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Louis BONARD

Lecture d’œuvre

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Lecture d’œuvre
L’analyse comparative que je m’apprête à rédiger porte sur deux œuvres
traitant du même sujet mais d’un style tout à fait différent. Nous sommes
donc en présence d’une part d’une toile de Jacques-Louis David, Le Christ
en croix et de l’autre d’une œuvre d’Otto Dix, Christus am Kreuz. Cette
lecture d’œuvre sera construite sous la forme d’une comparaison, critère
par critère, de plusieurs points qui me semblent primordiaux. Elle se finira
par une conclusion très générale.
Je vous propose d’y aller chronologiquement en parlant d’abord de l’huile
sur toile (176 x 188 cm) que Jacques-Louis David – grand peintre français
des XVIIIème et XIXème siècles, représentant du néoclassicisme – réalisa en
1782 pour une église. Ce Christ en croix, interprétation de la crucifixion du
Christ, est donc un tableau à thème religieux et destiné à la religion,
puisqu’il fut une commande privée pour une chapelle et qu’il réside encore
aujourd’hui dans une église. La ligne de force verticale est très présente, à
tel point qu’elle semble diviser le tableau en deux parties, une droite et
une gauche. Cette verticale est à la fois celle de la croix qui porte le Christ,
celle du corps du Christ lui-même et est prolongée par le panneau
surmontant la croix, panneau de la même largeur que les épaules du
Christ. L’impression de continuité de cette ligne de force est donc
renforcée. On a du mal à lire les inscriptions grecques sur le panneau
rouge, si ce n’est la dernière des quatrièmes lignes où l’on peut facilement
lire l’expression latine Iesvs Nazarenvs, Rex Ivdaeorvm (Jésus Nazaréen,
roi des Juifs). Bien que moins présente que la verticale, l’horizontale est
aussi très visible. Cette seconde ligne de force – tout comme la verticale,
nous l’avons vu plus haut – marquée par la croix attire rapidement le
regard. On pourrait voir en la droiture du pagne de pureté du Christ un
rappel d’horizontale. La ligne d’horizon est quant à elle peu marquée : en
effet, non seulement la courbe des montagnes n’est naturellement pas
droite, mais en plus le paysage disparaît dans l’obscurité. Les bâtiments
que l’on distingue surtout en bas à droite du tableau sont construits de
telle sorte que leurs lignes horizontales sont également prononcées : le
haut d’un amphithéâtre – qui rappelle le Colisée, j’y reviendrai –, la base
d’un toit pointu évoquant quelque bâtiment religieux, une colonnade ou
encore un bâtiment allongé et dont l’horizontalité se remarque. A propos
de ces bâtiments, l’hypothèse d’une ville d’inspiration romaine pourrait
être émise. D’abord parce que le néoclassicisme se créa au moment où
l’on découvrit Pompéi et Herculanum, ainsi, on s’inspirait beaucoup de
l’antiquité. David aurait donc pouvoir voulu rappeler l’époque à laquelle le
Christ fut crucifié : l’époque romaine. Un autre argument me permettant
d’appuyer l’hypothèse émise plus haut est celui que la pyramide que l’on
distingue à gauche du tableau rappelle étrangement le tombeau de C.
Cestius (la Pyramide de Cestius) situé à Rome. On pourrait même imaginer
que le bâtiment à côté de la pyramide n’est autre que le fameux
Panthéon. La ville indéniablement antique que l’on aperçoit pourrait donc
être Rome, bien qu’évidemment l’action ne prit pas place en Italie.

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il pourrait néanmoins s’agir de St-Jean. L’œuvre semble d’une facture lisse : on ne distingue pas les coups de pinceaux. Et j’insiste sur le mot « apparent » car la lumière et le regard du Christ pourraient bien faire penser que le Christ voit quelque chose que nous ne voyons pas. la tempera et huile sur panneau (118 x 78 cm) nommée Christus am Kreuz (Christ en croix) peint quelques mois après la fin de la Seconde Guerre mondiale par le peintre allemand expressionniste du XXème siècle. C’est une perception relativement atypique des crucifixions. son Christ en croix. La toile de David était très frontale. Bien que la scène du Christ et. indépendamment. quant au personnage en premier plan. Le haut du ciel est d’un 2 . En effet. se distingue un paysage qui semble véritablement un autre élément. D’abord la vision de Christ de front étonne. partant des coins supérieurs du tableau pour converger vers le centre. La perspective n’est donc pas des plus réalistes. abordons la question des couleurs et de la touche de David. Bien que la verticale semble aussi scinder le tableau de Dix. en comparaison aux autres crucifixions que l’on a l’habitude de voir. la touche du tableau de David est caractéristique du style néoclassique : elle est très académique.Louis BONARD Lecture d’œuvre 11 – 11 –13 Attardons-nous à présent sur la composition de notre second tableau. Aucune autre figure n’est apparente. Elle est cependant moins droite : le bas est centré mais le haut penche sensiblement vers la gauche. Otto Dix. Il existe bel et bien une perspective puisque certains personnages (la femme vêtue de rouge rappelle la Stabat mater bien qu’elle ne soit vêtue des couleurs habituelles. L’absence de décor est frappante. A présent. La toile est cadrée de telle sorte que ses bords correspondent à peu de choses près aux quatre extrémités de la croix. Le Christ semble seul en haut d’une colline. varie sur des tons de bleus et de gris. nous pouvons soulever un point commun avec David dans le choix du cadrage. la croix est tout aussi présente et tout aussi marquée. l’homme qui la soutient est difficilement reconnaissable. j’en reparlerai dans le paragraphe sur l’ombre et la lumière dans ce tableau. et est presque plus présent que dans le tableau de David. dans l’un comme dans l’autre. qui semble lointain. Le panneau de Dix est quant à lui vu d’un angle différent. c’est le lien entre le premier et l’arrière plan qui étonne… Quant à la gestion de l’espace dans le Christus am Kreuz de Dix. D’abord. qui sont généralement frontales. Si l’on se concentre sur l’espace d’abord dans le tableau de David. Comme si le Christ en croix était crucifié lui-même devant une toile. Ensuite la palette utilisée pour le décor en arrière plan – du haut du ciel jusqu’aux montagnes tout en bas du tableau –. le corps du Christ se remarque d’abord. On remarque aussi les verticales formées par les bras du Christ. Ici. Quant à une quelconque ligne d’horizon il n’en est pas du tout question ici. Derrière ce premier plan. nous pouvons faire les observations suivantes. par sa sobriété et son cadrage. il semble porter une armure et serait donc un soldat) semblent plus éloignés. en empêche carrément d’autres. comme si l’on observait la scène depuis la gauche du Christ. les lignes fortes de la croix traversent l’œuvre. Rappelons toutefois que l’étude d’une peinture photographiée complique certaines observations. le paysage le soient.

toute teintée de bleu. la chair des personnages est d’un blanc verdâtre. elle encore. David utilise la technique du clair-obscur.Louis BONARD Lecture d’œuvre 11 – 11 –13 bleu sombre assez violacé. La ville. on distingue les traits du pinceau. le met en évidence. Mais le corps du Christ est étrangement éclairé. Finalement. Dans l’ensemble. Un personnage est vêtu de noir. palette qui se réchauffe un peu au premier plan. L’arrière plan est en haut plutôt bleuté. on ne peut observer de jeu particulier d’ombres et de lumières. Le personnage féminin dont le vêtement semble s’envoler est habillé de rouge feu. la touche est beaucoup plus expressive. observons les ombres et lumières des deux tableaux. Comme vu précédemment. La croix est d’un brun très foncé. s’éclaircit pour arriver au pied du tableau dans un bleu minéral. mis à part le rouge vif et saturé du vêtement de la femme. Enfin. l’expression. plus bas jaune beurre et en dessous se déclinent des nuances de grèges. Même avec la photographie. le décor est particulièrement sombre. La croix comportant des teintes de bruns est. Le panneau surmontant la croix est de couleur brique. Je relèverai le sujet de la lumière dans un prochain paragraphe. C’est le flanc droite du Christ et son visage qui sont surtout éclairés. nous retiendrons que malgré l’iconographie commune aux deux œuvres. mouvement auquel appartenait Dix. La source de la lumière en semble presque divine et le regard levé vers le ciel du Christ accentue ce sentiment de présence céleste. Dix utilise les couleurs pour mettre en valeur certains éléments du tableau. le geste et les palettes sont complètement différents. voire d’ocre. si ce n’est sur le corps du Christ. tous deux très clairs. elles aussi assez bleutées au niveau des jambes surtout. Son flanc éclairé. 3 . Chez Otto Dix. Les mains blanches du soldat sont à la même hauteur que les visages du couple de gauche. est d’un jaune orangé. Ils ressortent également de par leur clarté. le fond. le style. ressortent fortement sur cette croix noire et ce fond foncé. pourrait être qualifiée de gris-bleu. Ce procédé fait ressortir l’élément principal de la toile. Au terme de cette analyse critère par critère. terne et sombre. Le traitement est beaucoup moins lisse que chez David : il s’agit typiquement d’une touche expressionniste. La couleur de ce que je crois être une armure – et cette couleur se retrouve derrière la croix à la hauteur des deux personnages enlacés. L’arrière plan est donc d’une palette de couleurs froides. Le Christ et l’inscription INRI. de gris. Chez Dix. la palette est froide. est quant à elle plutôt dans des tons de bistre très clair. bleutée par endroits. Les couleurs du corps du Christ sont des nuances de chairs.

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