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Autriche
Emprisonnement de Stéphan Templ : lutte contre la fraude ou persécution antisémite ?
Vendredi 9 octobre 2015 par Ouri Wesoly
L’affaire  a  fait  beaucoup  de  bruit  en  Autriche  :  le  journaliste  et  écrivain  Stephan  Templ,  auteur  d’un  livre
retentissant contre l’acquisition à bas prix de biens volés aux Juifs durant la période nazie, vient d’être condamné
à un an de prison pour fraude.
Stephan Templ
Ce  6  octobre,  Stefan  Templ  54  ans,  s’est  présenté  devant
la prison viennoise où un tribunal l’a condamné à purger un
an  de  prison  Selon  la  justice  autrichienne,  il  est  coupable
de  «  fraude  criminelle  contre  l’État  »  pour  une  somme  de
550.000 €.
Mais, pour nombre de ses partisans, S. Templ paye surtout
la publication d’un livre* qui avait fait scandale dans le pays
en  2001.  Il  y  montrait  que  nombre  d’Autrichiens  s’étaient
enrichis en rachetant à bas prix les biens volés aux Juifs…
quand ils ne les avaient pas simplement volés.
Mais aussi à quel point l’État traînait des pieds pour les restituer à leurs légitimes propriétaires ou à leurs descendants. Pour
ce faire, le livre, sarcastiquement titré « Notre Vienne », (comme le guide touristique de la ville), proposait un circuit des 350
bâtiments « aryanisés » en 1938 et jamais restitués.
Parmi  eux,  des  hôtels  prestigieux,  des  cinémas,  des  restaurants,  etc.  Pour  chaque  bien,  il  indiquait  sa  valeur  et  le  nom  de
ses  anciens  propriétaires.    A  côté,  il  y  avait  celui  des  actuels  possesseurs  et  la  somme  dérisoire  pour  laquelle  ils  l’avaient
acquis.
Dur  à  encaisser  pour  les  Autrichiens  qui,  dès  la  fin  de  la  guerre,  s’étaient  présentés  comme      «les  premières  victimes  du
nazisme» alors que la majorité de la population avaient rallié avec enthousiasme le Reich d’Hitler en 1938.  
Une thèse historiquement intenable mais qui leur permettait, entre autres, de dénier toute responsabilité légale ou financière à
l’égard des Juifs autrichiens spoliés puis déportés par les nazis.
Il fallut attendre 1995 pour que, cédant enfin aux pressions internationales, l’Autriche crée un « Fonds de réparation pour les
victimes  de  la  Shoah  »  et  cinq  ans  de  plus  pour  qu’en  2000,  l’État  renonce  à  tout  droit  sur  les  biens  volés  et  non  encore
restitués.
Une fois mis en place, le Fonds versa 5.000 € à chacun des survivants pour les souffrances subies puis 6.200 autres pour la
perte de leurs biens. Des sommes dérisoires comme le montre, si besoin était, l’affaire qui allait mener S. Templ en prison.  
Tout commença lorsque, en 2005, celui­ci déposa une demande de restitutions au nom de sa mère, Hélène Templ. Celle­ci,
alors âgée de 80 ans, était une des héritières (avec 39 autres personnes) d’un hôpital situé dans la Ringstrasse, un des plus
prestigieux boulevards  de la capitale.  
« Victime d’une bureaucratie complexe et sans âme » ?

Un bâtiment symbolique des drames du passé nazi mais aussi d’une certaine mentalité autrichienne actuelle : en mars 1938,
peu avant que la confiscation, le directeur de cet hôpital, Lothar Fürth et son épouse, Suse furent contraints de nettoyer avec
une brosse à dents le trottoir devant le bâtiment.
Après cette humiliation qui succédait à beaucoup d’autres, le couple se suicida en laissant ces quelques mots : « Nous  ne
pouvons en subir davantage »  En 1998, deux « stolpersteine » (« pavés de mémoire ») à leurs noms furent placés devant la
porte.  
Mais, en 2005, la clinique fut remplacée par des appartements de luxe.  Les nouveaux propriétaires firent enlever les pavés.
Commentaire  de  Templ  :  «  Je  suppose  que  les  nouveaux  résidents  ne  tenaient  pas  à  se  voir  rappeler  chaque  fois  qu’ils
passaient leur porte le nom des Juifs qui avaient vécu là avant eux ni  les circonstances de leur mort »,
Quoi  qu’il    soit,  en  2010,  la  mère  de  Templ  obtint  1,1  million  €  de  dédommagements.  Tout  était  donc  bien  qui…  Sauf  que
non : en 2011, l’Autriche engagea des poursuites contre S. Templ pour « fraude criminelle envers l’État ».
Pourquoi  ?  Parce  qu’en  introduisant  sa  demande,  il  n’avait  pas  inscrit  sa  tante,  Élisabeth  Kretschmer,  84  ans,  dans  la  liste
des ayants­droits. Celle­ci n’avait appris que la procédure était en cours qu’en 2011, trop tard pour faire valoir ses droits.
C’est  donc  elle  qui  aurait  dû  porter  plainte  pour  avoir  été  privée  de  550.000  €  ;  la  moitié  de  la  somme  versée  à  Mme  Templ.
Mais l’État autrichien lui brûla la politesse : il engagea des poursuites en considérant qu’il était la principale victime de cette
fraude.
Selon l’accusation, Mme Kretschmer aurait pu renoncer à ses droits et cet argent lui serait alors revenu. Il était donc la partie
lésée. Comment se défendit S. Templ ? Il admit avoir « commis une erreur » en ne donnant pas le nom de sa tante.
Mais il n’existait, affirma­t­il, aucun texte légal l’obligeant à  informer le Fonds de l’existence d’autres légataires potentiels.  Il
précisa  aussi  que  les  deux  vieilles  dames  étaient  en  froid  depuis  1958  suite  à  une  querelle  familiale  et  qu’elles  ne  s’étaient
plus parlé depuis 25 ans.
Dans  ces  conditions,  argua­t­il,  il  n’avait  pas  ressenti  l’obligation  d’introduire  une  réclamation  au  nom  de  sa  tante.  D’autre
part,  il  rejetait  la  plainte  de  l’État  :  celle­ci  se  basait  sur  l’hypothèse  d’un  abandon  de  ses  droits  par  Mme  Kretschmer,  ce
qu’elle n’avait jamais envisagé.
Par ailleurs, l’Autriche n’avait­elle pas renoncé en 2.000 à tout droit sur les biens spoliés ?  Mais le tribunal fut moins sensible
à ces arguments qu’à ceux du procureur qui insistait sur les mensonges volontaires et répétés de S. Templ.
Il prouva que celui­ci avait déclaré à plusieurs reprises que sa mère était enfant unique et avait soumis un arbre généalogique
de sa famille reprenant cette falsification. En 2013, Templ fut condamné à trois de prison ferme. En appel, la peine fut réduite
à un an.
Consultée, la Cour suprême d’Autriche confirma la condamnation. Le Président de la République refusa sa grâce. Dans une
lettre ouverte, 75 historiens de la Shoah, firent savoir qu’à leurs yeux, il s’agissait d’une « réaction excessive et profondément
troublante ».
Pour  certains  de  ses  partisans,  il  s’agissait  simplement  d’une  vengeance  contre  son  livre.  D’autres  qu’il  était    victime  de  la
« bureaucratie complexe et sans âme du système autrichien de restitution ».
S.  Templ  évoque,  lui,  une  «  vendetta  étatique  »  et  une  «  persécution  antisémite  ».  Il  a  porté  son  affaire  devant  la  Cour
européenne de Justice de Luxembourg. En attendant, il est en prison.
*  «  Unser  Wein»  («Notre  Vienne  »).  Livre  écrit  par  S.  Templ  avec  sa  compagne,  l’historienne  Tina  Walzer.  Non  traduit  en
français

J’aim e

 
 
 

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Source URL: http://www.cclj.be/node/8631