TRANSCRIPTION DE L’INTERVIEW

Extrait d’un article, « Un best-seller de Peter Mayle au cinéma. Le bonheur est en PROVENCE. », celui-ci paru le 4-10 janvier 2007, dans la revue « Le Nouvel Observateur ».

À 20 ans, Peter Mayle, jeune publicitaire britannique, découvre la Provence, et c’est le coup de foudre. Il lui consacre plusieurs livres, vendus à des millions d’exemplaires, dont « Un bon cru », que Ridley Scott vient de porter à l’écran. Rencontre avec Peter le bienheureux. [...] C’est que cet Anglais expatrié fait l’éloge d’un art de vivre bien dans l’air de temps : il prône le farniente comme régle d’existence et le bonheur quotidien comme ambition suprême. Ne rien faire, de préférence dans un hamac : au « Nouvel Observateur », c’est un idéal que nous nous sommes fixé depuis longtemps. (1) Le Nouvel Observateur : – Le film de Ridley Scott est un traduction exacte de votre livre « Un bon cru ». On y retrouve votre goût du bonheur... (2) Peter Mayle : – Pourquoi être vaguement heureux en Angleterre quand on peut être très heureux en Provence ? C’est toute ma philosophie. (3) Le Nouvel Observateur : – À voir le film, on a envie de s’installer instantanément dans le Lubéron... (4) Peter Mayle : – Je crains que Ridley et moi soyons responsables de la hausse de l’immobilier dans la région. Par chance, le cours du rosé de Provence reste stable... (5) Le Nouvel Observateur : – Votre forme d’humour est difficile à adapter...ou à imiter. (6) Peter Mayle : – Ce n’est pas de l’humour. (7) Le Nouvel Observateur : – Ah ?

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(8) Peter Mayle : – Non. Vous avez un meilleur mot, en français : l’esprit. Je m’y exerce. C’est du travail, être spirituel. (9) Le Nouvel Observateur : – Vous êtes devenu une célébrité dans la région... (10) Peter Mayle : – Ah oui ! L’autre jour, je vois un car de Japonais s’arrêter chez moi et déverser sa cargaison de touristes dans mon jardin. Devant mon étonnement, l’un des visiteurs m’a montré son programme imprimé : ma maison fait partie des « monuments à visiter ». Personne ne m’a averti. Cela dit, mon chien est ravi et pose volontiers pour les photos. Je précise que je suis très content de faire ce que je fais : manger de bonnes choses, vivre dans un pays magnifique et faire la sieste dans un hamac. Que demander de plus à la vie ? (11) Le Nouvel Observateur : – Ça pourrait être pire, en effet. (12) Peter Mayle : – En plus, je suis invité à visiter les vignobles, et à déguster. Les gens sont très gentils avec moi. Ils vont jusqu’à me considérer comme un bon écrivain. (13) Le Nouvel Observateur : – Lequel de vos livres s’est le mieux vendu ? (14) Peter Mayle : – « Une année en Provence », qui a dépassé les six millions d’exemplaires. Pour un livre conçu par hasard, écrit par accident et édité par méprise, c’est un bon résultat. J’avais proposé une idée de roman à mon éditeur en Angleterre, et je suis venu en Provence pour écrire ce roman. En réalité, je n’ai rien fait, ce qui était beaucoup plus intéressant. Mon éditeur n’arrêtait pas de me demander où j’en était. Puis je lui ai envoyé une lettre très longue pour expliquer ce qui s’était passé : le hamac, les travaux., l’été... Il m’a répondu : « Continuez .» Et c’est comme ça qu’est né ce livre, « Une année en Provence ». L’éditeur a fait un premier tirage de trois mille exemplaires et m’a dit : « Les invendus, si vous voulez les racheter à la fin, je vous ferai un prix. » Six mois plus tard, on avait dépassé le million... (15) Le Nouvel Observateur : – Depuis, vous êtes devenu « Mr Provence ». Quel est votre public ? (16) Peter Mayle : – À vrai dire, je ne sais pas trop. Au début, j’ai eu du mal à croire qu’on réimprimait mon livre. Pendant un certain temps après la publication, rien n’a changé. Puis j’ai commencé à recevoir des avis de rééditation, et au bout de deux ans j’ai reçu un gros, gros chèque. Les lecteurs ont commencé à m’écrire. Puis, quand on m’a demandé mon autographe dans la rue, j’ai compris que ma vie ne serait plus jamais la même.

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(17) Le Nouvel Observateur : – Vous vous êtes dit : j’ai réussi ? (18) Peter Mayle : – Oui, mais pas de la façon dont vous l’entendez. Je me suis dit : je les ai fait rire et c’est formidable. J’aimerais qu’on grave ça sur ma pierre tombale. (19) Le Nouvel Observateur : – Vous avez commencé dans la publicité. Que vous a-telle appris ? (20) Peter Mayle : – Le sourire. Car c’est la seule façon de contempler ce monde très hiérarchisé où il y a des directeurs de création, des directeurs artistiques, des managers de slogans, des... Impossible de s’y retrouver. Il y a moyen de s’amuser là-dedans. En plus, c’est très bien payé. (21) Le Nouvel Observateur : – Quand êtes-vous venu en France pour la première fois ? (22) Peter Mayle : – J’avais 20 ans et je portais l’attaché-case de mon patron, qui était un publicitaire connu. Nous sommes arrivés dans un bureau pour une réunion de travail. À 12h30 précises, tout s’est arrêté. « Allons déjeuner », a dit notre interlocuteur français. Nous sommes allé chez Marius et Jeannette... Et c’était un vrai déjeuner ! Avec une entrée, un plat, du vin, du café, un cigare. Pas comme chez nous, un sandwich sur le pouce ou un fish & chips ! Je n’avais jamais rien vu pareil ! Je me suis dit : quelle merveille ! vivre dans un pays où les gens prennent leur temps pour manger ! (23) Le Nouvel Observateur : – Vous êtes toujours sous le charme ? (24) Peter Mayle : – Absolument ! D’autant plus que depuis j’ai découvert le cassoulet et le civet de sanglier, mes plats favoris. (25) Le Nouvel Observateur : – Comment avez-vous débuté dans l’écriture ? (26) Peter Mayle : – Après plus de vingt ans dans la publicité, il était temps pour moi de changer. La publicité m’a aussi appris à observer. Quand je me suis lancé dans l’écriture, j’ai commencé par publier des livres pour enfants, dont « Et moi, d’où je viens ? », car mon fils, qui avait 7 ans, m’a demandé : « Papa, c’est quoi un orgasme ? » J’avais 45 ans, et j’avais envie d’avoir un peu d’indépendance. Je sentais que je voulais écrire depuis longtemps. Mais avec cinq enfants...je craignais que la porfession d’écrivain ne soit pas très rémunératrice. Mais, bon, j’ai tenté le coup. Le ver était dans le fruit. « Et moi, d’où je viens ? » s’est vendu à trois millions d’exemplaires. L’éditeur m’a flou, et je n’ai rien touché. Je me suis dit : j’ai été trahi par un éditeur, ça y est, je suis un véritable écrivain.

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(27) Le Nouvel Observateur : – Qu’avez-vous répondu à votre fils ? (28) Peter Mayle : – « Demande à ta mère », évidemment. (29) Le Nouvel Observateur : – Quel écrivain êtes-vous ? Aisé ou laborieux ? (30) Peter Mayle : – Laborieux. Je récris beaucoup, je n’arrive pas à me dire : il faut que je fasse dix pages avant le petit déjeuner. Je ne suis pas Simenon. Je prends mon temps. J’aimerais être comme Alexandre Dumas, qui avait calculé que, s’il ne s’arrêtait pas pour mettre la ponctuation, il gagnerait un an et demi d’écriture dans sa vie... À ce propos, il adorait les melons de Cavaillon et il a écrit au maire de la ville. Il a proposé d’échanger des livres contre des melons et le marché a été accepté. J’ai été à Cavaillon et j’ai demandé à voir les livres de Dumas : ils sont là, dans une boîte. Malheureusement, beaucoup ont disparu. J’ai suggéré qu’on les place dans une vitrine. On m’a répondu : « Vous n’y pensez pas ? On pourrait les voir ! » (31) Le Nouvel Observateur : – Combien de temps a-t-il fallu pour écrire « Une année en Provence » ? (32) Peter Mayle : – Un an. (33) Le Nouvel Observateur : – Bien sûr... (34) Peter Mayle : – Non, j’ai commencé par prendre des notes pendant douze mois, puis je me suis dit : tiens, il y a de quoi faire un livre là-dedans. Thomas Hardy disait : « Les livres faciles à lire ne sont pas faciles à écrire. » J’ai pris mon temps. J’ai regardé les gens en Provence : comment ils mangent, comment ils parlent... (35) Le Nouvel Observateur : – C’est une tradition, chez les Anglais, de caricaturer les Français. (36) Peter Mayle : – Oui, mais je ne les caricature pas. Je suis un écrivain réaliste. Enfin presque... (37) Le Nouvel Observateur : – Vous avez trouvé un ton particulier, un mélange d’ironie affectueuse et de tendresse bougonne. (38) Peter Mayle : – Continuez, continuez. (39) Le Nouvel Observateur : – Bref, c’est très drôle. (40) Peter Mayle : – J’essaie. La vérité, c’est que tous les jours je relis ce que j’ai fait la veille, et c’est atroce. Tout est à refaire. Je refais donc. Quand j’arrive au bout, je suis soulagé, croyez-moi.

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(41) Le Nouvel Observateur : – Quel est votre rythme de travail ? (42) Peter Mayle : – Je me lève tôt, je me promène avec mon chien, je prends mon petit déjeuner. J’écris quelques phrases, puis je me souviens que je dois goûter la nouvelle huile de Nyons, et je vais chercher du pain pous faire des mouillettes. C’est alors l’heure de déjeuner. L’après-midi, après la sieste, je pars pour me documenter. Par exemple, je visite une cave à vins, avec dégustation. Le temps que je rentre chez moi, il est l’heure de dîner. (43) Le Nouvel Observateur : – Pour l’inspiration, que faites-vous ? (44) Peter Mayle : – Je vais au marché, à Lourmarin, avec l’intention d’acheter du poisson ou des fruits. En chemin, je rencontre des amis, et nous allons au bistro. Puis je me dis que je dois faire mes courses. Je retourne au marché, et je rencontre d’autres amis. Nous allons au bistro. Puis je repars, mais il n’y a plus de poisson. Je vais au bistro avec le poissonnier. Dans « Un bon cru », il y a un vieil oncle qui décrit mon mode de vie : « Nulle part ailleurs, on peut faire si peu de choses et y prendre autant de plaisirs. » (45) Le Nouvel Observateur : – Quels sont les auteurs qui vous inspirent ? (46) Peter Mayle : – Bob Woodward, Dickens, Patrick Leigh Fermor, Tom Wolfe. Je n’aime pas beaucoup les auteurs qui font dans la prose ornamentale, comme Martin Amis. Le genre d’écrivain qui se regarde écrire... Moi, ce que je préfère, ce sont les livres qui donnent du plaisir, où l’on oublie de décortiquer le style, le motif ou autre chose. Des livres qui vous entraînent... (47) Le Nouvel Observateur : – Au fond, que’est-ce que qui vous pousse à écrire ? (48) Peter Mayle : – J’écris pour aller au restaurant. Mes livres ne sont que des prétextes à bien manger. Le reste n’est que littérature, n’est-ce pas ? Propos recueillis pas FRANÇOIS FORESTIER

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SITUATION DE COMMUNICATION ET RÈGLES CONVERSATIONNELLES

L’actuelle oeuvre se porpose de discuter auprès de cadre communicatif, par l’intermédiaire d’une intéraction verbale spécifique, l’inteview, visant la situation de communication entraînée (c’est-à-dire les paramètres de la situation communicative) et les règles conversationnelles (notamment celles liées à la notion de politesse et de faces). Le corpus de cette oeuvre a été établi par le choix d’une interaction vérbale (l’inteview) trouvée dans un cadre médiatique (la presse écrite), plus précisément dans une revue français très connue, « Le Nouvel Observateur ». « L’interview est une action finalisée : faire connaître aux spectateurs, auditeurs de nouvelles idées ou de nouveaux individus, ou encore leur faire voir et entendre comme s’ils y étaient des gens connus ou célèbres . L’interview est un spectacle, on parle pour la galérie. »1 À la différence d’une conversation usuelle, l’interview a un caractère médiatisé évident, parce que les participants à la communication doivent coopérer non seulement à la structuration de l’échange, mais, en même temps, à la réalisation d’un produit qui puisse satisfaire au public/à l’auditoire. Étant donné qu’il s’agit d’une revue, le public, qui en profite, est formé des lecteurs qui aiment la presse écrite. Les deux participants à la communication ont des rôles bien établis, le interviewer dirige la conversation et l’autre interlocuteur a le devoir d’offrir des informations essentielles par l’intermédiaire des réponses concises. Tout de suite, nous allons mettre en discussion plus amplement cette situation de communication spécifique, l’entretien journalistique.

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André-Larochebouvy, Danielle, La conversation quotidienne, Didier-Crédif, Paris, 1984, repris par Catherine Kerbrat-Orecchioni, Les interactions verbales – Approche interactionnelle et structure des conversations, Armand Colin, Paris, 1990/1998.

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I. LA SITUATION DE COMMUNICATION
LE CONTEXTE – Les paramètres de la situation communicative

1. Le contexte circonstanciel Ce sont deux personnes qui participent à cette conversation en tête à tête, chacun d’entre elles ayant des traits individuels spécifiques : les deux personnes sont de sexe masculin, aussi l’écrivain Peter Mayle, qui est le point d’intérêt de l’inteview, que le journaliste François Forestier, qui coordonne l’inteview. Le premier, ayant la profession d’écrivain, se réjouit d’un prestige considérable, tandis que le second, comme journaliste, reste dans l’ombre et devient connu seulement par l’intermédiaire de sa signature à la fin de l’article. Les participants assument d’une manière successive les rôles interlocutifs d’émetteur et de récepteur. Le cadre communicationnel s’entrevoit comme un cadre non intime, étant donné le fait que les interlocuteurs ne se connaissent pas directement ou en personne, ils se trouvent peut-être au premier entretien. Il s’agit des interlocuteurs autorisés, alors nous parlons d’une situation définie par nécessité ; dans notre exemple, la nécessité est d’établir un article de presse sur un thème précise : « Un best-seller de Peter Mayle au cinéma. Le bonheur est en PROVENCE ». La conduite de l’entretien, l’entretien perçu comme une relation d’entraide, doit favoriser une parole « authentique » chez l’informateur. Alors, les techniques de l’entretien doivent permettre au journaliste de conduire sans influencer l’autre dans ses affirmations. Même si, dans ces conditions, le interviwer doit adopter une attitude ‘neutre’ (‘indifférente’), dans notre cas, il adopte plutôt une attitude convergente, bienveillante en ce qui concerne son intelocuteur. Le cadre spatio-temporel Toute communication est déterminée par un cadre spatial et temporel précis (le hic et nunc) de l’énociation. L’action de l’inteview se déroule dans un cadre familier pour celui qui

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est inteviewé, la maison qu’il habite en Provence. Evidemment, le temps de la publication ne correspond pas au moment dont l’interview a été réalisé, le journaliste a le temps donc de rendre une conversation dominée par la spontanéité dans un article plus organisé et plus facile à déchiffrer par les lecteurs. En même temps, cette période de transition se caractérise par l’alternace de l’auditeur, qui est en phase initial le journaliste et, ensuite, le public-lecteur qui se réjouit du résulat final. 2. Le contexte situationnel Le caractère linguistique de la communication dépend vraiment de la situation communicative présente à un moment donné. Il y a des règles sociolinguistiques qui gouvernent le choix et le fonctionnement des divers éléments linguistiques impliqués dans la situation communicative : la règle d’alternance se manifeste, dans notre situation de communication, par la présence d’un langage formel, montrant le respect reciproque des participants. Celui-ci se rend visible dans le choix des divers appellatifs (par exemple, le journaliste appelle l’écrivain « Mr. Provence », ligne (15)) ou des pronoms de dialogue (« vous », « votre », etc.). Une autre règle, celle de séquence, caractérise un certain type de discours déterminé et rend compte des contraintes communicatives. En ce qui concerne notre type d’interaction, l’interview, les enchaînement spécifiques qui designe ce discours sont liés en principal à la structure question-réponse. La dernière règle, celle d’ocurrance, s’entrevoit, dans notre cas, verticale, parce que le discours présente quelques ellipses à l’intérieur de la séquence communicationnelle. Le journaliste laisse de côté, pour quelques instants, les questions, avec l’intention de démontrer son implication dans la communication et, en même temps, exprimant son opinion : (5) Le Nouvel Observateur : – Votre forme d’humour este difficile à adapter...ou à imiter. (11) Le Nouvel Observateur : – Ça pourrait être pire, en effet. 3. Le contexte interactionnel

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En ce qui concerne les rôles interactionnels dans la conversation, les interlocuteurs assument d’une manière successive les rôles interlocutifs d’émetteur et de récepteur. Nous pouvons avoir l’impression fautive que, à l’occasion d’un interview, celui qui détient l’initiative totale et joue le rôle d’émetteur principale est le inteviewer, mais nous omettons que celui qui répond a l’initiative à ce moment-là et qu’il peut, par ses réponses, changer le cours de l’entier interview. Chaque interaction est plus ou moins structurée selon un schéma général : séquence d’ouverture, corps de l’interaction, séquence de clôture. Nous pouvons observer que les différents marques linguistiques d’ouverture d’une conversation quelconque ne sont pas présents dans l’exemple choisi. Leur présence avant l’inteview est évidente, étant donné le fait que les deux interlocuteurs ont fait connaissance et ont discuté les termes de déroulement de l’entretien. Nous pourrions expliquer leur manque par le fait qu’ils ne sont pas de tout pertinents, ni pour la compréhension du texte en entier, ni pour les demandes du lecteur. Le corps de l’interaction (l’interview) est soumis au principe de l’alternance, les deux interlocuteurs prennent la parole à tour de rôle. Dans la séquence question-réponse, le interviewer semble un peu désavantajé, parce que l’autre détient la liberté d’une réplique plus élaborée, donc de garder la parole pour plus de temps. Mais, nous devons être conscient de fait qu’une réponse plus élaborée ne fait que satisfaire aux intérêts du interviewer même, il reste dans l’ombre volontairement pour laisser l’interlocuteur s’exprimer librement et lui rendre informations essentielles. Ainsi, le interviewer doit témoigner, d’autant plus, ses capacités d’écouter l’autre. De même que pour les séquences d’ouverture, les séquences de clôture manquent. L’interview finit par une interrogation qui semble résumer l’entier entretien pour trasser une conclusion finale et la construction rhétorique de final est peut-être destinée à créer l’impression d’un final ouvert qui invite le public à donner son propre réponse ou à devenir la prémise pour un future interview : (47) Le Nouvel Observateur : – Au fond, que’est-ce que qui vous pousse à écrire ? (48) Peter Mayle : – J’écris pour aller au restaurant. Mes livres ne sont que des prétextes à bien manger. Le reste n’est que littérature, n’est-ce pas ? 4. Le contexte présuppositionnel

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Les interlocuteurs partagent évidemment un système de connaissances commun, le savoir partagé, le journaliste réalise auparavant un travail de documentation pour manouvrer habilement le théme et l’autre parle de sa propre vie, dont il détient une connaissance absolue. Quant aux intentions des participants, le journaliste veut réaliser un bon inteview (sa carrière aussi que son réputation sont en jeu) et offrir au public un matériel intéressant à lire et, pour l’autre, il s’agit d’un extraordinaire moyen d’avoir des apparitions publiques et d’attirer plus d’admirateurs.

II. RÈGLES CONVERSATIONNELLES POLITESSE ET FACES

À travers l’interaction, qui est une expérience de tous les jours, l’appartenance sociale des individus s’affirme et les relations d’entre eux se construisent. L’interaction est gouvernée par certains règles de politesse pour qu’il ait place un déroulement civilisé, respectueux de l’entretien qui surgit à un moment donné. Nous allons discuter, au début, des notions concernant l’échange verbal et, ensuite, les dimensions affectives de l’interaction, la politesse et les faces. L’interview entier présente une structure conversationnelle bien établie au niveau de l’échange, à l’interieur des interventions sont entraînées des relations illocutoires variées : initiatives qui gouvernent l’interaction verbale, parce qu’il s’agit de demande d’information, requête, action qui prend place tout au long de l’interview et se concrétise sous la forme des questions adressées par le journaliste au interviewée. Celles réactives animent aussi l’interaction, étant donné que pour chaque question, il y a une réponse, une confirmation ou une infirmation. Le dernier type de relations illocutoires, réactives-initiatives, se lie à la demande d’explication, d’information supplémentaire, et leur rôle dans l’action de décoder le message est essentiel. Quelques exemples :

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a) (23) Le Nouvel Observateur : – Vous êtes toujours sous le charme ? (fonction initiative – demande d’information) (24) Peter Mayle : – Absolument ! D’autant plus que depuis j’ai découvert le cassoulet et le civet de sanglier, mes plats favoris. (fonction réactive – confirmation) b) (31) Le Nouvel Observateur : – Combien de temps a-t-il fallu pour écrire « Une année en Provence » ? (fonction initiative – demande d’information) [...] (34) Peter Mayle : – Non, j’ai commencé par prendre des notes pendant douze mois, puis je me suis dit : tiens, il y a de quoi faire un livre là-dedans. Thomas Hardy disait : « Les livres faciles à lire ne sont pas faciles à écrire. » J’ai pris mon temps. J’ai regardé les gens en Provence : comment ils mangent, comment ils parlent... (fonction réactive - infirmation) c) (25) Le Nouvel Observateur : – Comment avez-vous débuté dans l’écriture ? (26) Peter Mayle : – Après plus de vingt ans dans la publicité, il était temps pour moi de changer. La publicité m’a aussi appris à observer. Quand je me suis lancé dans l’écriture, j’ai commencé par publier des livres pour enfants, dont « Et moi, d’où je viens ? », car mon fils, qui avait 7 ans, m’a demandé : « Papa, c’est quoi un orgasme ? » [...] (27) Le Nouvel Observateur : – Qu’avez-vous répondu à votre fils ? (fonction réactive-initiative – demande d’information supplémentaire) (28) Peter Mayle : – « Demande à ta mère », évidemment. d) (5) Le Nouvel Observateur : – Votre forme d’humour este difficile à adapter...ou à imiter. (6) Peter Mayle : – Ce n’est pas de l’humour. (7) Le Nouvel Observateur : – Ah ? (fonction réactive-initiative – demande d’explication) (8) Peter Mayle : – Non. Vous avez un meilleur mot, en français : l’esprit. Je m’y exerce. C’est du travail, être spirituel.

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L’étude concernant la politesse met en évidence deux aspects de l’individu en interaction, face négative (ou territoire) et face positive (ou simplement face). Comme Goffman a déjà dit, au cours de la rencontre avec autrui, l’individu doit faire « un travail de figuration [face work] », c’est-à-dire prendre les précautions nécessaires pour que personne, y compris lui-même, ne perde la face. Nous comprenons par face positive l’image publique valorisante du locuteur et de son interlocuteur, tandis que, par face négative, nous entendons le territoire personnel de chaque interactant. La théorie de la politesse dans l’étude de Brown et Levinson comporte la notion d’« actes menaçant la face » [Face Threatening Act (FTAs)], des actes ayant un effet négatif sur la face et/ou le territoire de l’un et/ou l’autre des partenaires de l’interaction. KerbratOrecchioni propose une notion complémentaire à celle antérieure, « actes flatteurs » [Face Flattering Acts (FFAs)]. Dans notre cas particulier d’interaction, les actes menaçant pour le récepteur (le interviewée) sont les demandes de renseignements, qui peuvent, dans un certain mesure, être assimiler à des ordres. Alors, la requête menace la face négative de l’interlocuteur, le récepteur est contraint à répondre positivement. L’interrogation, un procédé privilégié dans un interview, peut être considérée comme un adoucisseur dans la mesure où elle permet une liberté de choix à l’interlocuteur quant à la réponse à la sollicitation adressée, l’interlocuteur peut donner toute réponse qu’il veut : (17) Le Nouvel Observateur : – Vous vous êtes dit : j’ai réussi ? (41) Le Nouvel Observateur : – Quel est votre rythme de travail ? (43) Le Nouvel Observateur : – Pour l’inspiration, que faites-vous ? L’introduction dans l’atmosphère de l’interview ne se fait pas brusquement, au début, il y a des énoncés préparatoires assertifs qui ont le rôle de créer un cadre propice à la communication, pour faciliter la contribution, implication de l’interviewée et capter graduellement l’attention du public : (1) Le Nouvel Observateur : – Le film de Ridley Scott est un traduction exacte de votre livre « Un bon cru ». On y retrouve votre goût du bonheur... (2) Peter Mayle : – Pourquoi être vaguement heureux en Angleterre quand on peut être très heureux en Provence ? C’est toute ma philosophie.

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(3) Le Nouvel Observateur : – À voir le film, on a envie de s’installer instantanément dans le Lubéron... (4) Peter Mayle : – Je crains que Ridley et moi soyons responsables de la hausse de l’immobilier dans la région. Par chance, le cours du rosé de Provence reste stable... Le texte abonde en désactualisateurs personnels, une marque principale de la politesse, les pronoms à la deuxième personne, pluriel, « vous », et l’adjectif pronominal possessif « votre », « vos » qui peut témoigner la différence d’âge entre les interlocuteurs ou le rapport établi entre des personnes qui ne possèdent pas un passé commun. Nous pouvons aussi ajouter l’appelatif « Mr » (monsieur). Le rôle de ces désactualisateurs personnels est d’adoucir un acte menaçant : (8) Peter Mayle : – Non. Vous avez un meilleur mot, en français : l’esprit. Je m’y exerce. C’est du travail, être spirituel. (13) Le Nouvel Observateur : – Lequel de vos livres s’est le mieux vendu ? (15) Le Nouvel Observateur : – Depuis, vous êtes devenu « Mr Provence ». Quel est votre public ? La figure de rhétorique, la litote, qui consiste à faire entendre le plus en disant le moins, fonctionne dans notre interaction verbale comme un atténuateur préféré au détriment d’un acte direct pour éviter un acte menaçant l’interlocuteur : (5) Le Nouvel Observateur : – Votre forme d’humour est difficile à adapter...ou à imiter. (37) Le Nouvel Observateur : – Vous avez trouvé un ton particulier, un mélange d’ironie affectueuse et de tendresse bougonne. Il s’agit plus précisément d’un aveu de la part du locuteur, un possible acte menaçant pour son propre face positive, le locuteur exprimant son opinion risque de se placer dans une situation pas de tout plaisante face à son interlocuteur. L’ironie subtile de la part de l’interviewée peut répresenter un acte menaçant pour la face positive de son interlocuteur, en le mettant dans une situation pénible, qui importune et qui le détermine à limiter sa liberté d’expression dans la conversation. L’esprit de moquerie,

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peut être due à la note de supériorité montrée par le interviewée ou à son nature joviale, se rend visible plus en profondeur: (10) Peter Mayle : – Ah oui ! L’autre jour, je vois un car de Japonais s’arrêter chez moi et déverser sa cargaison de touristes dans mon jardin. Devant mon étonnement, l’un des visiteurs m’a montré son programme imprimé : ma maison fait partie des « monuments à visiter ». Personne ne m’a averti. Cela dit, mon chien est ravi et pose volontiers pour les photos. Je précise que je suis très content de faire ce que je fais : manger de bonnes choses, vivre dans un pays magnifique et faire la sieste dans un hamac. Que demander de plus à la vie ? (11) Le Nouvel Observateur : – Ça pourrait être pire, en effet. (12) Peter Mayle : – En plus, je suis invité à visiter les vignobles, et à déguster. Les gens sont très gentils avec moi. Ils vont jusqu’à me considérer comme un bon écrivain. [...] (31) Le Nouvel Observateur : – Combien de temps a-t-il fallu pour écrire « Une année en Provence » ? (32) Peter Mayle : – Un an. (33) Le Nouvel Observateur : – Bien sûr... (34) Peter Mayle : – Non, j’ai commencé par prendre des notes pendant douze mois, puis je me suis dit : tiens, il y a de quoi faire un livre là-dedans. Thomas Hardy disait : « Les livres faciles à lire ne sont pas faciles à écrire. » J’ai pris mon temps. J’ai regardé les gens en Provence : comment ils mangent, comment ils parlent... En ce qui concerne la politesse positive, en vertu de laquelle l’individu produit des actes flatteurs, c’est la forme privilégiée, le compliment, qui se rend visible dans l’interaction verbale choisie. Son rôle est de « flatter » la face positive, le narcissisme de l’interlocuteur : (9) Le Nouvel Observateur : – Vous êtes devenu une célébrité dans la région... (15) Le Nouvel Observateur : – Depuis, vous êtes devenu « Mr Provence ». Quel est votre public ? (37) Le Nouvel Observateur : – Vous avez trouvé un ton particulier, un mélange d’ironie affectueuse et de tendresse bougonne.

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Pour conclure, l’interaction verbale dépend, en grande mesure, de la situation communicationnelle qui la définit à un moment donné (c’est-à-dire les participants, le cadre spatio-temporel, le thème de l’échange verbale, etc.) et elle est domninée par des divers règles conversationnelles, notamment celles de politesse. Dans l’échange conversationnel, la négociation entre les participants est vraiment essentielle, à la base de cette négociation se trouve deux principes interactionnels fondamentaux, « ménajez-vous les uns les autres » et « ne vous imposez pas ». Respecter ces règles signifie participer à un entretien qui se déroule dans des conditions optimes.

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ANNEXES

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