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Jean-Claude Duclos

M. Marc Mallen

Transhumance et biodiversité : du passé au présent
In: Revue de géographie alpine. 1998, Tome 86 N°4. pp. 89-101.

Résumé
Transhumance et biodiversité : du passé au présent Transhumance and biodiversity : Front the past to the present Jean-Claude
Duclos Marc Malien Résumé : Remontant aux origines montagnardes de la transhumance ovine et à l'organisation qu'elle
impliquait autrefois dans le cadre des Alpes françaises du sud, les auteurs font apparaître les changements intervenus dans la
seconde moitié du XXe siècle. L'évocation des finalités de l'élevage qu'elle caractérise, des races ovines concernées et de celles
qui leurs sont associées, des savoir-faire, des paysages et des représentations qu'elle suscite, leur permet de mettre en
évidence de quelles réductions sont affectées les biodiversités qu'elle engendre.
Abstract
Abstract : The authors go back to the mountain origins of sheep transhumance, and the organisation that this required in the
French Southern Alps, to illustrate the changes that have occurred in the second half of the 20th century. By examining the aims
of the stock farming associated with transhumance, the breeds of sheep and other animals concerned, local know-how,
landscapes and representations engendered by transhumance, the authors show how the biodiversity generated by
transhumance has suffered over recent decades.

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Duclos Jean-Claude, Mallen Marc. Transhumance et biodiversité : du passé au présent. In: Revue de géographie alpine. 1998,
Tome 86 N°4. pp. 89-101.
doi : 10.3406/rga.1998.2904
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1998_num_86_4_2904

de la multitude des paramètres qui la conditionne — édaphiques. de races. clef de voûte de la symbiose homme-herbivore. l'hiver dans l'ha bitat principal près des cultures. -. génératrice d'une immense diversité de solutions. La nature l'en registre et la révèle mais les causes. port er. fumer ou disposer de produits d'échanges. tirer. REVUE DE GEOGRAPHIE ALPINE 1998 №4 .fr> Marc Malien Ethnopastorahste. d'organisations collectives. de savoir-faire...F3031 Grenoble cedex 1 E-mail : <jc. est générateur de biodiversité. la vie des communautés alpines a toujours été scandée par des migrations saisonnières du village à l'alpe. Ainsi rythmée sur la croissance de l'herbe. zootech niques. une place fondamentale. se réchauffer. d'ovins. Musée Dauphinois. le produisent et l'entretiennent. le printemps ou l'automne aux mayens parmi les prés de fauche et l'été dans l'alpage. culturels.de conflits et — d'échanges. via l'animal. dans l'infinité des combinaisons possibles.F05400 Manteyer 'ase de la domestication. est ainsi répandue dans toute la montagne alpine (bien qu'avec de multiples variantes). fondant leur mode de vie sur l'e xploitation de l'herbe. de départ pour Yestive. qui comportent parfois plusieurs installations successives. climatologiques. I. Le passé Des caractères montagnard et méditerranéen de cette ancienne pratique Grâce aux solutions qu'offre l'animal. Ces déplacements.duclo@musee-dauphinois.Transhumance et biodiversité : du passé au présent Jean-Claude Duclos Conservateur en chef du patrimoine. voire des irrigations ou des façons culturales. le choix que fera le berger. Sous cet angle de la quête de l'herbe. sont appelées remues par les géo graphes du début du siècle. de caprins ou souvent de tous ces animaux ensemble. Le pâturage ne devient cependant une donnée de base de l'espace montagnard qu'à partir du moment où des passages réguliers et réglés selon l'altitude et les saisons. de paysages. il y a quelque 6 000 ans. de représent ations. des communautés commencent à coloniser la montagne alpine. qu'il s'agisse de bovins. Cette organisation de la vie en trois temps et trois espaces principaux. 30 rue Maurice Gignoux . économiques. Le Bouaty . se déplacer. bien évidemment. sous le nom d'estivage. pour se nourrir. la recherche du pâturage a occupé dans l'histoire de l'humanité et des rapports qu'elle entretient avec le monde. Elle est consubstantielle du comportement montagnard. historiques. mais sont plus connus des montagnards des Alpes françaises. sont toujours culturelles. sociaux. altitudinaux. ď amontagnage ou encore de muande.

Les hommes qui. in Gallia 52.. comme les appelle Henri Bosco. même si elle n'est plus attestée au haut Moyen Age (Cf. Aussi la quasi totalité 1. des étapes. A ces appellations de transhumance normale ou inverse. Stouff L. généralement loué. Université de Provence. les entrepreneurs de transhu mance. tant que l'élevage reste la principale activité de la montagne. les bergers et leurs aides ont toujours été majoritairement montagnards. tandis que les troupeaux des seigneurs et des ordres religieux s'accroissent et que les réserves de fourrages deviennent insuffisantes. Les bergeries romaines de la Crau d'Arles. la pratique de la transhumance estivale — encore appelée « grande transhumance » 2 . A partir du XVe siècle. 1986. Eux aussi pratiquent depuis toujours l'estivage. que les seigneurs et les ecclésiastiques confient leurs troupeaux. Quand. ainsi que leur capacité à savoir. puis enfin sous sa forme estivale. l'effectif des troupeaux diminue mais la transhumance. au début de ce siècle. finissent par s'y installer. pp. Ainsi va se développer la pratique de la transhumance. demeure la règle. à profiter de la pause hivernale pour aller exercer le métier de berger dans les plaines littorales. Philippe Arbos et de nombreux auteurs. Brun J. Arles à la fin du Moyen Age. avec la participation de la famille et dans le cadre d'une aire res treinte (du village à l'alpe). et X humus. qui s'effectue généralement en une journée. l'organisent. nous préférons ceux de transhumance estivale ou hivernale. trans. car le voyage qu'il désigne conduit au-delà du territoire d'origine. Ces « meneurs de bestiaux ».-P. d'abord sous cette forme hivernale.TRANSHUMANCE ET BIODIVERSITE : DU PASSE AU PRESENT Les Alpins des montagnes plus sèches du sud. cette production cesse de procurer des revenus suffisants et que la viande devient le principal débouché de cet élevage. Nombreux sont ceux qui. C'est à eux. A partir du XIIe siècle. 1995) plaide pour l'existence de la pratique de la transhumance dès l'époque romaine. Du мот. bientôt la plus répandue1. Cette probabilité reste cependant à confirmer car rien encore n'est connu des sites d'estivage correspondants. avec un cheptel plus nomb reux. ont accordé leur préférence au mouton. au-delà. . 448-461). sur une courte distance. commençant par acheter quelques bêtes. intégrée par des siècles de pratique et de sé lection et comme imposée par les variations climatiques.est massivement adoptée par les propriétaires des grands domaines de la basse Provence. les baïles et les pastres. Badan 0. vers un espace lointain. l'habitude est prise de les envoyer passer l'hiver sous le climat plus clément des vallées et des plaines littorales. 2. engraisser les bêtes qu'on leur confie. comme personne. traditionnellement. le « pays ». centrée sur la laine. A la différence de la remue. ceux qui regardent vers la Méditerranée. ces Alpins savent très tôt faire reconnaître leur connais sance des itinéraires (les drailles). de l'organisation qu'elle implique et des espaces qu'elle concerne Le mot transhumance n'apparaît qu'au XIXe siècle et intègre deux informations. les origines de la transhumance en Provence. des alpages. Descendus de leurs montagnes pour aller se louer sur les foires à l'automne. continuent au XIXe comme au début du XXe. à sa suite. la transhumance est affaire de bergers spécialisés. déjà au Moyen Age. les bergers-chefs.. partant seuls ou entre eux pour un déplacement beaucoup plus long. Congés G. l'ont aussi appelée transhumance normale. Elle est alors le seul moyen d'accroître leur cheptel et de tirer profit d'une économie florissante. tant pour leur propre compte que pour celui des propriétaires de troupeaux des vallées et des plaines voisines. La découverte récente d'un grand nombre de bergeries romaines dans la plaine de Crau (Cf.

ont dû accroître leur troupeaux. Adapté aux né cessités d'un élevage en plaine qui n'aurait pu se développer sans le complément de l'e space alpin. Legeard J. Les nécessités du mode de vie urbain sont partout venues à bout des spécificités millénaires de la vie montagnarde. CERPAM. Les éleveurs de la plaine qui. Devenus éleveurs. détiennent encore aujour d'huice savoir intact. Seules quelques pratiques se sont maintenues. la succession des saisons et les migrations sur la pente. 1996. soit un peu plus de 30 %. parsemés de milliers de moutons provençaux. quelques bergers. le très vieux savoir montagnard issu des rapports entre l'animal. Sur cet effectif. 182 000. installés de longue date dans le bas pays. IL Le présent De l'histoire à l'actualité Pratiquée par plus de 80 % des élevages ovins du sud-est de la France.Côte d'Azur. dont celle de la transhumance. viennent du seul département des Bouches-du-Rhône et pour la plupart de la plaine de Crau. pour l'été 1995 de 633272 animaux transhu mantspour le six départements de la Région Provence-Alpes. . pour surmonter leurs difficultés. Il n'est qu'à voir les vil lages de montagne d'aujourd'hui et les stations touristiques qu'ils sont devenus pour se rendre compte qu'à l'exception d'un ou deux éleveurs dans le meilleur des cas. Ainsi près de la moitié des ovins transhumants se trouvent aujour d'huidans les départements de montagne (Alpes-Maritimes. Combien voient. propriétaires ou herbassiers. donne le chiffre total (brebis. ont vu leurs charges augmenter plus vite que ceux de la mont agne. La proportion d'animaux venant du littoral provençal a cependant tendance à diminuer.Résultats d'enquête auprès des responsables d'alpage et de leurs bergers en fin d'estive 1995. ce n'est pas à la disparition de ces paysages que l'on songe mais à leur immuabilité. plus rien ne subsiste de ces communautés agro-pastorales d'autrefois.-R. Le CERPAM (Centre d'études et de réalisa tionspastorales Alpes-Méditerranée) estime à 600 000. du Dauphine et de Savoie3. environ. les saisons et la pente. Quand le regard se promène sur les alpages du col d'Allos ou des hauts plateaux du Vercors. Cf. la grande tran shumance ou l'estivage. La colonne «total flux transhumance» du tableau de la page 2 (source: DSVFRGDS PACA). Les bergers d'alpage en chiffre . reste considérée comme indispensable pour les troupeaux de ces régions : ils vivront ou mourront ensemble. tardons et caprins). Ces derniers trouvent beaucoup plus facilement des pâturages et déplacent leur bêtes à moindre coût . agnelles. ils bénéficient en montagne de primes plus élevées et souffrent moins que les précédents de l'insuffisance de bergers qualifiés. qu'il ne s'agit plus là que des vestiges de l'organisation que nous venons de décrire ? Le temps est en effet révolu où des communautés alpines fondaient leur existence sur l'exploitation de l'herbe. garantes encore de biodiversité.JEAN-CLAUDE DUCLOS ET MARC MALLEN des familles d'éleveurs ovins provençaux ont cette même origine alpine. 3. cependant. le nombre d'ovins des six départements de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur qui transhument dans les Alpes de Provence. est ainsi descendu dans la plaine. Alpes-de-Haute-Provence et Hautes-Alpes).

des Alpes maritimes ou des Alpes de Haute Provence. continuent de cheminer à pied. c'est la viande qui demeure et de loin la principale product ion. La dernière transhumance à pied. Le changement le plus visible ayant affecté la pratique de la transhumance. au XIXe siècle. L'histoire de cette race fixée. ayant passé son existence sur les herbages de plaine et de montagne. et la pratique de la transhumance se généralise. est souvent le seul produit de consommation commercialisé. Quand la transhumance commence à se généraliser. c'est l'agneau. fournissent des revenus complémentaires et parfois principaux s' agissant du lait et du fromage (exemple de la race de La Brigue). de la viande et des agnelles. qu'elle suffit à peine. qui eut ses heures de gloire. ces dernières décennies. venue de Camargue au Vercors. l'agneau le plus fréquemment commerci alisé était un broutard de plus d'un an. la blancheur. c'est parce que la production et le commerce du drap de laine connaissent alors un développement sans précédent. la Préalpes et la Mérinos d'Arles. Si quelques troupeaux du Var. à rémunérer la tonte. particulièrement pour l'été. l'extraordinaire accroissement du cheptel ovin entraîne la recherche de nouveaux pâturages. d'hier à aujourd'hui. cependant. né au printemps. les éleveurs qui s'i nvestissent aujourd'hui dans une démarche de qualité sur la laine voient leurs efforts récompensés : les résultats ne sont certes pas ceux qu'ils connurent il y a 20 ou 30 ans mais des raisons d'espérer commencent à se préciser. issu cependant d'un système de production plus récent. l'ondulation et la souplesse de sa laine. La valeur de la laine a cependant tellement chuté. Pour la majorité des éleveurs ovins transhumants. en France comme dans de nombreux autres pays méditerranéens. la majeure partie des autres est transportée en montagne par camion. Cependant. Il en est de même pour le tardon. la longueur. depuis le début du siècle. Consécutivement. celle de l'agneau mâle principalement. La vente de reproduct eurs fait aussi l'objet d'un marché non négligeable pour nombre d'éleveurs en race pure. Ceci n'obère pas les autres productions qui. suffit à rappeler que du Moyen Age à cette époque la principale production de cet éle vage est la laine. aujourd'hui la viande. à partir du croisement de la brebis d'Arles et du bélier mérinos d'Espagne. en Es pagne. La laine. n'est depuis longtemps déjà qu'un sous-produit. Le tardon. date de 1957. vient du mode d'acheminement des bêtes. Des cinq productions de l'élevage ovin transhumant et notamment de la viande Si l'élevage transhumant d'autrefois fournissait à la fois de la laine. et du Vaucluse.celle-là même qui des siècles durant fut sélectionnée pour la finesse. à raison de quatre cents têtes chaque. dans certains cas. du lait. à la fin du XIVe siècle. Mais c'est toujours la race du mérinos d'Arles qui continue d'avoir la faveur de la plupart des éleveurs transhu mants. dans le cadre de l'élevage transhumant et montag nard. qui monte en alpage .TRANSHUMANCE ET BIODIVERSITÉ : DU PASSÉ AU PRÉSENT Le cheptel ovin alpin d'aujourd'hui se répartit selon deux races principales. Au début du siècle et jusqu'aux années 1950. de 1974. en Italie et jusque dans les Balkans et les Carpates. C'est cette dernière qui constitue les troupeaux transhumants les plus importants de la Provence rhodanienne et littorale.

etc. D'un mode d'élevage. Le caractère alpin du produit viande n'est donc qu'un caractère transmis. les floucas l'aident à conduire le troupeau. tant auprès des chevillards que de la clientèle. de races et d'espèces différents. Familiers du bergers. Aujourd'hui. Les boucs castrés de la race du Rove (les menons) avaient pour fonction de prendre la tête du troupeau transhumant. qui base la totalité de sa production sur l'espace pastoral et fourrager alpin. L'élevage de moyenne ou de haute montagne. à grand renfort d'images de blancs moutons et d'alpages fleuris. est en graissé sur les herbages de plaine (les fameuses quatrièmes coupes. les aléas climatiques d'une saison.. les agneaux sans oublier les caprins du Rove6. la viande n'a plus de rela tion directe avec l'alpage puisque l'agneau. . abattu après quatre à six mois de vie en plein air. Anouge: agnelle sevrée mais non encore saillie. mais banalisée. ces viandes de broutard ou de tardon n'ont plus la faveur des consommat eurs qui leur préfèrent des viandes « blanches ». reste fréquemment utilisée à propos de la viande ovine. Des races animales en question Un troupeau transhumant « traditionnel » — soit de la période qui va de la fin du XIXe au début XXe siècle . 6. les résultats de la transhumance. de sexes. les floucas^. au goût uniforme et peu marqué. à la descente d'estive. la seule qui synthétise. à quelques exceptions près. les qualités des différents quartiers de la montagne. en effet. 4. Notons pourtant combien la référence à la montagne. différentes laines et différentes races animales . Bélier castré sur le dos duquel trois touffes de laine (flocs) ont été épargnées à la tonte. La pratique de la transhumance ne bénéficie pas en terme d'image à la promotion de cette viande ovine. Bien que les zootechniciens ne nient pas l'influence de l'alpage sur la gestation de la mère et donc sur l'agneau. C'est pourtant le tardon qui donne LA viande d'alpage par excellence. Dans les systèmes transhumants de plaine. les agnelles. l'agneau le plus fréquemment commercialisé n'a pas connu d'estivage en montagne.. né en automne. autrefois susceptible de produire différents types de viandes. Le tardon. ne subsis tentplus que des systèmes d'élevage dont la production a été segmentée et homogénéis ée. est à lui seul l'incarnation d'un authentique patrimoine. au-delà de l'héritage génétique. le savoir-faire du ber ger. d'où les raisons de douter de l'existence de réelles qualités organoleptiques conférées par l'alpage. ne valorise pas mieux son produit. les béliers. 5. la viande produite n'est plus directement liée à l'espace montagnard. Des mères de tous âges côtoyaient les anouges4. parfois labélisée.JEAN-CLAUDE DUCLOS ET MARC MALLEN et se nourrit d'herbe autant que du lait de sa mère.était constitué d'un ensemble d'animaux d'âges. Les chèvres de cette même race étaient réputées pour accepter d'allaiter des agneaux orphelins et fournir un lait don nant de savoureux fromages. qui ne fournissent au consommateur qu'une seule catégorie de viande. les stress entraînés par le passage de touristes. peu différente d'une région à l'autre. Malgré leur caractère indéniablement montagnard. les ânes et les chiens. en Crau) et. de ce point de vue là.nous l'évoquerons plus loin —.

Subsiste ce critère difficile à préciser de « rusti cité ». dans les systèmes d'élevage actuels. ont été « nivelées » pour permettre aux éle veurs d'homogénéiser leurs pratiques et leurs niveaux de production. En réalité. la Commune (ou ce qu'il en reste). Cependant. est plutôt d'abandonner leur élevage. de capacité laitière. Les espèces commensales du troupeau. la Manech. la persistance de pratiques pastorales « traditionnelles » et la nécessité de disposer d'animaux adaptés aux contraintes de la vie en montagne ont permis de maintenir les races dites de montagnes que sont la Mérinos d'Arles. Les différences de ga barit. par conséquent. que sont les chèvres et les ânes. La tendance actuelle vise à dénombrer. qui est issue des races de Sahune. souvent indissociable de referents identitaires pour de nombreux éleveurs soucieux de conserver aujourd'hui les caractéristiques de leurs troupeaux. soucieux de conserver cette race mythique. s'avère ainsi résulter d'une fusion de ces différentes « sous races ». L'extrême spécialisation technique de l'après-guerre a conduit à la disparition d'un grand nombre de races ovines dans les zones de montagne : les nécessités de la produc tion et de ses rendements ont banalisé les croisements industriels qui.. fruit de multiples croisements effectués au fil des généra tionsselon des critères de sélection intuitifs. ont conduit à l'extinction quasi totale de races spécifiques telles la Commune. Dans chaque vallée.. . Les bêtes locales de la montagne. Quant à l'âne d'Arles dit aussi de Pro vence (« le ministre »). dans les vallées alpines du début du XXe siècle et d'avant. la sauvegarde des caractères indubitablement montagnards -transhumants. La tendance. à la robe grise. leurs effectifs dimi nuent. de sélectionner des races qui agnellent facilement et dont le gabarit ait de réelles qualités bouchères. la même branche génotypique recouvrait des individus au caractère phénotypique diffé rent. en outre. La chèvre du Rove. la Mourerous. au sein du troupeau. Tant à cause des problèmes que posent leur transport en camion que de leur utilité qui s'avère de moins en moins évidente. on croyait posséder sa propre race. Elle garantit. étaient souvent à l'origine de cette multiplicité raciale ovine. et. L'objectif premier des « développeurs » de l'époque était en effet de faciliter le croisement industriel pour accroître les performances en viande de la pro duction ovine. même si la dominante raciale était imposée par le transhumant locataire de la montagne dont le troupeau était principalement com posé de Mérinos d'Arles. sous des appellations différentes. et donc rustiques — de la race en question. les critères définis par les UPRA (Unité de promotion des races animales) pour ces races de montagne intègrent nécessairement le passage par l'alpage : la montagne ajoute donc une spécificité à la race commercialisée auprès des éleveurs. menacée d'extinction dans les années 70. la Brigasque et quelques autres. ont tendance à disparaître. dans de nombreux cas. miroir parfois de leur propre identité d'Alpin. La Préalpes du Sud. fut finalement sauvée par des éleveurs caprins passionnés. une multitude de populations ovines de montagne. barrée sur le dos de la croix noire de Saint André. de Quint et de Savournon. prises en charge par cet él eveur locataire. Aussi. de productivité. autrefois indissociable du troupeau transhumant. la Ravane ou la Chabruarde.TRANSHUMANCE ET BIODIVERSITÉ : DU PASSÉ AU PRÉSENT Les races en présence étaient très diverses. et pour des raisons sanitaires et techniques (parc de nuit en filet électrique notamment).

autant que les bergers d'antan. pour de nombreux bergers. Beauceron. l'entrepreneur trouvait les places en alpages. Pyrénées. Si. Cette « réinvention » des techniques pastorales ne leur a cependant pas permis de faire valoir leur identité et leur professionnalisme aux yeux des éleveurs locaux.) et at tribuait à chacun un alpage. surtout à l'emmontagnage. des entrepreneurs de transhumance. non transmis. indispen sable à la conduite du troupeau.. . reconnaissable aux longues mèches laineuses de son arrière-train.. des troupeaux aux niveaux de production contrôlés. Les spécificités montagnardes des savoir-faire tendent à disparaître. par l'hélicoptère.. est surtout choisi en fonction de son ascendance et de sa vivacité. Les nouveaux bergers ont souvent été amenés à mettre au point des savoir-faire spécifiques. Il scindait le troupeau en plusieurs lots (les mâles. du moins en totalité. il doit faire d'abord preuve de qualités dites « bergères » et. pour le transport des charges. des battes. L'âne d'Arles. Tardonnieres (ou tardouniero): brebis ayant mis bas en février-mars et non à l'automne comme la majorité des autres. Les pratiques pastorales des anciens bergers n'ont pu se transmettre. est nettement concurrencé.. le vassieu8. il devient de plus en plus rare. payait les taxes.. quel que soit son génotype et son phénotype. des bergers. Cette absence de transmission du savoir est particulièrement frappante à l'échelle des éleveurs. le marchand vendait. ce. Vassieu: partie du troupeau composé des bêtes qui ne « portent» pas (jeunes. mais néanmoins indispensables pour gérer. un berger était désigné par le baïle pour assurer la garde et la protection d'un ou de plusieurs lots.. et sont relayés par des « néo » qui recréent leur métier en l'adaptant aux tech niques de l'élevage dominant.. encore utilisé en cours d'estive. ou une partie d'alpage . le bon chien est de telle ou telle race reconnue (Border Collie. Le chien. Ancré sur ses alpages. ci-dessus) et l'autre humaine. stériles. le baïle conservait ses montagnes d'an néeen année et en assurait une gestion raisonnée quelle que soit la provenance des bêtes. Cha cune de ces « castes » perpétuaient ses savoir-faire : le propriétaire capitalisait. .) 9. constituée par des propriétaires de trou peaux. ces pratiques se modifient. Un gradient de compét ences s'opérait selon l'expérience. pour d'autres. les tardonnieres1 '. convoyait les troupeaux en estive. proprié7. et le berger gardait tandis que le baïle gérait ses montagnes et ses bergers. Après la Seconde Guerre mondiale. Seul un pâ turage régulier et raisonné peut en effet garantir la repousse et favoriser la biodiversité des espèces végétales de l'alpage. La transhumance à pied était associée à une organisation hiérarchisée et très structurée. 8. Graminées peu appétentes et envahissantes. Quant au chien berger des Alpes. Les baïles disparaissent. Aussi les pratiques de gestion des alpages ont-elles été bouleversées entraînant de réels problèmes de biodi versité sur certaines unités pastorales (proliférations de queyrel ou de nard9).). dans les conditions actuelles. des négociants. Des savoir-faire spécifiques menacés Un troupeau est une cohabitation synergique de deux organisations sociales : l'une animale (Cf.JEAN-CLAUDE DUCLOS ET MARC MALLEN il fut sauvé in extremis par une association regroupant des éleveurs alpins et transhu mants.. l'âge et la santé du berger..

. Ils sont éleveurs. Car. mobiles ou fixes. Néanmoins.l'intervention humaine. Une vaste organisation sociale. a succédé un élevage spécialisé. il en est de même pour nombre de professions qui lui étaient associées. techniques. Se proclamer ber ger ou paysan leur permet en effet d'affirmer leur rôle d'aménageur global du territoire rural et montagnard. méconnaissent totalement les alpages qu'ils prennent en location et ignorent les techniques de garde qui conviennent à chacun d'eux. et Jean Blanc (1997) n'hésite pas à considérer l'herbe comme un « patr imoine fondateur ». Pour l'éleveur. encadré par des « services » agricoles de tous ordres. A un type d'agriculture paysanne.. etc. économiques. Quand ils n'ont pas disparu. émiettée au point de se diluer dans un monde agricole indifférencié de plus en plus corporatiste et renfermé sur lui-même. auxquels s'ajoutent les dispositifs européens. Déplacés en camion dans la quasi totalité des cas. passant du jour au lendemain des herbages desséchés de la plaine aux pentes herbues de la montagne. Au niveau social. « l'ethnodiversité » s'est réduite dans un sens pour augmenter dans un autre. Si le progrès agricole a entraîné une simplification de l'organisation sociale sur les alpages. soit de changer radicalement d'espace et de pratiques. même si. comme leurs parents l'avaient. Le recours aux clôtures. le troupeau et les bergers ne font plus la route mais changent de pâturage. Ils vont en montagne. par exemple. qui a eu pour conséquence de réduire le nombre de bergers. il a aussi provoqué la création d'un grand nombre de compétences nouvelles. fondée sur l'acti vitépastorale. On ne peut pas dire. Des paysages et de leur biodiversité « L'altitude se prête mal à toute autre exploitation que celle de l'herbe » disait Philippe Arbos (1922). la transhumance n'a plus tout à fait la même signification qu'autrefois. Les résultats sont parfois graves pour la biodi versité des peuplements végétaux de l'alpage (quartiers d'août et parcours de mi saison). Les fabricants et les marchands de sonnailles et de colliers. mais n'ont pas. par une sorte d'incantation identitaire. la pente et l'eau — se compose d'une . le sentiment de transhumer. les chevillards ont été sévèrement concurrencés par les groupements de producteurs. sanitaires. et ont perdu de leur influence auprès des bergers. si la population pastorale s'est étiolée. a souvent boule versé le mode de conduite du troupeau. que cette ethnodiversité se soit renforcée en montagne. Par ailleurs. Il s'agit là d'une profonde modification qui fait que la montagne n'est parfois plus pour eux que le faire-valoir de leur activité d'éleveur transhumant.TRANSHUMANCE ET BIODIVERSITÉ : DU PASSÉ AU PRÉSENT taires de troupeaux. au sens propre du terme. héritière de savoir-faire pastoraux séculaires. etc. L'alpage — c'est à dire l'herbe. la persistance de la transhumance et d'un élevage ovin de montagne contri bue au maintien de l'ethnodiversité en matière de pratiques pastorales car ils résistent encore à l'homogénéisation des pratiques d'élevage en France. comme celui de paysan. qualitatifs. il revendiquent le nom de berger. sont devenus de plus en plus rares. s'est progressivement fracturée. les nécessaires contraintes économiques consécutives aux multiples plans de l'après-guerre et le coût croissant de la main d'œuvre ont eu tendance à limiter —voire à supprimer . administratifs.. cependant. qui dans de nombreux cas.

la Saint Michel.Dans les quartiers d'août. Cette forme d'appropriation sociale de l'estive en général peut s'avérer contraire aux in térêts purement écologiques dictés par les règlements.. ses repères sont souvent végétaux (importance des légumineuses. le paysage a tendance à se refermer en raison d'une sous-utilisation sinon d'un abandon de ces zones qui. Cependant. La conservation de cette forme d'appropriation est la perpétuation d'une volonté de mainmise de l'éleveur sur la nature. est à ce titre décisif pour le maintien de la biodiversité : le choix d'un mode d'utilisation de l'alpage ou la mise en place d'une technique. Les zones les plus « solides » sont les zones intermédiaires. .) ou paysagers (griffes d'érosion). notamment. l'alpage est surexploité.. mieux la biodiversité est garantie. Plus la sta bilité des éleveurs sur leurs alpages est grande.JEAN-CLAUDE DUCLOS ET MARC MALLEN succession de niches agro-écologiques différentes et l'hétérogénéité des structures du paysage-alpage va influencer la biodiversité globale du lieu. peut modifier radicalement son évolution.. Il est important de souligner que la civilisation pastorale a sa propre lecture du maintien de la biodiversité . la persis tance de ces obligations calendaires affecte parfois sensiblement les faciès les plus fra giles. l'usage voulait que.. la tendance naturelle des brebis est de monter vers les cimes : elles séjournent alors sur les crêtes (zones. Il y a un esprit de pérennisation de la ressource lorsque la stabilité de la location est assurée. souvent. pour tel ou tel alpage. Ce constat a conduit les autorités environnementales à s'immisc er progressivement dans la gestion pastorale : la mise en place des mesures agri-environnementales et de la prime à l'herbe ont en effet pour but de contribuer à la protection des faciès fragiles en modifiant des pratiques pastorales ou agricoles. Les modifications d'usage des alpages ont notoirement modifié la biodiversité de certaines zones. C'est un marquage de son territoire. La prolifération de plantes dites indésirables ou peu appétentes en est souvent la manifestation patente. ont beaucoup perdu de leur attrait. Les alpages non gardés sont ici d'autant plus affectés par la syst ématisation des clôtures. En analysant de plus près ce fonctionnement aujourd'hui généralisé. d'un mode d'utilisation passé des alpages. La codification des dates d'accès à la ressource pastorale d'altitude est liée à la tradition orale : de génération en génération. demeurent extrêmement fragiles et vulnérables. soit la présence d'un nombre suffisant de bergers expérimentés. des plantes à rosette. le découpage des alpages en quartiers est souvent le fruit d'une tradition aujourd'hui désuète et la résultante d'un système de représentations propre à l'éleveur. Résultante de traditions festives à connotation religieuse (la Saint Jean. là où leurs pères étaient autrefois des acteurs au- . de lithosol et de mode ther mique) où croît une végétation fragile qui ne supporte ni le piétinement ni un pâturage trop insistant. il est possible de constater que les éleveurs et les bergers. Un distinguo peut s'effectuer selon les quartiers dans lesquels le troupeau progresse au fil de l'été : — Dans les quartiers bas de Juillet. Dans le cas contraire. Le maintien des facteurs anthropiques. l'enmontagnage et le démontagnage s'effectuent à des dates précises. d'un système d'élevage et du respect du patriarcat paysan.). trop éloignées pour les locaux et trop précoces pour les éleveurs transhumants. les crêtes et les cimes. En effet.

La société pastorale se sent aujourd'hui dépossédée. D'images et d'imaginaire collectif La vie pastorale et la transhumance sont un magnifique pourvoyeur de rêves. ne profite pas directement à celui qui effectue le travail sur le terrain. tout en restant soucieux d'apparaître comme des producteurs modernes. due à la prééminence des spécialistes de l'environnement du fait de la priorité donnée à la protection des espaces dits « naturels » ? Enfin. grâce à la participation d'André Leroy. en tous lieux et à toutes dates. Là où le trou peau contribue à l'amélioration de l'alpage. L'espace qu'elle a f açonné. n'aient pas réussi à modifier sensiblement le point de vue des spécialistes de l'environnement. entretenu et produit lui échappe. N'est-ce point là. Il y d'autre part le besoin inavoué des éleveurs qui. voire spoliée.TRANSHUMANCE ET BIODIVERSITÉ : DU PASSÉ AU PRÉSENT tonomes de la construction et de l'entretien des paysages. parfois très linéaire. d'images et de représentations. se trouvent maintenant dans une situation de dépendance vis-à-vis des institutions environnementales. Il est regrettable que des travaux aussi remarquables que ceux de Jean-Pierre Deffontaines et Etienne Landais (Cf. l'une des conséquences de cette réduction de l'ethnodiversité. bien ancrés dans le présent. commencent à dévoiler l'ampleur des savoir-faire en jeu. Plusieurs signes le prouvent. Il y a d'une part celui des spectateurs. Le surcroît de travail imposé par le cahier des charges. La multiplication des fêtes de la transhumance. liberté et spiritualité. qu'ils ont de leur alpage et de l'utilisation qu'ils en font. bibl. Il peut même arriver que la brebis soit suspectée de mettre en danger l'équilibre écologique : « Les propos de certains responsables du Parc m'inquiètent . pourtant « seul maître à bord » sur l'alpage10. l'ambiguïté vient du refus des protecteurs de la nature de s'en remettre au berger qui demeure pourtant.) qui. offrent le moyen de s'extraire. berger. Ignorer que la société pastorale est l'architecte et le constructeur des paysages de mont agne ou sous-estimer ce rôle a certainement contribué à déresponsabiliser les éleveurs et à les cantonner dans cette représentation. l'acteur principal de la préser vation ou non de la biodiversité. ce n'est plus tout à fait grâce à des éleveurs soucieux de préserver leurs ressources pastorales d'été et des bergers experts mais plutôt aux scientifiques spécialistes de l'environnement reconnus aptes à évaluer les modes de gestion de l'alpage et son évolution. qui tentent de trouver ou de retrouver des racines dans une époque et un mode de vie mythifiés où nature. D'autres utilisateurs réclament des modes de gestion et d'usage qui peuvent s'avérer contraires à l'exploitation pastorale « normale » d'un alpage. . des difficultés de la vie quotidienne. sur les espaces pastoraux d'altitude. dans le cadre de ces mesures. Les mesures agri-environnementales subventionnent l'éleveur — soit le propriétaire du troupeau — et non le berger. réunies dans l'image de la transhumance. construit. est la manifestation symbolique d'un double désir. ils donnent parfois l'impression d'assimiler tout simplement les moutons à un fléau écolo gique » soutient tel berger. usent volontiers du re- 10. cita dins. le temps de la fête.

Duclos. Musée Dauphinois/CPI.■•'•:• •'■•■■ LOIRE ( ARDECHE Privas • Illustration non autorisée à la diffusion Plaine de Crau 1^гтч Zone d'hivernage . seule zone où la présence des troupeaux est facilement visible et seul espace où leur rôle se « justifie » : où les risques naturels (avalanches. Se crée alors une rupture ontolo giquepour chacune des parties en présence. le terri toire de la transhumance se réduit à l'alpage. S'établit alors une sorte de distanciation entre une image et sa réalité. St-Etienne HAUTE. la transhumance en tant que telle devient virtuelle : pour l'urbain. Grenoble gistre folklorique pour capter enfin l'attention des urbains et retrouver une nouvelle l égitimité sociale. mais aussi où les concurrences économiques semblent ne pas exister. Si les attentes des uns et des autres ne concordent pas vraiment. Esperguin.. érosion..JEAN-CLAUDE DUCLOS ET MARC MALLEN ■••-■ RHÔNE' LOIRE . Zones fréquentation d'estivage moyenne de i 40 km i Zones d'estivage de grande fréquentation Grands trajets de la transhumance Les principaux trajets de la transhumance Carte établie par J. acteurs et spectateurs. .-C.) seront évités. à la montagne. tous manifestent plus ou moins consciemment dans ces fêtes la crainte de voir l'image et la réalité de la transhumance reléguées au temps passé. —. De réelle. 1998. réalisée par N.

du tigre royal ou de l'éléphant d'Afrique. Pour conclure Autrefois considérée comme la grande « respiration » du monde rural provençal et alpin et le moyen de rendre complémentaires des espaces et des identités. Jouant sur les médias. susceptible de valoriser leurs produits. dans les Alpes du sud. Enfin. y cherchent désormais la possibilité de donner d'eux-mêmes une image nouvelle. mais refuge aussi des rêves et des mythes qui alimentent leur imaginaire. aux yeux des citadins.. que le loup. La brebis n'est qu'un animal stupide.TRANSHUMANCE ET BIODIVERSITÉ : DU PASSÉ AU PRÉSENT La montagne demeure. La montagne. Une patrimonialisation est à l'œuvre. .. liés à la baisse sen sible de la pression pastorale sur l'ensemble des Alpes du sud. par exemple. Une « reconstruction » du monde pastoral et transhumant s'effectue dans laquelle le berger doit rester le symbole magnifié du marginal en rupture de société. le lynx ou l'ours acquièrent là un droit d'existence. doit pourtant avoir un grand troupeau. Elément fondamental du système d'élevage transhumant. à ce titre. la transh umancedoit retrouver aujourd'hui un nouveau souffle.). chacun veut pouvoir l'utiliser à son gré sans comprendre que l'avenir de cet espace dépend essentiellement de la présence estivale des troupeaux et donc. mais aussi à des clivages intellectuels et sociétaux d'autant plus pro fonds que ceux qui les dénoncent n'ont aucun moyen de se faire entendre. Mais cette spécificité s'avère nettement plus forte sur le produit-image qu'elle génère que sur le produit-viande qui est pourtant sa finalité. le market inget les espoirs d'un tourisme culturel à la recherche de « produits porteurs ». Les éleveurs qui n'y voyaient jusqu'alors qu'un élément de leur système fourrager. qui par ailleurs pourrait être réfusé en d'autres lieux par ces mêmes urbains. la montée en puissance des lobbies environnementaux. un processus de patrimonialisation est à l'œuvre. aux produits qui en sont issus. Randonneurs pédestres. chasseurs. peuvent laisser pens erque l'exploitation pastorale des alpages est aujourd'hui néfaste au maintien de la bio diversité en montagne. l'espace refuge par excellence : celui d'une activité agro-pastorale ancestrale et archaïque. d'une part et. La spécialisation tech nique des éleveurs et l'altération des savoir-faire pastoraux traditionnels. partenaire résolu de démarches environnementalistes. de la pratique de la transhumance. L'éleveur. à la perte des anciennes pratiques pastorales. ânes. protecteurs de la nature. C'est ainsi. donne une spécificité à la transh umanceet par conséquent. Or il apparaît nettement que ce n'est pas la pratique de la transhumance qui doit être mise en cause mais un ensemble de faits. d'autre part. la transhumance doit rester fidèle à l'image d'Epinal que l'on a d'elle et à ce qu'elle véhicule de représen tations.. De cette reconstruction sont rejetées à la marge toutes idées de berger reconnu social ementet décemment rémunéré et d'éleveur voulant s'extraire de l'emprise des primes. de repères et de symboles nécessaires à un imaginaire collectif quelque peu dé structuré.. équestres ou cyclistes. trop souvent considéré comme un ennemi de la cause environnementale. juste bonne à nourrir de rares prédateurs dont l'existence doit être défendue au même titre que celle de la baleine bleue. l'alpage suscite pourtant de nombreuses revendications. coloré {flocs) et bigarré (menons.

-C. Dijon.L'espace. 1922. 1995. Les Alpes de Lumière n° 95-96.. 1992. par Freeman Tilden {Interpreting our héritage. MALLEN M. telles celles des fêtes de la transhumance. . 1957. 1997. Landais E. Paris. Armand Colin. relève à l'évidence d'un raisonnement bien réducteur. dactylographiées pour le congrès sur le pastoralisme méditerranéen à Nuoro (Sardaigne). finissent par faire oublier les fondements d'une pratique. séminaire des 7 et 8 décembre 1995.La dominante pastorale. Manosque. Deffontaines J. 717 p. analyse de l'évolution d'un métier. -André L. 1994. pourrait peut-être y contribuer. .JEAN-CLAUDE DUCLOS ET MARC MALLEN Considérer le troupeau comme une façon de remplacer la faucheuse pour contourner les espaces jugés sensibles. 33-42. véritables « lieux de veille ». Parc naturel régional du Queyras. 1987. Chapel Hill. le territoire . un berger parle de ses pratiques. Arvieux... Landais E. . Prévost F. de son histoire et de ses fonctions à l'égard des territoires concernés et de leur biodiversité. Mirecourt. (sous la direction de). Vers ailles. Musset D. Blanc J.L'homme et le mouton dans l'espace de la transhumance. Mirecourt. — Etat de ht transhumance provençale dans son environnement rural et régio nal. REPPARAZ A. de. PlTTE A. .. Ed. 58 p.communication de 16 p. 91p. Edisud. -André L. Aix-en-Provence. pp. Application de la théorie de l'interprétation initiée dans les années 1950 pour les parcs naturels de l'Amérique du Nord. DuCLOS J. 1988. Coste P. qui. (sous la direction de).. Glénat. 139 p.Paroles de bergers. contrepoint. Centre d'études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée (CERPAM)... Versailles. INRA. 1976). Grenoble. Mêmes si de nomb reux spécialistes en conviennent aujourd'hui. de centres d'interprétation11. ce discours continue d'avoir cours cepen dant. 312 p.Histoire et actualité de la transhumance en Provence. avec son active participation. de connaître et d'évaluer avec suffisamment de précision la nature des enjeux et des pouvoirs dont dépend son avenir ? La mise en place. Ceux.. De sérieuses menaces pèsent sur l'avenir des pratiques pastorales transhumantes sur tout par ce que la profession qui tente de jouer à la fois sur le progrès technique et l'usage médiatique de son image semble perdre elle-même ses propres repères. Dijon. — La vie pastorale dans les Alpes françaises.. 112 p. INRA. Schippers T. susceptibles de jeter des ponts entre toutes les parties concernées. University of North Carolina Press. 1 992. A-t-elle les moyens. si tant est qu'elle le veuille. stopper l'embroussaillement et limiter les risques d'avalanche et d'érosion. Coulet N. 1991. In Villages d'altitude. Bibliographie de référence ARBOS Ph. entre passion et désillusion. qui le tiennent se satisfont de mises en scène. 11... nombreux. sans être condamnables pour autant.-P. .