Créer une communauté nord-américaine

Déclaration des présidents Groupe de travail indépendant sur l’avenir de l’Amérique du Nord

Parrainé par le Council on Foreign Relations en association avec le Consejo Mexicano de Asuntos Internacionales et le Conseil canadien des chefs d’entreprise

John P. Manley, Pedro Aspe et William F. Weld Présidents Thomas P. d’Aquino, Andrés Rozental et Robert A. Pastor Vice-présidents

Le Council on Foreign Relations, qui a été fondé en 1921, est une organisation nationale indépendante et un centre non partisan de savoir ayant pour rôle de produire et de diffuser des idées devant permettre aux individus et entreprises membres ainsi qu’aux décideurs, journalistes, étudiants et citoyens intéressés des États-Unis et d’autres pays de mieux comprendre le monde et les choix auxquels doivent faire face les États-Unis et d’autres gouvernements en matière de politique étrangère. Pour ce faire, il a recours à divers moyens : organisation de réunions; réalisation d’un vaste programme d’études; publication de Foreign Affairs, une revue de premier plan consacrée aux affaires internationales et à la politique étrangère des É.-U.; maintien d’un effectif diversifié; parrainage de groupes de travail indépendants; affichage d’information de dernière heure sur les affaires mondiales et la politique étrangère des É.-U. sur le site Web du Council, au www.cfr.org. Le Consejo Mexicano de Asuntos Internacionales (COMEXI) est la seule organisation multidisciplinaire s’étant donné pour rôle de favoriser un discours et une analyse politiques complexes et largement inclusifs sur la nature de la participation du Mexique aux affaires internationales et sur l’influence relative de l’orientation de plus en plus mondiale des priorités intérieures de ce pays. Le Consejo est un forum indépendant, sans but lucratif et pluraliste qui n’a aucun lien avec le gouvernement ou les institutions et qui est financé exclusivement par les cotisations de ses membres et le soutien des entreprises. Le COMEXI a pour objectifs principaux de fournir de l’information et des analyses à l’intention de ses associés et de créer un cadre institutionnel solide d’échange d’idées sur les principaux enjeux mondiaux qui touchent le Mexique. Le Conseil canadien des chefs d’entreprise est la principale association de dirigeants d’entreprise du Canada et affiche un dossier exceptionnel quant à sa capacité d’allier l’initiative entrepreneuriale à des choix de politique publique rationnels. Le CCCE, qui regroupe les hauts dirigeants de 150 grandes entreprises canadiennes, a été le chef de file du secteur privé en ce qui concerne l’élaboration et la promotion de l’Accord de libre-échange Canada-ÉtatsUnis durant les années 1980 et de l’Accord de libre échange nord-américain trilatéral qui s’en est suivi. LE COUNCIL ON FOREIGN RELATIONS NE PREND AUCUNE POSITION INSTITUTIONNELLE SUR LES ENJEUX STRATÉGIQUES ET N’A AUCUN LIEN AVEC LE GOUVERNEMENT DES É.-U. LA RESPONSABILITÉ DE TOUS LES EXPOSÉS DE FAITS ET EXPRESSIONS D’OPINIONS CONTENUS DANS SES PUBLICATIONS INCOMBE UNIQUEMENT À LEURS AUTEURS. Le Council on Foreign Relations parraine un groupe de travail indépendant (1) si un enjeu d’importance actuelle et essentielle à l’égard de la politique étrangère des É.-U. se produit et (2) s’il semble qu’un groupe présentant des antécédents et perspectives divers peut, néanmoins, être en mesure d’en venir à un consensus valable sur une politique par le biais de délibérations à caractère privé et de nature non partisane. En général, un groupe de travail se réunit entre deux et cinq fois sur une brève période pour s’assurer de la pertinence de son travail. Lorsqu’il en arrive à une conclusion, le groupe de travail produit un rapport, que le Council publie et affiche sur son site Web. Le rapport du groupe de travail repose sur un consensus stratégique solide et rationnel, ses membres appuyant l’orientation de principe générale et les jugements établis par le groupe, sans nécessairement entériner toutes les conclusions et recommandations. Les membres du groupe de travail qui adhèrent au consensus établi peuvent soumettre des points de vue supplémentaires ou dissidents, qui sont inclus dans le compte rendu final. Un « Chairmen’s Report » est signé par les présidents du groupe de travail seulement et est en général précédé ou suivi du rapport complet du groupe. Au moment d’en arriver à une conclusion, le groupe de travail peut aussi demander à des personnes qui n’étaient pas membres du groupe de s’associer au rapport pour en accroître l’impact. Tous les rapports de groupes de travail « confrontent » leurs conclusions à la politique courante de l’administration afin de rendre explicites les points d’accord et de désaccord. Le groupe de travail est l’unique responsable de son rapport. Le Council n’adopte aucune position institutionnelle sur ses recherches ou recommandations dans ce rapport. Le Groupe de travail indépendant sur l’avenir de l’Amérique du nord est parrainé par le Council on Foreign Relations en association avec le Consejo Mexicano de Asuntos Internacionales et le Conseil canadien des chefs d’entreprise. Pour plus de renseignements sur le Council on Foreign Relations ou sur le groupe de travail responsable du présent rapport, veuillez écrire à l’adresse suivante : Council on Foreign Relations, 58 East 68th Street, New York, NY 10021, ou appeler le directeur des Communications au 212-434-9400. Nous vous invitons aussi à visiter le site Web de l’organisme au www.cfr.org. Tous droits réservés © 2005 par le Council on Foreign Relations®, Inc. Imprimé aux États-Unis d’Amérique. Le présent rapport ne peut être reproduit en tout ou en partie sous quelque forme que ce soit autre que celles mentionnées aux articles 107 et 108 de la Copyright Law Act (17 U.S.C, articles 107 et 108) des É.-U. et que les

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extraits tirés par les analystes de la presse publique, sans la permission écrite expresse du Council on Foreign Relations. Pour plus de renseignements, prière d’écrire à l’adresse suivante : Publications Office, Council on Foreign Relations, 58 East 68th Street, New York, NY 10021.

DÉCLARATION DES PRÉSIDENTS
Introduction Lorsqu’ils se réuniront au Texas le 23 mars, les chefs de gouvernement du Canada, du Mexique et des États-Unis représenteront des pays qui, plus que jamais auparavant, sont liés par leur avenir. Le commerce des États-Unis avec le Mexique et le Canada représente plus du tiers du total des échanges de ce pays et dépasse largement ses échanges avec l’Union européenne ainsi qu’avec le Japon et la Chine combinés. Dans le secteur de l’énergie, le Canada et le Mexique sont maintenant les deux principaux exportateurs de pétrole aux États-Unis. À lui seul, le Canada fournit à son voisin plus de 95 pour cent du gaz naturel et la totalité de l’électricité qu’il importe. En 2005, les frontières entre le Canada, le Mexique et les États-Unis seront franchies presque 400 millions de fois. L’Amérique du Nord est devenue plus qu’une zone de libre-échange ou qu’un lieu géographique. Elle compte trois démocraties libérales engagées dans la protection des droits individuels, soutenant la règle de droit, assurant l’égalité des chances à leurs citoyens et établissant un équilibre raisonnable entre le marché et l’État. L’intégration sans cesse croissante du continent nord-américain laisse entrevoir d’énormes avantages pour ses citoyens. Ces avantages ne sont toutefois ni inévitables, ni irréversibles et le processus de changement doit être géré de manière appropriée. Comme les hauts représentants des gouvernements, nous avons lutté quotidiennement pour relever les défis auxquels doit faire face l’Amérique du Nord. Maintenant, en tant que simples citoyens, nous sommes en mesure de réfléchir de manière plus systématique à ces défis et d’articuler une vision à long terme de la manière de les relever. C’est dans cette optique que nous présentons cette déclaration des présidents en prévision du sommet tripartite, qui coïncide avec un moment critique de notre relation.

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Cette déclaration s’appuie sur le consensus des trois présidents et des trois vice-présidents du Groupe de travail. Le rapport complet de ce groupe, qui doit paraître au printemps, fera le point sur les résultats du sommet du Texas et reflètera les opinions de tous les membres du Groupe. La présente déclaration ne représente pas nécessairement les points de vue des autres membres du Groupe de travail. Le Groupe de travail indépendant sur l’avenir de l’Amérique du Nord est parrainé par le Council on Foreign Relations en association avec le Consejo Mexicano de Asuntos Internacionales et le Conseil canadien des chefs d’entreprise. Il y a onze ans, l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) entraînait la libéralisation du commerce et de l’investissement dans la plupart des secteurs, assurait des moyens de protection cruciaux de la propriété intellectuelle, créait des mécanismes inédits de résolution des différends et établissait de nouveaux mécanismes de mise en application de normes du travail et d’environnement. Il contribuait ainsi à libérer le potentiel économique de la région et démontrait que des pays de niveaux de développement différents pouvaient négocier des arrangements commerciaux. Pour faire fructifier les progrès de la dernière décennie et pour établir un programme pour l’avenir, nous proposons la création, d’ici 2010, d’une communauté en vue d’accroître la sécurité, la prospérité et l’égalité des chances de tous les Nord-Américains. À cette fin, nous proposons une communauté basée sur la croyance que chaque membre bénéficie du succès de son voisin et est diminuée par ses problèmes. Les frontières de cette communauté seraient définies par un tarif externe commun et un périmètre de sécurité externe. À l’intérieur de cette zone, la circulation des personnes et des produits serait légale, ordonnée et sécuritaire. Le but primordial est de faire en sorte que l’Amérique du Nord soit libre, sécuritaire, juste et prospère.

Les enjeux Aujourd’hui, nos nations font face à trois enjeux communs.

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Menaces à la sécurité partagées. Au cours de la dernière décennie, l’activité terroriste et criminelle a fait ressortir la vulnérabilité de l’Amérique du Nord. Tous les terroristes du 11 septembre 2001 ont réussi à entrer aux États-Unis directement de l’extérieur de l’Amérique du Nord, mais l’arrestation d’une personne en 1999 qui tentait de passer la frontière canado-américaine dans le cadre d’un complot visant à faire exploser une bombe à l’aéroport de Los Angeles montre que les terroristes cherchent aussi à entrer aux États-Unis à partir du Canada et du Mexique. Des milliers de personnes traversent aux États-Unis chaque année et le Canada et le Mexique doivent aussi faire face à un afflux persistent d’immigrants sans papiers. Tout échec dans nos efforts pour protéger les frontières extérieures de l’Amérique du Nord entravera le mouvement légitime des personnes et des produits à l’intérieur du continent, nuisant ainsi à nos intérêts collectifs. Après les attaques du 11 septembre, les retards à la frontière canado-américaine ont entraîné des pénuries de pièces imprévues dans les deux pays, coûtant aux usines de fabrication des millions de dollars l’heure. Ces retombées signifient que le Canada et le Mexique ont un intérêt commercial prépondérant d’augmenter la sécurité nord-américaine, abstraction faite de toute autre considération. De plus, de futures attaques terroristes pourraient cibler des sites dans l’un ou l’autre de nos trois pays et même une attaque visant exclusivement une ville ou installation américaine pourrait avoir des répercussions sur le Mexique ou le Canada. L’interdépendance nord-américaine est telle que nos trois pays doivent travailler ensemble à assurer la sécurité du continent. Au-delà du terrorisme, l’activité criminelle internationale constitue une menace permanente à la sécurité du public dans la région. Ce qui est peut-être le plus notoire à cet égard, c’est la violence liée à la drogue et au crime organisé le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Parce que ces menaces traversent les frontières, un gouvernement ne peut y remédier à lui seul. Les gains réalisés sur d’autres plans seront éventuellement compromis si nous ne parvenons pas à résoudre les problèmes de sécurité. Dans le contexte nord-américain, tout manquement à une collaboration efficace pour résoudre les questions de sécurité a une incidence directe sur nos relations commerciales ainsi que sur nos libertés et notre qualité de vie.

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2. Enjeux partagés de rehausser notre compétitivité. Au cours de la dernière décennie, des nations partout dans le monde, de la Chine à l’Inde, de l’Amérique latine aux nouveaux membres de l’Union européenne, se sont intégrées de plus en plus au marché mondial. Si l’ALÉNA a stimulé vigoureusement le rythme de l’intégration économique de l’Amérique du Nord, nous devons aborder les questions qui viennent entraver notre capacité de faire concurrence. Des règles d’origine trop compliquées, la congestion croissante des bureaux d’entrée et la prolifération des différences de réglementation dans les trois pays font augmenter nos coûts plutôt que de les faire baisser. Le commerce des ressources naturelles, des denrées alimentaires et des autres produits clés—y compris le secteur crucial de l’énergie—est encore loin d’être libre. Enfin, les partenaires commerciaux de l’ALÉNA ne sont pas encore parvenus à résoudre certains importants différends aux plans du commerce et des investissements, différends qui ont causé des frictions dans nos relations commerciales. 3. Intérêt partagé dans le développement à grande échelle. Alors que les flux commerciaux et d’investissements ont augmenté considérablement entre nos trois pays, l’écart de développement entre le Mexique et ses deux voisins du nord s’est élargi. Ces disparités nuisent à la coopération dans des domaines d’intérêt commun et font apparaître des problèmes régionaux. La faiblesse des salaires et le manque d’occasions économiques dans certaines parties du Mexique stimulent l’immigration sans papiers et contribuent à la souffrance humaine qui se traduit parfois en criminalité et en violence. Dans leur propre intérêt national, les trois pays devraient faire davantage pour encourager le développement économique à grande échelle au Mexique. Ces enjeux exigent une attention empressée. Si l’Amérique du Nord demeure la principale puissance économique du monde, la concurrence mondiale pourrait, à long terme, éroder sa prospérité.

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Ce que nous pouvons faire La collaboration trinationale est essentielle à la prospérité et à la sécurité de la région. Bien que certains dossiers aient déjà fait l’objet d’une coopération bilatérale beaucoup plus intense—notamment la coopération entre les militaires canadiens et américains—il reste plusieurs autres problèmes pour lesquels une approche trinationale serait avantageuse. Nos préoccupations partagées vont de la compétitivité économique régionale à l’application de la loi, de la sécurité énergétique à la politique de réglementation, de la résolution des différends à la défense continentale. De plus, l’Amérique du Nord est très différente des autres parties du monde et doit trouver sa propre route de coopération pour aller de l’avant. Une nouvelle communauté nord-américaine ne sera pas modeler sur l’Union européenne ou sur la Commission européenne ni viser à créer une forme quelconque de vaste bureaucratie supranationale. Notre vision de l’Amérique du Nord comprend trois états souverains dont la collaboration doit refléter l’interdépendance et le respect des différences. Nous axons nos recommandations sur la création d’un espace économique unique qui élargit les occasions économiques de tous les peuples de la région et sur la création d’une zone de sécurité qui protège la région contre les menaces extérieures tout en facilitant la libéralisation des mouvements légitimes de produits, de personnes et de capitaux. Nous faisons six recommandations clés: 1. Créer les institutions nécessaires au soutien de la communauté nord-américaine. Nous proposons que le sommet trinational devienne un événement régulier. Des rencontres au sommet annuelles des trois pays de l’Amérique du Nord démontreront l’importance stratégique de la communauté nord-américaine. Nous proposons aussi l’établissement d’un Conseil consultatif nord-américain chargé de préparer et de surveiller la démarche de mise en application des décisions prises à ces sommets.

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2.

Créer immédiatement un Plan d’action de la frontière nord-américaine. La menace de terrorisme international provient, pour la plupart, de l’extérieur de l’Amérique du Nord. Nos frontières extérieures sont une ligne de défense critique contre cette menace. Toute faiblesse dans le contrôle des accès à l’Amérique du Nord depuis l’étranger réduit la sécurité du continent dans son ensemble et augmente les pressions en vue d’intensifier les contrôles des mouvements et de la circulation à l’intérieur du continent, ce qui fait augmenter les coûts d’opération liés au commerce et au voyage à l’intérieur de l’Amérique du Nord. Les gouvernements du Canada, du Mexique et des États-Unis devraient articuler, comme but à long terme, la création d’un périmètre de sécurité commun pour l’Amérique du Nord. Les trois gouvernements devraient surtout s’efforcer de parvenir à une situation où un terroriste voulant pénétrer nos frontières aurait autant de mal à le faire, quel que soit le pays d’entrée qu’il choisirait. Tout comme le libre-échange il y a dix ans, l’établissement d’un périmètre de sécurité commun pour l’Amérique du Nord est un objectif ambitieux mais réalisable qui exigera des changements spécifiques aux politiques, statuts et procédures des trois pays, y compris: • • L’harmonisation des règlements de visa et d’asile, y compris la convergence de la liste des pays jouissant d’une dispense de visa; L’harmonisation des procédures de vérification et de suivi des personnes, marchandises et navires (y compris l’intégration de listes de surveillance par nom et données biométriques); • • • L’harmonisation des procédures de suivi des sorties et des exportations; Le partage intégral des données au sujet des entrées et sorties de ressortissants étrangers; L’inspection conjointe par les trois pays du trafic des conteneurs entrant dans les ports de l’Amérique du Nord en s’appuyant sur l’initiative relative à la sécurité des conteneurs entre les États-Unis et le Canada; • Un engagement à adopter une approche commune dans les négociations internationales portant sur les mouvements mondiaux de personnes, de marchandises et de navires.

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Accroître la coopération dans l’application de la loi. La coopération en matière de sécurité entre les trois pays devrait comprendre également la coopération dans la lutte contre le terrorisme et dans l’application de la loi et pourrait comprendre, entre autres mesures, l’établissement d’un centre de renseignements trinational, le développement d’un registre trinational des armes balistiques et des explosifs et l’uniformisation de la formation des agents d’application de la loi dans les trois pays. Des progrès rapides dans la coopération de l’application de la loi ne seront possibles que dans la mesure où les gouvernements respectifs sauront protéger l’intégrité de leurs institutions publiques et extirper toute corruption systémique qui pourrait exister. Élargir la coopération en matière de défense. En plus de renforcer la coopération entre les organismes de lutte contre le terrorisme et d’application de la loi dans les trois pays, il est essentiel de bâtir sur les bases solides des accords militaires existants sur le continent. La plus importante étape consiste à élargir l’entente binationale du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) de manière à en faire un commandement unifié des services canadiens et américains ayant pour mandat de protéger les approches maritimes et aériennes de l’Amérique du Nord. De plus, le Canada et les États-Unis devraient inviter le Mexique à considérer la possibilité de participer au partage des informations et à la planification coopérative engageant les forces militaires à développer une confiance mutuelle et peut-être à ouvrir la voie à une plus grande coopération à l’avenir. 3. Adopter un tarif extérieur commun. Nous recommandons que les trois gouvernements commencent par harmoniser les tarifs extérieurs en établissant pour chaque secteur le taux le plus bas conforme aux obligations multilatérales. Les gouvernements devraient commencer par les produits pour lesquels les tarifs actuels sont les plus proches et procéder ensuite à resserrer les écarts plus importants dans le but de parvenir avec le temps à l’adoption d’un tarif extérieur commun qui éliminerait l’application complexe et coûteuse des règles d’origine. Nous recommandons que les trois pays entrent en négociations dans un effort pour trouver une approche conjointe face aux pratiques commerciales injustes et au comportement anticompétitif, y

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compris le dumping. Nous demandons la création d’une liste permanente de participants aux panels de résolution des différends de l’ALÉNA afin d’en améliorer la cohérence, la prévisibilité et l’efficacité. Les trois pays devraient accélérer et élargir la mise en œuvre des plans d’action actuels de la « frontière intelligente » afin de faciliter les déplacements et le commerce à l’intérieur de l’Amérique du Nord. Les trois pays devraient élaborer un système de laissez-passer aux frontières nord-américaines comprenant des identificateurs biométriques. Ce document permettrait à son détenteur de passer plus rapidement par les services de douane, d’immigration et de sécurité aéroportuaire dans toute la région. À plus long terme, il devrait être possible de repenser fondamentalement les systèmes de contrôle national des voyages et des échanges à l’intérieur du continent. Ce sera certainement le cas si les trois pays font de réels progrès vers l’établissement d’un périmètre de sécurité commun. Bien que l’Amérique du Nord soit différente de l’Europe, il est intéressant de constater que les membres de l’Union européenne ont réussi à éliminer la majorité des contrôles aux frontières. Nous croyons que les gouvernements du Canada, du Mexique et des États-Unis devraient s’engager à diminuer considérablement à long terme le besoin d’un contrôle physique intense de la circulation, des voyages et du commerce à l’intérieur de l’Amérique du Nord. 4. Stimuler la croissance économique au Mexique. Pour réaliser les pleins avantages de l’intégration économique et pour assurer que ces avantages sont largement distribués, il faut que le Mexique augmente et soutienne un taux de croissance correspondant à ses buts de développement. Le Mexique doit concevoir un ensemble de politiques qui recueille l’appui général du public et doit décider des étapes qu’il prendra pour attirer les investissements et stimuler la croissance. Sur ce plan, les États-Unis et le Canada devraient appuyer le Mexique en établissant un Fonds d’investissements nord-américain, pour créer une infrastructure pour relier les parties les plus pauvres du pays aux marchés dans le nord et à appuyer l’éducation et la formation technique des états et municipalités du Mexique qui s’engagent à la transparence et au nouveau développement. Le Fonds devrait être perçu comme un

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placement rentable par les trois pays à l’égard de la compétitivité future de la zone économique nord-américaine. 5. Élaborer une stratégie nord-américaine de sécurité de l’énergie et des ressources naturelles. Un approvisionnement fiable des ressources naturelles clés est essentiel à la sécurité et à la prospérité à long terme de la région, tout en respectant les politiques et priorités de chacun des pays. À cette fin, les trois gouvernements devraient élaborer un plan conjoint d’expansion et de protection de l’infrastructure énergétique, constituer des réserves continentales, conserver les combustibles fossiles et réduire les émissions. En définitive, la collaboration régionale au chapitre de la conservation et des émissions pourrait constituer la base d’une alternative nord-américaine au Protocole de Kyoto. 6. Resserrer les liens éducatifs. Compte tenu de ses liens historiques, culturels, politiques et économiques, l’Amérique du Nord devrait posséder le plus important réseau d’échanges éducatifs au monde. Nous recommandons l’expansion des programmes de bourses et d’échanges pour les étudiants des niveaux secondaire et universitaire, le développement d’un réseau de Centres d’études nord-américaines dans les trois pays et des programmes de formation transfrontaliers pour les enseignants des écoles primaires et secondaires.

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PRÉSIDENTS DU GROUPE DE TRAVAIL INDÉPENDANT

JOHN P. MANLEY est avocat-conseil chez McCarthy Tétrault LLP. Au cours de plus de 15 années de vie publique, il a été responsable de plusieurs portefeuilles importants au sein du gouvernement fédéral tel que Industrie, Affaires étrangères, et Finance. Il a aussi occupé le poste de vice-premier ministre. Suite aux évènements du 11 septembre 2001, il a été nommé au poste de président du nouveau Comité ministériel spécial sur la sécurité publique et l’antiterrorisme et dans cette capacité, il a négocié, avec M. Tom Ridge, directeur du Bureau de la sécurité du territoire des États-Unis, la déclaration sur la frontière intelligente. PEDRO ASPE est chef de la direction de Protego, une firme de premier plan en consultation d’investissements bancaires au Mexique. M. Aspe fut récemment ministre des Finances du Mexique (1988–94). Il a aussi été professeur d’économie à l’Institut Technologique Autonome du Mexique (ITAM) et a occupé de nombreux postes au sein du gouvernement mexicain. WILLIAM F. WELD est un partenaire chez Leeds Weld & Co., une firme privée de placement en actions à New York. M. Weld a servi deux termes comme gouverneur du Massachusetts (1991–97), a été procureur général adjoint responsable de la division criminelle des États-Unis du ministère de la Justice à Washington, D.C. (1986–88), et procureur des États-Unis pour le Massachusetts pendant l’administration Reagan (1981– 86). THOMAS P. D’AQUINO est chef de la direction du Conseil canadien des chefs d’entreprise (CCCE), organisme regroupant 150 dirigeants d’entreprises canadiennes de premier plan. Avocat, entrepreneur et stratège, il a occupé le poste d’adjoint spécial du Premier ministre du Canada, et de professeur associé, donnant des conférences en droit

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commercial international. Monsieur d’Aquino est à la tête de l’Initiative nord-américaine de sécurité et de prospérité lancée en 2003. ANDRÉS ROZENTAL est président du Consejo Mexicano de Asuntos Internacionales. M. Rozental fut un diplomate de carrière pendant plus de 30 ans. Il servit son pays en tant qu’Ambassadeur auprès du Royaume Uni (1995–97), sous-ministre des Affaires étrangères (1988–94), Ambassadeur auprès de la Suède (1983–88), et représentant permanent du Mexique auprès des Nations Unies à Genève (1982–83). En 2001, il fut ambassadeur itinérant et envoyé spécial auprès du Président Vicente Fox. ROBERT A. PASTOR est directeur du Center for North American Studies, vice président des affaires internationales et professeur à l’American University. De 1997 à 1981, il est directeur des affaires de l’Amérique latine au Conseil de sécurité national. Il a un doctorat en matière de gouvernement de l’université Harvard et est l’auteur ou l’éditeur de 16 livres, incluant Toward a North American Community: Lessons from the Old World for the New. CHAPPELL H. LAWSON, Directeur du groupe de travail, est professeur agrégé de sciences politiques au Massachusetts Institute of Technology (MIT) où il détient Class of 1954 Career Development Chair. Avant de se joindre à la faculté du MIT, il a occupé le poste de directeur des affaires interaméricaines du Conseil national de sécurité.

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