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L’ANTIQUITE

Au XIIème siècle avant JC, à la fin de l’âge du bronze, l’Italie centrale est dominée par deux
siècles de civilisation dite « apennique », c’est-à-dire qui s’étend le long de la chaîne
montagneuse des Apennins, qui vit d’élevage, de razzias sur les cultivateurs et éleveurs des
plaines, habitant dans des cabanes et des cavernes, les morts sont inhumés dans des
tombes en forme de dolmen.

Du XIIème au Xème siècles avant JC, la Méditerranée orientale subit des bouleversements
considérables de transition de l’âge du bronze vers l’âge du fer, appelé « subapennique » ou
encore « protovillanovienne ». on trouve des nécropoles où sont enterrés les restes des
défunts incinérés dans des urnes d terre cuite (c’est la « civilisation des champs d’urnes »).
Ce mode d’inhumation, l’insinération, est dû aux migrations internes à l’Italie ou externe en
provenance du Nord et de l’Est. a la même époque, des groupes humains arrivent de l’Egée
et s’installent dans le Latium et en Etrurie.

A partir du Xème siècle avant JC, l’Italie est divisée en deux grandes zones séparées par le
Tibre. Au Nord et à l’Ouest du Tibre dominait la civilisation villanovienne. La culture
villanovienne regroupe deux groupes de populations assez proches mais culturellement
différentes : au Nord autour de Bologne et en Toscane et dans les environs de Rome. Ils
s’établissent en Campanie au VIIIème s. av JC.

Au Vième siècle avJC, des populations étrusques envahissent la Campanie et supplantent
les Villanoviens (entre Florence et Rome) dans toute l’Italie centrale. La civilisation étrusque
découle à la fois de l’héritage villanovien et d’influences grecques.
L’historiographie antique attribue aux Etrusques la connaissance des techniques et des rites
de fondation des cités qui obéissaient à des règles précises. Ils sont les fondateurs des
premières villes italiennes : Populania, Tarquinia, Vernetulonia, Vulci, Caere et Véies qui sont
des points stratégiques le long de la côte occidentale. Ils se déplacent ensuite vers l’intérieur
des terres, occupant les sites villanoviens : Volsinii (Orvieto), Volaterrae (Volterra), Cortone,
Arretium (Arezzo), Clusium (Chiusi), Perussia (Pérouse) et bien d’autres. elles sont
construites selon un héritage de traditions grecques. Les rues disposées selon un plan
orthogonal, principes qui seront repris plus tard par l’urbanisme romain.
C’est par les tombes des Etrusques que nous connaissons leur civilisation et leurs
productions artistiques. Les plus pauvres sont enterrés dans des fosses, les autres sont
ensevelis dans des chambres funéraires, rassemblées et organisées en véritables « villes
des morts » (nécropoles). Certaines sont des salles souterraines décorées de fresques
représentant des scènes de la vie quotidienne, luxueusement décorées, contenant un
important matériel de qualité (poteries, bijoux, objets métalliques…). Les tombes de
Tarquinia (Vè-IIIè s. av JC) montrent d’extraordinaires peintures murales figurant des
danses, des banquets, des scènes de chasse, de pêche et de courses de chevaux. Outre les
fresques des tombes, de très belles peintures figurent également sur les vases. Une masse
considérable de poterie sont importée de Grèce. Ils excellaient dans la production d’argile
noir, aux parois brillantes, le « bucchero », typique des VII et VIème s. av JC. Ils imitent
localement les vases grecs, géométriques, à figures noires ou rouges. Jusqu’à la fin du

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IVème s. av JC, les Etrusques travaillent très habilement le métal et produisent des objets
ciselés (trépieds candélabres, miroirs…) . les bijoux d’or et d’argent sont très largement
exportés.
Les Etrusques sont de grands voyageurs et de bons commerçants. En Etrurie, la base de
l’économie est l’agriculture, la pêche et la chasse. Ils exploitent le cuivre, le fer et la pierre de
construction (le tuf volcanique, facile à travailler et résistant) qui suscite le développement du
commerce et de la civilisation étrusque. La métallurgie est la clef principale de l’expansion
économique étrusque au VIIème s. av JC. L’Etrurie est riche en minerais déjà exploité à
l’époque villanovienne. Ils exportaient de l’étain et du plomb argentifère. Ils excellaient dans
la fabrication d’objets en bronze qui s’exportaient jusqu’en Espagne, à Athènes, Carthage,
en Angleterre, au Danemark, en Suède et par la Gaule à l’Allemagne du Sud et en Bohême.
Mais l’essentiel de la puissance étrusque réside dans sa puissance maritime, tant militaire
qu’économique. Les monarchies étrusques sont des aristocrates qui institutionnalisent la
domination d’un clan. Elles exercent un pouvoir absolu dans les domaines politiques,
religieux et militaire, héréditaire par les femmes. A la fin du VIème et milieu Vè s.av JC, la
royauté se transforme en tyrannie qui suscite la révolte des groupes sociaux voulant
s’emparer du pouvoir, soit essentiellement l’aristocratie traditionnelle ou la bourgeoisie
marchande enrichie par le commerce. A partir du IVème s. av JC, il n’y aura plus que des
républiques oligarchiques1. Dans l’exercice de ses charges, il y a une grande continuité
familiale. Ce sont les mêmes familles – rivales entre elles mais attachées au système – qui
perpétuent le pouvoir.
Au début du VIème s. les Etrusques ont conquis l’essentiel du Latium et occupent Rome.
Trois rois étrusques successifs règneront sur Rome : Tarquin l’Ancien (616-579), Servius
Tullius (578-535) et Tarquin le Superbe (534-509). En 509, des nobles romains chassent
Tarquin et proclament la République. C’est sous Tarquin l’Ancien qu’apparaissent les jeux,
surtout les courses de chevaux qui se déroulaient au Circus Maximus. Servius est connu
pour la réorganisation de l’Etat et de l’armée qui donne davantage de poids aux « classes
moyennes » romaines. Il fait construire la première muraille de Rome. Tarquin le superbe fait
construire le Capitole.
Sous les rois étrusques, Rome se développe considérablement et devient une véritable ville
culturellement avancée. L’industrie et le commerce commencent à y jouer un rôle important.
Et la religion traditionnelle est largement étrusquisée.
Même si Rome a subit la domination politique des Etrusques, elle a toutefois conservé son
caractère latin, comme le prouvent les inscriptions, le maintien des institutions religieux et
surtout la latinité, intacte après le départ des occupants. La défaite des Etrusques face aux
Latins en 509 est le début du déclin étrusque. Les latins coupent leurs ville de Campanie du
territoire toscan. Déjà leur contrôle de la mer Tyrrhénienne est sapé par la victoire « à la
Pyrrhus » de la grande bataille de la mer de Sardaigne en 535. En 506, Aristodème
vainqueur à Aricie bloque l’expansion des Etrusques dans le Sud de l’Italie en les empêchant
de prendre Cumes. En 474, ils subissent une défaite navale infligée par Syracuse.
Désormais le Latium n’est plus sûr et la route maritime non plus. Les liaisons entre Etrurie du
Sud et Etrurie du Nord sont plus difficiles. En fin en 420 av JC, les Samnites mettent fin à la
présence étrusque en Campanie en prenant Capoue puis Cumes. Dans l’Italie du Nord, les
Etrusques sont progressivement chassés par des tribus celtiques et en 350 av JC, Felsina
(Bologne) tombe.
A cette époque, l’Etrurie elle-même est sur le point d’être conquise par les Romains. Cette
conquête romaine se fait en trois étapes cruciales : 396 la prise de Véies, 308 la chute de
Tarquina et en 264 Valsinii, dernière cité étrusque succombe à un siège. Le territoire des
cités étrusques est confisqué et des colonies latines et romaines les remplacent. Certaines
cités ou agglomérations conservent une population en majorité étrusque. Rome sait
s’assurer en laissant leurs privilèges aux élites locales (dont certaines sont entrées au sénat)
le contrôle des populations soumises ce qui amène la disparition de la langue et la fusion du
peuple étrusque dans la communauté romaine.
1
. OLIGARCHIE : commandement de quelques-uns. Régime politique dont la souveraineté appartient
à un petit groupe de personnes de classe privilégiée et restreinte. Contraire = monarchie.

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Les Etrusque ont été proches de réussir la première unification de l’Italie. ils ont contribué à
une notable évolution du pays en menant à bien le processus d’urbanisation, en accélérant
les progrès économiques, en répandant l’alphabet grec et en influençant l’art, l’architecture,
la construction et l’organisation politique. Ils sont été victimes de l’absence de cohésion entre
les différentes cités, de leur mode de domination plus enclin à mettre sous le joug des
populations qu’à les absorber, et peut-être aussi une certaine cruauté envers les peuples
conquis que n’incite pas ces derniers à la soumission ou à la loyauté. Au contraire, des
révoltes des couches les plus pauvres ont fragilisé le pouvoir étrusque.
La place est libre pour les Romains !

ROME

La longue et complexe histoire d’Italie sous l’Antiquité se divise en trois phases :

- De la fondation de Rome à 510 avJC : période des rois
- De 509 à 31 avJC : la République
- De 31 avJC à 476 apJC : le principat puis l’Empire.

La fondation de Rome et la monarchie

La fondation de Rome remonte à 753 av JC. Plusieurs légendes la racontent (se souvenir de
l’épisode de l’enlèvement des Sabines pour peupler Rome…). A cette période, on peut
attester la présence d’un gouvernement monarchique où se succèdent les rois suivants :

- Numa Pompilius (715-713), sabin. Période stable pendant son règne. Il réorganise la
religion : fonde le temple de Janus, dieu de la guerre. Il divise les fonctions sacerdotales
et se donne une plus grande autonomie de pouvoir royal. Il organise le collège des
Saliens. Il désigne un chef religieux chargé de veiller à l’accomplissement des rites et au
maintien d’une certaine « orthodoxie»2 religieuse : le grand pontife – ou « pontifex
maximus ». c’est sous Numa que la tradition de la piété romaine s’instaure et qu’est
établi le calendrier.
- Tullus Hostilius (673-641), sabin. davantage tourné vers l’extérieur, il combat les
Sabins, conquiert l’Albe la Longue et établit le contrôle de Rome sur les monts albains. Il
force les habitants d’Albe la Longue à s’installer à Rome.
- Ancus Marcius (641-616), sabin. Il poursuit la lutte avec les latins.

Viennent ensuite les trois rois étrusques vus précédemment :
- Tarquin l’Ancien (616-579)
- Servius Tullius (578-535)
- Tarquin le Superbe (534-509).

A la fin du VIème siècle av JC, il existait un Etat romain qui affirmait sa domination sur les
autres cités du Latium : Albe n’existe plus car ses habitants ont été transféré à Rome, les
autres cités sont regroupées au sein d’une confédération latine, sous contrôle romain. Les
cadres de la vie politique sont formés et la religion fondée. Mais le joug du dernier roi
étrusque Tarquin le Superbe mécontentent les Romains et en 509 av JC, Rome abolit la
royauté. Cette « révolution » établit la république pour cinq siècles.

La république romaine

2
ORTHODOXIE : ensemble des doctrines, des opinions considérées vraies par l’Eglise et enseignées
officiellement. Ensemble des principes, des usages traditionnellement admis.

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Au Vème s. av JC se déroule à Rome des luttes difficiles opposants patriciens et plébéiens,
les deux classes constitutives de la société romaine. Leur antagonisme découle du
déséquilibre trop fort entre les avantages politiques acquis par l’oligarchie et ceux concédés
à la plèbe.
En 494 av JC, la plèbe menace de fonder une autre ville que Rome, un contre-Etat, sur
l’Aventin. ils établissent une assemblée séparée et élisent des tribuns. Les patriciens
acceptent de reconnaître les tribuns, ces magistrats chargés de protéger la plèbe contre tout
abus du pouvoir. Les tribuns ont le droit de veto sur les autres magistrats, sont inviolables
dans leurs personnes et leurs biens, peuvent exercer un droit de sanction. Ils auront jusqu’à
l’Empire un statut tout à fait particulier. Le pouvoir de la plèbe, ainsi institutionnalisé va
s’affirmer.
Malgré le terrible sac de Rome en 390 av JC par les Gaulois, la paix sociale intérieure
héritière des lois liciniennes de 367 av JC permet à Rome de surmonter les dangers
extérieurs en permettant l’accueil en toute plénitude des cités qui veulent s’allier.
La 1ère phase d’unification de l’Italie se déroule au cours du IVème s av JC. Rome réduit les
Etrusques de Tarquinia et de Caere, puis les Latins et enfin la Campanie, les Pouilles et la
Lucanie de 340 à 290 av JC. Après la victoire sur Pyrrhus, roi d’Epire, qui tentait d’envahir
l’Italie en 282-275 av JC et la prise de tarente en 272, le contrôle du Sud par les Romains est
complet. Mais la guerre contre Pyrrhus laissait présager les guerres puniques.

Les guerres puniques, naissance d’une nouvelle Rome

Trois guerres opposent Rome à Carthage entre 264 et 146 av JC qui touchent l’ensemble du
monde méditerranéen par le jeu des alliances et de la recherche de la puissance.

1. Carthage domine la partie occidentale de la Méditerranée. Ses relations avec Rome sont
bonnes aussi longtemps que Rome demeure une puissance terrienne. Carthage se
trouver en conflit permanent avec les marchands et les colons grecs. L’intervention de
Rome en grande Grèce (Italie du Sud) après sa victoire sur Pyrrhus la rend e fait partie
prenante dans le conflit. Les Mamertins réfugiés à Messine fait appel à la fois à Rome et
à Carthage. Carthage arrive la première en 264 av JC. Les Romains réagissent. Ne
pouvant laisser cette place stratégique pour la maîtrise de la Méditerranée occidentale si
proches de leurs conquêtes aux mains de leurs concurrents. 23 ans de conflits soldés
par la victoire navale des Romains en 241 av JC. La Sicile est la première province
romaine à l’issue du traité de 241. Mais Rome en violation avec le traité, profitant du
recul des carthaginois, pousse son avantage jusqu’en Corse et en Sardaigne et s’y
implante en 239 av JC. Les nouvelles provinces, une fois regroupées, son dirigées par
des gouverneurs envoyés chaque année de Rome.

2. Les Carthaginois ne restent pas inactifs et entreprennent de constituer une zone
d’influence en Espagne. Hannibal, le héros carthaginois de la 2ème guerre punique (218-
202 av JC) mène une revanche contre Rome de manière spectaculaire : il effectue la
traversée des Alpes à dos d’éléphants. c’est lors de cette 2ème guerre punique
qu’Archimède conçoit les fabuleuses machines (sorte de grues géantes qui envoient des
projectiles sur les navires, miroirs réfléchissant le soleil afin d’incendier à distance les
bateaux de guerre croisant au large) lorsque Syracuse résiste aux assauts de la flotte
romaine.
Hannibal, général de talent formé par les tacticiens grecs, défit les Romains lors de
quatre grandes batailles. Mais le sort de la guerre se joue depuis 218 en Espagne où P
Cornelius Scipion, le père de Scipion l’Africain, occupe Carthagène. Le frère d’Hannibal,
Hasdrubal, passe les Pyrénées mais est battu et tué sur les rives du Métaure. Les
Romains reprennent alors l’offensive : Scipion l’Africain passe en Afrique et Hannibal doit
quitter la Sicile pour retourner se battre dans son propre pays. Scipion bat les
carthaginois à Utique en 204 et à Zama en 202 dont le traité anéanti la puissance

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militaire de Carthage. Après sa victoire, Rome est amené à intervenir dans les affaires
d’Orient : contre Philippe V de Macédoine qui est défait en 197, entraînant
l’indépendance des villes grecques et contre Antiochos III, roi de Syrie, défait en 189 av
JC.
Mais surtout Rome renforce son emprise en Italie du Sud et en Sicile ainsi que sur le
pourtour méditerranéen. L’Espagne devient romaine. L’essentiel des Balkans passe sous
la domination romaine après les victoires sur la Macédoine. Mais Carthage continue
d’être source de danger potentiel et Rome finit par lancer la troisième guerre punique.

3. Sous le commandement de Scipion Emilien, petit-fils adoptif de Scipion l’Africain, les
armées débarquent en Afrique et Carthage est dévastée, brûlée, recouverte de sel et
maudite, pour que jamais plus elle ne puisse menacer Rome.

Dans le même temps, la République conquiert le nord de l’Italie. Les Gaulois qui s’y étaient
installés sont battus à Talamone en 225 av JC et Médiolanum (Milan) en 222. Puis de 220 à
118 av JC, la romanisation de la Gaule cisalpine ne cessera de s’affirmer.

Alors on peut commencer à parler d’Italie puisque l’unification de la Péninsule sous la tutelle
romaine a permis aux populations de développer très graduellement un sentiment d’identité
nationale : intégration du mode de vie romain, pratique du latin… processus qui transitent
largement par les nouvelles voies de communication ouvertes par les Romains (ex. : via
Latina 334 av JC , via Aurelia 108 av JC).
Rome devient une ville puissante et riche, organisée autour du Capitole, du Forum et du
Comitium, les trois ensembles monumentaux constitutifs de la cité. Si bien que dés qu’une
colonie est fondée, elle comporte ces trois lieux, donc les trois fonctions. Fort de ces
victoires, Rome se nourrit de ses conquêtes du monde grec classique et reprend les grandes
réalisations urbanistiques, la construction d’édifices sacrés ou publics, les infrastructures
urbaines. Une culture apparaît qui s’adapte aux transformations de la société, la culture dite
de « Koiné » qui disparaîtra avec l’art impérial (Tite Live a écrit que la prise de Syracuse a
entraîné le « début de l’admiration pour des œuvres d’art grecques » Annales XXV, 15, 1-3 –
et la victoire de Scipion sur Antiochos III de Syrie marque la naissance de la Luxuria
(consommation du luxe en privé – et pas seulement dans les temples).
Mais la fulgurante série de triomphes sur la Macédoine et la Syrie, c’est en une décennie le
déferlement sur Rome d’une quantité énorme d’oeuvres d’art, ainsi que d’artistes, de
rhéteurs, de peintres et de philosophes grecs, chargés à la fois de former les jeunes nobles
romains et de produire des objets destinés à la consommation privée. Durant ces années, à
Rome, les édifices sont petit à petit hellénisés grâce à l’énorme afflux d’argent provenant de
conquêtes et grâce aux fonds publics. Triomphateurs et censeurs rivalisent pour embellir la
capitale d’édifices grandioses au goût hellénistique. En 184 av JC, la censure de Caton
donne à Rome un édifice totalement nouveau : la basilique, imitée des grands portiques
couverts des villes de Syrie, Macédoine et Asie mineure dont le but est d’accueillir tous ceux
qui avaient des activités dans le forum et qui voulait se protéger du soleil et de la pluie.
Ensuite les tribunaux y ont siégé. L’urbanisme, la construction d’édifice publics, de ports, de
routes, de portique devient un enjeu politique avec la surenchère pratiquée par les
magistrats. En 158 av JC on met fin à ces pratiques et on élève des statues. Les premières
colonnes de marbre apparaissent dans la maison de Lutatius Catulus en 101 av JC. Se
développe l’usage du portrait réaliste sur le modèle du portrait hellénistique. On assiste alors
dans la noblesse romaine à un mouvement de mécénat public et privé où se mélangent les
traditions et les formes provenant des cours de Pergame, d’Antioche ou d’Alexandrie et les
pratiques culturelles, politiques avec les exigences représentatives d’une société très
différentes des sociétés hellénistiques.

La révolution romaine et la marche vers l’Empire

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Politiquement et socialement les guerres puniques ont marqué un changement considérable.
Malgré les victoires, le mécontentement se développe. Les guerres ont coûté cher ;
l’agriculture ruinée par la longue invasion d’Hannibal et de ses troupes. Des familles entières
de paysans ont été massacrées ou déplacées, les fermes abandonnées ou mal exploitées ;
l’obligation de maintenir en permanence une importante armée mobilisait beaucoup
d’hommes…
A Rome même, l’Empire s’agrandissant attire des émigrants : des Italiens chassés par la
guerre, des Grecs et des affranchis formant une masse misérable et sans travail. Alors que
les aristocrates exploitent le butin des conquêtes, acquièrent des domaines immenses sur
lesquels travaillent de nombreux esclaves produisant le blé et la nourriture pour la ville. De
leur côté, chevaliers et publicains s’enrichissent grâce au commerce et aux travaux publics.
Le déséquilibre social génère des problèmes importants de maintien de l’ordre public. Cette
masse misérable trouve en fait des défenseurs auprès d’aristocrates imprégnés de l’idéal
grec de justice et d’humanité. deux camps se forment au sein de la classe politique
républicaine : les « optimates », une partie de la classe sénatoriale enrichie et attachée au
maintien du statu quo et les « populares » qui cherchent à reformer le système. Mais une
crise ébranle les fondements même de la puissance romaine. Un premier conflit déchire
l’Italie de 91 à 88 av JC provoqué par les alliés italiens de Rome. Mécontents d’être exclus
de la citoyenneté romaine, ils se soulèvent. Les plus farouches d’entre eux, les Samnites,
fonde une capitale : Italica et entraînent avec eux Campaniens et Etrusques. La noblesse
romaine doit plier et accepter les revendications italiennes. Les conséquences de cette
guerre sociale sont importantes. Elle permet à des citoyens non-romains très actifs d’entrer
dans la classe dirigeante, entraînant la mutation Etat-cité en une nation :la nation italienne.
Les habitants jouissent désormais des droits reconnus aux citoyens de Rome même. Ces
changements structurels révèlent l’inadaptation des institutions romaines, conçues à l’échelle
d’une cité qui est désormais un Etat-nation, et qui deviendra un Empire et se fera avec de
nombreuses guerres civiles.

En 102-101 av JC, les Cimbres et les Teutons envahissent l’Italie. Marius Jugurtha sauve
Rome après avoir soulevé une armée parmi les catégories sociales les plus défavorisées,
les « proletarii » ; Sylla soutenu par les aristocrates écrase Marius et son armée populaire,
se livre à des luttes sanglantes parmi les dirigeants romains et devient Dictateur-Constituant
en 82 av JC, se dote de pouvoirs extraordinaires. Il restaure la puissance du sénat, rend les
tribunaux aux Sénateurs, exclu les chevaliers et les tribuns, et la plèbe se retrouve dans une
situation de dépendance insupportable face aux privilèges de l’oligarchie sénatoriale. En 79
av JC, Sylla abdique la dictature. Rome est un bateau ivre d’intrigues, de complots et de
violence.
A nouveau, sous la pression de la plèbe, des chevaliers, le Sénat doit se résoudre à faire
des concessions de plus en plus vitales : les tribuns retrouvent leurs prérogatives, les
tribunaux à nouveau ouverts aux chevaliers, etc…
En 60 av JC, Pompée, ancien lieutenant de Sylla mais jouissant de la confiance des
chevaliers, forme le premier triumverat, une alliance avec Crassus (immensément riche),
Jules César, encore jeune sénateur et candidat au Consulat, dans le but de mener les
affaires de l’Etat et d’en tirer le plus grand nombre d’avantages personnels. Fort de cette
alliance, césar obtient le Consulat pour l’années 59 av JC. Il demande le gouvernement des
deux Gaules afin de restaurer sa fortune personnelle. En 55 av JC, il conquiert la Gaule
chevelue. En 54, il débarque en Bretagne (=Angleterre). Il mate en 52 la révolte gauloise à
Alésia menée par Vercingétorix. En 49, il s’installe à Rome comme Dictateur et installe
Cléopâtre, la dernière des Ptolémées, sur le trône d’Egypte. Il réorganise Rome et met en
place une série de réformes adaptées aux nouveaux problèmes de Rome. Il accorde le
droit de cité romain à des peuples entiers comme les Gaulois cisalpins ; il fait venir au Sénat
des hommes nouveaux, originaires d’Italie ; il fonde des colonies hors d’Italie pour accueillir
une partie de la plèbe romaine et romaniser l’Empire. Il restaure l’autonomie municipale des
villes de province ; il protège les provinciaux contre les excès des gouverneurs et des
publicains.

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La trop grande accumulation sur sa personne de pouvoirs et d’honneurs exceptionnels en
ont fait un homme à abattre. Il est assassiné en 44 av JC par Cassius et Brutus. Il s’ensuit
treize années de guerre civiles et d’anarchie. A sa mort, Antoine, un de ses lieutenants,
Consul, poursuit l’œuvre de César. Mais Octave (futur Auguste), neveu adoptif de César, en
est donc l’héritier légal. Octave, Antoine et Lépide (ancien maître de cavalerie de César)
forme un deuxième triumvirat en 43 av JC. Les républicains sont vaincus à Philippes la
même année et les triumvirs se partagent le monde : Antoine obtient l’Orient, Lépide
l’Afrique, et Octave les restes de l’Occident. Alors que Lépide s’éloigne de plus en plus des
réalités politiques, il devient inévitable qu’Octave et Antoine s’affronteront. Octave tire parti
des erreurs d’Antoine trop absorbé par son rêve de royauté orientale. L’affrontement a lieu à
Actium en 31 av JC : Antoine aux côtés de Cléopâtre d’une part et les troupes d’Octave et
d’Agrippa (l’amiral de la flotte) d’autre part. Antoine et Cléopâtre sont battus sur terre et sur
mer. Octave reste seul en position de devenir le premier empereur de Rome. Il s’emploie à
établir le « principat » par une série de mesures habiles et progressives. Le principat est un
système de gouvernement qui, sans éliminer en apparence les formes républicaines, dépend
en réalité totalement de lui en tant que « princeps » (=1er homme de l’Etat) et lui laisse tout le
contrôle absolu sur toutes les affaires essentielles. Le princeps a le contrôle absolu de
l’armée dont il assure personnellement le financement et est protégé en permanence par la
garde prétorienne stationnée à Rome, ce qui était tout à fait nouveau. Il constitue une
nouvelle administration parmi les chevaliers et placent des gouverneurs de province en
remplacement des publicains corrompus.
En 27 av JC, le titre d’Auguste est adopté juste après les grandes réformes politiques, ce qui
encourage le culte impérial. Ce titre ajoute une connotation religieuse à celui de César, et le
met au-dessus du commun des mortels. Il devient également pontifex maximus (chef de la
religion romaine) en 12 av JC. Cette nomenclature évitait toute référence à la royauté ou à la
dictature.
Dans l’Empire ainsi rénové où tous les pouvoirs émanent en définitive d’Auguste, la paix est
rapidement rétablie. La succession n’est pas héréditaire, les empereurs étaient
généralement associés à l’empereur précédent, de son vivant, puis à sa mort, le nouvel
empereur doit être investi par le peuple avec l’approbation du sénat, puis acclamé par
l’armée.
Si César n’avait pas accordé aux publicains une situation privilégiée dans l’Etat, les
chevaliers eux retrouvent avec les sénateurs leurs responsabilité dans le jurys des tribunaux.
Et surtout, César les utilise au service de l’Etat. Puis, l’ordre équestre ne cesse de croître
également dont sont issus d’ailleurs les fleurons de l’Etat-Major d’Octave, tels Mécène et
Proculeius. Si les chevaliers ne sont pas très éloignés des sénateurs par leur fortune et leur
mode de vie, leur attitude face aux honneurs divergent radicalement. Ils ont un certain
mépris pour le prestige et un réel intérêt pour la réalité du pouvoir. Ils se sont révélés de
bons militaires et des financiers efficaces. Auguste en fera d’excellents fonctionnaires au
service de l’Empire. a cette époque le contexte économique et commercial est extrêmement
dynamique. L’Italie du Nord en particulier passe à une économie d’échanges : la vie
municipale se renforce, les villes s’embellissent et les élites italiennes s’affirment . dés 43 av
JC, la classe dirigeante est presque entièrement renouvelée au profit de ces familles
italiennes venues d’Ombrie, de Lucanie, du Picenum. C’est bien avec l’appui des élites du
pays tout entier qu’Auguste est parvenu au pouvoir…

Là, un art littéraire nouveau se développe avec les nouvelles formes politiques et sociales.
Elle est d’origine italienne et provinciale : Virgile (de Mantoue), Horace (d’Apulie), Cornelius
Gallus (de Fréjus), Ovide (du Samnium), Tibulle de Tivoli et Properce (d’Ombrie), Tite-Live
(de Padoue). Arrivant à Rome, ils cherchent des protecteurs et trouvent ..Mécène !
De tous, c’est Virgile qui traduit le mieux les inquiétudes et les espoirs de cette génération
sous augustéenne.
Auguste est un politicien très habile. Désormais, la sculpture, la peinture et l’architecture
grecque sont intégrés au domaine public et privé. L’engagement esthétique des philhellènes
soutient le nouveau pouvoir politique. Auguste meurt en 14 ap JC.

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Si l’art et l’architecture sont les miroirs d’une société, c’est l’image d’une société apaisée et
sûre d’elle-même que nous transmettent les réalisations du siècle d’Auguste.

Rome des Julio-Claudiens jusqu’au Vème siècle

A sa mort en 14 ap JC, Auguste ouvre la voie à la dynastie des Julio-Claudiens (27 av JC,
Jules César à 68 ap JC, Claude). Auguste avait établi les bases du pouvoir impérial autour
de trois éléments : l’Armée, les tribunaux, la religion d’Etat. il a cumulé les titres : César,
Auguste et Princeps. Par contre il n’a pas la possibilité juridique de choisir et d’imposer son
successeur.
Sur les 16 empereurs qui ont succédé à Auguste, 9 parviennent légitimement au pouvoir
(Tibère, Caligula, Néron, Titus, Domitien, Trajan, Antonin, Marc Aurèle et Commode) parmi
lesquels 3 sont les fils de l’empereur (Titus, Domitien, Commode) et 5 des fils officiellement
adoptés (Tibère, Néron, Trajan, Antonin, Marc Aurèle). Quant à Caligula, Tibère l’avait placé
sur le même plan que son petit-fils Tiberius Gemellus. Claude et Hadrien étaient des proches
parents. Seuls parviennent au pouvoir à la suite de troubles Galba, Othon, Vitellius,
Vespasien et Nerva. Mais les règnes « illégitimes » ne recouvrent que 14 ans sur els 168
années de la période qui va de 14 à 192 ap JC.

- Tibère, fils adoptif d’Auguste lui succède de 14 à 37.
- Caligula (Gaius César, dit Caligula), fils de Germanicus neveu de Tibère qu’il a adopté à
la demande d’Auguste, lui succède de 34 à 41. Son propre fils Drusus le Jeune est mort
au combat.
- Claude, son oncle, lui succède de 41 à 54. Il épouse Messaline qui lui donne deux
enfants : Octavie et Britannicus. Messaline complote avec un de ses amants contre
Claude pour le remplacer par son fils Britannicus. Messaline et son amant sont exécutés.
Il épouse en seconde noces Agrippine la Jeune qui fait adopté par Claude son fils d’un
1er lit sous le nom de Néron. Britannicus meurt subitement en 54 empoisonné
probablement par Agrippine.
- Néron lui succède de 54 à 68 mais c’est Agrippine qui tient les rênes. Ce sont ses
précepteurs Sénèque et Burrus qui tiennent l’Empire. A partir de 59 Néron s’enfonce petit
à petit dabs la folie. Il fiat assassiner sa mère Agrippine. Sénèque s’isole et se retire
après la mort de Burrus en 62. Il fait exécuter son épouse Octavie pour épouser Poppée.
En 64, Rome est dévasté par un terrible incendie. Sa réputations devient exécrable à
partir de 65. Lors d’une représentation théâtrale, il apparaît sur scène et choque le
monde sénatorial. Il s’ensuit une série de répression touchant Sénèque, des sénateurs
philo-républicains ainsi que certains grands généraux romains dont Néron se méfiait.
Pendant ce temps, Néron se lance dans une tournée en Grèce, entièrement consacrée à
l’art et au théâtre. Pendant une longue absence de la capitale, sa position est menacée.
C’est Galba, gouverneur d’Espagne qui se rebelle et est acclamé empereur par la légion
qu’il commande, décision confirmée par le sénat romain. Néron est abandonné par sa
propre garde prétorienne et se suicide en 68 sans laisser de descendance. La mort de
Néron marque la fin des Julio-Claudiens.
- Galba, Othon, Vitellius puis Vespasien se succèdent en moins d’un an en 68-69. Galba
est acclamé par ses troupes du vivant encore de Néron, avant d’entrer victorieusement
dans Rome. Othon qui l’avait aidé, complote contre lui et le fait assassiner. En même
temps, les armées de Germanie choisissent un nouvel empereur, leur propre général
Vitellius. A peine arrivé dans Rome, Vitellius apprend que les légions d’Orient suivies par
celles du Danube ont choisi Vespasien comme gouverneur de Judée. Une guerre civile
éclate d’où Vespasien sort vainqueur et devient empereur. Après trois règnes
extrêmement courts et terminés par des morts violentes, le règne de Vespasien a duré
dix ans et il disparaît de mort naturelle (69-79).

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- Titus lui succède de 79 à 81, qui pour ne pas déplaire au Sénat doit éloigner sa
maîtresse juive Bérénice. Au début de son règne, il doit affronter la terrible éruption du
Vésuve qui détruit entièrement Pompéi, Herculanum et Stabies. Titus meurt à 42 ans.
- Domitien, son frère, lui succède de 81 à 96, suivant une politique absolutiste. La garde
prétorienne conspire et abat l’empereur en 96.
- Nerva, âgé de 70 ans, sénateur, succède à Domitien de 96 à ? ?. Il fonde la dynastie des
Antonins. Il choisit un successeurs hors de sa famille, à savoir Trajan, gouverneur de la
Germanie Supérieure, qu’il adopte.
- Trajan lui succède donc de ? ? à 117. Il est le premier empereur à être né dans une
province, l’Espagne, même si sa famille est originaire d’Italie. il institue les alimenta
donations aux enfants pauvres, manifeste un intérêt marqué pour les villes de province. Il
lance un vaste programme de constructions publiques, dont la fameuse colonne (qui
contient ses cendres) sur le forum de Trajan, le dernier et le plus vaste des forums
impériaux construits grâce aux fonds prélevés en Dacie (=Roumanie) récemment
conquise en 101-106.après la prise de Dacie, c’est un longue et nouvelle frontière qu’il
faut protéger, le limes. Trajan part en guerre en Orient et prend l’Arménie en 114,
continue vers la Mésopotamie et atteint le Golfe Persique en 115. Jamais un général
romain n’a été aussi loin. Il meurt en Asie Mineure.
- Hadrien lui succède de 117 à 138, lui aussi originaire d’Espagne. Il passe plus de la
moitié de ses 21 années de règne hors d’Italie. Il voyage par curiosité, pour rester en
contact avec l’armée dont il améliore les conditions de vie des soldats. Il fait construire le
« mur d’Hadrien » en Bretagne (=Angleterre) aux confins de l’Ecosse insoumise et
inconnue. Il adopte un héritier, Antonin, âgé de 51 ans, qui lui succède.
- Antonin, luis succède de 138 à 161. Très pieux. Il réduit les dépenses publiques et ses
23 années de règne marque une paix retrouvée.
- Marc Aurèle, son fils adoptif et gendre, lui succède de 161 à ? ?. Il appèle auprès de lui,
Lucius Verus, second fils adoptif d’Antonin. jusqu’à la mort de Lucius Verus en 169, cette
paire d’empereurs est une originalité qui se répètera les siècles suivants. Il écrit ses
« Méditations ».

En 167, des bouleversements mondiaux interviennent : les invasions « barbares » des
Germains à la recherche de territoires plus riches, le long du Danube. Marc Aurèle
pendant la plupart des années de sont règne repousse les « barbares » qui font irruption
dans les provinces d’Europe centrale et Orientale, traversent les Alpes, pénètrent en
Italie et détruisent de nombreuses villes. Les armées romaines, bien que décimées par
une épidémie de variole, réussissent péniblement à repousser les Barbares.

- Commode, son propre fils lui succède de ? à ?. Il est assassiné par un préfet et avec lui
s’achève la dynastie des Antonins.

La Paix Romaine (Pax Romana)

Alors que sous la République l’administration était pratiquement inexistante, elle se
développe sous l’Empire. Outre les temples et les forums, une bonne partie de la politique
romaine est consacrée à la population de l’Urbs et à ses divertissements : théâtres,
amphithéâtres, combats de gladiateurs et de bêtes féroces… l’amphithéâtre le plus important
est celui construit par Vespasien puis repris par Titus. Il prend plus tard le nom de Colisée.
Le modèle de Rome influence toutes les décorations urbaines durant la pax romana :
forums, basiliques, curies, bibliothèques empruntent leurs formes et fonction à la Rome de
Trajan et d’Hadrien.

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Les sévères, les Barbares et Dioclétien
Les Antonins sont suivis par les Sévères (193-235) qui règnent jusqu’au meurtre de Sévère
Alexandre. Malgré la croissance de Rome, capitale incontestée de l’Europe, les premiers
signes d’un irrémédiable déclin du monde romain s’annonce.

La dynastie des Sévères débute par une série de troubles.
- Septime Sévère, empereur de 193 à 211, établit ses propres légions en Italie, signe
assez clair d’un déclin définitif face aux provinces, et en augmente le nombre pour la
défense des frontières devenu un problème crucial. Il démocratise l’armée et la paie
mieux, ce qui a des conséquences désastreuses sur les contribuables de la classe
moyenne. Septime meurt au cours d’une expédition de reconquête de l’Ecosse en 211. Il
laisse l’empire à ses deux fils, Caracalla et Geta, qui se haïssent. Caracalla fait
assassiner Geta.
- Caracalla Sévère, empereur de 211 à 217, son fils. En 213, il part en Germanie puis
vers l’Orient où il est assassiné en 217 par Macrin, le préfet du prétoire qui craignait pour
sa vie.
- Macrin, empereur de 217 à ?. c’est le premier empereur à n’avoir jamais été sénateur,
mais seulement chevalier. Il est tué par Héliogabale manipulé par sa tante Giulia Mesa,
une syrienne de la famille de Septime Sévère et qui le remplace par Alexandre Sévère
sont petit-fils de 14 ans.
- Alexandre Sévère, empereur de ? à 235 à 14 ans. C’est sa mère, Giulia Mamea qui
gouverne à sa place. Elle l’accompagne en 231 pour combattre les Perses en
Mésopotamie, puis les Germains sur le Rhin. Ils sont assassinés par des officiers de
l’armée en 235.

Dés lors, le système romain est en proie à des troubles graves entraînant instabilité et
anarchie. Les 50 années suivantes voient 21 empereurs se succéder. Cette situation
fragilise l’Empire en proie à la menace des tribus barbares qui se pressent à ses
frontières :
 au Nord : les Pictes, les Scotts, les Angles, les Saxons, les Francs, les Alamans et les
Lombards
 a l’Est : les Vandales, les Visigoths, les Ostrogoths et les Huns
 en Afrique : les Maures.

L’Empire est aux abois et même Rome est à la portée des envahisseurs.

- Valérien, empereur de 253 à 260, tente de résister aux Barbares. Il est le premier à
concevoir que l’Empire est désormais devenu trop vaste pour être gouverner par une
seule personne. Il se rend en Orient pour combattre en Perse. Il y est capturé et tué.
- Gallien, son fils, empereur de 260 à 268. Le commandant de ses troupes le futur
empereur Aurélien, complote contre lui en 268 alors qu’il remporte de brillantes victoires
contre les Goths.
- Aurélien, commandant des troupes de Gallien, empereur de 268 à ?. Il reconquiert l’Asie
Mineure et l’Egypte en écrasant la reine Zénobie de Palmyre. Il renforce la défense de
Rome en faisant construire la muraille qui porte son nom. Une grave crise monétaire
entraîne une inflation de 1.000%. on multiplie les impôts ce qui entraîne une pression
insupportable sur les populations civiles. C’est le prix à payer pour sauver Rome une fois
encore.
- Dioclétien, empereur de ? à 284. Avec lui débute la période du bas Empire. Il apparaît
comme l’organisateur du sauvetage. Il abdique en 305.
- Dalmate, empereur de 284 à 304. En 286, il divise l’Empire en deux. Lui et Maximien
sont Augustes. Il adjoint à chacun d’eux un césar : Galère et Constance-Chlore, et
réalise ainsi une tétrarchie, quatre gouvernants qui ont chacun une responsabilité
géographique : Galère dans les Balkans, Maximien en Occident (Italie, Espagne,

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Afrique), Constance-Chlore en Gaule et en Bretagne (Angleterre) et Dioclétien en
Thrace, Asie et Egypte. Les deux Césars devant obéir aux deux Augustes. Chacun de
ces tétrarques choisit une capitale différente. Dioclétien combat victorieusement les
Bretons, les Egyptiens et les Perses. En 305 sa santé s’affaiblit et il se retire dans son
palais de Salonae (Split) invitant Maximien à le suivre et à laisser Galère et Constance-
Chlore prendre le titre d’Augustes.

L’essor du Christianisme

La communauté chrétienne, bien que très minoritaire, croît continuellement depuis la
rédaction des Evangiles deux siècles plus tôt. Elle a acquis en 200 ap JC une identité forte
fondée sur la version définitive du Nouveau Testament. Beaucoup de querelles théologiques
autour de cette religion, mais le nombre des adeptes croît et les structures se mettent en
place. L’Eglise est une institution parallèle à l’Empire, et constitue petit à petit un Etat dans
l’Etat. L’Eglise se développe rapidement dans les cités-Etats d’Asie mineure avant de
s’étendre à l’occident. en 200, les chrétiens sont environ 10.000 et le triple en un siècle. Les
communautés locales passent sous le contrôle des évêques - dont l’évêque de Rome – et
une réelle solidarité unit la chrétienté incluant des œuvres de bienfaisance et de charité
parfaitement bien organisées. Le christianisme est une religion généralement bien tolérée
par l’Empire, au même titre que les diverses sectes religieuses.

- Constantin, empereur de 305 à 337, fils de Constance le vainqueur de Maxence en 312
au combat de Ponte Milvio, aux portes de Rome, qui devient l’unique empereur
d’occident. Licinius son beau-frère, prend le pouvoir en Orient. Ils sont alliés et mènent
une politique commune de tolérance. Licinius complote contre Constantin qui le bat en
323-324 et reste seul souverain de l’ensemble du monde romain jusqu’à sa mort en 337.
Il se convertit au christianisme en 313 par considérations politiques. La sympathie pour la
doctrine d’Arius (prêtre d’Alexandrie qui niait l’essence divine du Christ à l’origine de
l’hérésie arienne qui divise la chrétienté pendant plusieurs siècles) s’explique par la
possibilité de rapprocher la fonction de l’empereur, vicaire de Dieu sur terre, du modèle
du Christ. Avec Constantin, le christianisme devient licite au même titre que les autres
cultes païens. Les chrétiens obtiennent le droit de se constituer une association et donc
d’être propriétaires de biens qui à terme constitueront la richesse de l’Eglise. Au début du
IVème siècle, Ensèbe Césarée élabore une théologie chrétienne de l’histoire. dans
l’Empire chrétien, le culte impérial persiste et se renforce : on se prosterne devant sa
Majesté Impériale, on baise le pan de sa pourpre, on s’agenouille devant le trône, les
foules s’agenouillent au passage de l’empereur. Constantin fonde Constantinople
(Byzance avant lui) en 324-330 sur le détroit du Bosphore qui devient la seconde Rome.
Son œuvre est immense. Il a fondé l’Empire byzantin. Il a accéléré la mise en place du
christianisme. Il a « trahi » Rome : il a trahi l’Occident au profit de l’Orient, en
morcellement l’Occident et en rassemblant l’Orient.

Le déclin et la chute de l’Empire

En 476, l’Empire d’Occident disparaît, l’Empire d’Orient survit, mais de romain, il s’hellénise
complètement. Toutefois Byzance conserve de Rome son droit (rédaction du Digeste, code
Théodosien…) et en permet la survivance. En Occident, la cour impériale se transfère à
Milan en 305 puis à Ravenne en 402. A Rome, la classe dirigeante reste inchangée et
immuable jusqu’au désastre final. Bien que la Ville soit devenue un des centres de la
chrétienté, l’absence du pouvoir impérial laisse la porte ouverte à la corruption, la débauche
et aux excès.

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Cependant, les Vandales, les Wisigoths, les Saxons, les Suèbes déferlent ; les Francs, les
Alamans et les Burgondes s’installent sur le territoire de Rome. En 401-402, Alaric le
Wisigoth envahit l’Italie et en 410 met à sac Rome. En 455 ; Genseric le Vandale dévaste
l’Urbs.

En 476, le dernier empereur Romulus Augustule est renversé par le Germain Odoacre. Les
rois Germains gouvernent l’Italie depuis leur cour de Ravenne. En 493, Odoacre est évincé
par Théodoric l’Ostrogoth qui assure son pouvoir jusqu’à sa mort en 526 en utilisant le Sénat
et les personnalités romaines. La domination des Ostrogoths se prolonge jusqu’en 540, date
de la reconquête byzantine de l’Italie par Justinien, empereur d’Orient qui intègre l’Italie dans
l’Empire byzantin.

C’est la fin de la période romaine de l’histoire italienne !

LE MOYEN AGE

La fin de l’Empire romain marque la fin de l’unité politique italienne. La période médiévale du
Vème au XIVème siècles a suscité moins d’intérêt que l’Antiquité. Elle est considéré comme
« barbare ». pourtant, c’est au cours du Moyen Age que se met en place un certain nombre
de traits constitutifs de la société et de l’Etat italien jusqu’à nos jours. L’Eglise et la papauté
acteurs de la vie spirituelle et politique. Parallèlement se développent des cultures
communales ou régionales encore vivaces. Le Moyen Age voit l’Italie exposée à nombre
d’influences extérieures, conquêtes ou mouvements migratoires encore visibles de nos jours.
Economiquement, développement du modèle féodal avec émergence d’un capitalisme
marchand dans des villes comme Venise ou Florence.

Aux débuts du Moyen age : les Lombards, les Francs, Byzance et la papauté

La chute de l’Empire en 476 n’avait pas été perçue alors comme un événement majeur. On
ne parlait plus d’Empereur, mais de roi. Odoacre qui est arien, respecte les traditions
romaines, maintient la vie politique dans le cadre des cultures italiennes et cherche l’appui
de la classe dirigeante, la classe sénatoriale.
En 488, les Ostrogoths, peuple arien largement romanisé, se mettent en marche vers l’Italie
et déposent Odoacre en 490. Suivent 60 années de domination des Goths dans la péninsule
qui s’établissent à Vérone, Pavie, dans les Apennins, les Marches et les Abruzzes, Rome et
à Ravenne. Théodoric s’avère être un grand roi, voire le plus grand des rois germains. Il se
pose en médiateur entre Byzance et le monde barbare. Il établit une coexistance pacifique
entre les Goths et les populations d’Italie, mais est hostile à une fusion entre les deux
groupes. Il assure 30 années de relative tranquillité et de bien-être économique. On note une
reprise de l’agriculture, un contrôle de la monnaie, un développement des échanges
commerciaux. Milan devient le siège d’un mouvement culturel qui attire italiens et gallo-
romains.
Les Ostrogoths sont ariens et depuis Constantinople, l’empereur Zénon peut agir avec le
pape Jean 1er contre Théodoric qui se sentant menacé fait exécuter trois sénateurs romains,
emprisonner le pape et prépare une expédition contre Byzance. Mais il meurt en 526 et c’est
Justinien qui part de Byzance vers l’Italie pour mettre fin aux royaumes barbares. Les
Ostrogoths connus : Boèce qui traduit en latin les écrits logiques d’Aristote, et Benoît dont la
règle va gouverner le monachisme médiéval (les Bénédictins).
En 535, l’armée byzantine débarque en Sicile et remporte une série de victoires sur les chefs
Goths, Warigis et Totila. Rome est pris en 535, Ravenne en 540. En 553, Narses, général
byzantin tue Téia, dernier roi Ostrogoth. En 561, Narses refoule également les Francs
installés au Nord du Pô. Dans ce contexte, les structures sociales et politiques sont

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fragilisées. La guerre fait rage pendant 20 ans : famines, pertes humaines considérables.
L’Italie apparaît totalement dépeuplée et ruinée. Justinien entreprend de restaurer l’ordre
social. Les ruraux retournent dans leurs anciens patrons ; les évêques se voient concéder un
droit d’ingérence dans le choix des administrateurs locaux. En 554, Justinien à la demande
du pape Vigile, établit la Pragmatique Sanction. Il proclame l’extension immédiate à l’Italie :
- du Nouveau Code publié en 534 à Constantinople,
- du Digest, recueil des textes de la jurisprudence antique, et
- des Novellae, nouvelles constitutions impériales.

De 569 à 600, les Lombards envahissent l’Italie et s’y installent jusqu’au VIIIème siècle, à
l’arrivée des Francs. Originaires de Pannonie (=Hongrie) qu’ils quittent en 568 avec familles
et bagages. Ce n’est pas une invasion de guerriers, mais un peuple tout entier qui se
déplace . leur roi Alboïn qui dirigeait la migration, emmène de surcroît avec lui des tribus
étrangères (Bulgares, Saxons…).
Byzance n’a pas vraiment combattu cette invasion, de plus graves dangers menacent
l’Empire d’Orient : les Avares, les Slaves et les Perses. Alboïn est assassiné à Pavie où il
s’est installé, dans le palais de Théodoric, son successeurs Clèfe aussi, par les Byzantins.
Pendant dix ans, le pouvoir est vacant et aucun roi est élu ! l’Italie se divise alors en
différentes zones de pouvoir comme la Lombardie, pays des Lombards avec Agilulf comme
roi, Pavie et Milan dominant. La Romagne, pays des Romains, avec Ravenne comme ville
principale.
Les Lombards d’abord païens, se convertissent à l’arianisme en 590. Grégoire le Grand,
noble romain, devient pape en 590. Il négocie avec Agilulf la fin du siège de Rome en 594.
S’ensuivent 130 années de répit après des années de conquêtes et d’installation d’une très
grande violence comme en témoignent les lettres du pape Grégoire qui décrit une Rome
désespérée, affamée, accueillant les populations fuyant les Lombards. Les Lombards
massacrent les « romains puissants » : la classe sénatoriale est laminée. Seuls les guerriers
conquérants et leur famille avaient le pouvoir (on ne peut pas dire si les Romains d’Italie ont
été réduits à l’esclavage ou s’ils ont conservé leur liberté personnelle). En tous les cas, les
terres d’Etat et les terres des dirigeants romains sont confisquées. Les petits propriétaires
doivent verser le tiers de leur revenu de la terre. Ils s’appauvrissent peu à peu et deviennent
les colons des Lombards.
L’Italie connaît une fin de VIème siècle difficile : guerre, inondations, peste… les petites
bourgades se dépeuplent, les habitations rurales de la plaine sont vers les collines et les
montagnes ; les champs ne sont plus cultivés ; les systèmes d’irrigation abandonnés.

Au VIIème siècle, l’organisation du royaume lombard est connu grâce à une source
précieuse : l’édit de Rotari de 643, document fameux de 400 lois, édicté par le roi, approuvé
à Pavie par l’assemblée des Guerriers. Les lois de Rotari protège essentiellement ceux qui
faisaient la force des Lombards : les guerriers. Entre les guerriers et le roi, il y a l’aristocratie
constituée par les ducs, comtes et gastalds. Cet édit de Rotari devait donner aux traditions
lombardes une force et une crédibilité face au droit romain encore en vigueur, ce qui ouvre la
voie à une possible assimilation. De fait, Lombards et Romains sont destinés à se fondre.0
c’est le fait essentiel du VIIème siècle et début VIIIème siècle. Un des éléments de cette
fusion, réside dans la religion. En effet la conversion au catholicisme se fait progressivement,
grâce à la reine Téodolinde qui entretientf avec le pape Grégoire des relations épistolaire
suivies et grâce également à des missions de moines d’Orient envoyés par Byzance. Cela a
été une mutation de société lente et silencieuse.

En 653, le roi Aripert 1er embrasse officiellement les christianisme et l’année 698 marque la
fin de l’hérésie.

Le début du VIIIème siècle nous montre une société entièrement chrétienne, organisée
autour d’évêchés ou de paroisses. Ces centres sont véritablement au cœur de la vie
spirituelle, de la vie sociale et constituent un des éléments forts de patriotisme local. Les

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noms deviennent indifféremment lombards ou romains ; les mariages mixtes sont autorisés ;
les Lombards prennent peu à peu la langue et les coutumes vestimentaires romaines : c’est
la fin du dualisme ethnique entre Barbares et Romains.

L’Italie du VIIIème siècle est devenu une société médiévale. L’économie agricole repose sur
la grande propriété terrienne, en voie de développement, aux mains de l’aristocratie et des
monastères ou des églises épiscopales.
Socialement, les grandes familles aristocratiques dominent, solidement implantées sur des
bases régionales ou municipales. Ces familles fournissent les évêques du royaume. La
royauté lombarde s’affirme de plus en plus ouvertement catholique. En 713, le roi Liutprand
se proclame « roi chrétien des Lombards ».
Les Francs sont la principale force militaire de l’époque et constitue une menace pour le
royaume lombard. Le roi lombard Liutprand les aide à repousser les arabes de France.
L’ambition lombarde est de réduire la présence byzantine et pontificale en Italie. Le royaume
lombard est coupé par une étroite bande de terre de Rome à Ravenne, ce qui est une
aberration géographique à laquelle les rois lombards veulent remédier. Or au même
moment, la papauté établit de nouvelles relations avec la dynastie carolingienne en France.
En 752, Aïstolf intègre les duchés du Bénévent et de Spolète au royaume lombard, s’empare
de Ravenne et menace Rome. Le pape Etienne II fait alors appel aux Francs. Pépin III
envahit le pays en 755 et remet l’exarchat de Ravenne reconquis au pape avant de retourner
en France. Cependant, le roi lombard, Desiderius ou Didier (757-774) menace de nouveau
Rome en 772, le roi de France Charlemagne répond à l’appel du pape Adrien 1 er, puis
entreprend de conquérir l’Italie. Il confirme la remise de l’exarchat de Ravenne à la papauté,
y ajoute les concessions de Tuscie et les duchés de Spolète et de Bénévent. Charlemagne
s’octroie la couronne lombarde, instaurant ainsi le royaume carolingien. Politiquement, le
siècle de domination franque en Italie eu Nord et Italie centrale est important pour deux
raisons : la recréation d’un Empire occidental sous la forme du Saint-Empire romain et la
consolidation des Etats pontificaux. L’Empire romain d’Occident est reconstitué en 800 le
Jour de Noël lorsque le pape Léon III confère solennellement à Charlemagne le titre
d’empereur. on peut alors considérer l’Empire comme l’union de l’Europe occidentale
chrétienne : l’empereur détenant le pouvoir politique et le pape le pouvoir spirituel. Cet
empire durera presque 1.000 ans et liera les destinées italiennes à l’Europe du Nord.

La présence franque en Italie n’est pas suivie d’effets. l’Italie ne représente qu’une terre
d’importance secondaire qu’ils ne cherchent pas à gouverner très strictement. Charlemagne
n’y est venu que quatre fois, ce qui est beaucoup par rapport à ses successeurs. Le
royaume lombard est devenu une région de l’Empire francs qui y a étendu ses institutions.
Vers 814, des comtes francs administrent la plupart des anciens duchés lombards. Les
politiques et les cours locales ne changent pas beaucoup, pas plus que les structures
sociales et les règles dirigeant la vie politique. Ceci s’explique par la ressemblance existant
entre les règles lombardes et franques. La politique carolingienne comme la politique
lombarde repose d’abord et avant tout sur la terre.
L’histoire politique des 70 premières années de l’Italie carolingienne n’est pas très riche. En
781, Charlemagne y fait couronner son fils de quatre ans, Pépin, roi d’Italie. a la mort de
Pépin, c’est son cousin Adalard de Corbie qui est le tuteur de son plus jeune fils Bernard de
812 à 817.
En 814, Louis le Pieux, dernier fils survivant de Charlemagne, devient empereur. A la division
de l’Empire, c’est son fils cadet Lothaire qui hérite de l’Italie. Bernard se trouve dépossédé et
se révolte. Il est fait prisonnier et meurt. Lothaire (817-855) ne s’occupe jamais vraiment de
l’Italie. il s’en sert surtout comme base politique et militaire pour ses raids septentrionaux. En
834, la rupture avec Louis le Pieux amène en Italie de nombreux fidèles de Lothaire
auxquels il faut trouver des domaines et des charges. Il confisque alors des biens
ecclésiastiques pour les distribuer comme fiefs.
Le seul empereur qui s’intéresse à l’Italie est Louis II. En 844, il est envoyé en Italie par
Lothaire et en 850 alors qu’il est devenu empereur. Il commence à régner et ne quitte plus

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l’Italie. il ne manifeste pas d’intérêt pour les affaires de l’Europe du Nord. Louis II a le soutien
de l’aristocratie et a de l’autorité. Louis II reconstruit ponts et palais (décennies de
négligences des Carolingiens) et établit un contrôle politique plus stricte. Il ne distribue pas
beaucoup de terres à l’aristocratie mais fait des donations à de grands monastères. Il tient
son aristocratie en lui faisant faire la guerre : en 846 et 848 contre les Arabes, en 848 il met
fin à la guerre entre Bénévent et Salerne, en 866, contre les arabes qu’il expulse de Bari où
ils sont installées depuis 847. Il tente d’étendre son pouvoir par la même occasion en Italie.
Mais sa présence persistante dans le sud entraîne une coalition qui en 871 le fait prisonnier
à Bénévent. Lorsqu’il est libéré, il est à nouveau couronné empereur mais ne retrouvera
jamais son autorité, son prestige est ruiné pas cet emprisonnement. Les dernières années
de son règne son apocalyptiques : en 871, le vin boue dans les tonneaux, en 872
inondations et pestes déferlent sur l’Italie. il meurt sans héritiers. Ses deux oncles de France
et d’Allemagne ont des droits égaux sur le royaume

S’ensuivent des années de chaos et de confusion, l’aristocratie s’engageant pour
l’Allemagne ou la France et les querelles n’en finissent pas pour le titre de roi d’Italie et celui
d’empereur qui y est associé.
Durant les guerres incessantes, il y a au Nord la menace hongroise et au sud la menace
arabe. Un semblant d’ordre et de contrôle centralisé est restauré dans le royaume d’Italie
avec la lignée des empereurs germaniques dont les trois Othon :
- Othon 1er (962-973)
- Othon II (973-983)
- Othon III (983-1002)
- Et Henri II (1004-1024)
Qui repoussent les Hongrois à Lechfeld en 955 et établissent le contrôle impérial sur la
papauté avec Jena XII (955-964).
La papauté à cette époque ne jouissait plus d’un très grand prestige moral. C’est devenu une
position aristocratique héréditaire, tenue par la noblesse romaine. Sa crédibilité spirituelle et
religieuse est fortement entamée par les frasques des différents pontifes.
Les transformations que connaît l’Italie au IXè et Xème siècles sont considérables. On
assiste à l’effacement progressif du pouvoir impérial et à la montée puissance des élites
urbaines et des pouvoirs communaux. La faillite progressive de l’Etat s’explique en partie par
les racines germaniques du pouvoir des souverains trop peu italiens. Les Othons avaient la
possibilité de renverser évêques ou papes mais ont peu d’autorité sur les nobles, les villages
et les villes. Au XIème siècle l’histoire de l’Italie devient pour plusieurs siècles l’histoire de
communes, de villes et de régions.
Il ne faut pas oublier que l’immense majorité de la population italienne est rurale, paysanne.
Les évènements internationaux ou politiques n’ont pour eux aucune importance, sauf en
prériode de guerre, de troubles où le poids de la fiscalité est lourde ! la vie dans les
campagnes reste précaire et primitive. La majorité de l’Italie est couverte de forêts et de
marécages. Malgré les grands mouvements de défrichement et d’assèchement du VIIIème
au XIème siècles, il n’y a pas de grands changements techniques. Seul le moulin à eau est
introduit dans presque chaque ville vers 1100.
Pour les paysans qui formaient la majorité de la population, les Lombards, les Goths ou les
Francs représentent des notions extrêmement éloignées de leur vie quotidienne.

Des villes aux Communes

L’Italie des cités puis des Communes marqueront l’histoire de l’Italie et sa culture jusqu’à nos
jours. La population des villes est composée de marchands et d’artisans qui côtoient les
pauvres, déracinés, dépendants de l’Eglise. le commerce du moyen Age est pour la plus
grande part celui de viens de luxe importés et exportés à échelle internationale. C’est au
XIIème et au XIIIème siècles que des forces sociales et politiques se mettent en mouvement,
transformant radicalement le caractère des villes italiennes.

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L’évolution politique de l’Italie dépend en partie de l’évolution économique rapide des XIème
et XIIème siècles. l’Italie du Nord et du Centre sera économiquement plus évoluée et plus
proche de l’Italie de la Renaissance. La population augmente, elle a doublé entre le Xème et
le XIVème siècle. Il y a par ailleurs un mouvement massif de la population de la campagne
vers la ville.
Des régions inondables et insalubres sont rendus cultivables grâce à des systèmes
d’irrigation et de canalisation. Dans les régions plus vallonnées, on déboise et on construit
en terrasses.
Avec l’augmentation de la population, la terre devient plus chère ; elle double autour de
Milan. Les cités acquièrent une importance politique croissante et des petits bourgs
deviennent des villes.
Le commerce lui aussi évolue. Il concernait surtout des échanges intérieurs de grain, sel,
huile, vin ou de tissus de peu de valeur et de l’artisanat local. Il devient international, de
denrées de luxe, avec des systèmes bancaires et des techniques de crédit. L’Italie connaît
alors une expansion à double flux : local et international.
L’élite traditionnelle des villes : évêques et agents de l’Etat, comtes, princes, est petit à petit
remplacé par de nouveaux grands propriétaires fonciers ; une élite marchande et « libérale »
(juges, notaires) et de rares artisans. S’y ajoutent l’empereur, son entourage et les
ecclésiastiques du Haut Clergé. La division entre clergé et laïcs est de plus en plus floue, le
clergé étant recruté dans la noblesse et menant une vie assez peu « religieuse ».
Au XIème siècle, les Vikings, ou Normands, s’installent en Italie du Sud. Ils assimilent
rapidement les coutumes locales. Grâce à leurs qualités de guerriers, ils s’emparent de
territoires environnants. Des migrants plus nombreux s’installent dans le Sud dont Tancrède
de Hauteville qui avec ses 12 fils fonde un Etat Normand. Un de ses fils s’empare de
Calabre. Son plus jeune fils Roger commence la conquête de la Sicile qui s’achèvera avec
son petit-fils qui sera couronné roi, sous le nom de Roger II en 1130 à Palerme. Les
Normands se révèlent capables et bien que peu nombreux, administrent harmonieusement
et efficacement leur territoire. Ils savent tirer le meilleur et utiliser les points forts des
différentes populations vivant sur leur territoire : Italiens, Sarrasins, Grecs et Français. Ils leur
permettent également de garder leur identité et la mettent à profit : la flotte normande est
composée de Grecs et le système fiscal découle du modèle arabe. Roger II règne pendant
24 ans et conquiert Malte et des territoires libyens. L’architecture normande intègre des
influences normandes, byzantines, arabes et romaines (cathédrale de Monreale à Palerme).
En 1189, le roi Guillaume II meurt sans successeur mâle. C’est la fin du règne normand !
C’est l’empereur germain Henri VI qui reprend le royaume normand.

Reprenons les communes populaires. Les organisations du peuple sont assez complexes.
La première est la « vicinia », organisation de quartier qui rassemblait les milices de quartier.
Le « popolo », organisation complète comprenant ses propres milices, ses anciens ou
prieurs, et un capitaine du peuple dont le pouvoir varie considérablement d’une ville à l’autre.
Le popolo ainsi organisé ne tarde pas à entrer en conflit ouvert avec la noblesse. Mais les
communes populaires, dépourvues de représentativité politique, incapables de faire face aux
divisions internes se tournent vers les formes de gouvernement qui précèdent la
Renaissance : les oligarchies et «signorie ». Bien qu’agitée et complexe, cette période des
communes a vu des programmes architecturaux comme le palais du Bargello et le Palazzo
Vecchio de Florence, le palais des Prieurs de Volterra, le Palazzo Pubblico de Sienne, le
palais de Todi…Le palais public devait exalter le prestige de la commune. De même la place
principale de la ville (ou Campo) à usage public et politique était une source d’orgueil pour la
cité. L’architecture religieuse fait également l’objet d’une surenchère des villes entre elles.
Des problèmes internationaux Empereur/Papauté divisent les populations, surtout la
noblesse, en deux camps : les Guelfes défenseurs du pape, les Gibelins défenseurs de
l’Empire.
Les villes deviennent guelfes ou gibelins au gré des retournements de situation, cherchant
avant tout à préserver leurs intérêts propres.

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Le dernier pape médiéval, Boniface VIII (1294-1303) intervient et défend les Gibelins. Il exile
le poète Dante qui appartient aux Guelfes. Il se fait clairement signifier par la commune de
Florence qu’il n’a pas à intervenir dans les affaires intérieures de la cité. Il est vivement
attaqué par la puissante famille gibeline des Colonna et est considéré comme hérétique par
els moines franciscains. Le roi de France, Philipe IV le bel profite de la faiblesse de Boniface
pour dépêcher sont représentant Guillaume de Nogaret, qui rassemble les ennemis du pape
et le fait arrêter en 1303 à Agnani. La même année, un pape français, clément V, est élu et
transport le siège de la papauté à Avignon où elle demeurera pendant 70 ans. Cet épisode
marque, pour la papauté comme pour l’histoire des communes, le passage à une nouvelle
époque de l’histoire italienne, celle qui annonce la Renaissance.

La Renaissance italienne

La Renaissance est considérée au même titre que l’Antiquité classique comme une des
périodes phares de l’histoire italienne. La contribution de la Péninsule à l’histoire des arts,
des lettres, plus que sa contribution politique, apparaît décisive dans l’histoire de l’Occident.
Au début du XIVème siècle, l’Italie est un pays divisé. Le Nord est sous la domination de
l’Empire, le Centre est contrôlé par la papauté, elle-même sous la domination française, le
Sud est aux Angevins, la Sicile gouvernée par les Aragons d’Espagne. Mais la domination
impériale demeure assez théorique, tant le pouvoir des villes s’est affermi. Exemple
frappant : l’échec de Henri VIII, comte de Luxembourg devenu Empereur, face à florence et à
ses alliés en 1313.
Au XIVème et début XVème le pouvoir est passé aux « popolo ». Puis selon les villes et les
régions, le pouvoir est de nouveau passé à l’aristocratie, mais une aristocratie renouvelée,
revivifiée, c’est à dire la partie la plus fortunée du popolo. Toutefois, certaines villes
échappent à ce phénomène général : Venise, Florence, Sienne, Lucques qui sont dirigées
par des oligarchies municipales. Il faut ajouter Gênes, Pérouse et Bologne qui oscillent entre
République et Seigneurie, et ne succombent pas vers la fin du XVème siècle.
Dans tous les cas, et quelles que soient les modalités politiques, l’Italie de la Renaissance se
constitue en principautés qui annoncent l’Etat moderne.
La crise du XIVème siècle a transformé l’Italie : guerres, famines et épidémies ont appauvri
modérément les classes possédantes, considérablement les villes et bien entendu les
pauvres qui ont vu leur situation peu enviable empirer. Cet appauvrissement général
contribue à diminuer les ressources communales et les banqueroutes ne se comptent plus,
aggravées dans le Latium par le transfert de la papauté à Avignon, privant ainsi les
banquiers locaux de leurs meilleurs clients, les souverains pontifes et leur cour. A cela
s’ajoute l’affrontement de deux systèmes de valeurs : valeurs populaires fortes contre les
intérêts économiques des principaux dirigeants du « popolo » qui tendent à se confondre
avec ceux de la noblesse… d’ailleurs, lorsqu’en 1322 la noblesse reprend le pouvoir sans
violence avec l'impression que c’est la pression idéologique de la noblesse sur les familles
populaires les plus aisées qui a permis cela.
A cette crise des valeurs, s’ajoute une remise en cause de la domination des villes et des
familles nobles sur le cantado (extension du pouvoir communal dans le plat pays) qui se
traduit par des difficultés à maintenir le contrôle politique autour des villes. Enfin, il y avait
également des problèmes graves de dettes qui accablaient les finances communales : les
dépenses militaires des guerres incessantes. Cette guerre devenue moderne nécessitant
des hommes, du matériel de plus en plus sophistiqués et de plus en plus coûteux. C’est
donc dans ce contexte que les familles aristocratiques repartent à l’assaut du pouvoir
communal.
Lorsqu’on parle d’aristocratie ou noblesse, à la fin du XIIIème siècle, cette notion recouvre
plusieurs couches sociales différentes mais alliées :
- L’aristocratie communale, issue de l’aristocratie consulaire (magistrats) du siècle
précédent, tel à Péronne la famille Baglioni.

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- Les seigneurs féodaux résidant en ville une grande partie de l’année. peu d’entre eux
s’identifie à la noblesse et ils s’opposent même à l’aristocratie consulaire faisant dans un
premier temps cause commune avec le popolo.
- Les familles du « popolo grasso», les grandes familles dirigeantes du popolo qui
s’identifie par leur richesse, leur style de vie, parfois leurs choix politique, par la
magnificence des mariages, des tournois et divertissements, aux familles de
l’aristocratie. les familles du popolo grasso s’appuient généralement sur leur clientèle
pour discuter le monopole du pouvoir des grandes familles nobles. On y trouve des
familles de notaires ou des juges. Ces élites, après s’être opposées, tendent à se
rapprocher, à s’unifier. d’abord par une forte concentration de la richesse entre quelques
mains, ensuite par des stratégies matrimoniales complexes rapprochant les familles
nobles des familles du popolo grasso.

Les grandes républiques oligarchiques

Venise, Florence, Lucques, sienne, Gênes, Pérouse ou Bologne établissent des principautés
territoriales, embryons d’Etats modernes. Dans les cas de Venise et de Gênes, ports de mer
et de commerce international, la prospérité atténue les revendications populaires. De plus,
tout « désordre » est contrôlé et réprimé en particulier à Venise où une police puissante et
particulièrement bien organisée est mise ne place. De ces cités, l’ascension sociale est plus
aisée qu’ailleurs. La crise politique et économique des XIVème et XVème siècles est donc
moins violente et un noyau de « démocratie » subsiste. Le gouvernement de ces villes est
tenu par une fraction minime de la population. Malgré le maintien d’une façade communale
ou républicaine, il est claire que les accords, les manipulations les lois, les ententes sont
monnaie courante. Les élites « tournent » et les fonctions officielles sont prévues pour
quelques mois afin d’éviter toute personnalisation du pouvoir. En réalité, les listes des
personnalités « éligibles » sont très restreintes e ce n’est pas par hasard que des familles
émergent pour s’inscrire dans la postérité. Au fond, le fonctionnement des cités oligarchiques
ressemble beaucoup à des « signorie ». La Renaissance est marquée par une extrême
concentration des richesses aux mains de l’aristocratie dirigeante, condition de
l’extraordinaire développement artistique de cette époque.

Ay XIVème siècle, l’Italie est dominée par cinq principaux Etats (entre 800.000 et 2 millions
d’habitants) qui sont :
- La République de Florence
- La République de Venise
- Le duché de Milan
- Les Etats pontificaux
- Le royaume de Naples.

En 1455, création de la Ligue italienne, peu avant l’invasion de l’Italie par Charles VIII en
1494, les villes les plus petites comme Lucques Gênes, Sienne, Mantoue ou Ferrare, malgré
un développement artistique autonome restent politiquement dans l’orbite des grands Etats.
Il est difficile de parler de l’Italie dans son ensemble tant les Etats régionaux sont
spécifiques. Après les guerres civiles, c’est l’invasion étrangère qui fait le destin italien.

Florence

Dés le Moyen age, Florence est devenue ville puis Etat très puissant. Dés le XIème siècle,
les Florentins développe un secteur artisanal puis industriel qui répond à une demande
internationale (étoffe, laine lavée dans les eaux de l’Arno puis rapidement expédié par
bateau depuis Pise). Ils développent des échanges commerciaux (Foires), un secteur
bancaire et financier international (les Peruzzi, les Frescobaldi, les Bardi jusqu’à mi-XIVème
siècle). La monnaie florentine, le florin, s’impose très vite comme une devise internationale.

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La récession économique du XIVème siècle touche Florence de plein fouet. La concentration
des richesses aux mains de l’oligarchie dirigeante permet de faire réaliser à Florence les
plus belles œuvres de la Renaissance. L’élite florentine se compose de plusieurs familles
illustres dont les Pazzi, les Pitti, les Strozzi et les Capponi. Mais l’histoire de Florence du
XVème siècle reste attachée à l’histoire des Médicis (Côme 14324-1464, Pierre 1464-1469
puis Laurent 1469-1492). La liberté de se gouverner soi-même est une valeur forte, dû au
commerce florissant et aux esprits humanistes et de la Renaissance artistique. L’ascension
des Médicis ne s’est pas faite comme les autres gouvernants par la conquête du pouvoir par
l’épée, mais par leur fortune, leur habileté à manipuler, manœuvrer et une certaine
démagogie. Ainsi en pleine crise de 1378, une réforme démocratique des institutions de la
commune assurent au clan Médicis une sympathie précieuse auprès du petit peuple, ainsi
que dans la bourgeoisie évincée du pouvoir. En fait comme dans beaucoup d’autre villes
d’Italie, l’accession au pouvoir permet à sa famille de protéger une fortune en rapide
expansion. Jean de Médicis de 1360 à 1429 accroît considérablement les avoirs familiaux et
c’est un commerçant avisé. Il dirige une compagnie avec deux filiales en 1408 (Venise et
Rome) qui passent à huit à son apogée : Naples, Pise, Milan, Genève, Lyon, Avignon,
Bruges et Londres. En plus, des ateliers de tissage de la laine et de la soie, se développe
une activité bancaire en consentant d’énormes prêts aux souverains et au pape (dont Jean
XXII). A la fin de sa vie, 90% de son chiffre d’affaire provenait des activités bancaires et 10%
du commerce. Quant aux filiales, elles ont pris une importance supérieure à celle de la
maison mère florentine. Aussi, quand les Florentins cherchent à se débarrasser des
« oligarques » en place (les Albizzi plus précisément), ils se tournent naturellement vers les
Médicis, et en 1434 Côme de Médicis fait une entrée triomphale dans la ville. Côme, dit
l’Ancien, dirige pendant trente ans la cité et jouit d’une popularité qui ne s’est jamais
démentie. Il est traité partout en prince d’une riche cité, et répète partout qu’il n’en est que le
1er citoyen ! Il manipule discrètement les organismes publics comme « l’Otto di Guardia »,
police secrète toute à son service et s’affirme être le meilleur défenseur des institutions
républicaines. Homme politique éminent, il se présente comme un simple marchand. Il
soutient les artistes, offre une villa à Marsile Ficin pour pouvoir discuter tranquillement de
philosophie, se constitue une magnifique bibliothèque, fait construire le couvent de San
Lorenzo décoré par Donatello et construite par Brunelleschi à qui il commande les tombeaux
pour ses parents dans la vieille sacristie. Malgré cette activité de Mécène, il vit très
simplement. Il ne réside que dix ans dans le magnifique palais Médicis commencé en 1444
qui sert de modèle aux palais Pitti et Strozzi. Surtout, il donne aux Florentins des motifs de
fierté en politique étrangère :
- En 1440 à Anghiari, il défait la coalition milano-napolitaine qui menaçait l’Italie centrale
- En 1439-1440, il accueille le concile oeucuménique qui rapproche temporairement les
chrétiens grecs et latins
- En 1454, il intervient de manière définitive dans la signature du traité de Lodi qui assure
un temps la paix en Italie.

L’immense prestige de Côme de Médicis rejaillit sur Florence tout entière. A cette même
période, l’industrie de la soie relaye celle de la laine et les marchands florentins s’installent
en Espagne, au Portugal, en Syrie, en Turquie.
La ville s’agrandi. elle passe de 80 hectares à 630 hectares pour une population de 50.000 à
90.000 habitants.
Au « quattrocento » (années 1400) l’architecture privée devient prédominante. Les grandes
familles se font construire une centaine de palais. La décoration et la sculpture sont
privilégiées. Fra Angelico peint les fresques du couvent de San Marco, Donatello annonce
une nouvelle sensibilité plastique avec son David, Ghiberti sculpte les portes en bronze du
baptistère… Du coup les artistes changent de statut ; ils sont protégés et recherchés par des
mécènes de plus en plus puissants et deviennent les enjeux de la lutte politique. Les
Médicis multiplie les commandes, tout comme leurs alliés. Mais les familles rivales, les
Strozzi et les Pitti relèvent le défi. La considération accordée aux artistes s’étend aussi aux
philosophes et écrivains comme Boccace, Pétrarque ; les sculpteurs, peintres, graveurs,

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conscients du rôle qui est le leur dans la cité, signent désormais leurs œuvres (ce qui ne se
faisait pas chez leurs prédécesseurs médiévaux) et deviennent exigeants quant à leurs
prestations. Michel-Ange réserve son enseignement aux nobles, Donatello refuse de se
découvrir devant l’évêque de Padoue prétextant qu’ils étaient chacun 1 er dans leur domaine
respectif. Extraordinaire époque que ce « quattrocento ». Les artistes d’alors se considèrent
novateurs et pour désigner leur temps, choisissent le terme de « Rinascita »
(=Renaissance). C’est la première fois qu’une période artistique est baptisée dés ses 1ères
manifestations et a une connotation positive : Renaissance ! c’est plein d’espoir ! et puis
aussi l’Homme se démarque du divin pour prendre sa propre mesure. A ses inquiétudes
métaphysiques , il cherche une réponse non pas religieuse mais à l’aide des maîtres
antiques, Platon et Aristote. Les progrès scientifiques ont servi. L’optique livre les secrets de
la perspective et de la ligue de fuite la connaissance du corps humain (Vinci, Donatello,
Michel-ange). Profitant de la manuficence3 des classes dirigeantes, les artistes multiplient
leur production, travaillant de plus en plus en ateliers sous la férule du maître.
Laurent le Magnifique (1469-1492) hérite à la fois du pouvoir politique, d’une fortune
considérable et de la dynamique artistique et intellectuelle qui fait de Florence un phare
européen. Il compose des poèmes appréciés, a de l’assurance, celle que donne l’éducation
d’un honnête homme, a beaucoup de charme. En épousant Clarisse Orsini, il existe dans le
clan des vieilles familles aristocratiques. Les souverains le traite en égal, l’honorant de son
amitié. Son second fils est élu pape Léon X en 1513. Son cousin Jules lui succède et devient
Clément VII. plus que ses prédécesseurs, Laurent mène une vie fastueuse et incarne
véritablement le "Prince" de Machiavel. Il est passionné d’architecture et de peinture. Dans
sa villa de Spedaletto près d’Arezzo, il commande des fresques aux plus grands : Botticelli,
Filippo Lippi, le Pérugin, Verrochio… Laurent complète la collection d’objets précieux de son
père de quelques objets extraordinaires.
Or, la chute de Constantinople en 1453 déstabilise les courants commerciaux et réduit les
bénéfices. La crise européenne des années 1480 n’épargne pas la ville et Laurent le
Magnifique, médiocre en affaires, laisse péricliter certaines de ses filiales et deux ans après
sa mort, la puissante Maison Médicis, symbole de la prospérité familiale, fait faillite.
Son fils Pierre lui succède en 1492, est chassé de Florence en 1494 et se retrouve ruiné.
Le dominicain Savonarole prononce pendant quatre ans des sermons enflammés, exhortant
les artistes à renier leurs œuvres profanes. En 1498, le pape ordonne de le brûler et
Florence se donne alors une république aristocratique dont l’un des secrétaires se nomme
Nicolas Machiavel, mais lorsque le gouvernement francophile est renversé en 1527 par les
adversaires de Louis XII, Jean de Médicis reprend le contrôle de la ville. Puis Charles Quint
s’empare de Florence et les Florentins renversent de nouveau les Médicis pour se donner
une république. En 1530, l’Empereur et le pape se réconcilient, prennent la ville et Alexandre
arrière petit-fils de Laurent de Médicis devient duc de Florence.
Florence n’est plus alors la capitale des Arts : Michel-Ange est à Rome, Léonard de Vinci à
Milan et Raphaël parcourt l’Italie.
En 1560, le duc Côme II fait construire le palais des Offices qui relie l’ancien centre civique et
le palais des Médicis comprenant les bureaux (Uffizi). Ses successeurs y installeront leurs
œuvres d’art, et c’est la galerie que nous pouvons voir aujourd’hui..

Venise

Tant qu’une grande puissance, Byzance puis le Saint-Empire romain germanique, lui garantit
sa sécurité et lui accorde des privilèges ou des quartiers francs, Venise reste fidèle à sa
politique maritime et sa thalassocratie qui lui assurent la richesse plus que le pouvoir.
Venise doit lutter très durement contre Vérone, Florence, Naples et les angevins dans la 1ère
moitié du XIVème siècle et ce avec succès. Par contre lele a connu des déboires contre les

3
Munificence : qui fait des cadeaux, grandeur dans la générosité, la largesse.

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Magyars, les Padouans, les Habsbourg et sa grande rivale marchande Gênes dans la 2ème
moitié du XIVème siècle.
Elle combat la puissante Milan où règne Filippo Maria Visconti (1412-1447) pendant près de
30 ans. A la mort de Visconti, un condottiere, Francesco Sforza, le remplace.
Mais l’empire Ottoman ébranlé par les poussées Mongoles, redevient menaçant, et au
XVème siècle, la République de Venise agit seule. Quand le duc de Ferrare décide d’établir
des salines pour contrer le monopole vénitien du sel, en 1482 toute l’Italie se coalise pour le
soutenir. Venise sort vainqueur en 1484 et par la paix de Bagnole elle reprend la Polésine
(de Rovigo à Venise), s’installe sur les côtes du royaume de Naples, prend Bari aux
Aragonais et achève la conquête du Frioul.
Au début du XVIème siècle, elle est l’une des principales puissances européennes. Ses
possessions outre-mer peu nombreuses sont solides et elle contrôle un ensemble
continental étendu. Elle se trouve devant Milan et Florence en 1432 par ses revenus annuels
et à égalité avec les grands Etats de Bourgogne, l’Angleterre, la France. La cité, sans
arrière-pays, importait des denrées alimentaires (céréales, viande, huile, vin). Les produits
indispensables font l’objet d’un monopole extrêmement rigoureux de l’Etat. l’Etat se
comporte comme une gigantesque compagnie de navigation : il affrète tous les ans sous
l’autorité du Sénat 15 à 20 vaisseaux de 300 à 500 tonneaux, jamais isolés, naviguant
groupés par deux ou quatre. Ces navires vont en Egypte et vers l’Afrique du Nord et de plus
en plus vers le sports d’Angleterre et les Flamands dont Bruges. Peu à peu, la marine se
perfectionne, la boussole apparaît. Des marchandises rares arrivent qui enrichissent la ville :
épices (poivre) la soie, le coton, le sucre, l :es métaux exploités en Saxe et au Thuringe.
A côté des ses gris vaisseaux circulent plus de 3.000 navires plus petits et 45 galères, une
flottille de péniches et barques qui font la navette des plus gros bateaux au port. Le port de
Venise prend une importance considérable, du bassin de San Marco au Rialto. La mer fait
vivre 36.000 marins, ceux de l’Etat et ceux des compagnies privées. Parallèlement aux
marins, les ouvriers de constructions navales de l’Arsenal son environ 160… (3.00
charpentiers, 3.000 calfats) répartis en 16 corporations. Leur nombre, leur science et leur
habilité permet de construire une galerie en une journée. L’Arsenal est de loin la plus grande
concentration laborieuse de toute l’Europe pré-industrielle.
D’autres industries s’y développe : les textiles qui occupent 16.000 ouvriers travaillant la soie
d’Egypte et de Chine, le coton de Syrie et la laine (lire « le marchand de Venise » de
Machiavel).
Au cours du siècle, les esprits changent : les bénéfices ne sont plus systématiquement
réinvestis dans le négoce : les marchands achètent des terres et se transforment en
propriétaires rentiers.
Toute cette intense activité commerciale a besoin de banques. Elles sont essentiellement
concentrées autour du Rialto, pratiquent des virements de comptes à grande échelles, des
crédits, le change, etc…

A côté des Vénitiens, vivent de nombreux autres groupes :
- Les Juifs, rassemblés dans le ghetto, qui devaient à certaines périodes, sur ordre du
pape, porter cousu sur leurs vêtements un « O » jaune.
- Des Allemands, des Albanais, de très nombreux Grecs, chassés par les Turcs, qui ont fait
connaître Platon.

Venise fait construire la bibliothèque « Marciana » et le cardinal Bessarion leur ligue 600
manuscrits rares.
A la tête de Venise, le doge, choisi non pas parmi les anciennes familles mais dans les
nouvelles…
Le « Quattrocento » est le siècle des arts et des voyages. Voyager est une tradition
vénitienne avec Marco Polo au XIIIème et XIV siècles le plus connu. Une Mappamondo est
mise au point (elle se trouve dans la bibliothèque de Saint-Marc). Saint-Marc constitue le
centre politique et religieux de la Sérénissime, le Rialto le centre des affaires. Le palais ducal

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commencé au XIVème siècle est de 1474 au début du XVIème siècle, le siège du doge de
la chancellerie et de quelques autres offices.
Toutefois, le quattrocento vénitien n’est pas un grand siècle d’architecture. En revanche la
peinture vénitienne s’impose avec l’arrivée en 1440 de nombreux Toscans : Donatello,
Filippo Lipi, Ghiberti, Michelozzo, Alberti, Ucello, les trois Bellini…
La vie intellectuelle de Venise reste un peu en retrait. Mais en 1495, Alde Manuce décide
d’éditer des œuvres grecques pour les vulgariser. Venise devient alors un pôle culturel de
tout 1er plan.
Venise est célèbre pour ses nombreuses fêtes et cérémonies qui animent la ville :
cérémonies religieuses, les joutes nautiques, les régates, les tournois, des chasses au
taureau et surtout le célèbre carnaval !
Le XVIème siècle et le dernier grand siècle de la République de Venise qui ensuite a vécu
sur ses acquis sans plus se développer. En 1798, le traité de Campofornio signe la fin de
l’indépendance vénitienne.

Rome à la Renaissance

L’histoire de Rome et des Etats pontificaux, de la fin du Moyen age au sac de la ville en 1527
est très troublée :
- La période avignonnaise de 1305 à 1376,
- Le grand schisme d’Occident de 1378 à 1414, et
- Le sac de Rome en 1527.

Les papes en Avignon

Le cardinal Gil Albornoz récupère Bologne alors aux mains des Visconti, orgnaise les bases
de l’Etat, établit en 1357 les constitutions qui divisent le territoire des Etats du pape en sept
provinces : Rome et ses environs – la Campagna – la Marittima – le patrimoine de saint-
Pierre en Tuscie – la Sabine – le duché de Spolète – la Marche d’Ancôme, chacune
contrôlée par un gouverneur. Le système reste en place pendant des siècles et est la base
des extensions successives des souverains pontifes.
Durant cette période de vacance au pouvoir, les Etats pontificaux explosent en une série de
seigneuries et cités-Etats dont Ferrare dominée par la famille d’Este ou Remini par les
Malatesta.
Quand Grégoire XI revient à Rome en 1377, une nouvelle crise éclate qui va déchirer la
chrétienté : le grand Schisme (1378-1389). En effet, le successeur de Grégoire XI, Urbain VI
s’oppose violemment aux cardinaux qui l’ont élu. Les cardinaux réagissent en élisant un
nouveau pape, clément VII, petit-cousin du roi de France, qui s’installe en Avignon. La
confusion s’accentue encore et pour essayer de trouver une solution satisfaisante, un
troisième pape est élu ! C’est Oddon Colonna, sous le nom de Martin V. Elu en 1414, Marin
V ne se rend pas à Rome avant 1417. Dans les Etats pontificaux d’alors régnaient l’anarchie,
la pauvreté, la violence et nombre de ville sont passées aux mains de capitaines ou de
mercenaires comme le terrible et fameux Braccio de Montone qui contrôlait Pérouse, Assise
et Iesi depuis 1410.

Les territoires de l’Eglise

Une bande de terre transversale dont la majorité se situe dans le centre de l’Italie, ainsi
qu’un terre napolitaine allant de Pontecorvo au Bénévent, le district d’Avignon et le comtat
Venaissin en Provence.
Le transfert de la papauté à Avignon et le grand schisme affaiblissent cette strucTure. Autour
de Rome, les grands féodaux se disputent le Latium : les Farnèse, les Salviati, les
Vipereschi, les comtes d’Arguillara.

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En Romagne, en Ombrie, dans la marche d’Ancôme ou à Bologne, le mouvement
seigneurial se développe.
En 1414, lorsque Martin V Colonna est élu pape, une de ses tâches prioritaires est de
reprendre le contrôle de ses possessions temporelles afin de mener à bien une politique de
chef d’Etat, politique qui impliquait de percevoir l’impôt ! il y réussit.
Martin V Colonna restaure l’urbanisme de Rome, tâche qui restera celle des papes durant
toute la Renaissance et au-delà. Rome est en fait une des seules grandes villes italiennes
qui acquiert sa forme définitive à la Renaissance.
La situation économique et sociale est très particulière : les membres de l’aristocratie
romaine, les Colonna, les Orsini, montrent peu d’intérêt à la ville et n’y font pas construire de
palais remarquables. Rome ne fabrique n’y n’exporte, mais vit essentiellement de
l’administration pontificale et des pèlerinages.

Sixte IV (Francesco Della Rovere 147 ,-1484) s’emploie à
- Faciliter les communications entre le Vatican et la ville,
- Développer et protéger le Bordo du Vatican
- Ouvrir vers le Nord de Rome des passages pour le flux des pèlerins.

Il reconstruit 40 églises et en fonde 7 nouvelles ; il offre des statues pour décorer la place,
construit le 1er pont moderne sur le Tibre (Ponte Sisto).
Les ambitions de Sixte IV ont été facilitées par le pouvoir reçu en 1480 lui permettant
d’exproprier les propriétés privées !

LE XVIème SIECLE

La Renaissance italienne a commencé au milieu du XVème siècle et se poursuivra jusqu’au
XVIIème siècle.

Le mouvement de la Renaissance italienne est essentiellement le fait d’une élite : classes
dirigeantes, cours princières, prélats, riches marchands…
La majorité de la population reste fort éloignée de ce mouvement culturel et artistique. On
sait que l’art de Giotto ou de Pisano est d’abord assez peu apprécié du petit peuple.
Toutefois, il arrive un jour où l foule des fidèles s’habitue et même admire les œuvres
religieuses des plus grands maîtres, sans aller beaucoup plus loin qu’une compréhension
des sujets. On sait également que les grands maîtres du « quattrocento »4 ont pensé traité
des sujets artistiques en fonction d’habitudes mentales ou matérielles qui étaient autant les
leurs que celles du peuple.

Mouvement des élites donc, destiné aux plaisirs des princes et à leur auto-proclamation,
mais aussi vers un public emprunt de religiosité susceptible d’émerveillement mais aussi de
compréhension. Une des questions essentielles est celle de l’origine du « Rinascimento ». la
Renaissance apparaît comme une sorte de miracle dans le désert du Moyen Age : d’un seul
coup on redécouvre les Antiques, les Anciens, la philosophie grecque et les auteurs romains.
Mais il faut savoir que la connaissance par les hommes du Moyen Age de la littérature latine
ne fait aucun doute. Mais ce qui change ce sont les conditions de la création artistique ou
scientifique qui changent en même temps que se transforme la perception du monde, qui de
plus en plus se mesure à l’Homme. La dignité de l’homme est exaltée et il faut bien concilier
cette volonté humaine redécouverte et la volonté divine. C’est de là que naît la réflexion de la
Renaissance, plus que du prétendu retour à l’Antiquité. l’Antiquité constituera un modèle de

4
. Quattrocento : = 400, c’est à dire années 1400 et suivantes = XVème siècle italien. Mouvement
littéraire et artistique de cette époque.

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référence pour ces humanistes qui étaient en rupture totale avec la barbarie qui les avait
précédés.
Matériellement, des transformations considérables ont secoué les hommes de la
Renaissance. L’élargissement du monde, les découvertes géographiques et scientifiques,
mais aussi le statut nouveau accordé à l’artiste. la fonction essentielle apportée à l’art dans
les stratégies politiques des princes, le pulullement des chapelles privées dans les églises,
le développement des bibliothèques, de l’imprimerie et des inventions… tout cela permet la
multiplication d’œuvres sublimes qui constituent encore le cœur de la culture italienne.

Les XVI et XVIIème siècles sont longtemps apparus comme une période de décadence
italienne qui ne s’achève qu’avec le « Risorgimento » et l’unité italienne.
Le sac de Rome en 1527 prend les proportions d’une catastrophe matérielle et morale. Les
fondements du quattrocento s’écroulent lorsque les troupes de l’empereur Charles Quint,
privées de leur chef, pénètrent dans « l’Urbs », massacrent et pillent durant plusieurs jours. Il
s’ensuit une période de relative stabilité politique, de développement artistique vigoureux et
de mise en place de nouvelles puissances.
De 1530 voire 1559 au Traité de Cateau-Cambrésis jusqu’à la paix d’Utrecht en 1713, l’Italie
a vécu l’heure de la domination espagnole. Le développement de l’Italie apparaît longtemps
rétrograde comparé aux Etats européens « modernes ». Pourtant, bien que dominés, les
modèles politiques italiens savent générer des formes propres et originales. Cette période
voit l’affrontement terrible des protestants et des catholiques, la mise en place de la Contre-
Réforme qui parquera considérablement l’Italie.

Le sac de Rome
Après quatre heures de combats intenses, les hordes de mercenaires à la solde de Charles
Quint réussissent à pénétrer par une brèche dans la muraille romaine un peu à l’est du
Vatican. Ces hordes privées de commandement , le Connétable de Bourbon, a été tué pue
de temps auparavant renforcées par les milices privées de la famille Colonna, pillent
systématiquement les églises et les couvents, incendient les palais, tuent, violent et torturent
sans discernement. Rome est saccagé et pendant dix mois l’Urbs est ville morte. Mais Rome
en fait ne subissait là ce que nombre de villes italiennes subissaient depuis le début des
expéditions françaises dans la péninsule. Le sac de Rome n’est donc remarquable ni par son
déroulement, ni par sa durée. Il est remarquable parce que Rome est frappée du même sort
commun à d’autres villes, elle, Rome qui se voyait différente ! C’est un mythe, la capitale
spirituelle de la chrétienté latine qui est atteint. Et le sac de Rome apparaît comme le
symbole, le paroxysme de toutes les calamités qui touchent l’Italie depuis les premiers
signes de faiblesse de la Ligue italique.

A l’arrière-plan politique de ce désastre, le combat opposant la France et l’empire pour le
contrôle de l’Italie. En 1519, à la mort de son grand-père, l’empereur Maximilien, Charles de
Habsbourg, soit Charles Quint, est élu empereur au Saint-Empire germanique. Il est déjà à
la tête de l’Espagne, des Pays-Bas et des terres des Habsbourg. Il se montre ambitieux et
décidé. De plus, Naples, la Sicile et la Sardaigne sont sous sa domination. Le duché de
Milan, possession française, lui aurait permis de relier stratégiquement les parties
allemandes et espagnoles de son empire. De 1512 à 1559, l’histoire italienne est marquée
par les guerres franco-impériales.

Après 1515, quatre partis sont en présence :

- Le Milanais, possession française après la victoire de Marignan. Les Français sont déjà
en Lombardie et à Gênes
- Les Espagnols ont la Sicile et Naples
- Les Impériaux ont la Vénétie et les Suisses
- Florence est totalement aux ordres de la papauté après l’élection de Léon X de Médicis
en 1513.

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En 1519, l’Espagne et l’Empire s’unissent sous le même souverain, Charles Quint.
En 1521, les Suisses se retirent de la scène et l’ensemble est totalement incontrôlable après
la défaite française à Pavie en 1525.
Le pape Clément VII et ses conseillers francophiles essayent de réunir les florentins, les
Vénitiens, le duché de Milan et le roi de France, ce qui déclenche le sac de Rome !
François 1er reprend les hostilités, reconquiert le Milanais et occupe une grande partie du
royaume de Naples. Là la flotte génoise jusque là au service de la France fait faux bond et
les Français doivent lever le siège et battre en retraite.
Le conflit s’apaise en 1529. L’empereur se réconcilie avec le pape et parvient à un accord
avec François 1er, laissant la Bourgogne au roi de France et la paix de Cambrai marque
l’hégémonie espagnole en Italie et vaut à l’Europe sept années de tranquillité. Charles Quint
se fait couronner par le pape à Bologne et fait élire son frère Ferdinand roi des Romains.
Mais la mort du duc de Milan, Francesco Sforza en 1535 ranime le conflit entre Charles
Quint et François 1er qui revendique le duché de Milan pour son fils Henri II. En 1536,
François 1er occupe la Savoie et le Nord du Piémont. Charles Quint décide brusquement de
donner le duché de Milan à son fils Philippe en 1540.
Durant les années suivantes dans toute l’Europe des guerres se déroulent contre les princes
protestants. Mais en 1547, François 1er et Henri VIII d’Angleterre meurent à quelque mois
d’intervalle. le nouveau roi de France Henri II conserve ses projets italiens. En 1552, l’affaire
de Sienne éclate : la ville chasse sa garnison espagnole et demande l’aide de la France. La
guerre dure trois ans. Les Espagnols ont l’avantage et s’installent dans les présides de
Piombino et Orbetello. La ville est dominée par les florentins. A peine ce foyer s’éteint, un
nouveau conflit éclate dans le royaume de Naples entre le Pape, la France et les Espagnols
qui a pour conséquence de ranimer la guerre dans le Nord de la France tenue en partie par
les Espagnols. En 1559, le traité de Cateau-Cambrésis consolide les possessions
espagnoles en Italie. La France renonce à Milan, la Corse, la Savoie et le Piémont mais
garde ses positions dans le Nord de la France. Des mariages stratégiques sont conclu :
Philippe II devait épouser Isabelle, fille d’Henri II et Emmanuel-Philibert de Piémont
Marguerite de France, la sœur de Henri II. Ainsi s’achève après 40 années terribles le duel
entre Habsbourg et Valois !

L’Italie de Charles Quint

A l’issue de ces guerres, l’Italie ressort dominée :
- Domination espagnole solidement établie, même si les familles régnantes restente
majoritairement italiennes.
- Milan est revenu aux Sforza, Gênes laissé au pouvoir des Doria, Ferrare et Modène à la
famille d’Este, Mantoue aux Gonzague, Florence aux Médicis
- Le pape contrôle toujours ses Etats
- Le Sud et Naples sont à l’Empereur
- Le grand-duché de Toscane avec Sienne est créé en 1569 et s’allie à l’empereur
- La Savoie est reprise par Emmanuel-Philibert qui crée un Etat fort, fondé sur le modèle
français de la monarchie absolue

Seuls le St-Siège et Venise mènent une politique indépendante de l’Espagne de Philippe II.
L’Italie est gouvernée par le Conseil d’Italie, créé par Charles Quint, et effectif sous Philippe
II, comprenant des conseillers espagnols et italiens. Aucune innovation : les institutions en
place sont maintenues, les charges administratives confiées à des italiens. En réalité, loin
d’être une domination étrangère imposée aux italiens contre leur volonté, le nouvel ordre
politique repose sur une alliance volontaire entre des membres d’importance diverse
jouissant d’un degré d’autonomie différent.

Venise reste un Etat extrêmement stable.

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Gênes est plus troublé et subit une pression populaire en 1575 qui oblige le Sénat à intégrer
dans la noblesse 300 nouveaux citoyens et à abolir la gabelle du sel. Les « nobili vecchi »
(anciens nobles) sont mécontents et quittent la ville. Orian Andrea Doria demande la
médiation des espagnols qui confient le gouvernement à deux Conseils (grand Conseil 400
membres et le Petit Conseil 100 membres) composés de sénateurs, procurateurs et
d’anciens doges. Cette constitution se maintient jusqu’à la Révolution française.
Rome. Le pape Sixte Quint organise en 1587 les congrégations romaines (assemblées de
cardinaux) : il confirme celles qui existaient et en crée 15 autres. Elles s’occupent du
gouvernement de l’Eglise et certaines du gouvernement pontifical, comme celle de l’
« Annone » qui veillait au ravitaillement de Rome, des Rues et des Ponts, de al Flotte, de la
Monnaie. Celle de « Sacra Consulta » en renforcement des problèmes de politique
extérieure du saint-Siège. Les congrégations de l’Inquisition (créé en 1542) , de l’Index
(1571), des Rites 1588 ont été des instruments efficaces de la Contre-Réforme.
En 1586, Sixte Quint fixe à 70 le nombre de cardinaux. Il combat le brigandage et son
successeur Clément VIII annexe Ferrare au 1598. L’Etat pontifical en ressort consolidé et a
même été qualifié d’ « absolutisme ».

Florence . Côme de Médicis conserve les apparences de l’ancienne république mais le
pouvoir est renforcé par la « pratica segreta », sorte de Conseil d’Etat et par le « magistrato
supremo » qui exerce l’exécutif. Côme se voit concéder le titre de Grand-Duc de Toscane.
Mais le plus intéressant de cette période est la reconstitution d’un puissant duché de Savoie
après le traité de Cateau-Cambrésis qui restitue à Emmanuel-Philibert la majeure partie de
ses Etats. Il récupère Turin en 1562 et Pignerol en 1576. Il reprend aux Suisses le Chablais
et le Genevois en 1567. Il gouverne en souverain absolu et ne convoque plus les Etats
Généraux à partir de 1560 en Piémont, de 1562 en Savoie et en 1569en Bresse. Seuls ceux
du Val d’Aoste restent en activité. Le français et l’italien remplace le latin dans les actes
officiels. Le duc de Savoie s’attache à assurer des ressources régulières au pays, à
développer sa puissance militaire et restaure l’économie. par décret, il abolit le servage. Son
fils Charles-emmanuel luis succède en 1580 et poursuit son oeuvre. Il s’empare en 1588 du
marquisat de Saluces jusque là détenu par les Français.

Vers le maniérisme
Paradoxalement, les années les plus troublées de la Renaissance sont également les plus
riches culturellement. Dans les années 1520, l’italien s’impose comme langue vulgaire et
unique grâce à Pietro Bembo (1470-1547) philologue et linguiste. Il rencontre une très forte
opposition de la part d’Erasme et de divers auteurs vénitiens ou pérugins écrivant en
dialectes locaux. Si l’Italie est finalement devenue monolingue plutôt que bilingue, c’est dû
en grande partie à l’adoption par tous les principaux auteurs de la Renaissance de la
« langue vulgaire ».
L’art du XVIème siècle a sa pleine maturité de révolution esthétique initiée par Brunelleschi,
Masaccio ou Donatello à Florence dans les années 1420-1440. Après le sac de Rome,
Michel-Ange continue à travailler à florence où il achève les tombeaux de la famille des
Médicis. Il dessine les projets de la salle de lecture et de l’escalier monumental de la
bibliothèque laurentine et renforce les fortifications de la ville. En 1534, il repart pour Rome,
protestant ainsi contre le nouveau gouvernement florentin.
A la même époque à Venise, Tiziano Vecellio, dit le Titien (1490-1576), perfectionne la
technique de la peinture à l’huile importée des Flandres. Il s’intéresse à la gravure sur cuivre,
technique récemment mise au point, pour diffuser ses œuvres dans toute l’Italie.
Avec la progressive remise en ordre politique, après 1530, les princes comptent parmi les
plus importants clients des artistes et lettrés, pour légitimer avec le « quattrocento » voir
l’Antiquité pour asseoir une autorité de l’Alliance qui après 1559 devient maître de l’Italie.
ainsi les sculpteurs décorent les portes, places, fontaines et les palais des emblèmes
princiers : boules médicéennes, lys Farnèse, lion de Saint-Marc, chêne des Della Roverse…

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La manifestation du pouvoir passe également par la grandeur et la magnificence des palais
qui allaient en s’accentuant. Côme de Médicis fait construire par Vasari la galerie des
Offices. A Parme, Ottavio Farnèse s’installe de l’autre côté du fleuve, au fond d’un parc, loin
des bruits de la ville.
La beauté de la ville manifeste également la puissance du maître. A Naples, le vice-roi Pedro
de Tolède ordonne la destruction des baraquements et étals qui encombrent les rues et
charge l’architecte Maglio de mener à bien des projets prévus par ses prédécesseurs. A
Rome, Paul III Farnèse fait percer une rue reliant le palais familial à la place Navone. C’est
pendant cette période que voit jour le maniérisme inspiré de la Renaissance (1450-1580).
Les principes enseignés par les Maîtres (Raphaël, Sangallo le jeune, Michel-ange…) sont
des hypothèses susceptibles d’être dépassés. Les figures sont parfois déformées et pliées
(le Pordenone) , on peut voir 3 scènes en 1, distorsion des sujets (Volterra) jambes
raccourcies (Pontormo), formes longilignes à la Madone et à Jésus (le Parmesan)…
A cette époque du maniérisme, quelques grands projets urbanistiques ont vu le jour,
particulièrement onéreux et de longue haleine qui lient étroitement architecture et urbanisme,
tels Jacopo Sansovino à Venise, Giovanni Battista del Tasso à Florence. A Rome sur la place
du capitole, seule la façade du Palazzo Nuovo est achevée par Michel-Ange. L’escalier
monumental est confié à Giocomo della Porta et terminé en 1578.
Ainsi l’Italie retrouve ce qu’elle avait perdue 1000 ans auparavant une langue unique, des
références communes (la diffusion du maniérisme en est le ciment), l’ensemble étant
maintenu dans une organisation politique nationale rudimentaire mais efficace.

Réforme catholique et Contre-Réforme
Aux XVI et XVIIème siècles, Rome tente de faire reculer le protestantisme qui gagne du
terrain partout en Europe et plus particulièrement en Europe du Nord. Il faut donc endiguer
cette religion réformée par une série de décisions :
- La congrégation de l’Index publie une liste des ouvrages interdits
- En 1540, Paul III Farnèse approuve la création de la Compagnie de Jésus d’abord
destinée à l’évangélisation en Terre Sainte.
- Le Concile de Trente est à la fois une machine de guerre contre le protestantisme et le
creuset d’un renouvellement du catholicisme. Ce Concile de Trente dans sa volonté
d’efficacité contre le protestantisme prend des mesures horribles : inquisitions, tortures,
exécutions… de plus, sur le plan local, on prétextera l’opposition religieuse pour
combattre l’opposition politique (ex. : les guerres de religion en France). Le clergé est
déclaré seul compétent pour expliquer les Ecritures et une même valeur est données à la
Tradition et à la Bible.
- Le culte des saints et des images est confirmé et les 7 sacrements consacrés et
ritualisés. La communion sous les deux espèces (pain et vin) est interdite et la présence
réelle de Jésus-christ dans l’eucharistie est affirmée avec force.

Parallèlement à ce combat défensif mené contre la Réforme, il faut bien réformer l’Eglise
catholique. Car les reproches de Hus, Savonarde, Luther, Erasme sont fondés et les abus se
multiplient à la cour pontificale et dans toute la catholicité ! Luxure, cupidité, absentéisme…

Le concile de trente permet de canaliser des potentialités déjà engagées et donne un
corpus doctrinal à ceux qui restent fidèles au catholicisme. Il clarifie les problèmes
théologiques et les plus brûlants et reprend en main l’activité pastorale, exigeant des
hommes d’Eglise à tous les niveaux, une présence et une activité d’enseignement et de
prédication.
Le cathéchisme sort en 1566, le bréviaire en 1568, le missel romain en 1570 et la vulgate
clémentine (bible en langue vulgaire, commune) en 1593.
Malgré cela, les résultats sont longs tant les habitudes sont prégnantes f et c’est seulement
au cours du XVIIème siècle que la Réforme porte ses fruits. Rome redevient le centre de la
catholicité et les papes qui se succèdent à partir de la fin du XVIème siècle et tout au long du
XVIIème s’attachent à donner à cette ville à la fois l’éclat du catholicisme et les

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infrastructures urbaines indispensables à son fonctionnement. Ce mouvement urbanistique
est largement associé à la Contre-Réforme, Rome devant être l’exemple pour les milliers de
pèlerins qui s’y déversent chaque année et une vitrine pour l’autre partie de l’Europe. Ce
mouvement trouve son expression artistique dans le baroque avec Carrache, Caravage,
Bernin, Borromini et tous ceux qui ont mis leur art au service de l’Eglise comme au service
des laïcs d’ailleurs.
Cette période extrêmement riche, plus riche par son aspect religieux et artistique que par ses
transformations politiques, recouvre la fin du XVIème et tout le XVIIème siècle. C’est à partir
de Rome que va s’articuler cette transformation.

Rome

Tout au long du XVIème et début XVIIème siècle, Rome attire des artistes de toute l’Italie et
de l’Europe entière. Sur 267 artistes ayant travaillé à Rome au XVIème siècle, seulement 17
sont romains dont un seul a été remarquable, Giulio Romano. Il y avait surtout des Toscans,
des Milanais et des Bolognais. Les papes proposaient aux artistes d’amener avec eux leur
famille, mais aussi les artistes de leur région d’origine !

Les Romains, s’ils n’ont pas contribué à la peinture et à l’architecture, ont été très présents
dans le domaine de la musique, avec notamment :
- Pier Luigi de Sante de Palestrina qui devient en n1551 Maître de Chapelle à la chapelle
Julienne de Saint-Pierre. En 1554, il dédie à Jules III son « Primo Libro di Messe » et en
1565, sa « Messe du pape Marcel ». En 1571, il fonde le premier institut de musique à
Rome.
- Emilio de Cavalieri, créateur de l’oratorio. Son œuvre spirituelle connue :
« Rappresentazione di amina e di corpo »
- Monteverdi (1567-1643).
Plus tard, les étrangers arrivent nombreux : Espagnols, Français, Allemands.

Le XVIème siècle transforme profondément l’aspect de Rome qui était restée pendant
longtemps une ville médiévale et passablement abandonnée. Le pape qui a su donné à
l’Urbs le visage qu’elle garde jusqu’en 1870, c’est Sixte Quint. Dans la logique qu’il suit dans
la réorganisation politique de la papauté, il s’emploie à faire de Rome une ville capable de
recevoir et d’impressionner durablement les milliers de pèlerins qui y viennent pour les
jubilés, années saintes et autres cérémonies. Il organise un parcours entre les différentes
basiliques majeures. Il prend en charge l’urbanisme, le tracé de rues nouvelles ; il aménage
la ville haute (la région des « Monti » : Quirinal, Esquilin) qui présentait des avantages :
- Climatiques : durant les étés chauds, les lieux étaient insalubres et les menaces de
malaria sévissaient régulièrement dans cette région. Les aménagements ont permis
l’assainissement de ces lieux.
- Les pèlerinages : jubilé de 1575 et autres cérémonies (années saintes,…) amènent les
croyants à ses rendre aux sept églises dont quatre basiliques majeures qui la plupart
étaient situées dans la zone des Monti. Il faut donc aménager les accès aux basiliques et
les voies transversales de communication qui étaient jusqu’alors mal commodes et
longées de ruines et de terrains vagues, emplacements de prédilection pour les guets-
apens et les embuscades. Grégoire XIII fait donc construire une voie rectiligne, plus
large, mieux aménagée, reliant les basiliques et les églises. Sixte Quint reprend le travail
de ses prédécesseurs pour rendre la circulation aisée et impressionnante lors des
pèlerinages et également pour repeupler le Monti. Avec l’aide de son architecte, il relie la
ville haute et la ville basse, en respectant les canons de l’urbanisme de la Renaissance,
c’est-à-dire l’obligation de donner aux principales artères une perspective, un point de
fuite. Sixte Quint reprend à son compte le projet de Paul III à l’occasion de la venue de
Charles Quint, à savoir aménager une voie large rectiligne à travers le forum républicain
qui va du Colisée au Capitole.

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- D’autres artères rayonnantes sont également prévues à partir de chaque église ou
basilique du circuit des pèlerinages. Le repeuplement de la ville haute se poursuit : des
avantages importants sont concédés aux nouveaux habitants. On y institue une foire, un
marché aux bestiaux, et on y encourage l’industrie de la soie. Outre ces projets de vision
globale de l’urbanisme romain, Rome voit également des transformations ponctuelles,
tout particulièrement l’élargissement de nombreuses rues qui permet le passage des
innombrables carrosses des dignitaires de la cour pontificale ou des grands seigneurs
romains et étrangers.

C’est dans cette capitale religieuse restaurée, où 54 églises sont construites ou
reconstruites au cours du XVIème siècle, où la basilique Saint-Pierre voit sa coupole
enfin terminée en 1593, où trois aqueducs antiques sont restaurés entre 1572 et 1612 et
35 fontaines publiques mises en service dans les trois dernières décennies du siècle que
prend naissance l’art baroque !

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