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Dossier n°10 – LE LOBBYING

De la nature à l’influence du lobbying aux Etats-Unis et en Union Européenne
Source : note de la Fondation pour l’innovation politique de février 2016 : « Le lobbying : outil
démocratique »

Quelques chiffres

1 500 : c’est le nombre de lobbystes que compterait actuellement l’Union Européenne dans 2 600
groupes (cabinets de conseil, fédérations professionnelles, laboratoires d’idées,...)

3.28 : c’est le nombre, en milliards de dollars, que représentait en 2008, le « lobbying » aux EtatsUnis (selon l’OCDE)

14 000 : c’est le nombre de lobbystes que compterait actuellement le Royaume-Unis (selon le
Conseil de l’Europe)

5 000 : c’est le nombre de lobbystes que compterait actuellement le Canada, chiffre conséquent
en regard d’une population estimée à 40 millions d’habitants

N.B. : La méfiance à l’égard du lobbying vient de ses facultés à altérer le fonctionnement démocratique. La
conception anglaise a évolué vers une voie alternative et pragmatique ; incluant depuis longtemps des
groupes d’intérêts au cœur du processus décisionnel.

Etat du lobbying

L’approche française s’articule originellement autour du culte de la « volonté générale » ; elle fût
pendant longtemps hostile aux lobbies dans le champ politique, perçus comme la manifestation d’intérêts
individuels. Que représente le « lobbying » aujourd’hui ? Selon l’OCDE, le lobbying aux Etats-Unis pèserait
pour près de 3,28 milliards de dollars (2008) et représentait environ 1 500 professionnels de l’influence
accréditée au congrès. Selon le Conseil de l’Europe, ils seraient 14 000 au Royaume-Unis, tout en
représentant un secteur de 1,9 milliards de livre sterlings (soit 2,5 Milliards d’euros). Au Canada (chiffres
OCDE), ils seraient 5 000 lobbyistes - nombre conséquent pour un pays de 40 millions d’habitants.
Au sein de l’Union Européenne, on compterait environ 15000 lobbyistes dans 2 600 groupes
(grands groupes, ONG, cabinets de conseil, fédérations professionnelles, laboratoires d’idées…). Ainsi,
Bruxelles est considérée comme la deuxième capitale du lobbying après New-York.

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On note d’ailleurs que les lobbies sont constitutifs, dès leur origine, de la construction
européenne. L’accélération intervient dès 1980, moment durant lequel la Commission fait du lobbying un
mode de représentation légitime des revendications de la société civile, s’inspirant d’un système calqué sur
le modèle anglo-saxon. Chez ces derniers, il ne constitue pas une nouveauté ; ses promoteurs le
considèrent comme une émanation de la société civile, érigé contre un centralisme étatique et une
définition intégrale du bien-commun. Il est donc assimilé à un corps intermédiaire. Les auteurs de la FIP
(Fondation pour l’innovation politique), tributaires d’une doctrine libérale, considèrent que la vielle
tradition de centralisme et d’omnipotence étatique serait à l’origine du soupçon d’individualisme prêté au
lobbying. Cette logique aurait pris corps dès le Moyen-Age, où l’Etat aurait exercé des pressions sur les
corporations. Il aurait continué sous l’Ancien Régime, avec la suppression temporaire des corporations
sous Turgot (1775), avant leur matraquage définitif avec la loi Le Chapelier. On mentionne en revanche un
retour en grâce partiel de ces structures, par l’intermédiaire du syndicalisme - loi Waldek-Rousseau
(1884).La Fondation pour l’Innovation Politique défende le concept de corps intermédiaires face à l’Etat,
prenant appui sur la défense des corporations ; paradoxalement, celles-ci constituaient des cibles
privilégiées de nombreux libéraux et furent détruites par leurs consorts… Il est important de ne pas se
leurrer sur certaines pratiques de lobbys individualistes tournés vers le profit d’une minorité au mépris de
toute forme de bien-commun. La logique des corps intermédiaires se voulait enracinée et charnelle
(corporations géo-professionnelles, Eglise, états-provinciaux) et était arbitrée par l’Etat sans dimension
contractuelle.
La possibilité de confiscation des institutions par les lobbys les plus puissants au détriment des
plus modestes ou la faculté d’ingérence de lobbys étrangers dans les affaires publiques nationales doit
constituer un objet de questionnement récurrent. Cette vision se trouvant par ailleurs renforcée par la
perspective du Traité Transatlantique (TAFTA).

Lobbying : la nécessité de la transparence

Le lobbying existant de facto, certains propose de l’encadrer afin d’éviter toute forme de dérive de
ses émanations et éviter des paradoxes institutionnels. Cette pratique peut s’avérer bénéfique dans
certains cas et par des acteurs bien déterminés. La condition principale restant la représentation d’intérêts
nationaux ou encore l’information et le conseil à tous les échelons de l’autorité politique. Il serait néfaste
d’encadrer légalement une pratique pour n’aboutir qu’à la légitimation de pratiques pouvant contribuer à
l’alimentation de la corruption, du trafic d’influence ou de pressions fournis par des intérêts étrangers.
A l’échelle française, des affaires comme celle du sang contaminé (1983-1985), du Mediator, ou
l’épisode de la Grippe A (2009-2010) sont trop révélatrices des influences excessives de lobbies
pharmaceutiques ou agrochimiques sur des institutions comme l’Organisation Mondiale de la Santé 1.
1

Voir Contre-lobbying : remettre le citoyen au coeur de la démocratie, article de l’Obs, 20/02/2014.

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L’indépendance de certains experts doit être mise en lumière afin de mieux contrôler l’influence de ces
officines sur les plateformes décisionnelles – qu’elles soient européennes ou françaises. Et de fait :
l’influence de certains groupes commerciaux sur les parlementaires européens n’est plus à démontrer.
Engageant 548.927 euros de budget, le groupe Philip Morris avait ainsi établi en 2013 2 un fichier
comportant les noms des députés européens susceptibles de répondre aux attentes du groupe de tabac.
Ce type de pratiques, qui peut engendrer la corruption, ne saurait être laissé sans réponses ; la société
civile dont sont garantes ces officines doit pouvoir disposer d’un droit de regard sur ces démarches.
L’inscription sur un registre parlementaire (Sénat et Assemblée Nationale) de toute institution proposant
ses services d’expertises permettraient ainsi de prévenir toute prise d’intérêts financiers éventuellement
liées aux travaux proposés dans ce cadre parlementaire. Dans cette perspective, toute intervention auprès
d’élus, de leur réseau proche, devrait être contrôlée, de même que la teneur et la nature des montants
engagés devraient faire l’office d’un examen attentif.
Il serait également possible de faire recours au contrôle des activités de lobbying par le HATVP
(Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique), qui serait en mesure de fournir un rapport annuel
sur les activités de lobbying (liste obligatoire des personnes privées ou morale consultées dans la rédaction
d’un projet de loi) émise auprès de chaque commission parlementaire. Un règlement intérieur en matière
de lobbying au sein des cabinets ministériels, administrations indépendantes, administrations centrales des
ministères, publications des rapports annuels permettrait de compléter cette mesure. Il en va de même
pour la mise en place d’un personnel de lobbying accrédité auprès des institutions, accompagné de la
déclaration de leurs dépenses dans leurs activités d’influences, les financements publics perçus et la liste
de leurs clients.
Le premier contrôle de Transparency International (2014), qui octroyait à la France la note de
2.7/10 en matière de lobbying3, fait état de la situation désastreuse à laquelle se confronte le pays. Basée
sur un examen de 65 indicateurs (conditions d’élaboration des lois et décrets en France, Parlement,
instances décisionnelles comme les cabinets ministériels, collectivités locales,...), cette note médiocre est
représentative. Intégrité des échanges, traçabilité décisionnelle dans le domaine public et égalité d’accès
vis-à-vis des décideurs publics doivent urgemment être des perspectives à atteindre. Actuellement, la
traçabilité relative à l’élaboration des lois et aux décisions publiques restent pourtant mal évaluée ; une
importante marge de progression reste à opérer tant à l’échelle française qu’au sein des instances
européennes.

2

Philip Morris critiqué pour ses activités de lobbying, Le Figaro, 21 septembre 2013.

3

La France, mauvaise élève du lobbying, Le Monde, 21.10.14.

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