hausse dans les bibliothèques publiques et universitaires Les bibliothèques universitaires : Les bibliothèques universitaires jouissent d’une situation privilégiée. En effet, le public d’étudiants et de chercheurs est très demandeur d’information. Ce public est de plus en plus diplômé et doit se rendre dans les bibliothèques pour des travaux de recherche. Les bibliothèques sont souvent au cœur du campus, dans de larges bâtiments bien équipés et faciles d’accès. Le bâtiment est donc très facilement identifiable par les étudiants. Le budget des bibliothèques visitées est en expansion, ce qui leur permet de proposer de nouveaux services, de rénover les bâtiments et d’acquérir de nouveaux supports d’information qui répondent aux besoins des étudiants. Par exemple, les statistiques de fréquentation de la Graham Resource Library sont en augmentation depuis 4 ans. En effet, l’université de Chicago a investi pour déménager le fonds existant vers les locaux de la principale bibliothèque du campus, pour acquérir de nouveaux documents et pour développer une politique de communication sur Internet. La relation avec les usagers est également très importante, et favorise la fréquentation. En effet, beaucoup de spécialistes que j’ai rencontré jouissent d’une relation privilégiée avec les étudiants. Matt Cook, de l’Université de Chicago, connaît la plupart des sujets de recherche des hauts-diplômés. Il enseigne également auprès de 130 étudiants des techniques en recherche d’information. Le travail d’amélioration des services de la bibliothèque s’est fait en relation étroite avec les étudiants. Luc Declerck est responsable du département Technology Service à la Geisel Library de l’University of California à San Diego. La fréquentation physique de cette bibliothèque est en hausse depuis 2004. Il explique cela par plusieurs phénomènes : - la situation privilégiée de la bibliothèque - le public étudiant a l’obligation de faire des recherches
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- Raison sociale : la bibliothèque est un lieu de rencontre, de socialisation La bibliothèque a donc réfléchi à trois axes pour améliorer l’accueil des étudiants et les services sur Internet : - améliorer l’accès physique à la bibliothèque pour attirer toujours plus de visiteurs - rendre les locaux plus « sociaux ». En effet, les dirigeants ont observé que l’aménagement intérieur des bibliothèques compte beaucoup pour les utilisateurs. Ainsi, sur les 9 sites des bibliothèques de l’UCSD, quelques-uns ne fonctionnent pas car l’espace est mal pensé. Une société spécialisée dans le design d’espace est donc chargée de réaménager les 9 sites. Les bibliothèques doivent tirer des leçons du succès des « Espaces WIFI » dans certaines chaînes de cafétérias (Starbuck Coffe, Cosi …) : la nourriture est maintenant acceptée dans l’enceinte de la bibliothèque, Internet sans fil est accessible de partout et pourquoi pas, à l’avenir, une cafétéria. - numériser le plus possible et mettre un maximum d’information sur Internet pour répondre aux attentes des utilisateurs. En effet, Internet est la première source d’information du public étudiant. Il faut donc positionner la bibliothèque là où l’utilisateur se trouve. Ainsi, un des axes de la politique est de diffuser le fonds documentaire des bibliothèques de l’UCSD à travers Google notamment, grâce à des innovations technologiques Les bibliothèques publiques Les bibliothèques municipales américaines ont enregistré une hausse de la fréquentation ces dernières années, notamment parce que les bibliothèques offrent la possibilité aux citoyens de disposer librement d’Internet. Mais d’autres facteurs expliquent cette augmentation du nombre de visiteurs : - L’accessibilité des bibliothèques : les bibliothèques publiques des grandes villes visitées se trouvent toutes dans le centre-ville. Elles sont dans des quartiers bien desservis en transports en commun et proches d’autres services ; - Le prestige des locaux : les bibliothèques sont souvent dans de vastes bâtiments historiques facilement identifiables et connus par les habitants ; - L’équipement : elles offrent une qualité d’équipement souvent remarquable. Le mobilier est en nombre suffisant et confortable, les accès à Internet par postes informatique dédiés ou par la WIFI sont nombreux et certaines collections sont accessibles sans intermédiaire ; - Des services pour le citoyen : les bibliothèques américaines ont su s’adapter aux demandes des utilisateurs. Elles offrent au visiteurs la possibilité de se connecter à Internet gratuitement, de découvrir des expositions, des manifestations, d’assister à des colloques, de voir des films, de suivre des cours de recherche d’information … D’après Denise Hibay, responsable de la gestion des collections à la New York Public Library, les américains aiment leurs bibliothèques municipales. Ils apprécient la proximité, la gratuité, l’accès à de nombreux services … A l’heure de la dématérialisation des échanges humains, les bibliothèques ont un rôle à jouer de lien social entre les individus. Pour Denise Hibay, la bibliothèque est un « espace civique sacré », un lieu de socialisation et d’accès libre à la culture.

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Prises de vues des centres de ressources visités13
Les centres de ressources d’entreprises : une capacité d’accueil limitée, mais un fonds consultable sans intermédiaire

La salle de lecture de la Merriam Library à l’American Planning Association

Le centre de ressources de l’Urban Institute. Confort et ouvrages en accès libre

Le prestige des bâtiments des bibliothèques publiques américaines La Chicago Public Library

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Sources : investigations personnelles. Photographies prises entre Mars et Mai 2007
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La New York Public Library

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La Library of Congress à Washington

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Les bibliothèques universitaires : des locaux bien équipés au cœur du campus

La Geisel Library de l’Université de San Diego : un La Sheridan Library de la Johns Hopkins University : bâtiment hyper moderne à l’image de son environnement un vaste bâtiment à l’entrée principale du campus

La Galvin Library de l’Université de Chicago donne la possibilité aux étudiants de consulter des documents sur de gros coussins ou dans un salon. Egalement de nombreux postes informatiques connectés à Internet

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Les services proposés sur place
Le point fort des bibliothèques américaines réside dans la qualité des services disponibles sur place ou sur Internet. Cela peut justifier la forte fréquentation observée dans ces établissements. Nous allons donc présenter ici les services les plus intéressants. Les centres de ressources d’entreprises Les centres de ressources spécialisés visités sont ouverts en général aux heures de bureau. Cependant, la salle de lecture de l’Urban Institute reste accessible aux chercheurs après les heures classiques d’ouverture, avec un accès par carte magnétique. Outre les horaires, les trois centres de documentation d’entreprises visités ont les point communs suivants : - Les utilisateurs ont un accès libre à une partie ou à la totalité du fonds. Ce service est très important, notamment à L’Urban Land Institute, où le centre de documentation n’a pas de banque de données. Les recherches se font physiquement dans le fonds, classé par titre d’ouvrages ou de périodiques. - La disponibilité des documentalistes. Les bureaux des documentalistes sont accessibles depuis la salle d’accueil. Ceux-ci sont donc chargés d’accueillir les visiteurs parallèlement à l’exécution de leurs tâches quotidiennes ; - Des postes informatiques sont disponibles pour consulter la base documentaire.

La salle de lecture du centre de documentation de l’Urban Land Institute. Un plan de classement des documents par titres Le centre de ressources de l’APA propose aux chargés d’études d’alimenter directement les dossiers documentaires accessibles dans la salle de lecture avec des articles de presse. Une haute qualité de services dans les bibliothèques publiques Les bibliothèques publiques reçoivent beaucoup de visites quotidiennes. Elles proposent naturellement davantage de services. Voici les plus intéressants, classés par thématiques : Horaires d’ouverture Les bibliothèques publiques sont ouvertes tous les jours, et proposent parfois des horaires nocturnes.
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Les bibliothèques universitaires sont les plus intéressantes. La Sheridan Library de la Johns Hopkins University est ouverte tous les jours et propose des horaires incroyablement souples, puisqu’elle ouvre du Lundi au Jeudi de 7h du matin à 3h du matin ! Il est intéressant de noter que les autres bibliothèques universitaires proposent généralement une amplitude horaire plus large le dimanche. La consultation du fonds Les bibliothèques tentent de rendre leur fonds documentaire le plus accessible possible sans intermédiaire. Les documents sont en général rangés selon le mode de classification Dewey ou celui de la Library of Congress.

La Geisel Library de l’université de San Diego

Les armoires à photographies de la Chicago Public Library

Une partie du fonds de plans et d’atlas de la Charles Young Research Library de l’université de Los Angeles

Le fonds de périodiques en libre accès à la Galvin Library de l’université de Chicago

La proximité des documentalistes Les documentalistes ont mis en place un guichet d’information unique qui centralise les demandes. « L’Information desk » est utilisé par les visiteurs pour des demandes de prêts entre bibliothèques, des question d’ordre général sur l’utilisation de la bibliothèque … En milieu universitaire, certains documentalistes ont des relations privilégiées avec les étudiants et leurs apportent un soutien personnalisé. Un documentaliste est souvent disponible dans la salle d’accueil pour aider les étudiants dans leurs recherches, notamment lorsque cela nécessite des connaissances technologiques spécifiques, comme les applications SIG par exemple. Enfin, les documentalistes des universités et des bibliothèques publiques donnent des cours collectifs gratuits sur la recherche d’information. C’est l’occasion pour eux de connaître les
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besoins des utilisateurs, de transmettre leurs connaissances et surtout de faire connaître les services de la bibliothèques aux utilisateurs. En milieu universitaire, les cours sont destinés surtout à un public d’étudiants hautement diplômés. Dans les bibliothèques publiques, il s’agit de cours pour apprendre à manipuler l’outil Internet, pour faire connaître la richesse du fonds de l’établissement ou pour aider à la rédaction de documents. Les services informatiques disponibles sur place Internet est disponible par WIFI mais également sur des postes qui ne sont dédiés qu’à cette application. Ils sont souvent pris d’assaut dans les bibliothèques publiques. L’accès est donc souvent limité dans le temps. Les utilisateurs peuvent également disposer d’imprimantes et de scanners. Les bibliothèques offrent aussi l’accès à des bornes de consultations multimédias disponibles uniquement dans l’enceinte des établissements : consultation de films, micro-fiches, CD-ROM, DVD … Des applications de type SIG sont également accessibles sur place. Enfin, le visiteur a la possibilité d’accéder à tout le système d’information de la bibliothèque, en se connectant sur une sorte d’Intranet de la bibliothèque. Cet Intranet est également accessible lorsque que l’on se connecte à la WIFI dans l’établissement. Il donne accès à une série de services, dont voici les plus intéressants : - Accès à des bases de données sur Internet payantes auxquelles la bibliothèque souscrit. La Sheridan Library de la Johns Hopkins University est abonnée à plus de 55 000 bases de données externes. Ces bases sont organisées thématiquement par les documentalistes et ce classement constitue le produit documentaire phare de la bibliothèque. L’accès à ces bases est autorisé uniquement sur les postes utilisant l’adresse informatique (« adresse IP » ou « proxy ») de la bibliothèque. - Accès à des collections numériques Les bibliothèques américaines ont entrepris de vastes campagnes de numérisation de leur fonds documentaire. Ces projets se font petit à petit, en fonction des opportunités et des droits de diffusion des oeuvres. L’objectif est de préserver et de diffuser les œuvres conservées dans les bibliothèques. Chaque projet de numérisation fait l’objet d’une banque de données de documents numérisés. Ces BDD sont appelées « collection » et ne sont, le plus souvent, accessible que depuis les ordinateurs reliés au système informatique de la bibliothèque. Tous ces services disponibles sur l’Intranet des bibliothèques peuvent faire l’objet de nombreuses visites dans les bibliothèques. Cependant, il est important de noter que des ordinateurs distants peuvent se connecter au serveur de la bibliothèque. Ces ordinateurs peuvent ainsi accéder aux bases auxquelles souscrit la bibliothèque. C’est le cas par exemple à la Johns Hopkins University, où les adresses IP des ordinateurs personnels des étudiants sont reconnus par le serveur de la bibliothèque. Cela permet aux étudiants de disposer à distance des services mis à disposition par la Sheridan Library. L’utilisation de l’espace Les bibliothèques publiques américaines réfléchissent de plus en plus à une utilisation de l’espace disponible dans leurs locaux. Certains documentalistes soulignent l’importance de l’aménagement de l’espace des bibliothèques. L’université de San Diego a ainsi embauché une entreprise spécialisée pour réfléchir à une amélioration de l’espace intérieur des bibliothèques du campus. En effet, les bibliothèques mal agencées semblaient connaître une baisse de la fréquentation. Ainsi, beaucoup de bibliothèques proposent des salons isolés dédiés à la lecture et équipés de mobilier confortable. La Johns Hopkins University proposent aux étudiants hauts-diplômés de louer à l’année des « Carrel Lockers », des boxes fermés à clés. D’autres bibliothèques offrent
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également aux groupes d’utilisateurs la possibilité de se réunir dans des salles équipées en conséquence. Toutes les bibliothèques publiques visitées proposent des services qui s’éloignent de plus en plus de la documentation traditionnelle : - salles de cinéma - salles d’exposition de peinture, de sculpture, de photographies … - salles de spectacles, théâtres, auditorium … Certaines bibliothèques disposent d’une cafétéria exploitée par des sociétés extérieures. D’autres services intéressants Certaines bibliothèques rivalisent d’ingéniosité pour proposer aux utilisateurs de nouveaux services en adéquation avec leurs besoins. Ainsi, la Johns Hopkins University propose la livraison à domicile de documents demandés en prêt au sein du campus. Un service payant de reprographie se trouve dans l’enceinte de la bibliothèque et permet aux étudiants de faire reproduire des documents sous différents formats (numérique, papier, microfiches ...) Le réseau des bibliothèques de quartier « Enoch Pratt » de Baltimore fait parti du réseau des bibliothèques publiques du Maryland. Les résidents de cet Etat peuvent disposer des services des centaines de bibliothèques réparties sur le territoire avec une seule carte de lecteur. Ils peuvent aussi rendre un document dans une autre bibliothèque que celle où a eu lieu l’emprunt. Ces bibliothèques proposent un calendrier très fourni d’animations : discussions autour d’un sujet, cours de relaxation pour femmes enceintes, discussion avec des auteurs, clubs de lecture … Une nouvelle bibliothèque du réseau vient d’être construite à l’est de Baltimore. L’Anchor Southeast Library est la première bibliothèque à être construite à Baltimore depuis plus de 35 ans. Cet établissement moderne dispose d’une salle équipée pour différentes manifestations : projection de films, théâtre, concert, discussions … Les visiteurs peuvent également suivre des cours d’informatique dans une salle prévue à cet effet. De plus, un nouveau service de « drive thru » vient d’ouvrir : un guichet est accessible aux visiteurs sans qu’ils ne descendent de leurs voitures. Ils peuvent souscrire à la bibliothèque, emprunter ou rendre des documents et payer leurs amendes de retard14.

L’Anchor Library de Baltimore a ouvert ses portes le 10 Mai 2007

La salle de cours équipée d’ordinateurs

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La Harris County Public Library propose également ce service : http://www.hcpl.net/branchinfo/tb/tbinfo.htm
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Le service de « drive-thru » (pas encore en service au moment de l’enquête)

Les bibliothèques publiques très performantes sur Internet
Les centres de ressources d’entreprises que nous avons rencontrés travaillent essentiellement pour l’interne. Il n’ont donc pas de politique spécifique de mise en ligne de services bibliographiques gérés directement par les documentalistes. La page web de ces centres est donc essentiellement informative : contacts, horaires, localisation … Seule la Merriam Libray de l’American Planning Association propose de rechercher en ligne dans son catalogue. Cependant, la politique globale des entreprises elles-même tend à diffuser de plus en plus d’information sur Internet. Ainsi, ces trois instituts de recherche proposent au minimum le catalogue thématique de leurs publications avec possibilité de télécharger une partie ou tous les rapports de recherche au format pdf. Mais aucun des documentalistes interrogés ne se déclarent être associés aux projets de développement de services sur Internet. Nous allons donc présenter dans cette partie les spécificités des sites Internet des bibliothèques publiques américaines. La présentation des services de la bibliothèque sur Internet Les sites Internet des bibliothèques présentent généralement toutes les informations pratiques « classiques » (horaires, accès …), ainsi que les procédures (emprunt, utilisation des ordinateurs, location de salle …). Le site Internet permet également de faire des demandes précises à un documentaliste (« ask a librarian »), ou de suggérer des achats de documents ou des améliorations des services. La Sheridan Library propose un service original de présentation de la bibliothèque sur Internet avec de petits messages audio appelés « podcasts ».

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Affiche à la Sheridan Library pour la promotion d’un service de podcasts sur Internet. « Tu as un iPod ? (ou même si tu n’en as pas). Ecoutes nos podcasts et obtiens des conseils pour extraire le meilleur de ta bibliothèque » Le catalogue : produit phare du réseau des bibliothèques publiques sur Internet Toutes les bibliothèques publiques visitées alimentent leur propre base de données. Cette base permet de connaître le fonds physique de la bibliothèque. Cependant, ce n’est pas forcément ce catalogue qui est disponible sur Internet. En effet, la plupart des bibliothèques travaillent en réseau. Le principal produit résultant de cette association est un catalogue partagé disponible sur Internet. Dans les universités, le fonds documentaire est souvent éclaté sur plusieurs sites. Dans ce cas, les différentes bibliothèques alimentent une base de données commune accessible depuis Internet. Le réseau des bibliothèques publiques de New York fonctionne de la même manière. Les partenariats permettent parfois de couvrir un territoire plus large. Par exemple, le réseau des bibliothèques Enoch Pratt de Baltimore fait partie du réseau des bibliothèques du Maryland. Les universités de Los Angeles et de San Diego alimentent « Melvyl », le catalogue des bibliothèques universitaires de Californie. Ces catalogues de bibliothèques disponibles sur Internet permettent à l’utilisateur d’élargir ses champs de recherche et de connaître le fonds de sa bibliothèque de référence. Si le document recherché n’est pas dans la bibliothèque la plus proche, il peut faire une demande en ligne de prêt inter-bibliothèques.

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Exemple de recherche sur le catalogue Melvyl. La localisation, la cote et le statut des documents sont indiqués en bas de la notice L’organisation des ressources numériques Le site Internet des bibliothèques publiques forment souvent un vaste « catalogue de catalogues ». En effet, les bibliothèques utilisent leur site Web pour organiser de façon thématique les ressources numériques. Il faut en distinguer plusieurs sortes : - les banques de données payantes : Il peut s’agir de banques de données sur un thème (urbanisme, médecine, transports …), d’un bouquets de banques de données sur plusieurs thèmes, de banques d’articles de revues spécialisées ou de presse … La plupart de ces banques de données proposent un accès au texte intégral du document. - les revues électroniques en ligne - les catalogues d’autres centres de ressources Les sites présentent une liste de différents catalogue en ligne pertinents et les classent thématiquement - des sites Web spécialisés Liste de liens pertinents vers des sources web - des services Web Les bibliothèques américaines peuvent faire référence à de nombreux autres services documentaires, comme Google, Google Books Search, Google Scholar, Amazon … Certaines bibliothèques considèrent les ressources Internet comme un ensemble et ont choisi de les présenter dans un produit commun. D’autres distinguent les ressources par leur nature en mettant en avant les ressources de type « banque de données payantes ».

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La Sheridan Library présente les ressources électroniques en isolant les catalogues d’autres bibliothèques des autres ressources Les modalités d’accès aux bases présentées sont précisées en distinguant le monde entier des utilisateurs de la bibliothèque. L’accès aux banques de données payantes se fait ensuite à partir de l’adresse IP de la bibliothèque.

Le catalogue des signets des bibliothèques de l’université de San Diego. Le classement est thématique et le site permet de rechercher dans le catalogue, de visualiser les modalités d’accès aux sites référencés et de proposer d’autres signets. L’accès aux documents numériques Il faut distinguer deux types de documents numériques : - les « born-digitalized documents » Il s’agit de documents initialement créés sous forme numérique : photographies numériques, enregistrement vidéo ou audio, documents textuels de type pdf, word, ou site web. - les « digitalized documents » Ce sont des documents qui ne sont pas numériques à l’origine. Ils ont subi un changement de nature, de format. Il peut s’agir de scans pour les documents textuels ou pour les photographies, ou de réenregistrements en numérique pour les documents audio ou vidéo. Pour ces derniers, il
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s’agit souvent du passage du format analogique (enregistrement sur VHS ou K7) au format numérique. Le format numérique est malléable et adapté à Internet. Les évolutions technologiques permettent maintenant à l’utilisateur de consulter ou d’enregistrer sur son poste des documents numériques. Les bibliothèques américaines ont donc saisi l’opportunité qu’offrent ces développements technologiques pour proposer davantage de documents sur Internet. Il peut s’agir de documents provenant directement du fonds de la bibliothèque, ou de documents stockés en dehors de la bibliothèque. Les sites Internet proposent différents modes d’accès au document numérique : - par l’intermédiaire du catalogue de la bibliothèque : le document est associé à sa notice bibliographique. Il s’agit de « born-digitalized documents » qui proviennent du fonds de la bibliothèque ou qui sont stockés dans les serveurs d’autres centres de ressources - par l’intermédiaire de minis bases de documents numériques : il s’agit de « digitalized documents » présentés sous forme de « collections » numériques qui correspondent à des projets ponctuels de numérisation du fonds de la bibliothèque ou à des fonds vidéo ou audio - par l’intermédiaire de banques de données en texte intégral : il s’agit de services extérieurs à la bibliothèque, mais accessible à l’utilisateur depuis le site de la bibliothèque. L’offre varie selon les banques de données.

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Des projets de numérisation : l’exemple de la Sheridan Library à la Johns Hopkins University. Compte-rendu d’entretien avec David Reynolds, JHU La bibliothèque travaille depuis 3 ans sur un projet de bibliothèque numérique. Ce projet a deux axes principaux : - Institution Repository : projet qui consiste à récupérer les documents de travail des différents départements de l'Université - Numérisation de collections particulières du fonds de la bibliothèque Institution Repository : L'objectif est de collecter les documents de travail de différents départements de recherche de l'université afin de les conserver et de les diffuser à un plus large public. Ce travail consiste à scanner des rapports de recherche, des documents de travail (digitalized documents) ... et à récupérer des documents plus récents automatiquement au format pdf. Donc numériser le passer et récolter l'avenir. Pour l'instant, aucun accès direct à la base de données n'est possible aux étudiants, mais à l'avenir, ils pourront directement publier leurs rapports sur cette base de données. Pour l'instant, le projet se concentre sur la sensibilisation des utilisateurs et des auteurs à ce nouveau service. Numérisation de collections La bibliothèque s'est lancée dans la numérisation en haute qualité de collections particulières : 1. 200 manuscrits rares de l'époque médiévale du Roman de la Rose : http://rose.mse.jhu.edu/ 2. 30 000 partitions de musiques traditionnelles américaines : http://levysheetmusic.mse.jhu.edu/ Le premier projet est encore en construction. L'objectif premier est la conservation de ces documents rares, car une copie numérique de ce genre de document évite les manipulations du papier. Le second objectif est la diffusion de ces documents. En effet, peu de bibliothèques possèdent ce type de manuscrit, et cela évite aux chercheurs de se déplacer dans toutes les bibliothèques du monde. Enfin, le troisième aspect est la recherche en nouvelles technologies. En effet, un outil Open Source est utilisé ici pour la reconnaissance de caractères et la recherche en full-text dans ces documents manuscrits. ( Text incoding Initiative ). Cependant, certains caractères, comme les premières lettres des textes, sont dans une typologie particulière. David travaille donc en relation étroite avec des maîtres de conférences spécialisés dans l'histoire médiévale pour mettre au point un système qui permette à l'ordinateur de comprendre ces signes. Ce projet s'est fait en partenariat avec plusieurs bibliothèques et certains de ces documents appartiennent à des musées de l'Etat de Maryland. Le même principe a été adopté pour la numérisation de partitions. La bibliothèque dispose de matériel pour effectuer de la numérisation haute définition. Mais la plupart des documents ont été confiés à des prestataires extérieurs qui fournissent le document en pdf et ses métadonnées. Enfin, d'autres documents ont été achetés par la bibliothèque en version numérique à d'autres bibliothèques ou musées. Chaque bibliothèque a son propre standard de numérisation qui fixe la résolution du scan. Les formats des documents textuels sont pour l'instant surtout Word et Pdf. Mais les bibliothécaires se posent de plus en plus la question de l'avenir de ce type de format. En effet, l'objectif de ces projets est la conservation de données numériques, donc le format doit être ouvert, car dans une vingtaine d'années, il n'est pas sûr que l'on puisse encore utiliser les pdf. Des réflexions sont en cours sur la gestion et la conservation des documents multimédias (audios et vidéos).

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La numérisation de documents aux États-unis est un phénomène récent. On peut trouver sur Internet beaucoup d'initiatives isolées de numérisation, qui sont appelées "collections". On assiste donc à un développement exponentiel de banques de données de documents numériques qui n'ont pas de liens entre elles. Cependant, l'utilisateur apprécie Google car il permet, en une interface simple, d'interroger plusieurs sources. Les documentalistes américains réfléchissent donc à un moyen de faire communiquer toutes ces banques de données isolées grâce à la norme OIA, afin de pouvoir les interroger à partir d'un seul point d'accès. L'université de San Diego est en train de développer ce projet avec l'OCLC. Il devrait donc être possible, dans quelques temps, d'interroger les banques de données des universités américaines à partir de l'OCLC et d'obtenir directement des photos, des documents numérisés, des vidéos ou des enregistrements audio provenant de plusieurs bibliothèques.

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La vie de la bibliothèque Avec la profusion d’informations diffusées chaque jours sur le Web, de plus en plus de sites Internet proposent des services qui permettent de distinguer rapidement l’information récemment publiée. Les bibliothèques proposent une série de rubriques qui permettent à l’utilisateur de se tenir informé de l’actualité de sa bibliothèque. Il est donc possible de connaître les dernières acquisitions sélectionnées par les documentalistes, les projets d’amélioration des services de la bibliothèque ou le calendrier des manifestations qui se déroulent à la bibliothèque. Ces informations sont présentées de différentes manières : - Par une rubrique d’actualité insérée dans le site La Geisel Library de l’Université de San Diego met en avant l’actualité de la bibliothèque sur sa page d’accueil.

La page d’accueil du site Internet de la Geisel Library - Par abonnement à la News-letter Il est possible de souscrire à cet abonnement à partir du site Internet.

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- Par flux RSS Le flux RSS (Really Simple Syndication) est un format codé de syndication de contenu Web. Concrètement, il permet à l’utilisateur de se tenir informé de l’actualisation d’une rubrique d’un site Internet en s’abonnant à un fil d’informations. De nombreux lecteurs de flux RSS sont disponibles librement sur Internet15.

L’icône officiel du fil RSS signale lorsqu’un site Web propose cette fonction Certaines bibliothèques proposent de s’abonner au fil RSS des rubriques d’actualités. Mais le plus intéressant est lorsque les catalogues de bibliothèques proposent cette option.

Le catalogue du Graham Resources Center de l’Université de Chicago propose de s’abonner au fil RSS des dernières acquisitions de la bibliothèque

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Netvibes, Bloglines, Google, Yahoo …
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- Par le blog des bibliothèques Toutes les bibliothèques publiques visitées alimentent un blog. C’est un moyen simple pour les documentalistes de publier des informations sur le web, de les archiver, de les organiser, et de communiquer avec leurs utilisateurs. Le blog « est un site Web constitué par la réunion d'un ensemble de billets triés par ordre chronologique. Chaque billet (appelé aussi note ou article) est, à l'image d'un journal de bord ou d'un journal intime, un ajout au blog ; le blogueur (tenant du blog) y porte un texte, souvent enrichi d'hyperliens et d'éléments multimédias et sur lequel chaque lecteur peut généralement apporter des commentaires. »16. Nous allons détailler cette dernière fonction dans la partie suivante

Le blog de la Sheridan Library, Johns Hopkins University

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Source : Wikipédia
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L’intervention des utilisateurs Les évolutions technologiques récentes du Web permettent à l’utilisateur d’intervenir sur le site Internet des bibliothèques. La fonction de base consiste à donner un espace d’expression libre à l’utilisateur. Nous avons choisi de présenter ici le blog d’une bibliothèque française. Il s’agit d’un blog alimenté par plusieurs centres de ressources sur la musique et hébergé par l’IRCAM17.
« L’œil de la médiathèque »18 : exemple d’un blog collaboratif de l’IRCAM

Publier des informations : sur l’actualité de la médiathèque, sur le fonds documentaire, sur l’actualité de la thématique du centre de ressources … Organiser l’information par date, par catégorie, par auteur …

Recueillir les commentaires des lecteurs / utilisateurs Diffuser les nouveaux articles ou les commentaires par RSS, News-letter …

Indexer les articles publiés avec des « tags », des mots-clés en langage ouvert. Le blog les organise ensuite en « nuage de tags »

Les bibliothèques américaines favorisent de plus en plus la participation de l’utilisateur. Il semble que ce soit un moyen de le fidéliser et de mieux cerner ses besoins afin de faire évoluer les services de la bibliothèque et de faire vivre le catalogue. Cette pratique, popularisée par Amazon.com, est appelée « longue-traîne »19. Les bibliothèques, nous l’avons vu, sont dans une période de mutation. Elles développent dans leurs locaux une série de services annexes à leur fonction première d’espace de consultation du savoir. Elles deviennent un pôle d’activités culturelles et un espace de socialisation. Cette tendance se ressent également sur Internet, puisque les sites des bibliothèques s’orientent du plus en plus vers le Web social.
Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique, Paris http://mediatheque.ircam.fr/veille/ 19 Voir le premier chapitre
17 18

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Voici un exemple abouti d’utilisation de la longue-traîne et du Web social sur le site d’une bibliothèque américaine.
La participation des utilisateurs : l’exemple du comté de Hennepin20

L’utilisateur peut accéder à « l’espace commentaires » directement à partir du catalogue

Il peut voir les commentaires d’autres utilisateurs …

… et faire ses propres commentaires

La bibliothèque a développé un site Internet dédié à la discussion sur les livres, sur le même principe que Librarything.com. Il permet à l’utilisateur de commenter ses lectures, de connaître d’autres livres, de discuter avec des auteurs …

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http://www.hclib.org/pub/
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Luc Declerck, responsable du pôle Technology Department à la Geisel Library, souligne l’importance de donner la parole aux utilisateurs. Cela permet de « donner du relief au catalogue ». A l’avenir, il pense même abandonner les tâches de catalogage et laisser faire les utilisateurs. Il surveille de très près les évolutions du Web 2.0.

Les pratiques des documentalistes
Recherche de l’information Lorsqu’ils ont besoin de trouver une information, le premier réflexe des documentalistes interrogés est de se référer aux ressources internes. Les centres de ressources américains ont, pour la plupart, un système d’information complexe, fortement enrichi par de nombreux abonnements à des bases de données externes organisées sur leur site Internet. C’est pourquoi la plupart des documentalistes interrogés déclarent se rendre, dans un second temps, sur des bases externes, qu’ils ne semblent pas dissocier d’Internet. La dernière source citée est le réseau professionnel. La démarche des documentalistes de l’Urban Land Institute est intéressante. Le centre de ressources n’a pas de base de données. Leur système d’information est basé sur des abonnements à six banques de données spécialisées en immobilier, sur Internet, et sur un fonds vivant d’environ 1000 livres et 100 abonnements à des périodiques. Les documentalistes effectuent un dépouillement quotidien des journaux spécialisés, ce qui leur permet d’avoir une bonne connaissance de l’actualité de leur champs d’étude. Leur première source d’information est donc le documentaliste lui-même. De plus, ils se réfèrent beaucoup à Internet et y recherche principalement des documents primaires. D’après Rick Davis, responsable associé de la bibliothèque, « 95% de l’information se trouve sur Internet ». Il précise également que « le recours à différentes sources dépend de la question ». Enfin, ils utilisent beaucoup le réseau de professionnels par le biais d’un service payant proposé aux spécialistes de l’information. En effet, les documentalistes sont membres de la Special Libraries Association21. Cette association de professionnels permet notamment de mettre en réseau des documentalistes selon leurs spécialités et de partager leurs connaissances. Ainsi, les documentalistes de l’ULI peuvent faire référence à des collègues lorsqu’une question spécifique leur est posée. Le site propose notamment une liste de spécialistes par thèmes et une banque de données de questions/réponses. La recherche d’information sur Internet Internet est la seconde source la plus utilisée des documentalistes interrogés. Ils se rendent sur Internet essentiellement pour obtenir des documents primaires, des données statistiques ou cartographiques, puis pour trouver un contact par le biais de sites d’associations ou de groupes de discussions. Ils se rendent sur des blogs seulement à titre personnel ou pour se tenir informés des évolutions du métier. La veille documentaire Les centres de ressources questionnés pratiquent tous une veille sur Internet à partir de technologies basées sur la messagerie : news-letters gratuites ou payantes et alertes e-mail de type Google. Certains utilisent des services gratuits disponibles sur le Web. Google News a été le plus cité. Shannon Paul, de l’American Planning Association, précise qu’elle encourage les chargés d’études à utiliser ces services. La documentaliste de l’Urban Institute met à profit de nombreux services gratuits qui lui permettent d’effectuer une veille sur Internet. Outre divers abonnement à des news-letters et des alertes e-mail, son principal outil de travail est un agrégateur gratuit de fils RSS, « Bloglines »22.
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http://www.sla.org/ www.bloglines.com
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Ce site lui permet de repérer des nouveaux rapports et de les signaler par e-mail à ses utilisateurs internes. Elle met également à jour plusieurs produits d’actualité utilisant la technologie RSS, pour diffuser de l’information. Enfin, seule la Geisel Library, de l’Université de San Diego, a fait l’acquisition d’un logiciel de veille payant. Traitement de l’information Gestion des acquisitions La politique d’acquisition des centres de ressources est davantage orientée vers des documents sous formes digitales que sous forme papier. Ils achètent des CD-ROM, des DVD, des « audio books », ils souscrivent à de nombreux abonnements à des bases de données payantes, ils achètent des pdf directement en ligne, des données statistiques pour les démographes, les statisticiens … Le travail autour de la cartographie est intéressant. En effet, la plupart des centres visités ont une collection importante de cartes papier. Mais avec les évolutions technologiques, ces fonds sont maintenant peu exploités. Des documentalistes spécialisés en cartographie sont donc chargés de faire l’acquisition de données, payantes ou gratuites, qu’ils intègrent par la suite dans le logiciel de génération de cartes de type « ArcMap », « ArcView » ou « Mapinfo ». D’après David Deckelbaum, documentaliste responsable du fonds de cartes de la Research Young Library de l’université de Los Angeles : « maintenant, nous n’achetons plus de cartes, mais des données ». Denise Hibay est responsable de la gestion des collections à la New York Public Library. D’après elle, la part des sources issues des nouvelles technologies s’est fortement développée ces dernières années. Les universités ont de plus en plus besoin de banques de données spécialisées. Le public demande de l’accès direct aux documents. Les journaux électroniques et les collections numériques, notamment sur l’histoire, correspondent aux attentes du public. Les bibliothèques sont efficaces pour collecter l’information, mais ont tendance à attendre que l’utilisateur vienne à elles. Elles doivent réfléchir à la manière dont elles donnent accès à l’information. Google a profondément transformé la recherche d’information « populaire ». C’est ce que les gens veulent. C’est pourquoi la New York Public Library a participé à l’élaboration du projet de numérisation Google Books Search. Logiciel Tous les centres de ressources interrogés utilisent des logiciels documentaires qui permettent le travail en réseau, la diffusion sur Internet et l’interopérabilité. L’offre semble très variée puisque aucun centre n’a le même logiciel. Les documentalistes manipulent également des logiciels de gestion de contenu sur le Web (« HomeSite »), de veille sur Internet (« Bloglines », « Vignet Content Management System »), et de génération de cartes (« Arcmap », « Arcview »). Catalogage Le résultat de l’étude des pratiques de catalogage dans les centres visités est sans appel : les tâches de catalogage dans tous les centres visités sont réduites et automatisées. - Les documentalistes ne rédigent pas de résumés dans la base documentaire. Le résumé est utilisé pour des opérations de signalement. La documentaliste de l’Urban Institute rédige parfois un court résumé lorsqu’elle signale un nouveau rapport intéressant sur le blog de la bibliothèque. Shannon Paul, de l’American Planning Association, reprend des résumés d’éditeurs de la base Amazon.com lorsqu’elle signale une nouvelle publication à ses utilisateurs. Les résumés des études des agences visitées qui sont disponibles sur Internet sont effectués par les auteurs eux-même. L’Urban Institute propose également une synthèse de chaque rapport réalisée par les auteurs et insérée en début d’étude. - L’indexation par mots-clés est automatisée.
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Les documentalistes utilisent le langage libre pour indexer des documents. Le logiciel documentaire les intègre et permet de proposer une recherche par mots-clés. Ce phénomène s’explique par le fait que toutes les bibliothèques visitées utilisent les services de l’OCLC23. Cette fondation, créée en 1967, propose des services qui permettent de réduire les coûts de traitement des 57000 bibliothèques membres issues de 112 pays. L’offre principale de l’OCLC est Worldcat24, un catalogue partagé multimédias alimenté par les bibliothèques du monde entier. C’est le plus grand OPAC25, ou catalogue en ligne du monde, avec plus de 84 millions de notices. En France, la BNF, ou encore l’OCDE sont membres. Chaque bibliothèque membre a la possibilité : - De consulter la base (ouverte à tout le monde) - D’alimenter la base - De récupérer des informations bibliographiques automatiquement Cette dernière opération est possible si la base documentaire du destinataire est inter-opérable. La communication entre les bases peut s’effectuer grâce à différents protocoles : la norme Z 395026, la norme OAI27 ou le Shibboleth (pas encore très courant). Amazon.com, Librarything, Worldcat, BN-OPALE PLUS, Gallica ou encore Google Books Search sont inter-opérables. Cela signifie que tous ces catalogues sont capables de partager de l’information. La Geisel Library de l’université de San Diego va ainsi proposer prochainement sur son catalogue des informations issues d’Amazon.com : scan de la première page, résumés d’éditeurs, commentaires d’utilisateurs, autres éditions … Sous-traitance Quelques centres de documentation sous-traitent des tâches documentaires. Cette pratique est très développée notamment à la Geisel Library. La bibliothèque sous-traite la numérisation de document, notamment de photographies et de livres (dans une entreprise située en Inde). Elle sous-traite également le catalogage de livres rares, rédigés en caractères non-latins et qui ne se trouvent pas dans la base de l’OCLC : des livres en coréen, chinois ... Enfin, le plus surprenant est pour le traitement physique des ouvrages. L’achat de livres se fait auprès d’un groupeur qui prépare les livres avant de les envoyer, de façon à ce que les bibliothécaires n’est plus qu’à les mettre en rayon. A la réception, les livres sont déjà estampillés, cotés, magnétisés et plastifiés. La société28 fournie également la notice de pré-catalogage. Luc Declerck, responsable des évolutions technologiques, précise que la sous-traitance est économique et efficace pour la bibliothèque et qu’il pense le pratiquer de plus en plus. Diffusion de l’information Communication avec les utilisateurs Avec les utilisateurs internes, la communication se fait beaucoup par e-mail, car cela permet de lier le message à une référence sur Internet. La communication en main propre se pratique dans les petites structures. Tous les centres recevant du public mettent à disposition leur catalogue sur Internet, et proposent de l’accès au texte intégral. Certains sites ont adopté la technologie RSS et la longue-traine, qui permet une interaction entre l’utilisateur et la bibliothèque.

Online Computer Library Center. http://www.oclc.org/ www.worldcat.org 25 Online Public Access Catalog 26 Mise à l’étude pour le prochain développement d’Urbamet/Urbadoc 27 Open Archive Initiative 28 Yankee Book Peddler : http://www.btol.com/ps_details.cfm?id=24
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Dans les grandes bibliothèques publiques, « l’Information desk » centralise les demandes sur place. Denise Hibay, de la New York Public Library, précise que ce service, tel qu’il existe actuellement, va sûrement disparaître. En effet, les documentalistes d’astreinte n’enregistrent plus de question de type bibliographique comme c’était le cas auparavant. La question la plus récurrente est « où se trouve Internet ?». Maintenant, le public fait ses recherches sur le catalogue en ligne de chez lui et vient ensuite consulter les ouvrages sur place. Il n’y a plus de barrière entre le document et le lecteur, donc le documentaliste est moins sollicité. L’Université de San Diego utilise un moyen original pour communiquer avec les étudiants. Il part du principe qu’il faut aller là où les utilisateurs se trouvent, c’est à dire sur Internet, et ne pas attendre qu’ils viennent. C’est pourquoi l’Université mène une politique très forte de développement des technologies en faveur d’Internet pour multiplier les accès au fonds documentaire depuis Internet. En effet, « ce que veulent les gens, c’est Google ». Ainsi, le fonds est accessible depuis Google, Google scholar et Google Books Search. De plus, les documentalistes sont encouragés à publier du contenu sur des sites Web fréquentés par les étudiants. Ainsi, des employés de la Geisel Library rédigent des articles sur Wikipédia29, alimentent des blogs, participent à des wikis, développent des contacts sur Myspace30 et certains ont même un avatar sur Second Life31. Cela leur permet d’être plus proche des utilisateurs et de promouvoir les activités de la bibliothèque. Produits documentaires La principale tâche des documentalistes est d’orienter l’utilisateur dans ses recherches. Pour répondre à cet objectif, les documentalistes américains se servent d’Internet pour fournir à l’utilisateur des sources pertinentes. C’est pourquoi le principal produit documentaire des centres de ressources interrogés est une liste de signets organisés thématiquement et accessible sur Internet. Les autres produits documentaires réalisés par les documentalistes sont assez variés mais en faible quantité. Seuls deux centres réalisent des bibliographies, et un autre produit une liste des nouveautés tous les mois. Tous les produits sont publiés sur Internet ou Intranet. Ainsi, les pratiques des documentalistes américains sont donc très orientées vers l’information numérique : Les bibliothèques acquièrent de plus en plus de documents numériques, et numérisent des documents Les tâches de catalogage sont mutualisées, automatisées et simplifiées Les recherches bibliographiques sont décentralisées : elles sont directement assurées par l’utilisateur, depuis son domicile. Le documentaliste reste le référent du « où chercher », mais a perdu sa légitimité du « comment chercher » Les utilisateurs demandent de plus en plus de l’information numérique intégrale Le traitement de l’information numérique est la principale tâche du documentaliste : il organise les accès à l’information pour simplifier et orienter les recherches des utilisateurs Internet est un outil pertinent pour le documentaliste pour rechercher l’information, l’organiser, la sélectionner et la diffuser

www.wikipedia.org www.myspace.com 31 www.secondlife.com
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L’Intranet comme outil du documentaliste : l’exemple de l’Urban Institute Le centre de documentation n’est pas présent sur le site Internet, la bibliothèque étant réservée à un usage interne. Cependant, la bibliothèque a mis au point un Intranet très performant qui centralise tous les services de la médiathèque pour ses 400 utilisateurs : La gestion de la recherche d’information : Consultation de « Merlin », la base documentaire interne Consultation de trois banques de données externes, par abonnement : • EBSCOHost : accès à 6 bases de données spécialisées : Academic Source Premier Collection (périodiques électroniques), EconLit (base sur l’économie), Health buisiness Elite (sur la santé), socINDEX with full text collection (plus de 1,3 Millions d’entrées sur la sociologie, accès au texte intégral), Sociological Collection (500 journaux en texte intégral sur la sociologie), Psychological and Behavioral Sciences (470 titres de périodiques en texte intégral sur la psychologie et l’anthropologie) • JSTOR32 : base de journaux scannés. • Urban 500 : banque de donnée de 500 journaux Rubrique « Ask a librarian » Tutoriel pour la recherche sur le web Liste de catalogues d’autres bibliothèques en ligne, classés thématiquement La communication et le traitement de l’information : « Info-clip » : blog de la bibliothèque. Information sur la restructuration du centre, les nouveautés, les rapports intéressants parus sur le web … News-letter de la bibliothèque « Info-source » : publication électronique de la bibliothèque « Did you know ? » : sorte d’info du jour, en page d’accueil du site Formulaires : demande de copie d’article, de prêts, recommander un document …

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L’avenir vu par les documentalistes américains
Les difficultés principales des bibliothèques de nos jours Les documentalistes américains rencontrés mettent en avant les problèmes de budget des bibliothèques. En effet, avec l’explosion de l’information numérique, les bibliothèques ont besoin de plus en plus d’argent pour acheter des souscriptions à des banques de données extérieures. Certaines bibliothèques ont aussi connu des baisses de subventions. La gestion de la multiplication des sources d’information semble également être difficile à gérer. L’évolution du métier Le métier est devenu plus technique, mais les documentalistes ont conscience que leur tâche principale est d’être au service des utilisateurs, et que la technologie est un moyen d’améliorer cette relation. Les technologies sont vues comme une bonne chose pour le métier, même si elles rendent les gens « paresseux et impatients » (David Deckelbaum).

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—

Voir tutoriel : http://www.jstor.org/about/tutorials/
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Les sciences de l’information dans le futur Le futur de la documentation est perçu de façon très différente selon les personnes. Mais tous s’accordent à dire que l’avenir sera numérique. Certains émettent des réserves quand à la qualité du format numérique qui ne pourra pas remplacer le papier dans certains domaines, comme en architecture par exemple. D’après Luc Declerck, l’avenir sera le Web sémantique. Les attentes par rapport aux nouvelles technologies et au travail documentaire Il semble y avoir une forte attente par rapport à l’accès à l’information : les moteurs de recherches sont encore sous-développés et ne correspondent pas aux attentes des documentalistes. Certains souhaiteraient pouvoir rechercher de l’information avec une interface unique. Cette impression générale est sûrement due à l’impressionnante panoplie de banques de données distinctes auxquelles la plupart des documentalistes ont accès. Le second aspect est une forte attente en formation aux nouvelles technologies.

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Les enseignements américaines

issus

des

pratiques

La bibliothèque comme acteur du projet et de l’innovation
Signe de mutations, toutes les grandes bibliothèques visitées ont en charge différents projets de développements technologiques. L’évolution des technologies donne au documentaliste une légitimité pour être l’acteur principal de projets innovants. Le fil conducteur de ces projets est la mise en ligne et l’organisation de plus en plus d’informations et de documents sur le site Internet des bibliothèques. L’exemple de la Geisel Library Voici quelques exemples de projets qui s’inscrivent dans le cadre du programme d’innovations des bibliothèques de l’Université de San Diego : - California Digital Library http://www.cdlib.org/ Ce projet a pour ambition de faciliter le partage d’informations entre les différentes bibliothèques de Californie et de faciliter l’accès direct à l’information pour les utilisateurs par le biais d’innovations technologiques. Ce projet regroupe une série de bases de données thématiques de documents numériques. Calisphere http://www.calisphere.universityofcalifornia.edu/ Propose plus de 150 000 documents numériques (photographies, articles de presse, documents audio, dessins politiques …) sur l’histoire et la culture de la Californie. Accès libre. Digital Preservation http://www.cdlib.org/programs/digital_preservation.html Ce projet a pour but de centraliser et de conserver à long terme les documents numériques issus de la recherche et de l’enseignement des universités californiennes. Il comprend plusieurs projets : • Digital Preservation Repository : recherches pour la conservation des données numériques • Web at risk : conservation de pages web • Web archiving activities : archives de sites web sur les élections présidentielles et l’ouragan Katrina. - EScholarship Repository http://repositories.cdlib.org/escholarship/ucsd.html Ce projet a pour objectif de centraliser, de conserver et de diffuser les rapports et les documents intermédiaires issus de la recherche dans les Universités californiennes. Les documents sont classés par Département de recherche et sont gérés par les bibliothèques de l’UCSD. - Online Archive of California http://www.oac.cdlib.org/ Ce service est réservé aux étudiants et aux chercheurs et propose une série de documents issus des politiques de numérisation du fonds des bibliothèques publiques de Californie : 120 000 images, 50 000 pages de livres, manuscrits, photographies, arts … La recherche se fait par textes ou images. La gestion des textes est sur le même principe que Google Book Search : possibilité de voir un fac-similé du document et de rechercher dans le texte. Les images sont indexées par thésaurus et accessibles par mots-clés. - The Digital Asset Management System Il s’agit d’un programme de recherche basé sur la technologie Open Source permettant d’assurer à long terme la conservation des données numériques. Ce programme est en cours de réalisation et devrait permettre à terme de faciliter les recherches de documents multimédias ( images, textes, audio, vidéo) en utilisant le moteur de recherche de la base de données de l’Université. Ce projet est en partenariat avec la Library of Congress et a pour ambition finale de donner accès à un fonds mondial de documents multimédias en interrogeant le catalogue de l’OCLC.
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Des partenariats pour le développement technologique La plupart de ces projets se font en partenariat avec d’autres organismes et s’inscrivent dans une politique plus large de développement des innovations technologiques à l’échelle du réseau (Universités, documentalistes …) ou du territoire (ville, comté, Etat …). Les bibliothèques n’hésitent pas à faire appel à des compétences extérieures pour mener à bien leurs projets. Ainsi, les partenariats public / privé sont très courants. Le plus médiatisé est l’accord entre Google, les Universités et les grandes bibliothèques américaines. En effet, ces dernières ont confié à Google la numérisation d’une partie de leurs fonds documentaires pour que celui-ci le mette en accès libre via l’interface Google Books Search. Google Scholar n’est quant à lui qu’un accès via Google aux collections numériques de certaines bibliothèques américaines. Le fonds de certains Instituts, comme l’INIST en France, est dorénavant accessible par Google. Ces partenariats laissent imaginer que l’on pourrait à l’avenir interroger le fonds de toutes les grandes bibliothèques du monde à partir d’une seule interface. C’est le rêve de beaucoup de documentaliste américains. C’est pourquoi ils développent des projets de diffusion de leur fonds documentaire et renforcent les liens avec l’OCLC. Voici un exemple de recherche à partir de Google Scholar et de Worldcat, en étant connecté au réseau informatique de la Johns Hopkins University. Cet exemple illustre les différences entre ces deux grosses banques de données et la puissance de recherche que permettent les partenariats entre grands groupes et l’interopérabilité des catalogues.

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Worldcat

Google Scholar

La requête est la suivante : « Amich Society 1993 »

Worldcat trouve davantage de réponses que Google. De plus, les informations bibliographiques relatives au livre sont plus précises chez Worldcat.

En cliquant sur le titre, Worldcat affiche la notice bibliographique de l’ouvrage, avec un aperçu de la couverture du livre. Il me localise grâce à mon adresse IP et me propose de rechercher le livre dans les bibliothèques les plus proches de chez moi. Google affiche un fac-similé du livre, qui a été numérisé dans le cadre du projet « Google Book Search ». Il propose de rechercher directement dans le contenu du livre, de l’acheter (chez amazon.com par exemple), ou de l’emprunter dans d’autres bibliothèques.

En cliquant sur “Chercher dans ma bibliothèque”, Worldcat lance une requête directement dans la bibliothèque de la JHU, à laquelle je suis connecté par adresse IP. En choisissant l’option d’emprunter le livre, Google me renvoi sur Worldcat.

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Cet exemple permet de bien cerner la façon dont les catalogues sont interconnectés, et d’illustrer la puissance de ces moteurs de recherche. Google donne accès directement au contenu de l’ouvrage, mais Worldcat se démarque par son puissant réseau de bibliothèques et par la possibilité de localiser un document par rapport au lieu ou l’on se trouve.

Le réseau des bibliothèques
Aucune bibliothèque américaine ne semble isolée. Chaque bibliothèque semble être le nœud d’un réseau très vaste et très actif. La légitimité et l’efficacité des centres de ressources américains sont basées sur le réseau. En effet, le centre de documentation de l’Urban Land Institute n’a pas un fonds documentaire très important. Cependant, le réseau de ce centre est très développé : il est membre de l’OCLC, ce qui lui permet d’accéder à la puissance de recherche de Worldcat. Les documentalistes font appel aux services d’autres spécialistes de l’information par le biais d’une plate-forme mise en place par l’American Librarian Association. Le travail en réseau est un moyen d’offrir des services plus performants à l’utilisateur et d’optimiser le travail documentaire. Le réseau des bibliothèques Enoch Pratt de Baltimore est d’abord à l’échelle municipale. Le catalogue est commun à toutes les bibliothèques de la ville et permet d’offrir à l’utilisateur davantage d’entrées bibliographiques en une requête. De plus, ce réseau fait partie d’une association plus vaste qui s’étend à tout le territoire du Maryland. Ainsi, avec une seule carte de lecteur, l’utilisateur peut emprunter des documents dans toutes les bibliothèques de l’Etat. Toutes les bibliothèques visitées sont membres de l’OCLC. Cela leur permet de bénéficier de la recherche sur le catalogue mondial Worldcat et de mutualiser le traitement documentaire des nouvelles acquisitions. Worldcat permet également la gestion de prêts inter-bibliothèques à travers le monde. La suprématie des bibliothèques américaines se justifie donc par leur réseau. Internet est l’outil privilégié qui permet la communication entre tous les centres de ressources. Ces pourquoi les bibliothèques américaines sont en perpétuelle réflexion sur le développement de nouveaux outils Web et misent sur Internet pour leur émancipation.

L’utilisation d’Internet plus développée qu’en France
Des raisons historiques Plusieurs raisons peuvent expliquer cette différence d’utilisation : - Internet a été initié par le gouvernement américain il y a quarante ans. La France avait choisi une autre technologie pour sont réseau informatique national : le Minitel. L’antériorité de l’information disponible sur le réseau Internet américain est donc postérieure à celle présente sur le réseau français. ; - Il y a beaucoup de bornes Internet haut-débit en accès libres sur le territoire américain : dans les bibliothèques, dans les cyber-cafés, dans les cafés avec accès sans fil … En France, Internet haut-débit est assez récent et reste cher. Les utilisateurs français sont donc moins habitués à Internet ; - L’Anglais domine le monde des affaires et des échanges internationaux. Beaucoup de documents en anglais sont donc disponibles sur le Web. C’est pourquoi de nombreuses banques de données payantes ont choisi de capitaliser cette information et donnent accès a beaucoup de littérature au format numérique ; - Les récents projets de numérisation et la possibilité donnée à l’utilisateur de publier sur le Web aboutissent à une explosion d’information disponible sur le réseau, ce qui légitime davantage son utilisation ;

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Internet et les bibliothèques Internet est donc utilisé couramment par les américains. Les documentalistes utilisent Internet à tous les niveaux de la chaîne documentaire. Le traitement des nouvelles acquisition est automatisé par le rapatriement de notices de l’OCLC. Pour la recherche documentaire, le RSS et les outils de veille sur Internet permettent de repérer rapidement l’information. Les informations pertinentes sont sélectionnées et validées par le documentaliste, puis elles sont ensuite stockées sur le site Internet et mises simultanément à la portée de l’utilisateur. Face à la profusion d’information disponibles sur le Web, les bibliothèques aux Etats-Unis jouent le rôle de validation et d’organisation de l’information. Les sites Internet des bibliothèques ne sont donc plus seulement des vitrines qui présentent les services dont peut disposer l’utilisateur dans les établissements. Ils permettent maintenant à l’utilisateur d’élargir son champs de recherche en proposant l’accès direct au document. La puissance des moteurs de recherches et l’accès à une multitude de sources permettent à l’utilisateur d’acquérir plus d’autonomie et de faire ressortir de l’information qui était difficilement accessible auparavant . Internet est donc devenu l’outil privilégié des bibliothèques pour : Présenter les services de la bibliothèque Promouvoir les activités de la bibliothèque : les projets en cours, l’actualité … Rechercher des informations bibliographiques ou des documents dans le catalogue de plusieurs bibliothèques et dans des bases de données payantes Centraliser et organiser l’information numérique disponible sur Internet Mutualiser le traitement de l’information Interagir avec l’utilisateur : recueillir ses impressions, ses idées, ses recommandations Diffuser des documents du fonds en donnant accès à des collections numériques On pourrait dores et déjà imaginer aux Etats-Unis un centre de ressources sans fonds documentaire propre. Le budget serait dédié uniquement à l’acquisition de banques de données externes et au développement de technologies de gestion de contenu numérique. Actuellement, les bibliothèques universitaires visitées dépensent davantage d’argent pour les abonnements à des banques de données externes que pour l’acquisition de documents papier. Le centre de ressources de l’Urban Land Institute a un fonds documentaire de 1000 références et puise son information à 95% sur Internet (d’après Rick Davis). En Europe, les projets récents de numérisation du savoir, l’évolution rapide des « territoires numériques », les orientations gouvernementales en faveur de la recherche en nouvelles technologies, l’évolution du nombre d’Internautes et les nouvelles options prises par les éditeurs de contenus laissent présager un avenir similaire, très orienté vers l’information numérique. Les documentalistes et les bibliothèques devront savoir s’adapter à ces changements.

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Documentaliste : un rôle qui évolue
Les évolutions probables du métier D’après Jean Michel33, avec la profusion d’informations disponibles sur le Web, « jamais les professionnels de l’information-documentation n’ont autant eu d’occasion de se valoriser et de démontrer leur utilité économique et sociale ». Internet serait donc une aubaine pour les documentalistes. Mais Jean Michel prévient que « si le professionnel de l’I&D ne sait pas faire mieux que ce que tout un chacun est en mesure d’obtenir en surfant sur Internet […], comment pourra t-il justifier sa place, son rôle, son unité ? ». Le temps de la documentation traditionnelle semble donc révolu. Les tâches d’indexation et de classification doivent maintenant se prolonger au fil de lien html, de langage XML et de gestion de contenu numérique. La mission du documentaliste va sans doute nécessiter des compétences plus techniques. D’après une enquête réalisée par IDP pour le magazine Archimag en 200634, « la fonction infodocumentaire doit aujourd’hui être plus globale, transversale et partagée ». Les besoins des utilisateurs résident moins dans l’acquisition et le traitement de documents externes que dans l’organisation de l’ensemble de l’information entrante et sortante de l’entreprise. On devrait donc assister à un fractionnement du métier en plusieurs spécialités dans les grandes structures (web manager, knowledge manager, veilleur ...) et à une demande de polyvalence des documentalistes dans les PME et les administrations locales. Les « concurrents » (informaticiens, gestionnaires et chargés de communication) sont nombreux et compétents. Les professionnels de l’infodoc devront faire valoir leur culture de l’information, leurs compétences en NTIC et leur capacité à synthétiser et à hiérarchiser l’information. « Ils devront indiscutablement être aussi de très bons gestionnaires (gestion de budget, d’équipe) et posséder de très bonnes capacités relationnelles ». Enfin, l’étude américaine de George D'Elia, Corinne Jörgensen et Joseph Woelfel a développé trois scénarios prospectifs pour les bibliothèques : 1) Statu quo : l’échec du livre électronique permet aux bibliothèques de continuer de se développer, parallèlement à Internet. 2) Changement : la bibliothèque continue d’exister sous réserve de rénovation de ses missions et services, notamment en favorisant d’avantage l’accès à Internet 3) Obsolescence : Internet supplante les services proposés par les bibliothèques qui ne répondent plus aux évolutions sociologiques de la population (ségrégation résidentielle, autonomie des individus …) Ces scénarios montrent que l’avenir des sciences de l’information ne pourra être que numérique. Ainsi, on pourrait résumer les mutations des sciences de l’information à l’avenir par le syllogisme suivant : La documentation est la science du document. Or le document à l’avenir sera numérique. Donc l’avenir de la documentation sera le numérique.

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Michel, Jean.- L'information et documentation. Un domaine d'activité professionnelle en mutation.- LCN - Les Métiers du Numérique" (Hermès) Volume 1, n°3-2000, pp. 47-64 : http://michel.jean.free.fr/publi/JM328.htm 34 Les nouveaux horizons de l’infodoc. Etude prospective sur l'évolution des différentes fonctions de l'informationdocumentation.Archimag, 2006 .Communiqué de presse : http://www.forumdelageide.com/fileadmin/Forum_2006/Espace_Presse_actu_EXPOSANTS/CP_horizons_infodoc_forum_g eide.pdf
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L’allègement de certaines tâches D’après nos investigations aux Etats-Unis, certaines tâches traditionnelles du documentaliste ne constituent plus la plus grande part du travail quotidien. La recherche basique est maintenant déléguée à l’utilisateur. Celui-ci peut maintenant effectuer une requête de chez lui sur le catalogue en ligne des bibliothèques et peut se rendre dans sa bibliothèque pour consulter le document, si celui-ci n’est pas directement accessible en texte intégral sur Internet. Sur place, les documentalistes mettent un maximum d’ouvrages en accès libre dans la salle de lecture, rangés selon une classification simple. Le traitement des document est maintenant automatisé. Le documentaliste met en place la politique d’acquisition des documents, effectue les commandes d’ouvrages, d’abonnements et de souscriptions aux banques de données, mais amenuise les tâches de catalogage et d’indexation en les déléguant à d’autres organismes ou en se servant des services de l’OCLC. Pour ses achats de livres, l’Université de San Diego fait appel à un groupeur qui envoie les documents à la bibliothèque déjà préparés, accompagné de leur notices documentaires. Un nouveau type de relation avec l’utilisateur La relation avec l’utilisateur est de plus en plus étroite et réciproque. Dans les bibliothèques, le documentaliste est visible et accessible pour répondre aux besoins et orienter le lecteur. Les chefs de services rencontrés en milieu universitaire sont disponibles pour des entretiens individuels avec certaines catégories d’étudiants. Ils donnent également des cours sur la recherche d’information, sur l’utilisation de l’outil informatique. Ces cours sont l’occasion de partager leurs connaissances avec leur public, de mieux cerner leurs besoins et de recueillir leurs impressions pour améliorer les services de l’établissement. Le projet de déménagement de la bibliothèque d’architecture de l’Université de Chicago s’est réalisé en collaboration avec quelques étudiants hauts-diplômés. Sur Internet, l’utilisateur devient acteur de sa bibliothèque. Il peut partager ses impressions sur ses lectures et ainsi enrichir considérablement le catalogue bibliographique. Il est du ressort du documentaliste de donner les moyens à ses utilisateurs de devenir plus autonome et de participer à la vie de la bibliothèque. Le métier devient plus technique et administratif Le documentaliste doit de plus en plus travailler avec l’outil informatique. De ce fait, il doit se former et acquérir des compétences plus techniques. La documentaliste de Urban Institute travaille beaucoup avec des outils de veille sur Internet. Elle a également des compétences en publication de contenu sur le Web. Cependant, les documentalistes rencontrés soulignent leurs craintes par rapport à cette facette du métier. Comme les documentalistes français interrogés, ils souhaitent qu’on leur donne les moyens de se former aux nouvelles technologies. Les documentalistes de l’Université de San Diego occupent des postes de gestion de projets, de management et d’administration. Les profils recherchés pour les postes de traitement brut de l’information sont plus spécialisés : webmaster, administrateur de banques de données … Cela confirme notre l’hypothèse d’IDP-Archimag : dans les petites structures, le métier de documentaliste est protéiforme, car il intervient pour la gestion d’un centre de documentation, pour la gestion de projets, pour la veille, pour la mise en place d’outils Web … Dans les grandes structures, les documentalistes ont des postes plus administratifs, gèrent un service, donnent des cours et développent des projets. Les tâches documentaires sont réservés à des profils plus techniques et spécialisés.

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Synthèse des enseignements
Les nouvelles technologies donnent une légitimité aux documentalistes pour être les principaux acteurs de projets innovants. Ils participent à des projets de développement de plate-formes de documents numériques, notamment avec des partenaires privés ; Le rôle du documentaliste a changé. Les tâches de traitement documentaire classiques sont automatisées et la recherche basique est déléguée à l’utilisateur ; Le travail en réseau est la force première des bibliothèques américaines. Le travail en réseau est un moyen d’offrir des services plus performants à l’utilisateur et d’optimiser le travail documentaire. Internet est l’outil privilégié du travail en réseau. C’est pourquoi les bibliothèques américaines misent sur Internet pour leur émancipation ; Le paysage du contenu numérique sur Internet tend de plus en plus vers une navigation simplifiée entre les sources d’information. A l’avenir, les catalogues des bibliothèques seront tous interconnectés et seront intégrés dans une offre globale d’information sur Internet ; Le documentaliste va devoir acquérir des compétences plus techniques, il va diriger des équipes pour gérer des projets de développement. Il devra également s’occuper de tâches plus administratives, mais devra sans doute faire preuve d’inventivité et d’esprit d’initiatives pour faire face aux profondes mutations du monde de l’informationdocumentation ; Les documentalistes utilisent Internet à tous les niveaux de la chaîne documentaire. En Europe, plusieurs phénomènes laissent présager un avenir similaire, très orienté vers l’information numérique. Les documentalistes et les bibliothèques devront s’adapter à ces changements ; La relation avec l’utilisateur a changé. Pour faire face à la demande d’autonomie des utilisateurs, le documentaliste est disponible, accessible et au service du lecteur dans les bibliothèques. Mais c’est maintenant sur Internet que les relations documentaliste-lecteur sont les plus abouties. Le documentaliste peut donc utiliser les technologies pour mettre en place un nouveau type de relation réciproque avec l’Internaute-lecteur. L’utilisateur devient acteur de sa bibliothèque.

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Conclusions et questionnements pour l’avenir en France
Même s’il est vrai que l’usage d’Internet parmi l’ensemble des couches de la population aux USA est supérieur à celui de la France, de nombreux questionnements demeurent par rapport à l’avancée des technologies, selon les spécialistes de la gestion de l’information rencontrés au cours de ce mémoire. En effet,. le continent nord-américain est à l’initiative du réseau Internet et les USA restent à la pointe des innovations technologiques, entraînées par des géants comme Google, Macintosh ou Microsoft. Le « patrimoine numérique » nord-américain est donc plus ancien et plus fourni qu’en Europe. C’est pourquoi l’utilisation d’Internet est souvent plus intuitive et systématique aux Etats-Unis. Cependant, le constat est similaire aux Etats-Unis et en France : Internet a bouleversé la façon dont les utilisateurs accèdent à l’information. Et les questions sont les même en France et aux Etats-Unis : quel est l’avenir des sciences de l’information ? Quel est l’avenir du livre ? Comment travailler avec les nouvelles technologies ? Quels sont les attentes des utilisateurs ? Comment évoluent leurs besoins ? Des documentalistes rencontrés au cours de cette enquête nous ont donné quelques pistes de réflexion qui pourraient être transposables aux spécificités françaises35. Ainsi, la bibliothèque de l’Université de San Diego propose toujours plus de contenu en ligne, enregistre des fréquentations records sur son site Internet, recueille les commentaires de ses lecteurs sur son catalogue bibliographique et réussi en parallèle à accueillir toujours plus d’étudiants entre ses murs en développant des activités annexes : expositions, manifestations, spectacles vivant, emprunt facilité de tout type de documents etc … Internet et bibliothèque ne sont donc pas opposés. Bien au contraire, Internet donne une nouvelle légitimité au documentaliste. Les centres de ressources peuvent donc proposer une offre de service en ligne qui correspond aux attentes de leurs public pour développer le rayonnement extérieur et ainsi augmenter la fréquentation physique des établissements. ------------------

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Voir la synthèse des enseignements p.53
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Préconisations pour l’IAURIF
Cette expérience dans le milieu des bibliothèques aux Etats-Unis m’a permis d’analyser le travail quotidien des documentalistes américains, de conforter certaines idées développées par les documentalistes de l’IAURIF et d’en extraire quelques bonnes pratiques intéressantes pour la médiathèque. L’ouverture de la nouvelle salle de lecture est une formidable opportunité de développement des services de l’Institut. Il est important de noter que les options prises par la direction pour accompagner cette évolution sont en adéquation avec la politique documentaire des centres observés qui augmentent leurs statistiques de fréquentation : • • • • • un maximum de documents en libre-accès et classés thématiquement, l’accès à de nouveaux médias par des bornes de consultation (notamment le SIG), l’accès libre à Internet, une disposition agréable de l’espace, un accueil permanent par les documentalistes …

La médiathèque de l’IAURIF possède également un fonds unique sur l’histoire de l’urbanisme et des grandes métropoles des années 1960 à nos jours. La banque de données Urbamet, alimentée par un réseau très actif, constitue le témoignage essentiel de ce fonds. Il faut signaler la valeur ajouté que constitue cette base : en effet, des documentalistes effectuent depuis plus de 40 ans une indexation très fine des ouvrages et des périodiques, ce qui permet à l’utilisateur de faire ressortir plus facilement ces documents. Avec Urbadoc, le portail européen de banques de données sur l’urbanisme, l’association met en valeur son réseau international et donne un accès direct au texte intégral. Lors de mes investigations auprès des documentalistes américains, j’ai pu constater l’importance du lien qui existe entre documentation et Internet. En terme de ressources humaines, Internet est un gain de temps considérable pour observer, pour échanger, pour agir. En terme de métier, la documentation est amenée à évoluer en parallèle avec les nouvelles technologies. Les américains travaillent beaucoup avec Internet car cela optimise les tâches de traitement documentaire et cela correspond aux attentes des utilisateurs. Ainsi, l’ouverture de la nouvelle salle de lecture au rez-de-chaussée devrait s’accompagner d’évolutions parallèles sur Internet à mettre en oeuvre progressivement. Depuis sa création, le centre de documentation de l’IAURIF a toujours su être à la pointe de la technologie. Les informatisations et ré-informatisations successives ont permis à la médiathèque de l’IAURIF d’être aujourd’hui présente sur Internet en proposant son catalogue bibliographique et iconographique en ligne. C’est pourquoi les préconisations présentées ici s’inscrivent dans la suite logique du développement de notre centre de ressources. Il s’agit d’idées répondant à la nécessité actuelle de mise en valeur et de sélection de l’information, pour répondre toujours mieux aux besoins des utilisateurs. De plus, la médiathèque est un nœud essentiel dans le réseau des centres de ressources sur l’urbanisme en France. Elle est un membre actif dans le réseau FNAU et dans Urbamet et Urbadoc. Cette position est une formidable opportunité de développement pour l’IAURIF. Les rencontres effectuées durant mon stage pourraient permettre de créer des liens avec quelques centres de ressources aux USA, ce qui donnerait la possibilité d’étendre la portée du réseau européen de la médiathèque.

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Ce rapport nous a permis d’aboutir à quatre idées qui nous semblent pertinentes à moyen terme pour l’Institut, et dont certaines recoupent celles déjà évoquées soit au sein de la Médiathèque, soit dans la réflexion sur la communication et la valorisation. Ces préconisations portent principalement sur la mise en place d’outils web permettant à la fois d’optimiser le traitement de l’information entrante et sortante à l’Institut, et assurant le développement du rayonnement de la médiathèque et de l’IAURIF, en diffusant ces produits sur Internet. Ces projets pourraient s’inscrire dans le programme d’étude de l’Institut, puisqu’ils sont très liés aux évolutions prévues par la Direction sur la stratégie de communication sur Internet. Les préconisations sont les suivantes :

Créer une base numérique des études de l’Institut
Les études constituent le cœur du savoir-faire de l’Institut. Cependant, il n’existe pas encore de sauvegarde de ce patrimoine en version numérique. L’objectif de ce projet serait d’obtenir la collection complète des études de l’Institut en numérique afin : - de développer un nouvel accès aux publications de l’Institut et ainsi de développer le rayonnement de l’IAURIF en diffusant plus largement son savoir-faire - d’assurer une conservation des études de l’IAURIF les plus anciennes et de capitaliser systématiquement les nouvelles parutions au format numérique Ce projet pourrait s’intégrer à d’autres démarches de l’Institut en vue de : - mutualiser le travail des départements chargés du traitement des études sur un outil commun. - motiver les chargés d’études en leur garantissant une diffusion large de leurs publications - obtenir un catalogue unique des études de l’IAURIF accessible sur Internet qui regroupe les informations relatives au contenu, à la vente et à la disponibilité du document. Certaines études pourraient être téléchargées ou achetées en ligne - favoriser les échanges avec les utilisateurs et les partenaires de l’IAURIF (par exemple en ouvrant le catalogue aux commentaires d’utilisateurs)

Créer un annuaire partagé de ressources Internet classées thématiquement
Un des rôles du documentaliste à l’heure actuelle doit être d’organiser l’information disponible sur le réseau Internet pour faciliter ses recherches et orienter celles de l’utilisateur. L’annuaire disponible actuellement sur Intranet est peu consulté car trop statique. Pour le dynamiser, il est possible d’ouvrir l’accès au réseau Internet et de revoir le plan de classement des ressources. Cet annuaire permettrait de répondre aux objectifs suivants : - Mutualiser les sources d’information des chargés d’études : en effet, les enquêtes réalisées en interne ont souligné que les chargés d’études à l’Institut se sont constitués au fur et à mesure de leur expérience un capital fiable de ressources Internet. Ils ont de moins en moins recours à la médiathèque car ils sont devenus plus autonomes, notamment grâce à ce type de produit. Un annuaire partagé de ressources, administré par la médiathèque, leurs donnerait la possibilité de partager leurs connaissances et de gérer leurs signets, ce qui optimiserait les temps de recherche sur Internet. - Centraliser les ressources numériques sur l’urbanisme en France : l’IAURIF est un pôle d’information majeur sur l’urbanisme. Ce produit permettrait de faire valoir cette position auprès des internautes et des partenaires tout en leur donnant la possibilité d’intervenir sur ce produit.

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Ce type de produit existe depuis longtemps à l’IAURIF sur l’Intranet, et proposait aux chargés d’études, bien avant le Web 2.0, de participer au développement de cet annuaire. Le projet proposé ici n’est donc pas nouveau. Il s’agit juste de l’actualiser et de réfléchir éventuellement à la possibilité de le passer sur Internet en intégrant d’autres services de type Web 2.0.

Utiliser la technologie RSS pour la veille thématique en en renforçant la pertinence pour les chargés d’études
Les objectifs de ce projet sont les suivants : - Diffuser de façon sélective l’information aux chargés d’étude - Faciliter la veille thématique d’actualité à la médiathèque - Elargir les sources de la revue de presse La technologie RSS permet aux Internautes de suivre l’actualité d’une sélection de sites Internet. Cela permet également de diffuser de façon sélective de l’information, par le biais de fils d’informations thématiques. Ainsi, les documentalistes de l’Urban Institute à Washington ont fait des agrégateurs de flux RSS leurs principaux outils de veille sur Internet. Le retour des chargés d’études est très positif, puisque le centre de documentation leur offre une information validée et sélectionnée par leurs soins, ce qui évite de les noyer dans la quantité d’information disponible sur Internet. Couplée aux newsletters périodiques et aux produits documentaires actualisés disponibles sur Intranet, la veille par flux RSS à l’UI se révèle très efficace.

Créer et alimenter un blog pour l’interne et l’externe
Nous l’avons vu, quasiment toutes les bibliothèques visitées dans le cadre de ce mémoire alimentent un blog. Un blog issu de la médiathèque pourrait permettre de renforcer la politique de communication de l’Institut auprès des usagers. Ce projet pourrait également répondre à plusieurs enjeux pour la médiathèque : - Capitaliser et classer l’information numérique par rubriques. Ex : « la médiathèque vous conseille … », « l’actualité des colloques », « les transports », « les derniers rapports en ligne » … - Effectuer une Diffusion Sélective de l’Information automatisée pour l’interne et l’externe - Echanger avec les utilisateurs - Augmenter la visibilité de la médiathèque sur Internet - Communiquer sur l’actualité de la médiathèque et de l’urbanisme avec les utilisateurs internes et externes (commentaires d’utilisateurs, newsletter automatisée etc …)

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Bibliographie36
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Les documents sont classés par ordre alphabétique d’auteurs. Le format des documents numérique est indiqué, ainsi que leurs adresses Internet. Les liens ont été vérifiés en juin 2007
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Commission européenne Le système de publication scientifique: une question clef de la politique de recherche de l’UE Europa, portail de l’Union européenne : Mai 2007.Page Web : http://ec.europa.eu/research/science-society/page_fr.cfm?id=3184 Dalmon, Sébastien ; Gazille, Hélène ; Macquin, Agnès ; Schmauch-Blény, Roseline Les accès internationaux aux travaux de recherche français. Synthèse bibliographique N.d : Mars 2007.-, 33 p.Pdf : : http://memsic.ccsd.cnrs.fr/documents/archives0/00/00/04/52/mem_00000452_00/mem_000 00452.pdf Des bibliothèques 2.0 (blog) Webographie bibliothèques 2.0 Des bibliothèques 2.0 : déc. 2006.Page Web : http://bibliotheque20.wordpress.com/2006/12/08/webographie-bibliotheques-202/ Ducasse, J.-P. ; Sabin, M. Les documentalistes et Internet : réflexions à partir d'une pratique à l'IEP de Lyon (The special librarian, the Internet and the IEP (Lyon, France) experience) Institut d’études politiques de Lyon : 1994.- Documentaliste, 1994, vol. 31, no6, pp. 269-274 Dujol, Lionel Blogs de bibliothèques. Un nouveau service au usagers ? Chez l’auteur : 2006.- 28 p. Power Point : http://www.slideshare.net/hulot/blogs-de-bibliotheques-un-nouveau-service-auxusagers Fil RSS : tout le monde en parle Archimag, n°188, octobre 2005 Garreau, Angelina Les blogs, entre outils de publication et espaces de communication. Un nouvel outil pour les professionnels de la documentation Maîtrise des sciences de l'information et de la documentation, CAOA, Université : sept. 2005.Pdf : http://memsic.ccsd.cnrs.fr/documents/archives0/00/00/02/73/mem_00000273_00/mem_000 00273.pdf George D'Elia, Corinne Jörgensen, Joseph Woelfel The impact of the Internet on public library use: an analysis of the current consumer market for library and internet services. Journal of the American Society for Information Science and Technology, Vol.53, Issue 10, 2002.Hannay, Timo The Scientific Paper of the Future Nature Publishing Group : oct. 2006. Power Point : http://blogs.nature.com/wp/nascent/061014_eScience_Hannay.pdf

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