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C. R. Acad. Sci. Paris, t. 328, Série II b, p.

231–236, 2000
Mécanique des fluides/Fluid mechanics
(Milieux granulaires, sols, milieux poreux/Granular media, soils, porous media)

Perte de pression et vitesse minimum de fluidisation


dans un lit de particules 2D
Blanche DALLOZ-DUBRUJEAUD, Roland FAURE, Lounès TADRIST, Guy GIRAUD

Iusti-CNRS (UMR 6995), université de Provence, technopole de Château-Gombert, 5, rue Enrico-Fermi,


13453 Marseille cedex 13, France
Courriel : blanche@iusti.univ-mrs.fr ; rfaure@iusti.univ-mrs.fr ; ltadrist@iusti.univ-mrs.fr

(Reçu le 20 décembre 1999, accepté le 24 janvier 2000)

Résumé. Un dispositif expérimental a été mis au point afin de rechercher une loi de perte de
pression lors de l’écoulement d’un fluide à travers un empilement bi-dimensionnel de
billes monodisperses et d’en déterminer la vitesse minimum de fluidisation. Les premiers
résultats montrent que les lois classiquement proposées pour un empilement 3D ne sont
plus applicables. Ces dernières surestiment la perte de pression du fluide au passage du lit
de particules. De ce fait, la vitesse minimum de fluidisation est très largement sous-estimée.
Une nouvelle loi de perte de pression est donc proposée. Elle permet de déterminer la
vitesse minimum de fluidisation d’une configuration bi-dimensionnelle.  2000 Académie
des sciences/Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS
empilement 2D / perte de pression / vitesse minimum de fluidisation

Pressure drop and minimum fluidization velocity in a 2D configuration

Abstract. In order to determine the pressure drop equation and the minimum fluidization velocity
of a 2D bed of monodispersed particles, an experimental setup has been devoloped. The
first results show clearly that the well-known equations for 3D bed are not reliable for this
configuration. In particular, the minimum fluidization velocity is underestimated. A new
pressure drop law is proposed which allows the determination of the minimum fluidization
velocity, and is in good agreement with the experimental measurements.  2000 Académie
des sciences/Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS
2D spheres packing / pressure drop / minimum fluidization velocity

Abridged English version


We have studied the pressure drop law in a 2D pile-up of monodispersed particles and have determined
the minimum fluidization velocity for such a fluidized bed. That for, an experimental setup was built made
of two plates of acrylic between which there is a 2D pile-up of monodispersed particles of PTFE (figure 1).
The properties of the particles and fluid are given in table. In this experiment, the minimum fluidization
velocity of such a configuration is 3.9 m·s−1 , which is much higher than the one (1.4 m·s−1 ) calculated
from the system of equations (1) and (2) when Uf = Umf . This comes from the experimental pressure drop
law (figure 2) which differs from the one proposed by Ergun [3] (figure 3). Comparing the viscous (4) and
inertial (5) contributions, it comes that the later is different for 2D and 3D sphere packing. We propose a
new pressure drop law based on the conduit flow model (figure 4). In such a model, we propose that the
coefficient λ which is the ratio of the length between two singularities and the diameter of the equivalent

Note présentée par Évariste S ANCHEZ -PALENCIA.

S1287-4620(00)00125-3/FLA
 2000 Académie des sciences/Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés. 231
B. Dalloz-Dubrujeaud et al.

capillary is equal to 1 and the coefficient of pressure drop due to the change of orientation is less than in a 3D
pile-up because of the less complex geometry. This coefficient, when calculated by using the experimental
results and the equation (5), is given by: ξ(2D) = 0.11. This value is lower than the value for 3D sphere
packing by a factor about 3. It is now possible to give a complete expression for the pressure drop law (6)
that matches with the experimental result (figure 3). This expression is used to determine the minimum
fluidization velocity and gives a value of Umf = 4.1 m·s−1 , in good agreement with the experimental result.

1. Introduction
La fluidisation permet de réaliser un contact intime entre une phase dispersée se présentant sous forme
de grains et une phase fluide (phase continue). Cette technique, connue depuis fort longtemps, permet de
réaliser de nombreuses opérations unitaires. Elle connaît actuellement un regain d’intérêt dans les industries
de transformation de la matière, de la production d’énergie et de l’environnement [1,2].
Devant la complexité des mécanismes physiques mis en jeu et la multiplicité des différentes échelles
existant dans ces systèmes, de nombreux travaux sont nécessaires pour mieux comprendre les phénomènes
mis en jeu. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’objet de la présente note. D’une manière plus précise,
nous considérons un lit fluidisé simplifié, consistant en un lit fluidisé bidimensionnel, constitué d’une
seule épaisseur de billes servant de plan horizontal. Avant d’entreprendre l’étude des trajectoires des
particules, nous avons été amenés à déterminer pour ce système les lois d’écoulement du fluide, tant
dans le cas de l’empilement de billes en lit fixe qu’en régime de fluidisation. Nous avons comparé les
résultats expérimentaux obtenus par les lois de perte de pression aux relations classiques utilisées ([3–6],
etc). Les écarts obtenus montrent l’inadéquation de ces relations à décrire les lois d’écoulement pour les
empilements 2D. De ce fait nous avons été amené à proposer une loi de perte de pression spécifique à cette
configuration géométrique. Nous présentons dans ce qui suit une description du dispositif expérimental.
Une autre partie est consacrée aux résultats expérimentaux de perte de pression en fonction de la vitesse
du fluide et à la détermination de la vitesse minimum de fluidisation. Nous conclurons cette note par une
comparaison entre les modèles de la littérature et le développement d’un modèle simplifié adapté à un lit
fluidisé « bidimensionnel ».

2. Dispositif expérimental
Il s’agit d’étudier l’hydrodynamique d’un empilement de plusieurs couches de particules sphériques
monodispersées, parfaitement calibrées et d’épaisseur égale au diamètre de la particule. Cette configuration
simplifiée bidimensionnelle, par rapport à un lit fluidisé tridimensionnel, permet de limiter les effets
d’interaction entre les phases, du fait d’un moindre nombre de plus proches voisins. En revanche, pour
réaliser une telle configuration, il y a nécessité d’utiliser des supports pour maintenir les particules dans
une géométrie 2D. Ceci engendre inévitablement des interactions particules–parois, qui peuvent ne pas
être négligeables. Pour minimiser ces effets, nous avons choisi des particules dont l’état de surface est
parfaitement lisse et la distance entre les plaques légèrement supérieure au diamètre des particules.
La figure 1 montre le schéma de principe du lit fluidisé. Les particules de poly-tétra-fluoro-éthylène
(PTFE) sont empilées dans la veine d’essai. Le PTFE a été principalement choisi pour son très faible
pouvoir électrostatique vis-à-vis des parois de la veine d’essai. La veine est constituée de deux grandes
plaques d’acryliques de 320 mm de largeur et de 970 mm de hauteur. L’épaisseur entre les deux plaques est
fixée à 3,3 mm. Le lit de particules ainsi constitué a une porosité ε = 0,5. L’air fourni par le réseau d’air
comprimé (pression variant de 1 à 6 bars) est régulé par un détendeur pour contrôler la vitesse d’écoulement.
À l’entrée de la veine d’essai, le flux d’air est homogénéisé par une grille rigide à pas carré de 500 µm qui
sert également de support aux particules. Les caractéristiques des particules et du fluide sont données dans
le tableau.

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Perte de charge dans un lit de particules 2D

Figure 1. Dispositif expérimental.


Figure 1. Experimental setup.

Tableau. Caractéristiques du gaz et des particules.


Table. Gaz and particles caracteristics.

Air Particules PTFE


−3
ρf (kg·m ) µ (Pa·s) dp (mm) sphéricité ρp (kg·m−3 )
1,21 18,4 · 10−6 3,17 1 2200

Pour déterminer les lois d’écoulement, deux types de mesures sont réalisées. La vitesse apparente du
gaz Uf dans la veine d’essai est déterminée par une mesure de la vitesse du gaz dans un tube calibré en
sortie de veine, ce dispositif expérimental ayant été validé précédemment [7]. La perte de pression du gaz
lors de la traversée de l’empilement de grains est mesurée à l’aide de capteurs piézo-résistifs de sensibilité
40 µV·Pa−1 . Ces capteurs, montés en différentiels, délivrent une tension proportionnelle à la différence
de pression entre le bas, au niveau de la grille, et le haut de la colonne de fluidisation. Ces deux mesures
permettent d’accéder aux lois d’écoulement et à la vitesse minimale de fluidisation Umf .

3. Résultats expérimentaux et discussion

3.1. Résultats
La première opération consiste à déterminer la vitesse minimale de fluidisation du lit « 2D ». Nous avons
adopté la méthode classique proposée par Davidson et Harrison [8]. Cette vitesse est déduite de la courbe
donnant le saut de pression en fonction de la vitesse apparente du gaz dans la veine d’essai. Cette courbe
est obtenue par diminution progressive de la vitesse du gaz.
La figure 2 montre les variations de la perte de pression en fonction de la vitesse apparente du
fluide pour un empilement de billes de hauteur initiale H = 210 mm. La variation obtenue montre une
modification du régime d’écoulement du fluide à travers l’ensemble de sphères. Cette loi de variation est
analogue à celle obtenue pour un empilement 3D de sphères. Le changement radical de la pente de la
courbe marque la transition d’un écoulement à travers un milieu poreux à un écoulement à travers un

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B. Dalloz-Dubrujeaud et al.

Figure 2. Évolution de la perte


de pression expérimentale en
fonction de la vitesse du gaz.
Figure 2. Évolution of the
experimental pressure drop vs.
superficial gaz velocity.

lit de particules fluidisées. Dans ces conditions, la valeur de la vitesse au minimum de fluidisation est :
Umf = 3,9 ± 0,1 m·s−1 pour une perte de pression égale à 2075 ± 100 Pa.
La courbe donnant la variation de pression a travers le lit fixe de particules peut être approchée par un
polynôme du second degré ∆P = 148 Uf + 104 Uf .

3.2. Modèle de perte de pression et prédiction de la vitesse minimale de fluidisation pour les lits 2D
Les résultats expérimentaux ont été comparés aux relations utilisées dans la littérature pour la
détermination de la perte de pression à travers un empilement de grains.
Le gradient de pression, au minimum de fluidisation, peut être évalué à partir de la relation :
 
∆P
= ρs (1 − ε)g + ρf εg (1)
H Uf =Umf

Comme l’incertitude sur la porosité est estimée à 2%, le gradient de pression déduit de la relation (2) est
égal à 10 796 ± 215 Pa·m−1 , alors que le gradient de pression obtenu expérimentalement est de 9881 ±
960 Pa·m−1 . Dans ce qui suit, nous comparons les lois de perte de pression avec les résultats expérimentaux
en régime de lit fixe. Pour un empilement de sphères en configuration 3D la relation couramment admise
est celle proposée par Ergun :

∆P (1 − ε)2 1 (1 − ε) 1
+ ρf g = 150 µUf + 1,75 ρf Uf2 (2)
H ε3 d2p ε3 dp

La figure 3 montre les résultats de perte de pression en fonction de la vitesse apparente du fluide obtenus
à partir de l’expérience et comparés à la loi de variation d’Ergun. Bien que les lois de variations soient
similaires, la perte de pression calculée à partir de la relation (2) surestime notablement la loi expérimentale
obtenue pour un empilement 2D. Ces différences de comportement sont sans doute liées à une différence
d’écoulement du fluide à travers un empilement en géométrie 2D et 3D pour Uf = Umf . Par conséquent, il
n’est pas possible d’accéder à la vitesse minimale de fluidisation, qui résulte du système d’équation formé
par les relations (2) et (3). La valeur prédite par ce système est égale à 1,4 m·s−1 . Cette valeur est bien
inférieure à celle obtenue expérimentalement.

3.3. Modèle de perte de pression pour un empilement 2D


Nous avons été amenés à développer un modèle de perte de charge pour les empilements 2D. En corrélant
les points expérimentaux de la loi de perte de pression à loi de Forcheimer [9], donnée par :

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Perte de charge dans un lit de particules 2D

Figure 3. Comparaison de
l’évolution des pertes de pression à
travers le lit de particules entre les
modèles et les résultats
expérimentaux.
Figure 3. Comparaison of the
evolution of the pressure drop
trough the bed between models and
experiment.

∆P
+ ρf g = K1 Uf + K2 Uf2 (3)
H
nous obtenons les valeurs K1 = 700 et K2 = 495 en unités SI. Dans la relation (3) le terme linéaire
correspond aux effets visqueux. En adoptant le modèle de Kozeny–Carman qui représente le milieu poreux
sous la forme d’un réseau de capillaires de diamètre dc et de surface spécifique équivalente à celle du milieu
considéré, le terme linéaire peut être exprimé en fonction des propriétés de l’empilement :
 2
(1 − ε)2 6
K1 = 2τ 2 µ (4)
ε3 dp

Le terme inertiel est donné par le modèle des capillaires brisés, pour lequel les capillaires rectiligne du
modèle de Kozeny–Carman sont brisés, la longueur de chaque tronçon est donnée par l = λdc et à chaque
brisure est associé une perte de charge singulière ξ (figure 4), selon la relation :

3 ξτ 3 (1 − ε)
K2 = ρf (5)
4 λdp ε3

Le terme K1 peut être évalué à partir de la connaissance du diamètre des particules, de la porosité de
l’empilement et de la viscosité du fluide. Pour l’empilement de sphères considéré, la tortuosité est égale
à π/2. Dans ces conditions, la valeur de K1 est égale à 650. Cette valeur, comparée à celle obtenue
expérimentalement (700), présente un écart de 7%. Ce résultat est satisfaisant, étant donné les hypothèses
simplificatrices utilisées. Nous considérons en première approximation que λ = 1, ce qui suppose que

Figure 4. Modèle représentatif de l’empilement


2D.
Figure 4. Representative model for the 2D sphere
packing.

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B. Dalloz-Dubrujeaud et al.

la distance entre chaque singularité est peut différente du diamètre du capillaire équivalent. À partir de
cette hypothèse, il est possible d’estimer le coefficient de perte de charge singulière correspondant à cet
empilement 2D à partir de la valeur de K2 obtenue expérimentalement et de l’équation (6). Ceci conduit à
une valeur de ξ égale à 0,11. Cette valeur comparée à celle déduite de la loi d’Ergun pour un empilement
3D est bien inférieure. En effet : ξ(3D) = 0,36 and ξ(2D) = 0,11.
En l’absence d’autres éléments de comparaison, ce résultat semble mettre en évidence que les effets
inertiels pour des empilements 2D de billes monodispsersées sont moins importants que pour les
empilements 3D. Ceci est sans doute lié au fait que la géométrie dans un empilement 2D est moins complexe
que pour une empilement 3D. La loi de perte de pression d’un fluide en écoulement à travers un empilement
2D (figure 3) a pour expression :

∆P (1 − ε)2 1 1 (1 − ε) 1
+ ρf g = 180 µUf + ρf Uf2 (6)
H ε3 d2p 3 ε3 dp

Cette relation permet à présent de prédire la vitesse minimale de fluidisation d’un empilement 2D avec une
bonne approximation, la valeur obtenue à partir de la combinaison de (1) et (6) donnant Umf = 4,1 m·s−1 .

4. Conclusion
La perte de pression d’un fluide en écoulement à travers un empilement 2D est inférieure à celle obtenue
pour des empilements 3D. De ce fait, la loi de perte de pression classique proposée par Ergun n’est pas
applicable aux géométries 2D. Nous avons proposé un modèle de perte de pression pour des géométries
bidimensionnelles. Cette relation permet de prédire les variations de perte de charge en fonction de la vitesse
apparente du fluide pour des lits fixes 2D et la vitesse minimale pour fluidiser ce type d’empilements.

Nomenclature

µ : viscosité du fluide ε : porosité du milieu poreux ξ : coefficient de perte de charge


singulière
ρf : masse volumique du fluide λ : longueur du canal
élémentaire rapporté au Uf : vitesse apparente du fluide
τ : tortuosité du milieu poreux
diamètre du capillaire
∆P : différence de pression entre
dp : diamètre des particules
H : hauteur de l’empilement le bas et le haut de l’empilement

Références bibliographiques

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[2] Haberman A. et al., Residence time distribution of particles in fluidized bed reactors for metellurgical process, in:
Fan L.S., Knowlton T.M. (Eds.), Fluidization IX, Durango, Colorado, May 1998.
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[4] Kozeny J., Über Kapillare Leitung des Wassers im Boden, Sitzungsber, Akad. Wiss. Wien 136 (1927) 271–306.
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[6] Rahli O. et al., Étude expérimentale des écoulements darcéens à travers un lit de fibres rigides empilées
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[9] Forchheimer P.H., Wasserbewegun durch Boden, Zeitschrift des Vereines Deutscher Ingenieure 49 (1901) 1736–
1749.

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