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- 964-1386 : la dynastie des PIAST

- 1386-1572 : la dynastie des JAGELLONS
- 1587-1632 : la dynastie des WASA

AU MOYEN-AGE

1. LA POLOGNE DES PIAST (964 - 1386)

A en croire Le Lewel (le Michelet polonais), les tribus slaves du Moyen age pratiquaient
l’agriculture dans les clairières et seule l’apparition de la propriété introduite par les chefs
provoque les premières différences sociales. Ces peuples qui parlaient une sorte de « slave
commun » se divisent en plusieurs branches :
- les Mazoviens,
- les Silésiens,
- les Poméraniens,
- les Polanes. Les Polanes sont les plus vigoureux de ces groupes et donnent le nom de
« Pologne » (pole = champs ou plaine).

Le premier prince dont le pouvoir est historiquement attesté autour de la ville de Gniezno est
Mieszko

Mieszko 1er (964–992), premier de la dynastie des Piast qui durera jusqu’en 1370, après
quoi les rois de Pologne seront toujours d’origine étrangère. Mieszko se soumet en 964 à
l’empereur germanique Othon 1er et lui paie tribut pour protéger sa frontière occidentale.
Habile, devançant le danger des Tchèques qui ont annexé les possessions de la grande
Mozavie au Nord des Sudètes et des Carpates, le menacent au Sud : en 965, Mieszko 1er
épouse Dubravka, fille du duc de Bohême et chrétienne. Le prince des Polanes se
christianise et négocie directement avec les papes successifs Léon VIII et Jean XIII. Il reçoit
le baptême à Rastibonne, sous juridiction tchèque en 966. La christianisation de la
population s’ensuit, d’abord limitée aux élites, puis à tous quelques siècles plus tard. Il donne
sa fille au roi de Suède et du Danemark (Viking) Eric Segersäller. En échange, les colonies
danoises se multiplient sur le littoral poméranien, mal contrôlé par les Polanes. Il meurt en
992. Lui succède son fils aîné Boleslaw .

Carte p17 – l’Etat de Mieszko 1er vers 990

Boleslaw 1er (992-1205), dit le Vaillant (smalty), met rapidement en fuite sa belle-mère et
ses enfants. Il recherche l’appui de Othon III, l’obtient et en est très apprécié. Boleslaw
épouse une fille du margrave de Meissen, allemande. Le prince s’affirme et une classe

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dominante gravite autour de lui. Des chancelleries apparaissent occupées par des gens
d’Eglise.
La région de Gniezno, origine du prince, est qualifiée de « Grande Pologne ». La région de
Cracovie est appelée « Petite Pologne ». Othon III meurt en 1002, et Boleslaw doit guerroyer
seul pour parvenir à la reconnaissance de sa dignité royale et ce jusqu’à sa mort en 1025.
Boleslaw répudie son épouse allemande et épouse une hongroise. Il attaque la Lusace, le
Milzenland et même Meissen. Il fait crever les yeux du Duc de Bohême. L’empereur
germanique Henri II refoule Boleslaw 1er jusque Poznan et le prive de la Poméranie
occidentale en 1005.
Son fils Mieszko épouse la fille du palatin de Lorraine sur l’autorisation de l’empereur Henri
II, mais il se livre à des intrigues anti-impériales et est capturé. Son père Boleslaw 1er paie
cher son rachat de captivité et les attaques impériales reprennent entre 1015 et 1018. Il
vainc une coalition de l’Empire avec les Tchèques et la « Rous » de Kiev. Il obtient la Lusace
en 1018. Jamais plus la Pologne ne s’étendra aussi loin vers l’Ouest. Boleslaw le Vaillant
lutte contre la « Rous » kiévienne, future Ruthénie puis Ukraine. Dés lors, les luttes ont une
connotation religieuse car Vladimir, prince de Kiev, orthodoxe, ne supporte pas la pénétration
catholique à laquelle cède son fils Sviatopalk, gendre de Boleslaw. Boleslaw libère en 1018
son gendre emprisonné par son père et le couronne roi de Pologne en 1205 l’année de sa
mort, dans le but de souder ses possessions comme un royaume à l’occidentale et rompre
l’émiettement patrimonial. Il nomme son fils Mieszko, issu de sa troisième femme, comme
son successeur et non son fils aîné Bezprym qu’il a eu avec son épouse hongroise.

Mieszko II (1025-1034). Durant son règne s’installe un chaos qui durera jusqu’en 1039.
Harcelé par l’empereur Conrad II, il perd les provinces acquises par son père et doit s’enfuir
un temps en Bohême devant la rebellion païenne de Bezprym qui sera assassiné par ses
frères. Mieszko doit reconnaître la suzeraineté de Conrad et place son fils Kazimier (Casimir)
sous sa protection. Un bâtard de Mieszko II tente de régner pendant cinq ans. Devant la
crainte de voir les Tchèques dominer la Pologne, le nouvel empereur Henri III favorise le
retour de Kazimier.

Kazimier 1er (1039-1058). Il ne parvient pas à restaurer l’unité de la Pologne, redevenu
uniquement Prince des Polanes. Il reprend le contrôle de la Mazovie et de l’Est de la
Poméranie en s’alliant à Iaroslav de Kiev mais ne peut dominer la Silésie qu’en payant tribut
aux Tchèques en 1054. Les structures centralisées de l’Eglise ne se relèvent pas des
soulèvements anti-chrétiens. Les Tchèques achèvent la ruine en pillant les églises, en
emportant les reliques et objets de culte. Gniezno connaît la décadence et Kazimier 1er
transfère sa capitale à Cracovie. Il imite l’occident et instaure une chevalerie largement dotée
en terres qui, en contrepartie, a l’obligation d’assurer la fonction militaire. Kazimier 1er pioche
dans les caisses du trésor de l’Etat qu’il prend pour son bien propre. Le peuple va connaître
un fardeau des redevances féodales. A sa mort, c’est son fils Boleslaw qui lui succède à 15
ans.

Boleslaw II (1058-1079) dit le Généreux (szczodny) ou encore le Téméraire (smialy)
refuse de payer tribut aux Tchèques pour la Silésie, les attaque en Moravie et est battu en
1061. Il intervient plusieurs fois en Hongrie pour soutenir les prétendants au trône hostiles à
l’empire, s’associant à la politique du pape Grégoire VII, ennemi de l’Empereur. Il intervient
dans les luttes incessantes de l’empire en1075 et en 1076, ce qui lui a valu la
reconnaissance du pape qui restaure la hiérarchie religieuse en Pologne, rétablit la
métropole de Gniezno et permet à Boleslaw II de se faire couronner à Noël 1076. Boleslaw
soutient le prince de Kiev Iziaslav, pro-catholique et marié à une polonaise que les
orthodoxes chassent plusieurs fois. Boleslaw II est assassiné par un frère jaloux depuis le
début, le prince Wladyslaw-Hermann lors d’un complot en 1079 dans lequel y était mêlé
l’évêque de Cracovie, Stanislaw et les anti-grégoriens de l’empire. L’évêque aura les
membres tranchés par le nouveau roi et par un retournement de l’histoire, il sera plus tard
canonisé et deviendra le saint patron de la Pologne ! Vratislav, duc de Bohême, attaque

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dans ses conditions la Pologne dont le roi s’enfuit en Hongrie vers 1081 où il mourra dans un
cloître de Carinthie.

Wladyslaw–Herman (1079-1112) en s’emparant du pouvoir renverse toutes les alliances de
son frère. La reconnaissance qu’il devait à l’empereur Henri IV fait qu’il accepte un bavarois
à la tête de l’archevêché de Gniezno. Il épouse Judith, fille du duc de Bohême, tandis que
les Tchèques occupent Cracovie. Ils seront chassés par les Hongrois qui placent un frère de
Herman, Mieszko, à Cracovie qui périt empoisonné. Pour gagner les grâces des Hongrois,
Herman épouse la veuve de leur prince, une autre Judith, sœur de l’empereur. A sa mort,
une lutte éclate entre Zbigniew, fils illégitime de Herman qui reçoit la Silésie, et Boleslaw son
autre fils, dit « Bouche Torse » (krzywonsty). Ce dernier cherche des alliés à l’Est en
épousant une princesse kiévienne, et au Sud chez les Hongrois. Zbigniew est finalement
obligé de reconnaître la suzeraineté de Bouche Torse et fuit dans l’empire de Henri V qui
tente de rétablir le pouvoir de son protégé en Silésie (1109). Bouche Torse feint la
réconciliation, autorise le retour de Zbigniew, lui fait crever les yeux provoquant sa mort en
1112.

Boleslaw III (1112-1138), Bouche Torse, concentre son action pendant plus de 20 ans sur la
soumission à la christianisation de la Poméranie. L’empereur Lothaire III exige que les
Poméraniens se convertissent pour le compte de l’Empire. Trop faible, le duc de Pologne
doit accepter que la Poméranie devienne le fief de Lothaire en 1135. Il rédige un testament
resté célèbre où il partage ses biens en quatre duchés héréditaires dont le plus grand formé
des régions de Cracovie et de Silésie, devait toujours revenir à l’aîné de la dynastie des
PIAST qui aurait autorité sur les autres.

Les ducs de la dynastie des PIAST de plus en plus ramifiés, font appel à des clercs
étrangers, à des évêques allemands. Les mariages mixtes répandaient chez les enfants la
connaissance d’au moins une langue étrangère : l’allemand, le ruthène (ukrainien), le
tchèque. Certains princes comme Mieszko II sont éduqués en occident : Mathilde de
Lorraine vantait hautement ses connaissances, Zbigniew (fils naturel de Herman) a fait de
solides études à Cracovie.
A cette époque, le primitivisme païen recule, la polygamie disparaît, les veuves ne sont plus
brûlées sur le bûcher de leur époux. Les moeurs s’adoucissent grâce à la musique surtout
religieuse. Mais le plus beau témoignage de l’expansion catholique sont les multiples
constructions religieuses inspirées des modèles rhénans ou saxons. Les compagnons
allemands forment des compagnons polonais (maçons, sculpteurs) donnant un art roman
plein de charme comme à Wroclaw.

Les membres les plus fortunés de la chevalerie sont exemptés des redevances par les
princes, les charges de l’Etat leur sont réservées et annoncent la future aristocratie. Les
autresv(laboureurs, défricheurs) sont proches du servage de la paysannerie qui se dessine.
A la mort de Boleslaw III en 1138, son testament n’est pas appliqué. Son fils aîné le prince
Wladyslaw est sans cesse en butte avec ses frères cadets pendant quarante ans et les
querelles parmi les PIAST sont une suite de renversements et de rivalités provinciales. Objet
de disputes entre sa mère et son épouse toutes deux allemandes et réprouvé par son
entourage pour sa cruauté (il avait crevé les yeux d’un de ses fidèles, le palatin Piotr
Wlostowic, grand bienfaiteur de l’Eglise) ce premier fils doit quitter la Pologne. Le deuxième
fils Boleslaw monte sur le trône.

Boleslaw IV (1138-1173) le Frisé, doit affronter l’empereur Conrad III venu rétablir le
premier, Wladyslaw, mais il résiste. Conrad III emmène alors Wladyslaw dans la croisade
prêchée par Bertrand de Clairvaux. En 1157, Frédéric Barberousse décide d’attaquer le Frisé
qui, vaincu, reconnaît la souveraineté impériale. Barberousse accepte en échange que
Wladyslaw reste en exil.

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Les campagnes infructueuses de Boleslaw IV le Frisé pour soumettre les Borusses (future
prusse) entraîne la mort de son frère Henri et tout le littoral poméranien lui échappe. A sa
mort en 1173, le 4ème frère Mieszko lui succède.

Mieszko III, dit le Vieux, (1173-1177) règne pendant quatre ans de manière désordonnée : il
fait mettre en circulation une mauvaise monnaie de cuivre pour sauver ses finances et donne
des privilèges commerciaux, des franchises pour les foires, des exemptions d’impôt à de
nombreux marchands étrangers, surtout allemands, ce qui dresse la population de Cracovie
contre lui. Il doit quitter la ville en 1177. Il ne reste plus que le 5 ème fils de BoucheTorse,
Kazimierz.

Kazimierz II (1177-1194), dit le Juste. Pendant son règne, il tente une recentralisation et un
retour à une politique active de l’Etat européen. Lors d’une assemblée des grands et du Haut
Clergé convoqué en 1180, il accorde à ses derniers de nouveaux privilèges pour faire abolir
les droits des autres Piast sur Cracovie et y établir son pouvoir héréditaire. Il soumet les
populations baltes païennes du Bug, les Yatvègues, et peuple cette région qui devient la
Podlachie. Il s’en prend aux principautés ruthènes orthodoxes, fragment de la principauté de
Kiev déclinante. A sa mort en 1194, c’est son fils Leszek qui lui succède.

Leszek 1er (1200-1227) dit Le Blanc. Trop jeune pour régner, des querelles ont lieu entre
Mieszko le Vieux et les prétendants issus d’autres branches. Le pouvoir de Leszek le Blanc
(bialy) ne s’établit qu’après 8 ans, toujours grâce à l’appui des grands de l’Eglise qui l’oblige
à se placer dans le système des Etats vassaux de Rome et non plus de l’Empire, et en 1207
il suit les réformes du pape Innocent III. Il confie la Mazovie (centre de la Pologne) à son
frère cadet Konrad. Mais il s’épuise pendant 20 ans en luttes contre les Piast de Grande
Pologne, de Poméranie et de Silésie, laissant le pays au bord du chaos. Il est assassiné en
1227 par un lointain cousin, Swietopelk de Poméranie, dont le frère, Konrad de Mazovie, a
fait appel aux Chevaliers Teutoniques l’année précédente, une des actions les plus funestes
de l’histoire de Pologne ! Konrad de Mazovie croit pouvoir étendre son influence sur les
Borusses ou Prusses par l’envoi de missionnaires cisterciens. Leur abbé Christian s’y
oppose car il veut en faire un Etat épiscopal et militaire indépendant. C’est alors que Konrad
fait appel à un ordre de chevalerie fondé naguère en Terre Sainte, les Chevaliers
Teutoniques, afin de faire contre poids aux Cisterciens. Le grand Maître des Chevaliers
Teutoniques, Herman V Salza, accepte sur le champ car les Hongrois viennent justement de
refuser de les accueillir !
Ils s’installent en 1226 autour de Chelmo sur la basse Vistule, et construisent vite la
forteresse de Thorn (Torun) tout en négociant en cachette avec l’Empereur Frédéric III la
reconnaissance du titre de prince d’Empire pour le Grand Maître dés que les Borusses ou
Prusses seraient soumis. Ainsi naît la Prusse orientale, entièrement germanique. En 1235,
les Chevaliers Teutoniques incorporent les Cisterciens puis l’Ordre des Porte-Glaive en 1237
en Livonie (Lituanie+Estonie).
Il ne manquait plus que la Poméranie à la vaste « Nouvelle Germanie ». L’influence
allemande se fait d’ailleurs sentir avec de nombreux effets positifs dans les structures même
de la société polonaise. Evidemment il s’ensuit une intensification de la colonisation
germanique (flamande, hollandaise, mais surtout allemande) qui modifie les modes de vie et
de gestion des campagnes et des villes. Le besoin d’argent pousse la plupart des grands à
faire appel à des colons-fermiers qui entreprennent des défrichements à grande échelle
moyennant franchise et immunité qui les soustraient aux juridictions ducales. Ils apportent
eux-mêmes la main d’œuvre dont ils sont responsables en tant que maire des villages qu’ils
créent. Le même modèle de fermage se répand dans les villes où l’afflux germanique est
plus grand encore, et où les usages concernant les foires, les échanges et l’artisanat sont
imités de ceux en vigueur à Magdebourg, d’où l’appellation du « droit de Magdebourg », qui
régira la vie urbaine polonaise pendant des siècles.
Une bourgeoisie se développe qui désigne son bourgmestre (burmistrz) et influe sur la vie
publique. Son caractère allemand pose vite des problèmes. Le droit de Magdebourg est

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officiellement adopté à Wroclaw (Breslau) en 1243, Poznan en 1253, Cracovie en 1257, ce
qui complique souvent l’entente avec les féodaux.
Partout, notamment en Sibérie, les Piast deviennent de petits seigneurs rivaux, plus pillards
que politiciens. Le trône de Cracovie revient après bien des luttes au duc de Wroclaw, petit-
fils et époux des princesses allemandes, Henri le Barbu (brodaly) qui étend son pouvoir à la
Grande Pologne et laisse à son fils Henri le Pieux (pobozny) un territoire en bonne voie de
réunification. C’est alors que les Tatars dont le chef est Kahn Baty, envahissent la Petite
Pologne en 1241, battent le duché de Chmielnik, puis foncent sur la Silésie. Henri le Pieux
aidé des Allemands remporte une victoire à Legnica en 1241. Les Tatars traversent la
Moravie jusqu’en Hongrie. En fait, les nouveaux roitelets de province sont incapables de
ressouder les terres polonaises et de profiter des plans du pape Innocent IV qui tentait de
dresser une barrière catholique contre la progression du joug tatar, les « infidèles ». En
Ruthénie (Ukraine), le prince Daniel, fils de Roman de Halicz, est prêt à se faire catholique
pour trouver des alliés contre les Khans de Saraï (basse Volga) et de la Horde d’Or. Un légat
du pape l’avait même reconnu roi en 1253. A la mort de Henri le Pieux c’est son fils Boleslaw
qui lui succède.

Boleslaw V (1240 -1279) dit le Pudique (wystydliwy). Quand il monte sur le trône l’anarchie
féodale règne en Pologne. La 2ème moitié du 13ème siècle est marquée par des attaques de
toutes parts. La pénétration du Brandebourg ne rencontre pas d’obstacle et pousse vers la
Vistule à la rencontre des Chevaliers Teutoniques de plus en plus menaçants. Les Yatvègues
et les Lituaniens païens attaquent jusqu’en Mazovie. En 1259 et 1287, nouvelles expéditions
mongoles contre la région de Cracovie. Les Hongrois et les tchèques profitent de la faiblesse
de Boleslaw V le Pudique, dont le pouvoir ne dépasse pas Cracovie, pour l’entraîner avec
quelques autres princes dans de longues guerres qui renforcent leur puissance. Ainsi en
1278, on voit de nombreux princes polonais battre Rodolphe de Habsbourg pour la seule
gloire d'Ottokar de Bohême. Boleslaw V meurt en 1279 sans héritier, et avec lui s’éteint la
branche cracovienne des PIAST !

Leszek II (1279-1288) dit le Noir, petit-fils de Konrad de Mazovie, lui succède. Jusqu’en
1288 il est maintenu en place grâce à la bourgeoisie allemande de Cracovie à qui il accorde
le privilège de construire les puissants remparts de plusieurs incursions tatares. Cette
bourgeoisie refusera, à sa mort, lui aussi sans héritier, de donner le pouvoir à son demi-frère
Wladyslaw le Bref (lokrietek).
Connaissant tous les avantages obtenus par la ville de Wroclaw en Silésie, et espérant une
charte analogue, la bourgeoisie appuie en 1288 la montée sur le trône de la Petite Pologne
de Henri IV Probus de Wroclaw, prince-poète de langue allemande qui avait en 1280
reconnu la suzeraineté de Rodolphe de Habsbourg sur la Silésie et promis sa succession à
Vaclav II (Venceslas) de Bohême. La réunion de la Petite Pologne et de la Silésie donnait
une chance à la restauration d’un royaume mais Henri IV meurt subitement en 1290 ayant à
peine entreprit les démarches à Rome en ce sens.
L’attitude de la bourgeoisie de Cracovie de nouveau déterminante commence à provoquer
une mutation des mentalités. Comme il arrive souvent face à une minorité prospère et
dynamique, une réaction de méfiance fait place au développement harmonieux et parallèle
des deux cultures, d‘autant plus que le dynamisme allemand se manifeste aussi dans la
plupart des Cours des autres Piast. La langue allemande sert à introduire usages et
institutions féodales et gagnent les Cours de Silésie ou de Grande Pologne, de Mazovie ou
le voisinage des Teutoniques renforcent la tendance. La langue bâtarde qui en découle et qui
fait bien rire les princes allemands témoigne un début d’acculturation qui provoque une
réaction de rejet de la part des polonais qui conservent le sens d’une communauté polonaise
solidaire sous les querelles de tous les cousins Piast et la décadence due aux partages
d’héritage, survit leur conscience d’appartenir à une même dynastie. Chaque « roitelet » qu’il
soit maître d’une province ou tombé au piètre rang de « chevalier-brigand » se dit encore
duc « de Pologne», ce qui suscite la désapprobation de la seule institution avec la notion
d’unité : l’Eglise. Pour Rome, les terres polonaises même divisées restent une entité unique

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avec une structure ecclésiastique solidement soudée autour de Gniezno jouant le rôle de
catalyseur d’un premier sentiment national et de l’idée de royauté (l’évêque Stanislaw est
canonisé en 1253. Il avait été exécuté par Boleslaw II en 1079). Le succès immédiat du
culte de Saint Stanislaw dans toutes les provinces et les pèlerinages à Cracovie, au château
du Wawel où se trouve son tombeau a pour conséquence d’ancrer dans les esprits que
Cracovie peut devenir la capitale incontestable de l’éventuel pouvoir royal.
Les deux grandes tentatives de réunification ont eu lieu après la mort de Henri IV Probus
entre Cracovie en Petite Pologne et Gniezno en Grande Pologne. A Cracovie, le prétendant
légitime Wladyslaw le Bref s’étant retiré, la bourgeoisie propose le roi de Bohême Vaclav II.

Vaclav II (1300 – 1305). Ce roi tchèque s’installe à Cracovie et structure la société, précise
les principes, les institutions, donne au clergé sa juridiction, à la bourgeoisie son droit
allemand et la haute noblesse occupe les grandes fonctions de l’Etat. Il unifie le Sud de la
Pologne, au Nord-Ouest, il rallie le prince de la Poméranie de Danzig au puissant Przemysl II
de grande Pologne qui a l’ambition de devancer Vaclav dans la course à la royauté. Malgré
sa cruauté (il assassine son épouse stérile) les évêques de Poznan, Wroclaw, Plock
poussent ce prince au couronnement et Przemysl II, sans attendre le consentement du pape
et de l’Empereur, est couronné roi de Pologne en 1295 à Gniezno. Mais il est assassiné sept
mois plus tard par les margraves de Brandebourg. Vaclav II est rappelé et en 1300, la quasi
totalité des terres polonaises se trouvent sous l’autorité du roi de Bohême. Il est couronné à
Gniezno et épouse la fille de Przemysl, Ryksa. Vaclav II en cinq ans de règne ne peut
qu’ébaucher la réorganisation entreprise à Cracovie et la si nécessaire centralisation du
pouvoir. Mais les élites sont souvent des tchèques ou des Allemands, ce qui provoque des
réticences. L’opposition est trop vive lorsqu’il essaie de mettre son fils Vaclav III sur le trône
de Hongrie pour étendre son pouvoir. A sa mort en 1305, son fils Vaclav III se disqualifie aux
yeux des polonais en projetant de donner la Poméranie de Dantzig aux Brandebourgeois.
Wladyslaw le Bref occupe alors Varsovie en 1306 et après l’assassinat de Vaclav III fait plier
les patriciens de Cracovie.

Deux règnes contrastés au 14ème siècle : Wladyslaw 1er le Bref et Kazimierz le Grand.

Wladyslaw 1er le Bref (1306-1333). Il réunit la Petite et la Grande Pologne en 1314 à la
mort de l’héritier de Przemysl II, Henri de Glogau, dont les cinq fils mineurs sont trop jeunes
pour prétendre restaurer eux-mêmes la royauté. Il étend son pouvoir à la Poznanie. Il base
son pouvoir sur la chevalerie pauvre (petite noblesse) au détriment des bourgeois des villes.
Il donne ainsi une importance, exceptionnelle en Europe, à son abondante petite noblesse.
Cette perte d’influence des villes (qui ne s’en relèveront qu’au siècle suivant) est plus nette
encore à Cracovie où le patriciat paie cher son soutien à Jean de Luxembourg qui se
proclame roi de Bohême et de Pologne en 1311 à Prague (il avait épousé la fille de Vaclav).
Il fait exécuter Albert, le maire de Cracovie qui avait organisé une révolte contre lui avec
Bolko de Silésie. Il supprime tous les privilèges accordés à Cracovie, limité son autonomie et
interdit la langue allemande dans les registres urbains.
Wladyslaw perd la Poméranie de Dantzig où les féodaux les plus puissants, la famille
Swieça, choisissent d’accepter la suzeraineté des Brandebourgeois qui assiègent la
garnison fidèle à Wladyslaw qui croit habile d’appeler à l’aide ses voisins les Chevaliers
Teutoniques. Ces derniers acceptent avec empressement. Mais à peine les Brandebourgeois
ont-ils reculé que les Teutoniques s’installent à leur place, massacrent les Polonais et en font
leur Etat en 1309. Il se fait couronner en 1320 à Cracovie. Wladislaw 1er le Bref doit faire face
à Jean de Luxembourg qui s’allie maintenant aux Chevaliers Teutoniques. Il conclue trois
alliances avec ses voisins du Sud et de l’Est. Il marie sa fille Elisabeth au roi de Hongrie
Charles-Robert d’Anjou en 1320, et son fils héritier Kazimierz à Aldona, fille du prince
Giedymin de Lituanie, qui accepte le baptême et prend le nom de Anna en 1325. Lorsque la
dynastie issue de Roman, prince de Halicz et de Wlodzimierz de Ruthénie s’éteint en 1323, il

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y met un Piast de Mazovie, Boleslaw Trojdenowic qui accepte de se faire orthodoxe et prend
le nom de George II.
En 1322, le roi tente de marier son fils Kazimierz à la fille de Jean de Luxembourg, ce qui
n’empêche pas celui-ci d’attaquer Cracovie en 1326. Repoussé avec l’aide hongroise, le roi
de Bohême Jean de Luxembourg fait intervenir ses alliés Teutoniques qui dévastent la
Coujavie, patrimoine personnel du roi, en 1327 et 1329, puis la Lituanie et la Grande
Pologne en 1331. Face à cette montée en puissance teutonique alors à son apogée, et suite
à la mort du roi en 1333, le légat du pape oblige les Polonais à abandonner la Coujavie et le
territoire de Dobrzyn. A sa mort, il laisse à son fils Kazimierz une royauté enfin reconnue et
un royaume consolidé.

Kazimierz le Grand (1333-1370), fils. Il est couronné à Cracovie. Poussé par les Anjou de
Hongrie, il renonce à la politique agressive de son père à l’égard des Tchèques. Charles-
Robert d’Anjou fait rencontrer Jean de Luxembourg et Kazimierz, ce qui abouti à la paix de
Visegrad en 1335 : le roi des Tchèques renonce à la couronne de Pologne et le roi de
Pologne reconnaît que les princes de Silésie sont sous la suzeraineté tchèque, et fait
restituer lors d’un procès toute la Poméranie, y compris Dantzig, à la Pologne.
Jean de Luxembourg meurt en 1346. Son fils Charles IV devient en 1347 empereur du Saint
Empire Germanique et roi de Bohême. Kazimierz le Grand conclut avec lui en 1348 un traité
d’amitié admettant l’annexion de la Silésie à la Couronne Tchèque. Son épouse Aldona-Anna
meurt. Il convient avec Charles-Robert d’Anjou que s’il mourrait sans descendance mâle, le
trône de Pologne irait à la Hongrie. Georges II, roi de Ruthénie, un Piast de Mazovie, est
empoisonné en 1341. Giedymin de Lituanie meurt à son tour en 1341.
Kazimierz le Grand envahit toute la Ruthénie de Halicz, et Wlodzimiercz, héritière de
l’ancienne « Rous » kiévienne. La Pologne entre dans la voie de l’expansion vers le Sud-Est
et la domination sur des territoires ethniquement, religieusement et linguistiquement non-
polonais. Il étend en 1356 son pouvoir à la Volhynie et doit faire face à des incursions
sanglantes lituaniennes qui l’obligent à construire des places fortes défensives. La
possession de cette zone avec la ville de Lwow en pleine expansion assure au roi de
Pologne une position clé (les routes entre la mer Noire, la Silésie, la Bohême ou l’Etat
teutonique) et un certain poids dans les relations diplomatiques avec l’empereur Charles IV.
Ce prestige nouveau explique que les princes de Mazovie eux aussi menacés par les
expéditions lituaniennes, abandonnent leur allégeance aux Luxembourg pour reconnaître la
suzeraineté de Kazimierz. Le territoire royal s’agrandit ainsi considérablement au Nord-Est,
ce que Charles IV accepte en 1356.

Dix ans avant sa mort, Kazimierz, grâce à un développement économique, est en mesure de
jouer un rôle européen. Il s’émancipe de son allégeance au Saint Siège, arbitre les conflits
entre Luxembourg, Anjou et Habsbourg, s’efforce d’amener les princes lituaniens au
catholicisme et envisage même d’organiser avec Avignon une croisade contre les turcs : ce
projet formé par Pierre de Lusignan, roi de Chypre (à la suite d’une croisade), fut de débattre
à Cracovie où tous les souverains de l’Europe centrale se trouvent : les Luxembourg, les
Habsbourg, Louis d’Anjou, Valdemar de Danemark, les margraves de Brandebourg, les
princes de Silésie, Poméranie et Mazovie. Cette croisade contre les Turcs n’a pas eu lieu,
mais les participants règlent leurs conflits mutuels pour quelques années et la gloire de
Kazimierz se répand en Europe avec le souvenir des festins plantureux offerts par Nikolay
Wierzyvek, au nom de la bourgeoisie cracovienne. La fortune de ce bourgeois cracovien
atteint de telles proportions qu’il prête de l’argent tant au roi de Pologne qu’à celui de
Bohême. Cette fortune symbolise bien l’essor du commerce par voie de terre vers Caffa et
l’Orient, la maîtrise de la voie maritime étant turque. Les épices, la soie et les fourrures de
l’Est croisent à Cracovie et à Lwow les draps flamands et anglais, les harengs de la Baltique,
les vins hongrois, les céréales, le bétail. Ces échanges abondants contribuent à l’apparition
de nouvelles « villes de concession » où les juifs et les polonais sont seuls privilégiés. Toute
une ville juive se développe au pied du château royal du Wawel à Cracovie que l’on nomme
« Kazimierz ». Sur 29 nouvelles villes crées en Petite Pologne, 21 appartiennent au roi. De

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nombreux juifs chassés de toute l’Europe occidentale y trouvent asile et prospérité. C’est au
marchand juif Lewko que le roi confie la ferme du sel des mines de Wieliczka.
La puissance de la bourgeoisie de Cracovie, visible à la construction de la splendide
cathédrale gothique Sainte-Marie et de la somptueuse « Halle aux draps », provoque une
mise en valeur de terres nouvelles en Petite Pologne et en Ruthénie. Plus de 500 bourgs
nouveaux ou agrandis, où le roi instaure à Cracovie une cour d’appel où la justice polonaise
(et non plus au statut de Magdebourg) est en vigueur avec une codification juridique
qu’entreprend le roi pour souder et unifier son royaume. Il fonde en 1364 la première
université polonaise à Cracovie où seront élaborés les textes fondamentaux (de droit romain)
visant à niveler les différences entre la Petite et la Grande Pologne et à centraliser le
pouvoir. Une politique fiscale sans pitié, une pratique sans vergogne de l’inflation non lucratif
du monopole du sel, un développement des douanes et des octrois, remplissent les caisses
royales à tel point qu’à la fin de son règne, Kazimierz était créditeur de Charles IV de
Bohême et de nombreux princes silésiens.

La brève union dynastique avec la Hongrie
Kazimierz na pas de fils malgré 4 mariages et plusieurs liaisons tapageuses. Il désigne
comme successeur sont petit-fils Kazko de Stettin, issu du mariage d’une de ses filles avec
un prince de Poméranie occidentale. C’est Louis d’Anjou, alors roi de Hongrie, qui lui
succède.

Louis d’Anjou (1370-1382), petit-fils de Wladyslaw le Bref, appuyé par le pape Urbain V à
Avignon, est couronné à Cracovie et va régner pendant 12 ans. Cela va être une période de
régression quant à la cohésion du territoire : le prince de Mazovie rompt sa soumission à la
couronne. Louis d’Anjou rattache la Ruthénie à la Hongrie ou le roi réside constamment,
laissant la régence de la Pologne à sa mère Elisabeth, fille de Wladyslaw le Bref qui
prolonge la politique de développement économique dont les villes continuent à profiter. Sa
mère meurt en 1380. Louis d’Anjou n’a pas d’héritier mâle. Il réunit à Kassa (Koszyce) en
Hongrie une assemblée des représentants de la noblesse et des villes de Grande et Petite
Pologne en 1374 pour faire accepter une de ses filles comme reine. Ils ont accepté
moyennant un renforcement de leurs privilèges : la noblesse est dispensée d’impôt, le clergé
se rallie à une reine angevine moyennant des exemptions d’impôts analogues en 1381.
Catherine, l’aînée meurt avant le roi qui lui meurt en 1382. La Pologne connaît deux années
sans souverain car la noblesse refuse Marie la deuxième fille, fiancée à Sigismond de
Luxembourg, fils de l’empereur Charles IV, ce qui risquait de ranimer les vieux conflits.
Nouvelle régence par Elisabeth de Bosnie, veuve de Louis 1er. La noblesse de la Petite
Pologne convient alors de couronner la 3ème fille Jadwiga (Edwige) âgée de 9 ans (la Jeanne
d’Arc polonaise).
La petite princesse Jadwiga arrive à Cracovie en 1384 où elle est couronnée « roi » (ce titre
signifiant qu’elle ne serait pas l’auxilliaire de son futur époux. Elle épouse Jagiollo (en
lituanien Jagajlo, en français Jagellon), grand duc de Lituanie, arrangement qui pouvait
apporter beaucoup aux deux parties. Le Grand-Duc de Lituanie se fait baptiser à Cracovie,
prend le nom de Wladyslaw et est couronné co-roi de Pologne, Wladyslaw II Jagellon.

2. LA POLOGNE DES JAGELLONS (1386 à 1548)

Wladyslaw II Jagellon (1386-1434). Son long règne concrétise la lente et difficile union de
la Pologne et de l’immense Lituanie. La naissance d’un si grand ensemble inquiète d’emblée
les voisins : les Luxembourg, les Habsbourg, Moscou, les Teutoniques. Il fait convertir au
catholicisme les Lituaniens. Le passage des boyards (grandes familles) lituaniens au
catholicisme se fait en contre partie de privilèges très incitatifs : donations héréditaires,
dispenses d’impôts, etc… Jagellon renforce le lien féodal entre le royaume de Pologne et les
deux frères maîtres de la Mazovie, princes dans la lignée des Piast, Siemowit IV et Janusz

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1er, maillon indispensable entre les deux parties de ses possessions Pologne et Lituanie. Il
donne à Siemowit IV sa sœur en mariage et il fait entrer Janusz 1er dans le conseil de
Jadwoga à Cracovie. Il donne également en 1390 sa fille à un frère du prince d’Opole
(Oppeln) en Silésie, un autre Piast qui avait reçu en donation de Louis de Hongrie, la
Conjavie, Dobrzyn et Czestochowa.

Mais Witold, cousin du roi, fils de Kiejstut que Jagellon laisse mourir en prison, réclame plus
que le titre de prince de Grodno et de Brzec (Brest Litovsk). Il essaie de prendre Wilno
(Wilnius) en renouant avec les Chevaliers Teutoniques en 1390. Mais les boyards lituaniens
qui le soutenaient jadis préfèrent maintenant garder les avantages offerts par le roi. Jagellon
finit par composer avec son cousin Witold et lui offre de devenir Vice Grand-Duc de Lituanie,
c’est à dire le plus proche collaborateur de Wladyslaw (nom de baptême de Jagellon baptisé
en 1386 à Cracovie) en épousant Jadwiga, princesse polonaise, fille de Kazimierz le Grand.
Son pouvoir s’étend jusqu’à toute la Ruthénie du Sud, Skirgiello n’ayant plus que la province
de Kiev en 1395. Cependant Witold veut plus de pouvoir encore, au risque d’ébranler l’union
polono-lituanien. Le Vice Grand Duc veut éliminer du pouvoir les descendants de Gieymin et
les Rurikides (princes russes) installés en Lituanie, de manière à centraliser son pouvoir en
s’appuyant sur les boyards fidèles, ce qui interdisait l’accès des grands de Pologne aux
poste clés de Lituanie ou bien les obligeaient à accepter la situation dégradante de vassaux
de Witold.
Witold remporte des succès étonnants contre les Tatars. Aidé par les Chevaliers Teutoniques
et appelé par Tochtamych, le Khan de la Horde d’Or, menacé par Tamerlan, il étend
l’influence lituanienne en 1397-98 jusqu’à la mer Noire, atteint la Crimée et passe le Don.
Lorsque Skirgiello meurt, il prend Kiev. C’en est trop pour les grands de Cracovie qui prient
la reine Jadwiga de rappeler à son époux que la Lituanie, de par son mariage, doit lui être
soumise et lui payer redevance. Witold n’apprécie pas, est outragé et se fait proclamer en
1398 souverain indépendant de la Lituanie, par ses fidèles et le grand Maître de l’Ordre
teutonique. L’union polono-lituanienne semble détruite, mais l’arrivée d’un héritier le
temporise. La reine meurt et la fille dont elle a accouché aussi. Ce qui lui donne beaucoup
plus de force au titre de roi de Pologne. Il essuie une défaite en 1399 face à Tamerlan alors
qu’il pensait arriver à Sudensk prendre Moscou. Il doit abandonner ses projets de grandeur
en Lituanie. Il met son plus jeune frère Swidrygiello (Svidrigajlo) à la tête de la Podolie, qui
devient ainsi polonaise, et qui aussitôt réclame le titre de Grand Duc.

L’Etat lituano-polonais et l’Etat pomérano-prussien des Chevaliers sont deux puissances de
nature très différente. Les Teutoniques, 300.000 habitants, disposent de forteresses et de
villes fortifiées au commerce très actif, inévitables places financières européennes, avec une
armée bien équipée. Les lituano-polonais sont une puissance de 4 millions d’habitants
disséminés sur d’immenses espaces et peu mobilisables du fait des privilèges nobiliaires.
Leur puissance expansive côté lituanien où Witold de nouveau établi à Smolensk en 1408,
impose des princes de son choix aux républiques russes de Pskov et Novgorod. Cette
expansion inquiète vivement les Teutoniques dont le Grand Maître Ulric von Jungingen met
fin au conflit qui l’opposait au Danemark afin de concentrer ses forces sur la frontière polono-
lituanienne. Il attaque en 1409 et envahit la région de Dobrzyn à peine rachetée et la
Cujavie.
Le roi des Tchèques, Vaclav IV de Luxembourg est acheté par les Teutoniques. Son frère
Sigismond de Hongrie aussi dans le but de déclarer la guerre aux Polonais. Des chevaliers
volontaires de Poméranie, Livonie, d’Empire, rejoignent les rangs de l’Ordre des Chevaliers
Teutoniques qui se posent en victime des visées lituano-polonaises : l’une des plus grandes
batailles se prépare. Les chevaleries polonaise, lituanienne et ruthène reçoivent le renfort de
centaines de cavaliers tatars et se dirigent ensemble vers le territoire des Teutoniques. Le 15
juillet 1410, ils sont face à face près de Tannenberg (Stabark). L’Ordre est submergé par le
nombre. Le Grand Maître teutonique périt et ses troupes sont presque anéanties, seule la
forteresse de Marienbourg, résidence du Grand Maître résiste. La paix est signée à Thorn
(Torum) en 1411 mais le danger teutonique persiste et Wladyslaw Jagellon et Witold doivent

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resserrer leurs liens. Sigismond de Hongrie se lie à eux et signe l’alliance de Lubowka en
1412. Ils convoquent une assemblée des grands de Pologne et de Lituanie à Horodlo afin de
souder la noblesse des deux pays qui n’a pas fait l’unanimité. On rédige alors trois actes
différents : un pour les co-régnants, un pour la noblesse du grand duché, et un pour la
noblesse polonaise. Witold désigne 47 familles de boyards lituaniens qui sont dotés de
blasons polonais pour signifier l’osmose des élites des deux pays. Aussitôt l’alliance
consacrée, Jagellon et Witold vont évangéliser Samogitie pour bien marquer leur opposition
aux Teutoniques. Ils exigent du Grand Maître, Michel Küchmeister, qu’il révise le traité de
Thora ce qu’il refuse. Ils lui déclarent la guerre. Ils remportent une victoire marquante et
signent la paix en 1422 près du lac Mielno qui établit que la Samogitie reste lituanienne.
La dernière décennie de Jagiello est marquée par des ingérences de plus en plus nettes des
dignitaires de la Petite Pologne, dues à l’incertitude de la succession royale et du
relâchement du lieu avec Witold.
Wladylslaw Jagellon désigne comme successeur en Lituanie son unique frère encore en vie,
Swidrygiello. C’est son fils Wladyslaw, 8 ans, qui lui succèdera en Pologne. Un attentat à lieu
contre Swidrygiello qui y échappera mais qui permet au frère de Witold, Zygmunt
Kiejstutowicz de se proclamer Grand Duc en 1432 et de donner la Podolie et la Volhynie à la
Pologne. Le vieux roi Wladyslaw Jagellon meurt en 1434.

Wladyslaw III Jagellon (1434-1444) meurt à vingt ans à la défaite de Varna contre les
Turcs en 1444. Les Balkans sont turcs pour des siècles et l’empereur de Byzance voit son
empire s’écrouler en 1453 à la prise de Constantinople (c’est la fin du Moyen âge). C’est Son
frère Kazimierz qui lui succède.

Kazimierz IV Jagellon (1447-1492) monte sur le trône trois ans plus tard, en 1447, la
Lituanie et le royaume de Pologne étant profondément ébranlés, le Grand Duc Zygmunt est
assassiné par les princes et boyards qui s’opposent à son pouvoir absolu. La Pologne après
la régence et quatre ans d’absence du roi est en pleine anarchie : combats locaux de
nombreux dignitaires entraînant des chevaliers dans le brigandage et le pillage des convois
commerciaux. Les finances royales sont ruinées, les guerres de Hongrie ont obligé à
hypothéquer de nombreux domaines royaux ce qui augmente les énormes fortunes des
proches de la Cour. Kazimierz IV se fait couronner au château de Wawel, élire Grand Duc de
Lituanie en 1447 et règne jusqu’à sa mort en 1492. La pression des dignitaires, appelés
souvent magnats, reste très forte. Le roi et grand-duc a failli être renversé de part et d’autre.
Kazimierz IV Jagiello est successivement en conflit avec ses voisins : les Teutoniques pour
des raisons annexionnistes, les Tchèques et les Hongrois pour des raisons dynastiques,
Moscou et les Tatars pour des raisons défensives.
Son immense territoire a un accès à la Baltique par un coin de la Samogitie. Or une occasion
de reprendre les territoires littoraux à l’Ordre Teutonique se présente en 1454 lorsqu’une
ambassade de la «ligue prussienne» vient à Cracovie proposer au roi de reprendre la
Poméranie et les villes de Chelmno et Thorun. Cette ligue est constituée de nobles et
bourgeois qui ne supportent plus le fardeau que l’économie des moines soldats, les
Chevaliers Teutoniques, faisaient peser sur eux. Ils signent un acte d’incorporation en 1454
qui délègue le pouvoir à un gouverneur prussien. L’Ordre Teutonique réagit et commence la
« guerre de treize ans ». Défaite à Chojnice où les mercenaires mal payés sont tentés de
céder les places fortes qu’on leur confiait.
En 1463, Piotr Dunin, chef d’une armée mercenaire polonaise, s’entend avec le chef des
mercenaires tchèques au service de l’Ordre et lui confit la garde de quelques villes. Ainsi
neutralisées, les troupes au service des Teutoniques laissent les Polonais s’emparer de la
Poméranie tandis que les bourgeois de Dantzig se chargent de repousser la flotte danoise
alliée de l’Ordre. Une paix est signée en 1466, la deuxième paix de Thorn, qui rend la
Poméranie de Dantzig, Chelmno et une partie de la Prusse avec la capitale de l’Ordre,
Marienbourg (le grand maître s’installe à Koënigsberg), Elbing et la Varmie à la Pologne.
Chaque nouveau Grand Maître doit prêter serment au roi. L’énorme effort financier des villes

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d’Elbing, Thorun et surtout Dantzig est récompensé par de nombreux privilèges et franchises
qui feront de ce port la plaque tournante de la Baltique.
L’essentiel du temps de Kazimierz dans la deuxième moitié de son règne est consacré
comme dans tous les Etats d’Europe à des combinaisons dynastiques visant à assurer
l’avenir à ses treize enfants (dont six fils) que lui a donné Elisabeth d’Autriche, sœur de
Wladyslaw le Posthume, roi de Hongrie et de Bohême.
A la mort du roi de Bohême en 1471, l’aîné de Kazimierz IV Jagellon monte sur le trône de
Prague et Mathias de Hongrie prétend lui aussi à cette couronne. Pour le punir, le roi de
Pologne envoie en Hongrie une armée commandée par son deuxième fils, Kazimierz (qui
sera canonisé en 1602) sans succès. La Bohême garde son roi polonais. Mathias de
Hongrie meurt en 1490 à la prise de Vienne et deux des fils de Kazimierz Jagellon se
disputent la succession de la Hongrie : Wladyslaw de Bohême qui a l’appui des magnats
hongrois, et Jan-Olbracht (Jean Albert) son puîné, qui a l’appui de la Chevalerie. C’est
Wladyslaw qui l’emporte. Par la paix de 1491, Hongrois et Tchèques sont réunis sous un roi
polonais. Jan-Olbracht n’a que le titre de prince de Silésie.

A la mort de Kazimierz IV (7 juin 1492) sa famille règne sur le plus grand ensemble politique
d’Europe (des frontières de la Moscovie à l’Adriatique et de la Baltique à la mer Noire).
Cet ensemble est menacé et fragile :
- 1ère menace : la Moscovie. Ivan III, successeur de Vassili II (Basile II) met fin dés 1480 à
la suzeraineté mongole et commence à s’approprier des régions limitrophes de la
Lituanie, tandis que certains princes lituaniens se rebellent contre leur grand-duc.
- 2ème menace : les Turcs. Ils prennent les deux ports moldaves de Kilia à l’embouchure du
Danube et d’Akkerman à celle du Dniestr. Cela désorganise le commerce de Lwow, de
Cracovie et de Lublin. L’hospodar de Moldavie, Etienne, renouvelle sa vassalité vis-à-vis
de Kazimierz en 1485, ce à quoi le sultan répond en faisant attaquer la Pologne par les
Tatars de la Volga qui sont arrêtés en Podolie. Il a fallut signer une paix avec le sultan en
1489 et abandonner les débouchés sur la mer Noire.

Les années de passage du 15ème au 16ème siècle sont marquées par la fragilité des deux
successeurs de Kazimierz Jagellon , ses deux fils Jan-Olbracht (1492-1501) et Aleksander
(1501-1506) avant le long règne du cadet des frères, Zygmunt (1506-1548).
Conformément aux vœux de Kazimierz IV, Aleksander devient Grand-Duc de Lituanie et Jan-
Olbracht roi de Pologne. Zygmunt avait des partisans chez les magnats.

Jan-Olbracht (1492-1501) roi de Pologne a vaincu l’opposition des grands grâce à
l’intervention armée de sa mère et à l’appui massif de la noblesse organisée en diète. Il
liquide le pouvoir des princes de Mazovie en 1495 puis entreprend une expédition contre les
Turcs vers la Mer Noire qui échoue. Aleksander, dont l’aide des Lituaniens fait défaut, est
paralysé par Ivan III et laisse ses troupes inactives dans la région de Kiev. Etienne de
Moldavie, alors allié des Polonais, cède aux menaces des Moscovites et des Hongrois. Il se
retrouve même contre les Polonais et les oblige à la retraite en 1497.
En 1498, le sultan dévaste la Rhuténie du Sud (Ukraine) et une partie de la Petite Pologne,
tout en continuant des incursions sporadiques de 1499 à 1503. Les Teutoniques observent
bien leur devoir de vassaux, leur grand Maître Tiefen se fait même tué en Moldavie au
service du roi de Pologne. Mais son successeur, Frédéric de Saxe, refuse l’allégeance. Jan-
Olbracht prépare une grande campagne contre lui mais meurt à Thorn (Torun) en 1501.

Aleksander (1501-1506) son frère, lui succède. Il rétablit l’union de la Pologne et de la
Lituanie. Bien que le grand-duc Aleksander épouse la fille d’Ivan III en 1492, celui-ci n’avait
de cesse de rogner la frontière de son gendre et en 1500, une campagne militaire lui permet
de repousser la frontière jusqu’à Kiev. Le Khan de Crimée, allié d’Ivan, écrase le Khan de la
Horde d’Or, allié des Polonais qui disparaît en tant que pouvoir tatar.

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Parallèlement à ces luttes, les hommes libres, c’est à dire pour la plupart les nobles, mènent
leur propre chemin. Cette « szlachta », groupe aux prérogatives presque uniques en Europe,
impose un système social où le pouvoir du roi est de plus en plus limité : dés la fin du 15ème
siècle, la « démocratie nobiliaire » se dessine avec le parlement ou diète comme organe
principal. Cette institution est l’aboutissement d’un processus commencé aux siècles
précédents où le roi consulte régulièrement les Grands, les dignitaires ecclésiastiques,
parfois les villes. Les besoins financiers de la guerre de Treize Ans sont tels qu’à partir de
1454, Kazimierz IV est contraint pour plus d’efficacité à s’adresser directement aux
représentants locaux de la noblesse de tout le royaume, donnant ainsi aux 18 petites
diétines un pouvoir qu’elles n’avaient par jusque là. En échange de quoi, la noblesse
moyenne et petite se fait accorder le « privilège de Nieszawa » c’est à dire que le roi doit les
consulter et obtenir leur accord pour convoquer une levée en masse. Cela limite le pouvoir
des magnats qui doivent toujours transiger pour faire admettre leur décisions. Cette
décentralisation du pouvoir et cette participation aux affaires de l’Etat élève peu à peu la
conscience politique de la noblesse moyenne. La lourdeur du processus décisionnel entrave
gravement le pouvoir central, d’autant plus que les intérêts locaux ou privés l’emportent
souvent sur une vision globale claire. Par ce privilège de Nieszawa, la « szlachta » échappe
totalement à la justice royale et ne reconnaît que ses propres tribunaux locaux, source d’un
dangereux arbitraire. Tout cela allait dans un sens exactement contraire à la concentration
absolutiste qui s’esquisse en occident. Mais les mentalités de la population restent
profondément médiévales.

La culture de la fin du 15ème siècle est faite d’un curieux mélange : l’université forme déjà
ceux qui introduisent les bouleversements spirituels et intellectuels du 16ème siècle. C’est
l’époque où étudient Erasme Ciolek, Jan Lubranski, Hieronim Laski, les Szydlowiecki. La
bourgeoisie cracovienne, germanique ou polonaise connaît un niveau d’éducation
remarquable. Jan Heydecke anime une société littéraire qui imite les académies d’Italie.
En 1489, le mathématicien et poète allemand Konrad Celtis anime le corps professionnel où
se côtoient mathématiciens, poètes et courtisans. Juste après sont départ, arrive pour quatre
ans d’études (1492-1496) le plus célèbre de tous les Polonais, Nicolas Copernic. Cracovie
accueille les nouveautés techniques prometteuses des plus grands changements culturels,
la première imprimerie suivie de la première papeterie. On publie en latin et pendant très
longtemps. Les premiers textes imprimés en polonais, des textes de prières, n’apparaissent
à Wroclaw qu’entre 1475 et 1486. En 1491, l’imprimeur cracovien S. Fiol publie les premiers
livres en caractère cyrilliques : des recueils lithurgiques en vieux « slavon ».

L’Eglise : la foi populaire s’enracine profondément et se développe dans les lieux de culte
une architecture en bois, typique de ce pays rural et forestier. L’un des plus beaux exemples
à nos jours, est une petite église aux poutres, plafonds peints ciselés de Delno, au Sud de
Cracovie (2ème moitié du 15ème siècle). La liturgie se modifie également donnant une plus
grande part à la langue polonaise.
Les Bernardins de Lwow tentent de détacher la population ruthène du rite orthodoxe en
introduisant des nouveautés attirantes, comme les crèches vivantes. De nombreuses fêtes
religieuses sont théâtrales (la fête des Rameaux, la mise au tombeau..). D’autre part, les
synagogues se multiplient dans des quartiers juifs prospères comme celui de Kazimierz à
Cracovie.

LA RENAISSANCE

Zygmunt 1er (1506-1548), dit le Vieux. Dernier fils vivant de Kaziemirz Jagellon, il règne
pendant presque un demi siècle, d’où son surnom de Sigismond le Vieux. Le terme de
« siècle d’Or » que l’on attribue au 16ème siècle polonais est surtout lié à un enrichissement

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spirituel et intellectuel, qu’à sa prospérité économique. Le développement de l’instruction, de
l’écrit, de l’imprimerie a permis à la noblesse de faire connaître ses aspirations, sa vie, ses
succès. La majorité des sources historiques nouvelles, les mémoires des particuliers, les
traités politiques, les correspondances privées ou administratives, les sources économiques
(livres de compte, inventaires..) tout parle avant tout de la noblesse.
En ce sens assurément, le 16ème siècle est bien l’époque dorée du triomphe nobiliaire, même
si la royauté maintient un incontestable prestige. La politique extérieure de Zygmunt affronte
avec pragmatisme les conflits : contenir l’avancée moscovite en Lituanie, maintenir la Prusse
royale dans ses devoirs de vassalité, régler la succession de son frère en Bohême et
Hongrie, en finir avec les Turcs, régler l’insoumission des Teutoniques malgré leurs
promesses de Thorun, contrôler les hordes des Valaques et des Tatars.
En 1512, il épouse Barbara Zapolya, hongroise. Le roi garde, sauf pendant les dix dernières
années, un pouvoir non remis en question par la noblesse. Il s’appuie sur les magnats
(la « magnateria »). En 2ème noce, il épouse en 1518 Bona Sforza, fille des ducs de Milan
dont le mécenat artistique a été si important en Pologne. Elle a toujours ignoré le besoin des
Polonais et ne se souciait que du maintien de ses droits en Italie. La fortune personnelle de
la reine augmente beaucoup en Pologne, mais elle est placée dans les banques de Venise.
Elle s’entoure de favoris qui font pression, interviennent dans les attributions des charges,
etc… Elle brave l’opinion nobiliaire en 1529 en faisant élire puis couronner son fils Zygmunt-
August (Sigismond Auguste), âgé de 9 ans.
Les abus de la Cour, de la Reine, des magnats qui enfreignent les usages et les lois
provoquent une hostilité à leur encontre. La noblesse moyenne s’oppose systématiquement
aux initiatives les plus justifiées du roi devant ces abus voyants et donne naissance à un
mouvement profond en faveur de « l’exécution des lois », c’est à dire de leur respect par les
magnats. Ce mouvement nobiliaire se prolonge jusqu’à la fin du 16ème siècle où il triomphera
enfin.

Zygmunt-August Jagellon (1548-1572). Entre Zygmunt 1er trop vieux et son fils unique
Zygmunt-August trop jeune, la reine Bona régente jusqu’en 1548. Le jeune roi épouse en
1543 Elisabeth de Habsbourg et en 1544, il part en Lituanie assumer ses fonctions de
Grand-Duc où il restera pendant 4 ans. Le pouvoir lituanien est concentré jusque là entre les
mains de deux familles : les Gasztold et les Radziwill, puis par mariage en la seule famille
des Gastold. Le dernier de la lignée, Olbracht Gasztold, chancelier de Lituanie, meurt en
laissant une jeune et jolie veuve, née Barbara Radziwill, dont le Grand-Duc tombe
éperdument amoureux. En 1547, il l’épouse secrètement et le cousin de sa nouvelle épouse
devient son conseiller intime. En 1548, son père Zygmunt 1er meurt. Il devient roi. Sa mère
Bona craint pour son pouvoir. Les magnats jaloux des Lituaniens et la noblesse moyenne
sont dépités.
En 1550, Barbara Radziwill est couronnée reine mais meurt peu après. Cette belle histoire
d’amour, que fera plus tard l’objet d’une tragédie, marque le début du règne de dernier
Jagellon, sous le signe de la rébellion des « citoyens ». Bona Sforza retourne en Italie.
Zygmunt-August engage une guerre contre la Livonie en 1559 et manque cruellement
d’argent (Bona a emporté l’argent qu’elle a placé à Venise où prêté à Philippe II d’Espagne,
fils de Charles Quint). Il s’allie à la noblesse moyenne (les magnats ne voulant pas payer) et
doit céder aux anciennes revendications. Faire rendre à l’Etat les terres données en 1504,
réviser les actes d’attribution par des commissions spéciales qui doivent dresser leur
inventaire et préciser leurs revenus. Le roi accepte d’affecter un quart de ses recettes pour
constituer un corps d’armée permanent de 3.000 hommes. Les opérations sont plus lentes
que prévu et les terres royales accaparées ne sont pas toutes réintégrées au domaine de
l’Etat. Il épouse en 3ème noce Catherine de Habsbourg dont il divorcera, sans héritier.

Sa politique étrangère : on a vu que Zygmunt-August Jagellon a fait la guerre de Livonie
(Lettonie et Estonie) où il a dû s’allier à la noblesse en 1562 pour faire face aux dépenses.
Ivan IV le Terrible, russe, veut s’ouvrir un large accès à la mer Baltique. Zygmunt-August le
contraint en 1557 à signer une alliance avec la Lituanie contre la Moscovie. Ivan IV envahit

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l’année suivante les ports de Narva et Dorpat. Les Danois s’en mêlent en prenant une île
toute proche et les Suédois s’emparent de Reval (Tallinn). Du coup, le Grand Maître
Teutonique change de cap et se met sous la protection du roi de Pologne. Les troupes
lituaniennes occupent Riga, la guerre dure sept ans (1563 à 1570), coûte cher et deux
camps se forment : le Danemark s’allie aux Polono-Lituaniens, et la Suède à la Moscovie.
Zygmunt-Auguste finance une flottille de 30 vaisseaux-corsaires chargés de piller les navires
occidentaux qui approvisionnent Ivan IV (qui s’est proclamé entre temps « Tsar », =
« caesar », depuis 1547).
En 1568, les alliances se renversent. Erik XIV, détrôné en Suède, est remplacé par Jean III
Vasa, époux de Catherine Jagellon, sœur du roi de Pologne. Les Suédois deviennent des
alliés et les Danois se tournent vers Ivan IV le Terrible. Mais tout cela ne permet aucun
progrès décisif et toutes les parties, épuisées, cessent les combats sans rien régler. La
Livonie reste partagée en quatre et les Polono-Lituaniens sont en recul. La ville de Polock
passe aux mains des Moscovites.

La conjoncture économique favorable au 16ème siècle : jusqu’au début du 17ème siècle, sans
jamais connaître la grande prospérité de la Hollande, l’Italie ou de l’Espagne, la Pologne vit
pourtant dans une aisance remarquable. L’émancipation de la noblesse face aux magnats
s’explique par cette richesse nouvelle. Le siècle d’Or est celui de la mise en valeur
systématique de domaines nobiliaires toujours plus nombreux.
Le noble n’allait pas à la guerre et ne contribuait pas aux finances publiques. Il s’enrichit
constamment de la vente de ses récoltes, ce qui le pousse à étendre sans cesse ses
surfaces cultivées et à s’assurer toujours plus de main d’œuvre. D’où l’exploitation des
paysans. Alors que leurs homologues occidentaux se sont dégagés du carcan féodal, eux
vont à contre-courant, en un mouvement inverse qui durera jusqu’au 19ème siècle et réduit les
paysans au servage. Ce qui est typique à cette époque est le paysan fuyant toujours pour
trouver asile chez un maître moins dur ou dans les « champs sauvages » de l’Est.
La richesse polonaise provient presque exclusivement de l’agriculture dont les quatre
céréales principales avec le seigle en tête, puis l’orge et le froment.
Au 16ème siècle, aucune famine ni pénurie n’est signalée. On vivait à un niveau de
subsistance suffisant.

Réforme, Humanisme et culture de la Renaissance.
La Réforme de Luther ne pénètre qu’aux limites du royaume où les influences allemandes
sont fortes : Prusse royale, Silésie, Grande Pologne. Zygmunt-August freine le mouvement
par de sévères édits vers 1522. La Réforme sociale va de pair avec la Réforme religieuse
pour les gueux qui se révoltent à Gdansk en 1525 et qui sont violemment matés. En 1557 et
1558 Zygmunt-August leur accorde finalement une totale liberté de culte. La religion de
Luther, le protestantisme, est principalement urbaine. Sa pénétration dans la noblesse est
plus lente et visible qu’après 1550. Pas plus de 20% n’y adhère. Ceux qui l’ont fait sont des
écrivains ou des chefs remarquables à l’influence considérable. Les nobles préfèrerent la
variante calviniste, le luthéranisme respectant trop la hiérarchie princière ou royale. Le
calvinisme, plus individualiste, convient mieux aux aspirations émancipatrices de ce groupe.
Il y avait deux autres variantes moins importantes :
- Les « frères tchèques », émigrés tchèques hussites venus s’installer en Grande Pologne
en 1548 qui ont fait des disciples d’où le nom de « frères tchèques », et
- Les ariens ou antitrinitaires (niant la Sainte Trinité et la Divinité du Christ), les Sociniens
(disciples de Socin, d’Italie).

Toutes les tendances vivent ensemble en Pologne à côté des catholiques de manière moins
conflictuelle qu’en Europe occidentale. Ils ont tous signé un accord de cohabitation
harmonieux à Sandormierz en 1570. Cette tolérance mutuelle, un an après la Saint-
Barthélémy en France fait apparaître la Pologne comme un oasis de paix religieuse. La
Pologne de la Renaissance a été un exceptionnel foyer d’innovation. l’Humanisme trouve ici
un terrain culturel particulièrement favorable. L’ouverture ne se limite pas à la noblesse. Les

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villes sont des milieux de culture actifs. Au milieu du 16 ème siècle, le royaume compte 2.500
écoles de paroisse tandis que chez les nobles l’enseignement se fait à domicile.
En 1564, les 1er Jésuites apparaissent en Pologne et fondent leurs fameux collèges.
L’université de Cracovie n’a pas suivie la rénovation et plusieurs de ses meilleurs
professeurs et théoriciens s’exilent à l’étranger. La mode des Etudes en Allemagne et en
Italie se répand largement chez les nobles et les bourgeois fortunés.
Autre facteur déterminant de progrès : la diffusion du livre imprimé avec Cracovie comme
capitale des imprimeurs. Comme dans toute l’Europe, la Renaissance est marquée en
Pologne par le développement de la langue savante, le latin, et de la langue vulgaire, la
langue du pays, qui a été nettement prédominante à partir de 1550. Ce qui concourt vite à
faire accéder cette langue à un haut degré d’évolution de la langue qui, la première, atteint
très tôt une grande qualité littéraire parmi les langues slaves. Les textes de lois et de
chroniques ainsi qu’une bible, doivent être dorénavant rédigés en polonais. L’expression
écrite commence à jouer un rôle dans tous les domaines de la pensée et du quotidien. Les
premières bibliothèques commencent à se constituer. La correspondance privée devient
courante. La circulation de l’information et l’interprétation des théories de toutes obédiences
religieuses et politiques font qu’il y a un exceptionnel respect de l’autre.

Parmi les grands créateurs de la langue polonaise, citons :
Jan Kochanowski (1530-1580) le Ronsard polonais, Lubasz Gornicki, Stanislaw
Orzechowski, Mikolaj Rej (1505-1569), Andrejf Frycz, Modrzewski (1503-1573) connu dans
toute l’Europe lettrée : il a dénoncé l’exploitation des serfs, l’injustice faite aux habitants des
villes, il a réclamé l’égalité des Etats devant la loi, les changements dans la vie
ecclésiastique, l’émancipation vis-à-vis de Rome, un pouvoir royal fort, etc… ses œuvres les
plus connues sont « De la punition de l’assassinat » , « De l’amendement de la
République »…
L’Humanisme, comme partout en Europe, est avant tout une période d’ouverture au monde
et d’affinement du goût. En même temps que les Grandes Découvertes portugaises,
espagnoles, françaises, la Pologne a les siennes qu’elle offre à la connaissance universelle :
Nicolas Copernic (1473-1543) qui a étudié les mathématiques et l’astronomie à Cracovie. Il
va ensuite étudier le Droit et la médecine en Italie. Il revient comme médecin et dirige les
travaux qui vont révolutionner la connaissance de l’univers, le soleil ne tourne pas autour de
la Terre, mais se situe au centre des planètes. Il publie en 1543 « Du mouvement circulaire
des astres », quelques jours avant sa mort. En 1616, il est condamné par le pape Paul V. En
1633, Galilée vérifie et prouve cette vérité, et est contraint à l’abjurer.
En 1526-28, Bernard Wapowski publie la 1ère carte de Pologne. L’usage des cartes est
destiné à des fins militaires mais aussi aux voyageurs et aux étudiants. Elles sortent des
imprimeries de Cracovie.
Le temps commence à être mesuré différemment. Les grandes horloges de clocher
apparaissent, remplaçant les cadrans solaires, puis les petites horloges domestiques.
En 1958, la Pologne a sa première liaison postale régulière avec l’étranger : la ligne
Cracovie - Vienne – Venise, puis la ligne Cracovie – Varsovie – Wilno (Wilnius).
Comme le reste de l’Europe, la Pologne passe à l’époque « moderne ». L’aspect des villes,
des résidences, le style de vie des bourgeois et de la noblesse change enfin profondément,
grâce aux contacts pris avec le reste de l’Europe. Le goût du luxe, de l’élite privilégiée se
voie à la coupe des vêtements, à la texture des étoffes, de nouvelles manières de table et
une sociabilité où la musique profane prend une place croissante avec le luth comme
instrument courant, l’orgue restant réservé à la musique religieuse.
L’architecture résume à elle seule tout le lustre du Siècle d’Or polonais à commencer par le
château royal de Wawel à Cracovie, remanié complètement entre 1507 et 1537 par des
italiens qui utilisent des artisans, des sculpteurs et des peintres locaux. C’est un ensemble
admirable, imités par bien des magnats et de riches commis de l’Etat rivalisant de
magnificence. En Petite Pologne surtout, de nombreux palais s’élèvent à Niepolomice,
Pieskowa Skala, Baranov..

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De même les villes les plus florissantes se dotent d’hôtels de ville très typiques comme celui
de Poznan le plus grand, mais aussi Cracovie, Tarnov, Chelmno, Kamieniec, Lwow.

Vers la République des Magnats
A sa mort en 1572, Zygmunt-august n’a pas de successeur, c’est la fin de la dynastie des
Jagellon. Pendant l’interrègne, il apparaît que les magnats ont une expérience juridique
supérieure aux nobles et qu’elle impose sa tutelle à ses derniers. Plusieurs propositions de
successeurs sont énumérés comme Ernest de Habsbourg, Ivan IV le Terrible ou son fils
Fiodor de Moscovie devenue Russie. On pense aussi à la Suède, à la Transylvanie, mais
c’est le plus éloigné et le moins connu des candidats qui l’emporte : Henri de Valois, futur
Henri III de France, fils de Catherine de Médicis et de Henri II, frère de la reine Margot et
beau-frère du futur Henri IV…
Il a 23 ans. Il est couronné en Février 1574, après avoir dû jurer de remplir des obligations
personnelles comme fournir ses propres escadrons (ainsi la noblesse n’a pas à payer
d’impôt pour l’armée), subventionner l’université de Cracovie, etc… Il s’engage à respecter
scrupuleusement tous les privilèges de la noblesse, la liberté religieuse et accepter la tutelle
permanente de quatre sénateurs renouvelés tous les semestres avec l’accord desquels il
doit gérer la politique intérieure, étrangère et militaire. Il est stipulé en outre que la noblesse
bénéficie du droit de désobéissance si elle estime que le roi enfreint la loi ou les privilèges
établis : lourd de menace pour l’avenir !
Ainsi les magnats flattent les aspirations à la « liberté » de la noblesse moyenne, réduisent
les pouvoirs du roi, se font les alliés et même les tuteurs de cette noblesse. En fait, le roi est
en quelque sorte un danger potentiel pour cette prétendue liberté.
Après quatre mois passés à Cracovie (où il ne se plaisait pas), Henri de Valois apprend la
mort de son frère Charles IX et s’enfuit en une nuit de Juin 1574 pour se faire couronner en
France sous le nom de Henri III.
Il faut donc élire un remplaçant. L’empereur Maximilien II d’Autriche est lui-même candidat.
Fiodor, le fils d’Ivan le Terrible aussi. On préfèrera un prince moins influent, ennemi des
Habsbourg, le voïvode de Transylvanie, Stefan (Etienne) Batory.

Stefan 1er Batory (1576-1586), chef et stratège craint de la Turquie. On le marie à Anna, la
sœur du dernier Jagellon. Il accepte les conditions pour devenir roi et est élu le 1 er mai 1576
au château de Wawel. En même temps, l’empereur Maximilien meurt. Le roi se passionne
pour les actions militaires et confie à la cours d’appel la justice et à Jan Zamoyski le Grand
Chancelier de la couronne la politique intérieure.
Malgré son origine noble, il atteint vite le statut d’un magnat et un pouvoir considérable.
Batory affiche sa préférence pour la Contre-Réforme et en 1579, il élève le collège jésuite de
Wilno au rang d’Académie dans le but d’en faire le rempart du catholicisme face à
l’orthodoxie, à l’islam et aux nombreux protestants en Lituanie. Il meurt en 1586.

Zygmunt III Vasa (1587-1632). Ce suédois de 21 ans va régner sur la Pologne pendant 45
ans. Il a un lien familial avec la dynastie éteinte des Jagellon : il est le fils de Catherine
Jagellon et de Jean III de Suède. Il épouse successivement deux sœurs de la dynastie des
Habsbourg : Anna en 1592 et Constance en 1605. Il va essayer, son fils aussi par la suite,
de prendre la Suède mais en vain. Les Suédois reprennent presque toute la Livonie, puis la
Prusse en 1626. Mais c’est le 17ème siècle …

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