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Introduction à la versification française

Remarques préliminaires
Il est probable que pour toutes les langues la forme versifiée est la plus ancienne
qui survive, car c’est par la répétition de rythmes et de sonorités que l’on arrive à se
souvenir d’un texte intégral qui n’est pas écrit. La versification est donc d’abord un aidemémoire. Puisque c’est la répétition de structures rythmiques et sonores parallèles qui
aident la mémoire, il importe de penser au vers comme un phénomène double. Un vers
est un assemblage de mots qui reviennent (le mot vers vient du latin versus du verbe
vertere/ tourner). Ce retour n’est pas un retour du sens mais de la structure. Cela signifie
que la pensée contenue dans les mots peut bien se développer d’un vers à son double,
mais les deux vers auront le même nombre de syllabes (pour la plupart) et se termineront
par le même son (la rime).
Toute langue a un caractère unique en ce qui concerne le rythme et les sonorités.
Pour ceux qui abordent l’étude de la versification française à partir de l’anglais comme
langue maternelle, il importe de souligner quelques différences capitales:

Le français est une langue non accentuée tandis que l’anglais est
accentué.

Le français est vocalique tandis que l’anglais est une langue
consonantique.

Explorons ces différences. Chaque mot en anglais reçoit un accent tonique
quelque part. Cet accent est fort et se remarque toujours. Il peut se placer sur n’importe
quelle syllabe d’un mot, mais il est toujours quelque part. Souvent, cet accent est la seule
chose qui distingue les parties du discours (comparez par exemple les mots anglais
CONtent et conTENT). Le rythme d’un vers anglais est déterminé par le retour à des
intervalles réguliers de cet accent tonique.
Le français, en revanche, n’est pas accentué. C’est-à-dire que chaque syllabe d’un
mot français reçoit précisément la même intensité d’accent que toutes les autres. Il y a,
cependant, un accent qui existe en français, mais c’est un accent qui tombe à la fin d’un
groupe de mots selon leur enchaînement syntaxique et qui établit un rythme selon le sens
grammatical. Cet accent tombe toujours sur la dernière syllabe de ce groupe syntactique
et de manière générale c’est un accent de durée et non pas d’intensité. Prenons comme
exemple le mot restaurant. En anglais ce mot se prononce toujours REStrant sans
exception. En français, si le mot est seul, chaque syllabe reçoit la même intensité
d’accent: re-stau-rant, s’il arrive à la fin d’un groupe syntactique la dernière syllabe –
rant- reçoit un léger accent qui accroît la durée de cette syllabe (Je suis entré dans le
restauRANT.)

Les syllabes anglaises commencent et se terminent le plus souvent. . Ce qui suit est la description des détails les plus importants des règles classiques. et a fortiori qu’un français plus ancien. De sorte que du point de vue du rythme. Au 19ième siècle. Comme nous l’avons remarqué plus haut. Les règles de la versification subissent de même des changements à travers le temps.2 Ces différences ont pour effet qu’en anglais le rythme de base d’un vers se détermine par le nombre d’accents toniques tandis qu’en français le rythme de base est simplement le nombre de syllabes dans un vers. Le mot restaurant se divise en anglais: res – trant et en français re. c’est-à-dire que l’usage constitue les règles. La pratique à travers le temps a établi trois longueurs de vers typique. pendant la Renaissance et surtout au 17e siècle. Ces deux mots semblent n’avoir pas grand-chose à faire l’un avec l’autre. même moderne. Il est bien entendu possible d’écrire un vers de n’importe quelle longueur – deux. en anglais. Dans la modernité: est un vers ce que son auteur déclare l’être. règles que connaît tout poète. un vers de dix syllabes (décasyllabe) et un vers de douze syllabes (qui s'appelle un alexandrin d’après son premier emploi au moyen âge dans un texte qui s’appelle Le Livre d’Alexandre). les critiques érigent une série de règles et de proscriptions que les poètes sont censés suivre. (C’est pourquoi à l’oreille anglaise le français semble se parler beaucoup plus rapidement que l’anglais). Dans le français du moyen âge. onze. En français les sons les plus importants de n’importe quel mot sont les voyelles. trois. et les syllabes par conséquent sont beaucoup plus liées ensemble qu’elles ne le sont en anglais. les poètes s’émancipent progressivement des rigueurs tyranniques des proscriptions jusqu’à inventer la poésie en prose. même s’il ne les observe pas. le rythme d’un vers français se détermine tout simplement d'abord par le nombre de syllabes. la voix s’arrête après chaque syllabe tandis qu’en français la voix continue. Connaître les règles vous donne la possibilité de reconnaître les transgressions – et leurs effets – ce que fait tout grand poète. Sans vouloir trop simplifier une histoire nuancée et subtile.stau – rant où le nt final ne fait que nasaliser la voyelle a et ne se prononce pas. Il s’agit donc d’une simple évolution phonique différente – en anglais de wa à oi et en français de wa à oui. Plus tard. Une dernière remarque préliminaire: la différence entre une langue vivante et une langue morte est évidemment qu’une langue vivante évolue à travers le temps. Un exemple entre l’anglais et le français: en anglais moderne on a le mot oyster et en français moderne huître. le vers de huit syllabes (qui s’appelle un octosyllabe). après la Révolution française. Le Rythme La structure de base de tout vers est son rythme. à quelques exceptions près) par une consonne. disons qu’en général le vers français se développe d’abord de façon “naturelle”. L’orthographe et la grammaire ont aussi changé à travers les âges. Le français moderne ne se prononce pas de la même façon que le français du 19e siècle. cependant. tandis qu’en anglais ce sont les consonnes. le mot s’écrivait: oystre.

ce vers est le plus développé des vers français. l’alexandrin. une belle histoire: l’e de une compte.) La deuxième exception est à la fin d’un vers. Si un vers a comme dernier son le son d’un e muet on ne le compte pas. Une grande exception à ceci se trouve dans la poésie de Jean de La Fontaine. Ceci n’est qu’une convention profondément arbitraire. il y une grande variation de rythmes différents. En français courant. le reste du poème gardera le même rythme. Il est réservé aux sujets sérieux et importants. Voir la section La Rime. etc. le fabuliste du 17e siècle. D’habitude une fois le rythme du premier vers établi. En poésie les e muets se prononcent et se comptent comme des syllabes à deux exceptions près. Ces deux exceptions sont:  l’e muet  deux voyelles qui se suivent 1. par exemple.3 quinze syllabes. mais l’e de belle ne compte pas. l’e muet. En français courant (parlé) l’e muet est supprimé (élidé) à la fin des mots et là où son élision ne créerait pas trois consonnes de suite. – mais c’est très rare. Un e muet ne compte pas s’il précède un mot qui commence par une voyelle ou un h non-aspiré (exemple: un coup d’aile ivre. L’Alexandrin Parlons d’abord du vers de douze syllabes. l’e muet du mot aile ne compte pas car il est prononcé avec l’i du mot ivre.) Quelques exemples: Une atmosphère obscure enveloppe la ville (Baudelaire) En poésie ce vers a douze syllabes: U/n(e) at/ mo/sphè/r(e) ob/scu/r(e) en/ve/lop/ pe/ la/ vill(e) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Toute lune est atroce et tout soleil amer (Rimbaud) Tou/te/ lu/n(e) es/t a/tro// ce et/tout /so/lei/l a /mer 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 . car on peut très bien entendre l’e mais on ne le compte pas. La première difficulté vient du fait que le français de la poésie ne se prononce pas de la même façon que le français courant. Dans ses fables. (Cette convention vient d’une règle à propos de la rime qui exige qu’il y ait une alternance de rimes qui se terminent par un e muet et de rimes qui se terminent par d’autres sons. on prononce le mot samedi : samdi. Du point de vue des règles et de la codification. A deux exceptions près le compte des syllabes pour établir de quelle sorte de vers il s’agit est chose facile.

En cherchant où placer ces accents. mais non pas à l’infini. il était aussi important que chaque vers constitue une pensée complète précisément comme une phrase. des adjectifs. Deux voyelles de suite. ei. les règles classiques exigent qu’il ait un accent ou une pause majeure après la sixième syllabe. oi. Ce sont eux qui établissent les mesures d’un vers. Chaque vers alexandrin classique se divise donc en deux parties égales de 6 syllabes chacune. On ne devait pas avoir recours au vers suivant pour compléter la pensée. La grande majorité des accents vont tomber sur des noms. oua. 3-3.bruit ou deux syllabes: flu ide. pri er) io = deux syllabes à l’exception de la première personne du pluriel des verbes (aimions) oé. il importe de trouver les accents. Cette pause s’appelle la césure. Si l’on n’est pas certain de la prononciation de plusieurs voyelles ensemble il est difficile de savoir combien de syllabes il faut compter. 5-1. ou sont une syllabe Les groupes qui commencent par la lettre i sont divers: ia = deux syllabes (fi ancé. des conjonctions ou des pronoms. comme des prépositions. Chaque partie s’appelle un hémistiche (mot qui vient du grec et qui signifie la moitié d’un vers). des verbes. pri a etc) ie = une syllabe normalement sauf quand ie suit deux consonnes. Chaque hémistiche à son tour se divise en deux pour donner un vers à quatre accents (ou quatre mesures) qui s’appelle un tétramètre. . oué sont deux syllabes ui peut être ou l’un ou l’autre: monosyllabe: lui. 2-4. ru ine Scansion et rythme secondaire Une fois le nombre de syllabes établi. En poésie les accents tombent sur des groupes syntactiques plus courts qu’en prose. Quelques règles: Ai. En ce qui concerne l’alexandrin. 4-2. dont la deuxième est une liquide (cli ent. Les seules possibilités sont 1-5. Selon les règles classiques.4 2. La division à l’intérieur de l’hémistiche est variable. eu. et des adverbes. il est important de se rappeler que les accents sont les moments les plus importants d’un vers et donc ne devraient pas se gaspiller sur des mots qui sont de moindre importance.

D'épi jaunit en grain. Qui ne laissa de lui que ces marques antiques Que chacun va pillant: comme on voit le glaneur Cheminant pas à pas recueillir les reliques De ce qui va tombant après le moissonneur. et du blé/ jaunissant 3 3 3 3 Sur le champ/ dépouillé// mille ger/bes façonne : 3 3 3 3 . donc les e muets tombent dans la mesure qui suit.5 Faisons l’analyse rythmique d’un poème à titre d’exemple: Comme le champ semé en verdure foisonne. 3 3 3 3 D'épi/ jaunit en grain. Du tuyau se hérisse en épi florissant. 4 2 3 3 De verdu/re se haus//se en tuyau// verdissant. et du blé jaunissant Sur le champ dépouillé mille gerbes façonne : Ainsi de peu à peu crût l'empire romain. Les met d'ordre en javelle. Du Bellay Les divisions rythmiques sont les suivantes ( / marque l’accent secondaire et // marque la césure. 4 2 3 3 Les met d'or/dre en javelle//. que le chaud assaisonne : Et comme en la saison le rustique moissonne Les ondoyants cheveux du sillon blondissant.) Comme le champ/ semé// en verdu/re foisonne.// que le chaud/ assaisonne : 2 4 3 3 Et com/me en la saison// le rusti/que moissonne 2 4 3 3 Les ondoyants/ cheveux// du sillon/ blondissant. De verdure se hausse en tuyau verdissant. Notez que les mesures se marquent d’accent en accent. Tant qu'il fut dépouillé par la barbare main. 3 3 3 3 Du tuyau/ se héris//se en épi/ florissant.

Un tel vers s’appelle un enjambement et la partie du vers suivant où la pensée se complète s’appelle le rejet. des vers à trois mesures qui éliminent la césure. il juge. 4 2 2 4 Joachim Du Bellay Il serait également possible de diviser le premier vers ainsi : Com/me le champ semé// en verdu/re foisonne. Elle allait à grands pas. il pèse.6 Ainsi/ de peu à peu// crût l'empi/re romain. La question importante à se poser est: quels sont les mots les plus importants et pourquoi? Pour ce premier vers. 2 4 3 3 Tant qu'il fut/ dépouillé// par la barba/re main. De même. dont l’exigence d’une césure après la sixième syllabe constitue la plus rigide. les poètes commencent à se rebeller contre les règles les plus strictes. Exemples: Je vis cette faucheuse. . est-il plus important de mettre l’accent sur le son comme (pour insister sur la comparaison) ou sur champ. il aime La scansion de ce vers est 2/2/2//2/2/2. 1 5 3 3 Ceci implique que souvent il arrive que les accents secondaires dépendent de l’interprétation que l’on fait d’un texte. Des vers à cinq mesures (pentamètres) sont aussi possibles. Au dix-neuvième siècle. moissonnant et fauchant. C’est donc un vers à six mesures ou un hexamètre. Elle était dans son champ. il arrive qu’un poète dresse une liste d’attributs ou de caractéristiques: Il pense. il mène. Il peut exister des vers alexandrins qui ne sont pas des tétramètres. Parfois. ils refusent l’interdiction de compléter une pensée dans le vers suivant et créent des vers dont le sens est complété dans le vers suivant. 3 3 4 2 Qui ne laissa/ de lui// que ces mar/ques antiques 4 2 3 3 Que chacun/ va pillant:// comme on voit/ le glaneur 3 3 3 3 Cheminant/ pas à pas// recueillir/ les reliques 3 3 3 3 De ce qui va/ tomban//t après/ le moissonneur. Ils commencent à employer des trimètres. bien que ceux-ci soient la norme. un des termes de la comparaison ? Le rythme n’est donc pas simplement une chose mécanique. il règle.

Pour les vers octosyllabiques. et pour les vers octosyllabiques on peut en trouver avec une césure. Le verbe tomber tombe littéralement du vers au vers suivant. De plus. il n’y a pas autant de règles. Dans l’ombre où l’on dirait que tout tremble et recule. la rime est toujours de forme ABBA pour les quatrains. Au temps classique. L’avant-dernier vers de cette citation est un vers enjambé et le mot tombaient du dernier vers constitue le rejet. et la femme paysanne des deux premiers vers se transforme en allégorie de la mort. Encore une fois cet effet est entièrement voulu de la part de Victor Hugo. Tout change cependant dans le troisième vers qui est un trimètre: Noir squele/ tte laissant passer/ le crépuscule 3/5/4. et il y a trois rimes pour les tercets c. Les divisions 4/4. Le deuxième vers poursuit ces idées prosaïques. Il existe des poèmes à forme fixe. En ce qui concerne les autres sortes de vers.7 Noir squelette laissant passer le crépuscule. L’homme suivait des yeux les lueurs de la faux Et les triomphateurs sous les arcs triomphaux Tombaient. Le lecteur voit une simple scène banale et pastorale: une femme qui récolte son champ. il donne trop d’emphase à la césure en plaçant deux pensées au lieu d’une dans le vers et en ayant une phrase complète de chaque côté de la césure. 3/5 et 5/3 ne sont pas rares. elle changeait en désert Babylone. c’est-à-dire qui ont des conventions strictes. Selon le nombre de vers. Dans le premier vers. L’effet est volontairement prosaïque. Il arrive cependant que pour les vers décasyllabiques on trouve assez souvent des vers divisés 5/5 ou 6/4 aussi bien que 4/6. le sens du poème change complètement. une strophe a un nom différent: Deux vers: un distique Trois vers: un tercet Quatre vers: un quatrain Cinq vers: un cinquain Six vers: un sixain etc. Avec ce changement subit de rythme. ou la poésie épique) les vers se divisent en groupes qui s’appellent des strophes. Le rythme des deux vers est très simple: 2/4//3/3 et 3/3//3/3. on exigeait pour les décasyllabes une césure après la quatrième syllabe et pas d’accents secondaires. L’Organisation de groupes de vers: La Strophe Dans la poésie lyrique (par opposition à la poésie dramatique.d et . Le sonnet traditionnel français consiste toujours en deux quatrains et deux tercets. […] Victor Hugo Ici Victor Hugo joue à grand effet avec les règles. il n’y avait même pas cette exigence.

larmes/charmes.) Pour éviter la monotonie. Pour éviter la monotonie. reposes/roses. furie/patrie (r+i). toujours/jours (j+ou+r) Pour déterminer la qualité de la rime. dure/nature. vers le commencement du vers.dépourvue/venue. Ceci peut dire que le vers entier rime avec son partenaire. tout le vers constitue une rime: . romances/quittances (a nasal +c). Si un vers se termine par un son qui se répète on peut facilement identifier la fin du vers. nouveauté et beauté sont des substantifs féminins. donnent/sonnent sont des rimes féminines. nouveauté/beauté. Une rime dont le seul son analogue dans les deux vers est la voyelle finale (qui n’est pas un e muet) est une rime pauvre ou faible. Cette sorte de rime s’appelle aussi assonance. on commence à la fin du vers et l’on progresse vers la gauche. couvercle/cercle (e+r+c+l). longs/violons (l+o nasal). on a une rime. Exemples: rimes pauvres : aveux/yeux. défaut/chaud rimes suffisantes : repose/déclose (o+s).8 e mais disposées au gré de l’auteur. Une rime qui contient deux éléments – la voyelle et une consonne – s’appelle une rime suffisante. pleine/haleine (l+ei+n). A des époques où la virtuosité était à la mode. Est rime masculine toute rime dont la dernière voyelle n’est pas un e muet. choir/soir sont toutes des rimes masculines. fauchant/champ (ch+a nasal) rimes riches : la rose/l’arrose (l+a+r+o+s). mais leur rime est masculine. il fallait évidemment changer de temps à autre les sons. pleine/haleine. soleil/pareil. Une rime qui contient trois éléments – deux voyelles et une consonne ou deux consonnes et une voyelle est une rime riche. odeur. pleurs/fleurs (l+eu+r). repos/sanglots. voilà/creva. On continue jusqu’à ce que les sons ne soient plus les mêmes. est rime féminine toute rime dont la dernière voyelle est un e muet. La Rime La rime est le second élément utilisé comme aide-mémoire. cendre/répandre. (Notez que ce classement n’a rien à voir avec le genre des substantifs à la rime: ardeur. la règle classique exige que dans tout poème il y ait alternance de rime féminine et masculine. on faisait de tels vers. Dans cet exemple extraordinaire. Une codification de rimes s’érige donc en établissant d’abord deux sortes de rimes: la rime masculine et la rime féminine. Exemples: odeur/ardeur. S’il y a un son final qui est le même pour deux vers. Il y a aussi un classement de qualité d’une rime. L’ode se divise en dizains avec une rime obligatoire: ababccdeed.

il y a des poèmes où l’aspect visuel domine. d. À certaines époques. cc etc s’appelle une rime plate. riche m. riche m. Une rime aa. Les met d'ordre en javelle. Notons immédiatement dans le poème ci-dessus que du Bellay suit les règles.9 Dans ces meubles laqués. Danse. (Charles Cros) (In these morose lacquered furnishings. suff. Une rime abab s’appelle une rime croisée. que le chaud assaisonne : a b b a f. . riche s/o/n i/s/a nasal Et comme en la saison le rustique moissonne Les ondoyants cheveux du sillon blondissant. blue lackey. et du blé jaunissant Sur le champ dépouillé mille gerbes façonne : a b b a f. Du tuyau se hérisse en épi florissant. ris d’oser des mots roses. la rime n’est pas là seulement pour aider la mémoire mais contribue aussi à l’appréciation du sens du poème. Tant qu'il fut dépouillé par la barbare main. Il faut se rappeler que la grande majorité des poèmes sont principalement des objets auditifs – c’est-à-dire qu’ils sont faits pour être déclamés et entendus par l’assistance. bb. m/ai nasal Que chacun va pillant: comme on voit le glaneur Cheminant pas à pas recueillir les reliques De ce qui va tombant après le moissonneur. Analyse de la rime dans un poème La rime Comme le champ semé en verdure foisonne. riche n/eu/r rime embrassée s/o/n i/s/a nasal rime embrassée i/q rime croisée Chez les grands poètes. riche Ainsi de peu à peu crût l'empire romain. love. De verdure se hausse en tuyau verdissant. Qui ne laissa de lui que ces marques antiques c c d m. et tout poème imprimé a aussi une dimension visuelle. suff. Les Sonorités Les rimes ne sont pas les seuls sons dans un poème.et e disposés au gré de l’auteur. rime plate f. laugh from daring pink words) Evidemment il y a plusieurs possibilités pour faire alterner la rime masculine et féminine. aime. bleu laquais. Une rime abba s’appelle une rime embrassée. rideaux et dais moroses. D'épi jaunit en grain. mais n’oubliez jamais de lire un poème à haute voix pour expérimenter les sons qui font partie du texte. Ses rimes dans les quatrains sont des rimes embrassées et celles dans les tercets observent la règle qui exige trois rimes c. e d e m. curtains and canopies Dance.

Les onomatopées (du grec onomatopoeia: création de mots) sont censées produire le son de ce qu’elles signifient. (ex. Comment le comprendre? L’image centrale des quatrains est celle d’un champ de . v) qui sont beaucoup moins nombreuses dans les deux tercets. Du tuyau se hérisse en épi florissant. g. que le chaud assaisonne. D’épi jaunit en grain. Cheminant pas à pas. Les allitérations simples sont assez banales mais des combinaisons de sons proches peuvent avoir des effets intéressants. t) et de consonnes fricatives et spirantes (ch. et du blé jaunissant Sur le champ dépouillé mille gerbes façonne. Exemple: Comme le champ semé en verdure foisonne. f. Ainsi de peu à peu crût l’empire romain Tant qu’il fut dépouillé par la barbare main. Qui ne laissa de lui que ces marques antiques Que chacun va pillant. Joachim Du Bellay Notez que dans les deux quatrains de ce poème il y a une grande prépondérance de consonnes dentales (d. De verdure se hausse en tuyau verdissant. j. recueillir les reliques De ce qui va tombant après le moissonneur. Le nombre de ces consonnes dépasse de loin la fréquence normale en français courant. Et comme en la saison le rustique moissonne Les ondoyants cheveux du sillon blondissant Les met d’ordre en javelle. s. comme on voit le glaneur. C’est donc un effet recherché par le poète.10 Il existe des pratiques sonores bien connues dans la tradition. Les allitérations sont la répétition de la même consonne dans plusieurs mots. Boom!).

f a plate fém a suff (eu/r) . D’habitude la scansion du premier vers d’un poème établit la norme pour le reste du poème. suf (u/r) 12 2/4//3/3 Un loup/ survient à jeun// qui cherchait/ aventure c 10 4/6 Et que la faim/ en ces lieux attirait. Rome avait envahi les pays voisins et maintenant elle est envahie à son tour. h embrassée fém. (a/g) 12 3/3//2/4 Tu seras/chatié// de ta/ témérité.11 blé et ces consonnes reproduisent admirablement le son du vent dans un champ de blé mûr. Il est célèbre pour ses fables. 12 2/4// 4/2 Comment/ l'aurais-je fait// si je n'étais/ pas né? e pauvre (é) 10 4/6 Reprit l'Agneau. masc suf s/on 12 3/3//3/3 . Un des meilleurs versificateurs de toute l’histoire littéraire française était Jean de La Fontaine au 17e siècle. L’Analyse technique d’un poème à vers variables. Pourquoi le blé? Du Bellay (« du blé » ?!) nous donne ici une variation du thème biblique que l’on moissonne ce que l’on sème. surtout l’enseignement du petit–fils de Louis XIV. suf (e/l) 12 2/4//3/3 Et que/ par conséquent// en aucu/ ne façon i 8 Je ne puis troubler sa boisson. i emb. e plate masc. h 12 3/3//3/3 Et je sais/ que de moi// tu médis/ l'an passé. le Duc de Bourgogne. c emb.répond l’Agneau// que vo/tre Majesté e 8 Ne se mette pas en colère f plate fém suf (è/r) 8 Mais plutôt qu'elle considère f 8 Que je me va désaltérant g plate masc. Dans tout poème s’il y a des sons qui diffèrent de la norme il est toujours intéressant de tâcher de déterminer pourquoi et à quel effet. f plate fém. e plate masc. b 12 3/3//3/3 Qui te rend/ si hardi// de troubler/ mon breuvage? d 8 Dit cet animal plein de rage: d rime plate fém. Il existe cependant des poèmes où la longueur du vers n’est pas fixe. On pourrait aussi penser au son de la faux qui fauche le blé. suf (t/é) 12 1/5//2/4 Si/re. 8 Un agneau se désaltérait b embrassée masc suf ( r/ai) 8 Dans le courant d’une onde pure. suf r/an 4 Dans le courant g 8 Plus de vingt pas au-dessous d'Elle. fém.Tu la trou/bles reprit// cette bes/te cruelle./ je tête encor ma mère.Si ce n'est toi/ c'est donc ton frère. Une fable typique: Le Loup et l’agneau 12 3/3//3/3 La raison/du plus fort// est toujours/ la meilleure 8 Nous l’allons montrer tout à l’heure. textes versifiés dont le but était d’abord l’enseignement des enfants de famille noble. suf. suf (è/r) 8 4/4 .

vos bergers et vos chiens. A titre d'exemple. Il est tombé si bas qu'il ne peut même pas formuler un vers octosyllabique. Quoi encore? Si vous étudiez à fond le rythme et la rime vous trouverez des choses bien intéressantes.C'est donc quelqu'un des tiens: j croisée masc. Plus sa logique devient fautive ou fallacieuse. Le but d'un tel texte est double : divertir et instruire.Je n'en ai point. k croisée fém suf (en/g) Là-dessus/ au fond des forêts l croisée masc./ . Car vous ne m'épargnez guère. Bonne chasse. et la rime f en deux formulations. Un exemple à propos de la rime: notez qu'au moment où le poème pourrait commencer à sembler un peu long il y a le retour des mêmes rimes e et f. l Voilà une énorme diversité et de rythme et de rime. (è/r) Vous. . pauvre (ê) Le Loup l'emporte/ et puis le mange k Sans autre forme de procès. À vous maintenant la quête. notez que le loup débute par des alexandrins sentencieux et pompeux. plate et croisée./ il faut que je me venge. f croisée fém suf. moins il peut maintenir l'alexandrin.12 10 4/6 7 7 10 4/6 8 3/5 8 4/4 8 . Avec cette variété il est évident que La Fontaine évite la monotonie. j pauvre (ien) On me l'a dit. jusqu'au point le plus fallacieux où il parle en vers de sept syllabes.

Comme on voit/ sur la bran//che. Ce vase plein de lait. et cendres tu reposes. Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs. Languissante elle meurt feuille à feuille déclose. Embaumant les jardins et les arbres d’odeur. la rose En sa belle jeunesse. en sa première fleur. 3 3 4 2 2 . Ainsi en ta première et jeune nouveauté. Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur.13 Comme on voit sur la branche. La Parque t’a tuée. Quand l’aube de ses pleurs au point du jour l’arrose. battue ou de pluie ou d’excessive ardeur. en sa premiè/re fleur. au mois de mai. Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses. au mois de mai/ la rose 3 3 4 En sa be/lle jeuness//e. Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté. ce panier plein de fleurs. Mais. La grâce dans sa feuille et l’amour se repose.

4 2 3 3 Quand l’au/be de ses pleurs// au point du jour/ l’arrose. riche l/a/r/o/s/ . 2 4 3 3 Embaumant/ les jardins// et les ar/bres d’odeur. battu/e ou de plui//e ou d’excessi/ve ardeur. 2 4 3 3 Afin que vif/ et mort// ton corps/ ne soit que roses.* 4 2 2 4 Il serait également possible de diviser le dernier vers: Afin/ que vif et mort// ton corps/ ne soit que roses.14 Rendre le ciel/ jaloux// de sa vi/ve couleur. Comme on voit sur la branche. est-il plus important de mettre l’accent sur le son fin (la mort) ou sur le fait qu’à cause de ce poème la femme est transformée en une rose qui vit (vif) toujours? Le rythme donc n’est pas simplement une chose mécanique. 3 3 4 2 Languissan/te elle meurt// feuille à feui/lle déclose. et cen/dres tu reposes. 3 3 2 4 Ce va/se plein de lait. 2 4 2 4 Quand la te/rre et le ciel// honoraient/ ta beauté. la rose a fém. 2 4 4 2 La grâ/ce dans sa feui//lle et l’amour/ se repose. La question importante à se poser est la suivante : quels sont les mots les plus importants et pourquoi? Pour ce dernier vers. 2 4 2 4 3 Pour obsè/ques reçois// mes lar/mes et mes pleurs. 3 3 3 La Par/que t’a tué//e. 2 4 2 4 Ceci implique que souvent il arrive que les accents secondaires dépendent de l’interprétation que l’on fait d’un texte.// ce panier/ plein de fleurs. 3 3 3 3 Mais. 3 3 3 3 Ainsi/ en ta premiè//re et jeu/ne nouveauté. au mois de mai.

battue ou de pluie ou d’excessive ardeur. et cendres tu reposes. la rime n’est pas là seulement pour aider la mémoire mais contribue aussi à l’appréciation du sens du poème. c masc. Chez les grands poètes. Les rimes (l. Notons immédiatement dans le poème ci-dessus que Ronsard ne suit pas les règles. comme si rien n’avait changé. b masc. a fém suffisante o/s Embaumant les jardins et les arbres d’odeur. Le poème commence avec une rose et se termine avec une rose. riche eau/t/é c rime plate La Parque t’a tuée.d)eur. o/s. oses se place facilement dans la conjugaison du verbe oser. Les Ce vase plein de lait. Ses rimes dans les tercets ne suivent pas la règle qui exige trois rimes c. Il faut donc se poser immédiatement la question: pourquoi Ronsard a-t-il choisi de faire ce qu’il a fait? La métaphore principale du poème est la transformation de la femme en une rose. eauté. riche d/eu/r b Languissante elle meurt feuille à feuille déclose. Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses. riche l/eu/r b a abba est une rime embrassée La grâce dans sa feuille et l’amour se repose. Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur Quand l’aube de ses pleurs au point du jour l’arrose. en sa première fleur.d. a fém. Eur a précisément le même son que heur le mot en français pour la fortune ou le destin (bon*heur. il ne faut pas oublier que des sons ont parfois aussi des sens. En dépit de l'heur (du destin) qui a ôté son amour. suffisante o/s Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs. derniers 4 vers forment une rime embrassée de nouveau. Répéter la rime initiale à la fin forme un cercle (symbole d’éternité) qui brise la linéarité vie-mort. b masc. Suffi. mal*heur). De plus. et oses ont chacune des sens qui s’attachent facilement au thème du poème. . b masc. Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté. ce panier plein de fleurs. eauté la même prononciation que ôté. Ronsard ose le contrer et transformer son amour en rose éternelle.et e disposés au gré de l’auteur. La femme est éternellement rose. riche l/eu/r b a fém. a rime embrassée Ainsi en ta première et jeune nouveauté. Mais.15 En sa belle jeunesse.

Fournier. L’Espace du dedans). mais aussi le rôle de protectrice des arts et de la culture que du Bellay attribue à son pays. ou à une idée d’une nation organisée en Etat. l’allitération : La répétition de consonnes initiales ou médiales. à qui vient ton bras d’immoler mon amant ! Rome. surtout dans des mots qui se suivent de près. des armes et des lois ») illustre non seulement le rapport entre le poète et son pays. moi non. un texte. un personnage mythique. la caractérisation de la France en mère-brebis (et le poète en agneau perdu) dans le poème de du Bellay (« France.16 Les Figures de rhétorique l’allégorie : L’allégorie est une suite cohérente de métaphores qui. c’est l’enfer de l’homme de lettres » (J. enfin. mère des arts. etc. Exemples : « Ô. que je hais parce qu’elle t’honore ! (Corneille) l’antithèse : Procédé par lequel on présente une idée en l’écartant ou en la niant. j’aime mieux battre » (Henri Michaux. en vue de mettre en relief l’idée principale. et que ton cœur adore ! Rome. sous forme de description ou de récit. une personne. l’anaphore : L’anaphore est la répétition d’un mot au début de plusieurs phrases ou de plusieurs membres de phrase. Traité de style) . « Le Canada est le paradis de l’homme d’affaires. en s’interrompant. adresse la parole à quelqu’un ou à quelque chose. Par exemple. un film ou une pièce de théâtre. lac ! rochers muets ! … » (Lamartine) « Enfoncez-vous bien dans la tête que je veux pas des rieurs de mon côté » (Aragon. Le signe de l’apostrophe est soit le nom ou mot désignant la personne (parfois précédé par « ô »). sert à communiquer une vérité abstraite. Exemples : « D’autres préfèrent le monologue intérieur. Exemple : Rome. un événement historique. Mon encrier) l’apostrophe : Le poète. au moyen d’une autre qui y fait penser. l’unique objet de mon ressentiment ! Rome. La ‘chose’ en question peut être un lieu. une idée fixe commune à tous les membres d’un groupe social. soit l’emploi de la deuxième personne. Exemple : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Racine) l’allusion : On évoque une chose sans la dire explicitement. qui t’a vu naître.

« ronronner » (le bruit que font les chats contents). sont des exemples de mots qui sont des onomatopées. étant la répétition de la dernière voyelle accentuée [la rime]. l’oxymore : Ce trope consiste à associer deux termes opposés ou logiquement incompatibles. L’assonance est également la répétition de voyelles qui portent un accent à l’intérieur d’un même vers ou phrase. « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes » : ce vers représente également une onomatopée. Exemples : « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » (Corneille. sans comme ou une autre locution. l’image de l’infini. est immense comme la réflexion du philosophe. car l’allitération des « s » reprend le son que font les serpents qui sifflent. une comparaison implicite. remplace les allumettes elles-mêmes]. Le Cid) « Le soleil noir de la mélancolie » (Nerval) . Exemple : « Une brise embaumée que cette reine des nuits [la lune] menait de l’orient avec elle. « Chant premier »). l’onomatopée : Formation d’un mot dont le son est imitatif de la chose qu’il signifie. comme les méditations du poète » (Lautréamont. comme l’amour de la femme. Caligula) la comparaison : La comparaison est le procédé qui permet d’exprimer la ressemblance entre deux êtres ou deux objets. Elle est souvent introduite par une locution comme semblable à pareil à. « Avez-vous du feu ? » [« feu ». semblait la précéder dans les forêts comme sa fraîche haleine » (Chateaubriand). la métonymie : La métonymie est le procédé par lequel le contenu est désigné par le contenant ou la cause est exprimée par l’effet. comme. Exemples : « Nous avons fumé un paquet » [« paquet » qui désigne toutes les cigarettes dans le paquet. effet des allumettes. Exemple : « Ta grandeur morale. Exemples : Les mots comme « glou-glou » (le bruit du liquide qui descend la gorge. etc. comme la beauté divine de l’oiseau. Exemple : « tes mains pleines de fleurs et de meurtres » (Camus. « croâsser » (le bruit que font les grenouilles). la métaphore : La métaphore est le procédé par lequel on transporte la signification propre d’un mot à une autre signification qui ne lui convient qu’en vertu d’une comparaison sous-entendue . tel que ou ainsi que.17 l’assonance : L’assonance est la marque du vers.

Exemple : « Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien » [pain = nourriture] « Puisqu’une fois boutonné tout bleu [uniforme bleu] confondu dans le ciel je deviens invisible » (Apollinaire. est un emploi corrélatif de deux images symboliques appartenant à deux ordres sensibles distincts mais illustrant le même phénomène. Exemples : « Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants » (Baudelaire. etc. ou correspondance. Du côté de chez Swann) le symbole : Un geste ou un objet auquel la tradition culturelle attribue un sens particulier. « Les Correspondances ») « Tout en chantant sur le mode mineur … Et leur chanson se mêle au clair de lune » (Verlaine.18 la personnification : La personnification est le procédé qui permet de donner à un être inanimé. par exemple : le saut militaire. la synecdoque : La synecdoque est le procédé par lequel un objet est désigné par une de ses parties. la symbolique des nombres. l’échange des anneaux lors du mariage. des traits d’un personnage réel. « Clair de lune ») . « Poème à Madeleine ») la synesthésie : La synesthésie. ou la partie pour le tout. Exemple : « L’habitude venait me prendre dans ses bras et me portait jusque dans mon lit comme un petit enfant » (Proust. indépendamment de la signification qui lui est généralement attribuée par la société. le ‘signe de la croix’. Un symbole peut également être un objet (ou le mot qui le représente) qu’un poète investit d’un sens particulier. ou à une abstraction. le langage des fleurs.