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Jacques Lacan
UNIVERSITÉ PARIS DIOEROT-PARIS7'
BIBLIOTHÈQUE CENTRALE
par

Gi l b e r t D i a t k i n e

PRESSES

U N I V E R S I T A I R E S

DE

F RA NCE

PSYCHANALYSTES D’AU JOURD’ HUI

Note de l’éditeur

Collection dirigée par
Paul Denis

Les volumes de la collection « Psychanalystes d’aujour­
d’h u i» comportent toujours un « Choix de textes» de l’auteur
présenté de telle sorte que le lecteur ait la possibilité de
confronter le commentaire et la critique de son œuvre avec des
extraits de celle-ci. Il nous paraît essentiel que chacun de ces
ouvrages permette non seulement une introduction aux tra­
vaux d’un psychanalyste mais soit aussi pour le lecteur
l’occasion d’un contact direct avec son écriture, son style, sa
pensée. Le volume Jacques Lacan fait exception à cet usage...

ISBN

2 13 048574 x

Dépôt légal — 1"" édition : 1997, décembre
© Presses Universitaires de France, 1997
108, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris

DU MÊME AUTEUR

Les transformations de la psychopathie, « Le Fil rouge
De l’observation de l’enfant à la thérapeutique, ESF.

Sommaire

7
11

Chronologie
La révolution lacanienne
L ’homme de culture, 11
Styles, 12
La critique de l’establishment, 12
La formation psychanalytique de Jacques Lacan, 14
La scission, 16
L’ Ecole freudienne de Paris, 17
Lire Lacan malgré son obscurité, 17

20 L ’imaginaire
25 Le symbolique
31 Le réel
36 La psychose
41 Les pulsions et le désir
52

Métapsychologie
De la topique à la topologie, 54
Le point de vue économique, 56
Le point de vue dynamique, 57
Le point de vue génétique, 59

62

Technique

75

Les fin s de la cure

88

Éthique

Se.4.. Août 1938 : X V e Congrès international de psychanalyse à Paris. fait étape douze heures à Paris. Scilicet 1.6 / 93 Gilbert Diatkine La formation Chronologie La critique de Lacan. Séminaire I I . 1966. Télévision. Interne à l’hôpital Henri-Rousselle pendant deux ans.. 1993) pour la biographie. Mai 1934 : Nommé médecin des hôpitaux psychiatriques. 97 102 Épistémologie 113 Les héritages de Lacan 123 Bibliographie raisonnée ABRÉVIATIONS Les références aux ouvrages de Jacques Lacan sont indiquées dans le texte par l’ abréviation de leur titre suivi du numéro de la page citée dans l’ édition de référence. Novembre 1934 : Élection comme membre adhérent à la Société psychanalytique de Paris.-Cl. 1930 : Rencontre avec Salvador Dali. Paris. Sc. Éditions du Seuil. 1929 : Son frère Marc devient bénédictin. Roudinesco (1986. : Sc. et cessa­ tion de parution de la Revue française de psycha­ nalyse.-A . . Paris. Scilicet 2-3. 1926 : Création de la Société psychanalytique de Paris. 1927 : Création de la « Revue française de psychanalyse ». Lacan ne le rencontre pas. Miller pour l’interprétation (1996) et la passe (1994). de Clérambault). Lacan n’y participe pas. Séminaire I. Milner (1995) pour les «m athèm es» et J .. 1978 : TV. Rencontre Pierre Mâle et Henri Ey. Le Seuil. articles signés dans Scilicet. 1930 : Passe deux mois à la clinique du Burgholzi à Zurich.. 1901 : Naissance. : S . 1932 : Début de son analyse avec Rudolph Lœwenstein. à quelques exceptions près : E. 1925 : Création de « L ’Evolution psychiatrique ». en route vers Londres. Présente « Le stade du miroir ».. 1939 : Lacan est mobilisé au Val-de-Grâce. 1933-1934 : Fréquente le séminaire d’Alexandre Kojève. Écrits. J ’ai eu peu recours à l’imposante littérature postlacanienne. puis à Pau.127. Scilicet 4 .2-3. 5-6-1938 : Freud. G. 96 Le système lacanien de sélection et de formation. p. Je m’en suis tenu pour ce travail à tout ce qui avait été imprimé de l’œuvre de Lacan ( articles parus dans Minotaure... Interne à l’ Infirmerie psychiatrique de la préfecture de Police (D' G. 127 : £.l.2. S. Ecrits.. 1940 : Fermeture de l’ Institut de psychanalyse. 1936 : X IV ’ Congrès international de psychanalyse à Marienbad.l. thèse. Télévision. 23-9-1939 : Mort de Freud. ainsi qu’à deux séminaires dacty­ lographiés. 1927-1931 : Formation psychiatrique : Interne à la Cli­ nique des maladies mentales (Pr Claude). 1932 : Thèse : De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité. 1932 : Melanie Klein : La psychanalyse des enfants. J. et Séminaires imprimés).

Prend connaissance de l’œuvre de Bion sur les groupes. 1972 : Publication d’un premier volume du Séminaire . 1960 : Henri Ey organise le colloque de Bonneval sur L ’in­ conscient. sa logique et la théorie freudienne. Création de la Société française de psychanalyse. 1941-1945 : Londres : Les grandes controverses FreudKlein. et à Lacan d’écrire Variantes de la cure type. 1959 : Bion : Attacks on linking. Paraît en livre. 1946 : Melanie Klein : Note sur quelques mécanismes schizoïdes. Jacques Lacan / 9 1956 : Création de la revue La Psychanalyse. 1970 : Serge Viderman : La construction de l’espace ana­ lytique. Ou pire»). 1950 : Rencontre avec Roman Jakobson. Printemps 1944 : Rencontre Sartre. et continue à la faculté de droit. 1969 : Création d’un département de « psychanalytique » à la faculté de Vincennes. sous le titre Discours vivant. Rapport au X X X ' Congrès des psychanalystes de langues romanes. 1949 : Rencontre avec Claude Lévi-Strauss. P lI F . avec deux rapports : Spitz : Genèse des pre­ mières relations objectales . Beauvoir et Camus. avec des psychanalystes des deux sociétés.8 / Gilbert Diatkine Automne 1940 . 9 février 1972 : Lacan parle pour la première fois du nœud borroméen (Séminaire « . 1963 : Althusser : Freud et Lacan. Eté 1949 : Nouvelle présentation du « Stade du miroir » au X V I' Congrès international de psychanalyse de Zurich. 1950 : Conférence de Heidegger : La Chose. Décembre 1963 : Seconde scission et création de l’ Associa­ tion psychanalytique de France. Septembre 1945 : Voyage à Londres. rue de Lille à Paris. divisée en deux parties succes­ sives. 1948 : Lévi-Strauss : Les structures élémentaires de la parenté. Lacan : Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse. Novembre 1963 : Le Séminaire est expulsé de Sainte-Anne et accueilli par Louis Althusser à l’Ecole normale supérieure. 1955 : Rencontre avec Heidegger. 1972 : Deleuze et Guattari : l’Anti-Œdipe. Mars 1969 : le Séminaire est expulsé de l ’ ENS. Septembre 1953 : X V I1 Conférence des psychanalystes de langues romanes. Février 1966 : Conférences aux États-Unis 1966 : Édition des Ecrits. Mai 1968: Troisième scission et fondation du «Quatrième groupe »... 1953 : Lacan a en analyse 15 élèves de la SPP.hiver 1941 : Lacan séjourne à Marseille. Mai 1961 : Michel Foucault : Histoire de la folie à l’âge clas­ sique. 1956 : Roman Jakobson : Deux aspects du langage et deux types d’aphasie. des psychiatres et des philosophes. 21 juin 1964 : Fondation de l’ Ecole freudienne de Paris. 1970 : André Green : L ’affect. 21-12-1965: André Green : L ’objet (a ) de Lacan. Eté 1953 : Le Conseil exécutif de l ’ API envoie à Paris un comité de visite pour examiner la demande d’adhé­ sion de la SFP. Il demande à Maurice Bouvet d’écrire La cure type. Mai 1948 : Rapport sur l’ agressivité au X I ' Congrès des psychanalystes de langue française. 1955 : Henri Ey dirige la section « psychiatrie » de l’ Ency­ clopédie médico-chirurgicale. Juillet 1959 : Un nouveau comité examine la demande d’ admission de la SFP à l’ API. Octobre 1967 : Institution de « la passe ». 18 juin 1953 : Scission d e la SPP. Novembre 1971 : Invention du « m athèm e». Début 1943 : S’installe 3.

et suit l’enseignement d’ Alexandre Koyré. où il rencontre Breton et Soupault et entend James Joyce lire Ulysse. C’est à lui que l’ensemble des psycha­ nalystes français doit l’habitude de lire Freud avec une attention rarement rencontrée dans les autres pays. il reste un esprit d’une curiosité insatiable. C’est un ami de Georges Bataille.10 / Gilbert Diatkine Mars 1972 : Mathèmes de la sexuation. à s’intéresser à l’anthropologie. mais aussi ses adversaires. d’Albert Camus. à Frege et à Kantor. Il collabore à la revue Minotaure en même temps que Salvador Dali. 1975 : D. de Sartre. Janvier 1980 : Dissolution de l'École freudienne de Paris. Novembre 1975 : Nouvelle tournée de conférences aux Etats-Unis. de Merleau-Ponty. Janvier 1981 : Fondation de l’ École de la cause freudienne. 1974-1975 : Commentaire de J. la librairie d’Adrienne Monnier. le jour. à la linguistique et à la philosophie. Dans ses premiers séminaires. à Lévi-Strauss et à Jakobson. auquel il consacre l’un de ses derniers séminaires. Joyce dans le séminaire Le sinthome. . 11 découvre Spinoza dès l’âge de 14 ans. Janvier 1978 : Assises de Deauville de l ’ EFP où la « passe » est critiquée. à Kant et à Spinoza. de « Finnegan’s wake » . Décembre 1976 : François Roustang : Un destin si funeste. il se réfère à la Phénoménologie de l’esprit et aux Upanisliad. il fréquente le séminaire d’Alexandre Kojève. L ’homme de culture Il séduit aussi par sa culture. il étudie dans le détail certaines œuvres maîtresses comme on ne l’avait jamais fait jusque-là. adolescent. Fain : La nuit. à l’étude de la topologie qui a occupé ses derniers jours. La révolution lacanienne Lacan se présente comme l’élève et le lecteur le plus fidèle de Freud. Tous deux l’introduisent à la lecture de Hegel et de Heidegger. Jusqu’à la fin de sa vie. rue de l’Odéon. 1977-1978 : René Major et Dominique Geahchan créent « Confrontations ». Retrouvailles avec Salvador Dali. fréquente. ouvert aux domaines les plus divers de la culture. de Lévi-Strauss et de Jakobson. Parallèlement à sa formation psychiatrique auprès de H. 9 septembre 1981 : Mort de Lacan. à Aristote et à Wittgenstein. Il a incité ses élèves. Braunschweig et M. Dans ses textes. Claude et de Clérambault. et se passionne pour Nietzsche tout en faisant sa médecine.

p. £. comme on l’ a sou­ tenu. d’un style classique. Au cœur d’une démonstration ardue (E .760). par tous les moyens.376-377 . p. E .846. parfois grossièrement.563 . £.421 .413). Courteline (S.425. Il aime mystifier —le séminaire X X I est intitulé « Les non-dupes errent » —. d’insulter. Il reproche aux dirigeants de l ’ API et de la SPP de faire régresser la théorie analytique à une psychologie conventionnelle.715 . E . et de transformer la cure en une entre­ prise d’identification au moi de l’analyste. De sa fréquentation de Nietzsche. sans être parfaitement limpides. 13).767).12 / Gilbert Diatkine Styles Beaucoup de ses textes. Lacan a en effet la particularité.800). c’est-à-dire d’en revenir à la suggestion : au lieu de se libérer.581). et surtout l’ironie. D ’ autres passages sont écrits dans une veine franchement humoris­ tique. £. sont d’une lecture aisée. et une voie de recherche. il a conservé une hostilité contre toute emprise exercée à partir d’une position d’autorité morale. mais toute l’œuvre ne se ramène pas à une pure mystification. fl emploie toutes les variétés du comique : l’humour. La critique de l’establishment Lacan attaque. 215 . le mot d’esprit. puis des surréalistes. 1). ou d’une polémique passionnée (Sc. l’ordre psychana­ lytique établi par l’Association psychanalytique interna­ tionale ( a p i ). le Portrait par André Villers .2-3. il déconcerte son public en montrant par une plaisanterie qu’il ne parlait pas sérieusement. Jarry (£. et sa branche française. la Société psychana­ lytique de Paris (SPP).8. Souvent. inouïe dans une discipline où pourtant les polémiques ont toujours été violentes. £.373 . le sarcasme lui tient lieu d ’argument scientifique (E . n. £. qui devient une technique interprétative. ses adversaires. Prévert (£. qui tourne parfois au sarcasme. et même à l’insulte. Lacan cite Alphonse Allais (£.

p. 1993) en a reconstruit le déroulement. recueillies dans un contexte passionnel. Lacan interrompt. Elle l’imagine comme un affrontement narcissique perma­ nent entre deux hommes que tout oppose.14 / Gilbert Diatkine patient s’ aliène au moi de son analyste. Aîné de quatre enfants. Une lettre de Lœwenstein à Marie Bonaparte de 1953. il est élu membre adhérent de la Société psychanalytique de Paris. A partir de queltjues sou­ venirs des proches de Lacan et de Lœwenstein. Berlin. Lacan a parlé avec force à son séminaire de sa haine contre ce grandpère. p. dans laquelle le seul devoir du psychanalyste est de ne pas céder sur son désir. et conduit une seule cure sous supervision. publiée par Célia Bertin (C. participe aux séances scientifiques. la SPP suspend ses activités. avec un analyste qui avait lui-même accumulé une dizaine d’années d’expérience quand sa cure a commencé. Son intolérance aux sépara­ tions. La seule certitude que nous ayions sur l’analyse de Lacan concerne sa fin. domi­ née par son grand-père paternel. et les rancunes tenaces dont il était capable une fois la rupture devenue irrémédiable peuvent être rapprochées de cette fragilité narcissique. on le décrit comme un enfant « capricieux et tyrannique ». Pendant la guerre. il participe au fonctionnement de la Société psychanalytique de Paris sans le critiquer. . Aussitôt élu. il n’aurait eu qu’un seul patient d’analyse (celui qui fut supervisé ?) entre 1933 et 1939. Roudinesco. nous apprend Jacques Lacan / 15 qu’en 1938 il a présenté sa candidature comme membre titulaire de la SPP. Lœwenstein donne son accord. Lacan laisse donc qui le souhaite participer à son séminaire. puis comme un adolescent bril­ lant. Il commence son analyse personnelle en 1932 avec Lœwenstein. chef de l’entreprise fami­ liale. Tous ces défauts se concentrent dans l’analyse de formation. Selon Roudinesco. Son analyse dure six ans. Elisabeth Roudinesco (1986. Pen­ dant vingt ans. Lacan substitue une éthique psychanalytique nouvelle. préféré de sa mère. mais aimé. Son dandysme. jaloux de son frère cadet. Un an plus tard. Dans son Ecole. auquel s’ajoute « une petite clientèle privée » de psychothérapies et de consultants. Les allées et venues de Lacan entre les deux zones de la France occupée n’ont pas dû être propices à une activité analytique régulière. à l’époque de la scission ? Il est déjà dif­ ficile d’évaluer ce qui s’est passé dans une cure quand on dispose des témoignages directs du patient ou de l’ ana­ lyste. jus­ qu’à son installation en 1943 à Paris. Lœwenstein émigre aux Etats-Unis. On peut seulement dire qu’il a bénéficié d’une analyse de durée normale. doivent être traitées avec prudence. La formation psychanalytique de Jacques Lacan Cependant cette révolution n’est pas immédiate. dans l’appartement où il exercera jusqu’à sa mort. à la condition que l’analyse se poursuive. En 1934. 1982. son goût pour les costumes originaux et les belles voitures sont rapportés à maintes reprises. 382 . le psychanalyste ne s’autorise que de luimême. A la morale « bourgeoise » de l’Institut de psycha­ nalyse. Il est né en 1901 dans une famille de négociants. comme Lœwenstein l’a dit par la suite. soit au bout de deux ans d’analyse. Des bribes de confidences de deuxième main ou de troisième main. N ’y a-t-il eu que ce face-à-face stérile dans cette analyse ? Lacan était-il vraiment «inanalysable». qui écrasait un père faible. 108). qui assujettit le futur analyste à un conformisme stérilisant. N’importe quel patient serait traumatisé par une analyse se terminant dans de telles conditions et nous savons que Lacan était une personne particulière­ ment sensible. 1993. mais arrogant et « incapable d’organiser son temps et de se comporter comme les autres ».

qui n’est pas le président de la SPP. l’ Ecole freudienne de Paris ( e f p ) .16 / Gilbert Diatkine La scission Après la Libération. Il doit être le prochain président de la SPP. car. enfin libérée des exigences de I’ a p i . Elles finiront par recommander en 1963 l’admission du nouveau groupe. Lire Lacan malgré son obscurité Malgré tous ses attraits. Jusque-là. l’œuvre de Lacan décourage souvent par son obscurité. autour de Piera Aulagnier. Les conflits internes à l’Ecole freudienne se termineront par sa dissolu­ tion en janvier 1980. et par l’éclatement du mouvement lacanien en de multiples groupes. Lacan devient le plus recherché des analystes didacticiens. le nombre de ses analyses didactiques continue à croître. Mais juste avant l’élection attendue de Lacan. Hartmann et Lœwenstein ont émigré aux Etats-Unis. Lacan justifie sa tech­ nique. Les autres vont rester avec Lacan. son enseignement lui vaut une popularité croissante auprès des autres jeunes analystes. qui fonde sa propre école. De plus. Il traite de sujets difficiles sur lesquels il avance lentement et . l’activité de la Société psychanaly­ tique de Paris reprend. En effet. Un débat houleux s’ouvre à la SPP. Ce coup de force. Celle-ci enverra à Paris plusieurs commissions qui écouteront attentivement tous les protago­ nistes. le président bénéficiait d’une place prépondérante au sein de la commission qui décidait de l’admission des candi­ dats à la formation. mais promet d’y renoncer. L ’Ecole freudienne de Paris sera plusieurs fois transformée pour résoudre cette contradiction. dont l’analyse a été évaluée par une procédure spécifique. Quand il lance le mot d’ordre du « retour » à Freud (£. les « Analystes membres de l’ Ecole ». certains d’entre eux sont refusés pour cette raison. L ’Ecole freudienne de Paris L’accès aux activités scientifiques de l’ Ecole freudienne de Paris est totalement ouvert. Ceux qui acceptent cette condition vont former l’Association psycha­ nalytique de France ( a p f ). il s’ agit sou­ vent encore d’un « aller ». fait voter la réforme des statuts qui crée l’Institut de psychanalyse. et en 1953 le tiers des élèves de l’Institut. Elle diminue le poids du prési­ dent de la SPP dans la sélection des candidats. Toutefois. qui n’ont même pas forcément été ana­ lysés. A partir de 1950. Quand ils se présentent à la Commission d’enseignement pour commencer leur formation théorique et leurs cures super­ visées. elle donne à l’ Institut le statut d’une association dis­ tincte. après des péri­ péties complexes. Durant dix ans. placée sous l’ autorité d’un directeur. et les candidats à la formation affluent. dont les super­ visions ont été validées. Les analystes de sa génération se retrouvent seuls en charge de la formation. l’affluence des patients le pousse à réduire le temps de séance qu’il accorde à chacun d’eux. En réalité. avec une expérience théorique et clinique somme toute réduite. Celle-ci a plusieurs causes. mais à la seule condition que ses mem­ bres renoncent à la technique des séances brèves. Lacan fait tout son possible pour que la SFP soit reconnue par I’ a p i . Il espère donc que ses patients seront enfin admis sans problème. Une série de démissions en 1966-1967 aboutit à la création du « Qua­ trième groupe ». son ami et rival de longue date. la « passe ». à l’ époque. Lacan maintient une hiérarchie parmi les membres de l ’ EFP entre les « ana­ lystes praticiens ». est en ana­ lyse avec lui.260). beaucoup de textes de Freud ne sont pas traduits en français. Spitz. et les « Analystes de l’ Ecole ». la Société française de psycha­ nalyse (SFP). amène Lacan et un groupe impor­ tant d’autres analystes à démissionner de la SPP et à Jacques Lacan / 17 créer un nouveau groupe. Sacha Nacht. 15 candidats.

D ’autres n’ ont pas été vraiment débattues. avec la description. De plus. des « fonctions du Moi » ? Quelle place accorder à l’objet. une fois admis le clivage du Moi et le déni de réalité ? Comment comprendre Faccessibilité de certaines névroses narcissi­ ques au transfert. La «ra d iop h on ie» de 1970 et la «télév ision » de 1973 sont parmi ses textes les plus diffi­ ciles. et auxquels tous les psychanalystes sont confrontés : com ­ ment concilier les premiers travaux sur le narcissisme de 1914. Laznik-Penot trouve quatre acceptions successives. si ce dernier n’est plus contingent. Les obscurités sont d’ autant plus accentuées qu’il s’adresse à un public moins averti. sur un mode que j ’espère moins passionné qu’autrefois. Nous sommes souvent lacaniens sans le savoir. et il s’en flatte (Radiophonie. mais son autorité les a imposées silencieusement. Quand un concept change plusieurs fois de sens dans le cours de l’œuvre. certaines ont été discutées et peu à peu acceptées par le Jacques Lacan / 19 reste de la communauté analytique. 71). . il faut lire Lacan parce qu’il a tenté de résoudre des problèmes laissés pendants par Freud. sans débat.18 / Gilbert Diatkine en revenant sur ses pas quand il se heurte à une impasse. Malgré ces obstacles. il lui convient que la vérité soit « midite ». tous peuvent cohabiter dans le même texte. comme celui de «jou issan ce». contrairement à la première opinion de Freud ? Quelle place accorder aujourd’hui aux pulsions ? Et à la métapsychologie en général ? Quelle est la nature du processus analytique ? Comment agit l’interprétation ? Y a-t-il une éthique propre à la psychanalyse ? Comment peut-on savoir qu'un analyste a vraiment été analysé ? Parmi les réponses que Lacan a apportées à ces questions. auquel M.-C. sur un mode idéologique. et éventuellement pour nous dégager d’elle. Il faut enfin le lire pour justifier des désaccords. mais joue un rôle décisif dans la constitution de l’appareil psychique ? Comment concevoir la réalité psychique. p. Elle est une énigme en soi. afin que le « savoir » ne fasse pas écran à la décou­ verte de la « v é r it é » de l’inconscient ( Radiophonie. Elles représentent son apport au progrès de la psychanalyse depuis Freud. alors même qu’il s’est battu pour leur donner une signification inédite. 94-95). Cette incapacité de Lacan à renoncer aux conceptions mêmes qu’il dénonce rend le sens de ses propo­ sitions parfois indécidable. symptôme et angoisse. Il faut le lire pour prendre conscience de son influence sur nous. p. Le « séminaire » reflète ce travail de la pensée au fil des semaines. à partir de 1925 et d’ inhibi­ tion. Une autre cause d’obscurité est sa difficulté à abandonner les sens usuels des mots.

mais il en fait de plus une formation collective impliquant la culture. afin que soit reconnu le je du dis­ cours (£. depuis la découverte que le Moi est en grande partie inconscient : 1 / L’étude des fonctions du Moi. Toute description objectivante du moi doit être bannie. 2 / Les recherches sur les fonctions du Moi entreprises par Anna Freud ont abouti au succès de la « Psychologie du Moi ». Puis Freud distingue le / 21 Surmoi de l’ Idéal du Moi : l’ Idéal du Moi est l’ héritier de l’identification primaire au père de la préhistoire person­ nelle . celle de la «première topique » (£.304). . le Surmoi reste l’instance qui punit (et qui protège). Freud soutient que la pre­ mière identification est une « identification au père de la préhistoire personnelle ». il ne verra dans ce système qu’une séquelle d’une conception dépas­ sée. alors que l’étude psychanalytique du Moi était devenue une priorité. mais le père est d’emblée un « objet d’identification ». Comme l’a noté J. En 1949. Nunberg a proposé de désigner par « Moi idéal » les aspects persécutifs du surmoi et par « Idéal du Moi » ses aspects protecteurs. L’ Idéal du Moi est décrit le premier. Freud lui attribue la plupart des caractéristiques de ce qui sera plus tard le Surmoi. Il restera tou­ jours hostile à une théorie psychanalytique de la cons­ cience. et il punit en cas de manquement à ces idéaux. 3 / Les derniers travaux de Freud sur le clivage sont contradictoires avec la notion de fonction synthetique du Moi. mais font craindre une absorption de la seconde par la première. Cette distinction a été reprise par Lacan dès 1938. avec Hartmann et Kris. et du Surmoi restent floues. l’ Idéal du Moi remplit deux fonc­ tions : il définit les idéaux du groupe. Il ne veut pas savoir que Freud s’est toujours inté­ ressé à la perception. à la conscience et au jugement. ou de sa mégalomanie. qu’il s’agisse de sa « fonction synthétique » (£. Hartmann et Lœwenstein sur la fonction synthétique du Moi. Freud n’a jamais terminé le travail métapsychologique sur la conscience qu’il avait entrepris en 1915. Lœwenstein.99).668.831-832).814). « c e cliché im bécile» (£.808). Quand il aura mieux lu Freud. et la « zone du Moi libre de conflits » font régresser la psychanalyse vers la psychologie académique (£. Lagache.304). Elles permettent d’envisager une grande synthèse de la psychologie et de la psychanalyse. 5 / Contre le sens commun qui voudrait que le nourrisson s’identifie d’abord à sa mère. La psychologie du Moi prend le moi pour un fait d’obser­ vation. Freud emploie alors indifféremment les termes de « Moi idéal » et d’ « Idéal du Moi ». En effet les recherches de Freud sur le narcissisme — c’est-à-dire sur l’investisse­ ment libidinal du Moi . et développée par D. développée par l’ analyste de Lacan. H. La mère est l’objet d’un choix sexuel « par étayage ». comme la perception et la conscience.Jacques Lacan L ’imaginaire Ce que Lacan entend par « imaginaire » n’ a qu’un rap­ port indirect avec l’imagination. £. 4 / Les relations réciproques du Moi.ont laissé beaucoup de problèmes sans solution. Ainsi entendu. reste inachevée. Ultérieurement. Critique de la psychologie du Moi. de l’Idéal du Moi. dont il dénoncera la « distribution hétérotope et erratique » et la nature illusoire (£. du Moi idéal. il attribue bizarrement à l’existentialisme la conception freudienne du « système perception-conscience » (£. ChasseguetSmirgel.374-375). la fonction adaptative du Moi. mais est avant tout une conception originale du narcissisme. Lacan pense que le moi est une illusion que la psy­ chanalyse doit dissiper. — Pour Lacan les tra­ vaux d’Anna Freud et de Kris.

675).4. L ’agressivité imaginaire crée un dommage impossible à compenser. voir aussi £. p. à la même communauté et. Discutant ce travail. p.674 .428). sa thèse sur le stade du miroir (£. définie comme « une ambi­ valence fondamentale qui nous apparaît. 397-398 et 410. Lacan a tiré la notion de « connaissance paranoïaque ». Le Moi n’est qu’image (£. en ce sens que le sujet s’identifie dans son senti­ ment de Soi à l'image de l’autre et que l’image de l’autre vient à captiver en lui ce sentim ent» (£. L ’opposition Moi idéal / Idéal du Moi joue aussi un rôle important dans la technique. plus aucune . 11 est com­ posé de tous les idéaux que la mère. M oi idéal et Idéal du Moi.678 . Elle lui montre ainsi qu’il appartient à la même famille que son père. Quant à la relation du sujet à son Idéal du Moi. voir aussi S. déjà globale. La mère désigne à l’enfant. Cette complétude illusoire constitue le narcissisme primaire (£. L ’agressivité naît après coup des images de morcelle­ ment du stade du miroir.343-345). 11 énonce. finalement. qui restera jusqu'au bout une pierre angulaire de sa théorie. Dans le miroir plan. 100). Si le Moi idéal se confond avec l’ Idéal du Moi (ce qui est le cas par exemple lorsque l'analyste répond par un passage à l’acte à l’ amour de transfert). Le « schéma du bouquet renversé » ajoute en effet au miroir plan du «sta d e du m iroir» un miroir concave. le sujet voit donc non seulement sa propre image. situé en arrière du sujet (£. L ’analyste doit s’abstenir de toute manœuvre visant à se présenter au patient comme un Moi idéal. l’ image du père de la préhistoire personnelle (£. suivant sa culture. Au cours de la deuxième année le jeune enfant jubile quand il observe sa propre image dans le miroir. L ’image du sujet dans le miroir lui donne l’illusion d’une complétude et le fascine.374-375.22 / Gilbert Diatkine Le stade du miroir.H0 et £. Lacan attribue cette expres­ sion de satisfaction à une dysharmonie d’évolution entre l’image visuelle du corps. Lacan la décrit dans une scène imaginaire d’observation directe où l’enfant voit dans le regard de la mère. Celui-ci doit s’efforcer de satisfaire à ces idéaux pour plaire à sa mère. mais aussi l’image que lui ren­ voie le miroir concave. car un sujet ainsi « frustré » exige des réparations effrénées et toujours insatisfaites (S.98). où le « signifiant m aître» sert de point de repère au sein du narcissisme dans l’advenue du sujet). 17. La notion de «connaissance para­ noïaque » va aboutir quelques années plus tard à la des­ cription du « stade du miroir ».2. Elle peut atteindre à des extrémités terribles. p.8. et son image motrice. parce qu’aucune loi ne peut lui rendre justice. Lacan lui réserve le terme de « frus­ tration ». Existe-t-il réellement une dysharmonie d’évolution entre l’image motrice du corps et l’image spéculaire ? Impossible de démontrer qu’elle n’existe pas. à la même espèce humaine. en miroir. au risque de sacrifier son identité propre. en même temps que les idéaux dont doit se composer son Moi idéal. S.17. — Dans son rapport « La psy­ chanalyse et la théorie de la personnalité ». et S. La différence entre Moi idéal et Idéal du Moi peut aider à résoudre le problème de l’identification primaire comme identification au père et non à la mère (S. indique à l’enfant. « sous une forme généralisée ».678). D. voir aussi 7i. et un « Idéal du Moi » protecteur. et par un psychanalyste partisan de la psychologie du moi (£. par-delà le Moi idéal. — De ses conversations régulières de 1932-1933 avec Salvador Dali. C’est l’origine d’un danger de fascination par le Moi idéal proposé par le leader d’une foule. celle de son Moi idéal. je l’indique déjà. l’ Idéal commun à lui et à son père. encore morcelée.181. 160-161). Lacan donne à cette opposition une signification différente. 37). Lagache reprend la distinction proposée par Nunberg entre un Jacques Lacan / 23 « Moi idéal ». Lacan critiquera sévère­ ment la psychologie génétique et l’observation du nourris­ son. Il s’ agit d’un fait d’observation directe. p. mais jamais il ne reviendra sur le « Stade du miroir ». porteur des aspects répressifs du surmoi.

630).l. Les rêves « typiques » (de mort d’un parent aimé. manquent régu­ lièrement en pareil cas).2. chap. En 1910. Tout se passe comme si ce der­ nier se trouvait alors porteur de deux « inscriptions » de la même représentation. S. Le symbolisme reste considéré comme un acquis par les successeurs de Freud.2. qui lui semble universel. Ensuite. 48 et 268 .524 . des actes manqués. avec le déplacement et la condensation. que les problèmes de la symbolisation passion­ naient. l’une consciente et l’autre incons­ ciente. sans que la seconde soit le moins du monde modi­ fiée par l’existence de la première. p. la rupture avec Jung. Le symbolisme sexuel des rêves. Peu après. p. l’analyste doit être « capable de remanier un moi ainsi constitué dans son statut imaginaire ». au Congrès de Nuremberg. un fading de ce Moi idéal. qui publiera régulièrement de nouvelles traduc­ tions de symboles. p. à peu près en même temps. C’est alors qu’ advient le sujet véritable. il se passionne pour le symbolisme. mais de l’Autre (avec un grand A) « à travers le mur du langage où s’objective la relation du moi à son alter ego » (Schéma L. et en parti­ . en « ponctuant » à propos la liai­ son entre deux signifiants. Le symbolique De même que l’imaginaire n’a qu’un rapport indirect avec l’imagination. celui de l’incons­ cient (E . parfois marqué cli­ niquement par des phénomènes de dépersonnalisation. voir aussi S.677). du reste. de nudité et d’examen) peuvent être interprétés sans l’aide des associations du rêveur (qui. 163). Lui-même en présente deux à ce Congrès. des lapsus et des symptômes névrotiques a été très tôt l’ apport le plus populaire de la psychanalyse. entraîne une raréfaction des recherches sur le sym­ bolisme. E. Comme ses premiers disciples. Le « Comité de recherches sur le symbolisme » s’éteint de lui-même.24 / Gilbert Dialkine régulation n’est possible (S . Ainsi s’introduit l’ordre symbolique. il annonce la création d’un « Comité de recherches sur le symbo­ lisme ».4. ce qui va provoquer un éva­ nouissement. 284) : (Es) S ___________________________ autre Schéma L L’Autre est ainsi « en position de médiation par rapport à mon propre dédoublement d’ avec moi-même comme d’avec mon semblable » (£. Freud fait de la symbolisation l’ un des trois mécanismes des processus primaires de l'Inconscient. Cependant. S. Freud remarque que la seule traduction du contenu manifeste d’un rêve ou d’un symptôme en son contenu latent ne provoque aucun changement chez le patient. Les éditions successives de la Traumdeutung s’en­ richissent d’exemples supplémentaires de symboles déco­ dés. X I X . de même le « symbolique » de Lacan a peu à voir avec le symbolisme. Cette « parole qui fonde la vérité du sujet » ne vient pas de l’autre (l’image directe dans le miroir plan).

qui font un grand usage de la symbolisation dans leurs interprétations. — Lacan. mais la suite de ses associations.711). dont les représen­ tations. — Lacan retrouve dans la condensation et le déplacement les « effets déterminés par le double jeu de la combinaison et de la substitution dans le signifiant. C’est pourquoi Lacan juge l’expression «stades préœdipiens» « analytiquement im pensable» (£. est de «laisser parler le patient jusqu’au bout ». Pour Freud.469).11 . Mais. et donc le glissement métonymique qui la suit.26 / Gilbert Diatkine culier par Melanie Klein et ses élèves. Il implique un renversement radi­ cal de perspective par rapport à Freud : ce n’est pas parce que le sujet a des désirs sexuels pour ses parents que le complexe d’Œdipe s’organise. Lacan lui substitue les représentations fournies par les parents. C’est parce qu’avant de naître il a été l’objet de désirs de ses parents. « la métaphore obtient un effet de sens d’un signifiant qui fait pavé dans la mare du signifié» (Radiophonie. — Le sujet naît dans un système d’alliance et de parenté. d’un « refoulement originaire ». comme il le montre dans « Constructions en analyse ». Pour un linguiste. la plus simple soit-elle. qui prennent rétroactivement leur signification agres­ sive de la rencontre avec l’image de l’autre dans le miroir (£. et déjà là avant le sujet (£.278-279). le sujet a donc déjà contracté une « dette sym bolique» (£. . selon les deux versants générateurs du signifié que constituent la métonymie et la métaphore » (£. peut assurer la « prise du Sy mbolique » sur l’Imagi­ naire (£. qu’il est « dans l’Œdipe » d’emblée (£. donc le dévoilement d’une méta­ phore. Le tout. vont attirer celles qui seront refoulées secondairement. Le pont jeté hardiment sur l'abîme qui sépare Freud de Lévi-Strauss fonde une anthropologie structurale généralisée. les «signi­ fiants ».799-800). L ’orga­ nisation du texte impose le sens et non l’inverse (£. Elle établit une relation entre un signifié et un signifiant. Pour Lacan.710-711). 68). ce n’est ni l’ acquiescement.432). ou « une série linéaire de signes connotant l’ alternative de la présence ou de l’absence. sont d’abord des images de morcelle­ ment. 20).432). p. il substitue 1’ « Ordre symbolique ». avant tout refoulement propre­ ment dit. Le signifiant prime sur le signifié (£. Toute séquence signifiante. Mais.279 . ce qui importe.277 et £. d’origine pliylogénétique. Le Symbolique est «extérieur à l’homme » (£. il est clair qu’une interpré­ tation est une traduction.432). une métaphore est un transport de sens. que Lacan identifie sans hésiter au com ­ plexe d’Œdipe (£.361). L ’ordre symbolique. on l’a vu. Il se réfère à Jakobson pour l’emploi de ces concepts (£ 6 8 9 . Ce ne sont pas les désirs sexuels qui sont symbolisés. Celles-ci. L’expression « dans » l’inconscient est fautive.20. p. qui fournissent la matière première du refoulement originaire (£. Avant de naître. La symbolisation est subordonnée au déplacement et à la condensation (£. ni le refus de cette interprétation par le patient.467). ajoute Freud. C’est l’Ordre symbo­ lique et ses signifiants qui donnent leur sens aux images. £. Freud postule l’existence.713714). Au « symbolisme ».458). pour les linguistes. Lacan finira d’ailleurs par le recon­ naître (S. Une solution possible est de le lire à la lumière de Freud. chacune étant choisie au hasard » (£.689). par exemple la suite des nombres entiers (£. cet accent exclusif mis sur le signifiant au détriment du signi­ fié est insoutenable. La phylogenèse est un point critiqué de la théorie freudienne. et équivaut donc à ce que Freud entend par «s y m b o le ». voir aussi £.710). £. juge que le symbolisme pris de cette manière est « aussi stupide qu’une cryptographie qui n’aurait pas de chiffre» (£. Puisque 1 Œdipe est là avant le sujet. les stades prégéni­ Jacques Lacan / 27 taux doivent être pensés comme organisés rétroactivement par lui. Métaphore et métonymie. L’ Ordre symbolique organise l’Imaginaire.554).710) Le complexe d’Œdipe et la Loi. constituant la Loi de l’in­ terdit de l’inceste.353). au contraire.

L ’inconscient est structuré comme un langage. — Lacan étend le champ du terme « cas­ tration » à tout manque « symbolique ». les filtre.840). S. et même de Dieu (ibid.818). absurde pour des linguistes.4. par exemple au cours d’une interprétation. c’est-à-dire à tout manque sanctionné par la loi (S. Conséquences : 1 / Le sujet est « divisé » : 2 / Le signifiant préexiste au sujet. Conséquences : 1 / « Il n’y a pas de métalangage » (S.547-548) désigne l’inconscient. identifie sa personne à la figure de la Loi » (E. à propos du meurtre du père de la horde primitive.618). incompréhensible pour des juristes. Cette définition provocante du signifiant veut dire : 1 / Que l’ensemble des signifiants forme une totalité structurée. 17.28 / Gilbert Diatkine Le signifiant — Là où Freud parle de « représentations » et d’ « affects ». 145).20. 3940). sera à l’origine d’un échange tendu avec Julia Kristeva. et 2 / Que le sujet advient de son élision entre deux signi­ fiants. Le sujet vrai. séance du 17 mai). p. 48). Il ne peut donc pas y avoir d’ « acte fondateur » (S. p.352 . 38). l’Autre prendra la signification de 1’ « Autre sexe » (S. 3-5). p. ce n’est pas « la correspondance univoque d’un signe à quelque chose » qui se conserve. tout à fait à la fin de sa vie Lacan mettra cette idée en doute et envisagera la possibilité pour un sujet d’inventer au contraire un signifiant : (S. qui occupe réelle­ ment pour Lacan la place de l’Autre. comme dans le mot d’esprit (£.278). comme le meurtre du père. — Dans l’inconscient. » Du point de vue de Lacan. L ’Autre.689). et le «discours de l’ autre» avec un « a » (£.24. vise Freud. le grand Autre est « barré » par la castration (£. 2 / Tout législateur est un imposteur : Lacan écrit : « C’ est en imposteur que se présente pour y suppléer le Législateur (celui qui prétend ériger la Loi). voir aussi E . 3 / Pas d’Autre de l’Autre : La Mère. Pourtant.24.714). — Quand « ça parle dans l’Autre ». bien qu’il s’en soit défendu après qu’André Green lui en eut fait le reproche. dont la loi d’organisation ne peut pas être cherchée en Jacques Lacan / 29 dehors d’elle-même. La castration. 1’ « Autre » est indiscernablement l’Inconscient ou la Mère (£. qui a osé parler de « métalangue » dans Polylogue (S. De Saussure à qui Lacan se réfère explicitement pour le signifiant. Mais le père n’est pas 1’ « A u tre» de la mère. Dans les derniers séminaires. et que chaque signifiant tire sa définition des autres signifiants . Quant aux affects il les laisse pour compte. Le phallus que .20. C’est pourquoi « i l n’y a pas d’Autre de l’Autre » (£. « L’Autre est le “ trésor” de tous les signifiants qui modè­ lent la demande du su jet» (£. «m orcelle [les besoins].20.813). C’est le «n o m du p ère» qui est « le support de la fonction symbolique qui. aurait été très étonné d’apprendre que « notre définition du signi­ fiant (il n’y en a pas d’autre) est : un signifiant. p. p. les modèle aux défilés de la structure du signifiant» (£. Lacan préfère parler de « signifiants » (« car il n’y a pas d’autre sens à donner dans ces textes au m ot : Vorstellungrepràsentanz ». Cette formulation.265). 107) : L ’en­ semble des signifiants constitue une totalité structurée. émerge dans l’éclair qui jaillit de la rencontre de deux signifiants. E . ou un « A » (£.. c ’est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant » (£. 44). p. p. Toutefois.732). » Cette formu­ lation. qui. a écrit dans Totem et tabou (citant Goethe) : « Au commencement était l’acte.819 . le signifiant pré­ cède forcément tout acte symbolique. celui de l’inconscient. depuis l’orée des temps historiques. mais « un ras­ semblement synchronique et dénombrable où aucun ne se soutient que du principe de son opposition à chacun des autres » (£.806).

Irigaray ont fini par ne plus rire de l’ humour du Maître. Le réel La conception lacanienne du « réel » . l’un fondé sur le refoulement. lui. Le phallus « sym­ bolique ». résultent du refus d’une réa­ lité frustrante. Ce « phallus imaginaire » est dénoté par -cp. je souligne). La femme « représente l’Autre absolu » (£. il y a une contradiction. p. 68) : la femme n’est «p a s to u te ». Ce qui est rejeté peut également faire retour. et parfois effa­ cée chez certains auteurs postfreudiens. pourquoi accepterait-il celle . L ’appareil psychique protège l’enfant de la frustration par la « réalisation hallucinatoire du désir ».. Freud. Elle se définit donc par le manque (S. La nature de la différence entre ces deux formes de refus de la réalité reste indécise. La sexualité féminine. de n’être pas les autres signifiants » ( ibid. Il est dénoté par O (£. La castration joue un rôle si essentiel que Lacan lui attribue la position de « principe du signifiant-maître » (S. 17. écrit que l’enfant se refuse à accepter « la réalité de la castration de la femme ». 2 Dans son travail sur « Le fétichisme ». les femmes des « patoutes ». à propos de la différence anatomique entre les sexes et de la réaction du petit garçon à la vision du sexe de la fillette.710) ou le «signifiant de la p erte» (£. à bien distinguer de « la réalité ». — Lacan assume son phallocen­ trisme (£. toujours déjà là. et le nourrisson est contraint de percevoir la douloureuse réalité.823). Cette conception de la réalité laisse irrésolus plusieurs problèmes : 1 Freud distingue peu à peu deux modes différents de refus de la réalité. 17. 101). Ce qui est refoulé peut faire retour dans le pré­ conscient sur un mode symbolisé. Peut-il y avoir un «signifiantmaître » si « tous les signifiants s’équivalent en quelque sorte. provient des difficultés que Freud a rencon­ trées dans sa théorisation de celle-ci. 144. comme les psychoses. p. et l’autre sur le rejet. p. mais sous la forme d’une nouvelle réalité délirante. une théorie sexuelle infantile —pourquoi Freud dit-il ici qu’elle est une « réalité » ? Est-il victime de sa propre position narcis­ sique-phallique ? Ou bien est-il en train de proposer une nouvelle théorie de la réalité ? 3 L ’interprétation est souvent décrite par Freud et par les postfreudiens comme un rappel à la « réalité » d’un patient plongé dans la folie transférentielle. est impossible à négativer.17. voilà to u t! (S. Les féministes lacaniennes comme L.733).. les névroses.715).565). Mais si la névrose ou la psychose ont fourni au patient les moyens de refuser une réalité frustrante. et à ce titre elle est avant tout la messagère de la castration (£.30 / Gilbert Diathine les enfants des deux sexes imaginent appartenir à la femme durant la phase phallique est pour cette raison considéré par Lacan comme le « signifiant du manque à être» (£. Pour Freud.) ? Eh bien.732). Cette hallucination ne peut se maintenir indéfiniment. La castration est un fantasme. pour ne jouer que sur la différence de chacun à tous les autres.

p. De même. ne faudrait-il pas que son objet soit réel lui aussi ? Pas le moins du monde ! Pour pouvoir dire qu’un objet manque à sa place. son objet est symbolique. 37).4. c’est seulement quelque chose qu’on imagine ! Dans la réalité. On pourrait penser ensuite qu’à chaque type de manque correspond un objet du même « registre ». sujet élu de notre dialectique de la frustra­ tio n » (ibid. Alexander). symbolique et imaginaire : Frustration Castration Privation Manque Objet Agent Imaginaire Symbolique Réel Réel Imaginaire Symbolique Réel Elle laisse facilement deviner où viendraient s’inscrire à leur tour les « agents » de la castration. Privation. Bien au contraire ! La castration. Jusqu’ici. alors que « symbolique » conserve son nouveau sens lacanien. Pourtant. Si le manque peut être sanctionné par la Loi. mais elles correspon­ dent à des distinctions judicieuses. p. et non le manque lui-même ? Sans doute. il faut pouvoir se référer à une loi de présence et d’absence. le phallus. 59). — Une séduisante struc­ ture. il le qualifie de « réel ». Lacan s’abstient de le remplir. frustration et castration.17. Réel. devrait l’être également. le mot « r é e l» reprend son sens habituel. symbolisé par ®. imaginaire et symbolique. — C’est surtout pour cette dernière raison que Lacan récuse longtemps la notion de frustration. Lacan lui-même hésite .4. parce que c’est ainsi que cela se passe­ rait en clinique ! « C’est toujours d’un objet réel qu’est en mal l’enfant. mais sans commune mesure avec l’agressivité qu’elle déclenche. L ’ « ordre symbolique » est toujours déjà là et est donc intangible. il le qualifie de « symbolique ». Pourquoi ? Eh bien. bien que la privation soit un manque « réel ». il est incastrable. p. et l’appelle « castration ».32 / Gilbert Diatkine que lui propose le psychanalyste ? En outre. tout va bien : Lacan prend sans prévenir des décisions terminologiques arbitraires. 145). ce n’est pas parce que la castration est un manque symbolique. et le nomme « privation ». présentée dans un tableau à double entrée. 38). « imaginaire ». ou « symbolique ». les meilleurs experts ont parfois du mal à décider si tel ou tel objet est «r é e l» . Par conséquent. de la privation et de la frustration (ibid. Ici. met alors en place les rapports entre réel. puisque la privation a été baptisée « manque réel ».460). par exemple un livre dans une bibliothèque. c’est la frustra­ tion. affirmant seulement que « c’est le père réel qui est l’agent de la castration» (S. la technique analytique fondée sur la théorie de la frustration dévie facilement vers la rééducation du patient frustré. mais ç’aurait été revenir à la vieille et condamnable accep­ tion du symbolisme.. Il réserve ce terme au cas où le manque ne peut être ni comblé par le remplacement de la chose manquante. « nous n’avons observé ces choses que dans des cas excessivement rares » (S. En revanche. N’aurait-on pas pu aussi Jacques Lacan / 33 bien dire alors que c’est ce que « symbolise » le manque qui déclenche la rage. p. Ici. que son objet. avant de finir par admettre à contrecœur sa présence chez Freud (£. symbolisé par -cp. la rage narcissique est toujours déclen­ chée par une perte réelle. bien qu’elle constitue un manque « imaginaire ». et donc à ce que Lacan a défini comme « Ordre symbolique ». 37).. Le phallus objet de la castration est le « phallus imaginaire ». ce qui a un objet « r é e l» . les mots « réel » et « imaginaire » sont pris au sens qu’ils ont toujours eu pour tout le monde. S’il peut être compensé par un simple remplacement. p. dit Lacan. Quant au « phallus symbolique ». Par exemple. En réalité. Toutefois. dans un cas concret. ni sanctionné par la Loi (S. auquel on fournit une « expérience émotionnelle correctrice » (F.

Puisque le désir inconscient. et que c’est une « nécessité ». il faut qu’un certain nombre d’évé­ nements surviennent. A l’opposé.810). « Soyez réalistes. 139 . Et par conséquent. La contingence est donc « ce qui cesse de ne pas s’écrire ». p. Ensuite que l’enfant ait opposé à ce message entendu une incrédulité décidée.5. est indestructible. La réalité dont il s’agit n’est pas celle de la castration elle-même. Ce qui donne au monde extérieur sa signification pour l’inconscient. » Pour que ce destin se réalise. 17. sa valeur de réalité psychique. 145 et 150). Ce n’est qu’ après coup que le message de castration peut être pris au sérieux.392).34 / Gilbert Diatkine sur le caractère réel ou symbolique du phallus que l’enfant représente pour la mère » (S. Ni le « meurtre du père de la horde primi­ tive » (S. p. devant le spectacle de la dif­ férence des organes génitaux entre les deux sexes. p. si choquante sous la plume de Freud. demandez l’impossible ». D ’ abord que le « message de castra­ tion » soit proféré par la mère (ce qu’elle sera amenée à faire un très grand nombre de fois dans l’éducation d’un enfant. ou sur le caractère « réel » ou « imaginaire » de la paternité de l’ analyste en cas de grossesse en cours de cure (ibid. Réel et réalité. . Enfin qu’il renonce à ce refus. voir aussi £. et Sc. et donc l’impossible. Lacan affirme « qu’il ne cesse pas de s’écrire ». dans le « réel ». 148).. en fonction de sa relation à l’un et l’ autre sexe). le « Réel » est l’un des concepts de Lacan auquel il attache lui-même le plus de valeur (ibid. Un manque ne peut prendre un sens que si l’on est déjà dans l’ordre symbolique.4. c’est son intégration dans un scénario qui met en jeu le Surmoi. Aucun acte symbolique ne peut appar­ tenir au réel. aucune réalité psy­ chique ne peut être prise en considération (£. aucune « castration ». — La distinction proposée par Lacan entre « réel » et « réalité » a l’avantage de donner un sens à l’expression «réalité de la castration». p. n’existe. qui est l’autre inverse du désir inconscient. 17. est « ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire » (S. détournant le mot d’ordre de Mai 1968. Jacques Lacan / 35 Pourtant cette jouissance existe. Et le réel. c’est le destin. Or la cause du désir est contingente. C’est pourquoi Lacan. p. n. Freud a écrit : « L ’ anatomie. affirme : « Le réel. 3).619).. Le contraire de la nécessité est la contingence. quels que soient ses principes éducatifs. Malgré tant d’incertitudes. Paraphrasant Napo­ léon.20. c’est l’im­ possible ». 56). puis du Surmoi (£. rien ne peut manquer. c’est-à-dire aucun manque symbo­ lique. travaillé par les homopho­ nies. ni la jouissance qui en résulte : « Que le père mort soit la jouissance se présente à nous comme le signe de l’impossible m êm e» (ibid.). mais celle de la menace qui émane des parents.

En Allemagne. (jL ■ y. et découvre les travaux de Melanie Klein. de position dépressive. J. Bion. Klein rapporte les cas dans la Psychanalyse des enfants. Le succès de ces institutions psychanalytiques contribuera aux Etats-Unis à une symbiose entre psychana­ lyse et psychiatrie. En France. Herbert Rosenfeld ou W. les travaux anglo-saxons inspi­ rent les tentatives de Jean Kestemberg ou de P. Lacan va à Londres.La psychose Freud estimait les psychotiques inaccessibles au transfert. mais ne remarque pas l’im­ portance des concepts de positions sehizoïde-paranoïde. Dolto et ses élèves. Du côté de Lacan. schizophrènes ou délirants chroniques. Elle nous a donné une impressionnante moisson d’ observations et de cures psychanalytiques de schizophrènes. P. F. et surtout d’identification projective. et donc à la psychanalyse. Oury et F. Il la cultivera jusqu’à la fin en se faisant (Xu kùch* le. et ils continuent ensuite. Après la guerre. Karl Menninger crée de grandes cliniques psychanalytiques où des patients fortu­ nés. peuvent bénéfi­ cier de cures analytiques à cinq séances par semaine pendant des années. — Lacan a une expérience psy­ chiatrique solide. enfants et adultes. mais aussi ceux de Bion sur les petits groupes. La découverte du transfert psy­ chotique par Federn et Fromm-Reichmann lui a donné tort. les analystes se sont inté­ ressés aux psychotiques avant la scission. puis en Amérique. Il est frappé par la crudité des fantasmes des jeunes enfants dont M. comme Hanna Segal. Projections et clivages. J 6 °* = - ■ PSYCHOSE PARANOÏAQUE DANS :c SES R A P P O R T S LA PERSONNALITÉ Dédicace à René Laforgue de la thèse de Lacan De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité (kca .-C. Du côté de la SPP. Guattari appliquent les idées de Lacan à la psychothérapie institutionnelle des psychoses. Aulagnier et bien d’autres traitent des psychotiques. Pourtant l’application de ces découvertes de Melanie Klein aux psychoses de l’ adulte rend celles-ci accessibles à la psy­ chanalyse pour ses élèves. Racamier.

ils ont surtout à l’esprit le clivage de l’objet. c’est le cas que fait la inère de sa parole (£. écrit Freud dans « Constructions ». ou comme celui de « L’ Homme aux cervelles fraî­ ches ». La forclusion du Nom-du-Père est-elle spécifique de la psychose ? Malgré l’éloquence de Lacan. le clivage du moi s’accompagne du « fading du sujet » : le « sujet de la conscience » s’évanouit au moment où le clivage du moi se révèle. £. Kris. — On Fa vu. Mais. remarquablement rapporté par E.5 5 8 .541 . voir aussi £. Même dans la confusion mentale aiguë.397). et surtout Melanie Klein. Est-il possible de traiter psychanalytiquement la psychose ? — La question de la spécificité de la forclusion du nom-dupère est pourtant décisive. Lacan a employé l’idée de la forfaiture à la géné­ ration précédente pour rendre compte de cas de névroses. puis deux ans plus tard par «fo rclu sio n » (£ . étroitement lié au déni de réalité.354. dans les névroses. est aussi stupide que d’ahaner à la rame quand le navire est sur le sable » ( ibid. Chez Freud le clivage est toujours un clivage du moi. du coup. en même temps qu’advient le sujet de l’inconscient. La réhabilitation du clivage du moi est cohérente avec la redécouverte de la verwerfung. hors de l’expérience à laquelle elle s’ap­ plique. identifie sa personne à la figure de la loi » (£. Le Nom-du-Père est « le support de la fonction sym­ bolique qui. divisé en un « bon » et un « mauvais » objet.278 et £. Chez Lacan.842). qui avait jugé que les psy­ choses contre-indiquaient l’ analyse. Deux parties du Moi coexistent donc sans conflit. Lacan insiste sur la distinction faite par Freud entre deux formes de refus de la réalité : le refoulement. Ce n’est pas Jacques Lacan / 39 la « personne » du père qui compte. E. et le rejet ( verwerfung). ). Il traduit d’abord vertverfung par « retranche­ ment » (£. Les psychanalystes américains le heurtent parce qu’ils méconnaissent la différence radicale qui sépare la projec­ tion délirante de la projection caractérielle banale (£. et la « refente » trouve sa place conceptuelle en articula­ tion avec la « forclusion ». La lecture par Niederland des traités pédagogiques effarants du père du président Schreiber accrédite cette thèse (£. comment faire pour remédier à la situation.583).634.732-733).581). une fois le nom-du-père forclos ? Quelle est la transforma­ tion inverse de la forclusion ? Lacan laisse entrevoir qu’il a la solution. La forclusion. vont se mettre à jouer le rôle étiologique qu’avaient les souvenirs refoulés propres au sujet chez Freud. les tirets disparaîtront dans les séminaires des dernières années) et non « le père » ou « le Père ». Lacan dit bien « le Nom-du-Père » (avec des tirets .816 et £. à la verwerfung. La «forclusion du N om -du-Père» spécifie la psychose.874). depuis Forée des temps historiques. Car si elle a l’importance que lui prête Lacan. séparées par un clivage.575). Quand les successeurs de Freud. telles que le patient peut les reconstituer en interrogeant son entourage. .434).38 / Gilbert Diatkine « présenter » publiquement des malades à Sainte-Anne. £. Ensuite parce que Lacan semble pessimiste quant à la psychothérapie analy­ tique des psychoses : « Car user de la technique qu’il [Freud] a instituée. £. Pourquoi tant de prudence ? D ’abord parce que ce serait vouloir faire mieux que Freud. dans les psychoses.302-303. mais qu’il préfère attendre des jours meilleurs pour la livrer à ses lecteurs (E. La notion de clivage du moi évolue vers celle de division (ou « refente ») du sujet (£. on peut rester per­ plexe : quelle mère n’a pas fait un jour peu de cas de la parole du père ? Quelle famille ne recèle de secret bien gardé qui a mis le Père en position de forfaiture ? On peut d’autant plus se le demander qu’ avant de l’appliquer à la psychose.556). Il s’élève aussi contre la confusion entre le cli­ vage du moi et le clivage de l’objet. pensent au clivage.386-387. £. cette dernière n’est jamais si totale qu’une partie du Moi n’ait accepté la réalité. comme celui de « L ’ Homme aux ra ts» (£.578). et très injustement brocardé (£. les caractéristiques biographiques des parents.

Freud a laissé beaucoup de problèmes à leur propos : 1 / Les «pulsions du m o i» visent à la satisfaction des besoins corporels élémentaires.40 / Gilbert Diatkine Certes il promet de dévoiler un jour les règles du « maniement du transfert » psychotique.17. dans lequel le plaisir causé par la souffrance est conscient. p. . S. Lacan se refuse à jamais à « lever le sceau » qu’il a posé sur ce thème (E. elles échappent à cette logique de la satisfaction. tout en laissant entrevoir qu’il pencherait plutôt pour la négative (S . Il est la contrepartie inconsciente du masochisme pervers. 9. Elles s’apaisent facilement par des moyens spécifiques. comme si la recherche de la souf­ france était pour l’inconscient un but prioritaire. une angoisse et surtout une « conscience de culpabilité » inconscients. En justes représailles. les pulsions ne sont pas des faits biologiques. Le rapport du narcissisme et des pulsions du moi reste obscur. La liaison de la pulsion de mort et de la libido à l’intérieur de l’organisme est responsable du masochisme primaire. c’est-à-dire le besoin inconscient de souf­ france. l’ amphithéâtre de Sainte-Anne où il pensait tenir son sémi­ naire lui est refusé. qui peut être défléchi vers l’extérieur sous la forme du sadisme . elle ne peut les admettre logiquement. Quand Lacan reviendra sur le thème du « nom du père ». Dès le début de la vie.874 : n. p. le sort semble s’acharner sur cette promesse : au moment où il va reprendre le thème du « nom-du-père ». ce sera toujours sous une forme bizarrement dévalorisée : « ce bouchon qu’est un nom du père » (cette fois sans tirets) (S. 3 / C’est l’existence du « masochisme » qui oblige à parler de « conscience de culpabilité inconsciente ». 4 / Freud introduit « la pulsion de mort » dans la théorie psychanalytique pour rendre compte du masochisme. 16 mars 1976).. p. 1 . 125).23. Les pulsions et le Désir Dans la théorie psychanalytique. est le principal responsable des échecs des traite­ ments analytiques et des réactions négatives après des progrès thérapeutiques.17. 150). Le maso­ chisme moral. 2 / Les pulsions investissent des représentations et des « affects ». « . Pourtant. Sc. 39 . Malheureuse­ ment. mais « des phénomènes psychiques concomitants des processus biologiques». p. p.l. 16 mars 1976). La psychanalyse doit poser l’existence d’affects inconscients comme un plaisir. Freud s’est désintéressé des pulsions du moi après la découverte du « narcissisme ». qui est l’investissement libidinal du moi. Y a-t-il « d’autres forclusions que celle qui résulte de la forclusion du Nom-du-Père » ? Lacan laisse la réponse en suspens. 9.23. Les pulsions sexuelles « s’étayent » sur les pulsions du moi. le Nom-du-Père est en fin de compte quelque chose de léger» (S .

Enfin. — Mais il y a plus qu’une affaire de traduction. Pour Freud (et contrairement à ce qu’ af­ firme Lacan. Kris et Lœwenstein. il revient à l’idée que la pulsion d’ agression est un mixte de pulsion sexuelle et de pulsion de mort. « Dérive ». la pulsion de mort rend compte du sadisme.803. L ’affect concerne le sujet de la conscience.659). Le démontage de la pulsion. Il n’est donc pas étonnant que la théorie des pulsions apparaisse à beaucoup de psychanalystes comme la partie la plus fragile de la théorie psychanalytique. voire du rhinencéphale. mais pas refoulé (£. Leur « combinatoire » est « indiffé­ rente » (E. Mais de ce savoir.). £. Lacan veut couper la pulsion du corporel. La critique de Lacan semble d’abord porter seulement sur la traduction de trieb. elle « coule » ou elle « bat » (£. contre Alfred Adler. les éléments dont elles se composent ne tirent leur sens que de leur rela­ tions réciproques. la source.531532). ou des jeux répétés à l’identique dont le seul contenu appa­ rent est la perte d'un objet.42 / Gilbert Diatkine primaire. car il est écrit dans un langage secret dont il ignore le code : « Un savoir. la pulsion ne se « décharge » pas. Puis il accepte l’idée d’une pulsion d’emprise non sexuelle. surtout. 5 / Existe-t-il une « pulsion d’ agression » indépendante des pulsions sexuelles ? Freud. Hartmann. comment concevoir qu’elles se structurent en termes de langage ? » (£. la psycha­ nalyse n’a rien apporté à l’éthologie. Lacan préfère « pulsion ». Or les grandes fonctions neuro-endocri­ niennes qui expriment les pulsions se projettent « au niveau diencéphalique. d’ un point de vue neurologique. et son choix s’est à peu près imposé. £ 3 4 3 ). L ’affect peut être déplacé. il se ramène à une forme de représentation (£. il retourne à l’idée d’une pulsion agressive autonome.851). sous toutes ses formes. et se débarras­ ser de l’ affect. Les premiers traducteurs fran­ çais ont choisi « instinct ». Au contraire. Ensuite parce que les instincts nous donnent prise (et donnent prise aux animaux) sur le monde comme si nous le connaissions. le sujet n’a nulle connaissance. proposé (£. Freud luimême avouait qu’il « ne pouvait en dire que bien peu de chose ». £. pas le sujet de l’inconscient (£. Après 1920. la direction. car les termes de « pulsion » et de « mort » sont contradictoires. la refusent. A la rigueur. y compris à l'éthologie de la sexualité (£. comme des cauchemars qui reproduisent fidèle­ ment. Comme le signifiant. mais un savoir qui ne comporte pas la moindre connais­ sance» (ibid. puis exigé (S. Melanie Klein l’accepte. depuis qu’elle existe. le langage. l’inconscient est bien un savoir parce qu’il est « structuré comme un langage ». Pour elle.20. a son siège dans le cortex cérébral. en 1929. l’objet et le but de la pulsion s’ordonnent au contraire dans une suc­ cession précise. des traumatismes très pénibles. £. la refuse dans un premier temps.847). qui est tout l’Inconscient. Je peux retrouver mon che­ min « instinctivement » sans être capable de tracer le plan de la ville que j ’ai traversée : un instinct « se définit comme Jacques Lacan / 43 cette connaissance qu’on admire de ne pouvoir être un savoir» (ibid.845-846). Le mot « instinct » doit être banni du vocabulaire psychana­ lytique. p. les pulsions sont structurées par le désir de l’autre (£. témoin de cet ancrage de la pulsion dans le . n’a pas eu le même succès. sans que nous sachions rien de lui.834.714). Lacan ne croit pas que les pulsions soient « des phénomènes psychiques concomitants de pro­ cessus biologiques ».803). La pulsion de mort rend compte d’ autres phéno­ mènes. La pulsion de mort est contro­ versée par beaucoup des élèves de Freud. Mais.466). — Lacan tranche le dilemme posé à Freud par l’affect inconscient : ça n’existe pas. 102). comme beaucoup de contemporains de Lacan. sans les élaborer. d’ abord parce que. L ’affect.264. Pour Lacan. Déjà.383).).

que dans la vision apocalyptique de la Jacques Lacan / 45 résurrection que Signorelli a peinte dans la cathédrale d’Orvieto.20. qui sont responsables de l’oubli. 20. 4/11 y a un seul affect inconscient « à savoir le produit de l’être parlant dans un discours. il le nomme « le principe dit ironiquement du plaisir» (£. p.343).629-630 . Demande. il admet encore que le sujet puisse avoir un désir propre. de « libido ». comme chez Freud. qui elle. le Discours de Rome commence par accepter l’idée que le rêve est réalisation d’un désir du rêveur. Lacan est passé au Désir. il n’est plus. Dans ses premiers textes.17. £. 53). De même.17. ce n’est pas la satisfaction sexuelle. mais narcissique. 99). p. mais ce qui persiste du mouvement du sujet vers l’Autre. p. Mais Lacan propose une surinterprétation. ce dernier a une réponse « chaudronnesque » caractéristique : 1 / 11 ne néglige pas l’ affect. p. Mais puisqu’il existe des rêves de « complaisance » dont le seul désir est de se soumettre au psychanalyste.383 . 209-211). Radiophonie. p. Dès ses premiers textes. qui organise le désir de Freud. Quand André Green consacre son rapport au Congrès des psychanalystes des langues romanes à L ’affect. — Lacan est plus que réservé à l’égard de la notion. . il compare la libido au double placentaire et persécutif du sujet. essentielle pour Freud. Ce que le sujet recherche. p. notamment Melanie Klein. 2/11 est « affecté » par le rapport de Green et par l’ aban­ don de quelques autres. le but du désir pour Lacan n’est pas sexuel. et la consti­ tution d’un objet substitutif (£..814).82-83). être aimé. Lacan arrive à l’étrange conclusion qu’en général le seul désir qui compte est le désir d’être reconnu (£. Cet objet est un objet «in te rn e » pour Freud et la plupart de ses élèves. il est passé au désir nar­ cissique d’être reconnu. dans la pensée de Freud. et. Il deviendra l’objet a pour Lacan. et la « demande ». de sa demande. Et il a fait un petit développement sur la honte dans le séminaire L ’envers (S. il commence par accepter l’interprétation de ce dernier : ce sont bien les fantasmes inconscients de Freud. 11 a consacré un séminaire à l’ angoisse (T V . qu’il appelle 1’ « homelette» ou la «la m e lle » (£845-846. Lacan ironisera de plus belle sur l’ affect (Sc. Par exemple. 57). Quant au « désir». 168). désir. p. £. et que je définis de ce qui se satisfait du blablabla » (S. écarte l’ idée que les pulsions de Freud soient en cause. Comme le symbolique. son angoisse et sa culpa­ bilité à lui. Des pulsions. dans sa lecture de l’oubli du nom « Signorelli » par Freud. Mais l’Autre peut s’ absenter. et TV. Et contre ce témoignage il n’a guère d’autres argu­ ments que l’ironie ou l’insulte (E. en 1953. en tant que ce discours le détermine comme objet » (ibid. S.44 / Gilbert Diatkine corps. Exeunt les pulsions sexuelles. en opposant le « besoin » (qui. Quant au principe de plaisir. et y cri­ tique cette position de Lacan. est satisfait par les pulsions du moi). qui joue un rôle central chez Freud. et du désir sexuel. 5 / L ’ affect « décharge la pensée » et non pas le corps : après quoi.4.379). c’est la « reconnaissance » (voir déjà en 1936. besoin.20. L ’absence de l’Autre provoque une recrudescence du désir. 176). C’est la rencontre avec « l’être-pour-la-mort ». où la libido est traitée de «m y th e fluidique»). tant dans les propos de son compa­ gnon de voyage. p. 38). Le désir narcissique de reconnaissance est aussi le but du « désir de faire reconnaître son désir» (£. p. et a provoqué l’oubli (E . qui correspond à l’un des buts des pulsions narcissiques du sujet. le désir sexuel vient au sujet depuis le dehors.851). plus crûment encore « le pot du prin­ cipe du plaisir. Dans Position de l’inconscient. — Lacan redonne une place aux pulsions du moi. 34 . Exeunt la libido et les pulsions libidinales. 3/11 n’y a pas d’affect inconscient (S.268). Les pulsions libidinales. une fois que les besoins sont satisfaits. ce que les pulsions sexuelles cher­ chent à satisfaire. que Freud appelle Lustprinzip.

le pénis. selon Platon dans Le Banquet. Autre mérite du fantasme lacanien. — Lacan affirme hautement l’exis­ tence de la pulsion de mort. n. « le désir de l’homme est le désir de l’Autre » sont complémentaires. voir aussi S. Le désir « se règle sur le fantasme » comme le fait « le moi sur l’image du corps » (£. en clinique. l’excré­ ment) avant de devenir un objet total. p. L’objet transitionnel n’est que 1’ « emblème » du véritable objet du désir. et le masochisme sous toutes leurs formes. qui est souvent décrit comme un petit sujet à l’intérieur de l’inconscient. « L ’indestructibilité même du désir inconscient » est la manifestation de « cette chaîne qui insiste à se repro­ duire dans le transfert. comme pour Freud et pour la plupart de ses successeurs.614 . et pour elle. c’est aussi ce que Melanie Klein appelle l’objet interne. la valeur suprême à laquelle doit aboutir l’analyse (S. A ux arguments avancés par Freud. La pulsion de mort. où le désir est finale­ ment coprophagie). . et subsumés dans F « objet a ».344-345). et ne pas craindre d’affronter la mort.8. les statuettes de Silène (S. Lacan accorde un certain intérêt à F « objet transitionnel » décrit par Winnicott. Le fantasme est une formation imagi­ naire. . p. ce sont des objets d’identi­ fication (£. 235. et donc des objets « assu­ rément signifiants ». Mais contrairement aux autres formations de l’inconscient.20. le fantasme inconscient est un « sangmêlé » : il est organisé par les lois du processus primaire. ainsi que le souci. 88-89).46 / Gilbert Diatkine L ’objet. mais c’est pour l’intégrer au registre imaginaire. L’objet a se dégrade en déchet.583. p.. l’objet a prend la forme particulière du savoir de l’analyste. placé aux commandes de l’appareil psychique (R oy Schafer). sans daigner s’en expliquer « .141). C’est ce que symbolise le sigle S 0 (a) que nous avons introduit. que renfermaient. les objets partiels ne sont pas des objets d’amour ou de haine. étron. p. présent dans de nombreuses cultures. le sadisme. 114). Et surtout. Le représentant de la représentation.318). p. et aussi S. étroitement lié à la Spaltung ou refente qu’il subit de sa subordination au signifiant.7. Lacan. et à ce titre il participe à l’inconscient.815-816). Lacan le compare à ces objets pré­ cieux. mais des objets de gain ou de perte. il échappe au reproche d’anthropomorphisme qu’on a fait au fantasme freudien. Pour Freud. 235. la mort est en fin de compte le véritable objet du désir. — Le fantasme inconscient n’est pas pour Lacan la réalisation d’un désir sexuel.776-777). la mélancolie. Le « sigle » du fantasme combine l’objet a et le sujet Jacques Lacan / 47 barré. £. et £. comme on Fa vu. au titre d’algo­ rithme » (£. objet mort («la mort qui le regarde de ses yeux de bitume ». et par là à l’interprétation. C’est pourquoi les deux formules « l’inconscient est dis­ cours de l’Autre ». Et le représentant de la représentation se trouve dans FAutre. Lacan substitue l’opposition objet a/Autre (S.. il ajoute.518-519).815-816). les manifestations clini­ ques de l’agressivité. — Au début. Dans l’un de ses rares emprunts aux analystes postfreudiens. les ayaX|xaxa. Surtout.20.8. Dans le transfert. Il n’est donc pas étonnant qu’il balaye avec désinvolture. Tous les objets partiels sont finalement équivalents. cet objet interne est d’abord un objet partiel (le sein. £.348). » (£. d’abaisser les tensions internes jusqu’au zéro (E. 2 . la notion périmée de masochisme primordial. le «représentant de la représentation». A l’opposition objet partiel / objet total. Pour Lacan. Fantasmes. 351 et 357-368.302-303). aux manifestations imaginaires du stade du miroir (£.. il lui est donné d’avoir accès au préconscient. Le « sigle » de Lacan conserve cet aspect « sang-mêlé » en incluant la « refente » du sujet. résout tous les problèmes de la théorie de l’agressi­ vité en ramenant. le désir et son objet se laissent mal dissocier et définir (£. et qui est celle d’un désir mort » (£. ce qui marque : « Le moment d’un fading ou éclipse du sujet.

63). 102). qui reprend d’ abord sous un autre nom le plaisir trouvé dans la douleur (S. p. p.17. en objet a (ibid. au niveau tragique où Freud se l’approprie. en tant qu’elle se distingue radicalement. p. Comme souvent. montre bien que le meurtre du père est la condition de la jouissance» (S. Le prin­ cipe de plaisir est l’antagoniste de la «jou issa n ce» ainsi entendue : « Ce que le principe de plaisir maintient. p. ou encore être ce qu’ordonne le Surmoi (ibid. dans ce que j ’articule. « Et ceci non pas sans raison. 102). Elle peut être aussi l’accom­ plissement de la demande de l’Autre (ibid. p. p. n’ai-je isolé que deux significations du mot «jou issa n ce» chez Lacan.821). — Comment rendre compte alors du mys­ tère du «o u i au déplaisir» (Ferenczi). et sur la répétition des malheurs. p. 4). Lacan ne se contente pas de donner un nouveau sens aux mots du langage courant . dans le système lacanien. et le sens de « masochisme » pourrait convenir si on met l’ accent sur elle comme le fait Lacan. 62). cette place fait languir l’Etre lui-même. 56).). Freud est clair: s’il avait employé le terme de «jo u is­ sance » à propos du mythe d’Œdipe. Elle s’ appelle la Jouis­ sance.. D ’où provient la «jo u is ­ sance ».20. sur plusieurs générations. et perdue.17. p. c’est comme nous l’avons dit tout à l’heure qu’il y a perte de jouissance. de ce que j ’appelle le a » ( ibid. elle. c’est peut-être au sens courant qu’il faut entendre le mot «jouissance » dans l’énoncé suivant : Jacques Lacan / 49 « Je suis à cette place d’où se vocifère que “ l’univers est un défaut dans la pureté du Non-Etre” . et de la recherche répétée des expériences insatisfaisantes ? Par la notion de «jou issan ce». 143). que nous voyons surgir la fonction de l’objet perdu. très classiquement.16.). . de celle attendue. C’est pourquoi Lacan peut écrire paradoxalement : « C’est le plaisir qui apporte à la jouissance ses limites. Et encore. Mais dans quel sens entendre «jou issa n ce» dans ce qui suit ? « Le mythe d’Œdipe. Jusqu’ici. produisant ainsi des formulations paradoxales spec­ taculaires. 51 et 206). 70). insiste sur la culpabilité inconsciente. il l’aurait fait au sens usuel de plaisir sexuel. se constitue en objet perdu. « Ce qui apparaît de ce formalisme pour continuer de suivre Lacan. Mais la tragédie grecque. comme à propos du meurtre du père de la horde primitive.).48 / Gilbert Diatkine La jouissance. Ou encore. Ainsi.819). à peine correcte grammaticalement : « Que le père mort soit la jouissance se présente à nous comme le signe de l’impossible m êm e» (ibid. la recherche du déplaisir ? Eh bien.. Et c’est à la place de cette perte qu’introduit la répétition. voir aussi S. Suit une formule paradoxale condensée.. c’est l'impossible » ( ibid. Elle ménage à Lacan une transition avec un autre para­ doxe que nous avons déjà rencontré : « Et c’est bien en cela que nous retrouvons ici les termes qui sont ceux que je définis comme fixant la catégorie du réel. et c’est elle dont le défaut rendrait vain l’univers » (E. C’est où se spécifie ce qui peut se dire dans le langage » (p. p. dans le séminaire « Encore » : « “ Ce n’est pas ça” — voici le cri par où se distingue la jouissance obtenue.. tout bonne­ ment du hasard ! (S.17. La «jou issa n ce» peut aussi être le plaisir trouvé à faire jouir l’ autre (Laznik-Penot. Une fois trouvée. Ou. ou du moins le « plus-de-jouir ». c’est la limite quant à la jouissance» (ibid. il fait coexis­ ter dans le même énoncé le sens usuel et l’idiotisme qu’il a forgé. 139). du symbolique et de l’imaginaire —le réel. Une spécialiste comme MarieChristine Laznik-Penot en donne encore trois autres. . car l’un des buts de l’ analyse est la diminution du masochisme : « Le dis­ cours analytique articule la renonciation à la jouissance » (S.. car à se garder. Lacan ne fait qu’appeler «jou issa n ce» ce que Freud a appelé «m asochism e». et donc. la jouissance. » (£.

l’être même du sens. au moins par son déchiffrage dans L ’instance de la lettre. L’ homme est donc confronté à un manque symbolique.50 / Gilbert Diatkine Jacques-Alain Miller (1996) donne une sixième significa­ tion à la «jouissance ». 36 — Voir aussi L ’étourdit. 90). soit au pénis imaginé comme organe de la tumescence. « Au-delà s’ ouvre une dimension autre. c’est-à-dire en tant qu’il a rapport avec la jouissance phallique». sens joui —l’homophonie dont il nous sur­ prend dans sa Télévision est au principe même du pro­ gramme inauguré. c’est la dis­ qualification de l’objet petit a. 10) : « . «Jouissance. et peine à rendre compte du produit de jouissance (p. et n’apparaît plus que comme une élaboration de savoir sur “ lalangue” . qui sont au nombre de cinq. donnant à la jouissance. p. 1972. Ce programme. la jouissance (ici entendue comme plaisir) n’est atteinte par l'homme qu’en identifiant la femme à l’objet a. c’est réduire la libido à l’être du sens. . 47). Au terme. « J ’ai scandé les moments principaux de cette élabora­ tion. tandis que la femme est confrontée à un manque réel.. ce qui le conduit à voir en la femme la menace de castration personnifiée. la castration.20.20.. 14-16). De son côté. « intégrale des équivoques d’une langue où cet impossible a sédimenté à travers les âges » (L ’étourdit. L ’impossible du rapport sexuel est à l’origine de « Lalangue ». soit à l'inverse de sa réelle fonction ». la privation : « D ’où les deux rocs de la castration chez l’homme. Le terme de signifiant défaille à saisir ce dont il s’agit —car il est fait pour saisir l’effet de signifié. au lieu du signifié. où la structure du langage est elle-même relativisée.. 90). p. Mais Lacan y voit aussi une forme du réel en tant qu’impossible : La femme « n’entre en fonction dans le rapport sexuel qu’en tant que la mère ».c’est là une formule qui.. sinon par Fonction et champ de la parole et du langage. l’homme « n’y entre que quoad castrationem. — La théorie de la jouis­ sance explique que. p. p. 11). Jacques Lacan / 51 L’aphorisme « il n’y a pas de rapport sexuel » semble donc ne décrire que la psychopathologie de la vie quoti­ dienne des couples. Il n’y a pas de rapport sexuel. si je puis dire. En effet. de l’envie du pénis chez la femme » (S. Et elle n’est atteinte par la femme qu’en identifiant son partenaire « au phallus. Elle est dans le chiffrage (p. p. pour Lacan. ne se supporte que de l’écrit en ceci que le rapport sexuel ne peut pas s’écrire» (S. Lacan pour intégrer la libido freudienne dans la structure du langage — et précisément. C’est pourquoi (?) « i l n’y a pas de rapport sexuel . « il n’y a aucune esthésie du sexe opposé (nulle connaissance au sens biblique) à rendre compte du prétendu rapport sexuel » (Radiophonie...

Freud a lui-même changé assez radi­ calement de métapsychologie à deux reprises. l’excitation parcourt l’appa­ reil psychique du rêveur (et celui de l’analyste). La topique est l’espace imaginaire dans lequel se dérou­ lent les phénomènes inconscients. Winnicott — en concevant « l’es­ pace transitionnel » .ont modifié la métapsychologie. Freud présente. dans le sens inverse. c’est la pointe de la théorie psychanaly­ tique. 11 distingue. — D’une part. la méfiance à l’égard des points de vue économique et dynamique. Aux trois points de vue classiques de la métapsycholo­ gie.Jacques Lacan Métapsychologie La « métapsychologie » a un statut ambigu dans l’ œuvre de Freud. Hartmann.en imaginant une « zone du moi libre de conflits » — . et peut-être même à trois. vers la perception. « économique » et « dynamique ». surmoi contre ça). et la substitution du « désir » aux « pulsions ». Si on peut parler d’une « méta­ psychologie de L acan » (Wildlôcher). est fondé sur le principe d’une « régres­ sion topique » : au lieu d’ aller dans le sens de l’action. La première topique oppose l’inconscient au préconscient et au conscient. Hartmann . comme dans la vie vigile (ou comme dans le moment où l’analyste met fin à la séance). si l’on en croit D. il ne cache pas sa perplexité devant la théorie de la libido et le point de vue économique (£. dans La décomposition de la personnalité psychique. la métapsychologie n’est qu’un « écha­ faudage » nécessaire à la construction du « bâtiment » de la théorie. avec Breuer. et peut être remaniée sans inconvénient pour la théo­ rie proprement dite. / 53 pulsions de vie contre pulsions de mort) qu’il y a des symp­ tômes et des inhibitions. elle se caractérise par le refus de la topique interne. Freud en a une vision très concrète. . Elle ne peut faire l’objet d’aucune démonstra­ tion. comme celui de l’ analyste. Wildlôcher. — D ’autre part. tendant à réaliser une « identité de perception » entre l’objet perdu et l’objet hal­ luciné. Freud a proposé succes­ sivement deux « modèles topiques » de l’appareil psy­ chique. pulsions sexuelles contre narcissisme. Le développement complexe de ses idées au fil des années ne l’a pas tellement écarté de cette position de départ. contrairement à ce qu’affirme Lacan (£. Dès 1936. Les succes­ seurs de Freud. C’est parce qu’il y a des antagonismes entre les instances (conscient contre inconscient. le minimum requis pour reconnaître une proposition pour réellement psychanalytique. Kris et Lœwenstein ont proposé d’ ajouter un « point de vue génétique » qui tient compte du dévelop­ pement du moi et de la libido.264). Le travail psychique du rêveur. Il s’agit d’un aspect de la psychanalyse auquel Freud a toujours attaché la plus grande importance. et le fonctionnement mental de l’ana­ lyste en séance. deux aspects de l’investissement. La deuxième topique oppose le Moi au Ça et au Surmoi.90-91). libre et lié. Est « métapsychologique » une description qui tient compte des trois points de vue « topique ». dans Y Introduction à la psychanalyse ou dans YAbrégé. par exemple. Le point de vue économique tient compte des forces en présence. Lacan s’en est tout de suite méfié. une synthèse des deux topiques. Il lui attache la plus grande importance jusqu’à la fin de sa vie. Le deuxième modèle ne disqualifie nullement le premier. Pour Freud. Freud retrace l’évolution de la libido avec le plus grand soin dans de nombreux textes. entre les pulsions (pulsions du moi contre libido. En 1933. Le point de vue dynamique décrit les conflits incons­ cients. Elle est indispensable pour comprendre le rêve. Et c’est aussi parce que le trans­ fert réactive des conflits que la cure peut introduire des changements. c’est lui « qui différencie principale­ ment la psychanalyse de la psychologie ».

412. elle va vers le stade du miroir (£. S. Pourquoi « obscène et féroce » ? Parce que Freud a montré le lien étroit qui unit le Surmoi et le ça ? Parce que Melanie Klein a ainsi carac­ térisé le Surmoi archaïque ? Sans doute.252. et S. £. 119). £ . Or Lacan voit dans l’introjection l’un des ins­ truments du lavage de cerveau du patient par l’analyste (E. C’est « au-dehors » que le travail analy­ tique va se poursuivre. Quant au Surmoi. £ . £. — La seconde topique.619). £. jus­ qu’à la satisfaction hallucinatoire du désir. la régression topique (S.265. En somme. £. Quand Lacan se laisse aller à employer l’expression « dans l’inconscient ».684). il suscite une étrange ambivalence chez lui. Il récuse la « prétendue identité de perception » à laquelle aboutit. Il refuse donc ce concept. il accepte l’idée d’une régression topique.333-334). proposé par Ferenczi.8 3 8 . D ’une part. 141-142). Le mythe de l’intériorité.630). c’est pour démasquer une position .. Le Surmoi n’est qu’une « grosse voix ».360). La Loi est tout à la fois loi morale du Deutéronome.331.24. 128. Mais d’autre part.635). Pour Lacan. mais celui-ci est à l’extérieur.308. Un seul exemple clinique est rapporté de façon détaillée dans tout le volume des Ecrits.568). S. Ce n’est pas un rêve du patient qui est interprété. Mais au lieu qu’elle aille comme chez Freud. » («réel » au sens usuel du terme) (£. est haïssable.398.8. Il critique la régression « chronologique ».360.54 / Gilbert Diatkine De la topique à la topologie La première topique et le système perception-conscience. puisque l’établissement de la réalité psy­ chique dépend de la reconnaissance de la réalité de la cas­ tration (£. mais celui de sa compagne ! (£. p. A la rigueur.619). il en parle toujours comme d’une « figure obscène et féroce » (£. le surmoi est l’héritier du complexe d’Œdipe par refoulement et « introjection» des objets Jacques Lacan / 55 parentaux.24. 168. — La première topique a le défaut de prendre en considéra­ tion la perception et la conscience (£.. £. Lacan. Le Moi. Il appuie cette thèse sur les « études que Freud a consacrées à ce qu’il appelle la télépa­ thie ». 178 .. fatale à la cure (£. il semble implicitement accepter la thèse de Freud sur la valeur protectrice et civilisatrice du surmoi. La seconde topique et le Surmoi.278-279. Se laisser prendre à l’il­ lusion d’une intériorité au-delà du « mur du langage ». et des « objets internes » à des « objets externes ». déjà là avant la naissance du sujet. séance du 11 jan­ vier 1977. 16 novembre 1976). sous le pré­ texte qu elle n’est « pas réelle..434. où se fondent l'alliance et la parenté » (£. p. lui. S. bien sûr. quand il traite explicitement de cette instance. et l’inté­ riorité est un mythe (S. sous la forme de la Loi. p. mais surtout parce que Lacan pense que le surmoi naît d’une « béance ouverte dans l’imaginaire par tout rejet (Verwerfung) des com ­ mandements de la parole » (E .469). 1). pour Freud.11. p.432). et les « lois de la parole ». p.11. et la différenciation Moi/Ça/Surmoi n’a pas meilleure grâce aux yeux de Lacan. p. Lacan accorde pourtant quelque considération au préconscient (£. l’espèce d’horreur que Lacan a « de la figure obscène et féroce du Surm oi» est la conséquence logique d’une nouvelle conception de l’espace psychique dans laquelle l’intériorité a disparu. — Les deux topiques de Freud opposent un « intérieur » à un « extérieur ». Pourquoi un « r e je t » ? D’abord parce que dans la conception classique. le Surmoi est bien l’héritier du complexe d’ Œdipe.2.617 et £. sans valeur si elle ne renvoie pas à la Loi (£. le répète sans cesse : le symbolique est extérieur au sujet. puis transformé par Freud en « incorporation ». E. p. où c’est dans les actes ou les mots d’un tiers que semble surgir la confirmation d’une interprétation (£. «instance.801). Il ne se sent nullement tenu à écouter la suite des associations du patient après une interprétation. c’est risquer une «o b je ctiv a tio n ».4 2 5 .

Non.371).406 . Seul compte le symbolique : l’énergie d’un barrage. le réel. mais de telle manière qu’il n’y ait aucune «in tériorité» de l’inconscient. 42). p. par exemple entre le sujet et les « caprices d’éléphant » de son « grand Autre » « de mère ». Il met à l’épreuve toutes sortes de figures qui se substitueront à la « besace » de l’intériorité : la « nasse ». le concept de refoulement ne tarde pas à perdre toute utilité. 143). de même que le moi. Tout simplement. le cross-cap figure un « huit intérieur » ou une bande de Mœbius. à une position féminine imaginaire » (£. Ce n’est même pas qu’il serait produit.372). et d’avoir une intimité qui échappe au regard d’autrui.8. mais se contente de railler (1960a. p. du fait de l’existence de l’inconscient. 131).. figure géométrique qui a le mérite de ne pas avoir d’intérieur (£. Il s’en explique rarement. Lacan déteste le modèle synthétique des deux topiques que Freud propose dans « La personnalité psychique ». voir aussi £. Sc.851).. c’est le discours de l’A u tre» (£. Le sujet de la connaissance. — Le problème du conflit. et en général tout ce qui peut donner au sujet l’illusion d’être lui-même. . du côté du sujet de la vérité (£. p. Le point de vue économique Lacan n'a jamais varié sur son refus du point de vue économique. comme une imagerie naïve le fait croire parfois. Il la surnomme 1’ « œuf-à-l’œil ». s’évanouit au moment précis où il passe de l’ autre côté du miroir.342).669).392.864 . si vous voyez le profil vrai de la surface. évacué. Reich (£.379). en classant tous les faits de la vie psy­ chique dans les trois registres du symbolique. dont l’intériorité peut se retourner en doigt de gant (S.23. La bande de Mœbius figure la division du sujet. p. a éliminé la notion de conflit de sa conception de la psychanalyse. c’est un « mana Jacques Lacan / 57 sublim e» (£.56 / Gilbert Diatkine imaginaire du sujet. L’inconscient. une mystification profitable pour «les gros sabots [qui] s’ avancent pour chausser les pattes de colombe sur lesquelles. p.320-321 .659).. voir aussi Radiophonie. — Lacan remplace la topique de Freud par une « topologie » (S. si dis­ paraissent l’intériorité et le conflit psychique ? En posant que le refoulement vient du dehors (£. p. c’est d’ abord un jeu de signifiants dans la calculatrice d’un ingénieur (S. je souligne). Exit donc le point de vue économique. Par exemple : qu’un sujet « reste fixé. p. un v id e » (ibid.11. 404-408). au sens où l’entendait W. Le point de vue dynamique Lacan. Topologie. L’intériorité appartient au seul registre de l’imaginaire. dans son inconscient. dans laquelle un « secteur où les champs appa­ raissent se recouvrir est. celui qui se croit maître de lui comme de l’univers. le caractère. n“ 10). La surinterprétation par Lacan de l’oubli par Freud du nom « Signorelli » le montre : « Mais peut-on se contenter [comme le fait Freud] de par­ ler ici de refoulement ?. et y voit « un génétisme où se prolongent à un usage de primate les leurres antiques de la connaissance d’amour » (£.4. de l’imagi­ naire et du réel. va. 658 . 264). faire retour dans une préoccupation qui va obséder Lacan jus­ qu’ à la fin de sa vie avec la force qu’il prête quelquefois au « réel » : comment articuler ce qu’il a si bien séparé. Comment conserver le concept de « refoulement ». 70-71). qui a constamment le mot « dialectique » à la bouche. et 1’ « œuf-à-l’œil » par un tore. Dans l’espace. Il est «in u tile » (£. la vérité se porte » (£. le refoulement est le produit mimétique d’une identification à la censure. la « m itr e » ou cross-cap. par un conflit entre le sujet et la société. Ornicar. Du coup. on le sait. Nœuds. Exit le refoulement. 1953.

un peu plus loin : « L ’enjeu d'une psychanalyse est l’ avènement dans le sujet du peu de réalité que ce désir y soutient au regard des conflits symboliques et des fixations imaginaires comme moyen de leur accord.. pensait que les régressions provoquées par les conflits étaient déterminées par les fixations. deviendra un fait de structure du psychisme. Ou. ici tracé en rouge.. Freud.724). 18 1 77).. de moment « his­ torique ». «im aginaires». £.98-99). effective­ ment se reploie dans le Symbolique. » (£.2. sa description cadre parfaitement avec ce qu’Anna Freud appelle un « stade du développement ». comme en témoigne le fait qu’il n’y a que l’homme à parler » (S.260 . celle qui fait qu’on ne peut fonder une identification qu’à ce que quelque chose fasse l’ap­ point pour en trancher» (£.24.3. entre de nombreux autres. Elle fait en effet coïncider un aspect proprement relation­ nel et une phase de la « maturation » neurophysiologique. et nœud vrai en ceci qu’on ne saurait le mettre à plat. Ornicar. — Les relations d'interdépendance du réel. « Nœud là veut dire la division qu’engendre le signifiant dans le sujet. « qui ne vaut pas mieux que les “ lois” de l’histoire » (£. il faut supposer que c’est le désir (et non comme chez Freud le symptôme) qui va être le « moyen de l’ accord entre conflit et fixation » ! La forme spatiale du « nœud » s’impose comme gestalt dès 1966 : « La psychanalyse a ce privilège que le symbolisme s’y réduit à l’effet de vérité qu’ à l’extraire ou non de ses formes pathétiques. dans « Fonc­ tion et champ. Les dernières années de la vie de Lacan se passeront dans des spéculations fort complexes autour des nœuds borroméens. 278). Ces attaques ne l’empêchent pas de repro­ .279). elle isole en son nœud comme la contre partie sans laquelle rien ne se conçoit du savoir. il faudrait dans ce cas que le Réel sans que nous puissions voir où il s’arrête. et notre voie est l’expérience inter­ subjective où ce désir se fait reconnaître» (£. ça com ­ mence là quelque part au beau milieu du Symbolique. régression et fixation avaient « lieu » dans un même espace. Et si la phrase de Lacan veut dire quelque chose. lui. le « stade » du miroir. sans qu’il semble avoir trouvé de solution qui le satisfasse pleinement : « Oui. Lacan n’aura plus que sarcasmes contre « cette mythologie de la maturation instinctuelle. il a fallu qu’on s’aperçût que c’était ins­ crit aux armoiries des Borromées. Comme il s’en félicite (£. elles... Un nœud qu'on ne peut mettre à plat est la structure du symbole. Donc..263). En d’autres termes. Dès lors. Le nœud dit de ce fait borroméen était déjà là sans que personne se fût avisé d’en tirer conséquence » (S. » (1953) : « . Le point de vue génétique Lacan a apporté sa contribution à la psychanalyse géné­ tique avec le « stade » du miroir. les conflits sont « symboliques ». mais qu’il en est d’ autre part étranger. n" 6).811). . la fonction paternelle concentre en elle des relations imaginaires et réelles. mais les fixa­ tions sont. Ça expliquerait que l’Imaginaire. du symbolique et de l’imaginaire. toujours plus ou moins inadéquates à la relation symbolique qui la constitue essentiellement » (£ . voir aussi. que le Réel nous le mettions en continuité avec l’ Imaginaire. Nœuds borroméens. sont modélisées par Lacan sous la forme mathématique du « nœud borroméen » : / 59 « Pour que la condition fût expressément posée de ce qu’à partir de trois anneaux on fit une chaîne telle que la rupture d’un seul quelconque rendit l’un de l’ autre les deux autres libres.58 / Jacques Lacan Gilbert Diatkine le symbolique et l’imaginaire ? Par exemple. Très vite.. Mais il s’agit d’une étape précoce et transitoire dans sa pensée. Conflit. indépendant de la chronologie.

mais rétroactif. qui ne disposent même pas d’un mot pour le traduire dans leur langue. le complexe d’Œdipe est toujours déjà là. exposée dans « l’énigme des trois prisonniers » : le directeur d’une prison fait comparaître trois détenus. Le dilemme des trois prisonniers permet de modéliser l’ aprèscoup sans utiliser la notion de pulsion. en mettant l’accent sur la succession de stades et de sous-stades décrits minutieusement. trois blancs et deux noirs.402).554). Tous trois le devinent en même temps. On demande comment ils ont pu le savoir (£. Les prisonniers savent qu’il y a cinq dis­ ques en tout. L ’après-coup. Il promet de libérer le pre­ mier d’entre eux qui aura deviné la couleur d’un disque placé sur son dos. son ancrage dans le corporel.256). son type de causalité spécifique et le fonctionnement en deux temps de l’appareil psychique. Lacan montre que chaque sujet n’arrive à la certitude qu’ après deux « scansions » (c’est la première apparition de ce mot. toutes choses dont Lacan ne veut rien savoir. un événement minime réactive le souvenir passé avec toute la force pulsionnelle de l’adolescence. Une pensée rétroactive est néces­ saire pour résoudre l’énigme. . Lacan a au contraire attiré l’ attention sur un concept freu­ dien essentiel. Pour Lacan. et donne son sens après coup « aux stades prégénitaux en tant qu’ils s’ordonnent dans la rétroaction de l’ Œdipe » (£. L’après-coup oblige à penser la tempora­ lité et la causalité psychiques sur un mode non plus linéaire. Elle est censée fournir un modèle de l’après-coup. Lacan insère l'après-coup dans sa conception du temps logique propre à la causalité psychique. Un traumatisme sexuel de la petite enfance ne prend son sens qu’ « après coup ». Ce modèle sera uti­ lisé pour montrer la structure temporelle propre au psy­ chisme inconscient. — Le point de vue génétique. On pourra trouver que c’est un Jacques Lacan / 61 façon bien compliquée de dire la même chose que Freud.197). à la puberté. Il y reviendra dans la théorie de l’interprétation) suspensives. en particulier le diphasisme de la libido. En fait. au moment où. Mais la présentation de Freud est fondée sur la pulsion. L’ après-coup est resté longtemps oublié des analystes de langue anglaise. chaque prisonnier a un disque blanc.60 / Gilbert Diatkine cher aussi aux psychanalystes américains leur « anhistorisme » (£. l’ après-coup (E . séparant « le temps pour comprendre » du « moment de conclure ». est fondé sur une temporalité linéaire. Il va aussi éclairer le modèle lacanien de l’interprétation.

« Il repousse tous les autres contenus psychiques. répond chez l’analyste un « contre-transfert » qui s’établit « par suite de l’influence qu’exerce le patient sur les sentiments inconscients de son analyste ». car le transfert est non seulement utilisé. nous ne pouvons en douter.. de passage à Paris.Jncques Lacan Technique Après la Libération. dont Lacan. » Si le transfert positif sur l’analyste est suffisamment fort. le succès d’une interprétation dépend de facteurs économiques liés au transfert. Juste avant la guerre. en ternies de « relation d’objet ». Spitz). Suivant Freud. l’interprétation retrouve les traces mnésiques des traumatismes en n’ utili­ sant que le langage. le malade triomphe de la « seconde censure ». S’il refuse l’interprétation d’ une résistance. Ce dernier établit « un contact entre les contenus [inconscients] du moi et les restes mnémo­ nique des perceptions visuelles et surtout auditives ». mais qu’elle est créée vers le huitième mois de la vie. qui a remis en question tous les acquis techniques reconnus. L ’analyste doit donc se faire un allié de la partie saine du malade ( « alliance thérapeutique » ). Freud a très tôt pensé que l’interprétation devait suivre un ordre précis. et qui leur a été transmise par les analystes berlinois (Lœwenstein) et viennois (Hartmann. Comme le transfert. qui transposent diverses structures psychopathologiques au sujet normal. W. ce que Reich a ensuite formalisé. Il faut leur enseigner une technique de l’analyse que Freud n’a jamais systématisée. malgré les propos rassurants de Freud : « Il est certain qu’on a exagéré sans mesure le danger . Reich décrit aussi une série de « caractères ». Freud n’ a jamais rédigé le manuel de technique psychanalytique dont il avait le projet. Les ana­ lystes français ont logiquement redécrit les divers carac­ tères de Reich. mais interprété. Fénichel à Berlin ont tiré. La connaissance de ces carac­ tères indique en principe la technique interprétative cor­ / 63 recte. Ses articles techniques révisent successive­ ment des principes d’abord tenus pour acquis. Si le patient refuse l’interprétation. bref. de la superficie vers la profondeur. L’interprétation du transfert devient le moyen principal dont dispose l’analyste pour lever le refoulement. le contre-transfert a d’abord été perçu comme un obstacle à l’ analyse avant de devenir un instrument de travail précieux. et sont éparpillés dans divers recueils. qui a été formée avant guerre se trouve dans une situation inédite : plusieurs dizaines d’élèves affluent à l’Institut de psychanalyse pour s’y former. et se répètent dans le transfert. Maurice Bouvet se sert de la « distance à l’ob­ jet » comme d’un guide dans sa technique interprétative. Reich à Vienne. Le transfert est une « relation sentimentale [du patient à l’analyste] qui est de la nature d’un état amoureux ». A la même époque. Dans la technique issue de Freud. sa dénégation peut être interprétée par l’analyste comme une confirmation indi­ recte. le monde psychanaly­ tique est secoué de la « grande controverse » entre parti­ sans et adversaires de Melanie Klein. L’ analyse n’en est pas revenue à l’ hypnose pour autant. Des indications éparses qu’on y trouve. Spitz a découvert que la rela­ tion de l’enfant à l’objet n’existe pas de façon innée. Selon Freud. il a pris la place de la névrose. ainsi que d'autres. Au transfert du patient. puis 0 . Les derniers textes de Freud laissent la question de la suggestion ouverte. à l’usage des étudiants en psychanalyse. sa « résistance à l’interprétation des résistances » doit à son tour lui être interprétée. qui sépare le préconscient du conscient et assure la prise de conscience.. il éteint l’intérêt pour la cure et la guérison. la poignée de psychanalystes fran­ çais. En effet. des manuels systématiques qui fournissent l’essentiel de la « technique classique » dont disposent à leur tour les ana­ lystes parisiens. La suggestion est mise au service de l’interprétation.

si. certains analystes français de l’époque assignent vraiment pour but à la cure l’identifica­ tion du patient au moi de l’analyste (£. la « partie saine du moi ». 1). son interprétation est « soumise à l’ organi­ sation de son moi » (£. Mais pourquoi se donner à voir produirait-il nécessaire­ ment une identification en miroir chez le patient ? Cette identification mimétique n’est une fatalité pour Lacan que parce qu’elle fait partie de sa théorie de l’Imaginaire.. I/analyste qui procède ainsi dénie l’existence de l’incons­ cient (£.254).294). D ’une part. Certes. p. ou qu’il se fie à son intui­ tion immédiate. Freud a légué à ses successeurs une autre déception : les analyses interminables butent sur ce qu’on aurait imaginé le plus facile à analyser: « L e roc de la castration. D’autre part. car il suppose un sujet constitué. 119).347). p.339). Interpréter la relation d’objet. elle occupe une place marginale. sous la forme de la crainte de la passivité chez les hommes. comme si cette partie saine n’avait pas ellemême un inconscient ou.255. Radiophonie.371). ou le caractère. et n’entrave en rien le processus analytique. comme aux autres successeurs de Freud. Freud. En effet.4 6 9 . à la suite d’une interprétation. £. Il faudrait que l’ analyste se soit comporté d’une façon très incorrecte pour qu’ un pareil malheur lui arrive . que l’analyste tire son inter­ prétation d’un savoir livresque.3 3 8 . le patient prend conscience de quelque chose.333). l’ analyse didac­ tique lui semble un processus permanent. p.. empruntée à la théorie psychologique » (£. Lacan n’ accepte pas la notion de « cuirasse caractérielle » de Reich. Mais même si l’analyste ne se donne aucun objectif de ce type. Difficile d’interpréter sans donner à voir son moi. Quant à « l ’ alliance thérapeutique» dans laquelle « l’analyste doit se faire un allié de la partie saine du moi du sujet. D’une manière générale. Il se méfie de la « prise de conscience. S. Contre eux.. comme si l’analyste avait bien entendu en poche le relevé garanti des plans de l’in­ conscient » (£. Le problème qui se pose à Lacan. — Le danger de la sug­ gestion semble d’autant plus grand à Lacan que. le passage d’une scène à l’autre. en termes lacaniens.425).24. est d'opé­ rer. l’une occupée par le patient. il extirpe la sugges­ tion de tous les abris que lui ménage la technique clas­ sique.11. 70-71 . voir aussi S. et s’en aliéner davantage (£. et £. et l’autre par l’analyste. Critique de la technique classique. amène l’analyste au « modelage du sujet par le Moi de l’analyste » (£.333 et £. en est venu à la conclusion que l’ analyse se déroule sur deux scènes entièrement différentes. C’est ce qui se passe dans l’hypnose (£.398. Celui-ci place l’analyste « dans la même voie qui donne naissance au sym ptôm e» car « l ’interprétation relève toujours plus exclusivement du savoir de l’ana­ lyste. Cet étrange argument contre l'insight sert d’écran à deux raisons plus fondamen­ tales. comme si elle n’était pas elle-même « divisée ». à partir du problème de la double inscription. sans abus de pouvoir. » Si Freud pense pouvoir décrire la fin d’une analyse thérapeutique. en lui “ mettant dans la tête” des choses auxquelles on croit soi-même mais qu’il ne devrait pas accepter. Dans Jacques Lacan / 65 la plupart des cures. elle réduit à la limite [ce dernier] au Moi de l'analyste» (£ .294). la seule communication de son savoir au patient le place en posture de l’aliéner.. 16 novembre 1976. et de l’envie du pénis chez les femmes. Lacan se refuse à tout « déchif­ frage ». suivant Anna Freud à ses débuts. Lacan critique donc Fénichel (£. Le refus de l’intériorité amène aussi logiquement Lacan à refuser d’ interpréter « de la superficie vers la profondeur. il va confirmer sa croyance que son analyste sait vraiment quelque chose sur son inconscient.337).336) et le manuel de Reich (£. On peut très bien chan­ ger sans aucune prise de conscience.64 / Gilbert Diatkine d’égarer le patient par la suggestion. il aurait avant tout à se reprocher de ne pas avoir laissé parler le patient tout à son aise » ( « Constructions en analyse » ). la prise de conscience est liée à la notion d’in­ tériorité que Lacan récuse (£ . la communication de ce savoir au sujet n’agit que .

et son « en-deçà. et même aggrave encore la sujétion du patient.418-420). L ’interprétation de transfert amène donc le patient à s’identifier au moi de l’analyste (ibid. « Lui parler ». qui constitue le transfert. Il en résulte que le transfert se pro­ duit non pas après un certain temps de déroulement de la cure. on ne peut à fois « parler du sujet » et « lui parler ». image. D ’ailleurs Freud n’interprète pas toujours la résis­ tance : dans le cas de l’homme aux rats. de sa nature. » Jacques Lacan / 67 (£ . même s’il peut pas­ ser pour « le signifié refoulé » d’un signifiant ! Le sens est dans « le discours de l’autre » (E . p. Pas question donc de chercher « dans » le sujet le sens du symptôme. ouvrage travaillé avec art et offert aux dieux.376).414. Enfin on confond trop souvent « résistance » et « défenses du M oi» (£. et « tuer le désir qu’il s’agit de dégager ».333-337).8. £.595). . qu’il concerne petit a. £. L ’analyste nour­ rit ainsi le patient des précieuses connaissances qu’il est censé détenir (S. p. « interpréter le transfert » ne sert à rien. ses patterns de conduite.595). mais « avant même que l’ana­ lyse soit com m encée» (S.6 1 8 . Fondamenta­ lement « le transfert n’est pas. Il suf­ fit pour cela que l’analyste soit « supposé savoir » la vérité du patient : « Dès qu’il y a quelque part “ le sujet supposé savoir” — que je vous ai abrégé aujourd’hui au haut du tableau par S.. interpréter le transfert. p.336. dont est soli­ daire toute objectivation psychologique» (£. En outre.il y a transfert » (£. comme l’a décrit Freud.418).290).S.. .axTa deviennent les objets du désir du patient (S .377 . p. p.337). Lacan admet quand même l’exis­ tence d’un « transfert primaire » reposant sur l’identifica­ tion primaire à la toute-puissance maternelle qui « suspend à l’appareil signifiant la satisfaction des besoins. p. Il retombe donc dans la suggestion (£. p. c’est « donner quelque chose dont se nourrit la parole.677). ce sont les xyaÀaaTX1qu’il croit que l’analyste contient.8.209-211 . £. Ce qui compte dans une interprétation.. objet dont on se pare et don t on s’ enorgueillit. 141).66 / Gilbert Diatkine comme une suggestion à laquelle le critère de la vérité reste étranger» (£.l. L ’amour de transfert est la vengeance du patient contre son assujettissement au désir de l’ analyste. qu’il la connaît d’avance. 238). Ce dont le patient tombe amoureux dans l’analyste.291.418-419). 246 . De même. au lieu de le faire. Mais alors que découvrir le sens caché d’un symptôme est du plus grand intérêt pour Freud.308. AyaX(i. la suite des associations du patient. £.. En effet. La résistance n’est pas « dans le malade ». et la réalité c’est celle des préjugés et de l’idéologie de l’analyste (S. qui est ce que nous appelons le désir. avec ce qui le caractérise comme condition. £. £. Les xya/.280). L ’interprétation des résistances est spécialement fautive (£. et montrer « son au-delà qui est la demande d’amour ».. mais on ne doit pas interpréter le transfert.11. c ’est bien. ce qui est le but de l’analyse (£..250 . comme l’ a écrit Freud dans « Constructions ».8. voir aussi S . p. 1.11. il fournit au patient l’explication souhaitée (£. 235). Interpréter les résistances ne fait que les accroître (£.397). c ’est « lui renvoyer son message sous une forme inversée ». le « signifié » n’a aucune importance pour Lacan (£. p. 125). Interpréter le trans­ fert.a : statue.303).333 et E. 130.308). Interpré­ ter. 209). Au lieu de ramener le patient à la réalité. mais « dans le discours lui-même. c’est précisément la croyance du patient que sa vérité est déjà donnée à l’analyste.370. voire le livre même qui est par derrière ». 133). £. l’analyste doit le ramener au signifiant (ibid. voir aussi £. c’est ramener le patient à la réalité. 163).s. car alors l’ analyste impose sa version de la réalité. voir aussi E. quelque chose qui eût été auparavant vécu ». On peut «interpréter la demande ». c’est donc forcément «satisfaire la dem ande» (S. objet partiel » (S.l. le « reconnaître » et « lui faire reconnaître sa vérité». C’est pourquoi « il n’y a pas d’autre résistance à l’ analyse que celle de l’ analyste lui-m êm e» (£. £. En effet. mais est le produit de la situation analytique.

I06-107). peut-être... Mais ambiguë pour la patient. Elle se déploie en neuf temps : 1 / Lacan tient pour « prévalente » la « réglementation professionnelle » qui exige des séances de durée fixe et suf­ fisante. le silence de l’ana­ lyste prend d’ autres significations : d’une part. ni le transfert. Mais le silence fait bien plus. ). il reste à votre discrétion de le lui faire entendre en l’interpellant à la place imaginaire où il se situe. A la fin de sa vie. L ’analyste est alors 1 autre Jacques Lacan / 69 avec un petit a. En somme.l. le « contre-transfert » n’a plus de place dans la théorie (£ . Puisque le transfert résulte du dispositif analytique.3 3 2 . — Le raccourcissement des séances a d’abord été pour Lacan la conséquence de son succès. p. à celles de l’American way o f life (E. ou à intervenir sans donner à voir son Moi. ou quand « émerge » le « trait qui peut le plus particulièrement s’adresser à l'analyste dans ce que le patient est en train de dire ». Conjugaison harmonieuse. de l’analyse de la résistance et de l’analyse du matériel » (E. le silence suffit à « dégager formellement la mort incluse dans la Bildung narcissique» en «apportant lui-même. avec le jeu de la présence et de l’ absence. p. l’homophonie.. Par exemple..431). C’est « le moment où la parole du sujet bascule vers la présence de l’auditeur ». On est en effet. En pleine guerre froide. comme le recom­ mande Freud. et on est « dans l’imaginaire » ( ibid. et la distinction du symbolique..333-334). Le temps des séances est « un élément qui appar­ tient manifestement à la réalité puisqu’il représente notre . le petit et le grand. Et c’est ici que se conjugue harmonieuse­ ment l’opposition. l’analyste sait qu’il est l’Autre quand il entend le désir d’être reconnu (£. S. — On pourrait croire qu’en se taisant.8. ou bien” . de la technique des séances brèves. C’est alors que la parole émer­ gente peut être « ponctuée » par l’analyste. et chaudronnesque. 1’ « intervention interprétante» de l’ analyste va prendre un «relief d’oracle » (E.» contient une apologie systéma­ tique. Souligne-t-elle la résistance ou le désir ? Et déli­ cate pour l’analyste : comment ponctuer ? Deux modes principaux de ponctuation : l’interruption de la séance.. comme l’ analyste s’ abstient d’interpréter. mais qu’il n’existe tout simplement pas (Sc. «F on ction et ch am p. 215-216). ces propos pèsent lourd. Le silence. qui se trouve exposée en détail dans le Discours de Rome. par des « ponc­ tuations ». vous homologuez ainsi ce point comme une ponc­ tuation correcte. « L’ amour c’est donner ce qu’on n’a p a s» (S .375). L ’interruption de la séance. Sur « ce fond d’inertie ».5. puisque l'analyste ne doit interpréter ni les contenus. Un texte de 1948 présente l’analyste silencieux comme un « idéal d’impassibilité » pour le patient. il a produit une théorie de sa technique. qu’il serait ruineux de soutenir formelle­ ment. Mais l’analyste lui-même. 229). Ponctuations. p. La soumission du patient au moi de l’ analyste entraîne aussi son aliénation au sens marxiste du terme : identifié au Moi de l’analyste. — « . le patient adhère aveuglément à ses valeurs. L’ analyste est alors l’Autre avec un grand A. Il n’est peut-être pas facile pour le patient de distinguer un silence symbolique d’un silence imaginaire. En cherchant à justifier ce qui était d’abord une pratique fortuite. Lacan affirmera que non seulement le désir de savoir du patient ne doit pas être pris à la lettre. s’il s’agit d'un psychanalyste améri­ cain. le signe pri­ mordial de l’exclusion connotant l’“ ou bien. l’ana­ lyste manifeste seulement sa neutralité. D ’ autre part.68 / Gilbert Diatkine Car l’amour est une « fausseté essentielle ». il ne lui reste plus qu’à se taire. ni les résistances. 16). comment peut-il savoir s’il est l’Autre ou l’autre ? Eh bien. en 1973. de l'imaginaire et du réel.. de la présence ou de l’ absence ». il « annule sa propre résistance ».. Avec la mise en place des deux « autres ». « dans le symbolique » (£429-430).

7 / Le cadre de la cure est d’ailleurs sujet à variations dans le temps et dans l’espace (£.). ou avec au contraire les « marques de dédain du Maître » ? Quand le patient se retrouve sur le palier. ce qui leur permet aussi de fuir le transfert.313) : Freud donnait des Jacques Lacan / 71 séances d’ une heure. et ils étaient plus libres que nous (£. La responsabilité des sociétés d’analystes est d’aider leurs membres à résister à ces pressions. « Dès ce moment. c’était seulement par convenance personnelle.252). 2/11 faut donc être complètement obsessionnel pour res­ pecter un « règlement» pareil (ibid. 4 / L ’interruption de séance. 9 / La preuve : la même ponctuation peut aussi bien « marquer le dédain du maître » devant une parole vide : « Comment douter. Il aurait fort bien compris qu’on procède autrement (£. l’existence même de normes sur la durée des séances est contradictoire avec les visées de l’ analyse. Encore faut-il admettre qu’on a un contretransfert inconscient. qui peuvent le pousser à retenir son patient parce qu’ il le trouve tellement passionnant ou. par son côté inattendu. au contraire. dès lors. à s’en débarrasser parce que celui-ci l’angoisse sans qu’il s’en rende compte.315). 8 / L ’interruption de la séance « ponctue » le discours du patient. Elle semble avoir été déterminante dans le cas de Lacan.313) ! Mais Freud n’était pas romain. de l’effet de quelque dédain marqué par le maître pour le produit d’un tel tra­ vail ? La résistance du sujet peut s’en trouver absolument déconcertée. Et c’est dans le discours que doit se scander leur résolution» (ibid. jusqu’à ce que s’en consument les derniers mirages. la ponctuation a pour but de « suspendre les certi­ tudes du sujet. alors pourquoi pas des séances encore plus courtes ? Ici intervient la pression du socius. Le coup de bambou du Maître peut tout à fait avoir valeur de reconnaissance symbolique (£. La suspension de séance pourrait aussi bien être éprou­ vée tout autrement. Comment concilier le refus louable de tout endoctrine­ ment du patient avec ces satisfecit récompensant les pro­ grès de la cure. Lacan n’a aucun compte à rendre à personne sur « son procédé » (£. 3 / L’ « univers de la précision » est d’ apparition récente. la fixité de la durée de la séance garantit l’analyste contre les mouvements de son contre-transfert inconscient. ni grec. Ici. et n’est pas « un facteur de libération ». mais leur manque d'argent et de temps) s’exercent sur les analystes et sur les patients pour qu’ils consacrent de moins en moins de temps à leurs cures.).362). son alibi jusqu’alors inconscient com­ mence à se découvrir pour lui.315). D’énormes pressions sociales (pas seulement le nombre des patients. s’ apparente aux techniques du bouddhisme Zen. 5 / Si Freud donnait à ses patients des séances d’une heure. En effet. puis­ qu’elle propose au patient des valeurs à atteindre qui vont l’amener à se conformer au Moi idéal de l’analyste. 6 / De toute façon. et sous cet angle. qu’ il se sente dédaigné ou en progrès. dont elle souligne la vérité: « L a suspension de la séance ne peut pas ne pas être éprouvée comme une ponctuation dans son progrès» (£ . et de la « figure obscène et féroce du Surmoi ». parler de « réglementation » ici laisse entendre que les séances à durée fixe n’ont aucune justifi­ cation éthique ni technique. En réalité. les Anglais des séances de cinquante minutes. voir aussi £.315-316). puisque elle « conjugue harmonieuse­ ment l’opposition de l’analyse de la résistance et de l’ana­ lyse du matériel ».3 1 3 . Les Romains et les Grecs n’étaient pas à un quart d’heure près.70 / Gilbert Diatkine temps de travail. Naturellement.312). les Français de quarante-cinq. son analyste . et on le voit rechercher pas­ sionnément la raison de tant d’efforts » (£. il tombe sous le coup d’une réglementation professionnelle qui peut être tenue pour prévalente » (£. mais qu’elles résultent du « piétinement d’éléphant du caprice de l’Autre ».

Une bonne inter­ prétation doit être une énigme. mais les abolissant tous. la « boule » se I ransforme en tore. p. qu'il se fasse entendre. p.17. 39).. Ils représentent le fading du sujet au moment de la « coupure » interprétative (Radiophonie. fait retour à la sorte de fixité que Freud décerne au vœu inconscient » (£. p.» l’analyste peut «ca lcu le r» (encore l’obsession du quantitatif) «les résonances sémantiques de sa verbalisa­ tion » (£. La place de l’interprétation se restreint encore quand Lacan pense avoir apporté une solution au problème. c’ est-à-dire aux aléas imprévisibles de son contre-transfert.4. Qu’est-ce à dire ? Sinon que nous ne faisons que donner à la parole du sujet sa ponctuation dialectique» (£. Le temps passant. et de faire ainsi émerger le sujet. le passage d’un côté à l’autre du tore. 48) Comment l’analyste sait-il qu’il ne dit pas n’importe quoi. on l’ a vu. souvent le patient ne s’aperçoit de rien : « Il suffit donc. cross-cap) figurent tous le passage d’un côté à l’autre d’une surface sans qu’il y ait à passer de bord. car ces effets s’opèrent souvent à son insu. p. 43). pour le p atient» (S.294). soulignant une homophonie. il s’ agit d’établir un lien entre deux signifiants. L ’analyste sait toute la vérité : « Un savoir en tant que vérité —cela définit la structure de ce que l’on appelle interprétation» (S. Il est . Elle fait alterner deux mouvements : d’abord « le fading constituant de l’identification du sujet ». pour qu’il [le symbole] porte ses effets dans le sujet. — En somme. ce qui est différent» (ibid. 39-40). désappointé par le structura­ lisme. voir aussi Radiophonie.836). Heureusement. 227).839) permet « l a traversée du fan­ tasme ». Dans le Discours de Rome. 17. par la jouissance.. devient de plus en plus confiant dans la seule magie du jeu de mots (Sc. c’est-à-dire ce que son contre-transfert lui dicte ? Lacan affirme pourtant que la ponctuation par un jeu de mots n’ est « pas n’importe quoi » (S . 43. Du même coup.. Puis. le « double tour » de l’interprétation.. 226). p. L ’inconscient se ferme et s’ouvre au rythme des battements de la pulsion qui devient une pul­ sation. « la diachronie (dite « histoire ») qui s’ est inscrite dans le fading. qui est ce que représente le premier signifiant pour le deuxième. l’analysant va faire. Le retour de la diachronie. « un mi-dire. que Lacan explique. quelle place reste pour l’interprétation dans la technique de Lacan ? Dès les premiers textes. le représentant de la représentation de son psychanalyste » (S.11.72 / Gilbert Diatkine s’est posé derrière lui comme un distributeur de bons points et de retenues. Initialement. une vraie parole contient déjà sa réponse et que seule­ ment nous doublons de notre lai son antienne. c’est la compulsion de répétition. quelle que soit sa forme. Cette omniscience mise en acte pourrait couper le désir à sa racine.294). du passage d’une scène à l’autre. figurant le sujet méconnaissant sa divi­ sion. posé par Freud dans « Constructions ».. p. Les différents modèles topologiques qu’il propose (bande de Moebius. quand il ne s’ agit encore que de ponctuer le désir de reconnaissance. p. La ponctuation par un effet rétrospec­ tif d’après-coup (£. Le patient a bien raison de supposer que l’analyste sait... La ponc­ tuation. dans la « double boule ». Jacques Lacan / 73 La fin de l’interprétation.310). La division du sujet devient maintenant « sépara­ tion de la jouissance et du corps désormais mortifié ». Lacan. le jeu de mots. La séance à durée variable laisse le patient com ­ plètement livré au caprice souverain et aux préjugés idéo­ logiques de l’ analyste. Il lui a présenté son Moi comme Moi idéal de la manière la plus évidente. elle est modeste : « . p. Les homophonies. » (E. 86). creuse un « trou ». d ’où « choit » l’objet a. Dans un deuxième temps rétrospectif. de cet objet a déchu. Lacan affirme : « Nul doute q u e . Que le patient soit déconcerté ne peut qu’accroître le prestige d’oracle de son analyste. qui va faire de l’objet a le « représentant de la représentation de l’ana­ lyste» (S. 70).4. p.4. — Autre forme de ponctuation. Elle est « non point ouverte à tous les sens.

une analyse correctement menée le convainc fermement de la vérité de la construc­ tion. p. Lacan le dit. « très souvent on ne réussit pas à ce que le patient se rappelle le refoulé. 161). La levée de l’amné­ sie infantile reste le but de l’analyse même après ce qu’on appelle « le tournant des années vingt » . 206). c’est chiffrer à nouveau. c’est l’interprétation elle-même » (S. c’est de moi. Miller commente : « La jouissance est dans le chif­ frage. Pourquoi? Parce que « ce qu’ articule comme processus primaire Freud dans l’inconscient .. p. 10-11). c’est une image fidèle des années oubliées par le patient. Le symp­ tôme même est à penser à partir du fantasme. « On bat un enfant ». 223). et tout ce que l’ analyste a à faire. Miller peut affirmer (1996) : « Je dis que l’âge de l’interprétation est derrière nous. mais qu’on y aille et on le verra —. 1996. image com­ plète dans toutes ses parties essentielles. p..17. c’est étendre l’in­ fluence du moi sur le ça. sur laquelle se déploient ses processus psychiques. dans « Cons­ tructions en analyse » : « Ce que nous souhaitons.-A. mais d’élargir l’accès du patient à 1’ « autre scène ». ce que Lacan appelle le « sinthome ». ce qui du point de vue thérapeutique a le même effet qu’un souvenir retrouvé ». » Le fantasme est une phrase qui se jouit.. Interpréter. mais qui se déchiffre. message chiffré qui recèle la jouissance. p. Donc 1’ « inconscient inter­ prète ». Cette conception est encore reprise par Freud tout à fait à la fin de sa vie. On ne le dira jamais assez fort et on ne le répétera jamais assez souvent parmi les psychanalystes » (Freud. de faire advenir le sujet sans « attendre que le sujet se soit révélé bien caché. après la pulsion de mort et la seconde topique.74 / Gilbert Diatkine dès lors possible. « le désir. » Malheureuse­ ment. et ne saurait s’inscrire comme telle » (TV . l’assentiment ou la dénégation du patient n’ont pas de signification en soi . Auquel cas elle ne fait pas énergie. C’est pourquoi J..11. 35). « Là où était du ça doit advenir du . mais «déchiffrer.. ce n’est pas quelque chose qui se chiffre. J. » Les fin s de la cure Que vise une psychanalyse ? « Rigoureusement parlant — et pourquoi n’en parlerait-on pas aussi rigoureusement que possible ? —ne mérite d’être reconnu psychanalyse cor­ recte que l’effort analytique qui a réussi à lever l’amnésie qui dissimule à l’adulte la connaissance des débuts de sa vie infantile (c’est-à-dire la période qui va de la seconde à la sixième année). Je dis. pense Lacan. au niveau de la vérité du m aître» (S. En revanche.ça.-A. c’est déchiffrer». p. où il ne s’agit plus seulement de lever l’amnésie infantile. c’est la suite de ses associations qui décide. c’est interpréter à sa suite (Miller. Mais si la construction est fausse ? Freud affirme qu’une construction erronée n’a pas de conséquences négatives . à condition évidemment de l’écouter jusqu’ au bout. Freud indique ainsi une autre conception du processus analytique. Et en effet.. Dans les termes de la seconde topique. la jouissance ellemême.

Mais le sens caché du symptôme ne l’intéresse pas.333). et A nalyse terminée et analyse interminable). et les réponses de Freud ( Inhibition. Non qu’il donne raison aux adversaires de Freud dans la controverse qui a marqué cette période sur la nature du processus analytique.291). il n’est pas question que la psy­ chanalyse fasse « advenir du moi là où était du ça » ! Il n’accepte pas la traduction de Marie Bonaparte qui lui . Symbole écrit sur le sable de la chair et sur le voile de Maïa.. pour lui. doit être définie essentiellement comme un double mouvement où l’image. Mais c’est une parole de plein exercice car Jacques Lacan / 77 elle inclut le discours de l’autre dans le secret de son chiffre » (£. Perspectives de la psychanalyse.. il soupçonne obscurément l’analyste de cher­ cher à amener le patient à sa propre vision de la « réalité » : « Son action thérapeutique. laquelle s’avère ne jamais se résoudre en une pure indication du réel. Mais Lacan a l’idée étrange qu’à cette date. Montrer au patient le sens de ses symptômes. avec le livre de Ferenczi et Rank. On ne cherchera donc pas le sens d’un symptôme. soll Ich werden. au contraire. le signifiant seul garantit la cohérence théorique de l’ensemble comme ensemble» (£.. En fait Lacan tient la conception freudienne de l’ analyse pour dépassée depuis « le tournant des années vingt ». Action qui témoigne de l’ efficience de cette réalité » (£.76 / Gilbert Diatkine moi. mais toujours renvoyer à une autre signification. L ’accusation.. « dans » le sujet. le sens de ses symptômes. Restent de nombreuses interrogations sur la nature de l’analyse. Pour­ quoi ? Parce que seul Freud était en mesure de « répondre à l’interrogation profonde des sujets » (£.280). Freud ne rouvre-t-il pas toute grande la porte de la suggestion en affirmant finale­ ment que seule compte la conviction du patient ? La critique de Lacan. il écrit bien : « En termes plus précis. » Mais c’est pour répéter : « Je veux dire que le langage en fasse jamais trace autre que d’une chicane infinie » (Sc. il participe du langage par l’ambiguïté sémantique que nous avons déjà dévoilée dans sa constitution. « l ’inconscient s’est referm é» (£. se précise : en « mon­ trant la réalité » l’analyste propose au patient son propre moi comme Moi Idéal : « Et cet usage détourné de la for­ mule de Freud que tout ce qui est de Vid doit devenir l’ego apparaît sous une forme démystifiée : le sujet transformé en un cela a à se conformer à un ego où l’analyste n’aura pas de peine à reconnaître son allié. L’argument est stupéfiant ! Pourquoi le sujet n’entendrait-il la réponse qui lui est particulière que de la bouche de l’inventeur de la psychanalyse ? Et à supposer que cette question ait une réponse. c’est-à-dire restaurée dans sa réalité propre.5. Lacan privilégie la suite des associations du patient. — C’ est à lutter contre ce retour possible de la suggestion que Lacan s’attache. » La suite (« c’est un processus de civilisation. comme l’assèchement du Zuiderzee ») ne laisse aucun doute quant à cette traduction de Wo es uiar. est régressivement assimilée au réel. Comme Freud dans « Constructions en analyse ». S’ adressant à un public allemand. cela soit « donner la bonne parole » ? En attendant. mais il n’écoute pas ce qui succède à une « ponctuation » : « Le signifié. ce n’ est jamais qu’une autre façon de le ramener à la réalité. d’ abord diffuse et brisée. Glover demande com ­ ment comprendre « l’effet thérapeutique des interpréta­ tions inexactes » ? Et surtout. 14). Dès 1936. d’abord nébuleuse. symptôme et angoisse. Freud aurait-il cessé d’analyser et d’inventer la psychanalyse après 1920 ? Et où Lacan a-t-il été chercher que psychanalyser.414). Une construction erronée n’a-t-elle vraiment aucune conséquence néfaste ? E. p.305). mais dans « le discours de l’autre » : « Le symptôme est ici “ dans les névroses” le signifiant d’ un signifié refoulé de la conscience du sujet. l’expérience d’une analyse livre à celui que j ’appelle l’ analysant.84-85). c’est l’unité de signification. puisque c’est de son propre ego qu’en vérité il s’agit » (£.

voir aussi £ 359)..279).842). Dès 1953.414. en même temps que faire advenir la vraie parole chez le patient. l’exigence prioritaire sera la dissolution des « mirages du narcissisme ». Les concepts de la dernière partie de l’œuvre réintroduiront de la complexité dans cette conception des processus à l’œuvre dans une cure. que les mirages du narcissisme lui soient devenus transparents. » (£. sous leurs masques. la « parole “ vraie” ou “ pleine” » constitue la reconnaissance . dont il s’ agit maintenant de comprendre comment il peut la reconnaître à travers son discours » (£. ici « . Autrement dit : « L ’ analyse ne peut avoir pour but que l’ avènement d’une parole vraie et la réalisation par le sujet de son histoire dans sa relation à un futur » (£. puis faire « advenir le sujet ». — La « cri­ tique de l’image » du patient est donnée comme la tâche essentielle de l’ analyste dès 1936. la mort.78 / Gilbert Diatkine paraît incarner la suggestion dans sa forme la plus haïs­ sable (£.. £.438). Ce projet res­ tera toujours d’ actualité. en même temps que l’analyse deviendra un « dévoilement de la vérité ». il faudrait que l’analyste eût dépouillé Jacques Lacan / 79 l’image narcissique de son Moi de toutes les formes du désir où elle s’est constituée.256). nécessaire pour qu’il n’aliène pas son patient à son tour : « Si donc la condition idéale s’impose. le « dépouillement du narcissisme » conduit à l’ image impressionnante « du Maître absolu. dans « Au-delà du prin­ cipe de réalité».. « C’est donc bien là que l’analyse du Moi trouve son terme idéal. La dissipation des mirages du narcissisme. ce sera alors « donner la parole symbolique ». S’y ajoutera. £. — Analyser. pour la réduire à la seule figure qui..302. c’est peut-être donner symboliquement la parole. Le don et la reconnaissance de la parole.352. pour l’ analyste. la mort ». il va de soi que « donner la parole » va de pair avec la recevoir du patient. A quoi reconnaît-on l’ au­ thenticité d’ une parole ? A ce qu’elle « réordonne les contingences passées en leur donnant le sens des nécessités à venir. Quelques années plus tard.279.680). Dans les écrits des années cinquante. » (£.84-85).352). « terme idéal » de l’ analyse didactique : « Pour que la relation de transfert pût dès lors échap­ per à ses effets. Le Discours de Rome résume : « L ’enjeu d’une psycha­ nalyse est l’avènement dans le sujet du peu de réalité que ce désir y soutient au regard des conflits symboliques et des fixations imaginaires comme moyen de leur accord et notre voie est l’expérience intersubjective où ce désir se fait reconnaître » (£. sans perdre de vue son Idéal du Moi (£.. au lendemain de la guerre. avec déjà l’idée que la Vérité du sujet peut être trouvée dans l'autre. £. L ’analyste doit être « perméable à la parole authentique de l’autre» (£. mais dans la conception spéculaire qu’a Lacan de la parole. Analyser. £. avec la « Remarque sur le rapport de Lagache » de 1960. et la ponc­ tuer (£. ce surgissement de la Vérité du sujet hors de « l ’autre» est produit par la « transparence » du narcissisme de l’analyste.. Avec la des­ cription du «stade du m iroir». Psychanalyser. c’est pour qu’il soit perméable à la parole authentique de l’ autre. Mais encore ? Eh bien. dans un portrait de famille. Alors ? En quoi consiste une psychanalyse ? Plusieurs plans se succéderont et se superposeront dans la vision lacanienne du processus analytique.302 . c’est « faire un don symbolique de la parole ».359).305. l’idée que la psychanalyse est un processus de reconnaissance. telles que les constitue le peu de liberté où le sujet les fait présentes » (£. l’analyse de l’imaginaire est envisagée comme un lent déplacement. la soutient : celle du maître absolu. visant à libérer progressivement le sujet de son Moi idéal. mais c’est plus encore reconnaître la parole authentique de son patient quand elle advient. je souligne).

réagit fort mal. Paradoxe : c’est le mensonge qui caractérise le symbolique. p. p.254).4. L’analyse serait donc un processus de reconnaissance mutuelle. La « tromperie de la Parole » n’ a rien à voir avec la « feinte ». il attaque avec violence sa propre conception telle qu’il la voit reparaître chez ses adversaires : « Puisque tu peux t’identifier à moi. Lacan fait jouer habilement vérité et mensonge. L ’analyste ne doit pas refaire d’une main ce qu’il défait de l’autre. L ’advenue du sujet.. je suis comme lui. les animaux. Et rien n’est plus facile que de « préserver l'indicible ». « La découverte de Freud met en question la vérité. et est finalement désa­ voué en 1969-1970: « I l ne s’agit pas d’être reconnu» (S. Maurice Bouvet la reprend à son compte : « L ’Autre est comme moi. c’est-à-dire celles qui donneraient la bonne piste. que je sache. Lacan disculpe l’analyste d’une posi­ tion de maîtrise en brouillant les pistes sur le vrai et le faux : « Car l’homme qui. et il n’est personne qui ne soit personnellement concerné par la vérité. 17. p... quitte à disparaître tout à fait quand on a donné la solu­ tion.17. — Lacan utilise ces paradoxes sur la Vérité et le mensonge pour produire sa théorie du Sujet car . p. Le désir de reconnaissance passe petit à petit à l’arrière-plan. D ’où provient cette paix qui s’établit à reconnaître la tendance inconsciente. 39-40). dans laquelle « le sujet semble par­ ler en vain de quelqu’un qui. il est en position de maîtrise aliénante. « . « Un animal ne feint pas de feindre. Elle connaît un certain succès. la « prosopopée de la V érité» (£. dont savent jouer. 39).616).. Enigme autant que possible cueillie dans la trame du dis­ cours du psychanalysant. lui ressemblerait-il à s’y méprendre. Le dévoilement de la vérité.80 / Gilbert Diatkine par les sujets de leur être en ce qu’ ils y sont « inter-essés » (par exem ple: « T u es mon m aître» signifie « j e suis ton disciple » (£. et qui constitue une part essen­ tielle de son travail : dissoudre les « mirages de l’imagi­ naire ». 17. Il ne fait pas de traces dont la tromperie consisterait à se faire prendre pour fausses.351)..807). Dans un texte magnifique. Après la scission. que vous ne pou­ vez pas considérer comme aveu sans m entir» (S. qui reçoit son propre message sous une forme inversée. — Dans des formulations influencées par sa lecture de Heidegger. dans l’acte de la parole. Il suffît de s’exprimer de façon énigmatique : « Je pense que vous voyez ce que veut dire ici la fonction de l’énigme —c ’est un mi-dire. 41).616). Pas plus qu’il n’ ef­ face ses traces. et que vous. Lacan commence à soutenir cette conception avant la scission.. c’est assurément de nous deux le moi qui a la meilleure adaptation à la réalité qui est le meil­ leur m odèle» (S. il affirme : « Un savoir en tant que vérité —cela définit la structure de ce que l’on appelle interprétation» (S. C’est un dévoilement de la Vérité (£. ne pou­ vez nullement compléter de vous-même. dans le registre imagi­ naire. jamais ne se joindra à l’assomption de son désir» (£. Il lui faut donc en « préserver l’indi­ Jacques Lacan / 81 cib le» (£. partage le mensonge » (£. étant les vraies. à en préserver l’indicible » (£.408-411). » Lacan. L ’analyste doit donc distinguer la parole pleine de la parole vide. si elle n’est pas plus vraie que ce qui la contraignait dans le conflit ? » (£. Mais si l’ analyste détient la Vérité sur le patient. Il peut alors aisément répliquer à des adversaires imaginaires : « Est-ce là le procédé de l’ analyse : un progrès de la vérité ? J ’entends déjà les gou­ jats murmurer de mes analyses intellectualistes : quand je suis en flèche. Lacan propose alors une autre vision du processus analytique. 27). comme la chimère apparaît à mi-corps.405). puisque je peux m’identifier à toi.405). L ’interprétation est souvent établie par énigme. ce qui serait déjà pour lui se faire sujet du signifiant » (£. l’interprète.379). brise avec son semblable le pain de la vérité. Et encore en 1969.

372-373. La division du sujet est-elle vraiment identique à ce que Freud appelle Spaltung. souvent « marquée d’un moment d’angoisse » (le fading du sujet) du sujet vrai de l’inconscient (£... La division du sujet.806-807).864). Je parle avec mon corps. D ’autres signifiants que le « J e » . Ce qui parle sans le savoir me fait “ Je” . il produit toute une série de variations sur cette traduction (£. p.. de l’ex-sistence (soit: de la place excen­ trique) où il nous faut situer le sujet de l’inconscient.20. qu’il est impossible apparemment (.. p. il est. mais à cause de la difficulté de penser le réel comme « impossible » : « Si où il n’est pas. par rapport à celle que j ’ occupe comme sujet du signi­ fié. sujet du verbe. le sujet. C’est là que j ’arrive au sens du mot “ sujet” dans le discours analytique. S. p. soll Ich werden » par : « Là où c’était. il pense. Puis il trouve le ternie impropre.677. Je dis donc toujours plus que je ne sais. Et même dirais-je que cette formule de la Spaltung est impropre. c’est qu’il est bien dans les deux endroits.. comme l’électron [sic. Cet effet. c’est que c’est là que le sujet. trouve sa place signifiante.835 . Lacan cherche à faire coïncider sa conception du sujet « représenté par un signifiant pour un autre signifiant » avec l’opposition proposée par le linguiste Emile Benveniste entre « sujet de l'énoncé et sujet de l’énonciation ». d’être chacun un élément » (S. En 1960. concentrique ou excentrique? Voilà la question» (£. celui de « division du sujet » a plusieurs contenus différents qui ne se recouvrent pas. peuvent «sig n ifier» le sujet de l’inconscient (voir aussi S. 11.. Si ça parle dans I'. non pas parce que ce dont il parle n’a en réalité aucun rapport avec le «clivage du M o i» chez Freud. Ou encore : « . . la découverte « . Le cogito cartésien s’ apparente au paradoxe du Crétois. je parle sans le savoir. Le « sujet de l’incons­ cient » lacanien est aussi le « pur sujet de la moderne stra­ tégie des jeux » ( S.) « L e sujet. mais ne le signifie pas » (£.. le concept de division du sujet autorise Lacan à traduire : « Wo es war. 17. Ça ne suffit pas à me faire être. ce n’est rien d’ autre — qu’il ait ou non conscience de quel signi­ fiant il est l’effet — que ce qui se glisse dans une chaîne de signifiants. Elles marquent l’émergence.) . Dès le séminaire sur La lettre volée (1955). ». pour le photon ?] à la jon c­ tion de la théorie ondulatoire et de la théorie corpuscu­ laire» (S. » (S. p. Il demande : Jacques Lacan / 83 « La place que j ’occupe comme sujet du signifiant estelle. £. Et ailleurs: «Q u e peut bien être “ le sujet du signifiant” ? Le “ Je” du discours (le “ sujet de l’énonciation” ) désigne le sujet. c’est ainsi que Je .516-517). si où il ne pense pas. 116).11.Autre. et ceci sans le savoir. 127).17.. Le sujet participe du réel en ceci. on l'a vu. 48 et 101). est l’effet intermédiaire entre ce qui caractérise un signifiant et un autre signi­ fiant. que le sujet l’entende ou non de son oreille.20. le clivage ? Lacan commence par l’affirmer (£. Aux ponctuations de l’ analyste répondent des scansions dans le discours du patient.. par une antériorité logique à tout éveil du signifié..82 / Gilbert Diatkine le sujet qui dit « j e m ens» exprime à la fois son existence et sa division (S.801-802) : « Oui. justement.800801). 119). En tout cas. c’est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant» (. est exprimée dans la for­ mule paradoxale : « Un signifiant.689). p. par exemple le « ne explétif » (« Je crains qu’il ne vienne »). Lacan assigne comme but à la psychanalyse. p. en désignant par FAutre le lieu même qu’évoque le recours à la parole dans toute relation où il intervient.. nous permet de saisir au prix de quelle division ( Spaltung) il s’est ainsi constitué » (£.689). disons-nous. c ’est-à-dire dans l’inconscient.. £. Comme tous les concepts lacaniens. là comme sujet dois-je advenir » (£. 48). à savoir d’être chacun.. Le sujet est divisé par la seule existence de l’inconscient : « Ça parle dans l’Autre. Mais ce n’est pas encore tout. 108). La découverte de ce qu'il articule à cette place.

que Lacan traite. la notion de jouissance résout le problème de faire advenir le sujet. Il y a une pulsation. c’est ainsi qu’adviens-Je comme sujet qui se conjugue de la double aporie d’une subsistance véritable qui s’abolit de son savoir et d'un dis­ cours où c’est la mort qui soutient l’existence. et des autres concepts de la deuxième partie de l’œuvre. « Ce subornement second ne boucle pas seulement l’effet du premier en projetant la topologie du sujet dans l’ins­ tant du fantasme » (c’est en effet la formule que Lacan attribue. la dia­ chronie (dite “ histoire” ) qui s’est inscrite dans le fading. c’est à partir du moment où il y a jeu d’inscriptions. p. » Ou encore : « Etre de non-étant. du fading du sujet est cen­ sée davantage décrire ce qui se passe au cours d’une ponc­ tuation réussie. . le sujet traduit une synchronie signifiante en cette primordiale pulsion temporelle qui est le fading consti­ tuant de son identification. soit ce qu’il est de n’être autre que le désir de l’A u tre» (£. là où c’était pour un peu. là où c’était : qui donc savait que J ’étais mort ? » Ou encore : « Là où c’était à l’instant même. 206). L ’introduction de la notion de « jouissance ». au niveau de la vérité du maître. On voit apparaître la «jouissance » sans qu’elle soit nom­ mée comme telle. et ce d’ autant plus forcément qu’avant que du seul fait que ça s’adresse à lui. l’existence d’un double mouvement va ultérieurement caractériser la théorie de la cure pour Lacan. puisque « le signifiant est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant ». main­ tenant produit par l’appel fait dans l’Autre au deuxième signifiant. de la séparation de la jouissance et du corps désormais mortifié. on l’a vu. La division du sujet devient maintenant « séparation de la jouissance et du corps désormais m ortifié» (ibid. Lacan oppose ainsi une visée libératrice. on ne lui parle pas. il n’était absolu­ ment rien. cette séquence. Je peux venir à l’être de disparaître de mon dit. entre cette extinction qui luit encore et cette éclosion qui achoppe. p. et donc un « deuxième mouvement » : « Mais au second. on l’a vu. de faire advenir le sujet sans « attendre que le sujet se soit révélé bien caché. » Jacques Lacan / 85 Une idée nouvelle est introduite par le mot «pulsion temporelle ». le trait unaire.). Ça parle de lui. maintes fois répétée. 17. et c’est là qu’il s’appréhende. La jouissance et l’advenue du sujet. devrait faire mieux. c’est le problème de la com ­ pulsion de répétition. en refusant au sujet du désir qu’il se sache effet de parole. En 1970. le désir faisant son lit de la coupure signifiante où s’ effectue la métonymie. sans placer l’analyste en position de maîtrise : « La jouissance est très exactement corrélative à la forme première de l’entrée en jeu de ce que j ’appelle la marque. De plus. Observez bien que rien ne prend de sens que quand entre en jeu la mort. La division du sujet n’est sans doute rien d’autre que l’ambiguïté radicale qui s’at­ tache au terme même de vérité» (ibid. qui est marque pour la mort. « il le scelle. si vous voulez lui donner son sens. celui de l’inconscient. Mais ce rien se soutient de son avènement. par l’in­ vention de la jouissance.836). fait retour à la sorte de fixité que Freud décerne au vœu inconscient (dernière phrase de la Traumdeutung). C’est le premier mouvement. que la question se p ose» (S. « Effet de langage en ce qu’il naît de cette refente origi­ nelle. marque du trait unaire.). — En fait. il disparaisse comme sujet sous le signifiant qu’il devient. à ce qu’il appelle le fantasme).84 / Gilbert Diatkine viens là. C’est à par­ tir du clivage. Lacan semble d’abord ne répéter que ce qu’il a souvent déjà dit : « Le sujet donc. Le retour de la diachronie. 835 de « Position de l’inconscient ». » Au deuxième signifiant. 1’ « advenue du sujet » vrai. pense Lacan. » Au risque d’aliénation à la « figure obscène et féroce du surmoi » incarnée par un analyste hypnotiseur. qu’expliquer en quoi consiste la mysté­ rieuse « advenue » du sujet. 11 devient dès lors possible.

il préfère une orga­ nisation temporelle. C’est là où c ’était le plus-de-jouir. et ne saurait s’inscrire comme telle» ( Télévision. Auquel cas elle ne fait pas énergie. C’est la question de l’éthique. que s’adresse cette formule que j ’ai si souvent com­ mentée. 12-14). Jacques Lacan / 87 Les dernières conceptions de Lacan sur le processus ontelles éclipsé les premières ? On peut le croire en lisant un article récent de J. » trouve une nouvelle traduction : « C’est à l’analyste. d’en renverser le sens.865). Le battement de l’inconscient. qui. c’est ce que recouvre le soll Ich. le dois-je de la formule freudienne.. Je dis. 1974. soll Ich werden. de la pulsion. d’un battement. et seulement à lui.86 / Gilbert Diatkine Avec la notion de jouissance. que moi. ce n’est pas quelque chose qui se chiffre. Si l’analyste essaie d’occuper cette place en haut à gauche qui détermine son discours. l’introduction de la notion de jouis­ sance va opérer un nouveau tournant dans la pensée de Lacan. Lacan a substitué. du Wo es war. la notion d’un « pulsatilité ». p. la jouissance ellemême. L ’introduction de la forme de causalité construite sur l’après-coup donne encore à Lacan l’occasion d’ une autre traduction de « IVo es w a r . je dois ven ir» (S. Ce sera l’occasion d’une remise en question radicale de la notion même d’interpré­ tation : « Or ce qu’ articule comme processus primaire Freud dans l’inconscient —ça. : « Or cette cause. mais qu’on y aille et on le verra —. — A l’idée de la « poussée ».839). elle se déchiffre elle-même. 59). dans l’incons­ cient. 35). constante. Miller (1994) qui juge sévèrement les idées défendues par Lacan dans Variantes de la cure-type (Miller. en tant que je profère l’acte psychanaly­ tique. c’est justement de n’être absolument pas là pour lui-même. marquant le rythme de l’ ouverture et de la fermeture de l’inconscient. car la jouissance est ainsi faite que. Et à l’organisation de l’appareil psychique dans un espace qui lui suppose un dedans et un dehors. p.. 1’ « advenue » du sujet. le jouir de l’autre. fait jaillir le paradoxe d’un impératif qui me presse d’assumer ma propre causalité» (E. où c’est l’après-coup qui donne un sens au traumatisme initial. c’est de moi. On aura peut-être été frappé par la connotation reli­ gieuse de beaucoup des expressions forgées par Lacan pour parler du processus analytique : le « don de la parole ».-A. d’une manière d’abord très classiquement freudienne (E. p. 1994. Mais par la suite. on l’a vu. .17. Le débat interne de Lacan avec luimême sur la nature de l’analyse est traversé par le pro­ blème des valeurs que l’analyse doit transmettre. mais qui se déchiffre. « Wo es ivar.

souvent professeurs de psychiatrie ou de psychologie. qu’ex­ ploite Tartuffe. c’est l’Association Psychanalytique Internationale qui doit se charger de cette tâche indispensable et délicate. qui est investie par Orgon de l’amour (et de la haine). venus de très loin. qu’un enfant porte à ses parents.Jacques Lacan Éthique Freud avoue avoir été pris au dépourvu quand. L ’exploitation d’une posi­ tion d’autorité morale à des fins d’enrichissement ou d’abus sexuel. Quand Otto Rank. C’était sans compter avec l’imagination théorique des psychanalystes. Mais en psychanalyse. il invente une technique de cure accélérée en trois mois et il la fonde sur sa théorie du « traumatisme de la naissance » (Lieberman). Ce sont ces senti­ ments. Les observations de manquement éthiques mon­ trent que souvent. y compris dans ses aspects amoureux. et des théoriciens locaux incontestables. une exigence éthique. ont été les premiers analysés. par un médecin. Ils deviennent les analystes de la géné­ ration suivante. Dans beaucoup de petites sociétés analytiques à leurs débuts. quelques personnalités puissantes. un prêtre. pour la première fois. C’est seulement sa position de directeur de cons­ cience. qui lui a fait proposer comme fins à la cure psychanalytique les valeurs les plus élevées. De même. en découvrant le transfert. Freud ne croyait pas qu’il soit nécessaire d’inventer une « éthique psychanalytique » spécifique. — Cette ambivalence se retrouve dans l’atlilude de Lacan quand au Surmoi. ou les qualités spirituelles de Tartuffe qui lui donnent ce pouvoir. Cet état en fait une victime impuissante face aux appétits sexuels de Tartuffe. et à son désir de pouvoir et d’argent. tout se passe comme si le Surmoi du patient et celui de l’analyste trai­ . les néo-reichiens peu­ vent justifier par les bienfaits de l’orgasme leurs relations sexuelles avec les « stagiaires » de leurs thérapies de groupe. puisque la psycha­ nalyse l’avait pour la première fois élucidé. Il leur est facile de justifier leurs manquements éventuels par des « découvertes » théorique originales. certains de ses élèves ont eu des relations sexuelles avec leurs patientes. il ne fait pas son travail. ou un éducateur était pourtant un problème vieux comme le serment d’ Hippocrate. Les sociétés de psychanalyse ont à résoudre des pro­ blèmes éthiques. promu « psychana­ / 89 lyste » sans avoir reçu aucune formation. L ’obligation morale de ne pas exploiter le transfert n’est donc pas propre à la psychanalyse. Quand elles sont impuissantes à le faire. après l’euphorie initiale. et surtout un strict respect de la technique analytique devaient selon lui prémunir les analystes contre tout manquement. Le problème du Surmoi. héritée de sa lecture de Nietzsche et de sa fréquentation des surréalistes. et visant d’autres que lui. La technique généreuse prônée par Ferenczi l’ a amené à un passage à l’ acte sexuel avec une patiente. une faute éthique est aussi une erreur technique : le psy­ chanalyste ne doit pas craindre le transfert. La simple observation des lois et de la morale ordinaire. mais s’il l’exploite à son profit au lieu de l’interpréter. La contribution de Lacan a été marquée par une profonde ambivalence sur ces questions : d’un côté une profonde défiance à l’égard de l’ordre moral bourgeois. La réponse de Freud s’est donc avérée assez vite insuffi­ sante. La « figure obscène et féroce que l’ analyse appelle le Surmoi » apparaît pour la première fois sous sa plume à l’occasion d’un commentaire désapprobateur des travaux de Ferenczi sur l’analyse mutuelle. De l’autre. Les psychanalystes auraient dû être mieux placés que quiconque pour y faire face. Mais ce n’est pas le charme physique. Orgon est dans un état quasi amoureux vis-àvis de Tartuffe. s’aperçoit qu’il ne supporte pas de l’obligation de continuer à écouter ses patients.

contrairement à son habitude. JN’estce pas la porte ouverte à toutes les transgressions ? Absolu­ ment pas ! Car nul ne peut transgresser la Loi. la Mort » (£. au moins dans la perspective analy­ tique. ou encore l’avidité d’argent. Qu’attendre d’ autre d’une psychanalyse que la restitution Jacques Lacan / 91 de la liberté de désirer ? Si « ne pas céder sur son désir ». le sujet doit rencontrer « le Maître absolu. ceux qui terminent leur cure et deviennent analystes. p.318) et le vaincre en ne le redoutant pas (£. elle est à son service. ou l’appé­ tit de pouvoir. est décrite par Lacan comme séparée par 1’ « entre-deuxmorts » de la mort réelle. Ici. Au contraire.350). mais souvent dans le même contexte. c’est l’assomption de son désir de mort. Mais il y a quand même deux sortes de patients. Formulons-les en manière de paradoxe. la mort préférée. Reste qu’il s’ agit tout de même de valeurs héroïques. Voyons ce que ça donne pour des oreilles d’ analystes. Suivant le contexte. et c’est justement comme homme du commun qu’il l’accomplit » (S.852). Nous voici loin des petites préoccupations mesquines de l ’ API et de l’ Institut de psychanalyse ! L’analyste qui a ter­ . c’est d’avoir cédé sur son désir» (S . « c’ est la liberté de désirer qui est un fac­ teur nouveau» (ibid. p. de l’interdit de l’inceste et du pacte culturel. Je propose que la seule chose dont on puisse être coupable. Mais il n’en procure que plus de satisfaction déguisée dans le retour du refoulé. p. formule cette proposition fracassante. à la bonne heure ! Le désir sur lequel il ne faut pas céder. Valeurs supérieures.348 . quelque sublimes qu’elles soient. 351). S. Elle est passible de deux lectures : d’une part. Mais. D ’autre part. N ’est-elle pas fondée sur l’interdit de l’inceste ? Eh bien. « la Loi » désigne « la grosse voix du Surmoi ». « soumis à la culpabilité ». Lacan tire de cette situation heureusement exceptionnelle une définition générale du Surmoi. dont on peut dire qu’il ne doit connaître que le prestige d’un seul maître : la mort » (£. Lacan s’érige en professeur de morale. Y aurait-il alors deux catégories d’êtres humains. la Loi n’exige pas le renoncement au désir. 368). ou la Loi. D ’où la formulation para­ doxale et provocante par laquelle Lacan va définir l’éthique du pychanalyste : ne pas céder sur son désir. N on! Ce qui assure la liberté de désirer du sujet. c’est « ne pas céder sur sa liberté de désirer ». qui est tou­ jours déjà là avant tout acte criminel possible. on peut se sentir plus à l’aise. assumée. pas du tout ! Certes. et le «déplaisir fcausé par la “ grosse voix du surmoi. Cette « mort assumée » devient la valeur suprême recherchée par le « héros » (S. impossible à transgresser. qui « pousse au plusde-jouir ». elle « s’institue par l’interdiction de l’inceste» (E. 368). sans doute ?]” donne son prétexte au refoulement du désir» (£. « L’être-pour-la mort ». La résistance à la « grosse voix du Surmoi » devient un devoir moral paradoxal pour l’ analyste. entraînant une recrudescence de symptômes et des mouvements hypomaniaques et dépressifs. l’ analyste ne doit pas imposer ses valeurs à son patient. On remarquera la prudence avec laquelle Lacan.7. Au-delà de toutes les figures que peu­ vent prendre le désir et son objet. p. 7. Ne pas céder sur son désir. il y a la voie tracée pour un héros. 357). et ceux qui n’attendent de l’analyse qu’une guérison. On aurait pu croire le contraire.7. les héros et les hommes du commun ? Lacan s’en défend : « En chacun de nous.).90 / Gilbert Diatkine taient chaque protagoniste avec « férocité ». Chacun sait que l’interdit renforce le désir.785). ce n’est pas le désir sexuel. risquée par « l’homme du com­ mun ». 7. comme on aurait pu le craindre. Après avoir dépisté impitoyablement tous les déguisements par lesquels les préjugés de l’ analyste peu­ vent s’offrir comme « moi idéal » au patient. — « C’est à titre expérimental que j ’avance devant vous ces propositions. Aux pre­ miers est promis un destin terrible et admirable : « Et ce serait la fin exigible pour le Moi de l’ analyste.

l’analyse person­ nelle. mais dans les deux cas. ni même médecin ? Ce sera l’objet d’un débat international (Congrès d’ innsbruck. l’analvste le plus cher de Paris. le candidat ne doit pas être un malade mental. et il est obligé de rac­ courcir ses séances pour recevoir tout le monde.. Le danger de la présélection est qu’elle tend aux candidats un portrait idéal auquel ils doivent s’efforcer de ressembler pour être admis. chargés de la sélection et de la formation des futurs analystes. l’ analyse de l’ana­ lyste « ne peut être que brève et incomplète » et ne peut aller jusqu’ à la fin de l’analyse. sur quels cri­ tères la faire ? Quel est le niveau d’études minimal néces­ saire ? A partir de quel âge peut-on devenir analyste ? Et jusqu’à quel âge ? Bien entendu. ses collè­ gues prennent la chose au sérieux. il ne sait pas dire non à un patient. décrit par Freud en 1910. Non seulement il ne tient pas parole. Lacan s’y engage. ou plutôt elle est une forme redoutable de psychopa­ thologie narcissique. — C’est pourtant ce que les collègues de Lacan à la SPP ont tait quand ce dernier les a confrontés à ce qui se présentait comme une indélicatesse. au cours duquel la position de Freud est claire : on peut être analyste sans être médecin (Freud. La formation Le phénomène de 1’ « analy se sauvage » . 1986. Les sociétés composantes de l ’ API organisent des instituts. puis de ceux-ci entre eux et avec le reste du monde analytique. avant toute analyse. et surtout à un candidat. p. mais ne s’affolent pas. Quand le bruit court que Lacan n’accorde plus un temps suffisant à ses patients. 2 / L ’analyse didactique : Pour Freud. oblige ce dernier à dresser la liste de ceux qui ont reçu une formation adéquate et qui constituent l’Association Psychanalytique Internationale. Mais il n’y a pas de pro­ blèmes éthiques mineurs en psychanalyse. peut-on devenir analyste sans être psychiatre. mais il demande à ses patients de mentir quand ils auront à se présenter à la Commission pour demander à devenir élèves de l’institut. et pas seulement l’ analyse thérapeutique pral iquée sur le malade. le transfert est exploité. elle aussi.92 / Gilbert Diatkine miné sa cure est devenu un héros qui assume la mort libre­ ment choisie ! On ne va quand même pas lui demander combien de temps il garde ses patients ! La scission de 1953 et les séances brèves. Les questions d’éthique et celles de formation sont étroi­ tement imbriquées. Si on accepte le principe d’une présélection. cesserait d’être une tâche ayant . Lacan est victime de son succès. chacune des étapes du cursus de formation pose de nombreux problèmes : 1 / La présélection : Peut-on « présélectionner ». comme le pensait Freud. Il est bien sûr plus grave d’avoir des relations sexuelles avec ses patients que de raccourcir les séances. Et surtout. A la mort de Freud. un problème éthique mineur.. Ce qui se présentait initialement comme une simple indélicatesse va devenir rapidement un art de la manipula­ tion qui va empoisonner les relations de Lacan avec ses élèves. ne donnait pas à ses patients le temps qu’il leur avait promis. sinon « . 249). Lacan. 1927) sur l’analyse profane. Cepen­ dant. et de dire qu’ils ont des séances de quarantecinq minutes (Roudinesco. les futurs analystes ? La présélection est jus­ tifiée s’il existe un « don » naturel pour l’analyse. la Commission d’enseignement de la SPP s’inquiète de l’avidité de Lacan et de son appétit de pouvoir et lui demande d’en revenir au « standard commun ». 1927). Mais la normalité parfaite n’existe pas.

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Gilbert Diatkine

une fin ». En 1926, écrit Freud, « o n compte environ deux
ans pour une telle formation ».
Freud pressent les effets pervers de la didactique. La sug­
gestion, présente dans toute analyse, l’est plus encore dans
la didactique où l'analyste se présente ouvertement comme
le « maître », et le patient comme « l’apprenti ». Il n’est donc
pas étonnant que certains candidats utilisent la situation
d’analyse didactique contre le processus analytique luimême : « Tout se passe comme si nombre d'analvstes appre­
naient à appliquer des mécanismes de défense qui leur per­
mettent d’écarter les conclusions et les exigences de
l’analyse loin d’eux-mêmes, probablement en les appliquant
aux autres » (Analyse terminable et interminable, p. 264).
D ’où la recommandation des « tranches » périodiques
d’analyse.
Le principe de la présélection entraîne que l’analyse est
dite, dès le début, « didactique ». N’est-ce pas préjuger de
son issue, et donc fausser tout le déroulement de la cure ?
La nature « didactique » de l’analyse ne devrait-elle pas
être décidée qu’après coup, après une durée suffisante
d’analyse ?
3 / Hiérarchie et phénomènes de groupe dans les sociétés
d’ analystes : Faut-il confier l’analyse didactique à une
catégorie particulière d’ analystes, particulièrement expéri­
mentés, et donc plus aptes à ne pas s’enliser dans ces diffi­
cultés ? Cela semble logique. Pourtant, quand Freud parle
d’analystes « didacticiens », il a plutôt en vue un emploi
réservé pour les analystes non-médecins, qui analyseraient
non pas des malades, mais des philosophes, des m ytholo­
gues, etc., qui ont besoin de la psychanalyse pour leurs
recherches. Mais dès le Congrès de Bad-Hombourg (1925),
I’ a p i crée les « Commissions d’ enseignement » , qui, dans
chaque société de psychanalyse, organisent la formation.
Elles sont composées d’ analystes expérimentés, qui auront
le monopole de la formation et de la sélection. Il y a donc,
à partir de là, deux sortes d’ analystes, les didacticiens et
les autres. De plus, pour sélectionner les analystes didacti-

Les frères ennem is Sacha Nacht et Ja cq u e s Lacan,
en congrès, avant la scission
Collection J.-P . Bourgeron

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Gilbert Diatkine

ciens, on évalue le plus souvent leur capacité de réfléchir
sur un travail clinique, oral ou écrit. S’il est accepté, l’ana­
lyste est (au moins à la SPP) élu « membre adhérent », car
ce mémoire, nécessaire, n’est pas suffisant. D ’autres tra­
vaux sont exigés pour devenir membre titulaire. Il y a
donc trois catégories d’analyste, sans compter les élèves,
qui ont eux aussi des patients, en supervision. Et pourtant
il n’y a qu’une seule analyse.
4 / Le rapport de l’ analyste du candidat : Pour Freud, il
va de soi que seul l’analyste peut dire si l’analyse du candi­
dat est suffisamment avancée pour qu’on puisse lui confier
des patients sous supervision. Il faudra beaucoup de temps
pour qu’ on prenne conscience que cette communication de
l’ analyste viole le secret de la cure et comporte un risque
de passage à l’acte contre-transférentiel difficile à évaluer.
Mais que doit faire l’ analyste s’il est seul à savoir qu’un
candidat apparemment irréprochable est en réalité psycho­
tique ou pervers ?
5 / Supervisions et séminaires théoriques : Ils posent
relativement moins de problèmes.
Les élèves de Ferenczi, peut-être en souvenir de la
« technique active », pensent que l’analyste peut supervi­
ser les premières cures de son patient encore sur le divan.
Le contenu des séminaires théoriques, leur organisation,
libre ou scolaire, sont longuement débattus.
6 / L ’autorisation de se dire psychanalyste : L ’ensemble
du cursus fait l’objet d’une évaluation finale. L ’ a p i exige de
ses élèves qu’ils « s’engagent à ne pas prendre de patient en
analyse ni à se proclamer “ psychanalyste” sans en avoir
reçu l’autorisation », c ’est-à-dire avant que leur cursus ait
été validé.

La critique, de Lacan
Lacan reproche à la présélection de déterminer d’emblée
le caractère « didactique » de l’ analyse, et donc de tendre au

Jacques Lacan

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candidat une image idéale à laquelle il doit se conformer
(£.487-488, £.232). L ’analyse didactique devient une forme
abâtardie de l’analyse. Lacan pense au contraire qu’elle doit
être la « forme parfaite dont s’éclairerait la nature de la psy­
chanalyse tout court » (£.231 ; voir aussi S.7, p. 351).
L’organisation hiérarchisée des sociétés appartenant à
l ’ API imite l’université. Lacan raille la hiérarchie des « Suf­
fisances » (les titulaires dont l’œuvre théorique a été jugée
« suffisamment » importante), les « Bien-Nécessaires » (les
membres adhérents qui n’ont rédigé qu’un mémoire, ce qui
est nécessaire, mais insuffisant pour devenir didacticien),
et les « Petits-Souliers » (les autres membres, censés être
dans leurs petits souliers devant les précédents) (£.475483). Au sommet de cette hiérarchie ridicule, un chef
assume « la fonction du boss ou du caïd » (E.475) et main­
tient ses collègues dans un état de « minorisation perpé­
tuée » (£.238). Que le chef soit mauvais, comme l’implique
cette image, ou qu’il soit bon, ne change rien à l’affaire.
C’est l'organisation hiérarchisée elle-même qui « préside à
cet assujettissement collectif (£.490).
Q u a n t à l ’ a u to r is a tio n d ’ e x e rc e r l ’ a n a ly s e d o n n é e p a r
l ’ API, c ’ e s t u n p u r n o n -s e n s (£.234).

Le système lacanien de sélection et de formation
Le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même. — Par
conséquent, dès sa fondation en 1964, « l’ École freu­
dienne » « n e donne... ni autorisation, ni interdiction
d’exercer la psychanalyse. Elle laisse au psychanalyste sa
responsabilité — qui ne saurait être qu’entière - au regard
de la cure psychanalytique entreprise sous sa direction. Le
psychanalyste ne s’autorise que de lui-même » (Prin­
cipes..., 1969, p. 30). «C e principe est inscrit aux textes
originels de l’École et décide de sa position» (Sc.l, p. 14).
Pour devenir membre de l’ École freudienne, il faut être
élu par le Conseil d’administration, sur proposition du

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Jacques Lacan

Gilbert Diatkine

Directoire de l’École. Ce dernier n’exige pas que le postu­
lant soit en analyse avec un analyste expérimenté, ni
même qu’il soit du tout en analyse (Roudinesco, 1986, II,
p. 437). Le succès de cette formule est prodigieux, et les
membres de l’ École se multiplient en progression géomé­
trique.
... mais l’Ecole freudienne peut garantir qu’ un analyste
relève de sa formation. — Le psychanalyste s’autorise donc
de lui-même, mais cela « n’ exclut pas que l’École garan­
tisse qu’un analyste relève de sa form ation.» (Principes...,
1969, p. 14). Le public prend les membres de l’ École pour
des analystes, mais l’ École ne « garantit l’activité profes­
sionnelle... quand elle est effectivement psychanalytique »
que de ceux qui ont demandé à devenir « Analystes Mem­
bres de l’École ». On doit faire très attention pour ne pas
confondre un analyste, membre de l’ École, avec un Ana­
lyste Membre de l’ École.
Pour devenir Analyste Membre de l’École, il faut se pré­
senter devant un « jury d’accueil », présidé par Lacan, et
composé de cinq membres, dont l’analyste du candidat. Ce
ju ry évalue essentiellement les cures contrôlées effectuées
par le postulant. Sur les « supervisions » (mot que Lacan a
préféré à « contrôle », et qu’il a imposé) Lacan note, sans
guère l’expliquer, la remarquable « seconde vue » dont
bénéficie le superviseur (E .253). Il n’est pas gêné par la
possibilité d’objectivation que la supervision comporte
(même si on ne l’appelle pas « contrôle »). Comme dans
l’école hongroise, l’ analyste du candidat peut être luimême le superviseur.
Les Analystes de l’Ecole. — L’Analyste Membre de
l’ École qui veut devenir « Analyste de l’ École » passe
devant un autre jury, toujours présidé par Lacan luimême, le « ju r y d’agrément ». Ce jury procède, pour la pre­
mière fois dans ce cursus, à une évaluation de l’analyse du
candidat, la passe. Le « jury d’agrément » entend, non pas

/

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le candidat directement, mais deux autres analystes, les
« passeurs », qui l’ont écouté en premier, et rapportent sur
son compte. Lacan ne fait là que reprendre le système de
l’écoute en second, usité depuis longtemps à l’ Institut pour
l’entrée dans le cursus. Innovation lacanienne, qui a fait
scandale, les passeurs ne sont pas des didacticiens, mais
des analystes moins avancés dans leur formation que le
candidat lui-même. C’est le propre analy ste du « passeur »,
lui-même didaeticien, qui le choisit, au risque de lui faire
croire que son analyse est proche de sa fin (Favret-Saada,
1977, p. 2099). La passe n’ôte rien au poids de l’analyste
du candidat et du directeur de l’École dans le résultat
final. En pratique, l’influence de Lacan l’emporte à elle
seule sur l’opinion de la majorité du jury (ibid., p. 2101).
Les deux « passeurs » peuvent avoir du mal à travailler
ensemble, et leur responsabilité est écrasante, surtout si la
passe se termine très mal (ibid., p. 2097).
De toute façon, le travail du jury d ’agrément est délicat.
La passe doit décider si l’analyse du candidat est achevée.
Mais parfois les « passants » , qui devraient être en plein
« désêtre », décrivent au contraire une pleine complétude
de l’être (Bonningue, 1994, p. 21). En principe, la topolo­
gie lacanienne se fait forte de repérer les coupures qui mon­
trent que la « structure d’origine » est modifiée, sans recou­
rir à des descriptions de comportement (Sc.4, p. 34-35).
Les scansions suspensives de l’énigme des trois prisonniers
trouvent ici leur place (M.-H. Brousse, 1994, p. 25-27).
11
faut noter que dans le système construit par Lacan,
l’évaluation de l’analyse ne survient qu’à un stade tardif.
On ne se demande si le candidat a réellement fait une ana­
lyse qu’au moment où il cherche à devenir « Analyste de
l’Ecole ». Entre-temps, l’analyste, même s’il ne comprenait
rien à l’analyse, ou s’il n’avait pas fait d’analyse du tout,
ou s’il était psychotique ou pervers (G. Raimbaud, 1978) a
eu le temps d ’ « analyser » un nombre considérable de
patients, voire de fonder sa propre « École ».
Autre point notable : l’ EFP était ce qu’on appelle dans la

^UNIVERSITÉ PARIS
BIBLIOTHÈQUE Cfch .T .,, .c

. Actuellement.. mais malgré les dénégations de Lacan (« Cette distinction n’est pas une hiérarchie ». ce que relè­ vent aussi les mêmes auteurs. l’interven­ tion de l’analyste à tous les stades du cursus. Certains se demandent aujourd’hui comment se protéger des imposteurs et des grands malades qui peu­ vent s’autoriser en leur nom à se dire « psychanalystes ». on ne peut pas dire que toute hiérarchie soit éliminée. p. a provoqué une vive opposition. Cumulant tous les pouvoirs dans son école. .100 / Gilbert Diatkine Jacques Lacan terminologie de l ’ API. Les autres groupes lacaniens laissent l’analyste « s’autoriser de lui-même ». 11). Pourtant. . Scilicet 1). au sein de la nébuleuse lacanienne. 32). l’ École de la Cause Freudienne a maintenu tels quels les principes de formation contradictoires énoncés par Lacan : d’une / 101 part une multitude de membres de l’École.. et d’autre part des Ana­ lystes Membres de l’École et des Analystes de l’École. p. avec vous tous pour ce que je fais seul. comme l’ont souligné Safouan et al. l’analyste ne peut nullement apporter un éclairage valable pour déterminer si le postulant a atteint le degré de « désêtre » souhaité.. Lacan se défend de se présenter comme un Moi idéal : « . me suis-je cru le seul pour autant ?.2-3. comme on pouvait s’y attendre. tant la position de Lacan était para­ doxale. Le secret de la cure serait préservé dans la formule de la passe actuellement adoptée par « l’ École de la Cause Freudienne ». le sys­ tème lacanien est simplifié. d’un strict point de vue lacanien. une reporting society. Par rapport à la hiérarchie compliquée de la SPP. mais non recon­ nus comme analystes par l’ École .» (Proposition du 9 octobre 1967. La passe. 32). ou au moins était consulté sur le candidat (Proposition du 9 octobre 1967. p. Discours à l’ École freu­ dienne de Paris du 6 décembre 1967. En revanche. pro­ position du 9 octobre 67. L’analyste du candidat participait aux jurys d’accueil et d’ agrément... imité dans toutes ses attitudes. vais-je me prétendre isolé ? » (Sc. Lacan n’a jamais remis en cause cette implication de l’analyste du candidat. y compris au niveau des supervisions (puisqu’il est fréquent que le propre analyste du candidat assure sa supervision) le place exactement dans la position de Moi idéal que Lacan criti­ quait justement chez ses adversaires de l ’ API. considérés par le public comme des analystes lacaniens. Lacan a trouvé des accents gaulliens pour défendre son système : « Seul comme je l’ai toujours été dans ma relation à la cause analytique.

l’analyste triomphe. mais à partir des recherches sur l’hospitalisme et sur le contre-transfert. si on pouvait s’en tenir au critère de réfutabilité pour définir une science. il répond au savant distingué qui reproche au psy­ / 103 chanalyste d’avoir toujours raison : quand le patient confirme l’interprétation. Jusqu’à la fin.. 1916. La critique de la science. Et d’autre part chercher de meilleurs fondements à la psycha­ nalyse que les sciences expérimentales. La psychanalyse est incapable de produire aucune expérience cruciale. Lacan cherche à montrer que le sujet de la science est le sujet de l’inconscient.Jacques Lacan Épistémologie Freud. semblable à toutes les autres. S’aidant de la lecture de Descartes par Heidegger. Freud n’ a jamais douté que la psychana­ lyse ne fasse partie des sciences de la nature : « . ils se soucient fort peu de le mettre à l’épreuve. pour les épistémologues contemporains. élève de Helmholtz. non pas parce que les propositions qu’elle avance seraient fausses. En même temps. Pour Popper. et que toute science est travaillée sans le savoir par la division du sujet. 1962) jusqu’à son épuisement. formé à la recherche par Brücke. » A vrai dire. 29). mais s’il répond par une dénégation.. des sciences de la nature» (Abrégé. mais au contraire parce qu’elles sont constamment vérifiées par la pratique. 106 et sq.). mais il y a les rêves traumatiques. la psychanalyse en serait une sans discussion. dans Constructions en analyse. Ce qui les intéresse. l’analyste prend cette réponse pour une confirmation indirecte. la meilleure riposte est l’attaque. p. — Face aux critiques exprimées contre le caractère non scientifique de la psychanalyse. tails you loose. 1914. trad. ni accessible à un observateur indépendant (Freud. le critère de réfutabilité décrit fort mal la pratique réelle des savants : à partir du moment où les scientifiques disposent d’un ensemble de concepts qui ouvrent un champ de découvertes nouveau. p. de « falsi­ fier ») n’est pas une science. 229. Il est possible que ce soit Pop­ per que Freud a à l’esprit quand. le concept d’après lequel l’élément psychique est en soi inconscient a permis de faire de la psychologie une branche. qui obli­ gent à compléter la théorie initiale et à introduire l’hypo­ thèse de la pulsion de mort. un corps de doctrine qu’il est impossible de réfuter (ou comme on l’a traduit. sa place est cons­ tamment réévaluée à partir des années trente. « Heads I win. La straté­ gie de Lacan sera double : d’ une part contre-attaquer en montrant que la science est occupée à « suturer » la divi­ sion du sujet. mais son histoire est faite d’ une série de révisions partielles à l’épreuve de la clinique : le rêve est une réalisa­ tion de désir. La démarche qu’il a revendiquée pour la psychanalyse est celle de l’empirisme : «N ou s n’avons pas d'autre tâche que de transposer en théorie les résultats de l’ observation. . p. il était le premier à reconnaître les défaillances de la psychanalyse au regard de l’idéal scienti­ fique. Karl Popper (1934) était donc fondé à voir en la psycha­ nalyse l’une des deux pseudo-sciences typiques (l’ autre était le matérialisme dialectique). c’est-à-dire l’existence de l’inconscient. 1953. Le problème du statut scientifique de la psychanalyse reste donc entier. Malheureu­ sement. Elle ne peut produire d’expé­ rience. p. L’ objet est ce qu’il y a de plus contingent dans la pulsion. a occupé les vingt premières années de sa vie scienti­ fique à des recherches dans de nombreuses disciplines bio­ logiques (Jones. Aucun fait psychanalytique n’est reproductible. 1938. OC). 21). et nous déclinerons l’obligation d’ atteindre d’emblée une théorie bien lisse et se recommandant par sa sim plicité» (L ’inconscient. et il préoccupe Lacan très tôt. c’est de tirer le plus possible d’enseignements du nouveau « paradigme » (Kuhn.

dans le séminaire Ethique de 1960-1961. Encore l’interprétation ne porte-t-elle pas sur le matériel du patient. 122). il « prétend pour autant fonder pour le sujet un certain amarrage dans l’être » (£. mais raté dans son habiter propre dans l’acte de son “ éclaircie” et de son “ retrait” ? » (Fennetaux. ni dans celle de la psychanalyse ne semble venir répondre à l’espoir de Freud d’une confluence des sciences exactes et de l’analyse : « La contribution que la psychana­ .630632). s’il fait défaut à l’existence. Certains élèves de Lacan comme Michel Fennetaux (1989) et Joël Dor (1989) vont en tirer des conséquences radicales . On trouve quelques cas cliniques brièvement rappor­ tés dans les séminaires. 21). la rupture avec toute assurance conditionnée dans l’intuition» (£. Comme le reconnaît Joël Dor.856). par exemple à propos de l’ analyse des résistances (£. p... se contente sans ciller de ce que les problèmes posés par la théorie analytique ne trouvent pas de “ mesure de solution (sic) dans un champ épistémologique coutumier” » (Korn. La seule exception de tout le volume des Ecrits se trouve dans « La direction de la cure. comme le neuro-biologiste Henri Korn.. qu’il masque la division du sujet par l’existence de l’inconscient.864). on imagine bien volontiers comme cette “ infir­ mité scientifique” contribue largement à la disqualification du discours psychanalytique » (Dor. fait objet. Le «s a v o ir » (théo­ rique) est clivé par rapport à la « vérité » (de l’incons­ cient) : « L’inscription ne mord pas du même côté du par­ chemin venant de la planche à imprimer de la vérité ou de celle du savoir » (£. mais conséquence. mais sur un rêve de son amie (£. De fait. Or ce que montre Lacan. il faut s’interdire tout compte rendu clinique et toute évaluation de l’analyse. mais ils sont rarissimes. l’ attitude scientifique en psychanalyse est grosse d’un danger d’objectivation que Lacan dénonce sans relâche chez ses adversaires.. ce qui est cohérent avec la proscription de l’objectivation.418-420). L’inté­ rêt constant de l’ Institut de psychanalyse de la SPP pour les rapports de la psychanalyse et de la neuro-biologie lui semble ridicule (£. 1989. cette attitude place Lacan dans une position épistémologique intenable : « Dans ces conditions. le cogito cesse d’être un fondement assuré pour l’esprit scientifique. » (E. 1989).237-239). p..231-232). p... « Pour la science.278. Mais Lacan cherche pour bâtir la psychanalyse un ter­ rain plus sûr que celui des sciences expérimentales. par exemple.864). Dès lors. il se garde bien de rapporter aucun récit de cure. Nouveaux fondements. ainsi lu. 399. là où elle se distingue d’être freudienne... pour Michel Fennetaux : « Si le sujet ne surgit jamais que dans l’évanescence propre à tout avènement. s’il arrive à Lacan (par exemple £. Lacan lui-même ne renonce nullement à fonder l’analyse sur un terrain scienti­ fique : « Que la psychanalyse soit née de la science est manifeste. sauf à être objectivé. protestent contre « la réduction de l’indéniable richesse du champ psychana­ lytique en un soliloque où l’acte de foi.. 1989. En effet. Que la prétention à n’avoir pas d’ autre sou­ tien soit encore ce qui est tenu pour allant de soi. De fait. tout en dénon­ çant les dangers de l’objectivation.. en 1953) d ’affirmer que la clinique confirme une de ses théories.831). Si. En intercalant deux points et deux guillemets dans la formule du cogito (« je pense : “ donc je suis” »). ce n’est pas là hasard. Rien dans l’évolution des sciences. des savants sincèrement intéressés par la psychanalyse. Lacan peut affirmer : « La pensée ne fonde l’ être qu’ à se nouer dans la parole où toute opéra­ tion touche à l’essence du langage » (£. le cogito marque. rendu méconnais­ sable par un langage hermétique qui tient lieu de preuve. L ’objectivation s’oppose au dévoilement du sujet qui est le véritable but de la cure. Le cogito est donc « le défilé d’un rejet de tout savoir ».. » Jacques Lacan / 105 (1958). Qu’elle ait pu apparaître d’un autre champ est inconcevable. c’est que cet amarrage est une illusion. — C’est pourquoi.104 / Gilbert Diatkine Lacan met Descartes de son côté. comment pourraitil être ou devenir objet de science.

la linguistique structurale. l’ accompagnant d’un modèle topologique. Lacan va surtout le trouver auprès de ce qu’il nomme les « sciences conjecturales » : l’anthropologie structurale. Lacan rejette aussi l’empirisme (S. la bande de Mœbius qui fait entendre que ce n’est pas d’une distinc­ tion d’origine que doit provenir la division où ces deux termes viennent se conjoindre » (£. où souvent la psychanalyse n’a qu’à reprendre son bien » (£.7. p. Aucune fabu­ lation ne prévaudra contre ce b ila n » (E . mais seule­ ment du fait que le sujet ne s’y constitue qu’à s’y sous­ traire et à la décompléter essentiellement pour à la fois devoir s’y compter et n’y faire fonction que de manque » (£.106 / Jacques Lacan Gilbert Diatkine lyse a apportée à la physiologie depuis qu’elle existe.856).630). Le grand Autre « n’est rien que le pur sujet de la moderne stratégie des jeux. o n a s = V —1 » (ibid. Quelques pages plus loin dans le même travail. fût-ce concernant les organes sexuels. voire aux derniers problèmes de la philosophie. — Comme Freud.. Des formules mathématiques répondent de la structure de l’hystérie. Bénéfice secondaire non négligeable de l’opération. — — — . selon l’algèbre dont nous faisons usage. qui me semble être l’appel même de la servi­ tu d e » (£ . est celui qui identifie le manque de l’Autre à sa demande. mais Lacan s’ en méfie : « On sait ma répu­ gnance de toujours pour l’appellation de sciences humaines.. puisqu’il nous a mené à formuler en fin d’ année [1965] notre division expé­ rimentée du sujet comme division entre le savoir et la vérité. de la névrose obsessionnelle (£. Mais « le symbole V —1 encore écrit i dans la théorie des nombres complexes. elle donne à la psychiatrie l’assise scientifique qui lui fait tel­ lement défaut : les maladies mentales deviennent des « structures » solidement organisées les unes par rapport aux autres. ne se justifie évidemment que de ne . et sa critique] ne nous a pas guidé en vain. p.= ls (1 énoncé). pour la reprendre encore immédiatement : « D ’où résulte qu’à calculer celle-ci. il recherchera ses modèles dans la topolo­ gie : « Ce fil [l’amarrage dans l’être du sujet de la science. Pendant quelques années. voir aussi S .823-825) : « Le névrosé en effet. la sociologie ou la psychologie devraient logiquement accueillir la psy­ chanalyse. Lacan caressera l’espoir d’une théorie structurale unifiée de toutes ces formes de la pensée / 107 avec la psychanalyse : « N’est-il pas sensible que LéviStrauss en suggérant l’implication des structures du lan­ gage et de cette part des lois sociales qui règle l’alliance et la parenté conquiert déjà le terrain même où Freud assoit l’inconscient ? » (ibid. Mais il se reprend aussitôt : « Cette quadrature est pourtant impossible. 819). Par la suite. s(signme ) avec S = (—1).. Mais le statut scientifique de la psychanalyse. 675). à savoir : S(signifiant) . 17.674). p.803-804). Lacan emprunte ses premiers modèles à l’optique : le « schéma du bouquet renversé » (£. et la théorie mathématique des jeux (£. obsessionnel ou plus radicalement pho­ bique. Du scientisme aux sciences conjecturales. comme tel parfaitement accessible au calcul de la conjecture ».8 5 9 .. p. 185). 285). Lacan fait miroiter l’espoir d’une quantification encore plus trompeuse.284) : « Mais il nous semble que ces termes [les concepts théoriques que Freud a forgés] ne peuvent que s’éclaircir à ce qu’on éta­ blisse leur équivalence au langage actuel de l’anthropologie. comme l’histoire.240). est nulle. 373). hystérique. énonce « sous une forme généralisée » « la fonction de méconnaissance que notre conception du stade du miroir met au principe de la formation du moi » (p. et de la phobie (£.806-807). » Le modèle de la théorie des jeux fait jouer Lacan avec l’idée d’un modèle quantifiable pour la psychanalyse. Les sciences « humaines » .

mais qu’il subsiste comme ex-sistence du dire (. C’est ainsi que le symbo­ lique ne se confond pas. le 19 décembre 1972. C’est pourquoi la formule « l’inconscient est structuré comme un langage » se renverse : « Dès lors à énoncer ce que Freud anticipe la linguistique. — En effet. C’est par mon dire que cette formalisation. 46). n’ont pas tort de crier à la mystification. ledit langage comporte une inertie considérable.819). p.108 / Gilbert Diatkine prétendre à aucun automatisme dans son emploi subsé­ qu en t» (ibid. cette fois du côté des mathématiques. n’est pas du champ de la linguistique. Mathèmes. La condensation est identifiée à la métaphore. je dis moins que ce qui s’im­ pose.) je parle sans le savoir. p. uniquement de ce fait qu’ils se trans­ mettent intégralement. ce qui se voit à comparer son fonctionnement aux signes mathé­ matiques. car : « Nulle formalisation de la langue n’est transmissible sans l’ usage de la langue ellemême. 108).20. 124). dans L ’étourdit. . et le soutien même que j ’ai pris de Jakobson n’est. avec le « inathème » : « La formalisation mathématique est notre but. plus récemment. 100). décrites par Lévi-Strauss (1946). mathèmes. p. » Lacan n’ose pas dire devant Jacobson que « le signifiant est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant » (S. Milner .. et la Loi aux structures élémentaires de la parenté. p. c’est-à-dire capable de se transmettre intégrale­ ment » (S. p. au bénéfice. forger quelque autre mot. On ne sait absolument pas ce qu’ils veulent dire. Lacan va chercher à nouveau un fondement scientifique solide à la psychana­ lyse. Il s’agit bien d’un idéal. pour laisser à Jacobson son domaine réservé.4. comme l’autre est un atome de phonie » (Milner. Lacan peut soutenir les assimilations qui fondent sa per­ spective structurale devant son public habituel.20.20. 58). p. Le complexe d’Œdipe est identifié à la Loi. avec l’être. La même année. le 16 janvier 1973 (S. Sokal et Bricmont. de la linguistique » (S. c’est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant » (£. idéal métalangage. mais Lacan détache le signifiant du signifié pour lui donner une définition « structuraliste » : « Notre définition du signi­ fiant (il n’y en a pas d’autre) est : un signifiant. mais pour Lacan. notre idéal. et second-dire. 1995. 108). p. Quand Jacobson assiste à son séminaire. 68). et qui est la formule que je libère maintenant : l’incons­ cient est la condition de la linguistique » (ibid. Borch-Jacobsen et. — A partir de 1972. 48). mais il se rattrape dès le retour de Jakobson aux États-Unis. J’appellerai cela la linguisterie. loin de là. Milner (1995) explique qu’une transmission intégrale signifie une transmission sans Maître ni disciples.20. Le désenchantement de Lacan par rapport au structura­ lisme est déjà perceptible dans la Radiophonie de 1970. Lacan reconnaît : « 11 fau­ dra. mon dire. que l’inconscient est structuré comme un langage. et ceci sans le savoir. Je parle avec mon corps. p.. mais pas devant des spécialistes.. La représentation est identifiée au signifiant. « . mais du contre-coup.. « Le mathème sera à la mathéma­ tique ce que le phonème est à la phonématique : un atome de savoir. qu’il accuse d’exploiter ses propres recherches sans rien lui apporter en retour : « Car la linguis­ tique par contre pour l’analyse ne fraye rien. la tentative structuraliste repose sur une série d’identifications approximatives.. la métaphore n’est plus un symbole : « La métaphore obtient un effet de sens d’ un signifiant qui fait pavé dans la mare du signifié » (Radiopho­ nie. Il n ’en reste pas moins qu’ils ne se transmettent qu’avec l’aide de langage et c ’est ce qui fait toute la boiterie de l’affaire » (ibid.. mais ils se transmettent. . 821). Je dis donc toujours plus que je n’en sais» (S. je la fais ex-sister. p. Lacan désavoue claire­ ment la linguistique. 20). Des sciences conjecturales à la linguisterie. p.. à l’encontre de ce que Jacques Lacan / 109 produit pour effacer l’histoire dans la mathématique pas de l’ordre de l’ après-coup. Pourquoi ? Parce que seule elle est mathème.

n’ ayant pas de soi à quoi une identité puisse se relier » (Milner. A partir du « schéma Z ». p. p. a le plus-de-jouir. Non seulement chacun d’eux coud ensemble des hétéro­ gènes. « Il est défini par sa place systémique. Lacan prend tout du paradigme mathématique. sauf précisément la déduction. Elle est réflexive. Le signifiant n’est que relation. Nul ne peut refermer la main sur un signifiant. à l’impossibilité du rapport sexuel. il est impossible de le déplacer. par exemple. Dans le mathème. il « n’est pas identique à soi. les quatre discours « du maître ». mais chacun d’eux est de plus hétérogène à chaque autre » (p.. p. puisqu’il n’est que par un autre signifiant. S le sujet (barré) .). emprunté aux mathématiques. Milner estime que cet ensemble de quatre tétrapodes n’a acquis le statut de «m a th èm e» qu’ «a u / 111 prix d’un forçage rétrospectif» (Milner. « de l’hysté­ rique » et « de l’analyste » : S1. Elle est occupée. p. il y a une place dominante. Le « rapport sexuel » pourrait s’écrire : « Je te demande de refuser ce que je t’offre parce que ce n’est pas ç a » (ibid. 129). en haut et à droite. il est sans qualité. C’est pourquoi « l’opération littérale par excellence relève de la permutation » (Milner. 87). pour ne pas parler de graphe puisque c’est un terme qui a un sens précis dans la logique mathématique » (S.20. Le nœud borroméen est ainsi fait . De même que la linguisterie n’est pas la linguistique. Le signifiant ne peut être détruit. Ces mathèmes décrits dans le Séminaire Encore. p.. 140). 130). et des­ tiné à montrer ce que Lacan entend par « impossible ». 101). mais sur des « lettres ». C’est bien pourquoi le discours de l’analyste se distingue du discours scientifique » (S. le nœud borroméen. Lacan délaisse les mathèmes pour chercher un nouveau support du mathématique. 105).. « de l’universitaire ». 196). Dans chaque « tétrapode ». par une série de rotations d’un quart de tour. S et I » (Milner. Nœuds borroméens. par le savoir dans le discours universitaire et par le « plus-dejouir » (les agalmata supposés contenus dans l'analyste) dans le discours analytique. Selon Mil­ ner.+S2 S a Maître a_ -*■ S a S2 Hystérique SI S Universitaire S2 SI Analyste Chaque « tétrapode » comporte quatre signes : 51 est le « signifiant maître » . Aussi la lettre est-elle transmissible. Toutefois. Il constate à regret : « Le truc analytique ne sera pas mathématique. et les mathématiques elles-mêmes. « il n’y aurait en psychanalyse qu’un seul mathème primaire: celui des écritures sexuelles» (ibid. 129) . 74-75. La lettre noue R. Lacan s’y est employé dès 1969-1970 dans le séminaire « L ’envers de la psychanalyse ». Borch-Jacobsen voit dans cet échec la preuve que les mathèmes sont une mystification pure et simple : « Il serait aussi risible de vouloir opérer avec les “ mathèmes” lacaniens que de chercher à faire fonctionner une machine célibataire surréaliste» (Borch-Jacobsen. Le signifiant relève de la seule instance S (sym­ bolique). Milner commente : « Le propre des mathèmes de la psychanalyse est qu’ils ne se lient pas entre eux. La lettre est tout le contraire. Peut-être. p... se heurtent à « l’impossible du rapport sexuel ». 131).20. de même il pré­ fère parler de « graphicisation.110 / Gilbert Diatkine Jacques Lacan explique aussi que la transmission ne peut pas porter sur des signifiants. p. 52 le savoir . Lacan le reconnaît peut-être indirectement. Le signifiant ne se transmet pas et il ne transmet rien. — Dans les dernières années. Mais peut-être aussi que Borch-Jacobsen confond un modèle. Leur relation est impossible. p. Lacan obtient. p.

et que les diri­ geants de l ’ API. faire couiner la jouissance en se servant de ce qui paraît le mieux pour supporter l’inertie du langage. Le plus souvent. 101). De plus.385-386). le conflit psychique. Hartmann. et pré­ . celui de fading du sujet (£. Freud dit au contraire que la diffusion de la psychanalyse devrait avoir des effets prophylactiques généraux sur la société. Anna Freud. 162). les pulsions sexuelles et agressives.732-733). Jacques Lacan / 113 Les héritages de Lacan Quarante ans de retour à Freud. Freud aurait écrit dans « Perspectives d’avenir de la thérapeutique ana­ lytique » que la diffusion de la technique psychanalytique aurait abouti à « fermer l’inconscient ». Aux nœuds ne s’applique jusqu’à ce jour aucune formalisation mathématique » (S.112 / Gilbert Diatkine que « de trois ronds noués ensemble. Ainsi.432). et celui de « sujet » (S. elle repose sur l’ attribution à Freud par Lacan de ses propres idées. des bouts de ficelle autrement dit. à savoir l’idée de la chaîne. il lui prête son concept de «sym b oliq u e» (£. p. tous les aspects du narcissisme qui ne relèvent pas de la relation en miroir. il suffit qu’un ne tienne pas et tous les autres se dispersent » (Milner.. Exclu de l ’ API par les derniers élèves directs de Freud. 131). Lacan entend montrer que c’est lui qui représente la véritable pensée freudienne. 116). 48). Milner conclut : « Le nœud est antinomique à la lettre. Mais ce calcul n’exclut pas une identification authentique. et donc à bloquer la diffusion de l’ analyse. S. des bouts de ficelle qui font des ronds. p.284 . £. coincer.528). pour les concepts de « le ttr e » et d’ « autre» (£. et qui. que ce qu’il élimine. p. Kris et Lœwens­ tein sont des déviationnistes.20.20. Milner soupçonne d’ailleurs que « non seulement le nœud n’est pas mathématisé. de «p riv a ­ tion ». Lacan butera jusqu’à la fin sur la théorie mathématique des nœuds : « Il n’y a aucune théorie des nœuds. p.. Or dans ce texte.729-730). de « frustration » (au sens spécifique où Lacan l’en­ tend : £. 52) et pour le structuralisme (£. Par exemple. l’objet interne.20. — Au bout de quarante ans de « retour à Freud ». on ne sait trop comment. mais il ne fonctionne qu’à ne pas l’être» (Milner. Parfois il lui attribue l’opinion exactement inverse de celle que Freud a réellement exprimée. p.20. 163). p. On a plus vite énuméré ce que Lacan conserve. le lacanisme est une psychana­ lyse dans laquelle ont disparu la libido. se pren­ nent les uns avec les autres » (S. et de ce fait antinomique au mathème » (Milner. ses intérêts pour la linguistique (£ 5 0 9 . Le rapport entre les nœuds borroméens et la psychana­ lyse reste problématique : « Ce n’est pas très étonnant qu’on n’ait pas su comment serrer. p. Comment une telle liquidation est-elle compatible avec l’attachement si souvent proclamé de Lacan à Freud ? Sans doute cette orthodoxie affichée est-elle en partie le fruit d’un calcul.

mais admet seulement que « frustration » traduit mal Versagung (£. Lacan prend un mot existant et en change le sens . comme dans la pratique de la théorie.460).114 / Gilbert Diatkine venir les névroses ! De même. Un « destin si funeste » (Roustang) conduit Lacan à faire exactement ce qu’il a tant reproché à ses adversaires : manipuler ses patients. Il valorise donc l’ absence de celui-ci dans la 1" édition de la Traumdeutung. p. Lacan en fait une critique systématique qui se présente rarement pour telle. elle n’est « nulle part mentionnée dans Freud » (£. comme lui. pour démon­ trer que Freud. Plus rarement. où Freud répond aux questions de son patient au lieu de les interpréter comme une résistance. et quelquefois dans la même phrase.543 . Lacan n’accepte pas la notion de « frustration » . De même que les personnes. 267 . Pour nommer sa découverte. Il ne pense pas que le « Moi-plaisir » précède le « Moi-réalité » (S.291). Lacan s’identifie à beaucoup d’autres objets de haine. Parfois. p. il ne croit pas que « la pensée est un essai de l’ a ction» (£.en général sans prévenir ! Il peut s’agir d’un mot usuel. à la sélec­ tion et à la formation « orthodoxes ».616). sans que Lacan cesse pour autant de les consi­ dérer comme des parties intrinsèques de lui-même.7 chap. qui joue un rôle central dans la pensée de Freud. Ceux-ci se transforment en véritables double binds pour les patients de Lacan.713-714). 52). et leur proposer des idéaux à atteindre.3. Donc. aurait été. S . et l’identification qui est latente. car ils ne peu­ vent relever ces pseudo-contradictions sans mettre dra­ matiquement en question leur transfert. simultanément.264). il affirme avec Freud un accord total. par exemple «jou issan ce». qui supplante une ancienne notion critiquée. par exemple « signifiant». il ne s’avoue pas vaincu. il s’oppose explicitement à Freud. Il affirmera donc que Freud la place dans un « rang secondaire et hypothétique » (£. 21). comme «forclu sion » contre «refoulem ent psy­ chotique ». comme ses adversaires. tentée par Freud dans « La personnalité psychique ». hostile à l’interpré­ tation des résistances (£. et qu’on ne peut relever parce qu’elles appartiennent à deux univers (au moins) de dis­ cours différents. Après avoir Jacques Lacan / 115 dénoncé sous toutes ses formes une image narcissique alié­ nante qui contraint le sujet à une identification forcée. les objets de pensée sont attaqués. C’est à mon avis la raison principale de l’obscurité du style de Lacan : elle est faite de paradoxes pragmatiques. comme si les autres éditions ne comptaient pas (£. Lacan continue à utili­ ser les mots qui désignent ses inventions. il crée un néologisme. Les concepts nouveaux qu’il crée naissent en général d’une violente polémique contre un usage établi. . Il attaque sans le dire celui-là même auquel il s’ iden­ tifie. ou d’un concept déjà existant. dans leur sens usuel. Le même terme est donc employé à quelques phrases de distance. Ouvertement identifié à Freud. lui-même s’identi­ fie à cette figure. dans deux sens opposés. Ainsi. 11 déteste la projection sur un même schéma des deux topi­ ques. Quand Lacan doit se rendre à l’évidence. et en avoir fait surgir la « figure obscène et féroce du surmoi » . répète-t-il. Paradoxes pragmatiques.669). Lacan s’appuie sur le cas très particulier des premières séances de « L ’Homme aux rats ». il en minimise l’importance.20. Lacan refuse le symbolisme. arraché leurs masques à la technique analytique. Si une discorde entre Freud et lui est indéniable. Par exemple. se poser en « Maître » au sommet d’une hiérarchie. Les divergences sont niées. Mais le plus souvent. il refuse ouvertement le point de vue économique . S. c’est-àdire de contradictions qui s’exercent dans la pratique de la cure et de l’institution psychanalytique. Mais. — Ces contradictions déniées contribuent à donner à la pensée de Lacan une tournure paradoxale. Lacan est hostile à la théorie des instincts. décider du cursus de formation de ses patients. qu’il appelle dédaigneusement « l’œ uf à l’œil » (£. c’est l’agression qui est mani­ feste. mais dans tous les autres cas.

son analyste lui avait donné son accord pour qu’il se présente comme membre titulaire. comme si les mala­ dies mentales étaient des réalités objectives. qui ont joué dans tous les aspects de la vie de Lacan.833). il lui demande de lui faciliter une audience auprès du pape ! (i b i d p. Mais à Pâques 1953. qui le pousse à affirmer. Heinz Hartmann. autre chose qu’une « salade de mots ». il la sollicite pour en être reconnu. comme Lœwenstein et Spitz. il scandalise sa famille en abjurant sa foi en 1923 (Roudinesco. frère d’ un prêtre. comme Marie Bona­ parte et Sacha Nacht. il est à la fois révolutionnaire et respectueux en face de la psychiatrie. mais il la met sur le même plan que la magie (U. l’autre plus international. Il parlera toujours de la psychose. dans le délire de la malade qu’il étudie. 10). la formule tautologique de Lénine : « La théorie de Marx est toutepuissante parce qu’elle est vraie » (E . ainsi que le demandaient ses amis sur­ réalistes dans leur lucide « Lettre aux médecins-cliefs des asiles de fous ». il doute qu’un catholique puisse être analysable (S. Pourtant jamais il ne remettra en ques­ tion les entités psychiatriques. Confusion de langue. 274). Il n’est guère étonnant que dans ces conditions. restera l’un des seuls maîtres qu’il se reconnaîtra toujours. du pervers. Histoire de la folie à l’âge classique. mais.869). il laisse entendre que la psychanalyse se situe dans la tradition chrétienne. Ce premier marché s’est sans doute doublé d'une autre négociation.870-872). Défi et soumission aux figures idéales expliquent que pendant les dix années où il attaque le plus violem­ ment l’Association Psychanalytique Internationale. Et en septembre 1953. A cette époque. Lacan sera l’un des premiers à reconnaître l’im­ portance de l’œuvre de Michel Foucault. à la condition que l’ana­ lyse se poursuive. la SPP était partagée entre deux courants. Elevé dans une famille catholique traditionnelle. et à soutenir. Son patron à l’ Infirmerie psychiatrique. il traite la reli­ gion avec le plus grand respect. l’élection de Lacan devait donner au courant « international » la voix supplémentaire qui allait permettre l’élection d’un autre émigré influent. de /'obsessionnel. Cette tolérance attire de nombreux prêtres et croyants à son séminaire. Clérambault. p. il écrit à son frère une lettre dans laquelle. Même soumission face au Parti communiste. Il est vraisemblable que Lacan a imaginé que le marché proposé par son ana­ lyste était lié à ce calcul concernant un tiers. Serait-il impossible qu’elle ait en même temps établi en lui une identification à ce personnage manipulateur ? Tout ce que nous savons des séductions sexuelles et nar­ cissiques nous a habitué à voir des identifications à l'agresseur succéder à ces « confusions de langues » . Sa thèse de 1932 est un effort remarquable pour écouter. où l’on trouvait les quelques analystes qui avaient fait une analyse avec Freud. D’un point de vue théorique. — Peut-on risquer une hypothèse sur les origines de cette double attitude ? Elle oblige à revenir sur les circonstances de la fin de son analyse. Roudinesco donne de très nombreux exemples de ces paradoxes. 1993. p. alors que les analystes sont persécutés en URSS et condamnés par le Parti communiste français : « Nous trouvons donc justifiée la prévention que la psy­ .Jacques Lacan / 117 chanalyse rencontre à l’ Est » (E. sans renoncer à son athéisme. l’un plus « national ». il ait mis fin à sa cure au lendemain de son élection. Un tel marché entre analyste et patient est inconcevable de nos jours. grâce à la distinction de « la V érité» et du «s a v o ir » . face à eux. Mais en 1938.116 / Gilbert Diatkine E. car l’analyste est tenu à l’écart de tout ce qui concerne la formation de ses patients. il était usuel de le consulter à chaque étape du cursus de formation. et des émigrés prestigieux. De même.23. mené par les ana­ lystes français de la première génération. Son attitude envers la religion est non moins para­ doxale. Selon Célia Bertin. 31). On l’ a vu. Mais il laisse ensuite sa malade à l’ordre asilaire. Cette fin dramatique de son analyse a sans doute contribué à ancrer en lui la haine de toute manipulation du patient par l’analyste.

les recherches de Heinz Kohut sur le « Self-objet » en miroir et le transfert en miroir ne lui doivent rien. et exposées très clairement par . De l’autre côté du m iroir. qui s’étend devant le sujet. et qui tiennent à l’essentiel de celle de Freud. le complexe d’Œdipe est la résultante des désirs propres du sujet.-B. Ce n’est pas une raison pour se défaire de la vie pulsionnelle et du monde fantasmatique propre à chaque patient. entre visage et miroir. W innicott fait référence à Lacan quand il écrit que le « visage de la mère est le premier miroir » . mais il est courant de lire Jacques Lacan / 119 sous la plume d’auteurs comme Pierre Marty une valorisa­ tion de l’Idéal du Moi au détriment du Moi idéal. — Les exigences terminologiques de Lacan sont à l’origine des traductions nouvelles de Freud par les équipes rassemblées par Jean Laplanche et André Bourguignon d’une part et J. Laplanche. Mais la forclusion n’est intéressante que si elle reste reliée aux autres concepts lacaniens. rendant du même coup beaucoup plus clinique et concrète la théorie lacanienne. bien que Kohut et Lacan aient plusieurs points de recoupement : la « rage narcissique » de Kohut ressemble beaucoup aux phénomènes d’ agressivité sans retenue que Lacan attribue à la frustration. Ces auteurs prennent en considération la vie fantas­ matique des parents. Des auteurs comme Piera Aulagnier ou Guy Bosolato ont développé leurs propres perspectives à partir de certaines formula­ tions de Lacan. Des travaux comme ceux de M. On ne peut pas à la fois rester en dessous du volcan comme le demandent Freud et Melanie Klein. Si l’ on ne cherche pas à unifier ces deux champs de la pensée analytique. Braunschweig. sans espérer qu’une synthèse soit possible. La dimension spéculaire du narcissisme est l’un des apports lacatiiens qui a été le mieux reçu à l’extérieur de l’Ecole. A l’étran­ ger. De Malcolm Lowry à Lewis Carroll. Faut-il pour autant tra­ duire verwerfung par « forclusion ». et de la verwerfung par opposition au refoulement et aussi par rapport à la dénégation. Ses idées sur la réalité sont citées par Denise Braunschweig dans son tra­ vail Psychanalyse et réalité. du clivage du moi (par opposition au clivage de l’ob­ jet). Chasseguet-Smirgel. La conception lacanienne du symbolique comme exté­ rieur au sujet a influencé la théorie de la séduction généra­ lisée de J. L ’op­ position Moi idéal / Idéal du Moi a été critiquée comme fac­ tice par J. en même temps qu’aux apports des autres postfreudiens. que ces auteurs ne reprennent pas à leur compte. Les travaux de Didier Anzieu sur le « Moi-peau » en sont issus. il nous faut changer de vertex. Même s’ils se refusent à réduire tout le nar­ cissisme à sa seule dimension « imaginaire ». au moins indirecte­ ment. Sa relecture de Freud a sans doute contribué à nous faire prendre conscience des spécificités de la projection psycho­ tique. et non à l’intérieur de lui. Elles expliquent le lien paradoxal à un objet haï auquel on s’identifie. Pontalis d’autre part. ou de Claude Le Guen en sont marqués. Lacan nous a aidé à prendre conscience de l’existence d’ un nouveau continent de l’espace psychique. et passer de l’autre côté du miroir comme nous le permet Lacan. En revanche. Elle donne une clé pour comprendre les différents cadres de la psychanalyse et de la psychothéra­ pie (situation divan-fauteuil et face-à-face) (£. Fain et D. mais pour eux. alors que « rejet » ou « déni de réalité » sont disponibles ? Le « vocabulaire » de Laplanche et Pontalis.118 / Gilbert Diatkine (Ferenczi). beaucoup d’analystes de la SPP l’emploient dans leurs travaux théori­ ques et cliniques.346). Les apports de Lacan à la théorie psychanalytique. ou au-dessous du volcan ?— L ’uti­ lisation de Lacan est difficile pour ceux qui n’acceptent qu’une partie de sa pensée. et plus récemment Gérard Bayle en sont partisans. on peut s’enrichir de bien des connais­ sances à le lire. C’est aussi probablement grâce à Lacan que nous nous intéressons beaucoup plus au com­ plexe d’ Œdipe que nos collègues de langue anglaise.

de « l’introjection » proprement dite. a été au centre du débat sur la question à la SPP (voir le volume de la Revue française de psychanalyse consacré à ce sujet. Jacques Lacan / 121 qui répugnent aux interprétations « d e contenu». Winnicott a l’idée que l’analyse a pour but de pro­ téger le «v ra i self». La réaction actuelle des analystes américains contre la « Psychologie du M o i» rejoint les critiques qu’il a formulées autrefois. Si la théorie de la forclusion échoue par manque de spé­ cificité à expliquer les psychoses. et donc aussi comme la plus contestable). C’est ainsi que le danger que l’analyste impose sa version de la réalité au patient est au centre de la réflexion d’ Evelyne Schwaber. l’interprétation énigma­ tique. on considère souvent la méta­ psychologie comme la partie de la théorie psychanalytique la plus abstraite et la plus éloignée de la clinique. 11 janvier 1977). Ils distinguent « l’ incorpora­ tion » qui garde les aspects aliénants que Lacan reproche à l’introjection. c’est-à-dire le signifié. Très souvent. La remise en cause des pulsions est acceptée avec plus ou moins de réserves par beaucoup de psychanalystes. ou les retrouvent par des voies person­ nelles. cou­ rantes dans la psychanalyse de langue anglaise. La construction de l’espace analy­ tique. Il reconnaîtra son influence sur eux (S. 2/3. Ses attaques contre les psychanalystes «généticiens» sont injustes pour les recherches souvent fructueuses que ces derniers ont menées. les dernières formula­ tions de Lacan sur « l’ impossible » ont eu peu d’écho en dehors du monde lacanien. Influences idéologiques de Lacan sur les autres analystes. introduite par Michel Neyraut.24. Mais les analystes non lacaniens conservent comme visée la reconstruction du passé. La précession du contretransfert sur le transfert. Maria Torok et Nicolas Abraham ont aussi trouvé un compromis entre sa critique de l’introjection et les découvertes de Ferenczi et de Melanie Klein. contrairement à lui. Ainsi sa défiance à l’égard du symbolisme se retrouve chez beaucoup d’analystes français non lacaniens. Penot. que Freud heurtait avant le toilettage laca­ nien. Donnet. comme Lacan pense qu’elle doit per­ mettre l’émergence du sujet. et de leur ponctuation. Mais beaucoup d’analystes seraient prêts à décrire leur travail comme une activité de liaison entre deux signifiants. 1974). par ailleurs adversaire perspicace de la scansion agie. En revanche. a ses partisans à la SPP. qui est pourtant dû à d’au­ tres causes (en Amérique. doit beaucoup à l’idée de Lacan que le transfert précède la cure. est relevée par J. — Même sans reprendre à leur compte aucune de ses idées. Michel de M’ Uzan se méfie . elle joue sur des homophonies. elle a eu la conséquence positive de sensibiliser l’ensemble des analystes français au rôle des générations précédentes dans la psychopathologie. comme il le dit. le sens du symptôme.120 / Gilbert Diatkine B. beaucoup d’ analystes sont sensibles à certaines de ses criti­ ques de Freud. l’intérêt clinique du repérage des phénomènes de scansion signifiante. Lacan apparaît comme le père involontaire de l’analyse transgénérationnelle. Ses idées sont en partie à l’ origine du travail de R ay­ mond Cahn sur Le sujet. Par l’intermédiaire de la lecture qu’en ont fait Maria Torok et Nicolas Abraham. Mais Neyraut attache sa pleine valeur au contretransfert.-L. Son rejet global de la métapsychologie rencontre celui des analystes américains. qui en a fait un développement personnel dans sa conception du déni. Le « m i-d it » . Yinsight. dont le livre. L’élimination de la théorie sexuelle est sans doute pour beaucoup dans l’accueil favo­ rable qu’il a rencontré dans certains milieux non psycha­ nalytiques. De même. On peut les rapprocher des nom­ breux travaux américains et anglais sur le « soi » et le « self ». Un abîme sépare la pratique de l’ana­ lyse qu’il recommande et ce qui se pratique dans le reste du monde analytique. Sa mise en cause de la conception freudienne classique du processus analytique a sans doute influencé Serge Viderman. et la prise de cons­ cience. pourquoi faire ? » demandait un colloque de l’Association psychanalytique de France. « La pulsion.

1981. du Seuil. 1991. du Seuil. Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse. 1956-1957 . qui ne provoquent pas un ébranlement économique suffisant. Paris. 1966. VII. 1933 — Le problème du style et la conception psychia­ trique des formes paranoïaques de l’expérience. I. 1986. 1966 . pas plus que la théorie de Kohut exposée dans Analyse et guérison.Le séminaire. sous l’impulsion de Nacht. La suppression du rapport de l’analyste sur son propre analysé. 1980. Paris. C’est finalement sur le terrain de la conception de l’éthique analytique qu’il est le plus difficile de trouver des voies de passage entre analystes lacaniens et non lacaniens. L ’éthique de la psychana­ lyse. Sa critique du système de formation a eu une profonde influence sur l’Institut de la s p p . Éd. 1955-1956 . Éd. Éd. Ed. et les rédactions de Jacques-Alain Miller sont contestées par certains spécialistes. VIII. dès 1953. du Seuil. du Seuil. c’est l’économique qui compte. Paris. celle du statut particulier de l’analyse didactique en 1957. Donnet et R. Éd.Le séminaire. candidat à la formation. n” 1. à ma connais­ sance.Écrits. 1959-1960 — Le séminaire. également fon­ dée sur la reconnaissance des besoins narcissiques du sujet. Éd. Minotaure. Favreau. Bibliographie raisonnée L’enseignement de Lacan a été oral pour l’essentiel.Le séminaire. II.122 / Gilbert Diatkine des interprétations trop secondarisées. Éd.-L. Textes de Jacques Lacan 1932 — De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité. IV . 1960-1961 . du Seuil. en contraste avec d’ autres textes superbement rédigés. La relation d’objet. 1994. 68-69. J. Beaucoup des Ecrits ont d’abord été prononcés orale­ ment. Les écrits techniques de Freud. Paris. Paris. Le transfert. Barande reflètent tous le souci de diminuer la part de la suggestion dans la forma­ tion. n’ a rien à voir avec Lacan. Mais la SPP. Paris.Le séminaire. celle de la présélection en 1959. du Seuil. 1933. 1954-1955 — Le séminaire. III. Éd. a pris très tôt des mesures qui ne doivent rien à Lacan pour lutter dans cette voie. Paris. p. du Seuil. 1953-1954 . Les travaux de J. la séparation rigoureuse des activi­ tés de formation et de la vie politique de la société ont contribué à faire que l’ analyse des candidats se déroule en dehors de toute pression extérieure. L ’idée qu’analyser soit un processus de reconnaissance mutuelle fonde la « psychothérapie transactionnelle ». Mais pour De M’ Uzan. 1975. du Seuil. Paris. . qui. Les psychoses. 1978. La majeure partie des « séminaires » ne sont pas édités.

(1995). Le maître absolu. L ’Œuvre claire. (1989). 9-20. La jouissance du tragique. Histoire de la psychanalyse en France. 7. Lacan. Éd. L ’envers de la psychana­ lyse. Le sinthome. «E xcusez-m oi. La psychanalyse. Milncr J. La cause freu­ dienne. Bonningue C. 21-24. 1975. Scilicet. X V I I . n° 371. L ’a-scientificité de la psychanalyse. universitaires. Paris. Fennetaux M. . Paris. Éd. Jacques Lacan / 125 Miller J. 1974 — Télévision. Paris. Les quatre concepts fonda­ mentaux de la psychanalyse.124 / Gilbert Diatkine 1963-1964 — Le séminaire. du Seuil.-Cl. Éd. Paris. Éd. Dor J. Paris. 30-33. Paris. je ne faisais que passer! ». (1994). Point hors ligne. Textes sur Lacan et le mouvement lacanien Berlin C. 2-3. Fayard. 1992. Scilicet 2-3. Encore. Les Temps modernes. du Seuil. Paris. Ornicar. 1970 — Radiophonie. (1982). Jacques Lacan. Flammarion. Favret-Saada J. Lacan et le désir de l’analyste. du Seuil. du Seuil. D ’un Autre à l’autre (dactylographié). 8. 1976-1977 — Le séminaire X X I V . « Principes concernant l’accession au titre de psychanalyste dans l’ Ecole freu­ dienne de Paris ». École freudienne de Paris (1969). Roudinesco E. Éd. Paris. n° 27. 1968-1969 — Le séminaire. 32e année. 1973. du Seuil. Antigone. (1989). «D o n c je suis ç a » . 1991. X X I I I . (1990). (1992). Paris. L ’insu que sait de Tune-bévue s’aile a mourre (dactylographié). Roudinesco E. La cause freu­ dienne. « Solution d’un désir». Borch-Jacobsen M. 1995. Ed. La dernière Bonaparte. X X . Éd. du Seuil. Seuil. (1994). 2. Paris. X V I . n" 27 : La passe : fait ou fiction ?. Paris. (1993). Paris. (1977). n“ 6. 1969-1970 — Le séminaire. 10. Paris Librairie académique Perrin. 20882103. Aubier. Guyomard P. 9. 1975-1976 — Le séminaire. (1986). 1972-1973 — Le séminaire.-A. X I . chemin des lumières ?.