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Stimmung : Espace, lieu et représentation

Randall Teal, Département d’Architecture et de Design d’intérieur, Université de l’Idaho
Ma recherche porte sur les fondamentaux de la conception, la théorie de l’architecture et les
interactions de l’homme avec l’environnement bâti. Des travaux récents ont porté
spécifiquement sur la perception, la notion de lieu, et la soutenabilité à travers le prisme de
la phénoménologie (avec un ancrage sur les écrits de Martin Heidegger)
Résumé
Trop souvent l’organisation constructive des bâtiments est négociée à partir de matériaux
aléatoires bricolés ensemble, qui assurent l’apparence d’un ensemble complexe ; au lieu de
devenir de vrais bâtiments, le résultat est simplement l’agrégation simpliste de parties
atomisées. Comme une conséquence de cette sorte d’activité nos villes sont pleines de
structures médiocres et sur-accentuées qui ne sont pas tant des bâtiments que des « dessins
construits » (built drawings). A travers la notion germanique de stimmung ( signifiant à la
fois humeur diffuse ou atmosphère et dont une acception particulière correspond à ambiance
(mood ?)) cette communication explorera les limitations et les possibilités de la
représentation et la manière dont la notion de stimmung se perd quand la représentation
devient le bâtiment.
Introdution
« Mais un plus grand mal encore que l’aveuglement est l’illusion. L’illusion croit qu’elle
voit, et qu’elle voit de la seule manière possible, même si sa croyance lui fait perdre la
capacité de voir. » (1) Martin Heidegger
Comme la représentation en architecture a évolué, les dessins ont par moment remplacé la
« vision »( seeing) de notre expérience sensorielle. Ce changement a eu tendance à nous
tromper en faisant penser que nous avons effectivement vu comme Alberto PerezGomez et
Louise Pelletier le suggèrent.
La
conception architecturale et la réalisation assument
habituellement une
correspondance terme à terme entre l’idée représentée et le bâtiment final… Le
processus de création dominant en architecture de nos jours, présume qu’un ensemble
conventionnel de projections, à des échelles variées de l’ensemble du site au détail,
recoupe une complète et objective idée du bâtiment… L’ensemble descriptif des
projections que nous prenons comme allant de soi opère dans un espace géométrisé
homogène qui a été construit comme l’espace « réel » de l’activité humaine au XIX
ème siècle. (2)
L’implication de cette tromperie est naturellement que ceux travaillant sur ces bâtiments
passent à côté du fait que ces représentations sont les « artefacts de médiation rendant
possibles des bâtiments signifiants » (3) ( that make significant buildings possible ?) et non
la réalité spatiale et matérielle du bâtiment lui-même. Avec l’équivalence entre la
représentation architecturale et un bâtiment il s’en suit une opportunité manquée – celle que
le média de conception devienne une fenêtre sur une nouvelle réalité.

Au lieu de présumer que l’on doit seulement décrire un bâtiment dans tous ses détails ( comme si la conception est un aboutissement couru d’avance ) peut-être que les outils de conception peuvent faire plus pour nous. Dans l’implémentation de cette charge (?) il devient nécessaire d’expérimenter les possibilités dans le processus de conception et comment le processus pourrait aider à catalyser l’accordement (attunement) à l’espace et à l’expérience de celui-ci. dénonçant un manque de considération pour leur statut de lieu matériel habitable. Robin Evans a suggéré que la « reconnaissance du pouvoir du dessin comme un moyen s’avère de manière inattendue être une reconnaissance de l’écart du dessin et de sa dissemblance vis à vis de la chose qui est représentée » ( 5. 1 Avec ces opportunités manquées l’environnement construit souffre et un catalogue d’architectures médiocres commence à peupler le monde (fig 1). Dans cette voie ce que l’on rencontre est quelque fois plus proche d’un dessin-construit.) Creusant cette idée. de relief et de nuances spatiales. accepter que le monde de l’expérience vécue relève du travail d’architecture est critique cela doit commencer avec la formation en architecture (au moment où les étudiants typiquement traitent les instruments de la conception comme des outils techniques de description). Stimmung Fig. A la fois dans l’exploration et la communication. Plutôt que de robustes assemblages tectoniques nous voyons des bâtiments ‘bi-dimensionnels » qui sont caractérisés par le manque d’articulation. Ce genre de construction possède une façon étrange de traduire la manière dont elles sont apparues sur le papier.Quand un dessin devient un bâtiment Fig. cet article considère les instruments de conception de manière plus large et montre comment les propriétés « caractéristiques » (distinctives) de la représentation peuvent aider à révéler l’épaisseur de la rencontre (l’épreuve (encounter) ?). Peut-être qu’un usage plus efficace de nos media de conception serait comme un moteur pour la découverte de nouveaux mondes. 2 .

Par conséquent la stimmung est activée par le degré auquel cette rencontre permet d’atteindre un étant (this encounter is allowed to touch one’s being ?) Pour Heidegger la notion de stimmung est rendue vitale à partir de deux de ses caratéristiques. précédent tout jugement esthétique » (7) Hans-George Gadamer Martin Heidegger a dit qu notre « …ouverture au monde est constituée par la stimmung … ». Si. vous vivez aussi les histoires des gens qui pourraient être là et ce qu’ils pourraient être en train de faire. on est immergé dedans.La stimmung (signifiant à la fois humeur et accordement (attunement ) à l’humeur) se présente comme un correctif important au « dessin construit » . tandis que vous travaillez sur les aspects formels et compositionnels du projet. affectation ( ?). Pour Heidegger. Premièrement. Dans cette voie ils commencent à engager l’atmosphère de leur conception directement et à comprendre comment elle pourra résonner différemment pour des gens différents. elles sont toutes des spécifications ontiques de maniérisme. historiques et sociaux ou « facticity » (12). Dreyfus explique : L’atmosphère (mood) peut se référer à la sensibilité d’une époque ( telle que l’âge romantique). Par exemple dans une récente conversation avec une étudiante qui travaillait à la conception d’une rue ( fig 2). « Je suis dans une ___ mood ». alors vous n’êtes pas réellement là et vous ne concevez pas un lieu réel. alors. aussi bien que l’ambiance dans une situation courante ( telle que l’atmosphère d’impatience dans la salle de classe) et naturellement l’humeur d’un individu. Par « throwness » Heidegger entend que le carctère public de l’atmosphère résonne de manière particulière pour chaque individu. toutefois. précisément parceque l’individu est fait d’un ensemble unique de faits contextuels. vous commencez à vous mouvoir dans la réalité de la rue et en retour commencez à concevoir un lieu réel (10). Je lui expliquais que si vous trouvez vous-même une composition ou une forme purement abstraite. qui correspond à ce que les humeurs révèlent ce que Heidegger appelle « throwness ». Hiedegger a aussi en tête d’autres choses. la différence entre deux façons de comprendre cette rue apparue dans notre discussion. la condition ontologique existentielle que les choses toujours déjà comptent ( ?) (Thus they are all ontic specifications of affectedness. en cela qu’elle suggère une réciprocité entre la personne et la situation qui survient quelle qu’implication et attention soit en cause ( 9) (though involvement and care ?) . la vision d’Heidegger de ce phénomène est qu’il provient d’un engagement extatique avec le monde. la culture d’une firme ( telle qu’agressive). Ce sont là toutes les manières de trouver que les choses comptent ( These are all ways of finding that things matter ?).« … notre existence sensible-spirituelle est une chambre de résonnance esthétique qui fait écho aux voix qui constamment nous parviennent. vous plaçant aussi bien ous-même dans ce contexte. Ce . En architecture ceci advient par la voie de l’activité de conception comme un moyen d’ « habiter » le travail. en dépit du fait que beaucoup imagine l’humeur (mood) comme personnelle. Pour lui l’ambiance (mood) est envahissante. et peut-être que l’expérience réelle de l’ambiance se manifeste par le familier (colloquial). l’ambiance (mood) est comme le temps et la totalité de l’implication se manifeste à la lumière de cette mood. le caractère des temps (tel que révolutionnaire. the ontological existential conditions that things always already matter) (11) La condition ontologique existentielle fait appparaître un autre aspect important de la stimmung. Par exemple quand l’ambiance ( mood) est « ensoleillée » alors toutes choses prennent une teinte ensoleillée. Par . Hubert Dreyfus affirme que bien que la stimmung soit souvent considérée comme similaire à l’émotion.

cependant. comme on peut l’espérer. qui devient le plus important pour la viabilité future de l’environnement bâti. en réponse à la musique. 3 J’essaie de développer une capacité de réponse dans la plus grande part de ma pédagogie. de . Plutôt que de réclamer une analyse de la musique. Ainsi. A propos de l’émotion (sensibilité ?). il est intéressant de noter qu’une large part de l’humain consiste à être affecté par une situation. Dans le problème du dépassement du « dessin construit » ceci montre non seulement le besoin de prendre en considération des relations corporelles avec l’architecture. De cela. les dirigeant loin de corrélations directes. s’accordant (Becoming attuned) : facticité constructive Fig. comme le solo de saxophone est représenté par la forme du toit. les étudiants pratiquent un filtrage de leur impression à travers leurs corps. Ceci nous conduit à l’aspect adaptatif (relatif) de la stimmung. cependant cette ouverture perpétuelle peut être difficile à maintenir ? Heidegger explique cette difficulté dans Qu’est-ce que penser . 3) qui est peut-être le plus littéralement relié à la stimmung.que cela signiife c’est qu’on se trouve toujours soi-même impliqué dans une situation d’une manière particulière. aux futurs problèmes architecturaux d’être posés en profondeur. les étudians essaient de traduire la musique en espace et en forme. ce qui réside le plus loin en arrière dans le sens d’être éloigné. ceci de la même manière que le font les qualités de l’atmosphère d’un lieu. ou le chant est intense et tel est mon projet. L’adaptatibilité dit que c’est notre passé qui nous rend susceptible d’être affecté d’une certaine manière dans certaines situations. en raison de qui on est et de ce que nous avons vécu dans notre expérience antérieure. etc. je demande aux étudiants de cosntruire dans le même « esprit » que la chanson . L’idée ici est que la musique peut affecter davantage . Elles sont suprêmement proches. pour le Hun Attila. disons. il s’en suit que c’est peut-être l’enseignement d’une aptitude à répondre dans cette perspective. ceci au moyen du processus de fabrication et à travers la chose fabriquée. si Gandhi s’était trouvé lui-même dans une situation d’ambiance agressive. Ainsi. En s’habituant. Dans un exercice appelé « herméneutique musicale » (fig. mais indique aussi comment la formation des jeunes architectes constitue la fondation qui permettra. elle aurait résonner différemment pour lui que. disant que : Ces choses qui s’étendent déjà devant nous ne sont pas.

Un obstacle majeur à ce type de recherche de résonnance en profondeur en architecture est que le même phénomène de familiarité qui nous conduit à la compréhension peut aussi nous amener à traiter les choses comme : « suprêmement tout près ». devenant perdu dans nos routines. mais plutôt qu’elle ne se montre pas elle même plus longtemps t elle est couverte ( ???) » (16) ( and this does not me n it comes to an end. la réalité projetée est réduite à une simple forme. Heidegger explique comment ceci advient.4). il peut devenir facile de ne pas voir plus lontemps de différence ou de spécificité. (14) Ce passage suggère une raison du fait que nous entreprenons souvent des activités de manière superficielle. nous avons tendance à traiter notre conscience et par conséquent contaminer notre « habituation (attunement ) . j’essaie de développer l’attention en faisant que les étudiants interagissent de manière répétée avec le site en vue d’une intervention architecturale ultérieure.toute chose. La prémisse de base repose sur l’accent que met Heidegger sur l’importance ontologique de la familiarité pour notre aptitude à la compréhension. nous échouons à les voir dans leur présence… Les releations dont nous avons parlé ici sont si pesantes et d’une si grande portée qu’elles restent simples. Cette réception dans le perception est centrale comme réponse (to response ?) et ce dialogue doit devenir non-négociable dans le poursuite de l’architecture « affectuelle » (affectual) . Mais normalement. C’est pourquoi les hommes les oublient avec une presqu’inimaginable obstination. Dans un autre exercice de studio apelé « Site 100 » (fig. En d’autres termes. les coutumes et les pratiques publiques de la quotidienneté – et cela ne signifie pas qu’elle vient à une fin. but rather that it does not show how itself any longer. en conséquence ils passent une quantité considérable de temps à dessiner des croquis. A moins que le process us soit engagé avec une ouverture rigoureuse. ainsi pour cet exercice les étudiants retournent sur le site maintes et maintes fois. à regarder et à être dans ce lieu. de telle façon que le site devienne effectivement une part d’eux-mêmes et permette à la stimmung de résonner plus en profondeur. Heidegger invoque le fait que percevoir « signifie la même chose que recevoir » (17). en contraste avec cette sorte d’action ( agency ?). aussi. Cependant ce n’est pas la faute de la réalité comme le dit Heidegger « la stimmung nous assaille » (15) ce qui revient à dire qu’une atmosphère est toujours là et que la seule façon de ne pas en être influencé est de l’exclure (shut it out ). La vraie difficulté d’une présence corporelle au monde vient deu fait que nous sommes souvent suprêmement inconscient. quelquefois pris dans « l’inimaginable obstination » d’être un sujet souverain essayant de contrôler sa vie. L’imprégnation graduelle est conçue pour faciliter une attentivité similaire à celle des techniques d e méditation actives Zen. Cependant. composition ou objet. quand on est impliqué dans un projet. it is covered ). en disant que l’attention disparaît dans les habitudes. Elles sont ce qui est venu proche à l’avance.

2 3 Ibid. faisant que le concepteur et le le bâtiment s’interpénètre. Ce type d’éducation en conception advient pas à pas. J. What Is Called Thinking?. plus grande est la chance que ce qui sera construit dans le futur s’harmonisera avec son site et ses habitants. trans.edu 1 Alberto Pérez-Gómez and Louise Pelletier. 7. 5 In order to communicate the depth and feeling of her proposed design the student constructed a three 6 .Randall Teal. 154. University of Idaho. Glenn Gray (New York: Harper & Row. Mon espoir est que ces étudiants puissent commencer à sentir comment un lieu les affecte et induit un travail de conception qui structure ce sentiment en une architecture. Two commercial buildings downtown Coeur D’Alene Idaho. "Translations from Drawing to Building. 1997). en dehors de laquelle nous pouvond rencontrer quelque chose qui importe pour nous » (19) Je considère la plus grande part de la formation à la conception comme le fait d’enseigner aux étudiants comment se soumettre eux-êmes à l’expérience. devenant un même organisme. Idaho. Architectural Representation and the Perspective Hinge(Cambridge: MIT Press. transformant les étudiants lentement dans le sens d’une compréhension du fait que plus ils sont capables d’habiter les espaces qu’ils proposent. 1997) 3. Ceci identique à l’assertion d’Heidegger considérant que l’affectivité : « implique une soumission révélatrice au monde . Photos by RandallTeal. 4 (18) Peut-être que construire les fondements de la sensibilité et de la conscience dans la formation à la conception ouvre la voie à la stimmung comme moyen de résoudre la question du bâtiment comme ‘ dessin construit » plongé dans la stimmung. une rencontre facilitée par le moyen du processus. rteal@uidaho. et de manière répétéee. Firehouse Boise. 1968) 165. Martin Heidegger. 4 Robin Evans.Conclusion Fig." in Translations from Drawing to Building and Other Essays (Cambridge: MIT Press.

David Linge (Berkeley and Los Angeles: University of California Press. Ontology: The Hermeneutics of Facticity. 176. Studies in Phenomenology and Existential Philosophy (Bloomington: Indiana University Press. trans. “Thus I can now bring to mind the railway station at Marburg. 1976). 18 Site 100 by Lu Pokorny. 8.” Martin Heidegger. Being and Time 176. In doing so I amreferring not to a representation and not to anything represented but rather to the railway station as it is actually present there. 6 1/2 Street Shadow Box by Kelsie Wahlin. 1991) 196. Photo by Randall Teal.dimensional shadow box elevation. John Van Buren (Bloomington: Indiana University Press 1999) 80. Being-in-the-World: A Commentary on Heidegger's Being and Time. 19 Heidegger. Being and Time 82. Hans-Georg Gadamer. "The Universality of the Hermeneutical Problem.BT 176 8 9 Ibid. Photo by Randall Teal. Being and Time. Photo by Randall Teal. This is similar to a phenomenon Heidegger described on multiple occasions. 14 Heidegger. Division 1 (London and Cambridge: MIT Press. The Basic Problem Problems of Phenomenology. Dreyfus. In The Basic Problems of Phenomenology he says. 10 Hubert L. 7 Martin Heidegger." in Philosophical Hermeneutics ed. 16 17 Heidegger. 1962). (San Francisco: Harper and Row. John Macquarrie and Edward Robinson. 13 Musical Hermeneutic by Greg Nakata. Seventh ed. 11 12 Heidegger. trans. Martin Heidegger. 1982) 70. 15 Heidegger. What Is Called Thinking? 203. What Is Called Thinking? 201-02. Being and Time 177 .