Pour philosopher faut-il ne rien aimer ?

La philosophie, en terme d’étymologie, c’est
l’amour de la sagesse et même la recherche de la vérité. Partant de là, on ne peut
prétendre ne rien aimer quand on philosophe puisqu’on s’intéresse à, on cherche, une
vérité, ou en tout cas une approche de la vérité. Mais quelle est la valeur de ce « rien
» ? Et par aimer, entend-on l’intérêt pour les choses ou la passion poussée à l’extrême
? Quel liens peut-il y avoir entre activité intellectuelle et un état affectif ? L’amour
peut-il influencer notre jugement ? En quoi peut-il bloquer la réflexion philosophique ?
En quoi lui est il nécessaire ? En un mot, le fait de ne rien aimer est-il une condition
nécessaire, un impératif absolu pour philopospher ?

L’amour, la passion empêchent-ils toute réflexion philosophique ?

Le philosophe cherche une approche la plus objective possible de la vérité. Une vérité
subjective ne peut être considérée que pour une seule personne, à seul moment. Les
philosophes ne cherchent pas, au contraire, une réponse universelle et éternelle à une
question mais les goûts de chacun ne peuvent pas être pris en compte comme autant
de vérités différentes. Il faut se fixer un minimum de normes pour pouvoir encore se
parler et chacun ne peut pas renommer chaque chose à son goût. La philosophie est
une science qui essaye, commetoute science, de s’approcher de la vérité, et d’amener
tout le monde à la vérité.
Les sentiments ne peuvent donc pas être mis en jeu lors d’un débat à caractère
philosophique.
D’un côté parce que la philosophie s’oppose par essence à la persuasion qui prend par
les sentiments tandis qu’elle cherche à convaincre, par des arguments. Les sophistes
de l’Antiquité pratiquaient la rhétorique que Platon qualifiait d’ « ouvrière de
persuasion ». En effet, ils étaient capables de défendre chaque chose et son contraire
pour tirer profit de chaque situation parfois même au mépris de la vérité. La
philosophie est née du combat de Socrate contre ces pratiques. Il la présente comme
un discours rigoureux, argumenté dont le sujet est la vérité.
D’un autre côté parce que les sensations nous renseignent sur la manière dont notre
corps est affecté par un objet et non sur l’objet lui-même. Elles ne peuvent donc servir
d’arguments à un discours philosophique puisque subjectives.

De plus, la philosophie demande, exige même, une certaine distanciation du monde
du réel, du monde du corps. C’est l’Humanité qui s’interroge et non l’individu. Les
sentiments personnels ne peuvent donc, encore une fois, être pris en compte comme
des arguments car l’Homme a une tendance naturelle à tenir pour vrai ce qui confirme
et flatte ses passions alors que ce n’est qu’une véritésubjective et personnelle loin de
la sagesse recherchée en philosophie.

On est aveuglé. il faut tout de même toujours garder un œil sur ce qui se passe sur Terre pour ne pas tomber dans le puits. ou des pensées. tous les arguments amenés seront subjectifs. de la jalousie. vivant en société. prendre part à une discussion lorsqu’on n’a aucun intérêt pour les questions ? Et par conséquent est-ce que trop de détachement ne nous conduirait pas au final. favorable ou non. c’est leur instinct de survie qui les poussent à agir et non des sentiments. nous avertitque si l’on veut chercher les vérités les plus lointaines. tout sentiment. Tous les hommes peuvent philosopher (Socrate lui-même en est convaincu) mais ils doivent cependant prendre en compte ce qui se passe autour d’eux. Les sentiments sont donc quelque chose d’essentiellement humain. ne serait-ce pas s’éloigner de l’humanité et donc de la philosophie qui est propre à l’homme ? L’homme ne peut pas non plus se couper totalement du monde humain comme le philosophe décrit par Platon dans le Théétète.. ne connaissent pas de société aussi construites et organisées que la notre. plus terre-à-terre. certes nécessaire à la philosophie mais tout de même dangereux. par comparaison.Ensuite. nos sentiments sont une illusion. ou la chose. sur l’objet aimé ainsi que. cet état affectif par lequel il éprouve de l’amour. La perception des choses est relative. envers les autres et les objets de manière inconsciente. il ressent ces sentiments. de refuser en bloc toute émotion. par l’opinion qu’on se forge sur les choses. . celles des étoiles. Lorsqu’il rencontre l’autre. de ses sentiments complète pour accéder à un raisonnement juste. aimé. faut-il absolument ne rien aimer ? Peut-on réellement débattre. qui empêchent également toute réflexion objective. d’a priori. il se forge une opinion voire un jugement.. qui ne seraient jamais tombées. qui plongé dans un état de rêverie. Platon. On prend parti pour le sujet. il peut avoir des à priori sur certaines personnes à cause de son vécu. Refuser ces sentiments. Puis au fil des discussions et des débats. Toute opinion est subjective et contraire au jugement que l’on peut se faire après une réflexion objective. Mais si l’implication de l’amour nuit à une réflexion philosophique. En effet. L’amour brouille ce raisonnement. dès lepremier abord. au delà de la critique du philosophe prétentieux et au delà de la description de cet état qu’il faudrait pour philosopher. de son expérience ou même éprouver de l’attirance. à un déni de la philosophie? L’homme se distingue de l’animal par ses sentiments. de l’amitié. ou de la répulsion. Il lui serait impossible. sur l’autre et sur les sujets des débats. Les animaux. On ne peut mêler son amour à des sujets philosophiques. sur tout le reste. de son corps. la philosophie implique une maitrise de soi. enchainé par cet amour. de la haine. tombe au fond d’un puits et se fait moquer par les servantes. l’amour implique toujours une série de préjugés. qu’ils soient solitaires ou grégaires.

à raisonner. pour arriver à une telle indifférence semble tout simplement impossible. Mais sans aller jusqu’à ce point le philosophe peut retenir cet impératif –ne rien aimer– comme un but ultime. sous prétexte de refuser ses sentiments car il n’aurait plus matière à philosopher. Mépriser les autres serait retomber dans les préjugés qui empêchent toute réflexion. Il ne peut pas se fermer au monde. Mettre ses émotions de côtés. tout personne aspirant à être philosophe devrait se séparer en deux. Philosopher. c’est ce qui le pousse à réfléchir. Ne rien aimer est un absolu trop radical. presque à en devenir schizophrène. il faut effectivement ne rien aimer.L’homme s’intéresse aux choses et aux autres. mais dont il chercher à s’approcher. impossible à atteindre. qu’elles soient positives ou négatives. un certain recul par rapport aux événements est nécessaire pour réfléchir dessus. . Si l’on pense que pour philosopher. c’est apprendre à s’extraire des passions communes et des accidents émotionnels quotidiens.