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LA FRANCE ET LA CRÉATION DE L’OTAN

LA SÉCURITE DE LA FRANCE
DANS L’APRÈS-GUERRE
Georges-Henri SOUTOU

La politique française de sécurité a connu deux bouleversements
entre 1945 et 1949 : le passage de la menace allemande à la
menace soviétique et l’engagement historique des Etats-Unis pour
la sécurité de l’Europe dès le temps de paix. Il faut bien mesurer
l’ampleur et la difficulté de ce changement radical, politique mais
aussi intellectuel et moral.1
Certes les dirigeants français n’ont pas découvert la guerre
froide en 1947 seulement, avec le discours Truman et l’échec de
la conférence de Moscou en mars-avril 1947, mais à la suite d’un
processus complexe. Pour certains responsables, mais qui étaient
fort minoritaires au début, l’inquiétude apparut dès 1945, quand
commencèrent à devenir évidentes la puissance soviétique et les
orientations politiques de Moscou, après la défaite du Reich et
dans la perspective d’un départ d’Europe rapide de la part des
Américains.2
Mais une fois admise la priorité de la menace soviétique (le
problème allemand n’étant néanmoins jamais perdu de vue) et une
fois abandonnées les illusions d’une Europe « Troisième force »,
les responsables se divisèrent en deux grandes tendances : les partisans d’une politique française de sécurité appuyée d’abord et
aussi directement que possible sur les Etats-Unis ; les partisans
d’un regroupement de sécurité européen, certes allié à l’Amérique
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mais conservant son indépendance, pour des raisons stratégiques
mais aussi politiques.

Les projets initiaux de De Gaulle
pour l’après-guerre : la menace allemande,
les trois étages de la sécurité et le Bloc occidental
Dès Alger, de Gaulle et le CFLN avaient envisagé pour la
France après la guerre une sécurité à trois étages, tournée essentiellement contre l’Allemagne : une alliance franco-soviétique prioritaire, ensuite une alliance franco-britannique, en dernière ligne
la garantie américaine dans le cadre de la future organisation mondiale de sécurité collective.3 En effet, de Gaulle estimait que
l’URSS serait la plus disposée à soutenir la France contre l’Allemagne et à maintenir celle-ci dans une situation de faiblesse, alors
que les Anglo-Saxons auraient la tentation de la relever rapidement et seraient en tout cas moins disposés à agir rapidement pour
soutenir la France en cas de difficulté. Il était en effet entendu
que l’Allemagne resterait la menace principale, soit par elle-même,
soit comme l’enjeu international majeur pouvant susciter un conflit
entre les vainqueurs. Pour de Gaulle, l’Allemagne perdrait ses provinces orientales au profit de la Pologne, ses régions occidentales
seraient détachées et étroitement contrôlées par la France (Sarre
et Rhénanie) ou soumises à un régime international (Ruhr). Le
reste du Reich serait divisé ou ne formerait tout au plus qu’une
très lâche confédération.4
En même temps de Gaulle était parfaitement conscient du poids
qu’aurait l’URSS en Europe après la guerre. Pour rééquilibrer
Moscou, il comptait sur l’alliance franco-anglaise, sur la participation américaine à la future ONU,5 et sur le « Bloc occidental »,
ou « groupement occidental », ou « Fédération de l’Europe occidentale », notion apparue à Alger à l’automne 1943 et officialisée
par de Gaulle lui-même qui la reprit, en parlant d’un « groupement occidental », dans un discours prononcé le 18 mars 1944
devant l’Assemblée consultative. Il s’agissait de réunir autour de
la France les pays du Bénélux, peut-être l’Italie, ainsi que la Sarre,
la Rhénanie et la Ruhr détachées du Reich. Cet ensemble, éventuellement appuyé sur la Grande-Bretagne, serait capable de faire
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contrepoids à l’URSS et de l’empêcher d’étendre sa domination
sur l’Europe occidentale.
Contrôler l’Allemagne avec l’aide de l’URSS, lui enlever, avec
l’appui de Moscou, la Ruhr et la Rhénanie, puis avec ces deux
régions et le Bénélux constituer autour de la France un regroupement de l’Europe occidentale capable de rétablir l’équilibre face
à l’URSS, voilà qui me semble avoir constitué le cœur de la politique de sécurité de De Gaulle en 1944.6

1945 : l’échec du projet initial
et l’apparition de la menace soviétique
Mais dès 1945, et en fait dès le voyage de De Gaulle à Moscou en décembre 1944, ce premier projet de sécurité devait
échouer. A Moscou, en effet Staline avait refusé d’appuyer les
revendications de la France à l’égard de l’Allemagne. Outre le fait
qu’il avait déjà choisi de jouer la carte d’une Allemagne unitaire
et communisée, il avait sans doute compris les arrière-pensées de
son interlocuteur. Comme le dit le diplomate américain Bohlen,
qui connaissait admirablement la politique soviétique, à un collègue français fin août 1945 : « [Les Soviétiques] ne désirent pas
voir se dresser une seconde grande puissance sur le continent
européen. Ils pensent qu’inévitablement elle sera utilisée en face
d’eux comme un contrepoids. »7
En ce qui concerne la Grande-Bretagne, et malgré de nombreuses invites de Londres au début de 1945, l’alliance envisagée
ne fut finalement pas conclue. En effet le Général exigea que fût
au préalable réglé le contentieux franco-britannique au Levant, et
que Londres s’engageât à appuyer les revendications françaises
sur l’Allemagne.
Mais outre l’échec du projet initial, ce fut la nature même de
la menace qui très vite commença à changer aux yeux de De
Gaulle. Il est nécessaire d’indiquer ici certains éléments plus ou
moins bien connus. Depuis le printemps 1945, Paris voyait affluer
les informations concernant la mainmise soviétique sur l’Europe
de l’Est : les rapports de la DGER (le service de renseignement
de l’époque) et des militaires étaient soigneusement exploités au
Cabinet du général de Gaulle, en particulier pour la Pologne et la
Yougoslavie.8 Dès le 13 août 1945, une note de synthèse du Quai
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Mais néanmoins en privé. le traité franco-soviétique restait utile contre une éventuelle résurgence du « germanisme » . Par exemple devant le président 24 . d’autre part. pour justifier les revendications françaises concernant le détachement de la Rhénanie et de la Ruhr et contre le rétablissement d’administrations centrales allemandes. la note concluait : « Les années qui viennent montreront si l’URSS réussit à implanter son influence jusqu’au cœur de l’Europe ou si elle est obligée de reculer dans les limites qui correspondent mieux aux traditions historiques des pays russes. même si les choses avaient évolué depuis son voyage à Moscou.11 Bien entendu. de Gaulle lui-même dit à Truman le 22 août que le rétablissement de l’unité allemande serait dangereux. l’autre vers la Méditerranée par le Bosphore et les Balkans » . officiellement Paris bien sûr continuait à exalter l’entente des alliés du temps de guerre. de Gaulle estimait que. »9 De ce point de vue. il y avait là aussi un argument destiné aux Américains pour tenter de les convaincre d’accepter les objectifs français en Allemagne. beaucoup plus incisif. car « l’Allemagne finirait par s’allier un jour au puissant bloc slave constitué par les décisions de Yalta et de Potsdam ».4 d’Orsay rédigée en vue du voyage de De Gaulle à Washington résumait la situation : l’URSS avait établi « une série de gouver nements à sa dévotion » en Europe orientale . Mais l’argument correspondait aussi à une crainte sincère. Certes. sur le fait qu’à leurs yeux la vraie menace n’était plus tellement l’Allemagne en tant que telle qu’une Allemagne dont l’URSS prendrait le contrôle10 . le Général tenait un langage différent. Ce passage de la perception d’une menace allemande (considérée encore comme unique lors de la signature du traité franco-soviétique le 10 décembre 1944) à la perception d’une menace par conjonction germano-soviétique a constitué un moment dialectique essentiel dans le processus de compréhension de la guerre froide par les Français. le voyage de De Gaulle à Washington en août 1945 fut très significatif : les collaborateurs de De Gaulle et de Gaulle lui-même en présentant leurs thèses sur l’Allemagne insistèrent à plusieurs reprises. les annexions réalisées par l’URSS et les modifications de frontières en Europe orientale correspondaient à d’évidentes visées stratégiques de Moscou. et dans ses discours de Gaulle (comme dans son discours radiodiffusé du 17 novembre 1945) soulignait « la politique française d’équilibre entre deux très grandes puis sances ». avec « deux pointes offensives l’une dans la Baltique vers les détroits danois.

en particulier pour préparer la négociation et la réalisation de cet accord.5 du gouvernement chinois Soong. la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. comme son interview au Sunday Times du 10 septembre. le 19 septembre 1945.14 A cette déception et à ces inquiétudes politiques devaient s’ajouter très vite des inquiétudes proprement militaires.13 En fait. et à la conférence de Londres en septembre n’avait pas voulu que Paris participe au règlement de la paix en Europe de l’Est . restées à l’époque très secrètes mais néanmoins bien réelles. notion apparue dès 1943. début octobre 1945. l’Italie. un entretien entre les deux ambassadeurs. malgré le pacte franco-soviétique. Le général Billotte (gouverneur de Rhénanie et Hesse-Nassau) avertit de Gaulle le 17 août que les Soviétiques ne démobilisaient pas alors que les Etats-Unis le faisaient très vite. les rapports avec Moscou avaient été décevants tout au long de l’année 1945 : Moscou en particulier avait refusé la participation de la France à la conférence de Potsdam.) en partie sous la contrainte » à l’URSS. préconisait un système de défense occidental en Europe avec un commandement unique et la participation de 450 000 soldats américains. on l’a vu.15 Parallèlement à l’EMGDN le colonel Lassalle.16 Notons que d’autres responsables militaires ne partageaient pas 25 . de Gaulle rappela que l’Europe de l’Est était « inféodée (. le Bénélux.. le 15 octobre. dans une note du 22 octobre 1945 qui eut l’accord de Juin. Lors de son voyage en Allemagne quelques jours plus tard. il s’agissait bien de la notion déjà évoquée d’un « Bloc occidental ».12 Cette perspective de regroupement de l’Europe de l’Ouest était d’ailleurs clairement évoquée dans certaines manifestations publiques du Général.. la Rhénanie et la Ruhr. il revit de Gaulle qui lui exprima son accord et décida de le nommer chef d’état-major adjoint de la Défense nationale. Le 20 octobre.. D’autre part. (dont le compte rendu fut lu par le Général lui-même) ne pouvait que constater le désaccord. Il lui remit une note le 15 septembre préconisant un accord militaire secret entre la France.. et que la France cherchait à constituer à l’Ouest de l’Europe une « association d’intérêts ». à rééquilibrer l’URSS. Catroux et Bogomolov. de Gaulle mentionna un ensemble d’Europe occidentale incluant la partie occidentale de l’Allemagne et utilisa constamment le terme d’Européens occidentaux. Ce Bloc occidental était certes destiné d’abord à permettre de contrôler l’Allemagne. regroupant la France. peut-être la Grande-Bretagne. mais aussi.

Ajoutons-y les échéances de politique intérieure : le 5 mai le référendum qui vit le rejet du projet de constitution socialocommuniste (premier reflux de la vague qui paraissait conduire la France vers la Démocratie populaire). La présence du PCF au gouvernement et le large noyautage de l’administration. il tint un ensemble de propos très clairs : la notion d’un Bloc occidental était dangereuse. Nommé inspecteur général et chef d’état-major général de l’Armée le 29 novembre 1945. la situation politique intérieure française était très fragile : la politique du Bloc occidental risquait de provoquer une guerre civile. la position officielle du gouvernement « tripartite » était plus que jamais. les Soviétiques maintenaient 460 divisions sur le pied de guerre pendant que les Etats-Unis démobilisaient . de Lattre avait auparavant accompagné de Gaulle en Allemagne début octobre. avec intervention des Américains et des Soviétiques. de s’en tenir à l’unité des alliés de la guerre face à la menace allemande et au refus de prendre parti dans le conflit naissant entre Washington et Moscou. après le départ du général de Gaulle en janvier. et de nouveau en décembre à un officier revenant des Etats-Unis. Certes. l’état de l’opinion publique.17 1946 : la politique de neutralité En 1946. On peut citer ici les réactions particulièrement intéressantes du général de Lattre. le maintien du programme concernant l’Allemagne qui supposait l’accord des trois autres occupants. mais pour le moment il n’y avait rien d’autre à faire que gagner du temps par la diplomatie . le 2 juin les élections qui 26 . tout cela interdisait un autre choix. A cette occasion. la France faisait partie de l’ensemble libéral. parce qu’elle provoquerait une réaction russe à laquelle on ne pourrait rien opposer . la position de la SFIO en faveur de la neutralité dans le conflit Est-Ouest commençant. y compris des Rhénans. plus même qu’en 1945. Il avait entendu et peu apprécié les discours du Général sur la solidarité des Européens de l’Ouest.6 cette analyse. c’était seulement quand on aurait obtenu de « sérieuses garanties de Washington » que l’on pourrait envisager autre chose et passer une alliance avec les Etats-Unis (retenons cette idée essentielle pour la suite et sans doute fort répandue chez ceux des responsables qui étaient conscients du problème soviétique).

représentée au gouvernement par certains ministres. C’est ainsi qu’après le départ de De Gaulle en janvier 1946 et avec son accord. devenu le premier parti de France. toute autre politique (soit l’alliance avec Moscou. directeur du Cabinet militaire du ministre des Armées Michelet. Chauvel. décida d’envoyer Billotte à la délégation française aux NationsUnies. De la même façon. dans une note du 23 août 1946 recommandait une neutralité appuyée par des accords avec les deux camps : la France entrerait en guerre contre celui des deux qui l’agresserait. Ils admettaient que la menace soviétique était désormais prioritaire et que 27 . en fait comme couverture en vue de conversations exploratoires auprès des autorités américaines. L’attitude prudente de la France dans les différentes crises de 1946 (comme l’affaire iranienne ou celle du plan Baruch à l’ONU) témoigne d’une réelle volonté de neutralité entre Washington et Moscou. Bonnet. MRP en particulier. le conseiller politique auprès du commandant en chef en Allemagne.. le secrétaire général.7 virent une stagnation (certes à 26 %) du vote communiste et une nette progression du MRP. l’ambassadeur à Washington.19 Billotte partit. dès son investiture. ministre MRP de la Défense. y compris chez Blum. Celui-ci ne l’approuva pas (il faut rappeler ici le poids du tripartisme et la position de la SFIO en faveur de la neutralité entre Moscou et Washington. Tarbé de Saint-Hardouin. avec l’accord de Juin et de De Gaulle. soit avec les Anglo-Saxons) aggraverait les divisions intérieures du pays. plus secrète. qui correspondait de préférence par lettres particulières (on se méfiait des circuits officiels) et qui préparait une politique sensiblement différente de la politique officielle à propos du problème Est-Ouest. au Quai d’Orsay on constatait l’existence d’un groupe interne. diplomatiques et militaires n’étaient pas d’accord et derrière cette politique officielle il y en avait toutefois une autre. avec appui de l’autre !18 Selon Ely. c’est-à-dire un véritable réseau d’hommes établis aux postes clef. l’ambassadeur à Londres. Massigli.). Gouin.. et devait effectivement jouer un rôle important en 1947-48. Billotte parla de son projet d’alliance franco-américaine au nouveau chef du gouvernement provisoire. très forte encore en 1946. Néanmoins tous les responsables politiques. On compte dans ce groupe en particulier le ministre Bidault et son cabinet. le général Ely. Cette politique de neutralité dans le conflit Est-Ouest commençant commandait également la politique militaire . Mais Michelet.

Le choc de la conférence de Paris : le rapprochement avec l’Angleterre et le traité de Dunkerque D’autre part. Le traité de Dunkerque résume très bien les ambiguïtés de l’époque. dînant avec Bevin chez Duff Cooper. par-delà la ligne officielle de l’entente maintenue entre tous les alliés. début septembre 1946... entamèrent alors le rapprochement franco-anglais. l’ambassadeur britannique à Paris. En particulier. au sein de l’opinion dans son ensemble mais aussi sou28 .23 Comme on le voit. les Etats-Unis faisant preuve d’« un excès de légèreté optimiste ». qui fut confirmé par Blum lors de son passage à la tête du gouvernement provisoire en décembre-janvier 1946-1947 et qui aboutit au traité franco-britannique de Dunkerque du 4 mars 1947. diplomatiques et militaires initiés le problème de la menace soviétique et d’une alliance avec l’Amérique était clairement évoqué. unis par une très vive inquiétude devant la perspective d’un ensemble germano-soviétique. quitte à modifier profondément une politique allemande qui leur paraissait de toute façon peu réaliste.21 Bidault et Bevin (ce dernier soulagé par l’échec relatif des communistes aux élections du 2 juin).20 On voit donc que dans certains milieux politiques. les dirigeants français et britanniques furent d’accord pour considérer que le discours prononcé par Molotov le 10 juillet 1946 à la conférence de Paris fermait la porte à tout accord à Quatre sur l’ancien Reich conforme aux principes établis à Potsdam. Bidault proposa que les deux pays marchent ensemble. même si ce n’était qu’en grand secret. Bidault avait écrit à Attlee pour lui proposer un « arrangement d’ensemble franco-britannique » mettant donc fin au contentieux entre les deux pays (question allemande et Moyen-Orient) . le problème allemand apparaissait de plus en plus inextricablement mêlé au problème soviétique.8 la France devrait se rapprocher des Anglo-Saxons. et confirmait la volonté soviétique d’un contrôle exclusif sur l’Allemagne.22 C’est ainsi que. le 11 octobre. l’alliance franco-britannique au moins en son principe semble avoir été préparée par Bidault dès avant l’arrivée au pouvoir de Blum. comme déjà on l’avait noté à Paris l’année précédente. contrairement à la thèse habituelle.

Mais une raison essentielle de cette prudence. L’évolution générale de la position de Bidault par rapport à l’URSS en 1945-1946 et ses conversations avec les responsables anglais à partir de l’été 1946 m’amènent en effet à penser. outre la présence du PCF au gouvernement. Mais enfin ce traité était aussi la marque d’une volonté de résistance face à la politique soviétique. C’est le sens qu’il avait sans doute pour Bidault. que le traité de Dunkerque comportait déjà pour certains responsables français une orientation implicite de résistance face à l’URSS.9 vent au sein de chaque responsable. la propension des Américains à soupçonner Anglais et Français. malgré les inquiétudes croissantes de certains responsables. quand ils relevaient cet état de choses. très probablement. si on ne pouvait pas compter sur l’appui américain ? L’inaction quasi totale des Etats-Unis à propos de l’Europe orientale. Les débats de 1947 En février 1947. juste avant la conférence de Moscou. qui en avait lancé l’idée à l’automne 1946 comme on l’a vu et qui. qui l’avait préparé lors de son passage au gouvernement en décembre 1946-janvier 1947) et des travaillistes britanniques de voir les deux pays prendre la tête d’une « Troisième Force » européenne pouvant jouer le rôle de médiateur entre Moscou et Washington. En même temps. au prix d’une crise politique intérieure et d’une tension avec Moscou. était l’absence d’engagement américain envers l’Europe occidentale : comment abandonner la politique de neutralité. consistant à refuser de prendre parti dans le conflit de plus en plus net entre les EtatsUnis et l’URSS. de « Troisième Force » entre l’Est et l’Ouest. voulait arriver à la conférence de Moscou de marsavril 1947 muni de ce renfort. Il était explicitement tourné contre l’Allemagne et contre elle seule . de vouloir rétablir leur influence « impérialiste » d’avant-guerre dans cette région n’avait rien qui 29 . où depuis l’été et l’automne 1946 les signes de mainmise communiste de plus en plus brutale se multipliaient. Paris maintenait toujours sa politique officielle. c’était toujours en effet une obsession de l’opinion mais aussi des responsables que nous avons cités : évitons ici tout anachronisme. contrairement à la thèse habituelle. ce traité correspondait au souci profond à l’époque des socialistes français (y compris Blum.

qui eut encore besoin de toute l’année 1947 pour se résigner réellement à la guerre froide. ne signifiait pas alors encore pour les socialistes (ni d’ailleurs pour les communistes) une rupture définitive mais une étape dans la compétition entre deux partis à la fois rivaux mais alliés. fut beaucoup plus déterminante pour l’évolution des dirigeants français que l’échec de la conférence de Moscou de mars-avril. Mais il faudra encore deux ans et force repentirs pour que cet accord fondamental se traduise dans les faits. afin d’éviter d’aggraver. qui annonçait toute la suite : les deux hommes convinrent que les Etats-Unis et la France s’entendraient sur la reconstruction économique de l’Europe grâce à l’aide américaine. nous y reviendrons) aux positions anglo-saxonnes et à abandonner la politique d’équilibre entre Américains et Soviétiques. non seulement entre responsables mais encore chez chacun d’eux. C’est ainsi que le renvoi des ministres communistes par Ramadier au mois de mai. ainsi que sur la question allemande . continuaient à croire possible une coopération à l’intérieur avec les communistes et à l’extérieur avec l’URSS. Le 20 avril eut lieu une conversation capitale entre Bidault et son homologue américain. la France se considérait comme partie intégrante du monde occidental dans la crise EstOuest qui s’annonçait . qui apparaît certes avec le recul comme un moment capital. C’est ainsi que. comprirent le 12 mars qu’enfin les Américains s’engageaient. C’est ainsi encore 30 . le gouvernement français. qui porta son nom et qui résumait la détermination nouvelle de l’Amérique à résister à l’expansion du communisme. la division de l’Europe. en particulier les socialistes et même Blum. le général Marshall. en particulier. qui ne leur apprit rien qu’ils ne sussent déjà. Tous les documents internes le montrent : les responsables MRP. C’est cela qui détermina Paris à se rallier progressivement (mais très progressivement. lorsque les Américains proposèrent au mois de juin l’« aide Marshall ». D’autant plus que d’autres dirigeants. disait-on. dans le cadre de l’ONU. par exemple chez Bidault. tant étaient grandes encore les divisions et les hésitations en France. souhaitait profondément que l’URSS participât au programme. les communistes ne feraient plus longtemps partie du gouvernement. Bidault en tête.10 pût rassurer ceux des dirigeants français (encore rares) qui étaient convaincus de la réalité de la menace soviétique et les inciter à prendre des risques. pourtant plus lucide que d’autres. C’est pourquoi le discours par lequel le président Truman annonça le 12 mars 1947 la doctrine.

Ils avaient été encore loin au cours du printemps et de l’été 1947 de suivre Bidault et les ministres MRP dans leur rapide évolution. s’étaient montrés fort prudents. dès l’été 1947. chargé 31 . Georges Bidault fut frappé successivement par l’interdiction faite à Moscou aux pays d’Europe orientale d’accepter l’aide Marshall. quand la politique intérieure et la politique extérieure se rejoignirent. président du Conseil. par la réunion des partis communistes à Szlarska Poreba en septembre et la création du Kominform. Mais ce furent surtout les grandes grèves insurrectionnelles déclenchées par les communistes en novembre et décembre qui ouvrirent les yeux des responsables. C’est à partir de ce moment-là seulement que le gouvernement français. décida de réagir et administra un premier signal avec la fameuse perquisition au camp de Beauregard (dépendance de l’ambassade soviétique aux activités suspectes) en novembre. première étape vers la construction d’un Etat ouest-allemand. quand le danger ne fut plus seulement extérieur et apparemment lointain. mais ils continuaient d’envisager toutes les hypothèses possibles pour la France : la neutralité ou l’entrée en guerre dans l’un ou l’autre camp.25 En revanche dès le 27 juillet 1947. Varsovie et Prague en système diplomatique anti-américain. mais très direct et proche. C’est à ce moment-là seulement que les socialistes abandonnèrent l’espoir de renouveler leur alliance avec les communistes. Le 3 juin 1947. En fait.24 En effet jusque-là les socialistes. au cours d’une audience chez le président de la République. les responsables français admettaient en privé que la zone française d’occupation en Allemagne devrait bien rejoindre la Bizone anglo-américaine. étaient eux-mêmes dans cette période divisés quant à la politique de sécurité que la France devait suivre. ce n’est qu’au cours de l’automne 1947 que la France commença à reconnaître réellement la réalité de la guerre froide. de Lattre (qui depuis mars n’était plus qu’inspecteur général de l’Armée. il faudra encore près de deux ans et bien des péripéties pour en arriver là. en particulier le président Auriol et Ramadier. jusque-là extraordinairement prudent avec Moscou. par la volonté de Moscou de transformer les traités d’alliance en cours de négociation depuis le mois de février entre Paris. le général Humbert. Les chefs militaires. le poste de chef d’état-major ayant été confié à Revers) et Auriol tombèrent d’accord qu’un conflit Etats-UnisURSS était possible et infiniment plus probable qu’un conflit avec l’Allemagne . en fonction de ces incertitudes au plus haut niveau de l’Etat.11 que si.

les planificateurs estimaient que les Etats-Unis n’avaient pas les moyens nécessaires pour défendre l’Europe continentale devant la supériorité soviétique et prévoyaient un repli sur la Grande-Bretagne. et était incompatible avec son rôle dans le monde. pas seulement nucléaires (les bombes atomiques étaient encore rares. elle nécessiterait un effort militaire encore plus important qu’une politique d’alliance. on 32 . » Cela allait être le point crucial : en effet la stratégie américaine à cette époque en cas de guerre contre l’URSS était périphérique et ne prévoyait pas de défendre l’Europe occidentale continentale . écrivit au président du Conseil Ramadier pour tenir compte de la situation internationale nouvelle . qui se tint le même jour à propos de l’orientation de la politique de défense. ses arguments furent repris dans une note du 23 septembre26 en vue d’un Conseil restreint. si Paris choisissait Moscou. La France devait choisir le camp anglo-saxon pour des raisons politiques fondamentales. En outre. mais aussi parce que seuls les Etats-Unis étaient en mesure de l’aider économiquement et parce que c’était le seul moyen de conserver en cas de guerre l’unité de l’Union française . la neutralité était impossible pour la France. Peut-être est-il pos sible de négocier avec succès un changement de leurs objectifs qui assurerait notre sécurité. le premier prenant en compte l’hypothèse d’une guerre contre l’URSS) prévoyait que le point de départ d’une guerre serait le Moyen-Orient (en effet celui-ci focalisa les premiers affrontements de la guerre froide) .27 Selon le général Humbert.12 de l’état-major de la Défense nationale après le départ de Juin en mai. d’après les renseignements en notre possession. puis. La conclusion du général Humbert était que la défense de l’Europe de l’Ouest avec la « combinaison de moyens américains et d’un effort européen raisonnable et limité » était possible. de façon à conserver le pétrole et des bases aériennes contre l’URSS. on en comptait 13 en juillet 1947 !) mais essentiellement conventionnels . les AngloSaxons s’empresseraient d’occuper cette dernière. Il fallait en persuader Washington : « Il n’est sans doute pas. dans les plans américains actuels de nous défendre de l’invasion russe. le plan Pincher de 1947 (qui était plutôt d’ailleurs un exercice d’état-major. en effet. quand ce serait possible. Ensuite commencerait une campagne de bombardements stratégiques à partir de ces bases. l’Afrique du Nord et la défense de Suez et du Golfe persique. enjeu trop important pour les deux camps.

Jacquinot (ministre de la Marine) et Maroselli (ministre de l’Air) affirmèrent que la neutralité était impossible et l’alliance avec les Etats-Unis nécessaire. pour couper l’Armée rouge de son pétrole. l’option de la neutralité était encore très présente au début de l’automne 1947.28 La note du général Humbert du 23 septembre montre que l’étatmajor français était parfaitement conscient de cette stratégie périphérique et des problèmes qu’elle posait aux Européens. On prendra alors parti. Comme on le voit. de donner les indications nécessaires pour tous les cas de figure : neutralité. Fin 1947 : le gouvernement français s’engage La situation changea avec les grèves insurrectionnelles de novembre-décembre 1947. » En fait d’ailleurs. mais à partir du Moyen-Orient. si la France n’était pas directement attaquée. pour permettre l’élaboration des lois militaires. et l’échec au même moment de la 33 . défense de l’Union française. le 23 septembre 1947. les ministres militaires et les chefs des Armées pour étudier la note du général Humbert dans le contexte de la préparation des nouvelles lois militaires.13 reprendrait l’offensive. Ramadier paraissait plutôt pencher pour la neutralité : il s’inquiétait à l’idée que les Etats-Unis pourraient vouloir réarmer Allemagne . Mais il ne trancha pas et refusa de suivre les conclusions d’Humbert. il envisageait le maintien possible de la neutralité même dans le cas où la France ferait partie d’une coalition ! L’option qui avait la faveur de Ramadier était celle du repli sur l’Afrique du Nord : le fait de tenir solidement celle-ci dissuaderait Russes comme Américains d’intervenir en France. il penchait pour la neutralité . action avec les alliés.29 Ramadier souligna les deux options possibles : la neutralité ou « l’option pour les Etats-Unis ». réunit Ramadier. Cela allait constituer un aspect essentiel des négociations des années suivantes en vue de la mise sur pied d’une défense atlantique. chef d’état-major de la Marine. Cette option avait l’appui de l’amiral Lemonnier. Ramadier se refusa à trancher la question politique avant d’avoir analysé les moyens nécessaires dans les différentes hypothèses : « Il faut apporter les éléments militaires d’une décision politique. Un conseil restreint. Il demanda simplement aux militaires.

Ridgway. le 3 mars 1948. Adriatique. Méditerranée. Les Cinq décidaient dans l’immédiat de constituer un embryon d’organisation militaire. de négocier avec les Etats-Unis un accord militaire franco-américain secret. en grand secret. on aboutit à la conclusion. outre les réunions des cinq ministres de la Défense. Mais ce processus de ralliement de l’ensemble des dirigeants aux options approfondies par Bidault depuis mars 1947 fut loin d’être simple. Cette défense reposerait sur la combinaison d’armes classiques et d’armes nucléaires : selon Billotte l’effet dissuasif sur l’URSS serait suffisant. Comme l’Amérique ne pouvait pas encore s’engager et mettait comme condition à un engagement éventuel.14 conférence de Londres. comprenant. pensèrent reproductible en France et en Italie. voilà un processus que beaucoup. Billotte devait avoir des conversations capitales avec le chef d’état-major américain. et son 34 . que les Européens s’organisent collectivement au préalable. et il obtint l’accord de ses collègues pour susciter un « organisme militaire de sécurité » avec la GrandeBretagne. l’opinion publique n’aurait pas admis qu’il ne le fût pas. Bidault fit accepter l’idée selon laquelle la neutralité n’était pas une solution pour la France. y compris Blum et le président de la République Vincent Auriol. en décembre 1947 Bidault avait chargé Billotte. Au Conseil des ministres du 19 décembre 1947.30 En janvier 1948. mais aussi contre tout autre pays et évidemment en fait contre l’URSS. les Etats-Unis et le Bénélux. la Grande-Bretagne et le Bénélux (dans le climat d’inquiétude qui suivit le « Coup de Prague » fin février) : ce Pacte était tourné contre l’Allemagne. Baltique. Parallèlement. étaient fort réticents et craignaient que l’on ne provoquât l’URSS sans bénéficier d’un appui américain suffisant : fin 47-début 48. à la fin de laquelle Bidault avait commencé à évoquer avec Marshall et Bevin un système de défense occidental. Il fallut le « coup de Prague » du mois de février 1948 pour modifier cette attitude : un coup d’Etat communiste soutenu sur le plan international par l’URSS. un comité militaire permanent siégeant à Londres. On connaît le texte remis par Billotte au général Marshall le 29 décembre 1947 : il préconisait un accord militaire secret franco-américain pour la défense de l’Europe occidentale dans le cadre qui allait être celui du futur Pacte atlantique : Mer du Nord. Au départ les socialistes. le 17 mars. du Pacte de Bruxelles entre la France. même chez les socialistes. on continuait à envisager du côté de la SFIO une Europe « Troisième Force ».

les discussions sur la défense de l’Europe occidentale étaient donc bien entamées . il pouvait être très sérieusement espéré (même s’il n’était pas encore acquis juridiquement. quant au soutien américain. auquel l’Amérique apporterait ensuite une contribution . au sein du monde politique et militaire français : Bidault. ne provoque les Soviétiques avant l’engagement américain et ne permette à Washington de se soustraire à ses responsabilités.. pour Auriol et de Lattre il fallait d’abord constituer un ensemble européen. voulu au départ par Washington et Londres. pour tenir la ligne du Rhin (ce qui était la thèse de De Lattre). même si existaient encore des divergences sur le cadre de cet engagement (européen ou franco-américain) . ces conversations sont à l’origine lointaine du Pacte atlantique.). Billotte et Juin donnaient la priorité à une entente bilatérale franco-américaine .31 En outre. les Etats-Unis participaient à ces discussions. En revanche. Les enjeux de cette divergence parmi les responsables étaient capitaux : il s’agissait de savoir si la France devait chercher à jouer un rôle mondial.15 homologue britannique Morgan . quoique feutrée. c’était d’ailleurs au départ le point de vue des Etats-Unis . ou se contenter d’un rôle européen. il y avait un débat stratégique : fallait-il se défendre en Europe et en France. même s’ils n’étaient pas engagés juridiquement. Il était donc clair dès le printemps 1948 que le gouvernement français avait pris la décision de sortir de la politique de neutralité et de s’engager dans la résistance à l’URSS. Indiquons ici que l’on va avoir à ce sujet une divergence d’orientation fondamentale. cette divergence entre une formule européenne et une formule atlantique est très importante à retenir pour comprendre la position des Français au moment de la conclusion du Pacte atlantique. en fait ils étaient très dubitatifs à l’égard du Pacte de Bruxelles. nous le verrons. ou fallait-il se contenter d’une stratégie périphérique et se résigner au repli en Afrique du Nord (ce qui était la thèse des Etats-Unis et de nombreux chefs militaires français) ? Quoi qu’il en soit. pas par Paris . En outre certains.. à cause des réticences du Congrès). comme Auriol. 35 . sur le même plan que l’Angleterre et l’Amérique. Bidault craignait que le Pacte de Bruxelles n’accentue la division de l’Europe. pensaient que c’était la formule européenne qui provoquerait le moins l’URSS (le Pacte de Bruxelles était officiellement tourné d’abord contre l’Allemagne.

passée au Sénat américain le 11 juin. les ministres socialistes écrivent à Bidault pour lui demander de refuser la création d’un Etat ouest-allemand.36 Massigli. sont entièrement partagées par Vincent Auriol et les ministres socialistes. mais les Anglo-Saxons lui mirent le marché en main : pas d’Etat ouest-allemand.35 Le 22 avril d’ailleurs. dans ces semaines décisives de mars à juin 1948. commandant les forces fran36 . organisation dont on parlait en fait à Paris en secret depuis 1945 mais que l’on réclamait avec énergie depuis décembre 1947. cette conférence réunissait les représentants des trois grands Occidentaux avec ceux du Bénélux pour parler de la fusion des zones occidentales d’occupation et de la création d’un Etat ouest-allemand. au nom de l’engagement des EtatsUnis pour la sécurité de l’Europe. Couve de Murville. ce choix historique n’alla pas sans hésitations ni discussions parmi les responsables. acquis quelques jours plus tard à une majorité très faible. La résolution Vandenberg.32 Bien entendu. Bidault finit par franchir le pas décisif et accepta les résolutions dites de Londres.16 La conférence de Londres. craignant que l’on ne provoque ainsi les Soviétiques et que ceux-ci ne réagissent avant la mise sur pied d’un système de défense occidental suffisant. non seulement à propos de la question allemande33 mais à propos de la sécurité face à l’URSS. à Bonnet. du 4 juin. le fut justement pour faciliter. mais décisive pour l’orientation finale de la France. La France ne voulait toujours pas d’une telle création . le choix décisif de la France : la résolution Vandenberg en échange de la création de la RFA La conférence de Londres de janvier à juin 1948 fut une étape capitale dans la clarification de la politique française de sécurité.34 Et les craintes de Chauvel. directeur politique. le général Koenig. le vote du Parlement français. Comme on le sait. alors que le « petit blocus » de Berlin a commencé. qui préparaient la création d’un Etat ouest-allemand : enfin les responsables français devaient reconnaître que la menace soviétique était plus grave que l’allemande. qui aggraverait la tension Est-Ouest. autant Chauvel se montre réticent. montrent bien le clivage : autant Bonnet est d’avis de marcher vigoureusement dans le sens de la création de la RFA et de l’Alliance atlantique. secrétaire général du Ministère. pas d’organisation occidentale de sécurité. Des lettres particulières de Chauvel. ambassadeur à Washington.

Dans une série de télégrammes. le départ du maréchal Sokolovski du Conseil de contrôle à Berlin et le début du « petit blocus » en avril : la tension montait). tout au long de l’année 1948. recoupaient parfaitement celles adressées à l’état-major par les attachés militaires à Washington (n’oublions pas. et cherchait visiblement à convaincre. si l’URSS venait à occuper le « centre indus 37 . même pas l’équivalent du prêt-bail pour rééquiper les armées européennes..39 La pensée stratégique et politique de De Lattre fut définitivement formulée dans une « Note sur la défense de l’Europe occidentale » du 20 juin 1948 d’une exceptionnelle importance40 : ce texte.. qu’il faut comprendre et resituer dans le débat de l’époque. politiques et stratégiques. et en particulier de Lattre. répondait à des objections. Bonnet. dans un premier temps. Il dépasse à mon avis la personne même de son auteur et est très représentatif de tout un courant d’idées au sein des milieux dirigeants français. ni sur le plan stratégique. le 20 mars 1948. en étaient informés et soucieux au plus haut point. mais plus classiques que nucléaires. Mais cela n’empêcha pas le général de Lattre d’élaborer les bases de la stratégie de défense de l’Europe occidentale. ils se contenteraient de bombardements stratégiques. pour la mise en place d’un système occidental de sécurité : les militaires français. Il faudrait deux ans pour réarmer les Etats-Unis et l’Europe mais actuellement.37 1948 : l’élaboration d’une politique de sécurité française Il faut bien avoir conscience des incertitudes américaines de l’époque et des difficultés. Selon cette note.17 çaises en Allemagne. rien de tout cela n’était satisfaisant. ni sur le plan du matériel. qui avait de très bons contacts au Pentagone. Les indications qui parvenaient au Quai d’Orsay de l’ambassadeur à Washington Henri Bonnet. en Amérique et en France. en avril et mai 1948.38 Ni sur le plan politique. aucun engagement n’était possible. partagent ces craintes face à une éventuelle réaction soviétique. à cause de la situation politique. puis la reconquête par l’Espagne et le Proche-Orient . soulignait que dans l’immédiat les Etats-Unis envisageaient dans un premier temps un recul jusqu’aux Pyrénées.

si le bloc occidental s’organise uniquement dans la dépendance américaine. Alors tout plutôt que de leur laisser croire que nous pourrions concevoir une telle bataille comme un combat d’arrièregarde destiné à couvrir un repli. » 38 . il fallait une « solu tion sur le plan européen ». C’était seulement si les Américains pouvaient assurer cinq à six ans de paix avec « leur supériorité scientifique » que l’on pourrait se consacrer d’abord au relèvement économique de l’Europe prévu par le plan Marshall et se contenter d’une préparation militaire à long terme. » Les Américains le comprendraient d’ailleurs quand ils seraient sortis de leur campagne électorale présidentielle : « La protection de l’Europe occidentale est la seule chance de défense militaire de l’Amérique. la Suisse. l’Angleterre.) C’est ce qu’il faut faire comprendre aux Améri cains. Mais pour cette défense sur le Rhin. » C’était la réponse à la stratégie périphérique des Américains mais aussi à ses partisans français. « la guerre était perdue pour les Américains (.. qui correspondait à la défense du « bloc » de l’Europe occidentale comprenant l’Allemagne occidentale. et à temps.. l’Italie du Nord. en comptant sur la « sympa thie scandinave ». résolument (.. a priori peu enclins à participer directement à une bataille de l’Europe. Il faut que les Américains com prennent que cette bataille d’Europe c’est aussi leur bataille décisive – et qu’ils se décident le plus tôt possible à y participer avec les moyens que mérite leur salut. Le jeu serait plus souple avec une Europe qui chercherait au moins une apparence d’indépendance. cela revient à prendre position a priori – à ne former plus qu’un avec l’Amérique. Mais visiblement de Lattre n’y croyait guère : « Tout bloquer sur la bataille pour l’Europe (. sur lequel de Lattre s’opposait aux partisans (comme Billotte et Juin) d’une entente directe avec Washington plutôt que du Pacte de Bruxelles : « Il n’y a pas de solution dans la vassalité par rapport à l’Amérique.. donnant profondeur et ressources économiques. En effet..) dès maintenant. La vassalisation américaine a évidemment comme terme fatal le combat entre deux forces équi valentes. le Bénélux. » L’Afrique ne pouvait être qu’une « base arrière ».. Et on en arrive au point essentiel..18 triel » de l’Europe occidentale. la France ne suffisait pas..) la bataille du Rhin (. la Méditerranée.) progressivement ». (Le plan Marshall a le grave inconvénient de nous placer dans une trop grande dépendance de l’Amérique). la France. qui préconisaient le repli en Afrique du Nord : « Si on abandonne la France. on ne la retrouvera plus.

De Lattre par exemple était parfaitement conscient de la gravité de la situation. celui-ci affirma bien sa volonté de tenir le Rhin. et le Quai d’Orsay se montrait peu optimiste : le secrétaire général Chauvel notait le 17 juillet que.45 39 . tant que la formule du pont aérien (un peu due au hasard au début) n’eût pas fait la preuve de son efficacité. Monnet et d’une bonne partie des diplomates du Quai d’Orsay (comme Chauvel et Massigli) contre les partisans d’une alliance trop étroite avec les Etats-Unis. décidée le 4 juin par la conférence de Londres. Il vit Montgomery le 9 juillet . Auriol. qui risquerait à leurs yeux d’aggraver la guerre froide. les Etats-Unis n’estimaient toujours pas possible politiquement de s’engager juridiquement à l’avance pour la défense de l’Europe : le Congrès déciderait le moment venu et donc l’incertitude subsistait. C’était le point de départ d’une grave crise. or Bonnet confirmait que les Etats-Unis en étaient toujours à la stratégie périphérique du plan Pincher : on procéderait d’abord à l’évacuation de l’Europe occidentale continentale. et rendit compte dès le lendemain au ministre de la Défense Pierre-Henri Teitgen. avec bien des hésitations initiales de la part des Occidentaux. de retour de Berlin. La crise du Blocus de Berlin Le 24 juin 1948 marqua le début du blocus de Berlin.42 En outre. malgré la résolution Vandenberg votée le 11 juin. chef d’état-major de Bradley. Celui-ci résultait de la volonté soviétique d’empêcher la création et l’intégration à l’Ouest de la RFA. En outre. malgré les affirmations de Billotte selon lesquelles les Américains étaient dès maintenant disposés à défendre l’Europe au moyen d’armes nucléaires. il savait que les alliés anglo-saxons n’étaient pas encore décidés ou capables d’abandonner leur stratégie périphérique. une très grande inquiétude régnait à Paris sur les projets militaires américains : la correspondance entre Chauvel et Bonnet à Washington durant l’été 1948 porta largement sur ce sujet .41 La situation était très grave.19 C’était toute la position de Schuman. mais insista autant sur la défense du Moyen-Orient et préconisa même la défensive à l’Ouest et l’offensive au Moyen-Orient !44 Le 17 juillet de Lattre rencontra le général Wedemeyer.43 Et ce.

Entre les deux nous devons mettre la stratégie européenne. de l’autre côté. Le plan Monnet représente quelque chose entre les deux systèmes économiques : libéralisme et dirigisme. on voit : du côté américain l’intention d’arrêter la marche révolutionnaire avec bombes atomiques et avions . contre les partisans d’une stratégie périphérique. celui d’Auriol.) la Guerre. envisageaient toujours beaucoup plus un repli sur l’Afrique du Nord qu’une défense sur le Rhin. et aussi économique et politique. mais spécifiquement européenne . seule conforme à notre génie sur le plan militaire. de Robert Schuman (contre un courant plus « atlantiste ». de reconstituer notre continent et d’accorder les deux anta gonistes. pour agir autrement il aurait fallu avoir des armes et « que la défense du Rhin soit en garde ». envisageant même encore en juillet la possibilité d’une évacuation de la garnison française de Berlin.. En effet il semble qu’une partie des chefs militaires français.. Notre but est de conser ver. plus soucieux de ménager l’URSS tout en s’appuyant sur les Etats-Unis. c’est (. et c’était ce qu’il conseillait à son ministre et avait conseillé la veille à Robert Schuman lors d’un entretien rapide . Si l’Europe et la France sont animatrices de ces situations. de Jean Monnet. si chez nous.20 Wedemeyer et de Lattre avaient été d’accord pour estimer qu’une guerre pour Berlin serait pour l’Europe occidentale « une catas trophe vertigineuse ». qui correspondait à celle du courant plus modéré à Paris. il n’y avait aucun doute : il fallait négocier avec les Soviétiques. la stratégie révolutionnaire avec son obs cur fanatisme et le déferlement des armées.. pour la période qui suivrait la crise de Berlin. d’accord en cela avec les Américains. Si la planète se découpe en deux blocs nettement et résolument opposés chaque jour un peu plus (. Juin et Bidault) : « Quand on voit les deux antagonistes. Pour de Lattre. De nombreux responsables français partageaient d’ailleurs la prudence de De Lattre. dans une allocution prononcée à Mutzig fin juillet 1948 à la suite d’un important exercice d’état-major.. on voit apparaître sa philosophie profonde. et Léon Blum plaidant dans Le Populaire pour une négociation avec les Soviétiques..46 Pour le plus long terme. celui de Billotte. ce qui n’était pas encore le cas. courant plus « européen ».) le terme fatal d’une pareille situation. malgré notre faiblesse. l’esprit français peut animer une stratégie européenne et découvrir les moyens d’opérer entre ces 40 .. Et plus profondément encore. et de maintenir la Paix. de Lattre continuait à préconiser une stratégie européenne. de Lattre préconisait une stratégie générale certes alliée aux Etats-Unis.

Comité qui serait chargé d’élaborer les plans stratégiques et assumerait le commandement en cas de guerre.21 deux blocs et d’arriver à les séparer pour empêcher l’étincelle. nommé le 7 octobre. on constate une extraordinaire convergence de la réflexion des deux hommes. pour lui. Terre. et finalement l’on choisit de Lattre. le 24 octobre 1948. Une remarque d’Auriol dans son Journal est à mon avis très exacte : « Je me demande si la raison profonde du refus de Juin n’est pas dans le fait que la formule de coopération militaire issue du Pacte de Bruxelles lui paraît mauvaise. il serait préférable de demander direc tement aux Etats-Unis l’aide dont la France a besoin. mais les Etats-Unis n’étaient pas encore prêts à aller aussi loin. » Si on compare ce texte à la note rédigée par Jean Monnet le 1er mai 1950 lors de la préparation du plan Schuman. Pour la Terre. directeur 41 . » De Lattre concluait en soulignant que la combinaison d’une stratégie militaire accompagnée par une stratégie économique (l’union économique du continent) et politique (la démocratie parlementaire) était indispensable : « A cette seule condition peut-être l’Eu rope pourra soutenir l’assaut que lui livre l’idéologie soviétique. Mer. et l’on se contenta provisoirement d’un Comité des commandants en chef Terre. nous aurons bien fait notre métier. on avait d’abord pensé à Juin. le président du Comité fut le maréchal Montgomery. sous la présidence d’un général anglais . sous l’autorité d’un chef d’état-major américain . Comme l’on sait. rapportant des indications de Ribière. mais celuici se récusa en arguant du manque de moyens disponibles pour défendre la ligne du Rhin. Le comité militaire permanent de Londres avait prévu trois commandants Air. Mais cette affaire allait sans doute au-delà des questions de personnes ou d’une opposition entre la prudence de Juin et la discipline de De Lattre et elle recouvrait les débats de l’époque que j’ai soulignés. et que. Air. »48 Notons également cette autre remarque du Journal d’Auriol.47 La mise en place de l’état-major du Pacte de Bruxelles et le débat politico-stratégique à Paris En septembre 1948. Mer. le Conseil des ministres de la Défense du Pacte de Bruxelles décida que l’on se défendrait aussi loin à l’est du Rhin que possible et organisa un commandement militaire.

»49 Il y avait accord entre les chefs militaires français. il n’y avait sans doute pas autre chose à tenter qu’une défense périphérique. d’autant plus que l’Angleterre avait accepté dans le cadre de l’Union occidentale l’engagement historique d’une défense à l’Est. en cas d’attaque soviétique et sur un plan strictement militaire. pour maintenir le Pacte de Bruxelles malgré le scepticisme évident de la plupart des chefs militaires. de Lattre voulait aussi établir ce lien. Les uns paraissent avoir été prêts à abandonner l’Union occidentale au profit d’accords directs avec les Etats-Unis. de Lattre souhaitait l’intégration des Etats-Unis à l’Union occidentale.51 On peut imaginer une raison possible de cette divergence : la plupart des chefs militaires raisonnaient en termes purement militaires . pensaient semble-t-il que l’essentiel était le lien direct entre la France et les Etats-Unis . alors que les autres doutaient de sa possibilité et adhéraient dans l’ensemble à la stratégie périphérique américaine et comptaient surtout sur l’Afrique du Nord. Juin. en raison de l’exceptionnelle importance que ce gouver nement attribuait à l’Afrique du Nord comme bastion de défense. Mais les politiques et 42 . Mais de Lattre avait pour ses thèses l’appui des politiques.22 du SDECE : « Lorsque Juin a été pressenti pour être commandant en chef des forces terrestres. il a demandé à Billotte de venir immédiatement à Paris. en effet. mais plutôt entre un ensemble européen et les Etats-Unis. Billotte. pour considérer que la participation militaire des Etats-Unis à la défense de l’Europe était indispensable et qu’il fallait les intégrer d’une façon ou d’une autre le plus vite possible à cette défense. de Lattre était assez isolé sur le problème stratégique au sein des chefs militaires : il voulait la défense sur le Rhin. et pour estimer avec de Lattre que l’on pourrait convaincre les Etats-Unis de fournir l’appui nécessaire pour défendre le Rhin si les Européens se montraient fermement décidés à le faire et s’organisaient en ce sens.50 Mais il y avait divergence sur les conséquences à en tirer : l’EMGDN. évidemment. en particulier Auriol. dans l’immédiat. le général Revers chef d’état-major de l’Armée. En outre (mais c’était lié au point précédent). le ministre des Forces armées Ramadier et le ministre des Affaires étrangères Schuman : une annotation du Journal d’Auriol du 15 octobre 1948 montre que les trois hommes étaient d’accord pour rejeter les thèses périphériques de Juin. Billotte est venu et il a dit à Juin que le gouvernement américain lui déconseillait formellement d’accepter et souhaitait le voir demeurer à son poste [de résident général au Maroc].

La deuxième thèse essentielle de De Lattre était que le théâtre 43 .23 de Lattre réagissaient différemment. les états-majors étaient en place et commençaient à préparer des plans . en particulier en prenant le contre-pied de deux thèses fréquentes à l’époque dans les milieux anglo-saxons et qui recouvraient un débat crucial. en attendant l’issue de cette campagne de bombardements stratégiques. selon de Lattre. plus politiquement : dans un premier temps ils avaient suggéré des négociations avec les Soviétiques à propos de Berlin . qu’il allait essayer de faire partager aux Anglais et aux Américains. Début 1949 : le désaccord stratégique franco-anglais : de Lattre tente de convaincre les alliés d’abandonner la stratégie périphérique Début 1949. en outre depuis la réélection de Truman. ils estimèrent que l’on avait le temps de bâtir un ensemble européen avec l’appui américain. et de Lattre allait chercher à convaincre les Anglo-Saxons de la justesse de ses idées. les préparatifs en vue du Pacte atlantique progressaient (il serait signé le 4 avril 1949). car elle pouvait démarrer tout de suite avec ce dont elle disposait en Allemagne. lorsque le succès du pont aérien eût montré que le danger de guerre n’était pas immédiat.52 Tout d’abord. de conquérir l’Europe occidentale.53 le fait de frapper les centres stratégiques de l’URSS n’empêcherait pas l’Armée rouge. la bombe atomique ne pouvait pas suffire à stopper une attaque soviétique (un débat très vif était en cours aux Etats-Unis sur ce point) . avec les Etats-Unis les contacts étaient établis par le biais des conversations avec les commandants des forces d’occupation en Allemagne. de Lattre résumait ses conceptions stratégiques. la collaboration avec les Britanniques dans le cadre de l’Union occidentale se développait. ensuite. Il fallait donc commencer à préciser les options stratégiques. par des officiers de liaison américains en poste à Fontainebleau et par la mission américaine au Comité militaire de Londres . conformément aux idées exprimées par de Lattre à Mutzig fin juillet 1948. Dans une note capitale du 3 janvier 1949 « sur les possibilités d’attaque soviétique contre l’Europe occidentale et les moyens à y opposer ». et que l’on pourrait ainsi mieux influencer Washington et réduire l’intensité du conflit Est-Ouest.

57 qui montre l’accord stratégique et aussi politique entre les deux hommes autour de la notion d’une défense de l’Europe sur le Rhin et dans l’alliance avec les Etats-Unis. « Paul Ramadier et les prémisses du Pacte atlantique ». ou au moins simultanément dans les deux directions .56 Notons ici que dans toutes ces discussions de Lattre a agi avec l’accord complet et l’appui d’Auriol et du ministre de la Défense Ramadier : il vit celui-ci le 25 janvier de 11 heures du soir à deux heures du matin pour parler de Montgomery . c’était là que s’étaient déroulés depuis 1945 les premiers affrontements avec l’URSS) et qui pensaient que les Soviétiques attaqueraient d’abord dans cette région. Il fallait donc absolument renforcer la couverture en effectifs et en moyens de l’Europe occidentale . Si l’on peut admettre d’autre part que la bombe atomique peut paralyser les arrières et stériliser les sources de la puissance soviétique. » De Lattre ne parvint pas à convaincre Montgomery de la nécessité d’une défense sur le Rhin. la note concluait : « Déclarer a priori que le théâtre d’opérations occidental aura une impor tance secondaire et en tirer argument pour négliger sa prépara tion est exposer notre pays à un danger mortel. comme on sait. Or c’était une perception fréquente chez les Anglo-Saxons.24 d’opérations européen n’était pas secondaire par rapport au théâtre du Moyen-Orient. citons également l’étude d’Elisabeth du Réau. ils en avaient les moyens. mais en maintenant un ensemble européen distinct. Je n’en retracerai pas l’histoire. surtout les Anglais. persistait à préparer une manœuvre en retraite couvrant les Iles Britanniques. et celui-ci. en Europe seulement après.55 Il s’en plaignit à Auriol le 21 janvier 1949. on ne peut guère imaginer qu’elle puisse stopper l’avance du dispositif soviétique en place. très préoccupés par le MoyenOrient54 (de fait. Les attentes et les exigences de la France lors de la signature du Pacte atlantique Les négociations en vue de la mise sur pied du Pacte atlantique commencèrent à Washington en juillet 1948. Pour de Lattre en revanche. les Russes attaqueraient d’abord en Europe. sinon pour souligner que Paris était parfaitement conscient des réticences américaines à s’engager pleinement et de 44 . Nous devons combattre ces conceptions.

les négociateurs français du Pacte atlantique mirent un certain nombre de conditions à leur signature. commandant des forces terrestres du Pacte de Bruxelles. étaient très attachés au maintien de celui-ci et de ses organismes. C’est ainsi aussi que la France joua un rôle déterminant. les responsables du Quai d’Orsay avec à leur tête Robert Schuman et certains chefs militaires.61 Une fois signé le Pacte atlantique se posa le problème du maintien du Pacte de Bruxelles de mars 1948 et de ses rapports avec le nouveau traité. l’inclusion des départements français d’Algérie. celui-ci devait couvrir l’Afrique du Nord. alors que les Américains avaient tendance à s’intéresser en priorité à la Scandinavie.58 Ce serait en effet la dynamique essentielle de l’Alliance atlantique. au-delà des textes. contre les réticences initiales des Anglais et des Américains. zone essentielle pour les intérêts et la stratégie de la France. Le président de la République. Celle-ci était essentielle aux yeux du gouvernement bien sûr pour des raisons de politique intérieure : l’opinion et le Parlement n’auraient pas admis que le Pacte atlantique couvrît l’Alaska et pas l’Algérie. le ministre de la Défense. Mais les responsables français comprenaient les contraintes politiques et constitutionnelles qui pesaient dans ce domaine sur Washington. moins contraignant on le sait en ce qui concerne le casus foede ris que le Pacte de Bruxelles. liant bientôt les Américains aux Européens « davantage dans les faits que dans les textes ». Paul Ramadier. Tout d’abord. notant que dès le 22 juillet 1948 une mission militaire américaine allait participer au travaux du comité militaire du Pacte de Bruxelles. Dans un premier temps. pour faire admettre l’Italie comme membre de l’Alliance dès sa conclusion. très réticents. y compris le Maroc et la Tunisie. route d’accès aéro-maritime privilégiée vers le cœur de l’URSS. Néanmoins et bien entendu. D’où un article 5 du Pacte. comme un pilier européen au 45 . Chauvel écrivait le 17 juillet que cette présence constituerait un « engre nage ».59 Cependant lors des ultimes négociations.25 façon automatique dans les textes. et comprenaient également que l’essentiel était l’engagement militaire effectif des Américains. en particulier le général de Lattre.60 Mais elle correspondait également à la volonté de réorienter l’Alliance aussi vers la Méditerranée. C’est ainsi que. les Français souhaitaient que l’engagement militaire américain fut précisé de la façon la plus puissante et la plus rapide possible. Paris aurait souhaité que toute l’Afrique du Nord fût garantie. Vincent Auriol. Mais on se contenta finalement d’obtenir des Américains.

d’autres responsables français.64 Enfin.62 Ce souci correspondait à un certain nombre de préoccupations. chef d’état-major de la Défense nationale.65 Ceci dit.66 Un autre souci essentiel des Français dès la négociation du Pacte atlantique était d’être pleinement associés à ce que l’on appelait la « stratégie mondiale » de l’Alliance. Dès 1948 Paris avait demandé. prévoyant dans un premier temps l’évacuation de l’Europe occidentale continentale et sa reconquête dans un deuxième temps seulement. entre elle et les Etats-Unis. D’autre part. en particulier pour l’aide militaire et la fourniture d’armements. installé à Washington. dans le cadre de l’Alliance atlantique. remontant à la Deuxième Guerre mondiale. contre les tendances anglaises et américaines à se contenter d’une stratégie périphérique. comme Georges Bidault. en vain. alors que le Pacte atlantique était beaucoup plus vague sur ce point . Dès janvier 1949 les Français réclamaient.67 Lors de son séjour à Washington pour la signature du Pacte en avril 1949. que des officiers français fussent associés au Combined Chiefs of Staff anglo-américain. plus atlantiste pour les autres. la création d’un organe stratégique anglo-américano-français. plutôt que de traiter chacun unilatéralement avec les Américains. les Français étaient très conscients des avantages juridiques du Pacte de Bruxelles par rapport au Pacte de Washington : assistance immédiate en cas d’agression. le maintien du Pacte de Bruxelles et de ses étatsmajors permettrait à la France de mieux défendre sa conception d’une défense de l’Europe occidentale aussi loin à l’est du Rhin que possible. le cas échéant. le général Juin. plus européenne pour les uns. durée de cinquante ans alors que l’Alliance atlantique pouvait être dénoncée après vingt ans.26 sein de l’Alliance atlantique. y compris par des moyens militaires. président du Conseil. Robert Schuman obtenait l’accord de principe de Dean Acheson pour l’établissement d’un tel état-major tripartite à 46 . Tout d’abord solidariser les Européens pour qu’ils défendent en commun leurs intérêts à Washington.63 Ensuite. étaient hostiles au maintien du Pacte de Bruxelles et souhaitaient au contraire garantir l’influence française sur les affaires stratégiques atlantiques par un rapport privilégié et bilatéral avec Washington. les dirigeants français de l’époque souhaitaient aussi maintenir une personnalité européenne au sein de l’Alliance afin de pas donner à l’URSS l’impression que se formait contre elle un bloc rigide et de ménager certaines possibilités de médiation. C’étaient deux conceptions différentes de l’intérêt français et du rôle de la France dans le monde.

qui à eux seuls justifiaient une coordination stratégique étroite avec Londres et Washington. dirigeant entre eux l’alliance occidentale : l’égalité de statut avec la Grande-Bretagne sera toujours dans les affaires du Pacte atlantique une préoccupation fondamentale de Paris. ministre des Affaires étrangères depuis juillet 1949. et aussi de prudence en règle générale tant que l’engagement militaire effectif des Etats-Unis resterait limité. dans le cadre du « quadripartisme » issu des accords de Potsdam que l’on ne souhaitait pas à Paris voir abolir totalement.72 47 .69 Enfin bien sûr. cette orientation correspondait au souci de préserver une possibilité de négociation avec Moscou. la France de 1949 conservait en Asie et au Moyen-Orient des intérêts considérables. le 19 avril 1949 Vincent Auriol et Robert Schuman.68 Il s’agissait là pour Paris d’une affaire essentielle : un éventuel conflit avec l’URSS serait en effet mondial. afin de s’assurer que le théâtre européen ne serait pas négligé par les Anglo-Saxons.71 Outre des considérations de politique intérieure.27 Washington : ce fut l’origine du Groupe permanent (Standing Group). Par exemple. D’autre part et bien entendu. tombaient d’accord pour souhaiter la réunion d’une conférence Est-Ouest pour tenter d’aplanir les difficultés (ce serait d’ailleurs la conférence dite du Palais Rose en juin). toujours prêts à revenir à une stratégie périphérique.70 Répétons enfin que les responsables français souhaitaient limiter les conséquences de la guerre froide et préserver les possibilités d’une négociation avec l’URSS. il était essentiel de ne pas laisser les Américains et les Anglais en tête-à-tête. en particulier afin de contrôler l’évolution de la question allemande. et la France ne pourrait pas établir son système de défense si elle n’était pas à même de participer aux décisions à ce niveau . on ne saurait trop insister sur ce point. il fallait en particulier pouvoir participer aux décisions anglo-américaines concernant la stratégie mondiale et les théâtres du Moyen-Orient et du Pacifique. au-delà des arrière-pensées que je viens de souligner. formellement établi en septembre 1949.

sera d’ailleurs parfois encore sensible après 1958. le souci d’une grande prudence à l’égard de l’URSS. beaucoup d’hommes politiques et de diplomates (sans doute une majorité) et quelques militaires pensent qu’une organisation de sécurité occidentale montée sur deux piliers. malgré leurs divergences sur bien des points. et en particulier sur le problème de la survie des organismes militaires du Pacte de Bruxelles. Les deux tendances ne disparaîtront pas tout au long de la IVe République. marque les orientations américaines. D’autre part. Ces orientations fixées dès le départ marqueront toute la politique de la IVe République face à l’Alliance atlantique. américain et européen. le refus de la stratégie périphérique . garder la possibilité de défendre une stratégie plus conforme aux intérêts européens que la stratégie périphérique qui. certes dans un contexte différent. le souci de voir la France recevoir une part convenable dans la future organisation du Traité de l’Atlantique-Nord et dans l’aide militaire américaine. jusqu’à la guerre de Corée en fait. serait moins provocante pour Moscou qu’une alliance atlantique tout entière dirigée de Washington et ménagerait les chances d’une reprise du dialogue Est-Ouest. qui veut. ne serait-ce que parce qu’il faudra bien un jour parler avec elle de l’Allemagne. l’égalité de statut dans l’Alliance avec la Grande-Bretagne. L’autre plus européenne. et leur écho. les responsables français. dont les relations privilégiées avec Washington sont jalousées . l’une plus atlantiste. On a vu se dégager chez les responsables deux grandes tendances. qui recherche l’efficacité stratégique et aussi la garantie des intérêts mondiaux de la France dans le rapprochement intime avec Washington. Mais au moment même où ils signent le Pacte atlantique. 48 .28 Conclusion On a donc vu l’élaboration difficile mais décisive de la politique française de sécurité en 1945-1949. paraissent néanmoins d’accord sur quelques grandes orientations de sécurité : la volonté de voir les Américains s’impliquer plus directement sur le plan militaire en Europe . dans un cadre européen certes allié aux EtatsUnis. et en particulier de la voir pleinement associée à la définition de la stratégie mondiale de l’Alliance . et le passage progressif de la perception de la menace allemande à celle de la menace soviétique.

Bruxelles. 117-118. Mémoires de Guerre. GAULLE (Charles de). Lettres. 1995. 59. Une Comédie des erreurs 1943-1956. Piper. 488. p. 1989. une note du Quai d’Orsay d’avril 1945 sur l’ONU approuvée par de Gaulle. 14 Papiers Burin des Roziers. Le Relèvement 1944-1949. pp. « Le Général de Gaulle et l’URSS. op. Paris.). et SOUTOU (Georges-Henri). 1991 . « La Politique française à l’égard de la Rhénanie 1944-1947 » in : HÜTTENBERGER (Peter) et MOLITOR (Hansgeorg). « France » in : REYNOLDS (David) (Dir. Franzo sen und Deutsche am Rhein 1789-1918-1945. 496. 3 MASSIGLI (René). Ende des Dritten Reiches – Ende des Zweiten Weltkrieges. 18 SHAT. 23 Papiers Duff Cooper. dans Papiers Burin des Roziers. 17 SIMIOT (Bernard). The Origins of the Cold War in Europe. 3e trimestre 1993. ministère des Affaires étrangères. 37 ss. MAE. pp. cit. ibi dem. consulter GERBET (Pierre). De Lattre.. Imprimerie nationale. 1994/4 . Le Temps des armes. carton 17. d. 1953. Papiers Massigli. op. Churchill College. cf. Plon. 12 Ibid. Plon. vol. MAYEUR (Jean-Marie). Notes et Car nets.. 395 ss. 22 SOUTOU (Georges-Henri). 8 Voir ministère des Affaires étrangères.). vol. 1943-1945 : idéologie ou équilibre européen » in : Revue d’Histoire diplomatique. Cambridge. Papiers Burin des Roziers.29 NOTES 1 Pour le contexte général de la politique extérieure française en 1945-1949. 423-437. pp. MILZA (Pierre) (Eds. Papiers Massigli. 4 SOUTOU (Georges-Henri). 49 . 19 BILLOTTE (Pierre). Paris. Yale University Press. 1978. cartons 21. SOUTOU (Georges-Henri). 1994. 14 et 16. 7 Note du 31 août 1945 sur les conversations de Washington. Fonds Ely. Notes et Carnets. 2 SOUTOU (Georges-Henri). en particulier le discours de Baden-Baden du 5 octobre. 13 GAULLE (Charles de). Juin 1943-Mai 1945.). carton 6. et note Billotte s. 249-251. Flammarion. 1972. 15 BILLOTTE (Pierre). Paris. Munich. 59. 11 GAULLE (Charles de). 1945-1951. dossier 2. pp. 9 Papiers Burin des Roziers. Le MRP et la construction européenne. p. 21 Lettre de Chauvel à Massigli du 24 juillet 1946. 10 MAE. 1959. 5 Sur ce point. « Les Dirigeants français et l’entrée en guerre froide : un processus de décision hésitant (1944-1950) » in : Le Trimestre du Monde. Lettres. Le Salut 1944-1946. 16 De Gaulle et la nation face aux problèmes de défense 1945-1946. carton 12. 20 SOUTOU (Georges-Henri). cit. 420. Plon. 1983. Paris. carton 5 (la note du 15 septembre n’a pas été retrouvée). Paris. t. Klartext. « Frankreich und die Deutschlandfrage 1943 bis 1945 » in : VOLKMANN (Hans-Erich) (Ed. « Frankreich und die Deutschlandfrage 1943 bis 1945 ». 1993. « Georges Bidault et la construction européenne 1944-1954 » in : BERSTEIN (Serge). 94. 1983. Paris. p. Papiers Massigli. vol. III. Paris. Plon. pp. Complexe. très éclairante. 6 Cf. Plon. Essen.

». 457 AP 24. 50 . correspondance avec Chauvel. op. SOUTOU (Georges-Henri). 51 Journal du septennat. p. 34 Cf. 353 ss. MAE. « The Plan to defeat the USSR » in : Strategy and Tac tics. 47 La Naissance d’un continent nouveau. Commission d’Histoire de l’Association « Rhin et Danube » et Centre d’Histoire nord-américaine de l’Université de Paris I. 189 ss. Julliard. op. Sur la stratégie américaine entre 1945 et 1949. EUV. Bonn. « La France et la question de la défense de l’Europe occidentale. 1947. . p. Klett-Cotta. note de Couve de Murville du 17 mai pour Bidault. cité. 1992.. 38 Téls. Lausanne. 36 MAE. cité . 1948. Papiers Bonnet. cit... L’Alliance avant l’Alliance » in : Jean de Lattre et les Américains. Papiers Bonnet. pp. dossier n° 1. Secrétariat général. Secrétariat général.. du Pacte de Bruxelles (mars 1948) au plan Pleven (octobre 1950) » in : Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale et des conflits contemporains. 30 avril et 16 mai 1948.. « De Lattre et les Américains ». SOUTOU (Georges-Henri). 35 KRIEGER (Wolfgang). art.. 1. 1990. 45 Ibid. pp. vol. 1984. NATO : The Founding of The Atlantic Alliance and the Integration of Europe. pp. Clay und die amerikanische Deut schlandpolitik 1945-1949. 1. 1944-1954 ». et BUFFET (Cyril). cité. p. 1979. dossier n° 1. 4 octobre. op. Eine ungewöhnliche Geschichte. p. « De Lattre et les Américains. Mourir pour Berlin. également KRIEGER (Wolfgang). 1991. octobre 1986. de Bonnet des 25 mars. 32 Cf. Ne pas subir. 49 Ibid. 164 ss. art. AN. ». cité. passim. « De Lattre et les Américains. du 15 avril. cit. 46 KRIEGER (Wolfgang). 387-389. General Lucius D. 39 SOUTOU (Georges-Henri).. pp. 45 ss.. « De Lattre et les Américains. 384 ss. 457 AP 25. . 457 AP 24. cf. 253. Armand Colin. Paris. colloque des 26 et 27 mars 1994. Londres. Plon. L’Alliance atlantique. pp. 42 AN. n° 144. 33 KNIPPING (Franz). art. 1988. art.) et GILLINGHAM (John R. pp.. 43 MAE. 29 SOUTOU (Georges-Henri). 50 GUILLEN (Pierre). et les annotations et les réponses de Bonnet. 25 Journal du septennat. Paris. art. 27 Cf. « American Security Policy in Europe Before NATO » in : HELLER (Francis H. 41 BUFFET (Cyril). dossier 2. Stuttgart. 6 avril. « Georges Bidault et la construction européenne. 460. « Georges Bidault et la construction européenne 1944-1954 ».30 24 SOUTOU (Georges-Henri). 40 LATTRE (Maréchal Jean de). 31 SOUTOU (Georges-Henri). 26 SHAT.). vol. 1946-1949. 37 Notes des 4 et 10 mai 1948. 28 HUMPHREY (Bruce). [1995]. 44 SOUTOU (Georges-Henri). MELANDRI (Pierre). carton 6. MAE. « Georges Bidault et la construction européenne 1944-1954.). « Que faire de l’Allemagne ? Die französische Deutschlandpolitik 1945-1950 » in : KNIPPING (Franz) et WEISENFELD (Ernst) (Eds. 484. Deutschland-Frankreich seit 1870. 48 Journal du septennat. Paris. 1987. 1948. 2 octobre et 15 octobre. Journal du septennat. art. cit. 495. 1948. 30 Aide-mémoire de Billotte du 29 décembre 1947. Fonds Ely. cit. Fondation Jean Monnet pour l’Europe. cité. en particulier les lettres de Chauvel du 18 mars 1948. Papiers Bidault. Macmillan. ». mai-juin 1984..

Service des Pactes. 1. 66 SOUTOU (Georges-Henri). La République et le socialisme. 429 ss. The Evolution of Nuclear Strategy. SOUTOU (Georges-Henri). 1990. ministre de la Défense nationale.). 59 Cf. ». 72 Sur cette question. cité. Papiers Bidault. Paul Ramadier. « Paul Ramadier et les prémisses du Pacte atlantique » in : BERSTEIN (Serge) (Ed. 304-305. Service des Pactes. Cf. Retour à zéro. « De Lattre et les Américains.). son article : « Le Quai d’Orsay face au problème de la 51 . papiers Bonnet. à Robert Schuman. l’Europe et sa défense dans le compte à rebours. 1985. Imprimerie nationale. toujours la correspondance Chauvel-Bonnet. Papiers Massigli. Service des Pactes. 1981. ministre des Affaires étrangères. le 4 septembre 1949. note du ministère de la Défense nationale du 27 octobre.. cité. 63 Lettre de Ramadier. 212-243. 61 Ibid.. ». et note de la Défense nationale du 23 septembre 1949. également la correspondance Chauvel-Bonnet en janvier 1949. MAE. En outre. Rome. 53 FREEDMAN (Lawrence). Service des Pactes. Complexe. 1988. MAE. VARSORI (Antonio). 60 Note du secrétariat général du ministère des Affaires étrangères du 19 janvier 1949. très secret. Londres. Ne pas subir. Bonacci. 57 BERSTEIN (Serge) (Ed. MAE. malgré tout plus complexe peut-être que ce que percevaient les Français. 56 Journal du septennat. Il Patto di Bruxelles (1948) : tra integrazione europea e alleanza atlantica. p. et que les réticences provenaient plutôt du gouvernement britannique (MAE. POIDEVIN (Raymond). 58 Note Chauvel. L’aspect militaire suivra. Bruxelles. MAE.. Les responsables français comprennent parfaitement que vis-à-vis de l’opinion américaine Washington doit mettre d’abord l’accent sur les aspects politiques du Pacte. cf. Paris. MAE. Citons également une lettre de Massigli à Chauvel du 12 janvier 1949. 1990 . vol. 54 SOUTOU (Georges-Henri). art. Service des Pactes. ». Service des Pactes. Voir également le 28 janvier. qui promet d’être capitale. art. Bruxelles. 62 DU REAU (Elisabeth).. qui semble montrer que Montgomery lui-même était assez disposé à prévoir une défense sur le Rhin.31 52 LATTRE (Jean de). 55 Sur la stratégie de Montgomery. 42. pp. vol. Robert Schuman homme d’Etat. cité. 67 Note du secrétariat général pour le ministre du 19 janvier 1949. La France et le statut international de l’Allemagne.. p. « De Lattre et les Américains.. Service des Pactes. 71 Cf. cité. 65 SOUTOU (Georges-Henri). La République et le socialisme. cf. 94). MAE. pp. 1968. art. 64 Note du Quai d’Orsay pour Ramadier du 26 septembre 1949. 68 Note pour le secrétaire général (approuvée par Robert Schuman) du 26 avril 1949. Paul Ramadier. Macmillan. Complexe. 69 Ibid. art. pp. p.. 58). AN 457 AP 24. en attendant la thèse de ROUCHE-MAELSTAF (Geneviève). MAE. certains reprochaient au Pacte de Bruxelles de faire la part trop belle à la Grande-Bretagne et souhaitaient « parler directement aux Américains sans avoir à passer par les Anglais » (STEHLIN (Paul). 70 Notes du secrétariat général des 17 février et 27 juillet 1949. « Georges Bidault et la construction européenne.. 1949.. ». 1945-1955. Paris. « De Lattre et les Américains. 71. 53-54. pp.

1990/1-2. .32 souveraineté allemande. La conjonction des Accords de Bonn et de Paris des 26 et 27 mai 1952 » in : Revue d’Histoire diplomatique.