Fiche: Georges DUPEUX, La France de 1945 à 1969, Armand Colin, 1969.

Première partie: les années de la reconstruction Chapitre I: la reconstruction économique et l'inflation Après la Seconde Guerre mondiale, l'Etat joue un rôle capital dans la reconstruction, il dispose en effet de pouvoirs étendus exceptionnellement, hérités des pouvoirs du temps de guerre. Il gère ainsi la Libération et propose une politique de planification dès 1947, qui permet de retrouver un niveau de production agricole équivalent à celui de l'avant-guerre en 1949. Jusqu'à cette date, les problèmes de ravitaillement ne sont pas résolus et les tickets de rationnement subsistent malgré la fin du conflit et de l'occupation. L'industrie retrouve son niveau de 1938 qu'en 1947 et son niveau de 1929 seulement en 1950. Le plan de « modernisation et d'équipement » de 1946 oriente les ressources vers six secteurs: charbon acier, acier, ciment, transports ferroviaires et matériel agricole, au détriment des industries de consommation. Le réseau ferré est rapidement remis en état, dès fin 1945, la pénurie de carburant et de pneumatiques est résolue en 1947, les industries automobiles françaises refonctionnent prestement. Dans le bâtiment, la priorité est donnée à la reconstruction des usines avant celle des logements. Les besoins d'importation sont énormes, quand nos possibilités d'exportation sont réduites, l'Etat doit donc agir sur la monnaie -par le contrôle des changes notamment- pour éviter tout dérapage. Il doit ainsi surveiller de très près le commerce extérieur. Compte tenu de l'énormité des besoins, le déficit commercial déjà important avant-guerre se creuse, alourdit par les charges léguées par les régimes précédents et de nouveaux types de dépenses: les subventions économiques pour le maintien de certains prix audessous du niveau qu'ils auraient atteints sur un marché libre; les dépenses d'investissement qui regroupent la reconstruction des services publics, la réparation des dommages de guerre de l<'équipement et la modernisation de l'économie. Ces dépenses sont favorisées par l'aide Marshall, mais l'Etat est obligé de s'endetter sur les marchés étrangers et d'accroître la masse monétaire tout en réglementant l'évolution les prix et des salaires. Les salaires ne sont libérés qu'en 1950, librement discutés entre employeurs et salariés selon les conventions collectives rétablies et en respectant le SMIG fixé par le gouvernement. On constate également que l'Etat-providence redistributeur a profité aux plus défavorisés et réduit certains écarts anciens. Cependant le contrôle des prix n'a pu empêcher leur forte augmentation: entre 1938 et 1949 les prix sont multipliés par 17. Chapitre II: la reconstruction politique Le gouvernement provisoire de la République française a été formé à Alger en juin 1944, son chef, le général de Gaulle, a été acclamé dès la première ville libérée, Bayeux. Ce gouvernement prévoit un rétablissement des institutions après une période transitoire. Le GPRF est confronté en métropole à l'influence du Conseil national de la résistance, mais intègre quelques uns de ses membres comme ministres. Dans certaines régions éloignées ou coupées de Paris, les comités de libération souvent communistes prennent en main l'administration locale et mettent en place des milices, démantelées par le gouvernement, ce qui déclenche une crise avec le PC qui finalement reconnaît qu'une force régulière de police pour assurer la sécurité des citoyens est préférable. Le gouvernement doit aussi gérer l'épuration, qui regroupe les représailles spontanées et arbitraires de la population, les tribunaux montées par des réseaux de résistants, et les cours spéciales de justice organisées par le gouvernement. Les forces politiques sont amenées à se reconstituer au travers des consultations populaires: si les anciens partis comme la SFIO s'épurent, la droite et les radicaux se font discrets. Quant au PC, il est le grand bénéficiaire de son rôle pendant la résistance et essaie de dominer la vie politique française par le biais des organismes de résistance et des partis politiques en prenant l'ascendant sur la SFIO. La presse d'abord contrôlée, connaît ensuite la création de nombreux titres. Par référendum, le peuple décide de mettre en place une nouvelle Constitution, Constitution écrite par l'Assemblée élue le même jour. Par rapport à 1936, les modérés en radicaux s'effondrent, le MRP et les socialistes progressent, et le PC connaît une très forte ascension. Le premier gouvernement formé par l'Assemblée est le général de Gaulle, mais un malentendu s'installe entre les deux: l'Assemblée veut élaborer la Consitution sans intervention du gouvernement, et les partis souhaitent vouloir critiquer et contrôler les ministres. De Gaulle, voulant son indépendance, adresse sa démission au président de l'Assemblée. Le ministère Gouin lui succède. La première ébauche de Constitution est refusée par les Français, et des élections législatives sont organisées, qui confirment le succès du MRP. Une seconde Constitution est adoptée malgré l'opposition du général de Gaulle devant la faiblesse du rôle du président de la

République et le contrôle des partis sur l'Etat. En effet les trois principaux partis s'entendent sur la politique à tenir, et sont rapidement confrontés à des difficultés d'ordre économique et colonial. En effet, la guerre a produit des troubles au Moyen-Orient avec le retrait de l'influence britannique. En Algérie, en Indochine et à Madagascar, les Français perdent de leur influence. Devant la volonté du PC de cesser la guerre en Indochine contre l'avis des deux autres partis, les divergences d'opinion face au début de la guerre froide et face à la grève Renault pour laquelle les ministres communistes sont renvoyés, le tripartisme cède dès 1947. De son côté, le général de Gaulle fonde le RPR, le rassemblement du peuple français, dont il prend la direction. Chapitre III: la reconstruction morale et intellectuelle La défaite militaire et le « révolution nationale » ont profondément marqué les esprits. Les nationalisations d'après-guerre, si elles prennent l'aspect de punitions à des entreprises qui ont participé à l'effort de guerre de l'ennemi, sont en réalité longuement préparées. La législation encourage la représentation des travailleurs au sein des entreprises en instituant les comités d'entreprise et le statut des délégués du personnel, mais également leur protection. Au niveau intellectuel, la guerre et la découverte des camps de concentration suscite la production d'oeuvres notamment littéraires, les « romans de résistance » sont publiés, comme Le sang des autres de Simone de Beauvoir. La Libération est aussi facteur d'émergence en France d'oeuvres américaines, littéraires avec Hemingway , cinématographiques comme celles de Chaplin, ainsi que des travaux en sciences humaines. La Libération est synonyme de soulagement, mais également de détérioration de valeurs anciennes pour les philosophes. L'écriture engagée rencontre de nombreux succès, comme ceux de Camus ou de Sartre. Cet engagement évoque souvent la nécessité d 'une révolution, ce qui explique en partie le fait que nombre d'intellectuels et d'artistes de l'époque soient attirés par le communisme. Cependant le durcissement de ce dernier à l'aube de la guerre froide éloigne certains sympathisants. Le cinéma échappe à ces influences, la nouveauté vient d'Italie plus que des États-Unis qui proposent surtout des noms d'avant-guerre. Deuxième partie: de la guerre froide à la guerre d'Algérie Chapitre IV: du pacte atlantique à la guerre de Corée Avec l'éclatement du tripartisme, le RPF se durcit mais rencontre un certain soutien populaire, tandis que le PC se renferme sur lui-même suite aux remontrances de Moscou qui lui reproche de devenir un parti de gouvernement. Il encourage les grèves brisées par le gouvernement alors que les syndicats ne s'entendent plus. La situation économique de l'époque se caractérise par l'application du plan Marshall, la fin de l'inflation et la mise au point et l'application du plan Monnet de modernisation et d'équipement. Après le regroupement militaire des Etats de l'ouest par l'OTAN entre autres, la question est de savoir s'il est opportun de donner une dimension politique à ce regroupement: l'idée d'une construction européenne émerge. Ainsi en 1949, le Conseil de l'Europe réunit la France, la GrandeBretagne, le Benelux, la Norvège, la Danemark, la Suède, l'Irlande et l'Italie dont le but est de « réaliser une union plus étroite entre les membres ». La guerre de Corée les pousse à se réarmer, et suppose le renforcement du pacte Atlantique. L'OTAN invite les gouvernements des trois puissances occupantes de s'accorder avec la RFA sur la participation de l'Allemagne en cas d'attaque soviétique. S'ensuit alors un projet de communauté européenne de défense, la CED qui est un échec parce que non ratifiée par l'Assemblée nationale française en proie aux querelles partisanes. L'Allemagne est finalement intégrée dans l'OTAN. Sur le plan économique, les bénéficiaires européens de l'aide Marshall forment l'organisation européenne de coopération économique, ou OECE en 1950. R. Schuman propose ensuite la création de la communauté européenne du charbon et de l'acier, ou CECA, de 1952, à laquelle le Royaume-Uni ne veut pas contribuer. Forts de la réussite de la CECA, les Six élargissent leur coopération à d’autres secteurs économiques. Ils signent le traité de Rome, qui crée la Communauté économique européenne (CEE), ou 'marché commun', dont l’objectif est la libre circulation des personnes, des marchandises et des services entre les États membres, et qui institue également l'Euratom. Face à la demande des Etats-Unis qui se réarment, les prix augmentent fortement en France avec la spéculation. Plutôt que de diminuer les prix le gouvernement préfère hausser le SMIG. De plus la France souhaite aussi se réarmer, donc emprunte. Suite aux difficultés économiques engendrées, le gouvernement s'efforce de rétablir l'équilibre budgétaire, en rognant sur les investissements, sans élever les impôts, et en bloquant les prix. Cette «expérience Pinay» ne résiste pas à une conjecture difficile.

Chapitre V: la France devant la colonisation Après que la France eût accordé au Viêt-Nam l'autonomie interne fin 1949, la Chine puis l'URSS reconnaissent la République populaire du Viêt-Nam, tandis que les États-Unis et la GrandeBretagne reconnaissent le Viêt-Nam, le Laos et le Cambodge en tant qu'États associées dans l'Union française. Les combats contre la guérilla communistes se poursuivent et malgré l'aide militaire américaine, l'armée française recule. Suite à de nombreux pourparlers, l'armistice est signée lors des accords de Genève de 1954: le Viêt-Nam est alors partagé en deux le long du 17e parallèle. De même la France est confrontée aux désirs d'indépendance du Maroc et de la Tunisie, les politiques de force entamées sont un échec cuisant, donc le gouvernement français recherche ensuite des solutions plus pacifiques, finalement il reconnaît l'indépendance du Maroc début mars 1966 et celle de la Tunisie en mars de la même année. L'Algérie est elle aussi le théâtre d'opérations diverses. L'Assemblée nationale définit un « statut de l'Algérie » qui définit une certaine autonomie politique et financière, ce qui n'empêche pas le déclenchement d'une rébellion armée menée par le FNL. De 1954 à 1956, le personnel politique dirigeant évolue entre « l'intégrité de la République » puis « la personnalité algérienne ». Entre temps, de violentes altérations opposent les troupes françaises ou les civiles au FLN. Diverses négociations ont lieu mais se heurtent à l'intransigeance des positions de chacun. De Gaulle est alors appelé du pied par les hauts militaires en Algérie. Il s'empresse alors de faire savoir qu'il veut bien reconstituer un gouvernement. Il est investi le 1er juin 1958 par l'Assemblée nationale, puis obtient les pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle. Le coût économique des guerres coloniales a été en partie assuré par la phase d'expansion caractérisant les nations industrielles d'alors en 1954 et 1955. Cependant la guerre d'Indochine a constitué un facteur d'inflation. Quant à la guerre d'Algérie, le gouvernement a dû mettre en place deux emprunts et augmenter les impôts pour la financer. De plus elle a nécessité l'envoi d'hommes alors nécessaires sur le marché du travail. Dans le même temps la crise de Suez provoque la peur de la population de pénuries en compromettant l'approvisionnement des produits pétroliers. Les guerres coloniales apportent aussi un lourd bilan moral: outre les fuites et la corruption présentes au sein de l'armée française, l'utilisation de la torture choque l'opinion. L'armée tend également à étendre son pouvoir sur le terrain et mène « sa » guerre pour garder les régions occupées françaises, quelles que soient les intentions de la métropole. Au niveau médiatique, ces guerres sont le moyen pour la population de restaurer la grandeur de la France après les défaites subies, ce qui encourage la montée des nationalismes, dont le poujadisme, et des extrêmes. La Ive République se solde dans un climat puissant d'antiparlementarisme suite à l'instabilité gouvernementale chronique qui agace l'opinion. Troisième partie: le retour du général de Gaulle Chapitre VI: de la IV à la Ve République, une dictature à la romaine Ébranlée par la guerre d'Algérie, l'opinion publique acclame le retour du général, qui a besoin de marques de confiance pour mettre en place un nouveau système politique. L'autorisation par le Parlement de l'élaboration d'une nouvelle Constitution par de Gaulle stipulait le recours au référendum pour avaliser le projet. Elle est d'abord rédigée par un comité technique constitué d'experts qui présente un premier projet retouché par un comité ministériel dont fait partie Michel Debré. Le projet ainsi avancé est étudié par un comité consultatif constitutionnel qui le modifie peu, avant de le présenter au conseil d'Etat puis des ministres. Il est enfin présenté à la population qui l'adopte avec près de 80% de oui pour peu d'abstention. Seul le PC s'opposait à ce texte, ainsi qu'une partie de la gauche dont la SFIO, et certains partis d'extrême droite dont les poujadistes. Aux élections législatives qui suivent le PC recule, le gaullisme se maintient et la droite modérée progresse. Seuls neuf députés de la mandature précédente sont réélus. De Gaulle est alors le maître du pays, il concentre en ses mains les pouvoirs nécessaires à la résolution des difficultés qui assaillaient la République. Son élection est une simple formalité. Au milieu de l 'année 1958, les pris augmentent et créent des « conditions psychologiques à l'inflation » par leur effet sur les salaires réels: la demande en biens de consommation décline, la récession menace. Ensuite le déséquilibre de la balance des paiements est inquiétant, les réserves en or et en devises sont faibles et la dette extérieure publique est élevée, le déficit budgétaire est important. La volonté gouvernementale de stabilisation des prix s'avère inutile. Le « plan Rueff » s'efforce alors de pallier aux difficultés rencontrées. Il s'agit de rééquilibrer impôts et subventions, de créer le « nouveau franc » ou « franc lourd », ce qui permet de dévaluer la monnaie française par rapport au dollar. Le redressement qui s'ensuit est également dû à la reprise économique mondiale et à l'expansion du Marché commun, facilité par des mesures du gouvernement.

Le général de Gaulle s'attache à résoudre la crise algérienne. Il met alors en avant le principe d'autodétermination et propose trois solutions: la sécession, la francisation et la solution fédérale. L'autodétermination est acceptée par référendum par une large majorité en Algérie comme en métropole en janvier 1961. Après l'échec du putsch des généraux en avril, de Gaulle admet en septembre la légitimité des revendications algériennes sur le Sahara. Au référendum sur l'indépendance de juillet 1962, les votants acceptent à plus de 99% l'indépendance d'une Algérie coopérant avec la France. Les accords d'Evian consacrant ce résultat sont signés en avril 1962. Les Européens quittent alors en masse le pays. De Gaulle, s'il avait en 1958 une vision d'arbitrage quant à la fonction présidentielle sauf en cas d'« extrême urgence », a changé d'avis avec la crise coloniale et a étendu progressivement ses pouvoirs, soit de façon légale par ordonnances comme l'y autorise le Parlement ou par l'application de l'article 16 de la Constitution qui lui fait assumer la totalité des pouvoirs, soit de façon légale par interprétation de la Constitution avec l'usage répété des référendums sur des questions de politique générale et non sur l'organisation des pouvoirs publics, soit par appréciation personnelle, lorsqu'il donne son avis sur sa fonction dans ses discours. De même la légitimité du président est accrue par son élection au suffrage universel conformément aux résultats du référendum de 1965. Auparavant il a dû faire accepter le fait de réviser la Constitution, qui plus est par référendum. Suite à la motion de censure de l'Assemblée contre le gouvernement, il la dissout et les gaullistes disposent après les élections législatives d'une large majorité face aux partis traditionnels pointés du doigt par le général comme voulant rétablir la IV République. Chapitre VII: les « vastes entreprises » du président de la République Le général veut que la France soit au premier rang international. Il refuse la « double hégémonie » soviétique et américaine, ainsi que le principe d'une force de défense autre que nationale. Malgré quelques réserves à noter au vu des réactions que ses politiques suscitèrent dans certains pays, le général permit à la France de gagner en prestige. En France même il est confronté à l'hostilité de l'opposition, notamment lors du débat à propos du mode de l'élection présidentielle, et lors du renouvellement de l'Assemblée nationale. Au niveau international, de Gaulle rejette la coopération avec les deux Grands en ce qui concerne le désarmement et le nucléaire. Il reconnaît diplomatiquement la Chine en 1964 et voyage beaucoup dans des régions des deux blocs. Il critique ouvertement la politique américaine à plusieurs reprises, notamment à propos de l'Allemagne, du système monétaire alors assujetti au dollar, et de leur présence au Viêt-Nam. S'il ne rejette pas le Pacte de l'Atlantique, il réprouve son organisation et retire l'armée française du commandement intégré de l'OTAN. et dans le même temps il encourage la réalisation d'une force nationale de dissuasion par l'intermédiaire de l'arme atomique. De Gaulle renvoie tout projet de contrôle collectif de son utilisation. La première bombe H française explose en 1968 en Polynésie française. Il encourage une certaine coopération des États européens, et même évoque en 1960 la création d'un Conseil des ministres des Six comportant des Commissions de coordination chargées de préparer les décisions ministérielles communes en matière politique, culturelle et de défense. Il se heurte à la Belgique et aux Pays-Bas qui demandent la participation de la Grande-Bretagne. Au sein du marché commun des tensions subsistent à propose de la politique agricole liées à l'entrée de la Grande-Bretagne: pour de Gaulle, elle doit renoncer à sa préférence sur les produits du Commonwealth. Il signe le traité de coopération franco-allemande dans les domaines de la défense, de l'éducation et de la jeunesse en 1963. Dans une conférence de presse donnée après la rupture des négociations de Bruxelles en 1965 sur le marché commun agricole, de Gaulle subordonne la reprise des négociations à la renonciation par la commission de Bruxelles, à tout rôle « exécutif » ou « supranational ». Finalement, les Six s'entendent début 1966 sur la libre circulation sans droits de douane des produits agricoles au sein du marché commun. Toujours dans son objectif de mettre la plan sur le devant de la scène internationale, de Gaulle souhaite renforcer les liens de la France avec la Tiers-Monde, d'abord dans les pays francophones mais également dans les pays peu développés d'Etrême ou du Moyen Orient. En Afrique il propose aux territoires français la possibilité de former une fédération qui recevrait l'aide de la France . Tous ces territoires l'acceptent par référendum, à l'exception de la Guinée: les anciens territoires d'Outre-mer se proclament « Républiques » et optent pour le statut de membre de la Communauté. De Gaulle reconnaît ensuite la légitimité de l'aspiration à l'indépendance et la nécessité d'une coopération entre pays inégalement développés. Les territoires deviennent alors indépendants ou signent avec la France des accords de transfert de compétence. Il s'ensuit alors

une période de coopération avec ces États. En 1964 le général de Gaulle reçoit le premier ministre israélien et l'assure de son soutien, mais certains de ses propos ultérieurs sont perçus comme antisémites. En 1969 lors de la guerre de Six-jours pendant laquelle Israël attaque l'Égypte, le gouvernement français décide un embargo complet sur les armes à destination d'Israël et propose une conférence à Quatre pour régler le conflit du Moyen-Orient. La politique étrangère du général est critiquée en plusieurs points. Son refus de construction politique de l'Europe risque de provoquer l'exaltation du nationalisme français. Sa lutte contre la double hégémonie affaiblit le camp occidental, et son rapprochement avec Moscou est étrange au vu des rapports qu'il entretient avec le PC. De même son attitude vis à vis de l'Allemagne tantôt partenaire privilégiée tantôt tenue en suspicion paraît contradictoire. Aux élections présidentielles de 1965 il est mis en ballotage , ce qu'il considère comme un échec. La gauche démocrate et socialiste s'était alors constituée en une Fédération menée par Mitterrand. En 1967 les élections législatives donnent la majorité de justesse aux sympathisants gaullistes. La gauche non communiste obtient un score honorable. Le gouvernement Pompidou doit s'appuyer sur les giscradiens et une majorité très étroite: une motion de censure déposée par l'opposition contre l'octroi de pouvoirs spéciaux en mai 1967 a échoué à huit voix de la majorité. Chapitre VIII: la fin d'un gaullisme (1968-1969) Après le « boum » économique européen des années 1960-1962, les menaces d'inflation et de surchauffe de l'économie française se précisent au printemps 1963. Est alors prévu un plan de stabilisation, qui consiste à bloquer les prix des produits manufacturés, à baisser les droits de douane sur certains articles, à élever les taux directeurs et à réduire le déficit budgétaire en ralentissant la progression des dépenses publiques. L'inflation est sérieusement contenue, mais au prix d'un ralentissement sensible l'expansion, si bien qu'en 1965 les taux de crédits diminuent pour encourager la consommation. Cependant la situation de l'emploi se dégrade, malgré le Ve plan qui prévoit le développement de l'investissement productif en vue de la libération des échanges dans la CEE, et la relance économique espérée n'as pas lieu. La France ressent d'autant plus la récession internationale de 1967-1968 qu'elle s'était ouverte au libéralisme et que son commerce extérieur jouait un rôle de plus en plus important. Le gouvernement décide alors d'augmenter les prestations sociales aux plus faiblement dotés pour relancer la demande, mais la progression du chômage est préoccupante. La crise de mai-juin 1968 naît de troubles au sein des universités contre les règlements intérieurs en février, puis elle se développe, d'émeutes en défilés puis en grèves pour muter en une crise générale, politique et sociale, qui remet le régime lui-même en question. Néanmoins le gouvernement reprend la situation en main dès la fin de mai. Auparavant la grève de plusieurs millions de travailleurs fait peser la menace d'une paralysie de l'économie, le franc chute sur les places étrangères. Une allocution du général de Gaulle qui annonce un référendum sur la « participation » est jugée très décevante. Une semaine plus tard, après les accords de Grenelle entre le gouvernement, le patronat et les syndicats, il prononce une autre allocution beaucoup plus réussie et dans laquelle il annonce la dissolution de l'Assemblée, le maintien du gouvernement et le report du référendum. Le parti gaulliste sort vainqueur des élections législatives. Cependant contrairement aux attentes de l'opinion qui estimait que Pompidou avait bien géré les événements de mai, c'est Maurice Couve de Murville qui est nommé Premier ministre. On soupçonne de Gaulle d'avoir écarté l'homme qui dirigeait le parti vainqueur et qui pouvait rivaliser avec lui. Le gouvernement doit quant à lui redresser l'économie mise à mal, il encourage les exportations, limite les importations, surveille les prix, hausse les impôts. Devant le retour de l'inflation, le creusement du déficit et le gonflement des crédits, mais le franc n'est pas dévalué selon la volonté du général de Gaulle, ce qui lui attire les foudres l'opposition et pose un obstacle sérieux au rétablissement de l'équilibre extérieur. Autre erreur du président : la loi Edgar Faure sur l'université ne résout pas les problèmes profonds de l'enseignement supérieur. De Gaulle tient ensuite à mettre en place un référendum sur la création des régions et l'affaiblissement du Sénat pour reprendre contact avec la volonté populaire, en faisant peser le menace de son départ en cas de refus, menace allégée par les déclarations de Pompidou qui sous-entendait qu'il briguait la succession du général. Devant les 53% de non, le général démissionne, sans remous véritables au sein de la classe politique. Chapitre IX: le sort des français Entre 1949 et 1969 le PIB ne cesse de s'apprécier, de même que la production industrielle et

la consommation. Les revenus augmentent de façon globale, ainsi que le pouvoir d'achat. Les enquêtes par sondages se perfectionnent et l'on peut suivre les évolutions d'opinion durant cette période. L'indifférence et l'absence de formation empêchent les Français de participer réellement à la vie politique. Les premières années d'après-guerre, ils sont préoccupés par le ravitaillement et l'éclatement d'un nouveau conflit. Ensuite la décolonisation, les salaires et les prix concentrent leurs inquiétudes. Sous la IV République le personnel politique est plutôt mal perçu, à l'exception de Mendès France, et ils saluent l'arrivée du général de Gaulle en 1958. Ils en sont plus mécontents lors des périodes de crises économiques et sociale mais l'apprécient davantage en temps de grande crise. Si la droite non gaulliste et le PC sont stables au cours de la IV République, ils connaissent un inexorable déclin pendant la Ve. Chez les intellectuels le désir de renouveau dans la création prime avec le « nouveau roman » en littérature avec Robbe-Grillet et Sarraute, la « nouvelle critique » de Barthes et un cinéma « nouvelle vague » de Chabrol et Truffaut. La culture de masse prend de l'ampleur, à travers l'apparition de la télévision et sa banalisation pour devenir la première des distractions.

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