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Les quatre essais de Hume sur le bonheur et

leur place dans le passage de la morale à la
politique
James A. Harris
p. 105-121
Testo Note Autore

Testo integrale

1 David HUME, Essays Moral, Political, and Literary, Eugene MILLER (ed.), revised
edition, Indianapo (...)

2 Je tiens à remercier John Wright qui a attiré mon attention sur le fait que la note de
bas de page (...)

3 La comparaison que j’effectue entre les Platoniciens et les Latitudinaires est due aux
travaux de (...)

1EN 1741, HUME PUBLIE UN VOLUME des Essais moraux et politiques, et il en publie un
deuxième l’année suivante. Comme son Traité de la nature humaine, ces deux volumes
paraissent anonymement, mais à la différence du Traité, ils sont publiés à Édimbourg. Parmi
les essais du second volume, quatre doivent être considérés ensemble, malgré la requête de
Hume, qui, dans la préface au premier volume, prévient le lecteur de « ne pas chercher de lien
entre ces essais mais considérer chacun d’eux comme une œuvre à part1 ». Ces quatre essais
sont « L’Épicurien », « Le Stoïcien », « Le Platonicien » et « Le Sceptique ». Hume les
envisage collectivement lorsqu’il déclare, dans la préface au second volume : « Il convient
d’informer le lecteur, que les essais intitulés L’Épicurien, Le Stoïcien, & c. dépeignent les
idées d’un personnage particulier, dont les pensées ne doivent en rien l’offenser. » Il établit
une nouvelle fois ce lien dans une note au titre de « L’Épicurien », où il explique : « Cet essai
et les trois qui suivent ont moins pour objet d’expliquer avec précision les sentiments de ces
sectes philosophiques de l’Antiquité que de présenter les sentiments des sectes qui se forment
naturellement dans le monde, et conçoivent des idées différentes de la vie humaine et du
bonheur » (note 1, p. 2982). Dans chaque essai, il pose la question antique par excellence,
celle de la recherche de la meilleure vie possible pour les êtres humains, sous-entendu la plus
heureuse. L’Épicurien se prononce en faveur de « la divine, l’aimable Volupté, amour suprême
des dieux et des hommes » (EMPL, 301), le Stoïcien en faveur de la vie vertueuse, et promeut
le bonheur parfait que procure la contemplation de l’Être Suprême. Le Sceptique n’a pas
d’opinion bien définie. Il semble embrasser le point de vue stoïcien selon lequel « la
disposition d’esprit la plus heureuse est celle qui est vertueuse » (EMPL, 328), sans pour
autant considérer la vertu comme un élément suffisant pour apporter le bonheur ; car « le
désordre et la confusion des affaires humaines sont tels qu’on ne peut s’attendre en cette vie à
ce que le bonheur et la misère soient régulièrement et parfaitement répartis. » (EMPL, 339).
Comme le sous-entend Hume, il s’agit ici de philosophie antique habillée au goût du jour : le
discours de l’Épicurien ressemble aux propos libertins d’un Rochester, celui du Stoïcien

ces essais forment à eux quatre une sorte de dialogue. Le discours de l’Épicurien est constitué en partie d’une raillerie des doctrines stoïciennes. de J. Ton indolence elle-même te fatigue. 2Comme il sied à un exercice de personnification. et de mépriser toute aide et tout soutien apportés par des objets extérieurs » (EMPL. ce qui donne l’impression d’un concours d’éloquence. le locuteur s’adresse à un interlocuteur sans nom. le but suprême. à quoi doive être rapporté tout précepte de vie bonne et de conduite droite .pourrait être tenu par le troisième comte de Shaftesbury. qui le ravit à lui-même et détourne son regard de ses fautes et de son malheur » (EMPL. et dit au Stoïcien : « Tu es toi-même ta propre idole. Le Stoïcien répond dans la même veine : « C’est en vain que tu cherches le repos sur un lit de roses . On assiste dans les quatre essais à une prise de position critique sur les écoles de pensée rivales. de nous satisfaire de la conscience de nos bienfaits. Enfin. Cette affirmation n’implique pas pour autant que le contenu des points de vue exprimés par les personnages de Cicéron et ceux de Hume se superposent. au contraire. 328). conscient que tu es de tes imperfections réelles. Mais au-delà de son positionnement sceptique. Le Sceptique fait écho aux critiques du Stoïcien et du Platonicien envers l’Épicurien. Le Platonicien estime que le bonheur de l’Épicurien « ne vient que de cette précipitation de l’esprit. en vain que tu attends la volupté des vins et des fruits les plus délicieux. et c’est peut-être la raison pour laquelle le livre V du De Finibus se termine sans qu’il se soit prononcé de manière catégorique en faveur de la version aristotélicienne que Pison défendait. t. on a souvent lu les propos du Sceptique comme étant ceux de Hume lui-même. Le dialogue de Hume. 309). où trois orateurs essaient tour à tour de persuader le public de la validité de leur position et de l’ineptie de celle de leurs rivaux. Dans chacun des trois premiers essais. » (EMPL. chacun des quatre essais est écrit à la première personne. MARTHA revue par C. avec bien plus d’effets de style qu’on en trouve habituellement chez Hume. qu’est-ce qu’elle évite comme le plus grand des maux4 ? » Cicéron est un sceptique. qu’« un objet de dévotion abstrait et invisible comme celui que seule la religion naturelle nous propose ne peut longtemps mouvoir l’esprit. si bien que les quatre essais sur le bonheur apparaissent comme une sorte de version modernisée du De finibus malorum et bonorum. 316). Lévy. qu’est-ce que la nature recherche comme le bien suprême . Comme l’ont remarqué plus d’un commentateur. ton plaisir lui-même t’inspire du dégoût. en réponse au Platonicien. il suit le modèle cicéronien du De natura deorum.. et il ajoute. Cicéron estime très clairement que la discussion philosophique au sujet de notre fin dernière est de la plus haute importance pratique. le dernier terme.. p. 317). se termine sur la défaite du Sceptique qui ne trouve pas . dans la mesure où il refuse de répondre à toute question avec certitude absolue. 300). Li (. Les variations du dix-huitième siècle apparaissent plus clairement dans le cas du « Stoïcien ». une conversation à quatre voix sur la nature du bonheur humain. Les personnifications de Hume sont. comme je l’ai déjà signalé. Tu te prosternes devant tes perfections imaginaires . trad. I. ni prendre beaucoup d’importance dans notre vie » (EMPL. La question des quatre essais de Hume reste cependant la même que celle de Cicéron : « Quelle est la fin. de nous repaître de nos propres pensées.) 3Lorsque Hume fait un détour par la forme dialogique. mieux encore. et les arguments platoniciens rappellent ceux des anglicans latitudinaires3. Des termes extrêmes des biens et des maux. une version qui se distingue par sa modernité de celle des écoles de pensée antiques. à la manière d’un discours établi ou d’un discours déclamatoire. tu ne cherches qu’à duper le monde et à satisfaire ta fantaisie en multipliant le nombre de tes admirateurs ignares » (EMPL.  4 CICERON. ou plutôt. tout particulièrement de « ces vaines prétentions de nous rendre heureux dans les confins de notre être.

On reconnaît tout particulièrement Hume dans la déclaration du Sceptique : « Les objets en euxmêmes sont absolument dépourvus de valeur ou de prix : c’est de la passion seule qu’ils les tirent » (EMPL. d’autres des platoniciens par nature. « Hume’s Essay on Happiness ». 328). ces quatre essais constituent un dialogue. p. « sont trop subtiles et trop distantes pour avoir cours dans la vie commune ou pour extirper une affection » (EMPL. Hume’s Skepticism in the Treatise of Human Nature. il existe de nombreuses affinités entre les points de vue du Sceptique et ceux de Hume lui-même. naturellement stoïciens. Comme dans les Dialogues au sujet de la religion naturelle. 1989.  6 John IMMERWHAR. p. 308. Certains d’entre nous sont des épicuriens par inclinaison. affirme-t-il. En d’autres termes. 326. London. 329-330). Elle ne permet pas non plus d’analyser la façon dont une lecture des quatre essais dramatise l’impossibilité de trancher l’un des problèmes considéré parmi les plus anciens de la philosophie. ni pourquoi. n° 15. Robert Fogelin écrit que malgré l’avertissement de l’auteur sur la personnification. et que les maximes générales n’ont d’influence que tant qu’elles affectent le goût et le sentiment » (EMPL. et dans la note de bas de page qui l’accompagne comparant la beauté et la difformité du vice et de la vertu aux qualité secondaires qui « ne sont point dans les corps.. et d’autres enfin. « Hume se présente au lecteur sous le déguisement le plus fin qui soit5.. p. Le scepticisme du Sceptique a pour objet la philosophie. in Hume Studies. « quiconque considère sans préjugé le cours des actions humaines trouvera que les hommes sont presque entièrement régis par leur constitution et par leur tempérament. « L’empire de la philosophie ne s’étend que sur un petit nombre d’hommes.d’argument valable pour convaincre le lecteur des doctrines du Stoïcien. 333). il est impossible de convaincre quelqu’un par la force de la raison que la vertu soit le meilleur choix possible pour l’être humain. déclare le Sceptique .  5 Robert FOGELIN. 118 (. mais seulement dans les sens » (EMPL. qui affirment que la seule raison de s’engager dans la philosophie réside dans le plaisir qu’elle peut nous procurer. le ton de l’essai et autres détails mineurs mis à part » . et la raison ne peut nous rendre plus heureux que nos passions innées ne nous le permettent. dont les réflexions. contrairement à ce que conclut Fogelin. et même sur ceux-là son autorité reste très faible et limitée » (p. note 3). Routledge. rien ne peut être fait pour transformer quelqu’un en stoïcien s’il n’est pas déjà prédisposé par nature.) 4Comme on l’a déjà remarqué. Ainsi. Même si « la disposition d’esprit la plus heureuse est celle qui est vertueuse » (EMPL. et les quatre essais sur le bonheur ne retiennent l’attention des critiques qu’en tant qu’ils permettent de souligner ces affinités. Même si les affinités entre la position du Sceptique et celle de Hume sont indiscutables. le modèle classique n’est invoqué que pour mieux être remis en question : la raison ne peut rien nous dire de la nature des Dieux. La ressemblance se retrouve en outre dans les phrases conclusives de l’essai. 307-324. » La doctrine la plus proche de la pensée de Hume est celle qui considère que les passions ne peuvent être soumises au gouvernement de la raison. 1985. l’école de pensée qu’il préfère. dans son étude du scepticisme de Hume. 327). lorsqu’ils sont pris dans leur ensemble. les bienheureux. et font ainsi écho à la fin du Traité. 329). une telle approche des quatre essais ne permet pas de comprendre pourquoi Hume a préféré écrire quatre essais plutôt qu’un seul. « Le Sceptique » enrichit considérablement l’analyse de la conception humienne de la philosophie morale. « le sceptique représente la pensée de Hume en tous points. Les discours que Hume a accordés aux représentants de chacune de ces doctrines n’atteignent pas leur but. et précisément lorsqu’il est pris dans le contexte des quatre essais. . Cet article vise donc à démontrer que.

283. continue Immerwarh non sans optimisme. Aubier Montaigne. trad. LEROY. Il s’intéresse de près à la lecture groupée des quatre essais..] Mais la philosophie abstruse. Paris. 749. Le lecteur a certainement déjà compris que mon interprétation des essais. en désaccord sur ce point avec le Sceptique. C’est-à-dire que « Le Sceptique » nous éclaire davantage que le Traité non pas sur ce qu’est la tâche du philosophe moral (le Traité l’expose bien clairement). comme il est dit à la fin du Traité. p. Stewart écrit en effet dans son article « L’héritage stoïcien au début des Lumières écossaises » que « le Sceptique » « montre de façon plus précise et concise que le Traité la nature et les limites de l’enquête morale dans le cadre du scepticisme philosophique11 ». A. 2004.  13 Ibid. comme le Traité. mais sur ce que cette tâche n’est pas. pas un représentant des différentes écoles de pensées du dialogue de Hume sur le bonheur ne peut être rapproché de la pensée de Hume lui-même. A. Seuls les essais populaires offrent un remède10 ». p. cit. op.  11 John IMMERWHAR. et affirme que « le but de ces essais est plus thérapeutique qu’analytique. 6M.  9 Ibid. tout comme Fogelin.. « Le lecteur ».. 1983. trad. « abandonnera progressivement son dogmatisme et les passions violentes qui lui sont attachées pour endosser un point de vue plus sceptique. cit.  8 John IMMERWAHR. p. Selon Immerwahr. 277. MALHERBE.. la tâche du philosophe moral humien n’est pas du tout ce que pense Immerwarh. « Hume’s Essays on Happiness ». ils sont conçus pour changer le lecteur plus que pour l’informer6 ». 319. « Hume’s Essays on Happiness ». Traité de la nature humaine. 7 David HUME. voit dans « Le Sceptique » une expression des idées de Hume . Enquête sur l’entendement humain. Plus exactement. dont le but est de nous « engag[er] sur les sentiers de la vertu par des perspectives de gloire et de bonheur » et de « dirige[r] nos pas par les préceptes les plus sains et les plus illustres exemples7 ». Stewart. « The Stoic Legacy in early Scottish Enlightenment ». mais. 39. Vrin.  12 M.. Immerwarh va jusqu’à affirmer que « selon certains critères. car « Hume. A. Or. p. Immerwhar voit dans ces essais un cas de ce que Hume appelle « la philosophie facile » dans la section I de la première Enquête. contrairement à Fogelin. M. op. et vivre ainsi des passions plus calmes8 ». diffère sensiblement de celle d’Immerwarh. Il pense donc que les quatre essais constituent une « œuvre à part ». John Immerwahr contredit la lecture que propose Fogelin. 320. les essais populaires sont plus importants pour Hume que les œuvres philosophiques abstruses » . [. op. est seulement nécessaire comme support de ce travail thérapeutique. p. 5Dans son intéressante analyse des quatre essais. écrite pour nous former « une juste opinion du bonheur aussi bien que de la dignité de la vertu9 ». 321. STEWART. p.  10 David HUME.. .. Paris. cit. croit que la philosophie est le remède de l’esprit. Stewart pense que l’essai permet à Hume de développer certains points de la philosophie qu’il a exposés dans le Traité sur la nature humaine. et tout particulièrement celle du « Sceptique ». p. ils sont le parfait exemple de la technique « facile » consistant à « placer des personnalités opposées dans une position clairement contrastée ».

de l’éducation et de l’instruction. la Science agréable. elles-mêmes fruit du hasard. selon Stewart.. Si l’on associe la philosophie abstruse aux tentatives de « rendre la vertu aimable.) 7La lecture que fait Stewart des essais sur le bonheur s’insère dans une réflexion plus large sur le parcours philosophique de Hume. affirmant ainsi la conviction personnelle de Hume qui veut que la philosophie – n’importe quelle philosophie – ait peu d’impact direct sur notre vie14 ». écartant dans ce but tous les soucis d’ordre moraux. « Le Sceptique [. Stewart s’appuie sur un texte clé. à savoir la première section de l’Enquête sur l’entendement humain. je ne le suis qu’à moitié. qui se lit comme une déclaration explicite de la part de Hume en faveur de la philosophie « abstruse ». Ce tableau s’oppose à l’idée déjà bien établie selon laquelle. dans ses écrits tardifs. et encore moins à un Hume. et l’argumentation permet de conclure à l’incapacité pour la philosophie morale de détacher quiconque de la conception du bonheur que lui dictent ses passions. Cette lecture de l’évolution philosophique de Hume voit les quatre essais sur le bonheur comme une halte entre la comparaison du peintre et de l’anatomiste établie au dernier paragraphe du Traité et la défense minutieuse de la position anatomique dans la première section de l’Enquête. la compagnie instructive. Cette tâche revient aux moralistes comme Cicéron.à savoir de procurer un remède pour l’esprit. Cependant. où il dresse un tableau du philosophe consacrant l’intégralité de sa carrière à concevoir l’enquête philosophique de manière purement analytique. Pour Stewart. A. la facilité et la popularité.. « représente une image succincte de la nature et des limites de l’enquête morale dans le contexte du scepticisme philosophique. Cette lecture du « Sceptique » par rapport aux trois autres essais me semble tout à fait juste.. La Bruyère et Addison. lorsque Stewart conclut que pour Hume. » Le postulat en question repose sur la conviction qu’ont les adeptes d’une conception du bonheur humain. . Hume renonce aux aspects les plus sceptiques de sa philosophie pour embrasser la superficialité. la philosophie n’a qu’une influence indirecte sur la vie. différent de celui de Stewart. « représentent les différents degrés « d’enthousiasme » au sens péjoratif du terme.  14 M.. un style de philosophie qui s’intéresse uniquement à la vérité. voire (selon les termes de Hume) anatomique. que les philosophes n’ont rien à apporter qui puisse rendre la vertu agréable et la compagnie instructive. Les trois premiers essais. sauf en ce qu’elle représente une étude qui nous familiarise avec les conséquences des actions et dont la pratique peut servir à nous distraire de manière constructive des passions antisociales et nous aider à développer notre sensibilité12 ». écrit Stewart. Comme l’écrit Stewart. mais ne peut incomber à un Aristote. un Malebranche. La suggestion proposée dans « Des différentes espèces de philosophie » est. « Le Sceptique » consiste en un rejet des vues des autres protagonistes dans le débat sur le bonheur. cela donne tout simplement de la mauvaise philosophie. STEWART. Le reste de l’article sera consacré à l’explication de mon point de vue à ce sujet.] ne fait pas grand cas de la philosophie. un Locke. et tout particulièrement dans les Enquêtes. « Two Species of Philosophy: The Historical Significance of the First Enquiry » in (. et la solitude plaisante ». en fait. et à ma propre conclusion sur la morale des quatre essais sur le bonheur. Le premier des trois essais parodie plusieurs sortes de philosophie facile et évidente : « Le Sceptique ». Le philosophe abstrus doit apprendre comment représenter la géographie mentale avec clarté et élégance – exactement ce que Hume n’avait pas réussi à faire dans le Traité – mais c’est tout ce qu’il reprend des écrivains faciles et clairs. Les trois premiers ne font qu’exposer une manière d’être tandis que le premier construit une argumentation visant à critiquer le postulat qui sous-tend ces manières d’être13. qu’il est possible de transmettre leur point de vue par le seul moyen de la raison . Les pensées incarnées dans le personnage du Sceptique sont exprimées par Hume dans la première Enquête.

. en dépit de son scepticisme à l’égard de la possibilité d’être fidèle aux principes fondamentaux de la connaissance humaine. » On attendait en premier lieu d’un professeur de philosophie .2). se moquant plus loin. I (. Ayant clarifié ses positions et motivé sa conception d’une philosophie purement théorique et analytique. Hume avait été accusé de « scepticisme universel ». J. 83.)  19 Ibid.)... « la Nature ferait toujours valoir ses droits. à la manière de Fielding et de Goldsmith. E. et de mettre au premier plan le fait que. STEWART. selon Stewart : il n’est pas reçu à la chaire de philosophie morale d’Édimbourg en 1745. On peut aisément voir un rapport entre ces propos et le développement au même moment d’un stoïcisme chrétien dans l’Écosse des années 1740.. 15 Ibid. 130) lorsqu’ils souffrent de la goutte ou qu’on vient de leur voler leur argent17. qui destituait l’homme des convictions nécessaires comme la prudence. p. Sa réponse fut d’insister sur le caractère « inoffensif et innocent » de son scepticisme. (5.  18 Richard SHER. qui n’est selon lui qu’un « système d’égoïsme raffiné » et une justification pour mieux s’éloigner de la vertu et des plaisirs sociaux. p. « Professors of virtue: The social history of the Edinburgh moral philosophy chair i (.) 9Richard Sher a mis en valeur que. avec pour but de former de jeunes hommes vertueux. « Hume’s Intellectual Development ». 99..34-35) 8Hume aurait partiellement été poussé à être plus explicite sur la nature de son projet philosophique à cause d’un échec. comme l’a démontré l’affaire d’Édimbourg.  16 David HUME. la politesse. de l’incapacité des Stoïciens à rester fidèles à leurs « grandes vues » (EMPL. distingués et cultivés dont les opinions religieuses. représenté en premier lieu par Hutcheson à Glasgow et Turnbull à Aberdeen. Enquête sur l’entendement humain.. A. KAIL (eds. et repris ensuite par la plupart des philosophes responsables de l’échec de Hume à la candidature de la chaire de philosophie d’Édimbourg. P.  20 M. Cela l’avait incité à faire savoir de la manière la plus claire possible que sa philosophie. Hume s’attaque à la superficialité d’une sorte de philosophie qui. op.. « la philosophie morale universitaire n’a jamais été considérée comme une discipline purement laïque ou “scientifique” par les magistrats et les hommes d’Église » : « C’était aussi un moyen d’intégrer la piété. et finirait par l’emporter sur n’importe quelle tentative de raisonnement abstrait16 ». (8. politiques et sociales les prépareraient au bonheur et au succès dans l’Écosse presbytérienne d’après l’Union et la Révolution18.. Il s’attaque en particulier au stoïcisme. in Marina FRASCASPADA. si bien que le livre « représente la tentative publique de Hume de réfuter les accusations de ses opposants15 ».  17 Ibid. la moralité et la religion. cit. quelles que soient les conclusions des enquêtes comme la sienne au sujet de la véritable nature de l’esprit humain. la bienséance et la connaissance. dans l’Écosse du dix-huitième siècle. était au centre des attentes de l’université pour la chaire de philosophie dans l’Écosse du milieu du dix-huitième siècle. n’avait aucune implication dans la vie quotidienne. Stewart affirme que les critiques qui font l’objet d’un résumé au début de la lettre d’un Gentleman et la défaite qui a suivi « ont provoqué une colère au point de laisser une marque permanente sur le personnage et l’argumentaire de la première Enquête ».

Il s’en suivrait donc que lorsque Hume écrit des œuvres qui ne peuvent être classifiées comme des exercices d’anatomie. Si l’on suit l’explication de Sher et de Stewart. pour savoir quel désir vous pouvez combler. L’avertissement du début du premier volume attire l’attention sur la « méthode de l’auteur pour traiter de sujets politiques ». Hume évite de répéter le rôle du médecin de l’âme en paraissant n’avoir aucune autre ambition que celle de présenter les truismes et les clichés de la société polie sous une forme élégante. Je voudrais proposer une autre façon d’envisager la carrière philosophique de Hume. et même si la première peut être au service de la deuxième comme les anatomistes ont été au service des peintres. une fois la seconde Enquête publiée et Hume élu conservateur de la Bibliothèque de l’Ordre des Avocats. œuvre qu’il écrit juste après son humiliation orchestrée par Wishart et sa clique. Dans un grand nombre d’essais publiés dans les deux volumes des Essais moraux et politiques. Princeton University Press. quel appétit vous pouvez satisfaire. peut insuffler un apaisement et une modération des passions mais là encore. 1990. et tout particulièrement dans les quatre essais sur le bonheur. ou l’espoir. servirait à donner aux jeunes hommes le caractère et les valeurs essentielles à l’épanouissement d’une Écosse libre et prospère. décrit-il le livre comme « une œuvre capitale pour la promotion de la vertu. et qui le perçoit passant d’une philosophie pratique à une autre plutôt que creusant un immense fossé infranchissable entre la philosophie et le monde extérieur à l’étude.morale qu’il enseigne un mélange de morale didactique. « son œuvre philosophique est en réalité terminée » : « le reste. nous dit Hume. chap. il n’écrit plus de la philosophie morale. la superficialité d’essais comme « De l’impudence et de la modestie » ou « De l’amour et du mariage » s’accompagne d’un ton posé et affecté. le Système de morale philosophique. qui sous-tendait ces attentes était qu’un cours de philosophie morale. même exposée par l’un des professeurs les plus brillants. en réitérant son engagement en faveur de la philosophie anatomique dans la première Enquête. c’est de l’histoire20 ». Hume réagit à cela. et n’ont rien de particulièrement philosophique.  21 Mark BOX. l’échec de Hume à la chaire universitaire de philosophie est dû à son manque d’enthousiasme pour plaider la cause de la vertu dans le Traité. l’éditeur des cours de morale philosophique d’Hutcheson. Les meilleurs remèdes pour guérir le malheur sont faciles et évidents. de piété presbytérienne et de solides principes politiques whig. continue alors Stewart. 3 10Dans les quatre essais sur le bonheur. Hume présente sous forme dramatique le déclin de la conception antique de la philosophie morale comme moyen de guérir l’âme à force d’arguments raisonnés sur la nature du plus grand bien pour les êtres humains. un rejet du moralisme dominant de son époque. ni valable en soi. d’un côté. La position de Hume ne consiste pas à affirmer l’inutilité intrinsèque de la philosophie. la morale et la politique. et tout particulièrement la « rage partisane » . la philosophie. compris dans son sens large. elles restent deux disciplines séparées. The Suasive Art of David Hume. Princeton. au mieux. Ainsi. Comme l’a observé Mark Box. Il n’en reste pas moins que Hume insère entre ces imitations de politesse addisonienne quelques essais qui montrent qu’il n’a pas abandonné totalement l’idée que l’on peut trouver un rôle pratique à la réflexion philosophique. Si vous venez trouver un philosophe pour apprendre comment déterminer vos fins. n’aurait pu convenir dans l’amphithéâtre. Le présupposé. et de l’autre. ainsi que des notions véritables de gouvernement et de liberté19 ». il reste à savoir si les réflexions raffinées tant prisées par les philosophes ont un effet réel. préparez-vous à être déçu : la leçon de la philosophie n’apporte rien qui soit désirable. Il s’agit plutôt de distinguer. Stewart va jusqu’à affirmer que. comme si Hume cherchait à tout prix à ne pas adopter le style aérien et didactique de la prose philosophique21. qui voit dans ses écrits. La philosophie. Il n’est pas possible de décider quelle est la meilleure vie possible pour les êtres humains. Une philosophie purement anatomique.

Hume’s Philosophical Politics. in Andrew SKINNER. plutôt que dans la prédominance de l’un ou de l’autre. p (. et qu’une telle philosophie ait ainsi les conséquences pratiques que la philosophie morale ne peut avoir. la stabilité et la prospérité. mais qui reste menacée en permanence. en Grande-Bretagne comme ailleurs. Le modèle britannique est censé avoir été accompli grâce à la constitution. Hume’s Philosophy of Common Life.. le considèrent . and Liberty ». gênés de voir Hume attaquer sans remords l’idée selon laquelle la source de la liberté britannique repose sur un contrat « original » entre le roi et le parlement. Et Hume peut espérer que cette perspective ait un effet tangible et améliore la vie de ceux qui prendraient la peine de la comprendre.. est que les membres du gouvernement n’ont plus à construire une histoire qui justifie leur droit d’être au pouvoir. comme une œuvre proprement britannique. Whiggism. Voilà bien une tâche pour le philosophe. Political Essays. Comme l’écrit Hume dans « De la liberté civile ». Chicago. Le projet de Hume est de faire comprendre à ses lecteurs que les gouvernants ne doivent pas être jugés selon leur capacité à fonder leur autorité sur un contrat originel liant gouvernants et gouvernés ou sur un héritage du pouvoir selon le droit divin. Chicago University Press.) 11L’intention de Hume dans les essais politiques est d’aider ses lecteurs à comprendre ce qui conditionne une liberté qui a été considérée par bien des écrivains. ce qui lui permettait de s’adonner à une analyse de l’évolution effective des intérêts de l’État.  25 Donald W. selon Hume. comme le présente Knud Haakonssen. mais tout simplement selon leur propension à établir la paix. Cambridge. mais il semble que la nature de la constitution doive encore être définie. un obstacle au développement du potentiel de la constitution. En effet.  23 Duncan FOBES. Le conflit entre les partis politiques avait conservé un caractère endémique dans la politique britannique depuis la guerre civile. Cambridge University Press. « eut tendance à transformer la question récurrente de savoir à qui revient la charge de gouverner en la recherche d’un l’équilibre des pouvoirs dans la constitution elle-même22 ». en retrait du spectacle donné par la vie des hommes. 1975. Commerce. Hume comprend que le problème majeur réside dans le conflit entre les deux partis.. la modération.) 12Les Whigs. Hume expose cette idée comme le fruit d’une approche clairement « philosophique » ou « anatomique » de la situation politique de la Grande-Bretagne du milieu du dix-huitième siècle. « ceux qui exercent leur plume sur les sujets politiques sans céder à la fureur ni aux préjugés des partis cultivent une science qui contribue plus qu’aucune autre à l’utilité publique ». ce conflit. selon les tendances politiques. car rien n’est plus nécessaire à la Grande-Bretagne d’alors que l’impartialité. Cambridge University (. Thomas WILSON (ed (. 219.)  24 Duncan FOBES. LIVINGSTON. soit par la Chambre des Communes qui semble s’agrandir un peu plus chaque jour. 1984. « Sceptical. p..qu’il veut écarter aussi loin que possible. à savoir la facilité avec laquelle le gouvernement pouvait être considéré comme légitime. « Introduction » à David HUME. soit par les reliquats du pouvoir exécutif assignés à la couronne.. puis en raison de l’établissement de la Couronne en faveur de la maison de Hanovre lors de l’Acte d’établissement en 1701. Tout l’intérêt de la constitution. Hume voyait dans cette situation. et avait repris de la force lors de la révolution de 1688.. correspondant à sa place traditionnelle. et l’analyse dépassionnée. Cambridge.  22 Knud HAAKONSSEN.

de ceux de Bolingbroke – « c’est que leur point de vue est celui d’un spectateur impartial. Il revient au lecteur de décider si ses propres buts sont bons ou mauvais. observant les deux camps avec un détachement total. [. Il préfère prendre pour acquis que parmi les désirs humains se trouvent celui de se sentir en sécurité chez soi et dans les espaces publics. celui d’examiner la validité des arguments fondés sur des principes spéculatifs. Il ne cherche pas à persuader son public que. en tant que philosophe politique. comme un Whig sceptique. En d’autres termes. ne constitue pas pour Hume un exercice purement théorique. Hume. Il préfère se tourner vers une science politique impartiale23. La science politique. Il espère transmettre à ses lecteurs une modération qui calme enfin les disputes entre factions par la reconnaissance de la constitution. mais. pour le meilleur ou pour le pire. ils coopèrent au bien public » (EMPL. Dans ses écrits politiques. et non des ministres ou des membres de parlement. Si la philosophie ne peut être un remède pour l’esprit. comme source vive de la liberté et de la prospérité britanniques. mais nous savons bien que l’intérêt particulier est très fort en chacun de nous. surtout lorsqu’ils s’appuient sur des principes spéculatifs abstraits » (EMPL. 165). puisqu’il s’est taillé un rôle sur mesure. et que cette position impartiale elle-même est une leçon de modération politique24 ». par ce biais. Hume n’essaie pas de changer l’économie des passions et des affections de son public. et ne supposer d’autre motif à ses actions que l’intérêt privé. d’une certaine manière.. si ses désirs se portaient sur des objets différents de ceux sur lesquels il se porte actuellement. se trouve dans l’observation que fait Hume au début de « De l’indépendance du Parlement » : « Les auteurs politiques ont établi pour maxime que ceux qui jettent les bases d’un système de gouvernement et qui déterminent les freins et contrôles de sa constitution doivent tenir tout homme pour un fripon. qu’il faut gouverner les hommes. comme le fait Duncan Forbes. et se populariser de plus en plus25 ». Bien sûr. Comme le dit Duncan Forbes : « Ce qui différencie les essais politique de Hume de 1741-1742 des autres essais politiques de cette époque » – par exemple. Hume devrait plutôt être décrit. déjà impliqué dans le débat politique.alors comme un Tory. Si. d’être rassuré quant à la conservation de sa propriété. doit devenir une forme de pensée inhérente à la vie politique et sociale. 13On pourrait cependant se demander comment il se fait que Hume puisse envisager que la philosophie ait un rôle à jouer dans les affaires politiques contemporaines alors qu’il refuse ce même rôle à la philosophie morale.. comme le dit Hume dans « Des partis en général ». Donald Livingston met en relief un autre aspect de la conception que Hume a du rôle politique du philosophe en affirmant qu’il « voit mieux que tout autre que la philosophie dans les conditions modernes ne peut plus demeurer en retrait. comme l’ajoute Hume immédiatement. me semble-t-il. un défenseur des événements de 1688 et 1701 dont le scepticisme s’appuie sur un refus de participer à la fabrication de mythes et de la corruption de la Robinocratie. contrairement à la science morale qu’il développe dans le troisième livre du Traité. il en serait plus heureux. nous savons d’expérience que beaucoup d’hommes ont d’autres buts à leurs actions que l’intérêt privé. en quoi pourrait-elle être un remède pour l’État ? La réponse à cette question. 185) sont un trait distinctif de la politique actuelle. et. ne se préoccupe que de la façon dont l’homme peut atteindre ses buts. faire en sorte qu’en dépit de leur avarice et de leurs ambitions insatiables.] C’est par cet intérêt. aussi ce qui relève de l’intérêt de tous aura nécessairement une influence sur ces hommes-là. son but est de montrer aux personnes la meilleure façon dont on peut satisfaire ses désirs. « les partis de principe. améliorant même leurs arguments. . continue-t-il. cependant. d’être assuré contre toute interférence dans la manière dont il dispose de ses biens et de pouvoir s’assurer que les autres respectent les termes des contrats auxquels ils ont consenti . sans remettre en cause les buts eux-mêmes. le philosophe se trouve alors.

C’est la pratique de la philosophie. L’existence humaine. J’ai déjà avancé qu’il serait erroné de considérer sa conception de la philosophie comme celle d’une discipline purement analytique ou anatomique poursuivie à l’écart de toute considération pratique. pour certains tempéraments. Un paysan n’a pas la capacité d’avoir un bonheur égal à celui d’un philosophe27 ». » répond-il à Boswell. « ce serait déjà la surestimer s’il ne se trouvait que. qui triomphe dans toute la splendeur de son éloquence et gouverne les passions et les décisions d’une assemblée nombreuse » (EMPL. Un paysan et un philosophe sont peut-être satisfaits de manière égale. un général à la tête d’une armée victorieuse et un orateur qui vient de faire un discours convaincant devant une assemblée26 ».. Il est vrai que Hume envisage sa science de l’esprit en mettant de côté tout projet visant à rendre les hommes plus vertueux. R. 26 James BOSWELL.. réfute absolument cette idée : « Monsieur. cette occupation est l’une des plus distrayantes à laquelle employer sa vie » (EMPL. 14Boswell rappelle par deux fois dans La Vie de Johnson « l’idée de Hume selon laquelle tous ceux qui sont heureux le sont de manière égale : une petite fille portant sa nouvelle robe à l’école de danse. Le bonheur consiste en une multiplicité d’états de conscience agréables. CHAPMAN (ed. W.)  27 Ibid. on sera heureux ». Eric Schliesser. constante et satisfaite. mais en aucun cas heureux. Hume souligne et renforce son abandon .. On observe deux phénomènes simultanés dans les Essais moraux et politiques : dans les quatre essais sur le bonheur.) [nouvelle édition corrigée par J. « que tous ceux qui sont heureux.D. 357. La réfutation de Johnson permet de mettre en évidence l’un des principaux arguments des quatre essais considérés ensemble : que la philosophie ne constitue en aucun cas la source d’un bonheur plus intense ou complet que celui d’une petite fille et sa nouvelle robe. l’adoption d’un style de vie philosophique. Johnson. le sont de manière égale. et elle est davantage soumise à l’influence d’humeurs particulières qu’à celle de principes généraux » .  28 Je tiens à remercier Nick Phillipson. Ainsi la philosophie est-elle amusante pour ceux qui en ont le temps et le goût. Il apparaît très clairement que Hume n’a aucune sympathie pour les projets moralisateurs de ses contemporains écossais. et il poursuit : « Il n’y a pas de raison de douter qu’une jeune fille portant une nouvelle robe pour le bal de l’école de danse n’éprouve une jouissance aussi complète que le plus grand orateur. Cette allusion est une référence au passage du « Sceptique » où Hume déclare que « les objets en eux-mêmes sont absolument dépourvus de valeur ou de prix : c’est de la passion seule qu’ils les tirent.. Nous voici bien loin de la conviction partagée par toutes les écoles antiques de l’importance et de la valeur de l’enquête philosophique. Derrière les quatre essais sur le bonheur repose la conviction qu’il est tout simplement impossible d’utiliser la philosophie comme un moyen d’instruire les gens sur les buts qu’ils doivent assigner à leurs actions. qui est supposée apporter le bonheur. n’est pas vrai. John Robertson. Si cette passion est forte.. dit-il. aussi. comme on peut s’y attendre. 327). p. « doit être tenue pour un passetemps ennuyeux plus que pour une occupation sérieuse .) 15Je soutiens cependant l’idée que Hume n’est pas entièrement innocent lorsqu’il dit que la seule raison qui le pousse à s’intéresser à la philosophie est l’amusement qu’elle lui apporte. L’analogie antique qui compare le philosophe au médecin n’est pas exacte car le remède apporté par le premier exige que le patient devienne. son propre médecin. 340-1). Life of Johnson. faire l’effort de raisonner sur l’existence humaine. FLEEMAN] w (. Hume vulgarise cette thèse dans le paragraphe de conclusion du « Sceptique ». Sandy Stewart et John Wrigh (. en quelque sorte.

On trouve certaines ressemblances entre le Platonicien et le Pascal du Dialogue : le platonisme personnifié ici est simplement celui du tempérament religieux au sens large. Paris. 8 John IMMERWAHR. 5 Robert FOGELIN. I. A. Bien au contraire. politiques et littéraires et autres essais. 1991. surtout lorsqu’ils furent publiés tous ensemble avec l’ajout de « Des miracles » et « Des conséquences pratiques de la religion naturelle » (renommé plus tard « D’une providence particulière et d’un état futur »). et dans les essais politiques. Political.d’une conception de la philosophie morale comme médecine de l’âme . MARTHA revue par C. Cambridge. cit. Essais moraux. 282. 308. méfiants envers les étrangers et jaloux de leur liberté – et de leur faire prendre conscience des conditions nécessaires et suffisantes à l’établissement d’une société paisible et prospère28. M. Paris. 1987. revised edition. Eugene MILLER (ed. 319. 2 Je tiens à remercier John Wright qui a attiré mon attention sur le fait que la note de bas de page citée ici n’apparaît que dans l’édition de 1748. Note 1 David HUME. 4 CICERON. et moins enclin aux compromis. Liberty Fund. trad. 39. . Indianapolis. Cambridge University Press. il inaugure une nouvelle approche philosophique pour la scène politique contemporaine. Paris. sa conception du rôle de la philosophie dans la société est clairement moderne. ni dans les suivantes. STEWART. de Gilles ROBEL. London. d’insuffler une nouvelle vie aux écrits antiques. « Hume’s Essays on Happiness ». pourrait bien être le signe d’un personnage public plus sûr de lui. Livres I-II. Essays Moral. 307324. 7 David HUME. p.). OSLER (ed. p. Les citations pour la version française de cet article sont tirées de : David HUME. Hume’s Skepticism in the Treatise of Human Nature. trad. 1990. p. t. Hume se tourne vers la politique – la politique au sens large. Ce changement dans la présentation des essais. Vrin. and tranquillity: Epicurean and Stoic themes in European thought. « The Stoic Legacy in early Scottish Enlightenment ». l’économie et l’histoire politiques – sans renoncer pour autant à la philosophie. MALHERBE.). in Hume Studies. Il s’agit plutôt de considérer les hommes tels qu’ils sont – souvent égoïstes. c’est-àdire la théorie. Les Belles Lettres. mais n’est présente ni dans cette édition. 6 John IMMERWHAR. 1989. p. trad. Enquête sur l’entendement humain. p. de J. 2004. PUF. et qu’il appliquera ensuite pleinement dans son Histoire de l’Angleterre. dépendants du plaisir. ou du moins limités dans leur bienveillance. Routledge. and Literary. in Margaret K. La tâche du philosophe n’est pas. op. 1985. n° 15.. « Hume’s Essay on Happiness ». Lévy. Atoms. en créant une nouvelle génération de Caton et de Cicéron. pneuma. comme le voudraient Hutcheson et bien d’autres parmi ses contemporains. 118-119. Des termes extrêmes des biens et des maux. 3 La comparaison que j’effectue entre les Platoniciens et les Latitudinaires est due aux travaux de M. 2001 (dorénavant indiqué par le sigle EMPL). une approche qu’il développera par la suite dans les essais ajoutés en 1748 ainsi que dans les Discours politiques de 1752. p.

. Chicago. 23 Duncan FOBES. 47. 83. 16 David HUME. 19 Ibid. and Liberty ». 321. 8. Princeton University Press. p. 11 John IMMERWHAR. 1975. J. Princeton. KAIL (eds. cit. 12 M. 1990. Oxford.2). 15 Ibid. W. p. Clarendon Press. in Andrew SKINNER. A.).. chap. p. Clarendon Press. 179-183. Hume’s Philosophy of Common Life. 79.. « Hume’s Essays on Happiness ». Oxford. 2005. 99. p. p. p. 3 22 Knud HAAKONSSEN. A. 25 Donald W. 283. A. 1975. P. p. cit. Enquête sur l’entendement humain. . cit. Clarendon Press. A. 357. op. CHAPMAN (ed. E. 219. 1994. in Marina FRASCASPADA. Life of Johnson. 14 M. Impressions of Hume. Cambridge University Press. « Professors of virtue: The social history of the Edinburgh moral philosophy chair in the eighteenth century ». Aubier Montaigne. Paris. Cambridge. (5.. « Introduction » à David HUME. LIVINGSTON. in M. The Suasive Art of David Hume. STEWART (ed. op. p. 13 Ibid. p. STEWART. 1984. p. Cambridge University Press.. 91. 1980.. STEWART. 2002. Oxford University Press. op. Studies in the Philosophy of the Scottish Enlightenment.). Thomas WILSON (eds. 24 Duncan FOBES. XXX. Oxford. Oxford. « The Stoic Legacy in early Scottish Enlightenment ». 21 Mark BOX. Hume’s Philosophical Politics. Whiggism. Cambridge. STEWART. voir aussi p. (8.) [nouvelle édition corrigée par J. Political Essays. 1983.D..). 10 David HUME. R. p. Chicago University Press. Oxford. trad.. 20 M. 749. A. Essays on Adam Smith. 26 James BOSWELL. « Hume’s Intellectual Development ».34-35) 18 Richard SHER. Reading Hume on Human Understanding: Essays on the first Enquiry. Traité de la nature humaine. p. 277. 945.). p.. p. FLEEMAN] with a new introduction by Pat ROGERS. LEROY. Clarendon Press. Commerce. 17 Ibid. « Two Species of Philosophy: The Historical Significance of the First Enquiry » in Peter MILLICAN (ed. p. p. 357 . 1990. 320. 27 Ibid. « Sceptical.9 Ibid.

Sandy Stewart et John Wright pour leurs conseils et commentaires. John Robertson.28 Je tiens à remercier Nick Phillipson. Autore James A. Harris University of St Andrews . Eric Schliesser.