You are on page 1of 42

Docteur J.P.

Diverrez

ž  Notre

étude se limitera à l’appareil musculosquelettique : les applications touchent la chirurgie
(biomatériaux), l’appareillage, la pratique sportive,
l’ergonomie et la rééducation.

ž  L’analyse

mathématique fournit une approche
éloignée de la réalité qui ne remplace pas
l’observation clinique.

ž  Chaque

région corporelle doit être intégrée dans le
complexe d’un membre ou du tronc, puis dans celui
du comportement global de l’individu.

ž  Il

n’y a pas de solide indéformable : tout corps est
déformable de façon aussi minime que ce soit.

FORCE (mesurée en newton)
ž 

Toute cause capable de déplacer
un corps ou de provoquer sa
déformation.
•  Représentée par un vecteur

caractérisé par :
–  Son point d’application
–  Sa ligne d’action
–  Sa direction
–  Son intensité

ž  Forces

externes :

•  Force de gravité ou

pesanteur

•  Poussée d’Archimède
•  Apesanteur
•  Force d’inertie
•  Force centrifuge

ž  Forces

internes :

•  Forces actives

produites par les
muscles :

–  Directement sur les os
–  Indirectement
(contractions cardiaques
sur le sang)

•  Forces passives liées à

la mise en tension des
structures passives :

–  Frottements
–  Plaquages aponévrotiques
–  Rétractions

ž  Orientation

force

d’une

•  Une force est d’autant plus

efficace qu’elle agit dans le
sens de l’action désirée.

•  Sinon son efficacité se

réduit à celle de la
projection orthogonale sur
l’axe mécanique considéré

•  Fe = F x cos α

ž  Bras

de levier

•  Le bras de levier d’une force

F est la distance d entre sa
ligne d’action et le pivot P
autour duquel la force tend à
agir.

•  Il est représenté par la

perpendiculaire abaissée sur
la ligne d’action de cette force
à partir du point pivot
considéré.

P

ž  Moment

de force

•  On appelle moment d’une force

F par rapport à un point O, le
produit de l’intensité de la force
F par le bras de levier d
séparant le point O de la droite
porteuse de F.
•  La force nécessaire pour vaincre

une résistance est d’autant plus
faible que le bras de levier est
important. Ce rapport s ’écrit :
MF = F x D et s’exprime en N.m.

ž  Lorsqu’on

veut tourner
une roue, on la saisit le
plus loin possible de
son centre.

ž  Les

muscles meuvent
les os par
l’intermédiaire de
« processus » tels que le
grand trochanter
fémoral

ž  Forces

parallèles

•  Lorsque deux forces F1 et F2

sont parallèles, l’intensité
de leur résultante R est
égale à la somme
algébrique de ces deux
forces, avec comme
corollaire que R a le sens de
la plus grande de ces
forces.

•  Le point d’application de R

est celui qui sépare les
deux vecteurs de façon
inversement
proportionnelle à leur

B
A
C

ž  Forces

parallèles de sens
contraire :
•  Agissant en glissement :

provoquent un cisaillement.

•  Agissant en rotation autour

d’un axe : provoquent un
couple.
•  On appelle « moment d’un
couple » le produit de la
distance d séparant les deux
droites porteuses des forces
de ce couple par leur
intensité F.

ž  Les

mouvements des articulations sont de type
angulaire (rotation autour d’un axe).
ž  Selon que les deux segments osseux d’une
articulation sont en position rapprochée,
intermédiaire ou écartée, on parle de course
interne, intermédiaire ou externe.

ž  Le

muscle est une structure pouvant être étirée ou
raccourcie, sa variation de course est linéaire.
ž  On décrit également une course interne moyenne et
externe.
ž  La course moyenne est la plus favorable :
•  maximum d’ancrage entre l’actine et la myosine du

sarcomère
•  angle d’attaque du tendon sur l’os le plus proche de 90 °

ž 

ž 

ž 

La déformation résulte de l’action
d’une force sur une poutre.
Lorsqu’il n’y a pas de déplacement,
il y a modification de la forme sous
l’effet de la force agissante.
La déformation est le rapport entre
la dimension initiale de la poutre et
la longueur obtenue sous l’effet de
la contrainte ce qui, dans le cas
d’une traction, définit un
pourcentage d’allongement, soit la
formule :
% = ∆ l x 100
l

ž  Un

matériau est isotrope lorsqu’il
est homogène et que la réponse
donnée à une même sollicitation
est identique, quelle que soit la
direction de la sollicitation.
ž  Un bloc de métal réagit de la
même façon à une pression
verticale, oblique ou
transversale.
ž  L’os n’est pas homogène et
réagit bien surtout aux pressions
exercées dans le sens de ses
travées osseuses.

ž 

La loi de Hooke définit le rapport entre
contrainte et déformation ; cela se traduit
par une courbe présentant trois parties :
•  Une partie initiale, courte, visco-élastique

qui exprime la mise en contrainte progressive
du matériau.

•  Une partie moyenne, plus longue et linéaire

dite élastique, qui traduit la phase de
proportionnalité de la déformation, qui est
réputée réversible.

•  Une 3ème partie qui s’incurve vers le bas,

appelée plastique, qui traduit une
déformation irréversible.

ž 

La courbe a une pente plus ou moins
ascendante selon que le matériau est plus
ou moins souple ou rigide. Elle se termine
par la rupture du matériau.

ž 

Module d’élasticité longitudinale. (kg/mm²)
•  Il est propre à un matériau donné et caractérise sa capacité d’allongement suite

à un essai de traction sur une barre cylindrique.

•  Ce module est d’autant plus élevé que le corps est plus rigide : il est 10 fois plus

élevé pour l’acier que pour l’os.

ž  Hystérésis

: décalage
entre la courbe de mise
en contrainte et la
courbe de retour après
cessation de la
contrainte.

ž  Rémanence

: quantité
de déformation
résiduelle après
cessation d’une
contrainte ; le nouvel état
d’équilibre est différent

ž 

ž 

ž 

Une poutre composite est une
association de deux matériaux
différents, unis solidairement et
qui partagent les contraintes
auxquelles ils sont soumis en
fonction de leur module
d’élasticité et de leur moment
d’inertie.
Lorsque deux éléments sont
solidaires, la résistance est
élevée au carré et non
simplement doublée.
Quand un matériau comme l’os,
spécialisé dans la compression,
est associé à un autre comme le
muscle, spécialisé dans la
traction, leur capacité de réponse
se combine

Combinaison d’une poutre
composite (os-muscle) et
d’un groupe musculaire
antagoniste, ce qui réalise
un « effet d’étau ».
ž  Elles « manchonnent » le
segment osseux de toute
part, accroissant ainsi le
diamètre général et la
rigidité de l’ensemble.
ž  En cas de fracture, elles
assurent l’impaction des
fragments, favorable à la
cicatrisation.
ž 

ž  Le

terme de « ferme » est
un terme d’architecture
concernant l’assemblage
de trois éléments de
charpente destinés à
soutenir un toit.

ž  On

observe en particulier
un « entrait » (transversal),
empêchant l’écartement
de leur base.

ž  L’aponévrose

plantaire est
un « entrait » amortisseur.

Sous l’effet de contraintes, une poutre se déforme et peut se
rompre : c’est pourquoi on prévoit une précontrainte initiale en
sens inverse

LE POIDS D’UN INDIVIDU FAIT FLÉCHIR UNE
PASSERELLE.
SI ELLE EST PRÉCONTRAINTE EN FLEXION,
CELA NEUTRALISE LA CONTRAINTE DU POIDS

LA FORME EN DIABOLO DES VERTÈBRES
LEUR PERMET DE LUTTER CONTRE
L’AFFAISSEMENT.

ž 

ž 

La fatigue est la diminution
de résistance d’un
matériau du fait de la
répétition de contraintes,
inférieures à la valeur de
rupture, mais qui, ajoutées
les unes aux autres,
provoquent des microruptures.
La résistance à la fatigue
est à peu près deux fois
moins grande que celle de
la résistance à la rupture.

ž  Il

est inhomogène.

ž  Il

présente une structure
trabéculaire :
•  Travées d’os cortical dans l’axe des

lignes de force correspondant à la
transmission des contraintes.

•  Entre ces gerbes de travées

apparaissent des zones de
faiblesses, zones de prédilection
des fractures

•  La pose d’une ostéosynthèse après

fracture modifie les travées, ce qui
induit une période de fragilité après
ablation du matériel.

ž 

ž 

Son module de Young
est de l’ordre de 1800
kg/mm² : cette valeur
moyenne associe l’os
spongieux, tendre, et
l’os cortical qui est
environ 20 fois plus
raide.
Sa dureté est faible : la
dureté de l’os cortical
est pareil à celui de
l’ongle et 10 inférieur à
celui de l’acier

ž 

ž 

ž 

ž 

L’organisation anatomique de l’os spongieux
et de l’os cortical sont sous la dépendance
des contraintes mécaniques avec pour
objectif essentiel celui de l’économie de
poids et du rendement mécanique
maximum.
La structure anatomique en nid d’abeille du
tissu spongieux correspond à l’impératif
d’économie de matière et de diminution du
poids.
La résistance mécanique est obtenue par
l’organisation très spécifique des travées
dans les 3 plans de l’espace.
La résultante globale des contraintes
mécaniques aboutit à une organisation en
structure hélicoïdale longitudinale qui
ressemble à un pas de vis constituant un
véritable ressort.

ž  L’os

est anisotrope : il ne
présente pas les mêmes
caractéristiques mécaniques
selon les différents directions
considérées.
•  La plus grande résistance

correspond à la sollicitation dans le
sens axial.

•  Le module de Young diminue de

moitié dans le sens transversal.

•  Une éprouvette oblique présente

une résistance intermédiaire.

ž 

ž 

L’os n’a pas d’hystérésis ni de
rémanence, il a une relaxation
parfaite : sa faible déformation
est intégralement récupérée
lors de la cessation de la
contrainte.
Il est peu fatigable : il supporte
les contraintes répétées de
façon satisfaisante sans
modification de sa résistance. Il
existe cependant une limite audelà de laquelle peuvent se
produire des fractures de
fatigue.

ž 

Il a une bonne résistance à la
rupture qui dépend :

de la section de l’os,
de l’épaisseur de la corticale,
de l’architecture interne (travées),
de sa configuration externe
(courbures),
•  de sa teneur en sels minéraux.
• 
• 
• 
• 

ž 

Il ne présente pas de fluage
(déformation progressive pour
une charge constante se
poursuivant lentement en fonction
du temps), il est donc à l’abri des
contraintes de longue durée.

ž 

ž 

ž 

L’architecture osseuse doit être
telle que le maximum de
résistance aux efforts soit offert
par un minimum de tissus osseux.
Cela veut dire que les travées
osseuses doivent s’orienter selon
la direction de la résultante des
contraintes s’exerçant en chaque
point d’un os donné.
On trouve cette conformation dans
l’armature métallique des avions
où seules les lignes de force font
l’objet d’un arceau, le reste étant
ajouré afin d’alléger l’ensemble.

En cas de réparation osseuse (cal
cicatriciel), un minimum de contrainte
est utile pour favoriser l’organisation
de ces travées, garantes de la
résistance ultérieure.
ž  Une ostéosynthèse trop puissante
(plaque vissée) favorise la résistance
immédiate, mais retarde la résistance
future de l’os.
ž 

ž 

A l’inverse une ostéosynthèse moins
stable assure une résistance
immédiate relative, mais favorise une
résistance osseuse future plus rapide.

ž 

ž 

ž 

L’immobilisation se traduit par une
absence de mouvement qui induit une
déminéralisation osseuse.
Elle est donc un ennemi de la
consolidation post-fracturaire et amène à
choisir des temps d’immobilisation aussi
courts que possible.
L’immobilisation est pourtant
indispensable pour éviter les
déplacements secondaires, d’où l’intérêt
des ostéosynthèses permettant
mobilisation et remise en charge précoce.

ž 

ž 

ž 

Enlow considère que l’ostéogenèse est induite par les forces
de compression et l’ostéolyse par les contraintes en
extension.
Cette adaptation de l’os aux contraintes mécaniques est
possible grâce à ses propriétés mécaniques élastiques et
visco-élastiques.
Les constituants osseux se disposent en fonction des forces
qui augmentent ou diminuent : la masse osseuse est le reflet
des forces subies par l’os :
•  3 heures par jour de station debout entraîne une diminution de la

calciurie.
•  Un séjour en apesenteur, une immobilisation plâtrée ou une
ostéosynthèse rigide provoquent une diminution de la masse osseuse en
regard.
•  Le retour à l’état antérieur restaure la masse osseuse.
•  L’augmentation de l’activité physique entraîne un accroissement de la
masse osseuse.

ž 

ž 

ž 

ž 

Après excision de l’ulna d’un porc, Goodschip a
observé une augmentation de diamètre du
radius restant.
Après un certain temps, le diamètre du radius a
atteint celui des deux os du côté opposé et les
contraintes de surface enregistrées sur le
radius restant sont identiques à celles du côté
sain.
Lanyon a soumis l’ulna d’un chiot à des tractions
alternées par l’intermédiaire d’un ressort : au
bout de 8 semaines il a observé une
augmentation de 25 % de la surface de section.
Les déformations dynamiques ont plus d’effet
sur le remodelage que les déformations
statiques. Le remodelage osseux est sensible à
des contraintes alternées.

ž 

ž 

ž 

ž 

La cicatrisation d’un tissu est un
processus biologique génétiquement
programmé.
La consolidation osseuse est une forme
de cicatrisation qui demande au moins
2 ans, pouvant aller jusqu’à 5 ans.
L’os s’adapte en permanence aux
contraintes auxquelles il est soumis en
modifiant sa forme, sa longueur, son
épaisseur et sa densité.
Cette adaptation est sous la
dépendance du remodelage osseux
dont la régulation obéit à de nombreux
mécanismes complexes qui ne sont
actuellement pas tous connus

ž  La

restitution « ad integrum » des
qualités biomécaniques de l’os
est un des principaux objectifs du
traitement des fractures.

ž  Le

tissu de granulation initial
présente une élongation
importante alors que sa solidité et
sa rigidité en flexion sont faibles.

ž  Au

fur et à mesure que le cal se
modifie, la rigidité augmente
alors que l’élongation diminue
favorisant une solidité croissante.

La résistance du cal
osseux au cours de son
évolution a été étudiée
par Christel qui a montré
qu’aux alentours de la
6/7ème, semaine
apparaissait une brutale
augmentation de la
résistance du cal.
ž  Il distingue ainsi une
phase ductile et une
phase rigide avant et
après ce brutal
changement.
ž 

ž 

ž 

ž 

Les micro-mobilés s’exerçant au
niveau du foyer de fracture ont aussi
leur importance.
Les cellules mésenchymateuses se
transforment en fibroblastes si la
contrainte subie par le foyer de
fracture est en compression et en
chondroblastes s’il s’agit d’une
traction.
Les sollicitations axiales en
compression et en traction sont
bénéfiques contrairement aux
sollicitations en torsion qui, elles,
déforment et déchirent le cal et
retardent la consolidation osseuse.

ž 

ž 

Le muscle est extensible de
façon variable en fonction de sa
teneur en fibres collagènes : les
muscles riches en fibres
collagènes sont moins
extensibles (demi-tendineux).
Le muscle est élastique : il
reprend sa longueur après
étirement. La courbe tensionlongueur exprime ces deux
caractères.
•  La force de contraction est

maximum en course moyenne et
décroît au deux extrémités ;
•  La tension passive croît
régulièrement au fur et à mesure
de l’étirement passif

ž  Visco-élasticité

: léger retard à l’étirement dû aux
fibres conjonctives et à la circulation intramusculaire.

ž  Absence

de fluage pour sa partie contractile.

ž  La

contraction musculaire produit une force agissant
sur les segments osseux d’insertion variable en
fonction :
De l’angle articulaire ;
De l’angle du tendon sur son insertion ;
De l’angle d’attaque des fibres musculaires sur le tendon ;
De la vitesse du mouvement : lorsque la vitesse de
raccourcissement augmente, la force exercée par le muscle
décroît ;
•  De la puissance développée (volume du muscle).
• 
• 
• 
• 

ž 

ž 

ž 

ž 

Le tendon est inextensible : au-delà
de 3 % d’allongement, il subit une
déformation plastique et se rompt
au-delà de 9 %.
Le collagène tendineux confère au
tendon une forte résistance : 400 à
1800 fois supérieure à la force que
peut développer la partie
contractile.
Module de Young : 2000 à 4000 kg/
mm².
Visco-élasticité : particularité du
tendon qui lui permet d’absorber
les oscillations en cas d’allongement
et de raccourcissement (par
échange d’eau à l’intérieur du
tendon).

ž 

ž 

ž 

ž 

Même si on tente la comparaison,
la mécanique du « bio » est
différente de celle des machines.
Le comportement d’un matériau
fait appel à des qualités
physiques.
Le comportement de l’homme y
ajoute deux notions
fondamentales : celle de créer et
de contrôler ses actes.
La mécanique ne connaît que la
dégradation alors que l’être
humain se répare et se prolonge