"CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE

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« CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE »
Aux origines de la discipline du célibat sacerdotal.
INTRODUCTION
Les historiens de l'Eglise du XXème siècle écriront sans doute un jour que la crise
postconciliaire du célibat sacerdotal a pris fin en 1992, avec la parution de l'exhortation
apostolique post-synodale Pastores dabo vobis, du pape Jean-Paul II. Trente ans auparavant, en
réponse à des questions déjà nombreuses, les Pères de Vatican II avaient sans ambiguïté confirmé
la loi du célibat dans l'Eglise latine pour les candidats au presbytérat, mais, de façon paradoxale,
les documents de l'assemblée semblèrent donner le signal d'un débat général dans l'Eglise, qui
allait se poursuivre et s'amplifier dans les années qui suivirent le Concile. Ce fut comme si, sur ce
point en particulier, un concile de l'opinion publique avait pris le relais du concile oecuménique
pour promouvoir un mouvement en faveur de l'abolition du célibat.
On assiste ainsi depuis Vatican II à un double phénomène. D'une part, une série
d'interventions de l'autorité hiérarchique, dénuées de toute équivoque. L'encyclique Sacerdotalis
caelibatus de Paul VI, le 24 juin 1967, après un examen attentif des objections soulevées à
l'encontre de la loi, expose longuement les raisons théologiques, historiques et spirituelles qui
motivent aujourd'hui encore le maintien de la discipline. Au Synode de 1971, la question est à
nouveau discutée, avec une grande franchise, sur l'arrière-fond d'une situation jugée plus critique
par certains évêques ; le consensus général de l'assemblée synodale manifeste une fois encore la
volonté de rester fidèle à quelque chose d'essentiel. Puis, en octobre 1990, c'est le huitième synode
des évêques, sur « la formation des prêtres dans les circonstances actuelles », sous la présidence
de Jean-Paul II, dont les 41 « propositions », ou « recommandations », votées à une très forte
majorité et soumises au Souverain Pontife fournissent la substance de l'exhortation apostolique
Pastores dabo vobis, qui réaffirme avec une nouvelle force l'attachement de l'Eglise latine au
célibat des prêtres.
Au cours de la même période, on assiste parallèlement à des tentatives de remise en
question radicale de la loi du célibat de la part d'un nombre important de prêtres et de théologiens,
aux yeux desquels les raisons traditionnelles à l'appui de la discipline paraissent définitivement
périmées. On ne compte plus les articles ou les livres, à caractère scientifique ou de simple
vulgarisation, qui depuis 30 ans s'efforcent de modeler l'opinion dans un sens opposé à celui des
documents du Magistère, pour créer et renforcer un mouvement contestataire qu'on voudrait
victorieux d'une institution désuète. L'ouverture au monde préconisée par le Concile se traduit chez
certains par l'abandon des formes de vie sacerdotale qui font du prêtre, croit-on, un « séparé ». La
loi du célibat est tenue pour responsable de la pénurie des vocations, perçue comme une violation
des droits de la personne, si justement revendiqués par les déclarations conciliaires, désignée
comme une source de déséquilibres psychiques et génératrice de scandales. Le clergé marié des
Eglises d'Orient apparaît comme modèle, la restauration du diaconat permanent d'hommes mariés
ou l'admission au sacerdoce de ministres protestants convertis au catholicisme sont perçus comme
des signes avant-coureurs infaillibles, tandis que le dialogue oecuménique, indirectement, remet à
l'ordre du jour les thèses luthériennes sur le sacerdoce et le mariage des prêtres.
Tout ceci se déroule dans un climat social caractérisé par des bouleversements sans
précédent. La sexualité, légitimement mise en valeur par le Concile, se libère avec bonheur de
vieux tabous. Mais la période de l'après-concile est aussi celle de la « révolution sexuelle », de la
permissivité en matière de mœurs, de la campagne autour des moyens anticonceptionnels, de

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l'invasion du monde de l'image par l'érotisme et la pornographie, bref d'un ensemble de choses qui
concourent à nourrir chez plus d'un l'obsession du sexe. Beaucoup de Chrétiens sont désemparés,
et les prêtres ne sont pas toujours les moins vulnérables, précisément parce qu'ils cherchent à bon
droit à se rapprocher du monde, à « épouser » leur temps. Si l'on tient compte aussi de l'explosion
démographique, et de ce que le nombre des femmes augmente à proportion, au moment même où
celles-ci accèdent en masse à la vie professionnelle, on peut parler d'une véritable apparition de la
femme sur la scène sociale, et cette présence quotidienne, ce compagnonnage, amène souvent les
clercs célibataires à s'interroger sur leur solitude.
L'impact global de tous ces phénomènes est considérable. Une version moderne des
tentations de saint Antoine, cent fois plus insidieuse parce que doublée d'une crise d'identité, se
joue dans l'âme d'un grand nombre. Tous n'en sortent pas indemnes. Comme par une réaction en
chaîne, des prêtres jusqu'alors fidèles, les uns après les autres, quittent le sacerdoce, et ces
défections, grossies par les média, réussissent à faire figure d'anticipation, la loi séculaire du
célibat perdant du même coup son auréole aux yeux d'un public chrétien désorienté. Des
associations de prêtres mariés se forment, créent des groupes de pression. Des théologiens leur
prêtent leur concours, essayant de justifier ce qui, il y a peu de temps encore, eût paru
inadmissible. La grande majorité des clercs restés fidèles à leur engagement garde le silence, ou ne
sont guère entendus, leur voix couverte par les nouvelles à sensation. C'est la crise, à laquelle
beaucoup ne veulent voir d'issue que dans la suppression d'une discipline jugée tyrannique et à
contre-courant de l'histoire. Le célibat facultatif, oui, le célibat obligatoire, non, carrément non.
Nul ne pourra dire que l'autorité ecclésiastique ne prit pas la question au sérieux. Bien que
le Concile Vatican II ait tranché clairement pour le maintien de la loi, les évêques et le Souverain
Pontife acceptèrent par la suite d'en rediscuter longuement ; l'encyclique de Paul VI sur le célibat,
— la première du genre dans toute l'histoire de l'Eglise —, en témoigne, ainsi que les deux synodes
de 1971 et 1990, comme nous l'avons vu plus haut. On accueillit les objections, écouta les plaintes,
avec une sympathie sincère pour les drames de nombreux frères dans le sacerdoce. La réflexion y
gagna en expérience, en étendue comme en profondeur, et le diagnostic sur le malaise général se
précisa. Il apparut de plus en plus nettement que la crise du célibat était liée à une crise de l'état
sacerdotal lui-même, et qu'on ne pourrait vraiment y remédier aussi longtemps qu'on n'aurait pas
répondu à la question fondamentale : qu'est-ce qu'un prêtre ? Vatican II s'y était bien entendu
employé, « en se rattachant à l'enseignement des précédents Conciles (1) », notamment dans la
magistrale Constitution Lumen Gentium et dans le décret Presbyterorum ordinis, justement appelé
la « charte sacerdotale du concile ». Mais, pour les raisons déjà évoquées, beaucoup doutèrent de
ces certitudes, et la crise s'installa. Car il y a crise, souvent, lorsqu'une institution doute
d'elle-même, ou paraît douter d'elle-même, au point d'autoriser les mises en question les plus
radicales. Qu'est-ce qu'un prêtre ? Tel est, en fin de compte, le fond du débat. S'il n'existe pas de
différence essentielle entre le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel, la
distinction entre laïc et prêtre s'estompe au profit d'une vision purement fonctionnelle des
ministères, et on ne voit plus dès lors, avec raison, pourquoi la fonction presbytérale exigerait
l'adoption d'un style particulier de vie chrétienne, en l'occurrence le célibat. L'attention de l'Eglise,
au cours des trente années qui ont suivi le Concile, s'est donc centrée de plus en plus sur ce point
capital, pour aboutir enfin à l'exhortation apostolique Pastores dabo vobis, fruit de la réflexion
collégiale des épiscopats du monde entier au synode de 1990.
Ce que dit Pastores dabo vobis n'est pas nouveau. Il n'est pas difficile d'y reconnaître
l'enseignement traditionnel de l'Eglise sur le sacerdoce. Mais « tirant du neuf en constant accord
avec le vieux (2) », Jean-Paul II diagnostique avec sûreté les raisons de la crise et la voie à suivre
pour la surmonter :
La recherche d'une connaissance exacte et profonde de la nature et de la mission du
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sacerdoce ministériel est donc la voie à suivre — c'est celle que le Synode (de 1990) a
effectivement suivie — pour sortir de la crise de l'identité du prêtre : « Cette crise —comme
je l'ai dit dans le discours de clôture du Synode — est apparue dans les années qui ont suivi
immédiatement le Concile. Elle est née d'une interprétation erronée, parfois même
volontairement tendancieuse, de la doctrine du Magistère conciliaire. Là se trouve
indubitablement l'une des causes d'un grand nombre de défections alors subies par l'Eglise ;
défections qui ont gravement atteint le service pastoral et les vocations au sacerdoce, en
particulier les vocations missionnaires. C'est comme si le Synode de 1990, redécouvrant
toute la profondeur de l'identité sacerdotale par tant d'interventions entendues dans cette
Aula, était venu apporter l'espérance après les défections douloureuses. Ces interventions
ont révélé notre conscience du lien ontologique spécifique qui unit le prêtre au Christ, Prêtre
Suprême et Bon Pasteur. Cette identité était sous-jacente à la nature de la formation qui doit
être donnée en vue du sacerdoce et ensuite durant toute là vie sacerdotale. C'était le but
précis de ce Synode (3).
C'est donc parce qu'il ne saurait plus désormais y avoir de doute sur la véritable identité du
prêtre, pour quiconque s'attache à l'enseignement du Magistère, qu'on peut considérer la crise
postconciliaire du célibat sacerdotal comme virtuellement terminée. Non certes qu'il ne puisse plus
y avoir de prêtres quittant le sacerdoce pour se marier ; mais il sera plus difficile de voir dans ces
abandons une anticipation prophétique d'un changement de la discipline du célibat ; la conscience
avertie du peuple chrétien les percevra, ainsi qu'à toutes les époques, comme une tristesse et un
échec, l'occasion d'un examen de conscience pour toute l'Eglise et une invitation à la pénitence.
Une certaine théologie continuera aussi sans doute à protester contre la loi dû célibat au nom d'une
conception « fonctionnelle » du sacerdoce, mais il sera plus difficile de voir dans ces courants qui
se marginalisent une contribution positive à l’aggiornamento de l'Eglise dans le monde moderne,
car, en manifestant le « lien ontologique qui unit le prêtre au Christ, Prêtre Suprême et Bon
Pasteur », Pastores dabo vobis a indiqué de façon indiscutable la direction de la recherche
théologique. Les catégories de théologies « conservatrice » et « progressiste » ne sont plus de mise
ici, si elles l'ont jamais réellement été, la condition même du progrès étant de conserver pour lui
faire développer toutes ses potentialités le sacerdoce tel que Jésus lui-même l'a institué ; car « le
prêtre de demain, non moins que celui d'aujourd'hui, devra ressembler au Christ (4). » En appelant
les prêtres du XXIème siècle à vivre, comme leurs prédécesseurs, « le sacerdoce unique et
permanent du Christ (5) », Jean-Paul II a dénoué la crise en dissipant les doutes. Il a montré aussi
une fois de plus au monde que la preuve des racines était dans la vitalité de l'arbre, et dans sa
résistance aux intempéries.

NOUVELLES RECHERCHES HISTORIQUES SUR LE CELIBAT
SACERDOTAL
Les racines évangéliques du célibat sacerdotal manifestent la haute convenance de la loi
avec le sacerdoce ministériel. Configuré à Jésus-Christ, Tête et Epoux de l'Eglise, par le Sacrement
de l'Ordre, le prêtre est un « alter Christus », et agit désormais « in persona Christi » dans le
service spécifique du peuple de Dieu qui le caractérise. A ce titre, l'amour même du Christ qui est
devenu le sien le pousse à aimer l'Eglise d'un amour total et exclusif, celui-là même du Christ « qui
s'est livré pour elle ». Le célibat sacerdotal, vu dans cette perspective, est d'abord une exigence :
intérieure, le mouvement même de l'amour jailli du sein de la Trinité dans le cœur du prêtre pour se
donner entièrement à cette épouse sanctifiée par le sang du Christ et confiée à ses soins. Selon le
mot de Jean-Paul II, il est « don de soi dans et avec le Christ à son Eglise, et il exprime le service
rendu par le prêtre à l'Eglise dans et avec le Seigneur (6). »

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Ces lignes, qui résument la pensée de l'Eglise depuis toujours sur la nature et la mission du
sacerdoce ministériel et sur le « don précieux de grâce » du célibat, ont pris, grâce à Vatican II et
plus encore depuis le Concile, un relief nouveau. La crise postconciliaire a fait mûrir la réflexion
théologique, et on peut dire qu'avec Pastores dabo vobis une sorte de sommet a été atteint. Ce qui
est dit dans l'exhortation post-synodale, brassant la gerbe de trente années de patiente méditation,
ne demande plus, semble-t-il, qu'à être exploité et enrichi de considérations secondaires.
C'est ici que l'histoire rejoint la théologie. Car une question vient aussitôt à l'esprit. S'il est
vrai qu'il existe un lien étroit entre le célibat, — ou la continence parfaite —, et la vie de ceux qui,
par un choix privilégié du Seigneur, ont été appelés à lui ressembler par le sacrement de l'Ordre,
qu'en a-t-il été des Apôtres ? Ces douze hommes, les premiers choisis, dont l'un au moins était
marié, ont-ils perçu et vécu cette exigence profonde de leur appel, ou. « lents à comprendre », en
quelque sorte, ne se sont-ils sentis nullement concernés et ont-ils continué librement leur mode
d'existence antérieur ? Qu'en a-t-il été ensuite de leurs successeurs immédiats, et de la pratique
ecclésiale pendant les premiers siècles ? La continence parfaite des évêques, des prêtres et des
diacres était-elle laissée à la libre décision des intéressés, par fidélité à une tradition qu'on estimait
remonter aux Apôtres, ou, au contraire, par fidélité à ces mêmes Apôtres, gardait-on dans les
Eglises la coutume de n'ordonner au sacerdoce que des hommes acceptant de vivre dans la chasteté
parfaite ?
On sait que cette question historique, pour secondaire qu'elle soit par rapport à la théologie
du sacerdoce, n'en est pas moins importante pour nos esprits modernes qui conçoivent mal
comment un mode de vie sacerdotal dont les motivations sont présentées comme homogènes à
l'Evangile, et inspirées de l'exemple du Christ, ait pu être considéré comme purement facultatif par
les premiers prêtres de la Nouvelle Alliance, ceux-là mêmes dont la mission a été de faire
connaître l'Evangile et de montrer, par l'exemple de leur vie, ce qu'était et ce que devait être un
« alter Christus ». Pour juger de l'intérêt de cette question, il suffit de lire les nombreux livres ou
articles parus depuis le Concile sur la question du célibat dès-prêtres. Il n'en est pratiquement pas
un qui ne fasse appel à l'histoire, soit pour critiquer la discipline actuelle en lui assignant une
origine tardive, soit au contraire pour la rattacher à une haute antiquité, mettant au jour par
là-même de solides fondations.
Point de départ de la recherche: le concile de Carthage de 390.
J'ai, pour ma part, été sensibilisé à cette question dès 1964, à l'époque où je préparais mon
doctorat en théologie. Un canon d'un concile tenu à Carthage en l'an 390 attira mon attention, car,
d'une façon qui me surprenait, on y rattachait l'obligation de la continence des membres du clergé à
une tradition apostolique. En voici le texte :
« Epigone, évêque de Bulle la Royale, dit : Dans un concile antérieur, on discuta, de la règle
de la continence et de chasteté. Qu'on instruise donc (maintenant) avec plus de force les trois
degrés qui, en vertu de leur consécration, sont tenus par la même obligation de chasteté, je
veux dire l'évêque, le prêtre et le diacre, et qu'on leur enseigne à garder la pureté.
L'évêque Geneclius dit : Comme on l'a dit précédemment, il convient que les saints évêques
et les prêtres de Dieu, ainsi que les lévites, c'est-à-dire ceux qui sont au service des
sacrements divins, observent une continence parfaite, afin de pouvoir obtenir en toute
simplicité ce qu'ils demandent à Dieu ; ce qu'enseignèrent les apôtres, et ce que l'antiquité
elle-même a observé, faisons en sorte, nous aussi, de le garder.
A l'unanimité, les évêques déclarèrent : Il nous plaît à tous que l'évêque, le prêtre et le
diacre, gardiens de la pureté, s'abstiennent (du commerce conjugal) avec leur épouse, afin
qu'ils gardent une chasteté parfaite ceux qui sont au service de l'autel (7). »
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ou se dérober devant eux. pour expliquer aux princes allemands son refus de renoncer à la loi du célibat. Par la suite. I. Il s'agissait de savoir si la revendication à l'apostolicité de la part des Pères africains était crédible. aussi complet que possible. Augustino de ROSKOVANY et Gustave BICKELL. faire l'inventaire. toutefois. C'est ainsi qu'en mai 419. dans les temps modernes. tant en Occident qu'en Orient. ou consolider. et c'eût été faire preuve d'une étrange capacité. Tous sont intimement persuadés qu'il est légitime et comme nécessaire de passer par Carthage pour se guider avec sûreté dans la recherche historique des origines de la discipline du célibat sacerdotal. de 692. les promoteurs de la réforme grégorienne lui emprunteront plus d'une fois un argument historique qu'ils jugent décisif (9). et pour cela trouver le principe heuristique le plus approprié à la recherche historique pour l'Eglise primitive. ZACCARIA. ne pense pas pouvoir mieux faire que de le citer. — et simultanément —. le connaissent. A la différence de l'architecte. l'authenticité de ces documents. au 13ème siècle. Tenter enfin un essai de synthèse. au cours de l'histoire. Les premiers à y recourir officiellement furent les Pères byzantins du concile Quinisexte in Trullo. des textes de diverse nature sur le célibat des clercs. il devenait nécessaire de procéder à un triple examen : Tout d'abord. le lien traditionnel de la discipline du célibat avec « l’enseignement des apôtres ». quant à lui. Non seulement les quelques Pères réunis à Carthage en 390. utiliseront à leur tour le document africain de 390 pour étayer les mêmes conclusions (14). On ne saurait. au 19ème siècle. si. mais l'ensemble de l'épiscopat africain. auquel fut donné l'approbation officielle de Rome par la voix du légat Faustin (8). Au concile de Trente. son rôle est de les 5 de 48 . les experts de la commission théologique chargée d'étudier les thèses luthériennes sur le mariage des clercs. joua un rôle important dans l'histoire de la discipline de la continence sacerdotale. Pour cela. du 20 décembre 1935 (15). Le décret carthaginois servit de relais à plusieurs reprises. un concile général de l'Eglise africaine auquel participèrent 217 évêques (dont saint Augustin). y fait encore une référence autorisée dans l'encyclique Ad catholici sacerdotii fastigium. bien des théologiens et historiens de la période post-tridentine le mentionnent dans leurs études (11). aux premiers siècles de l'Eglise. affirma la tradition apostolique de la continence sacerdotale. promulgua à nouveau le canon que nous avons lu. que de disserter sur les origines du célibat des clercs en escamotant certains problèmes ou en ignorant les faits. dont nous aurons à reparler. Pie IV. notamment par le canon de Carthage (10). jusqu'à l'invasion musulmane du 7ème siècle. L'analyse est en effet à la synthèse historique ce que la préparation des matériaux est à l'agencement d'un édifice. appuie aussi entre autres sur ce texte une solide enquête aboutissant à l'origine apostolique du célibat des clercs (12). récemment encore peu connu des historiens modernes. Au 11ème siècle. il va sans dire. Pie XI.A. ces évêques ne nous fournissaient pas une clé de lecture cohérente et d'interprétation sûre des documents de la période patristique relatifs à la question. L'inventaire et l'étude des documents nécessitaient un travail de longue haleine. Saint Raymond de Penafort. Les négliger. — chose hélas fréquente aujourd'hui —. pour vérifier. l'auteur des Décrétales de Grégoire IX. le jésuite F. se dit également convaincu de l'origine apostolique du célibat. l'historien ne choisît pas les éléments qui lui servent à reconstituer le passé . Vérifier ensuite. d'abstraction.ANALYSE DES DOCUMENTS Le canon de Carthage s'imposa donc très vite comme le fil conducteur de mes recherches. en affirmant que l'obligation à la continence parfaite pour les membres supérieurs du clergé remontait aux Apôtres. Au « siècle des lumières ». De même le bollandiste Jean STILTINCK (13). comme devant des témoins gênants n'est pas digne de la science. en faire l'économie car le premier devoir est de laisser parler les textes."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Ce canon.

Le document insiste sur la fidélité aux traditions venues des apôtres. car « il ne s'agit pas d'ordonner des préceptes nouveaux. par suite de l'apathie ou de la paresse de certains. On voudra bien les garder présents à l'esprit en suivant cette enquête. dans l'ordre chronologique : 1 — La décrétale Directa.. est une réponse de Sirice (ou peut-être de Damase) à une série de questions envoyées par les évêques des Gaules. à ce stade de l'analyse. et en vient dans ce contexte à parler des évêques. font eux aussi dès cette époque. de les comparer les uns aux autres. Le pape annonce d'abord qu'il va reprendre dans l'ordre les questions posées « en faisant connaître les traditions » (singulis itaque propositionibus suo ordine reddendae sunt traditiones). — Une troisième décrétale. des prêtres et des diacres. et aux problèmes qui posent une difficulté particulière. émanant de la hiérarchie ecclésiastique. au sujet desquels. (et tenus) à mettre nos cœurs et nos corps au service de la sobriété et de la pureté. et ajoute : « C'est par la loi indissoluble de ces décisions que nous tous. mais de faire observer ceux qui. Ce sont. font une obligation d'être très chastes ». Il n'est évidemment pas question. et pour ce faire de ne rien négliger qui puisse entrer de droit dans la construction d'ensemble. en respectant la valeur propre des matériaux et en exigeant d'eux le maximum de garanties. dans le cadre d'un article. à Paris. en 386. métropolitain de la Tarraconaise (17). 3 — La décrétale Dominus inter. dont le principe est dans l'Evangile du Christ. du 10 février 385.. 2 — La décrétale Cum in unum. Sirice envoie à divers épiscopats la décrétale In unum pour leur communiquer les décisions prises à Rome par un concile de 80 évêques. » — Un an plus tard. A) DOCUMENTS PUBLICS Un premier ensemble de documents du 4ème siècle. Je me limiterai aux textes les plus importants. « les divines Ecritures. nous nous trouvons liés à partir du jour de notre ordination. deuxièmement. se trouve aussi l'obligation à la continence pour les clercs supérieurs. Aux nouvelles affligeantes qui lui arrivent d'Espagne sur l'état du clergé. 6 de 48 . envoyée par le pape Sirice à l'évêque espagnol Himère. bref de se soumettre à un donné. et ne rien ajouter qu'ils ne contiennent pas . envoyée par Sirice aux épiscopats de diverses provinces pour leur communiquer les décisions prises en janvier 386 à Rome par un concile de 80 évêques (18). — la décrétale Dominus inter —. ont été négligés ». Parmi ces diverses choses « établies par une constitution apostolique et par une constitution des Pères ». — La décrétale Directa est une réponse du pape Sirice à une consultation adressée à son prédécesseur Damase par l'évêque espagnol Himère au sujet de la continence des clercs."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" découvrir. de rouvrir l'ensemble du dossier patristique sur le célibat des clercs. Les deux principes fondamentaux. remonter aux temps apostoliques la discipline de la continence parfaite du clergé. en réponse à des questions posées par des évêques des Gaules (19). de les scruter. le chef de l'Eglise réagit par un rappel du devoir de la continence parfaite. quelques années après ma soutenance de thèse à l'Institut Catholique (16). prêtres et diacres. dit-il expressément. éclairer les documents et les faits en les situant autant que possible dans l'ensemble du contexte auquel ils appartiennent. ni de reprendre l'examen critique détaillé de chacune des pièces qui le composent. et pas seulement nous-même. sont ceux que connaissent bien tous les historiens : premièrement. tirer des textes tout ce qu'ils contiennent. comme le canon de Carthage. Qu'on veuille bien me permettre de renvoyer le lecteur qui le désire à l'ouvrage que j'ai publié en 1981.

et suivant la ligne de conduite que Jésus. en vue de la continence que ces hommes mariés auraient à pratiquer à partir de leur ordination. des diacres et des sous-diacres. (il se recrute) parmi les époux qui gardent la continence avec leur épouse. a été conservée la Tradition qui vient des apôtres (21). » Admettre cette position privilégiée du Siège « apostolique ». à défaut de vierges (le sacerdoce se recrute) parmi les moines . 315-403) : Dans son Panarion. au bénéfice de ces sens de partout. ajoute Epiphane. l'ordination de nombreux hommes mariés. de la Tradition venue des apôtres. pour asseoir la discipline du « célibat-continence » sur des fondements scripturaires (20). doit nécessairement s'accorder toute Eglise. des prêtres. toujours. même s'il garde la continence ou s'il est veuf. le presbyte ou le diacre. elle en qui. Cette lecture de 1 Tm 3. mais cela ne se fait pas conformément aux véritables canons ecclésiastiques (25). est blâmée comme étant contraire à la tradition apostolique. en raison de son origine plus excellente. en effet. (il est écarté) de l'ordre des évêques. 6 a été peu remarquée par les exégètes modernes .. Plus loin.e. mais chez elle (i. font également état d'une discipline de continence parfaite pour les clercs des ordres supérieurs. et l'infraction à cette discipline. fréquente alors dans certaines provinces éloignées de Rome comme l'Espagne ou les Gaules. il y a des clercs qui continuent à avoir des enfants. c'est du même coup reconnaître que les pontifes romains de cette fin du 4ème siècle se sont portés garants au nom de toute l'Eglise d'une tradition de « célibat-continence » (22) pour le clergé supérieur remontant aux apôtres.. Une objection tirée des épîtres pauliniennes paraît à certains décisive : l'Apôtre n'a-t-il pas demandé que l'évêque. Dans la postface du même Panarion. Toutefois. dans certaines régions. plusieurs auteurs patristiques. rien de plus contraire à l'intention du Seigneur. toujours au 4ème siècle. fixèrent à leur tour la norme ecclésiastique du sacerdoce (24)."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Ces trois décrétales sont d'une importance primordiale pour l'histoire des origines du célibat des clercs. soit « l’homme d'une seule femme » (unius uxoris vir). l'évêque de Chypre réfute les montanistes qui discréditaient le mariage . ces apôtres mariés pratiquèrent ensuite la continence parfaite. c'est que l’expérience de fidélité à une même épouse est une garantie de chasteté pour le futur. dans l'Eglise). la règle de la vérité. S'ils doivent être les hommes d'une seule femme. il n'est pas permis d'admettre au sacerdoce l'homme remarié . si celle-ci est encore de ce monde. Elle présupposent. Saint Irénée l'a dit dans une formule inoubliable : « Avec cette Eglise. comme chose normale et légitime. Ceux-ci. B) AUTEURS PATRISTIQUES A côté de ces documents publics. leur avait ainsi tracée. ou parmi les ex-monogames veufs . autorisant par là le choix de candidats mariés ? Certes. on peut encore lire une allusion très claire à la discipline générale de l'époque : « . répond Sirice. mais cette consigne a été édictée propter continentiam futuram. et chez nombre d'écrivains patristiques. Si on veut apprécier à leur juste valeur la portée de ces trois décrétales. il reconnaît que. c'est-à-dire les fidèles de partout. s'il n'y a pas de moines en nombre suffisant pour le ministère. qui a choisi ses apôtres non seulement parmi les vierges. sont néanmoins tenus à la continence parfaite avec leur épouse. il faut se rappeler que l'Eglise de Rome a joui très tôt d'une position absolument unique comme témoin. et ont engagé dans cette affirmation toute leur crédibilité (23). Les contestataires de ces régions invoquent l'Ancien Testament à l'appui de leur cause. Nous retiendrons ici quatre témoignages plus représentatifs : — Saint Epiphane de Salamine (v. mais aussi parmi les monogames. » 7 de 48 . 2-12 et Tt 1. à partir du diaconat. elle est cependant une pierre d'angle de l'argumentation chez Sirice. mais la continence temporaire des lévites d'Israël prouve qu'a fortiori les prêtres de la Nouvelle Alliance doivent observer une continence perpétuelle.

pourquoi les hommes ordonnés ne peuvent-ils plus s'unir (à une épouse) ? C'est qu'en effet il y a des choses qui ne sont permises à personne. comparées au soleil. parce que fondées sur le caractère exceptionnel de ses fonctions. Dans l'Adversus Jovinianum. sont licites et pures. tout entière dominée par un sens aigu de la transcendance de Dieu. si par ailleurs il s'abstiennent désormais de l'usage du mariage ». la lumière d'une lampe n'est que brouillard. comparée aux étoiles. » (28) Ce texte témoigne d'une saine vision de la sexualité ennoblie par le Créateur. et doit pouvoir « vaquer à la prière » et à son ministère de façon constante. par rapport à nous. 333-397) commente lui aussi l’Unius uxoris vir de saint Paul de la même manière que Sirice : « Ce n'est pas à engendrer des enfants pendant (sa carrière) sacerdotale que l'invite l'autorité apostolique . sur la hiérarchie de valeurs entre la continence parfaite des ministres du Christ et le mariage chrétien : « On dira peut-être : s'il est permis et bon de se marier.. étant donné qu'ils tiennent la place du Christ. Les exigences requises du sacerdoce sont exceptionnelles. Ainsi. et des Pères dans leur ensemble.. nous le voyons ainsi commenter à son tour l’unius uxoris vir de la première 8 de 48 . et il est effectivement son vicaire . La même idée est exposée dans les Quaestiones veteris et novi Testamenti. — Saint Jérôme (v. le soleil n'est qu'une nuit. ou le futur évêque.. comme ses contemporains.. les choses de son ministère. En effet."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" — L'Ambrosiaster (v.. les étoiles sont obscures. mais non aux autres. 347-419) revient plusieurs fois sur le problème de la continence des clercs. l'Apôtre ne leur a pas pour autant reconnu la liberté du commerce conjugal . » (29) Dans un autre texte. il répond à l'objection tirée des lévites de l'Ancien Testament.. les choses qui. en sorte que ce qui est permis pour les autres ne l'est pas pour lui. — Saint Ambroise de Milan (v. en effet. il est voué à « la cause de Dieu ». il passe pour son représentant personnel. (l'Apôtre) a en effet parlé d'un homme qui a (déjà) des enfants. contrastant avec le pessimisme manichéen ou la méfiance encratiste de « l’œuvre de chair ». Il faut citer. la continence parfaite requise des prêtres de la Nouvelle Alliance (30). pourquoi n'est-il pas permis aux prêtres de prendre femme ? Autrement dit. d'inspiration paulinienne. soit unius uxoris vir. tandis que. 366-384) : Cet auteur inconnu traite à deux reprises de la continence des clercs. et que. et que nous retrouverons chez Ambroise et Jérôme : en demandant que le futur diacre. Il doit être d'autant plus pur qu'elles sont saintes. les ténèbres sont non seulement obscures. dont « il tient chaque jour la place ». sont comme illicites et impures par rapport à la dignité de Dieu . comparé à la clarté de Dieu. C'est pour cela que le prêtre de Dieu doit être plus pur que les autres . mais sordides . C'est pourquoi les prêtres de Dieu doivent être plus purs que les autres. elles ne conviennent cependant pas à la personne de Dieu. toutes bonnes qu'elles soient. il en est. Dans un commentaire de la 1ère épître à Timothee (27). dans ce second texte. sans aucune exception . C'est avant tout la polémique contre les détracteurs de la chasteté sacerdotale qu'étaient Jovinien et Vigilance. L'anthropologie sous-jacente. au contraire « qu'ils sachent bien qu'ils pourront obtenir ce qu'ils demandent. d'autre part. et il en est qui sont permises à certains moments. non de quelqu'un qui en engendre (d'autres) ou qui contracte un nouveau mariage. est une anthropologie que l'on peut légitimement qualifier d'intégrale. comparées à la lumière des lampes. Ministre du Christ. il développe une argumentation semblable à celle de Sirice. en effet. mais non à d'autres. qui sont permises aux uns. qui nous vaut de sa part des réflexions particulièrement appropriées. un passage qui montre bien quelle était la pensée théologique de l'auteur. en justifiant par un a fortiori.

La lettre à Pammachius. » (32) L'Adversus Vigilantium. si on prévoit des peines canoniques pour les contrevenants. » (33) La discipline prohibant le mariage après l'ordination. ou (s'ils ont eu) une épouse. ou continents après le mariage. ou veufs . comme Epiphane. comme on vient de le voir. de prendre en compte la revendication d'une origine de la loi remontant aux apôtres. d'autres. » (34) Certains auteurs modernes. Plusieurs documents affirment l'origine apostolique de l'une comme de l'autre. en tout cas. prêtres et diacres sont choisis vierges. pour sa part. est justement célèbre par la référence à de vastes régions de l'empire : « Que feraient les Eglises d'Orient ? Que feraient celles d'Egypte et du Siège apostolique. LE CONCILE D'ELVIRE Le premier est le 33ème canon du concile d'Elvire. En revanche. Or. En effet. enfin. non de quelqu'un qui continuerait ensuite à engendrer (31). l'Ambrosiaster. C'est pourquoi il est tout à fait légitime. d'avoir des relations (conjugales) avec leur épouse et d'engendrer des enfants . dont la date incertaine est généralement située dans les premières années du 4ème siècle. sont donc. le silence des législateurs sur ce point se comprend plus facilement dans le cas où ils réitèrent et confirment une pratique déjà en vigueur. elles qui n'acceptent les clercs que s'ils sont vierges ou continents. soit (encore) à tous les clercs employés au ministère. il convient d'examiner quelques documents de la même période qui soulèvent un problème particulier. s'il s'agissait de remédier à des 9 de 48 . imposant aux clercs mariés avant leur ordination l'abstention des rapports conjugaux. Ambroise ou Jérôme. comme c'est le cas ici. veulent y voir la première tentative officielle pour inaugurer une discipline de continence parfaite pour le clergé. aux prêtres et aux diacres. Pour qui réfléchit à la nature des exigences posées. Nous n'avons aucun texte relatif à cette obligation du célibat pour les trois premiers siècles. si quelqu'un le fait."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" épître à Timothée dans le même sens que Sirice : Il s'agit d'un homme qui a pu avoir des enfants avant son ordination. mais nous n'en avons pas non plus qui en infirme valablement l'existence. ou les conciles africains . que s'ils ont renoncé à la vie matrimoniale. Certains en termes explicites. que dans le cas contraire. de façon indirecte. telle qu'elle s'exprime au 4ème siècle. un examen tant soit peu attentif du document manifeste à l'évidence une pré-histoire. Surtout. sans dire pourquoi ce qui était jusqu'alors permis devient tout à coup défendu. qu'il soit exclu de la cléricature. les apôtres furent ou vierges. C) EXAMEN DE QUELQUES PROBLÈMES PARTICULIERS: Par manière de contre-épreuve. On n'impose pas brusquement à des époux la rude ascèse de la continence parfaite. mais non moins certaine. souligne le lien de dépendance entre la continence des clercs et celle du Christ et de sa Mère vierges : « Le Christ vierge. et la discipline de la continence parfaite. rien n'est dit de la liberté d'user du mariage qu'auraient eu jusqu'alors les clercs mariés. et conforme aux principes d'une bonne méthode historique. comme les décrétales de Sirice. Evêques. largement attestées dès le 4ème siècle par les meilleurs représentants de l'époque patristique. une fois reçu le sacerdoce. ils observent la chasteté parfaite. à la suite de Funk (35). la Vierge Marie ont pour chaque sexe consacré les débuts de la virginité . Relisons ce texte bien connu : « Il a paru bon d'interdire absolument aux évoques.

cela ne signifie pas que la pratique antérieure de l'Eglise ait été différente. les Pères du synode auraient voulu interdire aux évêques. un Père du nom de Paphnuce. les évêques. ne cite ici aucune source. alors qu'il s'agit d'un fait extrêmement important. » (38) On remarque que le concile ne mentionne pas les épouses parmi les femmes que les membres du clergé sont autorisés à garder sous leur toit. à l'abri des tentations féminines et garantir leur réputation. est le premier (et pratiquement le seul) à mentionner cette anecdote . et en un mot à tous les membres du clergé d'avoir avec eux une femme « co-introduite ». une tante. ou enfin les seules personnes qui échappent à tout. ce qui est peut-être un signe indiquant que l'arrière-plan de la décision de Nicée est la discipline de la continence parfaite. Un assez grand nombre de points touchant à la doctrine et à la discipline n'ont pas fait à l'origine l'objet d'une explicitation. par la suite constamment interprété par les papes et les conciles particuliers dans le même sens : mettre les évêques. Il faut nous arrêter un instant sur un épisode qui. les prêtres et les diacres. chronologiquement parlant. évêque de la HauteThébaïde. et sous la pression de circonstances inédites. Ce n'est qu'avec le temps. aujourd'hui encore. aborde un sujet qui intéresse l'histoire du célibat ecclésiastique : « Le grand concile a défendu absolument aux évêques. intitulé « Des femmes qui cohabitent avec des clercs ». d'ordinaire soucieux de références. aux prêtres et aux diacres. Un autre indice de grande portée est que ce Sème canon du premier synode général. « D'où vient-il ? quel en est l'auteur ? quelle en est la date ? » A aucune de ces questions. il n'est possible de trouver une réponse satisfaisante. en général. tant en Orient qu'en Occident. et auquel certains. a été. dont les décisions furent « la règle fondamentale qui servit de modèle aux conciles locaux et oecuméniques ultérieurs dans les dispositions qu'ils prirent (39) ». continuent de faire confiance sans esprit critique. et qui ferait tort à l'Eglise. sur quoi. à moins que ce ne fût une mère. pour susciter la méfiance des critiques. Convoqué pour juger l'arianisme. on comprend que les évêques espagnols n'aient pas éprouvé le besoin de justifier une mesure aussi sévère (36). ce concile nous a laissé une liste de vingt canons disciplinaires. Il en faut bien moins. En supposant même que le décret d'Elvire soit le premier. La première question que se pose l'historien moderne. prêtres et diacres d'avoir des relations avec leur épouse . au sujet de cet épisode est celle de sa provenance. nouvelle assurait-il. soupçon. une sœur. Ceci est d'autant plus plausible que les premiers nommés. selon l'historien grec Socrate. Socrate. serait intervenu avec chaleur pour dissuader l'assemblée de voter une pareille loi. sans aucune exception. D'après ce récit. Ce principe bien connu de méthodologie générale sur la formation des normes juridiques de l'Eglise peut éclairer de façon juste l'histoire antérieure du concile d'Elvire. Quand ils évoquent le cas de l'épouse. 10 de 48 . Le concile aurait donc abandonné le projet et laissé chacun libre d'agir comme il le voudrait (40). lui. soit plus de cent ans après le premier concile oecuménique. (37) LE CONCILE DE NICÉE Un autre texte d'interprétation parfois controversée est un canon du concile oecuménique de Nicée (325). dont le troisième. y ont toujours été soumis. qui achève son Histoire ecclésiastique vers l'an 440. c'est généralement pour l'autoriser à vivre avec son mari ordonné. mais à la condition expresse qu'elle ait fait elle aussi profession de continence. tenus à la continence parfaite. se serait déroulé au concile de Nicée."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" infractions à une règle déjà ancienne. Elle entrait par là dans la catégorie des femmes « qui échappent à tout soupçon ». que des vérités de foi d'abord admises par tous firent l'objet de définitions dogmatiques et que des traditions observées depuis les origines de l'Eglise revêtirent une forme canonique.

la question du célibat occupe une place importante. tandis que les autres membres du clergé supérieur. Qui plus est. — ou à l'écarter comme légendaire —. dans les grands commentaires du Syntagma canonum (composé à Byzance au 12ème siècle) par les canonistes Aristène. une allusion à l'intervention de Paphnuce. il vote et reconduit de synode en synode un décret sur la continence parfaite des clercs en affirmant qu'il s'agit là d'une tradition venue des apôtres. Il importe en outre de remarquer que. Même lorsqu'ils commentent le 13ème canon du concile in-Trullo par lequel. Paphnuce n'est pas mentionné (42). disent-ils. quant à lui. et c'est pourquoi les critiques sont quasi unanimes aujourd'hui pour rejeter comme un faux. C'est notamment le cas pour Ambroise. l'anecdote de Socrate n'est nullement en harmonie avec la pratique de l'Eglise grecque au sujet du mariage des clercs. Un autre important argument de critique externe a été développé récemment. ni à user du mariage qu'ils pouvaient avoir contracté avant leur ordination. et ne réclamait d'aucun d'entre eux une continence temporaire. Le concile Quinisexte qui. plus remarquable encore. Aucun concile antérieur à Nicée n'a jamais autorisé les évêques et les prêtres à contracter mariage. ne fasse aucune allusion à la décision que les Pères de 325 auraient prise sur la proposition de Paphnuce. partant de la constatation que le nom de Paphnuce ne figure pas parmi les évêques signataires du concile de Nicée sur les meilleures listes de souscriptions qui nous sont parvenues. Pour toute la période allant de 325 à 440. fixera de façon définitive la législation byzantine. maintiendra strictement la loi de continence parfaite pour l'évêque. Même silence. tendant à démontrer de façon assez décisive que le personnage de Paphnuce mis en vedette dans le récit de Socrate est « le produit d'une affabulation hagiographie progressive ». Il a été exposé en 1968 par le professeur F. l'épisode rapporté par Socrate. nous voyons des personnalités bien informées sur le concile de Nicée et sur la vie de l'Eglise. autorisés à vivre avec leur femme. au 11ème siècle. opposa le moine Nicetas Pectoratus et les Latins. « dont les décisions ont fait loi pendant longtemps et continuent à être prises en considération (43) ». on a voulu corriger « quod ea de causa fit in Romana Ecclesia ». comme nous l'avons vu. les trois érudits byzantins se taisent sur l'histoire de Paphnuce (44). Zonaras et Balsamon. mais attester la haute antiquité de la discipline de la continence parfaite pour le clergé. Néanmoins. C'est aussi et surtout le cas pour l'épiscopat africain. dans ces conditions. dans la forme où nous le connaissons. et dont la sincérité ne peut être a priori mise en doute."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Ce récit tardif a d'autre part contre lui le témoignage de nombreux représentants de l'époque postnicéenne. Sirice et Innocent I. On ne peut imaginer de démenti plus net à l'encontre de la véracité de l'histoire de Paphnuce. Ces conclusions du professeur Winkelmann sont aujourd'hui généralement admises dans les milieux scientifiques (41). L'histoire de Paphnuce est si peu en harmonie avec la discipline orientale que les Byzantins ont continué à l'ignorer. au temps même de saint Augustin : avec la volonté d'agir en pleine conformité avec les décisions de Nicée. Dans la polémique qui. tout en citant par ailleurs le 3ème canon de Nicée. que le concile de 691. Jérôme. Il n'est pas surprenant. seront tenus à la continence temporaire. dans l'immense littérature patristique. Winkelmann. LES CLERCS MARIÉS AUX PREMIERS SIÈCLES DE L'EGLISE — La question du mariage des Apôtres 11 de 48 . contrairement à ce qu'on a parfois soutenu. longtemps encore après la fin du 7ème siècle. car cette décision laissait les évêques libres d'user du mariage. Les gens qui auraient dû savoir et qui auraient eu tout intérêt à parler ne manquaient pourtant pas. on cherche en vain. au même titre que les prêtres et les diacres. Epiphane. en témoignant toujours d'un respect inconditionnel pour la règle fondamentale qu'était à leurs yeux le premier concile oecuménique. Tout ceci ajoute au nombre des arguments qui réfutent l'authenticité de la prétendue intervention de Paphnuce au concile de Nicée. non seulement ignorer le fameux épisode.

qu'une majorité de Pères estiment n'avoir jamais été marié. car les récits du temps et l'épigraphie nous ont conservé le souvenir d'un bon nombre et souvent plus d'une information utile à leur sujet. par exemple." (Mt 19. c'est évident. en même temps qu'au choix du Seigneur qui avait appelé Pierre. femme. Me limitant ici aux quatre premiers siècles.. Ce remarquable consensus des Pères sur un point aussi important constitue une herméneutique autorisée des passages d'Evangile où il est fait allusion au détachement des disciples : « Alors. parents ou enfants. y compris éventuellement leur femme. prêtres et diacres ayant eu femme et enfants. aux premiers siècles de l'Eglise. Quand les Pères africains de 390 assurent vouloir observer « ce que les Apôtres ont enseigné ». avec la même assurance. et peut-être d'autres hommes mariés.Hormis le cas de Pierre. à travers les sources disponibles. comme l'affirment les documents du 4ème siècle que nous avons rencontrés. je vous le dis. les Douze ont laissé à la postérité. et peut-être d'autres Apôtres. et l'apôtre Paul. nul n'aura quitté maison. Question d'un intérêt primordial. considéraient en effet comme une chose normale d'admettre au ministère sacerdotal des hommes mariés. Et tout d'abord par la situation de Pierre. Nous avons là un écho de la prédication officielle des premiers siècles dans les grands centres chrétiens (dès la fin du 2ème siècle et le début du Sème. 28-30). Les documents publics et les textes patristiques que nous avons lus attestent indirectement l'existence de ces clercs monogames. à tout quitter pour le suivre. que ceux d'entre eux qui pouvaient avoir été mariés ont ensuite cessé la vie conjugale et pratiqué la continence parfaite. et constitue un solide argument de tradition. frères. et en Afrique. à Alexandrie. C'était là un hommage rendu à la sainteté du mariage. dès lors qu'il s'agit de vérifier si la loi de la continence parfaite pour les ministres sacrés peut remonter à une origine apostolique. — Exemples de clercs mariés aux quatre premiers siècles Il y eut. je me bornerai aussi à présenter ces personnages. qui ne reçoive bien davantage en ce temps-ci et dans le temps à venir la vie éternelle » (Lc 18. était donc que les Apôtres avaient été les premiers à tout quitter.Concernant le genre de vie des Apôtres au lendemain de leur vocation. joua un rôle déterminant dans la vie de l'Eglise et dans l'organisation de sa discipline. qui avaient une épouse lorsque le Christ les a appelés à le suivre. avec Clément. Le sentiment commun des Pères. Car on peut être assuré que cet exemple. sans surcharger la lecture de références 12 de 48 . il n'existe pas de tradition assez générale et constante sur laquelle on pouvait se fonder pour affirmer. Les Communautés chrétiennes de l'époque. Pierre dit à Jésus : "Eh bien ! nous. Il est l'expression de la mémoire collective des Eglises apostoliques regardant l'exemple laissé par les Apôtres aux générations futures. car la vérité et la science historiques ont tout à gagner à la connaissance des faits de ce genre. ils se réfèrent non seulement à un enseignement oral mais avant tout à l'exemple que."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Un autre problème qui mérite l'examen est celui qui est posé par l'existence de nombreux clercs mariés aux premiers siècles de l'Eglise. qu'une tradition assez unanime reconnaît avoir été vierge . en tout cas. Deux exceptions cependant : l'apôtre Jean. 2. qui vivaient intensément du souvenir des Apôtres. Mais il y a plus. nous avons tout quitté et nous t'avons suivi. à cause du Royaume de Dieu. pour le Royaume de Dieu. Une enquête aussi complète que possible à travers la littérature chrétienne de l'époque conduit aux conclusions suivantes : 1. quel qu'il fût. Le Nouveau Testament ne nous fournissant qu'un seul renseignement sûr: le mariage de Pierre. ou de tel autre qu'il était célibataire. selon eux. Aussi me suis-je efforcé de répertorier. prenant la parole. de tel apôtre qu'il avait eu femme et enfants. avec Tertullien). une liste de clercs mariés pouvant offrir une base de réflexion suffisamment large (45).. c'est à la Tradition des origines qu'il faut demander des indications supplémentaires. de très nombreux évêques. Leurs noms figurent de plein droit dans le dossier des origines du célibat sacerdotal. sans exception. ou. avoir été veuf. les Pères affirment tous. 27) Il leur dit : "En vérité.

pour les raisons que nous connaissons. que la continence parfaite des membres supérieurs du clergé est une tradition d'origine apostolique. nommé Valens. et Tertullien. il avait fort bien pu pratiquer la continence parfaite si telle était la discipline à son époque. dont la femme. un évêque anonyme du Pont. ou quelle était la discipline de leur temps. qui assista « avec joie » au martyre de sa fidèle épouse . Demetrius. entre autres forfaits. Chérémon de Nilopolis et Démétrien d'Antioche usaient-ils du mariage ou pratiquaient-ils la continence parfaite ? Les notices d'Eusèbe de Césarée. son successeur . sinistre individu qui. Une fois ordonnés. par la voix de ses évêques. qui s'enfuit « avec sa compagne » dans la montagne d'Arabie pour échapper à la persécution de Dèce . qui.Exemples de clercs mariés au premier siècle : Indépendamment du cas des Apôtres.Exemples de clercs mariés au deuxième siècle : Deux noms aussi seulement pour cette période : un prêtre de Philippos en Macédoine. dix-sept prêtres et huit diacres. prêtre de Carthage. ils n'auraient pu prétendre que leur décision était conforme à l'enseignement 13 de 48 . qui subit le martyre avec ses quatre enfants . ou ont-ils vécu dans la continence parfaite ? L'histoire ne le dit pas. dont parle saint Cyprien dans une de ses lettres. père de l'évêque Domnus. ces deux hommes ont-ils continuer à mener la vie conjugale. ne permettent pas de répondre. pour le troisième siècle. 5) . Quant à Irénée de Sirmium. sa mère. qui avait plusieurs fils. au martyre en déclarant qu'il avait accompli le précepte du Seigneur : « Celui qui aime son père."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" bibliographiques qui ne sont pas nécessaires. L'un est le diacre de Jérusalem Nicolas. Numidicus de Carthage. ami intime de saint Cyprien. et Martial. cinq évêques qui étaient (ou avaient été) mariés : Chérémon. Comme pour le premier siècle. mais il reste néanmoins un renseignement intéressant à noter. On peut toutefois observer que tous sont prêtres d'une Eglise qui affirmera au siècle suivant. l'évêque d'Origène. Novatus de Carthage. auquel avant de mourir il confia sa femme et ses enfants . et il faut se garder de conclure. . nous ne connaissons pour le premier siècle que deux exemples de clercs mariés. C'est au total une liste de soixante et onze clercs. l'autre. dont l'élection ne fut acceptée par la communauté chrétienne d'Alexandrie que lorsqu'on apprit qu'il avait toujours gardé la continence avec son épouse . dans un sens comme dans l'autre. en Espagne. Le récit des Actes de son martyre ne dit rien sur sa vie conjugale. alla. semblent ainsi nous indiquer que la discipline de l'Eglise d'Afrique. son esprit de détachement total à l'heure du martyre montre que. du moins si l'on veut en croire saint Jérôme qui nous assure qu'il était prêtre. qui fut le père de l'hérétique Marcion. Ils appartiennent tous à l'Afrique : Cécilien. dont parlent les Actes des Apôtres (6. Saturnin d'Abitina. Irénée. Démétrien. et encore moins sur la discipline de l'époque. ou ses enfants. Ici encore. brutalisa sa femme et la fit avorter . Le récit sur Demetrius d'Alexandrie a été sans doute enjolivé par la légende. . . en Pannonie.Exemples de clercs mariés au troisième siècle : Nous connaissons. n'est pas digne de moi ». jeune évêque de Sirmium. ce qui reflète la rareté de la documentation dans tous les domaines pour cette période. Cinq noms de prêtres mariés figurent également dans l'histoire du troisième siècle. ses frères ou ses parents plus que moi. dont parle saint Polycarpe dans sa lettre aux Philippiens . malgré sa jeunesse. sans céder aux larmes de sa femme et de ses enfants. il est évident que ces deux brèves notices n'autorisent par elles-mêmes aucune conclusion concernant la façon dont ces époux consacrés vivaient leur vie conjugale. On doit faire la même remarque à propos de Martial de Merida. comportait également l'observation de la continence parfaite. Dans le cas contraire. du temps de Cécilien de Carthage et des autres. ou sa femme. soit quarante six évêques. s'était laissée séduire par Marc le magicien. évêque de Nilopolis. et un diacre anonyme d'Asie. évêque de Merida. en Egypte. martyr. au dire de saint Irénée. qui connaissaient leur histoire au moins aussi bien que nous. qui mentionnent ces deux personnages. Ces Pères du 4ème siècle. évêque d'Antioche. l'examen de chaque cas laisse entière la question de savoir quel genre de vie ces hommes avaient mené avec leur femme après l'ordination.

un exemple remarquable. père de l'évêque Dictinius son successeur. les évêques Khat. aïeul de Nersès le Grand . Spiridon. évêque de Laodicée . évêque d'Italie méridionale. — Dans le diocèse des Gaules : Artémius (*). Leontius et Limenius. Les noms suivis d'une astérisque (*) sont les clercs mariés dont les notices biographiques spécifient qu'ils vécurent dans la continence parfaite après leur ordination. nous offre un nombre important d'exemples de clercs mariés. prêtre de Borille en Cappadoce. Léonce. évêque de Poitiers . tous trois de Rome . père (?) du pape Innocent I . et Anysius. classée d'après le cadre géographique : A) Préfecture d'Orient — Dans le diocèse du Pont : Eulalius. qui mourut martyr. prêtre de Mélos. Pelage (*). Grégoire. quand ce n'était pas plus tôt. Simplicius d'Autun et Sévère de Ravenne —. évêque de Nysse . Calpornius (Kalfurnus). Grégoire « l’Illuminateur » (*). Julius. son 14 de 48 . évêque d'Autun ."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" des Apôtres sans qu'on leur opposât justement ces exemples notoires de leur propre Eglise. évêque d'un siège inconnu. En Phénicie. prêtre. futur évêque d'Ibérie et d'Albanie . Memor. père de deux fils. père de saint Grégoire de Nazianze . Marcel. diacre de Salone. Asroug et Pharen (patriarche). diacre. deux prêtres anonymes . onze prêtres et six diacres. les prêtres Gaudentius. aïeul de l'historien grec Philostorge. Verthanès (*). évêque de Trimithus. évêque d'Antioche . évêque de Barcelone. et quatre diacres : Severus. Pour trois d'entre eux. évêque d'Apamée . évêque espagnol d'un siège inconnu . Verthanès et Aristakès. évêque de Nazianze. et en avait eu des enfants » . et Aper (*). père du futur catholicos Sahaq le Grand. ce faisant. En Arménie. et Nersès le Grand (*). ils obéissent. — Dans le diocèse de Bretagne: Potitus. qui se développe et s'organise à la faveur de la paix constantinienne. évêque d'Ucresium en Numidie. Symposius. Léon. Les catholicos arméniens de la lignée grégoride présentent. évêque d'Auvergne . père du futur catholicos Yousik et de Grégoire. prêtre. à une discipline formelle. — Dans le diocèse d'Asie : Antonin. Patroclus . aïeul de saint Patrick . — Urbicus de Clermont. et trois anonymes. père de Julien d'Eclane . un évêque anonyme d'un siège inconnu (46) . évêque de Botolius . de leur côté. Hilaire (*). évêque de Thmuis. parce que « après s'être séparé de sa femme. évêque d'Autun . il avait repris la vie commune avec elle. prêtre de Laodicée. père d'Eusthate de Sébaste . il est clair que. B) Préfecture des Gaules — Dans le diocèse d'Espagne : Cartérius. père de saint Patrick. et Fl. A Chypre. ami de saint Paulin de Nole. Réticius (*). — Dans le diocèse d'Illyrie : Melon. de Rome. Urbicus (*). le prêtre Pac. évêque de Ravenne . et Apollinaire. Pacien (*). En voici la liste.Exemples de clercs mariés au quatrième siècle : L'Eglise du 4ème siècle. pape. et six évêques anonymes de la région d'Ephèse. . Grégoire « l’Illuminateur ». — Dans le diocèse d'Egypte : Philéas. C) Préfecture d'Italie — Dans le diocèse d'Italie : Anastase I. évêque de Tripoli. — Dans le diocèse d'Orient : En Syrie. Grégoire dit l'Ancien. qui fut condamné par un concile de Constantinople présidé par saint Jean Chrysostome. père d'Apollinaire évêque de la même ville. évêque de Césarée de Cappadoce. — Dans le diocèse d'Afrique : Victor. évêque d'Astorga. évêque d'Ephèse. En Arménie encore. Antonius. Yousik (*). père du préfet du prétoire Dexter . évêque de Clermont . Simplicius (*). Ajax (*). Petronius Dextrus. dont un de Rome et un de Florence (*). Philogonius. père du pape Damase . évêque d'un siège inconnu . évêque d'un siège suburbicaire de Rome. qui furent l'un et l'autre ses successeurs sur le siège du catholicos . Au total quarante évêques. père du diacre Florentius . père du diacre Calpornius. Sévère (*).

Car avant ce concile tenu à la fin du 7ème siècle à Constantinople aucun synode oriental."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" fils Verthanès. Bretagne. les Pères africains. dit in-Trullo. Gaules. la tradition des Eglises orientales qui admettent à l'ordination des hommes mariés et ne leur demandent par la suite qu'une continence temporaire pose une question de grande actualité à laquelle il est auparavant nécessaire de répondre. la question n'est pas vaine. au choix des catholicos. c'est méconnaître un trait essentiel de la physionomie du sacerdoce à cette période. On ignore même si celle-ci était encore de ce monde lors de l'ordination du mari. il faut le dire. qui est la connaissance des faits. les clercs supérieurs mariés des deux préfectures d'Italie et des Gaules (Espagne. d'une règle de continence sacerdotale identique à celle que connaissaient les Eglises d'Occident (47). Afrique et Illyrie) connaissaient tous une discipline de continence parfaite. on peut se demander si les catholicos arméniens du 4ème siècle ne sont pas les témoins privilégiés. pour une évaluation adéquate de la réalité clérogamique aux origines de l'Eglise. Italie. ont exprimé la vérité de l'histoire. mais aucune voix autorisée au cours des siècles précédents ne contredit la leur. nous pouvons déjà le présumer. Elle répond avant tout à l'exigence première de la critique historique. les récits nous prouvent que certains vécurent dans la continence parfaite par soumission à une discipline bien établie. mais a voté une loi sur les cohabitations féminines qui suppose avec assez de certitude la discipline de la continence parfaite. Néanmoins. le document essentiel est celui du concile Quinisexte. Et si on se souvient que l'Eglise d'Arménie était alors rattachée à Césarée de Cappadoce et en étroite communion avec Rome. contrairement à ce qu'a fait trop souvent supposer le légendaire épisode de Paphnuce. Le concile de Nicée. Non seulement les documents contemporains du Magistère et les témoignages de représentants hautement crédibles de la Patristique le confirment. En affirmant : « Ce que les Apôtres ont enseigné et ce que l'antiquité a toujours observé. comme pour l'Arménie en communion avec Rome. Il convient de se rappeler que les décrétales de Sirice concernaient l'ensemble des provinces d'Occident. « le dernier mot de la discipline ecclésiastique pour l'Eglise grecque (48) ». ou éluder la question. Etait-ce seulement en vertu d'une option personnelle ? Ou faut-il y percevoir l'indice d'une discipline en vigueur dans leur Eglise ? Quand on voit la continence associée de façon aussi régulière. par conséquent. Dans d'autres cas. à savoir l'existence d'un nombreux clergé marié. qui reste. La question à laquelle doit s'efforcer de répondre un historien averti est celle-ci : ce clerc marié a-t-il continué à vivre maritalement avec son épouse après son ordination. comme dans les Gaules ou en Italie. on peut le supposer avec raison. n'a pas laissé les clercs libres d'user du mariage. son petit-fils Yousik et son arrière petit-fils Nersès ont tous vécu dans la continence parfaite. comme on l'a justement souligné. La liste nous montre qu'il n'existe aucun exemple de clerc marié dont on puisse affirmer qu'il a vécu maritalement avec son épouse après l'ordination en conformité avec une coutume reconnue ou une discipline officielle. Bien plus. — ou de continence parfaite —. C'en est aussi le premier. comme on le fait parfois. LA DISCIPLINE DES EGLISES D'ORIENT L'analyse des documents des quatre premiers siècles de l'Eglise relatifs au célibat sacerdotal offre à la synthèse des bases suffisantes pour faire du canon de Carthage de 390 une clé d'interprétation parfaitement valable. ou a-t-il vécu dans la continence parfaite ? Ignorer. faisons en sorte nous aussi de le garder ». Elle nous confirme ensuite ce que nous apprennent les documents législatifs et patristiques. L'examen de chaque cas fait ressortir l'importance du concept de célibat-continence. A ce sujet. Le contexte législatif éclaire l'histoire. surtout à partir du 3ème siècle. Pour les autres clercs de la liste. et que. Une liste aussi complète que possible des clercs mariés aux premiers siècles de l'Eglise s'avère ainsi indispensable à la recherche. rien n'est dit souvent de leur épouse. sur plusieurs générations. ne 15 de 48 . pour cette région d'Orient.

le concile Quinisexte. 3 et 6).. touchent à la question. et cette omission intentionnelle laisse perplexe. Quoi qu'il en soit. alors qu'on peut lire dans le 6ème canon : « Qu'aucun évêque. II. Ainsi.SYNTHESE HISTORIQUE REMARQUES PRÉLIMINAIRES La partie analytique d'une étude sur le célibat des clercs aux origines de l'Eglise comporte. les Pères byzantins de 691 s'y réfèrent comme à un jalon essentiel pour remonter aux temps apostoliques. Tout en assurant vouloir se conformer « à l'antique règle de la stricte observation et de la discipline apostolique ». D'autre part. Les limites de cet article imposent un choix. ne parle plus que des prêtres et des diacres. prêtres et diacres. 12 et 48). demande à ceux-ci la continence parfaite et fait remonter cette obligation aux origines de l'Eglise. l'objet d'une modification. leur caractère apocryphe ne permet pas de les reconnaître comme un témoin sûr de la discipline. tandis que les évêques orientaux de la fin du 7ème siècle. En dépit de leurs entorses au canon africain. et décident « que les sous-diacres. empruntée au Codex canonum Ecclesiae Africanae de 419. alors que la discipline de la continence parfaite dans l'Eglise latine serait le fruit d'une évolution tardive. Là où les Pères africains disent : « Il convient que les saints évêques et les prêtres de Dieu. les Pères réunis « sous la Coupole » innovent. observent une continence parfaite ». Deux autorités traditionnelles. et montrent par là toute l'importance du concile de Carthage de 390 pour l'histoire de la loi sur la continence sacerdotale.. un inventaire critique et aussi complet que possible des documents qui. tels que nous les connaissons par les textes que nous avons rencontrés dans les siècles antérieurs. C'est ainsi qu'on ne peut faire 16 de 48 . 13). L'objectivité historique ne paraît donc pas pouvoir fonder avec la certitude qui serait nécessaire l'hypothèse selon laquelle les Eglises d'Orient dépendraient d'une tradition apostolique.. le témoin principal sur lequel s'appuie le Concile in-Trullo pour justifier l'usage du mariage pour les prêtres. les diacres et les prêtres aussi. comme nous le verrons encore mieux plus loin. Qui plus est."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" vota une loi contraire aux règlements sur la continence parfaite des membres supérieurs du clergé. en conservant plus d'un usage conforme à ceux de l'Eglise universelle. sur le point de la continence parfaite pour les évêques. sont invoquées par le canon trullien : le concile de Carthage de 390 et le 6ème des canons dits « apostoliques ». s'en démarquent et orientent l'avenir de leur clergé dans une direction nouvelle (49). de façon incontestable. Mais les textes retenus ici sont les pièces principales du dossier. C'est l'Eglise latine qui a conservé. et permettent de vérifier l'application du principe fondamental de la recherche historique énoncé plus haut : tirer des textes tout ce qu'ils contiennent. Tout indique plutôt le contraire.. en raison de circonstances particulières.. d'une manière ou d'une autre. Elle exigea en particulier la séparation de l'évêque marié d'avec son épouse (c. lui. L'assemblée byzantine de 691 adopta sept canons relatifs au mariage et à la continence des clercs. et interdit aux prêtres comme aux diacres de contracter mariage après leur ordination (c.. diacres et sous-diacres. en effet. la citation du canon de Carthage. en autorisant ces clercs à garder leurs épouses et à n'observer qu'une continence temporaire (c. et ne rien ajouter qu'ils ne contiennent pas. ainsi que les lévites. elle aussi. s'abstiennent de leurs femmes pendant les périodes qui leur sont particulièrement (assignées ) » (kata tous idious orous). Mais sur le point de la continence requise des prêtres et diacres mariés. Y a-t-il erreur de traduction. ». la tradition de l'Eglise indivise. A propos de ces derniers. les Byzantins corrigent.. prêtre ou diacre ne renvoie son épouse sous prétexte de piété.. ils montrent par les références mêmes qu'ils citent pour justifier leur décision qu'ils s'écartent de la ligne primitive. la mention des évêques a disparu. est en fait un document conciliaire qui. ou truquage ? Il n'est pas facile de répondre. comme on vient de le voir. et la continence demandée aux clercs « qui touchent aux saints mystères » n'est plus que temporaire. inaugurée par les Apôtres. est.

et étroitement liée à elle. elle la favorise même. et d'en noter objectivement l'originalité par rapport à la discipline antérieure. et c'est respecter le contenu spécifique des décrétales de Sirice et du concile de Carthage que de prendre en compte la revendication à l'apostolicité qui s'y affirme. attestent la nécessité d'une analyse rigoureuse. ce n'est en définitive qu'après un long travail de rapprochement et de comparaison des textes entre eux. Partant de cette constatation. nous pouvons déjà avoir une certaine idée de la façon dont les divers documents étudiés s'agencent mutuellement. l'historien des premiers siècles de l'Eglise est un archéologue. mais se dégage lentement dans son esprit au fur et à mesure de la découverte et de l'analyse des données que lui fournit l'histoire. et c'est la prise de conscience de cette relation qui met le chercheur sur la voie de la synthèse. ou la détermination du sens authentique des textes par le recours à la philologie ou à l'étude comparative —. comme le veulent Sirice et les Africains du 4ème siècle."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" dire au 33ème canon du concile d'Elvire plus qu'il ne contient en affirmant indûment qu'il marque un tournant dans la législation sur la continence des clercs . et bien d'autres encore. et s'efforcer d'acquérir encore plus de certitude. et d'ajustement des pièces les unes par rapport aux autres et avec le contexte. c'est par ce va-et-vient constant entre le réel qui peu à peu se révèle et l'hypothèse critique d'elle-même qui. se reprend et n'a de cesse qu'elle ait rétabli entre tous les témoignages le réseau de relations qui donne sens. et la reconstitution d'une histoire de la continence parfaite des clercs ayant son point de départ au temps des apôtres apparaît déjà comme l'aboutissement normal d'un faisceau de témoignages convergents. à chaque pas. et procède librement au tri de ce qui est nécessaire à la construction. il n'en va pas tout à fait de même pour l'historien. qui a fixé dans des livres la prédication des Apôtres. détachées de lui. grâce certes à son travail personnel. rassemble ses matériaux en fonction d'un tout. La rareté des documents aux trois premiers siècles de l'Eglise indique qu'il serait vain de partir à la recherche de textes jusqu'ici introuvables prouvant sans conteste possible que la discipline de la continence parfaite remonte bien aux Apôtres. le document est par lui-même essentiellement « relatif-à ». Parce qu'il a déjà appartenu à un ensemble. La part de subjectivité inhérente à la démarche n'empêche pas une soumission totale à la vérité de cette histoire qui a un jour existé en dehors de l'esprit qui la cherche. L'historien. confiée ensuite par ceux-ci à des hommes également sûrs. Ces quelques problèmes. — tels l'élimination de pièces suspectes comme la prétendue intervention de Paphnuce au concile de Nicée. mais sans toujours se rendre compte que ce refus par lui-même implique une prise de position. et il nécessite dans tous les cas une vérification . C'est également être fidèle aux déclarations du concile Quinisexte de 691 que d'en souligner le lien avec la tradition apostolique par l'intermédiaire des conciles africains. Au terme de notre partie analytique. S'il est vrai que l'histoire est inséparable de l'historien. Les fouilles qu'il met au jour et qu'il voit s'organiser sous ses yeux. que le plan confusément entrevu dans un premier temps de la recherche prend les contours plus précis qui annoncent la synthèse. il faut se souvenir ici d'un point capital dans le développement du christianisme : à côté de la tradition écrite. Ce caractère relationnel du document n'est pas toujours discernable au premier abord. existe aussi une tradition orale. Le plan d'ensemble n'est pas chez lui un a priori. sont désormais là. par l'inquiétude qu'elle entretient et l'insatisfaction foncière jusqu'à l'étape finale. comme l'architecte. et prenant corps parfois 17 de 48 . plusieurs refusent de se prononcer. puisqu'il équivaut à rejeter dans l'inconnaissable une période capitale de l'histoire de l'Eglise et du célibat et à en inférer que les choses ont seulement commencé d'exister à partir du moment où elles ont laissé des traces écrites dans les documents. Plus qu'un architecte. Mais tandis que celui-ci ne perd jamais de vue le plan qu'il a conçu. pourrait-on dire. Or. interroge. aujourd'hui à reconstituer. LA TRADITION ORALE Il faut toutefois aller plus loin. à la disposition du public qui peut en juger et imaginer pour son propre compte la reconstruction qu'elles suggèrent. Transmise par les Apôtres à leurs successeurs.

pour ce faire. c'est se priver d'un instrument de connaissance utile. et tous expriment la même conviction : c'est demeurer dans l'ordre apostolique que de s'attacher aux traditions reçues « de vive voix. la part qui revient aux usages touchant la discipline et la vie liturgique dans ce dépôt apostolique transmis oralement reste considérable. Si l'historien. » (50) Si le domaine des traditions non écrites est avant tout celui des vérités de foi. telles que je vous les ai transmises » (1 Co 11. outre la fidélité à la tradition. tenez bon. prêtres et diacres n'est pas. de vive voix ou par lettre » (2 Th 2. LE PRINCIPE AUGUSTINIEN SUR LES TRADITIONS APOSTOLIQUES Il est temps de faire un pas de plus. En tenir compte n'est pas être infidèle à la méthode historique. supériorité de la virginité et de la continence sur le mariage. comme le craignent certains pour qui seul le document écrit fait loi. des considérations qui touchent à la doctrine : fonction d'intercession du ministère sacerdotal. Les écrivains patristiques font souvent référence à ces paroles de saint Paul. une tradition non écrite d'origine apostolique est une question non seulement légitime mais qu'il n'est pas scientifique d'éluder. C'est à une tradition apostolique de ce type que nous renvoient les témoignages du 4ème siècle et de l'époque patristique dans son ensemble. Se demander. lié au dogme du péché originel ."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" dans des institutions qui en restent comme la mémoire permanente. et aux Chrétiens de Corinthe. » (51) Certaines de ces traditions ne connurent qu'une brève existence. rapport entre la continence et l'efficacité de la prière. en revanche. la discipline byzantine qui se définit au concile in-Trullo de 691 est elle-même en parfait accord avec toute la pensée patristique (52). Le recours aux traditions non écrites pour l'élucidation d'un point d'histoire de l'Eglise peut donc être reconnu comme une exigence propre de la méthode historique. qui comporte un enseignement implicite sur le purgatoire. Il faut insister sur l'importance de ces traditions orales dans le développement organique de la vie de l'Eglise. L'existence en est attestée par saint Paul dans deux de ses épîtres. mais c'est au contraire doter celle-ci de l'outil de recherche le plus approprié à son objet pour les premiers siècles du christianisme. mais d'autres se renforcèrent avec le temps. gardez fermement les traditions que vous avez apprises de nous. il énonça un principe devenu fondamental en théologie historique : « Ce qui est gardé par toute l'Eglise et a toujours été maintenu. il adresse ce compliment : « Je vous félicite de ce qu'en toutes choses vous vous souvenez de moi et gardez les traditions. — et peut-être unique —. par exemple. On a pu aller jusqu'à dire que « l'idée de traditions non écrites paraît surtout être née d'une réflexion sur la discipline et le culte ecclésiastiques. ou encore l'habitude de prier pour les défunts. Nul n'a mieux répondu à cette question que saint Augustin. 2). dans sa controverse avec les Donatistes. doit se doubler d'un théologien. ce n'est pas au détriment de la valeur de la méthode. Dans la deuxième aux Thessaloniciens. Sur ces divers points. les raisons invoquées pour justifier la discipline de la continence parfaite pour le clergé supérieur sont. En effet. lorsque. il recommande aux fidèles : « Frères. comme nous y invitent les Pères. grâce auquel on peut savoir ce qui a été vécu dans l'Eglise avant même d'être dit. et surtout écrit (53). sans avoir été établi par les 18 de 48 . mais c'est la condition même d'une spécificité requise par l'objet de la recherche. à l'instar du baptême des petits enfants et de la prière pour les morts. si la discipline de la continence parfaite pour les évêques. Les sous-estimer. 15) . et d'essayer de discerner à quelles conditions il est possible de déterminer si une tradition est vraiment d'origine apostolique. un phénomène que l'on observe en particulier pour les usages qui impliquent des positions doctrinales : le baptême des petits enfants. cette tradition non écrite est parvenue jusqu'à nous et se fera entendre de la même manière jusqu'à la fin des temps.

qu'une chose vient d'une tradition apostolique si elle est tenue pour telle dans les Eglises où existe une succession sans faille et continue depuis les Apôtres. par la grâce de l'Esprit comme la bouture de la semence apostolique (56). de conserver le dépôt transmis. c'està-dire par ceux qui. à qui leurs contemporains comme la postérité reconnaissent une valeur exceptionnelle. ou encore par les Eglises qui. » Une discipline « gardée par toute l'Eglise » Les principales conditions à remplir pour qu'un point de doctrine ou de discipline puisse être considéré comme « gardé par toute l'Eglise » à une époque donnée de son histoire sont. Celles-ci sont au nombre de deux : il faut qu'un point de doctrine ou de discipline ait été « gardé par toute l'Eglise ». considérée à l'époque comme engageant des prises de position scripturaires et doctrinales. dans les synodes et assemblées épiscopales qui se 19 de 48 . tout en précisant les conditions nécessaires pour éliminer les risques d'erreur. L'accord des Eglises apostoliques est donc essentiel pour vérifier les titres de cette discipline à l’apostolicité. ont été établis successeurs des Apôtres et détiennent. sans l'ombre d'un doute. pour la période envisagée. des évêques les plus en vue. aussi longtemps qu'elles conservent entre elles le lien de l'unité et la communion avec Rome. L'unanimité des évêques sur une question de doctrine ou de discipline se constate. proviennent des premières par voie de fondation directe ou manifestent une « consanguinité de doctrine » qui les maintient en communion avec elles. c'est-à-dire avant tout par les Eglises qui ont été personnellement fondées par les Apôtres (Rome. dans l'Eglise. à mon avis. Ephèse. les suivantes : 1) On se demandera d'abord si. d'une diversité d'usages. est regardé à très juste titre comme n'ayant pu être transmis que par l'autorité apostolique » (54) La valeur de ce principe augustinien tient essentiellement au fait que la fidélité envers la tradition des origines constitue la règle de vie ecclésiale des premiers siècles. il s'agit des Pères les plus influents. on peut se contenter de l'accord représenté par ceux qui ont un rôle de premier plan. comme étant les porte-paroles de beaucoup d'autres. et non d'innover . comme ce fut le cas pendant les premiers siècles. Certes. sans avoir été fondées par les Apôtres. des docteurs les plus célèbres. » (55) Sur des points importants de doctrine ou de discipline.). Alexandrie. comme c'est le cas pour la discipline de la continence parfaite des clercs.. Mais il n'en va pas de même pour les questions importantes. l'évêque d'Hippone reconnaît que cette tendance garantit la possibilité de remonter à la source apostolique."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" conciles. Il n'est pas nécessaire de recueillir la totalité de leurs témoignages . il est en effet difficilement pensable que des divergences sensibles se produisent entre les Eglises apostoliques.. Antioche. 2) On se demandera également si le point en question est gardé par les Eglises apostoliques. La tendance générale de l'époque patristique est de garder. à telle enseigne que les hérétiques eux-mêmes cherchaient à couvrir leurs nouveautés du manteau des Apôtres. En formulant son principe. » La partie synthétique de notre étude consiste ainsi à vérifier dans quelle mesure la discipline de la continence parfaite des clercs attestée par les documents à partir du 4ème siècle peut être dite avoir été « gardée par toute l'Eglise » et si oui ou non elle a été « toujours maintenue. et qu'il « ait toujours été maintenu. 3) On se demandera enfin si le point en question est gardé par l'ensemble des évêques. un grand nombre d'hommes jouissant d'une grande autorité morale et intellectuelle dans l'Eglise partagent sur le point en question les mêmes sentiments. s'enrichit même. Pour les premiers siècles. C'est à leur sujet que Bellarmin écrit : « On doit croire. cette communion s'accommode fort bien.

La vérification. nous pourrions nous en tenir à elle « car avec cette Eglise (de Rome). doit nécessairement s'accorder toute Eglise. chef de l'Eglise fondée « par les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul » (saint Irénée). le concile de Carthage de 390. saint Jérôme. ou au moins reçu par le successeur de Pierre » (58). saint Ambroise. c'est-à-dire les fidèles de partout. il est possible de répondre par l'affirmative à la question de savoir si la discipline de la continence parfaite des clercs était « gardée par toute l'Eglise » au 4ème siècle. et aucune voix influente ne leur inflige un démenti (60). en dernier lieu. on pourra constater que ces conditions se trouvent amplement réalisées . Non seulement « il n'y a jamais de Concile oecuménique qui ne soit comme tel confirmé. en raison de son origine plus excellente. mais il n'y a pas de question importante intéressant la vie des Eglises qui puisse être tranchée sans qu'on ait pris son avis. L'histoire des nombreux recours au « Siège apostolique ». comme nous l'avons vu. saint Epiphane. C'est donc une valeur particulière qu'il convient d'accorder aux déclarations des évêques collégialement unis à l'évêque de Rome. qu'en autorisant la cohabitation des clercs avec « les femmes au-dessus de tout soupçon ». prêtres et diacres mariés avant l’ordination. » (61) Mais nous avons aussi le témoignage de saint Jérôme. affirmant à Bethléem que « les Eglises d'Orient. Tous sont d'accord pour voir dans la discipline en question une tradition d'origine apostolique. Elles se vérifient tout spécialement dans les conciles généraux. sans avoir été fondées par les Apôtres (sauf peut-être celle d'Espagne). tant de la part des Orientaux que des Occidentaux. — titre qui. Nous avons d'une part le témoignage d'hommes jouissant d'une grande autorité morale."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" réunissent pour en traiter et où sont prises en commun les décisions jugées conformes à la tradition. montre que l'épiscopat africain. désigna très tôt la ville où Pierre avait siégé —. est elle aussi un témoin de l'existence et de l'antiquité de la même discipline pour la préfecture d'Orient. au 4ème siècle. — elle en qui toujours. » (57) Ceci est d'autant plus vrai que le facteur essentiel qui confère au collège des évêques leur autorité est le lien d'unité avec le Pontife romain. ou oecuméniques. par filiation directe et par « consanguinité de doctrine ». comme Eusèbe de Césarée. apporte une troisième et importante confirmation : le concile d'Elvire. quand elles se réclament d'une tradition remontant aux Apôtres. sans autre détermination. au dire de saint Irénée. comme l'Eglise d'Afrique. Nous avons encore le témoignage de certaines Eglises. comme le constatait l'historien byzantin Socrate au 5ème siècle. lesquels « possèdent le caractère d'infaillibilité dans les décisions dogmatiques et de souveraineté sans appel dans les décisions disciplinaires. il n'existe aucune Eglise apostolique dont le témoignage pourrait être invoqué comme attestant une discipline différente. loin de marquer un « tournant ». pour sa part. le témoignage de l'Eglise de Rome est garanti par les décrétales de Sirice . une forte présomption pour penser que l'Eglise d'Arménie. qu'il n'y a pas lieu de récuser. à partir des décisions conciliaires. saint Ephrem. est une illustration de cette prééminence reconnue à l'évêque de Rome et du rôle unique qu'il exerça pour identifier les vraies traditions. comme je l'ai fait remarquer à propos de la dynastie grégoride. En sens inverse. l'Eglise d'Espagne et l'Eglise des Gaules qui. au bénéfice de ces gens de partout. n'en sont pas moins apostoliques au sens défini plus haut. c'est-à-dire la reconnaissance du droit à user du mariage pour les évêques. l'évêque de Rome est reconnu pour être le gardien par excellence de la tradition apostolique. quant au premier concile oecuménique de Nicée. saint Cyrille de Jérusalem. ainsi qu'à celles du Siège apostolique lui-même. l'Ambrosiaster. le concile désignait par là les épouses ayant fait profession de continence parfaite pu celles qui avaient notoirement cessé la vie conjugale avec leur époux 20 de 48 . l'interprétation constante de son 3ème canon par les papes et les conciles ultérieurs indique avec assez de certitude. en communion avec Rome. En se reportant à la partie analytique de cette étude. se porte témoin de l'origine apostolique de la tradition de la continence parfaite pour le clergé . Successeur de Pierre. d'Egypte et du Siège apostolique » tiennent fermement la discipline de la continence parfaite pour le clergé. et bien entendu le pape Sirice (59). Et enfin il existe. aux premiers siècles de l'Eglise. a été conservée la Tradition qui vient des Apôtres. révèle au contraire l'existence d'une discipline antérieure . Pour ce qui est des Eglises apostoliques.

En sens inverse. le sens de certains textes par eux-mêmes susceptibles d'explications diverses et parfois contradictoires ne 21 de 48 . et. dans le temps et l'espace. nestoriennes. Un raisonnement analogue s'impose pour les Eglises qui furent entraînées dans l'hérésie ou la dissidence. de ces synodes. Des décisions de conciles particuliers qui seraient éventuellement contraires à ce point de doctrine ou de discipline ne suffiraient pas à affirmer qu'il n'a pas « toujours été maintenu » dans toute l'Eglise. Il importe également de se rappeler que l'interprétation authentique de l'Ecriture se fait au sein de la Tradition vivante. qu'il conviendrait de mettre sérieusement en doute les témoignages permettant de penser que cette discipline « a toujours été maintenue ». dans ce cas. il n'est aucun concile particulier de cette période dont on puisse dire qu'il témoigne sûrement de l'existence d'une tradition différente (62).. Cette instance hiérarchique ne pourrait être. au cours de la même période. S'il y a eu contestation. comme ce fut le cas dans la querelle quarto-décimane. car il ne pourrait y avoir tradition apostolique là où il y aurait désaccord avec la Parole de Dieu écrite. de façon historiquement vérifiable. Il y a toujours eu. il faut examiner si celle-ci aboutit à la reconnaissance de deux traditions parallèles."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" ordonné. Quand le point en question n'est contesté que par des particuliers. étant donné la portée limitée. comme le sont les livres du Nouveau Testament. pour les mêmes raisons. et qu'en particulier. la possibilité d'une tradition ininterrompue depuis les origines n'est pas mise en cause. et atteste ainsi l'ancienneté de la discipline. Croire que cette pratique « a toujours été maintenue » et lui chercher des titres à l'apostolicité serait une gageure. ariennes. ou. elle serait contredite par les Apôtres eux-mêmes. En d'autres termes. ). ou au rejet de l'une des deux. Les traditions confiées oralement parles Apôtres à leurs successeurs. le Siège apostolique. comme ce fut le cas dans la controverse baptismale où se disputa entre Rome et Carthage la question de savoir s'il fallait rebaptiser les hérétiques convertis au catholicisme (64). prirent leur autonomie sur le plan doctrinal ou disciplinaire (Eglises novatiennes. 2) Si. aucune décision émanant d'une instance hiérarchique autorisée ne prouve l'existence antérieure d'une croyance ou d'une pratique contraire. 3) Si le point en question ne se trouve pas en contradiction formelle avec un texte de l'Ecriture. qui en l'an 154 opposa Polycarpe de Smyrne et le pape Anicet sur la question de la date de Pâques (63). ou par des groupes séparés des Eglises apostoliques. mais leurs assertions n'engageaient qu'eux-mêmes. des gens pour refuser tel ou tel aspect du dépôt reçu des Apôtres au nom d'une autre tradition prétendument apostolique. au cours des quatre premiers siècles. Une discipline qui a « toujours été maintenue » On peut ensuite considérer qu'un point de doctrine ou de discipline a « toujours été maintenu » dans l'Eglise lorsque se trouvent réalisées les conditions suivantes : 1) Si.. surtout quand il s'agit des Ecritures qui ont fixé une partie de la prédication de ces mêmes Apôtres. le point en question n'a jamais fait l'objet d'une contestation au nom d'une tradition contraire de la part d'Eglises apostoliques. mais c'est seulement au cas où une contestation aurait été soulevée de la part d'une Eglise apostolique. qu'un concile oecuménique. dont « les décisions possèdent le caractère d'infaillibilité dans les questions dogmatiques et de souveraineté sans appel dans les questions disciplinaires ». Helvédius et Jovinien ont contesté le bien-fondé de la continence sacerdotale. entre le moment où on peut observer avec suffisamment de certitude que ce point est « gardé par toute l'Eglise » et les origines chrétiennes. Il n'est pas concevable que les Apôtres aient demandé l'observation de quelque chose qui aille à l'encontre des Ecritures. sont néanmoins en harmonie profonde avec l'enseignement de l'Ancien et du Nouveau Testaments. dès les débuts du christianisme. alors même qu'elles ne sont pas contenues sous une forme ou sous une autre dans la Sainte Ecriture.. si une pratique était contredite par l'Ecriture.

La troisième condition. héritiers de l'enseignement total des Apôtres. cette Eglise passée au nestorianisme aux lendemains du concile de Chalcédoine (451) ne peut être considérée comme une Eglise apostolique. et d'élucider sans ambiguïté ce qu'ont voulu dire les auteurs inspirés. l'absence de tout désaccord à propos de la continence sacerdotale dans les annales des premiers siècles est à noter. mais nous donnent à son sujet. Si le modèle lévitique exerça une influence sur l'organisation de la hiérarchie ecclésiastique. Du côté des Eglises apostoliques. Nous avons vu par ailleurs que les Pères byzantins de 691 se réfèrent au concile de Carthage de 390. non seulement ne renferment aucune décision permettant de nier l'existence antérieure de la discipline de la continence sacerdotale. un indice assez sûr d'ancienneté. pourquoi l'interdire aux prêtres de la Nouvelle Alliance ? La réponse de Sirice est basée sur un a fortiori. outre que nous sommes déjà au Sème siècle. Conformément au principe fondamental énoncé par le Seigneur : « Je ne suis pas venu abolir. que les contestataires du 4ème siècle aient pu encore chercher à s'inspirer de ce modèle lévitique. si fermement attachée à ses propres traditions et au concile de Nicée. à combien plus forte raison le prêtre. autorise le mariage des clercs à tous les degrés de la hiérarchie. comme à un chaînon essentiel de leur tradition. sont à même de « lire et (d')interpréter l'Ecriture sainte avec le même Esprit qui l'a fait écrire » (65)."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" peut être déterminé avec certitude que le magistère de l'Eglise. qui semble trop abonder dans le sens d'une conception judaïsante du sacré et d'une pureté essentiellement rituelle. et la chasteté de ses ministres est du même coup devenue plus parfaite. Quant à la discipline particulière qui sera légalisée par le concile Quinisexte de 691. puisque ce sont les premières dont l'histoire ait gardé le souvenir. Elles sont au nombre de deux : 1 — Du moment que les Lévites de l'Ancien Testament pouvaient continuer à engendrer des enfants. Le Christ est venu parfaire la Loi. mais parfaire ». la date tardive de ce concile ne permet pas de le faire intervenir dans l'examen des conditions requises pour vérifier si la continence parfaite du clergé a « toujours été maintenue » dans l'Eglise. — le seul concile oecuménique du 4ème siècle qui se soit occupé de la chasteté des clercs —. et notamment les Apôtres. Mais. cet examen portant sur la période allant du 4ème siècle aux origines du christianisme. Ceci est particulièrement remarquable lors de la publication des décrétales de Sirice en 385-386. Mais il faut surtout remarquer que la continuité institutionnelle s'accompagne d'un changement qualitatif 22 de 48 . La question qui se pose à un esprit moderne est celle de la justesse de cet a fortiori. mais en vertu d'une logique profonde de continuité qui commença à déployer ses conséquences aux origines mêmes du christianisme. Quand on voit que pour la seule question de la date de Pâques. ce ne fut pas par suite d'une régression à un stade pré-chrétien. les structures de la primitive Eglise se sont édifiées sur les assises institutionnelles de l'Ancien Testament. lesquelles ne suscitent aucune protestation de la part des Eglises apostoliques. De même. En fait. devra-t-il s'abstenir en permanence des rapports conjugaux. On peut comprendre. exercé par des hommes qui. L'Eglise d'Afrique. Il faudra attendre la fin du 5ème siècle pour assister à un premier clivage disciplinaire : l'Eglise persane. il convient d'abord de remarquer qu'il n'y a pas eu solution de continuité entre l'économie vétérotestamentaire et le régime de la Loi nouvelle. confirme au contraire par son témoignage indépendant les affirmations du pontife romain. si saint Paul recommande aux époux de s'abstenir l'un de l'autre pour vaquer à la prière. à partir de 484. nous ne trouvons au cours des quatre premiers siècles aucune trace d'une tradition contraire. on en vint à un réel affrontement entre les Eglises d'Asie et le Siège apostolique. dans ces conditions. chargé d'une prière continuelle pour le peuple de Dieu. Nous avons vu que les documents du concile de Nicée. avec le 3ème canon. ni en Occident ni en Orient. et que les législateurs aient pris au sérieux l'objection. selon laquelle il convient de se demander si le point en question ne se trouve pas contredit par l'Ecriture nous invite à examiner par priorité les objections qui furent soulevées du temps de Sirice.

associés à sa prière sacrificielle. Ces deux points. voire sur leurs expressions (68). ce que veut montrer le pontife romain. Or. 29). mais propter continentiam futuram. Cette exégèse joua un grand rôle dans le recrutement du clergé aux premiers siècles de l'Eglise. et l'Eglise des premiers siècles ne cessera jamais de défendre ce point de doctrine contre les hérésies qui prétendaient le contraire. et il faut de notre côté les garder présents simultanément à l'esprit pour éviter de regrettables contresens sur leur pensée. les Pères les tiennent ensemble. sans jamais les séparer. prêtres et diacres la continence parfaite (67)."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" radical avec la nouveauté du sacerdoce chrétien inauguré par Jésus. En écrivant : « homme d'une seule femme ». qui sera entérinée par ses successeurs : Paul n'a pas parlé d'un homme qui persisterait dans le désir d'engendrer. Mais elle soutiendra avec la même force que la continence est supérieure à l'usage du mariage dès lors qu'il s'agît de remplir des fonctions d'un tout autre ordre que celles de la génération terrestre. ne sont plus de mise dans le dialogue avec le Dieu transcendant. Elle est reprise par les successeurs de Sirice et d'assez nombreux écrivains patriotiques . Cette nouveauté. c'est sans doute parce que la perspective envisagée dans ces textes est celle d'une option libre. Nouveau Moïse. 26 . mise en pleine lumière par la réflexion théologique de l'épître aux Hébreux (66). doivent maintenant prêter le concours de leur intercession. pris d'entre les hommes. mais un mode de vie positivement voulu par l'Apôtre qui. mais sur l'engagement existentiel requis pour l'exercice efficace de la prière salvifique du prêtre de Jésus-Christ. en y lisant implicitement le devoir de continence pour l'homme marié admis aux ordres. presbytes et diacres. 2 — La deuxième objection scripturaire formulée au temps de Sirice était tirée de la recommandation paulinienne à Timothée et à Tite sur le choix des épiscopes. faite en fonction d'un charisme personnel. entraîne également une vision nouvelle des exigences propres aux ministres associés à la médiation de Celui qui est désormais le Prêtre unique. L'accent n'est plus mis sur la pureté rituelle. 1). est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu. c'est que la continence parfaite dont il rappelle l'obligation n'était pas à l'origine quelque chose de simplement conseillé. les exégètes contemporains commentent la consigne de saint Paul à Timothée et à Tite en discutant sur les conditions préalables requises pour l'admission aux ordres : la formule « homme d'une seule femme » vise-t-elle les hommes remariés. le premier. en effet. Paul a-t-il parlé 23 de 48 . et c'est cette fonction d'intercession qui devient à l'époque patristique la motivation principale (mais non unique) pour réclamer des évêques. celui-ci ne pourrait que la compromettre en s'adonnant à des activités qui. car on ne rencontre chez les Pères aucune opinion contradictoire (69). bonnes en elles-mêmes. on peut supposer qu'elle était généralement admise à l'époque. Que pouvons-nous penser aujourd'hui de cette herméneutique. 18. L'expression « mari d'une seule femme » n'implique-t-elle pas normalement le droit à user du mariage pour les monogames ainsi admis aux ordres ? Nous connaissons la réponse de Sirice. « Tout grand prêtre. le Christ est l'unique et souverain médiateur à qui tous les autres prêtres. entre lesquels se partageaient déjà les écrivains patristiques. Tout entier à sa fonction. il faut bien le dire. ou sur les « eunuques » volontaires (Mt 19. 11-12). S'il n'essaye pas d'argumenter à l'aide des passages évangéliques sur le renoncement requis pour s'attacher totalement au Seigneur (Lc 14. ou simplement les polygames ? (70) Mais ces deux types d'interprétation. — la sainteté du mariage et la nécessité de la continence parfaite pour le prêtre chargé « d'intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu » —. Il concentre donc son raisonnement sur l'exégèse de l'expression « mari d'une seule femme ». Remarquons d'abord que le pape accepte de répondre à l'objection parce qu'il est bien conscient des conséquences que l'interprétation de ces textes pauliniens pouvait avoir sur la conception à se faire de l'origine de la continence sacerdotale. Le mariage est saint. fixa par écrit les qualités qu'il convenait d'exiger des ministres de l'Eglise. pour nos esprits modernes ? Dans leur grande majorité. insolite. laissent de côté la question du mode de vie exigé des hommes mariés après leur ordination. afin d'offrir dons et sacrifices pour les péchés » (He 5.

d'accueillir leur exégèse comme une invitation motivée à soumettre la consigne. on comprendrait assez bien comment s'est développée par la suite. avec la même cohérence. entre Tradition. de la Potterie a fait ressortir. interdiction pour les clercs mariés de se remarier après la mort de leur femme. qu'en autorisant les hommes mariés à devenir ministres de l'Eglise . Le rapprochement avec la consigne pour le choix des épiscopes est suggestif. elles ne disent mot de sa conjointe. la discipline relative au mariage des clercs: interdiction d'admettre les hommes remariés. Saint Paul n'a-t-il pas en vue des situations similaires ? Si ces femmes « épouses d'un seul homme ». comme découlant du même principe à partir du moment où. par l'ordination. il est clair que saint Paul fait allusion à une situation matrimoniale révolue. à partir du 4ème siècle. ou a-t-il parlé « en vue de la continence que cet homme aurait à pratiquer (propter continentiam futuram) ? » La question est généralement passée sous silence parce qu'il va de soi. bien qu'il n'ait pas toujours été souligné comme il le mérite. Il est raisonnable. l'Apôtre leur reconnaissait le droit d'user du mariage. et cette relation sponsale exclut tout autre lien conjugal. à celle du chef de la Communauté. de prêtres et d'évêques mariés ont accepté de vivre le renoncement aux relations conjugales qui leur était demandé. au contraire. La continence parfaite pour les clercs supérieurs mariés aurait été conçue. — qui unam habuerit uxorem —. la richesse biblique et théologique de l'expression « homme d'une seule femme ». en montrant qu'il s'agit d'une formule d'Alliance. La réponse à cette question d'herméneutique dépend de la connexion. et celle utilisée par le Testamentum Domini Nostri Jesu Christi. Ecriture et Magistère de l'Eglise . il convient également d'attirer l'attention sur le parallélisme de deux expressions dans la même épître à Timothée. Si l'on favorisait cette interprétation. Le Père I. — qui fuit unius uxoris vir —. paulinienne de 1'unius uxoris vir à un nouvel examen. dans l'esprit de l'Apôtre. vivement perçue depuis Vatican II. ou de l'avoir forgée dans le but de se couvrir d'une autorité scripturaire. » (72) Notre propos étant ici de vérifier autant qu'il est possible de le faire la justesse de l'exégèse de Sirice. en se demandant si l'Apôtre n'aurait pas eu effectivement en vue « la continence future » des candidats aux ordres. et on ne peut guère les soupçonner d'avoir émis à la légère une interprétation si grosse de conséquences."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" d'un homme « qui persisterait dans le désir d'engendrer ». de façon très éclairante. de façon cohérente. est devenu « l'homme de (cette) femme unique. les « hommes d'une seule femme » ne seraient-ils pas aussi. estime-t-on. à côté des 24 de 48 . sont bien évidemment des veuves. comme le Christ. Si les législateurs. il me paraît certain que. dont la réputation importe au moins autant. selon laquelle saint Paul aurait demandé qu'on choisisse pour l'épiscopat les veufs qui ne s'étaient pas remariés après la mort de leur première femme. Alors qu'elles insistent sur la bonne conduite de ses enfants. c'était en particulier parce qu'ils avaient sur ce point la conviction que saint Paul lui-même avait indiqué la direction à suivre. est devenu l'époux de l'Eglise unique. des hommes actuellement libérés du lien matrimonial par la mort de leur épouse ? On remarquera aussi le silence des épîtres à Timothée et à Tite sur une éventuelle épouse de l'épiscope. au chapitre 5ème. elles peuvent être retenus comme des indications supplémentaires (73). pour avoir joué un rôle important dans l'histoire des origines du célibat sacerdotal. Or. ce texte paulinien peut aussi servir aujourd'hui à se faire de cette histoire une idée plus juste. ont codifié la loi de la continence parfaite pour le clergé. d'origine syriaque. Celles-ci doivent être « unius viri uxor ». comme on l'objectait au pape Sirice. La tournure grammaticale employée par saint Jérôme dans l’Adversus Vigilantium. Le « unius uxoris vir » du 3ème chapitre a en effet son exact correspondant dans le règlement concernant les veuves. toute notre étude sur l'histoire des premiers siècles montre au contraire que le sentiment d'un grand nombre de représentants de l'époque patristique était à l'opposé. Même les relations sexuelles au sein d'un mariage légitime apparaissent comme une « violation du lien matrimonial » avec l'Epouse du Christ pour celui qui. S'agissant de veuves. dont il est ici question. vont dans le même sens . Sirice et ses successeurs étaient conscients qu'il leur appartenait « d’interpréter de façon authentique la parole de Dieu. interdiction pour les clercs célibataires de se marier. Ces divers indices permettent de penser que saint Paul avait probablement envisagé de préférence la sélection de monogames veufs pour l'épiscopat. et si des générations de diacres. sinon davantage. écrite ou transmise » (71). Le prêtre.

quand ce n'est pas l'incrédulité ou une fin pure et simple de non recevoir. On aurait tort de la concevoir comme une loi . mais peuvent y trouver un fondement solide. la tradition relative à la continence parfaite des clercs s'est développée et explicitée au rythme de la croissance de l'Eglise. Le changement de perspective. à partir du 4ème siècle. et. aux temps apostoliques. Il n'est point besoin d'ajouter que les autres passages du Nouveau Testament. L'affirmation des Pères de Carthage reste pour nous. avant le 4ème siècle). soit du Lévitique soit des épîtres pauliniennes à Timothée et à Tite. ces remarques suffisent pour nous assurer que les déclarations de Sirice et des conciles africains sur l'apostolicité de la continence parfaite des clercs non seulement ne sont pas en contradiction avec l'Ecriture. car elle était déjà tout entière dans l'exemple et l'enseignement des Apôtres lorsque ceux-ci commencèrent à fonder les premières communautés chrétiennes. Sa force ne tient pas à une expression canonique (il n'y en aura pas. Précisons encore seulement qu'il s'agit d'une tradition non écrite. que suppose l'idée d'une origine apostolique de cette discipline équivaut. certains théologiens et 25 de 48 . Elles peuvent même servir à les corroborer (74). Mais il n'est pas nécessaire de supposer de longs délais pour que ce germe fasse sentir ses effets dans l'organisation ecclésiastique. est encore à l'état de « grain de sénevé » . semble-t-il. et de mentalité. 1 Co 7. fréquemment cités aujourd'hui. ajoute-t-on généralement. 26 . L'analyse des documents et la synthèse historique que nous venons de faire le démontrent. pour des motivations étrangères à l'Evangile. Jusqu'à une époque encore récente. Une tentative de ce genre ne pouvait être qu'une impasse historique. Il est entendu aux yeux de beaucoup que le célibat des prêtres n'a pu être introduit dans l'Eglise latine qu'à une date tardive. En fait. à notre connaissance. sur la virginité ou la continence volontaires pour le Royaume des deux (Mt 19. de le garder ». 18. ne sont pas non plus en contradiction avec les affirmations de Sirice et des législateurs qui. Nombreux sont encore ceux chez qui cette idée suscite l'étonnement. « gardée par toute l'Eglise » et avait « toujours été maintenue. Adoptant une position plus nuancée. » Le principe augustinien permettant de reconnaître si une tradition est vraiment d'origine apostolique trouve ici une application adéquate et justifiée. faisons en sorte. Seule la discipline du clergé oriental peut prétendre à plus d'ancienneté. 32-36). 29). comme pour les Pères du 4ème siècle. un témoin sûr des origines du célibat sacerdotal. mais à l'autorité dont jouissaient dans l'Eglise primitive les traditions de vive voix reçues des Apôtres. à une sorte de révolution sur le plan de l'histoire. Quoi qu'il en soit. je pense. la primitive Eglise commença à admettre au sacerdoce des hommes dont la femme était encore de ce monde. Et pour répondre à ces objections Sirice s'est limité à l'exégèse de ces textes. on peut bien le dire. 10-12 . avec toute la certitude possible. surtout quand on mesure les conséquences que ce changement entraîne pour la théologie et la spiritualité sacerdotales. nos quoque custodiamus » « Ce que les Apôtres ont enseigné. on doit plutôt parler d'un germe. « Ut quod apostoli docuerunt. Il faut le reconnaître. III.CONCLUSION DE L'ETUDE HISTORIQUE L'ensemble des conditions se trouvent donc réunies. réclament du clergé la continence parfaite. 29-31 . les recherches tendant à établir que le célibat sacerdotal remonte aux Apôtres étaient considérées comme vouées d'avance à l'échec. ou encore sur le renoncement nécessaire pour marcher à la suite du Christ (Lc 14. c'est toute l'Eglise qui. nous aussi. Les objections faites du temps de Sirice à la loi sur la continence étaient tirées. et ipsa servavit antiquitas. pour pouvoir affirmer raisonnablement que la discipline de la continence parfaite pour les membres supérieurs du clergé était. au 4ème siècle. et ce que l'antiquité elle-même a observé. comme on vient de le voir. sous l'action de l'Esprit-Saint."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" célibataires et des veufs.

qui publie pour défendre le célibat des prêtres contre les violentes attaques dont il était l'objet deux volumes de polémique. venue des Apôtres. dont je viens de parler. le zèle avec lequel l'Eglise romaine maintenait la doctrine et la règle du célibat. Au 17ème siècle. intitulé : Coelibatum jure Apostolico rectissime annexum ordinibus sacris . le grand connaisseur des Pères de l'Eglise qu'était John-Henry NEWMAN prête aussi son témoignage : « Il y avait aussi écrit-il. nous de la manière la plus solennelle par les Pères. un nom domine les discussions du « Siècle des lumières ».. FUNK soutint que 26 de 48 . et Nuova giustificazione dei celibato sacro. et soutenu fermement dans leurs écrits ce qui était pour eux non une simple hypothèse. les Conciles et les Pontifes de l'Eglise romaine ». l'un des meilleurs théologiens de son époque. » (76) LA CONTROVERSE BICKELL-FUNK DE LÀ FIN DU 19ÈME SIÈCLE: Si tous ces travaux étaient comme tombés dans l'oubli.. un précieux ouvrage de référence : Coelibatus et Breviarium : duo gravissima clericorum officia. nous trouvons Louis THOMASSIN. mais d'une haute tenue scientifique : Storia polemica del Celibato sacro da contrapporsi ad alcune detestabili opere uscite a questi tempi. et également celui de l'orientaliste allemand Gustav BICKELL. et ne conçoivent la discipline attestée à partir du 4ème siècle que comme le fruit d'une lente évolution.. ce sont aussi César BARONIUS. dans son grand ouvrage Disputationes de Controversiis Christianae fidei adversus hujus temporis haereticos consacre un chapitre entier à la question. auteur de l'Ancienne et nouvelle discipline de l'Eglise catholique touchant les Bénéfices et les Bénéficiers (75) . professeur d'histoire et de théologie à l'université de Tübingen. auteur d'une vaste compilation qui reste encore. Prenant le contre-pied de Bickell. c'est en grande partie à la suite d'une fameuse controverse qui. mais ils écartent toutefois l'hypothèse d'une « tradition apostolique ». et Frances Xaver FUNK. ou encore le bollandiste Jean STILTINCK. où il s'attriste de voir combattue « une discipline si sainte. LA TRADITION APOSTOLIQUE DU CÉLIBAT SACERDOTAL A ÉTÉ SOUTENUE PAR BEAUCOUP DE THÉOLOGIENS ET D'HISTORIENS AU COURS DES SIÈCLES. et sa fidélité à bien d'autres coutumes de l'Eglise primitive qui m'étaient chères . et qui s'est perpétuée jusqu'à. malgré ses limites. qui fait paraître dans les Acta Sanctorum deux dissertations critiques sur le sujet. e monumentis omnium seculorum demonstrata. et le cardinal Stanislas HOSIUS. professeur à l'université d'Innsbruck et spécialiste des littératures syriaque et hébraïque. l'auteur réputé des monumentales Annales Ecclesiastici."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" exégètes soulignent à juste titre les fondements scripturaires de la loi. Il n'en a pas toujours été ainsi. on retiendra le nom d'un théologien hongrois. à la fin du 19ème siècle. La liste en serait trop longue. A ces études ex professo. Augustino DE ROSKOVANY. due à l'action progressive du ferment évangélique dans la société chrétienne du temps. plus d'un historien et d'un théologien catholiques ont reconnu l'origine apostolique du célibat sacerdotal. opposa sur cette question deux érudits allemands : Gustav BICKELL. Au 18ème siècle. c'est le jésuite Robert BELLARMIN qui. que je reconnaissais comme apostolique. au chapitre LVI de sa Confessio catholicae fidei christiana. Mais on aime se souvenir du nom de quelques-uns parmi les plus célèbres : Au 16ème siècle. Au cours des siècles. avec deux articles dans le Zeitschrift für katholische Theologie en 1878 et 1879. Accessit completa literatura . au point que la seule idée d'une tradition du célibat sacerdotal pouvant remonter aux Apôtres faisait figure d'anachronisme. sur une liste exceptionnellement fournie. partisan de l'origine apostolique. celui du jésuite François-Antoine ZACCARIA. tout ceci plaidait en faveur de la grande Eglise romaine. mais une certitude entièrement fondée. Au 19ème siècle enfin. professeur d'histoire ecclésiastique au Collège de la Sapience à Rome.

Il est peut-être temps de s'apercevoir d'une dérive qui. il va sans dire. Si on prenait le temps en effet de relire honnêtement les longs articles de la controverse Bickell-FUNK. ce concile espagnol n'a pas marqué un « tournant ». le sentiment commun de toute l'Eglise. c'est de cette nouveauté que le célibat des prêtres. cela n'enlève rien. comme je l'ai dit. tout simplement parce que c'est bien ainsi que les choses se sont passées. qui les a appelés à tout quitter pour Le suivre. Bien que la thèse de FUNK n'ait pas fait l'unanimité dans les milieux scientifiques allemands. Les résultats m'ont convaincu qu'il était nécessaire d'abandonner les idées de FUNK. mais qu'elles étaient plus que jamais sujettes à révision (78). qui est à la fois un point de départ et un point de rayonnement. par se payer cher."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" l’Orient avait gardé la tradition primitive. Mais. magis amica veritas. et servit jusqu'à nos jours de référence à la plupart des études historiques sur le célibat des clercs (77). ainsi que le remarquait encore le pape Pie XI dans l'encyclique Ad catholici sacerdotii. comme on l'a trop souvent répété sans esprit critique à la suite de FUNK. La redécouverte des origines apostoliques de cette discipline. amicus Plato. à partir. sur des bases évidemment plus scientifiques. il apparaissait avec évidence que la question ne pouvait être tenue pour tranchée (79).Le 33ème canon du concile d'Elvire. témoignent de l'existence d'une discipline de la continence parfaite pour les membres supérieurs du clergé. ce qui avait été la conviction profonde de tant d'érudits catholiques au cours de l'histoire et. C'est la raison pour laquelle je me suis attaché pour ma part à reprendre entièrement l'examen du dossier patristique sur les origines du célibat. la chronologie des principales dates de l'histoire de la discipline du célibat sacerdotal peut être précisée de la façon suivante : — Au 4ème siècle : Premiers documents législatifs qui. de date incertaine. et de constater que la loi bimillénaire de la continence parfaite des clercs gravite autour d'un centre. à leur suite. risquerait de compromettre sérieusement l'avenir de la discipline du célibat sacerdotal. disait saint Irénée . on s'est de plus en plus rendu compte toutefois que les positions de FUNK étaient loin d'être définitives. et de retrouver par-delà le 19ème siècle. mais généralement situé dans les toutes premières années du 4ème siècle . depuis toujours. 386).Les trois décrétales Directa (Sirice. en apportant sa propre personne qui avait été annoncée ». à notre connaissance. tandis que l'Occident avait à partir du 4ème siècle inauguré une législation jusqu'alors inédite. si elle devait se prolonger. Depuis Vatican II. comme on avait pu le croire sur la foi de certains. aux mérites que tout le monde s'accorde par ailleurs à lui reconnaître. c'est seulement parce qu'il s'agit d'un retour à la source. qui rappellent l'obligation de la loi. seraient un jour les prêtres de la Nouvelle Alliance. tôt ou tard. « Il a apporté toute nouveauté. Car l'exemple et l'enseignement des Apôtres ne sont naturellement que le reflet et l'écho de ceux du Christ. DES ORIGINES À NOS JOURS : LES PRINCIPALES ÉTAPES DU DÉVELOPPEMENT DE LA LOI DU CÉLIBAT SACERDOTAL A partir de ce centre. d'un foyer de lumière et d'énergie qui n'est autre que le Seigneur Jésus lui-même. en garantissant par l'autorité de l'Eglise de 27 de 48 . peut apporter une contribution positive au progrès de la réflexion théologique sur ce sujet de grande actualité et indiquer des voies nouvelles. (80) . à vrai dire. Cum in unum (Sirice. Ce sont. de l'orientation nouvelle que le concile de Carthage de 390 me semblait donner à la recherche. en revanche. mais atteste au contraire une tradition antérieure. tire la sienne. à chaque époque. 386) et Dominus inter (Sirice ou Damase). dans l'ordre : . Si l'éminent patrologue qu'était FUNK s'est trompé. Car les erreurs en histoire finissent. Changement radical sans doute. puis dans le grand public. et a appelé avec eux tous ceux qui. mais si on peut parler d'une sorte de révolution. tentent de le réduire. elle fut diffusée avec beaucoup de succès dans des revues spécialisées. sans craindre les forces de vieillissement qui.

de l'origine apostolique du célibat. bien des théologiens et des historiens de la période post-tridentine et du « siècle des lumières » s'appuient sur ce texte comme sur un document majeur pour conclure à l'apostolicité de la discipliné du célibat sacerdotal (81). En partie seulement. l'usage du mariage inconditionné pour tous les membres du clergé. s'y réfèrent. qui affirme on ne peut plus explicitement : « ce qu'enseignèrent les Apôtres. parmi les théologiens orientaux. parfaite ou temporaire. renouvelé ensuite par tous les synodes africains. le concile Quinisexte. dans le sens restrictif que nous avons vu. Par la suite. le lien traditionnel de la discipline avec « l’enseignement des Apôtres ». Pie IV.Le 2ème canon du concile de Carthage de 390. je pense. que ce qui est présenté comme une anomalie est au contraire un organe témoin de ce qu'était la discipline générale au temps de l'Eglise indivise. qu'il s'agit là d'une norme apostolique. Il servit de relais à plusieurs reprises pour vérifier. c'est « afin qu'ils puissent obtenir en toute simplicité ce qu'ils demandent à Dieu » (quo possint simpliciter quod a Deo postulant impetrare)."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Rome. des ministres de l'autel est requise par leur fonction d'intercession. . Aussi bien en Orient qu'en Occident. et elle se rattache aux origines de l'Eglise. Ce concile tenu à Constantinople. toutes ces pratiques attestent chacune à sa manière que ce qui a précédé était une discipline de continence parfaite pour l'ensemble des membres supérieurs du clergé (84). quant à lui. . l'auteur des Décrétales de Grégoire IX. de le garder ». plutôt que d'imaginer un processus de 28 de 48 . si les évêques. ne pense pas pouvoir mieux faire que de le citer. Ce n'est pas voir. d'une grande importance pour l'histoire. Les premiers à y recourir officiellement furent les Pères orientaux du concile Quinisexte in-Trullo de 691. les évêques sont tenus à la continence parfaite. et les prêtres et diacres mariés avant leur ordination ne peuvent se remarier après le décès de leur femme. « en qui. on l'a vu. qui certes n'est pas négligeable. et notamment par le concile général de l'Eglise d'Afrique de mai 419. a été conservée la Tradition qui vient des apôtres ». Au concile de Trente. n'y fasse allusion dans son encyclique sur le sacerdoce (82). ou consolider. Et il n'est pas jusqu'à Pie XI. en communion avec Rome sur le plan doctrinal. faisons en sorte. Au 11ème siècle. est l'autorisation reconnue à ces prêtres et diacres mariés de poursuivre les relations conjugales. dans les temps modernes. Le seul point de divergence. alors qu'elles ne voient aucune difficulté à l'usage du mariage pour ceux-ci après l'ordination. pour accuser à gros traits ce qui les sépare. Saint Raymond Penafort. dont saint Augustin. de premier plan dans l'histoire du célibat sacerdotal. au 13ème siècle. Continence temporaire des prêtres et diacres. pour expliquer aux princes allemands son refus de renoncer à la loi du célibat. au bénéfice de ces gens de partout. interdiction du remariage après l'ordination. D'aucuns. Car on a parfois trop tendance à laisser dans l'ombre les nombreux points communs entre la discipline latine et la discipline d'Orient. et ceci est important à souligner. se dit également convaincu. qui est « le dernier mot de la discipline ecclésiastique pour l'Eglise grecque ». dit in-Trullo. auquel participèrent 217 évêques. et interdisent le remariage des prêtres et des diacres. à prendre des décisions en partie contraires à la discipline du célibat jusqu'alors en vigueur dans toute l'Eglise. Ce canon. toujours. nous aussi. et l'autorisation de se remarier en cas de veuvage (83). — le prêtre étant avec le Christ médiateur entre Dieu et les hommes —. à ceci près néanmoins qu'il leur est demandé une continence temporaire. On s'étonne aujourd'hui de ce que les Eglises d'Orient aient conservé pour l'évêque l'obligation de la continence parfaite. les experts de la commission théologique chargée d'examiner les thèse luthériennes sur le mariage des clercs. est aussi remarquable pour la motivation théologique privilégiée qui fonde à ses yeux le devoir de la continence parfaite .En 691. joua un rôle. les promoteurs de la réforme grégorienne lui empruntèrent plus d'une fois un argument historique qu'ils jugent décisif. Ainsi. en particulier par le canon de Carthage. y discernent une anomalie et préconisent des mesures visant à uniformiser la discipline en autorisant également l'admission d'hommes mariés à l'épiscopat. prêtres et diacres sont tenus à s'abstenir des relations conjugales. Ces dispositions canoniques sont étayées par des raisons théologico-scripturaires communes à toute la période patristique : la continence. qui. célibat pour les évêques. Ce canon carthaginois. les jours où ils se préparent à la célébration eucharistique. et ce que l'antiquité elle-même a observé. est la première assemblée orientale.

» (85) Il est difficile de lire dans ce décret autre chose que ce qui y est écrit. ne réussirent pas à la faire abolir. de droit ou de fait. à prétendre que la loi du célibat ecclésiastique a été inaugurée par ce concile du 13ème siècle ! . les violentes attaques du « siècle des lumières ». matrimonium non esse censemus. qui sanctum transgredientes propositum uxores sibi copulare praesumpserint. aujourd'hui encore. notamment la Révolution française. en prenant un certain nombre de décisions majeures qui devaient configurer pour les siècles futurs la physionomie du sacerdoce (86).4 août 1908 : exhortation apostolique Haerent Animo au clergé catholique sur la sainteté sacerdotale. Il ne fait que confirmer.n'approuvera jamais une abrogation ou une mitigation de la loi du célibat. s'étende à un nombre plus grand de membres du clergé orthodoxe. D'autres mesures contribuèrent fortement au succès de la réforme tridentine concernant le célibat. . il est vraisemblable que l'idéal du célibat sacerdotal. quam contra ecclesiasticam reffulam constat esse contractam.1917 : Codex Juris Canonici. la discipline traditionnelle. » (90) 29 de 48 . et la crise moderniste. Le clergé célibataire devint la règle."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" nivellement des lois orientales dans le sens d'une généralisation du mariage. qui assura le recrutement et la formation de jeunes célibataires. le concile de Trente restaura la discipline du célibat ecclésiastique qui avait été sérieusement ébranlée par le grand schisme d'Occident (1378-1417) puis par les Réformateurs. Canons 132 et 1072. tenu en très haute estime par les Eglises d'Orient. Voici le texte du décret : « Ut autem lex continentiae et Deo placens munditia in ecclesiasticis personis et sacris ordinibus dilatetur. s'opéra dans l'Eglise postconciliaire. separentur. (89) . Il devint par voie de conséquence moins nécessaire de faire appel à des hommes mariés pour le sacerdoce. François Kordac. il suffit d'énumérer ici la suite des principaux documents du Magistère qui traitèrent la question jusqu'à Vatican II : — A l'époque moderne : Documents de Pie X (1903-1914) : .. fera sentir progressivement ses effets pour que la continence parfaite. La plus importante fut sans doute l'institution des séminaires. Les crises successives qui la mirent à l'épreuve aux siècles suivants. Un retournement considérable par rapport à ce qui avait été la situation du clergé au premier millénaire et jusqu'à l'époque même du concile de Trente.. statuimus quatenus episcopi presbyteri diaconi subdiaconi regulares canonici et monachi atque conversi professi. (88) Documents de Benoît XV (1914-1922) : . .Au 16ème siècle. dont l'Eglise latine se glorifie comme d'un ornement insigne. archevêque de Prague : « Le Siège apostolique. La « lex continentiae ». Huiusmodi namque copulationem.En 1239. la discipline du célibat sacerdotal dans l'Eglise latine resta telle que le concile de Trente l'avait définie. ni à la modifier. celui-ci n'étant pas seulement ministre du culte. le deuxième concile du Latran met en quelque sorte le point final à la longue réforme grégorienne en déclarant invalide le mariage contracté après l'ordination. Pour mémoire.Par la suite. et le clergé marié (tenu à la continence parfaite) l'exception. et qui s'avérera efficace. par une mesure canonique nouvelle. en particulier la restauration du ministère épiscopal et l'insistance sur les responsabilités pastorales du prêtre. qui date de l'antiquité. reste la même. mais « l'exemple vivant » proposé à l'imitation du peuple de Dieu (87).29 janvier 1920 : Lettre au P. On se demande vraiment pourquoi certains continuent.

et affirme « solennellement ». a une préhistoire . (95) Documents de Pie XII (1939-1958) : . dont beaucoup de membres militaient pour l'abolition du célibat : « Si l'Eglise latine est vigoureuse et florissante. qui témoignent tous de « l'excellence du célibat catholique ». elle remonte aux Apôtres et au Christ lui-même. bien qu'il ne soit pas question de critiquer la discipline « légitime » de l'Eglise orientale. Benoît XV approuve la dissolution de l'association sacerdotale Iednota. Pour la première fois. L'offrande quotidienne du sacrifice eucharistique. ce qui serait ensuite sanctionne par une loi ecclésiastique.16 décembre 1920 : Allocution au Consistoire. et ipsa servavit antiquitas. pour ainsi dire. qui tire son origine de l'Evangile et de la prédication des Apôtres. le pape cite la lettre de Sirice à Himérius de Tarragone. Le pape cite St Epiphane. lequel « ne fait rien d'autre que donner force et s'ajouter à une certaine exigence. pour se donner entièrement à Dieu et au service du prochain. A l'instar de son prédécesseur. » (93) Deux autres points sont à remarquer : une référence au concile d'Elvire. qui fait du prêtre un « alter Christus. montre bien sa perspective : la loi du célibat dans l'Eglise latine. » (92) Ainsi. » (91) Documents de Pie XI (1922-1939) : . que « le Siège Apostolique ne mitigera jamais la loi très sainte et très salutaire du célibat ecclésiastique t. ajoute encore l'encyclique. l'Eglise leur permet d'accéder au plus haut degré de liberté spirituelle et de charité.25 mars 1954 : encyclique Sacra Virginitas. St Jean Chrysostome. nos quoque custodiam us. conclut le pontife. Le témoignage des Pères grecs et syriens va dans le même sens. L'exemple du Christ vierge est la raison suprême qui fonde la virginité consacrée. qui pour cette raison doit être conservé dans son intégrité ».et moins encore ne l'abolira. En imposant à ses prêtres le célibat. sur la sainteté de la vie sacerdotale. Pie XII fait dériver l'obligation du célibat de « l'excellente dignité du sacerdoce ». soit interprété comme s'il était dans notre intention de blâmer ou de désapprouver en quelque manière la discipline différente qui est légitimement en vigueur dans l'Eglise orientale. sur la virginité consacrée. les Pères de l'Eglise orientale eux-mêmes garantissent les raisons du célibat sacerdotal et l'opportunité de la loi. il lui donne au contraire d'engendrer à la vie éternelle et par là de vivre une paternité immensément supérieure à la première. et il n'hésite pas à écrire que « en cette matière également l'harmonie régnait à cette époque entre l'Eglise latine et l'Eglise orientale là où on se conformait à une stricte discipline. St Ephrem. elle doit en grande partie sa force et sa gloire au célibat des clercs.20 décembre 1935 : Encyclique Ad catholici sacerdotii. le célibat est en honneur et les évêques y sont tenus par une loi. dont l'exemple et l'estime pour la chasteté ont incité les ministres de la Nouvelle Alliance à « s'imposer spontanément la soumission respectueuse à ce mode de vie ». comme le rappelait Pie XI. (97) Documents de Jean XXIII (1958-1963) : 30 de 48 . Néanmoins. Enfin. » (94) Tout ce passage de l'encyclique. ainsi que la chasteté parfaite du prêtre. rédigé avec un soin extrême par l'ex-préfet de la Bibliothèque Apostolique Vaticane qu'était Pie XI. « nous ne voulons pas que ce que nous avons dit pour recommander le célibat. on sent dans un document pontifical le souci de situer la discipline de l'Eglise latine face à celle de l'Eglise d'Orient.23 septembre 1950 : Exhortation apostolique Menti Nostrae. » Puis la citation du concile de Carthage de 390 : « ut quod Apostoli docuerunt. » (96) . celui-ci ne prive pas le prêtre d'une paternité."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" . est aussi une raison essentielle qui justifie le célibat. formulée pour la première fois au 4ème siècle. Même dans les Eglises Orientales.

Il s'articule en trois paragraphes : 1) La continence parfaite et perpétuelle pour le royaume des cieux. recommandée par le Seigneur. On peut. le concile se montre avant tout soucieux. comme l'avait été Pie XI.Le Concile Vatican II (1962-1965) : Il est question formellement du célibat sacerdotal dans deux documents du Concile : ..En évoquant « la pratique de l'Eglise primitive et la tradition des Eglises orientales »."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" . selon les lois saintes et fermes de leur rite propre. sont toujours un rappel des luttes mémorables. l'argument historique. soient formés avec un soin diligent à cet état. ne replie pas le prêtre sur lui-même. et glorieuses de ces époques. a été ensuite imposé par une loi dans l'Eglise latine à tous ceux qui se présentent aux Ordres sacrés. faire les remarques suivantes : . sur le ministère et la vie des prêtres (7 déc. a été l'occasion d'une nouvelle réflexion ecclésiale qui a finalement abouti à l'exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis du 25 mars 1992. et s'imaginer que l'Eglise catholique a l'intention ou estime opportun de renoncer à la loi du célibat ecclésiastique. » (99) De Vatican II à nos jours.. pour les raisons évoquées au début de cet article. » Le concile « n'entend aucunement modifier la discipline différente qui est légitimement en vigueur dans les Eglises orientales. qui est « l'ornement le plus excellent de notre Ordre ». (101) Il reconnaît l'existence d'un clergé marié 31 de 48 . La chasteté parfaite.26 janvier 1960 : Allocution au synode romain. (100) . 3) D’où la loi en vigueur dans l'Eglise latine. qui a été au cours des siècles et reste toujours l'ornement splendide et éclatant du sacerdoce. d'abord recommandé aux prêtres. n'est pas exigée par la nature du sacerdoce. » Si les raisons théologiques justifiant le célibat sacerdotal sont explicitées avec beaucoup de force et de clarté. christologiques et eschatologiques qui seront longuement développées en 1967 par Paul VI dans l’encyclique Sacerdotalis coelibatus. Il est demandé que « les séminaristes qui. n'est traité que sommairement. où l'Eglise de Dieu fut appelée à de rudes combats et a remporté un triple triomphe : car c'est un signe de la victoire de l'Eglise du Christ que de lutter pour qu'elle soit libre. » 2) Mais le célibat « a de multiples convenances avec le sacerdoce. . et tenue en haute estime par l'Eglise. à ce propos. chaste et universelle. en revanche. sur saint Jean-Marie Vianney. 1965). Jean XXIII fait allusion à des défections retentissantes et à des critiques contre la loi du célibat : « Ce qui nous afflige particulièrement c'est de voir. de favoriser l’œcuménisme avec les communautés ecclésiales d'Orient. dans l'esprit même des deux décrets Unitatis redintegratio et Orientalium ecclesiarum votés l'année précédente. La crise postconciliaire. que le célibat.1 août 1959 : Encyclique Sacerdotii Nostri primordia. A n'en pas douter. C'est ce que montrent « la pratique de l'Eglise primitive et la tradition des Eglises orientales. 1965). l'affirmation de la supériorité de la virginité consacrée et le rappel des « secours humains et divins appropriés » qui aident à assumer le célibat dans la joie et la maturité. observent la tradition vénérable du célibat sacerdotal.certains se laisser aller à des chimères (allucinationi cuidam indulgentes). les documents du Magistère sur le célibat sacerdotal se sont multipliés. la loi du célibat sacré et les soins à dépenser pour la faire observer soigneusement. » Suivent un bref énoncé des raisons théologiques justifiant le célibat. mais lui fait aimer les autres avec l'amour même de Dieu. et que confirme à nouveau le concile : « C'est donc pour des motifs fondés sur le mystère du Christ et sa mission. Justement appelé la « charte sacerdotale du concile » ce texte est l'aboutissement de longues discussions qui s'échelonnèrent sur plus de deux ans. sur la formation sacerdotale (28 oct.Le décret Optatam totius Ecclesiae renovationem. (98) .Le décret Presbyterorum ordinis. » (multimodam convenientiam cum sacerdotio habet) Le concile expose ici les motivations ecclésiologiques.

certains des écrivains patristiques. voire la nette volonté. et ne saurait être interprété comme une reconnaissance de l'antériorité de leur discipline par rapport à celle de l'Eglise latine.Reprenant à peu de chose près les termes de l'encyclique Ad catholici sacerdotii. .. et de la rattacher aux temps apostoliques. — comme l'indique la référence à 1 Tm 3. et les « prêtres mariés dont le mérite est grand. les Pères tiennent à affirmer qu'ils n'entendent « aucunement modifier la discipline différente qui est légitimement en vigueur dans les Eglises orientales. par don de la grâce.. auxquels renvoie le texte pour attester « la diffusion qu'avait prise chez les ministres sacrés. l'adverbe « légitime » employé ici fait référence à la législation particulière des Eglises orientales. paragraphe. les Pères laissent de côté la question soulevée par les documents pontificaux et les textes conciliaires des premiers siècles sur l'origine apostolique de la loi du « célibat-continence. s'est fait jour entre autres choses la tendance. et expose les raisons théologiques. puis renforcée et développée par l'autorité ecclésiastique à partir du 4ème siècle. comme saint Jérôme et Epiphane. la pratique librement assumée du célibat ».. pensons-nous.. 6 —.24 juin 1967 : encyclique Sacerdotalis coelibatus. d'abord recommandé aux prêtres. (106) 32 de 48 . invitant à la recherche. en disant plus loin que « le célibat. Nous pouvons souligner ici la continuité profonde de l'encyclique avec la tradition des origines. ce ne sont que de « brèves indications ». à été ensuite imposé par une loi dans l'Eglise latine à tous ceux qui se présentent aux Ordres sacrés ». à propos du clergé oriental. Il n'est fait non plus aucune allusion à la continence temporaire des prêtres mariés prévue par la législation orientale. de garder le célibat — ce que font les évêques » —. mais une base historique plus large et plus critique eût sans doute permis de mettre en évidence la loi du « célibat-continence ». le pape examine loyalement les objections soulevées. mais comme un règlement propter continentiam futuram. historiques. ». spirituelles et autres qui motivent aujourd'hui encore le maintien de la discipline. Par ailleurs. sont en réalité des témoins d'une discipline générale du « célibat-continence » remontant à la naissance même de l'Eglise. qui interprète 1'Unius uxoris vir des épîtres pauliniennes non dans le sens d'un droit à user du mariage après l'ordination. mais. » Comme chez Pie XI. est absente des perspectives de l'encyclique. établissant par là que la loi du « célibat-continence » a son fondement dans l'Ecriture. La documentation utilisée par l'encyclique fournissait. comme il ressort clairement. (104) Or. » Cela ressort également du fait que « cette législation. Reconnaissant qu’ « à notre époque caractérisée par une transformation profonde des mentalités et des structures."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" dès les temps apostoliques. sans précision. Paul VI consacre à l'histoire du célibat ecclésiastique dans l'antiquité un assez long. mais ne se prononce pas sur la question de la continence qui pouvait avoir été exigée des hommes mariés à partir de l'ordination. . (103) L'idée qu'une loi de continence parfaite pouvait avoir été en vigueur aux origines de l'Eglise pour les clercs des Ordres supérieurs engagés dans les liens du mariage.Le célibat envisagé dans le document conciliaire est celui d'hommes n'ayant jamais été mariés. 2-5 et Tt 1. (102) .. Le célibat dont parle le document pontifical est le célibat au sens strict. il n'est pas fait référence dans le document aux importantes décrétales du pape Sirice. tant en Orient qu'en Occident.. et non une loi de célibat-continence telle qu'on la connaissait jadis. comme il le dit lui-même. car ce qui est approuvé et confirmé aujourd'hui n'est autre que le célibat au sens strict. » Dans ces conditions. ce saint Concile l'approuve et la confirme à nouveau. Paul VI tient la promesse faite aux Pères du concile deux ans plus tôt. une base solide pour prouver que la pratique du « célibat au sens strict » avait été d'abord librement assumée par un bon nombre de clercs. de presser l'Eglise de remettre en question (le célibat sacré) ». avant d'être ensuite « solennellement sanctionnée par le Concile de Trente et finalement insérée dans le Code de droit canonique » (105) . de la distinction entre « les prêtres qui choisissent.

Ni le décret Presbyterorum Ordinis. d'autre part. du Canada et de Belgique.. qui a institué le sacerdoce ministériel comme une participation réelle à son sacerdoce unique. qui les voulut initiés à l'intelligence des mystères du royaume des cieux. ou les Pères de Vatican II. différents épiscopats. (108) Des interventions faites au Synode. Car. En effet. » Notons encore le passage sur la législation orientale. remplis de l'Esprit-Saint au jour de la Pentecôte. en préconisant heureusement une plus grande ouverture au monde. ni l'encyclique Sacerdotalis caelibatus n'ont mis en effet un terme aux questions que beaucoup continuent à se poser sur l'opportunité de la loi en vigueur dans l'Eglise latine.Septembre-novembre 1971 : Deuxième Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques. Le concile lui-même.. a promis une récompense surabondante à quiconque aura abandonné maison. épouse et enfants pour le royaume de Dieu. qui participent à Sa mission de médiateur et de prêtre éternel. gui est nouveau.. « est resté durant toute sa vie dans l'état de virginité. ou sur les possibilités d'adaptation. comme le dira Paul VI aux Pères synodaux.. mais à partager également avec lui l'état de vie qui est le sien ». qui les appela ses amis et frères. a du même coup fait naître de nouvelles difficultés pour les prêtres. à savoir que les apôtres. pour répondre à l'appel du Maître ? N'ont-ils pas été les premiers à être « totalement et exclusivement appliqués aux affaires de Dieu et de l'Eglise comme le Christ ? » En mettant l'accent sur les fondements christologiques du célibat. l'histoire eût aussi manifesté son accord profond avec la théologie du sacerdoce développée par l'encyclique. s'il est vrai que l'exigence de l'amour propre au sacerdoce ministériel pousse à « participer non seulement à (la) fonction sacerdotale (du Christ). « le sacerdoce chrétien. notamment ceux de Hollande. et confirme à sa manière ce que l'étude des documents des premiers siècles nous apprend sur les origines du « célibat-continence. les apôtres. famille. » Or. » Six ans après la fin du concile. » Le lien entre sacerdoce et virginité dans le Christ « se reflète » donc dans les prêtres. qui se réfère de façon précise au concile in Trullo de 691. « Jésus.. (107) Pour la première fois dans l'histoire. .. ont été aussi les premiers à avoir l'intelligence de ce grand mystère de la nouveauté du sacerdoce du Christ et du lien qu'il impliquait avec la chasteté parfaite. peut-on penser un instant que les premiers dépositaires de l'Esprit du Christ. » On ne peut s'empêcher de penser qu'en écrivant ces lignes d'une grande portée théologique. (109) Approuvées et confirmées par 33 de 48 . qui choisit les premiers ministres du salut. C'est pourquoi. Paul VI a voulu nettement suggérer ce que l'histoire des premiers siècles qui lui servait alors de fil conducteur ne lui permettait pas d'affirmer avec certitude. y compris leur épouse. Pontife suprême et Prêtre éternel. ne se comprend qu'à la lumière de la nouveauté du Christ. les évêques réunis en synode à Rome mettent à nouveau à l'ordre du jour le célibat sacerdotal. se dégagent surtout deux sujets de discussion : d'une part on constate que l'affinité entre le sacerdoce et le célibat fait l'objet d'une contestation. chez les catholiques eux-mêmes. l'encyclique de Paul VI vient à la rencontre de l'histoire. certains réclamant qu'on n'étende pas l'obligation du célibat à tous ceux qui aspirent au sacerdoce . l'encyclique ne se prononce cependant sur la question des origines de cette législation particulière du droit byzantin ni ne la fait remonter aux temps apostoliques. sur « le sacerdoce ministériel » et « la justice dans le monde. continue l'encyclique. qui se veulent désormais plus proches du peuple de Dieu. aient été si lents à comprendre que ceux d'entre eux qui pouvaient avoir été mariés n'aient pas tout quitté. demandent expressément qu'on autorise l'ordination d'hommes mariés. Pas plus que Pie XI. qui signifie son dévouement total au service de Dieu et des hommes. le Christ Médiateur et Prêtre éternel. ces premiers « amis et frères » du Christ."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Ce faisant. Le consensus général fut-pour le maintien du célibat. un document pontifical identifie positivement les sources du droit canonique des Eglises d'Orient.

par la publication de l'exhortation apostolique Pastores dabo vobis. A noter toutefois la brièveté de la référence à la discipline des Eglises orientales (111) . (112) . Une minorité d'évoques font remarquer de leur côté que le célibat n'est pas toujours apprécié pour ce qu'il entend représenter par la culture locale. Le pape y reprend 34 de 48 . (110) On y retrouve les grandes idées du concile et de l'encyclique Sacerdotalis caelibatus. Le nouveau Code de droit canonique. » Jean-Paul fera droit à cette requête en 1992. C'est le premier code de droit canonique à l'usage des Eglises orientales catholiques dans toute l'histoire de l'Eglise. Au sujet de l'ordination d'hommes mariés. le célibat ecclésiastique fait au synode l'objet de maintes interventions. le "Code du Concile".1990-1991 : Code des canons des Eglises orientales. les conclusions du synode furent publiées par un rescrit du 30 novembre 197l.25 mars 1992 : Exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis. les évêques demandant au Saint-Père de confirmer à nouveau la discipline et de la présenter aux candidats à la prêtrise « dans toute la splendeur de son contenu biblique. ou « recommandations ». la possibilité de faire appel à des viri probati est trop souvent évoquée dans le cadre d'une propagande systématique hostile au célibat sacerdotal. comme on l'a surnommée. théologique et pastoral.25 janvier 1983 : Code de Droit canonique. ou encore que la pénurie dramatique de prêtres dans certaines régions devrait faire reconsidérer le problème. Il faut répondre à ce problème par d'autres moyens. . à Jésus. qui est. » . (113) Le pape Jean-Paul II souligne que ce code s'inspire d'une sincère attitude oecuménique propre à favoriser les voies de l'unité avec les « Eglises-sœurs » orthodoxes. de nombreux documents pontificaux ou épiscopaux ont été consacrés au sacerdoce. et d'un signe prophétique contrastant fièrement avec la permissivité sexuelle de notre époque. sur « la formation des prêtres dans les circonstances actuelles. Cette « Magna Charta » de la théologie du sacerdoce. On le sait. (114) . à l'aide d'un langage plus positif : il s'agit d'un charisme. Sans être le sujet principal de discussion. votées à une très forte majorité et soumises à la fin du Synode à Jean-Paul II furent réservées au Souverain Pontife et aux membres de l'Assemblée épiscopale. Les 41 « propositions ». d'une manière de se conformer plus complètement. mais la crise qui continue d'affecter le clergé appelle un supplément de réflexion sur la formation sacerdotale dans le monde moderne. le Souverain Pontife a tenu à préciser ce qui suit : « On ne peut prendre cette solution en considération. et tout particulièrement des travaux du Synode des évêques d'octobre 1990. Beaucoup de rapporteurs font part du désir exprimé par leurs groupes de voir l'Assemblée réaffirmer la valeur du célibat sacerdotal dans l'Eglise latine. le document du Synode parle de « traditions ». On sait toutefois qu'elles comportaient une nette réaffirmation du célibat sacerdotal dans l'Eglise latine. sans qu'on puisse assurer toutefois qu'il y ait là une intention spéciale. et non plus de « législation » de ces Eglises. fixe la législation sur le célibat dans l'Eglise latine selon les normes et l'esprit de Vatican II et des documents officiels postérieurs. qui peut être considérée comme l'aboutissement réel de ce Synode auquel le pape a voulu attacher une importance toute particulière en assistant personnellement à toutes les séances générales. se situe dans la continuité des documents du concile Vatican II sur le sacerdoce et la formation des prêtres."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Paul VI. rien n'est dit de l'ancienneté de ces traditions par rapport à la discipline de l'Eglise latine. selon le mot de Jean-Paul II. déjà « presque en totale communion » avec l'Eglise romaine. » Depuis Vatican II. Cette fois encore. Cette propagande trouve le soutien et la complicité de certains moyens de communication sociale.Octobre 1990 : Huitième Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques.

Cet important document publié par la Congrégation pour le Clergé est le dernier en date des actes du Magistère de l'Eglise sur le sacerdoce. Prêtre Suprême et Bon Pasteur ». allant à contre-courant de ce que l'on peut considérer comme la culture dominante de son temps. et c'est elle qui explique en définitive ce que beaucoup. nonobstant les obstacles parfois gigantesques qui s'y sont opposés. la souffrance causée par les défections. si généreuse et nécessaire fût-elle à un moment donné de l'histoire. 5 . capables d'évangéliser le monde d'aujourd'hui. 9. Epoux de l'Eglise. le synode a comme redécouvert la profondeur de l'identité sacerdotale. la valeur de la continence parfaite pour le sacerdoce catholique. et s'est orientée vers la solution de choisir les candidats à l'Ordre sacré parmi les célibataires (cf. » Donné tout entier par l'Eglise au Christ. » (115) En manifestant le « lien ontologique qui unit le prêtre au Christ. il ne fait qu'un. . et par le Christ à l'Eglise. 5 . Serviteur et Epoux de l'Eglise. 9 . et lui communiqueront jusqu'à la fin des temps son dynamisme. On y entend la voix de Pierre. le prêtre assume librement ce don par la « charité pastorale » qui lui fait continuer au milieu des hommes la vie et l'action du Christ lui-même. tout comme la constance inébranlable de la hiérarchie dans le maintien d'une discipline qui fait l'honneur de l'Epouse du Christ. 1 Co 7. fourniraient à eux seuls la preuve manifeste que le célibat sacerdotal n'est pas le fruit d'une époque. 2 Th 2. S'il n'était pas vitalement relié aux Apôtres. l'Eglise. ces vingt siècles de fidélité à une discipline exigeant un renoncement particulièrement difficile à la nature humaine. A sa suite. mais qu'il s'enracine dans le sol où se nourrit la sève même de l'Eglise. Tt 1. Une juste théologie du sacerdoce est en effet la clé de la formation des prêtres. le célibat des clercs aurait depuis longtemps sans doute cédé sous les pressions visant à l'abolir. par son successeur sur le Siège apostolique. avec qui. 15 . Toutes les considérations développées dans Pastores dabo vobis sont reprises dans une sorte de résumé-synthèse : ferme volonté de l'Eglise pour le maintien de la loi . mais aussi le fait historique fondamental de fidélités sans nombre. une invention humaine. Dans ce contexte. depuis l'époque apostolique. comme à ceux dont l'exemple et l'enseignement lui ont donné son impulsion. » (116) CONCLUSION Des origines à nos jours. Les crises traversées au cours des siècles. le célibat apparaît comme une exigence de radicalisme évangélique favorisant de manière spéciale le mode de vie « sponsal » qui découle logiquement de la configuration du prêtre à Jésus-Christ par le sacrement de l'Ordre. 6-8). Un long chapitre y est consacré au célibat sacerdotal. 5. faute de la reconnaître. On remarquera le passage sur la tradition venue des Apôtres : « Le Seigneur donne ici l'exemple. les disciples ont "tout" laissé pour accomplir leur mission (Lc 18. examen des difficultés et réponse aux objections. motifs théologiques et spirituels du célibat . mais la réalité profonde a toujours été là. sacramentellement. par la mise en lumière de la nature du sacrement de l'Ordre qui « configure (le ministre) au Christ Tête et Pasteur. lui qui. après deux mille ans. 2-12 . 1 Tm 3.22 mars 1994 : Directoire pour le ministère et la vie des prêtres. donnent à ce texte d'une grande richesse théologique un ton d'une sereine et intense gravité. La prise de conscience de ce lien essentiel a pu parfois s'estomper des études historiques. réaffirmer avec assurance. Il en est d'elle comme de cette maison dont parle le Seigneur : « La 35 de 48 . ne réussissent pas à s'expliquer."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" l'ensemble des réflexions et des orientations synodales pour élaborer une oeuvre collégiale en réponse à la question fondamentale : « comment former des prêtres qui soient vraiment à la hauteur des circonstances actuelles. a choisi librement de vivre le célibat. a voulu conserver le don de la continence perpétuelle des clercs. à savoir la pérennité de l'institution à travers les âges. 28-30). c'est-à-dire dans l'Evangile. Pour cette raison.

de quelle manière pourront-ils s'acquitter de leur tâche d'intercesseurs au profit d'autrui ? » (117) La motivation théologique centrale du célibat sacerdotal est ainsi directement inspirée de l'épître aux Hébreux. Le commentaire du grand canoniste byzantin Jean Zonaras. pour justifier la discipline de la continence parfaite pour le clergé. dans une certaine mesure. la nécessité de renoncer à la « chair » pour approcher la « sainteté » de Dieu. En réalité. demandent pour le monde entier le salut et la paix. Dans la célébration eucharistique. au 12ème siècle. actualisant le mystère pascal. lui est une garantie d'exaucement. la disponibilité pour les tâches apostoliques. Mais si ces mêmes hommes se privent par leur faute de la liberté de parole. elles indiquent qu'un commun caractère entraîne pour tous les mêmes obligations et que le service des sacramenta et de l'autel. c'est qu'ils sont. mais c'est aussi pourquoi il fait du prêtre « l'intendant des mystères de Dieu ». la discipline de la continence parfaite des prêtres de la Nouvelle Alliance continue de s'édifier et d'édifier l'Eglise. prêtres et diacres doivent s'abstenir des relations conjugales. appelé à ce titre à une sainteté de vie caractérisé par la chasteté parfaite. est le fondement spécifique de la continence qui leur est demandée. les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre elle. le célibat qui. le Christ lui-même est présent. les torrents sont venus. et. comme le dit le canon. qu'ils auront demandé. il doit s'assurer les conditions requises pour une prière d'intercession efficace. toujours selon ce même concile. présente à Dieu les requêtes de ses frères humains. de par son union intime avec l'unique Médiateur. dans une identification au Christ priant. en est « l’ornement le plus excellent » joue au cœur de l'Eglise un rôle qu'aucun noble superlatif ne suffit à qualifier comme il le mérite. ils obtiendront tout de go ce. La liturgie eucharistique fait de celui qui est au service des mystères divins un médiateur qui. le « serviteur de l'autel ». comme on le fait trop souvent pour tenter de dévaluer le motif sous-jacent à la loi du célibat. et elle n'a pas croulé : c'est qu'elle avait été fondée sur le roc. peut « intervenir en faveur des hommes » dans leurs relations avec le Maître de l'Histoire. entraîne le peuple chrétien. La prière d'intercession est en effet la motivation théologique fondamentale. en lui prêtant des origines de qualité suspecte. « qui sacramentis inserviunt » (ceux qui sont au service des sacrements divins). elle situe dans une juste perspective les autres raisons invoquées à cette époque pour justifier le célibatcontinence. à la pratique de toutes les vertus et dialoguent ainsi en toute confiance avec Dieu. l'exemple à donner aux vierges et aux continents. S'ils s'exercent donc. la liturgie eucharistique surtout. titre spécial et permanent. Le concile de Carthage de 390 l'exprime dans une formule précise. et. c'est « afin de pouvoir obtenir en toute simplicité ce qu'ils demandent à Dieu » (quo possint simpliciter quod a Deo postulant impetrare). (119) Ces expressions sont chargées de résonances païennes ou philosophiques (notamment stoïciennes) qui ne sont pas homogènes à l'esprit du christianisme. à un. C'est à n'en pas douter la raison pour laquelle on lui fait souvent la guerre. et. Ce qui leur vaut cette place privilégiée dans le dialogue avec Dieu. celui qui. « qui altari deserviunt » (ceux qui sont affectés au service de l'autel). c'est-à-dire le service de l'Eucharistie. soulignera parfaitement cette idée maîtresse de la patristique : « Ceux-ci sont en effet intercesseurs entre Dieu et les hommes. — cette pierre scellée sur la pierre qu’est le Christ —. » Sur le roc des Apôtres. à l'imitation du Christ. en particulier le devoir de paternité spirituelle (substitué à celui de la génération charnelle). En montrant dans le ministre de l'Eucharistie un médiateur au service des hommes. (118) On peut mesurer par là combien il est inexact de parler de « continence cultuelle » ou de « pureté cultuelle ». A ce titre. 36 de 48 . c'est la liturgie. Ces expressions qualifient indistinctement les trois degrés supérieurs de la cléricature . « qui sacramenta contrectant » (ceux qui sont en contact avec les mystères sacrés). qui. car pour qui est convaincu du caractère irremplaçable du ministère sacerdotal pour la vie de l'Eglise et du monde. de manière indispensable. qui. cum Ipso et in Ipso —."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" pluie est tombée. — per Ipsum. Si les évêques. selon le mot de Jean XXIII. et s'offrant au Père pour le salut du monde. établissant un lien entre la divinité et le reste des fidèles. et la chasteté parfaite. dans la littérature patristique des premiers siècles.

au surplus. si respectables soient-ils. et devenir ainsi étroitement associés à sa médiation rédemptrice. Serviteur et Epoux de l'Eglise. ce mystère qui dépasse l'homme et le dépasse lui-même. celui-ci est donc le centre et la racine de toute la vie du prêtre. C'est pourquoi l'identité du prêtre. C'est par imitation du Christ. Le célibat sacerdotal alors. mais trouve dans la célébration de celle-ci sa plus haute réalisation. le don total du Christ à son Eglise. et il exprime le service rendu par le prêtre à l'Eglise dans et avec le Seigneur » (n. même avant que le sujet exprime sa volonté d'y être disponible. pris d'entre les hommes. L'histoire et la théologie du sacerdoce ne font qu'un dans l'affirmation que la continence des prêtres de Jésus-Christ se modèle sur celle de l'unique Prêtre de la Nouvelle Alliance. C'est en effet dans l'Eucharistie qu'est représenté — plus précisément rendu à nouveau présent — le sacrifice de la Croix. faisant de la chasteté de ses ministres une nouveauté elle aussi sans précédent. est don de soi dans et avec le Christ à son Eglise. une tendance à revenir à l'Ancien Testament en « fonctionnalisant » le service sacerdotal et en oubliant qu’en apportant sa propre personne. dont l'esprit sacerdotal s'efforce d'intérioriser tout ce qui se fait sur l'autel du sacrifice". De même. En tant que loi. trouve son expression plénière et son aliment principal dans l'Eucharistie : "Cette charité pastorale — lisons-nous dans le Concile — découle surtout du sacrifice eucharistique . Il est particulièrement important que le prêtre comprenne la motivation théologique de la loi ecclésiastique sur le célibat. » Car ce serait fausser lourdement le sens de l'a fortiori utilisé par Sirice et les autres écrivains patriotiques. Même s'il a pu y avoir. loin de lui être étrangère comme le voudraient ses détracteurs. Car ce qui est dit du Christ dans le Nouveau Testament a depuis toujours été compris comme étant dit aussi de ses prêtres : « Tout grand prêtre. En nous renvoyant aux Apôtres comme aux promoteurs de la tradition du célibat sacerdotal. comme Epouse de Jésus-Christ veut être aimée par le prêtre de la manière totale et exclusive avec laquelle Jésus-Christ Tête et Epoux l'a aimée. L'Eglise. et pour que cette imitation se perpétue dans leurs successeurs. quand ils expliquent le passage de la continence temporaire des Lévites à la continence perpétuelle des prêtres de la Nouvelle Alliance. 1). comme témoignage suprême de sa qualité de Tête et Pasteur. c'est de l'Eucharistie que le prêtre reçoit la grâce et la responsabilité de donner un sens "sacrificiel" à toute son existence (n. 23)."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Dieu-homme qui associe ses ministres à sa personne et à son sacrifice. elle exprime la volonté de l'Eglise. même si l'accent s'est déplacé parfois sur des motivations comparativement secondaires. que cette tradition est homogène à l'Evangile. Il faut le dire sans ambages : il y a autant de différence entre la « continence cultuelle » et la chasteté parfaite des prêtres de JésusChrist qu'il peut y en avoir entre les cultes païens. alors que l'Eucharistie réalise une mutation radicale. est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu. les Pères du 4ème siècle nous assurent. afin d'offrir dons et sacrifices pour les péchés » (He 5. le Christ « a apporté toute nouveauté. Au cours des siècles. et non divinité impersonnelle ou abstraite génératrice de tabous irrationnels. en effet. et le sacrifice de la Croix. le don de son corps livré et de son sang répandu. de la part de tel ou tel. qui configure le prêtre à Jésus-Christ Tête et Epoux de l'Eglise. C'est précisément pourquoi la charité pastorale du prêtre non seulement naît de l'Eucharistie.29). que les Apôtres ont vécu et enseigné par leur exemple l'appel à tout quitter pour Le suivre. Pour résumer la pensée de toute la Tradition. 37 de 48 . que d'y voir seulement un saut quantitatif. gui a sa source spécifique dans le sacrement de l'Ordre. Mais la volonté de l'Eglise trouve sa dernière motivation dans le lien du célibat avec l'Ordination sacrée. l'Eglise n'a jamais perdu de vue cette ligne essentielle. encore que d'une importance tout aussi incontestable. nous pouvons ici relire un passage-clé de Pastores dabo vobis : « La charité pastorale.

dira Grégoire en parlant des pasteurs. quelles doivent être les mains qui accomplissent un tel service. demandant la paix. (Ibid. « s'élèvent au-dessus de la multitude par leur vertu et leur familiarité avec Dieu. l'un et l'autre dans des traités qui servent d'inspiration à des générations d'évêques et de prêtres. que dis-je d'une ville ? de toute la terre et qui prie Dieu d'être indulgent aux fautes de tous. Il ne doit pas moins connaître les choses de la vie que ceux qui vivent dans le monde. comme s'il avait la charge du monde entier et s'il était lui-même le père de tous. C'est une réalité qui est constamment examinée et ressentie par les hommes. Je pense à la merveilleuse prière du Bréviaire. dans laquelle toute l'Eglise. ont vécu leur sacerdoce qu'en lisant ces pages brûlantes où une authentique humilité. "crée" donc le prêtre. Alors qu'il appelle l'Esprit Saint. pour qui également le sacerdoce « se place parmi les choses célestes » et imite « le service des anges ». quelle doit être la langue qui exprime de telles paroles . de nombreuses personnes s'adressent à lui en demandant ses prières.. spécialement comme pasteur. prie avec le Christ. de ces hauteurs. car le prêtre est "pris d'entre les hommes et établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu" (121) Comme le prêtre est an médiateur entre Dieu et les hommes. » (123) Non point que. sur qui ne doit-elle pas l'emporter en pureté et en sainteté l'âme qui va recevoir cet Esprit ? Alors.) » Ce caractère de médiateur. et que rappelait encore tout récemment le pape Jean-Paul II : « L'identité sacerdotale est une question de fidélité au Christ et au peuple de Dieu."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" ne peut être mieux exprimée que par la parole de l'épître aux Hébreux qui a servi de motivation théologique à la loi du célibat dès les origines de l'Eglise. et Jean Chrysostome. quel doit-il être ? Quant à moi je pense que la confiance de Moïse et celle d'Elie ne suffisent pas pour une telle supplication. qui sont partis. dès lors qu'il s'agit d'une de ces « sublimes réalités » que la parole humaine est impuissante à décrire. Quelle pureté et quelle piété exigerons-nous de lui ? Imagine. Officium divinum. qu'il est en rapports constants avec le maître commun de tous. ainsi il s'avance devant Dieu. Ceux-là. qu'il accomplit le sacrifice qui inspire une immense crainte. En effet. par la bouche de ses ministres. en même temps et en permanence. chaque prêtre "se crée soi-même" grâce à la prière. a cette envolée qui. Les grands théologiens orientaux donnent le ton de la littérature patristique sur le sacerdoce.. célèbre le don reçu de Dieu comme une merveille incomparable. non seulement des vivants. confère au prêtre une dignité que les Pères de l'Eglise exaltent sans complexe. de mettre fin aux troubles. Tout au contraire. le priant d'éteindre partout les guerres. La conscience sacerdotale ne se limite pas à quelque chose de personnel. mariés pour la plupart. Ils ne connaissent pas nos timidités d'hommes modernes. mais encore de ceux. en un certain sens. tenant le rôle de l’âme par rapport au corps ou de la pensée par rapport à l'âme » . en quelques lignes. avec un Grégoire de Nazianze ou un Jean Chrysostome. donné par le sacrement de l'Ordre. où le placerons-nous? dis-moi. (122) On ne peut se faire une meilleure idée du climat théologique dans lequel ces évêques et ces prêtres des premiers siècles. transporte le lecteur sur un sommet de la pensée chrétienne : « Un homme qui est l'ambassadeur d'une ville entière. 38 de 48 . en effet. La prière.e. le sanctuaire dans son ensemble) et tout l'espace autour de l'autel sont remplis de puissances célestes en l'honneur de celui qui est là. — celle du Magnificat —. Autant il faut qu'il soit supérieur en toutes choses sur tous ceux pour lesquels il prie. le prêtre soit désormais absent ou ignorant des choses de ce monde. Et. Il est « le sel de la terre » et « il faut non seulement qu'il soit pur pour être jugé digne d'un tel service. autant il convient que celui qui est à la tête de la communauté l'emporte sur ceux qui forment la communauté. l'abondance et une délivrance rapide de tous les maux qui menacent chacun dans le domaine privé et en public. auquel nous sommes envoyés. les anges se tiennent autour du prêtre et tout le bêma (i. mais encore qu'il soit très averti et qu'il possède une expérience étendue.

qui ne les élevait que pour élever par là-même leurs frères humains vers les hauteurs de la divinité.. grâce à leur proximité des temps apostoliques. C'est de ce fait incontournable qu'il faut avant tout tenir compte quand on retrace l'histoire du célibat à travers les siècles. la supériorité de la virginité et de la continence. que cette manière de vivre était dans la logique de leur sacerdoce . les « gardiens de la pureté » au sein du peuple de Dieu dont ils avaient la charge. Car « nul ne s'arroge à soi-même cet honneur. non. Car ce sont ces mêmes hommes bien entendu qui. n'étaient pas sans avoir expérimenté les joies de la vie sexuelle et de l'harmonie conjugale. tous se fussent indignés que l'idée d'un tel marchandage puisse effleurer l'esprit quand il y va d'une dignité comme celle du sacerdoce. ont prouvé par leur fidélité quotidienne. la vraie réponse aux objections soulevées à toutes les époques contre la loi du célibat ecclésiastique. qui gèrent les affaires de l'Etat. Hilaire de Poitiers. à leur tour. » (124) Si tant d'hommes mariés. qui élèvent des enfants. ayant élevé leurs enfants dans les bonnes mœurs et jouissant de l'estime sociale. Ces époux. Sévère de Ravenne. manifestaient à l'ordination. qu'ils étaient les disciples de Celui qui avait fait « toutes choses nouvelles » . par leur seule démarche. très souvent. jusqu'au seuil du Sème millénaire. En se soumettant en particulier à la discipline de la continence parfaite. absolument comme Aaron ». 39 de 48 . c'étaient des hommes choisis parmi les meilleures familles. (tout cela exige) beaucoup de souplesse et de perspicacité. Ils n'étaient pas des « refoulés ». la sainteté du mariage. pour n'en grossir que davantage à des fins trop évidentes le triste bilan des défections. le prix inaliénable de la liberté individuelle. dans lequel le corps humain. C'est en toute connaissance de cause qu'ils franchissaient le pas de la continence. qui possèdent des serviteurs. riches d'une expérience humaine et professionnelle souvent déjà longue. qui sont environnés de grandes richesses. il faut qu'il soit divers. sans tapage médiatique. prêtres et diacres qui. ce sont ces hommes qui la détiennent. ont légiféré pour le maintien de la discipline dans les divers conciles ou synodes régionaux. mais le don de leur liberté répondant à un don divin sans commune mesure.. que la révolution anthropologique opérée par le Christ avait créé un monde neuf.. comme ce fut parfois le cas. à qui la sexualité humaine faisait peur ou inspirait une méfiance morbide."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" mais il doit se tenir éloigné de toutes ces choses plus que les moines qui ont gagné les montagnes. avait fait naître un peuple de prêtres. Ces hommes mûrs. Tout ce que Vatican II mettra en pleine lumière sous l’éclairage évangélique : la dignité de la personne. non un fardeau inhumain imposé de façon arbitraire sur leurs fragiles épaules. accueillie comme un don gratuit. dès les temps apostoliques et à chaque génération. qui ont des charges importantes. renonçant comme Lui aux joies légitimes de la famille pour se donner tout entiers à leur mission de médiateurs. par son exemple et son sacrifice. et avec eux la foule immense des évêques. ont accepté sans réserve la discipline de la continence parfaite à partir de leur ordination.. Ainsi. Eucher de Lyon. Pacien de Barcelone. et mûris par tout ce que la vie conjugale peut apporter de plénitude. la sexualité et le mariage prenaient une valeur inestimable. tant de couples chrétiens des premiers siècles. les Pères des premiers siècles en avaient une conscience vive et le vivaient spontanément. Comme il lui faut vivre en compagnie d'hommes qui ont une femme. Même si la vox populi les élisait à leur corps défendant. faut-il le souligner. les disciples de Celui qui. et jusqu'à une époque tardive. c'est que la conscience de cette dignité exceptionnelle. il ne leur venait certes pas à l'esprit qu'en leur demandant la continence on leur faisait payer une sorte de droit de péage pour accéder aux honneurs de la cléricature. et feindre de l'ignorer ou le taire. ne serait que tentative infructueuse et impardonnable abstraction. et qu'ils devenaient ensuite. sans faire de théories. on y est appelé par Dieu. Paulin de Noie. comme les Apôtres. qu'ils n'avaient jamais eue et n'auraient jamais dans aucun autre système de pensée. était assez vive pour justifier un sacrifice souvent héroïque. pour ne citer que quelques-uns. et le choix de Dieu fait de la liberté qui accepte d'y répondre une liberté plus parfaite. les époux ordonnés manifestaient concrètement.

ces pays de mission plus vulnérables au paganisme ambiant. C'est pour tenter d'y remédier que les législateurs du 4ème siècle invitent à un retour aux sources. sont une sorte de « lieu théologique » fournissant à la réflexion sur la spiritualité et la théologie du célibat sacerdotal un ensemble de faits et une base empirique d'une richesse inappréciable. 40 de 48 . Sous l'influence des théories jovinianistes. par suite de l'accroissement numérique des convertis. ont pratiqué fidèlement la continence parfaite avec l'assurance que leur donnait l'ancrage sur une tradition qui remontait aux Apôtres. mais plutôt un ralentissement de l'élan primitif. On ne voit pas bien pourquoi les législateurs du 4ème siècle insistèrent tant pour montrer le rattachement de la discipline aux origines mêmes du sacerdoce chrétien. on choisissait mal les évêques. mais sur une volonté positive des fondateurs du christianisme. dans les provinces d'Occident. Une carrière faite pour tenter les ambitieux. et que l'estime de la virginité. des couvents se vident. Le climat général du 4ème siècle est marqué au contraire par une violente crise qui secoue la vie religieuse et le clergé. connaissent des difficultés particulières. l'estime croissante de la virginité avaient suffi à franchir un nouveau seuil. conscients qu'il est de leur devoir de rester fidèles malgré tout à la tradition reçue.. libérés pour un amour sans condition de leur Eglise et pour leur mission de pasteurs du troupeau. si l'on en juge par les lettres de Sirice et d'Innocent I se plaignant que. par imitation de l'exemplaire virginité du Christ. de privilèges. c'est rien moins qu'un mouvement propice à la continence parfaite pour le clergé qui se propage. clergé. Bien au contraire. De candidats prioritaires au martyre. Ceci nous amène à dire un dernier mot sur les rapports entre la discipline de la continence parfaite pour les membres supérieurs du clergé et le mouvement qui. S'il en avait été ainsi. ils vivaient désormais cette sexualité à un niveau supérieur."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Les nombreux exemples de clercs mariés. Les jeunes Eglises de Gaule ou d'Espagne. bien des nonnes et des moines se marient. Les clercs des premiers siècles fidèles à la continence parfaite ne se sentaient nullement frustrés du droit à l'exercice de la sexualité que leur avait donné un mariage légitime. Le statut des évêques connut quant à lui une transformation sensible grâce à la conversion des empereurs au christianisme. Mais cela ne signifie pas pour autant que le mouvement en faveur de la virginité soit antérieur. comme on continua de le faire pendant des siècles. et bien souvent de grandes richesses. surtout à partir du Sème siècle. avec leur épouse. selon le mot du concile de Carthage. Il faudrait un livre pour exploiter la mine d'enseignements que renferme l'histoire de ces innombrables évêques. Car. Les historiens soulignent aussi à juste titre le relâchement des mœurs qui s'introduisit dans l'Eglise au lendemain des persécutions. comme de la vie religieuse des vierges et des continents de leur communauté. fût-ce de l'autorité ecclésiastique elle-même. Il est certain que ces deux phénomènes réagirent l'un sur l'autre. est un facteur d'équilibre psychologique et de stabilité en profondeur qui a fait ses preuves aux premiers siècles de l'Eglise et a solidement structuré à toutes les époques la personnalité des prêtres célibataires. favorisant ainsi le développement de l'institution du célibat. et on n'aurait pas favorisé le recrutement d'hommes encore liés à une épouse. et moins encore soit la cause directe de la discipline de la continence parfaite pour les évêques. prêtres ou diacres qui. suscita dans l'Eglise de nombreuses vocations à la virginité et à la vie monastique. Parce que le sacerdoce avait fait d'eux. beaucoup devinrent de hauts personnages jouissant d'honneurs. (125) Au total. exerça pour sa part une influence marquante sur l'idée qu'on se faisait des obligations propres au. Il convient de souligner cet aspect comme il le mérite. des « gardiens de la pureté » (pudicitiae custodes). on aurait plus rapidement abouti à une loi exigeant des candidats aux ordres qu'ils ne fussent pas mariés. à qui la porte ne fut pas toujours fermée. la conviction de se soumettre à une discipline qui repose non sur des décisions contingentes. et c'est là sans doute la conclusion la plus sûre de l'enquête historique sur les origines du célibat sacerdotal. directement inspirée des conseils évangéliques.tout particulièrement. responsables devant Dieu de la sainteté des époux. prêtres et diacres. si le climat général de l'époque.

Louis THOMASSIN.. t. ont été composés par des évêques (saint Cyprien. ZACCARIA F. Nitrae 1877 . I. III. Bernold de Constance. César BARONIUS. I-IV Pestini 1861 . faisons en sorte. libelli de lite.P. 6.. Coelibatus et Brevlarium : duo gravissima clericorum officiam e monumentis omnium seculorum demonstrata. saint Augustin. les chefs de l'Eglise avaient la conviction qu'ils devaient prêcher d'exemple et exhorter sans cesse (126). P. t. 784-787. où il était question de normaliser les règles de la continence et de la chasteté. ce qu'enseignèrent les apôtres. Exactement comme l'avaient fait les Apôtres : « Ut quod Apostoli docuerunt. 1962. Pastores dabo vobis. peut aussi aider à comprendre pourquoi la discipline de la continence sacerdotale à pu être conçue dès les origines comme une priorité d'où dépendait la perfection du peuple chrétien. la référence à leurs ouvrages. Grottaferrata. 5. 1761.). que les très saints pontifes. 1. JOANNOU. dit : Il nous plaît que les évêques. et tout autant les lévites.. et ipsa servavit antiquitas. p. Voir à ce sujet A.A. sont associés par une sorte de lien de chasteté.II. comme il convient (à leur état). Dignitatis humanae. en d'autres termes. Acta Sanctorum Septembris. J'ai nommé : les évêques. Nuova giustificazione del celibato sacro dagli inconvenienti oppostogli anche ultimamente in alcuni infamissimi libri dissertazioni quattro.. 1. Corpus Christianorum 149. IX-X. gardiens de la chasteté.J. sous toutes ses formes. afin de pouvoir obtenir en toute simplicité ce qu'ils demandent à Dieu . afin d'entraîner les fidèles sur la voie royale. et ce que l'antiquité elle-même a observé. 35-36. vol I. 3 : L'évêque Aurèle dit : Dans un concile antérieur. 11. de nous y tenir. « Gardiens de la pureté ». V-VIII. Kral Verlag. 1774 . tous ceux qui sont affectés au service de l'autel. Storia polemica del Celibato sacro da contrapporsi ad alcune detestabili opere uscite a questi tempi. 29. De prohibenda sacerdotum incontinentia : MGH. 41 de 48 .M. en vertu de leur consécration. 14. p. 8. 10. 12. Lumen Gentium. Méthode d'Olympe. Cf. 2 : Les canons des synodes particuliers. XXII : MGH. can. p. les prêtres et les diacres. C'est moi qui souligne. t. p. Venise. Discipline générale antique. » Christian Cochini S. Ad Gebehardum liber. cardinal STICKLER. Pastores dabo vobis. 6 janvier 1996 en la fête de l'Epiphanie de Nôtre-Seigneur NOTES 1. 4 : Faustin. Pastores dabo vobis. 351 . 13. nous aussi. t.. Basile d'Ancyre. 7. saint Athanase. ou encore (comment oserait-il) exhorter les époux à la chasteté du lit conjugal. 7. nos quoque custodiamus. Cf. p. Ce n'est pas un hasard si la plupart des traités patristiques sur la virginité. touchent aux mystères sacrés. qui ont tant fait pour l'essor de la vie religieuse.c. Vatican II. 1785. les prêtres et les diacres. Tous les évêques déclarèrent : Nous sommes d'accord . On fut d'avis. Ibid. qui conduit au Christ. Voir plus loin. 4. si lui-même s'est plus préoccupé d'engendrer des enfants pour le monde que d'en engendrer pour Dieu ? » L'idée que les pasteurs de l'Eglise sont responsables de la chasteté. (on s'occupa) des trois Ordres qui. 1993."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Notons encore une réflexion de Sirice dans la décrétale aux évêques des Gaules : « Comment un évêque ou un prêtre oserait-il prêcher à une veuve ou à une vierge la continence ou l'intégrité. Manegold de Lautenbach.. Cf. 11. ceux qui. 5. seine Entwicklungsgeschichte und seine theologischen Grundlagen. 2. s'abstiennent (du commerce conjugal) avec leurs épouses.. c'est-à-dire ceux qui sont au service des sacrements divins. les prêtres de Dieu. mais étroite. Fuligno. observent une continence parfaite. Accessit completa literatura. 9. qu'ils gardent une chasteté parfaite. ROSKOVANY Augustino de. — de la chasteté conjugale des époux comme de la chasteté parfaite des vierges —. 216-218. Robert BELLARMIN. évêque de l'église de Potenza. Tokyo. 13. Rome. 3. o.. Ainsi par exemple : Stanislas HOSIUS. Voici le texte voté au cours de ce concile de 419 : can. Der Kleriker zölibat.

t.). PL 17. Adversus Vigilantium. CSEL 54. 21 (GCS 31. 33. GCS 31. GCS 31 . 10 et 21 . Paris Le Sycomore. Haer. CSEL 54. 257. 4. 497). qui confirmèrent les leurs. CSEL 50. 30. L'affaire d'Apiarius de Sicca. PL 13. une continence absolue. 26-64. Haer. 522). 9 (QCS 23. en affirmant vouloir observer « ce que les Apôtres ont enseigné ». 34. 219-241. PL 13. 1990. Comme l'a justement fait remarquer un éminent canoniste. on pourrait se demander si les Pères africains. Apologeticum ad Pammachium.59. (C'est moi qui souligne) 22. et à la Tradition universelle de l'Eglise. En 303. 2 (PL 23. . 37. 1181a-1194c. Lettre à l'Eglise de Vercell. et le pape donna raison aux Africains. 121-122). Cette exégèse de Sirice restera pendant longtemps l'interprétation officielle des pontifes romains. SCh 211. 5. Abensberg 1993. l’édit de Dioclétien ordonna de « raser au sol les églises et de jeter au feu les Livres sacrés. H. III. 29. 2. 10 (PG 62. Der Cölibat dennoch eine apostolische Anordnung. I. Ces documents romains étant de quelques années seulement antérieurs au concile de Carthage de 390.Saint Jean Chrysostome. 547-549). Lethielleux. 365 et 386-387 . Affirmer une chose oui eût été contraire à l'autorité indéniable du concile oecuménique de Nicée est tout simplement impensable de leur part. Der Cölibat eine apostolische Anordnung. 43).. Ignatius Press San Francisco. 340-341. 16. hom. Adversus Haereses.T. » A Rome. avait été réhabilité par le pape Zosime qui avait fait valoir en sa faveur de prétendus canons du concile de Nicée. les deux expressions « loi de continence parfaite » et « loi de célibatcontinence » sont généralement identiques. Panarion (Adv. Haer. 63. p. Paderborn. 1131b-1147a. En déclarant que la discipline du « célibat-continence » remonte aux apôtres. Ce prêtre de la province proconsulaire.). BRUNS. 104-105. 1897. 32. 33. 1138a-1139a. le dépôt déjà considérable des archives et de la bibliothèque pontificales disparut dans les flammes. 367 . qui fait dire aux Pères espagnols le contraire du sens obvie.. p. Des scènes analogues se 42 de 48 . tandis qu'il avait été jusqu'alors permis de poursuivre la vie matrimoniale même après l'ordination si le mariage avait été contracté avant cette dernière » (Cölibat und Priesterehe im christlichen Altarium. . je désigne ici la loi de continence parfaite pour les évêques. 1257a.Saint Ambroise. que telle était bien la réalité de l'histoire. 24. Commentaire sur la première épître à Timothée. 33 de ce synode impose en effet aux clercs supérieurs. Berolini 1839. Il faut aussi se rappeler que les archives des églises ont été souvent détruites au cours des persécutions : par là s'explique en grande partie la rareté des documents que nous ont laissés les premiers siècles de l'Eglise. p. Il se révéla finalement que les canons litigieux invoqués par Rome n'étaient pas de Nicée.Expositio fidei. ils se procurèrent à Alexandrie et à Constantinople d'autres verissima exemplaria du concile de Nicée.48.Saint Jérôme. 1879. 783. 49. On peut difficilement témoigner d'une plus grande fidélité à la Tradition que l’Eglise d'Afrique ne l'a fait dans cette affaire. : The apostolic originis of priestly celibacy. 62-63 (PL 16. BICKELL Gustav. Le c. 36. Supplementa ad collectiones monumentorum et literaturae. Par l'expression célibat-continence. Cochini. III-IV. Les évêques africains. La démonstration évangélique. Kral Verlag. Funk déclare tout de go : « Le synode d'Elvire de l'an 300 marque un tournant. ang. Ep. 20.. De officiis ministrorum. . Expositio de fide. De ecclesiasticis officiis. ils ne se contentent pas d'avaliser les décrétales romaines. AAS 28 (1936). Seine Entwicklungsgeschichte und seine theologischen Grundlagen. . mais d'un concile particulier tenu à Sardique. Ep. L'original latin comporta une double négation. C. puis à Exupère de Toulouse (405).Ambrosiaster. Dans ses lettres à Victrice de Rouen (404). PL 23. 25. Ep. II. Ed. 17. 365 et 386-387. 21. 497. PL 16. 792-799. 18. PL 23. 414-415. 1n Zeitschrift fur katholische Theologie. en particulier. 62-63. 35. ils garantissent au nom de leur propre tradition. La fidélité notoire dé l'Afrique chrétienne à ses traditions. 340-341). Funk fait preuve ici d'une confusion regrettable entre droit et loi écrite (Alfons Maria Kardinal Stickler. 9. 2 vols. pour la distinguer de la loi qu'on peut appeler du « célibat au sans strict ».Epiphane. Innocent I reprendra mot pour mot 1'explicatton de son prédécesseur pour réclamer des monogames admis à l'ordination la continence parfaite. protestèrent qu'ils n'y trouvaient pas ces décisions qu'on voulait leur opposer. 8 (PL 83. Adversus Jovinianum. Panarion. 27.26.63. 13). et sera largement diffusée par les grandes collections canoniques occidentales."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Nitrae 1881 . prouve toutefois le contraire. 367. Panarion (Adv. 15. qui possédaient dans leurs archives les actes authentiques du premier concile oecuménique. Haer. . PL 23. 31. Canones Apostolorum at Conciliorum saeculorum IV-VII. in Zeitschrift fur katholische Theologie. 111. Nitrae 1888. II. ne se sont pas purement et simplement contentés de leur faire écho. restreignant l'admission aux Ordres aux seuls célibataires. hérésie 59 . 28. PL 13. PL 16. Der Kleriker Zölibat. I. Origines apostoliques du célibat sacerdotal. 2. GCS 37. 21. 6. 23. Dans la suite de cet article. Trad. 12 (PL 17. 34 . prêtres et diacres mariés. est éclairante. . Qui plus est. Commentaire sur la première épître à Timothée. 26. 1257-1258). Plusieurs écrivains patristiques commentant aussi dans le même sens la consigne paulinienne de l’unius uxoris vir : .Eusèbe de Césarée. 257 . en accord complet avec les canons de Nicée.Saint Isidore de Séville. 1981. 1878. . p. 522. cap. 19. III. 790).. p. excommunié par son évêque.

Paris. AMMAN. dans la semence ou dans la frêle plante à peine issue d'elle. Histoire du Moyen-Age. PQ 120. der Bekenner und Bishof. Les origines du célibat ecclésiastique. 1933. E. Paphnutios. mais sur les questions de discipline cléricale et liturgique. Voir C. s'il a tant soit peu l'expérience des institutions ecclésiastiques . JOANNOU. o. déclara de son côté « préférer la mort » à la reconnaissance de « certains canons (qui) étaient contre l'ordre de l'Eglise » (Mansi. 232-233). Paris. c'est aussi en tant que « serviteurs des mystères divins » et médiateurs du peuple par la prière que les clercs des ordres majeurs sont notamment tenus dans les Eglises d'Orient à s'abstenir des relations sexuelles : continence parfaite pour les évêques. 46. ne semble avoir accusé le concile de nouveauté. —période de bouleversements s'il en fût —. Ch. Les témoignages contemporains de Jérôme et d'Epiphane mentionnés ci-dessus peuvent être aussi une indication en ce sens. 41. 562. la Palestine. Il n'en va pas de même en Orient. auquel il a fallu du temps pour 43 de 48 . 42. p. 1968/1 (K2). Van den Eynde. Probleme der koptischen Literatur — wissenshaftliche Beitrage der Martin-Luther-Universitat Halle-Wittenberg. au 14ème siècle. marquée par l'écroulement de l'Empire romain d'Occident. pp. 37. Mais sur les frontières du nord. orientaux ou arméniens réunis « sous la Coupole » du Palais impérial (in-Trullo) s'opposèrent plus d'une fois à Rome. 211-249 . III. San Francisco. Tout ceci explique pourquoi le concile Quinisexte s'ouvrit dans une certaine atmosphère d'hostilité vis-à-vis de Rome et prit ses distances par rapport aux traditions latines. E. Le point de départ en avait été l'affaire du 28ème concile de Chalcédoine. Byzance fait face aux invasions slaves et bulgares. de la tradition apostolique. continence temporaire pour les prêtres et diacres mariés. la lourde obligation de la continence parfaite aurait paru odieuse à plus d'un. 49. » (Traité du Saint-Esprit. loin d'être un « tournant » à partir duquel on aurait commencé à imposer aux clercs la continence parfaite. Qu'on me permette de citer ce que le P. le concile d'Elvire est au contraire un témoin privilégié de la fidélité de l'Eglise d'Espagne à une antique tradition. de l'Asie proconsulaire et de la Thrace. Nicée et Constantinople. Il semble que le monde chrétien soit à la veille de succomber. Le pape Serge (687-701). 1. et les Pères d'Elvire n'auraient pu l'introduire sans soulever un tollé de protestations et s'attirer des démentis au nom de la tradition authentique. 50.. 25-26. p.. 43. père du diacre Florentius.A. A. aux mains des chefs musulmans. grâce en particulier à l'action des conciles et des papes. transmises secrètement. p. 117. 1963. 145-153. 255 s. Histoire de l'empire byzantin. Diehl-G. PG 67. la discipline du célibat se maintient en Occident.P. P. 101. dans un texte célèbre : « Parmi les "doctrines" et les "définitions" conservées dans l'Eglise. SCh 17. nous tenons les unes de l'enseignement écrit et nous avons recueilli les autres. et ceci confirme encore l'impression que. 47. PG 137. l'auteur du « Syntagma Alphabeticum ». La méthode correcte.. En même temps.). 1913. Le premier à rapporter 1'anecdote de Paphnuce en Orient est Matthaeus Blastares. au contraire. Or. Au cours de la longue période qui va du 4ème au 7ème siècle. 39. Stickler a souligné dans la préface de mon livre : « L'évaluation historique (de l'auteur) se trouve appropriée à l'ensemble des phénomènes du développement doctrinal et disciplinaire dans l'Eglise primitive. Vacandard. liste augmentée dans « The apostolic origins of priestly celibacy ». Marçais. C'est sans heurt que le 33ème canon d'Elvire fait son entrée dans l'histoire. Vasiliev. un domaine où. nul n'en disconviendra. in DTC 15. 275. la dissidence nestorienne. ont leurs répercussions sur la vie intellectuelle et morale. 1019s. syrien d'origine. 40. Prenons une comparaison : on nierait qu'un arbre ait existé parce que. où la Syrie. 11. pp. Histoire ecclésiastique. 52. En effet.. on peut seulement dire que le canon d'Elvire sur le célibat-continence est le premier de ce genre « qui nous ait été conservé. 3). seul Constantinople résiste encore. 1990. en 451. Ortiz de Urbina. consiste à dire que précisément à partir de l'arbre actuel. Toutes ont la même force au regard de la piété.c. qui reconnaissait à la « nouvelle Rome » une autorité patriarcale sur les métropolitains des diocèses du Pont. 45. 87-123. de 835 à 642. Dans ces conditions. Ces bouleversements politiques. Zonaras. à notre insu. 38. de témoignages explicites et écrits. les 215 Pères grecs. 3705s. p. p. II s'agit peut-être de l'évoque Léon. Paris.WINKELMANN. 48. la Mésopotamie et l'Egypte tombent l'une après l'autre. Voici par exemple ce que dit saint Basile. emporté par la formidable tempête de l'Islam » (cf. on manque pour établir la vérité. Le monde oriental de 390 à 1081. op. ou aller jusqu'à se croire obligé de nier cette réalité. cit. Byzance connaît des difficultés croissantes avec Rome. qui eurent une profonde influence sur la civilisation hellénique. 53.. I. » Il n'est pas du tout impossible qu'un ou d'autres canons semblables se trouvaient dans les archives incendiées durant les persécutions. 28 . il était encore impossible de l'identifier ou de le reconnaître. Cochini. » La mésentente ne fit que s'aggraver par la suite. J. II est d'autre part remarquable que personne. SOCRATE. L'orthodoxie resta sauve. Les historiens de Byzance parlent d'une « décadence intellectuelle profonde. I. 112-147 . I. nous porterions atteinte. qui l'avait très probablement remarquée dans le Décret de Gratien. Paris. Pour autant. à l'époque. XII. on ne peut refuser d'admettre l'existence de ce qui ne se trouve pas explicitement affirmé. le plus souvent. 101b-104b. s'il s'était agi d'une nouveauté. Des quatre patriarcats orientaux. l'apparition de l'Islam et la fin tragique de l'Afrique chrétienne. si nous essayions d'écarter les coutumes non écrites comme n'ayant pas grande force. Gembloux-Paris. F. pp. et avait été pour cette raison rejeté par le pape saint Léon comme étant « en opposition avec les canons de Nicée » et « contre les droits des églises particulières. p. à l'Evangile sur les points essentiels eux-mêmes. D."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" produisirent dans toutes les provinces de l'empire. Les normes de l'enseignement chrétien dans la littérature patristique des trois premiers siècles. les invasions barbares et la poussée de l'arianisme. y compris en Espagne. 1932. malgré des périodes de relative accalmie. car. 51.. 1936. 44.

2. 333-371. le synode romain de la décrétale Dominus inter déclare : « Si la commixtion est une souillure (si commixtio pollutio est). dans Opera omnia. De baptismo contra Donatistas. . pp. 34 . 367 . 55. Saint Ambroise. à défaut d'un célibataire. VII. 1870. 68. 194-202. 1971. » 74. Eusèbe de Césarée. . 1257-1258. 64. PL 83. Commentaire sur la première épître à Timothée. o. Cette interprétation est aussi celle de l'exégète anglican bien connu A. Au 3ème siècle.. 60. dans la semence et dans la plantule.. Lumen Gentium. Id° pp.c. on serait tenté au premier abord d'y voir une dépréciation du mariage et des relations conjugales légitimes. PL 17. Saint Jean Chrysostome. 10. 12. 31 . Juris ecclesiastici Graecorum historia et monumenta. 9. 2. Sacerdoce et célibat.. pp. 227-229. Paris. la nécessité de renoncer à la « chair » pour approcher la « sainteté » de Dieu. . apôtre de notre temps. le « mari d'une seule femme ». Cochini. Voir plus haut. Plumer. Paulina. 1993. Le synode n'entend pas qualifier de « souillure » l'acte conjugal (ce qui. PL 26. 237-243 et 267-272.. 71. les unes qualifiées de « célestes ». 417. saint Athanase et saint Grégoire de Nazianze. Commentaire sur l'épître aux Galates. comme on vient de le rappeler. 70. 59. Lettre à l'Eglise de Verceil. IV. Gembloux-Louvain. I. cap. p. Saint Jérôme. Discipline générale antique. 62. Deus homo factus est . 8). 11-26. Voici les principaux auteurs patristiques chez lesquels on trouve un commentaire semblable à celui de Sirice : . 365 et 386-387 . I. lui qui va avoir à supplier pour les péchés d'autrui. p. on peut conclure à l'existence originelle. XI. non commixtionem passus neque divisionem. in Solo per amore. 72. 10. l'attestation indirecte que ces prêtres mariés continuaient à mener la vie conjugale. 10 et 21 . GCS 37. I. saint Cyrille de Jérusalem et saint Ephrem. 204-209. III. 783. (Pitra. II. et quod non erat assumpsit. I. pp. hom. Vanhoye. pour Eusèbe de Césarée. 1. c'est-à-dire la prière sacrificielle d'intercession. Il fondamento biblico del celibato sacerdotale. les autres définies par « le service de la génération humaine. Prêtres Anciens. 63. IX. 1883. Verbum Dei. 62-63. .P. Vatican II.619-638). dans une certaine mesure. 259. cap. car « tous ces passages se réfèrent à un second mariage après que le premier mariage a été dissous par la mort. Crouzel. pp. est précisément une innovation par rapport à la règle générale qui reste en vigueur. Mais le contexte théologique de toute la pensée patristique sur le mariage. en utilisant une tournure grecque qui paraît bien impliquer le veuvage.. 2340-341. par exemple.E. Expositio fidei. 619-638. Vatican II. Voir à ce sujet H. Pour l'interprétation de certains passages de saint Ignace d'Antioche. 5. chap. Apologeticum ad Pammachium. on voudra bien se reporter à mon livre. 10. 22. à proprement parler. 171-176. Commentaire sur la première épître à Timothée. III.. Rome. PG 62. pp. CSEL 51. voir mon livre. 1980. II. « Mari d'une seule femme » Le sens théologique d'une formule paulinienne. 83. Saint Jérôme. Joannou. Saint Epiphane. I. Les paroles de Jésus sur les « eunuques » volontaires pour le Royaume des Cieux proposent un idéal de vie à 44 de 48 . Vatican II. Coppens. 57. dans J. José T. hérésie 59 . GCS 23. 66. lib. 54. p. Lumen Gentium. 522. Le désaccord éclata à nouveau à la fin du 2ème siècle entre le pape Victor et les évêques d'Asie conduits par Polycrate d'Ephèse. . de la même nature de l'arbre. De ecclesiasticis officiis. dans son livre The pastoral epistles. 234-237. et. 21. On peut remarquer alors que le sens premier du mot commixtio n'est pas « union sexuelle ». ed. 218. ». 56. l'anathème qu'il porte contre les eusthatiens refusant la communion des mains d'un prêtre marié n'est pas. 61. Adversus Vigilantium. III. Adversus Jovinianum. . Sur l'importance de l'épître aux Hébreux dans la réflexion théologique néotestamentaire sur le sacerdoce du Christ. pp. il est évident que le prêtre doit se tenir prêt à remplir ses fonctions célestes.. 33. Les autres raisons invoquées par les Pères sont notamment le devoir de paternité spirituelle. CSEL 54. La décision qui a pu être prise au concile d'Ancyre de 314 (si elle l'a été) en faveur d'une certaine catégorie de diacres. Prima controversia generalis de Verbo Dei. Voir mon livre. in Paul de Tarse. id quod fuit permansit. Card. pp. serait une hérésie de type encratiste ou montaniste). prêtre nouveau selon le Nouveau Testament. 65. Crouzel n'a cependant pas dégagé avec assez de relief le rôle primordial joué par la théologie du sacerdoce ministériel dans la hiérarchie des motivations en faveur de la continence. 2 . Panarion. l'exemple à donner aux vierges et aux continents. Ep. La démonstration évangélique. Saint Isidore de Séville. tant s'en faut. la disponibilité pour les tâches apostoliques. 244-245. P. Elle est. et connut un règlement pacifique grâce à 1'entremise de saint Irénée. pp. L'histoire donna finalement raison au pape Etienne contre saint Cyprien. Adversus Haereses. à son avis. » 69. Paris. 58. Quand au concile de Gangres de 340. 790. Le célibat et la continence ecclésiastique dans l'Eglise primitive : leurs motivations. PL 23. PL 16. L'ambrosiaster. 257 . On peut adjoindre à cette liste les Canons ecclésiastiques des saints apôtres qui mettent dans la bouche de saint Pierre la recommandation de choisir pour évoque. Tertullien et Origène sont hautement favorables de la continence parfaite pour le clergé. III. rifflessioni sul celibato sacerdotale. de la Potterie. Ep. Sanchez. III. mais il met l'accent sur l'incompatibilité de deux fonctions différentes qui ne sauraient se « mélanger ». S47-549. Vatican II.. on pourra voir notamment A. 12. Londres. l'interprétation « prédominante ». 73. 20. Clément d'Alexandrie. 67. mais plus simplement « mélange » de deux ou plusieurs choses. Voir l'excellente étude de Ignace de la Potterie. PL 23. » (C. 49. 497. GCS 31. 525. 5 .. Roma 1979. » On trouve par exemple cet emploi du mot commixtio dans l'antienne des Laudes de l'office du 1 janvier : « Mirabile mysterium declaratur hodie : innovantur naturae. IV. 1864. les autorisant à se marier s'ils le voulaient. Lorsque."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" se développer jusqu'à la forme qui permet de le bien connaître. 8. prefazione di S.. 43. 163-165. Dei Verbum. SCh 211. II. I. . s'oppose nettement à une vue aussi négative.

78. fait remarquer le cardinal STICKLER : « Avant tout. being a history of his religious opinions. Qui plus est. Décret sur la réforme. 1967. ensuite.. des personnes dévouées à un célibat éternel . Session 22. 84.c. 54-57. p. op. Seine Entwicklungsgeschichte und seine theologischen Grundlagen. 85. salvo praescripto can. I (P. 83. Decrees of the Ecumenical Councils. votés au cours de la Session 24 du 11 novembre 1563 : « Si quelqu'un prétend que les clercs constitués dans les ordres sacrés. comme une victime chaste.749. Kral Verlag. p. vol. CHOLIJ l'a très bien montré dans son livre. 86. cas très fréquent. n. mais encore dans la continence. par rapport aux Ecclésiastiques. » Les autres textes du concile de Trente ayant trait directement ou indirectement à la question du célibat sacerdotal sont les suivants : Session 21. et qui a été lui-même une hostie virginale. peuvent contracter mariage. et qu'il n'est ni meilleur. P. n. op. 886). Henri BREMOND a dit de Louis THOMASSIN qu'il était « l’honneur éternel de l'Oratoire. 585-620 . TANNER.14. 755). 17. dans les premiers temps de l'Eglise. notamment dans les premiers siècles de l'Eglise . Galot. et aucune autre explication avancée jusqu'ici ne s'impose avec autant de force que la sienne. 681. one Nicaea I to Lateran V. et surtout le célèbre Concile in-Trullo (691) qui montre comment les Byzantins eux-mêmes concevaient l'origine et le fondement de leur tradition. 198. dont il a voulu qu'il se fit une immolation éternelle dans son Eglise par ceux qu'il a appelés à son divin sacerdoce.§. 29 (21 juillet 1983). ces paroles de Jésus peuvent âtre déjà perçues comme une exigence non facultative pour ceux qui dans l'Eglise sont appelés à un service plus grand. » (J. Voir surtout Session 22. 76. est aussi ancienne que l'Eglise .737-738) . 744-746)."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" choisir en toute liberté. TANNER s. 14. 424. 1993. chiesa. c'est-à-dire dans le renoncement à l'usage du mariage chez ceux qui étaient mariés avant 1'ordination. Voir plus haut. can. 4.. pp. C'est dans ce dessein qu'il choisit des apôtres ou vierges pour toujours. 7. ainsi que le souligne justement le cardinal STICKLER dans son dernier livre.. 1 (id° p. entraînant un don de soi complet au Royaume. Canones. ou au défaut des vierges. Session 25. et offrissent leurs corps avec le sien. enfin c'est pour cela que ces divins disciples bannirent à jamais du sacerdoce virginal de l'Eglise ceux dont l'incontinence avait éclaté par un double mariage » (o. 730) . Der Kleriker Zölibat. 77. Décret sur la réforme. Décret sur la réforme. 82. FUNK fait preuve d'un manque d'esprit critique surprenant à propos de la prétendue intervention de Paphnuce au concile de Nicée. pure et innocente. qu'il soit anathème. Oxford.683 et pp. cit. Svaglic. Décret sur la réforme générale. 58. La première de ces décisions est le 9ème des canons sur le sacrement de mariage.1. et surtout. et que tous ceux qui ne pensent pas avoir le don de chasteté (même s'ils en ont fait le vœu) peuvent se marier : qu'il soit anathème. avec tout ce qu'impliqué cette dernière. 45 de 48 . Tratti salienti nella storia del celibato. C'est sans doute. 750-753) .6 (id° p.. Sheed 7 Ward and Georgetown University Press 1990. 26. p. parce qu'on n'avait pas suffisamment distingué.792-794). XI : l'état de vie du prêtre. qui sont dans les Ordres majeurs. Celui-ci ne consiste pas seulement. entre norme écrite et tradition orale. dans Esprit et Vie. 88. Demetrius CONSTANTELOS.) 75. que des vierges. Pour une présentation plus complète de cette controverse. de l'érudition française et de l'Eglise. 242-244. AAS 28 (1936). p. parce qu'on n'avait pas suffisamment mis au point le concept de célibat propre à ces premiers siècles (et pas seulement à eux). enfin. TANNER. can. p. in Norman P. En voici le texte : can. Session 23. J. nonobstant la loi ecclésiastique ou le vœu . p. dans Sacra Doctrina 15 (1970). Galot a justement fait remarquer que « si la situation initiale des Apôtres ne nous est pas connue avec certitude au moment de leur appel. pp. R. » Une citation montrera comment Thomassin concevait les origines de la loi sur le célibat des prêtres : « Cette Loi. cap. Il faut citer notamment les 'remarquables études du cardinal Alfons M.. comme le Corpus Juris Civilis de Justinien. dans l'interdiction de se marier. C'est lui qui a uni l'appel au célibat et l'appel au ministère sacerdotal. on pourra se reporter à mon livre. AAS 28 (1936). 79. Le sacerdoce catholique. 18 (id° p. cit. 214. dans Salesianum 26 (1964).. 25.j. il est certain par contre que le Christ leur a demandé le renoncement à la vie de famille et au mariage. ou continents à l'avenir : c'est pour cela que les apôtres n'élurent pour être dépositaires et successeurs de leur royauté sacerdotale. 35. ni plus profitable de demeurer dans la virginité ou le célibat que de se marier. II y a cela trois motifs principaux. in Concilium 1972 (78). pp. ut contra eandem peccantes sacrilegii quoque rei sint. cb. pp. que soutenir le contraire n 'est rien d'autre que condamner le mariage . Fowler Wright Books. 89. Clerical celibacy in East and West. 80. Néanmoins. edited with an introduction and notes by Martin J. sinon commun. comme le croit trop souvent le profane. » On peut ajouter que FUNK n'a pas fait état de certains documents de première importance pour l'histoire de la tradition orientale. ou les religieux qui ont fait vœu solennel de chasteté. 15 (id° p. Concilium Lateranense II. STICKLER. 81. p. a voulu aussi que ses sacrificateurs fussent ses imitateurs. Pii X Acta. 275-302 . p. Cf. at the Clarendon Press. le Pontife éternel qui a voulu naître d'une Vierge. Mariage et célibat du clergé dans l'Eglise orthodoxe. N. Apologia pro vita sua. parce que le débat avait pris un tour trop polémique pour permettre une appréciation sereine des arguments avancés de part et d'autre . C'est moi qui souligne. can. Décret sur la réforme. 87. la raison pour laquelle Sirice et les législateurs des premiers siècles ne s'y réfèrent pas directement. Le 10ème de ces canons sur le sacrement de mariage souligne la supériorité du célibat sur le mariage : « Si quelqu'un prétend que l'état conjugal est préférable à l'état de virginité ou de célibat. 132-§ 1 : Clerici in maioribus ordinibus constituti a nuptiis arcentur et servandae castitatis obligatione ita tenentur. à mon avis. » (N. La continenza dei diaconi specialmente nel primo millenio della. et que ce contrat est valide. 1988. Voir aussi l'excellent livre de Roman CHOLIJ. p. can.

LXIV. in quibus severiori disciplinae obtemperaretur. Coniugatus qui sine dispensatione apostolica ordines maiores. cit. L'absence d'allusion quelconque à ces documents essentiels pour l'histoire du célibat ecclésiastique que sont les décrétales du pape Sirice. 110. n. n. 97.Formule B : « Il appartient au seul Souverain Pontife. 94. cit. de permettre l'ordination sacerdotale d'hommes mariés... sur la promotion des études orientales. 917. suscepit.. le 12 nov. 57-58.897s. n.cit. la législation conciliaire des premiers siècles et les témoignages des écrivains patristiques montre bien également l'intention du concile de ne pas traiter pour elle-même la question des origines de la loi du célibat. 36 : « Si la législation de l'Eglise orientale en matière de discipline du célibat ecclésiastique est différente. 98. à un charisme spécial (cf. AAS 32 (1950). Ainsi. » . Optatam totius Ecclesiae renovationem. § 3. AAS 12 (1920). 111. » Il y eut 168 Placet. Presbyterorum Ordinis. can. 28. mais le propose comme libre obéissance à une vocation spéciale. p. et constitue la toile de fond historique qui s'impose encore bon gré mal gré à l'opinion. 21 Placet iuxta modum et 3 abstentions. 90. 277-288).16). Cath. » (n. 226.. où nous est gardée la doctrine du Christ et des apôtres. On sait que la restauration de l'unité avec les Chrétiens orientaux fut l'une des préoccupations majeures du pontificat de Pie XI. Voir à ce sujet R. 11-12). AAS 63 (1971). 161-191. » p. avec 2 abstentions et 2 bulletins nuls. 1928 (AAS 20 (1928). « la virginité pour Dieu est un don spécial. pp. AAS 12 (1920). etc. Pie XI ne prend pas position sur les origines de la discipline orientale . et fondé la même année l'Institut pontifical d'Etudes orientales. 93. Pie XI leur donna un élan nouveau. 109. « la virginité consacrée des ministres sacrés.. 108. » La première formule recueillit . op.. par exemple : « Certes. il ne la rattache pas non plus explicitement aux décisions du concile in Trullo. n. plus haut. AAS 83 (1971). p. 12. AAS 52 (1960). le Saint-Esprit a providentiellement et surnaturellement adapté son assistance. Comme nous l'avons fait remarquer.899. » (n. selon ce qui fut finalement établi par le Concile In Trullo de 692 (can. dans des cas particuliers. 1923 (AAS 15 (1923). p. pas même dans des cas particuliers.odo improbare ac redarguere. n. p. En employant l'adverbe « legitima ». nisi matrimonium fuerit nullum vi aut metu eisdem incusso. AAS 63 (1971). 16 juillet 1967. sed. p. 6. et compte tenu du bien de l'Eglise universelle. ecclesiasticum caelibatum commendantes.36 106. « Lex caelibatus sacerdotalis in Ecclesia Latina vigens integre servari debet. n. AAS 46 (1954). les évêques eurent à choisir entre les deux formules suivantes : . ni non plus les apôtres à l'égard des hommes qui étaient préposas aux premières communautés chrétiennes (cf. cela est dû aussi à des circonstances historiques différentes et propres à cette partie très noble de l'Eglise : à cette situation spéciale. 1261. 1498. ac si Nobis in mente esset absimilem illam disciplinam quoda. » (n. 104. 48) et ouvertement reconnu par le second Concile du Vatican (décr. op. 26. n'exige point le célibat des ministres sacrés. quae in Orientalem Ecclesiam legitime invecta est ». 5-6) ». Clerici minores possunt quidem nuptias inire.26. Cela ressort nettement du paragraphe où est accueillie 1'objection tirée du Nouveau Testament : « La première (objection) semble venir de la source la plus autorisée : le Nouveau Testament. 91. l'ordination sacerdotale des hommes mariés n'est pas admise. 1 Tm 3. ab eorundem ordinum exercitio prohibetur.2. 13. la virginité n'est pas exigée par la nature même du sacerdoce. 102. véhiculées par Leclercq et Vacandard. Benoît XV avait institué en 1917 la Congrégation pour l'Eglise orientale. 92. 95. Jésus lui-même n'en a pas fait une condition préalable au choix des Douze. 10. 105.Formule A : « Le droit du Souverain Pontife demeurant toujours sauf. De même. 663s. en raison des nécessités pastorales. CHOLIJ. 26) .. 573-582). p. licet bona fide. sur saint Josaphat. d'âge mûr et d'une probité éprouvée. op. l'influence des théories de Funk.. cit. 103. 554s. prout nunc vigent 46 de 48 . 585-588. p. la seconde 87. « Hac etiam de re inter Latinam Orientalemque Ecclesiam tunc temporis consensionem iis in locis viguisse. 100. Mt 19. 99. encourageant de toute son autorité les Catholiques à mieux connaître leurs frères d'Orient. Voir aussi R. dans l'encyclique."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" § 2. CHOLIJ. 188-189. l'emploi fréquent du mot « virginitas ». Il consacra deux encycliques au problème de l'Unité avec les Eglises d'Orient : Ecclesiam Dei. noter également le canon 133 qui traite de la cohabitation des clercs avec les femmes. Salve maneant Ecclesiarum Orientalium traditiones. verba fecimus non idcirco intellegi volumus. p. op. 17) . 101. ipso iure e statu clericali decidant. AAS 51 (1959). 96. n. 35. pp. » Doc. « Nihilo socius quae adhuc. 1072 : Invalide matrimonium attentant clerici in sacris ordinibus constituti. 44) . 2-5 . « Caelibatus in Ecclesia Latina servandas. 10 Non placet.. et Rerum Orientalium. reste prédominante jusqu'à l'époque du concile Vatican II.107 suffrages . Le 21 novembre 1964. le 8 sept. Tt 1.. On peut. comme synonyme de « caelibatus » est lui aussi significatif. t. En ce qui concerne l'ordination d'hommes mariés. 107.mmd. 191-192. manifeste eh effet l'amour virginal du Christ pour l'Eglise.

319-321.Il faut favoriser. de même. . VI.(Des empêchements à recevoir ou à exercer les ordres sacrés). Eglise albanaise . PL 13. Sacerdoce et célibat. 215. C. ep. Eglise roumaine . COPPENS. 10. dans Review for Religions (30) n. Il appartient à 1'évêque diocésain d'édicter des normes plus spécifiques sur cette matière et de juger les cas particuliers concernant l'observation de cette obligation. p. il est requis qu'il soit non lié par un mariage (vinculo matrimonii non ligatus). 14. March 1971. Canon 376.. 17 avril 1894. pp. 1) s'est toujours exercée et continue de s'exercer sous de multiples formes. Eglise chaldéenne (patriarchat) . qui vivent en concubinage. Cf. Canon 373. Discours pour le Trentième anniversaire de « Presbyterorum ordinis ». en vertu de cette responsabilité. 5. DE LUBAC sur le rapport entre les deux Testaments : « Pour que l'Ancien Testament pût être compris dans son "vrai" sens.. » (Catholicisme. SC 272. 333-371. H. Les clercs sont obligés à observer la continence parfaite et perpétuelle pour le Royaume des cieux. n. PL 20. O.Le célibat des clercs. Canon 782. le document de Vatican II sur la rénovation et l'adaptation de la vie religieuse (Perfectae caritatis). 7. III. 113. 27 octobre 1995.5-6. soit (qu'il ait tenté de se marier) avec une femme validement mariée ou liée par le même vœu. dans J. Canon 758. éd. Voici les canons relatifs au célibat et au mariage des clercs : Canon 180. Eglise biélorusse . n. Voici la liste de ces 21 Eglises. PL 13. choisi à cause du royaume des cieux. c'est au droit particulier qu'il appartient de statuer sur les moyens opportuns à adopter pour atteindre ce but. que les temps fussent révolus et que le Christ fût venu. 2. IV) Arménie : 19. R. autant que faire se peut. Eglise melkite (patriarchat) . L'Autorité qui admet un candidat à l'ordination sacrée doit obtenir : 2° si le candidat est marié. 144 s. Doc. » 123. Eglise syrienne (patriarchat).. Synode des évoques sur la formation des prêtres dans les circonstances actuelles –« Lineamenta » (1989) . Eglise ruthène . 9. Eglise malabar.. 122. Canon 374. p. 1141 . 10. c'est-à-dire du collège des évêques uni au Souverain Pontife. Voir par exemple B. 8. Eglise bulgare . 277-§ 1. 317. 4. 112. tout comme ce sont eux qui ont pris l'initiative du récent synode sur la vie religieuse et ont réfléchi. § 3..C. 115. le statut des clercs engagés dans le mariage. § 2. de toute nécessité. afin qu'ils s'aident mutuellement dans l'exercice de la vie spirituelle et intellectuelle et puissent être plus aptes à coopérer dans le ministère.. 1971. par lequel les ministres sacrés peuvent adhérer plus facilement au Christ d'un cœur sans partage et peuvent se consacrer plus librement au service de Dieu et des hommes. Seul celui-ci pouvait "rompre le mystérieux silence des énigmes prophétiques". p. doit être honoré (in honore habendus est). causent un scandale public ou persistent dans une autre faute extérieure contre le sixième commandement de Dieu. 21. On remarquera que ce sont justement les évêques. 1164-1165. Eglise russe . can. où il traite de la grandeur du sacerdoce. p. 17. 5). fr. PG 138. Eglise arménienne (patriarchat). même seulement civil. qui ont élaboré. Eglise copte (patriarchat) .46 14 nov.I. Eglise yougoslave. Eglise hongroise . 2. 120. dans son sens "absolu". 916. 590. VERKAMP. seul il pouvait ouvrir le livre scellé des sept sceaux. CROUZEL. p. et qui a une si grande convenance avec le sacerdoce. Sirice. ep. avec les Supérieurs d'Instituts 47 de 48 . 3 . 114. Eglise slovaque . classées suivant les Eglises-mères d'où elles tirent leur origine : I) Alexandrie : 1. 375. unis au pape. et sont donc tenus au célibat. 125. Eglise grecque . Innocent I. 16. VI. doit être partout tenu en très grande estime (ubique permagni faciendus est).. III) Constantinople (ou Byzance) : 6. 18. 119. comme le montre la tradition de l'Eglise universelle . Dialogue sur le sacerdoce. la vie commune louable entre les clercs célibataires. 121. 13. un certificat de mariage et le consentement de l'épouse donné par écrit. lequel est un don spécial de Dieu. Le célibat et la continence ecclésiastique dans l'Eglise primitive : leurs motivations. ep. Cf. 490. 15.Pour qu'un sujet soit reconnu apte à l'épiscopat. §1 Contracte un empêchement à recevoir les ordres sacrés. On aimera se rappeler ici les admirables pages du P. II) Antioche : 3. Cultic Purity and the Law of Celibacy. Eglise italo-albanaise . 118. Can. Cath. il fallait donc. Eglise éthiopienne (patriarchat) . d'un ordre sacré ou d'un vœu public perpétuel de chasteté. I. Cf. soit que lui-même est sous le coup d'un empêchement à la célébration d'un mariage du fait d'un lien matrimonial. a été imité par saint Grégoire le Grand dans sa célèbre « Règle pastorale. n. 7 .1995. 116. 126. même simplement civil. p. à l'égard de la vie religieuse (cf. 12 . 124 Ibid. 11. pp. » AAS 63 (1971). Cité par Pastores dabo vobis. Gembloux-Louvain. Eglise malankar . Que les clercs se conduisent avec prudence avec les personnes dont la fréquentation pourrait mettre en péril l'observation de la continence à laquelle ils sont tenus où devenir une cause de scandale pour les fidèles. celui qui a fait une tentative de mariage.. 32.). On sait que le Discours de saint Grégoire de Nazianze « sur sa fuite ». 2092.Les clercs célibataires et mariés doivent briller de l'éclat de la chasteté . n. Cette responsabilité des pasteurs. 12. Canon 769-§1. Aux canons 1394 et 1395 sont prévues des sanctions canoniques pour les clercs qui violent la loi de célibat par une tentative de mariage. 3°. sanctionné par la pratique de l'Eglise primitive et des Eglises orientales à travers les siècles. Eglise maronite (patriarchat) . Eglise ukrainienne . 4.(Des conditions requises chez les candidats à l'ordination sacrée) §3: Pour ce qui est des hommes mariés admis aux ordres sacrés on observera le droit particulier de sa propre Eglise ou les normes spéciales fixées par le Siège Apostolique. V) Chaldée : 20. par. 117."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" in variis territoriis.

» 48 de 48 . à « la vie consacrée et sa mission dans l'Eglise et le monde."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" religieux.