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Droit constitutionnel
« Charte de l’environnement et contrôle de constitutionnalité »
« Je proposerai aux Français d'inscrire le droit à l'environnement dans une Charte
adossée à la Constitution, aux côtés des Droits de l'Homme et des droits économiques et
sociaux. […] La protection de l'environnement deviendra un intérêt supérieur qui
s'imposera aux lois ordinaires »1, déclarait le 18 mars 2002 le président Chirac. Dès juillet
de la même année, une commission présidée par Yves Coppens s’attache à préparer une
Charte de l’environnement2 qui puisse être rattachée à la Constitution de la Ve
République ; Jacques Chirac la promulgue le 1er mars 2005. L’idée de lois sur
l’environnement n’est pas une nouveauté française. Des pays du monde entier
reconnaissent depuis des années l’importance de la protection de l’environnement et font
référence, dans le texte de leur constitution, à un équilibre environnemental ou un cadre de
vie favorable.3 La France se distingue néanmoins par la manière dont elle a intégré la
Charte à la Constitution de 1958. La Commission Coppens a en effet analysé trois formes
différentes qu’elle pourrait donner à la Charte : un « exposé des motifs de la loi
constitutionnelle nécessaire pour inscrire dans la Constitution le droit à un environnement
sain », une loi organique accompagnant une mention dans la Constitution des droits et
devoirs relatifs à l’environnement, et un texte à pleine valeur constitutionnelle.4 Afin
d’éviter les écueils d’un texte sans réelle valeur normative ou qui serait délicat à mettre en
œuvre, la Commission a retenu la troisième solution : la Charte a donc été conçue comme
un texte constitutionnel, mentionné dans le préambule de la Constitution de 1958,
l’inscrivant de plein droit dans le bloc de constitutionnalité.
Ce concept de bloc de constitutionnalité est issu d’une décision du Conseil
constitutionnel5 : il s’agit de l’« ensemble des normes constitutionnelles pris en compte
lors du contrôle de la constitutionnalité des lois exercé par le CC et pour lequel il estime

                                                                                                               
1

Déclaration de M. Jacques Chirac, Président de la République et candidat à l'élection présidentielle 2002,
sur ses propositions en matière d'environnement, de développement durable et de lutte contre les pollutions,
Avranches le 18 mars 2002.
2
On utilisera dans la suite du texte « la Charte » pour mentionner la Charte de l’environnement.
3
BOURG, Dominique, « La charte française de l'environnement: quelle efficacité ? », VertigO - la revue
électronique en sciences de l'environnement [En ligne], Volume 6 Numéro 2 | septembre 2005, mis en ligne
le 01 septembre 2005, consulté le 02 décembre 2012. URL : http://vertigo.revues.org/4323
4
Rapport de la Commission Coppens, p. 16-17.
5
On utilisera ci-après « CC » pour y faire référence.

2  
que le Parlement est lié dans l’exercice de son pouvoir législatif »6. Lors du contrôle de
constitutionnalité d’une loi dans sa décision du 16 juillet 19717, le CC a établi que le
préambule de la Constitution de 1946 et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen
de 1789, qui sont mentionnés dans le préambule de la Constitution de 1958, formaient un
tout avec celle-ci. Par le même raisonnement, les « principes fondamentaux reconnus par
les lois de la République »8 mentionnés dans le préambule de la Constitution de 1946 font
également partie de ce bloc de constitutionnalité. La mention de la Charte dans le
préambule de la Constitution de 1958 était donc de première importance pour signifier son
importance constitutionnelle.
Ainsi, la Charte de l’environnement, ayant été incorporée dans le préambule de la
Constitution de la Ve République, a un statut de norme constitutionnelle, dont il est
possible de tirer des significations prescriptives valides, et qui se place au-dessus des
autres normes juridiques dans la pyramide des normes telle que Kelsen l’a conçue. Ainsi,
chaque norme n’est valide que dans la mesure où elle est conforme aux normes qui lui sont
supérieures ; la norme fondamentale est la constitution, par rapport à laquelle le CC est
amené à contrôler la validité des lois et de certains règlements, comme en dispose l’article
61 de la Constitution. Ce contrôle est possible lorsque le CC est saisi par une autorité
compétente, et sur certains griefs seulement. L’adossement de la Charte de
l’environnement à la Constitution de 1958 affirme une nouvelle catégorie de droits de
l’homme : comme le précise Dominique Bourg, un des membres de la Commission
Coppens, « l'idée est d'affirmer à la suite des deux premières générations de droits de
l'homme, politiques puis économiques et sociaux, une troisième génération, celles des
droits, mais aussi des devoirs, relatifs à l'environnement »9. Cette nouvelle génération de
droits a suscité beaucoup d’espoirs, et tout autant de question sur l’effet qu’ils allaient
avoir dans la pratique.
Dans ce cadre, il semble important d’essayer de déterminer l’efficacité de la Charte
pour la protection de l’environnement : à quel point la Charte est-elle effective dans le
cadre d’un contrôle de constitutionnalité ? Si, à ses débuts, la Charte semble avoir un statut
constitutionnel assez incertain, freinant quelque peu l’action des juges du Palais-Royal (I),
le contrôle de constitutionnalité de la Charte connaît avec l’apparition de la question
                                                                                                               
6

Lexique des termes juridiques, 2013, « Bloc de constitutionnalité ».
Décision n° 71-44 DC du 16 juillet 1971.
8
Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946.
9
Bourg, ibidem.
7

3  
prioritaire de constitutionnalité10 un nouvel essor qui s’étend aux cours inférieures (II).
I. – Une Charte au statut incertain
Lors de sa promulgation le 1er mars 2005, la Charte de l’environnement a
officiellement pris sa place dans les textes constitutionnels. En réalité, l’idée même d’un
texte constitutionnel concernant l’environnement n’est pas évidente : le droit français
contenait en effet déjà des principes de droit environnemental (A). Cet état de fait a induit,
pendant les premières années d’existence de la Charte, une pratique limitée du contrôle
constitutionnel par les juges du Palais-Royal (B).
A. La Charte, texte constitutionnel utile ?
L’existence de principes juridiques environnementaux n’est pas une nouveauté : on
peut les trouver depuis des dizaines d’années tant dans le droit international que dans le
droit interne.11 Dès 1972, en effet, on trouve une déclaration de principe énoncée au cours
de la Conférence mondiale sur l'environnement de Stockholm12, puis en 1992 à Rio (sur
l'environnement et le développement) et en 2002 à Johannesburg (sur le développement
durable), signe que la préservation de l’environnement prend de l’importance. Plus encore,
et au-delà de ces déclarations, certains principes semblent émerger des innombrables
traités internationaux et accords bilatéraux.13 On peut retrouver dans le droit
communautaire un certain nombre de principes similaires. Or, en vertu de la hiérarchie des
normes, les lois et règlements doivent être conformes aux traités internationaux, comme le
dispose l’article 55 de la Constitution. Le droit interne n’ignore pas non plus la question de
l’environnement. Un lent processus voit la création du ministère de l’environnement en
1971, puis la promulgation de deux lois d’importance sur la protection de la nature, en
1976 puis en 1995.14 Cette deuxième loi, en particulier, mentionne quatre principes
essentiels (principe de précaution, principe d'action préventive et de correction, principe
                                                                                                               
10

On utilisera ci-après « QPC ».
GÉLARD, Patrice, Rapport n° 352 (2003-2004), fait au nom de la commission des lois, déposé le 16 juin
2004, sur le projet de loi constitutionnelle relatif à la Charte de l'environnement. Consulté le 03 décembre
2012. URL : http://www.senat.fr/rap/l03-352/l03-352_mono.html
12
Principe 9 de la Conférence mondiale sur l'environnement de Stockholm, 1972, cité par GÉLARD, Patrice,
ibid.
13
Gélard, Patrice, op. cit.
14
Loi n° 76-629 du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature ; loi n° 95-101 du 12 février 1995
relative au renforcement de la protection de la nature.
11

4  
pollueur-payeur, principe de participation), qui seront codifiés dès 2000 sous la forme des
articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l’environnement. La Charte de l’environnement,
quant à elle, met en avant cinq idées principales, soulignées dans ses différents articles :
prévention, précaution, intégration, information et participation. On retrouve ainsi une très
nette parenté avec les principes précédemment cités, ce qui certes témoigne de leur
importance, mais qui peut pousser à s’interroger sur l’utilité réelle de l’existence de cette
Charte. Néanmoins, il apparaît qu’en l’absence de la Charte, l’application des principes
provenait en grande partie de la jurisprudence ; l’interprétation du juge comblait ainsi le
manque d’une norme constitutionnelle.
Par ailleurs, le texte même de la Charte semble limiter l’application qui peut en être
faite. Il apparaît qu’un certain nombre des principes développés dans ses articles ne sont en
réalité pas construits comme des principes, mais comme des objectifs à valeur
constitutionnelle15, concept introduit par le CC depuis sa décision du 17 juillet 1982. Les
deux expressions sont loin d’être synonymes : il semble effectivement que si les objectifs
ne sont qu’impératifs pour le pouvoir législatif, les principes sont directement applicables
et invocables devant la cour.16 L’article 3 évoque ainsi le principe de prévention sans le
nommer comme tel. Bien qu’elle reprenne un principe du code de l’environnement, la
prévention est ici construite comme un objectif à valeur constitutionnelle. En revanche,
l’article 5 mentionne expressément le principe de précaution, qui est donc un principe à
valeur constitutionnelle et est par là même invocable devant la cour ; mais, comme le
souligne David Marrani, étant limité aux autorités publiques, sa portée est plus réduite.
En réalité, dans la pratique, si la valeur constitutionnelle de la Charte semble
reconnue, tant le CC que le Conseil d’État semblent avoir hésité à pratiquer un contrôle de
constitutionnalité de grande ampleur pendant ses premières années d’existence.
B. Une application limitée du contrôle de constitutionnalité
Depuis le 1er mars 2005, la Charte de l’environnement fait partie du bloc de
constitutionnalité : le CC est donc habilité à contrôler la constitutionnalité d’un texte de loi
                                                                                                               
15

MARRANI, David, « The Second Anniversary of the Constitutionalisation of the French Charter for the
Environment: Constitutional and Environmental Implications », Environmental Law Review, Vol. 10, pp. 927, 2008.
16
MONTALIVET (de), Pierre, « Les objectifs de valeur constitutionnelle », Cahiers du Conseil constitutionnel
n° 20, Juin 2006. Voir aussi F. LUCHAIRE, Revue Française de Droit Constitutionnel, n°64, Octobre 2005,
675-684, cité par MARRANI, David (op. cit.).

5  
avant sa promulgation. Il s’agit d’un contrôle par voie d’action, et a priori : le CC, saisi par
une personne compétente,17 déclare la loi conforme ou non à la Constitution. Le 24 mars
2005, le CC prend une décision quant au décret du 9 mars 2005 : en décidant qu’il ne
convenait pas de faire référence à la Charte, le CC l’incorpore officiellement au bloc de
constitutionnalité.18 Entre 2005 et 2008, le CC n’a en réalité pris que trois décisions19
touchant explicitement au fond de la Charte,20 à l’occasion desquelles il effectue deux
types différents de contrôle : le contrôle restreint et le contrôle normal. Dans sa décision de
2008 sur la loi sur les organismes génétiquement modifiés, le CC procède à un contrôle
normal du principe de précaution, suivant en cela la lettre de l’article 5 de la Charte. Ce
contrôle implique que le CC vérifie en premier lieu que la loi sur les OGM ne contient
aucune disposition contraire à l’article 5 ; ensuite, que les mesures adoptées par le
législateur sont « proportionnées ». En l’occurrence, le CC a estimé que la loi était
conforme à la Charte, et donc à la Constitution. Le CC procède en revanche pour les
articles 6 (« principe de conciliation »)21 et 7 (« droit à l’information)22 à un contrôle
restreint : le CC constate ainsi que l’article 7 évoque « les conditions et les limites définies
par la loi » : c’est donc à la discrétion du législateur qu’il revient de définir les modalités
de l’application du droit à l’information, comme en dispose l’article 34 de la
Constitution23 ; le CC se borne à constater la mise en œuvre des modalités. Le CC conclut
surtout : « l’ensemble des droits et devoirs définis dans la Charte […] ont valeur
constitutionnelle ».
Le Conseil d’État a également pour rôle de contrôler la constitutionnalité de certaines
normes. Il effectue ce contrôle a priori lorsqu’il est saisi de projets de décrets et a
posteriori pour les actes administratifs qui lui sont soumis en tant que juge administratif.
Entre 2005 et 2008, le Conseil d’État a été saisi une trentaine de fois24 ; comme le CC, il
effectue un contrôle normal et un contrôle restreint. Le contrôle restreint a lieu lors de la
                                                                                                               
17

Article 61 alinéa 2 de la Constitution : le Président de la République, le Premier Ministre, le président de
l’Assemblée Nationale ou du Sénat, ou un groupe de soixante députés ou sénateurs.
18
Décision 2005-104 ORGA du 24 mars 2005 portant nomination de deux rapporteurs adjoints auprès du
Conseil constitutionnel, JORF 31 mars 2005, 5834, cité par MARRANI, David, op. cit.
19
Décision 2005-514 DC du 28 avril 2005, JORF 4 mai 2005, 7702, Loi relative à la création du registre
international français. Décision 2005-516 DC du 7 juillet 2005, JORF 14 juillet 2005, 11589, Loi de
programme fixant les orientations de la politique énergétique. Décision n° 2008-564 DC du 19 juin 2008, Loi
relative aux organismes génétiquement modifiés.
20
HUTEN Nicolas, « Exception d'inconstitutionnalité et droit de l'environnement ». Communication présentée
dans le cadre du VIIe Congrès français de droit constitutionnel (25, 26 et 27 septembre 2008).
21
Décisions du 28 avril 2005 et du 14 juillet 2005.
22
Décision du 19 juin 2008.
23
Il établit le domaine de la loi et mentionne particulièrement que « la loi détermine les principes
fondamentaux […] de la préservation de l'environnement ».
24
HUTEN, Nicolas, op. cit.

6  
présence d’un écran législatif : il s’agit des cas où le juge administratif se refuse à déclarer
illégaux certains actes qui découlent directement de l’application d’une loi mais contraires
à un acte de valeur juridique supérieure25, en l’occurrence la Charte. Suivant la
jurisprudence du CC, le Conseil d’État, dans sa célèbre décision Commune d’Annecy26, a
conclu dans le même sens : les dispositions de l’article 7 en particulier, et de toutes celles
du bloc de constitutionnalité, ont valeur constitutionnelles et s’imposent aux pouvoirs
publics et aux autorités administratives. En effet, la Charte est un texte de niveau
constitutionnel et, en tant que tel, il domine la hiérarchie des normes, y compris le domaine
réglementaire réservé à l’exécutif.27
Les années d’incertitude sur la valeur réelle de la Charte, incertitude qui a conduit a
une relative faiblesse du contrôle de constitutionnalité par les juges du Palais-Royal, ont
culminé avec les décisions du CC sur la loi OGM et du Conseil d’État sur la Commune
d’Annecy. Le contrôle de constitutionnalité de la Charte connaît soudain une grande
évolution avec l’apparition de la QPC, qui permet une saisine du CC par un nombre
nettement accru de personnes.

II. – Un nouvel essor du contrôle de constitutionnalité.
La QPC, introduite dans le droit français en 2008 et entrée en vigueur le 1er mars
2010, donne un regain de vigueur au contrôle de constitutionnalité : tout justiciable peut,
dans les conditions déterminées par l’article 61-1 de la Constitution, arguer de
l’inconstitutionnalité d’une loi comme moyen de défense (A). Dans le même temps, et
grâce à ce renouveau, le contrôle s’ouvre aux autres cours (B).
A. La QPC : un renouveau dans le contrôle de constitutionnalité par rapport à la Charte.
La QPC est mentionnée aux articles 61-1 et 62 de la Constitution : c’est un contrôle
de constitutionnalité par voie d’exception. Il s’effectue a posteriori, et ne traite pas de la
loi elle-même mais de l’application qui en est faite. Parmi les conditions de sa mise en
                                                                                                               
25

Lexique des termes juridiques, 2013, « Écran législatif ».
CE, Commune d’Annecy, 3 oct.2008, n°297931.
27
Articles 21 et 13 de la Constitution.
26

7  
œuvre, il est nécessaire que la loi porte atteinte aux droits et libertés du justiciable : cela
fait de la Charte une norme constitutionnelle idéale pour servir de base à un contrôle. Par
ailleurs, elle peut être soulevée par tout justiciable, et aucun moyen n’est soulevé d’office,
ce qui laisse une grande marge de manœuvre. En revanche, elle est soumise à un double
filtre : le juge devant qui elle est soumise peut l’accepter ou la refuser ; s’il la transmet à la
juridiction suprême de son ordre juridique, le Conseil d’État ou la Cour de Cassation ont a
leur tour la possibilité de décider s’il y a ou non lieu à une QPC. S’il y a matière à QPC,
elle est transmise au CC qui décide si la loi en question est valide ou non conforme et donc
abrogée (immédiatement ou avec modulation des effets dans le temps). Parmi les griefs qui
peuvent être faits à une loi, il y a celui de l’incompétence négative. Comme l’explique
Patricia Rrapi, « le juge constitutionnel a ainsi estimé que le grief tiré de "l’incompétence
négative" pouvait être invoqué à l’appui d’un recours dans le cadre de l’article 61-1 de la
Constitution, dès lors que le législateur n’avait pas épuisé sa compétence en, matière que la
Constitution lui réserve exclusivement. »28 Il s’agit d’une notion qui se fonde sur l’idée de
réserve de loi : l’article 34 de la Constitution précise en effet l’étendue de domaine de la
loi. Cet article était censé restreindre le pouvoir législatif en créant une incompétence
(positive, donc) dans le cas où le législateur se serait laissé allé à déborder ce qui lui est
autorisé. Par un singulier retournement, il a en réalité créé une incompétence en creux : le
législateur est tenu d’épuiser sa compétence, de ne pas laisser au pouvoir réglementaire le
soin de légiférer à sa place. Or il est manifeste que certains articles de la Charte font appel
à la compétence du législateur en matière d’exercice des droits et libertés fondamentaux29.
Un premier filtrage de la QPC s’effectue avant le CC ; dans le cas de la Charte de
l’environnement, il a le plus souvent lieu au Conseil d’État, qui, au cours de la première
année d’existence de la QPC, n’en a transmis aucune au CC. Comme le souligne Delphine
Hédary,30 les raisons sont multiples : loi préalablement déclarée conforme à la
Constitution, question mal formulée, incompétence négative qui ne s’applique pas aux lois
antérieures à la Charte… Dès avril 2011, en revanche, le CC commence à être saisi de
QPC. Sa décision du 8 avril 2011,31 renvoyée par la Cour de Cassation, est fondamentale,
puisque le CC y précise que son contrôle a posteriori des lois par la voie de la QPC peut
                                                                                                               
28

RRAPI Patricia, « L’incompétence négative » dans la QPC : de la double négation à la double
incompréhension ». Communication présentée dans le cadre du VIIIe Congrès français de droit
constitutionnel (16, 17 et 18 juin 20011). Voir en particulier la note 1 pour la liste des décisions qui s’y
rapportent.
29
L’article 7, par exemple, évoque « les conditions et les limites définies par la loi ».
30
HÉDARY, Delphine, « La Charte de l'environnement - une mine à QPC ? », Constitutions 2011 p. 407.
31
Décision n° 2011-116-QPC du 8 avril 2011.

8  
s'exercer au regard de la Charte de l'environnement ; c’est également la première
application de l’article premier de la Charte. Karine Foucher souligne néanmoins la portée
limitée de cette décision : « À nuancer, l'interprétation de la décision du 8 avril 2011 sous
l'angle de l'applicabilité directe des dispositions de la Charte est surtout inutile dans la
mesure où la procédure de QPC présente justement l'intérêt de ne pas se situer sur ce
terrain... ».32 Dans sa décision du 14 octobre 2011,33 le CC admet l'invocabilité du principe
de participation du public (article 7 de la Charte) à l'élaboration des décisions publiques
ayant une incidence sur l'environnement.34 La dernière décision en date,35 publiée le 23
novembre 2012, porte également sur l’article 7 et, comme le souligne le commentaire
« autorisé », s’inscrit dans le prolongement d’une jurisprudence désormais bien établie.
B. Une ouverture de la Charte de l’environnement aux cours inférieures.
La Charte de l’environnement étant inscrite dans le bloc de constitutionnalité, il n’est
pas très étonnant qu’elle ait été utilisée dans le cadre du contrôle de constitutionnalité. Il
est sans doute plus surprenant, en revanche, que les cours inférieures en aient également
fait usage, de la même façon que leur juridiction suprême. Comme le note David
Marrani,36 la Charte s’en est vue transformée en document opérationnel, laissant au loin
l’aspect purement politique qu’on aurait pu craindre. Dès avril 2005, le tribunal
administratif de Châlons-en-Champagne est chargé d’étudier si la rave party autorisée par
le préfet de la Marne mettait à mal une liberté fondamentale.37 Le jugement aboutit à la
consécration des libertés fondamentales contenues dans la Charte et dont le tribunal a
conclu qu’elles étaient à valeur constitutionnelle. Plus curieusement peut-être, la Charte a
aussi été utilisée dans les cours civiles et pénales, qui à première vue semblent avoir peu à
voir avec le droit environnemental. Les accusés de la célèbre affaire des Faucheurs
Volontaires de champs contenants des semences OGM ont néanmoins fait appel à la
Charte de l’environnement dans le cadre de leur pourvoi en cassation.38 Si la Cour de
                                                                                                               
32

FOUCHER, Karine, « La première application de la Charte de l'environnement par le Conseil constitutionnel
dans le cadre de la QPC : de l'inédit, de l'inutile et du flou », AJDA, 13/06/2011, p. 1158.
33
Décision n° 2011-183/184 QPC du 14 octobre 2011.
34
DELAUNAY, Bénédicte, « La pleine portée du principe de participation », AJDA, 13/02/2012, p. 260.
35
Décision n° 2012-282 QPC du 23 novembre 2012.
36
MARRANI, David, « The Second Anniversary of the Constitutionalisation of the French Charter for the
Environment: Constitutional and Environmental Implications », Environmental Law Review, Vol. 10, pp. 927, 2008.
37
TA Châlons-sur-Marne 29 avril, AJDA 2005, p. 978.
38
C.Cass. (crim.), 7 février 2007, n° 06-80.108.

9  
cassation a rejeté tous leurs arguments, et en particulier celui d’une éventuelle « nécessité »
qui les aurait poussés à agir, elle n’a pas réfuté l’utilisation possible de la Charte dans ce
contexte.
Il semble effectivement que, comme le souligne David Marrani à la fin de son article,
les cours suprêmes et le CC conservent une approche traditionnelle, quand les cours
inférieures tendent vers une utilisation imprévue de la Charte.

12  
BIBLIOGRAPHIE

Textes normatifs
• Constitution du 4 octobre 1958 : articles 13, 21, 34, 55, 61, 61-1, 62.
• Charte de l’environnement.
• Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946.
• Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.
• Loi n° 76-629 du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature.
• Loi n° 95-101 du 12 février 1995 relative au renforcement de la protection de la nature.

Jurisprudence
• TA Châlons-sur-Marne 29 avril, AJDA 2005, p. 978.
• C.Cass. (crim.), 7 février 2007, n° 06-80.108.
• CE, Commune d’Annecy, 3 octobre 2008, n°297931.
• Décision n° 71-44 DC du 16 juillet 1971.
• Décision n° 2005-104 ORGA du 24 mars 2005 portant nomination de deux rapporteurs
adjoints auprès du Conseil constitutionnel, JORF 31 mars 2005, 5834.
• Décision n° 2005-514 DC du 28 avril 2005, JORF 4 mai 2005, 7702, Loi relative à la
création du registre international français.
• Décision n° 2005-516 DC du 7 juillet 2005, JORF 14 juillet 2005, 11589, Loi de
programme fixant les orientations de la politique énergétique.
• Décision n° 2008-564 DC du 19 juin 2008, Loi relative aux organismes génétiquement
modifiés.
• Décision n° 2011-116-QPC du 8 avril 2011.

13  
• Décision n° 2011-183/184 QPC du 14 octobre 2011.
• Décision n° 2012-282 QPC du 23 novembre 2012.

Doctrine :
- Livres
• CONSTANTINESCO, Vlad, PIERRÉ-CAPS, Stéphane, Droit constitutionnel, Paris, PUF, 5e
édition, 2011.
- Articles
• AGUILA, Yann, « La valeur constitutionnelle de la Charte de l'environnement », RFDA
2008, p. 1147.
• AGUILA, Yann, « Valeur de la Charte de l'environnement », Constitutions 2010 p. 139.
• AGUILA, Yann ; PERI, Alexandra, « QPC et Charte de l'environnement - les limites de
l'incompétence négative », Constitutions 2011 p. 113.
• BORÉ EVENO, Valérie, « La Charte de l'environnement ne donne pas en soi intérêt pour
agir », AJDA 2006, p. 1053.
• BOULET, Mathilde, « Questions prioritaires de constitutionnalité et réserves
d'interprétation », RFDA 2011, p. 753.
• BOURG, Dominique, « La charte française de l'environnement: quelle efficacité ? »,
VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement [En ligne], Volume 6
Numéro 2 | septembre 2005, mis en ligne le 01 septembre 2005, consulté le 02 décembre
2012. URL : http://vertigo.revues.org/4323
• DELAUNAY, Bénédicte, « La pleine portée du principe de participation », AJDA
13/02/2012, p. 260.
• DRAGO, Guillaume, « Principes directeurs d'une charte constitutionnelle de
l'environnement », AJDA 2004, p. 133.
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• GUILLAUME, Marc, « L'autorité des décisions du Conseil constitutionnel - vers de
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• HUTEN, Nicolas, « Exception d'inconstitutionnalité et droit de l'environnement ».
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• LUCHAIRE, François, Revue Française de Droit Constitutionnel, n°64, Octobre 2005,
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• MATHIEU, Bertrand, « Observations sur la portée normative de la Charte de
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• MONTALIVET (de), Pierre, « Les objectifs de valeur constitutionnelle », Cahiers du
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• ROBLOT-TROISIER, Agnès, « Le non-renvoi des questions prioritaires de constitutionnalité
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• RRAPI Patricia, « L’incompétence négative » dans la QPC : de la double négation à la
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• SOLER-COUTEAUX, Pierre, « Tout justiciable peut invoquer la Charte de l'Environnement
devant le juge administratif », Revue de droit immobilier 2008 p. 563.

Autres

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• Déclaration de M. Jacques Chirac, Président de la République et candidat à l'élection
présidentielle 2002, sur ses propositions en matière d'environnement, de développement
durable et de lutte contre les pollutions, Avranches le 18 mars 2002.
• Rapport de la Commission Coppens de préparation de la Charte de l’environnement.
• GUINCHARD, Serge (coll.), Lexique des termes juridiques, Dalloz-Sirey, 20e édition,
2013.