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UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES

Faculté de philosophie et lettres
Langues et littératures françaises et romanes

EXERCICES DE STYLE

Récriture de deux anecdotes aux contraintes grammaticales à la
manière de Raymond Queneau

STOCKMANS Travail réalisé dans le cadre du cours :
Cécile Grammaire descriptive II :
(Roma-B-304)

ANNEE ACADEMIQUE 2006-2007
Introduction

L’idée des Exercices de style est tirée de l’écrivain Raymond
Queneau. Ses Exercices de style font œuvre de grammaire. Nous, nous
nous baserons sur une des anecdotes de l’auteur contenues dans les
Exercices de style. La difficulté constituera en la récriture de celle-ci en
fonction de contraintes grammaticales choisies dans la Grammaire Critique
de Marc Wilmet. Les contraintes grammaticales auxquelles nous allons
nous plier sont premièrement l’article zéro et deuxièmement le masculin et
le féminin. Nous prenons bien entendu comme base pour commenter ces
deux points grammaticaux la Grammaire Critique de Marc Wilmet.

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1 L’article zéro

a) Récriture de l’anecdote

Rue passante, heure d’affluence.
Marcel est peintre. Il ravive en sifflant les couleurs d’une façade en hauteur.
Parmi celles-ci, il a opté pour la couleur rouge passion. D’habitude habile,
il est aujourd’hui maladroit. Pourtant il ne boit plus de vin avant de
travailler. Le Marcel renverse son pot de peinture. Charlie Chaplin
surnommé Charlot court à perdre haleine bousculant sur son passage tout ce
qui l’entoure : poubelle, poussette, vieille dame, cycliste… Enfin Charlot
finit par le rattraper. C’est avec courage qu’il a protégé ainsi jeune femme
et enfant de tant de liquide qui allait se déverser sur eux. La jeune femme
s’appelle Georgia. Georgia veut épouser le Charlot qu’elle considère
comme son sauveur. Georgia et Charlot se penchent au-dessus du pot et
distinguent de simples tartines : pot finalement inoffensif ! On voit Charlot
surpris et une Georgia rire. Il est maintenant une heure et demie. Georgia
embrasse Charlot en rue.

b) Commentaires

Marc Wilmet délimite deux grands types pour l’article zéro. Le
premier est le type conservateur, le deuxième est le type novateur. Le type
conservateur refuse toute extensivité. Il ne reprécise ni l’extensité ni
l’extension. Le type novateur, lui, conteste, par le fait de refuser toute
extensivité, son indépendance au nom (cf. §171). Extensivité, extensité, et
extension sont trois termes importants. Ils valent la peine qu’on s’y arrête

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quelques instants. Marc Wilmet les définit à la fin de son ouvrage dans la
partie Définition des principaux termes techniques utilisés dans l’ouvrage.
Il nous dit que l’extensivité est la « projection de l’extensité sur
l’extension » ; que l’extensité est la « quantité d’êtres ou d’objets du monde
auxquels un mot est appliqué » et enfin que l’extension est l’« ensemble des
êtres ou des objets du monde auxquels un mot (ou un groupe de mots) est
applicable hors énoncé (extension hors énoncé) ou en énoncé (extension en
énoncé) ». En bref, l’extensivité est le rapport qui existe entre l’extensité et
l’extension ; l’extensité marque la quantité et l’extension représente
l’ensemble.

« Rue passante, heure d’affluence » rentre dans le premier type
défini. Le type conservateur regroupe une série de cas où l’article se voit
dispensé. Notre exemple reprend un de ses nombreux cas, celui des
plantations de décor. L’extensité est égale à l’extension contextuelle des
plantations de décor (cf. §172).

« Marcel » est un nom propre. En règle générale, le déterminant
permet au nom de fonctionner comme sujet du verbe. Nous voyons que
l’autonyme, le nom propre, le proverbe, l’accumulation, et certaines
passivations ne subissent pas cette règle (cf. §116). Ici le nom propre est
sujet du verbe. Le nom propre se suffit à lui-même.

« peintre » est un autre cas de type conservateur qui concerne les
appositions et les attributs. « Peintre » est attribut du sujet « Marcel ».
Marc Wilmet souligne une différence : « les noms d’activités momentanées
et ceux qui prétendent édifier une classe sur des jugements de valeur ou des
métaphores se prêtent plus difficilement à la détermination zéro ». On dit
par exemple Pierre est un assassin mais non Pierre est assassin. De même
on dit Pierre est un vaurien et non Pierre est vaurien. Marc Wilmet parle

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aussi de certaines caractérisations du nom qui font obstacle par exemple
Pierre est un linguiste français (cf. §172).

« les couleurs… la couleur rouge passion » est une rupture de
l’extension. Marc Wilmet part d’une règle générale : « toute rupture
d’équilibre imputable à l’extensité, à l’extension ou à l’extensivité devrait
amener un quantifiant » (cf. § 173). Nous développerons les trois ruptures
(rupture de l’extensité, rupture de l’extension, rupture de l’extensivité).
Celles-ci rentrent dans le type conservateur. Première rupture à analyser :
rupture de l’extension (cf. §175). De l’ensemble de départ se crée un sous-
ensemble et cela amène un quantifiant.

« ne… plus de vin » est un des trois cas où l’article de est suivi de
l’article zéro. Marc Wilmet cite ces trois cas :
1. « devant les noms précédés d’un adjectif caractérisant […] , ou
devant l’adjectif seul après pronominalisation du noyau.
2. derrière une indication de quantité […]
3. en phrase négative […] ; dépendant d’une négative […] ; apparentée à une
négative […] » (cf. § 182)
L’hypothèse de Marc Wilmet est la suivante : « (1) l’antéposition de
l’adjectif caractérisant, (2) l’indication de quantité positive, (3) l’indication
de quantité nulle provoquent une partition (au sens mathématique) du nom,
qui entrave le développement des quantités extensifs : le (la), les. La
contre-épreuve devra montrer qu’une absence de partition libère aussitôt le,
la, les […] » (cf. § 184). Notre exemple illustre le troisième cas. Il s’agit
d’une phrase négative.

« Le Marcel » est un populisme. Le populisme est une sorte de
rupture de l’extensivité. La rupture de l’extensivité consiste en la présence
d’un quantifiant là où on ne l’attend pas. On cherche par cela à souligner

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une nuance. Le populisme exprime du mépris envers quelqu’un. C’est
péjoratif (cf. §176).

« Charlie Chaplin » est un nom propre fonctionnant comme sujet du
verbe. En raison de sa nature, il n’a pas besoin de quantifiant. Ce
phénomène, nous l’avons déjà rencontré précédemment avec « Marcel ».
Autre phénomène à analyser dans « Charlie Chaplin » est sa composition :
prénom et nom de famille. Cette séquence fait mentir la règle de la rupture
de l’extension qui veut qu’un quantifiant apparaît quand un sous-ensemble
est créé. « Charlie Chaplin » est vu comme un nom propre unifié (cf. §175).

« perdre haleine » rentre dans le type novateur. Le type novateur
veut que le nom soit privé d’extensivité pour spécialiser son intention en
fonction de l’entourage qui l’entoure : mettre à mort signifie « exécuter ».
Il constitue avec le verbe qui l’introduit ou avec la préposition qui
l’introduit une espèce de locution verbale ou adverbiale. Ici, il s’agit d’une
locution verbale. « Haleine » est privé d’extensivité et spécialise son
intention vis-à-vis de son entourage immédiat : « perdre haleine » pour
« s’essouffler » (cf. §177).

« poubelle, poussette, vieille dame, cycliste… » est un cas du type
conservateur qui concerne l’énumération en cascade. L’extensité est
supérieur à un (cf. §172).

« avec courage » est une locution adverbiale qui fait partie du type
novateur. Marc Wilmet souligne qu’on dit « marcher avec un bâton » mais
« marcher avec courage ». L’emploi diffère selon qu’on utilise un nom
concret (bâton) ou un nom abstrait (courage). Marc Wilmet nous fait part
du raisonnement de Gustave Guillaume qui s’articule en quatre points : « 1°
L’article zéro est partout le fruit d’une transition asymétrique de la langue au
discours. 2° Les prépositions sont à leur tour symétriques ou asymétriques,

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et une préposition asymétrique amène l’article zéro. 3° La préposition avec
véhicule une image de parallélisme (par exemple de l’eau avec du vin) mais
est sujette à se déformer derrière un verbe : marcher avec une canne,
nettoyer avec de l’eau, parler avec un sourire. 4° L’article zéro concrétise
les noms abstraits et les rend parallèles au verbe : agir avec courage, parler
avec bonté, à l’exception des noms de sens extrinsèque : parler avec un
sentiment/ un ton d’assurance ». Nous fermons ici le raisonnement de
Gustave Guillaume pour en arriver à la pensée de Marc Wilmet sur
l’exemple « avec courage ». Il le fait rentrer dans le type deux de sa
classification c'est-à-dire le type novateur. L’article zéro novateur se
remarque au contraste. Avec de l’orgueil pour tout bagage, on va déjà loin
signifie l’orgueil mène loin. On va loin avec orgueil signifie plutôt aller
loin est orgueilleux. Dans ce dernier exemple, il y a une solidarité verbo-
adverbiale. L’article réapparaît après la rupture du contact direct :
travailler avec presque de l’enthousiasme (cf. §177).

« jeune femme et enfant » est un cas de type conservateur.
L’extensité est égale à l’extension contextuelle des coordinations. « Jeune
femme et enfant » est une coordination additive (cf. §172).

« tant de liquide » est le deuxième cas où l’article de est suivi de
l’article zéro. Il s’agit de l’indication de quantité positive (cf. §182).

« Georgia » est un nom propre qui comme pour les exemples
« Marcel » et « Charlie Chaplin » fonctionne comme sujet du verbe sans
déterminant.

« Georgia veut épouser le Charlot » est la deuxième rupture à
analyser : rupture de l’extensivité (cf. §176). Celle-ci consiste en la
présence d’un article qui n’est pas demandé. On cherche à souligner une
nuance. « Le » pose l’égalité de l’extensité et de l’extension et cache, pour

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des raisons d’économie d’expressivité, l’extension qui dépasserait
l’extensité (cf. §155).

« Georgia et Charlot » pointent une énième fois le fait déjà
commenté précédemment à savoir un nom propre sujet d’une phrase sans
déterminant.

« de simples tartines » est le dernier cas encore non vu de l’article de
suivi de l’article zéro. Il concerne l’antéposition de l’adjectif. Antéposé,
l’adjectif crée à l’intérieur de l’ensemble un sous-ensemble. Le nombre
(singulier et pluriel) quant à lui diffère. Ici, le pluriel l’emporte car « de »
n’est pas influencé par le pluriel du caractérisant (cf. §185).

« On voit Charlot surpris et une Georgia rire » est la dernière rupture
à analyser. Il s’agit de la rupture de l’extensité (cf. §174). Ici, l’extensité est
inférieure à l’unité. On met un article au nom de « Georgia » et on le
dispense pour « Charlot ». Là réside la rupture.

« une heure et demie » paraît bien postposer un quantifiant. On
pense au type conservateur et le cas de coordination non additive :
« demie » est coordonnée à « heure » et reprend sans l’indiquer son article
« une » (cf. §215).

« en rue » est un autre cas de type conservateur et concerne les
archaïsmes divers. « En rue » est un wallonisme pour « dans la rue » (cf.
§172).

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2 Masculin – Féminin

a) Récriture de l’anecdote

Dans le vieux Paris à midi et demie rue Madame la chance, une
peintre sur un échafaudage ravive en sifflant les couleurs d’une façade. Elle
repense à son séjour sur le France. Un geste maladroit, un de ses pots de
peinture bascule dans le vide. Sur le trottoir une femme s’agite à cause de la
présence d’un moustique qui lui tourne autour. Elle finit par le tuer.
Apercevant la chute du pot, elle s’élance, bouscule un vedet de cinéma,
renverse un homme d’affaire sur son Renault. Elle plonge, saisit au vol le
pot qui s’apprêtait à déverser son contenu sur une professeuse traînant un
élève à chaque main. Elle s’écrase au sol sans avoir lâché le pot.
Galamment, un aide de camp et une estafette la relèvent. Le pot ne
contenait en fin de compte que le casse-croûte du peintre !

b) Commentaires

« le vieux Paris » concerne le genre des noms de ville. Différents
facteurs décident du genre des noms de ville. Marc Wilmet nous dit que
pour le facteur sémantique, la caractérisation restrictive amène le masculin
(cf. §55).

« midi et demie » est un cas étudié chez Marc Wilmet (cf. § 215). On
fait de « demie » un adjectif pronominalisé portant les marques du nom
effacé. Ceci éluciderait le féminin « demie » derrière un nom masculin.

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« Madame la chance » consiste à attribuer un sexe à un objet
inanimé. Il s’agit d’une attitude anthropomorphique (cf. §55).

« une peintre » est le féminin du nom masculin correspondant
« peintre ». Le premier principe de la mise au féminin se fait par l’ajout
d’un –e au nom masculin correspondant. Si ce premier principe pose
difficulté, nous envisagerons le deuxième principe. Le nom gardera alors la
forme masculine et la variation de genre se fera à l’aide du déterminant.
C’est ce qui se passe entre autres pour les noms masculins déjà terminés par
un –e. C’est le cas avec le nom « peintre ». Autrefois, la langue française
faisait appel au suffixe –esse. Ce procédé a perdu de sa valeur. Peintresse
s’est vu abandonné (cf. §56).

« le France » est un nom de navire. Dans l’introduction de la
Grammaire Critique, Marc Wilmet parle de ce que le public francophone
attend du grammairien. Le public francophone le consulte notamment pour
le genre des noms de navire : le ou la France (cf. §18).

« une femme » est le féminin du nom « homme ». Le sexe pour les
noms animés concerne surtout les noms humains. La variation de sexe se
marque par un changement de genre. La variation est ici de type lexicale
(cf. §55).

« un moustique » est un masculin exclusif. Celui-ci se pronominalise
à la manière de homme et femme (cf. §58).

« un vedet de cinéma » est un exemple pris de chez San-Antonio.
Celui-ci s’amuse à recréer un masculin à partir du féminin « vedette ».
Marc Wilmet souligne bien qu’ « il est libre aux hommes de masculiniser en
manière de réciprocité ou de représailles les féminins d’occupations
épisodiques traditionnellement garçonnières ». Marc Wilmet cite l’exemple

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de San-Antonio : un vedet et il va même plus loin en proposant : un
dactylo, un fée, un putain, un majorette, un sage-femme (cf. §56).

« un homme d’affaire » est un nom masculin qui comporte le mot
homme et qui pour prendre le genre féminin change le mot homme en
femme. Cette règle est le troisième principe de la féminisation des noms
masculins dans la Grammaire Critique de Marc Wilmet (cf. §56).

« sur un Renault » est composé de l’article « un » et d’un nom
masculin. On remarque l’effacement d’un autre nom masculin : « vélo ».
La pronominalisation conserve les catégories (genre et nombre) du nom
effacé : « un Renault » pour « un vélo Renault » (cf. §313).

« une professeuse » est un féminin refait de San-Antonio. Le
premier principe de la mise au féminin se fait comme on l’a vu par l’ajout
d’un –e au nom masculin correspondant. La mise au féminin peut
s’accompagner de modifications graphiques ou phoniques. Les noms
terminés en – eur se féminisent en – euse s’il existe un verbe correspondant
ou s’il n’en existe pas à garder la forme du masculin. Pour l’exemple
« professeur », il conservera la forme du masculin n’ayant pas de verbe
correspondant et ne se féminisera pas en – euse comme le fait ici San-
Antonio. Les Québécois prônent le féminin en –eure. La féminisation s’en
trouve plus forte. L’avantage est de différencier les pluriels épicènes mais
l’inconvénient est de contraindre à la prononciation du –e muet (cf. §56).

« élève » est un nom porteur de deux genres (épicène). La variation
en genre se fait à l’aide de l’article (cf. §50).

« Galamment » est un adverbe en – ment. Le suffixe
- ment remonte à l’ablatif latin mente de mens « manière d’être » qui est un
nom de genre féminin. L’adverbe en – ment prend donc la forme féminine

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de l’adjectif. Les écarts s’expliquent entre autres par l’histoire. Le masculin
et le féminin ont été longtemps indifférenciés pour quelques adjectifs issus
de la deuxième classe latine : notamment « galamment » (cf. §545).

« Un aide [de camp] » est un nom « aide » qui selon le genre change
de sens. Ici par son genre masculin, il signifie un officier d’ordonnance
d’un chef militaire (cf. §54).

« une estafette » est un nom dont le genre est marqué a contrario du
sexe. « Estafette » possède un genre féminin mais désigne un sexe mâle (cf.
§55).

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Conclusion

L’article zéro est traité dans la Grammaire Critique de Marc Wilmet
essentiellement dans le chapitre des déterminants à la section des
quantifiants. Nous avons procédé pour le commentaire de ce premier point
grammatical en posant tout d’abord les deux grands types d’article zéro et
puis en justifiant chaque récriture de l’anecdote en rapport avec l’article
zéro. Pour ce qui est du type conservateur, nous n’avons pas cité tous les
cas figurant dans la Grammaire. Marc Wilmet conclut pour l’article zéro en
disant que « ce phénomène, très productif, manque encore d’étude
approfondie, notamment les modalités exactes de la concurrence article
zéro/ le […] » (cf. §177). Le masculin et féminin est étudié de manière plus
dispersée dans la Grammaire. Nous remarquons que la question du genre
chez Marc Wilmet n’est pas traitée abondamment. Nous avons repris le
même système pour le commentaire de ce deuxième point que pour celui de
l’article zéro excepté la première étape.

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Bibliographie

ENGLEBERT, Annick, Grammaire descriptive du français moderne II : théorie et
exercices, Bruxelles, Presses Universitaires, 2006, 110p.
ENGLEBERT, Annick, Guide pour la présentation des travaux écrits, Bruxelles,
Presses Universitaires, 2006, 35p.
WILMET, Marc, Grammaire critique du français, Belgique, Duculot, 2003, 757p.

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Table des matières

Introduction……………………………………………………………….…..p.2
1 L’article zéro……………………………………………………………......p.3
a) Récriture de l’anecdote……………………………………………………...p.3
b) Commentaires………………………………………………………….........p.3
2 Masculin – Féminin………………………………………………………...p.9
a) Récriture de l’anecdote………………………………………………….…..p.9
b) Commentaires………………………………………………………….…....p.9
Conclusion……………………………………………………………………p.13
Bibliographie…………………………………………………………………p.14
Table des matières…………………………………………………………...p.15

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