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L E PROCONSU
**ET"LE PRINC,
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HÜRLET

AUSONIUS

SCRIPTA, A N

L E PROCONSUL ET L E PRINCE
D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN

A U S O N I U S ÉDITIONS
— Scripta Antiqua 18 —

L E PROCONSUL E T L E PRINCE
D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN
Frédéric HURLET

Publié avec le concours du Conseil Scientifique de l'Université de Nantes

Diffusion

D E BOCCARD

11 rue de Médicis F -

— Bordeaux 2 0 0 6 —

75006 PARIS

AUSONIUS
Maison de l'Archéologie
F - 33607 Pessac Cedex
http://ausonius.u-bordeaux3.fr/EditionsAusonius

DIFFUSION DE BOCCARD
11 rue de Médicis
75006 Paris
http://www.deboccard.com

Directeur des Publications : Jérôme F R A N C E
Secrétaire des Publications : Stéphanie V I N C E N T
Graphisme de couverture : Stéphanie V I N C E N T
©AUSONIUS 2006
ISSN : 1298-1990
ISBN : 2-910023-77-X
Achevé d'imprimer sur les presses
de l'imprimerie La Nef-Chastrusse
87, quai de Brazza - BP 28
F - 33015 Bordeaux cedex
octobre 2006

SOMMAIRE

REMERCIEMENTS

9

INTRODUCTION

H

PREMIÈRE
L'INTERVENTION IMPÉRIALE

PARTIE

DANS L A NOMINATION DU

C H A P I T R E I : T I R A G E A U SORT E T INTERVENTION IMPÉRIALE

A. La réforme de l'année 27 a.C. et le rétablissement de la sortitio

PROCONSUL

24

25

1. Les précédents républicains

26

2. Les règles

27

3. La pratique

36

B. La sortitio depuis les années 10 jusqu'en 6 a.C. :
stabilisation de la procédure

49

C. Les vingt dernières années du principat d'Auguste :
la réforme de la procédure

56

D. Une autorité impériale plus affirmée
sous les Julio-Claudiens et les Flaviens

63

1. La sortitio de Tibère à Domitien : une réglementation stricte
2. La praxis : le patronage impérial
E.

66

La présélection des candidats par le prince

(III

E

siècle)

Annexe. L'organisation technique de la sortitio
C H A P I T R E II : L A PROCÉDURE EXTRA SORTEM

64
68
79

: U N E INTERVENTION IMPÉRIALE

PLUS D I R E C T E

82

A. La mise en place de la procédure extra sortem sous Auguste
1. P. Paquius Scaeva (procos. de Chypre, première décennie p.C?)
2. Les proconsuls de Macédoine et d'Illyrie choisis
parmi les anciens consuls
3. Paullus Fabius Maximus (procos. d'Asie en 10/9 a.C.)
4. Cossus Cornelius Lentulus (procos. d'Afrique) et les autres proconsuls
des années 6/8 p.C
5. Un cas douteux : Sex. Appuleius (proconsul d'Asie en 26/24 ou 23/21)

83
83
86
89
91
92

6

L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN

B. La procédure extra sor rem sous Tibère

93

1. Q. Iunius Blaesus (procos. d'Afrique en 21/23)

94

2. P. Cornelius Dolabella (procos. d'Afrique en 23/24)

94

C. La procédure extra sortem sous les derniers Julio-Claudiens

95

1. Q. Marcius Barea Soranus? (procos. d'Afrique 41/43)

95

2. L . Livius Ocella Ser. Sulpicius Galba (procos. d'Afrique 44/46)

96

3. Marthas Macer (proconsul d'Achaïe entre 45 et 54)

97

4. M. Iulius Romulus (procos. de Macédoine, fin du principat de Claude
ou début du principat de Néron)

98

D. La procédure extra sortem après l'époque julio-claudienne :
une rapide disparition
En guise de remarques conclusives : les modalités de l'intervention impériale
C H A P I T R E III : L A PROROGATION

99
101
104

A. La prorogation sous Auguste : une pratique fréquente

104

1. Les proconsuls prorogés

104

2. Une pratique évolutive

108

B. La prorogation sous Tibère : une pratique qui est devenue la règle

109

1. Les proconsuls prorogés

109

2. Les motifs de la prorogation

113

C. La prorogation sous les derniers Julio-Claudiens et sous les Flaviens
1. Les proconsuls prorogés

116

2. Les motivations de Claude et des Flaviens
E

D. La réapparition de la prorogation au III siècle
1. Les proconsuls prorogés
2. Le renforcement du pouvoir impérial dans le choix des proconsuls
E. La procédure et les modalités de l'intervention impériale

CONCLUSIONS

116

119
120
120
122
123

124

Auspices et honneurs militaires des proconsuls après 19 a. La réforme de l'été 23 1.C. Les autres provinces publiques : le commandement des troupes auxiliaires 154 Bilan 159 C H A P I T R E II : L E MONOPOLE IMPÉRIAL D E L A VICTOIRE E T L E STATUT AUSPICIAL DU PROCONSUL 161 A. Modalités de l'intervention d'Auguste et d'Agrippa dans les provinces publiques. Vers un Imperium maius absolu : le témoignage du SC de Cn. Profectio et auspices de départ des proconsuls : le Forum d'Auguste 173 Épilogue. Les réformes de l'année 19 a. Les auspices du prince dans les provinces publiques : vers un monopole impérial? 175 C H A P I T R E III : L A HIÉRARCHIE DES IMPERIA : L A QUESTION D E CIMPERIUM MAIUS DU PRINCE 177 A.C.. POUVOIRS D U PRINCE C H A P I T R E I : UIMPERIUM MILITIAE D U PROCONSUL : CONTINUITÉ E T RUPTURE À L ' É P O Q U E IMPÉRIALE 131 A. : une subordination au pouvoir impérial 167 D. L'Illyrie 142 C . Imperium d'Auguste et Imperium d'Agrippa : maius ou aequuml 2.7 SOMMAIRE D E U X I È M E PARTIE POUVOIRS D U PROCONSUL. L'Afrique . 184 185 187 C . Les limites de Y Imperium maius 193 CONCLUSIONS 194 . La Macédoine 135 B. Le statut auspicial des proconsuls entre 27 et 19 164 B. 147 D. Les années 27 à 23 : l'inexistence d'un Imperium supérieur à celui des proconsuls 180 B. Pisone pâtre 189 D.. : la question des auspices 166 C .

Les formes de l'intervention impériale 287 Bilan 298 A N N E X E : L E PERSONNEL IMPÉRIAL DANS L E S PROVINCES PUBLIQUES : L E S MODALITÉS D ' U N C O N T R Ô L E INDIRECT 302 1.L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN 8 T R O I S I È M E PARTIE L E MODE D E COMMUNICATION E N T R E L E PRINCE E T L E PROCONSUL. L E POUVOIR IMPÉRIAL E T L E G O U V E R N E M E N T D E S PROVINCES PUBLIQUES C H A P I T R E I : D E S RELATIONS À INVENTER : ÉDITS. La correspondance entre le pouvoir impérial et les proconsuls 1. L E S RELATIONS E N T R E L E PRINCE E T L E PROCONSUL D E T I B È R E À D I O C L É T I E N 233 A. Les mandata impériaux adressés aux proconsuls : les questions en suspens Bilan 222 223 232 C H A P I T R E I I : U N G O U V E R N E M E N T PAR CORRESPONDANCE. Le style de la correspondance à travers le témoignage de Flavius Josephe 216 217 2. L'inscription de Kymè 204 B.C. Les procurateurs impériaux dans les provinces publiques 302 2.) D . Le proconsul d'Afrique et le légat impérial de la I I I légion Auguste 308 CONCLUSIONS GÉNÉRALES 309 L E S SOURCES 315 ABRÉVIATIONS 315 BIBLIOGRAPHIE 316 INDEX 333 . Les légats impériaux chargés de mission extraordinaire dans les provinces publiques 304 E 3. Les objets de l'intervention impériale 280 2. L a lettre de C. Norbanus Flaccus à la cité d'Aezanoi (fin des années 20-début des années 10 a. L E T T R E S E T MANDATS D'ÉPOQUE AUGUSTÉENNE 202 A. Les règles et pratiques administratives en vigueur : essai de synthèse 235 280 1. Les échanges de correspondance entre le prince et le proconsul : un catalogue commenté B. Les édits de Cyrène : questions de terminologie 209 C.

A. je n'ai cessé d'être en contact avec W. Je tiens à exprimer une reconnaissance toute particulière à J. France. Maurin (Président). Milanezi. où j'ai été recruté comme Professeur d'Histoire romaine en 2004 et dont le Conseil Scientifique a fourni une aide financière pour la publication de ce livre. Il a bien voulu "patronner" les travaux qui ont été soumis à l'évaluation d'un jury dans le cadre de l'Habilitation à Diriger des Recherches et a jugé le mémoire inédit digne d'intérêt pour une publication à Ausonius. Eck.-Chr. Hugoniot. Sartre pour m'avoir chaleureusement accueilli à Tours en 1995 et toujours soutenu. Je terminerai en associant à ces remerciements l'Université de Nantes. J. . Suspène et Fr. Le CNRS a eu également une grande part dans la publication de ce livre en m'accueillant comme chercheur à part entière pour deux années dans le cadre d'une délégation (2001-2003) et en me permettant à ce titre d'achever mes recherches dans les meilleures conditions. m'ont poussé à poursuivre mes recherches et ont été pour beaucoup dans le choix même du sujet de ce livre. J'ajouterai à cette liste le nom de mon ami S. pour leurs nombreux conseils pédagogiques et scientifiques . G. qui m'a fait partager sa passion pour l'Afrique romaine. J. W.-M. N. qu'il en soit remercié. J. auxquels j'assistais régulièrement. J. J'ai bénéficié tout au long des dernières années d'aides multiples de la part de personnes et d'institutions envers lesquelles ma dette est énorme. Ferrary. Ses cours du mercredi matin à l'École Pratique des Hautes Études. Inglebert. Aounallah. de forme comme de fond .-L. Couvenhes. soutenue à l'Université Michel de Montaigne de Bordeaux 3 le 6 décembre 2003 devant un jury composé de M. je leur en suis très reconnaissant. Br. Ferrary. Malgré l'éloignement géographique. Gauthier. Beaujard. J.REMERCIEMENTS Ce livre est la version remaniée du mémoire inédit de mon Habilitation à Diriger des Recherches. Roddaz et M. Je n'oublie pas ceux et celles qui ont été à un moment ou un autre mes collègues et amis d'histoire ancienne de l'Université François-Rabelais de Tours.-M. Chr. Eck. Le directeur des Publications. L .-L. je dois également beaucoup à M. Christol. Vervaet ont accepté de relire la quasitotalité des pages de ce livre et m'ont évité de commettre bien des erreurs. Je tiens à remercier chaleureusement en premier lieu J. H. Cl. J. en à aussitôt accepté le principe et m'a offert l'hospitalité scientifique en accueillant ma monographie dans la collection "Scripta Antiqua" . Roddaz pour la confiance qu'il n'a cessé de m'accorder depuis mon arrivée en France en 1990. Miroux et S. Cels-Saint-Hilaire. qui m'a toujours encouragé et que je remercie pour avoir accepté de siéger dans le jury. Lepelley a suivi avec bienveillance mes travaux et je n'oublie pas qu'il m'avait signalé il y a plusieurs années l'intérêt scientifique que représenterait une étude comparée des pouvoirs et fonctions exercés par les proconsuls d'Afrique et d'Asie. Sartre.

X V ) . qui constituaient les interlocuteurs privilégiés des autorités romaines . mais aussi entre les pôles mêmes de l'appareil administratif. cf. elle ne se définit que par rapport au pouvoir central" (p. en particulier les pages de l'introduction où il est précisé que "la cité ne peut être envisagée qu'intégrée à l'Empire.C. Une grande attention a été portée ces dernières décennies et jusqu'à ces dernières années aux relations multiformes que les cités entretenaient avec les autorités provinciales et le centre de l'Empire. La gestion d'un Empire aussi étendu représentait en effet une tâche de grande ampleur et de tous les instants qui reposait sur des échanges de toutes sortes entre différents acteurs regroupés au sein de quatre catégories principales : le pouvoir central. Cf.) 1999 dont l'objet est l'étude des rapports entre l'autonomie locale et ce que Eck appelle la "römische Ordnungsmacht" dans les provinces de l'Empire du I au III siècle p. l'administration romaine en fonction dans les provinces. elle se doit d'être dynamique. voire dialectique de manière à faire mieux comprendre les multiples interactions que Ton peut observer à différents niveaux et dans un sens ou dans un autre entre l'administration et les provinciaux. . depuis le gouverneur jusqu'aux postes subalternes . À ce titre. plus récemment l'ouvrage collectif publié par Eck (éd. INSTITUTIONNELLE E T ADMINISTRATIVE D E L ' E M P I R E ROMAIN L'histoire de l'Empire romain et de son administration est devenue un objet d'étude complexe qui entend utiliser les diverses données tirées d'un examen attentif de tous les types de sources à notre disposition. Il va de soi que seule une étude des rapports qui se nouaient entre chacune de ces quatre composantes permettra de décrire les aspects les plus concrets de la pratique administrative en montrant comment une décision prise par le pouvoir romain était appliquée dans les provinces jusqu'à l'échelon local ou inversement en aidant à reconstituer le cheminement jusqu'à Rome d'une requête présentée par un provincial ou une communauté. 1 1 On lira avec profit la thèse de Jacques 1984 sur les rapports entre la politique impériale et l'autonomie municipale dans les cités de l'Occident romain de 161 à 244. dominé à l'époque impériale par la figure du prince . mais relative . Un autre aspect aussi fondamental. les progrès enregistrés par la recherche historique ont été inégaux.INTRODUCTION UNE CONTRIBUTION À L'HISTOIRE POLITIQUE. Ces recherches ont eu pour résultat de (ré)concilier les deux réalités a priori antagonistes qu'étaient la toute puissance de l'État romain et l'autonomie de la cité en montrant dans quelle mesure et de quelle manière l'une et l'autre coexistaient et s'articulaient . Il faut convenir qu'en ce domaine. les communautés provinciales. er e . Elle associe désormais l'exploitation de l'outil prosopographique à une volonté de définir le mode de fonctionnement des structures dans lesquelles gouvernants et gouvernés évoluaient. aussi Meyer-Zvviffelhoffer 2002 qui analyse le "style de gouvernement" des gouverneurs sénatoriaux dans les provinces de l'Orient romain d'époque impériale et étudie en détail les relations entre les gouverneurs et les élites locales. comme l'élément constitutif d'un ensemble" et qui ajoute que "l'autonomie n'est pas une réalité en soi. les simples particuliers.

L'étude des relations entre gouvernants et gouvernés ne peut suffire si l'on veut chercher à comprendre la nature profonde du système administratif romain. Il faut lui ajouter une nouvelle dimension en recourant au modèle sociologique qui est celui des rapports entre le centre et la périphérie et dont l'efficacité a déjà été démontrée s'agissant de l'Empire romain . 17-43 pour une mise au point historiographique sur le gouvernement provincial à l'époque romaine. C'est ce qu'a souligné Nicolet 1986. cf. Il existait donc au sein même du système administratif romain d'époque impériale une ambiguïté qui est à l'origine et au cœur même de l'ensemble de cette étude et que l'on peut définir dans les termes suivants : d'un point de vue hiérarchique. 26-27 qui rappelle ce que ce modèle sociologique doit aux réflexions théoriques de certains archéologues et qui fournit à ce sujet quelques indications bibliographiques. 7-8 et 215-217). qui était le gouverneur d'un type de province bien déterminé. cf. L'emploi de l'adjectif "relatif est là pour rappeler qu'à l'époque républicaine. dans le sens où il était la plus haute autorité romaine présente sur le sol de sa province. sénateurs et chevaliers).H. Sur le thème de Roma caput mundi. (Eck 1998d.. II faut s'entendre sur ce que signifie la formule "relative indépendance". qui dominait l'État romain depuis la création par Auguste d'un nouveau régime appelé principat .. C'est à un tel problème que cette étude est consacrée à partir du cas concret des rapports entre deux importants maillons du gouvernement de l'Empire : d'un côté le prince. en particulier la manière dont les structures de la domination romaine s'organisaient pour contrôler depuis un centre unique un aussi vaste Empire . 169. Nicolet 1988. Une telle singularité eut pour conséquence que le pouvoir impérial était entouré dans ses tâches administratives d'une série de dignitaires issus du Sénat qui exerçaient des fonctions héritées des institutions poliades de la République et ne furent jamais considérés à ce titre comme de simples subordonnés du prince. Il faut ranger dans cette catégorie les magistrats comme les consuls ou les préteurs. Une telle difficulté était d'autant plus délicate à régler. cf. on lira également avec profit les premières pages d'introduction de L'inventaire du monde (Nicolet 1988. de l'autre le proconsul. Une autre raison qui rend nécessaire et légitime une étude des relations entre le prince et le proconsul est la nature politique foncièrement ambivalente d'un Empire qui devint de fait sous Auguste une monarchie héréditaire tout en demeurant officiellement une citéÉtat. une Res publica . 7-8 et surtout 201-223 où il est précisé à propos de l'époque augustéenne que "l'espace impérial romain est un espace . mais cette synthèse a fait l'objet d'un débat scientifique sur lequel je reviendrai. ainsi que les proconsuls en tant que promagistrats envoyés gouverner une province après avoir été consuls ou préteurs. 107-118) ainsi que Meyer-Zwiffelhoffer 2002. 123-125 et 181-191. 206) . du moins 2 3 4 5 2 On dispose de l'ouvrage de Millar sur l'Empereur dans le monde romain (Millar 1977. pour la Rome républicaine Hermon 1996. est le fonctionnement interne de Γ administration. mais il devait dans la pratique intervenir dans une série de provinces dont les gouverneurs avaient fièrement conservé dans leurs pouvoirs une tradition de relative indépendance par rapport au pouvoir central .L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE A D I O C L E T I E N 12 mais moins bien connu. On consultera aussi la synthèse de Eck dans la réédition de la CA. le prince était reconnu dès le principat d'Auguste comme l'autorité prééminente dont les décisions s'imposaient. où les notions de centre et de périphérie sont extrêmement conscientes" (p. Mais le gouverneur restait tout de même "indépendant". le gouverneur de province restait en relation d'une manière ou d'une autre avec le centre du pouvoir et pouvait recevoir du Sénat et du peuple Romain des instructions pour appliquer ou respecter des décisions prises à Rome. Les autres magistrats ou promagistrats 3 4 5 . aussi LoCascio 1991. Sur la notion de "centre-périphérie" et son application à l'histoire ancienne. 275-361 où il est question des rapports entre l'empereur et le personnel administratif.

la Syrie. 12 et 2 a. 345-350 qui a montré à partir de la publication d'une base équestre en l'honneur du proconsul L .C.C. n. aussi Ferrary 2001. 6 7 e r . ils n'empiétaient pas de leur propre initiative sur le domaine des compétences des gouverneurs provinciaux à moins d'y avoir été autorisés par le Sénat ou le peuple et ne pénétraient pas non plus dans une province déjà attribuée sans en avoir reçu au préalable l'autorisation. elle déboucha d'un point de vue administratif sur une réorganisation dont la portée fut considérable et qui perdura un peu plus de trois siècles. jusqu'à l'époque tétrarchique . les gouverneurs de rang prétorien étaient d'ordinaire envoyés pro constile et jouissaient donc en droit d'un consulare imperium (le cas des plus petites provinces comme la Sicile reste débattu). et le système administratif original qui en résulta. les provinces qui continuèrent à relever du peuple Romain et auxquelles sont données les appellations de "province du peuple Romain". qu'on appelait le summum imperium. j'utiliserai désormais de 7 restaient à Rome ou dans leur province respective sans intervenir dans une autre province que celle qui leur avait été attribuée . jusqu'à la réforme introduite par la lex Pompeia. que le proconsul d'époque impériale était l'héritier d'une des fonctions les plus importantes et les plus prestigieuses du cursus honorum républicain. 6 Le point de départ chronologique est la réforme de janvier 27 a. Nicolet 1978. Il est en effet bien connu que les événements de janvier 27 a. il reste à décrire dans le détail les étapes et les modalités d'un processus complexe qui conduisit à faire des proconsuls de simples représentants du prince et dont on verra qu'il ne fut jamais totalement achevé.C). étaient à l'origine du partage durable de l'Empire en deux types de provinces : d'un côté. Sur 1'"indépendance" du gouverneur d'époque républicaine. le consul .C. Si cette mesure est loin de constituer le seul acte de naissance d'un nouveau régime qui ne fut définitivement mis en forme qu'au terme de plusieurs étapes successives (en 23. 9). Au I siècle a . Lo Cascio 1991. Sur l'importance et la longue durée de la réforme provinciale de janvier 27 a.C. le consiliare Imperium. l'Egypte). cf. on conviendra avec Ferrary qu'ils possédaient tous un consulare imperium (cf. de l'autre. mais aussi sur les limites de cette "indépendance".de dignitaires tels que les proconsuls tout au long des trois premiers siècles de notre ère. L'objet de cette étude est de comprendre comment le pouvoir impérial réussit à combiner la nécessité de contrôler sans limite et sans partage l'ensemble de l'Empire avec le maintien à la tête de plusieurs provinces . "province publique" ou "province proconsulaire" (par commodité. 914-919. qui conféra à Auguste pour dix années le gouvernement d'un groupe de provinces fortement militarisées (les Espagnes. Il faut en effet rappeler qu'à l'origine. Ferrary 2000.INTRODUCTION 13 au départ. C . Il était un ancien consul ou un ancien préteur qui exerçait ses compétences à la tête d'une province et dont les pouvoirs étaient semblables d'un point de vue qualitatif à celui du plus haut magistrat ordinaire. Sur cette question. les provinces dont le gouvernement fut confié à Auguste et qui sont d'ordinaires qualifiées d'impériales . 103. Si l'on devine sans peine qu'il fit preuve à ce sujet de la plus grande prudence.) que même si plusieurs gouverneurs de rang prétorien d'Asie nommés entre la dictature de Sylla et la réforme provinciale de Pompée de 52 étaient qualifiés de praetor dans les sources littéraires (en particulier par Cicéron). cf. le proconsul était le titulaire du plus élevé des pouvoirs civils et militaires. Valerius Flaccus (62 a.une dizaine . 19. cf. quant aux consuls. les Gaules. 119-125 et 137-139. ils portaient officiellement le titre de proconsul (ανθύπατος en grec) . à ce titre.

aussi 3.. qui connut un grand succès dans les cercles de gouvernement 9 10 E u 8 Le nom qu'il faut attribuer aux provinces continuant à relever du peuple Romain a fait et fait toujours l'objet d'un débat.25 . 9 Le témoignage le plus clair sur la désignation du proconsul et la durée du proconsulat est celui de Dion 53. avait déjà écrit sous Marc Aurele un ouvrage sur les fonctions du proconsul.13.7 et 21).1 où il est précisé que Chypre et la Narbonnaise furent rendues au δήμος : 56.7.3. 228-229 notamment à partir du témoignage des RGDA 26.1). Inst. un autre juriste moins connu.13. aussi dans ce sens Le Roux 1988. provinciae publicae (Tac. les liens entre le prince et le gouverneur étaient plus ou moins étroits selon le statut de la province en question. 32-33. 51 à partir de l'idée fausse que le terme prouincia publica n'existe pas).2). 156 .4. cf. Les proconsuls jouissaient en revanche d'une autonomie plus affirmée dont les marques les plus visibles étaient le mode de désignation.4. ainsi qu'en grec έπαρχίαι του δήμου (Strab. en l'occurrence "provinces du peuple Romain" ou "provinces publiques". 32-33.5 et 55.20) et εθνη τού δήμου (Dion 53. qui me semble la moins mauvaise) . Venuleius Saturninus.1 et 27. mais il l'avait esquivée en affirmant qu'Auguste évita de fournir une appellation claire pour les provinces autres que les prouinciae Caesaris). C . Pour ma part. aussi Fabbrini 1974. Il y avait d'un côté les gouverneurs des provinces impériales. 15 et Millar 1989. les appellations de "province publique" ou de "province du peuple Romain" ont été critiquées notamment parce que le contexte augustéen de restauration de la Res publica faisait de toute province une province publique ou une province du peuple Romain. Il est à cet égard remarquable qu'au début du I I I siècle p . aussi 53. 35 . 13. La formule de "province proconsulaire" a pu apparaître plus satisfaisante. 54.3. Les gouverneurs des provinces impériales étaient de simples délégués du prince. les insignes extérieurs (notamment six ou douze licteurs portant les faisceaux) ainsi que la nature de leurs pouvoirs et qui s'atténua au fil des règnes sans jamais disparaître totalement. Adoptées par Millar. 4748 . si ce n'est que tout gouverneur d'une province publique portait le titre de proconsul quelle que fût la magistrature exercée précédemment .2) . 109.28.6 . La conséquence essentielle pour notre propos est que d'un point de vue proprement juridique..14 L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE A DIOCLETIEN 8 manière uniforme la formule de "province publique".5 où de telles provinces sont qualifiées de τα τοΰ δήμου της τε βουλής λεγόμενα εθνη . n.40. Les seules expressions attestées par les sources sont prouinciae populi Romani (Gaius. 1. 93-97 . n.formules qui sont autant de transcriptions de prouinciae populi Romani. 1 0 11 .2 . qui étaient des sénateurs ou des chevaliers et qui avaient en commun d'être nommés par le prince pour une durée laissée à la discrétion de ce dernier . le juriste Ulpien ait jugé bon d'écrire un manuel consacré aux fonctions du proconsul {De officio proconsiiUs) .2 (je reviendrai en détail sur ce passage). (Ferrary 2001. cf.14. 2. Ann. et c'est par pure commodité que j'utiliserai désormais de manière uniforme cette dernière formule plutôt que la première. une telle subdivision provinciale conduisit à distinguer deux catégories de gouverneurs de province en fonction du statut de la province à la tête de laquelle ils étaient placés. 17. elles continuaient d'être gouvernées par des sénateurs qui étaient d'ordinaire nommés pour une seule année et tirés au sort parmi d'anciens préteurs et d'anciens consuls dans le prolongement des pratiques républicaines . Millar 1988.1 et 3 . Millar 1984. il me semble préférable de n'utiliser que des expressions effectivement utilisées à l'époque impériale.15. cf. cf. La seule certitude est que la formule traditionnelle de "province sénatoriale*' ne convient pas à la fois parce qu'elle n'est attestée par aucune source ancienne et qu'elle contribue à surestimer l'importance du Sénat au détriment du rôle dévolu au peuple à l'époque impériale (comme l'a montré Millar 1966. II faut préciser qu'avant Ulpien. auquel ils devaient la totalité de leurs pouvoirs. l'Egypte incluse (comme l'ont fait remarquer Costabile & Licandro 2000. 253-256). quant aux provinces publiques. mais elle présente l'inconvénient de n'être attestée par aucune source (Le Roux 1988.C. Quoi qu'il en soit de cette question d'ordre terminologique. 51 avait vu cette difficulté. n. 54. dans la mesure où le titre de proconsul était réservé aux seuls gouverneurs des provinces remises par le prince au peuple en janvier 27 a. Dion 53.4.

qui attire l'attention sur la volonté manifeste des juristes d'époque sévérienne de lier l'exercice de certains pouvoirs juridictionnels par des gouverneurs de province de rang sénatorial (les proconsuls en priorité. C'est à la fois aux permanences et aux multiples évolutions de la fonction de proconsul dans ses relations avec le prince que ce livre est consacré. E 1 3 1 4 15 1 6 . cf. 163-164. Si le gouvernement des provinces publiques avait été confié en théorie au peuple Romain et administré par le Sénat en vertu du partage des provinces de 27 a . quant à ses successeurs. Le terme chronologique de l'enquête est fixé à la fin du I I I siècle ou au début du I V siècle p. Bonnefond-Coudry 1995. C'est une réalité que Millar 1966. On sait en effet que le prince fut amené dans la pratique à intervenir aussi bien dans l'administration des provinces publiques que dans celle des provinces impériales dès la mise en place de la nouvelle organisation administrative de l'Empire . Formule reprise à Magdelain 1947. il ne fait pas non plus le moindre doute qu'il entretenait avec les proconsuls des rapports caractérisés par une entière subordination de ces derniers au pouvoir impérial. mais peut-être aussi les légats impériaux) à d'ancienne* pratiques. 13 e e 14 15 16 1 2 Sur le De officio proconsulis d'Ulpien et la haute considération dont ce manuel jouit à l'époque tardo-antique. Cf. C . en dernier lieu Marotta 2000. Il demeure qu'il est permis de dénoncer la fiction. aussi Spagnuolo-Vigorita 1991.217 où référence est faite explicitement au De officio proconsulis d'Ulpien dans une lettre envoyée durant les premières années du IV siècle par le proconsul d'Asie à la cité d'Éphèse). cf. 225-254 à propos de: rapports que les Julio-Claudiens ont entretenus avec le Sénat. le schéma d'un Empire divisé en deux zones de compétences distinctes constituait indéniablement une fiction issue du mythe de la Res publica restititta auquel Auguste avait donné naissance de manière à faire accepter le nouveau régime. cf. 12-Ephesos. 127-129. non de la nier . 2. avec la réforme provinciale de Dioclétien. 75. lois ou sénatus-consultes plus ou moins imaginaires et qui explique cette attitude par le souci de continue] à réserver à ces gouverneurs un minimum d'autonomie par rapport à l'emprise de plus en plus forte du pouvoi: impérial . connue pour avoir mis fin au système administratif institué par Auguste et réorganisé l'Empire selon d'autres critères que la distinction entre provinces impériales et provinces publiques. le proconsul était considéré comme un gouverneur de province qui continuait à être investi de pouvoirs spécifiques et auquel était toujours reconnu un grand prestige . Sur cette problématique des "relations à inventer". sur cette question Spagnuolo-Vigori ta 1990. ils eurent à gérer l'héritage augustéen en le modifiant au gré des circonstances par petites touches successives qui firent du programme officiel de la Res publica restituîa une image de plus en plus vide de sens. À ce titre. Ce sont ces relations à inventer et à actualiser constamment que cette monographie voudrait analyser de manière aussi détaillée que possible.C. L'existence de ce livre signifie qu'à l'époque sévérienne.15 INTRODUCTION 12 jusqu'à l'époque tardo-antique . 184-198 (on songe à IK. 156-166 a mise en évidence et sur laquelle je reviendrai. la volonté d'inscrire le nouveau régime dans une continuité historique et d'éviter toute rupture trop visible signifiait pour Auguste qu'il lui fallait "inventer" pour les proconsuls un mode de relations qui passait par d'autres critères que l'expression de la seule volonté impériale et qui était assujetti à des formes institutionnelles et administratives nécessairement complexes et ambivalentes .

. une fois qu'il avait rejoint sa province.exercice de ses compétences au sein de sa province) que s'organise le plan de ce livre. C'est là une nécessité dans le cadre d'une démarche historique qui se doit d'être sensible aux permanences.C.16 L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE A D I O C L E T I E N e De 27 a. chacun des proconsuls qui se succédèrent à la tête des provinces publiques entrait en relation avec le prince à partir du moment où il était en mesure de se porter candidat à une telle fonction. Il sera question dans la première partie de la désignation du proconsul et des modalités de l'intervention impériale dans une procédure complexe dont on a déjà vu qu'elle reposait sur le principe d'un tirage au sort. mais il le fit au fur et à mesure d'un processus complexe. jusqu'à la fin du III siècle. Pour la période ultérieure qui va de Tibère jusqu'à la réforme de Dioclétien. il était investi par la même occasion de pouvoirs qui étaient nécessairement subordonnés d'une manière ou d'une autre à une toute puissante autorité impériale étendue à l'ensemble de l'Empire . l'accent sera mis sur les différentes étapes qui modifièrent les règles établies par Auguste en matière de désignation des proconsuls. On devine que le pouvoir impérial renforça progressivement son emprise dans chacun de ces trois domaines. il était amené à y faire appliquer des consignes et des décisions impériales ou à consulter à distance le prince à tel ou tel propos en vertu d'un échange de correspondance qui allait aussi bien du centre vers la périphérie que de la périphérie vers le centre. une grande attention sera portée au début de chaque partie à l'époque augustéenne. mais aussi aux multiples évolutions d'une telle interaction. de définition de leurs pouvoirs et d'intervention du prince dans le gouvernement des provinces publiques. C'est autour de chacun de ces trois aspects des rapports du proconsul avec le prince (nomination .définition de ses pouvoirs . dans la mesure où le fondateur du régime impérial mit en place avec les proconsuls des relations inédites promises à une longue postérité. si oui. Chacune de ces trois parties thématiques suivra une progression chronologique. La troisième partie analysera le mode de communication qui s'était établie à distance entre le prince et le proconsul en rassemblant à ce sujet toute la documentation disponible et en cherchant à déterminer pour quelles raisons ils restaient en contact et quelle forme revêtait un tel dialogue d'un point de vue juridique et terminologique. sous quelle forme. La seconde partie étudiera dans une perspective comparative les pouvoirs du prince et ceux du proconsul avec le souci d'examiner d'un point de vue institutionnel si le premier s'était fait reconnaître une supériorité sur le second et. Il lui fallait tout d'abord être désigné au terme d'une procédure dont le pouvoir impérial ne pouvait être exclu étant donné la mainmise du prince sur l'État romain . À ce titre.

151-162). très utiles au demeurant .9 II faut rappeler que les innombrables études prosopographiques de Syme (en particulier celles qui ont été publiées dans les Roman Papers et la monographie consacrée à l'aristocratie augustéenne) constituent une mine d'informations que cette étude a essayé d'exploiter autant que possible. L a conséquence de cette focalisation sur le pouvoir impérial est que l'on aboutit souvent pour la question des rapports entre le prince et le proconsul à une analyse simpliste qui se limite à rappeler le principe de la subordination du second par rapport au premier sans toujours comprendre que la réalité institutionnelle était plus compliquée. il faut ajouter que si l'on dispose de nombreux travaux qui ont contribué à mieux définir les fondements des pouvoirs d'Auguste sur les provinces publiques et de leur supériorité sur les proconsuls . C'est donc à un renversement de perspective que cette étude voudrait procéder en renonçant à étudier les relations multiformes entre le prince et le proconsul à partir de la pétition de principe que constitue la supériorité absolue du pouvoir impérial. de nombreux spécialistes de l'administration romaine n'aillent en général pas au-delà de l'idée traditionnelle. mais aucun n'a encore jamais abordé à ma connaissance une telle question de manière globale et dans toute sa complexité pour l'ensemble des trois premiers siècles p. L'explication de cette lacune bibliographique est aisée à déterminer.8 e 1 7 .C. Or il s'agissait là d'une procédure complexe qu'il faut dans un premier temps chercher à reconstituer aussi précisément que possible avec l'aide des progrès de la prosopographie de manière à pouvoir déterminer dans un second temps dans quelle mesure et comment le prince intervenait dans un processus de nomination pour laquelle la part du hasard reste à évaluer.INTRODUCTION 17 Nombreux sont les travaux qui ont étudié tel ou tel aspect des relations entre le prince et le proconsul. L a production scientifique s'est longtemps focalisée à ce sujet sur la seulefiguredu prince. Il est ainsi significatif que pour ce qui est du tirage au sort des proconsuls qui avait lieu à Rome d'ordinaire chaque année. un article de Konrad. en dernier lieu Ferrary 2001. dont on verra qu'il pose au sujet de Y Imperium militiae et des auspices du proconsul sous les Julio-Claudiens les bonnes questions sans y apporter de mon point de vue les bonnes réponses (Konrad 1994. II existe à ce sujet à ma connaissance une seule exception. aussi Girardet 2000. Sur les pouvoirs d'Auguste. en particulier sur sa capacité à contrôler le tirage au sort des proconsuls et sur l'étendue de pouvoirs impériaux qui le mettaient à tout moment en situation d'intervenir dans les provinces publiques. Elle cherchera de préférence à montrer comment le prince opéra d'un point de vue technique pour peser sur une nomination qui passait par un tirage au sort et faire appliquer à distance ses décisions et ses consignes par un proconsul 17 . Les exemples qui illustrent cet état d'esprit sont nombreux. 1 8 1 9 . mais qu'il existe tout compte fait peu d'études qui s'intéressent spécifiquement à leur mode de désignation. Pour ce qui est des proconsuls d'époque impériale. cf. 101-154 où Ton trouve l'essentiel des références bibliographiques sur le sujet et qui traite à part entière de la question des rapports entre Auguste et les proconsuls à partir de la réforme provinciale de 27 et de leur évolution tout au long du principat . 202-216 pour une étude des relations entre Auguste et les proconsuls. selon laquelle le prince exerçait un contrôle sur ce mode de désignation. leurs pouvoirs et leurs compétences au sein de leur province dans une perspective institutionnelle. Dans le même ordre d'idée. sans aucun doute avérée. cf. il faut admettre que la bibliographie est toujours dominée par les recherches prosopographiques. aucun ne s'intéresse directement et de manière détaillée aux pouvoirs des proconsuls et à leur évolution depuis l'époque tardo-républicaine jusqu'à la fin du I I I siècle .

elle comprendra à ce titre une dimension chronologique qui apparaît fondamentale étant entendu que les modalités d'intervention du prince dans ces domaines n'étaient pas les mêmes selon que la période envisagée est le début de l'époque impériale ou l'époque sévérienne. ce qui a fait dire à Eck que le centre de la vie politique et administrative dans les provinces était de facto dans une grande mesure le gouverneur . II faut ajouter que Burton s'est progressivement détaché de l'influence exercée par la théorie générale de Millar pour défendre maintenant un point de vue plus nuancé sur le système administratif d'époque impériale et en tout cas différent de ce qu'il avait défendu dans son travail de thèse (Burton 2002. sans inclure de dimension institutionnelle. chère à Millar. de sa subordination ou non à celui du prince et de son évolution . dans la mesure où c'était précisément la phase de définition et de mise en place des relations entre le prince et le proconsul qu'il ne fallait pas négliger. dans la lignée des travaux de Millar.D. a very distant and hence not always particulary concrete source of power". de la "passivité" ou de la "réactivité" d'un prince agissant sur requêtes sur le modèle de la pétition et de la réponse . du moins au début de l'époque impériale. Eck 1998d. 249-280 où l'évolution de sa pensée est perceptible). Elle ne répond toutefois pas à toutes les questions que nous nous sommes posées dans le cadre de cette introduction en dépit de la présence d'un chapitre qui traitait des relations entre les proconsuls. Pour les provinciaux. 70-260 A. Il faut tout d'abord préciser que Burton adopte comme stricte délimitation chronologique les années 70 à 260. Il n'y est en revanche jamais question de Y Imperium du proconsul d'époque impériale .et il est significatif que la difficile question du mode de désignation du proconsul 20 21 22 23 2 0 Cf. dont le titre est révélateur : "Proconsuls.de sa nature. (uidi). ce qui présente l'inconvénient de ne pas prendre en compte les principats d'Auguste et de ses successeurs julio-claudiens . soit des Flaviens à Gallien.L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE A D I O C L E T I E N 18 qui restait un haut dignitaire et le titulaire de l'une des fonctions les plus prestigieuses de l'époque républicaine . ce choix apparaît trop restrictif et pour tout dire malheureux. II s'agit du chapitre VII. les empereurs et le Sénat . 118-132 qui ajoute malgré tout en guise de nuance que "for the larger part of the population he remained. 2 1 2 2 2 3 . L'importance et la toute puissance du pouvoir impérial ne doivent pas faire oublier qu'il existait chaque année dans une dizaine de provinces autant de proconsuls qui représentaient la plus haute autorité romaine présente sur le sol provincial de manière théoriquement indépendante et dont la subordination au pouvoir impérial n'allait pas de soi. principally on account of the distance between governor and local communities. C'est ainsi que l'on y trouvera une liste de tous les documents qui témoignent des relations à distance du proconsul avec le prince et que Burton utilise de manière à conforter la théorie. Burton 1973 dont le titre est révélateur : Powers and Functions of Proconsuls in the Roman Empire. emperors and senate" (p. 259-298). La seule synthèse conçue selon la perspective qui vient d'être définie est à ce jour une thèse soutenue en 1973 à Oxford par Burton et consacrée aux pouvoirs et fonctions des proconsuls sous le Haut-Empire . La seconde particularité de la thèse de Burton est d'envisager l'étude des pouvoirs et des fonctions des proconsuls d'époque impériale dans une perspective administrative. le prince apparaissait comme un souverain lointain et difficilement accessible étant donné l'immensité de l'Empire.

111-127). Comme l'a souligné Lo Cascio 1991. quella rigida distinzione. une série d'analyses intéressantes sur les relations entre le prince et le proconsul (notamment p. 114-117 et 121-122). was selected by lot and limited to a tenure of one year's duration". Sur cette problématique. con la divisione dei poteri. Burton 1973. qui rappelle que "manca. On aura compris que c'est une telle lacune bibliographique que ce livre voudrait combler. L'enjeu n'est pas négligeable : il s'agit de (ré)concilier histoire politique du Haut-Empire et histoire de l'administration romaine . 2 se contente de la phrase suivante sans aller au-delà de ce principe d'ordre général : "with a very few exceptions each proconsul. Il aura atteint son objectif s'il réussit à insérer la dimension administrative des relations qui s'étaient nouées entre le prince et le proconsul dans une perspective plus globale qui se doit d'inclure la dimension institutionnelle d'une telle question. On y trouve. le proconsul était le titulaire de pouvoirs étendus dont il avait été investi au terme d'une procédure complexe et qui avaient été définis avec une grande précision.INTRODUCTION 19 24 soit traitée en une seule phrase . sous une forme succincte qui tient à la nature même de ce qui doit être considéré comme un essai. wether praetorian or consular in status. Politics and Administration (Lintott 1993. 121. Il s'agit là de deux domaines qui étaient étroitement complémentaires dans l'Antiquité . nella realtà romana. mais l'objet de cette monographie dépasse de loin le cadre plus restreint de mon enquête. tra iniziativa politica e attuazione amministrativa". 2:> 2 6 . Or avant d'être un administrateur. 25 26 2 4 Pour ce qui est de la désignation du proconsul d'époque impériale. Lintott étudie l'Empire romain dans son ensemble et depuis l'époque républicaine. on lira avec profit les pages consacrées par Lintott à l'impact de la monarchie sur l'Empire dans le cadre d'une monographie dont le titre est à lui seul tout un programme : Imperium Romanum.

40. Tibère fait directement référence à la nomination des proconsuls lorsqu'il précise qu'en ce qui concerne les sénateurs. fournissent sur le déroulement de cette procédure de précieuses informations qui vont jusqu'à l'époque sévérienne et qui seront étudiées aussi précisément que possible. AE. IV. X . l'index ainsi que la réédition récente par Alföldy du CIL. 2000. IX.3. I I .. cf.222. qui fit disparaître les derniers vestiges de l'organisation provinciale telle qu'elle avait été mise en place en 27 a. 5061 . XIV. 5533 = ILS. Thomasson 1984.4686 ad n° 1361 . 67 = AE. vol. 1984. 14. Pompeius Senecio Roscius Murena Coelius .. CIL. 3609 = Inscr. 8. Les termes sortitus et sors sont en outre attestés jusqu'à la fin du I I I siècle sur une dizaine de dédicaces à des sénateurs par référence au mode usuel de désignation des proconsuls . VI. mais la formule [sorte obtinuit] y est ici entièrement restituée (proposition de Camodeca). I. CIL. Il faut sans doute y ajouter CIL. V I . Il souligne également de manière plus originale la valeur symbolique du mode d'attribution des provinces publiques en le présentant comme une des manifestations du respect dont le fondateur du régime impérial fit preuve à l'égard des sénateurs.C. cf. IGLNouae. Les sources littéraires. dans le même sens l'analyse présentée dans la réédition récente du CIL. 961 et AE. 863 . 4119.. 330 = II. 1 e 2 1 Dion 56. Auguste "ne leur enleva pas la chance de tirer au sort pour les gouvernements des provinces (publiques)" . I X . Tacite et Dion Cassius avant tout. cf. 37071 à propos de Q.C.330 . V I . 2335 = ILS. CIL. 1361 à propos du Baebius d'époque antonine. qui avait été érigée par Auguste au rang de principe de gouvernement et à laquelle l'idéologie impériale resta attachée sous le Haut-Empire. I X . It. 1990. Sosius Priscus. Il perdura tout au long des trois premiers siècles p. Pour une liste des inscriptions sur lesquelles les ternies sortitus et sors sont utilisés en relation avec le mode de désignation des proconsuls. les proconsuls étaient d'ordinaire désignés à la suite d'un tirage au sort. CIL. 1361 et CIL. V I par Alföldy {CIL. CIL. 1990. 1940. la sortitio. Sur de telles références épigraphiques au mode traditionnel de désignation du proconsul. Berlin. 1011 . à la mémoire d'Auguste et recomposé par Dion Cassius. 8. jusqu'à la réforme de Dioclétien. Ce passage est instructif à un double titre. l . procédure complexe qui se déroulait au Sénat et tirait ses origines des pratiques de l'époque républicaine. CIL. 3838 = AE. IP/14.C. Il met tout d'abord l'accent sur une des particularités de l'administration provinciale en précisant qu'à la différence des gouverneurs des provinces impériales nommés et révoqués par le prince.3. Le recours au tirage au sort apparaît comme une des formes concrètes de la nécessaire collaboration entre le prince et le Sénat.605b = CIL. II. Il faut comprendre dans cette perspective que les expressions proconsul sortitus.99 . orte fact us ou éventuellement sorte obtinuit [si la restitution se justifie] renvoient à un proconsul déjà tiré au sort qui 2 2 2 s .PREMIÈRE PARTIE L'INTERVENTION IMPÉRIALE DANS L A NOMINATION D U PROCONSUL Dans l'éloge funèbre prononcé en 14 p.126 = ILS. 3. 229 qui lie l'emploi de la formule proconsul sortitus à la mort de Cluuius Maximus Paullinus peu avant de partir pour sa province . 1104 . 330 à propos de Silanus Iustus Antonius).

XI et 47 . 100 . 277 . 105). 86 . question centrale qu'il faut étudier plus en détail dans le cadre de cette étude. n. Rémy 1988. 21 . Ce que nous traduisons par "tirage au sort" était une procédure qui laissait une place réduite au hasard et qui était loin d'être incompatible avec les nécessités liées au gouvernement d'un aussi vaste Empire pour deux raisons principales. dans le processus de désignation des gouverneurs des provinces publiques . Bruun 1986.L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN 22 La sortitio des provinces publiques fonctionna de manière régulière jusqu'à la réforme de Dioclétien sans avoir été jugée responsable d'introduire le moindre élément d'incertitude susceptible de déstabiliser l'appareil administratif romain. Il ne faut donc pas écarter l'idée qu'une référence épigraphique à la sortitio d'un proconsul dans le cadre d'une enumeration de fonctions du cursus honorum d'un sénateur d'époque impériale peut être analysée comme une manière d'accentuer le prestige d'un gouverneur qui n'avait pas été nommé directement par le prince. 53] . n. Levick 1967. 230 et n. C'est ainsi que C. n. À l'époque impériale. peut-être mort avant d'avoir rejoint la Bétique . peut-être décédé . le prince était en mesure de s'immiscer.C. Il pouvait tout d'abord nommer ou faire nommer un proconsul sans passer par le tirage au sort. Il n'y a là aucun paradoxe. 57. Il apparaît tout d'abord que contrairement à l'Athènes de l'époque classique. 3 . 30 et 290. Il ne fait aucun doute que dès l'instauration du principat.tvant de partir pour l'Asie . Salvius Liberalis Nonius Bassus. Rome faisait usage du tirage au sort depuis la République moins pour choisir le titulaire d'une fonction politique parmi un grand nombre de prétendants que pour répartir les provinces et autres charges dans un petit cercle de magistrats ou anciens magistrats déjà qualifiés par ailleurs. 206 . L'idée que le tirage au sort était contrôlé d'une manière ou d'une autre par le prince a été émise aussi bien dans les études générales"(Syme 1952. Raaflaub 1987. 12-13 . ne doit toutefois pas être systématiquement retenue. qui renonça au proconsulat d'Asie après avoir été tiré au sort . Schmitthenner 1962. 269-270 . 353) que dans les travaux de prosopographie consacrés aux fastes des provinces publiques (Alföldy 1969. 340 . 14 n. 253-254). Pflaum 1978. Aedius Celer. Dans ces conditions. est connu pour avoir exercé d'autres fonctions après avoir gouverné l'Achaïe (Christol 1986a. Dettenhofer 2002. Cluuius Maximus Paullinus. mais une telle procédure était limitée à des situations de crise. 117 .P. Alföldy 1977. 74 et 85 . mais qui devait sa désignation à la procédure traditionnelle du tirage au sort. Si l'idée générale n'est pas sérieusement contestable. d'une manière ou d'une autre. si elle reste la plus vraisemblable dans la plupart des cas (Silanu lustus Antonius. Scheid 1975. 311-313 et 373. Le Bohec 1977-1979. à la manière d'un consul désignants. la question déterminante n'y était pas tant le fonctionnement du tirage au sort que les critères d'admission permettant de filtrer en amont les candidats et d'en réduire le nombre. n.Q. Christol & Drew-Bear 1991b. l'autre facteur qui minimisait la part du hasard dans la procédure de la sortitio était le poids du pouvoir impérial dans le choix des proconsuls. la prudence est en outre de rigueur à propos de M. dont le proconsulat de Sicile est la dernière fonction mentionnée). 221 [=Eck 1996. Vogel-Weidemann 1982. Il existe dans le monde scientifique un consensus pour reconnaître que dès le principat d'Auguste. il faut reconnaître qu'il manque à ce sujet une synthèse qui étudie une telle question dans sa dimension chronologique avec le souci de mettre en évidence l'évolution du mode de désignation du proconsul d'Auguste à Dioclétien et des modalités de l'intervention impériale dans une telle procédure.549 et 558 . Une telle interprétation. ce qui signifie qu'il ne mourut pas après le tirage au sort .le proconsul anonyme de l'époque de Gordien III. 247. le prince s'était fait reconnaître le droit d'intervenir directement et de différentes manières dans le choix des gouverneurs des provinces publiques lorsqu'il le désirait. 41. Dondin-Payre 1993. Il pouvait également veiller à faire proroger un proconsul déjà en fonction pour une 3 disparaît ou renonce à son gouvernement provincial entre la sortitio proprement dite et son entrée en fonction à son arrivée dans la province. 110-111 . Fabbrini 1974. 223-225 et Le Bohec 1989a. qualifié de proconsul sortitus d'Achaïe. Vettius Cossinius Rufinus. 260-261. Eck 1974. Pompeius Senecio Roscius Murena Coeliius qui disparut peut-être avant d'avoir rejoint l'Asie .

C'était déjà à une présentation passive de l'intervention impériale que Eck faisait référence dans son étude des critères de promotion des carrières sénatoriales de 69 à 138 lorsqu'outre la dignité de consulaire. 329-331. mais il importe de commencer par chercher à mieux définir la place occupée par le prince dans la procédure du tirage au sort. mais aussi les données prosopographiques de façon à déterminer si l'ordre de succession des proconsuls obéissait ou non à des règles clairement définissables. C'est à ce prix que l'on sera en mesure de mieux savoir dans quelle mesure et de quelle manière le prince intervenait lors de la sortitio organisée chaque année à Rome pour choisir les proconsuls. ce qui apparaît hautement improbable si l'on prend en compte le nombre réduit de consulaires jusqu'en 1 p.C.une dizaine d'années . mais à Auguste seul.C. dans le processus de désignation d'au moins trois proconsuls d'Afrique qui étaient connus pour avoir été ses amis : Cn. en tout cas entre 8 et 14) . l'empereur se limitait à faire savoir . Cf.L A NOMINATION D U PROCONSUL 23 ou plusieurs années supplémentaires. dans un sens semblable Alföldy 1977. Caninius Gallus (procos. 53]). De telles interventions impériales doivent être étudiées plus en détail et le seront. Il existe à ce sujet des divergences entre une interprétation maximaliste qui reconnaît très tôt au pouvoir impérial le droit de choisir les candidats autorisés à prendre part au tirage au sort et une analyse minimaliste qui limite l'intervention impériale à une autorisation . Le rôle de Tibère dans le choix des proconsuls d'Afrique avait déjà été pressenti par Syme 1952. Une telle recherche oblige à nous intéresser avant tout de manière générale au tirage au sort des proconsuls à l'époque impériale. aussi Di Vita-Évrard 1978/1979.432. Il faut comprendre qu'aux yeux de l'historien allemand. Pour suggestive que fût cette analyse.pour devenir proconsul d'Afrique peut a contrario laisser penser qu'il avait été auparavant écarté du tirage au sort par Auguste.C. Le meilleur exemple pour bien comprendre la nature et les enjeux d'un tel débat est celui de l'influence ou non exercée sur Auguste par son fils adoptif et "co-régent" Tibère dans le choix de toute une série de proconsuls d'Afrique de la dernière décennie du principat augustéen. d'une manière et pour une part qui restent à déterminer. 5 6 . . Le problème ponctuel soulevé par la datation du proconsulat de Pison et les conditions de sa désignation recouvre une question plus générale qui est celle des modalités de l'intervention impériale lors de la sortitio. 8. 4 5 6 4 La forme la plus exacerbée de l'analyse minimaliste se trouve chez Brunt 1984. elle a suscité récemment de la part de Eck un commentaire critique qui souligne une réelle difficulté. 110-111 etThomasson 1996. 407-411 . 154 et 34 qui défendait déjà l'idée d'un "aménagement" du tirage au sort des grands proconsulats au cours de la décennie 4-14 p . 75. cf. Elle doit prendre en compte non seulement toutes les allusions fournies à ce sujet par les sources. qui resta jusqu'à Dioclétien le mode traditionnel d'attribution des provinces publiques. il rangeait "l'autorisation" de l'empereur au nombre des "présupposés" absolument nécessaires pour pouvoir participer à la sortitio (Eck 1974.sans doute de manière informelle . 31. Cossus Cornelius Lentulus (procos. 6-8) et L. avec cette différence par rapport à l'article plus récent de 1990 que la haute main sur les nominations des gouverneurs de provinces armées était attribuée non pas à Tibère. ait dû attendre aussi longtemps .si les candidats pressentis avaient ou non son autorisation et laissait par la suite fonctionner les règles traditionnelles du tirage au sort. Eck et al 1996. 8-9?. pratique à laquelle le pouvoir impérial eut recours à certaines époques plus qu'à d'autres.de participer à la sonino . Cf. à son règlement et son organisation matérielle. Tibère était intervenu. sur cette question. Di Vita-Évrard 1990. qui avait été consul dès 7 a. 221 [=Eck 1996. Di Vita-Évrard a soulevé un important problème en émettant l'hypothèse qu'avec son retour sur la scène politique à partir de 4 p. n.souvent présentée comme étant informelle . appliquées au moment de leur désignation. Calpurnius Piso (procos. en 4-5?). Calpurnius Piso. L'idée que Cn. C .

234-235 . 12-13 et Bleicken 1998a.53 et 551 . mais il est loin d'avoir toujours été respecté et ne suffit pas à expliquer l'ordre de succession des proconsuls tel qu'il est connu par les fastes . Rémy 1976. le hasard a pu jouer un rôle qui n'était pas négligeable . les spécialistes de l'administration romaine d'époque impériale aboutissent sur cette question à une conclusion opposée en faisant ressortir qu'à l'issue du tirage au sort. cf. cf. 4 à propos de l'époque augustéenne . C'est ainsi que la procédure adoptée 7 8 9 10 n 7 Comme le rappellent Bruun 1986. cf. 155-156 qui a fait remarquer que de nombreux questeurs et proconsuls d'Achaïe entretenaient des rapports étroits avec cette province notamment parce qu'ils y étaient nés et en conclut que lors du tirage au sort pour le proconsulat et la questure provinciale.21. son déroulement est mal connu faute de sources décrivant en détail une telle procédure .45-46. Comme l'a souligné Mommsen DPR. 349 . Une telle recherche ne peut être menée à bien qu'à condition d'adopter une démarche chronologique. cf. La question du déroulement de la sortitio à l'époque impériale est complexe et mérite d'être entièrement reprise. III. 472 et Rémy 1988. mais tenaient compte des attentes et des pressions des sénateurs" (p.221 et 227 [=Eck 1996. 379 . C'était déjà le sentiment de Mommsen DPR. 8 9 1 0 11 . 288. 75]. Il faut prendre en compte une série d'autres facteurs. Talbert est arrivé à la conclusion qu'hormis certaines circonstances qui ont conduit à une "manipulation" du tirage au sort en faveur d'individus proches du pouvoir impérial. 89-94.est souvent présentée comme un critère essentiel pour déterminer l'ordre dans lequel les anciens préteurs et les anciens consuls étaient admis à tirer au sort les provinces publiques . 295-296 et Halfmann 1979. Eck 1972-73. aussi Syme 1986. Le hasard ne peut expliquer d'aussi nombreuses coïncidences. Alföldy 1969. 57-99 qui précise à propos des proconsulats que "les nominations ne découlaient pas seulement des objectifs de l'empereur. Cf. Les conditions d'admission au tirage au sort constituent une autre question en suspens. C . 14 et 23 . dans ce sens Meier 1967. En revanche. à propos de l'Orient Badel 2004. 62.preture ou consulat . Cette méconnaissance explique la diversité des opinions qui ont pu être émises à ce sujet. Eilers 1999. ce qui ne contribue pas à simplifier les données du problème. 54 . 87). III. la sortitio était organisée de manière à permettre aux candidats de gouverner des provinces qu'ils connaissaient mieux. 84-85 et n. Eck 1974. 350-353 . Sur la spécialisation régionale des gouverneurs de province et les limites d'une telle notion. dans la mesure où il sera établi que la sortitio connut une importante évolution au fil de l'époque impériale. 269-270 . 208 [=Brunt 1990. Talbert 1984. de nombreux proconsuls furent fréquemment envoyés dans des provinces dont ils étaient originaires ou avec lesquelles leurs familles entretenaient d'étroites relations . Alföldy 1976. Il faut imaginer que dans l'intérêt de Rome et de son Empire.204-205. aussi dans ce sens Brunt 1961. mais les questions de procédure n'ont encore jamais été abordées en détail sous un tel angle. Szramkiewicz 1975. 326 et 725. L a première question porte sur le degré d'incertitude du tirage au sort. Eilers 2001.L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN 24 CHAPITRE I T I R A G E A U SORT E T I N T E R V E N T I O N I M P É R I A L E Si le principe même de la sortitio des proconsuls est bien établi tout au long des trois premiers siècles p . Groag 1939. 203204 et n. 289-290 et n. 24. L'ancienneté dans la magistrature . une entente entre les candidats était possible avec l'accord du Sénat et l'autorisation du prince . dont le nombre d'enfants. Talbert 1984. Cf. De manière générale.

et le rétablissement de la sortitio L'importance des événements de janvier 27 dans la formation du nouveau régime n'est plus à démontrer. En contrepartie et à l'issue de débats au Sénat qu'il est diffìcile de dater avec précision . aussi Roddaz 2003a. Le recours au tirage au sort pour déterminer l'identité des gouverneurs des provinces publiques apparaît comme la mesure principale et la plus significative ..2 . Il faudra également veiller à établir une distinction entre les proconsuls de rang prétorien et ceux de rang consulaire. l'Egypte ainsi que l'île de Chypre. 191. Cf. La réforme de Vannée 27 a.13. aussi dans ce sens Suét.4) . cf. Octavien rendit l'administration des provinces au Sénat et au peuple Romain. en dernier lieu Ferrary 2001. . e A.2 . Aug. la publication récente d'un aureus daté du sixième consulat d'Octavien et célébrant la restitution au peuple romain "des lois et des droits" a fait ressortir que les mesures de janvier 27 relatives à la question du gouvernement provincial constituaient la dernière étape d'un processus de restitutio Reipublicae entamé en 28 . 204 et Ferrary 2001.L A NOMINATION D U PROCONSUL 25 lors du tirage au sort des proconsuls différait fortement selon que la période envisagée était le début du principat d'Auguste ou le III siècle p. cf. Il reste à comprendre comment un principe aussi général fut appliqué en 27 et les années suivantes. Rich & Williams 1999. les Gaules. cf. 108-111 et 113-115. 169-213 . II existe sur la question de la nature des pouvoirs conférés à Auguste en janvier 27 une bibliographie immense.. le poids de l'intervention impériale constitue en particulier un facteur qui s'est progressivement renforcé dans des conditions et sous des formes à analyser aussi précisément que possible.C.3 et 14. 47.C. ne fût-ce que parce que le nombre des provinces prétoriennes attribuées chaque année différait de celui des provinces consulaires. il se fit remettre en vertu d'un sénatusconsulte ratifié par une loi comitiale le gouvernement d'une série de provinces que l'on qualifie d'impériales et dans lesquelles étaient stationnées la grande majorité des légions : les Espagnes. En revanche. 14. Il est bien connu que le 13 janvier. 297-309 et Rich & Williams 1999. 398-402. En témoigne l'importance donnée par Dion Cassius à un tel mode de désignation dans sa description de la réforme de 27 (53. L'historiographie contemporaine s'est beaucoup intéressée. dans ce sens Rich & Williams 1999. La manière dont les proconsuls étaient nommés avait dû y être définie avec d'autant plus de précision que le mode d'attribution du gouvernement provincial est apparu d'emblée avec la durée comme une des différences les plus marquantes entre le gouvernement des provinces impériales et celui des provinces publiques. 14. Sur ce nouveau document. Il faudra donc définir les règles observées lors du tirage au sort et reconstituer la procédure suivie durant les années 20 aussi précisément que les sources le permettent. 111-113. Confirmant l'indication chronologique d'un passage des Res Gestae (34. Cf. Mais dans un premier temps. au problème difficile de la nature juridique des pouvoirs d'Auguste sur les provinces impériales . cf. Or il ne fait aucun doute que les provinces dites publiques avaient fait l'objet d'une autre mesure législative dès cette même année . elle a accordé une moins grande attention aux dispositions de la réforme de 27 relatives au gouvernement des provinces qui n'avaient pas été confiées à Auguste et qui étaient restées sous l'autorité formelle du peuple Romain. Simpson 1994.1). la Syrie. avec raison. il est nécessaire d'analyser l'usage 12 13 14 15 16 1 2 Sur ce problème de chronologie. 1 3 1 4 1 5 1 6 .

mais interdit aux tribuns d'opposer leur veto à un tel décret seulement si celui-ci avait été voté avant les comices consulaires . cf. ce qui entraînait une invalidation partielle ou totale du sénatus-consulte de l'année précédente. dans cette perspective.241 et 395 et Vervaet 2006b. l'assignation des provinces consulaires avant les comices consulaires des consuls concernés aurait été conseillée par la lex Sempronia plus qu'elle n'aurait été imposée comme règle fixe. Abolie ou amendée par la lex lidia de 46 qui fut votée à l'initiative de Jules César et qui ne devait pas remettre en cause le principe de la sortitio . Woodhead 1972 . c'est-àdire dans le courant de l'année précédant leur entrée en fonction et leur départ en province. Le tirage au sort avait été utilisé à l'époque républicaine pour répartir les fonctions entre les magistrats (en exercice) . 77-96. seules les provinces prétoriennes étaient concernées par la lex Pompeia de 52. cf. et ne pouvait faire l'objet d'aucune intercession tribunicienne . cf. Il s'agissait là d'une réforme législative capitale dont on verra que de nombreuses clauses servirent de précédent à Auguste.1 . Une telle pratique a été tout particulièrement étudiée par Vervaet et l'a conduit à amender l'opinion traditionnelle en développant l'idée que la lex Sempronia ne rendit pas obligatoire pour le Sénat d'assigner les provinces avant les comices consulaires des consuls concernés. Les précédents républicains Si le recours à la sortitio contrastait avec le pouvoir arbitraire dont les triumvirs avaient été investis pour choisir les gouverneurs de province . 1.L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN 26 que la République romaine avait pu faire de la sortitio afin de mieux mesurer la portée de la réforme provinciale de 27 et de prendre en compte des antécédents qu'Auguste connaissait et dont il pouvait le cas échéant s'inspirer. Sur la lex Sempronia. cf. Gracchus précisa à propos du mode d'attribution des provinces consulaires que la définition de telles provinces était fixée avant l'élection des consuls concernés. 107-108. la loi de Pompée sur les provinces influença à bien des égards le contenu des dispositions de 27 relatives au gouvernement des 17 18 19 20 21 22 1 7 Sur la question des pouvoirs des triumvirs sur les provinces et les modalités de leur intervention dans le choix des gouverneurs. Girardet 1987. 101. par loi ou simple sénatus-consulte. 291-329. 21 Dion 40. 1 8 1 9 2 0 2 2 . Rosenstein 1995. en dernier lieu Roddaz 1996. Sur l'usage du tirage au sort sous la République romaine comme moyen politique de limiter les conflits au sein de la cité. 291-329 et Ferrary 2001.30. 114-117 et Girardet 1987. La restriction qui consistait à définir les provinces consulaires avant l'élection des consuls concernés fut parfois contournée avec l'attribution aux consuls de nouvelles provinces pendant l'année de leur consulat. Sur l'usage du tirage au sort depuis la création du tribunat militaire à pouvoir consulaire en 444 jusqu'à l'envoi régulier dans les provinces de préteurs en qualité de gouverneurs à partir de 227. C . 185-186 . D'après Giovannini 1983. qu'elle fût consulaire et prétorienne . Mais Ferrary 2001. cf. 240-241. La lex Sempronia de C. 46. aussi Corey Brennan 2000. Stewart 1998. une lex Pompeia introduisit une modification qui n'était pas secondaire en instituant un délai de cinq années entre l'exercice de la preture ou du consulat et le droit de tirer au sort une province.43-75 et Lintott 1999. En 52 a . Cette mise au point est indispensable quand on connaît le soin apporté par le princeps à trouver dans le passé des justifications de ses propres actions et de ses propres mesures. Mommsen DPR III. 105-107 a montré qu'il était nécessaire d'étendre dès 52 aux provinces consulaires l'intervalle quinquennal entre la magistrature et la promagistrature. notamment pour attribuer aux consuls et préteurs le gouvernement des provinces . Sur cette loi. 238-251 et Corey Brennan 2000.1. elle précisait en outre que la durée du gouvernement provincial était fixée à une année. une telle procédure était loin de constituer une nouveauté dans le contexte de l'année 27. cf.2 et 56.

Sur l'annalité comme principe de base pour l'exercice du proconsulat sous le HautEmpire. Souligner que l'expérience de Pompée constitua un modèle politique et institutionnel sur lequel Auguste s'appuya est un thème historiographique bien connu .25. sur cette question Mommsen DPR. mais qui n'en soulève pas moins de multiples interrogations. trois précisions concernant les provinces publiques méritent d'être examinées. aussi T a c . dans la mesure où l'on sait par ailleurs que pour ce qui est des différentes étapes de la formation du nouveau régime. Dion 43.58.2. Annalité du proconsulat. Auguste avait tout intérêt à s'inspirer autant que possible d'un tel précédent. mais l'indication 25 26 2 3 Sur Y imitano Pompeii par Auguste.à regrouper dans le récit de l'année 27 des dispositions dont certaines auraient été prises après coup. cf. Sur la durée du gouvernement des provinces consulaires établie par la lex lulia de Jules César. Dion Cassius précise qu'outre l'obligation faite aux proconsuls de tirer au sort leur province. Dans le tableau du gouvernement provincial dressé par l'historien grec.13..L A NOMINATION D U PROCONSUL 27 provinces publiques. la formule épigraphique τ ω ν κ α τ ' έ ν ι α υ τ ο ν α ν θ υ π ά τ ω ν . Phil. cette mesure abrogeait la disposition de la lex Mia qui fixait la durée du gouvernement des provinces consulaires à deux années . il est évident que d'un point de vue politique. Il faut donc examiner avec soin toutes les informations données par Dion Cassius à propos de l'administration des provinces publiques et vérifier scrupuleusement si certaines d'entre elles ont pu être ou non antidatées. il n'a pas été amené . 143. Ann. peu importe . Il est vrai que cette règle a connu pour la province d'Asie des exceptions dès les années 20 a .3 . C'était un moyen commode de marquer une rupture avec les pratiques de l'époque triumvirale et de faire du mode de désignation des proconsuls un élément du programme de restitutio de la Res publica.19. {Syll?. cf. Même s'il n'est pas question d'imaginer que les règles fixées en la matière en 27 reprenaient à l'identique les clauses de la lex Pompeia de 52. 2.7.C. 3. l'exposé de l'historien grec du I I I siècle n'est pas exempt d'imprécisions. Cf.volontairement ou non. 292-296. 5. Il faut en particulier se demander si pour la clarté de la démonstration. Hurlet 2006. III. Cf. elle s'applique également pour les dispositions de la même année qui concernaient les provinces publiques. 23 2. Il n'y a aucune raison de douter que le rétablissement de l'annalité du proconsulat date de 27. C . datée de la fin du I siècle p. Auguste "ordonna (ou fit ordonner) qu'ils (= les proconsuls) soient en fonction pour une année" .2. Il s'agit d'un témoignage qui reste précieux à l'aune des lacunes de notre documentation. voire d'anachronismes . cf. cf. Cette remarque vaut pour la définition même des pouvoirs extraordinaires tels qu'ils furent conférés à Auguste en 27. 213) . Millar 1964. e 24 a. les principales règles fixées par Auguste pour le gouvernement des provinces publiques ont été décrites par Dion Cassius. 2 4 2 5 e r 2 6 . 94-99 et Rich 1990. Revenant aux prescriptions de la lex Pompeia. Dion 53. C i c . 1. Les règles La restauration du tirage au sort en janvier 27 s'accompagna d'une série de dispositions complémentaires qui apportaient des précisions concernant l'admission des candidats à une telle procédure et la durée du proconsulat. Mis à part un passage de Suétone. 820 = IK* 12-Ephesos.

111-113. Girardet 1990. On s'est également interrogé sur la portée de ce règlement augustéen et sur sa datation. 27 28 b. consulaires 29 30 31 32 2 7 Cf. Ferrary 2001. désormais circonscrite à la ville de Rome. 213-220 . Girardet 1990.14. 2 8 2 9 3 0 3 1 3 2 . Girardet a lié le rétablissement par Auguste d'un tel intervalle quinquennal à une loi qui aurait privé le consulat de sa composante militaire (Yimperium militiae) et aurait ainsi marqué la fin de l'ordre républicain . le proconsul entrait dans sa province à la fin du printemps ou au début de l'été . 153. qui était loin d'être fixe ou rigide. Sur le calendrier du proconsul depuis le tirage au sort jusqu'à son arrivée dans la province.28 L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN formelle de l'itération sur les inscriptions (procos bis ou ανθύπατος το δεύτερον) suffit à montrer qu'une période d'une année était désormais ressentie comme la durée normale d'exercice du proconsulat .. Rich 1990. Il a été rappelé avec raison qu'une telle mesure ne constituait pas non plus une nouveauté et qu'en la matière. Girardet 2000. On sait par Dion Cassius que "par un décret public applicable à tous (les sénateurs). Il faut répondre que rien dans les passages de Dion et de Suétone ne permet d'établir un tel lien : la mise en place d'un quinquennium entre la magistrature et la promagistrature n'y est pas présentée en relation avec une hypothétique modification institutionnelle plus générale visant à affaiblir le consulat .2. Même s'il ne donne pas d'indication aussi précise que Dion sur la durée de l'intervalle entre la magistrature et l'admission au tirage au sort des provinces publiques. 89-126 . Bérenger-Badel 2003. Auguste interdit à quiconque de tirer au sort (une province publique) avant que n'ait expiré un délai de cinq années après l'exercice d'une magistrature à Rome" . Girardet 1992b. 36. à en juger par le témoignage de Dion. Un passage de Suétone va dans le même sens en précisant qu'Auguste fut Yauctor d'une mesure qui interdisait aux magistrats d'être envoyés dans leurs provinces aussitôt après le terme de leur magistrature . cf. Délai quinquennal entre Vexercice d'une magistrature supérieure et le droit de tirer au sort un proconsulat. Suét. elle doit être plutôt analysée comme un des éléments spécifiques de la réforme augustéenne qui réorganisait le gouvernement des provinces publiques. Auguste s'était de nouveau inspiré du précédent fourni par la lex Pompeia de 52. Dion 53. 118-119 . Giovannini 1999. 360-364. Ferrary 2000.. 167-236 . 74-77 et Hurlet 2005a. On verra que de telles dérogations s'expliquaient par le manque de consulaires tout au long des années 20 en raison de l'exercice continu du consulat par Auguste de 31 à 23 et de l'absence du moindre consul suffect de 28 à 24. il met en valeur une des conséquences les plus importantes du règlement augustéen concernant les proconsuls : les sénateurs romains ne pouvaient désormais plus gouverner une province pendant l'année de leur magistrature ou au terme de cette magistrature. 143-144 . L'instauration par Auguste d'un délai minimum de cinq années entre la magistrature et le proconsulat a suscité ces dernières années une abondante bibliographie .89-126. au terme d'un voyage qui devait durer plus ou moins longtemps en fonction de la distance à parcourir depuis Rome. Roddaz 1992. 95-106 . Le tirage au sort se déroulait à la fin de l'hiver ou au début du printemps . et la promagistrature provinciale. 189-211 . Aug. mais il faut tenir pour acquis le principe d'un intervalle séparant la magistrature. Giovannini 1983.

D'une part. 89-126. Qu'une telle disposition ait conduit les préteurs et les consuls à rester à Rome tout au long de l'année d'exercice de leur magistrature n'était rien d'autre qu'une conséquence qui a contribué dans la pratique à ôter aux consuls leur Imperium militiae. il reste à étudier la possibilité qu'un tel délai quinquennal ait pu entrer en application seulement à partir des années 19-18. 412-414). 77. Partant de ce constat. mesure qu'il a présentée sous la forme plus générale d'une loi privant les consuls de Yimperium militiae . 3 4 3 5 3 6 .et superflu . Il est vrai qu'à notre connaissance. Les fastes proconsulaires pourraient a priori apporter des éléments de réponse.L A NOMINATION D U PROCONSUL 29 et prétoriennes. II s'agit de M. le cas a priori particulier de L . En revanche. avec le retour d'Auguste de sa tournée en Orient. semble-t-il. infra. Sempronius Atratinus (sur ces personnages. le seul proconsul d'Afrique des années 27 à a ne pas avoir exercé auparavant le consulat). Mais il ne faut pas imaginer pour autant le vote d'une loi qui aurait mis fin de manière légale et officielle à un des fondements institutionnels du régime républicain . infra. Acilius Glabrio et de L . S'il a déjà été souligné qu'il est excessif .d'imaginer une mesure institutionnelle amputant à ce point le consulat. les proconsuls attestés à partir de 27 étaient tous d'anciens magistrats et qu'entre 27 et 18. deux proconsuls d'Afrique se sont rendus dans leur province à coup sûr plus de cinq années après l'exercice de leur consulat . 44-48) . Il reste à résoudre la question difficile de la datation : quand un tel délai quinquennal fut-il (ré)instauré par Auguste? Dion Cassius énumère cette réforme parmi les mesures prises en janvier 27. exploiter le précédent pompéien pour interdire aux consuls de rejoindre une province l'année même ou au terme de leur magistrature constitue un procédé qui correspond mieux à l'esprit du nouveau régime et témoigne des moyens déguisés mis en œuvre par le prince pour donner à sa position une supériorité sur celle des consuls. mais leur examen s'est révélé sur ce point décevant et infructueux. 38. À supposer que l'intervalle de cinq ans entre la magistrature supérieure et le proconsulat ait été rétabli plus tard. Une telle mesure législative aurait été incompatible avec le programme de restitutio Reipublicae mis en place à partir de 28. cf. cf. 206. 111 -112 (conclusion acceptée par Roddaz 2003a. n. D'autre part. Girardet a avancé l'idée que l'année 18 convenait mieux à lafixationd'une durée quinquennale entre l'exercice du consulat et le gouvernement provincial. Comme l'a souligné Roddaz 1992. mais il a déjà été souligné que le risque d'anachronisme propre au témoignage de l'historien grec interdisait de considérer l'ordre de présentation comme un argument suffisant en faveur de cette dernière année. même si les sources livraient de façon assurée le(s) nom(s) d'un ou plusieurs proconsul(s) qui seraient partis en province entre 27 et 18 moins de cinq 33 34 35 36 3 3 Ferrary 2001. Cornelius Balbus (il est. Girardet 1990. Mais il serait abusif de tirer de ces indications quelque certitude que ce soit. les fastes proconsulaires sont de manière générale trop lacunaires aussi bien pour les proconsuls d'Asie de 27 à 18 que pour tous les proconsulats prétoriens de cette même période et nous autorisent d'autant moins à formuler des règles concernant l'intervalle entre la magistrature et la promagistrature. on ne peut pas écarter l'idée qu'au mépris d'une stricte chronologie. Dion ait malgré tout jugé préférable par souci de clarté d'intégrer cette nouvelle disposition dans sa description de la plus vaste réforme provinciale de 27.

1919. lus trinm liberorum.13. 3 8 3 9 4 0 4 1 . Cf. 2. 96 et 47). Privilèges attachés au mariage et à la paternité. Un tel privilège est confirmé et précisé par une lettre de Fronton adressée à Antonin dans laquelle il affirme avoir "tenu pour choisie la provincia splendidissima (l'Asie) qui lui est restée après qu'un autre fut 40 41 3 7 On verra que selon une hypothèse qui a été récemment défendue. il serait illusoire de prétendre apporter une réponse définitive à ce problème de chronologie augustéenne . 1281). En outre. mais il ne faut pas se dissimuler qu'elle repose sur des arguments de vraisemblance : le rétablissement du délai quinquennal s'inscrivait parfaitement dans le contexte de la réforme provinciale de 27 qui s'inspirait de façon manifeste du précédent pompéien et qui a dû reprendre l'essentiel des dispositions de la lex Pompeia de 52. L'importance du privilège a été également perçue par Alföldy 1977. X . ce qui apparaît excessif. est de conserver la datation haute proposée par Dion. L a traduction de la conjonction de subordination πλην par "sauf {"except" dans la traduction anglaise de la Coll. qui est en même temps la plus économique. ce passage fait référence à une dispense qui était loin d'être secondaire : il faut comprendre que les anciens consuls et anciens préteurs mariés ou pères de plusieurs enfants se voyaient reconnaître un privilège qui leur donnait le droit de choisir en priorité leur province au moment de la sortitio . 57. Auguste "ordonna (ou fit ordonner) qu'ils (= les proconsuls) soient tirés au sort. Dion 53. Sex. 115. L'hypothèse que des dérogations à cette règle furent accordées à des proconsuls est d'autant plus probable que le nombre de sénateurs consulaires n'augmenta plus à partir de 28 dès lors qu'Octavien/Auguste occupa le consulat en permanence jusqu'en 23 et que fut en même temps suspendue la pratique de recourir à un ou plusieurs consuls suffects dans le courant de l'année. La solution la plus plausible.2: τούς μεν και έπετησίους και κληρωτούς είναι (προσέταξεν). Loeb et de Rich 1990. 89. ce qui implique que les candidats mariés ou pères de plusieurs enfants passaient eux aussi par la procédure de la sortitio. 95 : "if he (= Dion Cassius) is guilty it is of vagueness rather than of error". il serait hâtif d'en déduire que l'obligation de respecter un tel délai n'était pas encore entrée en vigueur. Comme le rappelle avec raison Lacey 1996. Mais une telle datation est loin d'être assurée. cf. si ce n'est qu'un sénateur se voyait reconnaître un privilège attaché au fait d'avoir plusieurs enfants ou d'être marié" . mais en jouissant d'un avantage non négligeable qui leur permettait d'être tirés au sort en priorité par rapport à ceux qui n'étaient pas mariés ou qui n'avaient pas ou peu d'enfants et de choisir la province à gouverner lorsqu'il fallait répartir entre les proconsuls tirés au sort les provinces publiques à attribuer (pour une reconstitution de l'ensemble de la procédure dans ses aspects matériels. soit deux années à peine après son consulat (cf. 39. 44. 79-82).30 L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN 37 années après Tannée de leur magistrature . infra. n. Dion Cassius fournit une autre précision importante lorsqu'il rappelle dans sa description de la réforme de 27 qu'outre la règle de l'annalité. η. infra. Appuleius. πλην εϊτω πολυπαιδίας ή γάμου προνομία προσείη. Pris à la lettre. n. le consul ordinaire de 29. 38 39 c. in : RE. 37) a pu faire croire que les anciens consuls et anciens préteurs mariés ou pères de plusieurs enfants étaient dispensés du tirage au sort proprement dit (comme le soutient par exemple Steinwenter. Or πλην peut également être traduit par "si ce n'est que". On aura compris que dans l'état actuel de nos connaissances. le jugement équilibré de Millar 1964. il paraît plus sage d'un point de vue méthodologique de ne pas remettre en cause sur ce point la chronologie cohérente d'un historien grec dont on sait par ailleurs qu'il était bien informé et qui a commis beaucoup moins d'erreurs ou d'"anachronismes" qu'on a longtemps pu le supposer . est parti gouverner l'Asie dès 26.

La procédure de désignation du proconsul doit être associée à l'abondante législation augustéenne en matière de mœurs qui avait pour objet d'inciter les Romains à se marier et avoir des enfants. mais rien n'interdit absolument de penser que conformément au témoignage de Dion.7. une première série de mesures aient déjà été prises dans ce sens dès 28/27 .1. Il accepte l'idée que conformément au témoignage de Properce (2. Il a été souligné que l'historien grec faisait référence de manière anticipée à une mesure qui devrait être plutôt analysée comme une clause de la lex lidia de maritandis ordinibns. Le lien ne fait aucun doute. mais il soulève de nouveau un difficile problème de chronologie : à partir de quand furent pris en compte les privilèges attachés au mariage et à la paternité pour ce qui est de la sortitio des provinces publiques? Abordant cette question dans le récit de l'année 27 en relation avec le rétablissement du tirage au sort. On apprend également que la portée du ins liberorum était proportionnelle au nombre d'enfants . Il atteste tout d'abord qu'à lafindu règne d'Antonin. par la lex Papia Poppaea .1-3). 4 3 4 4 4 5 4 6 4 7 . III. Mommsen DPR.C. n'a pas manqué d'inclure des dispositions privilégiant les candidats au proconsulat mariés et pères de plusieurs enfants. aussi Jörs 1882. mais l'opposition des couches supérieures l'aurait 43 44 45 46 47 4 2 Fronton. en particulier les provinces publiques. le témoignage de Dion Cassius fait penser que de tels avantages entrèrent en vigueur dès cette année et constituaient un des éléments de la réforme provinciale relative au gouvernement des provinces publiques. puisque Fronton fut contraint d'abandonner le choix de l'une des deux provinces consulaires à un ancien consul qui avait plus d'enfants que lui . 82-98 et Mette-Dittmann 1991. votée en 18 a. Octavien/Auguste songea à introduire une loi matrimoniale dès les années 29-27.C.4-28 pour les mesures de 28/27 (en particulier p.C. il n'eut d'autre possibilité que d'accepter ou refuser la province consulaire qui restait disponible. 131 (de manière nuancée). 15. C'est à cette solution que s'est rallié Moreau en présentant à ce sujet une interprétation qui repose sur une bonne connaissance de la technique législative utilisée par les Romains et qui concilie l'ensemble des sources . Une telle pratique fut dénoncée au Sénat sous le règne de Néron et combattue par un sénatus-consulte de 62 p. plus récemment dans ce sens Galinsky 1981. 16-17. en l'occurrence l'Asie à laquelle il renonça au bout du compte officiellement pour raison de santé.. Il est évident que pour ce que nous en savons. C'était déjà l'avis de Jörs 1894. Ad Pium. stipulant qu'une adoption simulée ne faciliterait à aucun degré l'obtention d'une charge publique .L A NOMINATION D U PROCONSUL 31 42 passé devant lui en raison du ins liberorum" . et complétée en 9 p. le mariage et la paternité constituaient pour la sortitio des provinces publiques des critères toujours en vigueur et d'autant plus décisifs qu'ils avaient permis à deux consulaires pères de plusieurs enfants de "choisir" les deux provinces consulaires en priorité par rapport à d'autres candidats. Tac. 291.19. 27 pour le témoignage le Dion Cassius) . Ce passage est instructif à plus d'un titre. L'importance de la paternité dans la carrière sénatoriale explique qu'à l'époque julio-claudienne. Cf. des sénateurs sans enfants adoptèrent des fils pour les émanciper aussitôt après avoir obtenu par ce biais les fonctions dépendant de la sortitio. 8. Moreau 2003. cf. 126-144 et Galinsky 9%. 461-477. Mais cette datation haute a été contestée. dans ce sens Badian 1985. 21-22 . cf.C. la loi de 18 a. Ann.

Il en résulta un ordre de préséance qui combinait de multiples éléments et influait sur la sortitio selon des modalités pratiques qui connurent une évolution et sur lesquelles je vais revenir. 4. Dans le même esprit. On voit donc que la notion d'"ancienneté" ne peut suffire pour expliquer l'ordre de succession des proconsuls. notamment celle qui définissait le mode de nomination des proconsuls. les sénateurs intervenaient chaque année dans la procédure d'attribution des proconsulats en adoptant un décret sous la forme d'un sénatus-consulte qui invitait à tirer au sort les noms des anciens consuls et des anciens préteurs autorisés à prendre part à une telle sortitio en vertu du 48 49 Gell. enfants ou non ainsi que leur nombre).15.32 L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN conduit à modifier quelque peu son projet initial et à retirer la rogano qu'il avait introduite à ce sujet avant d'être soumise au peuple (tel est le sens de l'expression sublatam legem choisie par le poète élégiaque).ou de toute autre mesure législative antérieure . ce que nous savons de la lex Mia de 18 montre jusqu'à quel degré de précision la législation définissait les privilèges liés au mariage et à la paternité.. S'ils sont tous deux célibataires et ont le même nombre de fils ou s'ils sont mariés sans avoir d'enfants. alors on revient à l'ancienne coutume et le plus âgé prend les faisceaux le premier.. On sait par exemple à propos du droit de prendre les faisceaux en premier que priorité était donnée non pas au plus âgé des consuls. s'ils sont tous deux mariés et pères du même nombre d'enfants. 2. mais à celui des deux "qui a plus d'enfants que son collègue. Au nombre d'années écoulées depuis l'exercice de la preture et du consulat s'ajoutaient d'autres critères aussi importants tels que le mariage et la paternité. il aurait préféré insérer les privilèges liés au mariage et à la paternité dans les différentes lois votées en 28-27.4-7. Renonçant temporairement à faire voter à ce sujet une seule loi. Mode d'investiture : ratification ou non par une loi comitiale? À l'époque impériale. Dig. un passage d'Ulpien précise à propos de l'âge minimal pour atteindre le consulat que chaque enfant donne lieu à une dispense d'une année . Quoi qu'il en soit. . Mais s'ils ont tous deux le même nombre d'enfants. 48 49 d. On retiendra que les droits liés au mariage et à la paternité permettaient d'établir entre les candidats à un proconsulat consulaire ou prétorien un classement qui n'était pas seulement fonction de l'ancienneté dans la magistrature ou de tout autre critère et qui était d'autant plus hiérarchisé que les éléments à prendre en compte étaient nombreux (mariage ou non.relatives aux privilèges dont jouissaient les anciens préteurs et anciens consuls aspirant au gouvernement d'une province publique. mais les lignes directrices sont évidentes. Ulp. qu'il les ait sous sa puissance ou qu'il les ait perdus à la guerre. Une telle solution présente l'avantage de concilier l'ensemble des sources et d'expliquer pourquoi Dion Cassius fait référence à de tels avantages dans le contexte de la réforme provinciale de 27. c'est celui qui est marié ou qui compte comme tel qui passe devant .4. Pas la moindre allusion ne nous est parvenue sur la teneur des dispositions de la lex lidia de 18 . la loi ne prescrit rien sur l'âge" .2.

3.25). Prise dans son ensemble. mais plus en amont en élisant à la preture et au consulat ceux qui seront ensuite désignés par le Sénat pour gouverner les provinces publiques . il serait tout aussi injustifié de tirer parti de l'absence dans les sources de toute référence à une loi comitiale ratifiant la désignation des proconsuls pour en conclure que le peuple n'intervenait à aucun moment dans la procédure.13. Formules précisément utilisées par Strabon ( 17. n. la formule utilisée par Strabon laisse plutôt penser que dans l'esprit de ce dernier. Il est en effet d'autant moins justifié de voir dans ce passage une référence au vote par le peuple d'une loi que les gouverneurs des provinces publiques y sont qualifiés non pas de proconsuls (= ανθύπατοι) comme l'aurait exigé la stricte terminologie institutionnelle. qui voulait simplement dire que de telles provinces dépendaient nominalement du peuple romain sans qu'il faille nécessairement supposer le vote d'une loi comitiale . C i c . ab uniuerso populo . 306 et Licandro 2001. dans le même sens Strab. Toute la question est de déterminer si le témoignage de Strabon peut être utilisé dans un sens technique pour définir le mode de désignation des proconsuls. C'est principalement sur cette indication que Girardet s'est fondé pour avancer avec prudence l'idée qu'au terme de la procédure.3. 3.. puisque supprimant la désignation par les censeurs. cf. mesure populaire sans doute.. Simpson 1994. aussi C i c . Il utilisait au contraire une formule générale. Cf.L A NOMINATION D U PROCONSUL 33 50 nouveau règlement établi par Auguste en 27 et simplement amendée par la suite . Girardet 2000. 137 où il est indiqué que les sénateurs sont choisis par le peuple tout entier. 316-317]. Cf. elle ne permet à personne de se hausser au rang le plus élevé si ce n'est par le peuple". Dion 53. Strab. 51 52 53 54 55 56 Si le passage de Strabon ne peut en aucun cas être utilisé dans une perspective institutionnelle. 3. la question de l'existence ou non d'une ratification par les comices a été soulevée ces dernières années et mérite que l'on y revienne dans le détail. cf. 192.444-445.3 dont le témoignage reste malgré tout vague sur la procédure suivie par les sénateurs. comparable aux expressions "provinces du peuple" ou "provinces publiques" . L'argument a silentio reste M ) Sur la participation du Sénat. les proconsuls recevaient leur Imperium et le droit de prendre les auspices par le biais des comitia centuriata/tributa (au moyen d'une lex rogata) . mais de préteurs ou de consuls (= στρατηγοί ή ύπατοι). Il ne faut pas se dissimuler qu'une telle interprétation ne va pas sans poser problème. dans ce sens Millar 1989. cf. 75 et 211 . 94-95 [=Millar 2002. Leg. c'est dans un sens analogue que Cicéron s'exprime lorsqu'il précise que c'est le peuple qui choisit les sénateurs par le biais de l'élection à la magistrature . le peuple intervenait dans la désignation des proconsuls non pas directement par le vote d'une loi d'investiture.27 qui précise que "le Sénat sera composé de ceux qui auront exercé une magistrature.4. alors que le témoignage de Strabon sur l'organisation des provinces à l'époque augustéenne semble au contraire faire référence à une loi comitiale lorsqu'il précise à propos des provinces publiques que "le peuple envoie des préteurs ou des consuls" . Strabon était loin de vouloir décrire les modalités institutionnelles d'investiture du proconsul.25. 115 . 17. Il ressort tout compte fait qu'en parlant de l'envoi par le peuple des préteurs et des consuls. 5 1 5 2 5 3 5 4 . Cf.20 qui se contente d'indiquer à propos de la Bétique que cette province depend du peuple". dans le même sens Jones 1951. Sest. Longtemps négligée. Dion Cassius ne dit mot d'une participation du peuple romain dans le contexte de l'attribution des provinces publiques.

En 51. Claudius Pulcher. qu'il possédait de toute façon. le système se bloqua avec la dégradation de la situation politique.. cf. On sait qu'au début de l'année 49..5 . le premier proconsul nommé en vertu du nouveau règlement provincial. La preuve en est qu'en 54. le vote de la loi curiate n'apparaissait plus comme une nécessité absolue. Cicéron. Ap. ce qui est présenté par César comme étant contraire à ce qui s'était passé "les années antérieures" . Cf.2. 1.peut-être uniquement nécessaire pour les provinces consulaires? ou fallait-il désormais associer la loi curiate à une loi centuriate de manière à donner à des gouverneurs choisis désormais parmi des priuati un imperium à tout point de vue semblable à celui des magistrats? Aucune solution ne s'impose de toute évidence. Entre 51 et 49.4 et 11.6. dans ce sens la formule ut de eorum imperio ad populum feratur ( 1.6). La lex Pompeia de 52 semble avoir introduit à ce sujet une rupture. B. mais il reste à s'interroger sur la nature de la loi comitiale qui était alors votée : s'agissait-il simplement d'une lex curiata. Le passage du De bello ciuili de César relatif aux gouverneurs de province de 49 qui avaient quitté Rome précipitamment fait en effet référence à une disposition générale de collation de Y imperium. La participation du peuple avait été alors ressentie comme une nécessité sans doute parce qu'en instaurant un délai de cinq ans entre la magistrature et la promagistrature. partit dans sa province sans avoir pu se faire investir par une loi curiate .. Pour la période antérieure au vote de cette loi. en particulier celle qui résulte de la lex Pompeia. C i c .14. Ces. 57 er 58 59 60 61 La tradition républicaine.5. mais la dernière possibilité n'est pas à exclure à en juger par le contenu des sources. L a lex Pompeia modifia à cet égard la situation. La seule manière de progresser est d'analyser les précédents républicains..6. le proconsul de Cilicie prédécesseur de Cicéron. Fam. Fam.C. Il reste difficile 5 7 5 8 5 9 6 0 6 1 C i c . ce qui inscrit les pratiques issues de la lex Pompeia dans le prolongement des pratiques antérieures à 52? ou d'une loi adoptée par les comices centuriates .. mais une telle règle ne fut pas toujours appliquée. il fit savoir que Y Imperium.3.C. va plutôt dans le sens de la nécessité d'une loi d'investiture pour les proconsuls.6. cf.7. 1. Att.fr.2 et 15. ce qui s'applique à une lex curiata . la réforme provinciale de Pompée avait introduit un élément nouveau dans la mesure où elle donnait désormais tous les gouvernements provinciaux à des priuati cum imperio.2. reçut son gouvernement de Cilicie à la suite d'une loi qui venait parachever la décision du Sénat . .6. Cette pratique n'était peut-être pas la règle générale. 7. l'intervention des comices dans l'attribution des gouvernements provinciaux était sinon toujours attestée.L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN 34 fragile quand on sait par exemple que Dion avait pour habitude d'attribuer à l'empereur seul une décision dont on sait par ailleurs qu'elle fut prise en collaboration avec le Sénat et le peuple. pendant que la lex attribuant à Cicéron la Cilicie inclut une indication temporelle qui convient mieux à une loi centuriate . Par la suite. du moins recherchée. aussi Cic.25 . Ad Q.. tous les gouverneurs de province nommés avant l'arrivée de César quittèrent Rome sans attendre que leur imperium fût ratifié par le peuple. lui suffisait .14.9. 3. la hâte et l'affolement expliquent sans mal un tel oubli. 15. notamment en 49 en raison du contexte politique. 15. mais elle dut devenir de plus en plus fréquente durant la première moitié du I siècle a.9. Fam. mais là aussi la situation est loin d'être claire. aussi C i c .9. Cic..2 et 15.

Demont 2000. À ce titre. que "Farrière-plan des pratiques du tirage au sort. C'est lui qui définit et mit en place les principales règles en 27 pour les compléter en 18. 6 3 6 4 . Prolongeant une pratique bien connue de l'époque républicaine. la sortitio des proconsuls s'adapta sans mal au régime du principat de manière à réserver le gouvernement des provinces publiques à une aristocratie qui ne manqua pas d'aider le prince dans l'administration d'un aussi vaste Empire. Cf. mais le phénomène avéré de monopolisation impériale du triomphe laisse penser que les proconsuls ne bénéficièrent pas d'une loi de ratification dès 27 a. et ne laissait à ce titre en apparence aucune initiative à la personne du prince. il ne fait aucun doute que dans la Rome impériale. en particulier pompéien. Remarques conclusives. en particulier p. le κλήρος .L A NOMINATION D U PROCONSUL 35 de savoir ce qui se passa à partir de 27 a .613-643. 15-17. ce que l'on traduit par "tirage au sort" est loin de signifier que le choix des proconsuls était le fruit du hasard. Il faut également chercher à mieux comprendre comment celles-ci étaient appliquées. 26-52 . mal connues à l'heure actuelle. mais les conditions avaient entre-temps changé avec la place prise par une personne et sa famille à la tête de TEtat. la mise au point historiographique de Cantarella 2001. Le modèle choisi était clairement républicain. Dans ces conditions.a pu apparaître comme un des traits les plus caractéristiques de la démocratie athénienne d'époque classique. cf. cf. aussi Demont 2003. 300 et 325 et de Demont 2001. en particulier p. ou au plus tard à partir de 19-18 a. La dimension pragmatique de la sortitio d'époque impériale est aussi mal connue et mérite à ce titre qu'on lui consacre le paragraphe suivant. 72-81 .équivalent grec de la sortitio . Mais les exemples d'Athènes à partir de l'époque hellénistique. la sortitio organisée à l'époque impériale pour désigner les proconsuls apparaît comme une procédure complexe qui reposait sur de nombreuses règles. 62 63 64 6 2 AdPiunu&. Cf. et formait ce que Fronton appelle le ius sortiendi . maintenant les analyses de Demoni 2000. C'est ainsi que dans sa version la plus connue. 325.C. Auguste était au centre de l'évolution du tirage au sort. (était) souvent passé sous silence dans les analyses antiques et modernes du rôle politique du tirage au sort dans la Grèce antique" . 63-81.l. d'autres cités grecques et de la Rome républicaine suffisent à montrer que le tirage au sort n'était pas une institution propre à toute forme de démocratie directe : il pouvait être également en usage dans des régimes aristocratiques . pour 'histoire romaine. Demoni constatait. Déterminer la part qui revenait à Auguste nécessite donc d'aller plus loin que le simple énoncé des règles transmises essentiellement par Dion Cassius. C .. contrairement à une acception contemporaine usuelle de cette expression.C. Je reviendrai sur une manœuvre qui avait pour conséquence d'entacher de vice les auspices pris par les proconsuls et de réserver ainsi au prince et à sa famille une supériorité pour leurs auspices pris dans le cadre d'un gouvernement provincial. Il s]agissait au contraire d'un mode de nomination très répandu tout au long de l'Antiquité qui était scrupuleusement codifié et dont le règlement était établi en fonction du régime en place. déjà sur ce point Fustel de Coulanges 1878.. Dans une étude envisagée du point de vue de la cité grecque. en le regrettant.

ce qui n'aurait laissé aucune place à l'incertitude . 6 6 6 7 6 8 6 9 .L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN 36 3. il reste toujours difficile de se représenter la manière dont se déroulait concrètement la sortitio. Or ce n'est pas ce que dit Dion Cassius. à condition de ne pas oublier que la part . même s'ils étaient plus nombreux que les provinces.3-4. qu'ainsi. Zippel prenait le contre-pied de ce que pensait Mommsen en indiquant que le passage de Dion Cassius ne concernait que les provinces prétoriennes . la suite du récit de l'historien grec signale que "plus tard". L'emploi de la conjonction de subordination ει και (''même si") indique que les candidats admis à la sortitio pouvaient être plus nombreux que les provinces à attribuer . Dion 53. Dion 53. On aimerait en particulier connaître le principe qui était appliqué pour fixer le nombre de candidats admis au tirage au sort : faut-il imaginer qu'y participaient tous les anciens préteurs et anciens consuls qui n'avaient pas encore gouverné de telles provinces et avaient exercé à Rome leur magistrature depuis plus de cinq ans? ou faut-il penser à l'inverse que le nombre des candidats était égal à celui des provinces? La réponse à cette question est riche d'implications. 65 6 6 67 68 69 Il n'y a aucune raison sérieuse de rejeter le témoignage de Dion Cassius. pour le tirage au sort des deux provinces consulaires.laissée au hasard ne dura au début de l'époque impériale qu'un certain temps et était de toute façon limitée par une série de critères à déterminer. Il se fondait pour cela sur un passage de Dion Cassius précisant qu'"à une époque (ce qui renvoie en tout cas au début du principat augustéen comme on le verra infra). sur les modalités du tirage au sort. par exemple. il n'y aurait pas eu plus de deux candidats. elle établit que dans l'esprit de Dion Cassius. c'est-à-dire aussi bien les anciens consuls que les anciens préteurs . tous ceux qui remplissaient les conditions. Zippel 1883. une réforme donna au prince le droit de sélectionner ceux qui étaient admis au tirage au sort. généralement bien informé. III.14.14. les tiraient au sort" . qui rappelle expressément que le nombre des provinces à tirer au sort pouvait être moins élevé que celui des candidats et qui insiste sur l'idée que tous étaient concernés par une telle pratique. Les précisions données par l'historien grec ne nous permettent pas de savoir à partir de quand le nombre de 6 5 Mommsen DPR. les deux provinces consulaires étaient à chaque fois tirées au sort par les six ou dix consulaires les plus anciens qui n'avaient pas encore obtenu de province consulaire" . 290. tous les proconsuls étaient concernés par ce passage. Mommsen avait opté pour une solution proche de la première alternative lorsqu'il écrivait qu'"un certain nombre de participants était requis par la loi pour chacun des tirages. quant à la formule πάντες oi τοιούτοι.toute relative . L a pratique En dépit des informations données essentiellement par Dion Cassius sur les règles qui étaient suivies au moment de l'attribution des provinces publiques.3. parce qu'elle permet de savoir s'il faut assimiler la sortitio à une loterie ou une procédure purement formelle qui attribuait les provinces publiques en fonction d'un ordre de préséance préétabli combinant l'ancienneté avec les droits attachés au mariage et à la paternité. Dans une monographie publiée entre les deuxième et troisième éditions du Staatsrecht.2. ce qui fit coïncider le nombre des provinces à attribuer avec celui des candidats au proconsulat .

surtout durant les années 20 et 10 a.L A NOMINATION D U PROCONSUL 37 candidats au proconsulat admis à la sortitiofinitpar être égal à celui des provinces à attribuer. mais aussi dans ses aspects plus pratiques qui restent méconnus et étaient en constante évolution . C'est à un examen de l'évolution de la sortitio de l'époque augustéenne à travers ce que les fastes laissent entrevoir que les paragraphes suivants sont consacrés. La vaste réforme provinciale issue des événements de janvier 27 venait d'entrer en vigueur. D'un autre côté. ainsi que T.sur lequel on ne sait rien . puisqu'il oppose la formule vague de χρόνω μεν τινι ("à une époque") à l'indication tout aussi imprécise d'un point de vue chronologique selon laquelle ce n'est que "plus tard "(ύστερον) que le droit de présélectionner les anciens magistrats admis à la sortitio fut reconnu au prince.C. D'une part. il faut également retrancher de la liste Agrippa. Mais après avoir défini la méthode à suivre.et qu'à ce titre.C.éventuellement complétées en 19/18 .C. il n'approfondit pas la question. ce qui réduisit les possibilités de maintenir artificiellement le nombre des consulaires à 7 0 Szramkiewicz 1975. Il faut commencer par s'interroger.C.institutionnels ou non . Il faut tout d'abord compter avec une atmosphère politique particulière qui contribuait à valoriser le recours à la sortitio dans le cadre du programme de restauration de l'État (la restitutio Rei publicae). S'y ajoutait pour les provinces publiques consulaires le phénomène de nonrenouvellement des anciens consuls tout au long des années 20. il ne faut pas exclure a priori que les règles qui organisaient le tirage au sort des provinces publiques aient été modifiées entre 27 a. Statilius Taurus. Les raisons sont bien connues. C'est seulement au prix de cette recherche méthodique que l'on sera en mesure de reconstituer autant que possible le déroulement de la sortitio non seulement à travers les règles générales fixées par Auguste en 27 .. 7 1 .ce n'est certainement pas dans les sources juridiques à notre disposition. que l'on peut espérer trouver un moyen d'en dissiper les ténèbres". alors que les fondements juridiques du nouveau régime ne cessèrent d'évoluer . mais l'application des nouvelles règles se fit dans un contexte déterminé et en fonction de différents paramètres . née avec Jules César et diffuse à l'époque triumvirale. dans une perspective chronologique. dans son désir de revenir aux stricts principes républicains. Il faut ajouter qu'il a tendance à considérer l'époque augustéenne comme un ensemble chronologique d'un seul tenant. ce qui eut pour conséquence d'enlever à neuf anciens préteurs la possibilité de devenir consuls . Auguste monopolisa le consulat neuf années consécutives. sur la manière dont s'est déroulé concrètement le tirage au sort des provinces publiques en 27 a. qui n'aspiraient plus à un proconsulat .qui pesèrent fortement sur la procédure. sans pouvoir constitutionnel bien défini contrairement à ce qu'affirmé un peu rapidement Lacey 1996. consul II en 26 et par la suite préfet de la Ville.C. Agrippa demeura à Rome de 26 à 24 pendant les campagnes d'Auguste en Occident en tant que privatus agissant comme représentant du prince. Rome sortait d'une guerre civile qui avait affaibli la nobilitas notamment en raison des inévitables disparitions et diminué en conséquence le nombre des candidats potentiels au proconsulat. D'autre part. et 14 p. et durant les années qui suivirent jusqu'aux changements de l'année 23. et comment il évolua est d'enregistrer la moindre allusion dans les sources et de croiser ces informations avec ce que l'on sait des fastes prétoriens. 6 précise que "pour le tirage au sort des provinces sénatoriales . Le seul moyen de mieux connaître à la fois comment le tirage au sort fut organisé à partir de 27 a. de 31 à 23. mit fin de 70 71 28 à 23 à la pratique. mais bien plutôt dans l'étude de son résultat. consulaires et proconsulaires de Tépoque impériale. consul II et III en 28 et 27. le prince. 117-131. . de recourir à un ou plusieurs couples de consuls suffects alors que les consuls ordinaires étaient toujours en vie.

34). Si l'on rappelle que plusieurs provinces impériales furent gouvernées à la suite de la réforme de 27 par des légats du prince dont certains étaient également des consulaires. formule qui ne peut s'appliquer qu'à Balbus le Jeune . 116-128. On peut penser qu'il avait pu exercer un consulat suffect. L . En 27. Flavius (cos. Norbanus Flaccus.3 qui précise que "de simple particulier. C'est à la lumière de cette atmosphère de restauration de la Res publica que l'on peut expliquer le non-recours . Sempronius Atratinus (cos. 33) . consul en 24. suf. dans la mesure où entre 28 et 23. ord.1 -2) atteste que contrairement aux années précédentes.1. Durant cette période. que nos sources lacunaires ne permettent pas de dater (possibilité envisagée par Szramkiewicz 1975. comme on le fait traditionnellement. suf. l'Illyrie. il ne faut pas trop minimiser le nombre des anciens consuls tout au long des années 20. le mode d'attribution des provinces consulaires pouvait encore compter sur les nombreux consulaires des années 30 toujours en vie. Malgré tout. cos. les proconsuls qui gouvernèrent ces deux provinces de 27 à 75 76 77 7 2 Le témoignage de Dion Cassius (53. II s'agit de M. que celles-ci soient déjà fondées sur les privilèges attachés au mariage et à la paternité ou se justifient par des impératifs liés à la mise en place d'un nouveau système. 17.3. il y a fort à parier que le recrutement des proconsuls d'Asie et d'Afrique ne manqua pas de poser de sérieux problèmes à la fin des années 20. mais son nom ne figure nulle part dans les fastes consulaires des années 30 ou 20 a. cf. Domitius Ahenobarbus. Iunius Silanus.temporaire . Sur la liste des provinces publiques en 27 a . surtout durant la première moitié. Π en 34). le Pont-Bithynie. la Crète-Cyrénaïque. elles étaient au nombre de neuf : l'Afrique. On verra quelles furent les solutions adoptées pour faire face à des difficultés qui furent provisoires. seuls deux nouveaux consulaires étaient venus s'ajouter à une liste qui ne se renouvelait plus et dont les effectifs devaient sans nul doute diminuer au fil du temps en raison des décès. 41). on peut en outre ranger C . la thèse de Ferries 1997). l'Achaïe. ord.14. le pouvoir fut exercé selon la pratique traditionnelle.qui était de toute façon au moins un consulaire . qui abandonna la cause d'Antoine pour se rallier à Octavien. Veli. 33) et C. Cornelius Balbus fut proconsul d'Afrique en 21/20. Si l'on accepte l'idée que l'intervalle de cinq années pleines entre la magistrature et la promagistrature avait été établi dès 27. outre Marc Antoine (cos. consul en 25. 34). il faut remonter aux consuls de l'année 33 ou des années antérieures. L . 73 74 Le dernier élément à prendre en compte pour mieux se représenter le fonctionnement de la sortitio de 27 à 23 est le nombre des provinces publiques. L . la Sicile et la Sardaigne-Corse . Sur les quatorze consuls des années 34 et 33.L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN 38 72 un niveau raisonnable . il était devenu consulaire" {ex privato consularis).2. Memmius au nombre des partisans possibles de Marc Antoine (sur cette question.C.51. la situation était devenue plus préoccupante. Fonteius Capito (cos. le statut de provinces publiques consulaires fut reconnu à l'Afrique et à l'Asie dès 27 : les fastes proconsulaires attestent en ce sens qu'hormis le cas délicat de L. En 23 en revanche. I. ord. la Macédoine. Pour une autre solution.aux consuls suffects à partir de 28. cf. 2. Scribonius Libo (cos.et non à son oncle comme on l'a à tort souvent 7 3 7 4 7 5 7 6 7 7 . Fishwick 1994b. quatre sont connus pour avoir été à coup sûr des partisans de Marc Antoine : L . plus plausible.25 et Dion 53. Il n'y a aucune raison de douter que conformément au témoignage de Strabon et de Dion Cassius . mais cette solution est d'autant plus invraisemblable que les fastes consulaires semblent complets pour cette période. mais qui mourut peu avant la bataille d'Actium) ou fut si compromis quOctavien refusa de lui pardonner et de le réintégrer dans la vie politique après sa victoire à Actium. l'Asie. Cornelius Balbus . C .. il est en outre très probable que des dispenses aient été accordées qui abrégeaient le délai quinquennal. 32. cf. avec une éventuelle mise à l'écart des partisans de Marc Antoine toujours en vie auxquels Auguste n'avait pas pardonné . suf. et C. Mais rien dans les sources n'indique que l'un d'entre eux mourut durant la guerre civile (comme par exemple Cn. Strab.

372 qui précise à propos de la répartition des provinces entre le prince et le Sénat en 27 que les provinces publiques ne furent pas classées en prétoriennes et consulaires. C . 127-128. c'étaient de facto . Ferries 1997). les proconsuls d'Afrique et d'Asie connus à ce jour sont au nombre de quatre et ont en commun d'avoir gouverné ces provinces après avoir été consuls : M. 41 . Acilius Glabrio. il n'y a aucune raison sérieuse de ne pas dater le proconsulat de M. 250-251. L'hypothèse que M.plutôt que de iure . a été émise par Szramkiewicz 1975. supra. mais il faut reconnaître qu'il s'agit là d'une reconstitution gratuite qui ne repose sur aucune source. Appuleius. Pour la période qui va de 27 à 20 a . aient exercé le proconsulat d'Asie en 22/21 et 21/20. La seule question pour laquelle aucune réponse n'est assurée est de déterminer si l'Asie et l'Afrique furent reconnues une fois pour toutes en tant que provinces consulaires fixes dès 27.C. Quelle que soit la date à laquelle le statut de provinces consulaires fixes fut reconnu à l'Afrique et à l'Asie. autre hypothèse possible. cf. 298. dans ce sens Syme 1952. infra.qu'entre 27 et cette dernière date.1. proconsul d'Afrique en 22/21. 251). n. Le recours à des proconsuls d'Asie prétoriens y est justifié comme un moyen commode de donner une supériorité à Y imperium consulaire d'Agrippa. proconsul d'Asie en 26/24 ou 23/21 (sur ce problème de datation. soit après son consulat exercé en 17 (possibilité envisagée par Gruen 2002. une telle réforme augustéenne eut pour conséquence de modifier de façon significative et durable le mode de collation des proconsulats.attesté comme on le verra . soit avant leur consulat et en tant qu'anciens préteurs. Cf. qui avait exercé le consulat suffect en 34 a. Dans l'état actuel des fastes proconsulaires. mais deux possibilités peuvent être avancées : ou lors de la lectio senatus de Tannée 28. Dans cette dernière perspective. 78 où il est établi qu'on ne connaît à ce jour pour la période qui va de 27 et 12 a . réalisée avec Agrippa pour collègue . Iunius Silanus. la date d'une telle adlectio ne peut être établie avec précision. Sempronius Atratinus. 286. III. sans avoir exercé précédemment le consulat (autre possibilité envisagée par Szramkiewicz 1975. 16. Si cette dernière hypothèse est la bonne. Quant au Silanus auquel Agrippa avait envoyé une lettre pendant sa mission en Orient et qui est qualifié par Jos. C . ou le Sénat continua comme à l'époque républicaine à recevoir le droit de définir chaque année les deux provinces consulaires . hormis L . cf. Sex. le consul de 25 a . l'Illyrie et la Macédoine furent parfois attribuées en tant que provinces publiques à d'anciens consuls. Vinicius et C. d'ordinaire si débattue à 79 80 cru . qui aurait pu être envoyé en Asie comme proconsul en 22/21 pendant la première mission d'Agrippa de 23 à 21 (Eilers 1999. n. mais elle présente l'inconvénient de supposer que l'Asie devait être gouvernée au même moment par d'anciens préteurs. .. on peut aussi songer à l'identifier avec Marcus Iunius Silanus. 517 et reprise par Arnaud 1994. Rich 1990. cf. consuls en 19 et 17 a .41 et II. de son cursus antérieur au proconsulat d'Afrique. proconsul d'Afrique en 26/25 ou 25/24. C aucun proconsul d'Afrique de rang prétorien) . qui avait exercé le consulat suffect en 33 a. proconsul d'Asie à la fin des années 20 et consul suffect en 29. Deux possibilités peuvent être envisagées : ou elles furent attribuées définitivement aux consulaires dès la mise en place de la réforme provinciale .C. 80) . en tournée en Orient au même moment.L A NOMINATION D U PROCONSUL 39 78 20 étaient tous d'anciens consuls . 77-86 et Eilers 2002.C. 96) et consul ordinaire en 29 : Potitus Valerius Messalla. soit après son consulat de 19. 145 a prolongé les analyses de Syme en défendant l'idée que le statut de provinces consulaires ne fut pas reconnu de manière fixe à l'Afrique et à l'Asie avant 12 a .par Auguste parmi les consulaires.433 et Noé 1994. Cornelius Balbus.168 de στρατηγός dans son sens général de gouverneur. : L . n. AJ. on ne connaît qu'une proquesture en Espagne Ultérieure en 43 auprès d'Asinius Pollio et peut-être une propréture en Hispanie en 41-40. rien n'interdit de penser qu'il était parti en Asie pendant la seconde mission d'Agrippa en Orient de 17 à 13. C'est la solution adoptée par Mommsen DPR. Vinicus de la fin des années 10 a. Elle signifie que la question de la définition même des provinces consulaires (et prétoriennes). ce qui est loin d'être assuré dans l'état actuel de nos connaissances (cf. L'existence de deux provinces consulaires s'inscrivait parfaitement dans le prolongement des pratiques républicaines. 7 8 7 9 8 0 . C . aussi dans le même sens que Syme Brunt 1984. ou par une décision ponctuelle prise peu avant le départ de Balbus pour l'Afrique à la fin des années 20 et justifiée par la nécessité de placer des gouverneurs à la tête des provinces publiques et impériales de rang consulaire à une époque où les consulaires disponibles étaient peu nombreux.que l'Afrique et l'Asie seraient devenues en 27 et durant les années qui suivirent les provinces consulaires usuelles. I.et qui laisse ainsi entendre qu'il fut admis .adlecté . C Cette hypothèse repose sur le fait .

L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN

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un niveau raisonnable . Malgré tout, il ne faut pas trop minimiser le nombre des anciens
consuls tout au long des années 20, surtout durant la première moitié, comme on le fait
traditionnellement. En 27, le mode d'attribution des provinces consulaires pouvait encore
compter sur les nombreux consulaires des années 30 toujours en vie. Si l'on accepte l'idée
que l'intervalle de cinq années pleines entre la magistrature et la promagistrature avait été
établi dès 27, il faut remonter aux consuls de l'année 33 ou des années antérieures, avec une
éventuelle mise à l'écart des partisans de Marc Antoine toujours en vie auxquels Auguste
n'avait pas pardonné ; il est en outre très probable que des dispenses aient été accordées
qui abrégeaient le délai quinquennal, que celles-ci soient déjà fondées sur les privilèges
attachés au mariage et à la paternité ou se justifient par des impératifs liés à la mise en place
d'un nouveau système. En 23 en revanche, la situation était devenue plus préoccupante,
dans la mesure où entre 28 et 23, seuls deux nouveaux consulaires étaient venus s'ajouter
à une liste qui ne se renouvelait plus et dont les effectifs devaient sans nul doute diminuer
au fil du temps en raison des décès. Si l'on rappelle que plusieurs provinces impériales
furent gouvernées à la suite de la réforme de 27 par des légats du prince dont certains étaient
également des consulaires, il y a fort à parier que le recrutement des proconsuls d'Asie et
d'Afrique ne manqua pas de poser de sérieux problèmes à la fin des années 20. On verra
quelles furent les solutions adoptées pour faire face à des difficultés qui furent provisoires.
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Le dernier élément à prendre en compte pour mieux se représenter le fonctionnement
de la sortitio de 27 à 23 est le nombre des provinces publiques. Durant cette période, elles
étaient au nombre de neuf : l'Afrique, l'Asie, l'Illyrie, la Macédoine, la Crète-Cyrénaïque, le
Pont-Bithynie, l'Achaïe, la Sicile et la Sardaigne-Corse . Il n'y a aucune raison de douter
que conformément au témoignage de Strabon et de Dion Cassius , le statut de provinces
publiques consulaires fut reconnu à l'Afrique et à l'Asie dès 27 : les fastes proconsulaires
attestent en ce sens qu'hormis le cas délicat de L. Cornelius Balbus - qui était de toute façon
au moins un consulaire - , les proconsuls qui gouvernèrent ces deux provinces de 27 à
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Le témoignage de Dion Cassius (53.1.1 -2) atteste que contrairement aux années précédentes, le pouvoir
fut exercé selon la pratique traditionnelle. C'est à la lumière de cette atmosphère de restauration de la Res publica
que l'on peut expliquer le non-recours - temporaire - aux consuls suffects à partir de 28.
Sur les quatorze consuls des années 34 et 33, outre Marc Antoine (cos. ord. II en 34), quatre sont
connus pour avoir été à coup sûr des partisans de Marc Antoine : L . Scribonius Libo (cos. ord. 34), L . Sempronius
Atratinus (cos. suf. 34), L . Flavius (cos. suf. 33) et C. Fonteius Capito (cos. suf. 33) ; on peut en outre ranger C.
Memmius au nombre des partisans possibles de Marc Antoine (sur cette question, cf. la thèse de Ferries 1997).
Mais rien dans les sources n'indique que l'un d'entre eux mourut durant la guerre civile (comme par exemple Cn.
Dominus Ahenobarbus, cos. ord. 32, qui abandonna la cause d'Antoine pour se rallier à Octavien, mais qui mourut
peu avant la bataille d'Actium) ou fut si compromis qu'Octavien refusa de lui pardonner et de le réintégrer dans la
vie politique après sa victoire à Actium.
II s'agit de M. Iunius Silanus, consul en 25, et C. Norbanus Flaccus, consul en 24.
Sur la liste des provinces publiques en 27 a . C , cf. Fishwick 1994b. 116-128.
Strab. 17.3.25 et Dion 53.14.2.
L . Cornelius Balbus fut proconsul d'Afrique en 21 /20, mais son nom ne figure nulle part dans les fastes
consulaires des années 30 ou 20 a.C. On peut penser qu'il avait pu exercer un consulat suffect, que nos sources
lacunaires ne permettent pas de dater (possibilité envisagée par Szramkiewicz 1975, I, 41). mais cette solution
est d'autant plus invraisemblable que les fastes consulaires semblent complets pour cette période. Pour une autre
solution, plus plausible, cf. Veil. 2.51.3 qui précise que "de simple particulier, il était devenu consulaire" (ex privato
consularis), formule qui ne peut s'appliquer qu'à Balbus le Jeune - et non à son oncle comme on Ta à tort souvent
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L A NOMINATION D U PROCONSUL

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20 étaient tous d'anciens consuls . L'existence de deux provinces consulaires s'inscrivait
parfaitement dans le prolongement des pratiques républicaines. La seule question pour
laquelle aucune réponse n'est assurée est de déterminer si l'Asie et l'Afrique furent reconnues
une fois pour toutes en tant que provinces consulaires fixes dès 27. Deux possibilités peuvent
être envisagées : ou elles furent attribuées définitivement aux consulaires dès la mise en
place de la réforme provinciale ; ou le Sénat continua comme à l'époque républicaine
à recevoir le droit de définir chaque année les deux provinces consulaires . Dans cette
dernière perspective, c'étaient de facto - plutôt que de iure - que l'Afrique et l'Asie seraient
devenues en 27 et durant les années qui suivirent les provinces consulaires usuelles. Quelle
que soit la date à laquelle le statut de provinces consulaires fixes fut reconnu à l'Afrique
et à l'Asie, une telle réforme augustéenne eut pour conséquence de modifier de façon
significative et durable le mode de collation des proconsulats. Elle signifie que la question
de la définition même des provinces consulaires (et prétoriennes), d'ordinaire si débattue à
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cru - et qui laisse ainsi entendre qu'il fut admis - adlecté - par Auguste parmi les consulaires, sans avoir exercé
précédemment le consulat (autre possibilité envisagée par Szramkiewicz 1975, I, 41 ; de son cursus antérieur au
proconsulat d'Afrique, on ne connaît qu'une proquesture en Espagne Ultérieure en 43 auprès d'Asinius Pollio et
peut-être une propréture en Hispanie en 41-40, cf. Ferries 1997). Si cette dernière hypothèse est la bonne, la date
d'une telle adlectio ne peut être établie avec précision, mais deux possibilités peuvent être avancées : ou lors de la
lectio senatus de l'année 28, réalisée avec Agrippa pour collègue ; ou par une décision ponctuelle prise peu avant
le départ de Balbus pour l'Afrique à la fin des années 20 et justifiée par la nécessité de placer des gouverneurs à la
tête des provinces publiques et impériales de rang consulaire à une époque où les consulaires disponibles étaient peu
nombreux.
Pour la période qui va de 27 à 20 a . C , hormis L . Cornelius Balbus, les proconsuls d'Afrique et
d'Asie connus à ce jour sont au nombre de quatre et ont en commun d'avoir gouverné ces provinces après avoir
été consuls : M. Acilius Glabrio, proconsul d'Afrique en 26/25 ou 25/24, qui avait exercé le consulat suffect en 33
a.C. : L . Sempronius Atratinus, proconsul d'Afrique en 22/21, qui avait exercé le consulat suffect en 34 a.C. ; Sex.
Appuleius, proconsul d'Asie en 26/24 ou 23/21 (sur ce problème de datation, cf. infra, n. 96) et consul ordinaire
en 29 : Potitus Valerius Messalla, proconsul d'Asie à la fin des années 20 et consul suffect en 29. L'hypothèse que
M. Vinicius et C. Iunius Silanus, consuls en 19 et 17 a . C , aient exercé le proconsulat d'Asie en 22/21 et 21/20, soit
avant leur consulat et en tant qu'anciens préteurs, a été émise par Szramkiewicz 1975,1, 41 et II, 517 et reprise par
Arnaud 1994, 250-251. Le recours à des proconsuls d'Asie prétoriens y est justifié comme un moyen commode
de donner une supériorité à Vimperium consulaire d'Agrippa, en tournée en Orient au même moment, mais il faut
reconnaître qu'il s'agit là d'une reconstitution gratuite qui ne repose sur aucune source. Dans l'état actuel des fastes
proconsulaires, il n'y a aucune raison sérieuse de ne pas dater le proconsulat de M. Vinicus de la fin des années 10
a.C. soit après son consulat de 19. Quant au Silanus auquel Agrippa avait envoyé une lettre pendant sa mission en
Orient et qui est qualifié par Jos., AJ, 16.168 de στρατηγός dans son sens général de gouverneur, rien n'interdit de
penser qu'il était parti en Asie pendant la seconde mission d'Agrippa en Orient de 17 à 13, soit après son consulat
exercé en 17 (possibilité envisagée par Gruen 2002, 298, n. 80) ; autre hypothèse possible, on peut aussi songer à
Γ identifier avec Marcus Iunius Silanus, le consul de 25 a . C , qui aurait pu être envoyé en Asie comme proconsul en
22/21 pendant la première mission d'Agrippa de 23 à 21 (Eilers 1999, 77-86 et Eilers 2002, 251).
C'est la solution adoptée par Mommsen DPR, III, 286.
Cf. dans ce sens Syme 1952, 372 qui précise à propos de la répartition des provinces entre le prince
et le Sénat en 27 que les provinces publiques ne furent pas classées en prétoriennes et consulaires. Rich 1990,
145 a prolongé les analyses de Syme en défendant l'idée que le statut de provinces consulaires ne fut pas reconnu
de manière fixe à l'Afrique et à l'Asie avant 12 a.C. Cette hypothèse repose sur le fait - attesté comme on le
verra - qu'entre 27 et cette dernière date, l'Illyrie et la Macédoine furent parfois attribuées en tant que provinces
publiques à d'anciens consuls, mais elle présente l'inconvénient de supposer que l'Asie devait être gouvernée au
même moment par d'anciens préteurs, ce qui est loin d'être assuré dans l'état actuel de nos connaissances (cf. supra,
n. 78 où il est établi qu'on ne connaît à ce jour pour la période qui va de 27 et 12 a . C aucun proconsul d'Afrique de
rang prétorien) ; cf. aussi dans le même sens que Syme Brunt 1984, 433 et Noé 1994, 127-128.
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L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN

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l'époque républicaine, finit par ne plus se poser à partir de l'époque augustéenne. Dans ces
conditions, la procédure fut simplifiée : à la différence de ce qui passait sous la République,
les sénateurs d'époque impériale n'avaient plus besoin de voter chaque année un sénatusconsulte définissant au préalable les provinces consulaires et prétoriennes à octroyer ; ils
se contentaient désormais d'un seul sénatus-consulte qui invitait à tirer au sort les noms
des anciens consuls et des anciens préteurs autorisés à prendre part à la sortitio en vertu du
règlement établi par Auguste.
Les sept provinces publiques autres que l'Afrique et l'Asie étaient tirées au sort entre
les anciens préteurs. Parmi celles-ci, il est établi que deux d'entre elles, la Macédoine et
l'Illyrie, furent confiées à certaines occasions à des consulaires . Définir ces provinces
comme deux provinces consulaires supplémentaires serait commettre une inexactitude si l'on
songe à la difficulté d'admettre l'existence sans précédent du chiffre de quatre provinces
consulaires et si l'on prend en compte le nombre restreint d'anciens consuls durant ces
années. L'exemple bien connu de M. Primus, le proconsul de Macédoine de 24/23 ou 23/22
(ou éventuellement 25/24) qui avait gouverné cette province sans avoir exercé le consulat ,
montre a contrario que la Macédoine pouvait être donnée à cette époque à coup sûr à un
sénateur qui devait être un ancien préteur : ce devait être la règle générale .
Le chiffre de deux provinces consulaires annuelles apparaissant comme un principe
acquis, il reste à reconstituer la procédure qui fut suivie au Sénat lorsque les provinces publiques
de rang prétorien comme la Macédoine et l'Illyrie étaient confiées à des consulaires. Il existe
de nombreuses solutions qui sont étroitement liées à la question de savoir si la loi de 27 avait
ou non attribué de manière fixe à l'Afrique et l'Asie le statut de provinces consulaires. Si
le Sénat avait gardé en 27 le droit de définir chaque année les deux provinces consulaires,
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Le gouvernement des provinces d'Illyrie et de Macédoine par des proconsuls de rang consulaire n'est
pas attesté de 27 à 20, mais cette pratique apparaît par la suite à plusieurs reprises durant les années 10 a.C. (sur cette
pratique, cf. Szramkiewicz 1975, 41). Cf. à ce sujet infra, 86-89, où l'on trouvera une liste des proconsuls de rang
consulaire nommés en Illyrie et en Macédoine dans le courant des années 10 a.C.
Sur le gouvernement de la Macédoine par M. Primus, cf. Dion 54.3.2 (sur la datation de son proconsulat,
liée à celle de son procès, cf. infra, 181-182, n. 222-223) ; cf. aussi Thomasson 1984,1, 179. Le nom de M. Primus
ne figure nulle part dans les fastes consulaires des années 30 et 20 a.C. L a solution la plus probable est dès lors
qu'il gouverna la Macédoine en tant qu'ancien préteur (cf. dans ce sens Thomasson 1991, 40). D'un point de vue
onomastique, le nom de M. Primus pose problème, dans la mesure où aucun gentilice ne vient s'intercaler entre le
praenomen Marcus et le cognomen Primus comme il aurait fallu s'y attendre. Récemment, Birley 2000, 741-742 a
attiré l'attention sur cette difficulté et supposé une erreur de Dion Cassius (ou de son secrétaire) au moment de la
consultation de ses sources latines et de la retranscription du nom du gouverneur de Macédoine qui avait été accusé :
il aurait fallu lire non pas Marcus Primus, mais (Q.) Marc<i>us Cnspxxs, qui serait le fils d'un général césarien
(Birley rappelle que C etΡ sont des lettres difficiles à distinguer dans l'écriture romaine et que SP peut être confondu
avec M). Il faut reconnaître que de tels arguments présupposent une erreur de lecture inhabituelle de la part d'un
historien grec bilingue nécessairement rompu à la consultation des sources latines et sont loin d'être décisifs si l'on
rappelle qu'il existe tout de même pour le nom de M. Primus un parallèle bien connu : celui de M. Agrippa (comme
le reconnaît d'ailleurs Birley lui-même). S'y ajoute que l'emploi par Dion Cassius du pronom indéfini τίνος ("un
certain") à propos du proconsul de Macédoine en question convient mieux à un homo notais peu connu qu'à un
membre de la noblesse tel que le fils du général césarien (sur l'idée que M. Primus était un homo nouns, cf. aussi
Levick 1975, 158 qui avance l'hypothèse qu'il devint préteur en 26 a.C. ou peu avant et qu'il avait été admis au
Sénat dans la seconde moitié des années 30 à l'initiative d'Octavien).
Pour l'Illyrie, on peut ajouter l'exemple de Cn. Baebius Tamphilus Vaia Numonianus, qui fut proconsul
d'Illyrie après avoir été préteur (cf. pour les références infra, n. 92).
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L A NOMINATION D U PROCONSUL

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il lui était loisible à tout moment d'attribuer l'Illyrie et (ou) la Macédoine à des consulaires
lorsque les circonstances militaires l'exigeaient et d'envoyer au même moment en Afrique
et Asie d'anciens préteurs. Même s'il avait été établi en 27 que l'Afrique et l'Asie étaient
en principe les provinces consulaires, il n'est pas non plus exclu que le Sénat ait gardé la
possibilité en cas de besoin de leur substituer momentanément d'autres provinces. Troisième
possibilité, l'Illyrie et la Macédoine auraient pu avoir été gouvernées par des consulaires en
tant que provinces prétoriennes . Il est difficile de trancher entre ces différentes possibilités,
notamment parce que les fastes provinciaux ne permettent pas de connaître avec certitude
l'identité et le statut des proconsuls d'Afrique et d'Asie pour les années qui coïncidèrent avec
la présence de proconsuls de rang consulaire en Macédoine et en Illyrie (entre 20 et 18 et en
16) ; nous ne sommes pas non plus en mesure d'affirmer si les consulaires qui gouvernèrent
la Macédoine et l'Illyrie exercèrent également pendant leur carrière le proconsulat d'Afrique
ou d'Asie . Je reviendrai sur cette question en avançant une nouvelle solution : étant donné
que rien dans les sources ne permet de défendre l'idée que l'Afrique et l'Asie furent attribuées
sous Auguste à d'anciens préteurs ne fût-ce qu'une seule année, les envois de consulaires en
Macédoine et en Illyrie peuvent être analysés comme des mesures exceptionnelles qui étaient
liées à de graves troubles dans ces régions et qui prirent la forme de nominations extra sortem
(infra, 86-89).
Il faut tenir compte de l'ensemble des paramètres qui viennent d'être présentés si l'on
veut comprendre comment les règles fixées par Auguste en 27 pour l'attribution des provinces
publiques furent appliquées de 27 à 23. Pour ce qui est des sept provinces prétoriennes,
les anciens préteurs jouissant de privilèges liés au mariage et à la paternité choisissaient,
s'ils le désiraient, leur lot selon un ordre de priorité qui combinait leur ancienneté dans la
magistrature avec le nombre de leurs enfants et qui était intégré d'une manière ou d'une autre
aux modalités d'une sortitio devenue purement formelle ; il faut rappeler que le principe
d'une telle préséance n'est envisageable que si l'on accepte l'hypothèse que les privilèges
accordés aux candidats au proconsulat mariés et pères de plusieurs enfants remontent à
l'année 27. Quant aux autres anciens préteurs qui ne bénéficiaient d'aucune priorité - ou
à tous les anciens préteurs si l'on estime que les avantages liés au mariage et à la paternité
n'étaient pas antérieurs à lex Mia de maritandis ordinibus de 18 - , ils pouvaient participer
au tirage au sort à condition d'avoir exercé la preture il y a plus de cinq ans. Par chance, une
lettre de Cicéron livre la retranscription d'une partie d'un sénatus-consulte daté de septembre
51 qui apportait des précisions sur le mode d'admission à la sortitio de neuf provinces
prétoriennes et fournit à ce sujet un point de comparaison. Il y était stipulé en vertu de la
lex Pompeia de 52 que neuf provinces devaient être tirées au sort parmi les anciens préteurs
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C'est la solution que suggère Mommsen DPR, III, 287, n. 1 lorsqu'il précise que "le fait que le prétorien
ait reçu le consulat dans l'intervalle ne change rien à son droit à sa province".
II est vrai que M. Lollius et P. Silius Nerva - respectivement proconsuls de Macédoine entre 20 et 18
et d'Illyrie en 16 qui avaient en commun d'avoir le statut de consulaires pendant le gouvernement de ces provinces
- ne sont pas connus pour avoir été également proconsuls d'Afrique ou d'Asie, mais les fastes de ces provinces sont
trop lacunaires, notamment pour les années 10 a . C , pour avoir à ce sujet quelque certitude que ce soit : ils ont pu
avoir été proconsuls d'Afrique ou d'Asie sans que nous le sachions.
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L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN

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qui n'avaient pas encore reçu de gouvernement de province et avaient exercé la preture cinq
années auparavant (55 ou 56?) ; il ajoutait que "si, de ces anciens préteurs qui doivent, en
vertu d'un sénatus-consulte , recevoir un commandement, il n'y a pas le nombre voulu
pour assurer le gouvernement des provinces en question, qu'alors on remonte aux préteurs de
l'année précédente et que ceux d'entre eux qui n'ont pas gouverné de province partent pour
celle que le sort leur désignera ; s'ils ne sont pas en nombre suffisant, qu'alors on remonte
d'année en année et que les préteurs qui n'auront pas gouverné de province participent au
tirage au sort, jusqu'à ce que soit atteint le nombre de gouverneurs dont on a besoin" .
Toute la question est de savoir si une telle procédure pouvait ou non servir de précédent à
Auguste. Il n'existe à ce sujet aucune certitude, mais il s'agit là d'une hypothèse que rien ne
permet d'écarter.
S'il pouvait arriver au début de l'époque impériale que les anciens préteurs soient
plus nombreux que les lots à tirer à sort conformément au témoignage de Dion, la sortitio des
provinces prétoriennes fut organisée en 27 selon l'une des deux procédures suivantes.
— On peut tout d'abord imaginer que tous les anciens préteurs encore en vie qui
avaient exercé la preture en 33 ou durant les années antérieures et qui n'avaient reçu par la
suite ni consulat ni gouvernement provincial étaient admis au tirage au sort s'ils le désiraient.
Obtenaient une province au terme de ce qui apparaît comme une loterie les candidats favorisés
par le hasard . Cette reconstitution laisse penser qu'en 27, le nombre de candidats aux
provinces prétoriennes devait être élevé et ne me semble pas pour cette raison s'accorder
avec le principe, vérifié en 51 , en vertu duquel la sortitio ne concernait à Rome qu'un
nombre limité de personnes déterminé avec une grande précision .
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— L'autre possibilité est de suivre à la lettre le précédent de 51 pour ce qui est de la
procédure . En conséquence, il faut considérer qu'en 27, un sénatus-consulte admit à la
sortitio les anciens préteurs encore en vie qui avaient exercé la preture en 33 et n'avaient reçu
par la suite ni consulat ni gouvernement provincial. Comme le nombre de candidats ne devait
pas être en nombre suffisant en raison des disparitions liées en partie à la guerre civile, des
refus ou des mises à l'écart et de l'exercice par certains du consulat ou du gouvernement dans
les provinces entre 33 et 27, il devait être stipulé par le sénatus-consulte qu'il fallait ajouter
les noms des préteurs de l'année 34 qui remplissaient les conditions légales et ceux des années
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II s'agit du sénatus-consulte qui donnait la liste des provinces prétoriennes à attribuer par tirage au sort
à des priuati admissibles pour avoir exercé la preture il y a plus de cinq ans et destinés à gouverner leur province en
tant que pro praetore (pour ceux qui étaient tirés au sort).
C i c , Fam., 8.8.8.
C'est la solution retenue par Thomasson 1960. 19 aussi bien pour le tirage au sort des provinces
publiques aussi bien prétoriennes que consulaires ; cf. aussi dans ce sens Rich 1990, 145.
Le contenu du sénatus-consulte de 51 atteste qu'étaient admis au tirage au sort des provinces
prétoriennes non pas tous les anciens préteurs qui avaient exercé leur magistrature depuis cinq années au moins,
mais uniquement certains d'entre eux selon des règles qui avaient été très précisément fixées.
Cf. dans ce sens Mommsen DPR, III, 288 qui précise que "les consulaires et les prétoriens tirant de là
les conditions générales de capacité ne peuvent pas être arrivés tous en même temps au tirage au sort" et qu'"il doit y
avoir eu un ordre déterminé, soit par la date de la magistrature, soit par d'autres éléments". Mais le savant allemand
ne définit pas plus précisément la manière dont cet ordre était fixé et il n'est pas allé jusqu'à proposer d'appliquer
aux années 27 et suivantes le mode d'admission au tirage au sort défini par le sénatus-consulte de 51.
C'est la solution suggérée brièvement par Giovannini 1999, 100.
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L A NOMINATION DU PROCONSUL

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antérieures jusqu'à ce que fût atteint le nombre d'anciens préteurs dont on avait besoin. Dans
cette perspective, conformément au témoignage de Dion Cassius, le nombre d'aspirants au
proconsulat prétorien pouvait le cas échéant dépasser celui des provinces à pourvoir, mais
de peu (une ou quelques unités). Il est en effet vraisemblable que les huit préteurs de l'année
33 n'avaient pas tous pris part en 27 à la sortitio des provinces prétoriennes, pour une raison
ou une autre (décès, passé antonien trop marqué, promotion au consulat, exercice d'un
gouvernement entre 33 et 27, motifs personnels . . . ) , ce qui avait obligé à remonter à une ou
plusieurs années antérieures pour pouvoir trouver un nombre de candidats suffisant. Avaient
été dès lors admis au tirage au sort les préteurs de l'année 34 et éventuellement de l'année
35 qui le pouvaient et le désiraient jusqu'à ce que le nombre requis fût atteint. Dans ces
conditions, il n'était pas assuré que le chiffre de postes à pourvoir était exactement équivalent
à celui des candidats : étant donné qu'on admettait en bloc tous les anciens préteurs d'une
même année - par conlegium selon l'expression du SC de 51 - , ce chiffre pouvait être dépassé
de une ou de quelques unités. Dans cette perspective, Auguste mettait en avant la restauration
- scrupuleuse - d'une pratique républicaine tout en ne mécontentant que peu de candidats
aux provinces prétoriennes : dans la loterie de l'année 27, les numéros perdants devaient être
peu nombreux. Le même principe pourrait avoir été suivi en 26, selon un ordre de priorité
commençant avec les préteurs de l'année 32, et ainsi de suite tout au long des années 20.
Il faut reconnaître que le second scénario apparaît le plus plausible. En 27, même
si le contexte politique avait changé, on rencontrait des conditions institutionnelles
assez semblables à celles de l'année 51 : le délai quinquennal entre la magistrature et la
promagistrature avait été très certainement rétabli ; les préteurs étaient toujours au nombre
de huit ; seul le nombre de provinces prétoriennes à attribuer par tirage au sort était en 27
inférieur à celui de l'année 51. Dans ces conditions, il est vraisemblable qu'en 27, un SC
régla la question de l'admission au tirage au sort des provinces prétoriennes en intégrant des
dispositions qui devaient s'inspirer dans la forme du contenu du SC de 51 ou de tout autre SC
lié à l'application de lex Pompeia de 52 sans le reprendre à l'identique. Il serait intéressant
de se demander si une telle procédure concorde avec ce que nous savons de l'identité des
proconsuls de rang prétorien, mais les fastes des préteurs et ceux des provinces publiques
prétoriennes sont pour cette période si lacunaires qu'ils ne permettent pas de procéder à une
telle vérification .
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Szramkiewicz 1975, 8 a déjà souligné à propos de l'époque augustéenne que ce sont précisément les
fastes des provinces publiques prétoriennes qui sont les plus mal connus. Dans l'état actuel de notre documentation,
aucun des proconsuls qui gouvernèrent l'Achaïe, le Pont-Bithynie et la Corse-Sardaigne entre 27 et la fin des années
20 ne peut être identifié. Pour la Sicile, il est possible que L . Sestius Quirinalis (le consul suffect de 23 a . C ) ,
L. Mussidius et (Cornelius) Sisenna aient été tous trois placés à la tête de cette province publique dans le courant
des années 20 (cf. Grant 1946, 196, n. 3 et 237 ; Eck 1972-73, 238-239 ; cf. aussi Thomasson 1984,1, 1 et Girardet
2000.204, n. 112 qui propose avec prudence pour les deux derniers les années 21 et 20), mais on ne connaît de toute
façon rien de précis de leur carrière avant leur proconsulat et on ne sait pas en particulier s'ils exercèrent la preture
et. si oui, en quelle année. Pour l'Illyrie, outre P. Silius Nerva, L . Tarius Rufus et M. Vinicius dont je reparlerai
infra, il est très vraisemblable que Cn. Baebius Tamphilus Vaia Numonianus ait été proconsul de cette province au
début du principat d'Auguste (sur les fonctions exercés par ce personnage, cf. CIL, VI, 1360 = ILS, 903 = E-J, 192
et CIL, VI, 8. 3, 4685-6, n° 1360 qui précise qu'après avoir été préteur, il fut proco(n)s(ul), mais sans identifier la
province conformément à un usage épigraphique du début de l'époque impériale ; cf. aussi AE, 1986, 547 dont il

Primus. mais une dispense de trois années apparaît excessive). cette hypothèse est considérée comme la plus probable par Ferrary 2000. n° 2 . 62 et 320. in : NP. Atkinson 1958. il est établi que M. mais on ne sait pas non plus en quelle année il fut préteur ni quelle année il devint proconsul d'Illyrie à l'intérieur de la large fourchette chronologique 27-11 a. C . ce qui est très vraisemblable). dans ce sens Pautasso 1994/1995. Thomasson 1996. 20-21). Pour la Crète-Cyrénaïque. le consul suffect de 34 qui n'exerça le proconsulat d'Afrique que douze années plus tard.ainsi que l'année d'exercice de leur consulat. Thomasson 1996. 8. Un aussi long délai a été mis en rapport 93 94 95 % 97 résulte qu'il s'agissait de l'Illyrie s'il s'avère qu'il faut identifier le Cn. en 22/21 .2. mais il a déjà été souligné que l'on ne connaît rien d'autre de sa carrière (cf. 77) . 544 . Il faut en tout cas rejeter comme insuffisamment établie l'hypothèse selon laquelle il fut le premier proconsul de cette province.3). mais les informations précises manquent sur la chronologie de sa carrière. le premier proconsul connu est M. ce qui limite la datation de ce proconsulat à deux possibilités : 26/25 ou 25/24 (cf. Baldwin Bowsky 1990. 2000. 82). 23). aussi dans ce sens Alföldy qui 2 9 3 9 4 9 5 9 6 9 7 . 364).1. c'est-à-dire en 27-26 (cf. 246247 . Alföldy 1991. PIR N 129 : Eck. 83-88. cf. 84-85 a proposé la datation plus haute de 26/24 en établissant un lien entre le séisme de 26 qui avait touché un certain nombre de cités de la province d'Asie et l'importante activité édilitaire de Sex. sur la datation Eck 1972-73.1.L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN 44 La question de la démarche adoptée pour la sortitio des provinces publiques consulaires en 27 peut être étudiée à partir d'une documentation plus riche. aussi Eilers 2002. Si l'on sait que Sex. cos suff. n. n. Une monnaie indique que M. récemment Eilers 1999. soit trois ans au moins après le proconsulat dans la même province d'un consul suffect de 33 (M. 205 avec un point d'interrogation : Roddaz 1984. Appuleius. 159 et de manière plus vague Reynolds 1982. Les années 23/21 ont longtemps été considérées comme la solution la plus vraisemblable (cf. aussi Syme 1986. cos ord. 992).C. peut-être sept . 317 . cf. III. Appuleius exerça le proconsulat d'Asie pendant deux ans (cf. 48. Vogel-Weidemann 1965. il faudrait penser qu'il ne fut pas admis au tirage au sort des provinces prétoriennes avant l'année 24 (éventuellement une ou deux années antérieures s'il jouissait des privilèges attachés au ius liberorum. Baldwin Bowsky 1983. Appuleius. infra. 24/23 ou 23/22. 289 et n. cf. ce qui conduit à dater son proconsulat d'Afrique de 22/21 (cf. ). 325 avec un point d'interrogation et sans savoir que Sex. I. Baebius Tamphilus Vaia Numonianus de l'inscription de Rome. Comme l'a fait remarquer Mommsen DPR. Appuleius pendant son proconsulat notamment à Assos et à Éphèse (cf. mais on ne sait pas quand il devint préteur. 362 .206 propose les premières années du principat d'Auguste avec la fourchette large de 28-20 (suivie d'un point d'interrogation) . 218-229 . Tamphilus Vaia qualifié de proco(n)s(ul) sur cette inscription provenant de lader avec le Cn. Thomasson 1984. 222 . supra. Acilius Glabrio ) et environ au même moment ou peu après les proconsulats exercés successivement en Asie par les consuls de 29 (Sex. cf. aucune source ne permet de dater avec précision le proconsulat biennal de Potitus Valerius Messalla. Le principal argument repose sur la carrière de L . 3 et 4 . dans la mesure où nous connaissons pour ces provinces les noms de quelques proconsuls en fonction durant les années 20 . la documentation ne permet pas d'avancer une datation plus précise. Il est attesté qu'il fut tribun de la plèbe en 32 (Dion 50. 171 qui situe ce proconsulat entre 23 et 15) . 109 et 104-105) et si l'on s'accorde à le faire remonter aux années 20 a . Appuleius avait exercé ce proconsulat pendant deux ans . Nonius Balbus fut proconsul de cette province sous Auguste (c'est ce qu'indique l'existence à Herculaneum de dédicaces érigées en son honneur par le commune Cretensium et la colonie de Cnossos. Acilius Glabrio fut proconsul d'Afrique sous le neuvième consulat d'Auguste en 25 (Grant 1946. 463-464 . et Potitus Valerius Messalla. Sempronius Atratinus. si l'intervalle quinquennal entre la magistrature et la promagistrature avait été rétabli en 27 comme je le pense et étant entendu qu'il n'a pas pu être préteur avant 30. puis gouverneur de la Crète-Cyrénaïque. Thomasson 1984. aussi Syme 1986. 81 et tab. Si toutes les incertitudes sont loin d'être levées. il ressort en tout cas de l'analyse des fastes que la plus grande ancienneté au consulat peut difficilement être érigée au rang de principe absolu qui déterminait un ordre strict d'admission des candidats au tirage au sort des provinces consulaires . Sempronius Atratinus célébra en octobre 21 un triomphe ex Africa. Thomasson 1984. . On sait en effet que L . à condition d'identifier le proconsul avec le père et non le fils. I. 21). Pour la Macédoine. Comme pour le proconsulat de Sex.au moins cinq. qui gouverna cette province en 25/24.

41061). les consulaires admis en 27 au tirage au sort des provinces publiques consulaires étaient ceux qui avaient revêtu le consulat en 33 et n'avaient pas exercé par la suite de gouvernement provincial. à savoir la Syrie et la Cilicie. Il existe un autre moyen. 27 . Γ avant-dernier à être accordé à un sénateur extérieur à la famille impériale. Vinicius à la tête de l'Asie en 21/20. de comprendre l'intervalle de douze ans qui sépare le consulat de L . Szramkiewicz 1975. 84-85 propose les années 24/23 et 23/22. Cf. cf. C . 544 qui propose les années 21/19.et 98 10 101 2 situe ce proconsulat d'Asie entre 28 et 23 dans la réédition récente du CIL. le tirage au sort des provinces consulaires obéissait à une procédure complexe qui était analogue au mode d'attribution des provinces prétoriennes tel qu'il avait été proposé en 51 °. 159 et Syme 1986. 317 . collègue d'Octavien. Il aurait été dans un premier temps écarté de tout gouvernement provincial jusqu'à ce que le manque de consulaires . cf. mais avec un point d'interrogation . V I . Quant aux six consuls suffects. s'il n'y avait eu aucun recours à une dispense liée au mariage et à la paternité. aussi Szramkiewicz 1975. C'est là un signe que le sénateur ainsi honoré pouvait difficilement avoir servi d'ultime recours à un nouveau régime en quête de consulaires remplissant les conditions légales pour tirer au sort les provinces d'Afrique et d'Asie. d'ordre plus institutionnel.45. Sempronius Atratinus fut autorisé par le Sénat . Sempronius Atratinus de son proconsulat. 259. Appuleius. il s'agissait de L . îoo p i question de savoir si la procédure complexe d'attribution des provinces prétoriennes telle qu'elle avait été proposée en 51 avait été aussi appliquée pour les provinces consulaires attribuées cette même année. rien n'aurait conduit Auguste à aller jusqu'à donner son accord pour que le triomphe fût accordé à un ancien partisan de Marc Antoine auquel il n'aurait pas pardonné. Syme 1955.à célébrer un triomphe. Vinicius et Q. Faisant de Potitus Valerius Messalla le successeur immédiat de Sex. Ferries 1997. Atkinson 1960b. Les fastes consulaires enregistrent pour l'année 33 L . Il faut pour cela accepter l'idée que le ressentiment d'Auguste à l'égard de cet ancien adversaire politique . cf. à son retour d'Afrique. 60 qui place M. Une telle interprétation est recevable. même s'il n'est pas établi de façon certaine. L .45 L A NOMINATION D U PROCONSUL avec son passé au service de Marc Antoine.à condition qu'ils soient toujours en vie . Fonteius Capito. Si tel avait été le cas. Atkinson 1958. M. Autronius Paetus. n. dont il avait été un des principaux collaborateurs au moins jusqu'à son consulat de 34 . mais elle n'est ni la plus cohérente ni la seule. Eilers 1999. La solution qui est ici proposée consisterait à supposer qu'à partir de 27. Il y avait dans cette liste au moins deux consuls antoniens 9 8 9 9 o u r 1 0 1 a .sans aucun doute avec l'aval d'Auguste . Roddaz 1984.pour autant qu'il se soit toujours manifesté dans les années 20 . Le parallèle avec le passage de la lettre de Cicéron relatif à la sortitio des provinces prétoriennes de 51 est séduisant. ce qui la conduit à dater le proconsulat d'Asie de Potitus Valerius Messala en 20/18 . Elle néglige en particulier un élément important : en octobre 21. Étant donné qu'ils étaient au moins au nombre de sept (à l'exclusion d'Octavien) . Acilius Glabrio. Laronius. L . Volcacius Tullus en tant que consul ordinaire. Flavius.obligeât finalement Auguste à admettre à la sortitio des provinces publiques les anciens consuls qui avaient été des partisans de Marc Antoine". Dans cette perspective. Pour une datation plus proche des années 23 et 22. Thomasson 1960. 517 qui suit la dernière hypothèse émise par Atkinson en choisissant les années 20/18.n'était pas la cause principale d'un aussi long délai et s'appuyait d'un point de vue juridique sur un règlement qui reposait sur un autre critère que celui de l'ancienneté absolue au consulat. Sur sa carrière en tant que "partisan" de Marc Antoine.problème qui devint aigu à la fin des années 20 . L .1. cf. un état de la question dans Hurlet 2006 (à paraître). 308-309 et 325 qui le fait remonter à titre d'hypothèse aux années 21/20 et 20/19 (avec un point d'interrogation) .

Quant à L . Fonteius Capito). On a pu identifier ce Vinicius avec M. Laronius. 5050).. Flavius et C. mais son comportement pendant son consulat de 32 en avait fait un adversaire irréductible d'Octavien auquel il n'était pas facile de pardonner et dont la carrière politique ne fut pas favorisée pendant les années 20. Quant à L. Ferrary 2001. Valerius Messalla . (Atkinson 1960b. au moment des jeux séculaires (il est mentionné parmi les quindecemvirs sacris faciwidis dans les acta des jeux séculaires. cf. 1. En 26. il fut épargné par Octavien à la suite de la campagne d'Actium (Dion 51. 161 et Millar 1977. L .4 rectifiant l'erreur de Dion 50.3-4). M. 63. Sur ces personnages. C. 183-185 . Vinicius. Domitius Ahenobarbus et de C. Sosius. L . 45. 312 : Arangio-Ruiz 1961.non décisif ..C. Acilius Glabrio. Volcacius Tullus fut proconsul d'Asie en 29/28 ou 28/27 (Thomasson 1984. Laronius. soit de 27/26 (Pleket 1958.2. 32323 = I . mais pas plus de cinq en tout cas . 258-259 pour qui ce Vinicius aurait été proconsul d'Asie avant son consulat pendant la tournée d'Auguste en Orient. 613-614 : Millar 1966. Mais le lien entre la lettre de ce Vinicius et l'ordonnance gravée sur la première partie du même document et datée avec certitude de l'année 27 a. Vinicius. Cornelius Cinna et M. On peut trouver un argument . il ne se présenta pas à la sortitio des provinces publiques de l'année 26 alors que son tour était venu.1. L .2 et Veli. Thomasson 1996. cf. on peut imaginer que spontanément ou non. n° 17. mais il est possible qu'il faille retrancher de cette liste l'un ou (et) l'autre de ces personnages. le même principe fut suivi. L . L . Dans ces conditions. par la mention du consulat conjoint d'Auguste et d'Agrippa et la référence au prince en tant que Σεβαστός fait penser qu'il faut plutôt l'identifier avec le consul de 33. Arruntius) et était toujours en vie en 17 a.C.2 qui souligne à cette occasion l'intervention de L . Auguste les écarta de la vie publique ou qu'ils renoncèrent d'eux-mêmes à se présenter en 27 au tirage au sort des provinces consulaires. CIL. Sosius après que ces derniers eurent quitté Rome pour rejoindre Antoine aient été des partisans d'Octavien. ce personnage était le proconsul d'Asie qui doit être identifié précisément avec le consul suffect de 33. 19-20 et 88 et Szramkiewicz 1975. et qui était adressée aux magistrats de Kymè. l'ordre de priorité commençant désormais avec les consuls de l'année 32. le consul suffect de 19 a. ce qui conduit à dater son proconsulat d'Afrique de 29/28 (cf.C.C. Domitius Ahenobarbus et C.. Cornelius Cinna passa du côté d'Octavien sans doute en échange du consulat 1 0 2 1 0 3 1 0 4 2 1 0 5 . 2. 147-148 et Syme 1986. Selon l'interprétation la plus plausible. 517-518). Flavius. 159 . 61-62 . Sosius . Flavius. VI. Étant donné qu'il faut éliminer de la liste les deux consuls ordinaires antoniens. les anciens consuls admis en 27 à tirer les deux provinces publiques consulaires (sans doute l'Afrique et l'Asie) étaient L. L .3 et Plut. 338 : Kunkel 1962. mais rien ne dit qu'après sa victoire. Cn. Charbonnel 1979. il célébra en août 28 un triomphe ex Africa. On sait qu'après avoir quitté Rome en 32 pendant son consulat et rejoint Antoine à Éphèse. 79 . Autronius Paetus. n. Nér. le consul ordinaire de 2 p. Atkinson 1958. l'autre consul ordinaire de 32 qui fut élevé en 31 au rang d'un des principaux commandants de la flotte d'Antoine. qui aurait appliqué cette ordonnance des consuls pendant un proconsulat daté soit de 28/27. 29 = ILS. I. ce qui apparaît improbable) ou P. Vinicius et Q.54 . Vinicius. 3. il n'est pas impossible qu'il ait fallu intégrer au tirage au sort les 1()2 .14. Syme 1961. Quant à C. de 22 à 19.46 L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN que seuls deux d'entre eux sont connus pour avoir été gouverneurs de province entre 33 et 28 . dans l'hypothèse maximaliste. n° 61. Fonteius Capito.en faveur de cette reconstitution dans la mention d'un Vinicius sur une lettre qui fait suite à une ordonnance rendue par Auguste et Agrippa en 27 a. II est probable que les deux consuls suffects de 32 qui prirent la place de Cn. 181 et II. 20). Syme 1955. (Bowersock 1965a. les fiches prosopographiques de Ferries 1997. 134 et n. et que nous ne savons rien de précis de la carrière ultérieure des deux consuls suffects de cette même année. Vinicius et Q. Acilius Glabrio. 205 propose les premières années du principat d'Auguste avec la fourchette de 29-26 suivie d'un point d'interrogation : Syme 1986.319-320 . Cn. on ne sait rien d'eux entre 33 et 27. M. L . Engelmann 1976. Sherk RDGE.C.86. Vinicius.318 . Domitius Ahenobarbus mourut l'année suivante peu avant Actium et quelques jours après être passé du côté d'Octavien (Suét.45 et n. mais également avec un point d'interrogation). Après avoir été partisan d'Antoine. 137).. C. et qui était dans ce cas un des deux premiers proconsuls consulaires à entrer en fonction à la suite de la réforme de 27 . Fonteius Capito. Aut.()3 1()4 105 (L. 79 date ce proconsulat de 29/28. il y a de grandes chances pour que le tirage au sort concernât plus de deux personnes.

) et Appuleia Varilla. 459-462 . 23-27 et Ferries 1997). 21 et 20 parce qu'en vertu de l'instauration d'un délai quinquennal entre la magistrature et la promagistrature. 95. De 22 à 20. Ann. et T. plus les années passaient. Appuleius. n. mais le nombre de ceux qui restaient disponibles avait entre-temps diminué depuis que la réforme provinciale de 27 les avait sollicités cette année et tout au long des années qui suivirent. supra. 2. 1966..L A NOMINATION D U PROCONSUL 47 consuls de l'année 33 qui n'avaient rien obtenu l'année précédente. il Tétait devenu en 32 lorsqu'il fallut remplacer Cn. Mais à supposer qu'elle se vérifie. (cf. elle n'infirme pas nécessairement le schéma d'attribution des provinces consulaires tel qu'il vient d'être décrit : il n'est pas exclu que dans le contexte des années qui suivirent la réforme de 27. 84-85 (sur la datation du proconsulat biennal de Sex.50. 315-317 et Raepsaet-Charlier 1987.aient exercé le 106 107 I08 suffect si Ton suit le témoignage de Sénèque (Ben.423) et qualifiée de sororis Augusti neptis par Tac. Durant la seconde moitié des années 20. des proches qui avaient déjà été consuls et n'aspiraient plus à gouverner des provinces publiques consulaires (Agrippa. Appuleius. Il faut malgré tout rester prudent et ne pas perdre de vue que pour séduisante qu'elle soit. DondinPayre 1993. Un tel raisonnement permettrait de comprendre que conformément à une des deux datations envisageables. Sex. Appuleius ait obtenu une dispense qui l'autorisait à exercer un proconsulat moins de cinq ans après le consulat et qui reposait peut-être d'un point de vue légal sur le nombre de ses enfants (on sait qu'il en avait au moins deux ). Appuleius et Potitus Valerius Messalla . cf. Du point de vue du gouvernement des provinces publiques.30) . on sait qu'il était frère arvale en 21 a. cf. Sosius (sur ce personnage.tous deux consuls en 29 . consul II en 26). le consul suffect de 33. 27 et 26. cf. Scheid 1975. mais aucun autre renseignement ne nous est parvenu et nous ne sommes pas en mesure de dire s'il fut ou non admis au tirage au sort des provinces publiques consulaires de 27 à 23 et s'il exerça ou non un proconsulat pendant ces années (sur ce personnage. s'il n'était pas un partisan d'Octavien de la première heure.C. Sur ce personnage. la solution était d'envoyer en Afrique et en Asie des consulaires qui avaient exercé le consulat en 29 ou durant les années 30. Quant à M.C. cf. Le vivier de consulaires qui n'avaient pas encore exercé de gouvernement provincial ne se renouvelait que de façon très partielle à partir du moment où Auguste monopolisa le consulat de 31 à 23 et eut pour collègues pendant trois années. 97). Acilius Glabrio. Statilius Taurus. consul II et III en 28 et 27. cf. Sur la datation du proconsulat de M. plus l'envoi en Afrique et en Asie de proconsuls dans le cadre légal du règlement de 27 devenait problématique. Eilers a récemment proposé de l'attribuer à Sex. qui est honorée en même temps que son père alors proconsul d'Asie et sa mère Quinctilia sur une inscription de Kymè en sa qualité de "fille de Sextus Appuleius" (AE. M. 247-248 et 304. Sex. de 28 à 26. les années les plus difficiles furent 22. Scheid 1975. 155. les années de référence étaient 28. 3). Domitius Ahenobarbus et C. Pour ce qui est du proconsulat d'Asie de la même année. Syme 1986. CIL. 60-62 . cf. VI. = Scheid 1998b. Appuleius (consul en 14 p. Une telle situation explique qu'au mépris de la règle de l'annalité fixée en 27. Weidemann 1965. Valerius Messalla. Acilius Glabrio. En l'occurrence Sex.1 . le consul ordinaire de 29 qui avait déjà été proconsul d'Espagne Citérieure en 28/27 . cette hypothèse ne peut produire aucun argument décisif. sur la famille de Sex. 32338 pour le procès-verbal des années 21-20 a. Eilers 1999. voire remonter jusqu'aux consuls de 34. soit des années qui n'avaient ajouté aucun nouveau nom à la liste des consulaires.. Ferries 1997). 1 0 6 1 0 7 1 0 8 . supra. n. 99-100. Appuleius.C. soit parti exercer le proconsulat d'Afrique en 26/25 . 4.

le consul suffect de 23. 7786 fait de ce personnage le proconsul d'Asie de 22/21. issues en bonne partie des dispositions de la lex Pompeia de 52 . suff. ord. 23 .L . 8964). 25 . Iunius Silanus Torquatus. cos. 1 . cos.C. incompatible avec le thème de la restitutio 1 0 9 Sex. Par la suite. pas plus Strabon que Dion. on ne connaît à ce jour qu'un seul fils. Dans ces conditions. Iunius Silanus. voire une erreur politique. n o Bilan. le seul auquel on est en mesure d'attribuer plusieurs enfants est Cn. De M. ord. 0 2 . consul ordinaire en 25. dont on sait qu'il eut au moins deux fils : Cnaeus.360-364) . consul en 19. 23) a pu obtenir une dispense liée au mariage et à la paternité. au fur et à mesure que les années passaient. 24 .C. mais cette datation reste aléatoire (pourquoi ne pas avoir choisi pour l'Asie un consulaire des années 30 quand on sait que L . une inscription de Rome précise qu'il fut fproco(n)s(ul) prouinc(iae)?]Asiae bis (CIL. dénommé également M. cos. Sestius Quirinalis. C .C. la nouvelle interprétation qui reconstitue le déroulement de la sortitio de 27 à 23 repose sur l'idée. PIR I 831) et père de M. il ne faut pas exagérer le poids de l'intervention impériale en matière de choix des proconsuls pour trois raisons. Iunius Silanus (cf. Appuleius est qualifié α'άνθύπατος το δεύτερον sur une inscription de Claros en son honneur (Ferrary 2000. En revanche. Iunius Silanus. on peut enfin penser que l'un ou l'autre collègue d'Auguste au consulat des années 25 à 23 (M. L . qu'Auguste s'était inspiré du précédent pompéien pour définir les critères d'admission au tirage au sort de toutes les provinces publiques. sur le moindre témoignage formel. quant à Potitus Valerius Messalla. suff. l'effectif des consulaires diminua au point de faire craindre une pénurie de candidats à la fin des années 20. Norbanus Flaccus. c'est le manque de consulaires qui permet également de comprendre pourquoi on retrouve en 22/21 en tant que proconsul d'Afrique un consul suffect de 34. le consul de 7 a . ce qui subsiste des fastes proconsulaires des années 20 trouve une plus grande cohérence si l'on veut bien admettre que le fonctionnement de la sortitio privilégia ceux qui avaient été préteurs et consuls précisément cinq années auparavant et admit les préteurs et consuls d'une ou plusieurs année(s) antérieure(s) seulement lorsque le nombre de candidats ne fut pas atteint. Calpurnius Piso. Telle qu'elle vient d'être présentée. cos. Sempronius Atratinus . consul en 1 a. 37075 et 41061 = ILS. Quant aux consuls des années 24 et 23. elle aurait constitué un non-sens. en se fondant sur le critère de l'ancienneté au consulat. pendant la mission d'Agrippa en Orient. Cette hypothèse de départ ne peut se fonder. Eilers 1999. mais un tel contre-argument n'aurait ici aucune valeur dans la mesure où aucune de nos principales sources n'avait ni l'habitude ni l'intention d'entrer dans des détails aussi techniques. il est vrai. Il en résulte que la réforme de 27 relative au mode d'attribution des provinces publiques fut suivie par une longue phase de transition d'autant plus délicate qu'il fallait chercher au début les proconsuls parmi les anciens magistrats qui avaient exercé leur preture ou leur consulat dans les années 30 et dont il fallait retrancher les individus décédés ou les Antoniens les plus engagés. une telle attitude aurait été non seulement contradictoire. mais l'état de la documentation ne permet pas de vérifier cette hypothèse . V I . Sempronius Atratinus fut désigné comme proconsul d'Afrique au même moment?) et ne tient pas compte du délai de cinq ans entre le consulat et le proconsulat (comme il le reconnaît d'ailleurs). vraisemblable dans le contexte de cette époque.L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN 48 1 0 9 proconsulat d'Asie chacun pendant deux années dans le courant des années 20 . Il aurait été tout d'abord mal venu pour Auguste de désigner directement les personnes de son choix au moment où il prenait tant de peine à rétablir dans ce domaine des règles. et Lucius dit l'augure. Calpurnius Piso.

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L A NOMINATION D U PROCONSUL

Rei publicae affiché au même moment comme un leitmotiv par le nouveau régime. En outre,
le nombre de plus en plus réduit de consulaires limitait le choix pour le gouvernement des
provinces d'Afrique et d'Asie et devait conduire le prince à limiter par la force des choses son
champ d'intervention dans ce domaine, puisqu'on compta au bout du compte plus de postes
disponibles que de candidats remplissant les conditions légales . Enfin, détail pratique
qui a toute son importance, Auguste fut absent de Rome de mai-juin 27 jusqu'en 24, ce qui
compliquait ses interventions et nécessitait des intermédiaires.
Durant les années 20, Auguste se contenta en général de faire appliquer et respecter
la législation qu'il avait lui-même fait voter à ce sujet. Il pouvait être amené à arbitrer et
à faire valoir en particulier les droits attachés au mariage et à la paternité si l'on retient
que la lex lidia de 18 fut précédée en 28-27 par des mesures législatives allant dans ce
sens ; il pouvait également peser de son autorité morale - son auctoritas - pour dissuader
les antoniens toujours en vie auxquels il n'avait pas pardonné de se présenter au tirage au
sort même s'ils étaient légalement en mesure de le faire, mais il s'agit là d'une intervention
extraconstitutionnelle. Les seules mesures plus directes qu'il prit ou fit prendre au moment de
l'attribution des provinces publiques étaient destinées à faire mieux fonctionner un mode de
recrutement qu'il avait fait adopter, mais dont la mise en place se fit difficilement. Au nombre
de celles-ci, il faut compter les prorogations attestées à deux reprises en Asie ; peut-être aussi
Yadlecîio inter consulares de L . Cornelius Balbus ; quant à l'hypothèse que Sex. Appuleius
était parti gouverner l'Asie dès 26 sans être passé par le tirage au sort, elle sera examinée plus
en détail infra. La phase de transition dura tout au long des années 20. Elle laissa place à une
période qui fut marquée par un fonctionnement plus régulier du tirage au sort et qui ne poussa
guère Auguste à intervenir outre mesure.
111

B. La sortitio depuis les années 10 jusqu'en 6 a.C. : stabilisation de la
procédure
Pour les provinces publiques prétoriennes, la période qui suivit les importantes
mesures prises par Auguste en 23 fut marquée essentiellement par une augmentation de leur
nombre : d'abord en 22, lorsque les provinces de Narbonnaise et de Chypre furent rendues
par Auguste au peuple Romain et désormais confiées à d'anciens préteurs ; entre 16 et 13
ensuite, lorsque la réorganisation de la péninsule Ibérique datée selon toute vraisemblance
de la seconde tournée d'Auguste en Occident conduisit à donner au peuple Romain
l'administration de la nouvelle province de Bétique. A partir de cette dernière réforme, le
chiffre des provinces publiques prétoriennes monta à dix ; il retomba à neuf à la fin des
112

113

1 . 1

Comme l'a souligné Di Vita-Évrard 1978/1979, 34, n. 174.
Dion 54.4.1.
C'est le chiffre que fournit Strabon lorsqu'il donne la liste des provinces publiques de rang prétorien
(17.3.25). Cf. Fishvvick 1993, 55 ; Fishwick 1994b, 117 et Carter 1982, 164 qui précisent qu'un tel nombre fut
atteint après la réorganisation provinciale de 22, mais cette conclusion revient à ne pas prendre en compte l'idée très
vraisemblable que l'ancienne province d'Hispanie Ultérieure ne devint province publique sous le nom de Bétique
que durant la tournée d'Auguste en Occident durant les années 16-13. Mon sentiment est que la réforme de 22 fit
monter le nombre de provinces publiques à neuf (les sept provinces de l'année 27, auxquelles il faut ajouter Chypre
et la Narbonnaise) et que le chiffre de dix fut atteint entre 16 et 13 avant de retomber à neuf à la fin des années 10
1 . 2

1 1 3

50

L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN

114

années 10, lorsque l'Illyrie devint une province impériale , et finalement à huit en 6 p . C ,
avec le passage de la Sardaigne-Corse au rang de province impériale . Une telle fluctuation
numérique ne fut pas sans incidence sur le mode d'attribution de ces provinces, puisqu'elle
contribuait à solliciter davantage d'anciens préteurs. Étant donné que huit préteurs étaient
à cette époque élus chaque année, le tirage au sort ne devait laisser aucun ancien préteur
de côté . Au contraire, il fallait plutôt craindre une pénurie de gouverneurs de ce rang,
puisque le rythme de renouvellement de la liste des anciens préteurs - huit par an - ne pouvait
compenser les besoins annuels de neuf ou dix proconsuls de rang prétorien. S'y ajoutait que
dans l'intervalle minimal des cinq ans qui séparait la preture d'un proconsulat prétorien,
plusieurs anciens préteurs furent élus au consulat (au moins deux par an), d'autres pouvaient
disparaître. Auguste était en mesure d'apporter une solution à ces difficultés. Il pouvait
par exemple contribuer à la prorogation des proconsuls pour une deuxième année ; il
avait le droit d'accroître la liste des candidats au proconsulat en donnant le statut d'ancien
préteur à des individus qui n'avaient pas exercé la preture (inter praetorios) . La pauvreté
de la documentation concernant les fastes prétoriens et l'identité des proconsuls de rang
prétorien des deux dernières décennies av. n. ère ne permet pas de produire des exemples
de telles interventions impériales. En revanche, on sait que durant les années 10 a . C , des
provinces publiques qui étaient normalement de rang prétorien furent administrées par
d'anciens consuls , mais cette mesure devait rester exceptionnelle eu égard à un nombre
de consulaires qui restait malgré tout limité de 23 à 5 a.C. et nécessitait sans nul doute une
intervention impériale spécifique. Par ailleurs, même si rien ne s'opposait légalement à ce
qu'un ancien consul gouvernât une province de rang prétorien, une telle pratique devait être
complexe d'un point de vue institutionnel - un consulaire ne pouvant être admis au tirage
au sort au même titre qu'un ancien préteur - et fut limitée à des situations de crise militaire
(cf. infra).
,15

116

117

11S

119

(cf. note suivante). Dans ces conditions, le passage de Strabon fait référence à une situation administrative qui dura
peu de temps, entre 16-13 et la fin des années 10.
Dion 54.34.4. Il est à noter que Syme ne suit pas la datation de Dion et antidate une telle mesure des
années 14-13, soit avant la mission d'Agrippa, mais on verra infra que cette hypothèse ne repose sur aucune source
et reste aléatoire.
'15 Dion 55.28.1.
Comme l'a souligné Szramkiewicz 1975. 27.
Dans l'état actuel de nos connaissances, une telle pratique n'est attestée par aucune source pour les
provinces publiques prétoriennes durant la première partie du principat d'Auguste (le cas de P. Paquius Scaeva est
quelque peu différent, cf. infra).
Dion 53.13.3-4 fait directement référence à cette pratique de confier le proconsulat à des individus
adlectés au rang des anciens préteurs lorsqu'il affirme qu'"on appelait proconsuls non seulement ceux qui avaient
exercé le consulat, mais aussi les autres qui avaient simplement été préteurs ou avaient été considérés comme tels".
Mais on ne ne connaît des exemples que pour l'époque sévérienne.
» Cf. infra, 86-89.
1 1 4

1 1 6

1 1 7

1 , 8

9

L A NOMINATION D U PROCONSUL

51

Pour les provinces publiques consulaires, la situation changea à partir de 23
lorsqu'Auguste abdiqua le consulat dans le courant de l'été et fut investi de la puissance
tribunicienne, donnant à plus d'anciens préteurs l'occasion de devenir consuls ; il fallut
toutefois d'autant plus de temps pour augmenter de façon significative la liste des consulaires
que le recours à des consuls suffects resta exceptionnel jusqu'à la fin de la dernière décennie
a.C. Conformément aux dispositions prévues par la réforme provinciale de 27, les consuls
nommés à partir de 23 furent contraints d'attendre au moins cinq années avant d'être admis au
tirage au sort des provinces d'Afrique et d'Asie, exception faite des dispenses liées au mariage
et à la paternité. À notre connaissance, les années 10 et la première moitié de la dernière
décennie a.C. coïncidèrent avec une période de relative stabilisation du mode d'attribution
des deux provinces publiques consulaires. Les chiffres fournissent une explication claire :
les trente consuls qui se sont succédé de 23 à 12 a.C. ont permis de reconstituer l'effectif de
consulaires dont fut extraite la vingtaine de proconsuls d'Afrique et d'Asie nécessaire entre
17 et 6 a . C . ; à cette liste des trente candidats respectant le délai légal de cinq années entre
la magistrature et la promagistrature s'ajoutaient quelques consuls de 12 à 7 dispensés d'un
tel intervalle en raison de privilèges liés au mariage et à la paternité ou d'une intervention
impériale spécifique. Même si l'on élimine les consuls morts en fonction ou peu de temps
après , ainsi que le beau-fils d'Auguste, Tibère, qui fut consul en 13 et ne gouverna ensuite
ni l'Afrique ni l'Asie, le chiffre de consulaires qui remplissaient les conditions légales pour
accéder aux proconsulats d'Afrique ou d'Asie ne devait pas descendre de beaucoup en dessous
de trente. Il fut suffisant pour assurer à partir de 17 un roulement annuel de deux proconsuls
consulaires. Dans ces conditions, la sortitio apparaît comme un mécanisme dont la fonction
était d'attribuer le gouvernement de provinces lucratives devenues les plus prestigieuses à
la majorité de ceux qji exercèrent le consulat entre 23 et 12. Il reste à déterminer à propos
du tirage au sort si la procédure telle qu'elle a été reconstituée selon mon interprétation pour
les années 27-23 continua d'être appliquée les années suivantes ou si elle fit l'objet d'une
réforme. La réponse à cette question est loin d'être secondaire, puisqu'elle permettrait de
savoir selon quels critères les quelques anciens consuls nécessairement malheureux furent
privés du gouvernement des deux provinces publiques consulaires.
120

121

122

1 2 0

II faut d'ailleurs justifier la réforme de 23 autant - sinon plus - par la crainte de voir l'aristocratie
sénatoriale réagir à une monopolisation impériale du consulat qui la privait concrètement du gouvernement des
provinces consulaires que par les difficultés institutionnelles créées par l'exercice continu d'une magistrature qu'il
n'était pas d'usage de détenir aussi longtemps (comme le souligne Dion 53.32.3 : cf. dans ce sens Mommsen DPR,
V. 147. n. 1 : Bleicken 1990, 94-95 et Dettenhofer 2000, 103). "
Si l'on suit les règles fixées en 27. le nombre de proconsuls consulaires nécessaire entre 17 et 6 a.C.
devait être de vingt-quatre, mais le chiffre fut légèrement inférieur étant donné que le proconsulat d'Asie fut exercé
par la même personne pendant deux années consécutives à coup sûr en 12/11 et 11/10 (Dion 54.30, 3 ; sur l'identité
du proconsul pendant ces deux années [M. Vinicius?]. cf. infra, n. 125).
II faut à coup sûr éliminer M. Valerius Messalla Appianus, consul ordinaire en 12 décédé durant l'année
même de son consulat. Il faut peut-être ajouter C. Caninius Rebilus, également consul - suffect - en 12 qui pourrait
être décédé durant son consulat. On perd très vite de vue M. Livius Drusus Libo et Q. Aelius Tubero après leur
consulat exercé respectivement en 15 et 11, ce qui a fait penser à Syme 1986, 62 qu'ils étaient morts rapidement
après leur consulat, mais c'est loin d'être une certitude.
1 2 1

1 2 2

L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN

52

Une comparaison des fastes consulaires avec les fastes de l'Afrique et de l'Asie,
beaucoup mieux connus que pour les provinces de rang prétorien si l'on rappelle que nous
connaissons les noms d'une dizaine de proconsuls consulaires entre la fin des années 10 et
l'année 6, témoigne d'un certain nombre de phénomènes récurrents, signe que la sortitio
se conformait à une réglementation minutieuse. Lorsque les datations sont connues à un
ou deux ans près, on constate pour l'Afrique que C. Sentius Saturninus, consul ordinaire
en 19, devint proconsul en 13/12, soit aussitôt après l'intervalle de cinq années ; quant
à M. Licinius Crassus Frugi, consul en 14 a . C , on ne peut pas exclure dans le même ordre
d'idée qu'il soit parti en Afrique en tant que proconsul précisément en 8/7 (plutôt qu'en 9/8
selon la datation traditionnelle) . Pour l'Asie, la chronologie est nettement moins assurée
et on ne peut émettre à ce sujet que des hypothèses. Il est possible que M. Vinicius, consul
suffect de 19, ait exercé le proconsulat durant deux années consécutives, de 12 à 10 ;
1 2 3

124

125

1 2 3

Sur la datation de ce proconsulat, cf. Fishwick 1995. 235-245 et Fishwick 1996. 271-285.
Sur la question de la datation, cf. IRT, 319 = E-J, 105b sur laquelle M. Licinius Crassus Frugi apparaît
comme le proconsul d'Afrique en fonction au moment où Auguste exerçait sa quinzième puissance tribunicienne (de
juillet 9 à juillet 8 a.C.) et détenait sa quatorzième salutation impériale (conférée dans le courant de l'année 8 selon
Dion 55.6.4-5). Thomasson 1996, 22 a fait remonter cette inscription à la fin du proconsulat de M. Licinius Crassus
Frugi, qu'il date de 9/8 (cf. aussi Alföldy, dans CIL, VI, 8, 3, 4890 ad n° 41052), mais on peut tout aussi bien penser
qu'elle coïncide avec le début d'un gouvernement provincial qui s'étend en conséquence sur les années 8/7 : étant
donné que la succession dans le gouvernement provincial avait lieu à cette époque à une date non fixe entre mars et
juillet, il est possible qu'elle ait été érigée dans ces conditions aussitôt ou peu après l'arrivée de M. Licinius Crassus
Frugi en Afrique dans le courant de l'année, soit en avril, mai ou juin (cf. dans ce sens Syme 1991a, 438 qui propose
avec prudence la plus large fourchette chronologique 9/7).
L'exercice du proconsulat d'Asie par un M. Vinicius est attesté par une dédicace d'Aphrodisias
(Reynolds 1982, 171, n° 45 = AE, 1984,880). Cf. aussi une inscription de Mylasa sur laquelle est honoré un prêtre de
M. Vinicius et du jeune Néron et qui est datée entre 50 et 54 (cf. en dernier lieu Ferrary 1997, 218, n. 48 qui a donné
copie d'une partie de cette inscription après avoir consulté le carnet de L . Robert et qui a pu écarter à coup sûr l'idée
défendue par ce dernier et reprise par Syme 1986, 405, n. 13 que le membre de la famille impériale auquel un prêtre
rendait un culte devait être Drusus l'Ancien). L'identité de ce M. Vinicius sur ces deux documents épigraphiques
n'est pas assurée et a fait l'objet d'un débat : il s'agit soit du consul suffect de 19 a . C , soit du consul ordinaire de 30
p.C. (le beau-frère de Caligula dont on sait par ailleurs qu'il devint proconsul d'Asie sous le principat de ce dernier).
Traditionnellement admise, l'identification sur l'inscription de Mylasa du prince de la famille impériale avec Drusus
l'Ancien a longtemps contribué à privilégier la première solution (cf. dans ce sens, après L . Robert. Syme 1978,
138, n. 2 ; Syme 1986, 62 et 405 et Reynolds 1982, 172). mais la relecture de ce document par Ferrary affaiblit
l'ensemble de ce raisonnement. Toutefois, comme en convient Ferrary 1997. 218, n. 48, l'exercice du proconsulat
d'Asie par le consul suffect de 19 a.C. reste malgré tout très probable si l'on songe aux difficultés que représente
l'institution sous le principat de Caligula d'honneurs cultuels pour un proconsul d'Asie même si son mariage avec
Livilla en faisait le beau-frère du prince. Récemment, Eilers 2001, 204 a proposé de faire remonter ce proconsulat
plus précisément aux années 13/12 a . C , mais une telle datation pose problème dans la mesure où il est clairement
attesté par ailleurs que Vinicius était intervenu en Pannonie au moins pendant la première partie de l'année 13 en tant
que gouverneur de la province d'Illyrie : il avait précédé Agrippa, qui arriva en Illyrie au plus tôt à la fin de l'été 13,
et ne pouvait pour cette raison avoir été présent à Rome au début de cette année pour participer à la sortitio annuelle
et partir dans la foulée gouverner l'Asie en tant que proconsul (sur la présence de M. Vinicius en Pannonie en 13. cf.
Veil. 2.96.2 qui fait référence au bellum Pcmonicum commencé par Agrippa et M. Vinicius). Il faut donc proposer
pour le proconsulat d'Asie de M. Vinicius une date postérieure à l'année proconsulaire 13/12. Étant donné que les
années 10/9 sont déjà occupées dans les fastes de la province d'Asie par Paullus Fabius Maximus. ce M. Vinicius
pourrait être identifié avec le proconsul d'Asie qui fut nommé en 12 exceptionnellement pour deux ans à la suite
d'un tremblement de terre et dont l'identité n'est pas donnée par Dion, notre seule source sur ce sujet (54.30.3).
C'est la solution qu'ont adoptée Syme, Reynolds et Ferrary, mais il faut reconnaître qu'elle est loin d'être assurée
(on pourrait aussi songer aux années 8/7 ou 7/6).
1 2 4

1 2 5

L A NOMINATION D U PROCONSUL

53

quant à L . Calpurnius Piso (pontifex), consul en 15, il devint peut-être proconsul en 9/8,
8/7 et en 7/6 . Lorsque l'intervalle quinquennal n'était pas respecté, il s'agissait selon
toute vraisemblance de proconsuls qui bénéficièrent des privilèges liés au nombre de leurs
enfants. Même s'il n'est pas possible de connaître avec certitude le nombre exact de leurs
enfants à une date précise , ce que l'on en sait laisse entrevoir que de 15 à 5 a . C , deux
consulaires qui avaient été désignés comme proconsuls moins de cinq ans après le consulat
avaient en commun d'avoir trois enfants ou plus au moment de leur candidature : L. Domitius
Ahenobarbus, consul en 16 et proconsul d'Afrique en 12/11, qui était le père d'au moins
cinq enfants selon Syme ; C. Asinius Gallus, consul en 8 et proconsul d'Asie dès 6/5,
père d'au moins cinq fils dont trois devinrent consuls . Il faut peut-être inclure dans cette
liste P. Cornelius Scipio, le consul de 16 auquel Syme a attribué quatre fils - dont deux fils
,26

,27

128

129

1 2 6

Entre les proconsulats d'Asie exercés en 10/9 par Paullus Fabius Maximus et en 6/5 par C. Asinius
Gallus, il reste trois années proconsulaires, 9/8, 8/7 et 7/6, pour lesquelles on compte trois candidats sérieux :
P. Cornelius Scipio (à coup sûr proconsul d'Asie, mais plutôt en 13-12), Iullus Antonius (date difficile à déterminer
avec précision) et L . Calpurnius Piso (pontifex), auxquels il faut peut-être ajouter M. Vinicius si l'on refuse de dater
le proconsulat de ce dernier des années 12/10 : cf. Eilers 2001, 204.
Le problème d'ordre général est que nous avons connaissance d'un chiffre d'enfants qui est le plus
souvent minimal et que nous n'avons pas gardé le souvenir d'un certain nombre d'autres enfants, notamment ceux
qui moururent jeunes ou qui restèrent dans l'ombre.
Cf. Syme 1986. 59 et 155-167. mais il supposait notamment à partir de l'identification des personnes
représentées sur la procession de l'ara Pacis que L . Domitius Ahenobarbus et Antonia (Maior) n'avaient à cette
époque que deux enfants ; quant à leurs enfants plus connus - Cn. Domitius Ahenobarbus (cos 32), Domitia et
Domitia Lepida - . ils seraient nés dans le courant de la dernière décennie et au tout début de notre ère. Prise au pied
de la lettre, une telle interprétation remettrait en question l'idée que L . Domitius Ahenobarbus était parti avant le
délai de cinq années en raison du /i/.v liberorum, puisqu'ils n'auraient pas eu assez d'enfants pour revendiquer une
telle dispense au moment du tirage au sort, mais on peut imaginer que marié avec Antonia dans le courant des années
20. il avait eu d'autres enfants qu'on n'a pas jugé utile de représenter sur Vara Pacis. L'hypothèse que L . Domitius
Ahenobarbus devait au nombre de ses enfants le privilège d'exercer le proconsulat aussi tôt après le consulat a déjà
été émise avec prudence par Mommsen DPR, III, 288, n. 1 et Groag, L . Domitius (28) Ahenobarbus, in : RE, V, 1,
1903. 1344. En tout cas, contrairement à ce que laisse entendre Scheid 1975. 74, il ne me semble pas que le statut
de '"prince du sang" suffise à expliquer que l'intervalle entre le consulat et le proconsulat ait été inférieur à cinq
années.
Les fils de C. Asinius Gallus sont C. Asinius Poll io. cos. ord. en 23 ; M. Asinius Agrippa, cos. ord.
en 25 ; Ser. Asinius Celer, cos. suff. en 38 ; Cn.? Asinius Salonius ; Cn.? Asinius Gallus (cf. Syme 1986, 59 et
132-133 : tous semblent avoir eu pour mère Vipsania Agrippina, cf. sur ce point Raepsaet-Charlier 1987, 632633). L'hypothèse que C. Asinius Gallus devait au nombre élevé de ses enfants le privilège de partir gouverner la
province d'Asie moins de deux années après avoir exercé le consulat a été émise avec prudence par Mommsen DPR,
III. 288. n. 1 et 291, n. 3 ; Zippel 1883, 12 et 35 ; P. von Rohden, C. Asinius (15) Gallus, in : RE, II, 2, 1896, 1585 et
Thomasson I960, 26. Il n'est pas sûr que les cinq fils étaient tous nés au moment où C. Asinius Gallus fut candidat
au proconsulat consulaire (comme l'a fait remarquer Syme 1995, 305 qui avance l'hypothèse d'une désignation par
le prince en comparant le cas de C. Asinius Gallus à celui de Paullus Fabius Maximus, sans préciser les raisons qui
auraient conduit Auguste à s'écarter des règles en vigueur), mais on peut tout de même penser que les naissances d'au
moins trois d'entre eux - en tout cas les consuls de 23 et 25, auxquels il faut peut-être ajouter un nombre indéterminé
de filles - avaient déjà eu lieu. Il faut peut-être ajouter le nom de Iullus Antonius, qui fut consul en 10 et qui eut à
coup sûr un fils - L . Antonius - ainsi que peut-être un autre fils et une fille (comme le propose Syme 1986, 59 et
144 ; cf. aussi dans ce sens Raepsaet-Charlier 1987, 95), mais la date de son proconsulat d'Asie ne peut être établie
qu'approximativement entre 9 et 3 a.C. (Atkinson 1958, 327 ; Szramkiewicz 1975, 375 et 518 ; Saulnier 1981, 184,
n. 109 et Eilers 2001, 204 proposent 7/6, mais il ne s'agit que d'une hypothèse invérifiable dans l'état actuel de notre
documentation : cf. de manière plus prudente Thomasson 1984,1, 207 et Pucci Ben Zeev 1998, 289-290) ; en outre,
les sources ne permettent pas d'affirmer avec certitude que Iullus Antonius avait au moins trois enfants.
1 2 7

1 2 8

1 2 9

54

L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN

130

adoptifs - et une fille et qui gouverna l'Asie peut-être en 13/12, mais cette datation est
loin d'être assurée et l'on pourrait tout aussi bien songer aux années 8/7 ou 7/6 ·. Mis en
parallèle avec ce que l'on sait des règles complexes d'un ins liberorum défini en fonction
du nombre d'enfants, ces cas laissent penser que plus le nombre des enfants était élevé, plus
l'intervalle entre le consulat et le proconsulat était réduit. Pour autant, malgré la sagacité de
Syme, les stemmata des grandes familles d'époque augustéenne n'ont pas été reconstitués
avec suffisamment de précision pour apporter à ce sujet des arguments décisifs. Le seul
consulaire pour lequel la dispense de l'intervalle quinquennal apparaît exorbitante dans le
contexte des années 10 fut Paullus Fabius Maximus, le consul de 11 qui partit gouverner
l'Asie dès 10, soit quelques mois à peine après l'expiration de son consulat, sans que l'on soit
en mesure de lui attribuer un grand nombre d'enfants . Mais on verra que la nomination
de ce proconsul fit l'objet d'une intervention impériale exceptionnelle qui suspendait les
règles d'attribution des provinces publiques consulaires telles qu'elles avaient été définies
en 27 .
13

I32

133

Un autre élément à prendre en compte pour mieux comprendre les règles suivies lors
du tirage au sort des provinces consulaires entre 23 et la dernière décennie a.C. est la carrière
de Cn. Cornelius Lentulus (l'augure), le consul de 14 a.C. qui ne devint proconsul qu'en 2/1
a.C, soit douze années après l'expiration de son consulat . Un intervalle d'une aussi longue
134

1 3 0

Syme 1986,59 et 252 pense à un Scipio impliqué dans le scandale de Julie (la fille d'Auguste) en 2 a.C,
un autre P. Cornelius Scipio (questeur en Achaïe en 1 ou 2 p.C.) et peut-être une fille qui fut l'épouse de L . Volusius
(cos suf. 3 p.C), mais qui pourrait être aussi la fille de P. Cornelius Lentulus Marcellinus. Quant aux deux fils adoptifs.
il sont identifiés avec P. Cornelius Lentulus Scipio (cos suf. 2 p.C.) et Ser. Lentulus Maluginensis (cos suf. 10 p.C).
Le proconsulat d'Asie de P. Cornelius Scipio est attesté par une lettre envoyée par le proconsul aux
citoyens de Thyatire (Sherk RDGE, n° 66) et une monnaie de Pitane (RPC. 1.1,2392 = Grant 1946,229), mais aucun
élément précis de datation n'est fourni par ces documents. On propose d'ordinaire une fourchette chronologique
plus ou moins large allant de 10 à 3 a.C. (Syme 1956a, 265 ; Syme 1986, 252 et 405-406 : Grant F ITA. 389 ;
Sherk RDGE, 339 ; Thomasson 1984, I, 207 ; Atkinson 1958 proposant plus précisément l'année 8/7 : RPC se
contentant de le dater après 9). Récemment, refusant à juste titre d'établir le lien traditionnellement établi entre
le portrait de P. Cornelius Scipio sur une monnaie et un terminus posi quem fixé arbitrairement à 10 pour ce qui
est de l'autorisation accordée aux amici d'Auguste d'être ainsi représentés, Eilers 2001. 201-205 a proposé de
faire remonter la datation de ce proconsulat de quelques années et d'identifier ce Scipion avec le proconsul d'Asie
nommé en 12 exceptionneliement pour deux ans à la suite d'un tremblement de terre. Or on vient de voir qu'il était
préférable d'identifier un tel proconsul avec M. Vinicius, le consul de 19 (supra, n. 125). Dans ces conditions, trois
datations restent encore possibles : ou l'année 13/12, trois années après son consulat, ce qui est la solution la plus
vraisemblable si l'on accepte l'idée qu'il avait de nombreux enfants au moment de la sortitio et si l'on établit un
parallèle avec C. Asinius Gallus (sur les enfants de Gallus, cf. supra, n. 129) ; si cette datation ne devait pas vérifier,
il faudrait songer aux deux années restantes entre 10 et 6, en l'occurrence 8/7 ou 7/6.
Paullus Fabius Persicus et Fabia Numantina sont à ce jour les seuls enfants connus de Paullus Fabius
Maximus.
Sur Paullus Fabius Maximus, certainement nommé extra sortem. cf. infra, 89-90.
Cn. Cornelius Lentulus apparaît comme proconsul d'Asie sur une lettre qu'il avait adressée aux
citoyens de Nysa et qui est datée très précisément du début mai 1 a.C. ( C / G . II, 2943 = Sy//A 781 = Sherk RDGE.
n° 69). La question est de savoir s'il en était au début ou à la fin de son gouvernement provincial. Étant donné que
les proconsuls tirés au sort ne partaient généralement pas prendre possession de leur province avant le milieu du
printemps du moins sous Auguste et que le voyage de Rome à Ephèse nécessitait plusieurs semaines, il est préférable
de dater le proconsulat de Cn. Cornelius Lentulus de 2/1 a.C. plutôt que de 1 a.C. / 1 p.C. (sur cette datation,
communément acceptée, cf. PIR- C 1379 : Atkinson 1958, 327-328 ; Sherk 1984, 138, n. 3 ; Thomasson 1984, I,
207 ; Eck. dans NP, 3, 1997, 194 ; Tremoleda Trilla & Cobos Fajardo 2003, 39).
1 3 1

1 3 2

1 3 3

1 3 4

L A NOMINATION DU PROCONSUL

55

135

durée, qui ne compte à ma connaissance qu'un seul précédent , infirme a priori le principe
selon lequel le droit de tirer au sort les provinces d'Afrique et d'Asie était réservé chaque année
aux deux consulaires les plus anciens. L'absence éventuelle de descendance et un hypothétique
célibat ne peuvent pas non plus tout expliquer , pas plus que sa campagne dans la région
danubienne - à supposer qu'il faille la dater des années 9-6 a . C . - ne suffit à justifier qu'il ait
attendu aussi longtemps avant de partir gouverner l'Asie. Qu'elle fût ou non liée aux privilèges
attachés au mariage et à la paternité, l'ancienneté au consulat n'a pu dans l'absolu servir
d'unique principe en vertu duquel seuls les deux consulaires les plus anciens étaient admis au
tirage au sort des deux provinces consulaires pour se les répartir. Autrement on ne s'expliquerait
pas pourquoi Cn. Cornelius Lentulus devint proconsul d'Asie six ou sept ans après que son
collègue au consulat de 14, M. Licinius Crassus Frugi, eut obtenu le proconsulat d'Afrique.
Comprendre un tel décalage chronologique et une telle différence de traitement implique qu'il
faille prendre en compte la plus grande complexité d'une procédure qui n'était pas organisée à
la seule fin de désigner systématiquement les consulaires les plus anciens. L'ordre de succession
des proconsuls d'Afrique et d'Asie des années 10 et de la dernière décennie a.C. fait apparaître
que les critères retenus pour le mode de désignation étaient tout autres et multiples.
L'examen de la durée qui séparait le proconsulat du consulat entre 23 et 5 tend tout
d'abord à montrer que priorité était donnée aux anciens consuls qui compensaient une moindre
ancienneté au consulat par les privilèges du ins liberorum. Lorsqu'aucun consulaire père d'au
moins trois enfants n'était légalement en mesure d'obtenir le proconsulat d'Afrique ou d'Asie,
le tirage au sort était organisé selon des règles strictes qu'une étude des fastes contribue à
mieux définir. La datation tardive du proconsulat de Cn. Cornelius Lentulus laisse penser en
particulier que seules les deux procédures qui avaient déjà été envisagées pour les années 27
à 23 restent en lice pour décrire le fonctionnement de la sortitio entre 23 et 5 a.C. Première
hypothèse, le tirage au sort concernait annuellement tous les consulaires en vie ayant exercé le
consulat il y a plus de cinq ans ; dans cette perspective, Cn. Cornelius Lentulus aurait concouru
plusieurs années (six au maximum, de 8 à 2 a.C.) avant que la chance ne finît par le favoriser.
Mais il a déjà été souligné que la reconstitution de ce qui apparaît comme une loterie semblait
136

137

1 3 5

En l'occurrence celui de L . Sempronius Atratinus, le consul de 34 devenu proconsul d'Afrique en
22/21 (cf. les explications données supra).
Groag avait déjà cherché à justifier le long intervalle entre le consulat et le proconsulat par l'hypothèse
selon laquelle Cn. Cornelius Lentulus n'avait pu bénéficier du ius liberorum (PIR C , 1379). Une telle explication
repose sur un passage de Suétone laissant entendre que Lentulus était mort sans héritier (Tib., 49.1), mais elle est
loin d'être assurée. Il mourut en effet à un âge si avancé (plus de soixante-dix ans) qu'on peut imaginer qu'aucun
de ses enfants ne lui survécut. En outre, à supposer que l'absence de descendance et un célibat soient attestés de
façon plus sûre, ils ne suffiraient de toute façon pas à faire comprendre pourquoi Cn. Cornelius Lentulus dut attendre
durant tant d'années - sept après le délai quinquennal obligatoire - avant de partir gouverner l'Asie (il faudrait pour
cela admettre que pendant sept ans, il avait été contraint de s'effacer à chaque reprise lors de la sortitio annuelle
devant des consulaires bénéficiant tous d'une priorité liée à un mariage et à leur descendance, ce qui est aléatoire).
Un éventuel déficit en matière de ius matrimonii et liberorum était un élément important à prendre en compte, mais
il n'était pas le seul et il a fallu dans le cas de Cn. Cornelius Lentulus qu'il s'accompagnât d'une procédure qui ne
reposait pas sur le seul critère de l'ancienneté absolue au consulat.
C'était la solution retenue par Syme pour ce problème de chronologie après avoir privilégié les années
1-4 p.C. (cf. en dernier lieu Syme 1973, 596-597 [=Syme 1984, 879-880] ; Syme 1986, 290-292 et Syme 1991a,
435-440 qui propose les années 10-6 a.C).
1 3 6

2

1 3 7

L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN

56

contraire à la tradition romaine ; en outre, plusieurs exemples de proconsuls nommés aussitôt
ou très peu de temps après le délai légal de cinq ans montrent que le tirage au sort si fortement
réglementé laissaitfinalementpeu de place au hasard. Il faut plutôt penser que la procédure
déjà décrite par Cicéron à propos de l'attribution des provinces prétoriennes en 51 et appliquée
entre 27 et 23 pour tous les types de province perdura au moins durant la dernière décennie
a.C. : étaient admis pour la sortitio en priorité les consulaires qui jouissaient d'une dispense
liée au mariage et à la paternité, puis ceux qui avaient exercé le consulat cinq années pleines
auparavant et qui tiraient au sort entre eux le gouvernement de l'Afrique et (ou) de l'Asie ;
ce n'est que si le nombre minimal de deux candidats n'était pas atteint que l'on ajoutait les
consulaires de l'année précédente . Dans tous les cas defigure,trois, voire quatre personnes
au maximum pouvaient être amenées à tirer au sort deux provinces consulaires. Un tel scénario
peut parfaitement rendre compte du retard avec lequel Cn. Cornelius Lentulus exerça son
proconsulat : à partir du moment où il n'était pas parvenu à accéder au proconsulat lors de
la sortitio de l'année 8 (suo anno) pour une raison ou pour une autre - absence de Rome
si l'on pense avec Syme qu'il se trouvait alors dans les Balkans, tirage au sort défavorable,
priorité donnée à ceux qui jouissaient du ins liberorum... - , il fut contraint d'attendre une année
marquée par un manque de consulaires remplissant les conditions légales . Il aurait pu faire
partie des quelques rares candidats que la logique arithmétique privait du gouvernement d'une
province consulaire à la suite d'un malheureux concours de circonstance. Par chance, le nombre
de consulaires qui remplissaient les conditions légales pour accéder au proconsulat diminua
- provisoirement - entre 5 et 1 a.C, j'y reviendrai, ce qui lui offritfinalementl'occasion de
partir gouverner l'Asie.
138

139

C. Les vingt dernières années du principat d'Auguste : la réforme
de la procédure
Au tournant du changement d'ère, une nouvelle évolution acheva de donner à la
sortitio une forme légale qui devait durer pendant au moins un siècle, voire deux selon une
interprétation que je serai amené à développer. Pour les provinces consulaires, l'année 5
a.C revêt une plus grande signification que pour les provinces prétoriennes. Année du 12
consulat d'Auguste, elle compta trois consuls suffects et fut le point de départ d'une période
qui renoua avec la pratique de nommer plus de deux consuls par an (à la seule exception
de l'année 3 a.C). La multiplication des consulats suffects conduisit à renouveler très vite
la liste des consulaires : alors que vingt-deux nouveaux consuls étaient entrés en fonction
dans le courant de la décennie 15-6 a . C , trente-sept sont dénombrés pendant les dix années
e

1 3 8

C'est précisément du point de vue de la procédure une des possibilités retenues par Syme 1995, 305,
n. 31 pour rendre compte de l'anomalie que constituait un aussi long délai entre le consulat de Cn. Cornelius Lentulus
et son proconsulat d'Asie.
Cf. dans ce sens Syme 1995, 305 qui souligne qu'une telle reconstitution de la procédure suivie pour
l'attribution des provinces consulaires est finalement la seule manière de comprendre pourquoi l'intervalle entre le
consulat et le proconsulat dépassait si rarement à cette époque le délai de cinq années. Cela signifie qu'en 2 a . C ,
le manque de consulaires disponibles pour le tirage au sort de l'Afrique et de l'Asie était tel qu'il fallut remonter
jusqu'au consul de l'année 14 a.C.
1 3 9

L A NOMINATION D U PROCONSUL

57

suivantes, de 5 a.C. à 5 p . C , ce qui témoigne d'une nette augmentation. Un tel phénomène
bouleversa les conditions dans lesquelles la sortitio des provinces d'Afrique et d'Asie avait
lieu chaque année, puisqu'il mettait fin à terme au fragile équilibre qui avait été observé
jusqu'alors entre le nombre de consulaires disponibles et celui des postes à pourvoir : les
candidats au proconsulat consulaire devenaient au fil du temps de plus en plus nombreux,
alors que le chiffre fixe de deux provinces consulaires ne permettait pas d'en satisfaire plus
de deux par a n . L a conséquence était que plus les années passaient, plus le nombre de
consulaires qui avaient exercé leur consulat il y a plus de cinq ans et n'avaient gouverné ni
l'Afrique ni l'Asie augmentait. Sans doute difficilement vécue par les plus anciens consulaires
de plus en plus nombreux qui ne parvenaient pas à obtenir une province consulaire malgré le
désir légitime de couronner leur carrière, une telle situation devait déboucher à terme sur une
réforme des règles qui régissaient le déroulement du tirage au sort.
L'allongement continu de la durée qui séparait le consulat du proconsulat constitue
Γ aspect le plus directement visible des changements qui touchèrent la sortitio des deux
provinces consulaires à la fin du principat d'Auguste. Attesté à de multiples reprises par les
fastes à partir de la première décennie de notre è r e , ce phénomène laisse penser que s'il
était toujours interdit d'aspirer à un proconsulat moins de cinq années après avoir exercé une
magistrature, les consulaires qui étaient candidats aussitôt après un tel intervalle légal - soit
la sixième année après le consulat - finirent par ne plus être automatiquement privilégiés
et admis en priorité au tirage au sort. Il en résulte que les critères d'admission au tirage au
sort ne devaient plus être ceux qui avaient été décrits par le sénatus-consulte de 51 reproduit
en partie par Cicéron et qui furent vraisemblablement repris par Auguste à partir de 27. Ils
reposaient désormais de manière globale sur la plus grande ancienneté au consulat, renforcée
par le ius liberorum et peut-être par d'autres éléments plus difficiles à évaluer comme la
carrière des ascendants ou peut-être la nature du consulat (ordinaire ou suffect). Il reste à
déterminer à quel moment une telle réforme fut adoptée et quelle était plus précisément la
procédure désormais retenue.
Aucune source n'évoque de façon claire et précise l'évolution du tirage au sort telle
qu'elle se laisse deviner à partir d'une étude des fastes de la seconde moitié du principat
d'Auguste. On peut malgré tout convenir que le contexte des années 5 à 1 a.C. ne se prêtait
guère à une réforme d'une aussi grande portée. Compte tenu du délai légal entre le consulat
et le proconsulat, cinq années furent nécessaires avant que la multiplication des consulats
suffects constatée à partir de 5 a.C. ne commençât à produire ses effets sur le recrutement
des proconsuls d'Afrique et d'Asie. En outre, le nombre de consulaires qui remplissaient les
conditions légales pour se présenter au tirage au sort entre 5 et 1 a.C. était particulièrement
réduit durant ces années parce que quatre des dix consuls qui s'étaient succédé de 11 à 7 avaient
exercé à coup sûr leur proconsulat avant 5 a.C. notamment en raison du ius liberorum
ou étaient des membres de la famille impériale non intéressés par un gouvernement de
,40

14!

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Comme l'a souligné Brunt 1984,431.
Sur cet allongement de la durée, cf. Thomasson 1960, 22-28 et 32-35.
II s'agissait en l'occurrence de Paullus Fabius Maximus et de C. Asinius Gallus.

58

L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN

l43

l'Afrique ou de l'Asie . En conséquence, assurer de 5 à 1 a.C. un roulement annuel de
deux proconsuls signifiait qu'outre les six anciens consuls de 11 à 7 disponibles pour autant
que certains d'entre eux ne soient pas décédés entretemps , il fallut ajouter à la liste des
candidats d'autres consulaires - au moins quatre si aucun proconsul d'Afrique ou d'Asie ne
fut prorogé durant ces années - , admis à concourir à différents titres : en priorité les consuls
des années 6 à 2 a.C. qui jouissaient de dispenses liées au nombre d'enfants ; ensuite les
consuls d'une année antérieure à 11 qui n'avaient pas encore exercé de proconsulat (ce fut
sans doute le cas de Cn. Cornelius Lentulus l'augure, le consul de 14) ; soit en vertu d'une
adlectio au rang de consulaire, mais il n'existe à ce sujet aucun indice. Il est difficile dans ces
conditions d'imaginer qu'Auguste ait pu songer à réformer le fonctionnement de la sortitio
entre 5 et 1 a . C , car l'équilibre si commode entre le nombre de consulaires disponibles et
celui des postes à pourvoir devait toujours être atteint en dépit de difficultés provisoires .
À partir du tout début de notre ère, l'effectif de consulaires qui avaient exercé leur
consulat plus de cinq ans auparavant et n'avaient obtenu aucun des deux proconsulats
consulaires s'accrut progressivement. Un simple décompte suffit à mesurer l'ampleur du
problème : sur les soixante-quatre nouveaux consuls qui se sont succédé pendant vingt ans de
6 a.C. à 14 p . C , seuls une trentaine au maximum devinrent proconsuls d'Asie ou d'Afrique
de 1 p.C. à 20 . Même s'il faut éliminer les consuls morts en fonction ou avant de partir
exercer un proconsulat ainsi que le fils adoptif d'Auguste, Caius César, qui fut consul en 1
p.C. et ne gouverna ensuite ni l'Afrique ni l'Asie, un tel raisonnement signifie que près de la
moitié des anciens consuls étaient par la force des choses privés d'un proconsulat consulaire.
Dans ces conditions, le fonctionnement du tirage au sort tel qu'il fut défini par Auguste en
27, efficace dans des périodes de transition et lorsque le nombre de consulaires n'était pas
trop élevé, dut apparaître de plus en plus inapproprié dans le courant de la première décennie
de notre ère.
144

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,46

147

1 4 3

En l'occurrence Drusus l'Ancien, décédé en 9 l'année de son consulat, et Tibère, consul II en 7.
II s'agissait de Q. Aelius Tubero, Africanus Fabius Maximus, Iullus Antonius (?), T. Quinctius Crispinus
Sulpicianus, C. Marcius Censorinus et Cn. Calpurnius Piso
Sur la petite vingtaine de consuls qui se sont succédé de 6 à 2 a . C , seul un tout petit nombre est à ce
jour connu pour avoir eu plusieurs enfants. Le seul dont il est assuré qu'il put jouir du his triiim liberorum est M.
Plautius Silvanus, le consul de 2 a . C , dont on sait qu'il eut trois enfants : M. Plautius Silvanus, préteur en 24 ; A.
Plautius Urgulanius, mort à l'âge de neuf ans ; P. Plautius Pulcher, préteur en 36 (sur la descendance de M. Plautius
Silvanus, cf. Raepsaet-Charlier 1987, 415-416). Trois autres sont connus pour avoir eu au moins deux enfants :
C. Antistius Vêtus, consul ordinaire en 6 a . C , père de deux consulaires (C. Antistius Vêtus, consul en 23, et L .
Antistius Vêtus, consul en 28 ; cf. PIR A 771) ; C Sulpicius Galba, consul suffect en 5 a . C , également père de
deux consulaires ( C Sulpicius Galba, consul en 22, et le futur empereur, consul en 33 ; cf. PIR S 722) ; C Calvisius
Sabinus, consul ordinaire en 4 a . C , dont on connaît un fils et une fille ( C Calvisius Sabinus, cos. ord. en 26, et
Calvisia Flacilla ; cf. PIR C 353 et Raepsaet-Charlier 1987, 177-178).
Sur cette question, cf. Syme 1995, 305-306 qui avait déjà souligné les conséquences d'une diminution
du nombre de candidats aux proconsulats consulaires sur l'organisation du tirage au sort des provinces d'Afrique et
d'Asie pendant les années 6 à 1 a . C
Sur les vingt années qui séparent 6 a . C de 14 p . C , il faudrait normalement compter avec une possibilité
maximale de quarante proconsuls d'Afrique et d'Asie, mais la pratique de la prorogation, plus fréquente durant ces
années (attestée à coup sûr en 7/8, 10/11, 13/14 et 14/15, cf. infra), a contribué à faire diminuer ce chiffre théorique
d'une dizaine d'unités.
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1 4 5

2

2

1 4 6

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L A NOMINATION DU PROCONSUL

59

Que la réforme nécessaire de la sortitio ait eu lieu au plus tard au début du principat
de Tibère apparaît comme une certitude à la lecture de Tacite. Plusieurs passages des Annales
consacrés aux difficultés qu'avait suscitées la désignation du proconsul d'Asie pour les années
21/22 et 22/23 montrent qu'à l'inverse de ce qui avait été observé à partir des fastes
proconsulates des années 27 à 1 a . C , un des principaux critères était désormais celui d'une
plus grande ancienneté au consulat. Le contexte est celui de séances du Sénat consacrées
en 21 et 22 à l'attribution annuelle des provinces publiques consulaires. En 21, après que
les impératifs militaires liés à la guerre contre Tacfarinas eurent conduit les sénateurs à
choisir comme proconsul d'Afrique un général aguerri sans recourir au tirage au sort et selon
des modalités complexes qui seront définies infra, la décision fut prise d'attribuer l'autre
province consulaire, l'Asie, selon la procédure traditionnelle . M'. Aemilius Lepidus, le
consul ordinaire de 11 p . C , apparaît comme le seul candidat à s'être présenté à la sortitio ;
malgré l'opposition de Sex. Pompeius, il fut finalement désigné et partit en Asie exercer
son gouvernement provincial °. Il ne fait guère de doute qu'un des critères qu'il avait fait
valoir pour être autorisé à tirer au sort la seule province consulaire qui restait disponible
était une grande ancienneté au consulat (dix ans, ce qui est beaucoup dans le contexte de
cette époque), peut-être renforcée par le ins liberorum . L'année suivante, le scénario fut
identique. Après que Q. Iunius Blaesus eut été prorogé dans ses fonctions par un sénatusconsulte pour poursuivre les opérations militaires engagées contre Tacfarinas, la question de
la désignation annuelle du proconsul d'Asie fut naturellement mise à l'ordre du jour. C'est
à ce moment que Ser. Cornelius Lentulus Maluginensis, consul suffect en 10 p . C , fit valoir
ses droits pour obtenir l'Asie par tirage au sort : ut Asiani sorte haberet postulami ·. Il fut
finalement privé d'un tel gouvernement provincial, mais pour des motifs d'ordre religieux :
en tant que flamine de Jupiter, il n'était pas autorisé à s'absenter de Rome pendant la durée
de son gouvernement provincial, interdit qui fut rappelé par un décret des pontifes pris sous
Auguste et lu par Tibère lors d'une autre séance du Sénat . Il fallut donc admettre pour la
sortitio du proconsulat d'Asie un autre consulaire, étape par laquelle Tacite clôt le récit de
toute cette affaire en précisant qu'"en conséquence, le tirage au sort de l'Asie fut reporté sur
celui des anciens consuls qui venait immédiatement après Maluginensis": ita sors Asiae in
eum qui consularium Maluginensi proximus erat collata .
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,5

151

152

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154

1 4 8

Aw/?., 3.32; 58 et 71.
Ann., 3.32.2 qui utilise à ce sujet l'expression Asiae sorte.
Ami., 3.32.2.
Nous n'avons aucune information précise sur la descendance de M'. Aemilius Lepidus. On ne lui
connaît à ce jour qu'un seul fils (cf. PIR C 1394), mais on peut supposer qu'il eut d'autres enfants.
Ami., 3.58.1.
Tac, Ami., 3.71.2-3.
Ami., 3.71.3. Le nom du proconsul d'Asie de 22/23 qui partit exercer son gouvernement provincial à
la place de Ser. Cornelius Lentulus Maluginensis n'est pas donné par Tacite, mais on peut penser qu'il s'agissait
de C. Fonteius Capito, le consul ordinaire de 12 dont on sait qu'il fut l'objet d'une accusation à son retour d'Asie
peu avant 25 (Tac, Ann.. 4.36.3) et qui fut à ce titre proconsul de cette province soit en 22/23 (Furneaux 1896,
476 ; Vogel-Weidemann 1982, 249 avec un point d'interrogation), soit en 23/24 (Syme 1986, 237 avec un point
d'interrogation). Sinon, il faudrait songer pour le gouvernement de l'Asie de 22/23 à un des consuls de l'année 11,
T. Statilius Taurus ou L . Cassius Longinus, pour lesquels aucun proconsulat n'est à ce jour attesté.
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Aemilius Lepidus et Ser.et sans doute aussi pour les anciens préteurs . 2. À l'époque impériale. Cornelius Lentulus Maluginensis avaient dû chacun se présenter seuls à la sortitio. Il faut répondre qu'à l'inverse de notre perception contemporaine.l'ordre dans lequel ils devaient se succéder en tant que proconsuls. ce qui me conduit à penser que conformément à l'expression utilisée par Tacite. Les revendications e .avait été coupable de la mort de sa femme (décédée vers 160). même s'il n'y avait qu'une seule province consulaire à attribuer et qu'un seul proconsul à désigner . dans ce sens Mommsen DPR. ne ressentaient aucune difficulté à organiser un tirage au sort qui comportât la moindre incertitude. "allocation" ou "assignment" (cf. Cf. 155 — Le tirage au sort apparaît dans ces passages comme une simple procédure formelle réservant le proconsulat d'Asie au consulaire présent à Rome qui en avait fait expressément la demande selon un ordre de priorité sur lequel je reviendrai. Woodman & Martin 1996. 432 et 460).60 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN Du témoignage de Tacite sur la désignation du proconsul d'Asie en 21 et en 22 se dégagent plusieurs renseignements précieux qui permettent de reconstituer avec un certain degré de précision la procédure suivie au Sénat au début du principat de Tibère. déjà dans ce sens Zippel 1883. 266-267 et 278. je reviendrai sur ce passage infra. Cela signifie que d'un point de vue formel. 422 refusent malgré tout de donner au terme sors un sens technique renvoyant à l'organisation d'un tirage au sort en bonne et due forme et le traduisent par les expressions plus générales de "apportionment".8 1 5 6 1 5 7 .consul ordinaire en 143 . aussi dans ce sens Nipperdey 1884. Dion 79. III.22. deux pour les années durant lesquelles la sortitio des deux provinces consulaires était normalement organisée. signe que M'. 242-243. les Anciens. la province d'Asie resta la seule province publique consulaire à être disponible pendant ces deux années. le tirage au sort était toujours organisé.2 qui a bien vu que Tacite n'émettait pas le moindre doute sur l'issue favorable du tirage au sort de la province d'Asie en 21 et 22. 288-289). 5 et Furneaux 1896. 72-73. 156 — En précisant à propos de la sortitio de 22 que Maluginensis laissa sa place "à celui des anciens consuls qui venait immédiatement après". Cf. 1. L'incertitude qui était de mise au début de l'époque impériale lorsque le nombre de candidats pouvait être supérieur à celui des provinces publiques à pourvoir semble donc ne plus être d'actualité au début du principat de Tibère .1. aussi dans ce sens p. "il n'aurait pas ajourné un deuxième tirage au sort du pouvoir de consul" ( Vie des sophistes. les Romains en particulier. Dans cette perspective.4 . — L'emploi de sors à trois reprises établit que la sortitio continuait d'être choisie en 21 et 22 comme le mode d'attribution par excellence des provinces publiques consulaires. une sortitio eut lieu au Sénat en 21 et 22 de manière à désigner de manière tout à fait légale le seul candidat qui s'était déclaré. C'est très certainement à un tel classement que Dion Cassius fait également référence lorsqu'il précise à propos d'un consulaire du début du I I I siècle qu'il ne fut pas pris en compte par Septime Sévère pour ce qui est du "rang "ou de l'"ordre du tirage au sort" (την του κλήρου τ ά ξ ι ν ) . aussi dans ce sens Zippel 1883. l'essentiel était que les formes traditionnelles soient respectées. l'organisation d'un tirage au sort pour l'attribution de la seule province qui restait disponible (en l'occurrence l'Asie) n'aurait eu aucune signification (cf. L'argument utilisé est qu'à partir du moment où le proconsul d'Afrique était prorogé pour une année supplémentaire. le nombre de candidats était désormais équivalent à celui des postes à pourvoir : un seul exceptionnellement lorsqu'une des deux provinces était attribuée sans le recours au tirage au sort . Tacite témoigne de l'existence d'une liste établissant pour les anciens consuls . Il faut ajouter au dossier un passage obscur de Philostrate qui rappelle que si Hérode Atticus . 290 et n. Il est d'autant plus remarquable qu'en raison des circonstances militaires liées à la guerre contre Tacfarinas.57 1 5 5 Cf.

cf.L A NOMINATION DU PROCONSUL 61 de Ser. auquel il faut attribuer en toute hypothèse plus d'enfants. les règles du ius matrimonii et liberorum restent méconnues. aussi dans ce sens Alföldy 1976. Alföldy 1977. Cornelius Lentulus Maluginensis. plus le gain obtenu par les pères en terme de places dans le classement des consulaires était important? Si oui. aussi Alföldy 1976. pour les consulaires. mais l'examen des fastes laisse entrevoir quelques principes. A l'époque julio-claudienne en revanche.à une liste des consulaires prise en compte au moment de l'attribution annuelle de l'Afrique et de l'Asie : il faut comprendre dans cette perspective que classé deuxième l'année du décès de son épouse ou l'année suivante. on sait qu'en 21. traduction grecque de sortitio. il se dégage de l'analyse d'Alföldy 1977.fixé à cette époque à une quinzaine d'années . pour Tépoque sévérienne. Une solution est de voir dans ce passage une allusion . consul suffect en 10. si oui. peut-être le type de consulat exercé (ordinaire ou suffect) . jusqu'à quelle magistrature?) . faisait référence non pas à la désignation à un second consulat pour laquelle une telle procédure n'avait pas lieu d'être. PIR C 802 et Talbert 1984. Pour les consuls d'une même année. En revanche. 114-115 et 123 que le type de consulat qui avait été exercé était pour l'admission au tirage au sort un facteur qui contribuait à réduire d'une ou deux années l'intervalle . j'en conviens . mais au tirage au sort des provinces publiques consulaires. Cornelius Lentulus Maluginensis. ils n'ont pas réussi expliquer pourquoi Philostrate parlait d'une "deuxième" sortitio. consul douze années avant d'avoir cherché à tirer au sort le proconsulat d'Asie. avait été précédé au proconsulat d'Asie par le consul ordinaire de 11.obscure. 25 ont souligné que contrairement à ce que le texte laissait entendre. la situation est moins claire et dans ce sens Thomasson 1960. 295 . signe qu'un argument de cette nature était pris en compte au moment d'établir la liste du ou des candidat(s) admis à tirer au sort l'une ou les deux provinces publiques consulaires. qui était organisé précisément une quinzaine d'années après le consulat. Hérode Atticus "ajourna une seconde sortitio" dans le sens où il renonça à tirer au sort en second lieu la province qui restait disponible après que le consulaire classé premier eut déjà choisi l'autre province consulaire. cf. la mention de κλήρωσις. Aemilius Lepidus à tirer au sort la province d'Asie en faisant des difficultés rencontrées par son père un honneur plutôt qu'un opprobre. M'. Stein. font de l'ancienneté au consulat le principal élément de la hiérarchie qui avait été instaurée pour les anciens consuls. Il est également possible que le ius liberorum ait donné aux anciens consuls qui en bénéficiaient l'avantage d'être classés dans cette liste avant de plus anciens consulaires qui n'avaient pas ou peu d'enfants. 349.59 2 = 556 : ούτ' άν δευτέραν κλήρωσιν της υπάτου αρχής έπ' αύτη άναβαλέσθαι). réalité institutionnelle incompréhensible si l'on admet qu'il y avait le même nombre de candidats que de provinces à pourvoir. cf. Leunissen 1989. Dans le détail. Ils expliquent peut-être en partie pourquoi Ser. 34-35 a pu souligner à partir de nombreux exemples que d'anciens consuls suffects pouvaient devenir proconsuls d'Afrique ou 1 5 8 1 5 9 . Aemilius Lepidus. un consulaire qui provenait d'une famille ayant déjà compté des consulaires pouvait raccourcir d'une année l'intervalle qui séparait le consulat du proconsulat consulaire (de quinze à quatorze ans) . L'ordre définitif 158 . Les droits attachés au mariage et à la paternité étaient également pris en compte selon des modalités qui privilégiaient d'autant plus les anciens consuls candidats à un proconsulat qu'ils étaient mariés et que leur descendance était nombreuse. le Sénat admit finalement M'. mais rien ne permet dans ce cas précis de mesurer l'ampleur d'un tel privilège : faut-il penser que plus le nombre d'enfants était élevé. Pompeius. malgré l'opposition de Sex. 115 et 123 avait déjà démontré en ce sens que sous Antonin et Marc Aurele. 295. le mariage et la paternité étaient des critères qui permettaient aisément de les départager en leur attribuant dans la liste un rang qui était fonction du nombre de leurs enfants. Pour l'époque julio-claudienne. Pour l'époque qui va de l'avènement d'Antonin à la mort de Marc Aurele. 110. n. comment évaluait-on les années d'ancienneté qu'une nombreuse descendance pouvait faire valoir? Il faut enfin mentionner deux autres éléments sans doute pris en compte lors de l'admission à la sortitio : très certainement les origines familiales du candidat (avait-il ou non des ascendants qui avaient suivi un cursus honorum et.entre le consulat et le proconsulat au profit des consuls ordinaires .

consul suffect en 10. Aelius Lamia. C. nos connaissances en matière de chronologie absolue sont meilleures pour les proconsuls d'Afrique des premières années du principat de 16() 161 d'Asie plus tôt que d'anciens consuls ordinaires qui avaient exercé le consulat la même année. Valerius Messalla Volesus. interdit de tirer d'un ordre de succession présumé la preuve formelle que la réforme du tirage au sort remonte à la première décennie de notre ère. renforcée notamment par les privilèges attachés au mariage et à la paternité ou aux origines familiales. S'y ajoute que l'un ou l'autre des deux consulaires classés en tête de la liste lors de l'attribution des provinces consulaire ne participait pas nécessairement au tirage au sort soit parce qu'il ne le désirait pas pour une raison ou une autre. Seul L . et proconsul d'Asie à coup sûr sous Auguste [Sén. Nonius Asprenas.1] très certainement à la fin de son principat len 11-12?] . semble faire exception. Toute tentative de reconstitution du classement des candidats au proconsulat et de son évolution reste à ce titre aléatoire compte tenu de la difficulté . voire plus tôt (parmi les cas sûrs.de connaître aussi bien le nombre exact de leurs enfants à un moment précis que la date à laquelle eux et leurs enfants sont décédés. cf. consul ordinaire en 6).C. consul en 3 p . Ils laissent plutôt penser qu'il ne s'agissait là que d'un critère parmi d'autres qui devait être combiné avec d'autres facteurs parfois plus difficiles à déterminer comme la présence du consulaire à Rome ou sa volonté de partir en province telle année et qui devait très certainement moins compter que le ins liberorum.. cf. Mais un passage de Velleius indique qu'il n'avait pu être admis à la sortitio au moment où il était sur la liste en position de le faire parce qu'il exerçait alors une légation impériale en Germanie ou en Illyrie : Nam et Aelius Lamia . et quatre années avant M.L E PROCONSUL E T L E PRINCE D'AUGUSTE À DIOCLÉTIEN 62 figurant sur une telle liste résultait en tout cas d'un calcul complexe qui combinait toute une série de critères. 2 1 6 0 1 6 1 . Cornelius Lentulus Maluginensis. Autre source de complication. était entré en application dès les premières années de notre è r e . consul en 6 p. il devait être fréquemment remis à jour au gré des naissances et des décès des consulaires et de leurs enfants . 4. consul en 5 p. Furius Camillus et L .116. L . dans la mesure où il devint proconsul d'Afrique en 15/16 ou moins probablement 16/17. in Germania Illyricoque et mox in Africa splendidissimis functus ministeriis (2. car il laisse entendre qu'aussitôt après son retour d'Illyrie. PIR A 971 et F 576 .C..3). 70-71 et 75-77 . Aemilius Lepidus. notre incapacité à attribuer la moindre datation assurée aux proconsuls d'Asie et d'Afrique des années 1-10 p. Ann. Vogel-Weidemann 1982. il profita de sa première ou deuxième place sur la liste des consulaires pour être tout de suite admis à la sortitio et obtenir la province d'Afrique....5. Rien dans la liste des proconsuls d'Afrique et d'Asie n'empêche de penser que le principe de la plus grande ancienneté au consulat. 259 et RaepsaetCharlier 1987. consul en 5 p. Les paramètres pris en compte pour établir le classement des consulaires étaient si nombreux et la plupart d'entre eux sont si mal connus à ce jour qu'il serait illusoire d'utiliser les fastes pour déterminer plus précisément à partir de quand la procédure de la sortitio reconstituée à partir du témoignage de Tacite commença à être appliquée. 101-102 et 427 et 429 avec une discordance car elle accorde deux enfants à M. d'une durée de plusieurs années).rappelée supra . Cornelius Dolabella. consul ordinaire en 10. mais le premier partit en Afrique en 17 une année avant le second sans doute parce qu'il avait pour sa part exercé un consulat ordinaire. Mais tous ces exemples sont loin de prouver que l'on ne tenait aucun compte de la nature du consulat exercé. soit parce qu'il exerçait au même moment une autre fonction (par exemple une légation de province impériale. 3.68. C . Apronius furent tous deux consuls en 8 et apparaissent chacun comme pères d'au moins trois enfants (sur leur descendance. Vibius Postumus. et proconsul d'Asie pendant trois ans sans doute à cheval sur les principats d'Auguste et de Tibère).C. qui demanda à être admis au tirage au sort une année plus tôt que P.C. Mais ajoutée aux inévitables lacunes des fastes.5 et Tac. en tout cas après que le proconsulat d'Afrique et d'Asie eut été exercé par plusieurs consulaires moins anciens que lui (en l'occurrence L . Furius Camillus sans lui attribuer comme fils un homonyme qui prit en 38 la place de son père comme frère arvale). et proconsul d'Afrique entre 12/15 ou moins probablement en 13/16 . Syme 1986. L'emploi de mox ("aussitôt") est important pour notre propos. On mentionnera pour terminer un exemple dont la datation est assurée et qui semble témoigner d'une primauté accordée aux consuls ordinaires dans des cas où les candidats pouvaient avoir le même nombre d'enfants : M. En revanche. Ser. Dial.

3.1. cf. qui a daté une telle réforme du début du I siècle p . Un tel point commun n'est sans doute pas le fruit du hasard.29. Les fastes de la province d'Afrique étant complets pour la période qui va de 17/18 à 23/24.3. 224-230. Une autorité impériale plus affirmée sous les Julio-Claudiens et les Flaviens e r La période qui va de l'avènement de Tibère à la mort de Domitien à la fin du I siècle p.52. une telle liste classait sinon en tête. Pour l'Asie. 3. cf. Vibius Habitus n'est pas assurée.22. 1. 1969. 1 6 3 1 6 4 1 6 5 er 1 6 6 .265 etAE. aussi bien de rang prétorien que de rang consulaire . Il ressort que les proconsuls connus pour la période qui va de 15 à 20 avaient tous été consuls en 8 ou 9. Je rejoins sur ce point l'analyse de Thomasson 1960. furent proconsuls Sex. von Perganwn.. puis L. mais c'est moins probable .L A NOMINATION D U PROCONSUL 63 Tibère avec deux datations garanties par les Annales de Tacite : M.13 = Inschr. Il trouve une explication cohérente si l'on admet que le classement des consulaires selon les principes qui viennent d'être définis fut utilisé comme le critère d'admission au tirage au sort de l'Afrique et de l'Asie au début du principat de Tibère au plus tard . AE. aussi Alföldy 1969. Nonius Quinctilianus.20. mais aucune information précise sur le nombre de leurs enfants ne nous est parvenue et il ne faut pas oublier que leur présence ou non à Rome lors du tirage au sort était tout compte fait le premier élément à prendre en compte. mais elle fut soumise par le pouvoir impérial à un contrôle de plus en plus pesant qui prit plusieurs formes et sur lequel il faut désormais s'arrêter. mais sans aller jusqu'à penser comme celui-ci que le droit pour le prince de choisir les candidats remontait également à cette époque (cf.C. et Q. Thomasson 1996.21. ils avaient été immédiatement précédés . 1933. les origines familiales des candidats et la nature du consulat exercé furent peut-être utiles pour les départager en créant un ordre de priorité selon des modalités inconnues. consul suffect en 9 . La sortitio continua à être tout au long du I siècle la procédure habituelle pour désigner les proconsuls.13. Ann. Cf. Ep. III. 1962. 162 163 164 . Nonius Quinctilianus.1 . Sur le proconsulat d'Asie de Q.7. Sur le proconsulat d'Asie de Sex. Cf.1 .1 . Vibius Habitus.par A. RPC.. 28) ou entre 24 et le proconsulat triennal de C. 210. C . n° 67. Plin..ou suivis. qui ne peut être fixée à l'année près.268 qui attribue à Auguste la réforme en vertu de laquelle le nombre de candidats admis à la sortitio devait désormais être équivalent à celui des provinces publiques à pourvoir. est marquée par un renforcement progressif du pouvoir impérial pour ce qui est de la désignation des proconsuls. e r 166 1 6 2 Tac. consul ordinaire en 8. A cette époque. cf. du moins parmi les premiers. consul ordinaire de 8 qui exerça le proconsulat d'Afrique en 17/18. les consuls de l'année 8. mais on sait que vers la même époque. Apronius. n° 30 et 31 et Thomasson 1984. il faut penser qu'il gouverna cette province en 16/17 (Thomasson 1996. Furius Camillus. 2. 4. Sur la datation tibérienne de ces proconsulats. au début du principat de Tibère. le ins Hberorum.1. Vibius Marsus en 27/30. consul suffect de 8 qui gouverna Γ Afrique de 18 à 2 1 . la situation est moins claire. 2368. à ce sujet mes remarques critiques infra.65 D. La datation du proconsulat d'Afrique de A. Vogel-Weidemann 1982. 19. Poppaeus Secundus. Cf. 70). 6. qui furent tous disponibles pour partir gouverner la province publique consulaire à la suite de la sortitio . Poppaeus Secundus. consul suffect également en 8 .

Le dernier proconsul du I siècle à être parti à coup sûr plus de quinze ans après son 1 6 8 1 6 9 2 e r .1. mais il fut quant à lui envoyé en Macédoine en qualité de légat impérial dès l'année 35 jusqu'aux premières années du principat de Claude .. infra. le délai entre le consulat et le proconsulat était d'ordinaire de neuf à douze ans tout au long du I siècle . on sait qu'il était à Rome en 20 au moment du procès de Pison (Tac.11.125. cf. sur la longue durée de ce gouvernement provincial (peut-être jusqu'en 19). soit au moins seize ans après le consulat. Ulpius Traianus. Thomasson 1960. cf. Dans cette perspective et pour autant que le calme régnât en Afrique et en Asie. mais les lacunes de notre documentation en la matière sont si importantes que cette recherche n'a pu aboutir malgré des dépouillements systématiques dans la PIR et la RE. 128-129) .P. peut-être aussi M. étaient admis annuellement au tirage au sort des deux provinces consulaires les deux anciens consuls disponibles qui étaient à la tête d'un classement combinant l'ancienneté au consulat avec différents paramètres déjà mentionnés.fut condamné et banni aux îles Baléares (Tac. Aemilius Lepidus. L a sortitio de Tibère à Domitien : une réglementation stricte À l'instar de ce qui a été observé à l'époque augustéenne. Veil. devint proconsul d'Asie au plus tôt en 69/70. soit au moins dix-huit ans après le consulat. II s'agit de M.. Tenir compte du nombre d'enfants reste à mon sens une démarche utile qui permettrait de mieux comprendre l'ordre de succession des consulaires aux proconsulats d'Afrique et d'Asie. cf.56. 3.2) et qu'en 21. 95-96 et 99-100). D'un point de vue strictement théorique.C. Ann. le fils avait été exclu du tirage au sort des provinces consulaires tout au long du règne de Néron (PIR S 699 et Fluss. ce qui a pu conduire Dessau à supposer avec vraisemblance qu'à la suite de cette condamnation. Suillius Rufus . cf.181 avec prudence). Le premier devait être en Tarraconaise en qualité de légat impérial durant les premières années du principat de Tibère précisément au moment où son tour était venu de tirer au sort une province consulaire (sur cette légation impériale. Malgré les lacunes de nos connaissances concernant le nombre d'enfants des consulaires.43. P. 1931. Syme 1986.. Suillius Nerullinus. IV A 1.3). il faut d'emblée établir pour le fonctionnement du tirage au sort une distinction entre les règles qui avaient été fixées progressivement sous Auguste et leur application marquée par le poids croissant de l'autorité impériale. Ann. 2. 21-34. Il faut ajouter que M. Memmius Regulus. 719). C . le père de Trajan. voire de leur consulat. il fut pressenti pour être envoyé en Afrique à titre extraordinaire lors de la guerre contre Tacfarinas (Tac. 13. nommé proconsul d'Afrique sept années après avoir été consul . Ann. l'année de leur proconsulat. On sait que huit années après son consulat. cf.5 pour l'année 58). Quant à ceux qui partirent en Afrique ou en Asie plus de quinze ans après leur consulat. Marcius Barea Soranus. er l67 168 169 1 6 7 Sur cette question. son père .sans doute jusqu'en 44. on sait qu'au moins deux d'entre eux étaient employés à d'autres fonctions au service du prince lorsque leur tour de participer au tirage au sort de l'Afrique ou de l'Asie était venu. on verra que certains d'entre eux furent peut-être nommés sans passer par la sortitio (= extra sortem) et à la suite d'une intervention impériale . 3. 4. nommé proconsul d'Asie neuf années après avoir été consul (sur ces personnages et leur carrière. consul ordinaire en 6 p . in : RE. date à laquelle la Macédoine et l'Achaïe devinrent de nouveau des provinces publiques (sur cette datation. Iunius Blaesus lui fut finalement préféré et il attendit finalement l'année 26 avant de partir gouverner l'Asie (Tac.35). mais Q.5 . II s'agit notamment de Q. l'analyse des fastes témoigne d'une relative régularité en matière de désignation des proconsuls en faisant ressortir que pour les anciens consuls toujours en vie qui n'étaient pas tombés en disgrâce. et de P. Ann. consul ordinaire en 50 p .L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 64 1. PIR M 468 et Thomasson 1984. mais son cas est quelque peu différent. soit précisément au moment où l'admission au tirage au sort des provinces consulaires commençait à être envisagée. cf. Memmius Regulus ne devint pas proconsul avant 47. ce qui les conduisit à ajourner de quelques années un tel gouvernement provincial . Pour les proconsuls nommés moins de neuf ans après leur consulat.. C . consul suffect en 31 p. le prince n'avait pas à intervenir au moment de la sortitio annuelle et devait se contenter de faire appliquer le règlement tel que les passages de Tacite relatifs à l'attribution des provinces consulaires en 22 ont permis de le reconstituer.

cf. il faut compter 1 7 1 1 7 2 1 7 3 . les anciens préteurs n'aspiraient pas tous à un proconsulat correspondant à leur rang. 28) . Tibère contribua à allonger momentanément la durée d'attente du proconsulat consulaire. Iunius Silanus Torquatus. Eck 1974. Rubellius Blandus.268-269 qui va jusqu'à exprimer le sentiment que les carrières de certains sénateurs au service de l'empereur furent délibérément interrompues afin que ces sénateurs puissent compléter 'es lacunes dans la liste des candidats pour les proconsulats (269. aussi dans ce sens à propos de la Bétique Alföldy 1969. la fille de Drusus le Jeune et à ce titre la petite-fille de Tibère. Plusieurs facteurs peuvent expliquer un aussi long délai : il a déjà été souligné que son mariage tardif . 22 . Caetronius Miccio. Il signifie que les huit proconsulats de rang prétorien attribués par roulement chaque année représentaient alors plus souvent qu'on a pu le croire la seule occasion pour les anciens préteurs de gouverner une province . préteur en 24 et consul ordinaire en 27 . C . les proconsulats prétoriens étaient d'ordinaire réservés aux anciens préteurs dont la carrière s'annonçait moins brillante . Mommsen DPR. Cf. Raepsaet-Charlier 1987.360-361 et 536-537 et PIR R 111). 9 avec les exemples de C . le consul suffect de 18 qui ne fut proconsul d'Afrique qu'en 35/36 alors qu'il avait trois. seize pour atteindre le chiffre de dix-huit). dix-huit préteurs étaient nommés chaque année °. Il ressort en effet qu'une partie d'entre eux. le consul de 19 p . 2 1 7 0 e r Sur le nombre fluctuant de préteurs durant les premières décennies du I siècle (sans doute douze durant les premières années du règne de Tibère. Il a été notamment souligné que jusqu'à Claude.65 L A NOMINATION D U PROCONSUL Pour les huit provinces publiques prétoriennes. 203-204 [=Eck 1996. L'examen des fastes a pu conduire à la conclusion qu'à la différence des légations impériales. Tullius Varrò et C . préteur en 27 et consul suffect en 30. 44-451 et Rémy 1988. proconsul d'Asie pendant six années consécutives de 29 à 35). puis quatorze. quinze. n. leur 17 171 172 e r e 173 consulat est C. sans doute à partir de Claude. alors qu'on finit par en compter douze au I I siècle. 232-233 et l'état de la question dans Rémy 1988. Cornelius Lentulus Gaetulicus.même approximatif . ne devait pas être étranger à une admission à la sortitio des provinces consulaires peu de temps après qu'une telle union matrimoniale eut fait de lui un membre important de la domus Augusta (Thomasson 1960. de Caligula et de Claude suffit à mesurer l'ampleur du phénomène : sur les quarante années que représentent ces trois règnes. Cf. la situation administrative était différente notamment parce que les provinces impériales de rang prétorien étaient peu nombreuses et exercées qui plus est pendant plusieurs années par un même individu. mais une telle hiérarchisation des fonctions prétoriennes a été remise en question par Bruun et elle ne vaut en tout cas au plus tôt qu'à partir de l'époqueflavienne. Petronius.Durant la première moitié du I siècle p . C . Un tel calcul n'est pas sans incidence sur l'organisation de la sortitio annuelle des provinces publiques à l'époque julio-claudienne. 22. Cassius Longinus. voire quatre enfants (sur sa descendance. 111-112). L. dont le proconsulat d'Afrique a pu être daté de 38/39. cf. par exemple Cn.en 33 . III. l'état de la question infra. Licinius Crassus Frugi. Eck 1972-73. cf. notamment les patriciens. Dans le contexte des premières décennies de l'époque impériale. il faut ajouter qu'en prenant l'habitude à la fin de son règne de proroger des proconsuls pendant plusieurs années (par exemple P.avec Iulia. Iunius Silanus Torquatus. préteur en 23 et consul ordinaire en 26 . revêtaient le consulat moins de cinq ans après la preture ou exerçaient des responsabilités administratives ou militaires plutôt en tant que délégués du prince. Il ne faut malgré tout pas perdre de vue qu'à la différence des anciens consuls.effectué pour les règnes de Tibère. Il faut mentionner M. la sélection des candidats admis à la sortitio apparaît a priori plus complexe si l'on prend en compte que. Memmius Fidus) et Pflaum 1978. Un simple décompte . M. C . P.47-48 qui tire pour la Narbonnaise des conclusions analogues à celles de Alföldy. 233 . Antistius Rusticus. mais il s'agit là d'une simple hypothèse et rien n'empêche de penser qu'il était parti en Afrique durant la première moitié des années 30 (sur la difficile question de la chronologie du proconsulat d'Afrique de M. elles étaient au nombre de cinq et restaient gouvernées en moyenne par un même légat pendant trois années. cf.

les exemples se multiplient avec les faveurs de cette nature accordées par le pouvoir impérial à Martial. Dion 55. 5-23 et en particulier 20-22. 174 2. le prince ne pouvait se permettre d'admettre à sa guise au tirage au sort le candidat de son choix : il y avait en la matière des règles en vigueur qui pouvaient être d'autant moins transgressées qu'elles avaient été progressivement définies par Auguste. tandis que le nombre de proconsuls prétoriens devait tourner autour de trois cents (même si l'on tient compte des prorogations de proconsuls qui étaient devenues plus systématiques durant la deuxième partie du principat de Tibère et qui pouvaient conduire un proconsul de rang prétorien à gouverner sa province pendant trois années comme les légats du prince. Pline le Jeune et 175 176 177 entre cinquante et cent gouverneurs de provinces impériales de rang prétorien dans une fourchette large. Mais il ne faut pas non plus imaginer à cette occasion une trop vive concurrence entre les anciens préteurs.6. Galb.6. il gardait le droit d'envoyer et de faire lire au Sénat ses avis au moyen de lettres. quand il était absent de Rome comme Tibère pendant une retraite en Campanie qui dura une dizaine d'années.2. Dion Cassius rappelle que la permission d'attribuer à titre de faveur les privilèges attachés au ius trium liberorum à ceux et à celles qui n'avaient pas trois enfants passait au début de l'époque impériale par une décision du Sénat avant d'être du ressort de pouvoir impérial . Mais on sait qu'il fut accordé par des empereurs des I et II siècles. 1 7 4 1 7 5 1 7 6 er 1 7 7 y e . 14. La question est de savoir quand le prince fut autorisé à attribuer de tels privilèges. il ne faut pas en conclure pour autant que le pouvoir impérial s'abstenait d'ordinaire de peser d'une manière ou d'une autre sur le choix même des proconsuls. Un simple décompte suffit à montrer que Γ attribution des provinces publiques de rang prétorien était loin de répondre à une logique sélective : une fois éliminés les patriciens qui étaient parvenus rapidement au consulat ainsi que ceux qui avaient été placés entretemps par le prince à la tête d'une province impériale ou qui étaient morts peu de temps après la preture. le passage de Dion restant flou sur ce point . La praxis : le patronage impérial Si le témoignage de Tacite relatif à l'attribution en 21 et 22 de la province d'Asie ne mentionne dans ce cas précis à aucun moment l'intervention directe de Tibère lors du tirage au sort. Bruun 1986.66 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN importance ne doit donc pas être sous-estimée et leur tirage au sort ne devait pas concerner que des individus de second rang . 110-111). Suét. Les modalités de l'intervention impériale au moment de la sortitio étaient diverses. Mais le pouvoir impérial avait à sa disposition des moyens détournés pour faire connaître et valoir ses volontés pour le choix des différents proconsuls.. Le premier qui est connu pour avoir possédé une telle compétence est Galba . ce qui fait référence à l'époque sévérienne. il ne devait pas rester chaque année beaucoup plus des huit candidats nécessaires au renouvellement des proconsulats prétoriens. On conviendra qu'à partir du moment où la désignation se faisait par le recours à la sortitio. On sait également que l'intervention du pouvoir impérial se renforça par le biais de la priorité que les candidats à tout proconsulat retiraient du mariage et de la paternité. Par la suite. Dion se borne à dire que le droit d'accorder le ius trium liberorum appartenait au prince "aujourd'hui". infra. Il ne faut tout d'abord jamais oublier que le prince était en général présent aux séances du Sénat et pouvait orienter les débats en tant que princeps senatus et en vertu d'un ins relationis étendu . cf.

Pour ce qui est plus précisément de la désignation des proconsuls par le biais du tirage au sort.1-4. Le prétexte de Y excusatio pouvait être également utilisé par le pouvoir impérial de manière à permettre à un membre de son entourage le plus proche de couronner plus rapidement sa carrière par le proconsulat d'Afrique ou d'Asie. On ne possède aucun témoignage sur un scénario de ce type. Il y est longuement question des multiples pressions qui conduisirent finalement Cn. le consul antonien de 32 qui avait été épargné après la bataille d'Actium. Sosius.67 L A NOMINATION D U PROCONSUL Suétone. Tac. il ressort que le pouvoir impérial finit par recevoir de manière légale la capacité d'intervenir dans la procédure de désignation des proconsuls en donnant une priorité au moment du tirage au sort à des candidats qui n'avaient pas trois enfants. le prince exerça au I siècle une influence que l'on peut qualifier de négative : il n'était pas en mesure d'imposer un candidat au mépris du règlement existant. Il s'agissait là d'une intervention qui relevait du domaine extra-institutionnel. Tacite rappelle que sous le règne de Domitien. mais il pouvait écarter du tirage au sort tout candidat au proconsulat dont il ne voulait pas. C . des proches du prince vinrent trouver Agricola au moment où son tour était venu de tirer au sort le proconsulat d'Afrique ou d'Asie pour le dissuader de se présenter à la sortitio annuelle de ces deux provinces.. Si l'on fait abstraction des arrière-pensées moralisantes d'un passage qui est censé dénoncer les excès de Domitien. mais pour lequel aucun proconsulat n'est attesté ni en 26 ni par la suite alors que la manque de consulaires était patent. mais il est indéniable que dans une société aussi er . l'un des deux candidats les mieux placés pouvait être amené à passer son tour afin de laisser la place laissée vacante au candidat qui venait aussitôt après dans le classement des anciens consuls et qui jouissait quant à lui du soutien du prince. On peut en effet imaginer que sous l'effet de l'influence impériale. Fritz 1957. mais qui devait se révéler efficace. le pouvoir impérial n'avait aucune peine à faire pression sur un candidat qui remplissait toutes les conditions légales pour lui déconseiller instamment de se présenter le moment venu au tirage au sort des provinces publiques. cf. Il n'est guère douteux qu'officieusement.78 179 er 1 7 8 On songe en particulier à C. il est évident qu'une telle "comédie" avait dû se renouveler à de multiples reprises bien avant lafindu I siècle p .une excusatio . mais seul un passage de Y Agricola de Tacite décrit avec précision les mécanismes de ce type d'intervention impériale. Agr. 1 7 9 . Quoi qu'il en soit de ce problème chronologique. Auguste ait été amené à recommander aux consulaires antoniens les plus compromis qui avaient été épargnés de ne pas participer à la sortitio de l'Afrique et 'de l'Asie . Il est possible que très tôt.au gouvernement de l'Afrique ou de l'Asie après l'avoir entraîné devant le prince . Alternant à son encontre menaces et arguments visant à le persuader des avantages d'un otium bien mérité. Il utilisa une telle prérogative à de multiples reprises. en 88 ou 89. 42. ils obtinrent au bout du compte une renonciation en bonne et due forme . sans doute dès le principat d'Auguste : c'était là pour le prince un moyen commode de briser ou de ralentir la carrière de tout candidat suspect qui pouvait difficilement ne pas tenir compte d'un tel veto impérial. Sur ce passage. 73-77 qui analyse cet épisode comme une "comédie" destinée à écarter Agricola du tirage au sort des deux provinces publiques consulaires. Iulius Agricola à renoncer au gouvernement de l'une des deux provinces consulaires.

Ann. 6. Elle finit par être également du ressort du prince. aucun autre exemple d'intervention impériale de ce type n'est parvenu à notre connaissance et il semble que les empereurs ne prirent jamais seuls l'initiative d'écarter publiquement un candidat de la sortitio des provinces publiques.. L'exclusion du tirage au sort était une mesure débattue d'ordinaire par les sénateurs . L'historien grec commence par définir l'esprit général de la réforme en précisant que "plus tard. L'emploi par Tacite de l'expression epistulis Caesaris tristibus laisse entendre en particulier qu'une telle interdiction fut communiquée par Tibère à l'intéressé par la seule voie épistolaire et n'avait pas eu pour cadre une séance du Sénat. La question de l'exclusion du tirage au sort fut de nouveau soulevée quatorze années plus tard. 3.. l'exclusion du tirage au sort serait restée sous Tibère une mesure de rétorsion officieuse qui relevait plus des pressions impériales exercées sur un candidat comme Agricola. ne se sentit en mesure de se faire investir d'un privilège qui devait apparaître exorbitant. Pompeius.. la proposition de ne pas admettre un candidat . livre de précieuses indications. et c'est ainsi que ce dernier leur donne d'une certaine 1 8 0 Cf. se suicida après avoir reçu de Tibère l'ordre de ne pas tirer au sort une province consulaire . Ep. Une autre question est de savoir si le prince finit par se faire reconnaître de manière plus officielle le droit d'écarter du tirage au sort tout candidat au proconsulat dont il ne voulait pas.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 68 marquée par les liens de clientélisme... Cornelius Dolabella proposa au Sénat de donner au prince le droit d'exclure systématiquement du tirage au sort tous les hommes dont la réputation lui paraissait douteuse ou qui s'étaient révélés notoirement incapables. Sulpicius Galba. le patronage impérial comptait autant. que le strict respect du cadre légal. 1 8 1 1 8 2 . mais le contexte de toute cette affaire est loin d'être clair. cf.. Par la suite. en 36. 2.8() er 181 182 E. Ann. mais Tibère rejeta sans ambiguïté une prérogative qui pouvait apparaître comme une sélection impériale de tous les candidats à un gouvernement provincial . lorsque C. Si tel était le cas. pas plus qu'Auguste. dans ce sens Plin. une telle intervention impériale dans le processus de nomination des proconsuls devint caduque avec une réforme de grande ampleur qui donna au prince le droit non pas d'écarter les candidats. aussi T a c .2.au tirage au sort de la province d'Asie fut finalement rejetée par les sénateurs. la seule différence étant que Domitien n'avait pas envoyé personnellement de lettre et avait préféré laisser agir les membres de son entourage. Ann. 3. Un tel refus signifie que Tibère. le prince se fit reconnaître d'une manière ou d'une autre le droit de choisir les candidats autorisés à tirer au sort les provinces publiques de rang prétorien et consulaire. Galb. Un passage de Dion Cassius. Tac. mais de les choisir. Suét. le frère du futur empereur. lorsque certains d'entre eux (= les proconsuls) ne gouvernèrent pas bien. Aemilius Lepidus .en l'occurrence M'.2 qui rappelle qu'émise en 21 par Sex. 3 et Tac. C . sinon plus. Restée occasionnelle. mais dans des circonstances et des conditions qui ne semblent pas avoir revêtu un caractère officiel tout au long du I siècle. leur désignation fut confiée à l'empereur. qui reste à ce sujet notre unique source.2 . La présélection e des candidats par le prince (III siècle) Au terme de l'évolution. . En 22 p .40.12.32.. P. mais sans donner de solution à toutes les questions.69.

30. L a seconde partie du passage de Dion Cassius (53. cf.14. L'ensemble du passage de Dion Cassius ne signifie pas que la sortitio fut purement et simplement remplacée par une désignation impériale . Je remercie W.L A NOMINATION DU PROCONSUL 69 183 manière leur gouvernement" .86 e 187 188 1 8 3 Dion 53.431-432 commet une inexactitude lorsqu'il précise simplement qu'à l'époque sévérienne. Une autre question. Un tel débat ne pourra en tout cas être considéré comme définitivement réglé étant donné les lacunes de notre documentation sur cette question ponctuelle.3. Faut-il penser que Dion Cassius fait référence à une mesure légale qui donnait en bonne et due forme à Septime Sévère (et à ses successeurs) le droit de choisir en amont les candidats admis à tirer au sort les différents proconsulats? ou faut-il plutôt admettre que le passage en question se contente de synthétiser une évolution qui allait dans le sens inéluctable d'un renforcement des prérogatives impériales en matière de désignation des proconsuls sans passer pour autant d'un point de vue juridique par une modification des règles qui étaient traditionnellement suivies lors de la sortitio! Aucune des deux solutions qui viennent d'être présentées ne s'impose de toute évidence . 1 8 4 1 8 5 1 8 6 1 8 7 1 8 8 . On se limitera à préciser que l'interprétation retenue prendra un tour plus systématique ou plus pragmatique selon que l'on accepte ou non l'idée que Septime Sévère fit adopter une mesure 184 185 . Comme l'a vu Noè 1994. Le tirage au sort des provinces publiques était toujours organisé à son époque. Une telle réforme présentait l'avantage de permettre au prince de choisir tous les proconsuls sans prendre la responsabilité de mettre fin au mode d'attribution traditionnel des provinces publiques.5 qui fait référence à deux proconsuls de Chypre désignés à la fin du règne de Caracalla et sous Macrin à la suite d'un tirage au sort (les formules utilisées ne laissent aucun doute en parlant pour le premier le terme κληρωτω et pour le second la formule έκ τού κλήρου τήΚύπρω προσταχθέντα). 129. Eck pour m'avoir fait prendre conscience (dans le cadre du débat qui a eu lieu lors de la soutenance de mon Habilitation) que la lecture proprement juridique de la réforme du tirage au sort des proconsuls telle qu'elle est présentée par Dion Cassius était loin d'aller de soi et n'était pas la seule interprétation possible.4) atteste au contraire que la procédure était plus complexe et situait l'intervention impériale dans le cadre d'une sortitio. mais il était placé sous le contrôle d'un pouvoir impérial auquel était reconnu le droit de présélectionner à sa guise autant de candidats qu'il y avait de proconsulats à tirer au sort .14. Brunt 1984. Une telle question ne peut être abordée qu'à condition de prendre en compte les conditions techniques du tirage au sort.3. et ceux qu'il veut" . Du passage de Dion découlent quelques certitudes. Une première incertitude concernait la manière dont les dix candidats admis chaque année à la sortitio (huit anciens préteurs et deux anciens consuls) se répartissaient les huit provinces prétoriennes et les deux provinces consulaires. Dion 53.4 et 80.14. Elle sera étudiée pour cette raison dans l'annexe consacrée à l'organisation matérielle de cette procédure. Il continue en donnant une précision capitale qui décrit les modalités d'une telle intervention impériale : "car il ordonne que tirent au sort le même nombre de candidats qu'il y a de provinces. Sur la permanence de la procédure de la sortitio à l'époque sévérienne. mais aussi de nouvelles interrogations sur le nouveau droit de présélection impériale des proconsuls. notamment Dion 79. est celle des modalités de la présélection impériale des candidats admis à tirer au sort la dizaine de proconsulats annuels. les proconsuls étaient choisis ou désignés par l'empereur.4. au début du I I I siècle . qui s'inscrit dans le prolongement de la première.

qui écartait ceux qui ne lui convenaient pas pour une raison ou une autre . Il précisait que ce fut à partir du début du I siècle p. 51 qui avait déjà justement souligné que le refus de Tibère en 22 constituait un argument contre la datation haute de Thomasson. n. On rappellera que formulé par Tibère au Sénat en 22. qui est le plus délicat. que le tirage au sort des provinces publiques fut organisé selon de nouvelles modalités dont il reconstitue les principaux aspects : après avoir été classés en fonction des différents critères dont il a déjà été question (ancienneté dans la magistrature.C. Vogel-Weidemann 1982. Une telle analyse souligne à juste titre les inévitables conséquences du recours systématique à des consuls suffects sur l'évolution de la sortitio.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 70 légale réformant la sortitio de manière à donner plus de pouvoirs au pouvoir impérial dans la nomination des proconsuls Le dernier problème à résoudre. est celui de la datation d'une réforme ou d'une évolution dont Dion se borne à indiquer qu'elle eut lieu "plus tard". Alföldy 1977. Plusieurs remarques peuvent être faites. tandis que l'historien contemporain en donne une lecture négative (écarter ceux dont il ne veut pas). 63 avait déjà émis des réserves en signalant que le bien fondé de l'interprétation de Thomasson ne pouvait être démontré. le refus d'exclure du tirage au sort tous ceux dont la réputation lui paraissait douteuse ou qui s'étaient révélés notoirement incapables n'aurait guère de sens si le prince était déjà en situation de choisir ses propres candidats . La réforme du tirage au sort qui donnait au prince le droit de présélectionner ses candidats sous une forme ou une autre est datée d'ordinaire de l'époque 1 8 9 Thomasson 1960. 19-20. Thomasson a proposé une datation haute lorsqu'il liait la reconnaissance au prince d'un droit de présélection à la sortitio à l'augmentation du nombre de consulaires. De cette première remarque critique ponctuelle dérive une autre objection. plus fondamentale : si on peut admettre que le prince puisse intervenir dès le I siècle pour exclure du tirage au sort l'un ou l'autre candidat. il est difficile de reconstituer une chronologie plus précise. effective à partir des années 5-1 a. Sur cet argument. Divers épisodes déjà mentionnés viennent rappeler la discrétion et les limites de l'intervention des Julio-Claudiens et des Flaviens en la matière. L a conclusion est indiscutable : pour ce qui est du tirage au sort. mais elle ne convainc pas lorsqu'elle fait remonter au début du I siècle une intervention impériale aussi systématique dans une telle procédure . qui affaiblissent la reconstitution de Thomasson. Les pressions exercées par des proches de Domitien sur Agricola pour le dissuader de se présenter à la sortitio de l'Afrique et de l'Asie constituent un autre argument qui indique de nouveau a contrario qu'à la fin du I siècle. 122. cf. 1 9 0 1 9 1 .C. il est en revanche plus difficile de penser qu'il était à la même époque en mesure d'établir la liste de ceux qui étaient autorisés à participer à la sortitio annuelle des provinces publiques. 13. L'historien grec précise que le prince ordonne de tirer au sort à "ceux qu'il veut". différente selon qu'on prend en compte le passage de Dion ou l'interprétation présentée par Thomasson. le prince n'avait toujours pas été investi d'un tel droit de présélection. le pouvoir impérial n'avait pas été investi des compétences décrites par Dion Cassius avant le II siècle. er 189 er 190 e r 191 er e Si l'interprétation de Thomasson doit être écartée. La première porte sur la définition même du droit de "présélection" des candidats à la sortitio. n. mariage et nombre d'enfants). les candidats au proconsulat auraient été présentés au prince.

Cf. 122 . 812-813 . Eck a pu faire remarquer que le critère de base pris en compte pour l'admission à la sortitio des provinces consulaires était l'ancienneté au consulat avec un intervalle qui était monté à dix-sept ans sous Trajan pour se réduire à quinze années avec Hadrien . On peut peut-être penser à un effet du ius liberorum. mais les données sur ces personnages sont trop insuffisantes pour nous permettre de tirer avec certitude une telle conclusion. Afranius Flavianus. En conclure que le prince ne s'était toujours pas fait reconnaître au milieu du II siècle le droit de choisir les candidats pour le tirage au sort des différents proconsulats reste malgré tout un argument e silentio qui est fragile et loin d'être décisif.459. Thomasson 1960. Jacques-Scheid 1990. il se dégage de la synthèse consacrée par Alföldy à la couche dirigeante sénatoriale sous les règnes d'Antonin et de Marc Aurele que le tirage au sort de l'Afrique et de l'Asie obéissait à un règlement complexe qui ne devait reconnaître officiellement au prince qu'une 193 194 1 9 2 Mommsen DPR. Eck 1974. Alföldy 1977. e — L'emploi dans le passage de Dion Cassius de plusieurs verbes au présent laisse penser que cette réforme date de son époque. mais en tenant compte de critères comme le nombre des enfants. il est improbable qu'il n'en soit resté que deux une quinzaine d'années plus tard pour tirer au sort l'Afrique et l'Asie. c'est-à-dire dans le respect d'une limite temporelle qui interdisait aux consulaires de prendre part à une telle procédure au-delà d'un certain nombre d'années après le consulat. Noè 1994. Mais cette remarque d'ordre philologique perd de sa valeur si l'on rappelle que le premier verbe utilisé dans ce passage par historien grec est l'aoriste ("leur désignation fut confiée à l'empereur"). Fronton justifie sa seconde place dans le classement des consulaires admis à la sortitio de l'Afrique et de l'Asie en faisant référence au seul ins liberorum et sans évoquer la moindre intervention impériale dans une telle procédure. mais étant devenu proconsul d'Asie avant celui-ci. Tout au plus peut-on mentionner quelques indices qui vont dans le sens de Y opinio communis en soulignant que le renforcement de l'autorité impériale en matière de désignation des proconsuls semble ne pas être antérieur à l'avènement de Septime Sévère. si elle ne règle pas tous les problèmes . 531 qui précise qu'il ne connaît qu'une seule exception possible : Iuventius Celsus ayant été consul après P. De Martino 1974. 431 . 291 . Antonin aurait très bien pu procéder lui-même à une telle présélection non pas de manière arbitraire. 2. 221 [=Eck 1996. e — Dans la lettre adressée à Antonin déjà analysée. mais c'est un point sur lequel nos sources gardent le silence). La régularité avec laquelle les proconsuls d'Afrique et d'Asie se succédaient en fonction de l'année d'exercice du consulat. III. IV. peut-être aussi l'obligation de participer au tirage au sort suo anno selon le témoignage des sources. 1 9 3 1 9 4 . Brunt 1984. mais il n'existe à ce propos aucun argument décisif dans la mesure où les sources donnent peu de précisions sur le tirage au sort tel qu'il se déroula au II siècle. fait penser que le prince n'intervenait tout au plus que pour écarter les candidats indésirables dont le tour était venu ou pour départager des consulaires qui avaient été classés ex aequo en fonction des différents critères du ius sortiendi. 170 . Dans le même ordre d'idée. critères qui restent difficiles à déterminer avec précision (le ius liberorum en tout cas. en l'occurrence du début du I I I siècle. 1974. Pour la période qui va de l'avènement de Nerva à la mort d'Hadrien. e — L'argument le plus probant reste l'analyse des fastes d'époque antonine.71 L A NOMINATION DU PROCONSUL 192 sévérienne . 53] a déjà souligné en ce sens pour la période flavienne et le début de l'époque antonine que sur les sept sénateurs qui parvenaient en moyenne chaque année pour la première fois au consulat. Il devait donc y avoir pour les départager d'autres critères que l'ancienneté au consulat. 129 et Guerber et al 2002. 30-33 et Eck. 221 [=Eck 1996.

PIR D 77 et Raepsaet-Charlier 1987. Marqué par la discrétion de l'intervention impériale. Sous les Antonins. Vettius Sabinianus Iulius Hospes.4. 295-296. 110-124 . Pour des raisons inconnues. La même remarque vaut pour le règne de Commode à la lumière des récentes recherches prosopographiques de Leunissen : les proconsuls d'Afrique et d'Asie continuèrent à être tirés au sort une quinzaine d'années après avoir exercé le consulat et à se succéder dans un ordre qui était fonction de leur ancienneté dans cette magistrature . infra . cf. cf.et était difficilement antérieur à douze ou treize ans. si l'on songe que l'intervalle entre le consulat et le proconsulat tournait toujours en général autour de quinze ans . sur ce point Leunissen 1989. qui furent consuls la même année que Pertinax si l'on suit Leunissen.72 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 195 fonction d'arbitre .C. 333 et 352 pour le premier . mais nos données sont en la matière partielles (on sait que Pertinax et Didius Iulianus avaient eu au moins deux enfants. à ces paramètres s'ajoutait la nécessité d'être présent à Rome au moment de la sortitio annuelle. Étant donné que le consulat suffect remonte au plus tôt à l'année 198 ou éventuellement à 199 (cf. on ne lui en connaît qu'un à ce jour. Anicius Faustus ne put espérer être admis à la sortitio de l'Afrique et de l'Asie avant 209. Ce n'est sans doute pas un hasard si la première intervention directe du prince dans le choix des candidats qui est attestée par les sources date de l'époque sévérienne. il avait été désigné par Macrin comme proconsul d'Asie "bien qu'il n'eût pas été pris en compte par Sévère pour ce qui est de l'ordre du tirage au sort" (την τοΰ κλήρου τάξιν) '. Tout juste peut-on signaler que P. le nombre d'enfants . le fonctionnement de la sortitio à l'époque antonine contraste avec ce que nous pouvons entrevoir de l'évolution d'une telle procédure sous les Sévères.22. Vettius Sabinianus Iulius Hospes. les nombreux critères pour procéder au classement des consulaires étaient toujours ceux qui avaient été observés au I siècle p. Elle toucha de manière négative Q. Dion 79. Un tel ordre de succession pourrait peut-être mieux s'expliquer si l'on prend en compte que l'intervalle entre le consulat et le proconsulat pouvait être réduit lorsque le candidat avait de nombreux enfants. à la fin du règne en tout cas . Anicius Faustus ne fut pas classé par Septime Sévère pour pouvoir prendre part au tirage au sort des provinces consulaires. aussi Alföldy 1976. Anicius Faustus qu'un seul enfant (cf. 618-619). qui avait été consul en 198 ou moins probablement 199 et dont Dion Cassius dit qu'en 217. quant à C. Helvius Pertinax semble avoir exercé le proconsulat d'Afrique relativement tôt. Pendant les six années 196 e r 197 . dans NP. Q. 1996. Q. Didius Severus Iulianus et C.98 199 1 9 5 Alföldy 1977. Anicius Faustus. 1. plus précisément du règne de Septime Sévère. 134 et Eck. voire 210 ou 211. ils devaient être évidemment en mesure d'écarter des candidats dont ils ne voulaient pas. mais de manière informelle comme cela avait été le cas sous les Julio-Claudiens et les Flaviens. Une telle formule signifie que sous Septime Sévère. ce qui infirmait l'idée qu'il eût bénéficié du ius trium liberorum au moment du tirage au sort des 1 9 6 2 2 1 9 7 1 9 8 1 9 9 2 . PIR A 595 et Raepsaet-Charlier 1987. Quant aux empereurs. On n'a longtemps reconnu à Q. Corbier 1974. PIR H 73 et Raepsaet-Charlier 1987. 275-276 pour le second . peut-être en 188/189 treize ans après été consul suffect. alors que les critères traditionnels devaient lui permettre d'espérer le proconsulat d'Afrique ou d'Asie en raison de son ancienneté au consulat et sans doute aussi du ins liberorum . avant que ne gouvernent la même province M. 703). le classement des consulaires qui était pris en compte au moment de l'admission à la sortitio était établi par le prince ou du moins sous son contrôle. : l'année d'exercice du consulat avec une priorité qui était peut-être donnée aux consuls ordinaires. ce qui rejoint les propos plus généraux de Dion sur le droit de présélection des candidats accordé "plus tard" au prince. cf. 213-215 et 221-222. 276-277).malgré l'octroi au prince d'un droit de présélection des candidats. l'origine familiale du consulaire. Leunissen 1989. cf.

Aufidius Fronto refusa le proconsulat d'Asie que Macrin lui avait offert. mais Christol 1986b. 217-219 et 224-225. Marius Maximus Perpetuus Aurelianus et C. à la faveur du changement de règne en 217.3. la mise entre parenthèses de cette procédure lorsque le même empereur avait eu besoin de nommer ou de proroger dans l'urgence des proconsuls en qui il avait une entière confiance. 48 et le stemma 163). au moins deux consulaires furent admis à la sortitio alors qu'ils avaient exercé le consulat la même année ou après Q. Sur les proconsuls d'Afrique et d'Asie qui sont attestés à coup sûr sous Caracalla. auxquels il faut ajouter une sœur anonyme qui fut l'épouse d'un Cocceius et la mère de M. 200 201 202 provinces consulaires. l'Afrique. Anicius Faustus Paulinianus. Anicius Faustus comme proconsul d'Asie pour une seconde année en le prorogeant . Leunissen 1989. L'année suivante. La difficile fin de carrière de Q. 1971. Il fut remplacé à la tête de l'Asie par Q. de gouverner la province qu'il avait déjà tirée au sort. n. consul suffect sous Commode. elle était désormais subordonnée à l'intervention du pouvoir impérial d'une manière beaucoup plus directe que sous les Antonins. en guise de compensation. en 218. Aufidius Fronto. Dion 79. le passage de Dion Cassius ne signifie pas que M. Aufidius Fronto sous Macrin montrent que si la sortitio continuait d'être organisée sous les Sévères. Iulius Asper. Iulius Asper et M. C'est finalement sous Macrin. la désignation des proconsuls d'Asie et d'Afrique fut l'objet de retournements de situation inédits dont les principales étapes sont décrites dans le résumé de l'œuvre de Dion Cassius. Iulius Avitus Alexianus). Cocceius Anicius Faustus Flavianus et Sex. à la suite d'une protestation des Africains (émise sans doute par le concilium provinciae) . Dion 79. Sur les fastes des provinces d'Asie et d'Afrique sous Caracalla. cf. Cocceius Anicius Faustus Paulinus (cf. mais celui-ci fut brutalement démis de ses fonctions par Macrin avant d'être arrivé dans sa province en raison de la méfiance du nouvel empereur à l'égard d'un proconsul qui avait été désigné sous Caracalla et à ce titre choisi par ce dernier . qu'il devint proconsul d'Asie. cf. en dernier lieu Leunissen 1989. 141-164 a avancé de bons arguments pour lui attribuer trois enfants : Sex. il l'envoya en Asie pour y gouverner l'autre province consulaire. 2 0 0 2 0 1 2 0 2 . ainsi que les épisodes concernant C. Anicius Faustus. le non-respect par Macrin des résultats du tirage au sort . "bien qu'il l'eût envoyé en échange là-bas dans un premier temps".L A NOMINATION D U PROCONSUL 73 du règne suivant. 79. 225-226. il ne fut pas non plus admis par Caracalla à tirer au sort l'Afrique ou l'Asie quand étaient nommés proconsuls de ces provinces des consulaires qui avaient exercé le consulat au même moment. mais dans des circonstances troublées qui montrent à quel point le nouvel empereur résidant en Orient était loin de tenir compte du résultat de la sortitio organisée à Rome et ne s'embarrassait plus de questions de procédure pour choisir les proconsuls. Anicius Faustus Paulinus et Sex. Macrin interdit à M. le proconsulat d'Asie aurait dû échoir à C. le consul ordinaire de 199.4-5. Anicius Faustus sous Septime Sévère et Caracalla. mais il se ravisa pour des raisons inconnues et préféra finalement maintenir Q. voire après l u i .22. En témoignent une série de situations jusque-là inédites : l'arbitrage exercé par Septime Sévère sur le classement des consulaires qui était pris en compte au moment de l'admission à la sortitio . Pendant l'année qui sépare l'avènement de Macrin de son assassinat. mais il faut comprendre que l'empereur ne lui confia pas le gouvernement l'Asie. Anicius Faustus (L. Sur les épisodes des années 217-218 qui concernaient le gouvernement de l'Afrique et de l'Asie.22. Contrairement à ce qu'indique la notice de AE. Il y est tout d'abord précisé qu'en 217. en particulier 151.

cf. le consul de 5 p . 222 et 262 et Dabrowa 1998. Mais cette référence à un mauvais gouvernement est trop générale pour nous permettre d'avoir quelque certitude à ce sujet . A y réfléchir. les plus anciens servant durant ces années difficiles de légats impériaux ou se trouvant aux côtés du prince dans la région danubienne en qualité de comités Augusti 203 204 2 0 3 On n'a pas connaissance de défection de proconsul qui aurait trahi Septime Sévère pour passer dans le camp de l'un de ses adversaires. sur ce personnage et sa carrière. qui ne lui permettait pas de contrôler de la même manière que la plupart de ses prédécesseurs antonins le tirage au sort des provinces publiques organisé à Rome au début de chaque année. Popilius Pedo Apronianus fut condamné à mort et exécuté alors qu'il était proconsul d'Asie (Dion 77.1). qui avait écrit à ce sujet des libelli de Voleso Messalla (Tac. 3. 2 0 4 .68. y compris les provinces publiques réputées être calmes. On sait que par la suite. C . pendant la période de guerre civile qui va de 193-197.2-3 . Leunissen 1989.1). notamment parce qu'Hadrien et Marc Aurele avaient déjà beaucoup voyagé pendant leur règne sans juger pour autant utile de réformer le mode d'attribution du gouvernement des provinces publiques. mais il est de toute façon très vraisemblable que le droit de présélection des candidats aux proconsulats avait été conféré à Septime Sévère bien avant cette date (sans doute dès la guerre civile qui dura de 193 à 197). ainsi que ses proches. mais à un moindre degré que le contexte troublé de l'avènement de la dynastie sévérienne : la grande mobilité de Septime Sévère. il fournit peut-être une indication qui permet d'analyser la réforme de la sortitio comme une conséquence de la résistance opposée par l'un ou l'autre proconsul (Asellius Aemilianus par exemple?) à l'encontre de Septime Sévère . 3. La preuve en est que Thomasson 1960. Nous n'avons pas assez d'éléments pour pouvoir affirmer avec certitude que l'attitude d'Asellius Aemilianus fut la cause directe de la réforme qui permettait au pouvoir impérial de présélectionner les candidats aux différents proconsulats .8. il est malgré tout évident qu'un tel événement fit prendre conscience à Septime Sévère de la nécessité de placer des hommes de confiance à la tête de toutes les provinces. Asellius Aemilianus (Dion 75. que ce soit Pescennius Niger ou Clodius Albinus.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 74 Toutes les indications présentées par le résumé de Γ œuvre de Dion Cassius concourent à dater du règne de Septime Sévère la réforme qui donnait au prince le droit de présélectionner les candidats à la sortitio sous une forme ou une autre. plusieurs facteurs peuvent expliquer de manière cohérente l'évolution de la procédure à cette époque. à l'instabilité de la vie politique générée par une guerre civile d'une longue durée s'ajouta un autre facteur qui put influer sur la réforme de la sortitio. accusé à son retour à Rome à la suite d'actes de cruauté et mis directement en cause par Auguste lui-même. Il ne faut pas surestimer la portée de cette mobilité. Ann. en 205. Septime Sévère eut à combattre le proconsul d'Asie de 192/193. Quoi qu'il en soit. Il est en revanche établi que lors de la campagne qu'il mena en Orient contre Pescennius Niger. 125-127). événement dont on ne sait s'il était ou non en rapport direct avec la purge qui avait touché la même année le préfet du prétoire. et créa au minimum un contexte favorable à l'adoption d'une mesure qui modifiait les modalités de désignation des proconsuls en donnant au prince le droit de choisir en amont les candidats autorisés à tirer au sort les provinces publiques. Mais on a vu qu'il n'était pas possible d'attribuer à Auguste un quelconque droit de présélection des candidats à la sortitio. Il faut malgré tout faire remarquer que la non-présence de Marc Aurele à Rome durant la seconde moitié de son règne avait été suivie de conséquences sur le tirage au sort des proconsuls d'Afrique et d'Asie entre 168 et 173 avec l'admission de consulaires de date plus récente.. Le facteur déterminant est très probablement le contexte de guerre civile qui suivit la mort de Commode et qui conduisit le nouvel empereur à choisir plus directement des proconsuls dont le loyalisme devait paraître sans faille.2 et Hér. Lorsque Dion Cassius précise que la désignation des proconsuls fut confiée à l'empereur après que certains d'entre eux "n'eurent pas bien gouverné".2. Plautien.6. 18-19 n'a pas hésité à identifier ce "mauvais gouvernement" avec le proconsulat d'Asie de Messalla Valerius Volesus.

Aufidius Fronto. les Sévères ne profitèrent pas de leur droit de présélection des candidats pour bouleverser totalement le règlement qui préexistait à l'avènement de Septime Sévère. est un cas particulier. 2 0 6 . Dans ces conditions. cf. Demougin 1994. 329-331 et Christol & Drew-Bear 1998. Demougin 1994. Il pouvait en effet transmettre au Sénat depuis son lieu de résidence la liste des anciens consuls et des anciens préteurs admis à tirer au sort les provinces publiques. mais les enjeux étaient devenus d'autant plus considérables que la dynastie sévérienne venait de prendre le pouvoir au terme d'une guerre civile et n'était pas à l'abri d'une usurpation. Sous Septime Sévère. L'analyse de l'ensemble des fastes d'époque sévérienne fournit des précisions complémentaires sur le déroulement du tirage au sort à cette époque. Mais il est significatif que sur les trois cas absolument sûrs. on connaît deux consulaires qui gouvernèrent l'Afrique ou l'Asie entre 13 et 16 ans après leur consulat : L . Anicius Faustus nefiguraitpas.75 L A NOMINATION DU PROCONSUL 205 sans parler des pertes liées à la peste ou à la guerre . Un tel raisonnement. Non seulement le délai légal de cinq ans entre le consulat et le proconsulat ne semble pas avoir fait l'objet de la moindre dérogation. sur cette question les remarques de Alfòldy 1977. Une telle constatation est parfaitement compréhensible : le poids de la tradition et le contexte politique devaient conduire les Sévères à admettre les candidats au tirage au sort non pas de manière arbitraire. Le troisième consulaire pour lequel les données chronologiques sont assurées. mais les rares exemples pour lesquels la chronologie est assurée montrent que l'intervalle entre la magistrature et la promagistrature restait stabilisé autour d'une quinzaine d'années . mais en respectant autant que possible les règles qui avaient été appliquées sous les Antonins. la carrière de certains proconsuls d'époque sévérienne atteste que le pouvoir impérial fit malgré tout à l'occasion usage de son droit de présélection pour faire admettre à la sortitio. l'état de notre documentation ne nous permet pas de formuler à propos de la durée de l'intervalle entre le consulat et le proconsulat des règles générales dans la mesure où l'on ne connaît que très rarement pour une même personne à la fois la date de son consulat et celle de son proconsulat. Popilius Pedo Apronianus. doit être utilisé avec une plus grande prudence pour l'époque sévérienne si l'on retient l'idée qu'à partir de cette époque. 155-157). consul ordinaire en 184 et proconsul d'Afrique en 198/199 . Mais dans le même temps. ce qui était malgré tout prévisible. s'il s'avère fondé pour l'époque antonine au cours de laquelle la sortitio connut peu de perturbations. 78-89 pour les proconsuls d'Afrique). Il ressort tout d'abord qu'en la matière. Cossonius Eggius Marullus. Thomasson 1996. M. Il est à noter que dans l'ensemble des travaux prosopographiques récents consacrés à l'ensemble ou à une partie des proconsuls d'Asie et d'Afrique de l'époque sévérienne (Leunissen 1989. l'intervalle de quinze ans entre le consulat et le proconsulat est pris comme un critère de base à partir duquel est reconstituée approximativement soit la date du proconsulat lorsqu'on connaît l'année du consulat. soit inversement l'année du consulat lorsqu'on connaît la date du proconsulat. où il se trouvait de 208 jusqu'à son décès en 211. 323-333 pour les proconsuls d'Asie de 200-211 et en particulier 324 . les nombreuses campagnes dirigées par le prince dans les provinces ou aux frontières eurent également des incidences sur le fonctionnement de la sortitio. se faire remettre un droit de présélectionner les candidats au proconsulat permettait à Septime Sévère de contrôler à distance le déroulement de la sortitio annuelle. qu'il fit connaître aux sénateurs par voie épistolaire le classement qui départageait les consulaires pour la désignation au proconsulat d'Afrique ou d'Asie et dans lequel le nom de Q. 118-119 tirées de l'examen des fastes. le pouvoir impérial intervenait plus directement dans le choix des proconsuls sans toujours tenir compte des règles traditionnelles. et sera pris en compte infra. C'est d'ailleurs très probablement depuis la Bretagne. des candidats qui 206 2 0 5 Cf. Pour l'époque sévérienne. 213-229 . parfois au mépris des principes les plus élémentaires. puisqu'il exerça le proconsulat d'Asie vingt années après le consulat. consul ordinaire en 191 et proconsul d'Asie en 204/205 ou plus probablement 205/206 (pour un état de la question.

Plusieurs noms peuvent être cités pour l'époque sévérienne. consul ordinaire en 199. Cette conclusion repose toutefois sur une identification erronée du Iunius dont on sait qu'il fut proconsul d'Asie aux environs de l'année 170 (non pas celui qui est mentionné par l'inscription d'Uchi Maius. 207 208 — On trouve un cas à peu près semblable avec C. 2 2 0 8 2 0 9 2 1 0 2 1 1 . soit en personne si elle est datée des années suivantes. mais sans doute son frère. dans CIL. proconsul d'Asie en 200/201.le proconsul d'Afrique en 173 (Khanoussi 1997. 4700-4701 ad n° 145. mais il reste encore trop de zones d'ombre dans la carrière de ces deux personnages pour tirer à ce sujet une conclusion définitive. VI.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 76 apparaissaient comme de fidèles partisans du prince en place. aussi Alföldy. 79). 1673 et PIR Ρ 736 et 780). ainsi que les remarques de Christol dans AE. M. Iunius Rufinus Sabinianus. succéda en 201/202 à la tête 2 0 7 II faut signaler que l'exercice successif par un même personnage des proconsulats d'Afrique et d'Asie est une pratique administrative dont l'apparition a été récemment datée du règne de Marc Aurele à partir de la découverte à Uchi Maius d'une nouvelle inscription faisant à coup sûr de M. Ce proche de Caracalla avait été soit proconsul d'Afrique en 213/214 avant de partir gouverner l'Asie de 214 à 216. consul ordinaire en 153. Iunius Rufinus. Aufidius Fronto dans la liste qu'il transmettait au Sénat soit par courrier depuis son lieu de résidence si la nomination eut lieu en 219. Aufidius Fronto exerça le proconsulat d'Asie (AE.3. 217 et 224-225 et Thomasson 1996. 211 — L'ordre de succession des proconsuls d'Asie de 200/201 et 201/202 semble enfin témoigner d'un bouleversement des règles traditionnelles du tirage au sort des provinces publiques. Leunissen 1989. 173-175). qui exerça pour la première fois dans l'histoire de Rome aussi bien le proconsulat d'Afrique que celui d'Asie . Aurelius Polus Terentianus. Il est en tout cas établi avec certitude qu'à Q. soit au moins vingt années après son consulat . Iunius Rufinus Sabinianus . Aufidius Fronto. qui fut proconsul d'Afrique durant les années 200 avant d'être désigné au proconsulat d'Asie par Caracalla pour 217/218 . Leunissen 1989. On sait par une inscription de Formies que M. il parvint finalement à gouverner cette province très certainement sous Élagabal. 1971. 84-85 . Dion 79.consul ordinaire en 155 . Une durée aussi inhabituelle laisse supposer qu'il fut expressément choisi par Élagabal parce qu'il avait été écarté de tout proconsulat par Macrin dans des conditions particulièrement déshonorantes et qu'il devait être entièrement dévoué au nouvel empereur. Élagabal dut user de son droit de présélection à la sortitio en faisantfigurerle nom de M. A. 216 et 225 et Thomasson 1996. 3. cf. dans ce sens Eck 1999c. 80-81. Pour ce qui est de la procédure. 209 210 — Un autre exemple significatif est la fin de carrière de M. Marius Maximus Perpetuus Aurelianus. 1997. cf. comme le pense Khanoussi. — L'exemple le plus significatif est sans conteste celui de L . soit proconsul d'Asie en 213/215 avant de partir gouverner l'Afrique en 216/217 . mais il a déjà été signalé qu'il fut démis par Macrin avant d'être parvenu en Asie et d'y avoir exercé son second proconsulat consulaire . dont on a vu que Macrin lui avait interdit en 218 d'exercer aussi bien le proconsulat d'Afrique que celui d'Asie. ce qui implique qu'après avoir été démis d'un tel proconsulat par Macrin. Iulius Asper.22. Sur la question de la datation. 8. 299-300. mais auquel l'avènement d'Élagabal valut finalement de devenir proconsul d'Asie au plus tôt en 219/220. cf.

92-93. il est daté de 188/190 (Leunissen 1989. cf. aussi sur ces questions de chronologie Christol & Drew-Bear 1995. Aurelius Polus Terentianus et vers 186 pour Q. Aurelius Polus Terentianus partit gouverner l'Asie douze ans tout au plus après son consulat. Hedius Rufus Lollianus Gentianus aux environs de 186 (Leunissen 1989. 142). Aurelius Polus Terentianus et de Q. C'est ainsi qu'on fait remonter le consulat suffect de de Q.77 L A NOMINATION D U PROCONSUL 212 de cette même province Q. mais elle est d'autant plus plausible que Q. Hedius Rufus Lollianus Gentianus fut contraint d'attendre pour cela un plus long délai de quinze années. si un tel ordre devait se vérifier (ce qui est loin d'être assuré dans l'état actuel de nos connaissances ). dans cette perspective. Aurelius Polus Terentianus à la tête de l'Asie. Hedius Rufus Lollianus Gentianus ne sont données par aucune source. 153 sont plus précis en proposant "189-190" comme date de son consulat suffect). 92-93 qui datent le consulat suffect de Q. mais elles sont déduites à partir d'un examen de leur carrière. 88 et Christol & Drew-Bear 1998. dans ce sens l'analyse de la carrière de Q. Aurelius Polus Terentianus est un homo nouus qui est connu pour s'être rallié à Septime Sévère dès 193 . Aurelius Polus Terentianus fut admis à participer plus tôt que prévu au tirage au sort des provinces publiques consulaires en vertu du ius trium liberorum . ou il faut penser qu'il avait obtenu un tel privilège simplement en vertu du droit de l'empereur de présélectionner les deux candidats admis à tirer au sort l'Afrique et l'Asie (à condition bien entendu qu'une telle réforme de la procédure de la sortitio date des premières années du règne de Septime Sévère). 2 . 2. Cf. Hedius Rufus Lollianus Gentianus . 10 et Christol & Drew-Bear 1995. ce qui permettrait d'expliquer l'ordre de succession des proconsuls d'Asie de 200/201 et 201/202 par la simple règle de l'ancienneté au consulat. sa nomination précoce au proconsulat d'Asie peut être analysée comme la marque de l'incontestable faveur qu'il s'était gagnée auprès de Septime Sévère . Hedius Rufus Lollianus Gentianus en 188. C'est la solution retenue par Christol & Drew-Bear 1995. mais mon interprétation diffère de la leur. elle incite en tout cas à la plus grande prudence à ce sujet.3 214 215 216 217 Sur les fastes de la province d'Asie au début du III siècle. il faudrait expliquer pourquoi Q. Cf. il n'était plus obligatoire d'avoir de nombreux enfants pour que le délai entre le consulat et le proconsulat (ainsi qu'entre la preture et le proconsulat) soit raccourci d'une ou plusieurs années. Dans cette perspective. Aurelius Polus Terentianus en 187 et par Q. C'était déjà ce qu'avait suggéré Christol & Drew-Bear 1995. mais en tenant pour acquis l'idée que le premier exerça le consulat suffect avant le second (Christol & Drew-Bear 1998. Aurelius Polus Terentianus. Cette dernière possibilité ne peut être préférée à la première dans l'état actuel de nos connaissances et doit rester au stade de l'hypothèse. Hedius Rufus Lollianus Gentianus) . Deux solutions peuvent être avancées pour justifier que l'intervalle entre le consulat et le proconsulat ait été aussi considérablement réduit dans le cas du premier : ou il faut conclure que Q. 93 en présentant "l'incontestable faveur gagnée auprès de Septime Sévère" comme une des conditions nécessaires à la nomination précoce de Q. 2 2 1 3 2 1 4 2 1 5 2 1 6 2 1 7 e . dans le sens où cette faveur impériale me semble être une condition suffisante à partir du moment où Septime Sévère reçut le droit de présélectionner les candidats admis à la sortitio. Les dates des consulats de Q. Hedius Rufus Lollianus Gentianus "de 186 ou peu après" et n'attribuent pas de date précise à celui de Q. De telles datations sont a priori étonnantes si l'on suit l'opinion traditionnellement admise selon laquelle le proconsul d'Asie de 200/201 exerça le consulat suffect après le proconsul de 201/202 (entre 188 et 190 pour Q. Aurelius Polus Terentianus. quant à celui de Q. 323-325 . Aurelius Polus Terentianus telle qu'elle est présentée par Demougin 1994. Christol & Drew-Bear 1995. 154. 93. désormais Demougin 1994. Rien ne permet d'exclure absolument l'idée que le consulat suffect fut exercé par exemple par Q. tandis que Q. 325 et n. 140) . Si cette hypothèse chronologique paraît peu probable.

Christol 1986a. 2 1 9 2 2 0 .4 qui précise que Gordien "fut envoyé en Afrique comme proconsul en vertu d'un sénatus-consulte". L'insistance sur la procédure apparaît de manière très nette avec l'emploi de deux termes qui font référence au tirage au sort : non seulement le substantif κλήρος. 24. Pour la période qui s'étend de l'assassinat de Sévère Alexandre jusqu'à la fin du III siècle. de manière plus générale. Gordien avait été auparavant désigné proconsul de cette province par tirage au sort .L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 78 On voit que les troubles politiques qui accompagnaient à partir de la mort de Commode les changements de règne (surtout lors des avènements de Macrin et d'Élagabal) conduisirent volontiers les nouveaux empereurs à bouleverser le règlement traditionnel de la sortitio afin d'intervenir plus directement dans la désignation des proconsuls. qui gouverna cette province entre 290-295 peu avant la réforme provinciale de Dioclétien . aussi. il n'y a aucune raison de douter qu'un tirage au sort des provinces publiques continua à être organisé chaque année de façon tout à fait régulière sous les Sévères. Vettius Cossinius Rufinus et la datation de son proconsulat d'Achaïe. Entre les deux extrémités que constituent le proconsulat d'Afrique de Gordien en 237/238 et le proconsulat d'Achaïe de C. Cette ultime référence à la pratique traditionnelle de désignation des proconsuls ne doit pas pour autant faire oublier que seul comptait le choix préalable des Tétrarques. Gordiens. il fallait compter l'Afrique et l'Asie)? La seconde interprétation est la plus vraisemblable eu égard au conservatisme et au traditionalisme des Romains ainsi qu'à une volonté de continuité toujours de mise à cette époque et à condition que le contexte politique et militaire permette le déroulement d'une telle procédure. les sources donnent peu d'informations sur l'évolution de la sortitio des provinces publiques. 5. cf. cf. Gordiens.2.2-3) . Sévère Alexandre. cf. aussi la lettre de Sévère Alexandre adressée aux sénateurs : "vous n'auriez pu. 2.5. La grande réforme de e 218 e 219 220 e 2 1 8 Hér. mais aussi le verbe λαγχάνω . Vettius Cossinius Rufinus. X . 7. pères conscrits. il est difficile de faire l'histoire de la sortitio durant les dernières décennies de son existence. On mentionnera tout d'abord le témoignage d'Hérodien. aussi dans ce sens HA. 253-254 qui a rappelé que cette inscription constituait l'ultime témoignage sur le maintien de certaines provinces proconsulaires jusqu'au cœur de l'époque tétrarchique. Mais en dehors de ces périodes. CIL. la seule source littéraire à faire directement référence à une telle question. mais l'essentiel était ailleurs. qui aurait suffi. qui rappelle avec insistance qu'avant d'être acclamé empereur en Afrique.1 où il est précisé que Sévère Alexandre "réorganisa les provinces proconsulaires en accord avec les souhaits du Sénat". Vettius Cossinius Rufinus. Faut-il penser que l'emploi de ce qualificatif était purement formel? ou faut-il en déduire qu'il renvoyait plus concrètement à l'organisation d'un tirage au sort pour les quelques provinces publiques qui existaient encore à l'extrême fin du III siècle (outre Γ Achaïe. Cf. mais sans prendre la peine d'ajouter que les sénateurs organisèrent à cet effet un tirage au sort. Sur la carrière de C. HA. me faire aucun plaisir ni aucune joie plus grands que d'envoyer Antonin Gordien en Afrique comme proconsul" (HA. 5061. étant entendu qu'étaient tirés au sort les seuls candidats dont les noms avaient été transmis d'une manière ou d'une autre par le prince. On entrevoit à travers ce passage la forte valeur idéologique attachée par l'historiographie du I I I siècle à une procédure dont le bon fonctionnement devait être sans cesse menacé à une époque où le contexte politique et militaire amena le pouvoir impérial à empiéter davantage sur les compétences traditionnelles du Sénat . le seul autre document à prendre en compte est une dédicace à un proconsul d'Achaïe qualifié de sortito. C. Outre cette allusion censée donner de Gordien l'image d'un "bon" empereur à l'aune de son étroite collaboration avec les sénateurs.

Claudius Aurelius Aristobulus. qui témoignent de perturbations liées à la procédure de la sortitio. cf. Probus. mais à une date indéterminée (peut-être sous Probus ou ses successeurs). puisqu'elle contribua à faire passer plusieurs provinces publiques prétoriennes au rang de provinces impériales gouvernées par des préfets équestres nommés par le prince . PIR C 491 et PLREI. cf.4 . en 291 . 5290 = ILS. 179. Alföldy 1977. Il a été question tout au long des pages qui précèdent de la première étape. C'est ainsi que jusqu'à Dioclétien. fondamentale à partir du moment où le nombre de provinces à attribuer était équivalent à celui des candidats autorisés à les tirer au sort. 122-124. le tirage au sort proprement dit . 121-122. Mais à en juger par la permanence jusqu'au cœur de l'époque tétrarchique du qualificatif sortitus pour désigner le proconsul d'Achaïe. nous ne sommes jamais en mesure de connaître pour un même individu à la fois la date précise de son proconsulat et l'année d'exercice de son consulat (et a fortiori de sa preture). mais sans qu'il soit précisé si un tirage au sort avait été ou non organisé : HA. I. VIII. Pour la période tétrarchique en revanche. VIII. pour nous permettre de savoir si les conditions d'admission à la sortitio avaient été ou non bouleversées. Sur le déroulement de la sortitio en trois étapes. elle ne remit pas en question le principe même du tirage au sort . Il semble donc que l'intervention impériale se renforça durant les années 290. la répartition des provinces publiques consulaires et prétoriennes entre les anciens préteurs et les anciens consuls qui eurent la chance d'être choisis par ce biais . aussi bien avant qu'après la réforme de Gallien. Le tirage au sort des provinces publiques se décompose traditionnellement en trois étapes : l'admission à une telle procédure . soit à peine cinq ans après avoir exercé le consulat . gouverna l'Afrique pendant quatre années. Les informations données par les fastes proconsulaires de l'époque pré-tétrarchique sont trop lacunaires. 221 222 223 2 2 4 225 Annexe. 5714 et CIL. Divin Aurélien. 5477 = ILAlg. On sait ainsi que Ti. Nos connaissances à ce sujet restent à ce jour si lacunaires et si imprécises qu'il vaut mieux résumer le peu que l'on sait dans le cadre d'une annexe et ne pas intégrer à l'ensemble de la démonstration les quelques résultats incertains. 4645 = ILS. Toutes les conditions étaient réunies pour la grande réforme provinciale qui mit définitivement un terme à la sortitio des provinces publiques en donnant aux Tétrarques le droit de nommer directement tous les gouverneurs de province. ce fut également le cas pour la Lycie-Pamphylie. il est également possible que le Cassius Dio qui fut proconsul d'Afrique en 294/295 soit le même que celui qui exerça le consulat trois années auparavant. HA. CIL. Carin et Numérien . On peut inclure dans le dossier les allusions de Y Histoire Auguste sur la nécessaire participation des sénateurs au choix des proconsuls. à moins qu'il ne s'agisse d'un autre membre de la famille . Il reste à étudier les deux étapes suivantes. L'organisation technique de la sortitio La dernière question qui reste à traiter concerne les aspects matériels de la sortitio.1. le préfet du prétoire de Carin devenu consul en 285. 253.L A NOMINATION DU PROCONSUL 79 Gallien eut des incidences sur le nombre de provinces à tirer au sort. des cas particuliers sont attestés. Sur ce personnage. 54 rappelle que cette mutation est attestée en Macédoine sous Carus. 13. 40. Comme le pense Christol 1986a. 2 2 2 2 2 3 2 2 4 2 2 5 2 2 6 2 . Dans le même ordre d'idée. 226 2 2 1 Christol 1986a. de 290 à 294.

D'un point de vue proprement technique. on peut imaginer que les boules qui les représentaient étaient introduites dans l'urne et tirées au sort avant celles des autres candidats. les noms de chacun des candidats aux proconsulats qui avaient été admis (et non des provinces) étant gravés ou peints probablement sous une forme abrégée sur chacune des boules. La réforme qui établit une équivalence entre le nombre des candidats et celui des provinces à attribuer fit du tirage au sort proprement dit une confirmation d'un classement préalablement établi sans faire disparaître pour autant une telle procédure. constituer les jurys . Dans ces conditions. En règle générale.lorsqu'au moins deux candidats bénéficiaient du ius liberorum et qu'il fallait les départager. Il faudra donc raisonner à ce propos par analogie. le recours à une urna uersatilis telle qu'elle a été décrite par Nicolet pour d'autres circonstances peut être envisagé à titre d'hypothèse.fixerl'ordre des tribus dans le cadre de la procédure de destinatio des consuls et des préteurs . . Il faut imaginer qu'étaient introduites et sortaient de l'urne le même nombre de boules qu'il y avait 221 2 2 7 Beschaouch & Nicolet 1991. Pour ce qui est de la totalité ou du moins de la plus grande partie du principat d'Auguste. celle des provinces consulaires avec un tirage au sort de deux boules.en particulier du nombre de leurs enfants . il résulte que le nombre de boules prises en considération pour chacune des deux catégories des provinces publiques pouvait être supérieur à celui des provinces à attribuer. dans un ordre qui était fonction de l'étendue de leurs privilèges . Pour ce qui est de ceux qui jouissaient des droits attachés au mariage et à la paternité. assimilée désormais à une formalité qui n'en fut pas moins jugée nécessaire jusqu'à la réforme de Dioclétien pour des raisons rituelles. aucune information du même ordre ne nous est parvenue sur la sortitio des proconsuls (ni d'ailleurs sur celle des questeurs). Le conservatisme et le traditionalisme des Romains conduisirent à une mise en scène lors des séances du Sénat consacrées chaque année à l'attribution des provinces publiques. Il faudra en particulier établir une nette distinction entre les premières décennies de l'époque impériale et la période qui suivit l'importante réforme de la sortitio. A ce silence des sources s'ajoute comme autre difficulté la nécessité de tenir compte de l'évolution du tirage au sort retracée dans les pages qui précèdent. Nicolet a attiré l'attention sur l'existence à Rome de Y urna uersatilis. électorales et judiciaires suivantes : déterminer la place occupée par les chars lors des courses du cirque ou de l'hippodrome . "urne pivotante" dans laquelle les sortes introduites étaient des boules de poids. l'ensemble de la procédure se décomposait en deux temps : l'attribution des provinces prétoriennes avec un tirage au sort de sept à dix boules selon l'époque envisagée . En revanche. datée des premières années de notre ère. ce qui conduisait à un certain nombre de numéros perdants.486-500.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 80 On ne possède à ce jour ni de représentation figurée ni de description par les sources écrites de la manière dont le tirage au sort des proconsuls d'époque impériale était organisé. il faut reconstituer une organisation technique qui laissait une place au hasard en incluant la possibilité que le nombre de candidats fût supérieur à celui des provinces à attribuer. mais le fonctionnement de ce qui apparaît comme une machine à tirer au sort n'est attesté que pour les opérations agonistiques. de forme et de taille rigoureusement égaux.

aussi dans ce sens Alföldy 1976. Il ne fait aucun doute que la répartition des provinces publiques entre ceux qui avaient été tirés au sort suivait des règles strictes qui devaient permettre à une bonne partie d'entre eux de pouvoir gouverner des provinces de leur choix. mais elle apparaît toujours comme la plus vraisemblable dans l'état actuel de nos connaissances. La solution du savant allemand s'applique à l'époque qu'il étudiait spécifiquement. Hedius Rufus). avant la réforme de la sortitio qui fit coïncider le nombre de candidats avec celui des provinces à attribuer.. le ius liberorum. Faute de sources sur une telle question. la restitution proposée par Eck ne peut être ni confirmée ni infirmée. mais il n'est pas assuré qu'un tel système fonctionnait de manière exactement identique dès le principat d'Auguste. 295-296 qui précise n. la sortitio faisait l'objet d'une ultime régulation qui limitait au sein d'un système administratif complexe la part du hasard en évitant autant que possible que les proconsuls ne soient envoyés dans des provinces qu'ils ne voulaient pas gouverner. Il est possible d'aller plus loin et de reconstituer la manière dont la distribution des provinces s'opérait. la carrière des ascendants . Une solution a été avancée par Eck à titre d'hypothèse : chacun des candidats au proconsulat qui avaient été tirés au sort choisissait successivement la province de son rang. Les travaux de prosopographie ont montré de manière décisive que Γ octroi d'une province publique obéissait à une logique qui était la suivante : les sénateurs dont les noms avaient été tirés au sort étaient régulièrement amenés à gouverner une province qu'ils connaissaient déjà pour y être nés ou y posséder des intérêts de toutes sortes. 46] . Mais ce phénomène de concurrence. Il faut songer en particulier à Fronton qui dut renoncer à la fin du règne d'Antonin à gouverner l'Afrique dont il était originaire parce qu'il était moins bien classé qu'un autre consulaire intéressé également par l'Afrique qui avait plus d'enfants que lui et qui put choisir à ce titre sa province en priorité (il s'agit très probablement de L . ce qui aboutissait par la force des choses à ce que les vœux de l'un d'entre eux ne soient pas pris en compte. s'y ajoutait qu'un échange de provinces restait toujours possible en vertu d'une pratique bien connue qui remontait à l'époque républicaine et qui était connue sous le terme technique de comparano . 228 2 2 8 Eck 1974. 204-205 [=Eck 1996. réalité dont il a déjà été souligné qu'elle interdisait de considérer la sortitio comme une loterie. Il reste à expliquer comment il faut concilier une telle observation avec le principe d'un tirage au sort qui faisait sortir de l'urne les noms de deux consulaires et de sept à dix proconsuls de rang prétorien. consulaire ou prétorienne. s'il est attesté. ne devait pas être la règle générale. Une autre question à la fois complexe et fondamentale est celle de la répartition des provinces publiques entre ceux qui avaient été tirés au sort. .. 77 que sa position est très proche de celle de Eck. huit pour les provinces de rang prétorien.81 L A NOMINATION DU PROCONSUL de provinces à distribuer : deux pour l'Afrique et l'Asie . Il pouvait arriver que deux proconsuls qui avaient été préalablement tirés au sort désirent se faire attribuer la même province. elle vaut sans doute aussi pour la période qui suit. L a seule réserve à émettre concerne peut-être la chronologie. . troisième et dernière étape de la procédure de la sortitio. dans un ordre de succession qui était fonction de différents critères comme l'ancienneté dans la magistrature. cf. en l'occurrence de Vespasien à Hadrien . Il résulte d'un tel scénario que dans sa troisième phase.

A partir des dernières années du principat d'Auguste ou au début du principat de Tibère. qui resta toujours extraordinaire. Ce mode de nomination. Un tel témoignage fait du prince la seule autorité à laquelle la désignation des proconsuls choisis extra sortem était confiée. elle fut fondée sur un classement des anciens préteurs et surtout des anciens consuls que le prince ne pouvait ni établir à sa guise. Dion Cassius livre à ce sujet une indication claire lorsqu'il précise après avoir parlé du tirage au sort des provinces publiques que "certains (empereurs) y envoyèrent aussi des hommes de leur choix" °. 146.14. 2 3 0 2 3 1 . La lourdeur et les contraintes d'une telle procédure . par la formule extra sortem .. 94. X I . I X . 1835 = ILS. 7. Iunius Blaesus. Dans un des chapitres généraux consacrés à la réforme provinciale de 27 a. en partie en raison de leur aptitude à faire face plus efficacement à des situations de révoltes ou de troubles dans les provinces publiques. Il contraste en outre avec la discrétion de l'intervention de Tibère lors de la désignation de Q. 197 :CIL. Tac.C. Ce point étant acquis. Suét. aussi bien littéraires qu'épigraphiques.4 (on soulignera l'emploi à cette occasion de l'aoriste. à ce sujet Rich 1990. 1925. proconsul d'Afrique choisi en 21 sans recours au tirage au sort dans des circonstances et selon une procédure qui sont présentées dans le détail dans les Annales de Tacite et sur lesquelles je reviendrai . il est possible que mis à part ceux qui jouissaient du ius liberorum et choisissaient à ce titre leur province en priorité. mais il ne doit pas être nécessairement pris au pied de la lettre si Ton se rappelle que Dion prenait l'habitude d'attribuer à l'empereur seul une décision dont on sait par ailleurs qu'elle fut prise en collaboration avec le Sénat et le peuple.expliquent que dans certaines circonstances jugées exceptionnelles. 969 .82 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN Pour cette époque. cf.aussi bien avant qu'après Auguste .1 . des proconsuls furent choisis plutôt que tirés au sort. 915 = E-J. Dion 53.. 3. qui fait référence à une désignation autre que par le biais du tirage au sort. Tordre dans lequel les noms des candidats sortaient de Γ urne ait constitué le principal facteur pour les départager et déterminer Tordre dans lequel les proconsuls tirés au sort se répartissaient tour à tour les provinces prétoriennes et consulaires qui restaient à attribuer. 2845 = ILS. Ann. Une telle divergence sur les questions de procédure et sur la place du prince au sein de celle-ci conduit à reprendre dans le détail la question de la nomination extra sortem. comportait durant une grande partie du principat d'Auguste une part d'incertitude sur laquelle le prince n'avait pas de prise. cf. 85.32 et 35 ainsi que infra. ni modifier aussi librement qu'il le voudrait. est désigné dans les sources. même si elle était placée sous le contrôle du pouvoir impérial. Galba. AE. CHAPITRE I I L A P R O C É D U R E EXTRA SORTEM : U N E INTERVENTION IMPÉRIALE PLUS DIRECTE La sortitio. CIL. Il faut commencer par établir une liste 229 23 231 229 Sur cette expression. il reste à reconstituer une telle procédure et à s'interroger en particulier sur le degré de l'intervention impériale. Il s'agit là d'une pratique bien attestée à l'époque républicaine. point de grammaire sur les implications duquel je reviendrai) .

vol. 2000. 3. il est nécessaire de relever pour l'ensemble des proconsuls toutes les situations particulières qui peuvent être interprétées de manière indirecte comme des indices d'une désignation extraordinaire. Corbier 1974. XVIII 3. Sur cette formule. mais on verra qu'il faut ajouter à cette liste un nombre non négligeable d'autres proconsuls. 1120-1124 . cette fois dans des circonstances extraordinaires décrites par l'inscription : proco(n)s(ul) iterum extra sortem auctoritate Aug(usti) Caesaris I et s(enatus) c(onsulto) misso (sic) ad componendum statimi in reliquum provinciae Cypri . Eck. Hofmann. in : NP. peu nombreux. 26-30. M. Hurlet 1997. in : RE. C . P. plus ou moins assurés. Il y est précisé qu'au terme d'un cursus honorum qui l'avait déjà conduit à gouverner une première fois Chypre en tant que proconsul après avoir exercé la preture. Il existe plusieurs critères. 2000. 197. PIR Ρ 126 . 1. La mise en place de la procédure extra sortem sous Auguste Sous Auguste. ? ) 232 Il s'agit du premier proconsul pour lequel les sources attestent à coup sûr qu'il fut choisi extra sortem à titre extraordinaire. pour nous permettre d'identifier les proconsuls choisis plutôt que tirés au sort. la sortitio des provinces publiques fut suspendue à coup sûr au moins à trois reprises. 9. Trois cas de figure seront retenus : un intervalle entre la magistrature exercée à Rome et le proconsulat dont la durée est nettement inférieure à la pratique alors en vigueur. in : CIL. Dion Cassius transcrit en grec la même réalité institutionnelle lorsqu'il dit à plusieurs reprises d'un proconsul choisi sans passer par le tirage au sort qu'il est άκλήρωτος ("non tiré au sort") ou αιρετός ("choisi"). 245 . 1483. homo nouns issu d'une riche famille samnite. l'existence d'une telle procédure extraordinaire est attestée par l'emploi de la formule extra sortem . 255-257 et Girardet 2000. Berlin. 1949. Ce premier proconsulat extra sortem n'est pas daté avec précision. Paquius Scaeva (procos. CIL. n° 3 . 8. première décennie p . cf. Alföldy. A. de Chypre. 303-304 . sa cité natale. C . argument qui sera pris en compte pour les seuls consulaires dans l'état de notre documentation et qui doit être d'autant plus sérieusement envisagé que l'écart par rapport à la norme est important en terme de nombre d'années . mais il ne peut dans tous les cas de figure être antérieur à la seconde moitié des années 10 a . la mention d'une subordination auspiciale du proconsul par rapport au pouvoir impérial . cf.213. VI. La carrière de ce personnage. Pour les cas les plus clairs. 2 2 3 3 . À côté de ces témoignages directs. 915 = E-J. 2845 = ILS. IX. il fut désigné une seconde fois comme proconsul de cette même province. Ce catalogue commenté fournira une série d'informations nécessaires pour discerner à ce sujet une nette évolution et analyser les modalités de l'intervention impériale dans une telle procédure. est détaillée par une dédicace en son honneur provenant d'Histonium. Paquius (3) Scaeva. l'envoi de consulaires dans les provinces publiques attribuées d'ordinaire à d'anc! as préteurs.83 L A NOMINATION DU PROCONSUL de tous les proconsuls connus pour avoir été choisis sans avoir été tirés au sort et étudier aussi précisément que possible pour chacun d'entre eux les circonstances de leur nomination. Arnaud 1994. l'inscription d'Histonium fournissant un terminus post quem avec la 233 2 3 2 Sur ce personnage. P.

Il existe enfin une datation basse qui apparaît à l'examen comme la solution la plus vraisemblable. 185 . La référence sur l'inscription d'Histonium à plusieurs vigintivirats . 29 . ce qui est loin d'être assuré. 2000. le premier proconsulat de Chypre. missus aurait signifié en l'occurrence "belassen" [c'est-à-dire "laissé"]. Eck. XVIII 3. 1949. 1122. pour lequel il fut expressément choisi aux environs de l'année 10 au plus tôt ou à partir de 15 selon la perspective défendue par Girardet. est analysée par l'historien français comme une situation exceptionnelle qui s'inscrit parfaitement dans le contexte des années 20 à 13 a. P. Girardet 2000. exercés qui plus est après la questure. aussi Thomasson 1984. le second proconsulat de Chypre. 304. l'inscription d'Histonium conserve scrupuleusement l'ordre chronologique. 2 3 5 2 3 6 . 213 . Plusieurs raisons se recoupent pour infirmer cette reconstitution. tiré au sort au plus tôt en 17 si l'on admet que l'intervalle de cinq ans entre la magistrature et la promagistrature fut rétabli dès 27 ou à la rigueur à l'extrême fin des années 20 si l'on pense avec Girardet que le délai quinquennal ne fut pas restauré avant 19/18 .1. 1535 . Torelli 1982b. Le Glay 1980. exercée pendant cinq ans au plus tôt entre 15 et 11 ou entre 20 et 16 selon la datation retenue pour la fonction précédente . Elle résulte d'une proposition de Chastagnol sur la chronologie du début de carrière de P. Il faut tout d'abord faire remarquer qu'une telle interprétation résulte du présupposé que la prorogation du proconsul impliquait une procédure extra sortem. Hofmann. exercée en 23 au plus tôt . Si nos connaissances en matière de chronologie relative sont sûres et si nous avons la chance de disposer d'un terminus post quem. opinion autrefois diffuse dont on verra qu'elle ne repose sur aucun élément probant. Paquius (3) Scaeva. Hurlet 1997. Il n'y a enfin aucune raison de douter que conformément à la pratique ordinaire. Corbier 1974. in : NP. surtout dans les années 16-13. 226 . la uiarum cura extra Vrbem Romam. ce qui implique qu'il ne pouvait déjà être à Chypre au moment où il fut nommé extra sortem (Pour Hofmann. Il faut en tout cas résolument rejeter l'idée émise par Hofmann selon laquelle le second proconsulat de Chypre de P. et est à mon sens erroné. et présentée par Dion Cassius comme une manifestation de mécontentement et de mauvaise 234 235 236 2 3 4 2 Cf. 261. les étapes de la fin de carrière de P.trois en tout . Paquius Scaeva sont les suivantes : la praetura aerarii. 9. si l'on accepte l'hypothèse très vraisemblable que les fonctions y étaient scrupuleusement énumérées dans l'ordre chronologique. P. ce qui implique que la curatelle des voies exercée pendant cinq ans doit être intercalée entre le premier et le second proconsulat de Chypre. Dans ces conditions.C. Paquius Scaeva. : R Paquius Scaeva aurait été sollicité pour devenir vigintivir à plusieurs reprises pour faire face à la crise de recrutement de magistrats inférieurs qui est attestée à partir de 18. 295 et Syme 1995.fixerune chronologie absolue reste une question débattue sur laquelle les avis divergent. Paquius Scaeva fut exercé en 14/13 aussitôt après le premier daté de 15/14 et doit être analysé en conséquence comme une prorogation . on l'a déjà vu. PIR Ρ 126 . 255 et Hurlet 2000a. qui n'ignorait pas cette difficulté. in : RE. Il faut ensuite souligner que conformément au contenu de l'inscription.. mais c'est prendre une trop grande liberté avec le sens ordinaire du verbe mittere). cf. Faire remonter son second proconsulat de Chypre aux environs de l'année 10 est la solution la plus communément défendue . elle reste plausible si l'on admet que l'intervalle de cinq ans entre la preture et le proconsulat ne fut fixé qu'en 19/18. Paquius Scaeva fut "envoyé comme proconsul pour une seconde fois".L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 84 mention de la praetura aerarli dont on sait qu'elle fut instituée en 23. L'hypothèse selon laquelle il faut le dater de 15/14 a été défendue par Girardet en parfaite cohérence avec son interprétation générale des réformes d'Auguste en 19/18 .

Il n'est tout d'abord pas du tout sûr que le second proconsulat de P. débat au Sénat qui apparaissait d'autant plus nécessaire que l'itération était contraire au règlement. il résulte qu'il partit eouverner Chypre pour la seconde fois dans le courant de la première décennie de notre ère. Il s'agit là d'une interprétation solide dont découle une importante conséquence sur la datation de la fin de camere de P. Paquius Scaeva du tout début de sa carrière des environs de 25 a. n. cf. il ressort en tout cas que la procédure extra sortem ne dépendait pas aussi exclusivement du prince que Dion Cassius le laisse penser et avait besoin d'être cautionnée au bout du compte par les sénateurs. 1949. Cette interprétation infirme davantage toute datation du proconsulat extra sortem de P. 137.214. in : RE. mais qui fait référence au moins à un avis émis par le prince au Sénat (une sententia) ou . Le texte de l'inscription précise que P. Paquius Scaeva fut "envoyé pour remettre de l'ordre dans la province de Chypre à l'avenir". Cf. 596 [=Chastagnol 1992. Paquius Scaeva comme proconsul de Chypre pour une seconde fois. Paquius Scaeva : étant donné qu'il faut compter une vingtaine d'années entre l'exercice de son dernier vigintivirat et son proconsulat extra sortent. mais qui associait à Yauctoritas de ce dernier la participation formelle du Sénat : auctoritate Aug(usti) Caesaris I et s(enatus) c(onsulto) misso. X V I I I 3 . L'inscription d'Histonium livre de précieuses informations sur la procédure qui fut suivie lorsque P. aussi dans ce sens Schumacher 1985. On a voulu voir dans cette formule une allusion au tremblement de terre qui avait touché l'île de Chypre aux environs de l'année 15 et aux conséquences administratives d'une telle catastrophe naturelle .hypothèse maximaliste . mais cette hypothèse est loin d'être assurée. Paquius Scaeva au séisme mentionné par Dion dans le contexte de l'année 15 dont on sait qu'il frappa la cité de Paphos et qu'il conduisit Auguste à accorder une aide financière à cette cité (Dion 54. 13J . dans ce sens Hofmann.C. Paquius Scaeva date de l'année 15 ou soit de peu postérieur et l'on a vu que dans la perspective qui est 238 239 2 3 7 Chastagnol 1973. Auguste se trouvait alors dans la partie occidentale de l'Empire et aurait pu à ce titre difficilement intervenir au Sénat dans la nomination extra sortem de ce proconsul de Chypre .au droit donné à Auguste d'y proposer à ce sujet une relatio en priorité sur les magistrats. sans doute présent à cette séance et capable de faire voter à son initiative un sénatus-consulte dont il était à l'origine . L'investiture d'un proconsul extra sortem y apparaît comme un processus complexe qui n'était pas du seul ressort d'Auguste. Paquius (3) Scaeva.7) . 2 3 8 2 3 9 . n. Aux sénateurs était laissée la capacité de débattre de la nécessité ou non de nommer P. 1122 qui lie le proconsulat de P. Il s'agit là d'une formule qui est en soi trop générale pour que l'on sache ce qu'elle implique d'un point de vue proprement institutionnel. mais leur intervention se plaçait sous le contrôle étroit du prince.C. Paquius Scaeva des environs de Tannée 15 a. cf. Il reste à s'interroger sur les circonstances d'une telle désignation extraordinaire.L A NOMINATION D U PROCONSUL 85 237 humeur d'un certain nombre de sénateurs à l'égard du nouveau régime .C. P.23. aussi dans un sens équivalent Demougin 1982. 95 dans la mesure où elle date la questure de P. L'auctoritas Augusti apparaît sur l'inscription d'Histonium avant tout comme une autorité morale qui trouvait avec les séances du Sénat une des meilleures occasions pour se manifester et pousser les sénateurs à nommer sans recourir à la sortitio un proconsul qui devait être un homme de confiance du prince et possédait en même temps les qualités requises pour faire face aux troubles de cette province. 59 et 389-390. il était en revanche présent à Rome tout au long de la première décennie p. Paquius Scaeva fut désigné proconsul de Chypre pour la seconde fois sans passer par un tirage au sort.1. (proposée notamment par Girardet). Quoi qu'il en soit.

in : NP. cf. 2320-2323 . Eck. Lollius et P. Groag. in : RE. \n:NP.1-2. 112-116 . Sur ce personnage. 7.20. On le voit. hypothèse la plus probable comme on le verra. 7. IV A. Sur cette possibilité. un certain "Lucius Caius repoussa les Sarmates au-delà du Danube après les avoir défaits". 1377-1387 . PIRΤ 14. Lollius (11). cf. cf. il aurait été le dernier proconsul connu d'Illyrie et aurait été en tant que consulaire dans la même position que M. Vinicius. ce qui aurait pour conséquence de l'éliminer de notre enquête. Silius (21) Nerva. in : NP.430-431. 1927.20.C. 2. 1999. que M. 286 . L'identité de ce général a fait l'objet d'une erreur de retranscription dans la tradition manuscrite. 332. le consul suffect de 16 . in : NP. Nagl.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 86 la mienne. M. Lollius. car tout dépend de la date à laquelle l'Illyrie passa du rang de province publique à celui de province impériale : si l'on faisait remonter ce transfert à l'extrême fin des années 10 conformément au témoignage de Dion. Vinicius (6). 2. si oui. 2. Syme 1986. 2002. 1. Tarius (3) Rufus. 1999. il remontait plutôt au plus tôt à l'extrême fin des années 10 ou plus probablement durant les premières années de notre ère. Il faut peut-être ajouter à cette liste L .3 cjui précise dans le contexte de l'année 16 a. le consul de 20 qui dirigea les opérations militaires en Illyrie contre différentes peuplades en 16 . PIR V 444 . si l'on préférait comme Syme antidater une telle réforme administrative des années 14-13. 431). Lollius. XIII. dans ce sens PIR M 311 . est problématique. 1. mais la solution la plus communément acceptée et plausible d'un point paléographique est de lire 2 2 4 1 2 4 2 2 4 3 2 4 4 2 4 5 . Sur ce personnage. il faut penser à des opérations militaires conduites dans l'est des Balkans entre 20 et 18. PIR M 311 . mais le rapport entre ces deux événements apparaît dans cette perspective loin d'être aussi direct qu'on pourrait le croire : P. Sa el Kos 1977. Silius Nerva . 92-95 et Eck. Lollius avait mené des campagnes en Thrace "auparavant". cf. III A. M. in : RE. in : RE. Eck. in : RE. on ne connaît de toute façon pas avec certitude 240 241 242 2 4 3 244 245 2 4 0 2 Sur ce personnage. le consul de 19 qui fut gouverneur de l'Illyrie en 14/13 . Rich 1990. L'expression componere statura est en outre trop générale et pourrait tout aussi bien renvoyer à une intervention exceptionnelle du proconsul justifiée par d'autres motifs. Silius Nerva. Etant donné qu'il était à Rome en 17. Sur son gouvernement de la Macédoine. Il n'est pas pour autant exclu qu'il faille établir un lien entre le tremblement de terre et la désignation d'un proconsul extra sortem. peut-être en 19/18 . cf. 1961. 198 . mais on ne sait pas s'il s'agit du général qui combattit dans les Balkans dans les environs de l'année 16 et.3 précise d'après le texte des manuscrits qu'après M. sans doute en 19/18 (cf. 1927.559. Aelius Catus par exemple. 12/2. Hanslik. à la tête de provinces publiques attribuées d'ordinaire à d'anciens préteurs : M. voire deux décennies après la catastrophe naturelle en raison de l'incapacité avérée des autorités locales à faire face aux dommages matériels et à la crise financière qui en avaient résulté malgré l'aide pécuniaire fournie dès le départ par Auguste. 1932. Tarius Rufus. cf. P. Dion 54. On a voulu voulu reconnaître dans ce "Lucius Caius" L. Paquius Scaeva aurait très bien pu avoir été de nouveau envoyé à Chypre plusieurs années. Dion 54. Groag. il pourrait être considéré comme le premier des légats impériaux de cette province . Dion 54. IX A.20. la question des circonstances de la nomination extra sortem reste ouverte faute de sources fournissant une explication claire. le consul de 21 qui gouverna la Macédoine entre 20 et 18. 11. P. Les proconsuls de Macédoine et d'Illyrie choisis parmi les anciens consuls On connaît deux consulaires qui furent placés dans le courant des années 10 a. 236. Eck. Sur ce personnage.2001. L .C. Le statut de M.

179 . L . 34 . Syme 1971. pour désigner celui qui était un ancien préteur et qui avait été placé à la tête de la province publique de Macédoine en 18/17 ou 17/16 avant de revenir à Rome exercer son consulat suffect dans la courant de l'année 16 (c'est une des explications proposées par Syme 1971. Syme 1952. Lollius et P. Stein 1940. si elle ne permet pas de faire de ce dernier un simple légat impérial. 1. Optent pour la période avant le consulat pendant l'année proconsulaire 18/17ou 17/16Syme 1944.C.lorsqu'elle qualifie L. in : RE. 206. Une telle formule a été comprise comme l'indice d'une subordination à l'égard d'Auguste : L. Une telle interprétation pose problème. analyse qui a été étendue par assimilation au statut de M. Elles posent tout d'abord la question de leur statut et de celui des provinces qu'ils gouvernaient : étaient-elles toujours publiques ou avaient-elles été momentanément confiées au prince? Une inscription trouvée près cTAmphipolis dans la province de Macédoine a fourni à ce sujet une précision inédite qu'il faut prendre en compte. Rich 1990. mais qui a pu conduire les historiens sur une mauvaise piste . 369 et Rich 1990. 33 avec prudence. Une telle expression. Thomasson 1984. 2. Pour une raison indéterminée. 815). XII. Tarius Rufus non pas le titre de legatuspropr(aetore) Augusti. Tarius (3) Rufus. ce qui conduirait à l'écarter de la liste des consulaires placés à la tête de provinces de rang prétorien. 68 et Alföldy 1998b. Thomasson 1984. 206 (qui justifie l'absence de la mention de legatus par le fait que le nom d'Auguste était cité au début de l'inscription juste avant que le nom de L . 13. 18. Lollius . mais il faut reconnaître que cette solution est loin de s'imposer sans difficulté.1. dans ce sens Ritterling. 1932. mais il précise dans un ouvrage postérieur qu'il faut privilégier une datation antérieure à l'année 16 a. Quoi qu'il en soit. in : RE. 2. Comme l'avaient déjà pourtant souligné Syme 1971. 179 propose de façon imprécise les environs de l'année 16 a . Une interprétation possible de l'inscription d'Amphipolis est de faire de L . Pour l'année 16 ou aussitôt après son consulat. les dérogations à la règle selon laquelle la Macédoine et l'Illyrie étaient attribuées à d'anciens préteurs sont attestées à coup sûr au moins pour M.203 . 333 et n. AE. 198). Tarius Rufus ne soit mentionné). Silius Nerva. cf. 198. Tarius Rufus aurait été non pas proconsul de Macédoine. Quoi qu'il en soit de ces incertitudes chronologiques.1. mais légat impérial . aussi De Martino 1974. cf. Tarius Ruf(us) de pro pr(aetore) '. reste malgré tout exceptionnelle et pour tout dire mystérieuse : elle fut en vigueur à l'époque républicaine pour désigner les gouverneurs de province de rang prétorien nommés à la fin des années 50 et au début des années 40 en application de lex Pompeia de 52. Legio. en vigueur depuis 27. Syme 1986. n. mais plus simplement celui de pro pr(aetore) . 580. 2321 . 1229 . 67-68 . Groag.1. 333 et η. il vaut mieux ne pas l'utiliser ni dans un sens ni dans un autre pour déterminer 246 247 2 4 8 249 250 251 Tarius au lieu de Caius et d'identifier ce gouverneur de Macédoine avec L . Tarius Rufus un ancien préteur au moment d'une nomination qui devait remonter à l'année 17 . mais elle n'est attestée sur aucun document épigraphique. Thomasson 1984. 2 4 6 2 4 7 2 4 8 2 4 9 2 5 0 2 5 1 . Alföldy 1998b. Tarius Rufus (cf. IV. IV A. 1924. précision chronologique qui prend ici toute son importance ). 198 précise que ce titre de pro pr(aetore) "may mean that Macedonia had temporarily become an imperial province" .68 . le titre de pro pr(aetore) aurait été préféré sur l'inscription d'Amphipolis à la qualification générale de proconsul. 15 . la formule pro pr(aetore) pose plus de problèmes qu'elle n'en résout et en bonne méthode.L A NOMINATION D U PROCONSUL 87 la date de son gouvernement provincial (immédiatement avant le consulat exercé dans le courant de l'année 16 ou aussitôt après. 41). Rich 1990. Syme 1952. C . 1936. 179-180 (avec prudence) . Syme 1986. (Thomasson 1991. notamment parce que l'inscription d'Amphipolis donne à L.

dans ce sens Syme 1944. L a première étape fut une relatio introduite au Sénat par le prince ou à son initiative et proposant dans des circonstances extraordinaires de choisir comme gouverneur de l'une ou l'autre de ces provinces un homme de rang consulaire aguerri et capable de diriger d'importantes opérations militaires. CIL. mais on verrait mal un ancien consul être admis en concurrence avec d'anciens préteurs pour tirer au sort la Macédoine ou l'Illyrie. n° 230. Lollius. aussi Sa el Kos 1977. La procédure suivie entre 20 et 15 pour attribuer le gouvernement de la Macédoine et l'Illyrie à des consulaires fut plus complexe et doit être qualifiée d'extraordinaire. Roddaz 1984. III. la lecture de la troisième lettre n'étant pas assurée (o ou c?). Il en résulta un sénatus-consulte qui aboutit à la nomination d'un proconsul extra sortem en le désignant nommément après s'être assuré de l'accord d'Auguste sur son identité ou en autorisant le prince à le choisir. Tarius Rufus . privilège qui n'était accordé qu'aux titulaires d'un Imperium indépendant et était refusé à ce titre aux légats impériaux . Silius Nerva . Lollius au nombre des proconsuls extra sortem.entre une et trois années pour M. Cf. La mise au point qui vient d'être présentée conduit à la seconde question. le recours à la sortitio fut suspendu. 2973 = ILS. 286 et Sa el Kos 1979. mais elle reconnaît que ces abréviations ne sont pas du tout usuelles. Même si l'on ne possède aucune précision de ce type à propos de M.88 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 252 le statut de L . aussi Syme 1944.40. son statut et celui de sa province sont plus clairs : une inscription provenant d'Aenona fournit un renseignement capital en le qualifiant de proconsul d'Illyrie . Ce fut certainement par cette voie que M.20. Pour ce qui est de P.constitue un autre argument qui infirme l'idée qu'ils furent l'un et l'autre tirés au sort. Ces deux provinces continuaient à être gouvernées par des proconsuls. il possédait ses propres légats . 97 qui propose de lire pr(o)c(onsule) I pr(ouinciae).203 et Syme 1952. avec cette différence par rapport à la pratique traditionnelle que ces derniers pouvaient être choisis parmi les anciens consuls.197-198 qui présente comme une conjecture séduisante l'idée que le choix du proconsul de Macédoine et d'Illyrie pouvait être spécialement décidé par le Sénat en vertu de Yauctoritas du prince . Tout indique que le gouvernement de la Macédoine et de l'Illyrie ne fut pas transféré à des légats impériaux nommés par Auguste. cf. Ils étaient tous des proches d'Auguste qui avaient déjà acquis par 2 5 3 254 255 256 2 5 2 Sur cette inscription. Il ne fait guère de doute que dans ces conditions. Ce mode de désignation traditionnel fonctionnait selon un règlement strictement redéfini par la réforme de 27 pour attribuer les provinces consulaires à d'anciens consuls et les provinces prétoriennes à d'anciens préteurs. centrale dans la perspective qui est la mienne : il reste à se demander de quelle manière des proconsuls de rang consulaire furent nommés à la tête de provinces de rang prétorien. Silius Nerva. Cf. 341 et Hurlet 1997. n. Silius Nerva ainsi que peut-être M. III. 3 qui cite M. 2 5 3 2 5 4 2 5 5 2 5 6 . il ressort tout compte fait qu'il faut se garder d'exagérer l'ampleur des changements qui affectèrent le statut des provinces publiques situées dans les Balkans dans la première moitié des années 10 en liaison avec la multiplication des opérations militaires dans cette région. Dion 54. dans ce sens Mommsen DPR. cf. 899. s'y ajoute que selon le témoignage de Dion.2. Lollius. Lollius et P. entre trois et quatre années pour P. 281 .584. La durée anormalement réduite de l'intervalle entre l'exercice du consulat et le gouvernement de ces deux provinces par des consulaires . Vinicius furent nommés proconsul de Macédoine ou d'Illyrie .

4. in : RE.C. le consul de 8 a. n. a contrario le cas de C. mais il ne fait guère de doute qu'il fut lui aussi désigné à la suite d'une telle procédure. P. mais il exerça par la suite aux frontières de l'Empire et au service du prince plusieurs légations impériales qui lui valurent les ornamenta triumphalia. in : NP. 1. Vinicius n'était pas un homo nouus et ne semble pas s'être fait confier d'importants commandements militaires avant de partir en Illyrie en 14/13. P. II. Mommsen. cf. VI. aucune source ne précise formellement que Paullus Fabius Maximus fut envoyé en Asie comme proconsul nommé extra sortem. 2 5 7 2 5 8 2 2 5 9 2 6 0 2 6 1 2 6 2 2 6 3 . in : RE. d'Asie en 10/9 a . 2. Les deux premiers étaient des homines noni qui étaient d'autant plus dévoués à Auguste qu'ils lui devaient leur ascension sociale et dont les états de service étaient déjà remarquables d'un point de vue proprement militaire avant même leur nomination comme proconsul de Macédoine ou d'Illyrie en tant que consulaires : M.17801789 . Contrairement à ce que laisse entendre Groag. L'indice le plus significatif est la durée anormalement courte de l'intervalle entre son consulat et son proconsulat : il partit gouverner l'Asie dès la première moitié de l'année 10 . 1927. Silius Nerva. Il faut donc penser à une procédure extraordinaire qui mettait momentanément entre parenthèses les règles en vigueur lors de la sortitio. 282-288. pas plus que le ius liberorum si l'on rappelle que Paullus Fabius Maximus ne semble pas avoir eu un nombre d'enfants si élevé qu'il puisse justifier une telle dispense . Daté de janvier 9 a . Laffi 1967. dans Mommsen & Willamowitz-Moellendorf 1899. Paquius Scaeva. Paullus Fabius (102) Maximus. 1998. C . III A.L A NOMINATION D U PROCONSUL 89 la conduite préalable de campagnes le statut de uiri militares et pouvaient assurer en toute efficacité le commandement d'une ou plusieurs des légions stationnées dans les Balkans sans que le nouveau régime eût à redouter la moindre tentative d'usurpation . 129]). 132). cf. 1. qui partit gouverner l'Asie en 6/5 a. 93 qui pense également à une procédure extra sortem (reprenant une proposition de von Premerstein 1898. C . Paullus Fabius Persicus et Fabia Numantina (supra. Paullus Fabius Maximus (procos. 458. OGIS. M.C.63. Silius (21) Nerva. 1782 . 377. quelques mois à peine après la fin d'un consulat qu'il avait exercé tout au long de l'année 11. 1909. Groag. 251 3. PIR F 47 . Le premier terme grec ne pose aucun problème de compréhension et renvoie à la main droite qui représente symboliquement la force et de la puissance du prince . Le second est en revanche moins clair. n° 65. n. ) 258 À la différence de ce qui a été observé pour P. 85. Nagl. aussi dans ce sens Scheid 1975. Le statut d'amicus principis ne suffit pas à justifier à lui seul un tel délai . V I . 98 = Sherk 1967. On a déjà souligné qu'à notre connaissance. 2. qui est sans parallèle pour toute l'époque impériale. 44-45 = E-J. cf. Silius Nerva avait démontré ses capacités militaires en qualité de légat impérial de Tarraconaise de 19 à 17 au moment des campagnes de conquête dans le Nord-Ouest de l'Hispanie. Paullus Fabius (102) Maximus. Sur ce personnage et sa carrière. Lollius avait annexé la Galatie en 25 sur l'ordre d'Auguste en tant que légat impérial . le décret du koinon d'Asie qui réformait pour toute la province le calendrier fournit une précision importante en rappelant que Paullus Fabius Maximus fut "envoyé par (ou en vertu de) la δεξιά et de la γνώμη de celui-ci (c'est-à-dire d'Auguste)" . Eck. Paullus Fabius Maximus eut au moins deux enfants. quatre années avant le délai légal et auquel le fait d'être père de cinq enfants n'avait pas permis pour autant d'exercer un tel proconsulat à partir de 7 dès l'année suivant l'exercice du consulat [supra. ce qui apparaît malgré tout insuffisant si l'on veut justifier par le seul ius liberorum le droit de se présenter comme candidat au proconsulat d'Asie cinq années avant le délai légal (cf. Il a été traduit de manière générale par "l'esprit" ou "l'esprit juste" 259 260 261 262 263 Pour P. Asinius Gallus.1909. 156). in : RE.

. que ce soit à la suite d'une sententia émise par le prince ou (et) de manière plus générale en vertu d'une auctoritas impériale qui pouvait difficilement s'exprimer en dehors de tout cadre légal . 197.un avis . ce qui fait immanquablement penser à la teneur de l'inscription d'Histonium . 106. Dans le même temps. ou il fut investi à la suite et en accord avec une sententia . la situation édilitaire et financière des cités de l'Asie n'était peut-être pas encore suffisamment assainie et pouvait être à l'origine de la nomination extra sortem d'une personnalité proche du pouvoir impérial jugée compétente pour régler ce type de problème. 32. cf. ce qui conduisit Auguste à faire proroger pour une année supplémentaire le proconsul déjà tiré au sort dès l'annonce à Rome de cette catastrophe naturelle (cf. Paquius Scaeva : ou il fut envoyé en Asie en vertu de Y auctoritas d'Auguste. Deux années plus tard. à ce mode de désignation exceptionnel. 213. n.ce qui est infirmé par la nature même du document épigraphique et rendrait l'utilisation de δεξιά inexplicable . 146.C. 26 .L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 90 264 d'Auguste . 265 266 267 Il reste à déterminer les raisons qui ont poussé Auguste. dans ce sens Girardet 2000. 67 qui insiste sur l'ambivalence de la procédure qui fut suivie lors de l'investiture de Paullus Fabius Maximus. une telle formulation ait été inspirée par le proconsul. parce qu'il la jugeait secondaire et la considérait comme une formalité. Les sources littéraires et le décret du koinon ne donnent à ce sujet aucune information. à l'heure de choisir un nouveau proconsul. 2 6 4 Laffi 1967. Il faut écarter toute motivation d'ordre militaire pour une région qui ne connut pas de troubles graves à cette époque. à recourir en 10 a. Giovannini 1999. Cf. On sait en revanche que la province d'Asie avait été touchée par un tremblement de terre au plus tard au moment de la mort d'Agrippa en mars 12. la désignation de Paullus Fabius Maximus présente des similitudes avec celle de P. en collaboration avec le Sénat. il ne fait guère de doute que les sénateurs furent associés à la nomination extra sortem de Paullus Fabius Maximus par le vote d'un sénatus-consulte. S'il n'est pas question d'aller jusqu'à faire de γνώμη la transcription mécanique en grec d'un terme du vocabulaire institutionnel latin . Sherk 1984. Sur ces équivalences. Sartre 1995. mais il pourrait tout aussi bien faire référence à une réalité institutionnelle romaine. Pour des raisons compréhensibles. n. Cette hypothèse est toutefois loin de s'imposer de toute évidence faute d'une documentation suffisante. infra). 125 . 2 6 5 2 6 6 2 6 7 . Sur la nomination de Paullus Fabius Maximus. Paullus Fabius Maximus voulut souligner devant ses administrés que c'était Auguste qui avait pris l'initiative de le faire désigner autrement que par tirage au sort. Dans cette perspective. Ces deux interprétations ne sont pas nécessairement incompatibles. γνώμη pouvant être utilisé comme équivalent des substantifs latins auctoritas ou sententia . Mason 1974. Mais d'un point de vue institutionnel. cf. cette volonté légitime de faire ressortir le poids de l'intervention impériale lors de sa désignation l'a conduit à passer sous silence la participation du Sénat à une telle procédure.que le prince avait fait connaître à ce sujet lors d'une séance du Sénat de la première moitié de l'année 10 . dans la mesure où la sententia principis peut être analysée comme une des formes institutionnelles prises par Y auctoritas principis. en 10. il est en revanche probable que dans le cadre d'un décret du koinon de la province.

Ep.9 et 44-45 et Raaflaub 1987. mais sous les auspices d'Auguste : Marti Augusto sacrum. Mais il s'agit là d'une généralisation pour le moins rapide et abusive qui oublie de prendre en compte que le statut auspicial d'un proconsul nommé extra sortem tel Cossus Cornelius Lentulus n'est pas forcément comparable à celui de la grande majorité des proconsuls d'époque augustéenne qui étaient tirés au sort. mais il ne précise pas explicitement par qui le choix fut fait . n. sur cette question.2. in : RE. dix sénateurs . il dut se contenter des ornements triomphaux . 30. 169-170. 156 et Syme 1979c. il est en tout cas assuré qu'ils ne combattaient pas sous les auspices d'Auguste (c'est une chose de ne pas être habilité à prendre les auspices en conformité avec le droit augurai. une dédicace à Mars Auguste érigée par la cité de Lepcis Magna met en évidence une forme de subordination du proconsul à l'égard du pouvoir impérial lorsqu'elle précise que la province d'Afrique fut libérée sous la conduite de Cossus Cornelius Lentulus. Comme l'a soutenu Syme 1946. patris I patriae. aussi dans ce sens Grant 1950. duetti Cossi Lenitili. Il faut en conclure qu'au début de l'année 6 p . 83. 6. d'Afrique) et les autres proconsuls des années 6/8 p. Dion 55.furent désignés comme proconsuls à la suite d'une procédure extra sortem. Cossus Cornelius Lentulus (procos. en particulier sur le mode de désignation de l'ensemble des proconsuls.. Cossus Cornelius Lentulus.2. 1364-1365 . et culminèrent avec la révolte de la Pannonie eurent des incidences sur la vie politique à Rome.C. Hurlet 2001a. 1900. c'en est une autre de combattre sous les auspices de quelqu'un d'autre) .68 = IRT. I Civitas Lepcitana K Une précision s'impose d'emblée. cf. I auspiciis lmp(eratoris) Caesaris Augusti. Hurlet 2000a.28. cf. Syme 1986. I proco(n)s(ulis).91 L A NOMINATION DU PROCONSUL 4.403-420 . Cf. dont on sait qu'il fut proconsul d'Afrique précisément durant ces années et qui mit fin à une révolte des Gétules .C. ° Veil. Les lacunes des fastes provinciaux nous permettent de connaître leur identité pour un seul d'entre eux. Célébrant la victoire des Romains sur cette peuplade. Sur la formule auspiciis Imperatoris Caesaris Augusti. 1. C . 269 270 5 21 272 273 2( 2 >* Sur ce personnage. Cossus Cornelius Lentulus était assimilé aux légats impériaux dont il est bien connu qu'ils combattaient systématiquement sous les auspices du prince. en raison de révoltes de nombreuses cités. 2. Cossus Cornelius Lentulus ne fut pas salué Imperator par ses troupes à l'issue du bellum Gaetiilicum . cette formule traduit plus spécifiquement le statut particulier d'un proconsul nommé extra sortem : elle signifie que d'un point de vue auspicial. 2.21. PIR C 1380 . IV.C. ductu proconsulis. 2 6 9 2 7 271 2 7 2 2 7 3 . Vogel-Weidemann 1982. 2 « Les multiples difficultés militaires qui éclatèrent en 6 p. provincia Africa I bello Gaetulico liberata. AE. en particulier p. I pontifias maxumi. Pour ces derniers. Veli.. une recherche menée récemment m'a fait conclure que si les questions relatives à la question complexe du statut auspicial des proconsuls sous le Haut-Empire sont loin d'être toutes résolues. et non tirés au sort. 308. 301. Dion Cassius rappelle précisément dans le contexte d'une telle année que les gouverneurs des provinces publiques furent alors choisis pour une période de deux ans. Flor. 1513-1542. n° 14.. 261. Oros. 2. Thomasson 1996. 60-61 . À la différence de plusieurs proconsuls d'Afrique. XVuiri sacris faciundis. 26.116. n. Cossus Cornelius (182) Lentulus.116. 176-177. 1940.sans doute deux anciens consuls pour les provinces consulaires et huit anciens préteurs pour les autres .18. 176-178. Loin de s'appliquer à l'ensemble des proconsuls comme on l'a longtemps supposé . Groag. le consul ordinaire de 1 a.31 . I co(rì)s(ulis). cf. et infra.2.

3 qui cite comme proconsuls extra sortent M. Pour ce qui est de la question du mode de désignation de Cossus Cornelius Lentulus. il n'existe aucune raison sérieuse de penser qu'il avait été nommé par un mode 274 215 2 7 4 Cf. supra. les sénateurs votèrent un sénatus-consulte autorisant exceptionnellement Auguste à choisir pour les deux années à venir 1 ' ensemble des gouverneurs des provinces publiques. cf. pour remplacer les triomphes et ovations désormais réservés au prince et aux membres de sa domiis. Appuleius. mais les circonstances exceptionnelles dans lesquelles il avait été nommé en faisaient un subordonné du prince qui "conduisait" les opérations militaires. 2 7 5 . le consul ordinaire de 29 a.C. auxquels il faut ajouter les consulaires placés à la tête de provinces de rang prétorien et les neuf proconsuls non identifiés des années 6-8 p.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 92 récompense militaire inférieure aux ovations ou aux triomphes qui fut instituée en 12 a. Il vaut mieux se borner à présenter les arguments en présence. 584. d'ccK^pcDioç ou d'oupexoç ou présenté comme étant subordonné aux auspices du prince. Paullus Fabius Maximus et Cossus Cornelius Lentulus . On reviendra à propos d'autres gouverneurs d'Afrique et d'Asie sur la question du statut auspicial des proconsuls à l'époque impériale. mais chercher à déterminer leur identité à travers un examen des fastes proconsulaires relève du domaine de la conjecture : aucune source autre que celles que nous venons de passer en revue ne fait référence pour l'époque augustéenne à d'autre proconsul qualifié à'extra sortem. le Sénat n'avait pas été consulté pour une question qui relevait de son domaine de compétences.C. procédure qui permettait au prince de recommander aux sénateurs la personne de son choix. Toute reconstitution de l'investiture de Sex. Lollius "et sans nul doute beaucoup d'autres". Paquius Scaeva. Il y eut sans doute d'autres proconsuls nommés à l'initiative d'Auguste sans être passés par un tirage au sort . 5. Nous venons d'étudier trois cas sûrs . Appuleius est étroitement liée à la datation de ce gouvernement provincial. Le seul pour lequel on peut soupçonner une désignation autre que par le recours à la sortitio est Sex. C . Syme 1952. Appuleius.P. 44. Sur la question de la datation du proconsulat d'Asie de Sex.C. Appuleius (proconsul d'Asie en 26/24 ou 23/21 a.C. qui partit gouverner l'Asie pendant deux années dans le courant des années 20. mais agissait "sous les auspices" d'Auguste. Un cas douteux : Sex. n. Il portait en tant que gouverneur d'une province publique le titre de proconsul. il fut au bout du compte choisi par Auguste dans un contexte de crise militaire générale au sein de l'Empire. n. 96. Cela ne signifie pas qu'à cette occasion.) La difficulté pour Auguste de manipuler une sortitio dont les règles étaient complexes explique qu'il soit intervenu à plusieurs reprises pour faire nommer des proconsuls extra sortem. la formule utilisée par l'inscription de Lepcis Magna laisse penser que comme les légats impériaux. Iunius Blaesus me conduit plutôt à conclure qu'en 6 p .. Si l'on continue à suivre la datation traditionnelle qui situe ce proconsulat en 23/21 . Le parallèle avec un passage de Tacite décrivant les différentes procédures envisagées pour nommer extra sortem Q. mais nos connaissances sur la carrière de ce personnage sont trop lacunaires pour nous permettre d'avoir à ce sujet quelque certitude que ce soit. soit précisément cinq années après avoir exercé le consulat.

Dans l'état actuel de nos connaissances. catastrophe naturelle qui eut des incidences sur le processus d'attribution des provinces publiques à d'autres époques (à coup sûr en 12 a. Plusieurs solutions plausibles peuvent être avancées. si Ton adopte l'hypothèse défendue par Eilers et Ferrary selon laquelle Sex. mais il s'agit là d'une conjecture qui relève de l'argument de vraisemblance. Il ne faut pas cacher pour autant que le choix d'une telle procédure ne s'inscrit pas sans difficulté dans un contexte politique marqué par la célébration de la Res publica restituta : Auguste aurait été mal inspiré de suspendre. ce qui apparaît insuffisant pour revendiquer une dispense d'un aussi grand nombre d'années. mais il a déjà été souligné que nous étions dans l'impossibilité de préciser le nombre exact d'enfants d'une personne déterminée à un moment déterminé . À ces deux explications peut être ajoutée une troisième : Sex. On peut également penser que la loi de 27 relative aux provinces publiques avait inclus des mesures transitoires en vertu desquelles l'application des nouvelles règles pouvait être provisoirement suspendue en cas de difficulté de recrutement des proconsuls et dont Sex. mais on ne peut pas préjuger du nombre total de ses enfants. Appuleius partit en Asie dès la première moitié de l'année 26. Dirigées sur le terrain successivement par quatre proconsuls de 17 à 24. le tirage au sort des provinces publiques une année à peine après avoir insisté sur le rétablissement de ce qui apparaissait comme le mode traditionnel de désignation des proconsuls. Cette reconstitution peut produire un argument qui est loin d'être négligeable : la mise entre parenthèses de la sortitio pourrait être justifiée par le séisme qui frappa la province d'Asie précisément à cette époque. Appuleius. les opérations militaires contre le chef indigène constituent le type même de situation exceptionnelle qui pouvait justifier la substitution du tirage au sort par une désignation. B.C. avec la nomination d'un proconsul d'Asie pour deux années). nous savons que Sex.L A NOMINATION D U PROCONSUL 93 de désignation autre que le tirage au sort. quelques mois à peine après son triomphe sur l'Hispanie. En revanche. Apronius . elles témoignent en revanche . choisi à ce titre à l'initiative d'Auguste sans que soient prises en compte les règles traditionnelles de recrutement des gouverneurs des provinces publiques. il faut s'interroger sur les circonstances de son investiture et sur la nature des privilèges qui lui permirent de devenir proconsul moins de cinq années après avoir été consul. M. si la datation haute de 26 venait à se confirmer. Les sources ne donnent aucune précision sur le mode de nomination des deux premiers gouverneurs. La procédure extra sortem sous Tibère La guerre contre Tacfarinas constitue à notre connaissance la seule circonstance qui conduisit à nommer à la tête de la province publique d'Afrique au moins deux proconsuls par une voie autre que le tirage au sort. mais elles reposent uniquement sur des hypothèses que les sources ne permettent pas de corroborer et qu'il faut envisager avec la plus grande prudence. Appuleius aurait été le premier proconsul extra sortem. même temporairement. Il est tout d'abord possible que le ius liberorum lui ait valu une dispense qui lui donna le droit de se présenter à la sortitio des provinces consulaires trois années avant la date légale et avec une priorité sur les autres candidats. Appuleius eut au moins un fils et une fille. Furius Camillus et L . il est difficile de déterminer lequel des trois scénarios fut suivi lors de l'investiture de Sex. Appuleius aurait pu tirer profit en 26 en tant que proche du prince.

Cornelius Dolabella étant le gouverneur qui avait mis un terme définitif au conflit grâce à l'exécution de Tacfarmas . Cornelius Dolabella. Thomasson 1996. dont on verra que Mommsen l'avait érigé un peu vite en règle générale. selon toute vraisemblance en vertu d'un sénatus-consulte. 2. in : RE.125. elles témoignent d'une subordination plus étroite par rapport à Tibère. On tient là un exemple d'influence impériale modérée. X . L'intervention impériale se fit discrète à cette occasion et semble ne pas avoir eu la même importance que lors de la désignation de Cossus Cornelius Lentulus. 1900. Syme 1982.74. 30. Thomasson 1996. Iunius Blaesus et P. n° 6 . 1961. Iunius Blaesus fut en fin de compte désigné. I. Q. 1. 219). Cornelius (143) Dolabella.32 et 35. n. Tac. Ann. cf. Si les sources ne donnent aucune information sur l'investiture.. 1. n° 7 . Groag..967 . Q. Q . P.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 94 de la part prise par Tibère dans le choix des deux derniers proconsuls. On a parfois voulu voir dans ce passage une référence aux campagnes menées par Q. et peutfigurersans aucun doute au nombre des proconsuls nommés extra sortem. Ann. C'est P. Q. 30-31. 1918. cf. 1308-1310 et SuppL. Iunius (41) Blaesus.pour laisser in fine cette compétence aux sénateurs. n° 23.C. 329 . Sur le contraste entre la formule iudicioque patrum deligendum et la procédure traditionnelle du tirage au sort. Veil. On peut ajouter deux indices qui confirment le poids du pouvoir impérial durant le gouvernement de la 2 8 0 281 282 2 7 6 2 Sur ce personnage.. Ann. Cornelius Dolabella (procos d'Afrique en 23/24) 279 Le cas de P. Hellegouarc'h. dans l'édition de Velleius Paterculus aux Belles Lettres. il fut nommé proconsul d'Afrique en 21 à l'issue d'une procédure complexe dont Tacite livre une description détaillée : après que Tibère eut envoyé au Sénat un premier message qui recommandait de choisir pour la province d'Afrique un proconsul expert sur les questions militaires.5 et Tac.. 13 et Schumacher 1985. cf. Sur ce personnage. signe qu'il n'avait pas agi sous les auspices de Tibère et qu'il n'avait pas été nommé par ce dernier. 1. IV. P. Veil. Cornelius Dolabella qui fit exécuter Tacfarinas en 24 p. Iunius Blaesus de 21 à 23 (cf. Sur ces passages.4. cf..4. la décision fut prise de confier au prince la nomination du gouverneur . 1903. 4. Iunius Blaesus (procos. L'argument le plus probant repose sur le passage de Velleius Paterculus qui précise que "la guerre.2325). 2.preuve que cette possibilité existait . n° 22. Vogel-Weidemann 1982.74. VogelWeidemann 1982. Iunius Blaesus fut salué imperator *. 287 qui signale un parallèle éclairant avec un passage de Tite-Live (37. in : / ? E . PIR C 1348 . 290.129. C R i b a . 3. (AE. Tibère répondit par une nouvelle lettre dans laquelle il refusait une telle responsabilité et se contentait de soumettre deux candidats au choix du Sénat . PIR 1 n° 738 . 3. Woodman & Martin 1996. 85-92. il y est présenté de façon indirecte comme un général subordonné au prince en matière auspiciale . P. d'Afrique en 21/23) 276 Connu pour avoir été l'oncle maternel de Séjan et un proche de Tibère.1.7). Il apparaît en effet que Tibère renonça à nommer directement le proconsul . Cornelius Dolabella est différent. 277 21 2. fut rapidement enterrée en Afrique sous ses auspices (= de Tibère) et grâce aux dispositions qu'il avait prises" . Il faut ajouter que Q. 107 et Tac. 79-85. mais cette interprétation ne respecte pas la chronologie eu égard à la teneur de l'extrait : il ne fait aucun doute 2 7 7 2 7 8 2 7 9 2 2 8 0 2 8 1 2 8 2 .

2.11.6. 1961. que Claude envoya (ou fit envoyer) à certaines occasions des proconsuls qu'il avait lui-même choisis . un commentaire dans Yeditio princeps de Bartoccini 1958. 107 . 4. 285 286 1. manifestation du monopole impérial .. XIV. pouvaient également être à l'origine de désignations confiées exceptionnellement au prince. mais sous celui de P. Ann. Cornelius Dolabella en personne à la Victoria Augusta . Marcius (37) Barea Soranus. Marcius Barea Soranus? (procos. cf. Miltner. Dion 60. Sur les conditions troublées de l'avènement de Claude et les résistances que cet événement suscita parmi les sénateurs. F. alors que l'intervalle était monté à dix-douze années sous Tibère pour se stabiliser autour de dix ans sous Claude . Dion Cassius rappelle. Cornelius Dolabella de celui de Cossus Cornelius Lentulus. La procédure 2 4 extra sortem sous les derniers Julio-Claudiens Le début du principat de Claude renoua avec la pratique de choisir des proconsuls autrement que par le biais de la sortitio. Iunius Blaesus. en particulier l'Afrique en tant que l'un des greniers à blé de Rome. un passage des Annales de Tacite qui justifie le non-rappel de la I X légion par la crainte des iussa principis * . Thomasson 1996. 64 et 139). n. 3-15. auxquels il faut ajouter selon toute vraisemblance un troisième. 2.entre son consulat exercé en 34 et le proconsulat d'Afrique à partir de 41. cf.1549 . 2 8 3 2 8 4 2 8 5 2 8 6 2 8 7 2 . Cette formule est également attestée pour un proconsul de Macédoine. in : RE.L A NOMINATION D U PROCONSUL 95 province d'Afrique en 23/24 : une dédicace consacrée par P. Pour les premières années du principat de Claude. 135-138 . 1930. le contexte d'un début de règne qui se prêtait d'autant plus à toute forme de contrôle exercé par le nouvel empereur que la désignation de Q. impératif qui ne pouvait être' garanti si l'on s'en tenait aux règles strictes du tirage au sort . la synthèse utile et bien informée de Dettenhofer 2003.sept années . Tac. Cornelius Dolabella (comme l'a fait remarquer Gallotta 1987. ce qui implique qu'il avait déjà fait usage de ce mode de désignation et qu'il comptait y avoir de nouveau recours dans l'avenir.25. en particulier l'Afrique et la Macédoine. PIR M 160 . Q.6 qui précise que Claude interdit désormais que lui soient adressés au Sénat des remerciements comme c'était la coutume de la part des proconsuls qu'il avait "choisis" (αιρετούς). on connaît deux cas assurés de proconsuls nommés extra sortem. Marcius Barea Soranus eut lieu durant la première que la guerre contre Tacfarinas fut "enterrée" non pas sous le proconsulat de Q. Q. mais divers éléments plaident en faveur d'une intervention directe de Claude à cette occasion : le laps de temps inhabituellement court . Vogel-Weidemann 1982. Les conditions mouvementées de son avènement en janvier 41 n'étaient sans doute pas étrangères à ce mode d'intervention impériale plus directe dans la désignation des gouverneurs des provinces publiques : il lui fallait veiller à placer des hommes de confiance à la tête des provinces publiques jugées stratégiques. dans le contexte de l'année 45. Sur ce personnage. Marcius Barea Soranus au proconsulat d'Afrique. cf. 128. mais cette désignation date au plus tôt de la fin du principat de Claude ou des premières années du principat de Néron. terme traditionnellement employé par Dion pour les proconsuls nommés extra sortem. Toutes ces indications convergent pour rapprocher le proconsulat de P. 34-35. aussi Dion 60.23. AE. Cf. 2 8 3 e C. 187-199. d'Afrique 41/43) 287 Les sources gardent le silence sur le mode de nomination de Q. Les difficultés militaires localisées dans certaines provinces publiques.

121 . Il témoigne en revanche d'une situation troublée qui fut à l'origine de cette nouvelle nomination extra sortem. 1962. dont on sait qu'ils se révoltèrent sous le règne de Claude . la prolongation du proconsulat pour une année supplémentaire en 42/43 . Vogel-Weidemann 1982. 138-145. 1951. Ce passage ne donne aucun détail sur le degré respectif de participation du Sénat et de Claude. Cf. Elle repose sur des passages d'Aurelius Victor (4. 265 . de manière critique Konrad 1994. cf. notre seule source sur le mode de désignation qui fut alors suivi. Galba. 85 = IRT. 1.6 qui évoque ces incursions dans le contexte de l'année 42.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 96 moitié de Tannée 41 deux ou trois mois à peine après l'avènement de Claude . mais la question est de savoir si les "dieux Augustes" doivent être identifiés avec les empereurs et impératrices divinisés (César.!Λ. Thomasson 1996. IV A. 1931. 1935. Ser. 336-337 et Hurlet & Roddaz 2001. AE. 550 . mais il faut souligner que rien n'y est dit de la présence de Galba à cette occasion. 35-36. VIII.. choisi sans avoir été tiré au sort pour réorganiser cette province troublée par des querelles intestines et le désordre provoqué par les barbares" . la persistance de troubles aux frontières de la province . 273). Pour ce qui est des "querelles intestines" dont parle Suétone. 116 et 297-298. 32 . une forte activité édilitaire caractérisée par la dédicace de plusieurs monuments dont trois furent consacrés à Claude et un à L i v i e . n° 15 . Cf. ce qui peut s'expliquer par sa forte volonté d'exprimer de cette manière son loyalisme à l'égard du nouvel empereur qui l'avait choisi à titre extraordinaire comme proconsul d'Afrique plusieurs années avant que ne vînt son tour de tirer au sort l'une des deux provinces consulaires . Suét. Il faut ajouter que Q. Syme 1951. non décisifs quand ils sont pris isolément. 288 289 2. rappelle qu'il "gouverna l'Afrique à titre de proconsul pendant deux ans. 11002 . 6987 et 19492 = ILAlg. 989.4).9. il est incontestable que c'étaient au moins en partie des raisons militaires qui ont contribué à la désignation extraordinaire à la tête de l'Afrique d'un consulaire qui venait de démontrer ses qualités de général lorsqu'il avait dirigé en tant que légat impérial les légions de Germanie Supérieure de 39 à 41/42 . Sulpicius (63) Galba. CIL. II s'agit de l'interprétation la plus couramment défendue (Cagnat 1913. 159-161 qui a tendance à minimiser le rôle militaire de Galba pendant son proconsulat d'Afrique dans le cadre d'une démonstration qui vise à identifier le futur empereur avec le togatus acéphale de la Villa Massimo (Rome). Cf. cf. se complètent pour faire d'une nomination extra sortem l'hypothèse la plus probable s'agissant de Q. 140). Marcius Barea Soranus est présenté également comme le dédicant sur la frise d'un temple de Lepcis Magna consacré aux di Augusti (AE. 1987. La référence au "désordre provoqué par les barbares" renvoie de manière vague à une agitation liée à une révolte ou à une incursion dans la province d'une ou plusieurs tribus indigènes : peut-être les Musulames.2) et de Γ Epitome de Caesaribus (4. Dion 60. 121-122 . 160 2 8 9 2 9 0 2 9 1 2 9 2 2 9 3 2 9 4 . 158-159. Romanelli 1959. II. Quoi qu'il en soit. n° 32. PIR S n° 723 . Sulpicius Galba (procos. d'Afrique 44/46) 290 Le recours à une procédure extra sortem ne fait aucun doute pour un des successeurs immédiats de Q. Marcius Barea Soranus à la tête de la province d'Afrique. ou éventuellement d'autres tribus. 291 292 293 294 2 8 8 CIL. Ces quatre arguments. Konrad 1994. Fluss. Auguste et Livie) ou avec des divinités proprement dites . 772-801 . 482 a et b avec la restitution de Silvestrini reproduite dans AE. Suétone. VIII. M. Vogel-Weidemann 1982. 32 et AE. Marcius Barea Soranus. in : RE. qui firent irruption en Numidie au début du principat de Claude . IRT. sur ce point Brouquier-Reddé 1992. dans ce sens Hurlet 2000b. Livius Ocella Ser. L . mais Suétone parle expressément d'une situation militaire difficile et ne laisse aucun doute sur l'existence de troubles pendant le gouvernement de Galba en Afrique. le futur empereur Galba. Sur ce personnage.

Ce que l'on sait de l'Afrique du Nord durant les années 40 laisse plutôt penser que la réforme qui retira le commandement de la I I I légion Auguste au proconsul pour le confier à un légat impérial fut loin de mettre fin à Γ instabilité militaire dans cette région. n. Suét. e 2 9 5 2 9 6 2 9 7 2 2 9 8 2 2 9 9 3 0 0 3 0 1 2 . Miltner. les Maurétanies Césarienne et Tingitane ? Il est en tout cas probable que la réduction en provinces de nombreux territoires durant les premières années du principat de Claude comptait au nombre des raisons qui avaient contribué à mettre entre parenthèses la sortitio des proconsuls de manière à choisir soigneusement des administrateurs jugés compétents. mais cette hypothèse ne peut être retenue. qui comporte le même nombre de lettres que citra sortem et dont on a déjà pu souligner les multiples usages dans le cas qui nous occupe (cf.9 et Dion 60. 969. les éditeurs du CIL.24. 2 et PIR M 343). 397 et Thomasson 1984.1 date ce transfert administratif de l'année 44. on dispose d'un terminus post quem avec la restitution par Claude au peuple Romain des provinces d'Achaïe et de Macédoine en 44 ". PIR M 343. 1835 = ILS. dans ce sens Stein 1940. 24. e 295 2 9 6 3. 629-639 a défendue à partir d'une dédicace fragmentaire à Venus de Caesarea de Maurétanie sur laquelle il lisait le nom de Galba en le restituant en grande partie. dans ce sens Romanelli 1959. XIV. Cf. 2. Cf. in : RE. 25.en tant que légat de Claude. Si l'emploi de sors est incontestable.. 266.1 parle explicitement dans le contexte de l'année 44 du rétablissement du κλήρος. Solution envisagée par la PIR M 343 qui propose l'année 44 ou 45. 2023-2024 . Le témoignage de Dion dit tout d'abord le contraire lorsqu'il précise que la réforme administrative de 44 s'accompagna du rétablissement du tirage au sort .à l'exception de Γ Egypte . Pour la datation de ce nouveau proconsulat extra sortem. Il faut plutôt songer à restituer la formule traditionnelle extra sortem. On a pu imaginer que Martius Macer avait été désigné par cette voie extraordinaire dès 44 et qu'il était à ce titre le premier proconsul d'Achaïe du principat de Claude . toutefois à ce sujet les arguments critiques de Konrad 1994. Claude aurait agi de manière contradictoire s'il avait redonné ces deux provinces au peuple Romain sans restaurer le mode e e 298 2 300 301 rappelle que la question est de savoir si la crise militaire en Afrique préexistait ou non à la nomination extra sortem de Galba. Martius Macer (proconsul d'Achaïe entre 45 et 5 4 ) 297 Une inscription d'Arretium précise qu'après avoir gouverné la province de Mésie et commandé la I V légion Scythica ainsi que la V légion Macedonica . 160-161.L A NOMINATION D U PROCONSUL 97 une telle formule a donné lieu à différentes interprétations qu'il est difficile de confirmer ou d'infirmer : s'agit-il d'une référence à la rivalité qui pouvait exister entre le proconsul d'Afrique et le légat impérial de la III légion Auguste depuis que la réforme de Caligula avait enlevé au premier le commandement de cette légion pour le confier au second ? ou faut-il y voir une allusion à un gouvernement unifié de toute l'Afrique du Nord . la formule citra sortem n'étant pas attestée lorsqu'il s'agissait d'indiquer que le recours au tirage au sort comme mode de désignation était suspendu. Les extrémités gauche et droite de la pierre ayant disparu. la restitution de la préposition qui précède ce substantif est en revanche plus discutable. Dion 60. CL. 191). l'ancien préteur Martius Macer fut désigné proconsul d'Achaïe sans passer par le tirage au sort .24.stationnées toutes deux en Mésie .1. C'est l'interprétation que Le Glay 1966. CIL X I . Martius (2) Macer.qui aurait été confié à Galba pour pacifier et réorganiser sansrisquerle moindre conflit de compétences un vaste territoire sur lequel venaient d'être créées deux nouvelles provinces. X I et des ILS ont proposé pour le sujet qui nous intéresse les restitutions suivantes : proco(n)s(uli) prov(inciae) Achaifae I citrja sor[tJem (restitutions reprises plus récemment par Talbert 1984.1930.

aussi Thomasson 1984. n. 308 u f également tenir compte de l'intervalle de cinq ans entre la preture et le proconsulat. Thomasson 1984. Demougin 1992. n. XIV. Miltner. cf. Pour cette dernière question. Dion 60. Demougin 1988. une légation pro praetore en Asie à deux reprises. la preture. 2024 qui propose une large fourchette chronologique allant de 44 à 54 (à condition d'éliminer l'année 44 pour les raisons évoquées supra). Iulius Romulus remonte soit à la seconde moitié du principat de Claude si Yadlectio date de l'année 42. la praefectura frumenti danài et une nouvelle légation pro praetore à Chypre cette fois. 41). 85 et AE. 296-297 . Iulius Romulus (procos. fin du principat de Claude ou début du principat de Néron) 304 Le dernier proconsul d'époque julio-claudienne à avoir été choisi autrement que par tirage au sort est M. Il faut donc songer à une année proconsulaire ultérieure entre 45/46 et 54/55 . 43-45. soit durant la censure de Claude en 47-48 ..397. Mis en parallèle avec l'inscription de Velitrae qui utilise à propos de l'admission dans l'ordre sénatorial la formule non habituelle de adlectus tribunusplebis. cf.400.11. Iulius Romulus pourrait être analysée comme le reste d'un monument funéraire en l'honneur d'un sénateur dont la carrière se termina avec cette mission extraordinaire en Macédoine et qui ne mourut pas tout de suite après avoir exercé cette dernière fonction. 1930. Si l'on prend en compte une durée minimale d'une année pour chacune de ces fonctions . I.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 98 de désignation traditionnel perçu alors comme un des rares éléments distinctifs propres aux provinces publiques. 3 0 3 3 0 4 3 0 5 3 0 6 3 0 7 a u t 3 0 9 . 302 303 4. 81-82 . ce passage signifie non pas que ces chevaliers furent adlectés dans l'ordre sénatorial avec le rang d'ancien tribun de la plèbe {inter tribunicios) conformément à la pratique courante.8. in: RE. Sur cette alternative. La référence sur l'inscription au Diuus Claudius ne peut être utilisée pour dater le proconsulat extra sortem de Macédoine du règne de Néron {pace Chastagnol 1992. Demougin 1982. dans la mesure où la dédicace à M. lt. 289 propose les environs de l'année 45 . n. cf. Torelli 1982a. Sur la question de la datation de Yadlectio. II. 1925. de Macédoine.400. le proconsulat extra sortem de M. AE. Il n'existe aucune indication sur les détails de la procédure suivie lors de cette nomination extra sortem ni sur les raisons qui furent à l'origine de cette désignation extraordinaire. 2. peut-être faut-il de nouveau établir un rapport avec la réorganisation 306 307 308 309 3 0 2 Cf. 191 et Talbert 1984. Iulius Romulus. 41. soit au début du principat de Néron si l'on pense qu'il fut admis dans l'ordre sénatorial en 47-48 . 41). 400.1. Ce document nous fait savoir qu'il s'agissait au départ d'un chevalier qui fut adlecté dans l'ordre sénatorial par Claude en tant que tribun de la plèbe probablement durant les premières années de ce principat : soit en 42 si on rapproche le contenu de l'inscription de Velitrae avec le passage de Dion Cassius précisant dans le récit de cette année que "certains chevaliers furent admis à la fonction de tribun de la plèbe" . mais qu'ils devinrent sénateurs en exerçant à proprement parler le tribunat de la plèbe (comme l'a vu Chastagnol 1992. qualifié de proc[o(n)s(uli)]/ extra [sortjem prov[inc(iae) M]acedon[iae] sur une inscription de Velitrae™. peut-être durant les années 45-48 en liaison avec les opérations militaires liées à l'annexion de la Thrace toute proche et la réorganisation administrative concomitante de l'ensemble des Balkans .367-370. 152 = Suppl. 1949. Demougin 1992. 186-187 qui penche pour les premières années du principat de Néron. Il partit en Macédoine après avoir exercé cinq fonctions depuis le tribunat de la plèbe : une légation de légion. 369 et Chastagnol 1992. M. Martius (2) Macer.

40-41. Elle permettrait peut-être de mieux comprendre la . 398. et propose à ce titre une restitution qui me semble incontestable sur la forme (cf. 0 Ont rejeté la restitution extra sortem ou exprimé des doutes Houston 1976. L a disparition d'une telle formule ou de son équivalent grec à propos du mode de désignation des proconsuls constitue une réalité indiscutable qui renvoie à une évolution significative marquée par un usage constant de la sortitio. V I . Iulius Romulus comme proconsul de Macédoine. cf. On peut également songer à des impératifs militaires dans une région qui avait connu des troubles après le meurtre de Rhœmétalcès et l'annexion de la Thrace qui en avait résulté. Elle fait ressortir l'étroite subordination auspiciale de ce proconsul d'Asie à l'égard du pouvoir impérial. Il faut de toute façon écarter résolument de cette liste le nom de L . 38 et Thomasson 1996. 68). 367-399. quel qu'il soit. C'est une explication qui doit être envisagée. la restitution de Alföldy 1998a.relativement . le père de Trajan. il apparaît sur l'inscription du nymphée de Milet comme l'autorité qui prit en charge l'opération technique de la dédicace de ce monument. Talbert 1984.L A NOMINATION D U PROCONSUL 99 des Balkans sous Claude avec la création de la province de Thrace et la restitution au peuple romain des provinces d'Achaïe et de Macédoine. 3 1 1 . Iulius Romulus est le dernier proconsul pour lequel les sources témoignent explicitement du recours à une procédure extra sortem. 910. Placé à la tête de la province d'Asie en 79/80. n. Ulpius Traianus sans passer par le tirage au sort. phénomène si rarement attesté sous cette forme qu'il peut difficilement passer pour la règle générale et était peut-être liée à des conditions extraordinaires d'investiture qui auraient conduit Titus à choisir M. D. Alföldy a su intégrer à son analyse le fragment épigraphique comprenant les lettres PIC ou PIO. Malgré tout. L'hypothèse selon laquelle celui-ci fut nommé par la voie extra sortem a été proposée à partir d'une dédicace provenant de Fundi (AE. consul suffect sous Claude et proconsul d'Afrique pendant la seconde moitié du I siècle p. 1. pouvait compter dans cette province sur un homme de confiance d'autant plus dévoué à l'égard du pouvoir impérial qu'il avait été promu au rang de sénateur par Claude une dizaine d'années auparavant. Vogel-Weidemann 1982. M. Ulpius Traianus. dans ce sens le complément apporté P.courte durée du délai d'attente er 310 31 3 . est un candidat plus sérieux à un proconsulat extra sortem. Contrairement aux éditeurs précédents. Hermann dans /. Il est en tout cas assuré que l'empereur qui avait sans nul doute contribué au choix de M. même si cette conclusion est loin d'être assurée dans l'état de nos connaissances. 196). qu'il développe en [ausjpicfiisj. Cette précision est à rapprocher de la formule utilisée à Lepcis Magna à propos de la campagne contre les Gétules menée sous les auspices d'Auguste par un proconsul d'Afrique dont on sait qu'il avait été nommé extra sortem. mais elle repose de manière aléatoire sur une restitution que rien ne justifie . on sait que l'argument a silentio doit être utilisé avec de telles précautions que rien n'interdit de penser qu'il existait sous Néron ou les Flaviens l'un ou l'autre proconsul désigné autrement que par tirage au sort.C. Sur cette inscription. n. B. 27-28 . von Milet. La procédure extra sortem après rapide disparition Γ époque julio-claudienne : une M. Tampius Flavianus. 151. 1966. fragmentaire. avec cette particularité qu'il avait agi en cette circonstance sous les auspices de l'empereur Titus ·.

41223). mais cette solution est loin de s'imposer de toute évidence et il vaut mieux y restituer la formule [per triennium] . Christol 1986. en particulier de l'intervalle entre le consulat et le proconsulat qui était monté à dix-sept ans sous Trajan pour se stabiliser à une quinzaine d'années entre le règne d'Hadrien et la mort de Commode. 676-7 . L'octroi d'une telle prérogative rendait inutile et caduque toute intervention impériale visant à mettre provisoirement entre parenthèses la sortitio pour choisir directement l'un ou l'autre proconsul. Cf. 390-391. incontestable dans l'état de notre documentation. l'historiographie contemporaine continue à admettre l'existence au milieu du I I I siècle d'un proconsul nommé sans être passé par le tirage au sort : en l'occurrence L . Le seul exemple pour lequel on connaît avec certitude aussi bien la date du consulat que celle de son proconsulat est celui de R Calvisius Ruso. indique a contrario que les Antonins n'intervenaient pas pour promouvoir plus rapidement parmi leurs proches des consulaires en les plaçant à la tête des provinces d'Afrique ou d'Asie. même s'il ne s'agit en tout état de cause que d'une hypothèse. 3 3 . cf. 8. consul suffect en 79 avant de devenir proconsul d'Asie en 92/93 (plutôt que 93/94). alors que l'intervalle avait tendance sous les Flaviens à être supérieur à dix ans et pouvait monter sous Domitien jusqu'à treize années . Elle découle également d'un examen attentif des fastes. Reynolds 1995. 53] et Thomasson 1996. argument a silentio dont l'usage reste délicat. Eck 1974. 3 (CIL. e 3I4 315 3 . 233. Ulpius Traianus est le dernier proconsul pour lequel la mise entre parenthèses de la sortitio et une intervention impériale directe au moment de sa désignation peuvent être envisagées. 118 . la procédure extra sortem n'est pas non plus attestée par les sources et avait d'autant moins de raisons de l'être que Septime Sévère s'était fait reconnaître le droit de choisir les candidats autorisés à tirer au sort les provinces publiques. puisque le prince avait désormais le droit de présélectionner à sa guise autant de candidats qu'il y avait de provinces publiques à attribuer. dans ce sens PIR E 36 . Cf. 153 .L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 100 entre son consulat et son proconsulat : il partit gouverner l'Asie en 79. Ils préféraient laisser fonctionner les règles de la sortitio. cf. 221 et Guerber 1997. Une telle conclusion s'impose non seulement devant le silence des sources à ce sujet. 5 2 . Sur l'intervalle sous les Flaviens. 3 . 312 313 e Sous les Sévères. Loriot 1996. proconsul d'Asie de 242 à 245 . Hurlet 2005b pour l'analyse de cette inscription et une nouvelle proposition de restitution. Elle se fonde sur une dédicace à ce personnage qui provient de Rome et pour laquelle Alföldy a proposé de lire la formule extra sortem dans la partie lacunaire de la 1. l'état de la question dans Alföldy 1998a. Par la suite. Modulé avec d'autres critères tel que le ius liberorum. neuf années après un consulat exercé en 70 . 2 Sur la date du consulat de Trajan père. la procédure extra sortem n'est jamais attestée pour les proconsuls tout au long du II siècle et semble avoir définitivement disparu sous les Antonins. 191 . M. 221 [=Eck 1996. VI. En dépit des implications de cette importante réforme administrative. Cette hypothèse repose cependant sur des présupposés plus que sur le témoignage des sources. Dietz 1980. le respect scrupuleux d'un tel délai d'attente. étant entendu qu'ils étaient en mesure d'en écarter des candidats indésirables ou d'exercer à cette occasion des pressions de toutes sortes. Egnatius Victor Lollianus. 4 3 . Rémy 1989.

mais il a érigé un peu hâtivement en règle générale ce qui n'était qu'un cas particulier d'influence impériale modérée. qui ne pouvait connaître l'inscription de Lepcis Magna. La réalité était sans doute plus complexe. avait tendance à minimiser la portée de l'intervention impériale en cas de nomination extra sortem en se bornant à parler de "l'influence de l'empereur". n. cf. La collaboration entre le prince et les sénateurs étant un principe général acquis. dans le même sens Szramkiewicz 1975. il reste à s'interroger sur le déroulement des séances du Sériât consacrées à la nomination extra sortem des proconsuls. 3 . Il contribue aussi à faire ressortir le poids de l'intervention impériale au moment d'une telle investiture et à en définir les principales caractéristiques. Iunius Blaesus en 21 et s'en est servi pour reconstituer la procédure suivie au Sénat lors d'une nomination extra sortem. Il ne faut pas cacher que la procédure suivie à cette occasion reste mal connue d'un point de vue institutionnel et que les sources donnent peu d'informations sur les modalités de l'intervention impériale.L A NOMINATION D U PROCONSUL En guise de remarques conclusives : les modalités impériale 101 de Vintervention Un examen attentif des sources témoigne de la relative fréquence de la nomination extra sortem des proconsuls sous les Julio-Claudiens.431 et Rich 1990. mais il ne fait guère de doute d'un point de vue politique qu'ils se contentaient de ratifier le choix qui leur était soumis et qu'ils n'avaient pas la possibilité de contester. Iunius Blaesus en 21 pour attribuer au Sénat. La publication d'une inscription de Lepcis Magna sur laquelle Cossus Cornelius Lentulus est présenté comme un proconsul subordonné aux auspices d'Auguste conduit toutefois à émettre des réserves sur le bien-fondé de la théorie mommsénienne. mais elle n'y fait l'objet que d'une note infrapaginale. mais informelle . la dépendance auspiciale du gouverneur de la province d'Afrique à l'égard du prince convient mieux en effet à un légat nommé par l'empereur qu'à un proconsul investi par le Sénat. Mommsen. Telle qu'elle y est formulée. la responsabilité formelle au moment de toute désignation extraordinaire du proconsul . conformément à l'esprit du nouveau régime. 146. que ce soit en vertu de son droit d'émettre une sententia au Sénat ou de son auctoritas. Les sénateurs étaient associés au processus de prise de décision. Mommsen a bien vu l'importance du témoignage de Tacite sur le mode de désignation de Q. Il faut imaginer à la lumière de ce nouveau document épigraphique que le Sénat pouvait être amené à reconnaître au prince le droit d'interférer dans le choix du proconsul qui n'était pas tiré au sort de manière tout à fait officielle et légale. quant au prince. il n'aurait pu être en position juridique de nommer directement le gouverneur de son choix et aurait dû se contenter d'une influence sans doute décisive. .20-21 et de manière plus allusive Brunt 1984. Il ressort que la mesure qui mettait entre parenthèses la sortitio pour procéder au choix du proconsul jugé compétent pour la tâche à accomplir était prise à l'initiative du prince. et devaient toujours voter un sénatus-consulte. Le contenu des Annales de 316 316 ppR^ ii^ 287. Le savant allemand se fonde principalement sur le témoignage de Tacite relatif à la désignation de Q. sous la forme d'un sénatus-consulte. La seule synthèse sur ce sujet se trouve dans le Staatsrecht de Mommsen.

P. Ser. mais qui devaient se contenter des ornements triomphaux. Pisone pâtre. Martius Macer et M. Marcius Barea Soranus. Pour tous les autres proconsuls extra sortem mentionnés dans le catalogue commenté. elle était beaucoup plus directe pour des proconsuls qui n'étaient autorisés ni à triompher ni à obtenir de salutation impériale. ou ils décidaient eux-mêmes du choix. 1991. Malgré tout. Appuleius. Tibère avait joué un rôle qui était était expressément cautionné par Y auctoritas du Sénat. 23-24 de la Tabula Siarensis. Pisone pâtre et la Tabula Siarensis se complètent pour rappeler à propos de l'investiture de Germanicus qu'outre le vote d'un sénatus-consulte et d'une loi comitiale. aussi les 1. Iulius Romulus furent investis par le Sénat sur proposition du prince ou choisis par le prince après autorisation du Sénat. en particulier pour les proconsuls connus pour avoir agi sous les auspices du prince (Cossus Cornelius Lentulus avec les neuf autres proconsuls de l'année 6. Vinicius (?). question sur laquelle les sources ne fournissent aucune précision et qui ne peut donner lieu qu'à des suppositions. à ce sujet la 1. I. Faut-il penser que les sénateurs donnaient au prince l'autorisation de nommer les proconsuls de la même manière qu'il nommait ses propres légats? ou y avait-il dans le sénatus-consulte d'investiture une clause stipulant qu'en raison des circonstances exceptionnelles. sur cette question Hurlet 2000a. M. Ulpius Traianus en 79) . en prévision de sa mission en Orient : le SC de Cn. un proconsul connu pour sa capacité à faire face à des situations de crise liées à des troubles militaires. Paquius Scaeva. 1996. à des réformes administratives et peut-être aussi aux conséquences d'un séisme. qui a principe nostro ex auctoritate huius ordinis (Eck et al. Nous ne sommes pas mesure de savoir si M. le prince était dès la création du principat au centre de la procédure. La seconde solution fut alors adoptée. 158-161) . mais pour lesquelles la restitution auctori[tate senatus] ne fait plus aucun doute : alius aptior locus Ti(berio) Caesari Aug(usto) principi nostr[o videretur in Us regionibus.102 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN Tacite confirme qu'il existait à ce sujet plus d'une démarche possible lorsqu'il rappelle que la recherche d'un proconsul compétent sur les questions militaires avait conduit les sénateurs à distinguer deux alternatives : ou ils confiaient à Tibère le soin de désigner le proconsul. Paullus Fabius Maximus. L'essentiel est de retenir qu'en matière de nomination extra sortem. mais on peut raisonnablement admettre que la première fut retenue dans d'autres circonstances. très claire à cet égard : Germanico Caesari. Sulpicius Galba. C'était vers lui que les sénateurs se tournaient lorsque des circonstances extraordinaires autorisaient à choisir directement. Ainsi s'explique que les proconsuls nommés sans avoir été tirés au sort étaient tous des uiri militares ou des administrateurs jugés compétents qui avaient en commun d'être des proches du pouvoir impérial à un titre ou un autre : en tant que membres de la domus Augusta * . le contenu des sources est trop imprécis pour nous permettre de tirer à ce sujet quelque conclusion assurée. Lollius. Cf. Q. quartini?] I curam et tutelam Germanico Caesari ex auctori[tate senatus — ] (AE. Iunius Blaesus et peut-être Sex. 20 et Roman Statutes. 31 du SC de Cn. 317 31 3 1 7 Pour les proconsuls connus pour avoir agi sous les auspices du prince. 3 1 8 . vraisemblablement par le biais d'un sénatus-consulte pris à la suite d'une suggestion du prince . de préférence à celui qui aurait été désigné en vertu du règlement complexe de la sortitio. Cf. il faut se garder d'exagérer la ressemblance entre l'investiture de Germanicus et celle des proconsuls extra sortem agissant sous les auspices du prince : alors que l'intervention impériale avait dû être discrète dans le premier cas et n'avait pas empêché Germanicus de célébrer triomphe et ovation. le prince avait choisi tel proconsul sans qu'on eût recours à une sortitio et exerçait de ce fait sur le proconsul nommé de cette manière une supériorité qui se manifestait notamment à travers le monopole auspicial? La seconde procédure compte un parallèle avec la définition des pouvoirs de Germanicus en 17. cf. il reste à s'interroger sur le contenu du sénatus-consulte qui confiait au prince le soin de choisir le proconsul. Mais il s'agit là d'un point de détail qui ne revêt tout compte fait que peu d'importance. n° 37-38). 1532-1533. sans doute R Cornelius Dolabella en 23 et peut-être M. Q. Paullus Fabius Maximus. après avoir consulté le prince au préalable. Cf. R Silius Nerva.

À l'époque flavienne.s'ajoutait que le pouvoir impérial se contenta du résultat du tirage au sort. le prince n'éprouvait plus le même besoin de nommer directement comme proconsuls des hommes de confiance. 3 2 1 3 2 2 . l'extension de l'Empire romain sous Claude les avait reléguées au statut de provinces tranquilles. pour s'être ralliés sans hésitation à un nouveau prince en dépit des circonstances mouvementées de son avènement . À la fin du I siècle. Paquius Scaeva si l'on retient l'hypothèse de Chastagnol selon laquelle il exerça à trois reprises le vigintivirat entre 20 et 13 pour aider Auguste à faire face à la crise de recrutement de magistrats inférieurs attestée à partir de 18.47. Le principal motif était que les provinces publiques avaient fini par perdre toute valeur stratégique. À cette moindre importance d'un point de vue militaire . il ne faisait aucun doute que les candidats au proconsulat ne se présentaient pas à la sortitio sans y avoir été invités par le prince. Si elle disparutfinalementà lafindu F ' siècle.3 à propos du comportement de P. 3. Cossus Cornelius Lentulus et sans doute M. Ulpius Traianus. Il faut ajouter P. M. La procédure extra sortem constitue sans nul doute la forme la plus directe d'intervention impériale dans le mode de désignation des proconsuls. quant à la Macédoine ou Γ Achaïe. adlecté dans l'ordre sénatorial par Claude. C'est le cas de Q. Après une première phase marquée par un certain degré d'incertitude. une évolution dont on a déjà vu qu'elle était caractérisée par un renforcement de l'autorité impériale. Vinicius. Tac. situées loin des frontières et des troubles militaires. leur démilitarisation était achevée (cf.C.. la procédure extra sortem est morte comme elle était née : elle était apparue pour répondre aux besoins spécifiques du pouvoir impérial durant les premières décennies de son existence . la seule légion présente en Afrique avait été enlevée par Caligula au proconsul pour être confiée à un légat nommé par l'empereur . C'est le cas M. Silius Nerva. une telle procédure connut tout au long du I siècle p. Marcius Barea Soranus. qu'il finit par contrôler. 320 cf. Cornelius Dolabella. . Lollius. par reconnaissance à la suite d'une promotion sociale dont la responsabilité incombait au pouvoir impérial . 319 320 321 322 er er 3 1 9 Cf. surtout dans les années 16-13. autorisation qui prit d'abord un tour informel avant de revêtir un caractère contraignant avec Septime Sévère. voire un dévouement si excessif qu'il est qualifié par Tacite d'adulatio . Sulpicius Galba et de M. Iulius Romulus. elle disparut à partir du moment où le nouveau régime était si solidement installé qu'il pouvait se passer d'un mode de désignation qui était toujours ressenti comme une mesure extraordinaire.C. infra) et en faisait des régions pacifiées et inermes qui n'étaient plus le théâtre d'opérations militaires d'envergure ou le point de départ d'usurpations contre le pouvoir en place à Rome : Γ Illy rie était devenue une province impériale dès lafindes années 10 a. Ann.sensible à partir de Claude . c'est tout simplement parce qu'à différents titres.103 L A NOMINATION D U PROCONSUL pour avoir manifesté tout au long de leur carrière un attachement sans faille à la personne du prince . Appliquée aux proconsuls. P. Ser.

à tort comme j'ai essayé de le démontrer supra. 3 2 4 3 2 5 . Mais il s'agit là d'une hypothèse que rien ne justifie. 48. Appuleius y est qualifié d'àvOimorcoç το δεύτερον (cf. 210 = Brunt 1990. Sex. On aimerait en particulier en savoir plus sur une intervention impériale que l'on imagine déterminante. Une inscription de Claros est venue préciser qu'il avait exercé le gouvernement de cette province pendant deux années . Consul ordinaire en 29 a . n. 116-117 . elles pouvaient être provisoirement suspendues pendant une ou plusieurs année(s) pour l'ensemble des provinces publiques. Christol 1986a. 505-506. auxquels il faut ajouter une série de dix-neuf proconsuls anonymes. des proconsuls qui avaient été tirés au sort ou désignés sans tirage au sort furent prolongés dans leur gouvernement provincial pour une. Il faut reconnaître que nous connaissons peu de détails sur la procédure qui était suivie à cette occasion. 76 et 490 . 75 . 11 n'y avait en réalité aucune relation directe entre la prorogation et la procédure extra sortem ni de règle générale à cet égard : de même qu'un proconsul nommé extra sortem ne partait pas nécessairement gouverner sa province pour plusieurs années. 323 324 A. 53 et n. c'est sans doute également en partie en raison de la durée triennale du proconsulat d'Asie de L . Elle s'apparente à une mesure extraordinaire justifiée par différents types de circonstances exceptionnelles qui ont varié en fonction des époques. La prorogation sous Auguste : une pratique fréquente La prorogation est fréquemment attestée pendant les premières décennies qui suivirent le rétablissement du principe de l'annalité du proconsulat en 27. est en contradiction avec le principe de l'annalité du proconsulat. Appuleius. Egnatius Victor Lollianus qu'on a fait de ce dernier un proconsul extra sortem. 100. n. auquel le langage institutionnel donne le nom de prorogation et qui ne se confond pas avec la procédure extra sortem . Brunt 1961. 109). La seule manière de répondre à ces différentes interrogations est de commencer par établir dans un ordre chronologique une liste de tous les proconsuls connus pour avoir gouverné leur province plus d'une année et étudier pour chacun d'eux les circonstances de leur nomination. un proconsul en fonction pendant plusieurs années pouvait avoir été nommé en vertu d'une sortitio (Hurlet 2005b). C . 315). supra. mais qui est incomplète. Cette pratique. mais dont on a du mal à connaître les modalités. à ce sujet la liste des proconsuls en fonction plus d'une année qui est fournie en appendice par Talbert 1984. ainsi que pour une seule ou une partie d'entre elles. On identifie pour le principat d'Auguste sept proconsuls en fonction pendant plus d'une année. Il est bien connu qu'à certaines périodes et pour des raisons qui devront être déterminées. voire plusieurs années supplémentaires .104 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN CHAPITRE III L A PROROGATION Si la sortitio ou la procédure extra sortem apparaissent à l'époque impériale comme les seuls modes de désignation des proconsuls. On rencontre parfois dans l'historiographie contemporaine l'idée qu'un proconsul dont on sait qu'il exerça ses fonctions pendant plusieurs années avait été désigné sans avoir été tiré au sort (Knox Me Elderry 1913. 1. il fut proconsul d'Asie dans le courant des années 20. Il a déjà été souligné que les années 325 3 2 3 Cf. Les proconsuls prorogés — Sex.

soit les années 21/19 . Pour ce qui est du premier problème. implicite ou explicite. qui fut à coup sûr proconsul d'Asie en 10/9 a . Elle dépend de la chronologie retenue pour le proconsulat d'Asie de Sex. n. 97. 37075 et 41061 = ILS. 44. elles permettent au contraire de reconstituer avec la plus grande vraisemblance la procédure qui fut suivie en 12 a. Il est en effet assuré que Paullus Fabius Maximus. ά λ λ ' αιρετόν (cf. Ont donc été proposées soit les années 24/22. in : RE.ne doivent pas être corrigées. Cette correction a été reprise par Fitzler & Seeck. sur ce point la démonstration de Laffi 1967. 359 et Atkinson 1958. 8964 sur laquelle il est qualifié de [proconsul] Asiae bis. L'insistance avec laquelle Dion parle du tirage 329 330 331 3 3 2 333 3 2 6 Sur la datation du proconsulat d'Asie de Sex.C. l'apparat critique dans l'édition de Boissevain.C. 44-45. Dion 54.C. 327 328 — Le proconsul d'Asie de 12/10 a.311. 1. cf.C. Il faut en conclure que le biennium dont parle Dion s'étendit de 12/11 à 11/10 a. cf. mais il s'agit d'une déduction hâtive qui ne repose sur aucune source et qui s'explique par une confusion faite entre la suspension du tirage au sort comme mode de désignation du proconsul et sa prorogation (sur cette erreur. 209. 326 — Potitus Valerius Messalla. CIL. 470). exerça à Rome le consulat ordinaire tout au long de l'année 11 et ne pouvait pour cette raison se trouver en Asie dès cette année .C. cf. L a datation de ce proconsulat et l'identité du proconsul restent des questions controversées. La datation de son proconsulat d'Asie biennal ne peut être fixée avec précision. 204. Elle avait pour justification. On sait qu'il exerça le gouvernement de cette province pendant deux années . Spanhemius avait proposé de corriger sur ce point le texte des manuscrits de la façon suivante : ουκ έκ του κλήρου. n. que ce nouveau gouvernement biennal de l'Asie ait été exercé à partir de l'année qui suivit ce séisme. supra. qu'un proconsul nommé pour plusieurs années était nécessairement choisi sans passer par le tirage au sort (donc αιρετόν). Appuleius. II. supra. 311. les datations les plus probables étant 26/24 ou 23/21 . Appuleius. X . n. Sont restés fidèles à la leçon des manuscrits Laffi 1967. 3 2 7 3 2 8 3 2 9 3 3 0 3 3 1 3 3 2 3 3 3 .L A NOMINATION D U PROCONSUL 105 de son proconsulat d'Asie ne pouvaient être déterminées avec précision.30. Dion Cassius rappelle dans le contexte de Tannée 12 a. qu'à la suite d'un tremblement de terre qui avait touché la province d'Asie. 1918. 26. ce qui faisait du proconsul dAsie nommé pour deux années un proconsul extra sortem (et non sortitus comme l'indiquaient les manuscrits).le tirage au sort . comme on le fait parfois . on verra au contraire que la liste des proconsuls prorogés établie dans ce chapitre inclut de nombreux proconsuls dont on ne sait pas de quelle manière ils avaient été nommés. Les informations données par l'historien grec sur le mode de désignation du proconsul nommé pour ces deux années . autrefois émise par Atkinson . supra. 324) . Cf. Auguste y nomma (ou plutôt fit nommer) un proconsul pour deux années en vertu d'un tirage au sort . Cette démonstration a été faite récemment par Eilers 2001. Consul suffect en 29 a. il fut proconsul d'Asie dans la seconde moitié des années 20 au plus tôt. n. soit en 11/10 et 10/9 a.33-34 (avec l'idée contestable que la désignation par la voie du tirage au sort d'un proconsul destiné à rester en fonctions pendant plus d'une année était "l'eccezione alla regola". Il en résulte en effet que la nouvelle du séisme parvint à Rome après la sortitio des provinces consulaires et conduisit Auguste à prolonger d'une année le gouvernement d'un proconsul qui avait été déjà tiré au sort et était sans doute parti rejoindre sa province . Sur la datation du proconsulat de Potitus Valerius Messala. alors qu'il ne semble y avoir eu aucune règle allant dans ce sens) et Rich 1990. il faut résolument écarter l'idée. 96.C.3. auquel Potitus Valerius Messalla succéda très probablement. C . VI. 33-34. Iulius (Augustus). Atkinson 1958.

cf. aussi 53. 201-205. mode de nomination qui lui apparaît si singulier qu'il prend la peine de le mentionner . gouverneur de la province d'Afrique qui mit fin à la révolte des Gétules.constitue une manière de souligner que le gouverneur d'Asie des années 12/10 fait partie de cette catégorie spécifique de proconsuls nommés pour deux ans sans avoir été choisis par le prince.. 3 3 5 3 3 6 3 3 7 3 3 8 3 3 9 . Suét. Dion 55.C.491 tire des lacunes des fastes provinciaux pour les années 9-11 que "we cannot confirm or refuse Suetonius' statement". Eilers a proposé d'y reconnaître P. seul est connu Cossus Cornelius Lentulus. mais aussi nommés pour deux années . Cf.14. mais les raisons pour lesquelles M.C. le consul ordinaire de 16 a.1. C . comme on le verra) "Y imperium pour les gouverneurs provinciaux afin de maintenir le loyalisme des alliés par des hommes expérimentés auxquels ils étaient habitués" . Nous ne sommes pas en mesure de connaître leur identité . il faut en déduire que les dix proconsuls nommés durant la première moitié de l'année 9 furent prorogés pour une année supplémentaire et continuèrent à gouverner leur province jusqu'en 11. L a perte par P.23. le consul ordinaire de 19 a.28. 334 3 3 5 336 — Cossus Cornelius Lentulus et les autres proconsuls des années 6/8 p.Aw#. 338 339 3 3 4 II apparaît en effet que Dion Cassius ne mentionne pour les proconsuls en fonction plus d'une année que ceux qui furent désignés par la voie extra sortem (55. α λ λ ' ούχ αιρετόν . 125.106 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN au sort à cette occasion . n. mais il faut imaginer que les neuf autres proconsuls nommés en 6 exercèrent leur gouvernement provincial jusqu'en 8. Parmi les proconsuls concernés par une telle décision. 337 — Les proconsuls des années 9/11 p.2. supra.C. me semblait être un meilleur candidat ont déjà été exposées .25. Eilers 2001. Dion Cassius précise à propos des proconsuls nommés en 6 p. Vinicius. C . Cornelius Scipio .4). alors que l'on connaît beaucoup de proconsuls sortiti qui exercèrent le gouvernement de leur province pendant plus d'une année. Brunt 1990.. Cette durée biennale y est justifiée par les multiples révoltes provinciales simultanées qui avaient éclaté durant cette année (notamment en Pannonie. Quinctilius Varus de ses trois légions étant datée de septembre 9 p .6 . L'emploi du terme générique praesides indique que ce passage concerne aussi bien les légats du prince que les gouverneurs des provinces publiques. le contexte de l'année 9 p.28. mais il me semble malgré tout qu'il n'est pas nécessaire de mettre en doute la véracité des propos du biographe : comme en 6 p . qu'ils furent non seulement choisis par Auguste ..C.2 et 60. La procédure suivie pour la désignation du proconsul d'Asie des années 12-10 dut lui apparaître à ce titre comme une exception à la règle générale.c'est-à-dire désignés par la voie extra sortem . en Afrique et en Sardaigne-Corse). Il reste à identifier le proconsul.C. Auguste "prolongea" (ou plutôt fit prolonger. 52. se prêtait bien à la prorogation de tous les proconsuls.C. Suétone rappelle qu'à l'annonce du désastre de Varus.εκ του κλήρου.

C . par exemple PIR F 47 et Scheid 1975. 86. 177 qui enregistre les deux possibilités de datation sans prendre position.107 L A NOMINATION D U PROCONSUL — L . il exerça pour une durée triennale le proconsulat d'Asie à la fin du principat d'Auguste ou au début du principat de Tibère. soit 340 13/16341. Syme 1986. VI. in : NP. peutêtre à cheval sur les deux principats. Paullus Fabius (102) Maximus. leur grand nombre aurait signifié que le proconsulat de Paullus Fabius Maximus ne pouvait se limiter aux deux années civiques (10 et 9 a. Cf. C . Étant donné que l'intervalle entre le consulat et le proconsulat se situait d'ordinaire à cette époque entre cinq et dix ans. il exerça le proconsulat d'Afrique pendant trois années.1.405 (avec un point d'interrogation) . 342 343 — Un cas à écarter : Paullus Fabius Maximus. n. 2934. 1952.) que représente une seule année proconsulaire et fut prolongé d'une année supplémentaire jusqu'en 8 a.apparaît comme le petit-fils de L . 27. Il est possible dans ces conditions qu'il ait gouverné la province d'Asie au même moment que L. Nonius Asprenas qualifié de procos prouinciae Africae III (IRT. 2942. 2936. 132 et n. cf. in : NP. dans ce sens Groag. 100. Nommé à coup sûr proconsul d'Asie en 10 a. L a datation de ce premier proconsulat triennal n'est pas assurée à l'année près : soit 12/15. cf. Vibius Postumus. Syme 1986. 86 .1. 1998. Nonius Asprenas. 1909. 4. IV. Sur l'idée qu'il faut établir un parallèle entre les proconsulats triennaux de L . 232). 12/2. dans ce sens RPC. 1.C. 963. Consul suffect de l'année 6 p . 2932. Ces personnages étant d'ordinaire identifiés pour la plupart à des magistrats municipaux . n. sur la datation du proconsulat de C. Eck. il passe pour avoir été prorogé en 9 pour une année supplémentaire et être resté en fonction jusqu'en 8 Les arguments en faveur d'une telle hypothèse restent malgré tout peu solides et ne reposent pour tout dire que sur une série de monnaies d'Hierapolis sur lesquelles la représentation de Paullus Fabius Maximus sur l'avers est associée aux noms de neuf personnalités locales mentionnés sur le revers . 209 . 26 .C. 2939. Cf. 1. Cf. Sur la question de la datation du proconsulat d'Afrique de L . Vibius Postumus. quelques mois à peine après avoir exercé le consulat. 2941. RPC. 346 = AE. 1793 . 480-481 dans la notice introductive consacrée à la cité d'Hierapolis. II. OGIS. 469 = IGRRP. 222. 2003. Nonius Calpurnius Asprenas proconsul d'Afrique en 82/83 . Scheid 1975. Thomasson 1984. 362.C. 377 et Ferrary 2000. le proconsul de l'autre province consulaire qui fut placé également pour trois années à la tête de l'Afrique. Vogel-Weidemann 1982. Ce raisonnement est toutefois loin de faire autorité. Nonius Asprenas. Vogel-Weidemann 1982. Vibius Postumus. à cheval sur les règnes d'Auguste et de Tibère . Nonius Asprenas.1. in : RE. Nonius Asprenas et C. PIR F41 . 2930. — C. 2. 50-54 et Thomasson 1996. Il est donc préférable de ne pas intégrer 3 4 4 345 3 4 6 347 3 4 0 Cf. C'est Γopinio communis à laquelle la plupart des spécialistes de prosopographie augustéenne se sont ralliés non sans préciser qu'il ne s'agissait là que d'une probabilité. cf. Consul suffect en 5 p . c'est-à-dire en 12/15 ou 13/16 . 35 qui propose le triennium 12-15 et Eck. il est qualifié de το τρίς ανθύπατος sur une inscription de Samos . Il faut préciser qu'aucun de ceux qui sont associés au gouverneur sur les monnaies d'Hierapolis n'est présenté comme magistrat et qu'il pourrait s'agir de notables locaux (peut-être réunis en une commission pouvant compter jusqu'à huit personnes et chargés d'une liturgie) . dans ce sens une inscription de Lepcis Magna sur laquelle L . 3 4 1 3 4 2 3 4 3 3 4 4 2 3 4 5 3 4 6 3 4 7 2 .

1.C. Appuleius. Elle était justifiée par des circonstances exceptionnelles qui varièrent selon l'époque envisagée. elle apparaît comme un moyen de pallier le manque de consulaires susceptibles d'être candidats aux proconsulats d'Afrique ou d'Asie . Par la suite. 3 4 9 3 5 0 . La pratique de la prorogation est tout d'abord attestée pour des provinces touchées par des catastrophes naturelles. d'autres facteurs entrèrent en ligne de compte. réalité à laquelle Dion Cassius fait peut-être allusion lorsqu'il mentionne dans le contexte de l'année 12 la nomination d'un proconsul d'Asie pour deux années aussitôt après avoir précisé qu'Auguste paya au trésor public avec ses propres fonds le montant du tribut annuel de cette province. en particulier pour l'Asie après le séisme de l'année 12 a . Les avantages liés à une telle pratique sont évidents et ont été rapidement évoqués dans le passage de Suétone relatif à la prorogation pour l'année 10/11 des proconsuls entrés en fonction en 9. phénomène dont on a vu qu'il fut préoccupant durant la seconde moitié des années 20 et jusqu'en 18/17.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 108 le nom de Paullus Fabius Maximus dans la liste des proconsuls d'époque augustéenne qui furent prorogés . dans l'ordre chronologique. 209. les proconsuls d'une même année furent tous automatiquement prorogés à deux reprises lorsque Rome eut à faire face à des situations de crise provoquées par les multiples révoltes de l'année 6 et le désastre de Varus en 9. Il s'agissait de leur permettre de gouverner leur province pendant deux années 349 35 3 4 8 Comme le fait Eilers 2001. aussi dans ce sens Thomasson 1984. le contexte militaire. Le proconsul désigné en 12 a. Il faut souligner les avantages et les responsabilités d'ordrefinancierliés à la pratique de la prorogation. Une des raisons principales est liée aux impératifs de remise en ordre des cités ravagées. Appuleius et de Potitus Valerius Messalla. Cf. 206. 348 2. Cf. si l'on attribue une datation haute au proconsulat biennal de Sex. Il faut également penser au moindre coût que représente pour les provinciaux un proconsul prorogé comparé aux besoins plus importants d'un proconsul tiré au sort qui compte profiter de la seule année passée à la tête de si riche province d'Asie pour s'enrichir. Dans le courant de la dernière décennie du principat d'Auguste. Durant les premières années du principat d'Auguste. dans les limites de ce qui était légalement autorisé °. un proconsul prorogé pour une seconde année pouvant suivre sur une plus longue durée les travaux de réfection les plus urgents et en contrôler leur bonne exécution.C. Syme 1986. 44-45 à propos de Sex.C. Cf. 204 en ne faisant pas de Paullus Fabius Maximus le proconsul d'Asie de l'année proconsulaire 9/8 a. C . et peut-être aussi dès celui de 26 a. la prorogation des proconsuls resta une pratique extraordinaire au même titre que la procédure extra sortem. Le dernier facteur clairement identifiable à prendre en compte est. Qu'il faille ou non établir un rapport direct entre une telle libéralité impériale et la durée biennale du gouvernement de l'Asie. il est de toute façon incontestable qu'un mandat de deux années visait à assainir les finances publiques des cités touchées par le séisme. disposait tout d'abord d'emblée de plus de temps à la tête de sa province de manière à pouvoir s'assurer avec plus d'efficacité que les fonds consacrés par les cités à leur reconstruction ne soient pas détournés d'une manière ou d'une autre. dans ce sens à propos du passage de Dion Rich 1990. Une pratique évolutive Sous Auguste.

Ce nouveau proconsulat triennal s'inscrit dans le contexte de la guerre contre Tacfarinas à laquelle L . RPC. *> Thomasson 1996. il fut prorogé dans ses fonctions de proconsul d'Afrique . Tac. parmi les gouverneurs choisis par tirage au sort. C .s'inscrit dans un registre polémique censé dénoncer la cruauté du "mauvais" empereur et n'était de toute façon ni la seule ni la principale. Furius Camillus .5. qui fut en 17 le premier proconsul d'Afrique à combattre le rebelle africain. Il en résulte que sous Tibère. B. il succéda à L..1. ce passage met en évidence une réalité incontestable qui trouve une confirmation dans la liste des proconsuls en fonction plus d'une année.23. 3. Si la raison invoquée . "il y eut un tel nombre de sénateurs assassinés que.109 L A NOMINATION D U PROCONSUL consécutives à un moment où la continuité du gouvernement provincial était ressentie comme un facteur de stabilité dans un contexte de troubles à l'échelle de l'Empire. il gouverna la province d'Afrique à coup sûr de 18 à 21 . Apronius à la tête de la province d'Afrique en 21 après avoir été désigné sans tirage au sort à la suite d'une procédure dont les principales étapes ont été décrites supra. Consul suffect en 8 p . 53 354 3 5 5 356 — Q. Tac. Ann. cf. Dion 58. C . 351 352 1.1. en 22. Iunius Blaesus. 3. Apronius prit part en sa qualité de général en chef des troupes romaines stationnées en Afrique .29. la prorogation des gouverneurs des provinces publiques devint avec Tibère une pratique administrative qui apparaît désormais plus comme la règle que comme l'exception . parce qu'on n'avait plus personne pour leur succéder" . la pratique de la prorogation des proconsuls se renforça à partir de la seconde moitié des années 20 aussi bien par sa fréquence que par la durée d'un gouvernement provincial qui pouvait aller jusqu'à six années consécutives. Ami.l'assassinat de sénateurs . Ann. transition qui aurait pu avoir des conséquences dommageables sur la conduite des opérations militaires ou l'attitude des provinciaux à l'égard de Rome. Tacite rappelle que l'année suivante. Il constitue à 357 3 5 1 Cf. Sur la participation de L ..1. Étant le successeur de M. Dion Cassius rappelle que sous Tibère. Par la même occasion était suspendu momentanément le traditionnel roulement annuel des gouverneurs des provinces publiques. Les proconsuls prorogés — L. de manière générale Orth 1970. 3. 1. Tac. Apronius aux opérations militaires.762-764.21. 71-81. les anciens préteurs assumèrent leur charge pour trois ans et les anciens consuls pour six ans.. Consul suffect en 10 p . Apronius. La prorogation sous Tibère : une pratique qui est devenue la règle Attestée dès le principat d'Auguste à de multiples reprises et pour différentes raisons. Ce passage s'insère dans un chapitre consacré à la séance du Sénat de l'année 22 au cours de laquelle la question de l'attribution des provinces publiques consulaires fut mise à l'ordre du jour.21.58. 3 5 2 3 5 3 3 5 4 3 3 5 7 . il apparaît sur plusieurs monnaies provenant de cités d'Afrique avec la fonction de procos IIP .

1995. Eilers 1995. Il résulte de nombreux témoignages épigraphiques et numismatiques que P. cf. L'inscription d'un pont situé aux environs de Vaga sur laquelle il est qualifié de procos HI sous la trente et unième puissance tribunicienne de Tibère indique qu'il exerça son proconsulat triennal de 27 à 30 (plutôt que de 26 à 29) . Sur cette démonstration. 3 5 9 3 6 0 3 6 1 3 6 2 3 6 3 3 6 4 3 6 5 3 6 6 . On savait par une inscription de Cos qu'il avait gouverné cette province au moins pendant deux années. AE. Consul suffect en 17 p . 9-12 explique un tel martelage. 4. Provenant de la cité de Kibyra. VIII. 94. 272.3. 3 . 75. VIII. — M. Viriasus Naso y apparaît pour avoir "consacré" un monument au Numen et à la Providence de Tibère et du Sénat le 18 octobre. Cf. sur la question de la chronologie.56. exécuté en 39 sur Tordre de Caligula (AE. La relecture d'une inscription d'Éphèse sur laquelle avait été martelé le nom d'un patron de Myra honoré par cette cité pour une troisième fois a conduit Cl. Ann. 31. n. Il est qualifié sur une inscription de Gortyne de procos tertio . 2369. Petronius est qualifié de ανθύπατος το τρίτον en relation avec la trente-troisième puissance tribunicienne de Tibère (de juillet 31 à juin 32) indique que son proconsulat d'Asie commença à coup sûr en 29 pour s'achever en 35 . 1477). 363 364 365 — P. comme le résultat d'une confusion avec son fils homonyme. de 26 à 29 °. 361 362 — P.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 110 ce titre un des rares témoignages sur la procédure institutionnelle qui était suivie lors des prorogations des proconsuls : l'intervention des sénateurs et le vote en ce sens d'un sénatusconsulte apparaissaient comme des formalités nécessaires. C . Petronius. Consul ordinaire en 6 p . 1. C . 22786 = ILS. 381. À 366 358 Tac. VIII. 358 359 36 — C.1. P. RPC. n. cf. ce qui indique qu'il n'a pu célébrer un tel anniversaire en tant que procos tertio avant le 18 octobre 32. Aemilius Lepidus. Eilers à identifier ce personnage avec M. 1. L'année 28/29 étant désormais occupée pour le gouvernement de la province d'Asie par M. consul suffect en 19. Crei. CIL. Corsten 1999. Aemilius Lepidus et à lui attribuer un proconsulat triennal. 10568 et 14386 . aussi dans ce sens Meier 1967.87. CIL. Petronius oscille entre 29/35 et 30/36. Aemilius Lepidus. CIL. Thomasson 1996. 739-744. IV.1. la (je reviendrai infra sur cette étude). 12036 = ILS. 1934. la datation du long proconsulat de P. Viriasus Naso. jour de la chute de Séjan en 31. la dédicace à Tibère sur laquelle P. ni après le 18 octobre 36 selon toute vraisemblance. de 26 à 28 . il est honoré sur plusieurs inscriptions et monnaies provenant de la province d'Afrique avec le titre de procos 7// . 158 = Inscr. 10568 et 14386 . 9375 . Petronius. cf. Le parallèle avec le passage de Dion a déjà été établi par Orth 1970. III. 308 . Vibius Marsus. IRT. a priori inexplicable pour un homme dont la mémoire ne fut jamais condamnée.. il fut nommé comme proconsul d'Asie en 26 . On peut y voir une illustration concrète du passage de Dion selon lequel les provinces publiques tirées au sort par les anciens préteurs furent gouvernées sous Tibère (durant la seconde moitié de son principat) pendant trois années . exerça sous le principat de Tibère le proconsulat d'Asie pendant six années consécutives . notamment RPC.

Un dernier exemple de proconsulat triennal est attesté sur une inscription fragmentaire qui provient des environs de Nomentum et pour laquelle W.? CJaesaris Augu[sti --] I [ ]T[ 7 . Plusieurs questions se posent à ce sujet : s'agit-il sur les deux documents du même proconsul. cf. dont le dernier était Marcus Silanus? De la réponse à cette dernière question dépend la solution à la première. 238-240 = AE. Petronius. Le chiffre III ne peut suivre la mention du consulat. 3 6 8 3 6 9 3 7 0 3 7 1 3 7 2 2 . une inscription honorifique en l'honneur d'un certain C. 21. 371 372 367 Eck 1977. 6236 = Inscr. Fuluiufs —Jus procos parmi un groupe de cinq donateurs d'offrandes d'or et d'argent déposées dans le temple de la Concorde précisément pour le salut de Tibère.1 (je reviendrai plus en détail infra. non sans prudence. le consul ordinaire de 19. Maenius Bassus fut attaché à un seul proconsul d'Afrique pendant six années consécutives (comme P. 121. Il est de nouveau tentant d'établir un parallèle avec le témoignage de Dion sur l'instauration durant la seconde moitié du principat de Tibère d'une durée de trois années pour les provinces publiques de rang prétorien . pr. puisque seuls le prince et les membres de la famille impériale sont connus à cette époque pour avoir été consuls au moins à trois reprises. 151-152 sur ce passage). il partit gouverner la Crète-Cyrénaïque durant l'été 30 au plus tôt et la datation de ce gouvernement provincial triennal oscille entre la datation haute de 30/33 et la datation basse de 34/37. XIV. 4. aussi Le Glay 1980. Cf. FJulitio Cf. lui aussi consul . Iunius Silanus Torquatus. mais non assuré . aient été une seule et même personne. 1976. VI. S[ ca. Ill. Ce Marcus Silanus ne peut être que le consul ordinaire de 19. celui de Nomentum et celui de Rome. 47 et Bruun 1986. Ser.séduisant. Eck 1977. It. IV.. 367 368 369 37() — Un cas douteux : M. Il est possible que les deux Fuluii. six fois (ou pour la sixième fois) à Carthage" .[pro]co(n)s(iti) III. ex aucî[oritaîe] I [Ti. Provenant de Tibur. vraisemblablement durant l'année proconsulaire 38/39 .ne fait aucun doute et fait incontestablement référence à un proconsulat exercé pendant trois ans . gouverna l'Afrique sous Caligula.en 19 et placé à la tête de l'Asie pendant six ans de 29 à 35) ou qu'il servit à six reprises sous plusieurs proconsuls (six au maximum). 3783).48. — [?] Fulvius S[—]. La datation du proconsulat d'Afrique exercé dans les années 30 par ce personnage reste problématique dans l'état actuel de nos connaissances. 16 et n. La lecture proposée pour le début de la deuxième ligne . Une telle lacune présente au moins le mérite de nous permettre de dater de l'époque julio-claudienne le proconsulat de ce Fulvius. Hist..avec une autre inscription de Rome mentionnant un C. Sur cet "epigraphic habit". fils de Marcus. le nom de la province gouvernée pendant une telle durée n'est pas mentionné . 3673 et 30856 = ILS. sans doute le 26 juin 31 (CIL. puisque son homonyme. Maenius Bassus a ajouté une précision complémentaire qui a contribué à modifier les données chronologiques du problème en indiquant que ce personnage fut "préfet des ouvriers de Marcus Silanus.111 L A NOMINATION D U PROCONSUL ce titre.suffect . Silanus. Il est attesté qu'un M. T a c . l . Conformément à une habitude épigraphique datée des premières décennies de notre ère. CIL. 3665 = ILS. Eck a proposé les restitutions suivantes : /. 238 et n. à savoir le consul ordinaire de 19? Faut-il déduire de l'emploi de sexto sur l'inscription de Tibur que C. 193. 5 lettres/ / [projcos. C'est l'hypothèse à laquelle Eck se rallie. le consul suffect de 15 qui était devenu le beau-père de Caligula en 33. 221-227 qui établit pour l'inscription de Nomentum un rapprochement . fut poussé en suicide en 38.

Syme 1981. soit au début de l'été 29 (26-30 juin). 191-192 et 237. rien ne dit que le consul suffect de 15 homonyme exerça le proconsulat de cette province pendant six années dans le courant des années 30. en fonction en 39 . Vibius Marsus. 196-197 a maintenu la datation traditionnelle du proconsulat de C. dont le dernier était l'un des deux personnages suivants : soit le consul ordinaire de 19. C'est la conclusion qui a la préférence de Thomasson 1996. plusieurs arguments . Petronius . en penchant pour 30/35 afin de présenter M. Iunius Silanus Torquatus et de R Petronius). Iunius Silanus en 29/35 et le proconsulat d'Afrique précédent de C. Vibius Marsus dont on a vu qu'il avait toutes les chances de remonter aux années 27/30 . exercé par un autre membre de la même famille (M. consul suffect en 15?) et le dater en conséquence de 29/35. aussi dans ce sens Syme 1981. Pour le reste. Maenius Bassus servit successivement durant les années 30 sous les ordres de plusieurs proconsuls. ensuite et surtout. Si l'existence d'un proconsulat sexennal (ou quinquennal) exercé par M. l'absence sur ce sujet de tout autre document que le témoignage de l'inscription de Tibur (argument a silentio qu'il faut utiliser avec modération) . soit le consul suffect de 15 placé à la tête de l'Afrique durant la première moitié des années 30. non sans cacher les difficultés qu'implique cette interprétation .infirment une telle hypothèse : tout d'abord. mais on verra infra que cette hypothèse est loin de s'imposer). il faut conclure que le consul ordinaire de 19 était à la tête de l'Afrique en 38/39. Iunius Silanus dès 29. Si l'on veut bien accorder quelque crédit au témoignage de Tacite. 33-34. 105-106 a essayé de résoudre cette difficulté en faisant remarquer que l'inscription du pont aux environs de Vaga sur laquelle C Vibius Marsus est qualifié de procos III et qui est datée de la trente et unième puissance tribunicienne de Tibère remonte à l'extrême fin de ce proconsulat triennal. l'incompatibilité chronologique entre un proconsulat sexennal qui aurait été exercé par M. cf. il faudrait en bonne logique identifier ce proconsul avec le consul suffect de 15 étant donné que le consul ordinaire de 19 fut proconsul d'Afrique en 38/39 conformément au témoignage de Tacite . ou il faut considérer comme insuffisamment établie l'idée d'un aussi long proconsulat et penser que C. Iunius Silanus. Il faut convenir qu'aucune de ces solutions ne s'impose de toute évidence. 3 7 3 374 375 3 7 3 Adopte une telle hypothèse Vogel-Weidemann 1982. 482 où est établi un parallèle entre les carrières de M.non décisifs en soi . Iunius Silanus devait être admise pour les années 29/35 ou éventuellement 30/35. À l'examen. 3 7 4 3 7 5 . ce qui permettrait de le dater de 26 à 29 et de faire commencer le proconsulat sexennal de M. VogelWeidemann et Syme ont toutefois préféré continuer à retenir l'identication traditionnelle avec le consul ordinaire de 19 et défendre en conséquence l'idée que Tacite avait commis une erreur (il aurait confondu M. 196-197 et Syme 1986. Iunius Silanus avec L . 330a et b) infirme en tout cas définitivement l'idée que le proconsul de 38/39 resta en fonction pendant six années et réduit à ce titre les possibilités à deux hypothèses : ou il faut admettre à côté du proconsulat exercé en 39 par le consul ordinaire de 19 l'existence d'un autre proconsulat d'Afrique. 98-106 (et n. II y aurait eu dans ce cas de figure deux proconsuls d'Afrique durant l'année 29/30! Vogel-Weidemann 1982. Rubellius Blandus en 35/36 (IRT. Iunius Silanus en soulignant notamment que sexto désignait les années civiles (et non proconsulaires). ce qui conduit à établir un strict parallèle avec le proconsulat d'Asie exercé au même moment par P. Iunius Silanus Torquatus comme le successeur immédiat de C .112 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN L'exercice du proconsulat d'Afrique par C. Vibius Marsus (27/30) et fait remonter en conséquence à 30/35 la datation du proconsulat de M. sexennal. Calpurnius Piso.

ce qui permet d'établir un parallèle avec la décision prise à l'initiative d'Auguste de proroger pour une année supplémentaire l'ensemble des proconsuls à la suite des multiples révoltes de l'année 6 dans plusieurs régions de l'Empire romain et du désastre de Varus de la fin de l'année 9 . À partir de la seconde moitié des années 20 p . la pratique de la prorogation évolua et prit une signification radicalement différente de celle qu'elle avait durant la dernière décennie du principat d'Auguste.. dans ce sens Brunt 1990. Sulpicius Galba.L A NOMINATION D U PROCONSUL 113 2. Ann. semble-t-il. 1. Apronius et de Q. Les proconsuls ne furent tout d'abord plus prorogés en relation avec des difficultés militaires . dont on comprend ainsi qu'il se suicida après que Tibère lui eut interdit de tirer au sort une province consulaire). Une telle interprétation se heurte en outre à toute une série d'objections. dans la mesure où le faible taux de renouvellement des proconsuls contribua par la force des choses à mécontenter un certain nombre d'anciens magistrats supérieurs privés de gouvernements provinciaux lucratifs . Dettenhofer a adopté une position pour le moins paradoxale : alors qu'elle fait durer une opposition généralisée de la part des sénateurs à l'égard d'Auguste et de son régime jusqu'à la fin de la première décennie p.3). 353-355 où elle présente le recours fréquent de la prorogation à la fin des années 20 et au début des années 30 p. Le début du principat de Tibère se place incontestablement dans la continuité de la fin du principat d'Auguste : les proconsulats d'Afrique de L. De nombreuses explications ont été avancées par les 376 3 7 7 378 3 7 6 Cf. ce qui n'allait pas au-delà de la durée maximale fixée à trois ans durant les dernières années du principat d'Auguste . Contra Dettenhofer 2002. mais l'ensemble de l'argumentation ne m'a pas semblé convaincante. Viriasus Naso. aucune difficulté particulière. au moins l'un d'entre eux. (Dettenhofer 2000).et prestigieux dans le cas des provinces consulaires . proconsul de Crète-Cyrénaïque à une époque où cette province ne rencontrait. la dignitas de tout sénateur ne reposait pas seulement sur la fortune et restait indissociable de l'exercice de fonctions poliades.15.C. C . cf.de Y ambino ou de largitiones. durée exceptionnelle qui ne comptait aucun précédent augustéen. Elle ne manqua pas de susciter de la part de l'aristocratie romaine des critiques. ils s'inscrivaient en outre dans un contexte de crise militaire. 491. en particulier les magistratures et 3 7 7 3 7 8 e r .27. les cas de M. P. gouverna sa province pendant six années. Petronius. en l'occurrence la guerre contre Tacfarinas. Petronius. Iunius Blaesus durèrent respectivement trois et deux années.1) et qui avait de ce fait réduit notablement les dépenses des candidats effectuées lors des campagnes électorales sous la forme . comme une conséquence de la faible motivation de l'aristocratie pour l'exercice des gouvernements provinciaux (à partir du témoignage de T a c . or on verra qu'une telle pratique est de moins en moins attestée au fil du I siècle pour disparaître à l'époque antonine.. Cette nouvelle pratique est a priori étonnante. proconsuls d'Asie à une époque où cette province était totalement pacifiée . ce qui ne les poussait plus comme auparavant à réclamer à tout prix de lointains et risqués gouvernements de provinces censés désormais ne plus être indispensables d'un point de vue pécuniaire (sauf pour ceux qui connaissaient des difficultés financières comme C. 6. On ne voit tout d'abord pas pourquoi la prorogation systématique des proconsuls aurait été effectivement limitée à la seule période de la fin du principat de Tibère si elle avait pour cause une réforme électorale qui ne fut jamais remise en question dans ses grandes lignes par la suite et qui continua à être appliquée après la mort de ce prince . Aemilius Lepidus et de P. Il faut ajouter que d'après ce que nous savons de la mentalité antique sous le Haut-Empire.C. aussi P. Elle avance l'idée qu'une telle attitude de l'aristocratie découlait de la réforme électorale qui avait transféré au Sénat les traditionnelles compétences des comices en matière d'élections des magistrats (Tac. Les motifs de la prorogation Le catalogue commenté permet de discerner à propos de la pratique de la prorogation une nette évolution. Ann. Cf. elle refuse de déceler un peu plus d'une décennie plus tard le moindre signe de résistance à l'égard d'une mesure qui privait concrètement un grand nombre de sénateurs de l'exercice de proconsulats.coûteuse .

Dans ces conditions. Pour ce qui est des proconsuls. Il ne faut donc pas établir de lien direct entre l'évolution de la pratique de la prorogation et les procès de maiesîaîe qui se multiplièrent à la fin du principat de Tibère . par jalousie à l'égard des candidats à de tels gouvernements provinciaux ou en raison d'un caractère irrésolu qui l'empêchait de prendre des décisions .de trois à six ans . Une aussi longue absence de Rome constitue dans le contexte de cette époque un événement capital qui ne manqua pas de perturber non seulement les équilibres politiques. n'est en tout cas ni la seule cause du phénomène de prorogation systématique des proconsuls. Tibère ne pouvait plus influer sur le déroulement de la sortitio aussi efficacement que lorsqu'il était présent à Rome et participait à ce titre aux séances du Sénat . 210. Il est à ce titre peu vraisemblable qu'un sénateur ait renoncé à gouverner en tant que proconsul une province publique pour la simple raison qu'il n'avait plus besoin de se renflouer d'un point de vue financier et qu'il avait tout à craindre d'une tâche lointaine aussi dangereuse. Il est difficile dans l'état actuel de nos connaissances de privilégier l'une ou l'autre des explications présentées par Tacite et Suétone. Suét.. mais cette explication reste insuffisante et ne peut être adoptée sous cette forme. Tib. On a déjà vu que Dion Cassius mettait en avant un phénomène de réduction numérique du personnel politique liée au nombre important d'exécutions de sénateurs. n. notamment après l'échec de la conspiration de Séjan en 31. mais aussi les procédures de désignation du personnel chargé de l'administration de l'Empire.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 114 sources anciennes pour rendre compte d'une telle évolution.en l'occurrence 379 380 les promagistratures. pour s'épargner l'ennui d'un nouveau choix. 72 [=Brunt 1990. mais elles ont en commun de renvoyer de manière plus générale aux conséquences négatives de la retraite de Tibère en Campanie tout au long de la dernière décennie de son principat. Il apparaît que la réforme électorale du début du principat de Tibère. Comme l'a déjà souligné Brunt 1961. n. 41 . Sulpicius Galba l'ordre de ne pas tirer au sort une province consulaire (en 36). il transmettait depuis la Campanie ses recommandations aux sénateurs au moyen de lettres et enjoignit par exemple par ce biais à C. Ann. 76.. Ce n'est sans doute pas un hasard si le premier proconsul d'époque libérienne qui exerça ses fonctions pendant plus d'un an pour des raisons autres que militaires . la prorogation lui apparut comme une manière commode de ne pas abandonner complètement au Sénat le choix des proconsuls : une telle procédure présentait l'avantage de maintenir plusieurs années durant . 3 7 9 3 8 0 . si elle a pu atténuer l'opposition des sénateurs à l'égard de l'attitude de ce prince à la fin de son principat. 72]. elles sont attestées en outre en plus grand nombre dans le courant des années 30. Comme Dion Cassius. ni la cause principale.80. soit plusieurs années après que les proconsuls commencèrent à être prorogés. mais en mettant en avant une série de motivations d'ordre psychologique : Tibère ne se serait plus préoccupé d'assurer le traditionnel roulement annuel des proconsuls par désintérêt des affaires de l'État.2. Les purges au sein du Sénat constituent sous Tibère un phénomène dont l'ampleur ne doit pas être exagérée et qui n'empêchait pas de toute façon de trouver chaque année dix candidats pour le gouvernement des provinces publiques . Tac. 1.à la tête des provinces publiques les anciens préteurs ou anciens consuls en qui Tibère avait une entière confiance. Tacite et Suétone soulignent la responsabilité du prince en la matière. mais ce mode de communication était loin de remplacer sa présence physique à Rome même et les moyens de pression qui en résultaient..

n. Il suffirait pour cela d'admettre que le prince ait pris la décision de le faire proroger à la fin de la première année de son gouvernement provincial. mais au début de l'année 28. 383. n. Vibius Marsus à la tête de l'Afrique non pas en 27. au début de l'année 27. Aemilius Lepidus.115 L A NOMINATION D U PROCONSUL M. n'infirme pas l'idée qu'il faut établir un lien entre la généralisation de la prorogation et la volonté de Tibère de se retirer en Campanie. Faut-il imaginer pour autant qu'en liaison avec sa retraite en Campanie. quant à l'Asie. mais cette dernière datation n'est pas absolument sûre. D'un point de vue méthodologique. il n'est toutefois pas assuré que ce proconsulat triennal doive être daté de 26/29 et il a été souligné supra. le principal facteur d'explication de la longue durée de la plupart des proconsulats attestés entre 26 et 37 est à chercher dans les conditions si particulières d'exercice du pouvoir impérial durant cette dizaine d'années. Aemilius Lepidus. 381. quand bien même une telle décision aurait été prise l'année suivante. 381 (il fondait une telle chronologie sur le passage de Suét. si elle devait se vérifier.. ce qui avait pu le conduire à prévoir dès cette année le principe d'un recours plus fréquent à des proconsuls nommés pour plusieurs années . 362 que les années 27/30 constituent une solution plus probable. Tibère fit adopter en bonne et due forme une réforme qui modifiait la durée du gouvernement des provinces publiques? Meier avance une telle hypothèse en déduisant du passage de Dion Cassius déjà commenté que l'on peut parler à bon droit d'un "règlement temporaire" qui fixait à trois années la durée des proconsulats prétoriens et allongeait jusqu'à six ans la durée du gouvernement des deux provinces publiques consulaires. Meier 1967. à ceci près que celui-ci fut tiré au sort en 26 (et non en 27 comme cela semble être le cas pour C. 378-384. une durée triennale à ce proconsulat. On sait en effet que ce prince quitta Rome en 26 (durant la seconde moitié).fut prorogé pour la première fois dans son gouvernement provincial précisément en 27. il n'est pas non plus exclu qu'il ait choisi de fixer d'emblée dès 27. postuler l'existence d'un tel "règlement" à partir de la documentation lacunaire qui est la nôtre pose problème. rien n'empêche malgré tout d'analyser la durée triennale du proconsulat d'Asie exercé par M. Iunius S · -aus est problématique) .. il ajoutait qu'une telle mesure fut mise en place aussitôt après le départ définitif de Tibère à Capri. soit quelques mois à peine après que Tibère se fut retiré en Campanie . Meier 1967. D'un point de vue plus pratique. Tib. Vibius Marsus). 8 en soulignant la coïncidence chronologique entre le départ définitif de Tibère à Capri en 27 et le fait que le proconsul d'Afrique C. mais cela ne change rien sur le fond à la pertinence de l'argumentation : Tibère aurait fait proroger C. 3 X 2 3 8 3 . un gouvernement d'une aussi 381 3 8 2 383 3 X 1 C'était un argument de même nature qu'avait déjà présenté Meier 1967. il peut sembler contestable d'ériger d'un côté au rang de principe légal la partie du témoignage de Dion Cassius relative à l'allongement de la durée des proconsulats et de rejeter de l'autre côté la justification que cet historien en donne (en l'occurrence l'assassinat de nombreux sénateurs). Aemilius Lepidus comme une conséquence directe du départ définitif de Tibère de Rome. Il faut reconnaître que cette opinion est séduisante et qu'aucun élément ne peut l'infirmer de manière définitive. C'est le signe qu'au-delà des motivations psychologiques privilégiées par les auteurs anciens. c'est-à-dire peu après 27 . Meier se demandait s'il y avait un pendant asiatique à C. 110. 41 qui lie l'allongement de la durée des gouvernements provinciaux au retour définitif de Tibère à Capri en 27). en particulier p. surtout si l'on rappelle qu'aucun proconsul d'époque tibérienne n'est connu à ce jour pour avoir gouverné l'Afrique à coup sûr pendant six ans (le cas de M. Mais elle est loin d'être assurée et il faut reconnaître qu'elle apparaît à l'examen trop systématique. Cette légère discordance. proconsul d'Asie de 26 à 29 . soit de toute façon peu de temps après s'être retiré à Capri . l'Afrique et l'Asie . On peut songer à M. Vibius Marsus avait été prorogé dans ses fonctions à la tête de cette province précisément cette même année . précisément au moment où la question de l'attribution des provinces publiques était traditionnellement mise à l'ordre du jour du Sénat. Vibius Marsus. Plusieurs remarques critiques peuvent être faites en ce sens. au moment du tirage au sort.

121) et de Lepcis Magna (IRT. On ne peut donc exclure que la prorogation triennale et sexennale des proconsuls se soit imposée de manière empirique. ainsi que sur une dédicace aux dis Augustis de Lepcis Magna (AE. puisqu'on ne connaît tout au plus qu'une seule prorogation . seul un proconsul est connu pour avoir été prorogé. Consul suffect en 34 et désigné proconsul d'Afrique au début du principat de Claude sans doute à la suite d'une procédure extra sortem.6 précise que Claude permit à certains proconsuls de gouverner pendant deux ans. 1951. étant donné que Tibère mourut à Capri moins de douze années après s'y être retiré). 1962.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 116 longue durée n'est attesté qu'à une seule reprise (par la force des choses faut-il ajouter. de 41 à 4 3 .1. 1935. marqué à notre connaissance par un strict rétablissement du principe de l'annalité. Marcius Barea Soranus. 1987. troubles dont il a été question plus en détail supra.. Tibère proposant d'emblée depuis Capri telle durée pour tel proconsulat ou contribuant à proroger tel proconsul pour plusieurs années en fonction des circonstances et du contexte . 482 a et b avec la restitution de Silvestrini dans AE. il exerça ce gouvernement provincial durant deux années. La prorogation sous les derniers Julio-Claudiens et sous les Flaviens Après le principat de Caligula. 85 = IRT. 3 8 5 3 8 6 . le principat de Vespasien est le dernier règne pour lequel l'exercice d'un proconsulat biennal ou triennal est attesté à plusieurs reprises. Galb.. Le principat de Néron constitua à ce sujet une rupture. Sulpicius Galba. Q. 386 3 8 4 Dion 60. Marcius Barea Soranus est qualifié de procos II à trois reprises sur des documents épigraphiques provenant de la province d'Afrique : sur deux dédicaces à Claude d'Hippo Regius (AE. il exerça ce gouvernement provincial durant deux années.25. Claude renoua avec la pratique de proroger les proconsuls pour une ou plusieurs années . Sous Domitien. sans doute de 44 à 46 . 385 — L .qui n'est pas clairement attestée et qui remonterait à l'année 55 peu après son avènement.989). 32 et AE. Thomasson 1996. Livius Ocella Ser. 384 1. On connaît trois gouverneurs de la province d'Afrique qui exercèrent à cette époque leur fonction pendant plus d'une année. Les proconsuls prorogés — Q. il se peut que Dion Cassius ait considéré comme une mesure légale ce qui n'était qu'une conséquence pratique d'une décision qui avait conduit pour la première fois le pouvoir impérial à s'éloigner de Rome en permanence et aussi longtemps. 35. Sur la datation de ce gouvernement. 7. Consul ordinaire en 33 et désigné proconsul d'Afrique sous le principat de Claude à la suite d'une procédure extra sortem. ce qui interdit de confirmer ou d'infirmer l'existence d'un tel délai légal. C. Après la crise des années 68-69. dans cette perspective. Il fut chargé à cette occasion de mettre fin aux désordres de cette province liés à un barbarorum tumultus et une intestina dissensio. Suét. 273). La mort de Tibère au début de l'année 37 mit fin à une pratique à laquelle on n'avait jamais eu recours par le passé aussi fréquemment. cf.

ce qui interdit d'en faire un proconsul d'Asie en 68/69 . l'ancien roi du Bosphore .55 ou 56? .252. X . il exerça auparavant en tant qu'ancien préteur le proconsulat de Pont-Bithynie °. 105. l'exercice d'un second consulat suffect en 74. 437 .3). 1907. Iulius Aquila dans le Bosphore cimmérien contre Mithridate. 3 8 7 389 — P. 113).1. Sur ce personnage. Consul suffect en 62. Suppl. Cf. XIV.que pose l'inscription de Lepcis Magna.1. Pompeius Silvanus Staberius Flavinus. 338) et le second à Néron au début de son principat en 55 ou 56 (AE. il apparaît dans la documentation épigraphique et numismatique comme un proconsul d'Asie qui exerça cette fonction pendant trois années . Thomasson 1984. 1000 . PIR Ρ 139. ce qui fait de cette année un terminus ante quem. 10. qui avait lu à tort sur la monnaie OZ (= 76) et proposé en conséquence 45-47. 30. Pompeius Silvanus Staberius Flavinus des années 53/56 sans prendre en compte la fourchette chronologique 52/55. Pour une datation du proconsulat d'Asie de T. PIR Ρ 654 . 1968. 992 . 27-28. cf. cf. Clodius Eprius Marcellus. in: RE. Pompeius (116a) Silvanus Staberius Flavinus. Thomasson 1996. 3 8 9 Les spécialistes de prosopographie datent le proconsulat de M.L A NOMINATION D U PROCONSUL 117 — M. Hurlet 2000b. Kappelmacher. cf. M. PIR E 84 . Eck. CIL. pour les références PIR E 84 et Thomasson 1984. Il faut convenir qu'aucune de ces datations ne peut fournir des arguments décisifs dans un sens ou dans l'autre. 89 . Stumpf 1991. Clodius Eprius Marcellus en 70/73. 3853 = ILS. Clodius Eprius Marcellus à Rome en 68 sous le règne de Galba et jusqu'en décembre 69 (Tac. 326. à cheval sur les principats de Claude et de Néron. 1968. Eck. 198. 37-38 . in : RE. 2612. 193 . Clodius Eprius Marcellus. Eck. CIL. 1998. 215 . si l'on explique le chiffre de 73 (ΟΓ) présent sur une monnaie d'Héraclée du Pont frappée sous le gouvernement de P. il gouverna la province d'Afrique pendant trois ans . n. 48-50 si l'on veut établir un rapport entre la durée biennale et la campagne victorieuse menée en 48-49 par C. 263-264 . n. Cette datation repose sur une série d'arguments convergents : la prise en compte d'un intervalle entre le consulat et le proconsulat d'au moins huit années dans le contexte de cette époque et l'impossibilité de l'insérer parmi les proconsuls d'Asie de la fin du règne de Néron (les fastes de cette province sont complets pour cette période) : la présence de T.. 1948. 2001. dans ce sens Rémy 1989. 2047-2048 et 2080-2081. 17 et IRT. Pasidienus Firmus. très certainement entre 70 et 7 3 . il faut dater son proconsulat d'Afrique des années proconsulaires 52/55 ou 53/56 . RPC. 1974. Hist. VogelWeidemann 1982. mais l'utilisation d'un tel comput n'a pu être à présent établie pour cette c i t é . 2 3 9 0 2 3 9 1 3 9 2 3 9 3 3 9 4 3 9 5 2 3 9 6 2 . Sur les problèmes de datation . 215). cf. VI. 549)388 Dans ces conditions. 157-158. Il est présenté comme ανθύπατος γ' ou ανθύπατος το γ' sur des monnaies provenant des cités de Kymè et Synai (cf. Cf.6. 39 391 392 393 394 — T. Il apparaît comme le dédicant de deux monuments de Lepcis Magna dont le premier est consacré à Claude dans le courant de la treizième puissance tribunicienne de ce dernier (AE. La documentation numismatique permet de préciser qu'il gouverna cette province sous Claude pendant deux années . T. 549 où il est qualifié de proco[s] III. dans ce sens Stumpf 1991.1.161-162 et n. Griffin 1984. également possible (pour Yopinio communis. XIV. in : NP. 27-28. Ce gouvernement triennal a été présenté 3 9 5 3 8 7 3 8 8 396 AE. 1. 4. Consul suffect en 45. Comme le rappelle Leschhorn 1993. Consul en 65. La datation de ce proconsulat n'est pas assurée et plusieurs possibilités ont été envisagées : 42-43. 4. Rémy 1989. 1. Pasidienus Firmus comme une référence à l'ère d'Actium . in : NP.

PIR R 248.439 et 441) et à ce titre proconsul en 72/73 ou 73/74.531.. Iulius Cordinus C. Laecanius Bassus Caecina Paetus (à moins que ce dernier ait gouverné 400 401 402 3 9 7 Cf. Arinius Modestus des années 73-75 (cf. iura Asiae) . On propose d'ordinaire avec une grande prudence de dater le proconsulat biennal de C. Il est en effet mentionné en qualité de procos II sur un cippe de bornage d'Apollonia élevé en vertu de Yauctoritas de l'empereur Vespasien .. Eck 1982. ce qui est étrange si l'on prend en compte qu'il était parvenu au sommet de la carrière sénatoriale avec l'exercice d'un second consulat et de la préfecture de la Ville. Ce gouvernement provincial remonte donc aux années 70-79. 193-1941. dans la première partie de la formule une référence aux deux consulats (geminos fasces) et dans la seconde la preuve que Q. Rutilius Gallicus exerça pendant deux années le proconsulat d'Asie (magnaeque iterata . 1.. 7. Rutilius Gallicus. 136 et Rémy 1999. L'interprétation par Eck d'un passage des 5/7 ve s de Stace conduit toutefois à infirmer ce qui était une hypothèse fragile. Dans les fastes de Crète-Cyrénaïque.246. Iulius Cordinus C. à la fois parce que le gouvernement de Crète-Cyrénaïque est attribué au début du principat de Vespasien à A. Arinius Modestus date des années 70/72 au tout début du principat de Vespasien ou éventuellement des dernières années de ce règne. 1967. En ce qui concerne la période qui va de Claude à Vespasien. à juste titre. 1914. il a longtemps passé pour n'avoir jamais été admis au tirage au sort de l'Afrique ou de l'Asie . . Eck 1972-1973. I A. 475-484 qui a montré que la fonction exercée en Asie pendant deux année ne pouvait être une légation prétorienne du proconsulat d'Asie. Arinius Modestus. 30 et Levick 1999. 4. Minicius Rufus à la troisième puissance tribunicienne et au troisième consulat de cet empereur.80-82.1. Silu. dans ce sens Eck.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 118 comme une manœuvre de Vespasien destinée à éloigner de Rome un personnage en qui il n'avait pas une entière confiance . cf. qui pourrait être identifié avec Claude comme le propose Baldwin Bowsky 1983.524525 [=Eck 1998a. 73/74 ou 74/76). Q. 364.4. Thomasson 1984. Iulius Cordinus C. 1260. mais il ne peut être daté avec plus de précision . 1998. 184-186). maintenant dans ce sens Syme 1984a. Consul pour la première fois au début du règne de Vespasien (72?). Il n'est donc pas exclu que le proconsulat biennal de C. in : RE. 136. il apparaît comme le seul proconsul connu de Crète-Cyrénaïque à avoir exercé son gouvernement pendant plus d'une année. . in : NP. Le poète latin évoque en effet à propos de ce personnage les faisceaux pris une seconde fois et sa juridiction renouvelée sur la vaste Asie. Levick 1999. . Groag.. Minicius Rufus en 70/71 ou 71/72 et parce qu'un proconsulat biennal aurait été nécessaire après les troubles qui avaient secoué Cyrène sous le proconsulat de Catulus.. comme cela était traditionnellement admis . 170 et 185 qui oscille entre deux solutions. 3 9 8 3 9 9 4 0 0 4 0 1 4 0 2 2 . 398 399 — Q. en fonction eu 73 (Jos. Quand? Étant donné que le proconsul d'Asie de 80/81 était sans doute C. mais cette datation est loin d'être assurée (elle repose notamment sur une dédicace à un empereur non identifié qui associe le proconsulat de A. aussi Eck 1986. AE. Eck 1985. le seul point de référence chronologique sûr est le gouvernement d'un Catulus. BJ. 397 — C. Stat. 516] . mais il pourrait tout aussi bien être analysé comme un moyen de remettre de l'ordre dans la province d'Asie après les perturbations liées à la guerre civile de 68-69. 625 . Cf.293-295 . Rutilius (19) Gallicus. qui aurait voulu l'avoir pour elle trois ou quatre ans : Quid geminos fasces magnaeque iterata reuoluam I iura Asiae? Velit illa quidem ter habere quaterque I hune sibi . Syme 1991b. Eck a vu. Cf. 151-152 [=Syme 1988b. n° 30. puis une seconde fois sous le règne de Domitien.

Arrivés au pouvoir dans des conditions mouvementées. in : RE. Iulius Cordinus C. Clodius Eprius Marcellus d'un proconsulat biennal ou triennal aussitôt après l'avènement de Claude et de Vespasien conduit à souligner que les changements de règne qui s'opéraient à la suite de troubles à Rome ou d'une guerre civile pouvaient avoir des conséquences sur certaines pratiques administratives. Les motivations de Claude et des Flaviens I Les circonstances de la désignation de Galba en Afrique laissent entendre que sous Claude. Iulius Frontinus. M. C'était l'occasion de placer pour une plus longue durée des hommes de confiance à la tête de provinces stratégiques où le nouveau pouvoir voulait éviter tout soulèvement ou désordre. 2. 4 0 4 4 0 5 4 0 6 4 0 7 4 0 8 2 . Cf.2000. 88.que Q. l'Afrique en priorité parce qu'elle était un des greniers à blé de Rome et qu'y 4 0 3 Eck 1985. n.1.hypothétique . Rémy 1989. 59). 407 408 2. mais elles n'ont pas été revues récemment et des doutes subsistent sur la réalité de ce proconsulat biennal . PIR Ρ 443 . Si ces témoignages numismatiques devaient être acceptés. Claude et Vespasien avaient dû ressentir le besoin que le gouvernement de l'une ou l'autre province publique fût aussitôt confié à un même proconsul pendant plusieurs années. Thomasson 1984. 404 405 406 — Un proconsul à écarter : Caesernius Veiento. Pasidienus Firmus si on le date de 48-50). Plancius (5) Varus. p. 245 . Eck 1972/1973. Eck et Talbert ont proposé à titre d'hypothèse de lui attribuer un proconsulat biennal de Crète-Cyrénaïque sous Claude . sur ces réserves Rémy 1989. n. Mais l'exercice par Q. 207). 525 [=Eck 1998a. 207. Plancius Varus apparaît et la célébration du centième anniversaire de la bataille d'Actium. 31-34 . 5161 et Syme 1991b. mais cette hypothèse ne repose sur aucune source et doit être désormais écartée . Marcius Barea Soranus et T.506. X X . 2016 . 1950. 2. 482 et Eck 1986. in : NP. Il est connu pour avoir été proconsul de PontBithynie sous le principat de Vespasien .L A NOMINATION D U PROCONSUL 119 cette province en 78/79) et que celui de 84/85 était selon toute vraisemblance Sex. 246 et Talbert 1984. Eck. 201-207). Laecanius Bassus Caecina Paetus. 1951. Hoffmann. 17 et et RPC. On connaît des monnaies de plusieurs villes de Pont-Bithynie qui portent au droit le nom de Vespasien et au revers celui de M. 31-34 et Stumpf 1991. peut-être aussi le proconsulat biennal de P. 1064. Plancius Varus (Rémy 1989. Il explique cette durée biennale par "le souci du nouvel empereur de stabiliser l'administration peu après sa prise de pouvoir". 94. 81/83 ou 82/84 . 4 0 3 — M.1. Rutilius Gallicus fut proconsul d'Asie pendant la durée anormale de deux années parce qu'il fut contraint de remplacer le successeur de C.31 -34 propose avec prudence les années 70/72 en établissant un lien entre les monnaies sur lesquelles le nom de M. tandis que Syme 1984a. décédé en Asie pendant son proconsulat : il serait entré en fonction pendant quelques mois de l'année proconsulaire 81/82 le temps de l'intérim et serait resté proconsul d'Asie en 82/83. deux datations sont possibles. les troubles à l'intérieur d'une province continuaient à être à l'origine de la prorogation du proconsul. Stumpf 1991. Plancius Varus (douteux). 151-152 [=Syme 1988b. comme ce fut le cas sous Auguste et Tibère (cf. Cf. 625 a défendu la première possibilité en avançant l'idée . 194] penche pour la seconde solution (avec plus de prudence dans Eck 1996. 9. Deux monnaies de Nicomédie précisent qu'il fut ανθύπατος β \ c'est-à-dire proconsul pour deux années. il reste délicat de fournir une date précise à l'intérieur de la fourchette chronologique 70-79 . Le seul document à faire référence au gouvernement de Crète-Cyrénaïque de Veiento est un milliaire de 46 sur lequel la mention de son proconsulat n'est suivie d'aucun chiffre (AE.

202). et d'éviter dans le même temps toute vacance du pouvoir à la tête de cette province. Plancius Varus comme proconsul de Pont-Bithynie . Leunissen 1989. Pour Vespasien. 4 0 9 Cf. Les circonstances de sa prorogation restent obscures. 1287 où il est question de la visite par Caracalla de la cité de Thyatire à un moment où L . deux autres exemples sont connus dans le courant du I I I siècle. 409 D. dans les années 240 et 270. La réapparition e de la prorogation au III siècle Aucune prorogation de proconsul n'est attestée tout au long de l'époque antonine. il est connu pour avoir exercé le proconsulat d'Asie pendant deux années . dans ce sens Talbert 1984.en remplacement de C. Cette réalité signifie que pendant plus d'un siècle. Consul suffect sans doute à l'extrême fin du I I siècle (198 ou 199). cf. Par la suite. souci qui le poussa à faire désigner aussitôt après son avènement pour trois années T. il fut maintenu à cette fonction pour une année supplémentaire entre 218/219 sur décision du même empereur (supra. X . 139 = IGRRP. Marius Maximus Perpetuus Aurelianus. Marius Maximus Perpetuus Aurelianus était proconsul d'Asie. Sur la présence de Caracalla en Asie Mineure en 215 et l'itinéraire suivi pour rejoindre Antioche de Syrie. On sait seulement qu'il se trouvait en Asie comme gouverneur en 215 au moment où Caracalla traversait cette province pour rejoindre la Syrie en vue d'une campagne contre les Parthes . cf. la III Auguste. Sa désignation et sa prorogation eurent lieu au milieu de circonstances troublées qui ont déjà été décrites. e 410 411 412 — Q. Iulius Asper qui avait été initialement choisi par Caracalla. de 79 à 192. 1452 = ILS. jusqu'à ce que l'instauration par Dioclétien de la Tetrarchie généralise une telle pratique. en 214-216 ou 213-215 . Ce fut aussi le point de départ d'une période qui connut quelques prorogations : une est attestée sous Caracalla et une autre sous Macrin.à peine parvenu au pouvoir suprême . 517 = AE.C. Clodius Eprius Marcellus à la tête de l'Asie et peut-être aussi pour deux ans M. CIL.120 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN e était stationnée la seule légion du Maghreb. 73. qui avait été un temps pressenti pour devenir proconsul d'Asie. Marius Maximus Perpetuus Aurelianus. il faut ajouter la nécessité de remettre de l'ordre au sein de provinces touchées par une guerre civile qui s'était étendue à l'ensemble du monde romain. de 217 à 219. 398. V I . Anicius Faustus. 224-225 et Thomasson 1996. n. p. fait unique dans l'histoire du proconsulat des trois premiers siècles p. la sortitio fonctionna sans exception chaque année et assura le roulement annuel des gouverneurs des provinces publiques. II. OGIS. cf. C'était là une manière commode de priver de ce gouvernement provincial M. Sur la datation du proconsulat d'Asie de L . 84-85. IV. 1911. On rappellera seulement qu'après avoir été nommé en 217 comme proconsul d'Asie sur ordre exprès de Macrin . Christol 1997. Les proconsuls prorogés — L . 16 . n. On a vu que le règne de Septime Sévère coïncida avec une réforme qui donna à l'empereur le droit d'intervenir plus directement dans la procédure de la sortitio. 6764. Aufidius Fronto. Il s'agissait d'un personnage qui avait été aussi proconsul d'Afrique. 42 et 66. Il fut nommé proconsul d'Asie sous Macrin et gouverna cette province pendant deux années. e 1. 4 1 0 4 . 2936 et CIL. 1 4 1 2 .

4 4 ' 4 1 5 2 4 1 6 4 1 7 4 . Christol 1986a. dans ce sens PIRE. 608 et 11772 = ILS. exercé à cheval sur les règnes de Gordien III et de Philippe l'Arabe (242 à 245). ILAfr. elles étaient à coup sûr liées à une situation d'urgence : ou à l'intérieur de la province d'Asie à la suite d'un tremblement de terre . Les fastes de la province d'Afrique d'époque tétrarchique étant complets à partir de 290. PIR C 121 .tribunal créé par Probus pour juger en appel certains procès . Thomasson 1996. 4 . 158-172 . ou à cheval sur le règne de Probus et un ou plusieurs règne(s) antérieur(s) (274-277. 100. VIII. 322. Étant donné qu'il couronna sa carrière en 295 par la préfecture de la Ville 418 er 419 4 1 3 Cf. S'il a déjà été souligné qu'il n'était pas question d'en faire un proconsul extra sortem. ou (et) de manière plus générale en raison d'un contexte militaire qui se dégradait aux frontières orientales de l'Empire et qui conduisit à une offensive romaine contre les Perses . Les solutions les plus probables sont 276-279 ou 277-280 en raison de la faveur dont L. Antiochus 13 . l'ancien préfet du prétoire de Carin gouverna l'Afrique pendant quatre ans . CIL. in : NP. puis d'une juridiction uice Caesaris. 416 4 1 7 — Ti. Caesonius Ovinius Manlius Rufinianus Bassus ne peut être daté avec précision . Cf. 413 — L . Caesonius Ovinius Manlius Rufinianus Bassus.. Caesonius Ovinius Manlius Rufinianus Bassus jouissait auprès de Probus et qui s'était manifestée avec sa désignation à la tête du indicium magnum . I. 5290 = ILS. Egnatius Victor Lollianus. une dédicace impériale fut élevée pour le salut de Maximien et de toute la domus Diuina pendant la seconde année du proconsulat d'Aurelius Antiochus . Les recoupements avec l'ensemble des informations chronologiques fournies par l'inscription d'Aversa permettent de proposer les années 270. 637. 276-279?) . Devenu consul ordinaire en 285 avec la victoire de Dioclétien. On peut en effet supposer que cet empereur tenait à prolonger à la tête de l'Afrique au-delà du délai légal d'une année un sénateur qui comptait parmi les membres les plus proches de son entourage. 5\3. Même si les causes de ce long proconsulat d'Asie ne peuvent être déterminées avec certitude. n. 223. Provenant de Thugga. 8 CIL. Sur la carrière de L . Le proconsulat triennal de L. 275-278. 2. Une dédicace à ce personnage provenant d'Aversa en Campanie et retraçant l'ensemble de sa carrière précise qu'il fut proconsul de la province d'Afrique pendant trois années . supra. cf. Caesonius Ovinius Manlius Rufinianus Bassus. 314. 179. 414 415 — Aurelius Antiochus. 1964. Claudius Aurelius Aristobulus. 93-94. VIII. il faut dater ce gouvernement biennal entre 285 et 290 . AE. avec plusieurs cas de figure possibles : ou entièrement sous le règne de Probus (277-280?) . PIR 1444 et Eck. les sources ne laissent aucun doute sur la durée triennale de son proconsulat d'Asie. après l'entrée en fonction des Césars Constance et Galère pour le premier consulat le 1 janvier 294 .L A NOMINATION D U PROCONSUL 121 — L . 5477 = ILAlg. ou encore à cheval sur les règnes d'Aurélien et de Tacite (273-276?). 1997. 9 2 .

Chastagnol 1962. C/L. Il faut rappeler en outre que l'Orient romain fut le théâtre d'événements aussi importants que les avènements de Macrin. Dans ces conditions. Ce n'est pas que l'Afrique fût devenu le seul foyer d'instabilité dans un Empire où les conflits ne manquaient pas à cette époque. Il était en tout cas en fonction au moment de la présence à Carthage de Maximien le 10 mars 298 . notamment celle qui conduisit Aristobule à gouverner cette province pendant quatre années. Quant à Caracalla et Gordien III. ils prirent soin d'accorder respectivement une et deux années supplémentaires à L . 12459. Dionysius 12 . Marius Maximus Perpetuus Aurelianus et à L . 34-38 . 421 422 423 424 2. la pratique de la prorogation constitue un témoignage supplémentaire du caractère plus direct de l'intervention impériale dans le processus de désignation des proconsuls. Vatic. PIR C 806 et Chastagnol 1962. 4 2 0 — L. 139. Le renforcement du pouvoir impérial dans le choix des proconsuls Telle qu ' elle est connue pour la première moitié du I I I siècle.122 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN et que l'année proconsulaire 294/295 est occupée pour les fastes de l'Afrique par Cassius Dio. Étant donné qu'il était en fonction en 298 et qu'il devint préfet de la Ville en 301. il faut dater le proconsulat quadriennal d'Aristobule de 290/294 . Que l'Asie soit la seule province concernée par la pratique de la prorogation s'explique par le contexte politique et militaire de cette première moitié du I I I siècle. 2 . c'étaient l'Asie Mineure et la Syrie qui étaient alors touchées par les troubles liés à la dégradation des relations avec le voisin arsacide. puis sassanide. Avec l'instauration de la Tetrarchie. On sait qu'il gouverna l'Afrique pendant quatre ans sous la Tetrarchie . Aristobulus . VIII. amenés à conduire les opérations militaires contre les Parthes ou les Perses. Fragm. ce qui contribua à une présence continue du pouvoir impérial dans cette partie de l'Empire de 217 à 219 et conduisit les nouveaux empereurs à se soucier de l'identité du gouverneur d'une province aussi proche que l'Asie. Anicius Faustus dans ses fonctions de proconsul d'Asie pour une deuxième année pour éviter de confier cette province à un consulaire dont il ne voulait plus après l'avoir désigné dans un premier temps. la datation de son proconsulat quadriennal oscille entre 296 et 301 (296/300 ou 297/301) . 531. Christol 1986a. d'Élagabal ou de Philippe l'Arabe. Egnatius Victor Lollianus en tant que proconsul d'Asie : c'était une manière à placer des hommes de confiance à la tête d'une province devenue stratégique parce qu'elle était située en retrait de la frontière orientale.Al. dans ce sens PLRE. ILAfr. PIR A 188 . 21-25. ce fut au tour du proconsul d'Afrique d'être de nouveau concerné par la prorogation. mais elle faisait partie des peu nombreuses régions à ne pas avoir été visitées par le pouvoir impérial avant les campagnes conduites en 297 par Maximien contre les Maures et la présence de ce dernier à Carthage le 10 mars 298. Aelius Helvius Dionysius. C'est ainsi que Macrin n'hésita pas à proroger Q. PLRE. le proconsulat quadriennal d'Aristobule de 290 à 294 apparaît comme le meilleur moyen trouvé par les e e 4 2 0 4 2 1 4 2 2 4 2 3 4 2 4 2 Cf. Plus que l'Afrique du Nord.

infra à la fin 426 427 e «5 Lepelley 1979. une crise militaire. Dans la grande majorité des cas. l'Asie.et préciser qu'en cette circonstance. n. Dion 53. et il était bien entendu en mesure de faire voter sans la moindre difficulté un sénatus-consulte qui venait ratifier ses propres décisions. Dans ces conditions. C'est à une telle procédure que le passage des Annales de Tacite relatif à la prorogation à la tête de l'Afrique de Q. 287 et 295 .85-89.L A NOMINATION D U PROCONSUL 123 Tétrarques pour permettre à ce gouverneur de mener à bien une œuvre de reconstruction et de restauration dont nous avons conservé de nombreuses traces .14. De Martino 1974.C. L'étendue des compétences du pouvoir impérial dans ses relations avec les sénateurs a déjà été soulignée : il jouissait du droit d'émettre une sententia.C. voire plusieurs années au mépris de la règle de l'annalité fixée en 27 a. Il est possible que comme pour la désignation désormais fondée sur un classement établi par le prince. Il faut nuancer une telle présentation . 425 E.Caracalla. mais aussi d'un ins relationis prioritaire. III. 813 . le roulement annuel traditionnel pouvait à tout moment être suspendu au profit d'une ou plusieurs personne(s) qui présentai(en)t la particularité d'avoir été expressément choisie(s) pour gouverner leur province au delà de la durée légale d'une année . Dion Cassius attribue à l'empereur seul la responsabilité de la prorogation des proconsuls lorsqu'il rappelle que •'c'est pour une période de plus d'un an que certains empereurs leur ont permis de gouverner leur province" . Talbert 1984. Ferrary 2001. qu'il fût présent à Rome ou absent comme Tibère en 22. Iunius Blaesus en 22 fait implicitement allusion lorsqu'il insère cette décision dans un chapitre consacré pour l'essentiel à une séance du Sénat dont l'objet était d'attribuer par tirage au sort l'autre province publique consulaire. responsables dans leur ensemble de l'administration de provinces publiques dont ils étaient chargés de désigner annuellement le gouverneur. la volonté impériale devait être confirmée par les sénateurs sous la forme d'un sénatus-consulte . un séisme. 112. 2. 397398 .4. . Macrin. elles devaient à ce titre avoir été reconnues comme des dignitaires compétents en qui le pouvoir impérial avait une entière confiance. Rich 1990. 4 2 6 4 2 7 . mais il devait soumettre une telle initiative aux sénateurs. dans ce sens Mommsen DPR. Philippe l'Arabe et Probus . 146 . la demande de prorogation ait été transmise à Rome et soumise à la ratification du Sénat après que les empereurs .eurent pris une décision dans ce sens. C'est à une telle procédure que le prince eut recours lorsque des conditions extraordinaires comme un manque de consulaires. la retraite de Tibère ou un avènement impérial le conduisirent à proroger un proconsul pour une. le prince était bien entendu à l'origine de la décision de proroger tel ou tel proconsul. IV. La situation se compliqua au I I I siècle avec l'absence de plus en plus fréquente de Rome du pouvoir impérial. le principe d'un exercice pluriannuel du proconsulat ait été établi avant la profectio de Rome. La procédure et les modalités de Vintervention impériale Conformément à une habitude qui a déjà été signalée. Il n'est pas non plus exclu que dans certains cas. Cf. 50.du moins pour les deux premiers siècles p. dès la désignation du proconsul au Sénat (cf. Gordien III.

Pour la période qui va d'Auguste à la mort de Néron. que ce soit au moment de leur tirage au sort ou dans le cadre d'une procédure extra sortem. une vingtaine d'entre eux furent à notre connaissance prorogés à la tête de leur province publique pour une ou plusieurs année(s) supplémentaire(s) par SC là aussi sur l'initiative du prince ou en tout cas avec son accord. Christol 1986a. 53 et 88-89.C. La réforme de Dioclétien mit fin à la fiction que représentait la participation des sénateurs au processus de désignation et de prorogation du proconsul. Le dernier problème lié aux questions de procédure est de déterminer à quel moment la prorogation d'un proconsul était votée par le Sénat. on connaît les noms d'une dizaine de proconsuls qui furent nommés par le prince ou en tout cas avec son aval en vertu de la procédure extra sortem .C. en général à la demande et sur l'avis du prince. la plus grande mobilité du prince contribua à rendre la participation du Sénat de plus en plus difficile et à la faire apparaître comme une formalité de plus en plus inutile. Le recours aussi fréquent à ces types de désignation extraordinaire constitue le meilleur argument qui nous incite à ne pas surévaluer les capacités d'intervention du prince sur le déroulement même de la sortitio pour le début de l'époque impériale.n'auraient pas contribué à suspendre temporairement une telle procédure avec une telle fréquence s'ils avaient été 4 2 8 Sur l'intervention impériale lors des prorogations accordées à des proconsuls d'Afrique et d'Asie des deux derniers tiers du III siècle. Mais les témoignages de Dion Cassius et de Suétone sur les prorogations du proconsul d'Asie en 12/10 a. Auguste et ses successeurs julio-claudiens . phénomène qui se renforça au fil du I I I siècle et culmina à l'époque tétrarchique . e 428 CONCLUSIONS C'est sous les Julio-Claudiens et dans une moindre mesure sous les Flaviens que le tirage au sort des proconsuls fut le plus souvent suspendu au profit d'une intervention impériale plus directe.et flaviens . s'y ajoute qu'entre Auguste et la mort de Domitien. e . Les proconsuls dont le gouvernement provincial était ainsi prolongé devaient être aussitôt avertis pour qu'ils ne quittent pas leur province au terme du délai légal d'une année. L'exemple de Q. de l'ensemble des proconsuls en 6/8 p. et de Galba en 44/46 semblent indiquer qu'une durée supérieure à une année pouvait le cas échéant être fixée dès leur désignation. c'est également en vertu d'un sénatus-consulte pris dans le courant de l'année proconsulaire qu'une année supplémentaire fut accordée à tous les proconsuls tirés au sort durant les premiers mois de 9 p. afin de faire face plus efficacement aux désordres que la grave défaite de Varus en septembre de cette même année venait de provoquer.124 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN de ce chapitre). lorsque la séance était consacrée à la question de l'attribution annuelle des provinces publiques et de la succession des gouverneurs en place .C. La situation était suffisamment grave pour faire d'emblée comprendre au prince et aux sénateurs qu'il fallait provisoirement suspendre le principe de l'annalité pour remédier aux difficultés liées à un séisme ou à une situation militaire difficile. cf. Iunius Blaesus montre qu'une telle décision fut prise au Sénat à la fin de l'année proconsulaire en cours. Quoi qu'il en soit.

situation qu'Auguste avait connue au début de son principat et à laquelle il pouvait mettre fin en donnant à des personnes de son choix le statut de candidats admissibles par le biais de Yadlecîio inter praetorios ou inter considares. C'est l'idée inverse qu'il e 4 2 9 Argument présenté par Brunt 1984. ce qui laissait une part . descendance ou non ainsi que le nombre des enfants) et que le prince laissait fonctionner en veillant à exercer des pressions informelles pour écarter les candidats jugés indésirables .432 . 145-146. Il faut dire que d'un point de vue technique. il pouvait aussi remédier à des difficultés temporaires comme le manque d'anciens préteurs ou d'anciens consuls. mais qui restait informelle. l'époque antonine correspond également à l'échelle de l'Empire à une période de tranquillité qui favorisait un roulement annuel des proconsuls de manière à donner le gouvernement des provinces publiques au plus grand nombre possible de sénateurs. et le prince devait se contenter de réguler le flux de ceux qui étaient admissibles en vertu d'une influence qui devait être décisive. il n'était pas pour autant autorisé à admettre au tirage au sort de sa seule volonté ceux auxquels il désirait confier le gouvernement des provinces publiques. était achevé au point qu'il n'était plus nécessaire de placer expressément à la tête des provinces publiques des uiri militares dévoués à la figure du prince . cf. il finit par être également autorisé à accorder les privilèges du ius trium liberorum. La parfaite régularité du fonctionnement annuel de la sortitio constitue un phénomène auquel plusieurs explications peuvent être apportées. le mode traditionnel d'attribution du gouvernement provincial que constituait le tirage au sort était loin d'être une opération de routine laissée à l'entière discrétion du prince.réduite toutefois . Il pouvait simplement faire pression sur l'un ou l'autre candidat pour le dissuader à se présenter à la sortitio lorsque son tour était venu . Une première sélection des proconsuls se faisait toujours en amont. mariage ou non. au moment des élections prétoriennes et consulaires.L A NOMINATION D U PROCONSUL 429 125 en mesure de la contrôler à leur guise . les proconsuls ne semblent pas avoir été désignés autrement que par tirage au sort. que l'on étudiera infra. En dehors des recours à la procédure extra sortem ou à la prorogation. .au hasard. Si le prince pouvait toujours écarter par une voie extra-légale les candidats dont il ne voulait pas. Il apparaît notamment que le processus de démilitarisation des provinces publiques. c'était pour le prince la seule manière d'intervenir dans le processus de nomination des proconsuls. Il faut ajouter qu'aucun proconsul d'époque antonine n'est connu pour avoir été prorogé pour une ou plusieurs année(s) supplémentaire(s). aussi dans ce sens Rich 1990. Au I I siècle. C'est ce que laisse penser la disparition à cette époque de la procédure extra sortem. Il demeure qu'Auguste pouvait d'autant moins intervenir directement lors de la sortitio que le nombre de candidats admis au tirage au sort pouvait être au départ supérieur à celui des provinces à attribuer. La réforme qui modifia les règles à lafindu principat d'Auguste ou peu après son décès en établissant une équivalence entre le nombre de candidats et celui des provinces à pourvoir et en procédant à l'admission en vertu d'un classement des anciens préteurs et anciens consuls établi en fonction de multiples critères ne changea rien au degré de l'intervention impériale. Cette réalité ne signifie pas pour autant que le pouvoir impérial s'était désintéressé de la nomination des proconsuls et ne cherchait plus à peser sur le mode traditionnel de désignation. Il obéissait au contraire à un règlement strict et complexe qui combinait différents critères autres que la volonté impériale (délai quinquennal entre la magistrature et le proconsulat.

La principale cause de cette mesure est liée aux conditions troublées qui avaient caractérisé la prise du pouvoir par Septime Sévère et avaient conduit cet empereur à se faire reconnaître le droit de désigner les gouverneurs de toutes les provinces et de placer ainsi les hommes de son choix aux postes les plus adaptés. La réforme provinciale de Dioclétien fit correspondre la procédure de désignation des proconsuls aux réalités de l'époque tétrarchique. sans aucun doute avérée. la procédure extra sortem n'avait plus aucune raison d'être et était condamnée à disparaître. parce qu'elles étaient officieuses. Il faut simplement admettre que les modalités de l'intervention impériale. C'était ainsi en vertu d'une règle non écrite.126 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN faut privilégier. C'est du règne de Septime Sévère qu'a été datée la réforme autorisant le prince à présélectionner les candidats admis à la sortitio. Dans ces conditions. En revanche. la fiction augustéenne que constituait le partage de l'Empire entre provinces publiques et impériales dut apparaître de plus en plus inadaptée à un contexte général qui conduisit le pouvoir impérial à considérer le tirage au sort comme un reliquat d'autant plus difficile à comprendre qu'il n'empêchait pas le prince de placer les hommes de son choix à la tête de provinces publiques de moins en moins nombreuses. La situation évolua à l'époque sévérienne. C'était à une certaine conception des rapports du pouvoir impérial avec le Sénat et les sénateurs qu'il était mis fin. selon laquelle on ne devient proconsul qu'avec l'aval du prince. de manière formelle ou informelle peu importe. la prorogation réapparut au début du I I I siècle et fut de plus en plus souvent attestée dans le courant de la seconde moitié de ce siècle. Au fil du temps. étaient plus complexes que si elles avaient été définies par des textes légaux et nous échappent dans le détail la plupart du temps. mais elle ne change rien à Y opinio communis. Il s'agit là d'une interprétation minimaliste du contrôle exercé par le prince sur une telle procédure. que tout ancien préteur et ancien consul dont le tour était venu devait au préalable se demander si sa candidature agréait au prince et s'il pouvait ainsi être admis au tirage au sort des provinces publiques. Même si aucune réforme ne fut à notre connaissance adoptée pour modifier les règles de la sortitio. mais non moins efficace. il ne fait malgré tout guère de doute que les Antonins renforcèrent le contrôle informel que le Prince exerçait depuis l'instauration du régime impérial en filtrant les candidats autorisés à se présenter selon les critères légaux. e .

C. Il précise tout d'abord qu'au nombre des mesures prises en janvier 27. 13.2-3 . Cette interprétation est présentée par Dion à plusieurs reprises dans les chapitres consacrés à la réforme provinciale de 27 a. en particulier dans les provinces publiques .5.13. la nouveauté était que le proconsul n'était plus la seule autorité supérieure à la tête de sa province.32. puis par le seul Octavien aussitôt après sa victoire sur Marc Antoine.3.DEUXIÈME PARTIE POUVOIRS D U PROCONSUL. Depuis l'instauration du triumvirat. Il est ainsi avéré que des légions continuèrent à être stationnées dans x 2 3 1 Dion 53. L'attention portée par l'historien grec à ces questions de tenue vestimentaire trouve sa justification dans son interprétation plus générale de la réforme de 27. 16. Une étape supplémentaire dans l'évolution des pouvoirs du proconsul est située par Dion Cassius en 23 avec la mesure qu'il présente comme l'octroi à Auguste d'un imperium supérieur à celui de tout gouverneur et destiné à lui permettre d'intervenir dans l'ensemble de l'Empire. le paludamentum . Il devait prendre en compte les pouvoirs extraordinaires exercés à l'échelle de l'Empire d'abord par les triumvirs. POUVOIRS D U PRINCE Quelle que soit la procédure suivie. Dion 53.1 . fondée sur l'idée que l'Empire fut définitivement divisé à cette occasion entre provinces militarisées confiées au prince et provinces pacifiées gouvernées par des proconsuls qui n'exerçaient plus par la force des choses de pouvoir militaire . Ces précisions ont pour résultat d'attribuer à Auguste la paternité d'un projet remarquablement précoce qui faisait du proconsul un gouverneur confiné dès 27 dans des fonctions civiles au sein de provinces démilitarisées et subordonné au pouvoir impérial à partir de 23.5-6 .1). (53. Une telle interprétation ne manque pas de soulever des problèmes. le proconsul fut privé du droit de porter le glaive (gladium) à sa ceinture et de revêtir l'habit militaire. 13. notamment parce qu'elle concentre sur les premières années du nouveau régime des changements dont on soupçonne qu'ils furent adoptés plus tard ou mirent plus de temps avant de produire tous leurs effets. qui devait concilier les pouvoirs du proconsul avec la nécessité pour le prince d'intervenir dans les provinces publiques et d'y faire valoir la supériorité de sa position d'une manière ou d'une autre. Un mode de relations entre le proconsul et le prince restait à mettre en place. 2 3 . la nomination du proconsul avait pour résultat de lui conférer des pouvoirs que la crise du régime républicain et la mise en place du principat avaient contribué à faire évoluer de manière significative.12. C'est de nouveau le témoignage de Dion Cassius qui livre à ce sujet les données les plus précises.

38-39. König a tout d'abord démontré que ce titre apparaissait sur des documents épigraphiques officiels avant Trajan. tant on a peine à croire que la position de celui qui apparaissait sous la République comme le détenteur du plus important des pouvoirs militaires ait pu être dévalorisée aussi rapidement .C. La découverte récente en Espagne d'un édit daté de 15 a.C. Pour le pouvoir impérial. Mommsen DPR. Les considérations qui suivent se proposent de retracer les étapes du processus dont l'aboutissement a été projeté un peu rapidement par Dion Cassius sur les réformes des années 20 a.qu'ils aient ou non exercé précédemment le consulat.C). Cette avancée a été enregistrée par Kienast 1996. les positions respectives du prince et du proconsul partageaient plus d'un point commun. Ils étaient tout d'abord tous deux qualifiés officiellement de proconsul. Cf. Une étude comparative des pouvoirs du prince et du proconsul ne peut se satisfaire du témoignage de Dion. dès le règne de Claude pour le premier témoignage. 3 . 29-30. Les recherches récentes ont permis de faire remonter une telle chronologie au tout début de l'époque impériale. Cagnat 1914. On se doute qu'une telle évolution n'était pas achevée à la fin des années 20 a. 165 et Lassère 2005. Elle doit analyser dans une perspective institutionnelle dans quelle mesure. dont c'était là la seule dénomination . 602. si oui. un attribut indispensable de toute forme de pouvoir à Rome.moins de dix années après la victoire d'Actium .42-54. n.C. et Γ Afrique jusqu'à lafindu I I siècle p. selon quelles modalités et à quel rythme la nécessité pour le prince d'intervenir dans les provinces publiques contribua à affaiblir les pouvoirs du proconsul et à les subordonner à ceux du pouvoir impérial. cf. Il existe enfin un dernier problème.128 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN plusieurs provinces publiques au-delà des années 20 a. Jusqu'à la découverte récente d'un nouvel édit d'Auguste dont il sera question à la note suivante. à condition que ce document épigraphique soit authentique. également quand le prince résidait à Rome . il a été longtemps admis que la titulature impériale pouvait inclure le titre de proconsul à partir de Trajan et sur des inscriptions provenant de l'extérieur de l'Italie. ils portaient le même titre et étaient investis du même pouvoir générique. 1608). (la Macédoine. Si on se place d'un point de vue institutionnel. qu'Auguste se qualifiait e e 4 5 4 Pour Y opinio communis. l'IUyrie jusqu'à son changement de statut à lafindes années 10 a.et dans un contexte de restauration formelle de pratiques républicaines. dont il faut se demander s'ils étaient pris par les proconsuls d'époque impériale et. IV. Quant à ce que les Modernes appellent Y imperium maius. central. le premier empereur à être qualifié de proconsul dans la documentation épigraphique était Claude (IGRRP. ce qui conduit à considérer la démilitarisation des provinces publiques comme un processus plus long que Dion Cassius le laisse entendre. Un tel titre va de soi pour les gouverneurs des provinces publiques. aussi précieux soit-il sur des questions ponctuelles.C. que Dion Cassius n'envisage à aucun moment : les auspices. il a fait l'objet ces dernières années de nombreux travaux qui ont été amenés à douter de son existence au début de l'époque impériale ou qui en réduisent de toute façon la portée en refusant de le considérer dès l'époque augustéenne comme l'instrument d'une supériorité étendue à l'ensemble de l'Empire.C. König 1971. 5 . pratique qui se généralisa sous les Sévères et concerna les inscriptions de Rome même . Du début de l'époque impériale jusqu'à la fin du I I I siècle. V. est venue ensuite attester. quels rapports ils entretenaient d'un point de vue hiérarchique avec les auspices du prince.

1. Gall. parce que c'était là un titre qui allait de soi après l'exercice en 18 de son second consulat (cf. Ulp.36. On signalera que la référence au titre de proconsul.3 . cf. Il est difficile et délicat d'adopter une position ferme à ce sujet.. frg. Ulp. Sur ce point de terminologie. 1984. II. L imperium constitue en l'occurrence l'un des pouvoirs impériaux.147235. aussi 1.. ou d'après sa disparition. aussi Licandro 2001.1 et Paul. (Suét.2. Aug. conclusion formellement infirmée par le SC de Cn. 184 .17. 3. 15 . 7.7. sous Tibère comme on le verra à la note suivante). Autre argument. Risone pâtre.. entre la mention de sa V I I I { I } puissance tribunicienne et le verbe dicit. isolée pour l'époque augustéenne. POUVOIRS D U PRINCE 129 aussi de pro co(n)s(ule).2 qui parle à propos des pouvoirs du proconsul de summum imperium . 885. 6 7 8 9 6 Sur cette découverte épigraphique. 7 e 8 9 . 911 = 31199. 155-158 .58.1 . CIL. de nombreuses sources attestent qu'il continuait à être en possession d'un imperium jusque dans le courant du III siècle p. Ann. n° 16-17). Marc.4] et dont la précision peut être analysée comme une référence à une pratique mise en place dès Auguste conformément à la place de cet extrait dans les chapitres consacrés à la naissance du régime impérial et sans qu'il faille nécessairement y suspecter un anachronisme . Ep. D'un point de vue institutionnel. 1996. Sur cette question..196197 qui ajoute un argument supplémentaire à la n. une particularité était qu'au contraire du légat impérial dont l'étendue des compétences était délimitée d'un point de vue géographique par les frontières de sa province. cf.76. qui restait à l'époque impériale le fondement du pouvoir exercé par toute autorité romaine dans les provinces . sur cette question Dion 53.27. 65-69. Dig. C'est dans le rappel de ses titres. HA.. qui étaient à l'origine de la pratique dissociant Y imperium consulaire de l'exercice du consulat. Girardet 2000.2 . Y imperium de tout proconsul était non pas proconsulare (l'expression proconsulare imperium n'apparaît qu'à l'époque impériale. Ferrary 2001. Girardet 2001. le prince et le proconsul étaient l'un et l'autre en possession d'un imperium. 29.16. 2. mais consulare qu'il ait ou non exercé précédemment le consulat.1. 894b et 31194b = Hesberg-Panciera 1994. 33 . cf.C.2 pr. 1. Costabile-Licandro 2000.13.2). Uimperium du proconsul et celui exercé par le prince en province étaient en outre de même nature. à partir du moment où il avait renoncé au consulat .16. cf. 1. Cf.. En se qualifiant de la sorte sur un édit destiné à être appliqué dans une de ses provinces. 433-445 dont je suis loin de partager toutes les conclusions (notamment celles qui concernent la définition de Y imperium conféré à Germanicus pour sa mission en Orient).POUVOIRS D U PROCONSUL. AE. 296 et Fanizza 1999. Dig. avant de devenir proconsulaire (proconsulare) à une date qui n'est pas établie avec certitude. 192-194 . V I . 1. qu'Auguste se qualifie de pro co(n)s(ule). AE.. aussi Plin.C.J . en particulier p. 103. n° X I .4 . 508 et 1991. et Alföldy 2000.1 . 331-363 et Richardson 2002. 32. qui rappelle que le proconsul reçoit à sa sortie de YVrbs un pouvoir de juridiction. 197-235 pour la question du "proconsulat" du prince. 122-124. cf. n.C. Autre point commun.17. Auguste continuât à exercer son imperium militiae sur les provinces impériales en tant que pro consule dès lors qu'il avait renoncé au consulat en dehors de YVrbs.2 . 1.. provenant de la région du Bierzo. 4 . 63-69.2 . 90. ne peut pas constituer un argument en faveur de la thèse de Γ inauthenticité. Il faut signaler que l'authenticité de ce document a été mise en doute par Le Roux 2001. et agissait dans le cadre d'une tradition républicaine qu'il avait toutes les raisons de respecter à la lettre (cf.115-116. 12. II est acquis qu'à l'époque républicaine. III.. Dig. limité toutefois en dehors de sa province à la juridiction gracieuse . 411-415. il n'y avait en effet rien d'étonnant à ce qu'à partir de 23. Germanicus est qualifié également de proconsul ou de pro consule sur de nombreux documents épigraphiques et papyrologiques datés de l'année 19 p. Plin. mais il apparaît désormais que le titre de proconsul fut donné à Germanicus en tant que titulaire d'un imperium extraordinaire. Paul.1. 20 = Roman Statutes.1 et 16. 40. en l'occurrence le passage de Dion Cassius qui attribue aux empereurs la dénomination de ανθύπατοι chaque fois que ceux-ci franchissaient le pomerium [53. 176-180 . dans ce sens Syme 1958. 7. titre qu'il portait depuis 23 a.. Il était au départ consulaire (consulare). 13. il prenait la suite des proconsuls d'époque républicaine..52. Select Papyri....16.4 . en particulier p. 211 = E ..16 . dans le prolongement de la pratique républicaine . Mommsen DPR. cf. Dig. Tac. Il n'est pas question d'en déduire que les pouvoirs de Germanicus étaient en tout point semblables à ceux du prince. Quant au proconsul. Ep.18. CIL. le proconsul entrait en possession de Γimperium aussitôt après avoir franchi le pomerium et le conservait jusqu'à son retour à Rome .. 320 = Oliver 1989. cf. maintenant Girardet 2000. 37-38. la. 9.16. avec prudence dans la mesure où il affirme vouloir tenir compte des soupçons que Le Roux a formulés contre l'authenticité de ce document).59. 177-205. cf.. Dig. 1 . V I . aussi Ferrary 2001.8 et 1.

C . qui n'était en droit subordonné à aucun autre. Par commodité.2). les membres de sa famille et les proconsuls. 237-239. Les moyens utilisés à cette fin par le pouvoir impérial furent multiples. Il faut écarter d'emblée l'idée qu'Octavien/Auguste fit adopter à ce sujet une seule et vaste réforme à la fois parce qu'un tel projet n'est attesté par aucune source et qu'il eût été incohérent de réduire arbitrairement à un rang subalterne ce qui constituait auparavant le summum imperium à un moment où le nouveau régime prétendait restaurer la Res publica. quelles furent les mesures prises à cet effet. en particulier n.. n 12 1 0 L a première attestation de la formule proconsulare imperium apparaît à l'époque de Tibère sous la plume de Valère-Maxime (6. une supériorité auspiciale . C'est à chacun de ces trois aspects des pouvoirs du proconsul d'époque impériale (imperium militiae. puis la prise du pouvoir par Octavien accélérèrent cette évolution en faisant de tous les proconsuls des subordonnés de l'un ou l'autre des triumvirs et du prince . Y imperium consulaire du proconsul était reconnu comme le plus élevé des pouvoirs de commandement : il était le summum imperium . L'instauration du triumvirat. sans doute par la même occasion. Ce problème est complexe et a fait surgir depuis plus d'un siècle une série d'interprétations dans le détail desquelles il n'est pas utile de revenir dans le cadre de cette étude. Ils ont pour objectif de resituer dans un cadre institutionnel et dans une perspective diachronique les changements que la mise en place d'un nouveau régime produisit sur le statut et les pouvoirs de celui qui était reconnu sous la République comme la plus haute autorité provinciale. Quelle que soit la solution d'un problème de terminologie dont il ne faut pas exagérer l'importance. 11 1 2 . quifinità terme par être défini comme étant dans l'absolu supérieur à toute autorité provinciale dans l'ensemble de l'Empire. 1.130 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN . ils abandonnèrent également au pouvoir impérial le monopole de la victoire et. À l'époque républicaine. il demeure que les pouvoirs du proconsul ne différaient pas foncièrement de ceux que le prince exerçait sur les provinces.0 mais qui n'est peut-être pas antérieure au principat de Tibère . statut auspicial et imperium minus par rapport à celui du prince) que les chapitres suivants sont consacrés. Hurlet 1997. C'est au contraire de manière progressive et détournée que la préséance de Y imperium du prince sur celui des proconsuls fut établie.1. Brutus et Cassius et qui posèrent la question des relations de ces personnages avec les proconsuls. Sur ces questions. cf.1.fr.amb. 9-10. La question est de savoir quand ce proconsulare imperium fut institutionnalisé en lieu et place du consulare imperium pour définir les pouvoirs exercés dans les provinces par le prince. leur imperium fut en outre subordonné à celui du prince. en liaison avec les commandements extraordinaires qui furent confiées à Marc Antoine le Crétique. C'est dans la manière dont ces imperia furent définis. Pompée. Les premiers signes d'affaiblissement d'un tel pouvoir se firent ressentir à partir des années 70-60 a .31. CicAdQ. Il reste à examiner si l'établissement d'une monarchie s'accompagna ou non de modification(s) institutionnelle(s) des pouvoirs des proconsuls et. ils peuvent être regroupés en trois axes principaux : les proconsuls furent petit à petit privés de l'occasion d'exercer leur imperium militiae et perdirent de ce fait leur statut de chef militaire . appliqués et hiérarchisés qu'il faut chercher le fondement institutionnel d'une supériorité que le pouvoir impérial fit valoir à l'égard des proconsuls.9. de manière moins mécanique qu'il n'est généralement admis.7 et 8. si oui.

405-406.POUVOIRS D U PROCONSUL. II.34 : cum paludaîus exisset uotaque pro imperio suo communique re publica nuncupasseî). toutes ces composantes du pouvoir militaire à Romefinirentpar être monopolisées par le pouvoir impérial. 299 et De Martino 1974. eut pour effet de réserver à Auguste l'administration des provinces les plus militarisées et de confier aux proconsuls des provinces dans lesquelles se trouvai(en)t peu 13 14 1 3 Cf. Sur la profectio à l'époque républicaine et les insignes militaires. à ce sujet la description . Ce témoignage est d'autant plus révélateur de l'incontestable dimension militaire des pouvoirs du promagistrat que la province de Sicile passait pour être pacifiée. cf. C'est à ce titre en tant que paludatiis qu'il franchissait le pomerium et quittait Rome en compagnie de troupes plus ou moins nombreuses et de ses licteurs. Mommsen DPR. Auspices militaires. ainsi qu'une analyse plus générale consacrée notamment aux aspects juridiques et rituels dans Rüpke 1990. le proconsul se rendait sur le Capitole pour y prononcer les vœux traditionnels (la mincupatio uotorum) et endosser le costume de guerre (le paludamentum).en tout cas jusqu'à l'institution de nouvelles règles par la lex Pompeia de 52 : après avoir pris dans un premier temps ce qu'on appelle "les auspices de départ" sans doute sur Γ augiiraculum de Yarx. C'est là le signe incontestable qu'à l'époque impériale.par Cicéron du départ de Verres pour la Sicile (2 Verr.ironique . ce qui apparaît comme l'hypothèse maximaliste. Parmi les écueils à éviter. du moins s'était fortement affaibli. POUVOIRS D U PRINCE 131 CHAPITRE I UlMPERIUM MILITIAE DU PROCONSUL À L'ÉPOQUE IMPÉRIALE : CONTINUITÉ E T RUPTURE La dimension militaire des pouvoirs du proconsul était primordiale tout au long de l'époque républicaine. n. 1 4 .C. cf. C'est devenu un lieu commun de répéter que le partage de l'Empire romain de janvier 27 a. 405. il faut prendre en compte que certains auteurs tel Dion Cassius présentent a posteriori la démilitarisation des provinces publiques comme la conséquence logique de la suprématie du prince dans le domaine militaire sans pleinement mesurer à quel point il était difficile de faire appliquer un tel projet dans le contexte des premières années du nouveau régime. De Martino 1974. Toute la difficulté est de retracer les étapes du processus qui fit du gouvernement des provinces publiques une activité purement civile et d'en décrire les modalités. qui étaient eux aussi revêtus du paludamentum et qui portaient les faisceaux munis de haches . Elle apparaissait tout particulièrement au grand jour au moment de la cérémonie organisée à Rome au moment du départ (la profectio) de tout proconsul pour sa province. 5. paludamentum et commandement d'une véritable armée. 35). Les principales étapes sont bien connues et s'enchaînaient très vraisemblablement dans l'ordre suivant . 29-57 et 125-143. III. que celle-ci fût militarisée comme la Macédoine ou paisible comme la Sicile . Il n'est aucun de ces attributs proprement militaires qui ne fut au bout du compte retiré au proconsul au fur et à mesure que le prince consolidait sa position à la tête de l'armée et s'affichait comme le seul général en chef de l'Empire. Y Imperium militiae avait été sinon enlevé aux proconsuls. C'est à cette question complexe que l'ensemble de ce chapitre est consacré. II. Il existe également à ce sujet de nombreuses références dans d'autres passages de Cicéron et l'œuvre de Tite-Live (pour une liste.

5. Cf.qui est de prendre en charge les provinces les plus difficiles et les plus dangereuses pour laisser au Sénat l'administration de la plus belle partie de l'Empire . cf. c'est ainsi que dans le contexte des années 20 et 10 a. il souligne tout d'abord qu'Auguste "rendit les provinces les plus faibles pour la raison qu'elles étaient pacifiées et non troublées par des guerres.C. Suétone va dans le même sens quand il rappelle. 145 . à désarmer les sénateurs et à les rendre inaptes à la conduite des opérations militaires.13. de Suétone et de Dion Cassius sur la répartition entre provinces impériales et provinces publiques.3 qui oppose dans ce passage les termes de λόγος et d'έργον pour distinguer à propos de la réforme provinciale de janvier 27 l'explication officielle présentée par Auguste . Il apparaît tout d'abord que contrairement à ce que laisse entendre Strabon. Suét.47. Dion 53. Dion 53. Dion 53. exposées aux dangers et que soit elles avaient des ennemis à ses frontières. S'il est incontestable que les pouvoirs militaires du prince se trouvèrent renforcés par l'ensemble des décisions prises en janvier 27.Awg. qu'Auguste "se chargea lui-même de l'administration des provinces les plus puissantes qu'il n'aurait été ni facile ni prudent de faire gouverner par des magistrats annuels et confia les autres à des proconsuls désignés par le sort" . cf.. Il faut apporter quelques nuances et correctifs aux passages de Strabon.25. dans plusieurs sources antiques. Dion Cassius est celui qui a formulé à ce propos les jugements les plus précis et dont la présentation a été souvent reprise par l'historiographie contemporaine sans grande modification. il ajoutait que le prince "laissait au peuple Romain tout le reste.3. de différentes manières. ceux qui se trouvaient aux frontières de pays non encore soumis. 17. à la rigueur l'Asie avant la 16 17 1S 19 20 1 5 Pour un jugement caractéristique. Keppie 1984. aussi Bleicken 1990. les régions situées aux frontières de l'Empire ne faisaient pas toutes partie du domaine réservé au prince au moment des décisions prises en janvier 27 ni même à la fin du principat d'Auguste . Dans la partie du récit consacrée aux événements de l'année 27. ceux qui étaient si pauvres et si difficiles à travailler que cette pauvreté même et l'abondance sur leurs territoires de positions défensives poussaient leurs habitants à la révolte et à la désobéissance" .1. soit elles étaient capables de déclencher de leur propre chef une grande révolte" . tandis que lui seul "avait des armes et maintenait des soldats" .L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 132 15 ou pas de légion(s) . les appelant proconsuls" . 87-89.et ses intentions plus profondes et moins avouables. Cette idée se trouvait déjà exprimée. on comptait de nombreuses provinces publiques limitrophes : le Pont-Bithynie. tandis qu'il garda celles qui étaient les plus puissantes. '* 1 7 1 8 1 9 2 0 . Il précise un peu plus loin à propos des gouverneurs des provinces publiques qu'Auguste leur "donna le titre des consuls pour la raison qu'ils étaient soumis à des tâches qui relevaient plus des temps de paix. à lafinde son principat. qui était paisible et facile à gouverner sans armes" . c'est-à-dire les pays peuplés de Barbares. Dès l'époque d'Auguste.12. plus succinctement.2.12. L'objectif recherché à travers les mesures de janvier 27 y est en outre clairement défini : le prince réussissait par ce biais. parce qu'elles étaient peu sûres. Strab.. Strabon précisait que le prince "prit les régions qui réclamaient la présence de l'armée. poursuit l'historien grec. la présentation de la réforme provinciale par les sources anciennes est entachée malgré tout dans le détail de multiples imprécisions d'un point de vue institutionnel et chronologique.

celui qui a le plus d'incidence sur la question de Y imperium militiaé du proconsul est d'avoir présenté comme pacifiées des provinces publiques qui étaient restés instables durant les premières décennies de l'époque impériale en raison de conflits avec différentes peuplades locales . sans avoir changé de statut). Dion Cassius présente à son tour une interprétation inexacte lorsqu'il fait dériver le titre de proconsul de la nature pacifique des tâches qui étaient d'après lui confiées aux consuls. plus calme d'un point de vue militaire dans les provinces publiques . l'Afrique et la Cyrénaïque furent souvent le théâtre d'opérations militaires conduites par des proconsuls dans des conditions qui seront étudiées infra . Dion Cassius et Strabon ont en commun d'avoir amplifié la portée de la réforme provinciale de janvier 27.C. Roddaz 1992. 220. Parmi les anachronismes commis par ces deux auteurs. ils avaient de moins en moins l'occasion d'exercer leur imperium militiaé). 2 2 2 3 . 39 à partir du passage de Dion 53. déjà dans ce sens Syme 1952.133 POUVOIRS DU PROCONSUL. Il vaut mieux retenir dans ce cas précis que les chapitres 13 à 21 du livre 53 livrent par moment un récit qui associe une liste des décisions prises ponctuellement en janvier 27 à une analyse plus générale du régime augustéen (comme l'a souligné Girardet 1992b. Les études institutionnelles récentes se recoupent en effet pour rappeler que les consuls des dernières décennies de l'époque républicaine n'avaient pas perdu de iure la composante militaire de leur pouvoir avant 27 a. C'est ainsi qu'on ne peut mettre sur le même plan les tâches confiées dans les années 20 a.22. n. l'Illyrie. l'Afrique et la Cyrénaïque (ces deux dernières provinces publiques restant localisées aux frontières de l'Empire tout au long des trois premiers siècles p. il ne serait pas non plus raisonnable de penser que les pouvoirs militaires du proconsul d'Afrique 21 22 23 2 1 Cf.C.1). 196-197. le statut de provinces pacifiées à des provinces publiques dont on verra que plusieurs d'entre elles restèrent instables pendant les deux premières décennies du nouveau régime (et plus longtemps encore pour l'Afrique Proconsulaire). L'historien grec savait parfaitement que le pouvoir impérial avait connu entre la création du principat et l'époque sévérienne une évolution dont il a montré à quel point elle était loin d'être secondaire. Pour ce qui est des précisions de Strabon concernant le partage des provinces. 565. 216 . il faut sans doute y ajouter une dimension idéologique. c'est oublier qu'au début du principat d'Auguste. cf. mais une telle explication reste simpliste. L'origine de toutes ces imprécisions ne fait aucun doute. des provinces publiques comme la Macédoine. Girardet 1990. L'opinion commune a longtemps voulu que Dion Cassius ait projeté sur l'année 27 la situation de sa propre époque. 6. 90-109 . C'est une telle particularité qui permet d'expliquer pourquoi Dion Cassius semble attribuer dès 27 a. l'année 14 p. A cette erreur ponctuelle s'ajoute une autre confusion lorsque Strabon et Dion Cassius rangent conjointement l'ensemble des provinces publiques au nombre des territoires pacifiés . Il vaut mieux partir du principe selon lequel les compétences militaires du proconsul connurent au début de l'époque impériale une évolution multiforme : elles n'étaient pas les mêmes selon que la période envisagée était le début du principat d'Auguste. mais pour des raisons différentes. au proconsul de Macédoine avec les fonctions que remplissait au même moment le proconsul d'Asie . en tout cas (même s'il est vrai que d'un point de vue pratique. Comme le rappelle Carter 1982. il est possible qu'il ait eu tendance à projeter sur janvier 27 la situation de la seconde moitié du principat d'Auguste. n. 165 .C. la Macédoine.C. Giovannini 1983 . POUVOIRS D U PRINCE création de la province de Galatie en 25 a. Girardet 1992b.C. Les témoignages de Strabon et de Dion Cassius ont en commun d'avoir projeté sur l'année 27 une situation postérieure à l'année de cette première réforme provinciale. ou la fin de l'époque julio-claudienne et que la province concernée était ou non pacifiée. l'Illyrie. le géographe grec reprenant l'image officielle et idéalisée d'un prince qui administre les provinces les plus instables et les plus pauvres par pur dévouement à l'égard de la communauté. que ce soit celle de la fin du principat d'Auguste ou d'une époque plus tardive pour ce qui est de Dion Cassius.C.

. 89-90 et n. De Martino 1974. Une quatrième section cherchera à déterminer si les proconsuls de toutes les autres provinces publiques. Crète-Cyrénaïque. 24 2 4 Sur la présence de plusieurs légions dans les provinces publiques au début de l'époque impériale. veulent le faire croire. en l'occurrence celles qui étaient considérées peu ou prou comme pacifiées dès 27 et dépourvues à ce titre de la moindre légion (Achaïe. 194 .134 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN n'avaient connu aucun changement entre le début du principat d'Auguste et la mort de Néron. Il ne fait aucun doute que la réforme provinciale de 27 était loin de donner à Auguste le commandement de l'ensemble des forces militaires romaines. cf. 41-42 et n. mais il s'agira de déterminer quand et dans quelles circonstances un tel transfert eut lieu .l'Afrique. 165167 . Mommsen DPR. Les trois premières sections seront consacrées à chacune des provinces publiques qui conservèrent sur leur sol une ou plusieurs légions et traiteront de la question de Y imperium militiae des proconsuls de ces provinces dans sa dimension évolutive. Syme 1986. Il est nécessaire d'adopter une démarche géographique pour répondre à l'ensemble de ces interrogations.C. Bleicken 1990. de Macédoine et d'Illy rie ne perdirent pas en 27 leur (pro)consulare imperium militiae. cf. 165 . la Macédoine et l'Illyrie . Cf. d'une portion importante de la défense des frontières". Dion Cassius avant tout. 84-85 .C. Syme 1952. L'ensemble de ces données posent la question de la continuité ou non de Γ imperium militiae du proconsul à la suite de la réforme de 27 et des autres mesures plus ponctuelles qui suivirent. Dettenhofer 2000. connues pour avoir été démilitarisées dès la réforme de 27 a. III. Schmitthenner 1962. Une autre question est celle de la nature des pouvoirs militaires des proconsuls des provinces publiques autres que l'Afrique. Ce n'est que par la suite que leurs armées passèrent sous le commandement de légats impériaux. sans mentionner la Macédoine.. 274 et 333 . Campbell 1984. continuèrent ou non à exercer des pouvoirs militaires tout au long de l'époque impériale. 302-303 qui range l'Afrique et l'Illyrie au rang des "provinces chargées . aussi Carter 1982. IV. il faudra également se demander si les proconsuls de ces trois provinces furent nécessairement privés de leur imperium militiae à partir du moment où ils renonçaient à conduire des campagnes de grande envergure. comme de véritables généraux en chef et placés à ce titre à la tête d'au moins une légion.. la Macédoine et l'Illyrie. Plusieurs légions romaines étaient stationnées tout au long des années 20 et 10 a. aussi Syme 1944. 253 .et entretenaient nécessairement avec les proconsuls en fonction dans ces provinces des relations qu'il faudra définir (étaient-elles ou non toutes placées sous leur autorité directe?) . Asie. Pont-Bithynie. 77-78. L'objet des considérations qui suivent est de montrer que la "démilitarisation" des provinces publiques est le fruit d'un processus plus long et plus complexe que les sources anciennes. Lacey 1996. 299-300 et 312-313 . déduction qui ne va pas de soi. Sicile et Corse-Sardaigne pour l'année 27). 89-90 . dans au moins trois provinces publiques . S'y ajoute que des troupes auxiliaires pouvaient être présentes dans les provinces publiques et dépendre du proconsul dans une mesure qui reste également à déterminer. 349-350 .C. Il y a une évidence qui peut servir de point de départ à notre enquête : agissant durant les années 20 et 10 a. les proconsuls d'Afrique.

Cf. 311-321. 571).26. Pour un récit détaillé des campagnes successives de Crassus. cf. 202 limite la garnison stationnée en Macédoine à deux légions. Les troupes romaines devaient être en tout cas suffisamment importantes d'un point de vue numérique pour avoir permis à M. Formulé il y a soixante-dix ans. Keppie 1984. aussi Wilkes 1996.. C . Syme 1944. dans ce sens Syme 1933b. peut-être également la V I I et X I . 237 qui parle d'au moins quatre légions placées sous les ordres de Crassus... 340-343. 38 et Phil. 11.C.282-285 et 295. Sur l'itinéraire suivi par Crassus lors de ses deux campagnes successives. Les légions qui furent placées à cette occasion sous son commandement devaient être au nombre de quatre ou cinq au minimum . mais plus brièvement. Liv. Licinius Crassus de diriger avec succès en tant que proconsul les multiples opérations militaires qui le conduisirent jusque dans la région du Bas-Danube entre 30 et 28 . 570 et Wilkes 1998. ce constat est toujours d'actualité. I . a el Kos 1977. Dans le courant des années 40 a . aussi Pis. 142. POUVOIRS DU PRINCE A. 97 . 50 et 77 = Inscr. cf. cf. l'armée romaine restait mobile et ne peut être considérée comme une armée de garnison (la situation changea progressivement. surtout à partir de Claude). la V Macedonica (toutes deux attestées plus tard en Mésie). Prou. cf. cf. la Macédoine devint un des principaux théâtres d'opérations militaires lors des guerres civiles du début et de lafinde cette décennie : tout d'abord en tant que siège des troupes pompéiennes jusqu'à la bataille de Pharsale en 48 . It. Dion 51.23-27 . La IV Scythica et la V Macedonica. On sait qu'il célébra un triomphe ex Thraecia et Geteis (CIL. une des principales et nécessaires activités du gouverneur était d'ordre militaire : protéger les frontières contre les incursions des peuplades limitrophes et prendre la tête d'expéditions visant à étendre l'influence romaine dans les Balkans .. Elle avait constitué tout au long de l'époque républicaine une province frontalière fortement militarisée dans laquelle stationnaient en permanence plusieurs légions.POUVOIRS D U PROCONSUL. 21-22 qui souligne combien il est difficile dans l'état de notre documentation de connaître la localisation des légions romaines entre 27 et 13 a. sans préciser lesquelles. et qui rappelle qu'au début de l'époque impériale. ainsi que la X Fretensis et la X X . Depuis la création de la province au milieu du I I siècle jusqu'à la fin des années 50 a . À l'issue de la bataille d'Actium. ce qui rend encore plus difficile toute recherche visant à évaluer le nombre de légions qui étaient commandées par le proconsul de Macédoine .. cons. Papazoglou 1979. Per. une partie des troupes placées sous le commandement d'Octavien furent établies en Macédoine. 1221 parle de 4-5 légions . 134. a el Kos 1977. L a Macédoine était considérée par Cicéron comme une province militarisée ainsi que comme "une source et une pépinière de triomphes" (Pis. 1. mais ce chiffre est trop peu 2 6 2 7 2 2 8 e e e e e e e e e e .. Sur l'armée de Macédoine au début de l'époque impériale. aussi dans ce sens Schmitthenner 1962. Licinius Crassus probablement la V Macedonica et la I V Scythica. XIII. La 135 Macédoine En 27 a . dont le champ d'intervention était à coup sûr le sud des e 25 26 21 28 e e 2 5 Cf. 3). 41.. aussi. C .3 et Flor. cf. mais leur identification est loin d'être assurée. stationnée par la suite en Illyrie) et peut-être la I X Macedonica (la future Hispana). cf. mais il est difficile de connaître avec précision l'état des forces militaires qui y étaient stationnées étant donné la forte mobilité des corps de troupe de l'armée romaine à cette époque . la province de Macédoine occupait une position stratégique telle qu'il n'est pas question de la ranger dès cette date au nombre des territoires pacifiés. dans ce sens Papazoglou 1979a. la V I I Macedonica (la future Claudia Pia Fidelis.23 . Ritterling 1925. 159 et 205-211 range dans l'armée de M. ensuite en tant que province qui fit partie du vaste domaine de compétences attribué à Brutus en février 43 et où fut rassemblé le gros de l'armée de Brutus et de Cassius avant leur défaite à Philippes en 42. 2. 282 reprend un tel chiffre en précisant d'après les indications fournies par Ritterling que les légions les plus probablement stationnées en Macédoine étaient la IV Scythica. C .ainsi que toutes celles qui étaient stationnées dans les autres provinces publiques.

la X I légion fit partie de l'armée d'Illyrie (cf..C. 67 et Strobel 2000. Il est admis qu'elle avait auparavant fait partie de l'armée d'Illyrie (cf.non loin du Danube (CIL. V. supra. 1938. 69).ΙΠ. mais sa localisation durant les années 20 et 10 a. elles devraient être remplacées pour les années 20 par la V I I I (future Augusta) et la X I . reste sujet à discussion. C'est la conclusion qui découle de la découverte en Macédoine de trois inscriptions funéraires de soldats de cette unité : deux proviennent de Philippes (AE. 4. 523-526 pour la V Macedonica. 340-341. AE. à une époque qui n'est pas connue avec précision (début du principat d'Auguste?). L a seule donnée sûre concernant l'histoire de la X I I I légion Gemina sous le principat d'Auguste est son transfert en Germanie en 9 p. aussi Syme 1991a. en dernier lieu Dabrowa 1993.C. mais c'est moins sûr. Plassart.de Galatie . mais on ne sait si elle y était alors stationnée de manière permanente ou occasionnelle . Cf. 2281). On sait que sous Auguste. n. sans doute la X Fretensis. la V I I (la future Claudia Pia Fidelis). 1936. C . . 436 . 7386) témoigne de la présence de cette unité dans la province de Macédoine. 165). 1556 et 1573 ainsi que a el Kos et Keppie (cf. à la suite du désastre de Varus. dont la présence est attestée en Macédoine en 16 a . la Macédoine fit partie des provinces rendues au Sénat et au peuple Romain. dans ce sens Syme 1933b. 342-343. 14) et la troisième de Dion (Oikonomos 1915.C.527 qui ajoute qu'elle fut renvoyée en Galatie dès 10 a . au début de notre ère. III. Ritterling 1925. 33 et Papazoglou 1979a. Elle ne repose que sur les surnoms de ces légions. que la I V Scythica et la V Macedonica furent déplacées de Syrie en Macédoine par Plautius Silvanus . cf.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 136 29 Balkans et la région du Bas-Danube à la fin du principat de Tibère . au moment du partage des provinces. mais une telle déduction est loin d'être garantie . 28) . 23 et n. En janvier 27 a . C .par L . Sur la présence de la X I I I légion Gemina en Macédoine sous le principat d'Auguste. peut-être aussi. la X I et (ou) la XIII Gemina . cf. Speidel 2000. Cf. 327-328 pour la I V Scythica et Strobel 2000. mais elle ne devint pas pour autant inermis. 1698 = /LS.en Mésie . 10-11 et Dabrowa 2000. BCH. 2501. L a découverte à Bulair. L'histoire de la V I I légion durant les premières décennies du principat d'Auguste comporte de nombreuses incertitudes. C . De nombreuses campagnes d'envergure continuèrent en effet à être menées jusque dans le 30 31 e 32 e 33 34 e 3 5 e 36 élevé dans le contexte des années 30-28 et conviendrait mieux pour la garnison stationnée en Mésie à partir de la fin du principat d'Auguste. d'une inscription sur laquelle il est fait mention de la centurie de M. même s'il faut reconnaître là aussi que nous n'avons à ce sujet aucune certitude . n° 57). C'est ce qui ressort de la mise en parallèle d'un passage de Tacite signalant la présence de deux légions stationnées en Mésie à l'époque de Tibère (Ann. 14206. Papazoglou 1979a. 47. soit elle fut amenée d'Asie Mineure . impossible à vérifier.55 et CIL. et sur l'épitaphe d'un centurion de la I V Scythica qui a été découverte à Dion en Macédoine (cf. comme son surnom semble l'indiquer (Ritterling 1925.1230) . cf. On sait qu'elle participa à la campagne d'Actium aux côtés d'Octavien (cf. sans doute au début du principat d'Auguste. Il faut certainement compter au nombre des autres légions présentes en Macédoine dans le courant des années 20 a.3) avec trois inscriptions datées de 33/34 qui témoignent de la présence de la I V Scythica et de la V Macedonica à Boljetin en Serbie . dans la Chersonese thrace (l'actuelle Bulgarie). 2 9 e e 3 0 e e 3 1 e e e e e 3 2 e e e 3 3 3 4 3 5 e 3 6 e e . 2503 et 2839). dans cette perspective. 318. mais qui ne peut être datée avec précision. pour une durée qui reste indéterminée. 87-88). Caecilius de la 10 cohorte de la V I I légion qualifiée de Macedonica (CIL. 70). Calpurnius Piso en 13/11 pour les besoins de la guerre menée par ce dernier en Thrace (Syme 1933b. mais la présence à Philippes d'une épitaphe d'un soldat originaire d'Italie du Nord mort à l'âge de 40 ans après seulement dix années de service (AE. Plusieurs hypothèses ont été émises : soit elle faisait partie des légions stationnées en Macédoine. 18 (sur cette inscription.5. pour les références supra. cf. que ce n'est que plus tard. Sur cette légion. passent pour avoir été stationnées en Macédoine dès le début de l'époque impériale . notamment CIL. III. toujours difficiles à interpréter. Le manque d'informations sur la localisation de ces légions au début de l'époque impériale a permis à Syme 1933b. 1923. mais à une date qui reste indéterminée. n. infra. aussitôt après la victoire de Pison). n. infra. 1968. mais la documentation épigraphique laisse penser qu'elle fut également présente en Macédoine. 30-31 et 33 d'avancer l'idée. 466) laisse penser qu'elle fut dans un premier temps stationnée en Macédoine.

Pour la question qui nous intéresse plus directement. .2. La seule certitude est que la réforme qui privait de facto le proconsul de Macédoine de la possibilité de faire usage de la composante militaire de son imperium ne remonte pas à l'année 27.peuplade localisée dans la partie orientale de la Thrace en tant que της Μακεδονίας άρχων selon la terminologie non officielle utilisée par Dion Cassius . une forte présence militaire romaine resta donc localisée sur le sol de cette province tout au long du principat d'Auguste . La réalité indiscutable que constitue la militarisation des régions situées au nord de la Macédoine conduit à s'interroger sur la nature des responsabilités qui étaient confiées à partir de 27 aux proconsuls lorsque des opérations militaires s'y avéraient nécessaires. 82). S'y ajoute que s'il avait été un simple légat impérial. Cf. connu pour avoir combattu en 24 ou 23 les Odryses .R. 231-232. Primus et les trois ou quatre proconsuls qui l'avaient précédé à la tête de la Macédoine depuis 27 continuaient à disposer du commandement suprême de plusieurs légions.) Marcius Crispus si l'on accepte l'hypothèse de A.41. Le procès qui lui fut intenté à son retour à Rome pour avoir déclaré une guerre à des alliés sans s'être entouré de toutes les formalités juridiques nécessaires . supra. il n'aurait pas été amené à faire savoir publiquement qu'il avait déclaré la guerre avec l'autorisation d'Auguste.n'a de sens que si l'on attribue à l'accusé le statut de proconsul au moment où il était en fonction en Macédoine . Primus n'apparaît en effet jamais à cette occasion comme le subordonné du prince.en l'occurrence l'accord du peuple et du Sénat . Primus .2. Comme l'a fait remarquer Syme 1971. affirmation à laquelle ce dernier vint d'ailleurs apporter un démenti formel lorsqu'il se présenta au procès en qualité de témoin sans y avoir été cité à comparaître . M. 1221 et Schmitthenner 1962. Toute cette affaire est instructive parce qu'elle pose de manière générale la question des modalités de l'intervention impériale dans les provinces publiques entre 27 et 23 et met en évidence la complexité des relations entre le prince et les gouverneurs des provinces publiques durant les cinq premières années du nouveau régime. elle signifie que comme leurs prédécesseurs d'époque républicaine. Dion 54.3. M. Par la force des choses. Ou de (Q. POUVOIRS D U PRINCE courant de la première décennie de notre ère aux marges septentrionales de la Macédoine. n. C'est ce qui se dégage des mésaventures de M. On peut distinguer deux alternatives principales : continuaient-ils à être comme Crassus les commandants en chef de l'ensemble des troupes stationnées dans cette province? ou renoncèrent-ils à leurs pouvoirs militaires au profit de généraux qui étaient nommés par le prince avec le statut de légat impérial et dont le champ d'intervention était la région située entre la Macédoine et le Danube? L'ensemble de la documentation montre clairement que les proconsuls finirent par abandonner à des légats impériaux le soin de commander l'essentiel des troupes romaines de Macédoine. Birley (cf. mais elle ne permet pas de savoir avec précision quand un tel changement eut lieu.137 POUVOIRS D U PROCONSUL. en toute indépendance par rapport à Auguste si on se place d'un point de vue 31 38 39 40 41 42 3 7 3 8 3 9 4 0 4 1 4 2 Comme l'a déjà fait remarquer Papazoglou 1979b. dans ce sens Ritterling 1925. 51. 40. en particulier dans le royaume de Thrace et jusque dans la région du Bas-Danube .3. Dion 54.

n. 87-88). à l'occasion de la campagne menée par M. Tarius Rufus.20. dans ce sens Schmitthenner 1962. Dion 54. Le statut consulaire de M. M. à la suite du procès de M.C. Ritterling 1925. Primus et en liaison directe avec la restitution au peuple Romain de la Narbonnaise et de Chypre. Lollius n'infirme pas nécessairement l'hypothèse qu'il ait pu être proconsul de Macédoine si l'on veut admettre 44 45 46 4 3 Cf. entre 18 et 16. Dans cette perspective. autrefois développée par Ritterling et reprise par Wachtel. est loin de constituer pour les activités du gouverneur de Macédoine une rupture.C. Peu après.dans les Balkans et jusqu'au cours inférieur du Danube . 42. Sur les événements militaires qui se déroulèrent en Thrace de 20/18 à 16 et qui impliquèrent des généraux romains qu'il faut tous les identifier comme les proconsuls de Macédoine. avec cette seule différence que le premier était de rang de consulaire et le second de rang prétorien . 377-383. Le consulaire M. L'instauration par le prince d'une légation impériale affectée au commandement de l'armée de Macédoine n'eut lieu que par la suite. Lollius et L. 84. 1219 et 1227 et plus récemment Wachtel 1977. cf.138 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 43 proprement juridique . Lollius. La décision aurait été prise dès 22. ce qui contraignit les Romains à intervenir de nouveau sous la conduite d'un général non identifié . Une telle formule a malgré tout conduit Thomasson à attribuer à ce dernier personnage le statut de légat impérial et à proposer dans la foulée une datation haute de la réforme qui enlevait au proconsul de Macédoine le commandement des troupes stationnées dans sa province pour le transférer à un légat impérial. Tarius Rufus intervint de nouveau en Thrace pour les mêmes raisons .551 et 567 et Wilkes 1998. et non prétorien comme l'étaient d'ordinaire les proconsuls de Macédoine . Lollius ait été de rang consulaire lorsqu'il intervint en Thrace. Il faut à ce titre rejeter l'idée.3. quant à L . On aura compris que l'année 27 a. il combattit et défit à cette occasion les Besses. Il est très vraisemblable que M. Primus en tant que proconsul et qui avait quelque peu terni le prestige du prince. cf. il vainquit une peuplade identifiée sous le nom de Sarmates et les repoussa de l'autre côté du Danube. Rhœmétalcès .tout au long des années 10 a. Cf. 44-46. aussi dans une direction proche de l'hypothèse de Thomasson Wilkes 1996. il a déjà été souligné que l'inscription d'Amphipolis sur laquelle il est qualifié simplement de pro pr(aetore) suscitait plus d'interrogations qu'elle n'apportait de réponse (supra. L. peuplade localisée dans les parties centrale et occidentale de cette région. 4 4 4 5 4 6 . la Macédoine fut ravagée par les Denthelètes et les Scordisques. Sur cette hypothèse d'une Macédoine impériale dès le partage des provinces de 27. En 16. Auguste aurait échangé à cette occasion ces deux provinces pacifiées contre le commandement des troupes de Macédoine afin d'éviter que ne se reproduisît à l'avenir une situation conflictuelle qui dérivait des pouvoirs étendus de M. De nombreuses campagnes furent de nouveau menées au nord de la Macédoine . que la Macédoine était dès cette dernière date devenue une province impériale gouvernée par un légat d'Auguste .C. L'existence d'une telle réforme est postulée par Thomasson 1991. Lollius se rendit en Thrace entre 20 et 18 afin de venir en aide à un prince client de Rome. Aucune information précise ne nous est parvenue sur le statut des généraux romains qui conduisirent les opérations militaires sur le terrain de 20 à 16 a. Il faut répondre qu'une telle théorie n'emporte pas la conviction et repose sur des arguments qui sont loin d'être décisifs.237 et 246 qui envisage avec prudence la possibilité qu'un nouveau commandement militaire ait été créé au sud des Balkans dès 19-18. Tarius Rufus auraient été tous deux des légats impériaux.

14. 205. 878-879] . au même titre que leurs prédécesseurs des années 20 et des époques triumvirale et républicaine. 203 . Syme 1971. 595-596 [=Syme 1984b. Per. 2. L'idée que le proconsul de Macédoine a pu être remplacé par un légat impérial pour gouverner cette province en raison de la situation militaire repose sur un parallèle établi par Alföldy entre le statut de Pison et celui de L . Reprenant récemment une hypothèse déjà développée par Aichinger 1979. aussi dans ce sens Sen.5-7 qui inclut cet épisode dans le récit de l'année 11 comme l'abréviateur de Tite-Live. Tarius Rufus. Cf. 86-89) . dans ce sens Syme 1944. La gravité de la situation militaire en Thrace et les modalités inhabituelles de la nomination de Pison laissent penser qu'Auguste jugea le moment venu de retirer au proconsul le commandement des troupes stationnées en Macédoine pour le confier à un légat qui était choisi par ses soins et qui portait sans doute à cette occasion un titre tel que legatus Augusti pro praetore exercitus qui est in Thracia Macedoniaque . pour réprimer un nouveau soulèvement des Besses contre Rhœmétalcès et les refouler de la Chersonese qu'ils avaient envahie . qu'il faut à mon sens qualifier d'extraordinaire dans 41 48 49 4 7 Veil. cf. Vellerns fournit à ce sujet une indication claire lorsqu 'il précise que Pison guerroya dans cette région pendant trois années . 437 . qui reste sans parallèle dans la documentation épigraphique. la multiplication des campagnes en direction du Bas et du Moyen-Danube modifia l'organisation du commandement militaire romain dans un sens qui affaiblit fortement les pouvoirs militaires du proconsul de Macédoine. mais à la suite d'une procédure extra sortem (cf.101. cf. Optent pour le triennium 13/11 ou 12/10 Syme 1944. mais qui reste la plus vraisemblable si l'on établit un parallèle avec la situation de l'Illyrie voisine où le commandement des troupes était à coup sûr toujours assuré au même moment par le proconsul (cf.3 : in Thracia Macedoniaque) du titre des légats impériaux en fonction en Germanie avant la création formelle des deux provinces de Germanie sous Domitien. infra).. des généraux en chef dont le domaine de compétences pouvait continuer à s'étendre jusqu'au cœur des Balkans et au cours inférieur du Danube lorsque les circonstances l'exigeaient.C.POUVOIRS D U PROCONSUL. 12/10 ou 11/9 . 551 et Wilkes 1998. Il s'agit là d'une solution qui ne peut pas non plus produire d'argument décisif. il a déjà été souligné qu'il était préférable de ne pas en tirer quelque certitude que ce soit pour déterminer le statut de L . 289 et 334 . 22 qui parle à juste titre à propos de la mission de Pison d'une "Sondermission" ou d'un "Sonderkommando". 266 . Thomasson 1991.C. Syme 1991a.C. Rien n'interdit en fin de compte de faire des proconsuls de Macédoine des années 20-15 a. Dion 54. 610. Syme 1995.287 et Alföldy 1998b. Dion Cassius ajoute qu'il fut expressément rappelé de Pamphylie. Wilkes 1996. Ep. 41 . Alföldy 1998b. 237. Tarius Rufus.. un autre 4 8 4 9 . Calpurnius Piso. 206-207 a au contraire proposé de voir en L . Optent pour 11/9 a el Kos 1977. supra.2 . La mission de Pison. Mais entre 15 et 10. Calpurnius Piso un légat impérial de Macédoine portant le titre suivant : legatus Augusti pro praetore prouinciae Macedoniae. mais elle apparaît comme la dénomination la plus proche de la réalité administrative si l'on rapproche un passage de Velleius évoquant un commandant militaire en Thrace et Macédoine (2. 65 . La première référence à une légation impériale affectée au commandement de l'armée de Macédoine apparaît en relation avec les opérations militaires menées en Thrace par L. quant à la formule pro praetore. cf. Rémy 1989. qu'il gouvernait en même temps que la Galatie en qualité de légat impérial.34. 41. aussi la brève indication dans Liv.en 13/11.en tant que legatus Caesaris .98.. POUVOIRS D U PRINCE 139 qu'il fut nommé à cette fonction non pas en vertu des résultats d'une sortitio.. 131 . Syme 1986. Hofmann-Löbl 1996. à la fin des années 10 a. Syme 1973. 210 . Une telle formule n'est attestée sous cette forme dans aucune source. le consul de 15 a. aussi Thomasson 1991. 140. n. 83. 196-197 . Sur ces campagnes. mais on ne sait pas si cette année correspond au commencement des campagnes menées par Pison ou à leur épilogue.

dans ce sens Dessau 1924. créée à lafindu principat d'Auguste ou sous Claude au plus tard. Il y aurait un risque d'argument circulaire si l'on utilisait l'inscription d'Amphipolis pour déterminer le statut de L . En réalité. 137 avec les références aux travaux de Syme qui a fini par conclure que ce général était intervenu entre 10 et 6 a.C. 2. 523 qui situe en 10/9 a. 205 . Cf. et l'absence sur la pierre de legatus constituent des éléments qui ne nous permettent pas d'affirmer avec certitude que L . Il est en revanche établi que l'un d'entre eux était à coup sûr un légat impérial : P. 395 et Syme 1944. mais son interprétation avait longtemps souffert d'un problème de lecture (dans Y editto princeps. 654).. 4. Vinicius le statut de [ύ]παταγός. si oui. Silius. La formation de ce vaste secteur stratégique. Dans l'état de notre documentation.C. sur la localisation de ces campagnes. Bormann lisait παταγω et était conduit à donner à P. n'en fait apparaître aucun qui porte à coup sûr le titre de proconsul de Macédoine . mais du district militaire de Mésie (cf. Aelius Catus le statut de proconsul (AE. supra. et qui aboutirent à faire reculer les frontières de la province d'Illyrie également en direction du Danube. mais il n'est pas certain qu'il s'agisse du proconsulat de Macédoine (Syme 1971. 11 s'agit de P. la fonction de légat impérial. L'histoire du district militaire appelé à devenir la province de Mésie reste mal connue dans le détail tout au long de la dernière décennie a. Aelius Catus et peut-être aussi Cn. l'organisation du district militaire de Mésie. très fragmentaire. en dernier lieu Strobel 2000. présenté par Velleius Paterculus comme le commandant en chef des troupes de Thrace et de Macédoine et qualifié de [πρεσβευτα καΐ άντι]στρατάγω sur une inscription de Callatis . Tarius Rufus était un légat impérial. ce qui peut se justifier eu égard au lieu de découverte de l'inscription . à 10 p.C. Cornelius Lentulus si l'on retient qu'il fut placé à la tête non pas de la province d'Illyrie. peuplade située dans la région du Bas-Danube . C . 55. jusqu'à quand. Était ainsi préfigurée la province de Mésie. sur la côte de la mer Noire. cf. Il faut commencer par faire remarquer que la liste des généraux romains connus pour avoir mené des campagnes en Thrace et dans la région du Bas-Danube de 10 a. n. rien dans les sources ne dit que ces deux généraux exercèrent les mêmes fonctions. semble attribuer à Sex. 24). 1966. Vinicius. Il faut répéter que le titre de pro pr(aetore). Tarius Rufus. cf. cf. Veil. Sex.C. constitue le premier témoignage assuré de l'existence au nord de la Macédoine d'une zone militarisée que l'on désigne d'ordinaire sous le nom de "district militaire" et qui échappait désormais à l'autorité du proconsul de Macédoine . dans la région du Bas-Danube).C. 233 et n. Ann. et des premières années de notre ère principalement en raison de la perte d'une grande partie du récit consacré à cette période par Dion Cassius. terme qui n'est pas attesté par ailleurs et auquel il a donné de manière aléatoire 5 0 5 1 5 2 5 3 .3. Il est incontestable que les mandats concomitants de Tibère et de Pison constituent une étape importante dans le processus qui priva les proconsuls des provinces danubiennes de la possibilité de faire usage de leur imperium militiaé. 69 émet l'hypothèse qu'il s'agit du proconsulat d'Achaïe.101. aussi dans ce sens Papazoglou 1979b.140 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN le contexte de cette époque. doit sans doute être mise en relation avec les campagnes qui furent dirigées plus au nord par Tibère de 12 à 9 a. après d'autres. il est difficile de se faire une idée précise sur le statut de ces généraux : légat impérial de Mésie? légat impérial de l'armée qui se trouve en Macédoine et en Thrace? ou tout simplement proconsul de Macédoine? Une inscription découverte à Athènes. L'inscription de Callatis était connue depuis longtemps (IGRRP. P. I. qui s'étirait de la Thrace jusqu'au Danube. Vinicius. 379 · [— άν]θύπα[τον —]).C. La question qui nous intéresse plus particulièrement dans le cadre de cette étude est de savoir si le proconsul de Macédoine récupéra ou non le commandement des troupes stationnées au sud des Balkans aussitôt après la mission de Pison et. le consul de 2 p . sans précédent dans l'épigraphie. Tac. Calpurnius Piso ou si inversement la documentation relative à Pison servait à définir le statut de L .44 qui parle des ornements triomphaux remportés par Lentulus après sa victoire sur les Gètes. Cette légation impériale est antérieure d'au moins 50 51 52 53 général en chef qui est simplement qualifié de pro pr(aetore) sur une inscription dAmphipolis et auquel Alföldy attribue.

cf. Il faut en conséquence écarter toutes les hypothèses qui faisaient remonter entre les années 1 a. 289 . 68-69 . Cette évolution fut renforcée en 6 p . et remonte à ce titre approximativement aux années 3/2 a . Valerius Messala Messalinus pour coordonner la riposte. le savant anglais a modifié la datation de cet événement dans un sens qui me semble correspondre à la réalité (cf. . Syme 1971. au moment de la révolte de Pannonie.C. Hurlet 1997. 207). 20. n. C'est le mérite de Oliver 1948. Elle s'inscrit à ce titre dans le cadre d'un projet de plus grande ampleur qui donnait désormais le commandement de l'ensemble des troupes stationnées le long du Danube à des légats nommés par le prince et subordonnés à ce dernier. 231. ce qui fournit selon toute vraisemblance un terminus ante quem pour déterminer plus précisément la date à laquelle le proconsul de Macédoine renonça définitivement à diriger les campagnes au nord de sa province.1. C . 232.C.qui fit de l'Illyrie une province impériale .29. 205-207 et 216 . la légation de Pison ne doit pas être dissociée de la décision . Avram 1999. et celui de Silius de 2-1 a.qualifié par Dion Cassius deΜυσίας άρχων et à ce titre légat impérial placé à la tête d'un tel district militaire . 1.C. 23 des environs de l'année 4 p. L'emploi par Velleius de l'adverbe ante indique que les commandements de P. Il n'était plus question dans le contexte de l'époque tibérienne de remettre le gouvernement d'une 54 55 56 57 58 le sens imprécis de "Heerführer mit consularischer Gewalt"). C . s Dion 55. POUVOIRS DU PRINCE deux années à la tournée d'inspection de Caius César en Orient échelonnée tout au long de Tannée 1 a. 130-134). Mais dix années après la parution de cet article.prise au même moment . 366-367 . et 12 p.C. Vinicius en 5/3 a . 10 et AE. Sous Tibère. Syme 1991a. Calpurnius Piso de la fin des années 10 à la légation de P. Le pouvoir impérial privait de cette manière le proconsul de Macédoine de l'occasion de faire usage de son imperium militiae et limitait les fonctions de ce dernier essentiellement à des tâches purement civiles et administratives. Papazoglou 1979b. note suivante). 1960. 1949. Peut-on en affiner la date à l'intérieur de la fourchette chronologique qui s'étend de la mission de L .76. Vinicius et P. dans un premier temps. Caecina Severus . Papazoglou 1979b. n.141 POUVOIRS DU PROCONSUL. mais la datation la plus haute apparaît comme la plus naturelle et la plus vraisemblable. 217-218 d'avoir révisé la pierre et d'y avoir lu στραταγω. la création d'un commandement balkanique confié à titre permanent à un légat impérial . 5 4 5 5 5 6 7 5 8 . A la fin du principat d'Auguste. n° 57. 439 et Papazoglou 1979b. 15 date en conséquence le gouvernement de Vinicius in Thracia Macedoniaque des années 3-2 a.2 et 1. 16 . Loin de constituer une simple parenthèse. dans ce sens Syme 1944.80. le district militaire de Mésie apparaissait comme une circonscription autonome qui était entièrement détachée du gouvernement de la Macédoine et qui entretenait désormais par la force des choses plus de relations avec l'autre province danubienne située à l'ouest. 378 . ce qui lui a permis de développer la formule plus compréhensible de [πρεσβευτα και άντισ]τρατάγω et d'attribuer à P. Le transfert du commandement des légions de Macédoine à un légat impérial de Mésie avait été daté par Syme 1933b. 231. lorsque A.agit de concert avec Tibère et le légat d'Illyrie M. A/?/?. n.. l'Illyrie. Silius sont antérieurs à la tournée de Caius César (sur la chronologie et l'itinéraire de la tournée de Caius César. Eilers 2002.3. la Mésie fut unie à la Macédoine et à Γ Achaïe pour former une seule circonscription de très grande étendue dont l'administration fut confiée à un légat impérial . aussi dans le même sens Syme 1986.C.C. Vinicius le statut de légat impérial (AE. elle marque pour le proconsul de Macédoine la fin définitive de ses activités militaires aux confins de sa province . C ? Les sources ne fournissent à ce sujet aucune certitude. cf. Tac. Cf.

98-99). 6 1 . ni au statut et aux pouvoirs 61 5 9 6 0 cohors Cf. Il a été en outre déjà souligné qu'une des explications possibles de la nomination extra sortem de M. Cf. il eut simplement moins souvent l'occasion de l'exercer à partir du moment où l'essentiel des forces militaires stationnées au sud des Balkans passa sous le commandement d'un légat impérial. l'Illyrie appartenait durant les premières années du principat d'Auguste au nombre des provinces publiques frontalières qui étaient loin d'être pacifiées et où servaient à ce titre un nombre important de soldats romains. La présence de deux cohortes auxiliaires est attestée en Macédoine dans le courant du II siècle : la I Flaiiia e Bessorum en 120 {CIL. 59 60 S. 189-190] . Eck 1986. mais le territoire qui était alors administré par Rome était limité au littoral dalmate et ne pénétrait pas profondément à l'intérieur des terres . légat du proconsul ou proconsul lui-même ?). Octavien mena de 35 à 33 une nouvelle campagne dans ce secteur. Le proconsul de Macédoine ne pouvait compter sur la présence d'aucune légion sur le sol de sa province. cf. Quelques années avant la réforme provinciale de 27. même si ces dernières n'étaient qu'en petit nombre et faisaient partie des auxiliaires . Le partage des provinces de janvier 27 a. Même si la date de sa réduction en province n'est pas établie avec certitude. X V I . 520-521 [=Eck 1998a. renforça la démilitarisation de la Macédoine en intercalant une nouvelle province entre la région militarisée du BasDanube et la Méditerranée. Un tel regroupement administratif dura une trentaine d'années.et non plus prétorien comme cela était arrivé sous Auguste avec P. 25. Pour plus de précisions sur la question des troupes auxiliaires stationnées en Macédoine et pour une mise au point bibliographique. cf. tandis que la Mésie était désormais gouvernée par un légat impérial qui était systématiquement de rang consulaire . L'Illyrie Située au nord-ouest du district militaire appelé à devenir la province de Mésie. gouvernée au départ par un procurateur issu de l'ordre équestre.et idéologique dans un contexte de rivalité avec Marc Antoine que proprement offensive. il est bien connu qu'elle fut fréquemment le théâtre d'opérations militaires tout au long de l'époque républicaine. 269-272. jusqu'au principat de Claude. 7318). Il continuait à commander des troupes.C. III.9 et Dion 60. Il faut comprendre que le proconsul de Macédoine ne fut pas privé à un moment ou un autre de Yimperium militiae .24. pour un état de la question Hurlet 1997. sur la question du commandement de ces troupes (empereur. La création en 46 de la province de Thrace. Iulius Romulus était l'existence de troubles liés au meurtre de Rhœmétalcès et à l'annexion de la Thrace qui en avait résulté (supra. ne changea rien à l'importance stratégique de l'Illyrie.C. Les réformes des années 40 p. infra.1.142 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN province aussi stratégique et aussi militarisée à un proconsul tiré au sort. ne signifient toutefois pas que le proconsul de Macédoine perdit par la même occasion la composante militaire de son Imperium. Silius.. Suét. En 44. 154-155. CL. la Macédoine et l'Achaïe furent rendues au peuple Romain . 67) et la cohors Hispanorum en 175/176 ou 112 {CIL.protéger l'Italie . tandis que le légat de Mésie apparaissait comme le principal général en chef pour l'ensemble de la région située au sud des Balkans dans la mesure où trois légions étaient placées sous son commandement. mais il convient de ne pas exagérer l'ampleur d'une entreprise dont la fonction était plus défensive . Vinicius et P.

la I X Hispana et la X V Apollinaris^. 18). avec l'aide de ses légats. C . même si le front illyrien était calme. très lacunaires. En 16 a. aussi Keppie 1984. cf. 1.. II est admis que la V I I I Augusta se trouvait dans le secteur balkanique avant 14 p. AquiL. 2973 = ILS. On ignore tout de la localisation de la VIII Augusta durant les premières années du principat d'Auguste . trois légions au moins se trouvaient en Pannonie. cf. Les fastes d'Illyrie. Pour un état de la question. Legio. (Ritterling 1925. 159 pour qui il n'est pas impossible que la V I I I Augusta ait servi en Afrique sous Auguste (ILAfr. 23 . On sait qu'en 14 p . mais Le Roux 1982. 26 .C. il défit tout d'abord deux tribus alpines. les Pannoniens et les Norici après que ceux-ci eurent envahi l'Histrie . 471-472). mais les avis divergent lorsqu'il s'agit de retracer son histoire à l'époque augustéenne et d'affiner sa (ses) localisation(s) durant ces années. . 911 = /. Il faut ajouter Cn. 43-44. l'ouvrage de référence reste Thomasson 1984. 92).23. Il ne fait aucun doute que ce général avait agi à cette occasion en tant que proconsul si l'on prend en compte qu'il disposait de ses propres légats selon le témoignage de Dion et si l'on rappelle que le titre de proco(n)s(ul) lui est attribué par une inscription d'Aenona. 65 Tac. 1.20. Keppie 2000. étant donné la forte mobilité des corps de troupe de l'armée romaine à cette époque. Dion 54. le proconsul d'Illyrie continuait d'assurer le commandement suprême des troupes stationnées dans sa province dans la continuité des pratiques de l'époque républicaine. 64 CIL. cité située en Illyrie le long de la côte dalmate . Keppie 1984. 163 et 208 . III. mais il ne fait aucun doute que l'armée d'Illyrie comprenait alors plusieurs légions. 1999.C. 1664-1665 . n. L'une ou plusieurs d'entre elles étaient peut-être présentes en Illyrie dès les années 20 a . C . in : NP. 1645 . elle se trouvait déjà en Illyrie lors des campagnes menées par Octavien en 35-33 et fut peut-être renvoyée dans cette province 62 63 64 e e e e 66 e 67 e 6 2 Sur les fastes de la province d'Illyrie à l'époque augustéenne. 2764) a laissé penser qu'elle fut transférée en Illyrie. quant à la X V Apollinaris. 120-121 qui a fait remarquer que les arguments solides en faveur de l'une ou l'autre hypothèse font défaut dans l'état actuel de nos connaissances. livrent peu d'informations sur l'identité des proconsuls d'époque augustéenne et a fortiori sur la nature de leurs activités . 1999. 18). à une date qui reste indéterminée dans l'état actuel de nos connaissances . plus précisément en Pannonie. Keppie 1984. Campbell.C. Silius Nerva. datée de haute époque. Legio. les Cammuni et les Vennii . POUVOIRS D U PRINCE militaires de son gouverneur : c'était toujours un proconsul qui était placé à la tête de cette province après tirage au sort et qui continuait à commander l'armée d'Illyrie. C . est connu pour ses nombreux succès remportés pendant son proconsulat. supra. Reddé 2000. mais il est impossible de le démontrer. 157 et 208 . in : NP.1-2. Campbell. A/m. Syme 1933b. 2933 penche pour la Mésie jusqu'à son transfert en Illyrie en 9 p. V. région qui formait la partie septentrionale de l'Illyrie : la VIII Augusta. Toutes ces informations signifient que de 27 jusqu'à 16. L'opinion dominante est que la I X Hispana fut transférée en Illyrie après avoir contribué aux succès d'Agrippa sur les peuplades du Nord-Ouest de la péninsule Ibérique en 20-19 et y avoir acquis à cette occasion l'épithète Hispana (Ritterling 1925. 62-63 a montré qu'il fallait être prudent à ce sujet en 6 3 6 6 e e 6 7 e .5.1.143 POUVOIRS D U PROCONSUL. à l'avènement de Tibère. Baebius Tamphilus Vaia Numonianus (cf. Il ressort malgré tout que le premier proconsul d'Illyrie attesté à coup sûr par les sources pour la période qui va de 27 jusqu'au milieu des années 10 a . Syme 1933b.C. 1. 899. 87. une épitaphe d'Aquilée d'un soldat de la I X légion déjà qualifiée d'Hispana (CIL. Il est difficile de connaître avec précision l'état des forces militaires stationnées en Illyrie durant les années 20 et 10 a. il vainquit ensuite. en l'occurrence P.

191). 8272 = /. L a présence de la X I I I Gemina en Illyrie à un moment ou un autre de l'époque augustéenne est admise par les spécialistes de l'armée de l'époque impériale (Ritterling 1925. 8438) . mais l'état de notre documentation ne nous permet pas de connaître la chronologie des déplacements de cette légion. 1770 . la X I V Gemina^ et la X X II n'est pas possible 68 e 6 9 e 10 e e 7 2 évoquant la possibilité que l'origine d'une telle appellation était le recrutement en majorité hispanique au moment de la formation de l'unité. mais on manque de données pour reconstituer une chronologie précise des mouvements de cette légion durant la plus grande partie du principat d'Auguste. 2787). 2789). in : NP.. Il vaut mieux rester prudent à ce sujet. L a découverte à Aquilée de nombreuses inscriptions de haute époque mentionnant aussi bien des vétérans que des soldats en activité de cette légion (/.C. mais il n'est pas possible de la dater avec précision. 2270 6 8 e e 6 9 e e 7 0 e e e 7 1 e e 7 2 e . Aquil. L a question est de savoir où elle était localisée durant les premières décennies du principat d'Auguste. mais il est difficile d'être plus précis sur sa localisation. V. 907 et Campbell. 163. Elles ne reposent toutefois que sur une inscription qui mentionne la présence à Aquilée d'un soldat de cette légion (CIL. 19). les sources font également défaut. 2638 = /. 7. /. Plusieurs épitaphes de soldats de cette légion ont été mises au jour dans le secteur danubien.2) et qu'elle fut déplacée le long du Rhin après le désastre de Varus en 9 p.. Legio. au moins à partir du déclenchement du bellum Pannonicum de 14-9 a. 1920. Keppie 1984. Pour un état de la question. cf. surtout si Ton prend en compte que la présence à Philippes d'une épitaphe d'un soldat de la X I légion originaire d'Italie du Nord mort à l'âge de 40 ans après seulement dix années de service a pu faire penser que cette légion avait stationné en Macédoine.C. 2791-2796 et 2798) conduit à penser que son camp initial se trouvait près de cette cité. III. L a seule certitude est qu'elle fut déplacée en Dalmatie à Burnum. On sait que la X X légion était en Illyrie en 6 p.. Aquil. Il est possible que la X I I I Gemina ait été transférée en Illyrie après avoir séjourné en Macédoine durant les premières années du principat d'Auguste. à une date indéterminée qui pourrait se situer durant la seconde moitié du principat d'Auguste. Ritterling 1925. D'autres légions ont pu être intégrées à un moment ou à un autre dans l'armée d'Illyrie : la X I . mais il est admis qu'elle se trouvait dans la partie septentrionale de l'Illyrie en Pannonie. 63). mais qui ne peut être datée avec précision (Brusin écarte la datation augustéenne généralement retenue en soulignant les problèmes chronologiques soulevés par cette inscription et précise que ce soldat pourrait être un vétéran retiré à Aquilée après son temps de service. 2835 . (Veli. Aquil. Il faut sans doute intégrer dans les documents d'époque augustéenne une inscription sur laquelle on peut lire leg(io) XIII et qui a été interprétée comme les vestiges d'un pont construit par cette légion dans les environs d'Aquilée (/. 907). à un moment où l'Illyrie était gouvernée par un légat impérial.C. 2832 = 9892 . Keppie 1984. Elle ne repose que sur la découverte à Poetovio (Pannonie) d'une épitaphe d'un vétéran de cette légion âgé de 85 ans (AE. ce qui viendrait infirmer le lien qui est d'ordinaire établi entre la localisation de cette inscription et la présence de la X I V Gemina aux frontières de l'Italie du Nord et de l'Illyrie). /. 169 et 210 . Aquil. mais il n'est pas exclu qu'elle ait été transférée dans le courant des années 20 dans une région plus instable comme la péninsule Ibérique .159 et 211 .. 1999. Legio. 6418 = 9896 .. aux frontières de l'Italie. qui reconnaît qu'une telle localisation à une aussi haute époque reste problématique. Les hypothèses les plus couramment avancées sont la Gaule Cisalpine ou l'Illyrie (Ritterling 1925. Keppie 2000. Aquil. 14997 et 15000-15001). 6416 . mais elles proviennent de lieux aussi éloignés l'une de l'autre que Reselec sur les rives du fleuve Oescus en Mésie Inférieure (ILS. 267-270 et 306-308 qui avance l'idée qu'entre 31 et 16. Aquil. 1711-1712 . cf. in : NP. la X V Apollinaris fut transférée en Espagne pour les besoins de la guerre contre les Cantables (contra.1691.26 . à laquelle elle participa. Franke 2000. ni de connaître les raisons précises de l'installation de ce vétéran dans cette région (comme le souligne Syme 1933b.112. Il est admis qu'elle fut très vite établie dans la région danubienne (Ritterling 1925. Sur la présence en Illyrie de la X I légion depuis les débuts de l'époque augustéenne. 2. la X I I I Gemina . Le Roux 1982). L a localisation de la X I V Gemina au début de l'époque impériale est une question complexe pour laquelle il n'existe aucune certitude. 20 .. où ont été trouvées des inscriptions témoignant de la forte présence de soldats de cette légion avant qu'elle ne fut dénommée C(laudia) P(ia) F(idelis) (CIL. Wheeler 2000. 1728 . Pour la question de la localisation précise de la X V Apollinaris à l'époque augustéenne. à un moment où le front illyrien était calme. 1999. III. 1. la seconde a été trouvée à Aquilée et décrit les décorations militaires décernées à un primus pilus (ILS. Campbell. L'appartenance de la X I I I Gemina à l'armée d'Illyrie au début de l'époque impériale repose sur la découverte de deux inscriptions témoignant de la présence de soldats de cette unité dans deux cités de cette province et datées d'époque augustéenne : la première est une épitaphe qui provient de Narona et qui fut élevée en l'honneur d'un légionnaire originaire a'Ariminum (CIL. 115). 2784). n. 30.144 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN après la campagne d'Actium.

Comme le souligne Syme 1933b. soit à un moment où cette province et son armée étaient à coup sûr dirigées par un proconsul.C. cf. POUVOIRS D U PRINCE 145 d'être plus précis sur les dates de leur présence dans cette province. C ) . e 7 3 7 4 7 . 5 Dion 54. Hurlet 1997.C. 939 et 948 = /.C.C. avec le déclenchement du bellum Pannonicum . la multiplication des campagnes durant la seconde moitié des années 10 conduisit à maintenir en Illyrie une présence militaire jugée d'autant plus nécessaire. il agit tout d'abord en tant que légat impérial avant d'être investi dans le courant de l'année 11 d'un imperium de même nature que celui d'Agrippa . et la fin des années 10 a . Dans la partie du récit consacré aux événements de l'année 11. Dion Cassius précise que "la Dalmatie fut remise à la garde d'Auguste pour le motif qu'elle avait besoin d'une garnison permanente pour elle-même et à cause du voisinage des Pannoniens" . il est très probable que la X X légion fut à l'occasion transférée d'Illyrie dans une autre province en fonction des besoins militaires (Le Roux 1982.4. Syme 1952. On sait que les hostilités connues sous le nom de bellum Pannonicum commencèrent en 14 avec l'envoi en Illyrie de M. Vinicius. 211 qui avance l'idée qu'elle se trouvait en Mésie entre 1 a. cf. puis de Tibère de 12 à 9 a. fin du règne d'Auguste) et Aquilée (C/L. Vinicius et furent poursuivies sous la conduite d'Agrippa en 13. C . 61-64] et Syme 1944. Par ailleurs. Silius Nerva peu de temps auparavant. Il s'agit là d'un problème complexe qui impose au préalable de fixer avec la plus grande précision la date à laquelle le statut de l'Illyrie fut modifié. 23. 2800-2801). 312 de manière plus allusive et Syme 1991a.59-60 pour la péninsule Ibérique . AquiL. cf. 179. et 6 p . Le statut de ces trois généraux est loin d'avoir été uniforme.70-74 et 85-89. Nous ne sommes pas en mesure de savoir avec certitude laquelle ou lesquelles de ces légions étai(en)t en Illyrie entre 27 a. qui ajoute que ce chiffire a dû monter à cinq en 13 a. L a question qui se pose dans le cadre de cette étude est de déterminer si le proconsul d'Illyrie continua ou non durant ces années à assurer le commandement suprême de l'ensemble des troupes stationnées dans sa province au même titre que P. Agrippa intervint en qualité de chargé de mission extraordinaire en vertu de Y imperium qui lui avait été renouvelé en 13 et dont la prouincia englobait la province d'Illyrie . quant à Tibère. Deux d'entre eux.C. Sur la question complexe de la nature des pouvoirs d'Agrippa en 13-12 et de Tibère de 12 à 9 a . Il reste à s'interroger sur le statut du premier d'entre eux. M. C . Si l'on excepte l'anachronisme qui consiste à appeler Dalmatie une province qui portait le nom d'Illyrie au moins jusqu'en 6 p .134-137 [=Syme 1971. ce témoignage résume les grandes lignes de la décision qui touchait l'Illyrie : celle-ci cessait d'être une province publique pour faire partie des provinces impériales et être à ce titre désormais gouvernée par un légat impérial nommé par le prince. voire à la renforcer. 436. Agrippa et Tibère. mais il pouvait difficilement y en avoir moins de trois Si le secteur du Moyen-Danube semble être resté calme durant les années 20 et le début des années 10 a. mais Syme a préféré l'antidater d'une ou 73 74 75 = ILBulg. aussi Syme 1934.POUVOIRS D U PROCONSUL. L'ordre de présentation des événements adopté par Dion Cassius fait de l'année 11 la datation la plus naturelle d'une telle mesure administrative. V. étaient des membres de la famille impériale qui ne peuvent en aucun cas être considérés comme de simples proconsuls d'Illyrie. C .34.

toutes deux contestées par Syme.C. mais sans développer d'argumentation). L'argumentation de Syme comporte une faiblesse : Dion Cassius peut avoir mal compris la signification et la portée du partage des provinces de 27 et des réformes ponctuelles qui suivirent sans devoir être accusé pour autant d'introduire une erreur chronologique aussi grossière. Il faut revenir à ce titre plus en détail sur le passage de Dion Cassius. n. mais une telle déduction est loin d'être garantie et n'emporte pas la conviction. C'est en effet au même 77 7 6 Syme s'est toujours refusé à faire remonter à l'année 11 la mesure qui faisait de l'Illyrie une province impériale et a toujours préféré l'antidater (cf. 35 et Syme 1986. s'il fallait dater ce transfert administratif des années 12-11. Syme a souligné ajuste titre l'anachronisme d'une telle explication en rappelant que contrairement à ce qu'en dit l'historien grec. puis à l'année 22 la mesure qui ajouta la Narbonnaise et Chypre au nombre des provinces publiques. il aurait été le premier légat impérial . Il n'existe tout compte fait aucun argument sérieux pour refuser de dater de 11 la mesure qui fit de l'Illyrie une province impériale. La seconde porte sur les raisons qui ont conduit Auguste à changer le statut de l'Illyrie. n. Si l'Illyrie avait cessé de faire partie des provinces publiques dès cette année. Vinicius y est présenté comme le dernier proconsul d'Illyrie) pour privilégier plus tard les années 14/13 (Syme 1971. Il apparaît d'autant plus mal venu de ne pas suivre l'indication chronologique donnée par Dion Cassius à propos de l'Illyrie que le contexte de l'année 11 se prêtait parfaitement au transfert de cette province au nombre des provinces impériales . On fera remarquer que son opinion a évolué au fil des années : il choisit systématiquement l'année 12 dans ses publications parues au début de sa carrière (Syme 1944. 46 et 332 et n. La présentation par Dion Cassius de la réforme qui fit de l'Illyrie une province impériale livre deux précisions. n. 128. 196 et 198 et Syme 1952. Ce sont le caractère mécanique et l'insuffisance avérée de l'argument présenté par Dion pour justifier le changement de statut de l'Illyrie qui ont conduit Syme à remettre en question la chronologie qui se dégage de l'ordre de présentation des événements et à proposer une datation antérieure à l'année 11. les provinces publiques n'étaient pas toutes pacifiées dès 27 et conservèrent plus ou moins longtemps pour plusieurs d'entre elles une présence militaire significative. qui reste central dans la mesure où il constitue sur cette question chronologique le seul témoignage direct. Vinicius y est présenté comme le premier légat impérial d'Illyrie). mais il n'a jamais adopté lui-même de datation ferme : il s'agit soit de l'année 12. 289. on l'a vu. 214. Dans cette perspective. 26 avec la conséquence que M. l'Illyrie aurait très bien pu accueillir sur son sol des renforts militaires de manière à faire face plus efficacement aux révoltes qui avaient éclaté dans cette région à la fin des années 10 sans perdre nécessairement son statut de province publique. 18 avec la conséquence que M. La première est d'ordre chronologique.146 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 16 plusieurs années : elle remonterait soit à l'année 12. il aurait été le dernier proconsul d'Illyrie. Vinicius lorsqu'il se trouvait à la tête des troupes romaines lors du déclenchement du bellum Pannonicum en 14. Comme 1 ' a fait remarquer Rich 1990.580. Un tel débat chronologique n'est pas sans incidence sur la question du statut de M. aussi dans ce sens Salomies 1988. soit aux années 14 ou 13 . indépendantes l'une de l'autre. dès lors que ce passage est inséré dans la partie du récit consacré aux événements de l'année 11 a. 45. Il faut rappeler qu'il a déjà fait remonter à juste titre à l'année 27 la réforme provinciale. soit des années 14/13. en l'occurrence le besoin de protection militaire qui en fit une province impériale. 7 7 .

Sur la situation politique et militaire en Afrique à la fin des années 40. le titre exact du second n'est pas attesté. ensuite en 41-40 contre C. la province d'Afrique fut à plusieurs reprises le théâtre d'opérations militaires à l'occasion de la guerre contre Jugurtha ou de la guerre civile qui opposa César aux Pompéiens.. e e r 78 79 80 7 8 Le Bohec 1989a. 60-61. Q. qui vinrent s'adjoindre aux quatre légions de T. 7 9 8 0 . le long du Bas et du Moyen-Danube. cf. Octavien avait fait venir d'Afrique Lèpide avec douze légions et qui ajoute que ce dernier finit par avoir à sa disposition plus de vingt légions (chiffre qui est peut-être exagéré.POUVOIRS D U PROCONSUL. sur cette question Weigel 1992.C. Hinard 1991. POUVOIRS D U PRINCE 147 moment que les campagnes menées en Thrace furent pour la première fois sinon achevées. cf. 5. 335 a laissé la question ouverte. M. T. celle de VAfrica Vêtus : d'abord en 42 contre un partisan des républicains. Sur l'importance numérique des troupes confiées à Lèpide en 40. à la constitution d'un large district militaire qui était entièrement administré par le pouvoir impérial et dont les troupes étaient placées à ce titre sous les ordres de deux subordonnés du prince : le premier était le legatus Augusti pro praetore prouinciae Illyrici et remplaçait désormais le proconsul comme gouverneur de la province d'Illyrie .1 -2 qui signale que lors de la guerre contre Pompée. C . Vinicius apparaît à ce titre comme le dernier proconsul d'Illyrie. 5. un partisan d'Octavien qui voulait devenir gouverneur des deux provinces africaines et se suicida en 40 après sa défaite . Il faut dire que son passé en faisait la principale tête de pont de Rome en Afrique. partisan de Marc Antoine. Fuficius Fango. la province d'Afrique apparaissait depuis la chute de Carthage en 146 a. Après la création de la province d'Africa Noua. Les effectifs militaires augmentèrent sensiblement lorsque Lèpide vint en Afrique au moins avec six légions. et jusqu'au principat de Caligula. La présence permanente d'une armée de garnison n'y est pas formellement attestée. Il est en tout cas certain qu'à l'époque républicaine. mais ce devait être dans un premier temps un legatus placé à la tête de l'armée stationnée en Thrace et dans la région du Bas-Danube avant de devenir gouverneur de la province de Mésie.98 et 5. 81-83 . En 11.116.75 . aussi de façon plus détaillée App. 33-38 en a conclu qu'il existait depuis les origines de la province d'Afrique une armée de garnison qu'Auguste ne fit que maintenir. les troupes se répartirent dans les deux provinces et furent mêlées après la mort de César aux conflits qui opposèrent le proconsul de ΓAfrica Noua. Cornificius.C. Constituant sous la République le seul territoire du Maghreb directement administré par Rome. C . comme une région où la présence militaire est attestée en relation avec des épisodes bien connus de la fin du I I siècle et du milieu du I siècle a. et non plus par un proconsul. Fisvvick 1993. ß . mais qui reflète la militarisation de l'Afrique pendant les années du triumvirat). C. L'Afrique L'Afrique est la seule province publique où le gouverneur continuait à diriger des opérations militaires d'envergure après la fin des années 10 a . Sextius. 5. il n'y a désormais plus dans les provinces danubiennes de proconsul à la tête d'une force armée numériquement importante. On assiste ainsi à l'extrême fin des années 10.80. Allély 2003. Sextius et auxquelles s'ajoutèrent plusieurs autres envoyées durant son séjour . du moins commencées par un légat impérial. de manière générale Veil. 181-183 et Roddaz 2003a.C. Cf. à deux gouverneurs de l'autre province africaine.53 . qui fut exécuté . mais elle est très probable . Cf. 2. L'évolution des activités militaires du proconsul entre l'année 27 et lafindes années 10 a. 189-201. est à cet égard remarquable.

48 pour un état de la question). à laquelle vinrent s'ajouter un nombre indéterminé 81 82 83 e 84 8 1 Cf. Les campagnes menées à la fin des années 20 apparaissent comme des opérations de police pour mettre fin à des révoltes épisodiques ou des expéditions de reconnaissance plus que comme de véritables conquêtes. Autronius Paetus. J. en dernier lieu Coltelloni-Trannoy 1997. L . Si les questions relatives aux origines de la I I I légion Auguste sont encore loin d'être toutes définitivement résolues (cf. mais on sait qu'elles furent couronnées de succès et lui valurent de triompher à Rome en octobre 21 . mais le proconsul de cette province ne fut privé à cette occasion ni de son imperium militiaé. Cornelius Balbus avaient été investis des mêmes pouvoirs que T. C'est ainsi que se succédèrent en Afrique à partir de 34 des campagnes qui valurent à trois généraux de triompher ex Africa en tant que proconsul : T. Paris. Plin. 335-337). La seule différence est que le contrôle des troupes romaines stationnées en Afrique ne faisait plus l'objet de conflits entre les triumvirs . Statilius Taurus en 34 . mais il est significatif qu'elles aient été jugées dignes du triomphe.d'un tel honneur militaire signifie que L . qu'il célébra en mars 19 . 5-43 qui retrace l'itinéraire suivi en le situant aux frontières méridionales de la Numidie et de la Tripoiitaine (cf. Cf. Pour ce qui est de la nature des opérations militaires. Sempronius Atratinus.. Cornificius et L . aussi du même auteur le commentaire du passage de Pline dans la C. 394-410 et Coltelloni-Trannoy 1997. Cornelius Balbus. 1980. Tout au plus peut-on signaler que le phénomène bien connu de forte démobilisation des troupes romaines à l'issue de la guerre civile finit par limiter la présence militaire romaine en Afrique à une seule légion. la III Auguste . Sempronius Atratinus et L .-C. à ce sujet un état de la question dans Le Bohec 1989a. Autronius Paetus en 28 . L . proconsul d'Afrique en 22/21. proconsul d'Afrique en 21/20. En janvier 27 av. 5.36-37 et Desanges 1957.et que leurs interventions étaient désormais dirigées contre les peuplades indigènes des zones non pacifiées. conféré à ces occasions pour la dernière fois à des généraux qui ne faisaient pas partie de la famille impériale. l'Afrique fit partie des provinces rendues au Sénat et au peuple Romain. La preuve en est que des campagnes furent menées dans cette province à la fin des années 20 par deux consulaires qui portaient tous deux le titre de proconsul et qui célébrèrent chacun à leur retour à Rome un triomphe. On sait qu'il prit la tête d'une expédition qui le conduisit avec ses troupes aux confins de l'ancien royaume numide et de la Tripoiitaine et reçut à son retour les honneurs du triomphe. Cf. ni de la possibilité d'en faire usage. Le vote par le Sénat . les Fasti triumphales Capitolini et les Fasti triumphales Barberiniani.elles étaient définitivement passées du côté d'Octavien . L . mais un tel changement n'eut aucune incidence significative sur son statut de province militarisée.. Statilius Taurus. Le gouvernement de la province d'Afrique était à cette époque indissociable du commandement des troupes qui y étaient stationnées et de l'exercice d'un imperium militiaé. on sait par Dion 8 2 8 3 8 4 e . L . Cornificius en 33 et L. On ignore tout des opérations militaires conduites par le premier d'entre eux. les Fasti triumphales Capitolini et les Fasti triumphales Barberiniani. nous en sommes réduits à de pures hypothèses étant donné le silence des sources à ce sujet (cf.U.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 148 L'évolution de la vie politique à Rome fit passer l'Afrique dans le domaine d'Octavien à partir de 36.sans aucun doute avec l'aval d'Auguste . en particulier à l'ouest et au sud du territoire contrôlé par Rome.48-49). NH. La documentation est plus riche pour le second. qui avaient eux aussi triomphé peu avant 27. Il faut en conclure que la réforme de 27 n'altéra en aucune façon la composante militaire de Y imperium des proconsuls d'Afrique de la fin des années 20.F.

assimilé à un légat impérial à la suite de sa nomination extra sortem. mais il n'est pas possible dans l'état actuel de nos connaissances d'en déterminer le nombre exact ni de les identifier.116. VIII.à la suite de succès militaires remportés au tout début de notre ère et qui fut salué Imperator . POUVOIRS D U PRINCE e d'auxiliaires et occasionnellement une autre légion comme la I X Hispana de 20 à 23 p. 3. dont le décès en Afrique est lié d'ordinaire à une embuscade tendue par les Nasamons durant l'année de son proconsulat au début de la première décennie de notre ère . Passienus Rufus. sur l'extension du conflit. . 1987. aucune réforme ne priva le proconsul d'Afrique du commandement suprême de sa légion et des troupes auxiliaires à la fin des années 10 a.C. 85 86 87 88 55. 992).C qui défit une coalition de tribus Musulames et Gétules entre 6 et 8 p.31 et Oros.2 qui précise qu'il avait obtenu les ornements triomphaux à la suite de succès remportés en Afrique.2 .C. il est très probable que plus d'une légion était stationnée en Afrique au moins au début du principat d'Auguste (trois selon Syme 1933b. qui obtint les ornements du triomphe .. une dédicace à un tribun de la X I I légion Fulminata (CIL. 25). 1. qui fut proconsul d'Afrique au début de notre ère). 119 qui identifie le tribun. C'est également à ce titre que les noms de deux autres proconsuls des dernières années du principat d'Auguste.1.1 et 4. 209-227 propose de reconnaître dans le tribun militaire un contemporain de Marc Aurele). Syme 1933b. ce qui nous permet de fixer un terminus ante quem pour la date de son installation en Afrique. Cornelius Lentulus montrent que le proconsul d'Afrique désigné en vertu de la procédure traditionnelle de la sortitio continuait à agir comme le général en chef de l'armée romaine d'Afrique durant la seconde moitié du principat d'Auguste. sur la dédicace de Lepcis Magna.149 POUVOIRS D U PROCONSUL.49-50. au plus tard en 5 p.elle fut appelée Augusta plus tard. 26580 = ILS. 808). 2. 2. Même s'il faut laisser de côté le cas de Cossus Cornelius Lentulus. le consul ordinaire de 1 a.C. Cornelius Lentulus. Hurlet 2000a.C. récompense militaire qui pose problème dans le cas d'un proconsul nommé après 19 a. 25 et Syme 1951. Si aucune campagne n'est attestée entre la fin des années 20 et la fin de la dernière décennie avant notre ère. cf. Flor.23. Quoi qu'il en soit.116. 15131542 . L a première mention épigraphique de cette légion apparaît sur un milliaire trouvé près de Sabratha et daté du proconsulat de A. Cf. mais cette conclusion est loin d'être assurée (Bouard-Demaison-Maurin 1997.21. Coltelloni-Trannoy 1997. C . Cossus Cornelius Lentulus. le consul ordinaire de 3 a . Cf. la plus vraisemblable étant que cette I I I légion faisait partie de l'armée de Lèpide .9. 197-213. Contrairement à ce qui a été observé pour le secteur danubien. 8966) a pu laisser penser que cette unité se trouvait en Afrique sous Auguste pour renforcer la III Auguste (cf. Passienus Rufus.et fut maintenue en Afrique après la mise à l'écart du triumvir. 6. le consul ordinaire de 4 a . Cf. Aucun terminus post quem ne peut en revanche être déterminé et on est réduit sur cette question à formuler des hypothèses. Ann. cf. Veil. une inscription d'Ellès et une monnaie de Thaenae. 2. et sur laquelle je reviendrai.distinction militaire qu'il faut distinguer du triomphe proprement dit et sur laquelle je reviendrai . 120 et RPC.2.18 . Il faut vraisemblablement y ajouter L . au moment de la guerre contre Tacfarinas . Cf.C.autre distinction militaire sur laquelle je reviendrai . à ce sujet Desanges 1969.2 que cette unité existait à coup sûr sous le principat d'Auguste. Un autre problème pour lequel nous disposons de peu d'éléments est de savoir si d'autres légions furent présentes en Afrique sous Auguste. Tac. Passienus Rufus et sans doute aussi celui de L . C . Deux autres sources. l'exemple de L . VIII. Veil.C. L a faible importance numérique de l'armée romaine d'Afrique suffit à maintenir l'ordre dans l'ensemble du Maghreb romain sous le Haut-Empire. 16456 = ILS. Provenant de Thugga. les opérations militaires reprirent avec deux proconsuls nommés durant les premières années de notre ère : L .23. avec le fils du consul homonyme de 4 a. après 27 a. e e e 8 5 8 6 8 7 8 8 . ajoutent qu'il fut acclamé Imperator (CIL.C. Caecina Severus à la fin de la première décennie de notre ère (AE. .

10018 . 5205 (inscription très fragmentaire) .24. VIII. 2.24-25. Nonius Asprenas. Iunius Blaesus et P. 1905. 654. Plusieurs passages soulignent l'étendue de leurs compétences dans le domaine militaire : remise de décorations militaires aux soldats qui se distinguèrent d'une manière ou d'une autre par des faits d'armes . Am?. Q.992. "regrettant plutôt que blâmant qu'Apronius ne la lui ait pas accordée lui-même en vertu de ses pouvoirs de proconsul". Ann. le nom de C.. 10023 et 21915 = ILS. furent nommés comme proconsuls à la tête de la province à la suite d'une procédure extra sortem (supra. Tac. 3. Caecina Severus et L . L'organisation d'un tirage au sort ne fait aucun doute pour la désignation de M. Sous Tibère.. VIII. le premier de ces documents . Ann.3 . Furius Camillus si l'on rappelle que celui-ci passait pour ne rien connaître de la guerre (Tac.21. furent tirés au sort . Apronius.21. Caecina Severus étant simplement décliné à l'ablatif comme formule de datation avant la mention de la III légion Auguste et du nombre de milles .52. Nonius Asprenas définit en revanche plus clairement les compétences de ce dernier en intercalant le nom du proconsul entre la titulature de Tibère et la mention de la III légion Auguste et en lui attribuant la responsabilité de cet aménagement routier stratégique ..L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 150 A.1. 90 Sur cette série de milliaires. 151 . 4. CIL. CIL. Tibère y ajouta une couronne civique. nomination de légats pour les seconder . CIL. Cornelius Dolabella. Les quatre proconsuls qui se succédèrent de 17 à 24 prirent la direction des opérations militaires. Si les deux derniers.21. les campagnes reprirent sur le sol de la province d'Afrique pendant les sept années que dura la révolte de Tacfarinas. Vibius Marsus apparaisse en sa qualité de proconsul sur des cippes provenant du sud de la route construite entre Tacape et Capsa en relation avec des opérations de centuriation prises en charge par des soldats de la III légion Auguste.. VIII. 2. mais le formulaire de ces inscriptions est trop stéréotypé pour nous permettre e e 89 e 90 e 91 92 93 94 95 e 8 9 AE.52.74. droit de "décimer" un corps de troupe en guise de punition . 4. Furius Camillus et L. Le témoignage de Tacite fait apparaître les quatre proconsuls comme les commandants en chef de l'armée romaine d'Afrique .1-3 . Ann. 3. le proconsul d'Afrique était un gouverneur qui associait ses pouvoirs civils à des responsabilités militaires qui allaient jusqu'aux instructions transmises à des détachements de la III légion Auguste pour la mise en place du réseau routier. AE.qui est aussi le plus ancien milliaire de Tripolitaine . Il est évident que le prince et les sénateurs n'auraient pas manqué de choisir un général aguerri s'il avait été décidé à cette occasion de nommer le proconsul d'Afrique par la procédure extra sortem. Découvert à environ 6 kilomètres à l'est de Sabratha. cf. La teneur de la série de milliaires retrouvés sur la voie qui fut construite entre Tacape et Capsa sous le proconsulat de L . 94-95).3.. M.4 . rien ne permet de douter que les deux premiers. 9 1 9 2 9 3 9 4 9 5 Ann. .reste elliptique pour ce qui est de son contenu. 1987. 3. 3. apparaissent sur des milliaires en relation avec la construction de routes confiée à des soldats de la III légion Auguste. le nom du proconsul A. ce qui en dit long sur l'indépendance des pouvoirs du proconsul par rapport à ceux du prince.5). Il est également remarquable que quelques années après la disparition de Tacfarinas. Il ne fait aucun doute que pour toute la période du principat d'Auguste. 177 et ILAfr.3-4 .

Dion 59. les proconsuls d'Afrique continuaient à agir comme des généraux en pleine possession d'un imperium militiae. il ne faut pas pour autant prendre au pied de la lettre toutes les autres indications fournies par les sources. Quant à Dion. 9375 . C. surtout parce qu'il se trouvait à la tête d'une force considérable composée à la fois de citoyens et d'étrangers" . poussé par son orgueil. CIL. 111-112). Vibio Marso I pro vac co(n)s(ule) III d. Il ressort de l'ensemble de la documentation que jusqu'aux dernières années du principat de Tibère. les causes et les modalités d'un tel transfert de compétences une série de précisions qu'il faut examiner. César. la Numidie. Silanus. CCLXXX (CIL. cf. VIII. Auparavant. Tacite et Dion Cassius s'accordent pour attribuer à cet empereur la responsabilité d'une réforme qui enleva au proconsul d'Afrique le commandement du principal corps de troupe de cette province. ne se révoltât.. le proconsul M. Après avoir rappelé que "la légion d'Afrique et les auxiliaires chargés de protéger les frontières de l'Empire étaient sous le règne du Divin Auguste et de Tibère soumis au proconsul". 9 6 9 7 9 8 9 9 . en dernier Trousset 1997. Il demeure que c'est l'interprétation la plus vraisemblable. il (Caligula) craignit que celui-ci. mais sans le déposséder pour autant de son imperium militiae. enleva au proconsul la légion qu'il remit à un légat envoyé à cette fin" . le fils de Plancine et de Cn. le gouverneur d'Afrique. pour le confier à un légat impérial. même si l'on voit se dessiner au e 91 e 98 99 e L'exemplaire le mieux conservé de cette série de cippes donne le texte suivant : leg(io) III A[ug(usta)J I leimitauit I C. aussi les fragments a et k). 2305 (sur la datation de ce proconsulat. esprit troublé et par crainte de M. Iunius Silanus (Torquatus) est présenté sur une épitaphe d'un soldat de la III légion Auguste comme l'autorité qui procéda à la levée des troupes (le dilectus) . supra. 22786 f = ILS. Il faut ajouter que dans le courant des années 30. En réalité. POUVOIRS D U PRINCE 96 de conclure avec certitude que les militaires obéissaient aux ordres du proconsul . Sur ces documents. 413-415 qui a montré que cette inscription constituait un témoignage supplémentaire de la possession pleine et entière d'un imperium militiae par les proconsuls d'Afrique sous Tibère. cf. Cf.d. il précise dans la partie du récit consacrée à l'année 39 que "comme le gouverneur de l'Afrique se trouvait être L . il fallut attendre le règne de Septime Sévère pour que le pouvoir impérial se décidât à créer une nouvelle province.20. 14603 = ILS. la III légion Auguste. Mommsen 1913. Il apparaît tout d'abord que par anachronisme. Pison. "il (Caligula) divisa la province en deux et confia à un autre chef l'armée et les Numides vivant autour" . 3-11 qui publie un nouvel exemplaire de cette série de cippes. Hist. Dion Cassius a projeté sur l'époque de Caligula la situation administrative de sa propre époque en parlant d'une division de la province d'Afrique.7. cf.48.151 POUVOIRS D U PROCONSUL. 4. S'il est incontestable que le proconsul perdit au profit d'un légat impérial le commandement de la III légion Auguste. la partie de l'Afrique Proconsulaire située à l'ouest continuait à dépendre formellement du proconsul. il ajoute que pour cette raison. VIII. il indique que "par la suite.k. LXXI u. Tacite est amené à retracer les grandes lignes de l'évolution du commandement militaire des troupes stationnées en Afrique. Ils livrent sur la datation. Le principat de Caligula marque une étape importante dans le processus qui priva le proconsul de ses fonctions de général en chef de l'armée romaine d'Afrique. à la fin du principat de Tibère ou éventuellement au début du principat de Caligula. Pison.

Pour ce qui est des causes de la réforme introduite par Caligula. le transfert de la III légion Auguste dans le domaine de compétences du prince apparaît au contraire comme l'aboutissement logique du processus qui donnait au pouvoir impérial une mainmise sur l'ensemble des légions. 131-132. montre que sous Claude. La seule difficulté porte sur l'identité du proconsul auquel Caligula ôta le commandement de la III légion Auguste : M. dans le même sens Le Bohec 1979-1980. Cf. sans aller jusqu'à remettre en cause l'autre particularisme que constituait la présence d'une légion sur le sol d'une province publique. Telle qu'elle vient d'être décrite. mais les raisons profondes de cette mesure administrative sont à chercher ailleurs. Calpurnius Piso (le consul ordinaire de 24) selon Dion Cassius. En la matière. jusqu'à la fin des années 30 p. La dernière précision donnée par les sources est d'ordre chronologique. Loin de pouvoir être assimilé à une décision arbitraire prise par un empereur "fou". Tacite et Dion Cassius privilégient les interprétations d'ordre psychologique . dans ce sens Bénabou 1976. dans la mesure où elle était devenue à partir de la fin des années 10 a. Il existe d'autant moins de raisons sérieuses de contester une telle datation qu'elle s'inscrit dans le contexte d'une pression militaire qui se fit de plus en plus forte aux frontières occidentales de l'Afrique et qui déboucha rapidement sur l'annexion des Maurétanies . la mesure administrative introduite par Caligula ne signifie pas que le proconsul d'Afrique renonçait définitivement à exercer la moindre activité militaire. Si le témoignage de Tacite reste vague. la présentation de Dion situe en 39 la réforme de Caligula.W I N O U L c i L Ü F R I N G E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN e e fil du I I siècle une évolution qui donnait au légat impérial de la III légion Auguste un statut proche de celui de gouverneur dans la région où l'armée était de plus en plus présente. Silanus. l'Afrique avait longtemps constitué un cas particulier. était en fonction en 38/39 lorsque fut prise la décision impériale.C. Cf. 1 0 1 e 1 0 2 . C'est a contrario la preuve que la réforme de l'année 39 se limitait à transférer à un légat impérial e l0 101 e 102 1 0 0 Cf. Iunius Silanus (le consul ordinaire de 19 ?) selon Tacite ou L.en mettant en avant les troubles mentaux du prince ou sa peur maladive. dans ce sens Bénabou 1972. nommé proconsul d'Afrique en 44 sans passer par le tirage au sort avec la mission de mettre un terme à des troubles. 88 . 54 qui présente la réforme de Caligula comme "l'aboutissement logique de la situation instaurée en Numidie avec la présence de la III Augusta". L'exemple de Galba. la seule province publique dont le proconsul consacrait une partie importante de ses activités à des fonctions d'ordre militaire à la tête d'une armée de plusieurs milliers de soldats.conformément à un procédé prisé par l'historiographie antique . Caligula mit fin à cette singularité en confiant à un légat impérial choisi par ses soins la dernière légion qui lui échappait encore. cf. C'était reconnaître par là qu'il existait au sud et à l'ouest de la province une zone instable qui devait être contrôlée en permanence par l'armée et dont la surveillance fut confiée à un légat impérial au même titre que tous les autres districts militarisés °. un proconsul de cette province fut amené par les circonstances à faire usage des mêmes pouvoirs de commandement que ceux de ses prédécesseurs en fonction sous Auguste et Tibère.C. Coltelloni-Trannoy 1997.47-48. La meilleure solution est de considérer qu'il s'agit des deux proconsuls d'Afrique qui se sont succédé : le premier. tandis que le second était celui qui était destiné à le remplacer en 39/40 et qui fut le premier proconsul à être privé du droit de commander cette légion au profit d'un légat impérial .

2532 + 18042 = ILS. Cf. 18 qu'"il est plus prudent de dire que la Première Cohorte Urbaine est à Carthage aux I I et III siècles". 39-51 était arrivé à la conclusion que cette cohorte était restée en Italie sous le règne de Vespasien et qu'il était préférable de repousser son arrivée à Carthage jusqu'au début des années 90.04 105 e e e 106 e e 107 108 109 1 0 3 C'est ce qui ressort du discours prononcé par Hadrien à Lambèse en juillet 128 (CIL. 34 et 66 (qui retient l'année 128 comme la date d'une telle permutation) et Le Bohec 1979-80. Cette unité auxiliaire n'est connue que par une seule inscription funéraire. Hist. la V I cohorte prétorienne et la XIV cohorte urbaine. Velius Rufus.48. 4.67-74) . on peut en déduire qu'à cette date.. Comme le rappelle Le Bohec 1989b. Hist. Cf. Q.. Vilanius Nepos et C.30. 21. il restait malgré tout à la tête d'un petit détachement militaire hétéroclite comprenant les soldats de son officium ainsi que divers détachements dont la présence est attestée dans la partie pacifiée de la province : une cohorte de la III légion Auguste détachée à Carthage chaque année à tour de r ô l e . Bérard 1991. ILAlg.elle-même transférée à Lyon dans le cadre d'une permutation . 49 qui précise n. S'y ajoute que si le proconsul d'Afrique n'était plus le général en chef d'une véritable armée de plusieurs milliers d'hommes à partir de 39. aussi Tac. 2. cf. Une telle solution présentait l'avantage de faire l'économie de l'hypothèse traditionnelle selon laquelle une unité d'environ cinq cents hommes aurait été transférée de Carthage en Dacie pour les besoins des campagnes menées par Domitien sur le Danube pour être par la suite renvoyée en Afrique. que ce soit au début du règne de Vespasien selon Y opinio communis ou au début des années 90 selon une hypothèse défendue par Bérard . le tribun C. Cette enumeration d'unités non-légionnaires ne doit pas e 103 e . on ignore si la présence de ces deux unités fut durable ou passagère et si elles étaient ou non au complet. que ce soit l'ensemble de ces corps de troupe ou seulement une partie . VI. Cf. qui tint garnison à Carthage à partir de l'époque flavienne. la I cohorte urbaine. 1. 1903. la X I I I cohorte aurait rejoint la région Danubienne depuis l'Italie avant d'être déplacée à Carthage. 1198) .368 = ILS. placée sous les ordres du proconsul Vitellius au tout début des années 60 . L a permutation entre la I cohorte urbaine de Lyon et la X I I I cohorte urbaine de Carthage a été d'ordinaire placée sous le règne de Trajan depuis Mommsen. Velius Rufus.153 POUVOIRS DU PROCONSUL. Cf. Utique étant située à proximité du lieu de résidence du gouverneur de la province. et dont un des commandants. sur laquelle apparaît un miles c(ohortis) I F(lauiae) A(frorum). 1 0 4 e e e 1 0 5 1 0 6 e e e e 1 0 7 e e 1 0 9 e . L a découverte récente d'un diplôme militaire a toutefois rendu l'hypothèse de Bérard peu probable en attestant que la X I I I cohorte urbaine n'était en tout cas pas présente à Rome en février 85 (Roxan & Eck 1993. •os Tac. AE. La présence de la V I cohorte prétorienne en Afrique Proconsulaire est attestée par une inscription d'Utique (ILTun. la XIII cohorte urbaine. C'est le lieu de provenance de ce document épigraphique qui permet de penser que cette cohorte était commandée par le proconsul. 22-23 qui date cette inscription de la fin du II siècle. 1. quant à la X I V cohorte urbaine.2. présente à Hippone. Le Bohec 1989b. les précisions fournies par Le Bohec 1989b. sur ce point Freis 1967.1 . VIII.dans le courant de la première moitié du I I s i è c l e . aussi Tac. 9200 = IGLS.17. cf. en l'occurrence Carthage. Hist. différentes unités auxiliaires parmi lesquelles on compta à l'époque néronienne Vaia Siliana. et la cohors I Flauia Afrorum . cf.1. 2487) .. elle était sans doute déjà stationnée à Carthage. 2796 qui précise qu'il fut dux exercitus Africi et Mauretanici ad nationes quae sunt in Mauretania comprimendas. Pour ce qui est de l'installation de la X I I I cohorte urbaine à Carthage.70. POUVOIRS D U PRINCE e le soin de commander la III légion Auguste et les auxiliaires liés à cette légion sans priver pour autant le proconsul d'un imperium militiae qu'il pouvait continuer à exercer dans toute sa plénitude lorsque la situation militaire l'exigeait. qui quitta Lyon pour prendre à Carthage la place de la X I I I cohorte urbaine . 21-22. peu après la fin des guerres danubiennes auxquelles cette unité participa et qui valurent des décorations militaires à deux de ses sous-officiers. mais l'inscription sur laquelle reposait une telle interprétation ne peut être datée avec précision et ne permet pas de résoudre de manière asssurée ce problème de chronologie. retrouvée à Utique et toujours inédite. fut amené à diriger au début des années 90 des opérations militaires à la tête de l'armée romaine d'Afrique du Nord pour réprimer un soulèvement des Maures . Dans la perspective défendue par Bérard.

Ils avaient en commun de ne pas être à la tête d'une armée numériquement importante. cf. Seules la Narbonnaise et la Sicile font à ce sujet exception. 60 et 153). de manière générale Eck 1972a. les troupes auxiliaires étaient présentes en plus ou moins grand nombre dans la plupart des provinces publiques . En dépit de ces multiples zones d'ombre. le proconsul d'Afrique était à la tête d'une force armée qui devait compter à peu près un millier d'hommes. e e e r Ζλ Les autres provinces publiques : le commandement des troupes auxiliaires Il reste à s'interroger sur la nature et l'étendue des pouvoirs militaires des proconsuls en fonction dans les provinces publiques où la présence de légion n'est pas attestée pour la période postérieure à la réforme provinciale de 27 a. voire un ou quelques millier(s). Cf. il a été suggéré en outre qu'elles n'étaient peut-être pas non plus au complet pour une partie d'entre elles. Cette réalité est suffisamment connue pour qu'on ne s'y arrête pas de nouveau . Il est au contraire plus probable qu'elles n'aient pas été stationnées en Afrique en permanence et en même temps tout au long de l'époque impériale. mais il ne faut en tirer aucune conclusion définitive. puisqu'aucune unité auxiliaire n'y est à ce jour attestée. Pour la province d'Asie. Overbeck 1981.C. Achaïe. Si l'on ne dispose que d'un terminus ante quem. Sur la présence de la colwrs I Raetorum en Asie à l'époque impériale. 52-62. cf. 100. il demeure qu'à la fin du I siècle. supra. dont il a déjà été question (cf. 845a = Roxan II. Pont-Bithynie. Chypre et Crète-Cyrénaïque. Sur cette question. dans lequel il est précisé que les soldats de la cohors equitata I Flauia Numidarum servirent pendant le règne conjoint de Marc Aurele et de Lucius Vérus (entre l'été 165 et l'été 166) sous les ordres 110 U 1 112 1 1 0 Outre l'Afrique et la Macédoine. cette cohorte était commandée par le proconsul d'Asie Flavius Tertullus . cf. Sardaigne-Corse. n. l'inscription d'Éphèse dans Engelmann & Knibbe 1984. 1981. 142. 12-14. Pour les provinces publiques d'Asie Mineure (Asie. mais cela ne veut pas dire qu'ils ne disposaient pas d'effectifs militaires plus réduits qui pouvaient compter plusieurs centaines de soldats. 187-202]. 28-32. Quant aux autres unités. il n'est pas possible de connaître la date de leur arrivée en Afrique ni la durée de leur stationnement . La publication il y a une vingtaine d'années d'un diplôme militaire remis aux auxiliaires qui avaient servi dans une unité stationnée dans la province d'Asie. 400-413 et Sherk 1957. Lycie-Pamphylie. cf. 1 1 1 2 . 429-436 et Eck 1986. 1 . Sherk 1955. Il apparaît dans l'état actuel de notre documentation que loin d'être cantonnées aux provinces impériales. s'y est ajouté récemment le témoignage d'un autre diplôme militaire. Speidel 1983. voire un peu plus . Pont-Bithynie et Lycie-Pamphylie). en l'occurrence l'année 128. Une autre question qui a déjà été débattue est celle du statut du commandant placé à la tête des troupes auxiliaires stationnées dans les provinces publiques. provenant de la région danubienne.154 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN laisser croire qu'elles furent toutes présentes au même moment dans la partie orientale de la province. 275-276 = AE. on sait en revanche que la X I I I cohorte urbaine ne fut pas transférée à Carthage avant l'époque flavienne. on rencontre des troupes auxiliaires en Bétique. 141. a définitivement résolu ce problème en faisant apparaître de manière somme toute logique qu'en 148. il est également assuré que le nombre de soldats à sa disposition dépassait en tout cas le millier en 128. au moment où Hadrien se rendit à Lambèse. la cohors 1 Raetorum. Asie. Ritterling 1927. pour déterminer la date à laquelle fut mis en place le roulement qui envoyait auprès du proconsul une cohorte de la III légion Auguste. 518-534 [=Eck 1998a.

Un autre conflit avec les Marmarides eut lieu entre 4 a. 95 . L'apport indéniable que constitue la découverte de ces deux documents laisse penser désormais que le Octavius Antoninus qui est mentionné sur un diplôme militaire daté de l'année 120 comme le commandant en chef de la cohors I Flauia Bessorum stationnée en Macédoine et dont le statut n'y est pas précisé avait très probablement agi à la tête de cette unité lui aussi en tant que proconsul de cette province publique . V officium. C . le proconsul ait eu sous ses ordres un service administratif. cf. 2. La tâche essentielle des auxiliaires présents dans les provinces publiques était d'assurer le maintien de l'ordre à travers des opérations de police et de servir d'escorte au proconsul . Sur le statut d'Octavius Antoninus. (sur cette hypothèse. 93 . 942 et Gardthausen 1896. Dig.31. Ce que les sources laissent entrevoir de l'instabilité de la Cyrénaïque à l'époque augustéenne est éclairant. Eck 1972-73. aussi Paul.14 et Scap. 77-82 = AE. Thomasson 1991. Thomasson 1996.. cf. le cas échéant. constituer l'essentiel des forces militaires à l'occasion de campagnes de plus grande envergure conduites par un proconsul en fonction dans une province dépourvue de légion. C'est tout d'abord très vraisemblablement en tant que proconsul de Crète-Cyrénaïque et avec l'aide des seules unités auxiliaires que P.C. Dig. 67 . Mommsen 1861. n. 50 et Syme 1995. Sartre 1995. 7 1 1 8 1 1 9 . Iulius Modestus et Octavius Antoninus .260).. V. 1. 1941 . L'obligation de maintenir la paix et la sécurité à l'intérieur de la province fait partie des tâches dévolues au proconsul par Ulpien dans le De officio proconsidis (Dig.376 et 582. 44 et PIR Ο 24. 273) . 361 . avec la traduction de Rivière 2002. 1967. 194-195] et Weiss 1999. Thomasson 1984. Pour la province d'Afrique. 525-526 [=Eck 1998a. aussi Bénabou 1976. 47. 20. 48. I. qui concorde parfaitement avec la règle selon laquelle le gouvernement de la Crète-Cyrénaïque était dévolu à un proconsul de rang prétorien. 207 . Pautasso 1994/1995. Le Bohec 1979-80.1.. Antius Orestes.1 . CIL.C. . 9055. Eck 1986. dans ce sens les propositions avancées avec prudence par Syme 1952. 444 où il apparaît que des milites formaient une partie de l'escorte qui accompagnait à Samothrace P. X V I .2 . cf. Roxan I. ce qui a donné lieu à différentes propositions de datation entre lesquelles il est difficile de trancher. Us pouvaient également. et l'édit du proconsul d'Asie qui ordonne aux boulangers d'Éphèse de retourner faire du pain en les menaçant de punition pour éviter les désordres qui avaient résulté des manifestations de la population (cf.. Marc. aussi AE. Dig. sur l'identification de ce commandant de l'unité auxiliaire avec le proconsul de LyciePamphylie. Apoi. Dabrowa 1998.16. À moins qu'il ne faille supposer l'existence d'une légion en Cyrénaïque au début de l'époque impériale (possibilité envisagée par Syme 1933b.C. Eck 1986. POUVOIRS D U PRINCE 155 113 du proconsul de Lycie-Pamphylie Iulius Modestus .. 2.POUVOIRS D U PROCONSUL. mais qui pourrait remonter au plus tôt aux environs des années 20-15 a . et dont le nom n'est pas identifié (on lit seulement les trois premières lettres : SAL[—]) : il devait être très vraisemblablement proconsul au même titre que Q..18. à un moment où cette province était devenue publique. Il est à ce titre possible que tout au long de l'époque impériale.244 . 4. Tert. Rich 1990. proconsul de Macédoine en 164/165 ou 165/166. entre la preture qui remonte à la fin des années 20 ou la première moitié des années 10 a. 1999. Marc. pr. qui était composé de soldats des troupes auxiliaires stationnées dans sa province . Flavius Tertullus. et le consulat dont on sait qu'il l'exerça en 12 a.3 . Il existe une datation haute qui situe cette guerre aux environs des années 20-15 a . cf. cf. 1.2. cf. 24). cf. Tous ces parallèles ne laissent guère de doute non plus sur le statut du commandant qui apparaît sur un autre diplôme militaire à la tête d'une unité auxiliaire stationnée en LyciePamphylie entre 161 et 168.41. 67 = ILS.13.4. 81-82.61 . Comme le suggère Burton 1973. mais aucune source ne va dans ce sens. 1357. C . 89-90 . 702 .257 . Cf. Flor. Ce passage ne donne aucune précision chronologique. 29-30 . Baldwin Bowsky 1990. Cf. 47. 114 115 116 117 118 1I9 Weiss 1999. Sulpicius Quirinius mena avec succès une guerre contre les Marmarides et les Garamantes à une date qu'il est difficile defixeravec précision. Alföldy 1 1 3 1 1 4 2 1 1 5 1 1 6 1 . 526-527 [=Eck 1998a.18.13.

207 et Eck. l'historien grec ajoute que "ce tribun avec le temps mit un terme à leurs incursions. I. 1021). ou peu après et qui l'assimile à une mission extraordinaire . 280-283. qui honore Pausanias. Dion Cassius précise en effet à ce sujet dans le contexte des années du changement d'ère que les Marmarides "repoussèrent au loin d'autres troupes qui avaient mené campagne contre eux à partir de l'Egypte. 339 comme un fait "à peu près assuré"). plus nombreuses. la troisième est une double inscription en prose et en vers datée de 2/3 p. Même si une lacune ne donne pas le nom des adversaires de Rome contre lesquels luttèrent les troupes venues d'Egypte. aucun sénateur ne gouverna les cités de cette région" . et également malheureuse (comme l'ont souligné Desanges 1969. dont l'un honore Aleximachos. tant et si bien que. II n'est pas impossible que des détachements de la III Augusta. Trois inscriptions provenant de Cyrène attestent que cette cité et ses habitants furent concernés au premier chef par ce que l'ensemble de ces documents épigraphiques appellent une "guerre". mais sans réussir à remporter de victoires décisives. ° . 1. 7-17. Sur sa datation. Le Bohec 1989a. 1 2 0 e 1 2 2 123 1 2 4 1 2 5 e . 204-206). selon laquelle P. déjà émise par von Domaszewski et Romanelli. 767 = 1GRRP. Cf. Sulpicius Quirinius en même temps que le bellum Gaetulicum de Cossus Cornelius Lentulus de 6-8 p. n° 567. Dion 55. sans doute à la suite du succès 121 122 123 124 125 1998b. Il existe une datation basse qui situe le proconsulat de P. cf. très certainement d'Afrique Proconsulaire. cf.208-212 qui reprend l'hypothèse.. 63. Robert 1940. cf.2 et 3 p.C.C. Magnifiée par l'épigraphie locale. il ne fait aucun doute que ce texte concerne la province de Cyrénaïque et doit être à ce titre mis en rapport avec la guerre contre les Marmarides mentionnée par les inscriptions de Cyrène (comme l'a démontré Desanges 1969. 1041. OGIS.C. 1105). n° 105. Laronde 1988. SEG. 2001. n'hésita pas à braver les tempêtes pour aller chercher de l'aide lors d'une ambassade qui l'avait sans aucun doute conduit à Rome auprès d'Auguste . Après un nouvel échec.C. mais l'emploi de l'adjectif έτερους laisse penser que l'intervention des troupes venues d'Egypte fut précédée d'une autre intervention venue d'ailleurs. un tribun de la garde prétorienne fut finalement dépêché depuis Rome à la tête de nouvelles forces militaires. Sur ce bellum Marmaricum. 1021 . 11. en faisant valoir qu'il n'est fait aucune allusion à un conflit ou à une situation troublée sur la copie du V édit de Cyrène. Sur cette inscription. tandis que le second rappelle que Phaos. fils d'Aiglanor.C. aient été également envoyés en Cyrénaïque pour faire face au soulèvement des Marmarides (possibilité présentée par Le Bohec 1989a. Epigr. w Pugliese Carratelli 1961-1962.207-208 et Reynolds & Lloyd 1996. daté de 4 a. en lui attribuant le mérite d'avoir mis fin à cette guerre . pendant longtemps. 206 et Laronde 1988.liée à gravité de la situation militaire dans les provinces durant ces années (cf.proconsulat extra sortem ? . 635 qui situe le terminus post quem en 5/4 a. 339 et Reynolds & Lloyd 1996. Laronde 1988. l'intervention de ces notables de Cyrène ne doit pas faire oublier que les troupes auxiliaires stationnées en Cyrénaïque avaient également dû prendre part aux combats sous les ordres des proconsuls successifs. prêtre éponyme d'Apollon. Sulpicius Quirinius était intervenu en Cyrénaïque à partir de la Syrie. in : NP. Desanges 1969. 635-636).L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 1M> . dont il fut gouverneur en 6/7. et ils ne cédèrent pas avant qu'un tribun de la garde prétorienne ne fût envoyé contre eux" . pour ses hauts faits d'armes . qui étaient stationnées dans la province voisine d'Egypte . Les deux premières sont des décrets. Bull. Le passage de Dion Cassius relatif à cette question n'a pas été conservé dans son intégralité (la lacune devait sans doute comporter la liste des troupes envoyées en Cyrénaïque à cette occasion). I X . Desanges 1969. 1964. et à la tête de troupes qui devaient être numériquement importantes et adaptées à des campagnes menées dans des zones désertiques ou subdésertiques . puis le tribun de la garde prétorienne à la tête d'un détachement dépêché depuis Rome. Ce passage signifie que le proconsul de Crète-Cyrénaïque fut amené à demander l'aide des troupes. légion stationnée dans l'autre province voisine d'Afrique Proconsulaire. fils de Kléandros. 1020-1021.10a.

2. Sur cette question. viennent rappeler que le proconsul de Crète-Cyrénaïque pouvait être amené à intervenir pour mettre fin aux troubles. Les informations relatives à la permanence des troupes auxiliaires dans les provinces publiques et à leurs activités montrent que le commandement militaire fit toujours partie des compétences du proconsul. POUVOIRS D U PRINCE I26 de l'ambassade conduite par Phaos . 1021-1022. le proconsul de Crète-Cyrénaïque en fonction en 115/116.C. des unités auxiliaires restèrent cantonnées en Cyrénaïque. Il est possible que durant ces années. L'emploi par Dion Cassius de la formule έπι πολυ ("pendant longtemps") et la référence sur plusieurs inscriptions de Cyrène à une intense activité édilitaire placée sous la direction du commandant d'une cohorte auxiliaire. un certain Catullus. Différents épisodes liés à des révoltes juives et datés de la seconde moitié du I siècle p. 7. par Q. mais les troupes auxiliaires qu'il commandait n'étaient pas en nombre suffisant pour être en mesure de remporter une victoire décisive sur les insurgés. Il fut remplacé très vite....27 I28 e r e 129 13 1 2 6 Comme l'ont suggéré Reynolds & Lloyd 1996. Eus. cf. Laronde 1988. de nombreux Grecs y furent massacrés et des édifices détruits.2.E. le proconsul ait limité ses activités à la Crète. le gouverneur de Crète-Cyrénaïque était loin de remplir uniquement des fonctions civiles. jusqu'à une date indéterminée. cf. On sait qu'en 73. conduisit les opérations militaires pour mettre un terme à un révolte juive menée par un certain Jonathan . 1 2 7 1 2 8 1 2 9 1 3 0 . dès 116. Reynolds 1988. en particulier le long d'une ligne constituée de fortins situés au fond de la Grande Syrte au sud-ouest de la province de manière à protéger les cités et leur territoire . ce qui implique la participation des troupes auxiliaires présentes en Cyrénaïque. Au début de la révolte. même si cet aspect de leur "métier" eut tendance à s'estomper au fil de l'époque impériale au profit de fonctions civiles. mais il ne s'agit que d'une hypothèse qu'on ne peut ni confirmer ni infirmer dans l'état actuel de nos connaissances. Sufenas Proculus. Elles infirment à ce titre l'idée.C. que les proconsuls placés à la tête de provinces qui n'étaient pas pourvues de légions (en l'occurrence toutes les provinces publiques à l'exception de l'Afrique. M. pendant la dernière décennie du principat d'Auguste laissent penser que la Cyrénaïque continua à être gouvernée par des militaires après la fin du bellum Marmaricum en 4 p . le gouverneur. un chevalier dépêché par Trajan à la tête d'une armée mise sur pied à la seule fin de mater cette nouvelle rébellion juive °. C . Marcius Turbo. mais sans que celui-ci eût la certitude de toujours remporter la victoire étant donné la faiblesse numérique des effectifs militaires à sa disposition. L a question est de savoir jusqu'à quand la situation administrative exceptionnelle consécutive à l'envoi en Cyrénaïque d'un tribun de la garde prétorienne fut maintenue.439-440. 635. 167-172.C.157 POUVOIRS D U PROCONSUL.3. 4. dont le nom ne nous est pas parvenu. Quelques décennies plus tard. défendue récemment par Konrad. ou du début du I I siècle p. On voit donc que sous Auguste. Si la Crète semble être restée calme tout au long de l'époque impériale. fut sans aucun doute amené à prendre part à la répression de cette révolte. la Macédoine et l'Illyrie) perdirent définitivement leur imperium militiae dès 18 . conduisirent à certaines occasions le proconsul à diriger sur le terrain les opérations militaires. Jos. Par la suite. les troubles qui secouèrent la Cyrénaïque au moins jusqu'en 2/3 p. H. les cités de Cyrénaïque furent concernées au premier chef par le soulèvement des Juifs qui éclata durant l'automne 115 et qui toucha également l'Egypte avant de s'étendre à l'île de Chypre et à la Mésopotamie . et remplaça le proconsul en Cyrénaïque le temps de mettre fin à cette guerre et de rétablir l'ordre . Sur cet épisode.

C . Pflaum 1950.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 158 131 a .3 et 53. Vespasien ou Trajan ou encore le proconsul d'Asie Flavius Tertullus à la tête de la cohors I Raetorum . il n'existait aucune différence entre le proconsul et le légat impérial pour ce qui est des pouvoirs qu'ils exerçaient sur leurs propres troupes (il existait seulement une différence quantitative liée au nombre des soldats qu'ils avaient sous leurs ordres) .et celles qui remontent aux années 5 à 1 a. Or il a déjà été souligné que ce que Girardet qualifiait de "Entmachtungsgesetz" n'avait sans doute jamais existé . 29-30). 132 . le proconsul en fonction dans cette province pouvait difficilement se passer d'un imperium militiae pour conduire ses troupes. L'autre faiblesse de la conclusion de Konrad est de ne pas prendre en compte pour sa démonstration les campagnes menées en Cyrénaïque par le proconsul. 155-157 qui a avancé cette théorie en relation avec une hypothétique modification constitutionnelle du consulat datée de 19 ou 18 a. cf. mesure qui n'équivaut pas à une modification institutionnelle plus générale visant à affaiblir le consulat et qui remonte de toute façon en 27 plutôt qu'en 18 (supra. n. par Girardet. 156. La possession par le proconsul du ius gladii renforce la conviction qu'il ne cessa jamais d'être en possession de Y imperium militiae. Liebs 1981. qu'à titre extraordinaire aux chevaliers placés en tant que procurateur à la tête d'une province impériale ou d'une province publique en remplacement du proconsul. Mommsen 1883.13. Une telle conclusion reste dans l'état actuel de nos connaissances une pure hypothèse qui est contestable pour plusieurs raisons. cf. Dernier élément à prendre en compte. 197] : au plan légal et pratique. cf. 31. tout proconsul d'époque impériale possédait ès qualité le ius gladii . que ce soit les proconsuls de Crète-Cyrénaïque pendant les périodes de trouble attestées sous Auguste. citoyen romain. 272-273 et Hauken 1998. Konrad 1994. dans ce sens Dion 52. en particulier celle qui fut conduite par P. avant que ne fût envoyé de Rome le tribun de la garde prétorienne dont il a déjà été question . 217-223 et Meyer-Zwiffelhoffer 2002. 1 3 2 1 3 3 1 3 4 1 3 5 .33 134 I35 1 3 1 Cf.40. sans que ce dernier puisse faire appel à l'empereur et dont on sait qu'elle ne pouvait être conférée tout au long des deux premiers siècles p. aussi Baldwin Bowsky 1990.6-7 . n. Sulpicius Quirinius . 59-60. Cf. On ne s'expliquerait pas autrement le fondement de leur autorité sur les troupes auxiliaires qu'ils ne cessèrent de commander.si elle est postérieure à 18 . sur le ius gladii à l'époque impériale. 528 |=Eck 1998a. L'ampleur des opérations militaires qui se déroulèrent sur le sol de la Cyrénaïque constitue un argument qui laisse penser qu'à l'époque augustéenne. .C. . II faut à ce titre reprendre les conclusions de Eck 1986. Konrad 1994.22. il s'agit là d'une prérogative importante qui lui permettait de mettre à mort un soldat. aussi dans ce sens et plus précisément à propos du proconsul d'Asie Overbeck 1981. 117-118 à propos des proconsuls . Elle repose tout d'abord explicitement sur les travaux de Girardet lorsqu'elle présente la perte par la plupart des proconsuls de Y imperium militiae comme le prolongement d'une législation qui priva les consuls et les préteurs de leur imperium militiae en 18 a .C.C. 198-199. 171 qui a déjà fait remarquer que P. C .119. Cf. Tout concourt à ne pas accepter l'idée que fut adoptée à un moment ou à un autre une réforme retirant aux proconsuls de provinces peu militarisées la composante militaire de leur imperium. la seule mesure qu'Auguste fit adopter à ce sujet était l'instauration d'un intervalle de cinq ans entre l'exercice d'une magistrature supérieure et le droit de tirer au sort un proconsulat. Sulpicius Quirinius était pour l'époque augustéenne un exemple inhabituel de proconsul prétorien menant une guerre .

195 qui précisent qu'après 27 a . il prit seulement soin à l'occasion de faire nommer à la tête de la Macédoine et de l'Illyrie des consulaires . cf.C. soit environ le tiers de l'armée romaine après la réorganisation qui avait suivi la forte démobilisation liée à lafinde la guerre civile . 327 qui parle de cinq légions (en citant l'Afrique et la Macédoine. 22 adopte une vision légèrement différente lorsqu'il précise qu'au départ. Contrairement à ce que les témoignages de Strabon et de Dion Cassius laissent entendre. l'évolution des pouvoirs militaires du proconsul doit être étudiée dans une perspective moins juridique que pratique. Le nombre de légions qui continuèrent d'être gouvernées par des proconsuls après la réforme provinciale de 27 n'est pas connu avec précision. La première étape eut lieu en janvier 27 a.POUVOIRS D U PROCONSUL.C. aussi Overbeck 1981. Comme l'a déjà souligné Lacey 1996. mais il faut se garder de réduire dès cette époque les activités des proconsuls à des fonctions civiles . IV. De même qu'une mesure amputant le consulat de Y imperium militiae ne fut jamais votée. 165 me semble plus proche de la réalité lorsqu'il évalue entre six et neuf le nombre de légions stationnées en 27 dans les provinces publiques. cf. Une solution aussi radicale n'aurait été ni souhaitable pour des raisons politiques. avec le partage provincial qui réserva à Auguste le gouvernement des provinces les plus militarisées. dans le même sens que Syme. 273 et Eck 1986. 187]. cf. La longue liste des campagnes conduites par les proconsuls d'Afrique. 2. 89-90. aussi Bleicken 1998a.. Un tel transfert des troupes légionnaires dans le domaine de compétences du prince se fit toutefois de manière progressive et ne fut définitivement achevé qu'à la fin du I I siècle. Syme a adopté une position minimaliste lorsqu'il ne leur attribue pas plus de cinq ou six légions (Syme 1944.qui passaient pour être des uiri militares et étaient à ce titre mieux préparés pour mener à bien les opérations militaires de plus grande envergure. 312 . entre 5 et 8 légions sur un total de 27 ou 28 légions étaient probablement stationnées dans les provinces publiques d'Afrique. Syme 1933b. C . ce qui présentait l'avantage d'enlever de facto aux proconsuls le privilège de commander de véritables armées sans toucher pour autant à leur imperium. Une deuxième étape est à situer à la fin des années 10 a.278. 518 [=Eck 1998a. Avec la prudence qui le caractérise. Carter 1982. mais sans mentionner l'Illyrie). ni nécessaire : le pouvoir impérial gardait à sa disposition d'autres moyens pour affaiblir la position militaire des gouverneurs des provinces publiques . 6 et De Martino 1974. 1 3 7 1 3 8 . C . n. Rich 1990.814-815 . de Macédoine et d'Illyrie continuèrent à être à la tête de troupes qui restaient numériquement importantes et devaient alors comprendre pour ces trois provinces une dizaine de légions. Auguste choisit une voie détournée en plaçant l'essentiel des légions dans les provinces impériales sous les ordres de ses légats. les proconsuls d'Afrique. pas plus en 23 ou en 19 qu'en 52 ou en 27 a . Cf. il n'existe aucune disposition législative qui priva à un moment ou un autre le proconsul de l'exercice de Yimperium militiae. 333).. Le processus de "démilitarisation" des provinces publiques était toutefois lancé à partir de 27 a. 140 et Rich & Williams 1999. et fut poursuivi par Auguste en relation avec l'avancée des Romains en direction du Danube. C montre qu'Auguste ne fit rien pour les priver de leur imperium militiae et des possibilités d'en faire usage . de Macédoine et d'Illyrie entre 27 et la première moitié des années 10 a . au moins sept légions étaient sous le contrôle de proconsuls . POUVOIRS D U PRINCE 159 Bilan Longue et complexe.et non des prétoriens comme l'aurait voulu le règlement . aussi Syme 1986. avec deux mesures concomitantes dont la première faisait 136 e 137 138 1 3 6 Comme l'ont justement souligné Fabbrini 1974. 194-195 .C. de Macédoine et d'Illyrie . Syme 1952.

Une telle "démilitarisation" des provinces publiques ne rendit pas les proconsuls inaptes à l'exercice d'un pouvoir militaire.39 14 141 139 Dion 53. plus ou moins nombreuses selon les provinces. en dernier lieu Kunkel & Wittmann 1995. Caligula la paracheva avec sa réforme concernant le commandement de la III légion Auguste. D'un point de vue chronologique. il demeure qu'un tel détail vestimentaire reflète l'image civile que le pouvoir impérial voulait donner du gouvernement des provinces publiques. Un des signes les plus clairs des changements qui affectèrent le statut des proconsuls est l'abandon par ces derniers au profit de la toge d'un des insignes militaires caractéristiques. III. peutêtre à l'époque sévérienne. mais il n'est pas possible dans l'état de nos connaissances d'en savoir plus. Quoi qu'il en soit de ce problème chronologique et sans qu'il soit question de surinterpréter une telle donnée. Cela ne signifie pas forcément que le proconsul n'exerçait plus du tout cYImperium militiaé. ensuite à l'extrême fin du I I siècle lorsque Septime Sévère créa la province de Numidie. Calpurnius Piso) et annonçait ainsi la création de la province de Mésie. IV. 2. A partir de cette date. pas plus qu'il ne faut penser avec Konrad que tous les proconsuls des provinces autres que l'Afrique. un tel interdit est postérieur à ces deux dates et ne fut sans doute appliqué que beaucoup plus tard °. Sur cette question. mais il faut comprendre que ses principales fonctions étaient désormais autres que militaires . tandis que la seconde attribuait pour la première fois le commandement des légions de Macédoine à un légat impérial (L. Auguste apparaissait comme le commandant en chef de la quasi-totalité des légions. le manteau de général que tout proconsul d'époque républicaine portait en quittant Rome pour aller rejoindre sa province . le paludamentum. L'histoire des corps de troupe stationnés dans les provinces publiques aura permis de mieux comprendre l'évolution des pouvoirs militaires des proconsuls à l'époque impériale : ces derniers eurent simplement de moins en moins l'occasion de faire usage d'un imperium militiaé dont il ne fut pas jugé nécessaire de les déposséder. 1 4 0 1 4 1 . Seule lui échappait encore la III Augusta. il ne faut pas suivre à la lettre le témoignage de Dion lorsqu'il inclut dans les réformes de janvier 27 la mesure qui interdisait aux proconsuls de revêtir "l'habit militaire". Cf. la dernière à être stationnée dans une province publique. Le pouvoir impérial mit fin à cette particularité. 24-25. cf. 815. mais après la mort d'Auguste et en deux étapes séparées par un long laps de temps : tout d'abord en 39 avec la réforme de Caligula qui enleva au proconsul d'Afrique le commandement de la III légion Auguste pour le confier à un légat impérial . 299-300. dans ce sens Mommsen DPR. Auguste apparaît comme le maître d'oeuvre d'une politique qui réussit dans la pratique à empêcher la plupart des proconsuls de diriger des campagnes à la tête d'une puissante force armée. la Macédoine et l'Illyrie renoncèrent à porter le paludamentum à partir de 18. retirant définitivement au proconsul d'Afrique son autorité sur un territoire où le poids de l'armée romaine d'Afrique et du légat impérial de la m légion Auguste s'était déjà renforcé au fil du I I siècle. Résultant d'une décision impériale. e e e e e e .13.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 160 de l'Illyrie une province impériale. 1 et De Martino 1974. n.3. en relation avec une hypothétique modification constitutionnelle du consulat. localisée en Afrique Proconsulaire sous l'autorité du proconsul. mais elle réduisit leurs activités dans ce domaine en ne leur donnant au bout du compte que la possibilité de commander les troupes auxiliaires.

cf. 155-180).complexe .du statut auspicial du proconsul à l'époque augustéenne si l'on veut en savoir plus sur les fondements légaux du processus qui réserva la célébration du triomphe au pouvoir impérial. les proconsuls abandonnèrent définitivement au pouvoir impérial tout le prestige lié à l'octroi de ce qui constituait la plus haute distinction militaire. 35-48 et la discussion 88-89 [=Linderski 1995. 28-37.POUVOIRS D U PROCONSUL. Pour cette raison. '43 Veli. Ils apparaissaient comme un des attributs essentiels du pouvoir à Rome et n'avaient cessé d'être liés à l'exercice et à la légitimité de la magistrature depuis les origines . Les circonstances qui conduisirent Auguste à instaurer à son profit et à celui de sa famille un monopole triomphal sont loin d'être claires et seront étudiées plus en détail infra. On pourra aussi consulter avec profit Bleicken 1981. c'est le phénomène avéré de monopolisation de la victoire par le pouvoir impérial qui apparaît comme le trait caractéristique de l'affaiblissement des pouvoirs militaires du proconsul. POUVOIRS D U PRINCE 161 C H A P I T R E II L E MONOPOLE IMPÉRIAL D E L A VICTOIRE E T L E STATUT AUSPICIAL D U P R O C O N S U L 1« Plus encore que les questions relatives à Γimperium militiae. aussi Kunkel & Wittmann 1995. du moins en pleine conformité avec le droit augurai. Il est bien connu que le triomphe célébré en mars 19 a. C'est ce que souligne explicitement le témoignage de Vellerns Paterculus lorsqu'il précise à propos de la campagne menée en 9 p. il m'a semblé préférable de me limiter à reprendre de manière synthétique les conclusions auxquelles j'avais abouti .95. Il faut donc revenir sur la question .et tout au long de leurs campagnes. mais il faut faire d'emblée remarquer que la question des auspices était sans aucun doute centrale. en Dalmatie par le légat impérial M . Les auspicia publica constituaient un acte divinatoire qui passait par l'observation du ciel ou des oiseaux et qui était préalable à toute affaire publique. le travail de référence reste celui de Magdelain 1968.C. Cornelius Balbus en tant que proconsul d'Afrique fut le dernier à être accordé à un sénateur qui ne faisait pas partie de la domus du prince.255-300 ainsi que les nombreux articles de J. Il en résulte qu'à partir de cette date. Sur la question des auspices. Aemilius Lepidus que ses exploits "auraient dû lui valoir le triomphe s'il les avait réalisés sous ses propres auspices" . 1 4 4 . 560-574 et 674-675]) . L a prise des auspices étant réservée aux magistrats si l'on suit 143 144 1 4 2 J'ai déjà eu l'occasion de traiter de plusieurs aspects de cette question (Hurlet 2000a. mais une telle affirmation va moins de soi qu'il n'y paraît au premier abord. 2. 1513-1542 et Hurlet 2001a. 2146-2312 et Linderski 1990. tant civile que militaire. le contenu d'un tel passage signifie que les proconsuls n'étaient pas non plus considérés comme étant en possession de leurs propres auspices. Linderski (en particulier Linderski 1986.3. Le grand nombre des généraux romains d'époque républicaine qui triomphèrent en qualité de proconsul laisse penser qu'ils avaient été naturellement autorisés à prendre les auspices ès qualité au moment où ils avaient quitté Rome . à partir du moment où ils ne triomphèrent plus après avoir remporté des victoires significatives. seuls seront développés les paragraphes consacrés à des problèmes qui n'ont pas encore été abordés ou qui nécessitent des précisions complémentaires.c'est ce qu'on appelle communément "les auspices de départ" . par L . Si l'on prolonge un tel raisonnement.C.

162 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN une règle fondamentale ou une interprétation rigoriste connue par un fragment du liber de auspiciis de l'augure M. 1903) : de caelo auspicar! ins nemini sit praeter magi stratum. a r r t 1 4 6 1 4 7 1 4 8 1 4 9 1 5 0 U( . Cicéron se fait l'écho de ces doutes notamment lorsqu'il déplore que "des guerres puissent être conduites par des proconsuls et des propréteurs qui n'ont pas d'auspices" . investi en 51 de son proconsulat de Cilicie au bout du compte par une loi (cf. ils conservaient à ce titre leur validité pendant toute la durée du gouvernement provincial . 34.. supra. Il devint caduc en 52 et durant les années qui suivirent lorsque la lex Pompeia instaura un intervalle de cinq années entre l'exercice d'une magistrature et le départ en province en tant que promagistrat . les promagistrats tels que les proconsuls ne furent pas concernés par un tel interdit aussi longtemps qu'ils quittèrent Rome durant l'année de leur magistrature ou au terme de celle-ci. 2. L'exemple de Cicéron.6). Leurs "auspices de départ" étaient en effet pris en parfaite conformité avec le droit augurai .. cf. qui partit dans sa province sans avoir pu se faire investir par une loi curiate et en faisant valoir que Y imperium. La liste des triomphes datés des années 40 et 30 a. en dernier lieu Tarpin 2003. 1. Cf. 92 Müller (Nonii Marcelli compendiosa doctrina.Magdelain 1968. 287-289 qui précise que Cicéron souligne dans ces passages la simple décadence d'un rituel ancestral sans la mettre en relation avec la réforme de la procédure de nomination des gouverneurs de province en 52 (mais on fera remarquer que l'une et l'autre explication ne sont pas incompatibles et il faut de tout façon tenir compte du témoignage de Vairon cité supra. fut de plus en plus remis en question durant la première moitié du I siècle a . dans ce sens l'attitude de Ap. 2. II n'est pas pour autant nécessaire de supposer l'existence depuis Sylla d'une lex Cornelia deprovinciis ordinandis qui aurait interdit aux magistrats supérieurs. d'exercer un commandement militaire dans une province pendant la durée de leur magistrature (cf. 58). en tout cas aux consuls.51-57etMagdelain 1976-77. Sur ces deux passages. sur cette question Catalano 1960 . mais il s'agit là d'une interprétation du droit augurai qui n'était pas partagée unanimement et qui n'enleva pas à certains de ces promagistrats le droit de célébrer des triomphes à leur retour à Rome .C. lorsque des promagistrats se mirent à quitter Rome après l'année de leur magistrature '.76 . 1888)= 131 Lindsay (Nonius Marcellus. lui suffisait ( C i c .97-99 [=Magdelain 1990. le proconsul de Cilicie nommé en 54. Leipzig.6.9 où la noblesse est critiquée pour s'être désintéressée de la discipline des auspicia et avoir ainsi contribué à leur déclin dans le domaine militaire. cf. Valerius Messala et transmise par Vairon . atteste que beaucoup d'entre eux furent célébrés par des proconsuls qui avaient quitté Rome après avoir exercé leur magistrature et qui doivent être assimilés à ce titre à des priuati cum imperio.ou d'une interprétation de celui-ci -. cf. Nat. Claudius Pulcher. n. 181-1821.. BC. dans la mesure où ils étaient toujours magistrats au moment de leur départ en campagne .9. Le passage le plus clair est celui de C i c . suffit toutefois à montrer que les proconsuls n'oubliaient pas tous de faire ratifier leur investiture par les comices (mais il a déjà été souligné qu'il s'agissait peut-être dans le cas précis de Cicéron d'une conséquence de la lex Pompeia qui avait été votée une année auparavant et qui avait pour effet de donner de manière systématique tous les gouvernements provinciaux à des priuati cum imperio).. C . Leipzig. n. 1.25) . Giovannini 1983). Fam. s'y ajoutait qu'un nombre indéterminé d'entre eux négligeaient de faire ratifier leur nomination à la tête d'une province par une loi curiate . qu'il possédait de toute façon. prédécesseur de Cicéron. Cf. aussi les gouverneurs de province nommés en janvier 49 avant l'arrivée de César. Les changements qui concernaient la date de départ des gouverneurs dans leur province et les modalités de leur investiture ne manquèrent pas de soulever des interrogations sur la validité des auspices pris par les promagistrats. 145 146 e e r 147 148 149 150 145 y Ap jNonium Marceilum. procédure qui passait pour être le seul moyen légal de conférer le droit de prendre les auspices à tous ceux qui n'étaient plus magistrats. s'il fut en vigueur tout au long du I I siècle. Div. aussi C i c . Un tel scénario. 145). Dans deux traités datés des années 45 et 44. De compendiosa doctrina. qui quittèrent précipitamment Rome sans attendre que leur imperium fût ratifié par le peuple (Ces.

Licinius Crassus constitue à notre connaissance le premier épisode qui souleva dans le courant des années 28-27 la question de la validité des auspices pris les proconsuls et qui fut exploité pour souligner par la même occasion la supériorité du prince dans ce domaine. 100-101 .F. aussi. dans un sens très proche. qui restaient les seuls dignitaires à pouvoir rivaliser dans les provinces avec les pouvoirs militaires du prince. Cf. qui ne cesse de se renouveler.4 et le commentaire de Roddaz {Dion Cassius. 1991. 59-72 et 167-169.U. plus récemment Jacques & Scheid 1990. Dion 51. C'est une telle fragilité du statut auspicial de la plupart des généraux de la fin de la République qu'Auguste allait exploiter pour affaiblir les pouvoirs militaires des proconsuls.24. S'il ne fait aucun doute que le prince et les membres de sa domus finirent par être les seuls bénéficiaires des succès remportés par les armées romaines et devinrent à ce titre les seuls autorisés à triompher. mais on ignore dans le détail de quelle manière il fit pression sur Crassus pour le priver de ce qui passait pour être l'honneur militaire suprême. 120-121 et Scheid 1998a. il reste à définir ce qu'on entend par "monopolisation des auspices" et quelles furent les étapes d'un tel processus.POUVOIRS D U PROCONSUL. Histoire romaine. qui rédigea la première décade précisément au début des années 20. les études récentes les plus complètes sont celles de Kehne 1998. 241 . cf. Pour la bibliographie. 278-283. 8 . L'affaire des dépouilles opimes de M. Pani 1997.6 qui formule de tels propos à propos de A. Livres 50 et 57. la prise des auspices faisait figure de condition préalable et indispensable à la consécration dans le temple de Jupiter Feretrius des spolia opima pris au chef ennemi. Cecconi 1991. 243-244. 1 5 2 1 5 3 . le premier général à avoir eu le droit de consacrer les spolia opima après Romulus. Cf. 199-205 et de Tarpin 2003. Sur cet épisode. On se souvient qu'après avoir tué de sa propre main le chef des Bastarnes lors d'une campagne qu'il avait conduite en 29 en qualité de proconsul de Macédoine. Gagé 1930a. cf. Grant 1950. il apparaît que la question de la validité ou non des auspices pris par Crassus en tant que proconsul de Macédoine fut évoquée à cette occasion.rigoriste . 164-166). Paris. C'est ce que laisse penser le témoignage de TiteLive. 2-11 . POUVOIRS D U PRINCE 163 Il demeure qu'il existait désormais à la base un vice de forme qui pouvait être dénoncé par les tenants d'une lecture rigoriste du droit augurai et remettre en cause la légitimité des auspices des promagistrats. C. cf. Liv. 16-17 . Richardson 1991. Rüpke 1990. Qu'il s'agisse là d'une interprétation . De telles interrogations sont indissociables de la question du statut auspicial des proconsuls. Il ressort de ce passage qu'au moment où l'historien romain écrivit ces lignes.en matière de droit religieux ne fait guère de 151 152 153 1 5 1 Sur ce qu'il est de coutume d'appeler "le monopole impérial des auspices". 1-35 ainsi que Gagé 1933. 166-167 .. Gagé 1930b. Il est évident que l'opposition d'Octavien constituait l'arrière-plan d'une affaire délicate qui risquait de remettre en question la préséance du prince dans le domaine militaire. 4.20. lorsqu'il précise que "rituellement on ne tient pour dépouilles opimes que celles qu'un général enleva à un autre général. et nous ne reconnaissons pour général que celui sous les auspices duquel la guerre se fait" . Quelles que soient les multiples zones d'ombre dans le déroulement des événements des années 28-27. Cornelius Cossus. Il est maintes fois affirmé dans l'historiographie contemporaine que les auspices militaires furent monopolisés par le pouvoir impérial . Crassus ne monta pas pour autant à son retour à Rome sur le Capitole pour consacrer les spolia opima dans le temple de Jupiter Feretrius .

Cf. Ce n'est que par la suite que le nouveau régime exploita les critiques émises à rencontre du statut auspicial des proconsuls pour aller jusqu'à leur dénier le droit de triompher et faire d'une telle cérémonie un monopole du prince et des proches de sa famille associés aux pouvoirs impériaux. avec prudence d'ailleurs. le droit de consacrer de telles dépouilles pouvait être donné à tout soldat quel que fût son grade .142-151. elle eut pour principale conséquence de diminuer de façon substantielle le nombre de généraux autorisés à prendre leurs propres auspices en campagne. Le conflit portait uniquement sur le droit de consacrer les spolia opima. alors augure. Mais il n'était pas encore question d'interdire à Crassus d'être salué Imperator et de célébrer un triomphe. un autre augure qui avait formulé les mêmes critiques à peine une quinzaine d'années plus tôt. mais elle ne constitue pas. 280-282. 85-127 a fait remarquer que le prince aurait pu manifester son opposition de façon officieuse et sans avoir eu à intervenir au Sénat.25. contrairement à certaines allégations". Cet argument d'antiquaire ne doit toutefois pas occulter l'essentiel. Festus 204 Lindsay. Roddaz 1996. que Crassus "ne reçut pas le titre é'imperator. Le statut auspicial des proconsuls entre 27 et 19 La réforme provinciale de janvier 27 constitue une nouvelle étape dans le processus de monopolisation des auspices militaires. Depuis l'étude de Dessau 1906. à mon sens. et non sur l'octroi du titre & Imperator qu'Octavien n'avait pas contesté à un proconsul récompensé par le triomphe. 144-147. ce que ce dernier fit le 4 juillet 27 . ce qui fut très vraisemblablement le cas de Crassus . mais on n'entend parler de lui en Macédoine qu'à partir de 29 et l'on a toutes les raisons de supposer que sa profectio était postérieure au mois de juin 30. mais on ne voit pas pourquoi Octavien. ou faire pression sur ce dernier pour qu'il ne sollicitât pas du Sénat un tel honneur . à ce sujet Badian 1982. II est vrai que nous ne connaissons pas avec certitude quand Crassus quitta Rome pour la Macédoine. Cf. 82-87 et n. 43 et Tarpin 2003. et que "seul César (= Octavien) se l'adjugea" (51. Rich 1996. 19 et 38-41 .56 157 158 A. Il avait été consul en 30 jusqu'à la fin du mois de juin et nous ne savons pas s'il était parti pour sa province avant ou après avoir déposé le consulat. 546]. Dion Cassius commet manifestement une confusion lorsqu'il affirme. Pour la question qui nous occupe.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 164 doute si Ton rappelle que d'après Varron. 1 5 5 1 5 6 1 5 7 1 5 8 . Une telle interprétation peut être envisagée. La raison est bien connue : les provinces impériales constituant désormais la 1 5 4 Cf. à ce sujet l'analyse récente et convaincante de Spannagel 1999. mais elle n'est ni la dernière ni la plus importante. Il suffit pour cela d'accepter l'idée que les critiques émises par Cicéron contre des promagistrats qui conduisaient des guerres sans avoir pris les auspices de manière régulière furent reprises à des fins politiques par le nouveau régime de manière à affaiblir les pouvoirs militaires des proconsuls qui quittaient Rome après l'expiration de leur magistrature. n'aurait pas eu à l'égard des auspices des proconsuls la même attitude que Cicéron. on avait pris l'habitude d'imaginer un refus formel d'Octavien au Sénat après que Crassus eut demandé à cette assemblée le droit de consacrer les spolia opima. l54 155 . Rich rejette cet argument en le confinant dans le milieu des antiquaires et des augures [argument repris par Rich 1999. à savoir que l'affirmation d'un lien entre auspices et consécration des dépouilles opimes constitue un des éléments de la manœuvre montée par Octavien pour faire comprendre à Crassus qu'il lui fallait renoncer à obtenir ce qui était considéré comme la plus haute récompense militaire . un motif suffisant pour écarter l'idée que le vice de forme propre aux auspices pris par un proconsul nommé à un moment où il était priuatus ait pu servir de motif constitutionnel ou (et) de moyen de pression.2). On pressent qu'Octavien utilisa à cette occasion le droit augurai comme un prétexte pour refuser au proconsul de Macédoine le droit de consacrer les dépouilles opimes.

C. 1 6 0 1 6 1 . Cornelius Balbus. La preuve en est que les triomphes de L. A ce titre. 17. soit après la réforme provinciale de 27). Sempronius Atratinus et de L . s'il date de cette année. en relation avec l'établissement concomitant d'un monopole impérial du triomphe. Cornelius Balbus furent célébrés après l'année 23. 7 et de manière plus allusive Cecconi 1991. POUVOIRS D U PRINCE 165 majorité des provinces militarisées.agissaient tous sous les auspices du prince en tant que simples délégués nommés par ce dernier. cf. La portée des décisions de 27 sur le statut auspicial des proconsuls est une question plus complexe.contrairement à une opinion répandue . ne lui donna pas pour autant un monopole auspicial . mais c'est oublier que des triomphes furent célébrés par des proconsuls d'Afrique en 21 et 19. l'année du triomphe de L .283 et Rich 1996. il ne fait pas le moindre doute que la réforme provinciale de 27 affaiblit le statut auspicial des proconsuls sans priver pour autant ces derniers du droit de prendre les auspices ni donner au prince un monopole ou une supériorité en la matière . Sempronius Atratinus en octobre 21 et L . Les nouvelles règles en vigueur pour la désignation des proconsuls ne semblent pourtant pas avoir dévalorisé dans l'immédiat la légitimité de leurs auspices si l'on rappelle que deux proconsuls d'Afrique triomphèrent après et en dépit des réformes de janvier 27 : en l'occurrence L . leurs gouverneurs . Le rétablissement d'un intervalle quinquennal entre l'exercice d'une magistrature et le gouvernement d'une province publique. 63-72 . Cornelius Balbus en mars 19.POUVOIRS D U PROCONSUL. dans la mesure où ils quittaient Rome longtemps après avoir été consul ou préteur et à la condition que leur investiture n'ait pas été ratifiée par une loi comitiale. La série des mesures adoptées durant l'été 23 ne changea rien en revanche au statut auspicial des proconsuls. Que leur statut de priuati cum imperio n'ait eu aucune incidence sur la légimitité de leurs auspices peut s'expliquer de différentes manières : ou il faut imaginer que les modalités d'investiture des pouvoirs des proconsuls comprenaient in fine une ratification comitiale. Quoi qu'il en soit. il contribua à systématiquement entacher d'un vice de forme la prise de leurs auspices. L'idée qu'il faut établir un lien direct entre la monopolisation impériale des auspices militaires et l'octroi à Auguste d'un imperium maius (ou aequum) a été défendue par Grant 1950. Contra a el Kos 1977. 211 envisage à titre d'hypothèse. s'il lui permit d'intervenir dans les provinces publiques. ce qui leur donnait le droit de prendre les auspices en parfaite conformité avec le droit augurai . Ce n'est qu'à partir de 19 que la question de l'indépendance auspiciale des proconsuls peut se poser. constitue à ce sujet une réforme importante qui eut pour effet de nommer chaque année comme proconsuls des priuaîi cum imperio. Cette conclusion peut être étendue à tous les autres proconsuls nommés entre 27 et 19 a. Il faut en particulier souligner que l'octroi au prince d'un imperium maius ou aequum. ou il faut en tirer la conclusion que les implications sur la question des auspices du statut de priuatus cum imperio ne furent pas prises en compte avant 19. La permanence des cérémonies triomphales entre 27 et 19 signifie que les deux proconsuls ainsi récompensés passaient pour avoir conduit leurs opérations militaires sous leurs propres auspices et sans être subordonnés à ceux d'Auguste. aussi Gagé 1933. 159 160 161 1 5 9 C'est la solution que Girardet 2000. ce qui suffit à démontrer que les mesures de cette dernière année n'avaient pas enlevé aux proconsuls le droit de prendre les auspices.légats impériaux ou préfet pour l'Egypte . 101 (qui précise que la concentration des auspices militaires par Auguste était accomplie par les mesures de janvier 27.

Cf. cf. le dernier à être célébré par un personnage extérieur à la domus du prince.10. une telle hypothèse mérite d'être examinée.L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 166 B. 217-219 et 389-398. Elle est parfaitement cohérente. cf.C. comme Drusus l'Ancien. aussi Ferrary 2001. si elle n'a jamais été exprimée sous cette forme. dérive des travaux de tous ceux qui refusent de penser que le monopole impérial du triomphe avait été établi par une voie légale . en dernier lieu Girardet 1990. Dans le cadre de nos recherches. Un des événements importants de cette année est la célébration dans le courant du mois de mars du triomphe de L . la question est de savoir si l'incontestable monopolisation du triomphe par le pouvoir impérial est à analyser comme une conséquence d'une monopolisation des auspices militaires. Dans cette perspective. 139. On peut tout d'abord défendre l'idée que les proconsuls continuèrent à prendre les auspices comme auparavant sans que le vice de forme dont Cicéron s'était fait l'écho dans les années 40 a. Étant donné l'étroite liaison entre auspices militaires et cérémonie triomphale.132-153 .5 et de manière plus générale de la question des modalités de l'application de Y imperium d'Auguste à Rome même. Sur les triomphes et ovations de Drusus l'Ancien. cf. Girardet 1990. Ce serait tout simplement la consolidation du pouvoir impérial qui aurait conduit dans la pratique à réserver la cérémonie triomphale à Auguste. 118-126 et Girardet 1992b. la monopolisation du triomphe aurait été rendue possible par une monopolisation préalable des auspices militaires. Cornelius Balbus. Tibère. 155. Il faut donc se demander ce qu'il advint des auspices des proconsuls à partir de l'année 19. Germanicus ou Drusus le Jeune . Une telle position. 162 a. mais elle n'est pas la seule possible si l'on prend en compte les résultats des recherches récentes sur le pouvoir impérial et ses fondements institutionnels. Les proconsuls auraient dans ces conditions à jamais perdu le droit de prendre des auspices valides depuis qu'ils n'étaient plus autorisés à quitter Rome l'année 165 1 6 2 Sur l'importance des années 19-18. qui n'en fit plus usage. ne fût exploité par le pouvoir impérial au détriment de promagistrats qui quittaient Rome plusieurs années après avoir été magistrats. dans ce sens Eck 1984. Les réformes de Vannée 19 a. Il existe à ce sujet trois réponses possibles dont chacune fournit un éclairage particulier sur le phénomène de monopolisation impériale du triomphe. 163 164 b. 121-130 ainsi que 141-144 pour ce qui est de F interprétation du passage de Dion 54.118-126 et Lacey 1996. Tibère. 1 6 3 1 6 4 1 6 5 . Cf. et aux membres les plus éminents de sa domus. 178-180. 95-102. : la question des auspices Un des acquis des travaux de cette dernière décennie est d'avoir réévalué à sa juste valeur l'importance de l'année 19 . il n'existerait pas le moindre lien de cause à effet entre l'établissement d'un monopole impérial du triomphe et la question des auspices des proconsuls. Dans cette perspective. Les travaux de Girardet ont donné corps à l'idée que le pouvoir impérial réussit à établir un monopole du triomphe à partir du moment où il remit en cause la légitimité des auspices pris par les proconsuls. mais l'unanimité est encore loin de régner sur la teneur de l'ensemble des mesures qui furent alors adoptées. ceux qu'on appelle d'ordinaire les "co-régents". Germanicus ou Drusus le Jeune. Hurlet 1997. 218-220. Il faut pour cela supposer avec Girardet que la fin de l'année 19 coïncida avec l'adoption de la mesure qui interdisait à tout magistrat romain de partir exercer un gouvernement provincial avant un délai de cinq années .C.

Or les occasions de décerner un tel honneur à un proconsul ne manquèrent pas durant la première moitié des années 10 si l'on songe aux succès remportés en Thrace par M. n'infirment pas forcément l'idée que les réformes de l'année 19 coïncidèrent avec l'affirmation du monopole impérial des auspices. plus systématique ou plus empirique selon que l'on établit ou non un rapport. direct ou non. Silius Nerva en sa qualité de proconsul de cette province. Quant à la salutation impériale que les troupes romaines décernaient sur le champ de bataille au général victorieux en l'acclamant comme imperator et qui faisait figure de condition préalable à 1 6 6 C'est une perspective que j'avais déjà envisagée dans Hurlet 2001a. Le meilleur moyen de poursuivre l'analyse est d'analyser sous cet angle le statut des proconsuls après l'année 19 a. : Après le triomphe célébré par L . alors qu'il a déjà été souligné qu'une telle mesure correspondait mieux à l'esprit de la réforme provinciale de 27. Les critiques émises à rencontre de la solution systématique qui dérive des travaux de Girardet. entre le rétablissement du délai quinquennal et la monopolisation impériale des auspices militaires. mais qui présente une difficulté de taille. Lollius en tant que proconsul de Macédoine ou en Illyrie par P. L'interprétation retenue donnera à la formation du nouveau régime un tour plus pragmatique. On peut en effet supposer que la nouveauté en 19 résidait non pas dans l'instauration de l'intervalle de cinq ans entre magistrature et promagistrature.C. POUVOIRS D U PRINCE 167 de leur preture ou de leur consulat et à la condition que leur investiture par le Sénat n'ait pas été ratifiée par une loi comitiale. Auspices et honneurs militaires des proconsuls une subordination au pouvoir impérial après 19 a. si elles devaient s'avérer justifiées. il faut imaginer qu'Auguste avait fait appliquer scrupuleusement à partir de 19 une règle du droit augurai ou une interprétationrigoristequ'il n'avait pas rétablie dès 27 à rencontre des priuati cum imperio tels que les proconsuls . . 173-174 et qui m'apparaît désormais avec du recul comme la plus vraisemblable. c. C'est le même problème qui avait été posé par la lex Pompeia de 52. Elle présuppose que la fixation d'un intervalle de cinq années entre la magistrature et la promagistrature date des années 19-18. plus aucun gouverneur d'une province publique ne célébra de triomphe ou d'ovation. mais avec une conséquence durable autrement plus significative d'un point de vue politique : la confiscation par le nouveau régime de la cérémonie triomphale précisément à partir du moment où l'incapacité auspiciale des proconsuls était mise en évidence par le nouveau régime. Justifier le phénomène de monopolisation impériale du triomphe par le vice de forme qui remettait en cause la légitimité des auspices pris par tout proconsul en tant que priuaîus cum imperio à partir de 19/18 est une solution qui peut apparaître séduisante. Un tel débat sur la politique d'Auguste relative aux auspices des proconsuls ne pourra en tout cas être considéré comme définitivement réglé étant donné les lacunes de notre documentation. Dans cette perspective. 166 Aucune des trois solutions qui viennent d'être présentées ne s'impose de toute évidence. Cornelius Balbus.POUVOIRS D U PROCONSUL.C. C. dans le sens d'une plus grande rigueur. mais dans la conséquence qui en était tirée pour le droit au triomphe et la discipline auspiciale.

mais auxquelles des explications peuvent être trouvées. Ann. à la veille de la dernière campagne contre Tacfarinas confiée à P. elle finit elle aussi par être monopolisée par le pouvoir impérial mais dans des conditions moins claires et de manière moins indiscutable que le triomphe ou l'ovation. Passienus Rufus est rapproché de ceux de Tibère en 12 a.168 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN toute cérémonie triomphale. 2. Iunius Blaesus. 171 Cf. Hurlet 2001a. 173-174). 4. Veli. Les proconsuls qui remportèrent des succès militaires d'importance se contentèrent d'ordinaire à partir de 19 des ornements triomphaux. Iunius Blaesus. L .23. 1 L'octroi des ornements triomphaux à M. les ornements triomphaux continuèrent à être remis à toute une série de proconsuls d'Afrique qui avaient remporté des victoires significatives : Cossus Cornelius Lentulus.C.m'a laissé penser qu'elle fut décernée indûment au proconsul par ses troupes sans avoir été ratifiée pour autant par le Sénat et (ou) Auguste . cf. 3. Il ajoute que ce fut la dernière fois qu'un tel titre fut décerné à un général (qui ne faisait pas partie de la domus impériale. 2. 2. mais ses succès ne lui valurent en fin de compte d'autre décoration militaire que celle qui était réservée aux légats impériaux.4 et Veli. Pour L. Ann. Furius Camillus. ce qui incluait L . M.C. en dernier lieu Eck 1999b. Apronius de la même récompense militaire n'est pas mentionnée par Tacite. signe que ses pouvoirs militaires étaient loin d'être comparables à ceux du prince et des membres de sa domus.. aussi infra. qui furent tous deux gouverneurs de la province d'Afrique respectivement durant les toutes premières années de notre ère et en 21/23 et qui apparaissent comme les seuls proconsuls à avoir été qualifiés d'imperator après 19 a. Apronius dans la liste des généraux récompensés par les ornamenta triumphalia (Tac. cf.. ceux de L . quant à Q.52.28. 170 Cf. le futur empereur.4. 1 6 8 1 6 9 72 . Il existe à ce sujet deux cas particuliers.2.74. 177-178 où le cas de L . Ann. dont on se souvient qu'il avait combattu sous les auspices d'Auguste en raison de sa désignation extra sortem et mis fin au bellum Gaetulicum . 223-227. Iunius Blaesus est attesté par T a c . Passienus Rufus et de Q. nouveau type de décoration militaire qui était hiérarchiquement inférieure au triomphe ou à l'ovation et qui était également attribuée aux légats impériaux . l'origine africaine des sources témoignant de sa salutation impériale . Passienus Rufus est attesté comme le premier proconsul d'Afrique à recevoir les ornamenta triumphalia . le témoignage de Tacite souligne qu'il devait à l'autorisation expresse de Tibère d'avoir été salué par ses légions comme imperator .5 et 3.2. cf. et de Drusus l'Ancien en 11 a. il a déjà été souligné qu'il avait été au préalable probablement salué imperator par ses troupes. Dion 55.1 . Sur la salutation impériale. 2.72. Sulpicius Galba..5. Iunius Blaesus pour la conduite des opérations militaires lors de la révolte dirigée par Tacfarinas . Livius Ocella Ser.C. L . mais elle est attestée indirectement par le passage des Annales dans lequel il est rappelé qu'en 24. Apronius et Q. Passienus Rufus. Furent ainsi récompensés plusieurs proconsuls d'Afrique connus pour avoir remporté des victoires significatives sur des peuplades indigènes en révolte. à la suite de son 167 m 169 170 171 172 1 6 7 Pour plus de détails.116. Furius Camillus et Q. faut-il préciser).116. les ornements triomphaux décernés dans le cadre de cette guerre avaient valu les honneurs d'une statue au sein du Forum d'Auguste à chacun des trois proconsuls d'Afrique qui avaient combattu jusqu'alors Tacfarinas. Par la suite.4 et par Veli. Cornelius Dolabella.125. Il s'agit là pour ces deux personnages de distinctions militaires exceptionnelles dont l'octroi fait difficulté si l'on en juge par le contexte chronologique. L .une émission monétaire de Thaenae et une dédicace d'une autre cité de la province . L a remise à L .

Raaflaub 1987. Le monopole impérial de la victoire apparaissait d'autant mieux établi quand le proconsul combattait sous les auspices du prince.C. récompense militaire qu'il était d'usage de décerner uniquement à ceux qui combattaient sous leurs propres auspices (cf. IV.. L . 30 et Bleicken 1990.89-90 et n. bien que ce dernier eût fortement contribué au rétablissement de la paix en Afrique après sept années de guerre en faisant mettre à mort Tacfarinas . Iunius Blaesus conduit tout d'abord à écarter résolument l'idée que tous les proconsuls combattaient désormais sous les auspices du prince à l'exemple de tout légat impérial . mais cette particularité 1 7 4 1 7 5 1 7 6 1 7 7 1 7 8 av . Quant à imaginer qu'ils renoncèrent à prendre toute 174 175 176 177 . L'idée que les proconsuls d'époque impériale agissaient sous les auspices du prince a été émise récemment par Eck 1999b. 308. aussi dans ce sens Hurlet 2000a. 185-186 et Syme 1979c.. Cornelius Dolabella. Tibère refusa lui-même de les accorder à P. Vogel-Weidemann 1982. Am?.7S 1 7 3 Suét.60-61 . L'exemple de Q. 156 . Pour les proconsuls. Iunius Blaesus). IV. mais il s'agit là d'une généralisation pour le moins rapide et abusive. Tac. Apronius et Q.350-351 avaient déjà envisagé l'idée qu'il faille lier la formulation de l'inscription de Lepcis Magna à la procédure extraordinaire utilisée pour la nomination de Cossus Cornelius Lentulus. De Martino 1974. Il est vrai que ν · Iunius Blaesus fut salué imperator par ses légions après y avoir été autorisé par Tibère. Cornelius Dolabella). ceux qui étaient choisis par le prince sans avoir été tirés au sort .1.. Il ressort de cette liste qu'à partir de 19 a . 301) a tout d'abord pu faire croire que tout proconsul combattait désormais d'office sous les auspices du prince . Cornelius Dolabella.POUVOIRS D U PROCONSUL. Iunius Blaesus d'une salutation impériale. Furius Camillus. mais elle est difficilement conciliable e c l'octroi à Q. dans ce sens Syme 1946. ce qui fut le cas de Cossus Cornelius Lentulus et très certainement de P. Cf. mais sans privilégier une telle explication (en tout cas pour ce qui concerne De Martino). quel que soit son statut. 4. 1940. aussi dans ce sens Grant 1950. notamment Syme 1979. Comme l'a montré Schumacher 1985.8. Cf. 253. C'est ce qui justifie l'apparition d'inscriptions consacrées à la Victoria Augusta dans les provinces publiques (cf. pour la première attestation AE. Il apparaît au contraire que dans le cas du document épigraphique provenant de Lepcis Magna.107 pour une dédicace à la Victoria Augusta faite au terme de la guerre contre Tacfarinas par le proconsul P.185-186 et Campbell 1984. la victoire était devenue une valeur et une vertu exclusivement impériale . refus qui a le mérite d'indiquer jusqu'à quel point l'octroi ou non d'une telle décoration militaire dépendait au bout du compte du bon vouloir du prince.26. ils en abandonnaient tout le bénéfice politique au pouvoir impérial. De Martino 1974. Plusieurs cas de figure apparaissent peu probables. il est difficile de déterminer avec certitude et précision leur statut auspicial après les réformes de 19 a.310-311). n.9 et 44-45 . Les proconsuls avaient beau remporter des succès militaires.209-211]. 225 à propos des trois premiers proconsuls d'Afrique qui avaient combattu Tacfarinas (en l'occurrence M. 1961.261.1. POUVOIRS D U PRINCE 169 173 gouvernement biennal et extra sortem en 44/46 . 68 = IRT. 215-218. ductu proconsulis" ne concernait qu'une seule catégorie de proconsuls. 1513-1542 [jugement accepté par Girardet 2000. la formule "auspiciis Imperatoris Caesaris Augusti. L'apparition des ornements triomphaux et leur octroi aussi bien aux légats impériaux qu'aux proconsuls sont des signes qui ne trompent pas quant à la primauté du pouvoir impérial sur les pouvoirs de tout général. 1. une telle subordination peut en toute hypothèse être justifiée par leur statut auspicial. L a découverte d'une inscription de Lepcis Magna qui fait référence à une guerre conduite par le proconsul d'Afrique Cossus Cornelius Lentulus sous les auspices d'Auguste (AE. Cf. C . Quant à ceux qui n'avaient pas été désignés directement par le prince et qui constituaient la très grande majorité.Ga/fc.

C . Sur cette question. 1522-1523. en particulier 159 [=Eck 1998a. C modifièrent le statut auspicial des proconsuls. Aussi ni les consuls ou les préteurs n'apportent modification ou annulation des auspices aux censeurs. les proconsuls n'étaient plus autorisés à prendre les auspices de départ au moment de quitter 1 7 9 1 8 0 1 8 1 1 8 2 . Il y est en particulier affirmé qu'il faut distinguer les minora auspicia réservés aux magistrats inférieurs des maxima auspicia détenus par les magistrats supérieurs . définis comme étant inférieurs à ceux du prince . Il existe une solution qui n'a jamais été proposée à ma connaissance mais qui permettrait de concilier la nécessité pour les proconsuls de continuer à prendre les auspices et le respect du monopole impérial de la victoire. Il est vrai que dans un premier temps. j'avais été personnellement tenté d'admettre qu'après 19 a .4. Hurlet 2001a. Bleicken 1981. ce qui 179 180 I81 182 ne change rien à la règle selon laquelle une salutation impériale ne pouvait en aucun cas être accordée au général combattant sous les auspices de quelqu'un d'autre. Gell. 13. cf. 155-159 qui a pressenti que les réformes de 19/18 a . cf. Gell. Quant aux proconsuls. Le passage d'Aulu Gelle analysé ci-dessous me conduit plutôt à penser qu'à l'époque impériale. il est également précisé qu'il existait une règle selon laquelle les consuls et les préteurs "ont des auspices supérieurs parce que leurs auspices ont plus de valeur que d'autres" .présentée avec prudence . les proconsuls n'avaient plus été autorisés à prendre les auspices (cf. Il ajoute à propos des auspices pris par les magistrats supérieurs qu'ils "ne sont cependant pas les mêmes les uns et les autres et ne relèvent pas du même genre de pouvoirs parce que les censeurs ne sont pas les collègues des consuls ou des préteurs. Tibère aurait d'autant moins pu se sentir autorisé de concéder une salutation impériale à un général qui combattait sous les auspices du prince qu'il passait pour être respectueux des formes légales. mais ils ne donnaient plus droit au triomphe ou à une salutation impériale parce qu'ils étaient considérés comme viciés au regard du droit augurai ou d'une interprétation rigoriste défendue par Auguste à partir de 19 a. ni les censeurs aux consuls ou aux préteurs". L'idée qu'il existait pour les auspices une hiérarchie qui était fonction du statut de celui qui les prenait est clairement attestée par Aulu Gelle dans un chapitre qui reproduit et commente un extrait du traité sur les auspices de l'augure M. Sur ce passage d'Aulu Gelle et la question de la hiérarchie des auspices. 151-160.15. en particulier avec les réformes de l'année 19 a .m'apparaît tout compte fait peu crédible. Cf. Eck 1993a. cette hypothèse . Valerius Messala. 41). C . ils devaient se contenter de minora auspicia. Konrad 1994.C. ils étaient rangés dans une catégorie inférieure. et que les auspicia considérés comme maiora furent désormais réservés au prince et aux membres de sa domus.170 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN forme d'auspices parce qu'ils n'y étaient plus autorisés. Mais à l'examen et avec le recul. mais cette utile mise au point ne remet pas en cause l'idée que les auspices pris par exemple par un dictateur étaient considérés comme supérieurs à ceux d'un consul ou d'un préteur. Il faut pour cela admettre que les auspices militaires continuaient à être pris par les proconsuls à leur départ de Rome et durant leur année de gouvernement.5. À ce titre. mais qui formule un jugement radical sans doute excessif lorsqu'il affirme qu'à partir de cette date. On peut très bien imaginer que la hiérarchie auspiciale fut bouleversée avec l'instauration du nouveau régime. notamment n. les auspices des proconsuls doivent être rangés dans une catégorie inférieure à celle des auspices impériaux. il faut reconnaître que cette hypothèse apparaît excessive si l'on en juge par l'étendue des compétences religieuses et cultuelles des gouverneurs de province sous le Haut-Empire . 13. 203-2171. 264-267 qui précise que cette différence entre deux catégories d'auspices {maxima et minora auspicia) n'est pas à proprement parler de nature auspiciale (on imagine mal en effet comment une interrogation de la volonté des dieux pourrait être plus grande ou plus petite) et se fonde sur la hiérarchie des magistrats. on a de la peine à imaginer que les proconsuls amenés à diriger des opérations militaires aient renoncé à prendre les auspices avant toute bataille. alors que les préteurs le sont des consuls. en outre.15.

174. 2. Lutatius Catulus et le préteur Q. Il s'agit de déterminer comment Auguste réussit à faire admettre aux proconsuls que d'un point de vue auspicial. Plus gênant est le fait qu'une mesure officielle qui aurait établi la supériorité auspiciale du prince est incompatible avec le contexte politique des années 20 et du début des années 10 a. cf. Il faut seulement en conclure que les minora auspicia des proconsuls ne leur permettaient plus de recevoir les honneurs du triomphe. désormais réservés au pouvoir impérial en tant que titulaire des maxima auspicia .8.C. II faut ajouter que l'on voit d'autant moins comment le principe de la supériorité auspiciale du prince proconsuls aurait pu être formulée qu'il n'existe à ce sujet pas le moindre précédent. car on connaît les limites de l'argumentation a silentio. j'avais renoncé à traiter de ce problème dans une étude publiée précédemment en me contentant d'y préciser qu'"on ne connaît malheureusement rien de la forme qui aurait été prise pour instaurer une telle pratique" . : Auguste aurait difficilement pu prétendre avoir restauré la Res publica s'il rompait aussi brutalement avec une pratique traditionnelle qui pouvait difficilement reconnaître aux auspices du proconsul quelque infériorité que ce soit . la Macédoine et l'Illyrie). Les sources ne fournissent aucune précision sur les modalités d'une telle évolution du droit augurai dans ses applications pour la question du triomphe. Conformément à ses habitudes. ils se trouvaient dans une position inférieure à celle du prince. celui qui était devenu le fidèle second et le gendre d'Auguste refusa de célébrer le triomphe qui lui avait été Rome pour leur province (mis à part le cas des proconsuls qui continuaient à gouverner des provinces pourvues de légion(s) comme l'Afrique. Le principal argument qui va à l'encontre d'un tel procédé n'est pas l'absence à ce sujet de toute référence dans les sources. Max. L'opération était loin d'être évidente d'un point de vue technique. . Supposer l'existence d'une mesure officielle qui aurait reconnu en bonne et due forme aux auspices d'Auguste une supériorité sur ceux de tout proconsul est la première hypothèse qui vient à l'esprit. Le contexte différent.POUVOIRS D U PROCONSUL. Il est bien connu qu'après avoir remporté un important succès militaire dans le nord-ouest de la péninsule Ibérique. mais il apparaît que l'octroi du triomphe était déterminé par la question de la hiérarchie auspiciale : si 1 8 3 e s t uiersa auspicia accepissetis. car il fallait faire comprendre d'une manière ou d'une autre aux proconsuls que la tolérance qui leur avait permis de triompher après la réforme de janvier 27 en dépit de l'instauration d'un intervalle quinquennal entre la magistrature et le gouvernement provincial n'était plus de mise en 19. Sur un lien entre le droit de triompher et la hiérarchie des auspices. il a dû agir avec plus de prudence et de manière déguisée. moins brutale. Pour cette raison. Val. mais cette solution juridique est la dernière à laquelle Auguste aurait songé. 1 8 4 1 8 5 S U r ' e s cuius magis auspicio staretur ? Hurlet 2001a. POUVOIRS D U PRINCE 171 ne signifie pas qu'ils agissaient désormais sous les auspices du prince : c'est une chose de prendre les auspices d'une manière qui n'était pas pleinement conforme au droit augurai . qui est étroitement liée à l'attitude d'Agrippa en 19 au moment de son retour à Rome. c'en est une autre de combattre sous les auspices de quelqu'un d'autre.2 à propos du conflit entre le consul de 241 C . Valerius Falto à propos du triomphe. 183 184 185 Il existe une autre solution. La dernière question relative aux mesures de l'année 19 porte sur la forme prise pour l'établissement d'une supériorité impériale en matière d'auspices militaires.

Il va de soi qu'un tel exemplum était d'autant plus valide et efficient que les pouvoirs d'Agrippa étaient fondés et importants. Suspène pour avoir attiré mon attention sur ce point .49. Si la solution que je propose est la bonne. Sur les liens entre le refus d'Agrippa et les règles relatives au triomphe. 367-368 et 409-410. puisqu'il avait déjà renoncé au triomphe en 38 (Dion 48. notamment pour ce qui est de l'idée qu'Agrippa agissait comme légat d'Auguste entre 23 et 18]. constituait un précédent que tous les futurs proconsuls victorieux manqueraient d'autant moins de prendre en compte que la légitimité de leurs auspices était loin d'être garantie pour des raisons déjà évoquées .11. Cf. Dion 54.4 .C.du droit augurai dévalorisait leurs auspices en faisant planer la menace d'un vice de forme et leur interdisait en conséquence de célébrer la moindre cérémonie triomphale. Hickson 1991.C.92) et qu'il le refusa de nouveau en 14 (Dion 54. alors que d'autres priuati cum imperio comme Pompée.1. 1 8 7 1 8 8 1 8 9 1 9 0 1 9 1 a 1 9 2 . Simpson 1991.aequum ou maius. aussi dans ce sens Itgenshorst 2004.172 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 186 voté par le Sénat . il ne fait plus guère de doute qu'il fut investi dès 23 par une loi d'un imperium . 370] à propos du refus de 38 . mes critiques dans Hurlet 1997. 35-37 . Campbell 1984. Gagé 1933.ou rigoriste .24. Agrippa était un récidiviste. pouvaient se profiler des raisons qui tenaient au traditionalisme du nouveau régime.. aussi Dion 54. Girardet 1993a. 5. aussi App. 38-61 . L'idée que le refus d'Agrippa avait pour objet de créer un précédent incitant les proconsuls à une plus grande modération quant aux honneurs liés à leurs succès militaires repose sur le témoignage de Dion (Me Fayden 1920. cf. 356-357.7). 128-129 et Wardle 1994. Sur ce point. Le principe même de la suprématie auspiciale du prince était du même coup affirmé et affiché par le comportement d'Agrippa sous le couvert du traditionalisme du nouveau régime .450. il apparaît que la démarche adoptée par le nouveau régime pour se faire reconnaître une suprématie auspiciale et un 190 l91 192 1 8 6 Cf. 138-141. mais ces deux autres refus avaient une signification politique différente liée au contexte dans lequelle une telle décision fut prise. cf. 208-210 et Ferrary 2001. Syme 1958. Cette hypothèse va plus loin que l'opinion traditionnelle selon laquelle le but du refus d'Agrippa serait de faire du triomphe le monopole de la famille impériale. Tibère et Drusus le Jeune purent les célébrer sans aucune difficulté (cf. 58-64 [mais à partir de prémisses juridiques discutables. 5 .qui fut redéfini en 21-20 dans la perspective d'une mission en Occident . Hurlet 1997. Cf. aussi Roddaz 1992. 137-138 . cf. Roddaz 1984. calculée ou non. Il est de l'ordre des possibilités qu'il s'agisse là du seul moyen utilisé par le nouveau régime pour signifier aux proconsuls qu'une application stricte . 394-395). cf.. 214-217 qui justifie l'attitude d'Agrippa par le respect d'une tradition qui interdisait à des priuati cum imperio comme Agripp de triompher (cf. 181 [=Syme 1979a. cf. On s'est beaucoup interrogé sur les raisons profondes qui poussèrent Agrippa à agir de la sorte et diverses explications ont pu être proposées : modestie calculée dont le but non avoué serait de faire du triomphe le monopole de la famille impériale w ? Affirmation symbolique de la prédominance du prince auquel Agrippa communiquait exclusivement les résultats de sa campagne et ne disputait pas la qualité de îriumphator w ? Ces deux interprétations se complètent plus qu'elles ne s'excluent.12. mais on peut ajouter que l'attitude d'Agrippa put être présentée à l'époque comme un exemplum à imiter qui était censé avoir pour les proconsuls une valeur aussi contraignante qu'une loi ou toute autre mesure formelle si l'on en juge par le poids de la tradition à l'époque augustéenne ι» Renoncer à une cérémonie triomphale précisément en 19 a. on y reviendra . On retiendra malgré tout que Girardet a le premier pressenti ajuste titre que derrière des motivations morales comme la modestie d'Agrippa. Une telle interprétation ne semble toutefois pas pouvoir être retenue sous cette forme. B. puisqu'elle établit un lien entre un tel geste et le principe même d'une suprématie auspiciale du prince (et non plus seulement du monopole triomphal). dans la mesure où l'on ne s'explique pas pourquoi Agrippa aurait été le seul à renoncer aux cérémonies triomphales.6 . le précédent de Scipion l'Africain). Je tiens à remercier ici A. 359 .

Profectio et auspices d'Auguste de départ des proconsuls : le Forum Après les réformes de l'année 19 a . Pour ce qui touche les proconsuls. Il trouvait ainsi une manière symbolique de s'attribuer le monopole de la victoire à travers un décor qui visait à faire d'Auguste le continuateur de la lignée des uiri triumphales de Rome représentés sur toute la longueur du portique méridional et devant lequel tout proconsul ne manquait pas de passer sans se sentir subordonné au pouvoir impérial. D.173 POUVOIRS D U PROCONSUL. le prince comme tout gouverneur de province continuait à faire de cette colline une étape de la profectio. la construction du Forum d'Auguste constitue à bien des égards un autre événement politique qui contribua à son tour de manière symbolique à renforcer la mainmise du pouvoir impérial sur les hauts faits militaires des proconsuls. Il fut choisi comme le cadre topographique d'une série d'activités politiques et de manifestations liées à la guerre. Aug. le temple de Mars Ultor apparaît comme l'élément central de ce nouvel ensemble monumental .. 34-36. En faisant du temple de Mars Ultor une nouvelle étape obligée et le point de départ officiel des proconsuls en partance pour leur province.3 est notre unique témoignage. POUVOIRS D U PRINCE monopole triomphal était d'une grande souplesse : pas de décision brusque qui risquait de choquer les milieux traditionalistes et mettre Auguste en contradiction avec ses propos. Dion 55. 256-258 . C . mais un exemplum utilisé à des fins politiques avec autant d'efficacité qu'une mesure légale. . Cf. 29.. Il est bien connu que c'était désormais dans cet espace consacré que le Sénat se réunissait pour délibérer sur les déclarations de guerre et l'octroi du triomphe . Inauguré le 12 mai 2 a .10. Suét. cf. à la victoire et au gouvernement de l'Empire.2 et Dion 55. le nouveau régime imposait à une telle cérémonie d'avoir pour cadre l'ensemble monumental le plus représentatif de l'idéologie augustéenne et de la mainmise de la dynastie julienne sur la vie publique .C. C .2. C'est une stricte application de ce règlement que Tacite fait référence lorsqu'il lie la remise des ornements triomphaux aux proconsuls qui avaient combattu Tacfarinas à l'érection de 196 a Sur le Forum d'Auguste. 193 194 195 La dernière disposition de la loi sacrée du temple de Mars Ultor qui concernait les proconsuls prescrivait qu'il fallait ériger dans l'enceinte du Forum des statues de bronze des triomphateurs et de ceux auxquels les ornements triomphaux seraient décernés . Cf.10. Sur ce point. cf. Les changements introduits à ce sujet en 2 a. aussi dans ce sens Maratta 1999. couronnes des triomphateurs et enseignes romaines récupérées sur l'ennemi étaient déposés. il faut retenir au nombre des dispositions insérées par Auguste dans la lex templi que le nouveau temple consacré à Mars Ultor représentait le nouveau point de départ de l'itinéraire suivi par tout dignitaire romain au moment où il quittait Rome pour partir en province . c'était là aussi que les sceptres. Le transfert au Forum d'Auguste d'une telle cérémonie ne signifie pas que le Capitole perdit en même temps l'importance politique et religieuse qui avait été la sienne sous la République et il est avéré qu'à l'époque impériale. par Auguste étaient à la fois plus discrets et plus complexes. Bonnefond 1987. l'analyse récente et convaincante de Spannagel 1999.

mais sans doute peu après avoir franchi le pomerium dans un templum situé à proximité de cette limite . Y imperium auspiciumque.à moins d'imaginer comme pour le triomphe le vote d'une loi spéciale l'autorisant à revêtir son imperium à l'intérieur même du pomerium le jour de la profectio.13. Furius Camillus.4 à propos de la question de la localisation des auspices de départ du proconsul à l'époque impériale). Cf. Dernier élément institutionnel à souligner. Avant la lex Pompeia de 52 a . Iunius Blaesus .1. celles de M.98 199 20 1 9 7 Tac. L. le proconsul sur le point de partir pour sa province n'était plus légalement autorisé à prendre les auspices à l'intérieur du pomerium. Il ressort tout d'abord que pour ce qui est des récompenses accordées aux généraux victorieux. à ce sujet Servius. La représentation de ces six proconsuls au sein d'un tel ensemble monumental appelle deux remarques. dans le prolongement de ce qui est attesté à l'époque républicaine. Cf. Aen. Il prenait tout d'abord ce qu'on appelle les auspices de départ en quittant Rome. 4. Vervaet pour m'avoir fourni cette référence au témoignage de Servius et attiré mon attention sur le contenu du passage de Dion 53.4 qui souligne que le proconsul revêtait "les insignes de son pouvoir aussitôt après avoir franchi le pomeriιιηΓ..obtinrent eux aussi le privilège de faire ériger leur statue dans le Forum d'Auguste. ce qui n'est pas établi par les sources et est en contradiction avec le témoignage de Dion cité à la note suivante. Cossus Cornelius Lentulus et Galba . Il renouvelait cette opération divinatoire rituelle dans sa province lorsque c'était nécessaire °.23. À partir du moment où un intervalle d'au moins cinq ans fut instauré entre la magistrature et le proconsulat. le proconsul recevait à l'occasion de la profectio le droit de prendre les auspices en même temps qu'il était investi de Y imperium. Ann.consulat ou preture -. 1 9 8 1 9 9 2 0 0 . I97 . la représentation figurée des proconsuls dans le Forum d'Auguste montre à quel point ils étaient perçus non plus comme des concurrents du prince dans le domaine militaire.13. mais comme des auxiliaires dont les succès militaires servaient les intérêts du nouveau régime. sur ce point Dion 53. L'évolution des rapports des proconsuls avec le pouvoir impérial fut sensible entre la mise en place du nouveau régime à la suite de la bataille d'Actium et les dernières années avant le changement d'ère.178 (je remercie chaleureusement Fr. C . Passienus Rufus. Second point à souligner. ni non plus sur le Forum d'Auguste (situé à l'intérieur du pomerium).174 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN "trois statues couronnées de laurier dans la Ville". Il continuait donc au bout du compte à posséder sous le Haut-Empire les deux composantes indissociables du pouvoir à Rome.. puisqu'il n'était plus magistrat et que son imperium n'était pas valide dans YVrbs . ce qui lui permettait de prendre les auspices dits de départ sur le Capitole en vertu de son statut de magistrat. le proconsul prenait soin de quitter Rome pour sa province avant le terme de sa magistrature . matérialisée sur le Forum d'Auguste par la nature du programme décoratif et le déplacement de la profectio devant le temple de Mars Ultor. Le phénomène de concurrence qui s'était manifesté en 29-28 lorsqu'Octavien s'opposa plus ou moins directement à la consécration par Crassus des dépouilles opimes dans le temple de Jupiter Feretrius fit vite place à une coopération.L . Nul doute que tous les autres proconsuls d'Afrique auxquels fut décernée la même distinction militaire . Apronius et Q. 2. non plus sur le Capitole comme à l'époque républicaine . aucune distinction n'était établie entre proconsuls et légats impériaux dans la mesure où les uns et les autres obtenaient les ornements triomphaux et que les statues des premiers se dressaient à proximité des statues des seconds dans un même décor.

Dans un tel cas defigure. Si tel était le cas. De même qu'il finit par être admis que seul le prince était amené à faire usage de Y imperium militiae de manière extensive. ce qui est loin d'être exclu. Durant les premières décennies du principat. il veillait simplement à les subordonner aux siens de manière à instaurer à son profit un monopole de la victoire. notamment en ce qui concerne le sens à donner à la formule qui subordonne cet acte édilitaire aux auspices de Titus. Cf. postérieures à l'époque julio-claudienne et limitées à des situations spécifiques.POUVOIRS D U PROCONSUL. mais il faut convenir que dans l'état actuel de notre documentation. sur cette question supra.il ne faudrait pas nécessairement interpréter la mention des auspices impériaux dans le cadre d'un acte édilitaire accompli par le proconsul d'Asie sous 1 angle technique d'une opération rituelle relevant des compétences religieuses du prince . La première difficulté porte sur le point de savoir s'il faut établir ou non un lien entre la mention des auspices impériaux et une nomination extra sortem . les mentions a'auspicia pris par le prince au sein des provinces publiques sont rares. Les auspices du prince dans les provinces publiques : vers un monopole impérial? Les paragraphes précédents ont cherché à souligner avec quelle prudence Auguste et Tibère agirent lorsqu'il était question des auspices pris dans le cadre du gouvernement des provinces publiques.. POUVOIRS D U PRINCE 175 Épilogue. elle pose de multiples problèmes historiques. le prince ne devait pas interdire aux proconsuls de prendre leurs propres auspices . exception faite des désignations extra sortem comme celle de Cossus Cornelius Lentulus. la référence aux auspices impériaux constituerait en ce sens une expression consacrée propre aux interventions des proconsuls dont la désignation avait été confiée d'une manière ou d'une autre au prince par le Sénat. Au fur et à mesure que les années passaient. 99-100.. la dédicace de ce monument de Milet constituerait la première référence aux auspices du prince comme fondement d'une intervention impériale dans une province gouvernée par un proconsul tiré u sort. fils du Divin Vespasien . Le terme de l'évolution était l'affirmation par le pouvoir impérial d'un monopole auspicial dans l'ensemble des provinces. l'inscription du nymphée de Milet serait à mettre en parallèle avec la dédicace à Mars Auguste de Lepcis Magna qui précisait que le bellum Gaetulicum avait été conduit sous les auspices d'Auguste par Cossus Cornelius Lentulus proconsul d'Afrique . les auspices impériaux acquirent un tel prestige qu'il ne serait venu à l'esprit d'aucun proconsul de rivaliser avec le prince de ce point de vue. Si cette solution est pleinement convaincante d'un point de vue technique et me semble incontestable pour ce qui est de la forme. 367-399." . Le premier cas à étudier est la récente proposition de restitution qui a été avancée par Alföldy à propos de l'inscription du nymphée de Milet et qui fait apparaître que ce monument a été dédicacé en 79/80 par le père de Trajan en tant que proconsul d'Asie "sous les auspices de l'Empereur Titus César Vespasien Auguste. 201 202 a 2 0 1 2 0 2 Alföldy 1998a. S'il fallait penser au contraire que le père de Trajan avait été désigné comme proconsul d'Asie à la suite de la procédure usuelle de la sortitio. . de telles précautions juridico-religieuses apparurent de plus en plus superflues aux yeux d'un pouvoir impérial qui éclipsait toute autre autorité à tous égards.

L'idée que les auspices aient été pris collectivement.176 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN il faudrait plutôt y voir une formule générale qui renvoie à la volonté de Vespasien et de son fils aîné de restaurer les cités de l'Empire et d'améliorer leur infrastructure monumentale ° 3 Autant d'interrogations auxquelles il n'est pas possible d'apporter des réponses définitives dans l'état actuel de nos connaissances. qui plus est y compris par une femme. 26262.. dans la mesure où les auspices y sont présentés comme étant ceux de plusieurs membres de la famille impériale. est en effet un non-sens institutionnel. 233). La situation se clarifie à l'époque sévérienne avec la dernière mention d'opérations conduites par un proconsul sous les auspices du prince. Caes. 273 et n. CIL. à cette différence que l'autorité provinciale amenée à procéder sur le terrain aux opérations de deductio était non plus le proconsul.mena à bien la deducilo de la colonie. Il en résulte que les auspices impériaux sont mentionnés en relation avec la décision prise par les Sévères de promouvoir au rang de colonie romaine une cité d'Afrique Proconsulaire. La teneur de l'inscription de Vaga renvoie au contraire à une situation spécifique pour laquelle il avait été jugé nécessaire de mettre en avant d'une manière ou d'une autre la responsabilité suprême du pouvoir impérial en la matière eu égard aux compétences reconnues à ce dernier pour ce qui est des fondations ou des promotions de cité. Mais il ne faut pas généraliser pour autant l'idée que le prince avait fini par exercer dans l'absolu un monopole auspicial pour tout ce qui touche aux provinces publiques. en l'occurrence Septime Sévère. opération technique qui avait rendu sa présence à Vaga nécessaire. 9. Vict. Cf. 256. mais un de ses légats investi d'une telle mission occasionnelle par délégation du prince (CIL. de Caes. Caracalla. n. Gascou 1972. ce qui suffit à démontrer que la mention en Afrique des auspicia des Sévères ne doit pas être interprétée autrement que comme une tournure imagée choisie 2 204 205 2 0 3 Sur un tel programme politique.T. 9. VIII.. cf. S'y ajoute que cette référence aux auspices impériaux a sans aucun doute perdu sa signification technique et juridique qui avait été observée pour l'époque augustéenne (en particulier à propos de Cossus Cornelius Lentulus) et en vertu de laquelle les actions de certains proconsuls avaient pu être subordonnées au pouvoir impérial à travers l'observation rituelle préalable du ciel et (ou) des oiseaux par le prince. Géta et Iulia Domna). Elle est attestée à Vaga (Afrique Proconsulaire) par l'inscription d'un arc qui distingue les compétences exercées respectivement par le proconsul et le pouvoir impérial en matière de promotion de cité. Iulia Domna incluse. Une formule semblable est utilisée sur une autre inscription à propos de la promotion coloniale d'Uchi Maius sous Sévère Alexandre et de la deductio qui en avait résulté. tandis que la famille impériale est présentée comme l'autorité suprême au nom et sous les auspices divins de laquelle la colonie avait été créée .. C'est ce qu'indique l'emploi du pluriel eorum dans la formule nomin<e> et auspiciis diuinis eorum (ce pronom démonstratif renvoie ici aux membres de la famille impériale auxquels la dédicace est adressée et qui sont énumérés sur l'inscription de l'arc. 14395. il apparaît clairement que le proconsul . et non ceux du seul Septime Sévère . 168-171 et Gascou 1982. VIII. cf.8 et Epit. mais qui montrent dans quelle mesure le prince pouvait faire valoir à un titre ou un autre son statut auspicial pour agir dans une province publique. 257a. C'est la conclusion incontestable qui se dégage de l'inscription de Vaga. Flavius Decimus . à ce sujet infra. 2 0 4 2 0 5 . Aur.9. Même si les problèmes posés par cette dédicace ne sont pas tous résolus.

Il s'exprimait alors de manière non pas absolue comme cela finit par tre le cas à l'époque impériale. L'idée même d'un imperium supérieur trouve ses origines dans les institutions de la Rome républicaine. Alors qu'Auguste monopolisa les maxima auspicia dans le domaine militaire sans doute dès 19 de manière à réserver à la domus impériale la célébration de toute cérémonie triomphale. ni honoré comme tel par les cités et leurs élites. 206 C H A P I T R E III L A H I É R A R C H I E D E S IMPERIA DU P R I N C E : L A Q U E S T I O N D E LIMPERIUM MAIUS La supériorité des auspices du prince sur ceux des proconsuls s'accompagna d'une supériorité de son imperium. il ne faut pas surestimer l'importance des auspices ni voir de manière systématique dans cet acte rituel un des fondements des interventions du prince dans les provinces publiques et de sa supériorité sur les proconsuls. le prince ne passait pas dans l'absolu pour avoir exercé un monopole auspicial au détriment des proconsuls . pour le reste. La même conclusion vaut pour ce qui concerne la place du prince dans la hiérarchie des imperia. En dehors de cas particuliers limités aux désignations extra sortem ou aux promotions de cité. Il est vrai qu'aucune source d'époque impériale n'évoque à un moment ou un autre les auspices des proconsuls. ce qu'on appelle Y imperium maius finit par être détenu par le prince au terme d'un processus plus complexe et plus long que ce qui est généralement admis. POUVOIRS D U PRINCE par les cités promues au rang de colonie romaine pour exprimer leur reconnaissance à l'égard du pouvoir impérial auquel elles devaient d'être devenues de petites Romes . mais de maius imperium quam. déjà dans ce sens Alföldy 1998a. C'est l'enseignement principal qui se dégage du très petit nombre de mention des auspicia du prince dans le contexte de toute intervention du pouvoir impérial dans les provinces publiques. de l'ovation et de la salutation impériale . La primauté du prince dans la hiérarchie des auspicia avait beau ne faire aucun doute. mais ce silence ne signifie pas que le droit de prendre les auspices sous une forme ou une autre leur fut retiré pour être monopolisé par la famille impériale . La conclusion générale est que le nouveau régime n'exploita pleinement le droit augurai que pour se réserver le monopole du triomphe. mais relative : il n'est jamais question dans les sources de cette époque ^ imperium maius. . mais là encore il faut compter avec une évolution au terme de laquelle il se fit reconnaître une supériorité absolue sur Y imperium des proconsuls. il n'était pas non plus volontiers reconnu dans les provinces publiques comme le seul dépositaire des auspicia publica.177 POUVOIRS D U PROCONSUL. ce qui est sensiblement e 2 0 6 Cf. celui-ci utilisait d'autres procédés pour faire valoir sa préséance sur les proconsuls et faire appliquer par ces derniers les décisions qu'il avait été amené à prendre là où il se trouvait. mais ces deux fondements du pouvoir impérial sur lesquels reposait la mainmise du prince sur les provinces publiques furent établis indépendamment l'un de l'autre. 387-388. il reflète plutôt le sentiment diffus qu'il ne pouvait être question de rivaliser avec le statut auspicial du prince.

triumvirat agraire et tribunat militaire selon le témoignage de la lex repetundarum de 123 a . 427 et 441 .15. Badian 1982. Jones 1951. De Martino 1972. aussi à ce sujet les doutes exprimés par Crook 1996. une telle question ne se posa pas dans la pratique. istituti e terminologia giuridica nelle opere di M. en dernier lieu Ferrary 2001. 20 . cf. 38 . n.. 203 . 86 à propos des témoignages de Cicéron cités à la note précédente . dans ce sens Staveley 1963. et qui n'entraient pas en relation avec les autres magistrats alors en fonction à Rome ou dans d'autres provinces. 8. consul. triumvirat capitalis. qualifié en conséquence de minus . auxquels vinrent s'ajouter les tribuns militaires à pouvoir consulaire. n. 1.. fr. 397-398. tribuns de la plèbe. 354 Cenderelli [Varroniana. L'existence d'une hiérarchie entre différents détenteurs de Γ imperium est attestée dans un premier temps pour les magistrats en fonction de l'ordre des magistratures du cursus honorum : dictature. Dans le prolongement de ces observations. n° 1. 22. 35.15. Cf. 120-121 . 204 . Cf. interroi. Geli. questure. édilité tribunat de la plèbe. aussi Att. Une telle interprétation est contestable.178 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 207 différent . consulat.114 et 214. C'est en vertu d'un tel principe que dans un fragment du livre de M. Comme l'a souligné Roddaz 1992. Ehrenberg 1953. Terenzio Varrone. Mur.7. il était apparu tout au long de l'époque républicaine comme le titulaire du summum imperium militiae (consulare) dont on concevait mal qu'il eût pu être subordonné à un autre °.4. puisque les proconsuls d'époque républicaine étaient d'anciens magistrats . désormais étendu à l'ensemble de l'Empire. Le texte le plus clair sur la supériorité générale des consuls est celui de C i c . 193. Vairon donne également dans un ordre hiérarchique une liste des magistrats qui avaient le droit de présider le Sénat : dictateur. C . 70-72 et 82 . 28. 223-226). I. 115-116 . 72] = Geli. 298 . mais cette thèse reste purement théorique et ne repose sur aucun fondement l é g a l .4). Auguste exploita le principe bien établi selon lequel un imperium pouvait être supérieur à un ou plusieurs autre(s) pour subordonner les pouvoirs des proconsuls à son imperium. notamment parce que le proconsul pouvait difficilement être soumis à quelque imperium que ce fût dans le contexte des premières années du nouveau régime : loin de pouvoir être assimilé à un magistrat de rang inférieur à celui du prince. Giovannini 1983. 14. les décemvirs constituants et les triumvirs constituants (Quaestionum epistolicarum libri. préteur. 113 . Rich 1990.3 et de manière plus allusive ou rhétorique C i c . À l'origine. . 13. η. cf. Phil. 295-296. Sur cette question. Cf. 163 . Mommsen DPR.472-478 . Costabile & Licandro 2000. 13. 4. 740-741 et Roddaz 2003a. 10 . et de plus en plus contestée. 2. 1 et VII. il a été d'ordinaire admis à partir du témoignage de Dion Cassius que. Il est souvent affirmé qu'une supériorité d'ordre général était reconnue aux consuls . cf. La thèse d'une supériorité générale de Y imperium du consul sur celui du proconsul a été souvent admise par l'historiographie contemporaine (cf. I. préfet de la Ville.. elle doit être en outre analysée comme une conséquence du prestige dont jouissaient les consuls plus que comme une nécessité d'ordre juridique. preture. censure. 43 avec prudence . Boak 1918.Nicolet 1979. 65. très tôt. Me Fayden 1921. Y imperium du consul était défini comme maius par rapport à celui du préteur. Arnaud 1994. 251 et Hurlet 1997. voire quelque temps plus tard. Charbonnel 1979. n. plus rapidement Birley 2000. Valerius Messala consacré aux auspices. 131-135 .dont Y imperium (consulaire) avait été prorogé au terme de leur année de magistrature.26. 74 et Ad Fam.9.. maîtrise de cavalerie. Last 1947. La place du proconsul dans la hiérarchie des imperia est un problème complexe. 170 et Lintott 1993. 2 0 8 2 0 9 2 1 0 2 1 1 2 1 2 .consuls et préteurs . Y imperium 208 209 21 211 212 2 0 7 Comme l'a fait remarquer Lebek 1991. aussi dans ce sens Girardet 1991. Roman Statutes.

Girardet 2001. 254. Des propositions eurent beau avoir été émises pour donner une supériorité sur les proconsuls à Pompée en 57 et à Cassius en 43. m C e m 2 1 3 2 1 6 . aussi dans ce sens. il faut préciser qu'en 43.62. POUVOIRS D U PRINCE 179 consiliare du proconsul pouvant difficilement être inférieur à Y imperium de même nature détenu par le consul. fin avril 43 au lendemain de la bataille de Modène.entretiendraient à la fois avec les consuls et les autres proconsuls des provinces où ils seraient amenés à intervenir.2 reste trop imprécis pour nous autoriser à parler à coup sûr de l'octroi à Cassius d'un Perium maius). cf.31. qui constituerait le premier cas de recours au principe selon lequel Y imperium consulaire d'un proconsul était supérieur à celui d'un autre proconsul). elles furent toutes deux rejetées . Sur le refus d'accorder un imperium maius à Pompée. fussent-ils de rang prétorien.on sait qu'il s'agì. Une telle égalité des pouvoirs présenta l'inconvénient de faire très vite apparaître un conflit de compétences lorsqu'en 67.. Un des moyens d'éviter ce type d'incident était de choisir comme gouverneur de province d'anciens préteurs. La supériorité de ce dernier pendant toutes ces années reposait non pas sur une prétendue hiérarchie des imperia (Γimperium des proconsuls d'Asie. mais sur une différence de e r 213 214 215 216 2 . solution qui fut appliquée pour l'Asie de 66 à 62 pendant les campagnes menées par Pompée contre Mithridate en vertu de la lex Manilla. Cf. lorsque la Syrie. À cette époque. Ameling 1994. 2. La question est de savoir si ce dernier fut ou non investi à cette occasion d'un maius "periu quam (Girardet 2000. 4. reprit les dispositions proposées par Cicéron dans sa première motion en faveur de Cassius". Pompée ne réussit à imposer ses propres directives ni à un des consuls en fonction C. Att.et n'en faisait pas pour autant un imperium minus par rapport à celui de Pompée. Girardet 1992a.18 et 37. Brutus et Cassius dans le courant du I siècle qu'il s'avéra nécessaire de définir avec plus de précision dans les textes de loi la nature des relations que ces généraux . Veil. Dion 36. 2 1 4 l. l'Asie. tandis que Ferrary 2001. le Sénat préféra adopter une autre solution en réservant la campagne contre l'antonien Dolabella aux consuls. 153-209. On ne sait en revanche rien de précis sur la teneur du décret d'investiture voté un peu plus tfrd. en l'occurrence d'un imperium "égal" dans le sens où aucun autre ne lui était supérieur .2. 3 Cf. C'est avec le recours aux pouvoirs extraordinaires confiées à Marc Antoine le Crétique. la Bithynie et le Pont furent finalement confiées à Cassius. ni au proconsul de Crète Q. 177-188 . 279-287 et Pani 2001. C i c . 212-227 . 133 juge "extrêmement Probable que ce s. une telle définition signifie que d'un point de vue juridique. 186-189 y répond par la négative.1.c.7. Girardet 1991. 29. Girardet 1993b. la pratique ordinaire était d'investir ces généraux d'un imperium qu'une de nos sources. était consulaire au même titre que celui de Pompée). Pomp. pas plus Marc Antoine le Crétique et Pompée que Brutus et Cassius ne furent à aucun moment investis d'un imperium maius pour mener à bien leur mission . 2. 180189 . Caecilius Metellus Creticus .qualifiés de proconsul .3. Pour ce qui est de Cassius. Cf..POUVOIRS D U PROCONSUL. Girardet 2000. Plut. . Les travaux de Girardet ont fait progresser nos connaissances sur ce sujet en montrant que contrairement à ce qui a été souvent admis..2 . 201-215. Les sources ne permettent pas d'adopter à ce sujet de solution ferme (le ernoignage de Veil. leur imperium continuait à n'être subordonné à aucun autre. dans le prolongement des travaux de Girardet. Pompée. qualifie d'aequum. Velleius Paterculus. Un tel expédient ne changeait toutefois rien à la nature de Vimperium détenu par les gouverneurs de l'Asie . Si on se place du point de vue des proconsuls des provinces concernées par ces missions extraordinaires. Calpurnius Piso. 10-12 : Hurlet 1997..it de proconsuls .

180 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN statut et de prestige : en tant qu'ancien consul.29 . Il est vrai que les triumvirs s'étaient attribué le droit de proposer au Sénat les noms de leurs partisans qu'ils désiraient faire désigner comme proconsuls. On a pu penser que le silence des sources à ce sujet se justifiait au regard de l'exercice simultané par Auguste du consulat. Les années 27 à 23 : Γ inexistence d'un imperium supérieur des proconsuls à celui Rien dans les sources ne permet de penser que la réforme provinciale de janvier 27 a. durant ces années. 352 et Dettenhofer 2000. cf. En 27 a. statut qui lui aurait conféré de iure une supériorité automatique sur les proconsuls et le droit d'intervenir dans n'importe quelle province publique . déjà peu envisageable en soi si l'on tient compte du contexte politique. mais une telle présélection ne signifiait pas que leur imperium était devenu par la même occasion maius ™. 113 (avec prudence) . Rohr Vio 2000. Levick 1975. Ameling 1994. Jones 1951. 254. dans ce sens Syme 1952. 8 . Sur cette question. Auguste héritait d'une pratique républicaine qui dévalorisait le recours à Y imperium maius. sur cette question Ferrary 2000. Par prudence et par cohérence à l'égard d'un programme politique censé restaurer la Res publica. Stockton 1965. 2 1 8 2 1 9 2 2 0 . C'est ce qui explique pourquoi ce que les modernes appellent Y imperium maius fut si long à mettre en place. n. Appien définit Γ imperium des triumvirs comme une αρχή ϊσον ισχύουσα ύπάτοις . Eck 1998b. A. L'institution du triumvirat en 43 ne donna pas non plus naissance à un imperium maius auquel les proconsuls auraient été soumis. Auguste n'eut jamais à se déplacer dans la moindre province publique et à intervenir à ce titre dans un territoire qui était du ressort d'un proconsul . Bleicken 1990.C. 79 et 97-98. il ne pouvait faire table rase des expériences institutionnelles antérieures. Cf. doit 220 2 1 7 Cf. 16 . 217 2 219 A. 157 . elle laisse au contraire plutôt penser que leur imperium était "égal" (ϊσον) à Y imperium consulaire dont tout proconsul était investi.2. 4. App. 307 et Pani 2001. il demeure qu'elle ne fait aucune référence à une supériorité des triumvirs exprimée sous quelque forme juridique que ce soit .C. de manière plus nuancée Bleicken 1993. 86-87. dans des provinces dont le gouvernement lui avait été confié depuis 27. Même s'il faut se garder de considérer cette formule comme une transcription mécanique en grec d'une clause de la lex Titia. Elle eut pour résultat de diviser l'Empire entre provinces impériales et provinces publiques sans jamais aborder la question de la hiérarchie des imperia entre le prince et les gouverneurs des seules provinces qui lui échappaient encore. en dernier lieu Roddaz 1996.. 54 . 300 . Il a tout d'abord déjà été souligné que les arguments en sa faveur faisaient défaut. 130-131 . Pompée n'avait à redouter aucune opposition de la part de proconsuls qui étaient de rang prétorien .. Cette réalité signifie que l'éventualité d'un conflit de compétences entre le prince et un proconsul. cf. mais une telle hypothèse reste discutable.notamment celles de Pompée. Bleicken 1998a. en particulier du modèle que représentaient pour sa propre position les missions extraordinaires de la fin de la République . il mena des campagnes en Occident. Il apparaît ensuite d'un point de vue plus pragmatique que de 27 jusqu'à 23. en Gaule et dans la péninsule Ibérique. 347-350 et Vervaet 2006a. 104 . donna à Y imperium d'Auguste quelque supériorité que ce soit sur celui des proconsuls.C.

H pouvait arriver que depuis l'endroit où il se trouvait. 94 . elle apparaissait plutôt comme une conséquence du prestige social dont Auguste jouissait en tant que consul. 114 . 156 . s'il fallait * à la lettre le témoignage de Dion Cassius et dater à ce titre le procès de Tannée 22. Rohr Vio 2000. mais elle ne reposait pas sur une prétendue hiérarchie des imperia . Badian 1982. La seule supériorité envisageable était à la rigueur celle qu'Auguste détenait sur les sept proconsuls de rang prétorien tirés au sort chaque année entre 27 et 22. L'épisode des campagnes de M. 231-234 . dans ce sens Rich 1990. 731-733 . plus 5 U l V r e ev r .ou de [Q. dans ce sens de manière implicite Lacey 1980. Crook 1996. 20). n. Le témoignage de Dion Cassius insère la notice sur le procès de M. 2 2 2 u 2 2 3 Dater le proconsulat de M. soit moins probablement dans le courant du printemps (il faudrait alors imaginer que le procès eut lieu soit en 24. au même titre que Pompée dans ses relations avec les proconsuls prétoriens d'Asie entre 66/65 et 62/61. Auguste fût amené à adresser des instructions à des proconsuls. Daly 1984. Weinrib 1968. En tant que consulaires.] Marc/us Cnspus si l'on suit l'interprétation de A.y compris ceux qui étaient de rang prétorien . Syme 1986. Or ce serait aux partisans de Tannée 23 de démontrer pourquoi l'historien grec généralement bien mformé a rompu dans ce cas précis avec la pratique annalistique habituelle. il serait parti pour la Macédoine soit durant le printemps 24 (avec pour conséquence que le procès "aurait pas eu lieu avant son retour à Rome au printemps 23). mais l'historiographie contemporaine est partagée entre ceux qui suivent à la lettre l'indication chronologique de l'historien grec (Atkinson 1960a. Swan 1967. mais on verra infra qu'une telle intervention était la conséquence d'une ordonnance prise par Auguste et Agrippa en tant que consuls . 101-102 . Cogitore 2002.en Macédoine contre les Odryses et de son procès à son retour à Rome achève de confirmer que les rapports entre le prince et les proconsuls .1.12 . Il n'entre pas dans mes intentions d'apporter une réponse définitive à n problème qui reste insoluble dans l'état actuel de nos connaissances. 18-39 . Kienast 1982. Arkenberg 1993. soit au début de Tannée 23). 204-227 . Primus d'une année et proposer à ce titre Tannée 23 (Jones 1951. Primus . Primus dans la partie du récit consacré à Tannée 22. Daly 1978. Il est regrettable que la datation de ce procès continue de poser problème (23 ou 22 ?) . 24/23 ou 23/22 . en aucun cas. Primus de 23/22 serait en tout cas à exclure s'il fallait faire remonter son Procès à Tannée 23 (cf. 179) . 118.94 et 99. Primus ainsi que celle de la conspiration de Caepio et Murena et l'identité de ce dernier. Birley 2000. 323. Bleicken 1990. Badel 2003. n. 235-247 . Bringmann 1977. pratique attestée par une inscription de Kymè. n. 161 . 170. 84 . mais rien ne permet de choisir à coup sûr Tune ou l'autre des deux interprétations restantes : le P °consuIat de Macédoine de M. 345 et 728 .471-491 . seule pouvait prévaloir à leur encontre Yauctoritas du prince. les proconsuls d'Afrique et d'Asie étaient en revanche dans une situation qui infirmait toute idée de subordination . Ferrary 2001. Il fait également ressortir les limites des pouvoirs d'Auguste à l'égard du gouvernement des provinces publiques. qui est loin d'être secondaire dans mesure où la solution retenue dans ce cas précis détermine la datation du proconsulat de Macédoine de M. Syme 1952. n. 37. 19-23 et 28-31 . 440-473 . Primus daterait soit de 24/23 (le procès aurait eu lieu au début de Tannée 22. 49-51 .POUVOIRS D U PROCONSUL. En revanche. Rich 1990. 388-390 [de manière plus prudente que dans la Révolution romaine] . Birley . Il s'agit là d'un des plus épineux problèmes de chronologie augustéenne. 31 et Thomasson 1984. Primus gouverna la Macédoine en 25/24.R. 97-100 et 105. Primus.n'étaient pas caractérisés formellement au départ par une supériorité du premier sur les seconds. dans cette Perspective. 123-135) et ceux qui la rejettent pour antidater le procès de M. 272 . Levick 1975. ce qui nous interdit de déterminer à coup sûr si M. Jameson 1969. Dettenhofer 2000. 2 2 2 223 2 2 1 Cf. Tannée proconsulaire 25/24 rait être écartée. mais aucune explication n'a jamais fourni la preuve irréfutable que Dion Cassius avait commis à ce propos une confusion chronologique ou postdaté le procès de M. POUVOIRS D U PRINCE 181 221 être résolument écartée pour des raisons pratiques pour la période qui va de 27 à 2 3 . Brandt 1995. Stockton 1965. 83-94 . 174-175 . n. 72 . 326 et 569. elle ne relevait d'un prétendu imperium maius du prince. 71 . 300-314 . Bleicken 1998a. 86-87 = Kienast 1999.

182 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN Cette question de chronologie augustéenne n'est pas sans incidence sur la définition de l nature et de l'évolution des rapports entre le prince et le proconsul. Aucune de ces deux solutions ne s'impose de toute évidence. Sur cette question. Dion Cassius constitue notre seule source sur le proconsulat de M. entre le retour de M. Si le proconsulat de M. en outre. entré en fonction au moins six mois après le départ du proconsul pour sa province (c'était l'hypothèse qu'avait développée Atkinson. soit de 23/22 (le procès se serait alors déroulé durant l'été. mais qui doit être abandonnée comme l'a démontré Stockton 1965. mais il faut avoir présent à l'esprit une telle difficulté chronologique avant d'analyser toute cette affaire de manière plus détaillée. Primus n'aurait pas manqué de produire une pièce qui le disculpai partiellement).passage qui intéresse la question des relations entre le pouvoir impérial et le proconsul mérite d'être traduit in extenso : "Quand un certain Marcus Primus fut accusé d'avoir fait la guerre aux Odryses pendant qu'il était gouverneur de Macédoine et eut déclaré à un moment qu'il avait mené cette guerre sur l'avis d'Auguste. Primus se révélait être antérieur à la réforme de l'été 23. à un autre sur celui de Marcellus. Rich 1990. on ne voit pas en quoi la référence au consul aurait pu menacer Auguste). s'il datait de 23/22. il pourrait être utilisé pour nous aider à mieux réévaluer (à la baisse) les effets de la réforme de janvier 27 sur les relations entre le prince et les proconsuls . Primus est antérieur ou postérieur aux réformes de l'été 23. il devrait être versé au dossier des conséquences de la réforme de l'été 23 sur le gouvernement des provinces publiques et contribuerait à en minimiser la portée. ce qui ne nous avance guère plus pour dater le proconsulat de M. je le répète. Primus et son procès à son retour à Rome. L'impossibilité de fixer une chronologie sûre conduit à formuler à ce sujet l'alternative suivante. Le . l'accord du Sénat et du peuple Romain continuait à être requis lorsqu'il était question de déclarer la guerre à une peuplade localisée dans une province publique ou aux confins de celle-ci. sous peine d'une accusation de maiestate (populi Romani). Primus et le départ d'Auguste en Sicile après la dédicace du temple de Jupiter Tonnant le 1 septembre 22). Il faut donc songer au neveu d'Auguste. il est assuré qu'elles furent données oralement au moment de la profectio de M. Les remous suscités à Rome par le comportement de M. cf. 36-37 . Auguste se rendit spontanément au tribunal . dans la mesure où nous ne sommes pas en état de savoir à coup sûr si la guerre menée par le proconsul contre les Odryses était antérieure ou postérieure à la réforme de l'été 23. il est d'autant moins question de déterminer de façon définitive si le proconsulat de M. De telles incertitudes chronologiques sont d'autant plus gênantes que l'ensemble de cette affaire est d'une grande importance pour la question qui nous occupe.bref . Claudius Marcellus Aeserninus. Primus en Macédoine font en effet ressortir les limites des pouvoirs détenus dans le cadre du gouvernement des provinces publiques aussi bien par le proconsul que par le prince · ils soulignent a contrario que d'un point de vue formel. Le seul point assuré est l'identité du Marcellus qui aurait enjoint à M. 175 qui précise que Primus fut accusé non pas pour avoir déclaré et mené une guerre. Primus : Marcellus aurait pu donner ses instructions aussi bien durant le printemps 24 que dans le courant du printemps 23 (on sait seulement qu'il mourut à la fin de cette dernière année). mais pour l'avoir fait contre une peuplade alliée de Rome. interrogé par a 224 de six mois après son retour à Rome). qui plus est à une peuplade jusqu'alors alliée de Rome comme les Odryses . Primus. Pour la question qui nous occupe. Les possibilités sont multiples et il n'est pas possible dans l'état actuel de nos connaissances de privilégier l'une ou l'autre des solutions chronologiques présentées si l'on veut éviter tout risque de raisonnement circulaire. er 1 2 2 4 . M. ce qui interdit d'identifier ce Marcellus avec le consul de 22. Primus de déclarer la guerre aux Odryses : étant donné que de telles instructions n'avaient pas été consignées sous une forme écrite (autrement M.

Primus ayant mal interprété ou interprété instructions orales d'Auguste (comme le suggère Rich 1990. Primus pour lui avoir enjoint de mener une telle guerre. Primus ou d'Auguste disait la vérité : soit il faut faire confiance au premier.2. Son attitude à l'égard de 228 2 2 5 Dion 54.183 POUVOIRS D U PROCONSUL. L'attitude embarrassée d'Auguste et les tensions générées par ce procès constituent une autre indication intéressante : mis en cause par M. L'interprétation de toute cette affaire est délicate. le droit de faire la paix et la guerre enΤ . 226 227 Il est patent que dans le courant des années 20. POUVOIRS D U PRINCE 225 le préteur sur le point de savoir s'il lui avait enjoint de faire la guerre. Primus fut accusé d'avoir porté atteinte à la majesté du peuple Romain . le texte de Dion n'est pas clair sur ce point). Auguste était loin de pouvoir agir à sa guise dans les provinces publiques. Qu'il ait réellement ou non adressé des instructions secrètes à M. Seule comptait l'impression produite par des propos qui réaffirmaient publiquement le principe de la non-intervention du pouvoir impérial dans le déclenchement d'une guerre aux confins de la province publique de Macédoine. Primus est impossible à déterminer et importe peu pour notre analyse. Quoi qu'il en soit. mais il ne pouvait teire usage à l'origine que dans les provinces impériales . Auguste n'était pas en situation de prendre seul la décision de déclarer la guerre à une peuplade localisée dans une province publique ou aux confins de celle-ci. et la volte-face du prince était dans cette perspective une manœuvre politique destinée à faire taire les critiques en accréditant l'idée qu'il ne s'était pas cru en droit d'adresser secrètement des instructions à un proconsul. qui plus est pour une question aussi délicate qui relevait du Sénat et du peuple Romain .et non du prince (mais fut-il condamné ?. ce qui signifie qu'il n'en existait aucune trace écrite et qu'il se serait agi d'instructions orales. La seconde solution apparaît invraisemblable et la première me semble de loin préférable. C'est la seule explication qui permette de comprendre pourquoi M.C.Ι · · . ce qui signifie qu'un proconsul avait osé déclarer une guerre de son propre chef sans en avoir référé au Sénat. Primus ait agi contre l'avis d'Auguste a été envisagée par Bleicken 1998a. ce n'est que plus tard que le pouvoir impérial fut n 5 3 1 7 5 e t S t r a b 7 3 2 5 c f a u s s i l a . il nia" . M. il lui aurait fallu au préalable l'accord du Sénat et du peuple Romain pour ne pas faire l'objet d'une accusation qui tombait sous le coup de la lex Mia maiestatis. Primus qui monta de toutes pièces un mensonge aussi éhonté. au Peuple Romain et au prince. ni de cautionner un tel acte . C'est également la seule manière de justifier l'attitude d'Auguste lors du procès : la non-reconnaissance au pouvoir impérial de toute forme d'autorité directe sur les provinces publiques avait eu pour effet que le prince se rendit au tribunal pour démentir expressément des affirmations du proconsul qui le mettaient dans une situation délicate.3. soit c'est M. première clause de la Lex de imperio Vespasiani). mais il est impossible d'en apporter la preuve absolue. il se rendit au tribunal sans avoir été invité à comparaître pour affirmer publiquement qu'il n'avait donné aucune instruction allant dans ce sens. ^ La possibilité que M. notamment parce que l'on ne sait pas qui de M. Il ressort tout d'abord de ce témoignage que le proconsul n'était pas autorisé à déclarer la guerre à une peuplade thrace liée à Rome par un traité d'alliance ni de son propre chef ni sur ordre d'Auguste . il apparaît que dans tous les cas de figure. 3452 2 6 l e s 2 2 7 2 2 8 II est vrai qu'Auguste avait reçu très certainement en 27 a. Une variante est de supposer qu'il y eut une incompréhension. 175). ni mesuré toutes les conséquences de son acte .

Primus. Il rappelle qu'après avoir déposé le consulat dans le courant de l'été. Une telle indication a été longtemps considérée comme la preuve définitive qu'Auguste comme Agrippa étaient en possession depuis 23 d'un imperium supérieur à celui 230 231 autorisé à déclarer seul la guerre à des peuplades localisées dans les provinces publiques et aux confins de celles-ci (il s'agissait au demeurant d'une possibilité théorique étant entendu que les provinces publiques finirent par être pacifiées et situées en retrait des frontières de l'Empire. peu importe . 9 Cf. Une telle ambiguïté dans les rapports entre le pouvoir central et les gouverneurs des provinces publiques fut fatale à M. exception faite de l'Afrique du Nord). Primus montre en outre les limites de toute analyse qui poserait le problème des rapports entre le prince et le proconsul en termes de supériorité hiérarchique de Γ imperium du premier sur celui du second. qui avait cru bien faire en déclarant la guerre aux Odryses sur la foi de la volonté . il réussit à se tirer d'affaire en venant formellement démentir les propos de M. comme "un pouvoir supérieur à ceux qui gouverneraient chaque province en dehors de l'Italie" .184 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN M. 231 Dion 54. Pour la question qui nous intéresse.sa γνώμη selon la terminologie utilisée par Dion Cassius dans le récit qu'il consacre à cette affaire . Depuis 27.s'imposait au second. Le déroulement du procès laisse penser au contraire que sa marge de manœuvre était en la matière limitée et qu'il lui fallait toujours agir avec l'aval du Sénat (et également dans certaines circonstances du peuple Romain) lorsqu'il était question des provinces publiques. cette précision est à mettre en parallèle avec un autre passage de Dion Cassius dans lequel Y imperium d'Agrippa est défini dans le contexte du renouvellement de l'année 13 a.réelle ou supposée.28. sans être suffisante d'un point de vue formel lorsqu'il s'agissait d'une question aussi sensible qu'une déclaration de guerre à une peuplade alliée.C.du prince. 229 B. parmi lesquels "un pouvoir supérieur à ceux qui gouverneraient chaque province" . mais ce procès avait affaibli momentanément sa position et mis en exergue la fragilité de ses compétences sur le gouvernement des provinces publiques. dans un sens analogue Girardet 2000. il s'était instauré entre le prince et le proconsul un mode de relations complexe pour lequel l'autorité du premier . Il apparaît en effet au travers de toute cette délicate affaire que Auguste n'avait pas été en mesure d'imposer ses ordres à un proconsul en vertu de son imperium ou qu'il ne tenait pas de toute façon à ce que cela se sache . Dion Cassius est la seule source littéraire décrivant avec quelques détails les événements de cette année.5. Auguste reçut du Sénat de nouveaux pouvoirs et privilèges. Primus. Quant à Auguste. 230 Dion 53.C. 22 . renouvelé il y a une trentaine d'années par la découverte sur un fragment papyrologique d'une partie de l'éloge funèbre d'Agrippa prononcé par Auguste en 12 a. La réforme de l'été 23 L'année 23 constitue une nouvelle étape importante dans l'évolution du principat augustéen et sa mise en forme juridique. 202-203.1. elle coincida avec l'adoption d'une réforme qui modifia les rapports du prince avec les proconsuls selon des modalités qui ont fait depuis longtemps l'objet d'un débat.32.

g. À ce titre. 96 qui ne parle pas d imperium nains et infinitum. Hurlet 1997. Rohr Vio 2000. L a nature des relations que le membre de la domus impériale décédé avait entretenues avec les proconsuls durant les multiples tournées d'inspection et campagnes échelonnées entre 23 et sa disparition en 12 y est définie par la phrase suivante. POUVOIRS D U PRINCE 185 232 des proconsuls et étendu à ce titre à l'ensemble de l'Empire . 483-484 . 316 . 52-54 et 126 . Il sera nécessaire dans un premier temps de résumer les principales conclusions auxquelles j'étais parvenu. mais que la prise en compte des édits de Cyrène conduit à parler d'extension des pouvoirs Auguste à l'ensemble de l'Empire). Sherk RDGE. 89 . J'ai déjà eu l'occasion d'étudier de plus près les discordances entre le témoignage de Dion et celui de la Laudatio funebris . Dans un second temps. t e re ! 1 α 2 3 3 2 3 4 . 249. Fraschetti 2002. Le sentiment paradoxal dominant est que la publication de ce fragment papyrologique a fait fortement progresser nos réflexions à ce sujet. mais dont il faudra tenir compte dans la mesure où elle est cohérente avec l'état de la documentation à notre disposition. 287-294. 40 . le "pouvoir supérieur à ceux qui gouverneraient chaque province" s'étendait au "territoire soumis" (53. il m'a semblé utile de revenir plus en détail et de manière concrète sur les modalités d'application à partir de 23 de Y imperium d'Auguste et d'Agrippa . aucun document nouveau n'est venu ni infirmer ni confirmer mes propres résultats . rhomasson 1991. Imperium d'Auguste et imperium d'Agrippa : maius ou aequum! Il faut convenir que si la découverte de la Laudatio funebris d'Agrippa a contribué à renouveler le débat sur la question des pouvoirs extraordinaires de la fin de la République et du début de l'Empire. Serrao 1991. Depuis lors. Gallotta 1987. 233 234 1. Giovannini 1999. 361 . Quelles que soient les incertitudes qui sont encore loin d'être toutes résolues. il y a une évidence qui peut tenir lieu de point de départ pour notre enquête : Auguste ne parle pas à strictement parler d'un imperium maius ou d'un maius imperium quam. Cette conclusion a ^ Pnse par un grand nombre de savants qui parlaient d imperium maius et infinitum et trouvent encore aujourd'hui des défenseurs {e.5). Il s'agit là d'une question pratique que je n'ai pas encore traitée avec toute l'attention nécessaire et qui m'est apparue à l'analyse comme plus importante que le point de savoir si Y imperium d'Auguste et d'Agrippa était maius ou aequum. elle est loin d'avoir résolu tous les problèmes juridiques soulevés par les mesures de 23 touchant Y imperium du prince et du "co-régent". qui a donné lieu à de multiples interprétations : "il a été établi par une loi que quelles que soient les provinces où l'Etat romain ferait appel à toi. Ρ Köln VI.32.dans leurs rapports avec les proconsuls. les propos qui vont suivre seront synthétiques. Une telle interprétation a été remise en cause par la publication d'un papyrus qui retranscrit dans sa traduction grecque l'éloge funèbre d'Agrippa prononcé par Auguste en 12 a. sans toujours permettre de formuler de manière définitive de conclusion incontestable. Y imperium d'aucun n'était supérieur au tien" . Staveley 1963. il faut seulement mentionner que le récent article consacré par Ferrary aux pouvoirs d'Auguste propose une nouvelle interprétation qui doit rester en tout état de cause hypothétique. Il faut dire que le problème de la naissance de Y imperium maius est assurément 2 3 2 L'idée que Y imperium du prince s'étendait à tout le territoire provincial se trouve chez Mommsen 128 et 395 et y était justifiée par le passage de Dion Cassius dans lequel il est précisé qu'en 23.C. 73 . mais il utilise une formule qui fait plutôt penser à un imperium aequutn. Cf.qu'il fût maius ou aequum .POUVOIRS D U PROCONSUL.

Le "co-régent" aurait été investi en 23 d'un imperium aequum conformément à ce qu'en dit la Laudatio funebris. 224-227 . 250. C'est la thèse défendue par Arnaud 1994. d'autre part. le prestige d'Auguste aurait suffi pour que ses décisions s'imposent aux proconsuls des provinces où il fut amené à se rendre. cf. Elle repose sur l'idée qu'il faut établir pour cette année une distinction entre Agrippa et Auguste pour ce qui est de la définition même de leur imperium. on ne voit pas pour quelle raison sérieuse il faudrait préférer le témoignage de Dion Cassius à celui d'Auguste en personne. 159. Y imperium du prince serait devenu supérieur à celui des proconsuls dès cette même année.186 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN plus complexe que ce que le seul passage de Dion Cassius laissait entrevoir en se contentant de signaler que le prince avait été simplement investi en 23 d'un "pouvoir supérieur à ceux qui gouverneraient chaque province". Dans une 235 236 237 23S 2 3 5 Sur cette analyse.C. Elle consiste à admettre que pour la période qui va de 23 à 12.737738 et Pani 2001. 254-256. 110-111 . n. Birley 2000. cf. Hurlet 1997. 96. Dans ces conditions. que Y imperium d'Agrippa serait à son tour devenu maius comme celui d'Auguste. Les difficultés d'interprétation de la Laudatio funebris tiennent à l'extrême concision avec laquelle Auguste définit Vimperium d'Agrippa : une seule phrase. Sur l'inexistence en 23 a. Ferrary 2001. aussi en dernier lieu Girardet 2000. les pouvoirs octroyés en 23 au prince et au "co-régent" et renouvelés en 18 et 13 leur auraient permis d'intervenir en toute légalité dans les provinces publiques. Agrippa comme Auguste furent investis non pas d'un imperium maius. Auguste aurait d'autant moins utilisé dans la Laudatio funebris une aussi lourde périphrase que celle-ci pouvait être confondue avec la définition même de Y imperium aequum dont on savait qu'il avait été octroyé à la fin de la République notamment à Pompée . Il faut tout d'abord écarter définitivement l'idée qu'Agrippa fut investi d'un imperium maius dès 2 3 . 42-52 et 290-294. mais d'un imperium aequum dans la tradition et le prolongement des commandements extraordinaires de la fin de la République . contestée par plusieurs historiens (Bringmann 1977. l'état de la question dans Hurlet 1997. ce n'est qu'en 18 a . tandis qu'en accord avec le témoignage de Dion. 109-112). Une telle prémisse a pour conséquence de nous autoriser à rejeter telle ou telle hypothèse. La première est celle que j'ai déjà présentée. n. peu après les mesures relatives à Agrippa . qui a pour objet de caractériser la position juridique d'Agrippa pendant les multiples campagnes échelonnées entre 23 et 12 .200-219 . 9-l6 et Dettenhofer 2000. 2 3 6 2 3 7 2 3 8 . Dettenhofer 2000. proposée par Ferrary. au moment de son renouvellement. mais sans leur donner une supériorité formelle sur les proconsuls . Il existe désormais une autre solution. Autant dire qu'il ne faut pas attendre de ce document qu'elle nous donne à propos des pouvoirs d'Agrippa des précisions qu'on aurait été en droit d'exiger d'un juriste. Restent deux solutions. qui présente l'avantage de concilier la définition de Y imperium d'Agrippa par Auguste dans la Laudatio funebris avec le témoignage de Dion Cassius sur les mesures de 23 . Ameling 1994. 140. mais elle ne nous permet pas de choisir entre les deux solutions suivantes qui vont être proposées. 130-141. Auguste a été contraint de trouver une formule qui puisse s'appliquer à toutes les missions remplies par Agrippa dans les provinces depuis 23. 47-50 et les remarques de Ferrary 2001. Si tel avait été le cas. C . d'un imperium maius en ce qui concerne Auguste et Agrippa.

Or il a déjà été souligné que la thèse de la supériorité 240 241 242 2 3 9 Ferrary 2001. vis-à-vis d'Auguste. POUVOIRS D U PRINCE 239 telle perspective. Eck 1998b. Modalités de Γ intervention d'Auguste et d'Agrippa dans les provinces publiques L'octroi à Auguste dans le contexte de l'année 23 d'un imperium maius ou aequum a été souvent analysé comme une permission donnée au prince d'intervenir à sa guise dans l'ensemble de l'Empire. ^ .187 POUVOIRS D U PROCONSUL. Badian 1982. C'est une des interprétations e t a i t su 2 4 0 2 4 1 2 4 2 Su e n . 100 . Dion 53. Girardet 1990. 2. 352 .32.qui précise que la mesure de 23 avait pour objet non pas de donner à Y imperium d'Auguste une Périorité sur celui des proconsuls. ce qui semble invraisemblable). dans la mesure où une telle définition de Y imperium d'Auguste va au-delà d'une pratique républicaine qui liait le recours à un imperium extraordinaire à l'accomplissement d'une mission déterminée et le circonscrivait à un territoire défini avec une grande précision par les textes de l o i . depuis l'année 18". 35 . Bleicken Γ'. 258-261.5. L'étude approfondie des pouvoirs d'exception de la fin de la République montre que Y imperium conféré à Pompée. Les tenants de l'interprétation extensive sont partis du principe selon lequel la mesure de l'année 23 relative à Y imperium d'Auguste était à justifier comme une conséquence de l'abdication du consulat : le prince se serait fait investir d'un imperium égal ou supérieur à celui des gouverneurs de toutes les provinces pour compenser les pouvoirs qu'il aurait perdus lorsqu'il déposa le consulat . elle est en outre formellement infirmée par la formulation du passage de la Laudatio funebris qui subordonne l'aire d'intervention de Y imperium d'Agrippa aux provinces "où l'État romain ferait appel à toi" et qui stipule que son imperium ne serait supérieur à aucun autre "dans celles-ci" (à moins d'imaginer qu'Auguste ait été investi d'un imperium de nature différente de celui de son "co-régent". Costabile & Licandro 2000. Une interprétation aussi extensive des pouvoirs impériaux repose sur le passage de Dion Cassius qui précise que Y imperiami supérieur à celui des proconsuls était valide "dans le territoire soumis" . Quand bien même Y imperium d'Auguste serait devenu maius dès 23. La prise en compte du contexte institutionnel de l'année 23 achève de démontrer qu'il faut se garder d'exagérer la portée géographique d'un imperium maius ou aequum qui était loin d'avoir dans l'absolu la valeur d'un pouvoir étendu à l'ensemble de l'Empire dès les premières années du nouveau régime. 225-226. la formulation augustéenne de la Laudatio funebris apparaît cohérente . n. comme n'étant soumis à celui d'aucun autre : cela valait à la fois pour a période où il avait eu un imperium égal à celui des provinces proconsulaires et pour celle où il en avait eu un qui p é r i e u r . Cassius et aux triumvirs était défini par une tâche à accomplir à l'intérieur d'un cadre territorial soigneusement délimité. Cf. 136 . Brutus. il était de toute façon limité dans ses applications à l'égard des proconsuls par la nécessité d'être présent dans les provinces publiques où il voulait intervenir . Bleicken 1998a. 139-140 qui souligne que la formulation augustéenne "permettait de définir dans sa Continuité Y imperium d'Agrippa depuis 23. 54-55 . 117. la même remarque vaut pour Agrippa à partir de 18 si l'on adopte l'interprétation de Ferrary. Sur cette question. pans l'état de la documentation. cf. Hurlet 1997. mais de lui redonner par rapport à ces derniers le rang plus élevé qu'il avait perdu abdiquant le consulat . Bleicken 1990. il serait illusoire de trancher entre les deux solutions les plus plausibles qui viennent d'être présentées. Elle pose malgré tout problème. mais ce n'est pas là ce qu'il y a de plus important. et cela valait également.

mais qui fut confirmé par les renouvellements successifs des pouvoirs du prince et détenu à ce titre en permanence à partir de 23 . supra. Si cette explication est la bonne. Cf. 36-37. cf. Par la suite. Une telle précision n'aurait été ni nécessaire ni appropriée pour des raisons politiques dans un contexte général qui était dominé officiellement par le programme de restauration de la Res publica. 170. Cette interprétation a été pour la première défendue par Me Fay den 1921. On peut ainsi présumer que si Auguste fut autorisé d'une manière ou d'une autre à prendre des mesures en Sicile. 114.C. 6). il ne pouvait pas non plus ne pas avoir prévu la possibilité d'une intervention en Narbonnaise dans le courant de son séjour en Occident entre 16 et 13 . Il lui importait que soient définis ses rapports avec les proconsuls des seules provinces où il pouvait être amené à intervenir dans le cadre de sa mission en Orient. investi lui aussi en 23 d'un imperium dans la perspective d'une mission qui le conduisit dans la province publique d'Asie et l'amena à résider à Mytilène . à Narbonne. 136. Si cette inscription s'avère authentique (sur les doutes à ce sujet.provinces publiques par lesquelles il est établi qu'il passa entre 22 et 19 . 52-55. cf. mais il demeure que la question des rapports entre Agrippa et le proconsul d'Asie pouvait se poser et avait dû être prise en compte dans la loi d'investiture votée en 23. il fut également amené à intervenir en 13/12 en Illyrie à un moment où cette province était toujours publique.C. n. Agrippa passa en 20/19 par la Narbonnaise .. ses relations avec les proconsuls des provinces de l'Occident romain comme l'Afrique. 129. 2 4 3 2 4 4 2 4 5 . puis par un grand nombre de provinces publiques de la partie orientale de l'Empire lors de son second séjour en Orient de 17 à 13 . Asie et Pont-Bithynie .devenue province publique en 22 . elle signifie que le prince n'avait pas besoin d'un imperium égal ou supérieur à celui des proconsuls de toutes les provinces publiques. Il est vrai que Mytilène était une cité libre. la question des rapports du prince et du "co-régent" avec les proconsuls continua à se poser de façon si l'on se rappelle que l'un et l'autre furent physiquement présents dans une province publique au moins à l'occasion de chacune de leurs missions. avec cette différence par rapport à l'étude de Me Fayden que l'octroi à Auguste d'un imperium égal ou supérieur à Y imperium de tout autre y est présenté sous la forme d'un privilège qui ne fut pas donné à titre temporaire. L a même analyse vaut pour Agrippa. Quant à Auguste. au moment du renouvellement ou de la redéfinition de Y imperium d'Agrippa et d'Auguste de 23 à 13. fut rendu en 15 a. Auguste était intervenu dans une province publique. la Corse-Sardaigne ou depuis 22 la Narbonnaise ne furent pas définies par les mesures prises en 23.. II faut signaler que l'édit d'Auguste connu par une table de bronze récemment découverte au nord de l'Espagne. Hurlet 1997. Elle a été reprise par Ferrary 2001. Il existe une autre interprétation qui consiste à lier directement l'investiture de Y imperium maius ou aequum au départ d'Auguste pour l'Orient dès 22 dans le cadre d'une tournée qui le conduisit dans de nombreuses provinces publiques et qui l'avait obligé à envisager la question de ses rapports avec les proconsuls . qui n'excluait pas que ce maius imperium avait été conféré à Auguste en prévision de sa tournée en Orient. Yedictum de Paemeiobrigensibus. aussi Rich 1990. elle fournit la preuve que lors de sa mission en Occident de 16 à 13 a.188 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN qualitative de V imperium du consul sur Y imperium du proconsul était loin d'être établie et devait être de toute façon analysée moins comme une réalité juridique qu'en termes de prestige du premier sur le second. Achaïe. située à ce titre en dehors de la province d'Asie et de l'autorité du proconsul. 243 244 2 4 5 défendues par Jones 1951.

246 241 248 La seule certitude est que la première attestation assurée de l'exercice par le prince d un imperium maius depuis Rome remonte au début du principat de Tibère à l'occasion ~ 24Γι La seule exception concerne le renouvellement de Γimperium d'Auguste et de Tibère en 13 p. Auguste se soit fait investir du privilège de faire activer dans les provinces publiques depuis Rome son imperium.1 (on remarquera que ces deux passages ne donnent aucune précision sur la nature des " Rue le prince et son "co-régent" entretiendraient avec les proconsuls). On ne peut pas non plus écarter l'hypothèse qu'en 8 a . On peut tout d'abord imaginer qu'en prévision de sa volonté de ne plus partir en mission dans les provinces de l'Empire. 2. Tib. Toute la question est de savoir si la "sédentarisation" d'Auguste eut ou non des incidences sur la manière dont son imperium fut défini à partir de cette date.qu'il fût maius ou aequum et renouvelé en 18 et en 13 était loin de constituer une nouveauté radicale et une compétence exorbitante dans le contexte de cette époque. Dans l'état de notre documentation. Plusieurs solutions peuvent être envisagées. C'est la solution esquissée par Ferrary 2001. contribua à rendre caduque l'obligation d'être présent dans les provinces publiques où il voulait faire valoir son autorité. le prince n'ait pas jugé nécessaire de modifier la nature même de son imperium pour donner à ses interventions dans les provinces publiques un fondement légal dont on verra infra qu'il pouvait reposer sur d'autres formes juridiques comme l'édit. du Danube ou en Orient . Ce n'est que par la suite que Yimperium du prince conféra à l'échelle de l'Empire une supériorité absolue qui s'imposait à tous les proconsuls depuis Rome sans que le prince eût à se déplacer pour faire valoir son autorité. Nous sommes donc en peine de déceler la moindre évolution liée à la question de la hiérarchie des imperia et à leurs modalités d'application. Vers un imperium maius absolu : le témoignage pâtre du S C de Cn. C . aequum ou maius peu importe.C. 138 à partir d'une analyse des édits de Cyrène.189 POUVOIRS D U PROCONSUL. φ e a 1 0 n s 2 4 7 2 4 8 .C.C.121. On fera toutefois remarquer que la présence permanente du prince à Rome et en Italie à partir de 8 a.C II est possible également que la définition de Yimperium conféré à Auguste et à Agrippa dès 23 se soit vite prêtée à une interprétation extensive qui aurait permis au prince de prendre depuis Rome des décisions concernant des provinces publiques . t. 3 et 13 p .. Γimperium conféré en 23 à Auguste et Agrippa . u C. il reste aléatoire de privilégier l'une ou l'autre de ces trois explications. et son décès (en 8 a. Il peut être défini avec plus de précision comme n pouvoir qui s'inscrivait dans le prolongement des missions extraordinaires de la fin de la République. 21. cf. précisément à l'occasion du renouvellement de 8 a. POUVOIRS D U PRINCE Il ressort que contrairement à ce que laisse penser l'interprétation maximaliste de pion Cassius. le rescrit ou le mandat . C'est la solution qui se dégage des analyses de Girardet 2000. dans la mesure où il donnait au prince et au "co-régent" les moyens légaux de surimposer leur autorité à celle des proconsuls dans le cadre de tournées où la visite d'une ou plusieurs province(s) publique(s) était prévue. 202-216.C.1 et Veil. Drusus l'Ancien et Caius César d'un imperium pour les besoins de leurs missions extraordinaires menées le long du Rhin. Pisone On ignore à peu près tout de la teneur des lois qui renouvelèrent Yimperium d'Auguste entre 13 a.. . au terme d'une évolution qui reste mal connue dans le détail. C ) et de celles qui investirent Tibère.

190 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN de la mission de Germanicus en Orient entre 17 et 19 p. Cf.. mais uniquement par rapport aux proconsuls des provinces où il pouvait être amené à intervenir (l'Asie.C. 1996. AE. établie en 17 par la loi d'investiture sous la forme suivante · . Sur ce passage et ses discordances avec le témoignage de Tacite (notamment sur la question de savoir si la supériorité de Y imperium de Germanicus était ou non défini par rapport aux légats impériaux). maius ei imperium I quam ei qui earn prouinciam proco(n)s(ul) optineret esset. il fut autorisé à faire valoir la supériorité de son imperium sur celui de son fils adoptif sans avoir à se déplacer . ut in quancumque prouinciam uenisset. Germanicus ne pouvait faire usage de son imperium dans une province gouvernée par un proconsul qu'à la condition d'y être physiquement présent. cf. le sénatus-consulte prend la peine de préciser que la supériorité de Y imperium de Tibère sur celui de Germanicus pouvait s'exprimer "en toute circonstance". Pisone pâtre est venue apporter à ce sujet des précisions complémentaires en témoignant pour la première fois de l'existence d'une stricte hiérarchie des imperia. Hurlet 1997.224 qui rappelle que la supériorité de Y imperium de Germanicus avait été définie non pas à l'échelle de l'Empire.. dans tous les lieux où il se trouverait" 249.C.. 1996. 2. 188-190 et 195-197 . L découverte récente du Senatus consultum de Cn. Pour ce qui est des éléments de continuité. attesté pour la première fois de manière incontestable aussi bien par le sénatus-consulte que par Tacite. cette restriction annonce déjà tout à fait les textes des juristes classiques" (c'est-à-dire les passages d'Ulpien qui précisent que " I gouverneur de province a dans sa province un imperium supérieur à tous après le prince")". Zecchini 1999. dum in omni re maius imperii'um Ti(berio) Caesari quam Germ(anico) Caesar(i) esset . Le sens général de l'évolution depuis la mise en place du régime impérial n'est malgré tout a 250 251 252 2 4 9 Ann.1. Autre point à souligner. 136-137 qui ajoute que "telle qu'elle est formulée. et non à distance.34-36. Dans le même temps. Il faut y voir l'expression de la principale rupture par rapport aux pratiques de l'époque tardo-républicaine et des débuts de l'époque augustéenne : bien que Tibère fût resté à Rome pendant la durée de la mission de Germanicus en Orient. D'une manière générale. il ressort de la formule initiale ut in quancumque prouinciam uenisset que comme Auguste et Agrippa de 23 à 13 a. il apparaît sans ambiguïté que Y imperium des proconsuls (ceux qui étaient à la tête des provinces de l'Orient romain faut-il préciser ) était subordonné à celui de Germanicus. d'autres particularités méritent d'être soulignées en ce qu'elles témoignent à la fois des permanences et des évolutions du pouvoir impérial dans ses relations avec les proconsuls. Comme l'a montré Ferrary 2001. aussi bien Y imperium de Germanicus que celui de Tibère continuent à être définis de manière relative : le premier par rapport à Y imperium des proconsuls. 316-319 .1. le second par rapport à Y imperium de Germanicus. qui était lui-même subordonné à celui du prince. Cf. C'est là une nouveauté dont on peut mesurer les implications pour la question des relations du pouvoir impérial avec les proconsuls du point de vue de la hiérarchie des imperia. On savait déjà par Tacite qu'au fils adoptif du prince avait été octroyé "un imperium supérieur à celui des gouverneurs désignés par le sort ou envoyés par le prince. Eck et al. Outre le recours à un imperium supérieur.885. Les sources ne donnent aucune information précise sur ce qu'il advint de la supériorité de Y imperium du prince dans les années qui suivirent la mort de Germanicus en octobre 19. Girardet 2000. Chypre et la Crète-Cyrénaïque).43. le Pont-Bithynie. pour cette restriction Girardet 2000.217-224. 2 5 0 2 5 1 2 5 2 e . 157-162 .

160-161 et Marotta 1999. l'octroi ou le renouvellement de Yimperium aux "co-régents" tels que Tibère ou Caius César. Dans cette perspective. mais sans donner de date précise. l'avènement de Tibère en 14 ). peut-être à titre de compensation à l'égard de Germanicus après son rappel de Germanie.C. POUVOIRS D U PRINCE 191 pas sérieusement discutable : on se dirigeait à grands pas vers une forme absolue & imperium mains que le prince finirait par exercer où qu'il se trouvât et à l'égard de toute autre autorité quelle qu'elle fût. la hiérarchie des imperia telle qu'elle apparaît dans le SCDPP aurait été établie pour la première fois en 17 p. refermée dès 19 avec la mort de ce dernier . En revanche. 257-261. Le document épigraphique ne fournit à ce sujet précision qui permette d'adopter de manière ferme l'une ou l'autre de ces possibilités. On serait au contraire revenu par la suite. qui affaiblissent l'ensemble de la reconstitution proposée par Girardet. présenter dans la foulée la mission de Germanicus comme un cas particulier qui ne contribua nullement à faire de la supériorité de Y imperium un des fondements permanents du pouvoir impérial est une hypothèse beaucoup plus problématique et qui m'apparaît à l'examen irrecevable. Il faut ajouter que Girardet a été induit en erreur Par l'analyse du statut des proconsuls d'Afrique en fonction pendant la révolte de Tacfarinas 253 254 255 256 2 " 2 Μ Girardet 2000. Girardet repousse au-delà des années 20. l'octroi au prince d'un imperium maius à titre permanent et sous quelque forme que ce soit en analysant les dispositions prises en vue de la mission de Germanicus comme une simple parenthèse. pour des raisons ponctuelles.C. L'idée que Γimperium maius ait été officiellement reconnu en 17 p. 224-227. est que la loi d'investiture de Germanicus de 17 fournit à ce sujet l'extrême limite chronologique.C.POUVOIRS D U PROCONSUL.C. Toute la question est de savoir à quel rythme. notamment lors des conflits qui touchèrent l'Afrique avec la révolte de Tacfarinas et qui mobilisèrent plusieurs proconsuls jusqu'en 24. mais elle n'aurait pas eu vocation à être définitivement adoptée une fois pour toutes. il faut le répéter. par la loi votée en prévision de la de Germanicus en Orient (cf. 135. Notre seule certitude. le renouvellement d'Auguste en 8 a. La question est de savoir si la hiérarchisation des imperia telle qu'elle apparaît dans le SC de Cn. comme une composante des pouvoirs impériaux et appliqué pour la première fois à partir de cette date est envisageable . dans ce sens. C'est une hypothèse qu'a récemment défendue Pani 2001. fone pâtre doit être analysée comme une nouveauté absolue établie en 17 p. Plusieurs remarques peuvent être faites.C. mais elle est loin d'être la seule possibilité . 66) comme une pratique à laquelle on avait eu recours par le passé. Eck et al 1996. Ferrary 2001. rien n'empêche de penser que d'autres circonstances ont pu précédemment conduire le pouvoir impérial à se faire reconnaître une supériorité formelle sur les proconsuls (comme par exemple les mesures de 23 a. Mais il demeure qu'une datation aussi basse de l'apparition de Y imperium maius ne peut en aucun cas être infirmée et s'inscrit de manière cohérente dans la logique de l'analyse d'ensemble que Girardet a consacrée à l'histoire des pouvoirs extraordinaires de la fin de la République et du début de l'Empire. Ferrary a déjà fait remarquer que l'interprétation selon laquelle un imperium maius avait été donné à Germanicus "comme compensation" reste contradictoire si l'on rappelle qu'il était aussi honorifique de lui donner une supériorité sur les proconsuls que déshonorant de le subordonner à Tibère . selon l'interprétation de Ferrary. à la pratique antérieure qui déniait à un imperium consulaire d'être défini comme étant supérieur à tout autre imperium consulaire. avec prudence. l m i s s i 0 n o u C U n e 2 5 3 2 5 6 .

elle ne repose en outre sur aucun critère objectif et doit être à ce titre abandonnée. Iunius Blaesus comme proconsul d'Afrique pour rappeler que Tibère intervint à cette occasion en vertu non pas de son imperium maius. mais à partir d'une date qui reste indéterminée. Il faut en effet rappeler qu'après la mort de Germanicus. Dans ces conditions la reconstitution de Girardet apparaît non seulement inutilement complexe . d'un principe de base transmis par un juriste d'époque sévérienne. pour être aussitôt rejetée.identifié comme un proconsul . précoce à n'en pas douter même s'il n'est possible d'en donner une datation précise.ait pu être très vite interprétée de manière extensive comme un argument pour établir que Yimperium du prince était également maius par rapport aux autres proconsuls en fonction en Orient et de manière générale dans l'ensemble de l'Empire . la supériorité absolue de Yimperium du prince fut également reconnue à l'égard de toute autorité provinciale quelle qu'elle fût. Une telle analyse ne fait aucun doute. On peut aussi penser que la reconnaissance à Tibère d'un imperium supérieur à celui de Germanicus . il a plutôt pour objet d'établir à propos du gouvernement provincial une hiérarchie au sommet de laquelle se trouve le prince. perspective qui conduit à analyser la formule du SC relative aux relations entre Tibère et son "co-régent" comme une précision justifiée par une situation administrative extraordinaire intercalant un échelon supplémentaire entre le pouvoir impérial et le gouverneur. ..8 et 1.18. mais de son auctoritas. mais elle n'infirme pas pour autant l'existence d'un imperium maius : l'intervention de Tibère à Rome dans le cadre de ses compétences civiles ne laisse rien préjuger de la nature et de l'étendue de ses capacités d'intervention dans les provinces publiques. Il est parti des modalités de la désignation en 21 de Q. Les sources font défaut pour aller au-delà du simple énoncé de ces hypothèses. un voile tombe sur la nature des relations hiérarchiques du pouvoir impérial avec les proconsuls à la fois parce que les interventions extraordinaires de membres de la famille impériale dans les provinces publiques n'étaient plus d'actualité et qu'il ne venait plus à l'esprit d'aucun proconsul placé à la tête de provinces peu ou pas militarisées de contester les pouvoirs du prince. il est évident que les subtilités juridiques qui avaient marqué l'évolution de Yimperium maius à l'époque augustéenne durent très vite laisser place à l'affirmation par le pouvoir impérial d'une suprématie absolue sur l'ensemble des provinces de l'Empire. Quelle que soit la réponse à ces problèmes de chronologie. 258 Ulp. Exprimée dans le sénatus-consulte relatif à Pison par rapport à Yimperium de Germanicus.192 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN entre 17 et 24. 1. Il a déjà été souligné qu'un tel imperium maius sur les proconsuls avait très bien pu préexister à la mission de Germanicus en Orient.. Les modalités des relations du pouvoir impérial avec les proconsuls étaient en revanche plus complexes que la simple application de la supériorité d'un imperium sur un autre.D/g. 257 258 2 5 7 Cette solution a été envisagée par Girardet 2000.4. 226. Un tel passage ne signifie pas pour autant que le prince devait faire usage de son imperium maius pour être autorisé à intervenir dans les provinces publiques . Le résultat fut l'application. Ulpien : "le gouverneur de province a dans sa province un imperium supérieur à tous après le prince" .16.

La démonstration de l'historien allemand aboutissait à ce sujet à deux principaux résultats. il n'est par exemple jamais fait directement ou indirectement référence à une hiérarchie des imperia dans le contenu des édits ou des rescrits impériaux destinés à être appliqués d'une manière ou d'une autre par le proconsul dans l'une ou l'autre province publique . Hurlet 2000a. 210. La découverte dans les années 20 du XX siècle des édits de Cyrène a deV l'idée déjà commune selon laquelle une telle intervention d'Auguste dans la province publique "Cy énaïque était fondée sur Γ imperium maius du prince (cf. infra. Elle est maintenant infirmée par l'article que Girardet a récemment consacré à la question de l'existence ou non d'un "imperium maius" dès le principat d'Auguste. dans l'administration des provinces sénatoriales elles-mêmes.193 POUVOIRS D UPROCONSUL. Mommsen reflète à ce sujet Y opinio communis lorsqu'il précise que "l'empereur est souvent intervenu. Le développement d'un tel échange de correspondances ne donna pas seulement naissance à une chancellerie impériale . que Yimperium maius était apparu sous Tibère en 17 pour être vite mis entre parenthèses. S'y ajoutait que l'impossibilité physique pour le prince d'être présent dans les provinces publiques où il voulait intervenir le conduisit à envoyer aux proconsuls des instructions sous la forme d'édits ou de mandats et à répondre à leurs demandes au moyen de rescrits. 24. 301. Sous Auguste comme sous ses successeurs. 1527. n vertu de son imperium maius" . toujours dans le même que Mommsen Brunt 1984. Cf. d'inégale valeur. POUVOIRS D U PRINCE D. 260 Qf i B k 1918. à titre extraordinaire. que ce soit par la procédure extra sortem ou à plus forte raison au moment de la sortitio . 433. Les limites de /'imperium maius Ce que les Modernes qualifient a'imperium maius apparaît d'ordinaire dans l'historiographie comme le fondement légal de toute intervention du pouvoir impérial dans les provinces gouvernées par les proconsuls. il contribua également à inventer un style 259 e e 260 261 2 5 9 Mommsen DPR. il apparaît également que Yimperium maius ou aequum du prince était inopérant en matière de nomination de proconsul. Même si une supériorité sur tout autre imperium finit par être reconnue dans l'absolu au prince (peutêtre à Auguste et en tout cas à partir de Tibère). Cf. e p a r 1χ >d rete r e n f o r c e r r S e n s 2 6 1 e x e m p e o a . Les principes qui réglaient les relations entre le prince et les proconsuls incluaient d'autres critères et prérogatives comme la supériorité impériale en matière d'auspices (établie en 19 sans qu'il y eût le moindre rapport avec un Imperium maius ou aequum) ou simplement le plus grand prestige du prince qui s'exprimait à travers son auctoritas. Une telle idée a été souvent répétée sous une forme ou une autre tout au long du X X siècle dans les travaux qui s'intéressaient de près ou de loin aux fondements du pouvoir impérial . sans convaincre. n. Alors qu'une partie cherchait à montrer. en général en la forme sur la demande du Sénat. ni même comme son fondement le plus important. 40). III. elle ne peut de toute façon être considérée comme la source unique de l'autorité du pouvoir impérial au sein des provinces publiques. une autre série de réflexions montraient en revanche de manière plus persuasive que les interventions d'Auguste dans les provinces publiques ne reposaient pas sur le principe d'une supériorité ou d'une égalité de Yimperium du prince par rapport à celui des proconsuls.

seuls détenteurs des maxima auspicia et placés à ce titre en situation d'exercer un monopole sur le triomphe. ce qu'on appelle Yimperium militiae . Il apparaît que conformément à une pratique maintes fois observée par ailleurs. il finit seulement par être privé de la possibilité d'en faire usage après que le pouvoir impérial se fut approprié le commandement des principales forces armées que constituent les légions. Plus que l'application mécanique et rigide d'un imperium maius que personne ne songea à remettre en cause une fois qu'il fut établi. il apparaît clairement qu'il fallut du temps et plusieurs mesures pour que le principe de la supériorité hiérarchique de Yimperium du prince fût reconnu et applique.194 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN "diplomatique" à travers lequel la suprématie du prince se manifestait de manière discrète et codifiée sans être ouvertement affichée. La réforme provinciale de 27 constitue une première étape qui donna au prince le contrôle direct de la majorité des légions romaines. À ce titre. son imperiumfinitpar être subordonné à celui du prince. que ce soit e . Un tel processus a été retracé à travers trois chapitres qui étudient chacune des principales composantes de Yimperium du proconsul dans ses rapports avec celui du prince. Il ne fit adopter aucune réforme qui privât formellement les proconsuls de tout ou partie des compétences qui avaient été les leurs tout au long de la République . Auguste agit avec prudence dans ce domaine. mais il abandonna vite en la matière une supériorité au prince et aux "co-régents". il est probable que le proconsul continua à les prendre à l'époque impériale. il préféra exploiter petit à petit et de manière détournée les institutions traditionnelles dans un sens qui lui donna au bout du compte une supériorité sur tous les proconsuls. Il ressort tout d'abord que le proconsul ne perdit jamais la composante militaire de son imperium. c'est le mode de communication entre l pouvoir impérial et les proconsuls qui traduit le mieux la nature de leurs rapports dans toute leur complexité et dans leur vécu. la seule manière de faire progresser notre enquête est désormais de chercher à comprendre comment se mit en place et évolua le dialogue entre un centre qui diffusait ses instructions sous le contrôle du pouvoir impérial et une périphérie où le proconsul transmettait et faisait appliquer les ordres venus d'en haut. l'ovation et la salutation impériale (avec quelques exceptions dans ce dernier cas jusqu'au début de l'époque tibérienne). au terme d'une évolution qui a suscité et suscite toujours un débat. Dernier point à souligner. e CONCLUSIONS Une étude comparative des pouvoirs du prince et du proconsul témoigne de l'empirisme et du pragmatisme du nouveau régime dans la définition toute progressive des relations entre le pouvoir impérial et les gouverneurs des provinces publiques. Quant aux auspices. Même s'il reste encore au sujet des pouvoirs du proconsul d'époque impériale quelques incertitudes qui ne pourront être levées qu'à la condition de pouvoir disposer de nouveaux documents. mais n'enleva aux proconsuls aucune de leurs prérogatives traditionnelles : pas plus leur imperium militiae et pour trois d'entre eux I droit de commander chacun au moins une légion que le droit de prendre les auspices dans les mêmes conditions qu'à l'époque républicaine et pour deux d'entre eux de triompherLes décisions prises durant l'été 23 permirent pour la première fois à Auguste d'intervenir directement dans les provinces publiques en prévision de sa tournée en Orient.

L'évolution peut être considérée comme achevée dans les grandes lignes à la fin de l'époque julio-claudienne. mais un tel privilège restait ponctuel et est loin de pouvoir être assimilé à une supériorité absolue exercée par le prince depuis l'endroit où il se trouvait. Nouvelle étape à la fin des années 10 a . en l'occurrence L . dans la mesure où ces derniers étaient tenus lors de la profectio de faire d'un ensemble aussi lié au nouveau régime le point de départ de leur parcours à travers Rome .POUVOIRS D U PROCONSUL.C.23 ou 19 a. POUVOIRS D U PRINCE 195 vertu d'un aequum ou maius imperium. fût transféré à un légat impérial . ce n'est pas non plus un hasard si c'était dans ce même lieu que furent élevées les statues des proconsuls victorieux auxquels les ornements triomphaux furent décernés. La construction du Forum d'Auguste et la dédicace du temple de Mars Ultor en 2 a. La monopolisation d'une telle cérémonie par le pouvoir impérial constitue un phénomène politique d'une grande importance qui contribua à donner à la famille impériale le monopole de la victoire et qui a été justifié dans cette étude comme une conséquence de la reconnaissance au prince et à ses "co-régents" d'une supériorité auspiciale à partir des années 19/18. C .C contribuèrent également. de manière plus symbolique et ritualisée. L a seule question qui comptait désormais était de savoir comment le pouvoir impérial pouvait faire appliquer ses décisions à l'échelle d'un aussi vaste Empire depuis l'endroit où il se trouvait. la date à laquelle un tel privilège lui fut conféré n'est pas établie avec certitude et a fait l'objet d'un débat. La primauté de Y imperium du prince sur celui des proconsuls s'était imposée comme une évidence qui ^ manifestait d'un point de vue militaire. il faut ajouter que le prince finit par faire formellement reconnaître à son imperium une supériorité absolue étendue à toutes les provinces publiques sans avoir à se déplacer pour faire valoir son autorité . les légions localisées dans la région du Moyen et du Bas-Danube cessèrent définitivement d'être commandées par les proconsuls d'Illyrie et de Macédoine pour être confiées à des légats nommés par le prince. en prévision de la mission en Orient de Germanicus constituent à ce sujet l'extrême limite chronologique. mais il apparaît à la lumière du SCDPP que les mesures prises à Rome en 17 p. e n e ( Les rapports entre les pouvoirs du prince et ceux des proconsuls ne furent pas définis une fois pour toutes par une seule mesure. Par la suite. L'année 19 coïncida avec la dernière célébration du triomphe par un personnage extérieur à la domus d'Auguste.C Au début de l'époque impériale. il fallut attendre le principat de Caligula pour que le commandement de la dernière légion placée sous les ordres d'un proconsul. ce n'est qu'avec la création de la province de Numidie par Septime Sévère que fut mis un terme à cette particularité que constituait la présence d'une légion sur le sol d'une province publique. s . Cornelius Balbus en tant que proconsul d'Afrique. que ce soit en 27. en outre. auspicial et hiérarchique. au processus qui subordonnait au pouvoir impérial les proconsuls. ils se modifièrent en permanence au fil de réformes qui avaient en commun de renforcer la position du prince face à celle des proconsuls. Pour être complet. en l'occurrence la III Augusta située dans la province d'Afrique.

TROISIÈME PARTIE

LE MODE D E COMMUNICATION ENTRE L E PRINCE E T L E PROCONSUL.
L E POUVOIR IMPÉRIAL E T L E GOUVERNEMENT
DES PROVINCES PUBLIQUES

Les formes et les modalités de l'intervention impériale au sein des provinces qui
relevaient en théorie du Sénat et du peuple Romain et où le prince se rendait de manière
occasionnelle constituent l'objet de la troisième partie. 'Dans la perspective qui est la nôtre,
il y sera question des rapports, directs ou indirects, qui ne manquèrent pas de s'établir entre
le prince et les gouverneurs des provinces publiques, les proconsuls, une fois que ceux-ci
avaient rejoint leur province après avoir été désignés et investis de leurs pouvoirs. Dans une
étude consacrée à la répartition des compétences entre le pouvoir impérial et le Sénat pour
l'administration provinciale, Millar a fourni une première orientation de base en montrant
qu'il n'existait pas de division claire qui aurait réservé au Sénat et au peuple Romain le
gouvernement des provinces publiques et au prince celui des provinces impériales . Les
sources témoignent d'une situation plus complexe en attestant que le prince prenait des
mesures qui concernaient l'ensemble des provinces (y compris les provinces publiques et les
communautés situées au sein de celles-ci) et adressait des instructions aux proconsuls, tandis
que le Sénat votait des sénatus-consultes applicables à tout l'Empire - provinces impériales
incluses. La conclusion de Millar est qu'il n'existait pas deux hiérarchies administratives
séparées dont les lignes de démarcation auraient été franchies par le prince de manière
occasionnelle lorsqu'il lui était nécessaire d'intervenir dans une province publique. Tout
indique au contraire que le pouvoir impérial se sentait autorisé à agir en toute liberté aussi bien
dans les provinces publiques que dans les provinces impériales dès le principat d'Auguste.
Fondée sur une parfaite connaissance des sources, l'étude menée par Millar constitue une
avancée scientifique qui a contribué à définir l'administration provinciale romaine non pas
comme un système statique compartimenté, mais comme une structure dynamique incluant
la participation du Sénat à tous les échelons dans un esprit de collaboration avec la figure
dominante du prince. Les résultats auxquels il est parvenu sur ce sujet sont incontestables
~~ d'ailleurs incontestés - , mais ils sont loin d'avoir épuisé toutes les questions d'histoire
dministrative. Ils forment plutôt un point de départ qui permet d'étudier la difficile question
s rapports entre le prince et le proconsul à partir d'un fondement théorique pertinent.
1

et

a

d e

1

;

Millar 1966, 156-166 (conclusions reprises par Millar 1984, 47-48) ; cf. dans le même sens Burton
' 259 et Brunt 1984, 433-434.

198

L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN

S'il est avéré que l'aire d'intervention du pouvoir impérial fut très tôt étendue à
l'ensemble de l'Empire, il demeure que le prince n'agissait pas dans une province impériale
exactement de la même manière que dans une province publique. Par souci d'une plus grande
efficacité, il devait en tout état de cause rester d'une manière ou d'une autre en relation avec
tout gouverneur, mais le degré de dépendance de ce dernier par rapport au pouvoir impérial
variait d'un point de vue formel selon le statut de la province. Il est ainsi évident que dès la
mise en place du régime impérial, Auguste n'eut aucun mal à imposer ses ordres à des légats
impériaux qui n'étaient rien d'autre d'un point de vue juridique que ses propres délégués
nommés et révoqués par lui-même. Il n'en allait pas de même avec les proconsuls, avec
lesquels le pouvoir impérial entretenait des rapports nécessairement plus complexes, du moins
au départ. Les deux parties précédentes ont eu pour résultat de faire ressortir que parmi les
différences entre les proconsuls et les légats, les plus visibles étaient leur mode de désignation,
la durée de leur gouvernement provincial, le nombre de licteurs qui les entouraient, leur tenue
vestimentaire (au terme d'une évolution dont nous ne savons rien de précis) et la définition
de leur imperium. Les propos qui suivent ont pour objet de déterminer dans quelle mesure
la nature des relations entretenues à distance entre le prince et le gouverneur était différente
selon que la province concernée était publique ou impériale.
Millar s'est déjà longuement intéressé à un tel aspect du fonctionnement administratif
de l'Empire romain et est arrivé à la conclusion qu'il y eut à ce sujet une évolution, sans
approfondir pour autant la question. Pour toute une série de raisons sur lesquelles je
reviendrai, il fixait la césure durant la première moitié du I I siècle p.C. ; à partir de cette
date, le mode de communication du prince avec les gouverneurs de rang sénatorial se serait
uniformisé, les proconsuls étant désormais traités de ce point de vue par le pouvoir impérial
de la même manière que les légats impériaux . L a dernière partie de ce livre voudrait
reprendre dans le détail cette question en se demandant si l'on peut ou non parler d'une
spécificité du gouvernement des provinces publiques dans ses relations avec le prince ; si la
réponse était positive, il faudrait s'interroger également de manière aussi approfondie que
possible sur la nature et les étapes du processus qui ne manqua pas de renforcer le contrôle
du pouvoir impérial sur les proconsuls et mit éventuellement fin à une telle spécificité. On
aura compris qu'il s'agit là d'une contribution ponctuelle d'histoire administrative qui a pour
objet de prolonger les réflexions plus politiques et institutionnelles présentées dans les deux
premières parties.
e

2

***

2

Millar 1966, 165 ; cf. aussi Millar 1977, 313.

L E MODE D E COMMUNICATION ENTRE L E PRINCE E T L E PROCONSUL

199

Les échanges d'informations entre le centre du pouvoir incarné par le prince et la
périphérie constituée par les provinces étaient nécessaires à la survie et au fonctionnement de
l'Empire romain, mais ils représentaient dans le même temps une opération technique d'une
arande complexité compte tenu de la nature des moyens de communication de l'époque. Un
tel paradoxe explique sans doute la diversité des jugements qui ont pu être émis sur l'efficacité
ou non de l'administration romaine d'époque impériale (rudimentaire ou perfectionnée? ),
mais il s'agit là d'un problème qui nous entraînerait trop loin et qu'il serait de toute façon
illusoire de vouloir résoudre à toute force tant il est difficile de porter un jugement sur un
système dont la logique n'était pas la nôtre. Pour la question du mode de communication
entre le prince et le proconsul, la monographie de Millar sur l'Empereur dans le monde
romain constitue toujours une référence obligée, dans la mesure où elle est la seule à avoir
présenté un modèle théorique qui cherche à faire mieux comprendre de quelle manière
concrète le prince gouvernait l'Empire et gérait ses relations avec le personnel administratif
et ses administrés. L a thèse générale est bien connue. Après une période augustéenne au
cours de laquelle le nouveau régime se mit progressivement en place et jusqu'à la période de
rupture que représente le règne de Constantin, la caractéristique dominante du gouvernement
impérial était sa "passivité" ou, si l'on veut, sa "réactivité". Il faut entendre par là que
le prince se contentait d'ordinaire de répondre à des sollicitations et des pétitions qui
émanaient d'ordinaire des provinciaux, des communautés provinciales ou des membres de
l'administration romaine . La conséquence d'une telle analyse de fond était que le pouvoir
impérial ne prenait que rarement l'initiative pour établir et maintenir des relations suivies
avec les gouverneurs de tous les types de province, les légats impériaux et les procurateurs
comme les proconsuls ; il aurait simplement veillé à leur faire parvenir sous la forme de rescrit
les réponses aux différentes questions qui lui avaient été adressées d'une manière ou d'une
autre depuis les provinces. Millar s'est également intéressé, en sens inverse, aux proconsuls
et à la nature de leurs relations avec le pouvoir central. Il introduit à ce sujet une distinction
chronologique en adoptant pour le I siècle p.C. une analyse minimaliste qui réévalue là aussi
à la baisse le degré d'initiative des proconsuls dans leurs échanges épistolaires avec le prince.
Le principal argument est qu'à la différence des légats impériaux, aucun proconsul n'est
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Pour une position que l'on pourrait qualifier de "primitiviste" sans qu'il faille y voir la moindre
connotation péjorative, cf. Burton 1973, en particulier la conclusion 299-306 ; Burton 1993, 25-26 ; cf. aussi
Eck 1992, 915 [=Eck 1995, 55] et Eck 1999a, 4-5 qui prend plus clairement position en soulignant que définir
administration romaine comme un vaste système administratif et un appareil bureaucratique revient à utiliser une
terminologie moderne qui ne correspond pas du tout à la réalité historique ; Haensch 1997, 389 parle dans le même
sens d"*eine rudimentäre 'Verwaltung'". A l'inverse, dans ΓInventaire du monde, Nicolet a privilégié un autre angle
approche en défendant l'idée que la vraie révolution augustéenne fut d'avoir mis en place une puissante armature
niinistrative de manière à mieux contrôler l'immense espace humain et fiscal que représentait alors l'Empire
romain. En corollaire de cet ouvrage et dans le prolongement d'une telle analyse, plusieurs élèves de Nicolet se
°nt intéressés à un phénomène jusque-là négligé par l'historiographie, l'existence d'archives et leur contenu ; sur
jte difficile question de ce qu'on a pu appeler la "mémoire perdue" pour indiquer que le travail à accomplir était
n e reconstitution d'un matériau administratif qui a moins bien résisté au temps que d'autres sources, cf. la
nthèse de Royo 2002, 513-521.
,
Millar 1977, en particulier les pages du prologue (p. 3-12) qui définissent l'objet du livre et en tracent
Principales orientations.
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L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN

connu pour avoir adressé de sa propre initiative de courrier à l'empereur et reçu en retour de
rescrit avant le règne d'Hadrien . Si l'on ajoute que Millar était alors d'avis que le prince
ne fut pas en mesure avant le II siècle d'adresser aux proconsuls des mandata, catégorie
d'instructions sur laquelle je reviendrai en détail, on aura compris que leurs relations furent
réduites au strict minimum tout au long du I siècle. The Emperor in the Roman World est un
livre paradoxal qui contribue à renforcer le poids de l'empereur romain dans l'ensemble de
son Empire tout en limitant structurellement pour le I siècle p.C. les échanges épistolaires
entre le centre du pouvoir et les gouverneurs d'un nombre non négligeable de provinces.
Des éloges, mais aussi des critiques ont été émis à l'égard d'un livre qui présentait
une réflexion aussi globale sur l'essence et le fonctionnement de l'administration d'époque
impériale . Si la vaste érudition de Millar a été unanimement louée et si le modèle de
la pétition et réponse est toujours suivi par de nombreux spécialistes de l'administration
romaine , la ligne directrice a fait l'objet d'un certain nombre de remarques qui ont introduit
des nuances ou exprimé un désaccord plus général. Une attention portée aux mandata
impériaux conduit à défendre par réaction et non sans fondement une vision plus pro-active du
gouvernement central de Rome . Il faut également penser aux édits comme un moyen pour
le prince d'introduire des réformes à l'échelle d'une ou plusieurs provinces ou de l'ensemble
de l'Empire. Millar a lui-même introduit des nuances par rapport à certaines de ses positions
initiales en admettant à propos des mandata que leur contenu était remanié jusqu'à lafindu
premier ou au début du deuxième siècle "pour les faire répondre aux différentes régions et
aux différentes circonstances" ; il a toutefois maintenu sa théorie générale de la passivité du
prince pour les périodes ultérieures (le I I siècle notamment) en précisant que les mandata
s'étaient "ossifiés pour devenir un code établi que l'on pouvait citer comme tel" . Pour ce
qui concerne les relations du prince avec les proconsuls, l'idée selon laquelle le prince ne
fut pas en mesure d'adresser aux proconsuls des mandata avant le I I siècle a été elle aussi
remise en question pour ne plus être désormais acceptée par Millar . Dans le prolongement
de cette rectification chronologique somme toute importante, on en est venu à se demander
si la non-attestation jusqu'au début du I I siècle de rescrit envoyé par l'empereur en réponse
à une requête du proconsul était moins le reflet d'une différence entre provinces publiques
et impériales que la conséquence de la manière aléatoire dont s'est constitué pour cette
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Millar 1966, 164-165 ; cf. de manière plus détaillée Millar 1977, 313-314 et 323-341. Il faut signaler
que la non-attestation avant le règne d'Hadrien de rescrits impériaux adressés directement au proconsul conduisit
paradoxalement Millar à maintenir jusqu'au début du II siècle une distinction entre provinces publiques et provinces
impériales, ce qui allait à contre-courant de la conclusion générale à laquelle son article de 1966 était parvenu.
On consultera à ce sujet avec profit les nombreux comptes rendus de l'ouvrage de Millar : Broughton,
AJPh, 99, 1978,530-534 ; Crook, CR, 28, 1978, 315-317 ; Hopkins, JRS, 68, 1978, 178-186 ; Bowersock, CPh, 73,
1978, 346-351 ; Bradley, Gnomon, 51, 1979, 258-263 ; Richard, Latomus, 38, 1979, 287-290 ; Chastagnol, RPh,
54, 1980, 196-197 ; cf. aussi pour un point de vue critique Bleicken 1982, 183-215 ; Pani, dans Gnomon, 56, 1984,
469-471 (sur l'étude de Bleicken qui vient d'être citée) ; Alföldy, HZ, 238, 1984, 675 et Alföldy 1997a, 302-303.
Cf. Winter 1996, 148-149 et Haensch 1997, 389 ; cf. aussi l'ouvrage de Hauken 1998 dont le titre
même (Petition and Response) témoigne de l'influence toujours exercée par Millar sur les études d'histoire
administrative.
Cf. Bradley 1979,262 ; Bleicken 1982,183-215 (p. 185, n. 3 et 195 pour ce qui concerne les mandata) ;
Potter 1996,49-66 et Badel 2005, 113-126 (en particulier p. 119 à propos des mandata).
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Millar 1990,218-219.
10 Millar 2002, 275.
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L E MODE D E COMMUNICATION ENTRE L E PRINCE E T L E PROCONSUL

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question spécifique notre matériel documentaire . Ces différentes mises au point critiques
sont instructives à plus d'un titre. Loin de vouloir remettre en question la valeur du livre de
pillar, qui a contribué à renouveler les perspectives en matière d'histoire administrative en
posant des questions fondamentales, elles montrent tout d'abord que toute étude du mode
de communication entre le prince et le proconsul doit être replacée dans le cadre plus large
d'un débat historiographique qui n'est pas clos. Elles font ensuite apparaître à travers la
question des mandata l'importance de la dimension chronologique pour toute étude d'un
système administratif qui a connu un bouleversement radical avec la mise en place sous
l'action d'Auguste d'un nouveau régime et qui était sensible aux inévitables évolutions de
l'Empire et du pouvoir impérial tout au long des trois premiers siècles. Elles nous invitent
enfin à la plus grande prudence à l'égard de tout schéma théorique, quel qu'il soit, qui n'est
pas validé par l'ensemble de nos sources. L a vérité est que le caractère "réactif ou "passif
du pouvoir impérial dans ses relations avec l'administration et les administrés ne constituait
qu'un aspect de l'action administrative : un aspect important, mais qui est loin d'être le seul
angle d'approche .
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Quel que soit le degré de passivité du pouvoir impérial, question complexe dont on
pressent qu'elle conduitfinalementà une impasse dans l'état actuel de nos connaissances, il
est de toute façon établi que le prince n'eut aucune peine à entrer à tout moment en relation
avec l'un ou l'autre proconsul, sous une forme ou une autre, dès le principat d'Auguste. On
imagine qu'il pouvait difficilement en aller autrement compte tenu de la position intermédiaire
occupée par tout gouverneur dans les échanges entre les provinciaux désireux de s'adresser
au prince et le pouvoir central tenu de répondre aux sollicitations qui lui étaient adressées
depuis les provinces. Mais il reste à déterminer plus précisément pour quelles raisons et selon
quelles modalités le pouvoir impérial s'adressait directement au proconsul ou répondait à
une demande que celui-ci avait formulée . Seule une étude minutieuse du contenu et de
la terminologie des documents connus à ce jour qui font référence d'une manière ou d'une
autre à de telles relations peut permettre de faire quelque peu progresser la réflexion à ce
sujet. Dans le souci de respecter les grandes articulations chronologiques de la période, une
attention toute particulière sera portée dans un premier chapitre à Auguste, qui fut amené à
mettre en place un mode inédit de relations avec les proconsuls. Il faudra ensuite rassembler
la documentation pour la période qui va de Tibère à Dioclétien afin de chercher à mieux
comprendre les principes qui conduisaient le pouvoir impérial à communiquer avec les
proconsuls et à retracer la ou les principale(s) étape(s) de l'évolution de leurs rapports, si
transformations il y eut dans ce domaine.
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11

Cf. sur cette question Burton 1976, 63-68, et en particulier p. 66-68.
j,
.
Cf. Eck 1992, 915-939 [=Eck 1995, 55-79] dont l'étude démontre, avec de nombreux exemples à
^3PPui, que le centre de l'Empire communiquait aussi aux Italiens et aux provinciaux le contenu des décisions prises
orne par le Sénat ou le prince d'une manière plus active qu'il n'est ordinairement admis ; cf. aussi dans ce sens
*ton 2002, 249-280.
Cf. à ce sujet Eck 1998d, 109 qui a déjà fait remarquer en ce sens que "The means available to the
j
for communication with the emperor varied according to the post, social standing and prestige of those
ere communicating with him".
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CHAPITRE I
D E S RELATIONS À INVENTER : ÉDITS, L E T T R E S E T MANDATS D'ÉPOQUE
AUGUSTÉENNE

Au lendemain de la réforme provinciale de 27 a . C , Auguste était placé devant un
nouveau défi. Par cohérence envers l'image d'une Res publica restituta qu'il ne cessa de
faire valoir tout au long de son principat, il lui fallait restituer à des proconsuls désormais tirés
au sort le plein exercice de Yimperium consiliare domi et militiae tout en se réservant le droit
d'intervenir dans le gouvernement de provinces publiques dont il ne pouvait se désintéresser
totalement, à plus forte raison celles qui ne furent pas au départ démilitarisées. On conviendra
que la solution choisie était liée au nouveau mode de communication à la fois complexe, subtil
et nécessairement ambivalent qu'il réussit à établir avec de tels gouverneurs de province et qu'il
faut désormais chercher à mieux définir. D'un point de vue pratique, il existait pour le prince
deux manières d'entrer en relation avec un proconsul et de lui adresser des messages, que ce
soit sous la forme de simples lettres, de réponses à des requêtes préalables ou d'instructions
plus contraignantes : soit il se rendait personnellement dans l'une ou l'autre province publique à
l'occasion d'une tournée dans l'Empire et surimposait son autorité à celle du proconsul aussitôt
qu'il avait franchi les frontières de la province concernée ; soit il entamait un dialogue à distance
avec l'un ou l'autre proconsul depuis l'endroit où il se trouvait dans la mesure où il ne pouvait
par la force des choses être présent dans toutes les provinces publiques où il désirait intervenir.
Le premier cas defigureest attesté à plusieurs reprises pendant la première partie du principat
d'Auguste ; il devint ensuite épisodique tout au long du I siècle p.C. , pour réapparaître au n
siècle avec des empereurs comme Trajan ou Hadrien et devenir de plus en plus fréquent à partir
des Sévères . Il a déjà été souligné plus précisément à ce propos qu'Auguste quitta Rome à la
fin de l'année 22 a.C. pour mener dans la partie orientale de l'Empire une tournée d'inspection
qui inclut la visite de quatre provinces publiques : la Sicile, l'Achaïe, l'Asie et le Pont-Bithynie.
Le témoignage de Dion Cassius laisse entendre qu'Auguste ne fit à cette occasion aucune
différence entre provinces impériales et provinces publiques : "étant passé en Asie au printemps
où M . Appuleius et P. Silius furent consuls (en 21 a.C), il y régla tout ainsi qu'en Bithynie,
ne négligeant pas ces provinces et celles que j'ai précédemment citées (la Sicile et l'Achaïe)
parce qu'elles étaient considérées comme des provinces du peuple, mais prenant au contraire le
plus grand soin de toutes comme si elles avaient été les siennes" . Aucun anachronisme n'y
est à proprement parler décelable. Auguste sut intervenir dans les quatre provinces publiques
concernées et éviter tout conflit de compétences avec l'un ou l'autre proconsul en fonction
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De Tibère à Domitien, les princes du I siècle voyagaient peu en dehors de l'Italie, et encore moins dans
des provinces publiques - qui ne présentaient aucun intérêt d'un point de vue militaire. Parmi ceux qui intervinrent
personnellement dans une province publique et qui furent amenés à ce titre à entrer directement en contact d'un
proconsul, le seul exemple sûr est celui de Néron pendant son voyage en Grèce, à laquelle il rendit sa "liberté". D
faut peut-être également penser à Vespasien, pendant le trajet qui le mena peu après son avènement d'Alexandrie a
Rome dans le courant de l'année 70.
Sur les voyages des empereurs, notamment pour tout ce qui concerne les itinéraires et leurs relations
avec les cités visitées, on consultera toujours l'ouvrage classique de Halfmann 1986.
«6 Dion 54.7.5.
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299-317. en Italie ou dans tout autre lieu situé en dehors de la province publique où il voulait intervenir que la question du mode de communication avec le proconsul se posait de la manière la plus aiguë. Les propos qui suivent ont pour objet d'évaluer la part respective de chacune de ces ordonnances dans les relations que le pouvoir impérial entretenait avec le proconsul. Quelle que soit la portée de Γimperium extraordinaire d'Auguste et d'Agrippa . 1-42. cf. qui sont des instructions de caractère administratif adressées notamment aux gouverneurs de province . ae a 17 19 17 Sur l'édit en tant que catégorie générique des constitutions impériales. Uimperium maius ou aequum du prince ne pouvant être appliqué à distance. C'était quand le prince était à Rome. il lui fallait trouver un autre moyen de faire respecter ses propres décisions au sein des provinces publiques. Williams 1980.C. Je reviendrai spécifiquement sur les nombreux problèmes que pose toute étude des mandata. 72-73. tandis qu'il recourait d'un point de vue formel à la souscription lorsque la requête m) "™ d'un simple particulier. U imperium ne peut tout expliquer. auquel on doit notamment d'avoir montré jl e la forme du rescrit différait selon le statut de son destinataire : le prince répondait par lettre à des requêtes qui étaient adressées par des magistrats. Agrippa. Sur le rescrit en tant que catégorie générique des constitutions impériales. Un examen des sources qui témoignent des relations entre le pouvoir impérial et le proconsul sous quelque forme que ce soit montre qu'Auguste reprit à son compte les types d'ordonnance en vigueur à l'époque républicaine pour rester en contact depuis Rome avec les gouverneurs de province. Trois catégories sont attestées pour avoir été exploitées dès l'époque augustéenne par le pouvoir impérial dans ses relations à distance avec les gouverneurs des provinces publiques : les édits. les mandats. du moins pas au début de l'époque impériale comme il a été souligné. 181-207). Coriat 1997.. 77-93 et Hauken 1998.L E MODE D E COMMUNICATION ENTRE L E PRINCE E T L E PROCONSUL 203 après avoir pris soin de se faire investir en 23 d'un imperium que je continue à définir comme quum. 283-294 et Williams 1986. prescriptions d'ordre général qui se fondaient à l'époque républicaine sur Y imperium du magistrat ou du gouverneur et qui étaient pris à l'époque impériale à l'initiative du prince avec la particularité d'être applicables à l'ensemble de l'Empire . des collectivités de diverse nature et des Particuliers d'un rang social élevé. il reste à établir de quelle manière concrète Au uste. mais il les détourna à son profit et en transforma progressivement le sens. les rescrits. Or c'était le cas de figure le plus fréquent. cf. On citera toujours à ce sujet Wilcken 1920. 86-103 . Il s'agira d'étudier également leur contenu et la terminologie en vigueur de manière à déterminer pour quelles raisons précises Auguste était amené à recourir a un tel mode de communication et sous quelle forme.maius ou aequum! . des membres de l'administration. enfin en Illyrie si l'on date son transfert au rang de province impériale de 11 a. 24-53) et de Williams Williams 1974. en Occident en 21-19 avec la visite d'au moins une province publique (la Narbonnaise). Une analyse identique prévaut pour les missions extraordinaires menées par Agrippa en Orient en 23-22. qui sont d'un point de vue générique des réponses écrites à des questions écrites et qui prennent plus spécifiquement la forme de lettre lorsque le prince répond à une autre lettre ou de souscription lorsqu'il répond à un libellus™ . la définition et un état de la question présenté récemment par Coriat 1997. Caius César et Germanicus faisaient connaître au proconsul et appliquer par celui-ci leurs décisions au sein des provinces publiques. 18 u U l 3 19 . Tibère. de nouveau en Orient entre 16 et 13. On consultera aussi les travaux de Honoré (Honoré 1981.

cf. Or une telle précision aurait été utile pour nous permettre de ranger la première partie de l'inscription de Kymè dans une catégorie juridique déterminée.les cinq premières lignes . mais il est vraisemblable qu'il s'agissait soit d'un édit consulaire.est venue témoigner de cette réalité en livrant des informations sur le mode de communication entre le prince et le proconsul. ε[ίπον].mentionnés en tant que consuls (ύπατοι). par référence à des gages et en liaison avec le iiadimonium à la 1. έ'Ιγνωσαν]. La première partie du dossier transmis par l'inscription est une disposition d'ordre général prise depuis Rome qui concernait l'Asie ainsi que sans doute toutes les provinces de l'Orient et qui prescrivait 20 21 22 2 0 Cette inscription a été retrouvée dans le "Rijksmuseum von Oudheden" de Leyde par Pleket et publiée pour la première fois par ce dernier dans le cadre de la publication du corpus des inscriptions de ce musée (Pleket 1958. 21 et la formule fanum nonifenj uenditiones possiderei ab Lusia des 1. Le seul élément sûr est que le verbe commençait par la lettre ε. 365. mais cette information ne nous est pas d'un grand secours si l'on rappelle que ce verbe devait être conjugué à l'aoriste et être à ce titre précédé par un augment. 1962. έ[πέγνωσαν] ou έ[πέκριναν] si l'on pense à un jugement rendu par les consuls au terme d'un cognitio ordonnée par le Sénat. Une inscription provenant de Kymè . 17 = E-J. 2 le verbe qui suivait les noms d'Auguste et d'Agrippa . 5-Kymè. 555 = Sherk RDGE. Pour une édition. soit d'une lettre des consuls dont l'objet était de faire connaître la teneur d'un sénatusconsulte . ε[ταξαν]. 2 έ[νέχυρα] (= pignora).C. Le contexte général est celui d'une mesure visant à restituer les terres publiques ou sacrées et des objets sacrés aux cités et aux sanctuaires qui avaient souffert de spoliations. 17) propose de lire à la fin de la 1. Nous n'avons conservé pour le texte grec de la lettre que le début . La cassure de la partie droite de la pierre a eu pour conséquence qu'elle interdit d'identifier à la fin de la 1. n° 57 qui a ajouté un long commentaire). SEG. elle présente l'inconvénient de renoncer à restituer le moindre verbe après les mentions aux 1. ε[πραξαν]. Il faut signaler que Engelmann (dans IK. La seconde partie est une lettre de [.] Vinicius. Je reviendrai sur les différentes interprétations concernant la nature du document officiel reproduit dans la première partie de l'inscription de Kymè. outre Yeditio princeps de Pleket. Les problèmes soulevés par ce document sont multiples et ne trouveront pas tous de solution définitive dans le cadre de cette étude. 5-Kymè. 13-14» mais cette restitution ne s'impose pas . La première retranscrit en grec une décision prise en 27 a. accusatif pluriel de ένέχυρον placé ainsi en évidence. L'inscription de Kymè est composée de deux parties distinctes.204 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN A. adressée en latin et en grec aux magistrats de Kymè .très mutilé. Plusieurs hypothèses ont été proposées en fonction de la nature que chacun attribue au document en question : ε[γραψαν] si l'on pense qu'il s'agit d'une lettre des consuls . la cassure de la partie droite ne permet pas de savoir avec certitude dans quelle catégorie juridique il faut ranger ce document. proconsul d'Asie. Les réflexions qui suivent ont pour objet principal de faire ressortir les données sûres liées à la question qui nous occupe. par Auguste et Agrippa en tant que consuls . n° 61 = IK. L'inscription de Kymè La nécessité pour le pouvoir impérial de rester d'une manière ou d'une autre en contact avec les proconsuls depuis l'endroit où il se trouvait et de leur adresser des instructions se fit ressentir aussitôt après que la réforme provinciale de 27 eut été adoptée. dans le contexte des premières années du nouveau régime . je reviendrai plus en détail sur cette question. ε[δοσαν] ou encore έ[κέλευσαν] pour ceux qui sont d'avis d'identifier ce document comme un édit consulaire . XVIII. 1 et 2 d'Auguste et d'Agrippa en leur qualité de consuls. Elle a donné lieu à une abondante bibliographie dont nous extrairons dans les notes suivantes les remarques concernant principalement le mode de relations entre le prince et le proconsul. 2 1 2 2 . d'Asie en l'occurrence.cité d'Éolide située dans la province d'Asie à mi-chemin entre Smyrne et Pergame .

8-11 : [δς άν έπι της] / [έ]παρχείας ή άποκατασταθήναι εις τον δημ[όσιον τόπον] / [ή] Ιερόν της πόλεως φροντιζέτω και δ άν χρή[μα αύτίκα ά]/[πο]δοθη. 11 sont toutefois loin d'être assurées . ni de remarquable. Apollonidès Noraceus. Atkinson 1960b. Caesar Deiueif. Crook 1962. n° 61).c'est-à-dire une comparution devant le tribunal du proconsul .] Vinicius proc(onsul) s(alutem) d(aî) mag(istratibus) Cumas. ni pris en gage ou en don . 16-20 : E(go) u(olo) u(os) c(urare). L . L . . 231-233. 2 . I f. la difficulté est de savoir comment il faut comprendre à la 1. parce qu'un temple de Liber Pater avait été autrefois vendu ou engagé au profit d'un certain Lysias Tucalleus. 246 et 266 . il fallait faire graver sur le temple une inscription rappelant que c'était Auguste qui l'avait fait restaurer . 5 2 4 e κ α ι 0 μ α 2 > Qe 2 6 r e c l . Kunkel 1962. dans ce sens. mais à partir de restitutions différentes. qui ne pouvait faire référence dans ce contexte qu'à la mesure plus générale de restitution des biens publics et sacrés aux cités et aux sanctuaires . 25-26 et Sherk RDGE. 329-332 . Les restitutions de la m de la 1. ce qui limiterait cette mesure à la province d'Asie? ou "la cité de chaque province"? Le problème est en outre compliqué par le sens à donner à επαρχεία (province ou territoire?). i() t du début de la 1. Il faut donc choisir de préférence la seconde solution (cf. un uadimonium . il y était ajouté que dans ce cas de figure. Augustu[s] re[sti]/[tuit]. est pour sa part une réponse ponctuelle à une pétition introduite directement auprès du proconsul par un citoyen de Kymè. également citoyen de Kymè. L a seule restriction d'ordre géographique est que cette mesure de restitution des terres publiques ou sacrées et des objets sacrés aux cités et aux sanctuaires était limitée aux provinces de l'Orient romain. C . 199-200). 185-201 et Giovannini 1999. La solution préconisée par le proconsul était de rendre ce temple au dieu après avoir payé à Lysias la somme d'argent que ce dernier y avait fait marquer . sei ita sunt. On imagine sans peine qu'Auguste n'avait pas manqué de se faire reconnaître très tôt. Les membres d'un thiase dont Apollonidès était le porte-parole voulaient récupérer ce temple ainsi que l'usage de ses objets sacrés et ils fondaient de telles revendications expressément sur un iussus d'Auguste. la lettre de Vinicius. ni achetés. un "ordre". L . Il apparaît tout d'abord que le prince était en mesure d'intervenir dans l'administration des provinces publiques dès 27 a .Jberei ab Lusia. cf.160-161 et Millar 1984. aussi dans ce sens Millar 1966. H est précisé dans la partie finale que des consignes allant dans ce sens furent données au gouverneur de province sous la forme d'un verbe utilisé à impératif : "que celui qui est à la tête de la province veille à ce que ces objets soient restitués aux lieux publics et sacrés et qu'il s'abstienne de rendre la justice à propos de ce qui aura été aussitôt rendu" . 12-16 : [.4 la formule [—π]όλεως εκάστης επαρχείας : faut-il traduire par "chaque cité de la province". d'une manière ou d'une autre.103-104 . En cas de désaccord de Lysias. 601-602 .était prévu. 231 et 233-234). Apollonidès L(ucii) flilius) °[race( us)] / [c(iuis) u(ester) ] me adeit et demostrauit Liberei Patris fammi nom [ine ] I fuen Jditiones possiderei ab usui Dio^enis β ilio) Tucalleus c(iue) fii( estro) J I [et cjum uellent thiaseitae sacra deo restituere iussu Au/fgusjti ^aris prerio soluto quod est inscreiptum fimo. on pourrait songer également à la formule αν χ ρ ή [ ωδε]/[έ]νδοθη (Atkinson 1960b.L E MODE D E COMMUNICATION ENTRE L E PRINCE E T L EPROCONSUL 205 23 que les biens publics ou sacrés ne soient ni enlevés. Charbonnel 1979. utei Lusias quod I [est] positum pretium fimo Piet et restituât deo fai [mini e]t in eo inscreibatur Imp. τοΰτο μη δικαιοδοτείτω(ι) uacat. mais il n'y a là rien d'étonnant. contra Arangio-Ruiz 1961. Le fait que l'inscription parle plus loin non pas du proconsul. les communautés occidentales n'ayant pas connu des Problèmes de ce genre (comme l'a vu Charbonnel 1979. un tel droit dans le contexte des années de mise en place du nouveau 2 3 Sur la question de l'extension géographique de la disposition reproduite par la première partie de l'inscription de Kymè. Le second document. 24 25 26 De nombreux enseignements se dégagent du contenu de l'inscription de Kymè. mais de façon plus générale de "celui qui est à la tête de la province" laisse penser que cette disposition ne s'appliquait pas à la seule province publique d'Asie et concernait aussi au moins une province impériale. .

L'inscription de Kymè atteste que des instructions ponctuelles avaient été adressées depuis Rome par Auguste de manière générale à tous les gouverneurs et appliquées en particulier par un Vinicius (certainement le consul de 33) en sa qualité de proconsul d'Asie. 65-66 . elle n'aurait de toute façon pas été suffisante . Elle livre des précisions inédites sur les modalités des premiers échanges administratifs entre le pouvoir impérial et les gouverneurs des provinces publiques. cf. 25. sur la restauration de la collégialité en 28-27.206 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN régime. la thèse de la supériorité de Yimperium des consuls sur celui des proconsuls n'est pas établie avec suffisamment de certitude pour être présentée comme le fondement des interventions impériales dans les provinces publiques . 29-32. ou son infinité. Agrippa en sa qualité de collègue d'Auguste. Auguste et Agrippa ont jugé bon en tant que consuls de faire reposer les instructions qu'ils faisaient parvenir aux proconsuls sur une ordonnance dont on a souligné que la nature exacte restait discutée : avait-elle été communiquée sous la forme d'une 27 28 29 30 2 7 Pleket 1958. Les deux premières lignes rappellent qu'il n'avait pas agi seul en cette circonstance. et Roddaz 1984. C f dans ce sens Charbonnel 1979. Ces remarques liminaires n'épuisent pas l'intérêt de ce document épigraphique. La première partie de l'inscription de Kymè montre jusqu'à quel point Auguste veillait à inscrire ses relations avec les proconsuls dans le prolongement des pratiques républicaines. 202 qui a souligné que l'hypothèse de Γimperium maius ne permettrait pas de comprendre pourquoi Agrippa est associé à la mesure dans le premier texte et qui ajoute qu'"une solution qui ferait appel à un imperium maius nous paraît dans son indefinite. En 27. Premier enseignement . 134. il y était au contraire souligné qu'il avait pris soin d'intervenir en tant que consul et d'associer à cette mesure l'autre consul de l'année 27. 135 . Contrairement à ce qu'avait supposé Pleket . la collégialité . 177-184. Plus originales et directement liées à la question qui nous occupe sont les indications relatives à la nature des relations entre le prince et le proconsul. Ce n'est pas un hasard si ces deux éléments sont présents au début de l'inscription de Kymè. n. dominées par la volonté de faire apparaître le nouvel État romain comme une Res publica restituta. quand bien même elle devrait être prise en compte. 11 . Or il existe précisément une autre solution juridique. le document ne fait nulle part mention de l'usage par le prince de quelque imperium maius que ce soit.négatif . Il s'agissait en l'occurrence de réaffirmer solennellement la restauration de l'autorité du consulat et d'un de ses principes les plus fondamentaux. 2 8 2 9 3 0 . Un tel silence est révélateur. La forme même de l'un et l'autre des documents qui composent l'inscription de Kymè et la terminologie utilisée laissent penser qu'il existait à ce propos d'autres explications. Cf. Comme l'a souligné Ferrary 2001.qui se dégage du dossier. sur cette question mes réserves exprimées supra. Crook 1962. 328-329. Le caractère consulaire et collégial de cette décision est à replacer dans le contexte des années 28-27. 199-209 et Hurlet 1997. une solution de désespoir à n'employer que si vraiment on ne trouve pas de solution juridique". Il faut poursuivre l'enquête en s'intéressant dans une perspective plus technique à la forme choisie par Auguste pour communiquer ses décisions au proconsul à partir du moment où il abandonna au peuple Romain le gouvernement d'une partie des provinces de l'Empire. aussi dans ce sens Arangio-Ruiz 1961. ni de façon arbitraire . La question est de savoir comment et à quel titre. n.

celle de l'édit consulaire précédé ou non d'un sénatus-consulte. 137). tandis que le même mode verbal se rencontre dans le SC Caluisianum à pas moins * reprises (1. qui suit le V édit de Cyrène) . S'il fallait adopter la première hypothèse. 21 et Ferrary 2001. il faudrait comprendre qu'Auguste s'était prévalu de la volonté du Sénat. 212-225 (pour celle-ci. 120-121. 323-329 qui rejette l'idée qu'un sénatus-consulte avait été voté au préalable sur cette question et qui pense une simple ordonnance des consuls. On ne peut pas en effet exclure que les commanditaires de l'inscription . 107. Tout au plus faut-il signaler que contrairement à ce que l'on peut observer dans le V édit de Cyrène. 214-215. n. 1026. dans un sens quelque peu différent Sherk RDGE. Quant à la forme verbale retenue . mais il faut convenir qu'il est prématuré dans l'état actuel de nos connaissances d'adopter à ce sujet de réponse ferme. Crook 1962. aussi vannini 1999. 103. n° 61. mais un tel silence ne doit pas être surinterprété..les membres du thiase . 134 à envisager l'idée que le Sénat n'avait pas été consulté à ce sujet. e d l 3 4 e r .317-319 qui pense à un jugement rendu par les consuls après qu un sénatus-consulte leur eut demandé de mener une enquête concernant un problème aussi spécifique soulevé par des provinciaux et de prendre en fin de compte à ce sujet une décision. 130-131. 134.l'impératif dans la transcription grecque . Le fait est qu'à l'époque augustéenne. cf. 112. Il est vrai qu'il affaiblit la thèse de ceux qui interprétaient la première partie de l'inscription de Kymè comme une lettre ou un édit destiné à informer les gouverneurs de province de la teneur de la décision du Sénat. 25 qui opte pour un édit . celle d'une lettre des consuls informant les gouverneurs de province de la teneur d'un sénatus-consulte. à ce propos les objections présentées par Charbonnel 1979. reprise par Charbonnel 1979. la première partie de l'inscription de Kymè ne fait à aucun endroit référence à un sénatus-consulte préalable . 47-48 . mais sans lui donner la forme d'un édit dans le contexte de l'année 27 et en Préférant pour cette raison restituer à la 1. 3 2 1H a 0 1 Ϊ ν 6 Γ 1 9 6 3 a 1 2 1 . ce qui a conduit Ferrary 2001. s'il fallait retenir la seconde hypothèse. 133-134. H n'y a toutefois aucune référence dans l'inscription de Kymè au vote préalable d'un sénatus-consulte.aient jugé bon d'abréger l'ensemble du dossier pour n'en retenir que les éléments les plus significatifs à leurs yeux. n. le proconsul d'Asie publia non pas le document officiel reçu d'Auguste et d'Agrippa.207 L E MODE D E COMMUNICATION ENTRE L E PRINCE E T L E PROCONSUL lettre par Auguste et Agrippa aux gouverneurs de province pour porter ou faire porter à la connaissance des intéressés les dispositions d'un sénatus-consulte voté antérieurement ? u doit-elle être identifiée comme un édit pris par les consuls. L'impératif présent est utilisé dans le I édit de Cyrène à six reprises (cf. elle ne peut être utilisée comme argument ni dans un sens ni dans un autre. qu'il contrôlait de toute évidence. 104. 48 où l'on trouvera les références des documents où l'emploi de l'impératif est attesté en °rs de l'époque augustéenne). Opte pour l'interprétation de l'édit consulaire précédé par un sénatus-consulte Giovannini 1999. 126. 119. cela signifierait que le prince avait 3 1 C'est la thèse d'Atkinson 1960b. 2 le verbe έγραψαν . 31 0 32 e 33 er e 34 Pour ce qui est des rapports entre le prince et le proconsul tels qu'ils y sont définis.1 2 2 3 3 p. infra. Kunkel 1962. n. peut-être après que le Sénat eut été consulté à ce propos ? Le choix de telle ou telle solution a des incidences sur la question de la mise en place du mode de communication entre le prince et le proconsul. le recours à l'impératif est attesté aussi bien dans un édit impérial (le I édit de Cyrène) que dans un sénatus-consulte (le SC Calvisianum. cf. mais il ne l'infirme pas de manière définitive. il vaut mieux en présenter une définition sous la forme alternative suivante. Cf. pour adresser des instructions à un ou plusieurs gouverneurs de province publique . 210 2 \ ' pensent à une lex data (cf. 237-244. mais une version abrégée traduite en grec qui ne prenait pas la peine de faire référence à la participation du Sénat au processus de prise de décision) . aussi Arangio-Ruiz ^61. 10 Comme l'ont souligné Lintott 1993.

lorsqu'il s'y trouvait . Le contenu de la seconde partie de l'inscription de Kymè. Il faut analyser de la même manière l'indication selon laquelle seul le nom d'Auguste doit être gravé sur le temple pour rappeler la nature du bienfait : le nom d'Agrippa n'y est pas mentionné et c'est au prince seul qu'est attribué le mérite de cette mesure de restitution. Peu importait finalement pour le proconsul et les provinciaux le fondement juridique de la mesure de restitution des biens publics et sacrés aux cités et aux sanctuaires . Giovannini 1999. mais il ne faudrait pas pour autant exagérer la part d'innovation qui revenait à Auguste . précédé ou non d'un sénatus-consulte. puisqu'Auguste pourrait faire valoir qu'il s'était contenté de faire appliquer en sa qualité de consul une décision du Sénat qui concernait directement le(s) proconsul(s).lettre ou édit. la lettre de Vinicius adressée aux magistrats de cette cité. 104 qui a montré que l'on voyait apparaître dans les dernières années de République une catégorie d'édits dont la portée était étendue à l'ensemble de l'Empire. Une autre information capitale qui va dans le même sens est l'absence dans la lettre du proconsul de toute référence à Agrippa. rien n'y est dit à ce propos . Elle semblerait moins parfaite dans la perspective dérivée de la seconde solution. ce dernier se serait limité à généraliser le recours à Γ édit de manière à en faire un des fondements de son autorité sur les proconsuls. pratique qui aurait été d'autant plus légitime qu'elle comptait des précédents depuis l'époque triumvirale et reposait peut-être sur un sénatus-consulte. La réception par le proconsul d'Asie des directives venues de Rome contribue donc à faire mieux comprendre la nature ambivalente des relations entre le prince et le proconsul durant les premières années du nouveau régime. Lintott 1993. L a continuité avec les institutions républicaines serait totale dans l'hypothèse où la première solution est la bonne. L a décision d'adresser des instructions à un proconsul était prise en la circonstance à Rome par le prince . Quoi qu'il en soit. Cf. Mais Γauctoritas du prince était suffisamment établie dès cette époque pour que personne ne fût dupe des réalités du pouvoir.dans le respect des formalités légales et après un cheminement complexe qui prenait pour ce que nous en savons la forme d'une lettre ou (et) d'un édit et incluait une participation de son collègue au consulat. La mention explicite par Vinicius d'un iussus Augusti indique tout d'abord que les directives venues de Rome étaient assimilées en Asie à un "ordre" du prince. C'est ce que révèle la lettre de Vinicius lorsqu'elle fait 35 36 3 5 Cf. il apparaît dans tous les cas de figure que la nécessaire invention d'un mode de relations entre le prince et le proconsul se fit en 27 sans bouleversement et dans le prolongement de pratiques déjà connues.208 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN toute latitude pour transmettre des injonctions à quelque proconsul que ce soit tant qu'il exerçait le consulat et en vertu des vastes compétences attachées à l'exercice de ce qui restait la plus haute magistrature romaine. 114 qui parle de "volontary subordination" du proconsul. ainsi que peut-être une décision préalable du Sénat.quelle qu'en soit la nature . permet de faire progresser l'analyse en montrant comment l'ordonnance prise depuis Rome par le prince et son collègue Agrippa . pourtant présenté dans la première partie de l'inscription de Kymè comme le consul avec lequel Auguste avait collaboré pour faire adopter et connaître une décision prise de manière collégiale. seule comptait à leurs yeux la volonté du prince . puisque le prince aurait rendu un édit dans un domaine qui relevait d'ordinaire du Sénat.avait été interprétée en Asie par le proconsul. 3 6 .

aucune référence explicite n'est faite à l'usage par Auguste d'un imperium maius à l'égard du proconsul . réalité qui vient attester de nouveau si besoin est que les pouvoirs d'Auguste étaient loin d'être limités aux provinces impériales. L'ensemble des instructions impériales contenues dans ces documents s'adressaient d'abord aux habitants de la province de Crète-Cyrénaïque (et de toutes les provinces dans le V édit et le SC Caluisianum). cf.C. 311 . aussi Charbonnel 1979.ni directement. Les edits de Cyrène : questions de terminologie La découverte dans les années 1920 des édits de Cyrène . Elles comprenaient également des indications destinées au proconsul. Les quatre premiers édits sont datés de juillet 7 à juin 6 a. Millar 1984.a renouvelé le débat sur les modalités de l'intervention impériale dans les provinces publiques . 106 et Ferrary 2001. Sur ces documents. 174-182 . Oliver 1989. ni indirectement. il ne constituait de toute façon pas le fondement institutionnel sur lequel reposait 39 e 3 7 Cf. Elle montre aussi dans quelle mesure une mesure voulue par Ajuste était suivie d'effet dans une province publique non par une intervention impériale directe. Cf. une traduction française et un commentaire remarquables où °n trouvera rassemblées et présentées l'ensemble des références de l'abondante production bibliographique parue date de sa première publication et l'année 1940. Il faut d'emblée faire remarquer qu'à l'instar de ce qui a été dit à propos du dossier transmis par l'inscription de Kymè.L E MODE D E COMMUNICATION ENTRE L E PRINCE E T L E PROCONSUL 209 référence à la seule volonté d'Auguste sans décrire les modalités techniques d'une telle décision et en ne prenant pas la peine de mentionner l'intervention de toute autre autorité. Giovannini 1999. ce qui me dispensera d'avoir à les citer (j'adopterai pour ison la numération des lignes à partir de l'édition de De Visscher). De Visscher 1940 a fourni une édition. * Pour une traduction allemande. Un des centres d'intérêt des édits de Cyrène est de nous aider à mieux définir sous quelle forme le prince avait communiqué ses instructions au gouverneur d'une province publique. 8-11 et Sherk RDGE.C. 37 3S B. mais en étant connue et exploitée par les provinciaux concernés comme un moyen de faire pression sur le proconsul . elle a fourni en particulier des précisions inédites sur la nature des rapports du prince avec le proconsul et leur évolution depuis les mesures de 27 a. le cinquième de la première moitié de l'année 4 a. n° 31. Les éditions plus récentes et commodes à "Wiser sont à ma connaissance E-J. 135. ce qui ne surprend guère compte tenu des vastes compétences exercées par ce dernier dans le cadre de sa province. 52 qui a souligné que le plus frappant dans le contenu de l'inscription de Kymè est la disparition d'Agrippa dans la lettre de Vinicius et le fait que ce proconsul ait choisi de ne retenir que la participation Ajuste dans un processus de prise de décision qui devait être beaucoup plus complexe . retrouvés dans l'agora de Cyrène et publiés pour la première fois en 1927 par les soins de Oliverio. Ils traitent tous de questions centrales de l'administration provinciale qui touchaient plus ou moins directement le proconsul de Crète-Cyrénaïque. Cette conclusion négative souligne de nouveau à quel point il faut se garder d'exagérer la portée de la mesure de 23 telle qu'elle est définie par Dion Cassius : il faut comprendre que quelle que soit la manière dont Y imperium du prince fut redéfini à cette occasion (aequum ou mains!). 3 8 3 9 e n t r e C e l t e l a ra .cinq en tout . .C. alors que nous savons qu'au moins Agrippa participa au processus de décision en sa qualité de collègue d'Auguste . 213-214 et 224-225 . de nouveau dans ce sens l'analyse convaincante présentée par Millar 1984. 52. aussi Freis 1984. cf.

Guizzi 1999. 14. je l'ai accompli en vertu de ma puissance tribunicienne" (6. Girardet 2000. Laronde 1988. 395-396 . 23 . Il s'agit de l'interprétation la plus conforme à la teneur des édits. elle est toutefois loin d'être garantie et reste pour tout dire problématique. Syme 1952. Ferrary 2001. mais l'ensemble des provinces : il représente à ce titre à l'échelle du dossier constitué par les édits de Cyrène l'exception plus que la règle. 59). Auguste disposait depuis 23 a. 178 . Il rappelait dans un premier temps que pour le cas de la province de Crète-Cyrénaïque. 208-209 établit un rapport entre la mention systématique sur ces édits de la puissance tribunicienne d'Auguste et le passage des Res Gestae qui rappelle que "ce que le Sénat a voulu alors que je fasse. 114 . mais il s'agit là d'un cas différent des quatre autres édits dans la mesure où la décision du Sénat ne concernait pas que la Crète-Cyrénaïque. de tels documents ne pouvaient en aucun cas constituer la preuve qu'Auguste était en possession depuis 23 d'un imperium maius . Lintott 1993. n. de telles interventions impériales se fondaient sur des édits pris par Auguste à Rome .C. 50-51 . 514 . n. dans le prolongement de Girardet. Je me suis exprimé dans un sens assez proche en voyant dans de tels documents la confirmation que le prince avait depuis 23 a. 115 .ou même aequum . ce qui rend caduque toute utilisation de ces documents pour une telle question. 357. Jones 1951. on ne peut pas exclure que ceux qui firent graver à Cyrène les quatre premiers édits avaient jugé bon d'abréger l'ensemble du dossier transmis depuis Rome 41 42 43 4 0 e L'historiographie contemporaine a lontemps voulu reconnaître dans les édits de Cyrène la preuve que conformément au témoignage de Dion Cassius. Sherk RDGE.C. Comme le signale Brunt 1984. pompéienne en particulier (Hurlet 1997. qui ajoute qu'il trouve cela surprenant. il supposait ensuite qu'à chacun de ces édits impériaux préexistait un sénatus-consulte sur lequel aurait reposé l'action du prince . Il faut pour cette raison privilégier l'idée que le prince ne jugea pas nécessaire de consulter au préalable le Sénat pour des questions qui concernaient la seule province de Cyrénaïque et qui étaient considérées comme étant mineures ou comme relevant à proprement des relations des habitants de cette province avec Auguste. Il apparaît en effet qu'il n'est fait aucune mention de sénatus-consulte dans le texte des quatre premiers édits .433. 137-138 a souligné dans un sens analogue que le contenu des édits de Cyrène pouvait être exploité aussi bien pour confirmer la possession par le prince d'un imperium supérieur à celui des proconsuls que pour infirmer une telle déduction. 66). Le vote préalable et systématique d'un sénatus-consulte qu'Auguste se serait contenté de ratifier à travers son édit semble loin d'avoir été ressentie comme une nécessité si l'on en juge par le contenu des édits de Cyrène.qui lui aurait donné le droit d'adresser des instructions à tout proconsul .210 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN 40 l'envoi au proconsul de directives émanant du pouvoir impérial . Comme pour l'inscription de Kymè.2). 423 . un imperium qui lui permettait d'intervenir dans l'administration des provinces publiques et que je définissais comme aequum dans le prolongement des pratiques de l'époque tardo-républicaine. 570. cf. 45-48 . mais l'état de notre documentation ne permet pas de la considérer comme la solution définitive. 207-209 . Girardet 2000. n. 1025 . Oliver 1989. Kienast 1982. Talbert 1984. d'un imperium maius qui lui permettait d'intervenir dans les provinces publiques et lui donnait une supériorité sur tous les proconsuls (De Visscher 1940. Cette dernière hypothèse mérite d'être signalée. Bleicken 1998a. Le V se présente au contraire comme un édit de promulgation qui avait pour objet d'accompagner et d'introduire le sénatus-consulte adopté précédemment pour redéfinir en la simplifiant la procédure en matière d'accusation de concussion. 4 1 4 2 4 3 . Pani 2001. 256. car elle a de fortes implications sur la manière dont on se représente la nature du pouvoir impérial à ses débuts . Une étude de Girardet a pu montrer à ce sujet de façon convaincante que contrairement à Γopinio communis.

mais qui témoigne du caractère invariable de cette formule). voire autoritaires. 401 a fait remarquer que le ton utilisé par Auguste pour communiquer avec les proconsuls était différent de celui qui était de mise dans ses rapports directs avec les provinciaux et s'inspirait des formes que le enat employait lorsqu'il donnait des conseils à un titulaire de Γ imperium. à ce sujet Benner 1975. IV édit. 33 . III édit. 54-55 : κω/λύω (avec un verbe à l'infinitif). 1. 16. 1. du type "je défends" . une formulation originale est attestée à deux reprises dans le premier édit lorsqu'il est question du proconsul : tout d'abord aux 1.1 ..27. L'existence ou non d'un sénatus-consulte voté au préalable restant en tout état de cause hypothétique pour le moment. L a diversité des formules utilisées par Auguste pour faire connaître et appliquer ses volontés dans la province publique de Crète-Cyrénaïque est une caractéristique remarquable du style de ces édits. 67 : αρέσκει . tantôt il a recours à de plus longues formules dans lesquelles le ton se fait plus courtois lorsque ses relations avec le proconsul entrent en ligne de compte. De Visscher 40. 57-60. l'impératif présent est utilisé dans le I édit pour faire savoir qu'il incombe au gouverneur de déclarer publiquement le résultat des suffrages émis à propos des affaires capitales par un jury dont la composition avait été au préalable minutieusement élaborée . Qu'elle ait été 44 45 46 e r 47 e r 48 49 4 4 e II édit. seule une enquête centrée sur la terminologie des édits de Cyrène est en mesure de faire mieux comprendre la nature des rapports entre le pouvoir impérial et les proconsuls à partir de données qui peuvent être considérées comme sûres.2.4 et 40. . Cf.16. aussi I édit. 1. aussi Ulp. lorsqu'il est précisé par une locution en tout point semblable du point de vue de la structure qu'Auguse était "d'avis que tous ceux qui gouverneront la Crète et la Cyrénaïque agiront justement et sagement en cas de meurtre d'un Hellène ou d'une Hellène en ne permettant pas à un Romain de se porter accusateur d'un Hellène L'élément décisif est l'emploi de la locution δοκοΰσι μοι καλώς καί προσηκόντως ου ορθώς καί προσηκόντως μοι δοκοΰσιν.. 1. 1. 61 : αρέσκει μοι . (Ulp. 11. Last et De Visscher ont été les premiers à avoir souligné. Dig. ensuite aux 1. Plus singulier. 58-59. cf.4. indépendamment l'un de l'autre... 26-27 .. 28 et 1." . L'emploi du verbe à un tel mode n'est toutefois pas limité aux relations du pouvoir impérial avec le proconsul et l'on trouve d'autres exemples de ce type dans le I édit à propos de détails techniques .L E MODE D E COMMUNICATION ENTRE L E PRINCE E T L E PROCONSUL 211 pour n'en retenir que les éléments les plus significatifs à leurs yeux. 1. 1. Last 1936. qu'il ne cite pas) et a prolongé une telle analyse en citant le témoigne parallèle que constitue n passage du sénatus-consulte Velléien : arbitrari senatum recte atque ordine facturos ad quos de ea re in iure ditum erit . Il faut tout d'abord signaler à ce sujet qu'à l'instar de ce qui a été observé pour l'inscription de Kymè. 20. 30. 178 et 184-185 qui formule des réserves par rapport 4:5 e 4 6 e 4 7 4 8 4 9 y a u Q P re e r Ur er e e r er . 58 : κελεύει. à propos des modalités du tirage au sort I édit. "il convient" ou "j'ordonne" . 36-39.. I édit... De tels propos ont été Pris par Sherk RDGE. 13-16.39-40 et 47-48 est arrivé à la même conclusion de manière indépendante (il n'est visiblement pas au courant de rnise au point de Last. cf. 1.1 qui ne reproduit pas à proprement > sénatus-consulte. Cf.1. Tantôt il utilise des expressions imperatives. 178 . Quelques années plus tard. 1. 70 : ουκ αρέσκει. mais cette supposition apparaît tout de même peu vraisemblable. III édit. qu'il faut y voir l'exacte et très précise traduction de la formule latine par laquelle le Sénat donnait ses instructions aux magistrats et promagistrats . cf. aussi Benner 1975. lorsqu'Auguste affirme être "d'avis que ceux qui gouvernent la province de Crète et de Cyrénaïque agiront bien et sagement en constituant dans la Cyrénaïque des juges hellènes de la classe supérieure du cens en nombre égal à celui des juges romains . Dig.12.

b. mais qui est obligé de reconnaître à propos des expressions δοκούσι μοι καλώς και προσηκόντως ou ορθώς και προσηκόντως μοι δοκοΰσιν qu'elles sont empruntées à la terminologie utilisée par le Sénat et qu'elles témoignent de la considération exprimée par le pouvoir impérial à l'égard de la dignité due à tout proconsul : cf. 116-1191. cf. 26). cf. 11 est significatif qu'Auguste utilise des expressions imperatives. il transmettait aux proconsuls ce qui apparaît plutôt comme une recommandation ou un conseil pressant au moyen d'une formule adoucie qu'il empruntait à la terminologie utilisée d'ordinaire pour les décisions du Sénat.C. 1. 1. C'est ce qu'indique l'emploi de la conjonction de coordination "ou" : cela signifie qu'aussi bien le Sénat qu'Auguste était en mesure de prendre seul une mesure qui concernait la question de la justice capitale dans le cadre d'une province publique. 12-13). col. dans la mesure où une décision prise par Auguste seul est présentée dans le I édit de Cyrène comme étant suffisante pour introduire une réforme en matière de juridiction provinciale. 137-138 et Giua 2002. cf. 1. aussi Ferrary 2001. je reviendrai sur cette question dans le chapitre consacré aux mandata . Si l'analyse que je propose est exacte. 67 avec l'utilisation du verbe αρέσκει à propos d'une question technique concernant la composition du jury chargé de juger les affaires autres que les procès capitaux et limitées aux litiges entre Hellènes habitant la Cyrénaïque.une mesure destinée à être appliquée par un proconsul dans une province publique. On trouve à ce propos une confirmation ainsi qu'une précision complémentaire dans le passage du I édit qui laisse ouverte en préambule la possibilité d'un amendement par le biais de la formule suivante : "en attendant que le Sénat prenne une décision à ce sujet ou que moi-même je trouve mieux" (1. 79-82 . III édit. "il convient" ou "j'ordonne" uniquement dans les consignes données par le prince aux provinciaux (et non au proconsul de la province de Crète Cyrénaïque). 1. II. 1. Cf.pour lui interdire de s'éloigner de Rome sans son ordre . voire autoritaires. il était permis au prince de faire adopter de sa propre initiative .212 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN utilisée par Auguste pour définir ses relations avec les proconsuls témoigne non seulement de sa prudence en ce domaine. Une autre précision qui va dans ce sens se trouve dans le passage du V édit dans lequel la décision impériale est justifiée par la volonté de rendre "manifeste à tous les habitants des provinces avec quel soin moi-même et le Sénat nous veillons à ce qu'aucun de nos sujets ne souffre indûment quelque tort ou ne subisse quelque exaction" (1. 109. mais aussi des aspects formels du dialogue qui s'était instauré entre le pouvoir impérial et les gouverneurs des provinces publiques à partir d'un modèle républicain. 58 et 61 où le verbe κελεύει et la formule αρέσκει μοι sont employés à propos d'une question fiscale qui concerne les rapports des habitants de la province de Cyrénaïque avec leurs communautés . I I édit. 77-78). elle affaiblit davantage l'idée selon laquelle les quatre premiers édits avaient été précédés par des sénatus-consultes. IV édit. n. aussi dans le même sens V édit.avec ou sans le concours du Sénat. Elle signifie à ce titre que dans le contexte des années 7/6 a. Même s'il s'agit en cette circonstance d'un édit qui se borne à introduire le 50 e r 51 e r e e aux conclusions présentées par De Visscher en invitant à ne pas tirer des interprétations trop tranchées à partir des variations du formulaire [réserves reprises par Marotta & Spagnuolo-Vigorita 1992. 54-55 dans lequel le prince a recours au verbe κω/ λύω et à l'expression άνευ της έμής επιταγής à propos d'un citoyen romain de Cyrénaïque . Tout se passe comme s'il avait voulu en cette circonstance se substituer au Sénat. Alors que le prince n'hésitait pas à adresser des ordres directement aux provinciaux à propos de questions qui concernaient les rapports des Hellènes entre eux ou avec le pouvoir impérial . Une telle indication présente l'intérêt de placer une décision prise par le prince sur le même plan qu'un sénatus-consulte . 5 0 e e e 5 1 . 71 qui ajoutent un témoignage en soulignant que le sénatus-consulte gravé sur la Tabula Siarensis reprenait une formule comparable à celle du SC Velleien (frg. du type "je défends .

n. 457 (après Oliverio 1927).à des individus vivant dans une province publique.les édits du Cyrène . En faveur de cette interprétation est venu s'ajouter un solide argument sous la forme d'un passage parallèle de la loi douanière d'Asie d'après lequel Auguste pouvait conférer des Privilèges à des cités. Arangio-Ruiz. Il faut d'emblée préciser que la première solution s'inscrit mieux dans le cadre de toute une série de dispositions . en revanche. le contexte n'était pas le même pour les quatre autres édits et rien n'empêche de penser qu'il agit seul à ces occasions. Pour le V édit. il fait partie du célèbre document épigraphique ex M f e r s . mais elle a été abandonnée par la suite jusqu'à ce que Ferrary 2001. e e 52 5 3 e e 54 C'est la solution qui avait été adoptée par von Premerstein 1928b. 91 la réhabilite P°ur des raisons sur lesquelles je vais tout de suite revenir (infra. l'édit d'Auguste n'aurait pu suffire et aurait dû s'accompagner d'une intervention du peuple et du Sénat.fiscaux . mais la teneur de ce texte reste difficile à établir avec précision en raison d'une erreur de gravure. 1. II s'agit d'un extrait (§ 39. Dans le premier cas de figure.comme c'était le cas à l'époque républicaine. 103-106). ce problème est central dans la perspective qui est la nôtre. n.dont on a déjà vu qu'elles avaient toutes les chances d'avoir été décidées par le prince seul (à l'exception du cas particulier que représente le V dit). dans la mesure où la solution adoptée déterminera s'il faut ou non mettre sur le même plan loi. tribus et peuplades "par une loi ou un plébiscite du peuple ou un décret du Sénat ou par un bienfait de ΓImperator César Auguste par sa puissance tribunicienne" . ^ C'est la solution qui fut adoptée par Wenger. aux des charges réglementant la douane de la province d'Asie . avec ou sans la collaboration du Sénat en fonction de la nature même de la mesure adoptée. mais toute la question est de s'entendre sur la correction à établir : faut-il lire κατά νόμον ή δόγμα συνκλή(του ή) τώι του πατρός μου ή τώι έμώι έπικρίματι ? ou κατά νόμον ή δόγμα συνκλή(του) τώι του πατρός μου ή τώι έμώι έπικρίματι ? Anodin en apparence. 92-93 : νόμω ή δήμου κυρώσει ή συγκλήτου δόγματι ή χάριτι (plutôt ^ χ ά ρ ι ν ) Αύτοκράτορος ΚαίσαροςΣεβαστού δημαρ[χικής έξουσ]ίας) de l'additif des consuls de 17 a.L E MODE D E COMMUNICATION ENTRE L E PRINCE E T L EPROCONSUL 213 texte intégral d'un sénatus-consulte.C. C'était le signe que le prince s'était attribué la responsabilité de veiller aux intérêts des provinciaux. Il existe dans le III édit de Cyrène un autre passage qui semble indiquer que le prince avait la possibilité de se substituer au Sénat (et au peuple Romain) pour conférer des privilèges . dans l'autre cas. 58-59). 54). 472-473 et Premerstein 1931. sénatus-consulte et édit (de César et d'Auguste) pour ce qui est des relations entre le pouvoir central et les individus installés dans une province publique. Il y est question d'une dispense de liturgies accordée aux citoyens Romains de Cyrénaïque auxquels l'immunité fut donnée en même temps que le droit de cité romaine selon l'une des modalités suivantes : κατά νόμον ή δόγμα *συνκλήτωι* τώι του πατρός μου ή τώι έμώι έπικρίματι (1. le prince aurait eu le droit d'accorder seul le privilège en question sans être obligé de faire ratifier sa décision par le peuple ou le Sénat . Kubier et De Visscher (on trouvera une Plication et les références bibliographiques dans De Visscher 1940. il demeure remarquable que la condamnation des abus commis par les gouverneurs à rencontre des provinciaux ne soit plus présentée comme une affaire qui relevait exclusivement de la compétence des sénateurs . il est évident qu'Auguste pouvait d'autant moins facilement se passer de l'aval du Sénat que la législation relative à la concussion comptait comme précédent de nombreux sénatus-consultes et engageait l'ensemble des provinces . τώι ayant été manifestement répété à tort. 123. Le terme *συνκλήτωι* ne peut convenir et l'on peut y déceler une dittographie.

1180 et AE. 423-444. 89. Le Sénat continuait à partir de 27 de prendre des mesures qui engageaient les provinces publiques. 114-121. Une étude de la terminologie de ces documents épigraphiques a laissé entendre que le prince pouvait agir sans la caution du Sénat. Une telle interprétation. 166). avec les pratiques institutionnelles de la fin de la République. Caesar is Augusti tribunicia pote state (précision faite à Oxford les 1 et 2 octobre 1999 lors de la réunion qui s'est tenue en vue de la préparation de la nouvelle édition) . conclusion invraisemblable dans le contexte d'une Res publica restituta et d'ailleurs formellement démentie par les sources. a des conséquences importantes sur la définition du mode de communication entre le prince et le proconsul et de façon plus générale sur l'idée qu'on se fait du nouveau régime à ses débuts. Elle infirme l'hypothèse. mais l'usage qu'il enfiten 0rt U 55 56 57 qui fut récemment découvert à Éphèse et qui est connu sous l'appellation de lex portoni Asiae ou de Monumentutn Ephesenum. sur les édits d'Auguste Marotta & Spagnuolo-Vigori ta 1992. aussi Brunt 1984.214 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN Il apparaît clairement que la puissance tribunicienne était suffisante pour donner un supp légal à une décision impériale qui devait être appliquée dans une province publique et dont la portée était ici fiscale. voire du mimétisme. Engelmann & Knibbe 1989. Cf.2. voire impériales. mais Salomies a proposé χάριτι (χάριν étant une mauvaise gravure pour χάριτι). cf. Ledit était devenu un des instruments de toute intervention impériale dans les provinces publiques et à l'égard des proconsuls. Ferrary 2001. dans le cadre de réformes qui concernaient l'ensemble de l'Empire . er e 5 5 5 6 . avec le souci d'entretenir avec les proconsuls des relations courtoises qui étaient définies par une formule tirée de la phraséologie des sénatus-consultes d'époque républicaine et qui reposaient sur un esprit de collaboration plus que sur une hiérarchie des pouvoirs. si elle se vérifie. il ressort que dans les années q j précèdent le changement d'ère et sans doute dès 27. 91 qui a précisé que le sénatus-consulte de 17 sur les jeux séculaires fournit un argument solide en faveur de l'interprétation de Salomies et qui a le premier établi un lien entre ce passage du III édit de Cyrène et la précision donnée par le Monumentimi Ephesenum sur les modalités d'octroi des privilèges fiscaux. Il faut noter que Engelmann & Knibbe 1989 y avait lu χάριν (= gratia avec le génitif dans la rétroversion latine proposée par Knibbe 2000. À la dépossession Auguste préféra la méthode plus modérée et plus discrète du dédoublement. 208 lorsqu'il rapproche les édits de Cyrène du passage des Gestae. 1989. selon laquelle tout édit d'Auguste était généralement précédé par le vote d'un sénatus-consulte . aussi SEG. en particulier 159-160 . Cela ne veut pas dire que le Sénat perdit en 27 à l'égard des provinces publiques les compétences qui avaient été les siennes à l'époque républicaine en matière d'administration des provinces. Même si quelques interrogations subsistent. C'est ce qu'affirme Girardet 2000. L'existence à partir de 27 de provinces publiques dans lesquelles Auguste ne pouvait manquer d'intervenir l'amena à se donner le droit d'y agir à son gré et de son seul chef en vertu d'édits qui pouvaient concerner aussi bien une seule province publique que l'ensemble des provinces et inclure des recommandations à l'égard des proconsuls. quel que fût le lieu où le prince se trouvait . mais il partageait désormais cette prérogative avec le prince. cf. ce qui le conduisait à proposer la rétroversion latine suivante : populi lege plebeiue scito senatusiie consulto benefichile Imp. Millar 1966. n. sur ces précisions. défendue par Girardet. cf. 57 Cf. 166 (pour une tentative de rétroversion latine) . Le droit de prendre des édits appartenait à Auguste. 6. cf. 123. 681. elle conduit dans le même temps à ne plus analyser la mise en place des pouvoirs impériaux sous le seul angle de la continuité. Sur cette inscription. et Knibbe 2000. X X X I X . 103-106 pour le passage qui nous intéresse.

Millar 1966. Sextius Scaeva ne mérite ni défaveur ni reproche parce qu'il a veillé à me faire envoyer de la province de Cyrénaïque comme prisonniers (suivent les noms de trois citoyens Romains. Thomasson 1984. ce qui prouve que ces deux formes d auctoritas coexistaient et que Y auctoritas du prince s'est superposée à Y auctoritas du Sénat sans faire disparaître cette dernière . 244 . 5 9 e e lr 6 0 e 6 1 e 6 2 riSon e n r a i S o n e . dont un était un affranchi) pour le motif que ceux-ci avaient déclaré avoir connaissance de quelque chose intéressant mon salut et la chose publique et qu'ils voulaient révéler" . précision utile pour notre propos. Cf. La dernière précision qui intéresse la questionnes relations entre le prince et le proconsul se trouve dans le I I édit en relation avec l'envoi au prince de prisonniers par les soins de P. Il faut préciser que dans le cas du I I édit de Cyrène. 94 qui inclut P. 1. mais cette prudence semble excessive. Le II édit de Cyrène montre clairement qu'une des formes de la communication qui s'était instaurée entre le pouvoir impérial et le proconsul passait par le transfert à Rome de prisonniers destinés à être interrogés par le prince et éventuellement jugés. 1026. 114-120). Auguste précise que "P.repris par Laronde 1988. aussi autasso 1994/1995. qu'il présentait comme Je proconsul de Cyrénaïque. 78 n'avait aucun doute sur le statut de R Sextius Scaeva. Sextius Scaeva dans les fastes de la province de Crète-Cyrénaïque à l'époque npériale. mais à être d'abord interrogés des informations qu'ils étaient supposés détenir. I. Sextius a agi selon son devoir et avec vigilance" .41-47. n. ce qui aboutit à une situation paradoxale : le prince substituait ses édits aux sénatusconsultes et éclipsait sur ce plan Yaucîoritas du Sénat tout en s'en réclamant . mais Romanelli 1943. P niers étaient destinés non pas à être jugés par le prince en première instance. La solution trouvée par Auguste fut l'utilisation pour son compte d'une tournure propre aux décisions du Sénat. cf. On ne voit en effet pas quelle autre autorité que gouverneur de province aurait pu être amené à envoyer à Rome les trois prisonniers en question. 1. De Visscher 1940. Sextius Scaeva vraisemblablement en sa qualité de proconsul de CrèteCyrénaïque . Ce sont les modalités d'un tel transfert que les édits de Cyrène contribuent à faire mieux comprendre. dans ce sens Eck 1972-73. 47-48 : τούτο γαρ έποίησεν Σέξστιος καθηκόντως και έ/πιμελώς. C'est là un nouvel indice qui nous permet de souligner dans le prolongement de ce qui a été observé à propos de l'inscription de Kymè que les relations entre le prince et le proconsul doivent être étudiées dans une perspective qui ne soit pas seulement juridique. II édit. cette autorité morale qu'Auguste présentait dans les Res Gestae comme un des fondements de sa position à la tête de la Res publica et dont il était peu à peu en train de déposséder le Sénat. 160 . les formules ex auctoritate pnncipis (ou Augusti) et ex auctoritate senatus sont toutes deux attestées. pratique qui est ensuite attestée dans les mêmes conditions sous Néron et Vespasien . Elles étaient fondées de manière tacite sur la seule auctoritas du prince. Le style utilisé par Auguste à l'égard du proconsul de Crète-Cyrénaïque est à cette occasion de nouveau 58 e 59 60 61 e 62 5 8 II faut signaler en ce sens qu'à l'époque augustéenne (et tibérienne). surtout pour "ne affaire qui apparaissait aussi grave. 1 a le premier exprimé à ce sujet des doutes . 83. n. cf. 361 . 1 Sur ce type d'intervention. il ajoute qu'"en ceci. cf.en faisant remarquer que le I I édit de Cyrène ne précisait pas s'il avait ou non agi n qualité de proconsul.même si l'une et l'autre de ces formules étaient utilisées dans des registres différents (sur cette question. Suivent des considérations sur le sort des trois prisonniers. II édit. 165. Lebek 1991.L E MODE D E COMMUNICATION ENTRE L EPRINCE E T L E PROCONSUL 215 dehors de toute consultation du Sénat posa immanquablement la question de la nature et de la légitimité de ses rapports avec les proconsuls auxquels il pouvait être amené à transmettre des instructions de manière à faire appliquer ses décisions avec plus d'efficacité.

qui avait dû faire grand bruit en Cyrénaïque et que le savant belge présente de la manière suivante : les faits dont les prisonniers prétendaient avoir connaissance étaient sans doute liés à quelque conspiration qui aurait été dirigée contre le prince et la sûreté de l'État et dont ils accusaient de riches Hellènes dans un contexte de tension entre Romains et Hellènes dans le cadre de la Cyrénaïque (cf. aussi Rémy 1999. Il semble d'après le ton employé que le proconsul a pu être critiqué pendant son gouvernement provincial pour son attitude sans doute par des habitants de la Cyrénaïque. le proconsul pouvait faire adopter telle mesure en faisant valoir qu'il suivait en cette circonstance un avis qui avait été rendu préalablement 6 3 Le texte se borne à préciser que les trois prisonniers furent envoyés à Rome auprès d'Auguste par les soins de P.e. Fondée sur Γauctoritas. 312 = Oliver 1989. La correspondance entre le pouvoir impérial et les proconsuls^ La place centrale occupée par le proconsul dans l'administration de sa propre province justifie que le pouvoir impérial ait été amené à l'informer régulièrement par voie épistolaire de la teneur de ses décisions concernant d'une manière ou d'une autre les provinces et les provinciaux afin de les faire appliquer avec plus d'efficacité .qui était sans doute alors en Asie en tant que proconsul en 6/5 a . L a lettre d'Auguste à la cité de Cnide dans laquelle le prince affirme être entré en relation avec C.216 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN remarquable et concorde de manière générale avec ce qui a déjà été observé.75-76. e r 6 5 a . décision prudente que ce dernier approuva. Sextius Scaeva "pour le motif que ceux-ci avaient déclaré avoir connaissance de quelque chose intéressant mon salut (i. mais le prince a veillé d'emblée à le rassurer en précisant qu'il "ne mérite ni défaveur ni reproche". devant la gravité de telles allégations. L'éloge appuyé que l'on trouve par la suite ("il a agi selon son devoir et avec vigilance") confirme que les relations du prince avec le proconsul étaient loin d'être définies selon un strict principe hiérarchique Elles s'exprimaient au contraire au moyen de formules qui étaient empreintes de civilité et d'amabilité et qui avaient pour objet de souligner d'un point de vue formel l'estime du prince à l'égard du proconsul . dans le second cas au proconsul de Crète-Cyrénaïque. 64 Cf. 41-Knidos.J . le I édit) .78-86 appelle "une affaire de haute police". Asinius Gallus au moment de son intervention (» est qualifié par Auguste non pas d'avOimaToç. le proconsul préféra les envoyer à Rome sous bonne escorte pour y être entendus par Auguste. il est ainsi vraisemblable que l'ordonnance de Kymè et les édits de Cyrène aient été transmis depuis Rome aux autorités provinciales concernées et précédés d'une lettre d'accompagnement qui était adressée dans le premier cas au proconsul d'Asie. De son côté. C . an 63 M C. Benner 1975. mais ce n'est pas assuré propos d'une affaire de meurtre (Sherk RDGE. L'arrière-pl de cet édit reste inconnu et toute cette affaire reste mystérieuse . 34) a été écartée du catalogue parce que ce document est à prendre en considération plutôt dans le cadre d'une étude des relations du prince avec les cités libres et que rien n'y est dit sur le statut de C. 67 = E . 75-78 et Laronde 1988. Il s'agit de ce que De Visscher 1940. cf. la supériorité du prince n'avait pas besoin d'être explicitement revendiquée ni affichée sur les édits de Cyrène tant elle allait de soi. sur cette question Benner 1975. mais de φίλος). Asinius Gallus . Aux rapports de force Auguste préférait un esprit de coopération qu'il ne cessa de mettre en application dans ses relations avec les sénateurs. Cf. C'est également par le biais de lettres envoyées par les proconsuls ou aux proconsuls que le prince pouvait être tenu au courant de ce qui se passait dans les provinces publiques s'il le désirait et demander le cas échéant des informations précises afin de motiver la décision qu'il avait à prendre à tel ou tel sujet. 1026 qui adoptent l'interprétation présentée par De Visscher en la jugeant convaincante . 6 = IK. celui du prince) et la chose publique et qu'ils voulaient le révéler" (1. 167. 44-46).

) datée de la dernière décennie a. 309. une lettre d'Auguste à C. .167-168 = E-J. Leg. Jos.. a 6 7 6 8 6 9 7 0 7 1 7 2 7 3 .C.172-173 = E-J. Jos. une lettre du proconsul d'Asie Iullus Antonius (cos. Jos. 314. 304. 86-95. 16.A7. 16. Jos. ad Gaiiim.. à la boulé et au dèmos de Cyrène . Phil. d'Agrippa ou des proconsuls . à la boulé et au dèmos d'Éphèse .169-170 = E-J. 310. qu'il me soit permis de renvoyer à mon article (Hurlet 2004. L a principale difficulté de ce dossier tient aux multiples problèmes de datation pour lesquels il serait prématuré d'adopter une position ferme dans l'état actuel de nos connaissances.était justifiée par la nécessité de faire respecter un des principaux privilèges qui avait été accordé par les Romains aux Juifs de la diaspora et qui était bafoué par plusieurs cités grecques (notamment Éphèse. Eilers.A/. A / . 2004. à la boulé et au dèmos d'Éphèse . 16. 171-188). Jos.A7.J .A7. mais il est malgré tout possible d'arriver pour la question plus spécifique qui nous occupe à un certain nombre de résultats sûrs.qu'il s'agisse d'Auguste. 16.166 = E-J..A/. vraisemblablement le consul de 24 a.162-165 = E-J. qui devint proconsul d'Asie à la fin des années 20 ou au début des années 10 a .171 = E . 16. Sur la question de la datation de l'édit. Norbanus Flaccus. à la boulé et au dèmos d'Éphèse ajoutent que 6 6 Sur ce dossier.315 = E-J.. 16.217 L E MODE D E COMMUNICATION ENTRE L E PRINCE E T L E PROCONSUL e n c e o u u n m e m r e oar I p r i b de la famille impériale et dont il avait été informé par lettre. 66 67 68 69 70 71 72 73 L'intervention des autorités romaines . deux lettres de ce même C. l'autre aux magistrats.. 10 a. où l'on trouvera principales références bibliographiques et un état de la question aussi complet que possible sur les questions de tion. cf.. C .C. 306.. et adressée aux magistrats. eS 1. deux lettres d'Agrippa datées sans doute de l'année 14 au moment de sa seconde mission en Orient et adressées l'une aux magistrats. 305. L'ensemble comprend sept documents : un édit d'Auguste daté de la fin de la dernière décennie a. l'édit d'Auguste et la lettre d'Agrippa adressée aux magistrats. Jos.C. 40. Norbanus Flaccus adressées l'une aux magistrats et à la boulé de Sardes . Agrippa ou différents proconsuls pour assurer aux Juifs installés en Asie et en Cyrénaïque la jouissance de certains privilèges . L e style de la correspondance à travers le témoignage de Flavius Josephe Il existe sur les modalités de l'échange de correspondance entre le pouvoir impérial et les gouverneurs des provinces publiques un dossier à la fois riche et complexe constitué par Flavius Josephe à propos des mesures prises par Auguste. ou du tout début de notre ère sans que l'on soit en mesure de proposer de manière ferme et définitive une datation plus précise . Il t donc nécessaire d'étudier dans la perspective qui est la nôtre de quelle manière concrète le pouvoir impérial et le proconsul communiquaient l'un avec l'autre par la voie épistolaire.C. 313. H faut à ce titre procéder de nouveau à une enquête terminologique afin de vérifier si les conclusions tirées de l'examen de l'inscription de Kymè et des édits de Cyrène peuvent être étendues au contenu de la correspondance qu'Auguste et les proconsuls s'échangeaient. Sardes et Cyrène) situées dans différentes provinces publiques : en l'occurrence le droit d'acheminer le didrachme à Jérusalem . Les notes qui suivent seront donc limitées à l'essentiel. l'autre aux magistrats d'Éphèse .

. Suivaient un examen de leurs requêtes par le pouvoir impérial. C'étaient les communautés juives d'Asie et de Cyrénaïque concernées qui devaient prendre en la matière l'initiative en se rendant auprès du proconsul et (ou) en informant sans doute aussi d'une manière ou d'une autre (lettres ambassades. .218 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN conformément à leurs traditions ancestrales. nul ne devait forcer les Juifs à se rendre au tribunal pour témoigner le jour du sabbat ou à partir de la 9 heure du jour précédent. À Auguste était clairement réservée la responsabilité de prendre la décision finale qui prenait la forme d'un édit ou d'une lettre et dont le contenu était communiqué au proconsul par voie épistolaire ... il avait dans ces conditions mission de diffuser dans sa propre province les décisions impériales qui lui avaient été transmises et qu'il faisait appliquer par les cités concernées par la question des privilèges réservés aux Juifs .comme ce fut le cas en Asie pour Iulius Antonius dans le courant de la dernière décennie a. incontestable dès l'époque augustéenne. une réponse toujours positive pour ce que l'on en sait et la notification aux cités grecques des décisions prises sous différentes formes. Agrippa pouvait se substituer pour cette occasion au prince lorsqu'il était en tournée en Orient (en 23-22 etΠ­ Ι 3).172). Il apparaît dans tous ces cas de figure comme un relais indispensable entre le prince et les communautés de sa province. le pouvoir impérial était amené à associer le proconsul à l'application concrète de telles mesures dans un esprit de collaboration et en vertu d'un partage des tâches qui peut être désormais mieux défini. et qu'ils transportent ( Jérusalem)" (Jos. eut pour conséquence de donner très tôt naissance à un mode de communication qui passait par de multiples échanges épistolaires entre le pouvoir impérial et le proconsul et dont le témoignage de Flavius J o s e p h e permet de cerner les caractéristiques formelles. L'objet de ce paragraphe est de déterminer aussi précisément que possible comment les relations entre le pouvoir impérial et le proconsul étaient définies dans la série des documents officiels relatifs aux privilèges des Juifs et sans doute fidèlement retranscrits par e 74 7 4 C'est ce que souligne le début de la lettre adressée par Iulius Antonius en tant que proconsul aux magistrats. parce qu'il apparaissait comme le représentant du prince aux yeux des populations des régions qu'il visitait. entre le centre du pouvoir et les provinces publiques. avec ordre de les respecter. Cet état de fait. l'enseignement le plus intéressant qui se dégage du témoignage de Flavius Josephe est de faire apparaître avec netteté que loin d'agir seul. Quant au proconsul. que César Auguste et Agrippa leur avaient consenti le droit de suivre leurs propres lois et coutumes et de présenter sans en être empêches les offrandes que chacun d'eux de leur propre initiative par piété à l'égard de la divinité .C. Pour la question qui nous occupe..A7... Il apparaît en effet qu'aussi bien les cités grecques que l'ensemble des plus hautes autorités provinciales romaines étaient directement impliquées dans cette affaire. il pouvait aussi intervenir à la demande expresse de ces derniers en confirmant des décisions prises préalablement par Auguste et Agrippa . 16.. à la boulé et au dèmos d'Éphèse : "Les Juifs résidant en Asie m'ont fait savoir ..) Auguste ou Agrippa pendant l'une de ses deux missions en Orient.. Un des nombreux centres d'intérêt du dossier constitué par Flavius J o s e p h e est de fournir toute une série d'indications précises sur la nature et les modalités de la longue et complexe procédure administrative à laquelle la protection de ces droits donnait lieu.

encourues par ceux qui ne respectaient pas de telles décisions . mais seul le contenu de 78 7:> Sur l'authenticité des documents officiels rassemblés. •j Cf. Qu'Auguste et Agrippa aient informé le proconsul de leurs décisions de façon à les faire appliquer plus efficacement en Asie ou en Cyrénaïque est attesté indirectement et de manière allusive à quatre reprises dans les différentes lettres qu'ils avaient envoyées aux cités grecques . il n'évoque à aucun moment l'existence de directive transmise par le prince au proconsul . la terminologie en vigueur obéissait à des règles qui étaient fonction de la nature administrative du document en question. aussi l'autre lettre d'Agrippa. l'identité de celui qui prend ou transmet la décision . cf. Il ne fait en ce sens pas le moindre doute que les pp ts entre le pouvoir impérial et le proconsul n'étaient pas présentés dans un édit ou une lettre d'Auguste de la même manière que dans une lettre d'un proconsul adressée par exemple à la cité d'Éphèse. leur valeur historique et la méthode de travail de Flavius Josephe et les objectifs . faut-il le rappeler. de l'un des principaux enseignements de l'inscription de Kymè. dans laquelle il est précisé qu'Auguste avait déjà écrit en faveur des Juifs de Cyrène gouverneur en poste en Afrique dénommé Fabius (il s'agit sans conteste d'un proconsul de Crète-Cyrénaïque ont le gentilice est Fabius. Il a pour objet de définir en général la nature des droits qui étaient accordés aux Juifs ainsi que les peines . Il faut pour cela se garder de mettre sur le même plan l'ensemble des informations contenues dans ce dossier et partir du principe que pour le problème qui est le nôtre. En revanche.clairement apologétiques . 16. à la et au dèmos de Cyrène. mais il s'agit là d'une intervention ponctuelle.168) . mais leurs copies ou des copies de copies. la lettre d'Agrippa qui est adressée aux magistrats.qu'il poursuit. Pucci Ben Zeev 1998. L'explication est simple : l'édit s'adressait uniquement aux provinciaux et énonçait des principes sans s'intéresser concrètement à la question de leur application dans le cadre de la province en question. C Marcius Censorinus y apparaît comme le seul officiel romain à être mentionné pour avoir remis à uguste un décret pris par les Juifs d'Asie en l'honneur du prince. Norbanus Flaccus et les lettres de ce mier aux cités de Sardes et d'Éphèse). Il constitue le premier type de document officiel du dossier rassemblé par Flavius Josephe . mais en fonction des trois critères suivants : la catégorie juridique à laquelle appartient le document en question . Il s'agissait là. 1-11 et 357373 qui montre en particulier que l'historien juif n'a pas consulté les documents grecs ou romains originaux.L E MODE D E COMMUNICATION ENTRE L E PRINCE E T L E PROCONSUL 219 75 Flavius Josephe .. mais qu'il n'est pas possible d'identifier avec plus de précision) et à tous les autres 7 6 de 7 7 7 8 u l e U n . A / . il est indispensable d'analyser la terminologie en usage dans les multiples décisions prises pour garantir aux Juifs la jouissance de leurs principaux privilèges non pas de manière globale. ra 0r —Uédit d'Auguste. à la boulé et au dèmos d'Éphèse et dans laquelle arhrrne avoir "écrit au gouverneur Silanus pour que nul ne forçât un Juif à se rendre au tribunal pour témoigner es jours du sabbat" (Jos. cf. Dans ces conditions. celle qui est adressée aux magistrats. 76 77 —La lettre d'Auguste adressée à C. il fait également référence à une consultation préalable sur cette question de son consilium et du peuple Romain et précise où Γ édit d'Auguste et le décret pris par les Juifs en son honneur doivent être affichés (dans la partie la plus visible du temple d'Auguste et de Rome de Pergame). C'est uniquement par voie de lettre que le prince s'adressait directement au proconsul sous une forme qui reste à déterminer. L'ordre suivi par Flavius Josephe pour présenter les différentes mesures prises en faveur des minorités juives d Asie et de Cyrénaïque n'est pas chronologique si l'on prend en compte que les lettres d'Agrippa sont à coup sur antérieures à l'édit d'Auguste (ainsi que sans doute la lettre d'Auguste à C. l'identité du destinataire d'une telle décision.sévères . Norbanus Flaccus.

supra. Quand bien même ce C. Pour le texte.. LegGaiiim.166. la lettre de C. cf. qui ont l'habitude en vertu de leur ancienne coutume d'envoyer à Jérusalem les contributions sacrées (= le didrachme) en les transportant fassent cela sans en être empêchés" . 80 81 officiels de la province de Crète-Cyrénaïque (Jos. AJ. 78. supra. Norbanus Flaccus aux magistrats et à la boulé de Sardes dans laquelle il est également précisé qu'Auguste lui avait écrit à propos de la question des privilèges accordés aux Juifs (Jos. 40.question très discutée . le rapprochement de cette lettre avec la première partie de l'inscription de Kymè montre que la réforme provinciale de 27 n'aurait de toute façon rien changé au style même de la correspondance envoyée par Auguste au proconsul. on ne sait pas ). Sur l'identité de ce Silanus .220 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN la lettre envoyée par Auguste à C. aussi nombreux qu'ils puissent être.C. 78. cf.169) . Le parallélisme avec la première partie de l'inscription de Kymè est frappant : l'emploi du verbe à l'impératif présent (ποιείτωσαν) apparaît comme le mode choisi par Auguste pour faire connaître au proconsul les décisions impériales et les faire appliquer dans les provinces publiques. Norbanus Flaccus.. n. de la boulé et du dèmos d'Éphèse avoir "écrit au gouverneur Silanus pour que personne ne forçât un Juif à se rendre au tribunal pour témoigner les jours du sabbat" . Norbanus Flaccus a été retranscrit par Flavius Josèph C'est donc ce seul document qu'il faut utiliser pour avoir une idée plus précise de la manier dont Auguste s'adressait directement au proconsul dans un courrier officiel. 16. La seule précision qui s'en dégage et qui a déjà été soulignée est qu'Auguste et Agrippa avaient communiqué dans d'autres lettres adressées aux proconsuls d'Asie et de Crète-Cyrénaïque le contenu des diverses décisions qu'ils avaient prises en faveur des Juifs. e 6 Ue 19 — Les deux lettres d'Agrippa adressées aux cités grecques. il préférait se contenter de lui communiquer dans les grandes lignes la décision qu'il avait prise (en vertu d'un édit?) sous une forme qui se limitait à rappeler les grandes lignes de la décision impériale : "Q les Juifs. Il y a peu à retirer de ces documents officiels pour la question spécifique des rapports entre le pouvoir impérial et le proconsul. AJ. a 7 9 8 0 8 1 e s S .171) . 16. On ne sait rien de la forme qui fut choisie par Agrippa pour transmettre ses instructions à ce Iunius Silanus (Marcus ou Caius. cf. 39.315). Norbanus Flaccus devrait être identifié avec le consul de 38 a. mais il apparaît à l'examen secondaire pour notre propos. AJ. Peut-être utilisa-t-il une tournure avec un verbe à l'impératif du même type que dans la lettre d'Auguste à C. cf. mais il s'agit là d'une possibilité qui doit rester à l'état de simple hypothèse. C'est en ce sens qu'il faut interpréter le passage dans lequel il affirme à l'intention des magistrats. ce qui est peu probable. Jos. celle ^ ^ aux magistrats d'Éphèse. n. puisqu'on ne sait pas à coup sûr si elle est antérieure ou postérieure à janvier 27.. enfin l'autre lettre de C. qui commence également par la formule "César (= Auguste) m'a écrit" (Philon. Norbanus Flaccus. 16. Le problème posé par la datation de cette lettre reste malgré tout gênant dans la perspective qui est la nôtre.. On y percevait toujours de la part d'Auguste un habile dosage entre la nécessité de faire appliquer dans les provinces publiques ses décisions par le recours à une tournure verbale à l'impératif et une sobriété dans la formulation de ce qui était sur le fond un ordre. Il en resso qu'Auguste évitait de parler explicitement d'ordre ou d'instruction et d'utiliser des formules brutales ou autoritaires dans sa correspondance avec le proconsul .

Norbanus Flaccus à la cité d'Éphèse indique ^ qui étaient concernés par les "ordres" d'Auguste étaient uniquement les provinciaux. ad Gaium.. 8 3 8 4 8 5 u e m e c e u x sem e s Scn U n e a u n u t S e s e s t 0 U t e n s u 8 6 f a ç o n r e m a r c u a b e u e ev e r D e . Phil. Pourquoi? Il est difficile de penser que c'était par volonté de souligner sa propre subordination par rapport au prince. C'est dans les documents de ce type q l'autorité d'Auguste sur les proconsuls est affirmée avec le plus de force et de la manière la plus directe.315. pro l l q I κελεύω ne soit utilisé dans le contexte de relations entre Auguste et le ' Mue dans des lettres envoyées par le proconsul aux cités de sa province. Norbanus Flaccus et les tournures utilisées dans la lettre que ce même proconsul envoya à Sardes est remarquable. Leg. en les transportant" . ce qui en fait la catégorie la mieux représentée. 215. Norbanus Flaccus adressée cette fois aux magistrats et à la boulé de Sardes. ce qui n'est pas exactement la même chose. il ajoute qu'il a envoyé cette lettre aux magistrats d'Éphèse "pour que vous voyiez qu'il (= Auguste) ordonne qu'il en soit ainsi" . Le but de cette manœuvre est plus complexe : en se présentant comme le simple exécutant des ordres transmis par le prince. en l'occurrence les magistrats et la boulé de Sardes.315. 21 parle à ce propos de "subordination implicit in Norbanus Flaccus' letter". Il en existe trois piaires. le contenu de la lettre de C. le sentiment que le prince donnait des "ordres" non seulement aux provinciaux. Dans une lettre du même C. On peut observer la même ambiguïté.. Vinicius présente le iussus Augusti Caesaris non pas comme du th été directement transmis par Auguste. Jos. pour Ption de Kymè. il renforçait sa propre position à l'égard des cités concernées et rendait encore plus incontestable une décision dont les provinciaux savaient qu'elle avait été prise à l'origine par le prince. L'explication est certainement celle qui a déjà été avancée à propos de l'emploi de l'expression iussu Augusti sur l'inscription de Kymè : pour ses administrés. Selon Girardet 2000. L'emploi des verbes "ne pas vouloir" (ουκ έθέλω) et "ordonner" (κελεύω) est déjà en soi significatif. 40. em u e u e 82 83 84 85 86 8 2 Phil. Norbanus Flaccus du verbe "ordonner" au début du document (Καίσαρ μοι έγραψε κελεύων μή.206-207. dans le sens où le proconsul L .). ad Gaium.L E MODE D E COMMUNICATION ENTRE L E PRINCE E T L E PROCONSUL 221 — Les lettres des proconsuls adressées aux cités grecques. une ambiguïté sans doute voulue par un proconsul qui était désireux de faire appliquer sans discussion Par ses administrés les instructions venues d'en haut tout en veillant à donner dans le même temps le sentiment que ordres s'adressaient en priorité aux provinciaux. 40. ordonnant de ne pas empêcher les Juifs d'acheminer à Jérusalem conformément à leur coutume ancestrale leurs contributions. Norbanus Flaccus précise en ce sens qu'Auguste lui a écrit pour lui faire savoir qu'"il n'a pas voulu l'on empêche ceux-ci (= les Juifs) de faire cela (en l'occurrence acheminer le didrachme à Jérusalem)" . Dans la lettre qu'il a envoyée aux magistrats d'Éphèse. Cette conclusion b l e excessive et il vaut mieux retenir qu'il y avait en tout cas à ce sujet.171. A / . C. aussi importantes puissent-elles êtres. L'effet produit par cette lettre est de donner aux destinataires. d'un point de vue proprement grammatical.. n. mutatis mutandis. dans la mesure où le proconsul avait au moins autant d'égards pour sa propre dignitas que le prince.. Leg. Lintott 1993. le proconsul assimila à un "ordre" les recommandations qu'il avait reçues du pouvoir impérial sous une forme plus feutrée . mais aussi au proconsul . mais comme un ordre impérial sur lequel les membres H ^ étaient fondés pour lui réclamer la restitution de leurs sacra. le ton se fait encore plus autoritaire : "César m'a écrit. Le décalage entre la formulation moins brutale de la lettre envoyée par Octavien/Auguste à C. Telle est en effet l'impression qui résulte de l'emploi par C. 16..

Norbanus Flaccus à la cité d'Aezanoi (fin des années 20-début des années 10 a. La même idée de fond se retrouve à la fin de la lettre de Iulius Antonius adressée aux magistrats. L'examen du dossier rassemblé par Flavius Josephe à propos des privilèges accordés aux Juifs sous Octavien/Auguste aboutit donc sur le fond aux mêmes conclusions que l'analyse de l'inscription de Kymè pour ce qui est de la forme prise par les rapports à distance entre le pouvoir impérial et le gouverneur d'une province publique.A/. les rapports de force s'expriment plus librement et la supériorité du prince y est affirmée plus nettement par le proconsul lui-même. . 87 2. à la boulé et au dèmos d'Éphèse après que les Juifs vivant en Asie furent venus le trouver à Éphèse même pour lui demander de faire appliquer les privilèges qu'ils avaient obtenus du pouvoir impérial. à partir d'un modèle républicain pour communiquer avec les proconsuls fut amené à durer. Il convenait parfaitement à l'esprit du nouveau régime : il permettait à Auguste de transmettre des recommandations qui équivalaient pour le proconsul à des ordres tout en ne s'écartant pas du principe selon lequel il l'emportait sur tous non pas par sa potestas.. Agrippa ou tout membre de la famille impériale envoyé en mission entretenait une correspondance avec les proconsuls. le plus important principe qui réglait leurs relations avec le pouvoir impérial était celui d'une étroite collaboration C'est ce que C. Il pouvait 87 88 Jos. l'élément décisif étant l'emploi du verbe vouloir à la première personne du pluriel ("César et moi voulons"). Norbanus Flaccus voulait signifier aux magistrats et à la boulé de Sardes lorsqu'il précise qu'il leur avait écrit "pour que vous voyiez que César et moi voulons qu'il en soit ainsi" . 16. L a lettre de C .173.171. qui va jusqu'à utiliser le verbe grec κελεύω en parlant d'Auguste sans doute pour donner plus de poids à son intervention. dans le second. 16.222 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN L'autre enseignement qui se dégage des différentes lettres des proconsuls adressées aux cités est de rappeler qu'au-delà des questions de hiérarchie. A / .C. Jos. il faut tenir compte des conventions "diplomatiques" qui retenaient Auguste d'envoyer directement des ordres à un dignitaire tel que le proconsul et qui le conduisaient à lui adresser ce qu'on appellera plutôt des recommandations insistantes en reprenant les termes de sa décision avec un verbe conjugué à l'impératif . L a formulation est la suivante · "je désire donc que vous sachiez qu'en accord avec les résolutions d'Auguste et d'Agrippé je leur ai permis de vivre et d'agir selon leurs coutumes ancestrales sans empêchement"^ Il est significatif que le proconsul se définisse à cette occasion comme un intermédiaire qui veille à faire respecter les mesures prises par le prince et son "co-régent".) La question de l'application des privilèges accordés à la diaspora juive était loin d'être la seule raison pour laquelle le prince. mais par son auctoritas. Dans le premier cas de figure.C.. Le résultat le plus intéressant de cette enquête terminologique est de montrer que la présentation des rapports entre le proconsul et le prince diffère dans les sources selon que le document concerné est une lettre envoyée par le prince au proconsul ou une lettre adressée par le proconsul à une cité de sa province. Cela signifie que le procédé mis au point par Auguste en 27 a.

. et fait état d'èvxoXai confiées aux magistrats envoyés en Asie. Dans l'état de notre documentation. comme gouverneurs. C . i. Auguste est appelé Σεβαστός Καίσαρ (1. 6 άσυ[λ]ία[ν και ά]λησίαν. Cf. n° 13. 435. Il faut plutôt songer au consul de 24 a . I X .C. L'état de la pierre ne nous permet pas de savoir avec précision ce qu'ils étaient venus revendiquer au juste (Γasylum?) ni s'ils avaient obtenu satisfaction. ) en sa qualité de proconsul d'Asie aux magistrats. I X .C. L'inscription d'Aezanoi témoigne du sentiment diffus que le prince représentait l'autorité suprême aux yeux des habitants des provinces publiques.C. on connaît dans leur traduction grecque trois occurrences ^graphiques de mandats adressés à l'époque républicaine par le Sénat aux autorités provinciales : la première Pparaît dans le Senatus consultimi Poppilianum de Pergaments. la seconde est connue par le Senatus consultum de Stratonicensibus 9 0 me a u 9 1 9 2 9 3 t a . 5). Les éditeurs ont proposé de restituer à la 1. après la mort et l'ouverture du testament d'Attale III (°GIS. il ressort de manière incontestable que trois ambassadeurs de cette cité s'étaient rendus auprès de ce proconsul pour lui remettre une lettre d'Auguste dans laquelle étai(en)t mentionné(s) le(s) privilège(s) accordé(s) ou f]rmé(s) par le prince. 7. à la boulé et au dèmos d'Aezanoi. mais l'essentiel est ailleurs pour notre propos. daté de 133 ou 129 a . Norbanus Saccus avec le consul de 38 a. Le fait est que des ambassadeurs n'hésitèrent pas à produire devant le proconsul une lettre d'Auguste pour faire valoir les droits de leur cité. Quelles que soient dans le détail les nombreuses difficultés de restitution. Norbanus Flaccus ( à coup sûr le consul de 24 a. ce qui nous place à coup sûr après 27 a. l'intervention impériale étant cette fois indirecte. II apparaît que dans la lettre adressée par C . en particulier aux gouverneurs de province . 1988. mais l'état 92 e r e e r 93 8 9 MAMA. 74.L E MODE D E COMMUNICATIONENTRE L E PRINCE E TL EPROCONSUL 223 également arriver que les décisions prises par Auguste en faveur d'une communauté et communiquées à cette dernière par lettre fussent utilisées à des fins intéressées par cette communauté comme un moyen de faire pression sur le proconsul.C. Norbanus Flaccus à la cité d'Aezanoi. C . mais qui reste très fragmentaire . II. de la même manière que les Juifs vivant en Asie étaient venus trouver à Éphèse le proconsul Iulius Antonius pour lui demander de faire appliquer les privilèges qu'ils avaient obtenus du pouvoir impérial. On sait que le droit d'adresser des instructions aux gouverneurs de province était à l'époque républicaine du ressort du Sénat . Je reprends ici la définition donnée par Coriat 1997. 89 90 con 91 D. définis comme des instructions de caractère administratif adressées par le prince à ses fonctionnaires. et affaiblit toute identification de ce C. dans ce sens MAMA. C . Les mandata impériaux adressés suspens aux proconsuls : les questions en Une catégorie d'ordonnances impériales est formée par les mandata. et qui pourrait être identifié dans ces conditions avec le proconsul ntionné par Flavius Josephe et Philon d'Alexandrie en liaison avec la question du maintien des privilèges accordés * minorités juives des cités de la province d'Asie. qui devint proconsul d'Asie à la fin des années 20 ou au début des années 10 a. 6-7 = Sherk RDGE. 6-8. Il s'agit d'une lettre adressée depuis Pergame par C. ainsi que pour l'ensemble du I siècle p. 1988. Il sera établi que les mandats impériaux étaient remis aux proconsuls au moins à partir du milieu du I et en tout cas au I I siècle p . dans des circonstances et sous une forme qui restent difficiles à déterminer avec précision et sur lesquelles je reviendrai. La situation est en revanche moins claire pour l'époque augustéenne.C. Ce type de pratique est attesté à l'époque augustéenne par une inscription qui provient de la cité d'Aezanoi située dans la province d'Asie. n° 11) .

Une telle interprétation n'a pas manqué d'être contestée. Marotta & Spagnuolo-Vigorita 1992. Sur ces questions.. 13 et 36-38). aurait pu conserver jusqu'à son retour a Rome tous les pouvoirs et les droits inhérents à sa magistrature (Crawford (éd. les mandata senatus étaient remis aux magistrats ou aux promagistrats avant leur départ de Rome). 131). 2.anglo-saxonne . Millar 1966. Il faut donc rouvrir ce dossier complexe afin d'examiner si de telles instructions furent ou non liées à l'exercice du pouvoir impérial dès la mise en place du nouveau régime et. 402-407 . Dion 53.a été longtemps dominée par l'idée selon laquelle les empereurs n'avaient pas eu le droit d'envoyer des mandata aux proconsuls avant le II siècle p. si oui. 231-270 et en particulier 266 sur le terme επιταγή). Y opinio communis a longtemps refusé d'admettre qu'il en allait de même pour les gouverneurs des provinces publiques . n° 18) . I.. IV. s'il abdiquait. cf. όπως επί ρητοίς έξίωσιν. Les travaux les e r 94 95 et renvoie à des έντολαί à confier aux futurs gouverneurs de la province d'Asie (OGIS. les mandata pouvant servir au prince d'instrument commode et légal pour transmettre à tout proconsul des instructions qui étaient assimilées dans la réalité à des ordres.158-159 (qui a signalé que d'après les termes mêmes des deux premières inscriptions qui viennent d'être mentionnées. le seul témoignage qui fait clairement référence à la possibilité pour Auguste d'adresser au proconsul des instructions sous la forme de mandata est un bref passage du livre 53 de Dion Cassius. 31-39 qui fait état α'έπιταγή (= "instruction") en vertu de laquelle le praetor placé à la tête de l'Asie ou de la Macédoine.15. col. Millar 1977. Mais cette interprétation dominante est maintenant battue en brèche (références à la note suivante). 44-51.t faire partie des compétences impériales. II. dans quelles conditions s'opéra une évolution marquée par un transfert d'une compétence traditionnellement détenue par le Sénat. Or de telles questions apparaissent centrales pou la question qui nous occupe. proconsuls et légats afin qu'ils partent (pour leur province) avec des ordres définis" . qui parle d'un έπίταγμα της συγκλήτου (Robert & Robert 1989.) 1996. Il y aurait sans doute à redire sur cette dernière indication. Il faut vraisemblablement y ajouter la lex de prouinciis praetoriis (de piratis persequendis).C. 1. la dernière se trouve dans le décret de Polemaios de Claros. L'historiographie .C. 1. une telle conclusion est loin d'être secondaire et doit être évaluée à sa juste valeur en matière d'histoire administrative.224 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S T E À DIOCLÉTIEN actuel de la documentation ne nous permet pas de savoir à quelle date et sous quelle forme un tel privilège fut retiré au Sénat pour être donné à Auguste . II. Marotta 1991.590. (Sherwin-White 1966.18). 1. 9 4 9 5 e . l'historien grec fournit la précision suivante : "il (le prince) donne certaines instructions (= έντολάς) aux procurateurs. comme un dignitaire auquel Auguste était autorisé à transmettre des instructions sans nul doute contraignantes. mais le fait est que le proconsul y apparaît dès 27 a. Dans un des chapitres consacrés aux événements de janvier 27. aussi Bérenger-Badel 2005. 158 . 316 . Dion Cassius lie ensuite une telle pratique de gouvernement à l'octroi d'un salaire fixe et analyse ces deux mesures comme des indices significatifs de la naissance d'un régime monarchique. On connaît en outre chez Cicéron au moins deux attestations de mandata en tant qu'instructions adressées par le Sénat (De Or.49 et Leg. dans la mesure où les mandats impériaux constitueraient dans une telle perspective le seul instrument juridique avéré de la supériorité des pouvoirs du prince sur ceux du proconsul durant les premières années du principat d'Auguste. 59-60 = Sherk RDGE.133-134 et Marotta 1999. col. n° 11. Si on ne doute pas qu'Auguste ait reçu le droit d'adresser des mandata à ceux qui étaient ses délégués (les légats impériaux dans le contexte de l'année 27) dès l'année même de la création des provinces impériales. 441. Vérification faite. 87-92 . 3. Talbert 1984. Si elle se vérifie. Elle a en particulier une incidence sur notre objet d'étude.4 : έντολάς τέ τινας καί τοις έπιτρόποις καί άνθυπάτοις τοις τε άντιστρατήγοις δίδωσιν.ou un de ses successeurs . cf.

dans ces conditions. surtout à la lumière des travaux récents qui ont montré que celui-ci était mieux informé des questions institutionnelles qu'on a longtemps pu le supposer . Eck 1998d. dans la mesure où elle est dans l'ordre chronologique la première à ne pas avoir remis en question le témoignage de Dion Cassius sur l'existence de mandata adressés par Auguste aux proconsuls dès l'année 27 a. 175 . proconsuls et légats fut établie "alors" . . 590 et Talbert 1984. 316 et Talbert 1984. . 246. η. Il faut à la décharge de Millar qu'en 1966. mais à partir d'un argument contestable : il affirmait que c'était en vertu de son imperium maius que l'empereur avait le droit de donner des structions aux proconsuls (cf. à l'époque où il publia son article sur la répartition des compétences le Sénat et le prince pour l'administration provinciale. Il fut à ce titre souvent écarté. l'attestation la plus ancienne de mandata adressés à un ma 9 8 εν 9 9 e l a 1 0 0 C l S e r r e . Arnaud 1994. Les conclusions de Burton sur le crédit à accorder à ce passage de Dion Cassius dans son intégralité ont été acceptées dans les études plus récentes suivantes : Rich 1990. ce qui renvoie sans aucun doute possible à l'année 27 . mais sans que les raisons invoquées apparaissent suffisantes ou convaincantes. Il faut donc reprendre de façon aussi méthodique que possible l'ensemble de ce difficile problème à partir de la seule source disponible sur cette question.C. L'autre raison qui a conduit à refuser d'accorder le moindre crédit à la partie du passage de Dion Cassius relative à l'envoi de mandata impériaux aux proconsuls était qu'il n'existait dans la documentation aucune autre attestation d'une telle pratique avant le I I siècle p. 158-159 et 176. 145. °. Il est enfin à noter que Mommsen DPR.4 : καΐ γαρ τοΰτο και το μισθοφοραν και έκείνοις και τοις άλλοις δίδοσθαι τότε ομισθη. À ce propos. mais précédemment (sans référence à Auguste) .C. le témoignage de Dion Cassius sur les événements de 27 a. 216 avec moins de nuances par rapport à la iconographie de 1991 . durant la première moitié du I I siècle p .C. 48 et Millar 2002. 133] . 117 qui précise que l'envoi de mandata aux proconsuls commença non pas avec Hadrien. V. Spagnuolo-Vigorita 1991 [1994]. 158 . C'est le principal argument utilisé par Millar 1966. Or une telle critique est d'autant moins recevable que Dion Cassius précise expressément aussitôt après que la disposition relative au droit d'adresser certaines instructions aux procurateurs. Il est incontestable que le passage de Dion Cassius relatif à la question des mandata va à rencontre de la position indépendante que le proconsul d'époque augustéenne était supposé avoir conservée dans le respect et le prolongement des pratiques républicaines et en dépit de la naissance d'un nouveau régime. 1. sicuramente dal regno di Caligola" [propos repris dans Marotta & Spagnuolo-Vigorita 1992. n.404.225 L E MODE D E COMMUNICATION ENTRE L E PRINCE E T L E PROCONSUL lus récents consacrés à cette question ont au contraire fait coïncider l'apparition de mandata adressés aux proconsuls par le prince avec la réforme provinciale de janvier 27 a .après et en dépit des résultats auxquels étaient parvenus à ce sujet Sherwin-White et Millar. au plus tôt. Meyer-Zwiffelhoffer 2002. Mais il 96 e 91 98 99 e 10 9 6 L'étude de Burton 1976. il devient plus difficile de rejeter sans autre justification le témoignage de l'historien grec. C . Hurlet 1997. η ln 9 7 Si une telle critique du témoignage de Dion Cassius n'apparaît dans les travaux de Millar que de m è r e sous-jacente. . . elle est explicitement formulée par Shervvin-White 1966. · 87 . mais sans produire à ce sujet une démonstration définitive comme on le verra infra. Marotta 1999. 83-87 avec quelques nuances dans la mesure où il conclut que les instructions impériales furent consignées avec régularité aux proconsuls "forse sin dagli inizii del principato. à ce sujet mes remarques critiques dans Hurlet 1997. Maratta 1991.404. 63-68 apparaît comme un jalon important. 63. 299-300). Dion 53. Millar est revenu sur sa position de départ en donnant finalement raison à Dion Cassius (Millar 1984.C. Cette précision importante a déjà été faite par Burton 1976. 281-282. Le premier argument fut de faire valoir que Dion Cassius avait commis à propos des mandata adressés au proconsul un anachronisme : il aurait fait remonter à tort au principat d'Auguste une pratique qui ne serait apparue que de son temps ou. 147 . 249-252 . en particulier 94-95 pour la description réforme provinciale de janvier 27 a. Millar 1977. 275). l'ouvrage de référence reste celui de Millar 1964. . C . 133-134 était déjà arrivé à la même conclusion.15.

236. il apparaît que c'est toujours pour de mauvaises raisons que le témoignage de Dion Cassius sur l'existence des mandata impériaux transmis aux proconsuls a été rejeté. 25 . Comme l'a rappelé Bradley 1979.. 1-10 : [Γν. 40.C. 239-240. 4. III.402-407 qui a le premier insisté sur ce point.les procédures liées au droit d'appel auprès de l'empereur . n. c'est là une réelle difficulté étant entendu qu'on ne peut pas exclure qu'en cette matière.C. frg. dans laquelle il est formellement question de [κεφαλαΐον έκ τ]ών Καίσαρος εντολών (C/L. sans doute de manière irrégulière et peut-être sur la motion de l'empereur. Caesaris Aug. proconsul d'Asie sous Claude. 240-241. sur cette question Lebek 1"° ' 139-140. à ce Φ* précède (in confirmandis . une telle pratique n'est toujours attestée pour l'époque augustéenne proprement dite par aucune autre source que celle de l'historien grec . de manière plus générale sur la question du rôle du Sénat dans l'envoi des mandata. Sur ce document.1. C'est précisément ce qui s'est produit avec la publication complète d'une inscription grecque de Cos qui reproduit une lettre de Cn. cat. 7086. mais cette nouvelle attestation doit être utilisée avec prudence étant donné le caractère extraordinaire de cette mission et des pouvoirs qui lui avaient été conférés à cette fin. Il en déduisait que dans le prolongement de la pratique d'époque républicaine. regnis) ou à ce qui suit (imposito rege Armeniae) . 104 Qf j ^ Hist. Il faut convenir également qu'on a du mal à imaginer dans le contexte de l'année 27 l'adoption d'une mesure qui aurait donné une fois pour toutes au prince ce qui était auparavant du ressort du Sénat : cette hypothèse va à rencontre de tout ce que nous savons sur la nature du principat 101 102 103 104 105 106 e r proconsul datait du règne de Trajan (p. mais la question traitée par cette lettre . le contenu de l'inscription ne précise pas quelle autorité avait adressé à ce proconsul de telles instructions . n. cf. Domitius Corbulo. C'est Talbert 1984. 84-85. 16-17 : in conformandis Us regnisque eiusdem tractus ex mandatis Ti(befli) C(a)esaris Au[g(usti) imposito re]lg<e> Armeniae (Crawford (éd. S'y ajoute l'allusion .. cf. au moins jusqu'à la fin du I siècle p .. le droit d'adresser des instructions aux proconsuls continua d'être exerce exclusivement par le Sénat. 1 0 1 1 0 2 e r 1 0 3 e a c e 105 1 1 0 6 .chez Tacite à des mandata adressés au proconsul d'Afrique au moins dès le principat de Caligula . Il n'en reste pas moins qu'à ce jour. 133.48.laisse penser qu'il s'agissait du prince plutôt que du Sénat . On sait également que Germanicus avait reçu des mandata de Tibère lorsqu'il était intervenu dans la partie orientale de l'Empire entre l'été 17 et sa mort en octobre 19 . 9).. infra. 8). 120). Comme l'a souligné Marotta 1991. et dans laquelle ce dernier affirme s'être référé à des έντολαί . Quoi qu'il en soit de ce dernier cas.226 L E P R O C O N S U L E T L E P R I N C E D ' A U G U S