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Division Afrique

Division régionale Sahel et Afrique de l’Ouest

LES MUTILATIONS GENITALES FEMININES EN
TANT QUE VIOLATION DES DROITS HUMAINS
Introduction nale à assumer leurs responsabilités pour la protection
Les raisons habituellement avancées pour justifier les de la santé et des droits des femmes et des filles. Selon
mutilations génitales féminines (MGF) sont, entre au- ces accords, les MGF portent atteinte aux droits hu-
tres : Le besoin apparent de contrôler la sexualité et mains civils, politiques, sociaux et culturels et, en parti-
l’identité des femmes, un avantage hygiénique ou mé- culier, aux droits à la sécurité et à la liberté individuelle,
dical présumé, la croyance que l’excision constitue une à la vie et à l’intégrité corporelle, à la santé et à la santé
obligation religieuse et/ou le désir de respecter des tra- reproductive.
ditions et coutumes. Cependant, des arguments bien
plus convaincants sont à opposer à ces pratiques, en Divers documents prescrivent l’élimination des prati-
particulier l’évidence indéniable des risques sanitaires ques culturelles qui violent les droits des femmes. Mais,
qu’elles comportent et le fait qu’elles soient une viola- pour atteindre ce but, il est essentiel de comprendre et
tion des droits humains. Beaucoup d’intellectuels et de de respecter les sentiments et les croyances profon-
militants africains combattent les MGF depuis les an- dément ressentis par ceux qui pratiquent les MGF et de
nées 1970. Aujourd’hui, cette question fait partie inté- garder les contenus positifs de tels usages culturels.
grante des débats sur les droits des femmes. Si la
communauté inter-nationale ne soutenait pas la lutte Certes, tous les pays du monde sont signataires de
contre les MGF en tant que violation des droits hu- l’une ou l’autre des conventions internationales sur les
mains, elle risquerait de se faire complice du maintien MGF, mais pour être effectives, leurs dispositions doi-
de l’inégalité entre les sexes, ainsi que des graves dou- vent être intégrées dans les législations et la pratique
leurs et des dommages permanents infligés aux fem- juridique nationales. En outre, des mécanismes
mes concernées. Nous estimons donc qu’il est juste d’application efficaces doivent être mis en place et le
d’intervenir contre la pratique des MGF, entre autre personnel juridique doit être formé sur la question. La
dans le cadre de la défense des droits humains. législation nationale et internationale doit être transpo-
sée dans le droit coutumier et appliquée à la base. En-
Étant donné que la culture est un ensemble dynamique fin, le cadre des droits humains doit être accompagné
de pratiques, l’article 5 de la Convention sur de programmes ciblés sur l’environnement culturel afin
l’élimination de toutes les formes de discrimination à de contrecarrer les différentes justifications données
l’égard des femmes requiert des parties signataires de aux MGF, et il doit être appuyé par des programmes in-
modifier les modèles sociaux et culturels de conduite tégrés et intensifs d’éducation formelle et informelle,
des hommes et des femmes, en vue de parvenir à destinés à conscientiser les femmes, à les former et à
l’élimination des [...] coutumes et de toutes les autres renforcer leurs pouvoirs de décision et d’action.
pratiques basées sur l’idée de l’infériorité ou de la
supériorité de l’un des deux sexes, ou sur l’attribution Limites de l’approche fondée sur les droits
de rôles stéréotypés aux hommes et aux femmes. humains
Même si l’approche fondée sur les droits humains est
Le cadre des droits humains un puissant instrument moral et légal, son efficacité a
Le cadre des droits humains est un puissant instrument aussi des limites dans ce cadre. En effet, la plupart des
pour agir sur les processus politiques aux niveaux in- habitants des pays en développement ne sont pas
ternational et national. Il repose sur des accords inter- conscients des droits humains des femmes et des filles.
nationaux (pour la plupart obligatoires) ou des conven- Ils tendent à perpétuer les MGF en pensant que ces
tions entre plusieurs nations, portant sur la protection pratiques sont dans l’intérêt de l’enfant, ce qui rend la
des droits fondamentaux de la personne humaine. Il question de la responsabilité encore plus ambiguë. De
oblige les gouvernements et la communauté internatio- plus, les gens ont souvent l’impression que les lois mo-
dernes sont très éloignées de leurs expériences et de
leur vies quotidiennes et ils n’ont donc guère de motiva- La Charte africaine sur les droits de l’Homme et des
tion morale ou légale de s’y conformer. D’autres limites peuples (Charte de Banjul, 1981) , qui a été ratifiée par
de cette approche sont liées au fait que beaucoup de la plupart des pays du continent, inclut certaines protec-
personnes n’ont pas les moyens de déposer une tions contre les MGF, sans toutefois les mentionner ex-
plainte officielle, n’ont pas accès aux structures juridi- plicitement.
ques et ont besoin d’un soutien sociopsychologique
pour faire face à l’ostracisme. D’ailleurs, l’approche Pour renforcer la formulation plutôt faible des droits des
fondée sur les droits de l’homme ne touche pas aux femmes dans ce document, le « Maputo Protocol », un
structures de domination sous-jacentes qui existent protocole additionnel sur les droits des femmes en Afri-
dans une société. Il faut donc que des programmes, que a été adopté en Juillet 2003. L’article 5 porte sur
des structures de soutien et des options parallèles l’élimination des pratiques traditionelles préjudiciables.
soient mis en place. Il reconnaît que ces pratiques sont une violation des
droits humains, et oblige les gouvernements à assumer
Nous approuvons la transposition des droits de leurs responsabilités pour la protection et le soutien des
l’homme dans des lois interdisant les MGF et fonction- femmes par la mise en place des programmes
nant comme cadre normatif positif pour combattre ces d’éducation, de législation et des structures de soutien.
pratiques. Par contre, nous pensons que les mesures
légales qui criminalisent ces pratiques sont problémati- La Charte africaine sur les droits et le bien-être de
ques : premièrement, des sanctions pénales contre les l’enfant a été également ratifiée par la plupart des pays
auteurs des MGF peuvent avoir des effets négatifs pour africains. Comme la Convention internationale sur les
les filles concernées, par exemple lorsque les parents droits de l’enfant, elle vise explicitement à protéger les
de celles-ci sont condamnés à des peines de prison et enfants des pratiques traditionnelles préjudiciables à
restent ainsi longtemps absents. Deuxièmement, pren- leur santé. La référence à des documents régionaux est
dre des mesures légales contre ses propres parents et un instrument souvent sous-estimé, pourtant utile à la
contre des membres de sa communauté peut entraîner protection contre les MGF, car ces documents sont plus
de graves conséquences sociales et économiques pour sensibles aux considérations d’ordre culturel et plus
la personne qui dépose une plainte. Chose plus grave susceptibles d’être acceptés comme « appropriés » par
encore, la criminalisation de ces pratiques risque de les les populations concernées, contrairement aux docu-
refouler dans la clandestinité, ce qui peut empêcher les ments internationaux, souvent rejetés parce que res-
femmes souffrant de problèmes de santé liés aux MGF sentis comme des dictats de l’Occident.
de consulter des services médicaux, et faire obstacle
aux campagnes d’éducation et de sensibilisation. C’est Charte africaine sur les droits et le bien-être de
pourquoi il importe que l’introduction des lois se fasse l’enfant
avec sagesse et modération et en temps opportun. Les Parties signataires [...] prendront des mesures ap-
propriées pour éliminer les pratiques sociales et cul-
Instruments internationaux et régionaux turelles préjudiciables, qui affectent le bien-être, la dig-
Trois éléments principaux des droits humains interna- nité, la croissance et le développement normal de
tionaux sont de toute évidence trans-gressés par la pra- l’enfant et en particulier
tique des MGF : premièrement, le droit à l’intégrité cor- (a) les coutumes et pratiques préjudiciables à la santé
porelle et sexuelle, deuxièmement, le droit à la meil- ou à la vie de l’enfant et
leure santé physique et mentale possible et troisième- (b) les coutumes et pratiques discriminatoires pour
ment, la condamnation de la discrimination envers les l’enfant, fondées sur son sexe ou d’autres conditions.
femmes. En ce sens, de nombreux instruments interna-
tionaux sont applicables aux MGF : de la Déclaration Instruments nationaux
universelle des droits de l’Homme (DUDH, 1948) à la
Les gouvernements sont tenus d’assurer à leurs ci-
Déclaration au Programme d’action de la quatrième
toyens la jouissance équitable de ces droits dans leurs
Conférence mondiale sur les femmes (1995).
juridictions et peuvent donc être rendus responsables
s’ils omettent de prendre des mesures aptes à prévenir
DUDH - Articles applicables aux MGF
les MGF ou à y remédier. Aucun pays n’a adopté dans
§3: Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la
sa constitution de clause explicite contre les MGF, mais
sûreté de sa personne.
quelques pays (15 en Afrique, 10 ailleurs) ont des lois
§5: Nul ne sera soumis ni à la torture, ni à des peines pénales en vigueur, qui sont cependant rarement appli-
ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. quées.
§25: Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant
pour assurer santé, et bien-être à soi même et à sa fa-
mille.

Publié par Projet supra régional:
Deutsche Gesellschaft für L'abandon des mutilations génitales féminines
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Juillet 2007