Equations différentielles linéaires du premier ordre - Problèmes concrets

Problème I

Considérons le circuit ci-dessous où C désigne un condensateur chargé, de capacité C farads, R une résistance de R ohms, Vm un voltmètre et K un interrupteur. En fermant le circuit au moyen de K, le condensateur se décharge et au bout d'un temps t, exprimé en secondes, le voltmètre indique une différence de potentiel V(t). Pour une résistance de 100000Ω, il a fallu deux secondes pour que la différence de potentiel passe de 60 volts (fermeture de K) à 5 volts. Quelle est la capacité du condensateur ?

Solution On désigne par Vo et Qo la différence de potentiel et la charge du condensateur au temps t = 0 : instant de fermeture de K.
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La charge d'un condensateur en fonction du temps est q(t) = C.V(t) La loi d'Ohm exprime que V(t) = R.I(t) Par définition de l'intensité de courant, on a dq = -I(t).dt, le signe négatif exprimant une perte de charge proportionnelle à l'intensité à l'instant t considéré et au laps de temps écoulé dt entre t et t+dt.

Il suit que : dq/dt = -I(t) = -V(t)/R = -q(t)/RC Il s'agit d'une équation différentielle linéaire du 1er ordre (forme y' = ay déjà rencontrée en radioactivité) dont la solution générale est : y = k.eax la constante k ne dépend que des conditions initiales : valeur de y en x = 0. Ainsi q(t) = qo.e-t/RC , d'où : V(t) = qo/C x e-t/RC = Vo x e-t/RC Avec Vo = 60 , R = 100000 , t = 2 , V(2) = 5, on obtient : 12 = e2/100000C, soit C = 1/(50000 x ln 2), exprimé en farads : C = 0,000008049... F ≅ 8 µF

Problème II Le radium est une substance radioactive contenue dans l'uranium et découverte par les physiciens français Pierre et Marie Curie en 1898. Cette substance émet des rayons alpha (noyaux d'hélium, de charge positive), bêta (particules de charge négative) et gamma (comparables aux rayons X), éminemment nocifs pour la santé. Ce faisant, il se désintègre et on a constaté que la masse d'atomes de radium se désintégrant dans un court intervalle de temps [t,t + dt] est proportionnelle :
1. au temps écoulé dt; 2. à la masse de radium présente à l'instant t.

De nombreuses expériences on montré que la perte de masse du radium de l'ordre de 0,043% par an. On appelle période d'une substance radioactive, le temps nécessaire pour qu'une masse donnée de cette substance diminue de la moitié de sa valeur. Quelle est donc la période du radium, exprimées en années ?

Les hypothèses conduisent à exprimer que la perte de masse est proportionnelle à un court laps de temps dt et à la masse m(t) à l'instant t, ce que l'on exprime par une écriture différentielle : dm = -k x m x dt le signe moins (négatif) exprime une perte de masse en supposant k, coefficient de proportionnalité, positif. Nous avons donc successivement, en remarquant que m ne prend jamais la valeur 0 :
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dm/dt = -k.m (équation différentielle linéaire du 1er ordre : forme y' = ay) m'/m = -k ln(| m |) = -kt + C, C constante arbitraire | m(t) | = e-kt + C = eC x e-kt = mo.e-kt , avec mo = eC, constante positive arbitraire non nulle

Et puisque m est une fonction positive de t : m(t) = mo.e-kt où mo désigne la masse de radium initiale et k une constante que l'on déterminera en écrivant que si la masse est 1, elle ne sera plus que de 0,99957 au bout d'un an : e-k = 0,99957, soit k ≅ 0,00043
on retrouve qu'au voisinage de 0, on a : e-x ≅ 1 - x. Cette valeur de k se retrouve aussi dans la formule k = | dm/m | avec dt = 1 : soit 0,043/100 = 0,00043.

La période T est obtenue en écrivant que m(T) = mo/2 : on a alors T = ln(2)/k, soit :

Problème III Le système de refroidissement par eau d'une machine est constitué d'un circuit de contenance 20 litres, rafraîchi en de multiples points par un courant d'eau froide à 16° C dès que l'eau dans le circuit atteint 80° C. Il entre très rapidement autant d'eau qu'il n'en sort à raison de 2 litres par seconde et le grand nombre de points de rafraîchissement permet de considérer que, toutes les secondes, 18 litres du circuit sont mélangés de façon homogène à 2 litres d'eau froide (même température en chaque endroit du circuit). On considère comme négligeable l'apport de chaleur dans le circuit dû au fonctionnement de la machine pendant le rafraîchissement. Combien de temps, exprimé en secondes, faudra-t-il pour que la température de l'eau du circuit tombe à 40° C ?
les calculs seront basés sur un résultat barycentrique intuitif selon lequel x litres d'eau chauffés à u° degrés ajoutés et (bien) mélangés à y litres à v°, font, exprimés en °C, x + y litres à :

Par exemple :
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1 litre d'eau à 100° mélangé à 1 litre d'eau à 50° feront 2 litres d'eau à 75°; 2 litres d'eau à 100° mélangés à un litre d'eau à 40° feront 3 litres d'eau à 80°.

Solution différentielle
schéma "continu" : l'unité de temps est la seconde, c'est un nombre réel

On note T(t) la température du circuit au temps t exprimé en secondes. Soit ∆t un laps de temps assez petit, exprimé en fractions de secondes, de sorte qu'il soit effectivement loisible de considérer que l'apport de chaleur dans le circuit dû au fonctionnement de la machine soit négligeable. Dans ces conditions, si le mélange est homogène, la température sera, d'après la remarque "barycentrique" faite supra :

Faisons tendre ∆t vers 0, T est solution de l'équation différentielle : 10T'+T = 16 C'est une équation différentielle linéaire du 1er ordre où T = 16 apparaît comme une solution constante particulière. La solution est : T(t) = 64 x e- /10 +16 T = 40° est obtenu pour e 10 = 3/8 , soit lorsque : - t/10 = ln(3/8). D'où t = -10 x ln(3/8) = 10 x ln(8/3). Une calculatrice fournit : t = 9,8 secondes. A comparer avec le résultat précédent.
-t/ t

Problème IV 1°) Résoudre l'équation différentielle du 1er ordre : (e) x3y' + 3x2y = 1

2°) On note y = fk(x) les solutions de (e), k étant une constante arbitraire. Représenter les courbes intégrales pour k = ±4, ±1/3 (on se limitera à une étude rapide des sens de variation). 3°) Quel est l'ensemble des points du plan correspondants aux points des courbes intégrales où la tangente est parallèle à l'axe des abscisses. Représenter cet ensemble.

Solution 1°) L'équation (e) est une équation différentielle linéaire du 1er ordre. On remarque que x ne peut être nul. On résout tout d'abord l'équation sans second membre qui se ramène à une équation très simple à variables séparables : dy/y = -(3/x)dx. D'où y = C/x3 (C constante arbitraire). On utilise la méthode de la variation de la constante afin d'obtenir une solution particulière de l'équation complète : y = C'/x3 - 3C/x4. D'où C' = 1 et finalement y = fk(x) = 1/x2 + k/x3, k constante arbitraire.
2°) Ci-dessous : en rouge k = -4, en cyan k = +4, en vert k = -1/3, en magenta k = +1/3

3°) On peut très simplement répondre à la question en annulant y' dans (e), d'où :

On retrouverait ce résultat en calculant y' = (-2x - 3k)/x4, s'annulant de sorte que k = -2x/3. On reporte dans l'écriture de y = 1/x2 + k/x3 et on retrouve l'équation de l'ensemble cherché.

On a tracé ci-dessous un certain nombre de courbes intégrales. La courbe en cyan (bleu ciel) correspond à l'ensemble demandé.