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COHADE Guillaume

MOUGARD Thomas
ROUX Guillaume
FRICHET François
STEFANINI Guillaume

Promotion 2003

LES OGM ET NOUS

Pôle management de l’entreprise : l’environnement
1

Introduction
Des tomates au mûrissement ralenti, du maïs résistant aux insectes, des saumons
résistants au froid… Cela est désormais possible grâce à la science!
Au cours de ces trente dernières années, les découvertes scientifiques sur l’information
génétique et son support, l’ADN, ont permis le développement du génie génétique et des
biotechnologies. Aujourd’hui la technique de transgénèse permet le transfert d’un gène,
apportant un nouveau caractère, dans un organisme. On l’appelle alors Organisme
Génétiquement Modifié (OGM). Les applications des OGM sont aujourd’hui nombreuses :
agriculture, alimentation, médicales, industrielles, dépollution…
Cependant, les OGM posent problème, les citoyens, les scientifiques et les différents
groupes de pression débattent et défendent leurs positions et leurs intérêts propres concernant
la problématique des OGM. De plus, ces derniers sont une découverte encore trop récente
pour que celle-ci ne présente pas de risques.
Ces différents points seront les points principaux que nous serons amenés à développer
tout au long de ce rapport. Nous tenterons également de voir en quoi en les OGM peuvent
aujourd’hui intéresser une entreprise, ainsi que leur rapport avec nous consommateurs.

2

I) LES OGM : ORGANISMES GENETIQUEMENT MODIFIES.
A) Qu'est-ce qu’un OGM ?
Un OGM, ou Organisme Génétiquement Modifié, est un organisme vivant dont on a
modifié le patrimoine génétique en introduisant dans un des ses chromosomes un gène d’un
autre organisme. Cette opération s’appelle la transgenèse, et un autre nom des OGM est
organismes transgéniques.

B) Quels sont les différents types d’OGM ?
On a appliqué la transgenèse de façon courante à deux types d’organismes : les
bactéries et les plantes. On tente aussi de modifier génétiquement les animaux, mais avec
beaucoup de difficultés. Les bactéries transgéniques sont couramment utilisées pour produire
des médicaments. Celles-ci se dupliquent dans des citernes closes et ne peuvent pas
s’échapper dans l’environnement.
C’est une grande différence avec les plantes transgéniques, qui sont cultivées dans
l’espace libre, et dont le transgène pourrait s’échapper dans la nature et contaminer d’autres
plantes non transgéniques.
C’est pour cette raison que, si les bactéries transgéniques sont bien acceptées, les
plantes transgéniques provoquent un vif débat. Quand on parle d’OGM, on désigne le plus
souvent ces plantes modifiées génétiquement.

C) Comment opère-t-on la transgenèse ? (1)
Après avoir isolé le gène que l’on veut transférer, et que l’on appelle le gène d’intérêt,
on lui adjoint d’autres éléments biologiques nécessaires à son bon fonctionnement :
l’ensemble inséré est appelé « construction génétique ». Cette construction est insérée dans un
vecteur, un plasmide, petit bout de molécule d’ADN (acide désoxyribonucléïde, la molécule
qui porte l’information génétique des êtres vivants). Ce plasmide est ensuite inséré dans
l’ADN de l’organisme visé.
En se reproduisant, celui-ci dupliquera l’ADN ainsi transformé. Dans le cas des
plantes, on insère le gène d’intérêt en passant par une bactérie (Agrobacterium tumefasciens)
qui va infecter la plante, ou en bombardant l’ADN de la plante avec de minuscules billes
imprégnées de l’ADN modifié (on parle alors de « biolistique »).

(1): explication tirée du dossier « La grande bataille des OGM » (Hervé Kempf),
Extrait de Le Monde Dossiers et Documents, n° 328 du 01/09/03, page 4.

3

II) LES APPLICATIONS DES OGM,
ET LEUR PLACE DANS L’AGRICULTURE MONDIALE.
A) Survol des principales applications des OGM : (2)
Les plantes transgéniques peuvent avoir plusieurs applications : de l'augmentation de
la production, jusqu'à la fabrication par des plantes de molécules à haute valeur ajoutée.
1) Pour des besoins industriels ou agricoles

Créations de plantes résistantes aux herbicides

Création de plantes résistantes aux insectes (les cultures de végétaux résistant aux
insectes permettront de limiter le recours aux insecticides chimiques)

Création de plantes valorisant les éléments nécessaires à leur développement (eau,
nitrates, phosphates, sels métalliques,...)

Création de variétés plus adaptées aux besoins industriels (ex : moins de lignine dans
les arbres pour faire du papier, contrôle de la maturation des fruits pour le transport et
la distribution)

Amélioration de la valeur alimentaire des plantes (par exemple on cherche à modifier
le maïs et le blé pour obtenir une combinaison d'acides aminés mieux adaptée à
l'alimentation humaine (à l'état de recherche actuellement)

2) Pour la médecine

Fabrication d'arachide et de riz hypoallergéniques (allergies aux arachides très
répandues)

Fabrication d'hémoglobine à partir de plants de tabacs (l'hémoglobine ainsi obtenue
sera ensuite extraite pour des transfusions)

Synthèse, à partir du maïs, de collagène destiné à un usage chirurgical (pansements,...)

Dans un avenir proche, on pense pouvoir faire fabriquer un vaccin oral contre des
diarrhées bactériennes les introduisant dans des aliments pour vacciner rapidement une
population nombreuse.

Mais pour cela, il faut que la recherche génétique ait pour but d'aider les hommes et
non d'enrichir un petit nombre de multinationales comptant tirer un maximum de
profit de ces découvertes technologiques (comme c'est déjà le cas pour les entreprises
pharmaceutiques refusant de vendre à moindre coût leur produit aux Pays En
Développement)

(2) : http://www.ac-grenoble.fr/webcurie/pedagogie/les_tpe/Ogm/applications.html

4

B) Les OGM dans l’Agriculture Mondiale :

1) Les USA, précurseurs et promoteurs.
Les premières manipulations génétiques réussies sur des bactéries datent de 1973.
C’est dix ans plus tard, en 1983, qu’on a obtenu la première plante transgénique Des plantes
transgéniques ont commencé à être cultivées à grande échelle aux Etats-Unis en 1995. Du
soja OGM a été importé à l’automne 1996 en Europe, où la contestation, emmenée par
Greenpeace, a immédiatement commencé.
En Juin 1999, la majorité des pays de l’Union européenne ont de facto adopté un
moratoire sur les autorisations de nouveaux OGM (3). En Juillet 2003, le Parlement européen
a adopté des règles strictes sur l’étiquetage des aliments transgéniques, ce qui pourrait ouvrir
la voie à une levée du moratoire.
Les Etats-Unis sont les grands promoteurs des OGM, et le président Bush, comme
son prédécesseur Clinton, les soutiennent vigoureusement. Le Canada et l’Argentine cultivent
des surfaces importantes de plantes transgéniques. La Chine s’y intéresse beaucoup, tout en
restant prudente. L’Europe est très réticente, et la majorité des pays du Sud restent dans une
expectative prudente.

2) Les OGM dans l’agriculture mondiale : quelques chiffres.
La culture des OGM s’étend rapidement. En 2000, quelques 45 millions d’hectares
étaient plantés dans le monde, les Etats-Unis représentant 68% de ce total, l’Argentine 23%,
le Canada 7% et la Chine 1% (4). Le maïs et le soja couvrent plus des quatre cinquièmes de
ces surfaces, le colza, le coton et les pommes de terre venant assez loin derrière. Le chiffre
d’affaire annuel du marché mondial des semences s’élève à plus de 45 millions d’euros (5),
mais 80% des agriculteurs, surtout ceux du Sud, n’ont pas encore renoncés à les conserver
d’une année sur l’autre et à les échanger avec leurs voisins au lieu de les acheter. Les
transnationales visent donc une triple expansion : géographique, variétale et commerciale.

en

Les chiffres ci-dessus sont ceux de 2000; voyons l’évolution de la culture des OGM
observant les graphiques fournis l’an dernier par H. Kempf (6) :
59

superficie des terres cultivées, en millions d'hectares

1441

superficie des cultures non
transgéniques
superficie des cultures transgéniques

(3): pour plus de renseignements, lire l’article « Washington redoute que la peur des OGM ne se propage hors
d’Europe », Courrier International, n°603 du 28/11/02.
(4): Deborah B. Whitman, Genetically Modified Foods: Harmful or Helpful? , Cambridge Science Abstracts,
avril 2000.
(5) : « Personne ne veut des OGM, sauf les industriels », dans le dossier « Plaidoyer contre une interdiction », Le
Monde Diplomatique, n°589 du 01/04/2003, page 4.

5

(6) : dossier « La grande bataille des OGM » (Hervé Kempf), Le Monde Dossiers et Documents, n° 328 du
01/09/03, page 4.
(6)

Quatres pays cultivent les OGM
en millions d'hectares:

50
40 Etats-Unis
30

39
Argentine

20

13,5

Canada
3,5

Argentine

Canada

10

Chine
2,1

Autres
0,9

Chine

Autres

0
Etats-Unis

Les cultures transgéniques
concernent quatre plantes
en millions d'hectares
36,5

Soja

12,4

maïs

6,8

coton

3

colza
0

10

20

6

30

40

La superficie des terres cultivées avec des plantes transgéniques représente
aujourd’hui 4% de la superficie totale des terres cultivées dans le monde. En à peine 3 ans, les
cultures transgéniques ont gagné presque 15 millions d’hectares sur les cultures
traditionnelles. Le soja et le maïs restent majoritaires avec 83% des cultures transgéniques en
2003.
Les producteurs sont les 4 mêmes pays. La Chine intensifie sa production, passant de
1% à 3.5%, tandis que les 4 autres pays se maintiennent globalement (les Etats-Unis passent
de 68% à 66%). Les pourcentages sont quasiment les mêmes qu’en 2000 mais la superficie
totale des cultures transgéniques augmente, ce qui signifie que chacun des pays produit de
plus en plus.
En Europe, les cultures transgéniques sont (en théorie !) pratiquement inexistante
suite au moratoire de Juin 1999…

III) LES OGM, THEME IMPORTANT POUR LA SOCIETE.

Q
A) OGM et Société : des liens complexes :
1) les OGM : des biens de consommation particuliers.
« Dans une économie de marché, le rôle des pouvoirs publics consiste pour
l'essentiel à définir des règles visant à assurer la sécurité des consommateurs, la loyauté des
pratiques industrielles et commerciales […]
Avec le recul dont nous disposons aujourd'hui il semble bien que les Organismes
Génétiquement Modifiés (OGM) ne peuvent pas être considérés comme des biens de
consommation courants, car ils ont la particularité d'être pour la plupart utilisés pour la
production d'aliments tout en étant identifiés comme des biens issus de technologies avancées.
Ces deux éléments combinés influent sur la perception du public, sur les comportements
d'achat, et sur la constitution d’opinions adverses. »
C’est ainsi qu’est introduit le dossier « OGM et société » de la revue "Notre Alimentation",
numéro 23, Décembre 99.

(6) : « La grande bataille des OGM » (H.Kempf), Le Monde Dossiers et Documents, n° 328 du 01/09/03, page 4.

7

Ce sont la protection des consommateurs et la recherche de leur intérêt qui
inspirent les prises de position des organisations consuméristes face aux OGM, et non des
considérations éthiques ou idéologiques. Elles n'ont donc pas d'opposition de principe à cette
technologie, contrairement aux organisations écologistes. Elles ont même fait plusieurs
propositions constructives, non pour piloter la recherche, mais pour que les travaux
expérimentaux puissent prendre en compte certains besoins exprimés par les consommateurs,
préfigurant peut-être une meilleure acceptation des OGM dits de deuxième génération (créer
des variétés de riz hypoallergéniques par génie génétique dans des pays où cette céréale
représente un apport nutritif essentiel et bon marché, modifier des sojas, des tournesols ou des
colzas pour leur composition en différents acides gras et obtenir des huiles de table meilleures
pour la santé, etc.).

2) Les OGM : Une nouveauté acceptable ?
« Une nouveauté peut être jugée acceptable si toutes les conditions d'évaluation
scientifique des risques, de suivi à long terme, de traçabilité, de retrait rapide des
produits en cas d'accidents, d'information des consommateurs pour leur libre choix,
sont prises, et si la modification génétique présente une valeur d'utilité réellement
perceptible par les consommateurs. » (7)
La biovigilance, la traçabilité, la veille sanitaire, l'étiquetage informatif et les
avantages tirés de la transgénèse sont donc indispensables à une éventuelle adhésion des
organisations consuméristes à un développement des OGM en France et dans le monde.
Mais pour l'opinion publique, les OGM, à cause de leurs risques éventuels (que nous
développerons plus précisément dans la partie IV), forment un réservoir de facteurs de
préoccupation et d’indignation.
Entre l’évaluation probabiliste de leurs risques par les experts scientifiques et leur
perception par le grand public, il existe de fortes disparités. S'y ajoutent souvent l'intervention
d'autres acteurs ayant des intérêts opposés, le lobbying de concurrents, la malveillance pour
des raisons idéologiques, etc.
Les enquêtes et études sociologiques conduites récemment à propos des OGM mettent
en évidence les « facteurs d'indignation » suivants : « C'est un risque subi et non choisi par
le consommateur sans bénéfice pour lui, subi pour le bénéfice financier d'acteurs
économiques, difficile à éviter car l'étiquetage est incomplet, nouveau, lié à l'activité
humaine, diffus et non compréhensible, dont les conséquences sont entachées
d'incertitudes. Enfin, ce sont des technologies développées par des grandes
multinationales ».(7)

(7) : dossier « OGM et société » de la revue Notre Alimentation, n° 23, décembre 1999.

8

3) Un marché turbulent.
En France, le fait que la réglementation soit récente concernant l'étiquetage des
OGM et ingrédients issus d' OGM dans les aliments (le problème de l’étiquetage sera
développé dans le chapitre suivant), ne permet pas de connaître le comportement d'achat des
consommateurs. Mais une étude sur la pertinence économique d'une filière " sans OGM ",
livre quelques enseignements intéressants (étude conduite par Egizio Valceschini et Bernard
Ruffieux) :
On a évalué le comportement d'achat d'un échantillon représentatif de la population
française (105 personnes). Le principe était d'organiser des enchères sur un même produit
avec une variante OGM et une non OGM, en révélant progressivement la nature OGM et en
étudiant l’impact de cette information sur les mises. Les résultats suivants ont été obtenus : 18
personnes n'ont pas aimé le produit testé et n'ont donc pas misé sur lui, 87 personnes l'ont
valorisé à l'aveugle. Sur ces 87 personnes, dès que la présence d'OGM dans le produit testé fut
signalée, 37 % ont décidé de se retirer de l'enchère, 34 % de baisser le prix, 15 % de ne pas le
changer, et 14 % de l'augmenter (8), ce qui correspond à la typologie comportementale
suivante : 37 % pour le boycott, 34 % pour la dévalorisation, 15 % pour la neutralité, et 14 %
pour la valorisation. Le fait remarquable de cette expérimentation est qu'une information
relative aux OGM réduit forcément la dimension globale du marché.
L'existence d'une mention "OGM" suscite des réactions de boycott sur tous les
produits du même type, parce qu'ils sont supposés pouvoir contenir des OGM, même s'ils n'en
font pas mention. Il est redouté qu'une mention "sans OGM", puisse également étriquer le
marché en laissant à penser que les produits du type considéré peuvent en contenir. On voit
nettement que les OGM, leur présence dans les rayons de supermarché, leur affichage ou leur
non affichage posent de véritables problèmes. C’est tous ces problèmes que nous allons
développer dans le chapitre qui suit.

B) Un vrai problème de société :

1) « Les OGM sont partout ! » : le problème de l’étiquetage. (9)
Pratiquement inconnu aux Etats-Unis il y a encore 7 ans le label « sans OGM » fait
désormais fureur dans le commerce alimentaire. Des centaines de produit s’en réclament,
profitant d’une demande toujours plus avide des consommateurs. Le marché des produits
« sans OGM » connaît un développement comparable à celui des produits biologiques avec
une croissance huit fois supérieure à celle des produits alimentaires traditionnels. Un sondage
mené en janvier 2001 par les Pew Charitable Trusts indiquait que 75% des sondés veulent
être informés de la présence éventuelle d’ingrédients génétiquement modifiés dans les
produits qu’ils achètent et que 58% d’entre eux sont opposés a la présence de ces ingrédients.
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(8) chiffres tirés de l’article « Avec ou sans OGM, comment y voir clair ? », Bertheau Y., Ruffieux B. (INRA),
Valceschini E. (ENSGI de Grenoble) , Le Monde, 23/05/2000.
(9) “The Wall Street Journal”» aril 2001
“L’Humanité” avril 2003

“http://www.infogm.org” octobre 2000

9

Cependant aucune agence gouvernementale ou groupement professionnel ne vérifient
l’exactitude des labels « sans OGM ». Les consommateurs consomment par conséquent
beaucoup plus d’OGM qu’ils ne le croient.
Menée au cours de l’année 2001 par un laboratoire indépendant à la demande du Wall
Street Journal, une étude menée sur 20 produits se réclamant du label « sans OGM » est
révélatrice. Onze produits recelaient de faibles quantités d’OGM et cinq autres en proportions
plus importantes. Or d’après joseph A. Levitt de la FDA, même si une quantité infime de
plante biomanipulée se rencontre dans un produit étiqueté « sans OGM », le fabricant se
trouve en infraction avec la loi et « devrait se trouver dans l’obligation de changer son
étiquetage ».
De quoi inquiéter plus d’un fabricant alimentaire s’appuyant sur la notoriété du dit
label…
Il ne serait néanmoins guère raisonnable de reporter en totalité la faute sur les
fabricants et distributeurs de produits alimentaires. Ces derniers ne disposent pas de moyens
de vérifier la présence d’OGM dans leurs produits. Leurs propres fournisseurs leurs
déconseillent même parfois d’apposer le label. « Parvenir à une quantité zéro de matériau
génétiquement modifié est très difficile » remarque ainsi Nigel Hill, vice président de la
société DuPont spécialisée dans la poudre de soja. Le problème, soulignent législateurs et
agriculteurs, est que certaines plantes génétiquement modifiées –conçues pour résister aux
maladies, insectes et produits chimiques– peuvent de reproduire librement avec des plante
naturelles, transmettant leurs caractères modifiés à la génération suivante.
Le cas de la firme Monsanto étaye de façon effrayante ces propos. Spécialisée dans le
commerce de graines de soja, cette firme a implanté dans ses graines un gène rendant la plante
invulnérable à un certain herbicide. Ce soja fut commercialisé il y a huit ans. Quatre ans plus
tard, c’est la moitié du soja circulant aux Etats-Unis qui contenait le gène Monsanto…
En Europe, même si le phénomène est moins avancé, les difficultés et tendances
restent les mêmes. Les agriculteurs, malgré des prises de mesures draconiennes, ne peuvent
assurer que leurs récoltes sont exclusivement « sans OGM ». Malgré l’obligation de noter sur
les produits l’éventuelle présence d’OGM, une incertitude comparable à celle des Etats-Unis
demeure. Pour preuve, un test effectué récemment par le gouvernement suédois a montré que,
sur cent produits ne portant pas la motion « avec OGM », dix en recelaient des quantités
supérieures à 1%, ce qui est contraire à la loi…
2) « La guerre des OGM » : histoire d’un moratoire. (10)
L’introduction des OGM sur le marché alimentaire est un phénomène récent qui
s’accompagne de peurs et de réticences.
Les Etats-Unis, pays pourtant précurseur dans le domaine, sont sujets à de virulentes
controverses entre l’industrie agroalimentaire et le secteur des biotechnologies. La pomme de
discorde est le projet de modifier génétiquement des cultures alimentaires afin de fabriquer
des médicaments et des substances chimiques. Au sein des laboratoires, on espère que ce
nouveau domaine, qui exploite la capacité des plantes à fabriquer des protéines importantes
dans sur le plan médical à un coût bien moindre que celui des usines de fermentation
engendrera plusieurs milliards de dollars de chiffre d’affaire d’ici à la fin de la décennie. Mais
les organisations professionnelles de l’agroalimentaire se préparent à faire pression sur les
autorités de contrôle américaines pour entraver ces ambitions.
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(10) “The Wall Street Journal” novembre 2002
“L’investigateur” mai 2003
“http://www.infogm.org” février 2000

10

La plupart de ces industriels de l’agroalimentaire ont soutenu l’entrée de la
biotechnologie dans l’agriculture, dans l’espoir d’obtenir des végétaux qui aient meilleur
goût, se conservent plus longtemps et ne provoquent plus de réactions allergiques chez les
consommateurs. Mais ils craignent une éventuelle contamination des cultures par les gènes
utilisés en biopharmacie par accident ou par action du vent sur le pollen, ce qui impliquerait
des retours coûteux des produits. « Nous voulons être sûrs que notre maïs est préservé. Nous
sommes inquiets » assure la porte parole de la firme céréalière Quaker Oats dans l’Iowa. Des
menaces de faire appel à l’opinion publique ont même été lancées…
Le ministre de l’agriculture américaine, qui procède à une révision de sa
réglementation, exige des chercheurs en biopharmacie qu’ils maintiennent leurs cultures
expérimentales à une certaine distance des champs de plantes similaires. Ils doivent également
faire en sorte que le cycle de reproduction de leurs champs ne coïncident pas avec celui de
leurs voisins. Mais il n’y a pas de restrictions sur les plantes utilisées ni de zones
géographiques réservées. Des gentleman’s agreement ont été élaborés, notamment grâce aux
concours de la biotechnologie Industrie Organization et de syndicats de fabricants de produits
alimentaires afin d’éviter l’utilisation de certains produits alimentaires tels le maïs ou le colza.
Ce type de culture devrait en outre être limité dans les grands Etats céréaliers.
Cependant rien n’est encore acquis. L’enjeu financier est de taille pour les agriculteurs
et les Etats prêts à de lancer dans l’aventure et les industriels de la biopharmacie veulent faire
valoir leurs droits. Par exemple l’Etat d’Iowa a déjà dépensé des millions de dollars pour
attirer les chercheurs et industriels concernés. Le patron de ProdiGene, grande firme en
biopharmacie sait qu’il « a fait des concessions », mais il se « battra si on (lui) en réclame
encore d’autres ».
Ces réticences ne sont pas localisées aux Etats-Unis seuls, loin s’en faut, au point
même d’inquiéter les autorités américaines. Ainsi, malgré la famine qui frappe la Zambie,
26 000 tonnes d’aide alimentaire des Etats-Unis furent refusées au motif qu’elles contenaient
du maïs transgénique nuisible à la santé. Les grains, soutient le ministre de l’Agriculture
risquaient de polluer le stock de grains de la Zambie et de lui faire perdre des marchés
d’exportation.
Pour les conseillers de l’administration Bush cette décision constitue la preuve
éclatante de la campagne contre les OGM menée par l’Europe. La Zambie n’est pas un cas
isolé. Nombre de pays qui représentent de grands débouchés pour les produits agricoles en
Asie, Amérique latine et au Moyen Orient ressentent, comme en Europe, la nécessité
d’interdire l’entrée des OGM chez eux. Quelles mesures prendre du côté américain ? Porter
plainte devant l’OMC contre le moratoire européen sur les nouveaux OGM produits par les
Américains et ainsi effrayer ceux qui voudraient imiter le vieux continent ? Ou bien plutôt
passer outre dans l’idée « qu’il n’y a pas besoin de nouveaux points de frictions
commerciaux » comme le déclarait le ministre américain aux affaires agricoles, Peter Kurz,
dans une déclaration à la BBC en février 2003 ?
Les Etats-Unis, l'Argentine, le Canada et l'Egypte sont finalement passés à l’acte en
mai 2003 en portant plainte contre le moratoire européen datant de 1999, qui entraîne pour les
exportateurs américains de maïs plus de 300 millions de dollars de manque à gagner, selon
eux.
Cependant même une éventuelle victoire devant l’OMC ne saurait réellement changer
la situation. Les pays européens ne sont pas prêts à accepter d’ouvrir leur marché aux
nouveaux OGM et l’image des produits alimentaires américains va être ternie auprès des
consommateurs de l’union européenne.
Par ailleurs, diverses politiques d’étiquetage sont soit en vigueur, soit à l’étude dans
des pays aussi différents que la Corée du Sud, le Japon, Israël, l’Egypte et le Mexique.

11

Parallèlement, la polémique sur l’autorisation ou non des semences transgéniques s’est
intensifiée en Afrique, en Inde et dans certaines parties de l’Amérique latine.

IV) LES RISQUES.
Les risques en matière d’OGM existent de l’avis de beaucoup. Cependant cette
opinion n’est pas partagée par tous. Dix ans de débats sur les OGM, et on n’est toujours pas
parvenu à faire la preuve de leur efficacité.
Mais alors que les pro-OGM seraient tentés de rejeter ce rapport comme biaisé, ils
seraient bien avisés de jeter un oeil sur le débat politique : parce que lui non plus n’a pas
progressé d’un poil. Alors que les politiciens britanniques d’abord, européens ensuite,
tergiversent sur la possibilité de lever le moratoire de six ans sur l’entrée de nouveaux OGM
dans leurs pays, les politiciens américains, eux, font mine de ne pas comprendre pourquoi
leurs collègues outre-atlantique hésitent autant.
D’un côté comme de l’autre, ni les défenseurs des OGM ni les promoteurs ne sont
donc parvenus à faire la preuve de ce qu’ils avancent.

A) Des risques potentiels multiples.
1) Faits avérés
En novembre 2000, Aventis a indiqué que des traces de la protéine Cry9C, dont
l’allerginicité potentielle est la cause de l’absence d’autorisation du maïs Starlink dans
l’alimentation humaine, avaient été trouvées dans une variété traditionnelle de maïs. Compte
tenu que cette seconde variété est produite par la société Garst Seed Cy, qui développe par
ailleurs les semences de maïs Starlink, l’hypothèse d’une hybridation a été évoquée par
certains scientifiques américains.
Les experts médicaux étaient plus mesurés dans leurs conclusions : selon eux, la
probabilité de réactions allergiques est faible mais non nulle. Leur prudence est sans doute
liée aux 44 cas d’allergie portés à la connaissance de la FDA depuis la mi-septembre 2000.
De leur côté, les organisations de consommateurs sont opposées à ce qu’une approbation,
même temporaire, soit accordée par l’EPA, estimant qu’elle dégagerait la responsabilité
d’Aventis et de l’industrie alimentaire et réglerait les problèmes des agriculteurs et des
organismes stockeurs aux dépens des consommateurs. L’affaire Starlink est révélée à
l’opinion publique internationale après un été de mise en lumière des premières
contaminations génétiques dans les maïs d’importation en Europe.

B) Des risques supposés sur l’environnement

Les OGM : des organismes particulièrement envahissants
Apparemment, il est impossible de mettre en place de véritables barrières
étanches entre des cultures « normales » et des cultures transgéniques, bien que les
sociétés de biotechnologies qui fabriquent les OGM garantissent une limitation de la
contamination de « bio invasions ». C’est en tout cas ce que révèle un rapport, intitulé
« gone to seed », de l’Union of concerned Scientists.

12

Selon les experts qui ont participé à l’élaboration de ce document, plus des
deux tiers des 36 types de cultures qui poussent sur le sol américain seraient
contaminés par des gènes provenant d’organismes transgéniques. Même si cette
propagation de gènes étrangers est faible, elle inquiète la communauté scientifique.
L’étude estime que si la législation américaine et les pratiques agricoles ne sont pas
plus restrictives, il sera désormais impossible de garantir une alimentation sans trace
d’OGM, ce qui pourrait compromettre à terme les exportations américaines vers
certains pays réticents comme le Japon ou l’Europe.
En l’absence actuelle de moyens d’empêcher la contamination, l’industrie
agroalimentaire et les sociétés de biotechnologies estiment qu’il faut dès à présent
mettre en place des normes internationales autorisant un seuil de contamination.

• Nocivité pour les insectes utiles :
Les maïs transgéniques, dits Bt*, se défendent contre les insectes nuisibles, la
pyrale* essentiellement.
Mais ils tuent aussi des insectes utiles comme les larves de chrysopes vertes.
Ces larves, prédatrices des chenilles dévoreuses de maïs, se retrouvent victimes de la
toxine présente à l'intérieur de l'estomac de ces chenilles. La toxine synthétisée par le
maïs transgénique est devenue encore plus nocive une fois ingérée par les chenilles.
Sans doute parce que sa structure chimique s'est altérée lors de la digestion. Pour
prouver d'autres effets "boules de neige" encore plus dévastateurs, il faudrait analyser
toute la chaîne alimentaire animale et végétale.

Nocivité chez les oiseaux :
Réalisée par le groupe « Hawk and Owl », une étude révèle que les cultures
transgéniques pourraient avoir de sérieux impacts sur les oiseaux présents sur les terres
cultivées. R. Clarke, P. Combridge et N. Middleton ont réuni et analysé des données
portant sur les conditions de survie lors de l’hiver de certains oiseaux. D’après leurs
observations, de nombreux oiseaux survivent en hiver grâce à un stockage de graines.
Or le développement des herbicides ainsi que les pratiques d’ensemencement de
céréales à l’automne plutôt qu’au printemps, provoquent une décroissance des
quantités de graines disponibles, provoquant de sérieuses menaces sur ces populations
d’oiseaux.

Toxicité des herbicides :

La prolifération des plantes transgéniques tolérantes à l'un ou l'autre des deux
herbicides totaux - Roundup et Liberty - entraînera une utilisation exponentielle de ces
produits. Présenté souvent comme écologique, le Roundup est la troisième cause de
maladie liée à la manipulation de pesticides chez les agriculteurs américains. Ces maladies
prennent la forme d'une mutation, à cause d'un composé qui induit la fixation anormale de
molécules sur l’ADN, sans doutes cancérogènes.

13

B) Des risques supposés en matière de santé publique

Risques sanitaires multiples :

Des rats nourris avec des pommes de terre ayant intégré un gène codant pour
une lectine, c'est-à-dire une protéine végétale insecticide, présentent un système
immunitaire défaillant et un mauvais développement de certains organes, par rapport à
d'autres rats nourris avec des pommes de terre dans lesquelles on a introduit
chimiquement cette même lectine. Les résultats sont déconcertants, la construction
génétique employée pour intégrer le gène à la plante ou la technique de transfert ellemême sont peut-être à désapprouver.

Effets allergisants chez l'homme :

Les aliments d’origine végétale comme animale sont une source importante
d’allergènes et de maladies allergiques. Il est donc nécessaire d’envisager le risque
potentiel d’allergénicité des aliments transgéniques. Les allergies imputables à la
consommation de soja ne cessent d'augmenter ; depuis quelques années, on assiste à une
arrivée massive du soja transgénique sur le marché. La capacité des OGM à déclencher
des allergies reste sans réponse. Aujourd’hui on ne dispose d’aucun moyen de savoir si
une protéine quelconque est allergénique.

Résistance aux antibiotiques :
Le transfert de gènes de la plante vers la bactérie est possible. Deux
chercheurs, Walter Wildi et John Poté (Institut Forel, Versoix - GE) ont démontré la
persistance de l’ADN dans le sol. “Une fois la plante transgénique fauchée, des restes
peuvent persister sur le sol. ». Ainsi, lorsque les plantes se dégradent, elles laissent
leur ADN dans le sol, où il peut être recapté par des bactéries. Ainsi, un gène de
résistance aux antibiotiques peut s'intégrer aux bactéries, les rendant résistantes à une
classe de médicaments (ex. Ampicilline utilisée pour combattre certaines maladies).
La question se pose donc de savoir si le gène de résistance aux antibiotiques pourrait
se répandre. (9). Les expériences en laboratoire ont montré qu’un gène peut être
transporté sur de longues distances en milieu saturé en eau. Les chercheurs, qui ont
procédé à l’extraction d’ADN à différentes profondeurs, se sont aperçus que l’ADN
des plantes cultivées à la surface pouvait se retrouver jusque dans les nappes
phréatiques et finir par couler dans les fontaines.
On peut ici répondre que ce risque n’est pas le plus probable ni le plus
dangereux dans la mesure où les nouvelles modifications génétiques n’intègrent plus
de tels gènes.
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(9)Le Monde du 01/09/03

*
Bt: toxine appelée ainsi parce qu'elle est sécrétée par une bactérie appelée Bacillus
thuringiensis, est connue depuis longtemps pour ses capacités à détruire un certain

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nombre d'insectes, et notamment la pyrale, qui fait des ravages dans les champ de
maïs.
Pyrale: papillon, aux vives couleurs, lépidoptère de la famille des pyralidés nuisibles
pour les végétaux.

D) Le monde scientifique européen divisé sur la question des risques
Le point de vue des Académiciens français de l’Académie des sciences et de
médecine : les OGM ne posent pas de problème quant à la santé publique. Il est ainsi écrit
dans le rapport des Académies de médecine et de pharmacie « Il n’existe aucun risque
particulier lié au mode d’obtention des OGM […] les risques éventuels des OGM pour la
santé sont contrôlables […] les avantages escomptés l’emportent sur les risques. (10)
Philippe Kourilsky : Professeur à l'Institut Pasteur et Directeur de recherches à l'Institut
national de la santé
« Je dirais, qu’en terme de risque pour la santé de l’homme, on peut quand même
constater avec 25 ans de recul maintenant, que le génie génétique sous quelque forme que ce
soit, n’a causé aucune mort, aucune maladie, pas le moindre rhume, et que ce dont on discute
est principalement des risques pour l’environnement et pas des risques pour la santé de
l’homme... Pour moi, les risques sont nuls. Certains avancent l’argument que dans le maïs
transgénique qui est cultivé en France, qui est distribué en France à l’heure actuelle, il reste un
gène de résistance à l’antibiotique et qu’il y a là un risque potentiel. Je pense que la vérité,
c’est que ce risque est extrêmement faible ou nul, que de toute façon les fabricants sont en
train d’éliminer le gène et que les futures générations n’auront pas ce gène et que la
probabilité que l’on dissémine la résistance à cet antibiotique, l’ampicilline, est à mon avis
extrêmement faible. Ceci étant puisqu’on peut faire encore mieux, faisons mieux, c’est
évident. Mais, ça ne pose pas de problème de santé publique qui mérite que le citoyen soit
affolé. »

Au contraire, la Royal Society britannique ainsi que la British Medical Association
montrent de sérieuses inquiétudes quant à l’ingestion d’aliments OGM et à la culture en plein
champ, évoquant le principe de précaution pour interdire les essais d’OGM en plein champ.
Cet optimisme des Académiciens français s’expliquerait selon certains par les liens
étroits existants entre les membres de l’Académie et certains grands industriels. Cette
confrontation entre enjeux commerciaux et scientifiques ne touche pas que l’Europe. (11).
D’après un article paru dans Nature (article qui sera désavoué par la revue suite à une
campagne virulente des industriels), deux chercheurs indépendants de l’Université de
Californie à Berkeley, David Quist et Ignacio Chapela ont affirmé que l’ADN génétiquement
modifié peut se fragmenter et se déplacer de manière imprévisible dans le génome. Cette
théorie qu’ils ont élaborée suite à des observations sur du maïs a été confortée par d’autres
chercheurs indépendants.

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(10)Le Monde du 01/02/03
(11)Le Monde du 01/04/03

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V) UN POINT SUR LA LEGISLATION.
LES ASPECTS JURIDIQUES DE LA PROTECTION DE LA BIODIVERSITÉ.
Entré depuis peu dans le langage courant, le terme de << biodiversité >> doit
désormais se faire une place dans le paysage juridique. Expression d'une rencontre entre les
intérêts environnementaux et économiques, la biodiversité impose à l'homme de loi un travail
particulier. Il ne s'agit plus aujourd'hui de prévoir des instruments destinés uniquement à la
protection de la nature mais de savoir prendre des mesures assurant le développement
économique, dans le respect des équilibres naturels. Le droit doit ainsi fournir les outils
nécessaires pour que la biodiversité soit un objet de conservation mais également un axe de
développement. Le rapport de Lyle Glowka a été publié par la Commission sur les
Ressources Génétiques pour l’Alimentation et l’Agriculture. (12)

A) Le moratoire de 1999
Un « moratoire européen » sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) ! Qui,
en 1998, lorsque se tenait la Conférence des citoyens posant des questions ordinaires à des
experts, aurait osé évoquer une telle proposition ? C'est pourtant bien de « moratoire » dont
ont parlé, le mercredi 23 juin 1999, les ministres français réunis par Lionel Jospin à Paris ; et
de « moratoire » dont ont aussi discuté les ministres européens de l'environnement, les jeudi et
vendredi suivant à Luxembourg. Au cours de cette semaine, la fronde anti-OGM a gagné
énormément de terrain.
L'idée a été officiellement lancée par le ministre grec de l'environnement, Theodoros
Koliopanos. Le 26 mai, il a écrit à ses collègues, leur proposant de suspendre toute nouvelle
autorisation de commercialiser des OGM, comme le maïs transgénique, jusqu'à ce que la
nouvelle directive européenne sur ces produits soit adoptée. Si le moratoire vient dramatiser la
discussion qui se prépare à Luxembourg, c'est en fait le texte de cette directive qui constitue le
principal enjeu du Conseil.
Un nouveau texte a été mis en chantier par la Commission, amendé au Parlement
européen, en février, sur le rapport du député anglais David Bowe, et retravaillé par la
présidence allemande de l'Union. L'esprit général en est de durcir les procédures d'autorisation
des produits OGM dont les entreprises agrochimiques demandent la culture. Il rend ainsi
obligatoire l'avis de comités scientifiques européens (et non plus seulement nationaux), limite
à douze ans la durée d'autorisation, prévoit la consultation des citoyens, prescrit l'étiquetage
des OGM.

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(12) Guide de la Convention sur la diversité biologique Glowka Lyle)

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B) Le protocole de Carthagène
Le Protocole de Carthagène, dont l’objectif est entre autres de réglementer le
commerce des nouveaux produits alimentaires, dont les OGM, et d’en évaluer l’impact sur la
biodiversité, a été ratifié par 86 pays, dont l’Union européenne, mais pas par les Etats-Unis.
Le débat n’est pas prêt de prendre fin : la dispute commerciale entre les Etats-Unis et l’Europe
s’élargit au fur et à mesure qu’arrivent dans le décor la Chine -déjà l’un des trois ou quatre
plus gros producteurs mondiaux d’OGM- le Brésil, l’Inde et d’autres. Le protocole de
Carthagène instaure une nouvelle procédure permettant aux Etats importateurs d'OVM
(organismes vivants modifiés) d'être pleinement informés des risques et d'éventuellement
interdire l'importation. Il organise également des mesures d'identification et de sécurisation de
ces organismes et fixe les responsabilités.
L'article 1er définit l'objectif du protocole, en conformité avec l'approche de
précaution. Il doit « assurer un degré adéquat de protection pour le transfert, la manipulation
et l'utilisation sans danger des organismes vivants modifiés résultant de la biotechnologie
moderne qui peuvent avoir des effets défavorables sur la conservation et l'utilisation durable
de la diversité biologique, compte tenu également des risques pour la santé humaine, en
mettant précisément l'action sur les mouvements transfrontières ».
De ce fait, les parties s'engagent à prendre toutes les mesures juridiques et
administratives nécessaires à l'application du protocole. Rien dans le protocole ne restreint le
droit des Etats de prendre des mesures plus rigoureuses, dans la mesure où elles sont
compatibles avec l'objectif et les dispositions du protocole (article 2). Le protocole ne
s'applique pas, en revanche, aux mouvements transfrontières d'OVM qui sont des produits
pharmaceutiques destinés à l'homme relevant d'autres accords ou organismes internationaux
(article 5). Dfcdf

C) La situation actuelle

L’Afssa (agence française de sécurité sanitaire) a émis récemment des réserves
sur l’apparition sur le marché européen des OGM après l’approbation de Bruxelles.
L’organisme consultatif « estime qu’en toute rigueur, afin d’éliminer la possibilité
d’effets inattendus, il conviendrait d’évaluer l’impact d’une consommation régulière
par une étude de toxicité/tolérance chez le rat ou une étude de tolérance/alimentarité
chez un animal d’élevage »

L’Europe opposée à la levée du moratoire de 1999
Le 29 octobre 2001, lors de la réunion des ministres européens de
l’environnement, plusieurs Etats-membres (notamment la France, le Danemark, la
Grèce, l’Italie, l’Autriche, le Luxembourg…) ont réaffirmé leur opposition à la levée
du moratoire de facto sur les nouvelles autorisations d’OGM, contrairement au souhait
de la Commission. Pour certains Etats-membres la condition de levée du moratoire
reste la mise en place de mesures précises sur la traçabilité et l’étiquetage, voire la
responsabilité. Cependant, l’Espagne, le Portugal, la Suède et les Pays-Bas souhaitent
sortir rapidement de ce que la Commission appelle “l’impasse du moratoire”. Pour la
Commissaire Wallström, “ceci est problématique [...]. Cette situation est illégale [au

17

regard de l’OMC]”. Actuellement, 11 variétés d’OGM ont été autorisées dans l’UE et
13 demandes sont en attente.

Accords sur une réglementation de l’exportation en Europe
27/02/2004 - Plus d’une centaine de pays se sont mis d’accord vendredi sur une
réglementation stricte des exportations d’organismes génétiquement modifiés (OGM)
lors d’une conférence internationale à Kuala Lumpur. Les signataires du protocole de
Carthagène ont adopté un système de régulation en matière d’identification des
produits OGM. Selon le PNUE (programme des Nations Unis pour l’environnement)
tout transport en gros d’OGM doit être étiqueté comme tel. L’étiquetage mentionnera
le nom de l’organisme, son code de modification génétique ainsi que les conditions de
manutention et de stockage. Les exportations d’OGM qui doivent être introduits
directement dans l’environnement, comme les poissons et les semences, doivent
mentionner qu’ils sont destinés à un usage en zone délimitée, fournir un contact en cas
d’urgence, identifier la nature de la catégorie de risque et comment l’OGM doit être
utilisé.

Les parlements européens réglementent les OGM
Les parlementaires européens se sont prononcés le 3 juillet 2002 pour
l’étiquetage et la traçabilité des organismes génétiquement modifiés à destination de
l’alimentation humaine et animale. Ce vote ouvre la voie à une législation qui donne
aux consommateurs et aux agriculteurs la possibilité d’éviter les OGM s’ils le veulent.

VI) LES ENTREPRISES ET LES OGM.
Depuis que l'homme cultive des plantes et élève des animaux, il les sélectionne et les
fait évoluer afin d'améliorer leur productivité. Cette évolution sous forme de sélection, de
croisement, de greffe a permis ainsi de créer de nouvelles variétés ou races qui n'existaient pas
spontanément et constituent des améliorations : meilleurs rendements, meilleure qualité,
meilleure résistance aux maladies, aux ravageurs, à la sécheresse. Ces évolutions ont été
souvent irréversibles, ce qui fait qu'aujourd'hui, il est très difficile de retrouver le blé ou la
vache d’origine.
A la suite des travaux de recherche fondamentale qui ont permis de mieux connaître
les bases moléculaires de la génétique, il a été possible de travailler plus précisément sur des
transferts de caractères en agissant directement sur les gènes.
C'est ce qui a amené à la création d'OGM dont les premiers sont apparus en laboratoire depuis
une vingtaine d’années pour les plantes.
Nous allons essayer, dans cette partie, de voir en quoi les OGM peuvent concerner une
entreprise, que ce soit en bien ou en mal.

18

A) L’Agroalimentaire
Nous ne parlerons pas ici de la qualité des produits fournis par les entreprises utilisant
les OGM, nous évoquerons simplement les avantages que peuvent présenter les OGM pour
ces entreprises.
Dans cette optique, il semble que ces derniers puissent présenter des intérêts
importants pour les entreprises de l’agroalimentaire :
- produits plus résistants à certaines maladies ou à certains insectes, ce qui permet
d'éviter ou de réduire l'apport de pesticides, et donc de limiter la consommation des produits
chimiques.
- être plus résistants à des milieux moins favorables et donc pouvoir se développer
dans des conditions de sécheresse ou de salinité plus forte par exemple.
- être tolérants à certains herbicides, ce qui permet donc des traitements plus simples et
une lutte plus efficace.
-on parle même parfois de légumes ou de fruits aux formes plus géométriques afin de
faciliter leur conditionnement.
Cependant il ne faut pas être hypocrite, tous ces avantages sont ce qu’ils sont car ils
ont des conséquences financières très importantes pour ceux qui les utilisent (même si l’on
peut penser que les OGM peuvent avoir des conséquences positives sur l’environnement).
C’est ainsi que de grands groupes agroalimentaires les ont adoptés comme par exemple le
géant Monsanto (deuxième semencier mondial, deuxième phytosemancier mondial, numéro
un en herbicides) qui ne jure aujourd’hui que par eux.
Si les OGM semblent donc présenter un intérêt majeur pour certains types
d’entreprises, il est évident que d’autres voient leur développement d’un très mauvais œil : je
pense bien sûr ici aux petits ou moyens exploitants agricoles du monde entier qui doivent
faire face à une concurrence accrue. Pire encore, ces derniers sont souvent dépendants de ces
derniers pour l’achat des semences : en effet les grands groupes comme Monsanto ou
Pionneer ont acquis à l’aide des OGM le quasi contrôle des semences de certains produits
comme le mais ou le soja.
Un autre problème pouvant se poser à certaines entreprises est relatif à la différence
de législation à laquelle sont soumis les OGM. En effet 2 entreprises opérant dans le même
secteur d’activités mais implantées dans 2 pays différents ne bénéficient pas des mêmes droits
concernant l’utilisation des OGM (cf. partie v).
En France par exemple, la prudence qui guide constamment l'action du gouvernement
a forcé de limiter à quelques dizaines d'hectares, principalement dans des champs d'essais, la
production d'OGM alors que ces cultures représentent plus de 20 millions d'hectares aux
Etats-Unis.
Or, conformément aux règles de l'organisation mondiale du commerce, toute entrave
au commerce est interdite sauf si elle est fondée sur des motifs valables, notamment de santé
publique. Aujourd'hui, nous ne disposons d'aucun élément scientifique permettant d'interdire
les importations d'OGM en Europe. Rappelons que c'est en raison de l'absence de preuves
scientifiques suffisantes que l'Europe a été condamnée par l'OMC pour son embargo sur les
viandes aux hormones américaines. (13)

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Face aux entreprises américaines ou d’autres pays utilisant les OGM, les entreprises
européennes sont donc très largement défavorisées et peuvent difficilement s’aligner.

B) L’industrie (14)
Si l’on vient de présenter les avantages que pouvaient présenter les OGM pour le
secteur agroalimentaire, les OGM pourraient aussi intéresser grandement le secteur industriel.
En effet la biomasse végétale constitue une matière première peu coûteuse, déjà
utilisée pour la production de lipides, d'amidon, de produits pharmaceutiques, de colorants, de
papiers… Les biotechnologies végétales ouvrent de nouvelles perspectives dans les secteurs
industriels en produisant des composés jusqu'alors inédits chez les plantes et en améliorant
certains processus industriels et la qualité des produits.
Le monde industriel doit également répondre aux préoccupations environnementales
actuelles, dont notamment, la lutte contre l'effet de serre et contre la pollution atmosphérique
et la nécessité de mieux gérer les déchets.
Ce défi exige de la part des entreprises la recherche de solutions inédites comme
l'intégration de nouvelles technologies. Par exemple, l'utilisation des biotechnologies et
notamment des OGM offre des possibilités intéressantes dans les polymères. Les deux
exemples suivants illustrent différents domaines où peuvent intervenir les OGM :
• La transformation des plantes pour les adapter à un usage industriel et limiter l'usage
de produits polluants (la fabrication facilitée de pâte à papier : des arbres à faible teneur en
lignine)
• La création de matériaux issus actuellement des ressources naturelles non
renouvelables comme le pétrole : la production de polymères par les plantes transgéniques est
encore au stade expérimental à cause de son faible rendement. Des recherches en cours
devraient permettre d'améliorer et d'augmenter cette production. Ce plastique naturel, dont la
production reposerait sur une ressource agricole renouvelable, sera totalement biodégradable.
La perspective de l’utilisation des OGM dans l’industrie semble donc très intéressante.
En effet, la seule idée de pouvoir créer des matières plastiques biodégradables permettrait de
faire une grande avancée dans la protection de l’environnement.

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(13) Site d’information du ministère de l’agriculture sur les OGM

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(14) www.ogm.org

D’autre part d’après une étude (15) évaluant 21 applications industrielles
pratiquées par un large éventail d'entreprises du secteur (pharmaceutique, chimie fine et
chimie lourde, agro-alimentaire, textile, pâte et papiers, énergie ...) à travers plusieurs pays du
monde, et comparant utilisation des biotechnologies et méthodes conventionnelles, ces
premières donneraient de biens meilleurs résultats à tous les points de vue :
• Economique : diminution des coûts d'investissements et des coûts d'exploitation
Environnemental : diminution de la consommation de ressources (énergie, eau ...) et une
diminution de la pollution ; perspectives intéressantes pour le futur (les OGM ouvrent la voie
à un meilleur niveau de durabilité industrielle et une amélioration de la qualité de vie en
généra).

VII) NOUS ET LES OGM.
Sommes-nous concernés par les OGM dans notre vie de tous les jours ? Evidemment
que oui.
L’Union Européenne a jugé bon de décréter un moratoire sur les OGM, considérant
que trop de risques planaient encore sur leur utilisation ou leur consommation. Dans ces
conditions, les consommateurs que nous sommes, « faisant confiance » à nos gouvernements,
souhaitons, pour la plupart d’entre nous consommer des produits naturels, exempts de toute
manipulation génétique. Or il apparaît que des traces d’OGM sont régulièrement trouvés dans
les produits que nous consommons tous les jours. Preuve en est avec cet article du journal
Libération daté du 12 Mars 2004 et ayant pour titre «Des universitaires britanniques ont
révélé la présence de soja transgénique dans certains produits labellisés «organiques» ou
«sans OGM » » : en effet, selon une étude publiée par le British Food Journal et menée par
des chercheurs de l’université galloise de Glamorgan, sur 25 produits testés, vendus à travers
le royaume sous le label «organique» ou «sans OGM», dix contiennent du soja transgénique.
Les chercheurs ont détecté des traces de soja transgénique, développé par le géant américain
de l'agroalimentaire Monsanto, dans de nombreux dérivés de cette plante légumineuse. Dans
des saucisses, des steaks et des hamburgers végétariens, le tofu, la farine de soja ou encore un
ersatz de parmesan. Ils ont refusé de révéler les marques des aliments concernés, mais ont
transmis le dossier à la Food Standards Agency l'équivalent de l'Agence française de sécurité
sanitaire des aliments (Afssa).
Ce type de découvertes est proprement scandaleux : chaque personne devrait être en
effet libre de pouvoir choisir ce qu’il consomme. C’est pour cela, comme le retrace l’article de
Libération daté du 11 Décembre 2002, que l’Union Européenne avait décidé de la mise en
place d’un étiquetage signalant la présence d’OGM si leur proportion dépassait 0,9 % par
ingrédient. Pour la Commission européenne, cet arsenal législatif devait assurer la liberté de
choix au consommateur européen : apparemment, cet étiquetage n’empêche pas les abus.

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(15) étude menée par les Drs. GRIFFITHS, GRAM, McINTYRE, WOLF et YABUSAKI en 2001

Pour éviter ce type de dérapages, des contrôles sont effectués. En 2002-2003, les
contrôles de la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence de la Consommation et de la
Répression des Fraudes) ont porté sur les semences d'hiver (colza) et de printemps (maïs, soja
et colza) auprès de semenciers, importateurs, conditionneurs et distributeurs. Même les
produits français sont concernés : en effet, des semences commercialisables ou des semences
de base multipliées en France sont importées des Etats-Unis et dans la mesure où dans ce
pays, les OGM sont très abondants, la présence fortuite d'OGM peut être enregistrée dans les
semences, même si c'est à des niveaux très faibles (0.01 à 1%).
Cependant les résultats de ces contrôles sont encourageants pour nous,
consommateurs : le taux de non-conformité est en nette régression, moins de 5 % contre 40 %
lors de la campagne 1999-2000.

Conclusion
Parmi les risques que sont susceptibles de présenter les OGM figurent des risques pour
la santé humaine (par toxicité ou allergénicité) et des risques pour l'environnement comme la
déstabilisation de certains écosystèmes.
Quant à l'intervention sur le génome humain, elle reste interdite. De nouveaux
programmes permettant de mieux appréhender les risques potentiels liés aux cultures GM
doivent être développés.
Tout comme pour les impacts sanitaires, ou l'allergénicité, les risques pour
l'environnement de chaque OGM particulier sont évalués au cas par cas, avant d'envisager la
décision de son utilisation dans l'environnement voire d'une commercialisation.
Aujourd’hui, les OGM offrent des perspectives intéressantes dans de nombreuses
applications, qui seront cependant exploitables à l’unique condition que tous les risques
évoqués succintement ci-dessus soient écartés.
Une chose est sûre, le débat sur les OGM n’a pas fini d’avoir lieu.

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