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"CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE

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« CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE »
Aux origines de la discipline du célibat sacerdotal.
INTRODUCTION
Les historiens de l'Eglise du XXème siècle écriront sans doute un jour que la crise
postconciliaire du célibat sacerdotal a pris fin en 1992, avec la parution de l'exhortation
apostolique post-synodale Pastores dabo vobis, du pape Jean-Paul II. Trente ans auparavant, en
réponse à des questions déjà nombreuses, les Pères de Vatican II avaient sans ambiguïté confirmé
la loi du célibat dans l'Eglise latine pour les candidats au presbytérat, mais, de façon paradoxale,
les documents de l'assemblée semblèrent donner le signal d'un débat général dans l'Eglise, qui
allait se poursuivre et s'amplifier dans les années qui suivirent le Concile. Ce fut comme si, sur ce
point en particulier, un concile de l'opinion publique avait pris le relais du concile oecuménique
pour promouvoir un mouvement en faveur de l'abolition du célibat.
On assiste ainsi depuis Vatican II à un double phénomène. D'une part, une série
d'interventions de l'autorité hiérarchique, dénuées de toute équivoque. L'encyclique Sacerdotalis
caelibatus de Paul VI, le 24 juin 1967, après un examen attentif des objections soulevées à
l'encontre de la loi, expose longuement les raisons théologiques, historiques et spirituelles qui
motivent aujourd'hui encore le maintien de la discipline. Au Synode de 1971, la question est à
nouveau discutée, avec une grande franchise, sur l'arrière-fond d'une situation jugée plus critique
par certains évêques ; le consensus général de l'assemblée synodale manifeste une fois encore la
volonté de rester fidèle à quelque chose d'essentiel. Puis, en octobre 1990, c'est le huitième synode
des évêques, sur « la formation des prêtres dans les circonstances actuelles », sous la présidence
de Jean-Paul II, dont les 41 « propositions », ou « recommandations », votées à une très forte
majorité et soumises au Souverain Pontife fournissent la substance de l'exhortation apostolique
Pastores dabo vobis, qui réaffirme avec une nouvelle force l'attachement de l'Eglise latine au
célibat des prêtres.
Au cours de la même période, on assiste parallèlement à des tentatives de remise en
question radicale de la loi du célibat de la part d'un nombre important de prêtres et de théologiens,
aux yeux desquels les raisons traditionnelles à l'appui de la discipline paraissent définitivement
périmées. On ne compte plus les articles ou les livres, à caractère scientifique ou de simple
vulgarisation, qui depuis 30 ans s'efforcent de modeler l'opinion dans un sens opposé à celui des
documents du Magistère, pour créer et renforcer un mouvement contestataire qu'on voudrait
victorieux d'une institution désuète. L'ouverture au monde préconisée par le Concile se traduit chez
certains par l'abandon des formes de vie sacerdotale qui font du prêtre, croit-on, un « séparé ». La
loi du célibat est tenue pour responsable de la pénurie des vocations, perçue comme une violation
des droits de la personne, si justement revendiqués par les déclarations conciliaires, désignée
comme une source de déséquilibres psychiques et génératrice de scandales. Le clergé marié des
Eglises d'Orient apparaît comme modèle, la restauration du diaconat permanent d'hommes mariés
ou l'admission au sacerdoce de ministres protestants convertis au catholicisme sont perçus comme
des signes avant-coureurs infaillibles, tandis que le dialogue oecuménique, indirectement, remet à
l'ordre du jour les thèses luthériennes sur le sacerdoce et le mariage des prêtres.
Tout ceci se déroule dans un climat social caractérisé par des bouleversements sans
précédent. La sexualité, légitimement mise en valeur par le Concile, se libère avec bonheur de
vieux tabous. Mais la période de l'après-concile est aussi celle de la « révolution sexuelle », de la
permissivité en matière de mœurs, de la campagne autour des moyens anticonceptionnels, de

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l'invasion du monde de l'image par l'érotisme et la pornographie, bref d'un ensemble de choses qui
concourent à nourrir chez plus d'un l'obsession du sexe. Beaucoup de Chrétiens sont désemparés,
et les prêtres ne sont pas toujours les moins vulnérables, précisément parce qu'ils cherchent à bon
droit à se rapprocher du monde, à « épouser » leur temps. Si l'on tient compte aussi de l'explosion
démographique, et de ce que le nombre des femmes augmente à proportion, au moment même où
celles-ci accèdent en masse à la vie professionnelle, on peut parler d'une véritable apparition de la
femme sur la scène sociale, et cette présence quotidienne, ce compagnonnage, amène souvent les
clercs célibataires à s'interroger sur leur solitude.
L'impact global de tous ces phénomènes est considérable. Une version moderne des
tentations de saint Antoine, cent fois plus insidieuse parce que doublée d'une crise d'identité, se
joue dans l'âme d'un grand nombre. Tous n'en sortent pas indemnes. Comme par une réaction en
chaîne, des prêtres jusqu'alors fidèles, les uns après les autres, quittent le sacerdoce, et ces
défections, grossies par les média, réussissent à faire figure d'anticipation, la loi séculaire du
célibat perdant du même coup son auréole aux yeux d'un public chrétien désorienté. Des
associations de prêtres mariés se forment, créent des groupes de pression. Des théologiens leur
prêtent leur concours, essayant de justifier ce qui, il y a peu de temps encore, eût paru
inadmissible. La grande majorité des clercs restés fidèles à leur engagement garde le silence, ou ne
sont guère entendus, leur voix couverte par les nouvelles à sensation. C'est la crise, à laquelle
beaucoup ne veulent voir d'issue que dans la suppression d'une discipline jugée tyrannique et à
contre-courant de l'histoire. Le célibat facultatif, oui, le célibat obligatoire, non, carrément non.
Nul ne pourra dire que l'autorité ecclésiastique ne prit pas la question au sérieux. Bien que
le Concile Vatican II ait tranché clairement pour le maintien de la loi, les évêques et le Souverain
Pontife acceptèrent par la suite d'en rediscuter longuement ; l'encyclique de Paul VI sur le célibat,
— la première du genre dans toute l'histoire de l'Eglise —, en témoigne, ainsi que les deux synodes
de 1971 et 1990, comme nous l'avons vu plus haut. On accueillit les objections, écouta les plaintes,
avec une sympathie sincère pour les drames de nombreux frères dans le sacerdoce. La réflexion y
gagna en expérience, en étendue comme en profondeur, et le diagnostic sur le malaise général se
précisa. Il apparut de plus en plus nettement que la crise du célibat était liée à une crise de l'état
sacerdotal lui-même, et qu'on ne pourrait vraiment y remédier aussi longtemps qu'on n'aurait pas
répondu à la question fondamentale : qu'est-ce qu'un prêtre ? Vatican II s'y était bien entendu
employé, « en se rattachant à l'enseignement des précédents Conciles (1) », notamment dans la
magistrale Constitution Lumen Gentium et dans le décret Presbyterorum ordinis, justement appelé
la « charte sacerdotale du concile ». Mais, pour les raisons déjà évoquées, beaucoup doutèrent de
ces certitudes, et la crise s'installa. Car il y a crise, souvent, lorsqu'une institution doute
d'elle-même, ou paraît douter d'elle-même, au point d'autoriser les mises en question les plus
radicales. Qu'est-ce qu'un prêtre ? Tel est, en fin de compte, le fond du débat. S'il n'existe pas de
différence essentielle entre le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel, la
distinction entre laïc et prêtre s'estompe au profit d'une vision purement fonctionnelle des
ministères, et on ne voit plus dès lors, avec raison, pourquoi la fonction presbytérale exigerait
l'adoption d'un style particulier de vie chrétienne, en l'occurrence le célibat. L'attention de l'Eglise,
au cours des trente années qui ont suivi le Concile, s'est donc centrée de plus en plus sur ce point
capital, pour aboutir enfin à l'exhortation apostolique Pastores dabo vobis, fruit de la réflexion
collégiale des épiscopats du monde entier au synode de 1990.
Ce que dit Pastores dabo vobis n'est pas nouveau. Il n'est pas difficile d'y reconnaître
l'enseignement traditionnel de l'Eglise sur le sacerdoce. Mais « tirant du neuf en constant accord
avec le vieux (2) », Jean-Paul II diagnostique avec sûreté les raisons de la crise et la voie à suivre
pour la surmonter :
La recherche d'une connaissance exacte et profonde de la nature et de la mission du
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sacerdoce ministériel est donc la voie à suivre — c'est celle que le Synode (de 1990) a
effectivement suivie — pour sortir de la crise de l'identité du prêtre : « Cette crise —comme
je l'ai dit dans le discours de clôture du Synode — est apparue dans les années qui ont suivi
immédiatement le Concile. Elle est née d'une interprétation erronée, parfois même
volontairement tendancieuse, de la doctrine du Magistère conciliaire. Là se trouve
indubitablement l'une des causes d'un grand nombre de défections alors subies par l'Eglise ;
défections qui ont gravement atteint le service pastoral et les vocations au sacerdoce, en
particulier les vocations missionnaires. C'est comme si le Synode de 1990, redécouvrant
toute la profondeur de l'identité sacerdotale par tant d'interventions entendues dans cette
Aula, était venu apporter l'espérance après les défections douloureuses. Ces interventions
ont révélé notre conscience du lien ontologique spécifique qui unit le prêtre au Christ, Prêtre
Suprême et Bon Pasteur. Cette identité était sous-jacente à la nature de la formation qui doit
être donnée en vue du sacerdoce et ensuite durant toute là vie sacerdotale. C'était le but
précis de ce Synode (3).
C'est donc parce qu'il ne saurait plus désormais y avoir de doute sur la véritable identité du
prêtre, pour quiconque s'attache à l'enseignement du Magistère, qu'on peut considérer la crise
postconciliaire du célibat sacerdotal comme virtuellement terminée. Non certes qu'il ne puisse plus
y avoir de prêtres quittant le sacerdoce pour se marier ; mais il sera plus difficile de voir dans ces
abandons une anticipation prophétique d'un changement de la discipline du célibat ; la conscience
avertie du peuple chrétien les percevra, ainsi qu'à toutes les époques, comme une tristesse et un
échec, l'occasion d'un examen de conscience pour toute l'Eglise et une invitation à la pénitence.
Une certaine théologie continuera aussi sans doute à protester contre la loi dû célibat au nom d'une
conception « fonctionnelle » du sacerdoce, mais il sera plus difficile de voir dans ces courants qui
se marginalisent une contribution positive à l’aggiornamento de l'Eglise dans le monde moderne,
car, en manifestant le « lien ontologique qui unit le prêtre au Christ, Prêtre Suprême et Bon
Pasteur », Pastores dabo vobis a indiqué de façon indiscutable la direction de la recherche
théologique. Les catégories de théologies « conservatrice » et « progressiste » ne sont plus de mise
ici, si elles l'ont jamais réellement été, la condition même du progrès étant de conserver pour lui
faire développer toutes ses potentialités le sacerdoce tel que Jésus lui-même l'a institué ; car « le
prêtre de demain, non moins que celui d'aujourd'hui, devra ressembler au Christ (4). » En appelant
les prêtres du XXIème siècle à vivre, comme leurs prédécesseurs, « le sacerdoce unique et
permanent du Christ (5) », Jean-Paul II a dénoué la crise en dissipant les doutes. Il a montré aussi
une fois de plus au monde que la preuve des racines était dans la vitalité de l'arbre, et dans sa
résistance aux intempéries.

NOUVELLES RECHERCHES HISTORIQUES SUR LE CELIBAT
SACERDOTAL
Les racines évangéliques du célibat sacerdotal manifestent la haute convenance de la loi
avec le sacerdoce ministériel. Configuré à Jésus-Christ, Tête et Epoux de l'Eglise, par le Sacrement
de l'Ordre, le prêtre est un « alter Christus », et agit désormais « in persona Christi » dans le
service spécifique du peuple de Dieu qui le caractérise. A ce titre, l'amour même du Christ qui est
devenu le sien le pousse à aimer l'Eglise d'un amour total et exclusif, celui-là même du Christ « qui
s'est livré pour elle ». Le célibat sacerdotal, vu dans cette perspective, est d'abord une exigence :
intérieure, le mouvement même de l'amour jailli du sein de la Trinité dans le cœur du prêtre pour se
donner entièrement à cette épouse sanctifiée par le sang du Christ et confiée à ses soins. Selon le
mot de Jean-Paul II, il est « don de soi dans et avec le Christ à son Eglise, et il exprime le service
rendu par le prêtre à l'Eglise dans et avec le Seigneur (6). »

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Ces lignes, qui résument la pensée de l'Eglise depuis toujours sur la nature et la mission du
sacerdoce ministériel et sur le « don précieux de grâce » du célibat, ont pris, grâce à Vatican II et
plus encore depuis le Concile, un relief nouveau. La crise postconciliaire a fait mûrir la réflexion
théologique, et on peut dire qu'avec Pastores dabo vobis une sorte de sommet a été atteint. Ce qui
est dit dans l'exhortation post-synodale, brassant la gerbe de trente années de patiente méditation,
ne demande plus, semble-t-il, qu'à être exploité et enrichi de considérations secondaires.
C'est ici que l'histoire rejoint la théologie. Car une question vient aussitôt à l'esprit. S'il est
vrai qu'il existe un lien étroit entre le célibat, — ou la continence parfaite —, et la vie de ceux qui,
par un choix privilégié du Seigneur, ont été appelés à lui ressembler par le sacrement de l'Ordre,
qu'en a-t-il été des Apôtres ? Ces douze hommes, les premiers choisis, dont l'un au moins était
marié, ont-ils perçu et vécu cette exigence profonde de leur appel, ou. « lents à comprendre », en
quelque sorte, ne se sont-ils sentis nullement concernés et ont-ils continué librement leur mode
d'existence antérieur ? Qu'en a-t-il été ensuite de leurs successeurs immédiats, et de la pratique
ecclésiale pendant les premiers siècles ? La continence parfaite des évêques, des prêtres et des
diacres était-elle laissée à la libre décision des intéressés, par fidélité à une tradition qu'on estimait
remonter aux Apôtres, ou, au contraire, par fidélité à ces mêmes Apôtres, gardait-on dans les
Eglises la coutume de n'ordonner au sacerdoce que des hommes acceptant de vivre dans la chasteté
parfaite ?
On sait que cette question historique, pour secondaire qu'elle soit par rapport à la théologie
du sacerdoce, n'en est pas moins importante pour nos esprits modernes qui conçoivent mal
comment un mode de vie sacerdotal dont les motivations sont présentées comme homogènes à
l'Evangile, et inspirées de l'exemple du Christ, ait pu être considéré comme purement facultatif par
les premiers prêtres de la Nouvelle Alliance, ceux-là mêmes dont la mission a été de faire
connaître l'Evangile et de montrer, par l'exemple de leur vie, ce qu'était et ce que devait être un
« alter Christus ». Pour juger de l'intérêt de cette question, il suffit de lire les nombreux livres ou
articles parus depuis le Concile sur la question du célibat dès-prêtres. Il n'en est pratiquement pas
un qui ne fasse appel à l'histoire, soit pour critiquer la discipline actuelle en lui assignant une
origine tardive, soit au contraire pour la rattacher à une haute antiquité, mettant au jour par
là-même de solides fondations.
Point de départ de la recherche: le concile de Carthage de 390.
J'ai, pour ma part, été sensibilisé à cette question dès 1964, à l'époque où je préparais mon
doctorat en théologie. Un canon d'un concile tenu à Carthage en l'an 390 attira mon attention, car,
d'une façon qui me surprenait, on y rattachait l'obligation de la continence des membres du clergé à
une tradition apostolique. En voici le texte :
« Epigone, évêque de Bulle la Royale, dit : Dans un concile antérieur, on discuta, de la règle
de la continence et de chasteté. Qu'on instruise donc (maintenant) avec plus de force les trois
degrés qui, en vertu de leur consécration, sont tenus par la même obligation de chasteté, je
veux dire l'évêque, le prêtre et le diacre, et qu'on leur enseigne à garder la pureté.
L'évêque Geneclius dit : Comme on l'a dit précédemment, il convient que les saints évêques
et les prêtres de Dieu, ainsi que les lévites, c'est-à-dire ceux qui sont au service des
sacrements divins, observent une continence parfaite, afin de pouvoir obtenir en toute
simplicité ce qu'ils demandent à Dieu ; ce qu'enseignèrent les apôtres, et ce que l'antiquité
elle-même a observé, faisons en sorte, nous aussi, de le garder.
A l'unanimité, les évêques déclarèrent : Il nous plaît à tous que l'évêque, le prêtre et le
diacre, gardiens de la pureté, s'abstiennent (du commerce conjugal) avec leur épouse, afin
qu'ils gardent une chasteté parfaite ceux qui sont au service de l'autel (7). »
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On ne saurait.A. ces évêques ne nous fournissaient pas une clé de lecture cohérente et d'interprétation sûre des documents de la période patristique relatifs à la question. joua un rôle important dans l'histoire de la discipline de la continence sacerdotale. et c'eût été faire preuve d'une étrange capacité. De même le bollandiste Jean STILTINCK (13). ou se dérober devant eux. faire l'inventaire. ne pense pas pouvoir mieux faire que de le citer. Au concile de Trente. pour vérifier. que de disserter sur les origines du célibat des clercs en escamotant certains problèmes ou en ignorant les faits. affirma la tradition apostolique de la continence sacerdotale. promulgua à nouveau le canon que nous avons lu. y fait encore une référence autorisée dans l'encyclique Ad catholici sacerdotii fastigium. l'auteur des Décrétales de Grégoire IX."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Ce canon. des textes de diverse nature sur le célibat des clercs. Pour cela. C'est ainsi qu'en mai 419. notamment par le canon de Carthage (10). Tenter enfin un essai de synthèse. récemment encore peu connu des historiens modernes. son rôle est de les 5 de 48 . il devenait nécessaire de procéder à un triple examen : Tout d'abord. mais l'ensemble de l'épiscopat africain. en affirmant que l'obligation à la continence parfaite pour les membres supérieurs du clergé remontait aux Apôtres. et pour cela trouver le principe heuristique le plus approprié à la recherche historique pour l'Eglise primitive. ZACCARIA. Augustino de ROSKOVANY et Gustave BICKELL. Non seulement les quelques Pères réunis à Carthage en 390. l'authenticité de ces documents. ou consolider. Pie XI. en faire l'économie car le premier devoir est de laisser parler les textes. quant à lui. I. pour expliquer aux princes allemands son refus de renoncer à la loi du célibat. l'historien ne choisît pas les éléments qui lui servent à reconstituer le passé . si. Par la suite. — et simultanément —. utiliseront à leur tour le document africain de 390 pour étayer les mêmes conclusions (14). Pie IV. jusqu'à l'invasion musulmane du 7ème siècle. tant en Occident qu'en Orient. Vérifier ensuite. Tous sont intimement persuadés qu'il est légitime et comme nécessaire de passer par Carthage pour se guider avec sûreté dans la recherche historique des origines de la discipline du célibat sacerdotal. il va sans dire. du 20 décembre 1935 (15). le lien traditionnel de la discipline du célibat avec « l’enseignement des apôtres ». Les premiers à y recourir officiellement furent les Pères byzantins du concile Quinisexte in Trullo. appuie aussi entre autres sur ce texte une solide enquête aboutissant à l'origine apostolique du célibat des clercs (12). les experts de la commission théologique chargée d'étudier les thèses luthériennes sur le mariage des clercs. Au 11ème siècle. se dit également convaincu de l'origine apostolique du célibat. Le décret carthaginois servit de relais à plusieurs reprises. les promoteurs de la réforme grégorienne lui emprunteront plus d'une fois un argument historique qu'ils jugent décisif (9). bien des théologiens et historiens de la période post-tridentine le mentionnent dans leurs études (11). le connaissent. L'analyse est en effet à la synthèse historique ce que la préparation des matériaux est à l'agencement d'un édifice. A la différence de l'architecte. comme devant des témoins gênants n'est pas digne de la science. au 13ème siècle. aux premiers siècles de l'Eglise. auquel fut donné l'approbation officielle de Rome par la voix du légat Faustin (8). d'abstraction. — chose hélas fréquente aujourd'hui —. aussi complet que possible. Saint Raymond de Penafort.ANALYSE DES DOCUMENTS Le canon de Carthage s'imposa donc très vite comme le fil conducteur de mes recherches. L'inventaire et l'étude des documents nécessitaient un travail de longue haleine. dans les temps modernes. Au « siècle des lumières ». dont nous aurons à reparler. un concile général de l'Eglise africaine auquel participèrent 217 évêques (dont saint Augustin). au cours de l'histoire. toutefois. le jésuite F. Il s'agissait de savoir si la revendication à l'apostolicité de la part des Pères africains était crédible. au 19ème siècle. de 692. Les négliger.

. dans le cadre d'un article. émanant de la hiérarchie ecclésiastique. Sirice envoie à divers épiscopats la décrétale In unum pour leur communiquer les décisions prises à Rome par un concile de 80 évêques. envoyée par le pape Sirice à l'évêque espagnol Himère. et aux problèmes qui posent une difficulté particulière. 2 — La décrétale Cum in unum. et pour ce faire de ne rien négliger qui puisse entrer de droit dans la construction d'ensemble. 6 de 48 . à ce stade de l'analyse."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" découvrir. prêtres et diacres. comme le canon de Carthage. Parmi ces diverses choses « établies par une constitution apostolique et par une constitution des Pères ». — Une troisième décrétale. par suite de l'apathie ou de la paresse de certains. métropolitain de la Tarraconaise (17). — La décrétale Directa est une réponse du pape Sirice à une consultation adressée à son prédécesseur Damase par l'évêque espagnol Himère au sujet de la continence des clercs. — la décrétale Dominus inter —.. au sujet desquels. remonter aux temps apostoliques la discipline de la continence parfaite du clergé. » — Un an plus tard. dont le principe est dans l'Evangile du Christ. deuxièmement. tirer des textes tout ce qu'ils contiennent. en réponse à des questions posées par des évêques des Gaules (19). en respectant la valeur propre des matériaux et en exigeant d'eux le maximum de garanties. 3 — La décrétale Dominus inter. Je me limiterai aux textes les plus importants. le chef de l'Eglise réagit par un rappel du devoir de la continence parfaite. du 10 février 385. envoyée par Sirice aux épiscopats de diverses provinces pour leur communiquer les décisions prises en janvier 386 à Rome par un concile de 80 évêques (18). de les comparer les uns aux autres. des prêtres et des diacres. (et tenus) à mettre nos cœurs et nos corps au service de la sobriété et de la pureté. Ce sont. en 386. Aux nouvelles affligeantes qui lui arrivent d'Espagne sur l'état du clergé. A) DOCUMENTS PUBLICS Un premier ensemble de documents du 4ème siècle. mais de faire observer ceux qui. Les deux principes fondamentaux. ni de reprendre l'examen critique détaillé de chacune des pièces qui le composent. se trouve aussi l'obligation à la continence pour les clercs supérieurs. et pas seulement nous-même. ont été négligés ». car « il ne s'agit pas d'ordonner des préceptes nouveaux. Qu'on veuille bien me permettre de renvoyer le lecteur qui le désire à l'ouvrage que j'ai publié en 1981. bref de se soumettre à un donné. Le document insiste sur la fidélité aux traditions venues des apôtres. de les scruter. « les divines Ecritures. sont ceux que connaissent bien tous les historiens : premièrement. Le pape annonce d'abord qu'il va reprendre dans l'ordre les questions posées « en faisant connaître les traditions » (singulis itaque propositionibus suo ordine reddendae sunt traditiones). dans l'ordre chronologique : 1 — La décrétale Directa. et ajoute : « C'est par la loi indissoluble de ces décisions que nous tous. de rouvrir l'ensemble du dossier patristique sur le célibat des clercs. font une obligation d'être très chastes ». dit-il expressément. On voudra bien les garder présents à l'esprit en suivant cette enquête. Il n'est évidemment pas question. à Paris. et en vient dans ce contexte à parler des évêques. font eux aussi dès cette époque. nous nous trouvons liés à partir du jour de notre ordination. éclairer les documents et les faits en les situant autant que possible dans l'ensemble du contexte auquel ils appartiennent. et ne rien ajouter qu'ils ne contiennent pas . est une réponse de Sirice (ou peut-être de Damase) à une série de questions envoyées par les évêques des Gaules. quelques années après ma soutenance de thèse à l'Institut Catholique (16).

. mais chez elle (i. sont néanmoins tenus à la continence parfaite avec leur épouse. B) AUTEURS PATRISTIQUES A côté de ces documents publics. on peut encore lire une allusion très claire à la discipline générale de l'époque : « . il n'est pas permis d'admettre au sacerdoce l'homme remarié . pour asseoir la discipline du « célibat-continence » sur des fondements scripturaires (20). comme chose normale et légitime. leur avait ainsi tracée. Plus loin. il faut se rappeler que l'Eglise de Rome a joui très tôt d'une position absolument unique comme témoin. toujours. si celle-ci est encore de ce monde. (il est écarté) de l'ordre des évêques. au bénéfice de ces sens de partout. autorisant par là le choix de candidats mariés ? Certes. en vue de la continence que ces hommes mariés auraient à pratiquer à partir de leur ordination. répond Sirice. mais cela ne se fait pas conformément aux véritables canons ecclésiastiques (25). de la Tradition venue des apôtres.. et chez nombre d'écrivains patristiques. 315-403) : Dans son Panarion. » 7 de 48 . même s'il garde la continence ou s'il est veuf. Si on veut apprécier à leur juste valeur la portée de ces trois décrétales. Toutefois. rien de plus contraire à l'intention du Seigneur. plusieurs auteurs patristiques. et suivant la ligne de conduite que Jésus. l'évêque de Chypre réfute les montanistes qui discréditaient le mariage . mais aussi parmi les monogames. et l'infraction à cette discipline. c'est-à-dire les fidèles de partout. 2-12 et Tt 1. S'ils doivent être les hommes d'une seule femme. ou parmi les ex-monogames veufs .e. c'est que l’expérience de fidélité à une même épouse est une garantie de chasteté pour le futur. doit nécessairement s'accorder toute Eglise. font également état d'une discipline de continence parfaite pour les clercs des ordres supérieurs. l'ordination de nombreux hommes mariés. mais la continence temporaire des lévites d'Israël prouve qu'a fortiori les prêtres de la Nouvelle Alliance doivent observer une continence perpétuelle. des diacres et des sous-diacres. fixèrent à leur tour la norme ecclésiastique du sacerdoce (24). Dans la postface du même Panarion. la règle de la vérité. mais cette consigne a été édictée propter continentiam futuram. Les contestataires de ces régions invoquent l'Ancien Testament à l'appui de leur cause. des prêtres. Saint Irénée l'a dit dans une formule inoubliable : « Avec cette Eglise. soit « l’homme d'une seule femme » (unius uxoris vir). il reconnaît que. c'est du même coup reconnaître que les pontifes romains de cette fin du 4ème siècle se sont portés garants au nom de toute l'Eglise d'une tradition de « célibat-continence » (22) pour le clergé supérieur remontant aux apôtres. » Admettre cette position privilégiée du Siège « apostolique ». Cette lecture de 1 Tm 3. Nous retiendrons ici quatre témoignages plus représentatifs : — Saint Epiphane de Salamine (v. qui a choisi ses apôtres non seulement parmi les vierges. le presbyte ou le diacre. fréquente alors dans certaines provinces éloignées de Rome comme l'Espagne ou les Gaules. elle est cependant une pierre d'angle de l'argumentation chez Sirice. à défaut de vierges (le sacerdoce se recrute) parmi les moines . en raison de son origine plus excellente. 6 a été peu remarquée par les exégètes modernes . toujours au 4ème siècle. il y a des clercs qui continuent à avoir des enfants. a été conservée la Tradition qui vient des apôtres (21). (il se recrute) parmi les époux qui gardent la continence avec leur épouse. en effet. dans certaines régions. Elle présupposent. elle en qui. et ont engagé dans cette affirmation toute leur crédibilité (23). s'il n'y a pas de moines en nombre suffisant pour le ministère. ces apôtres mariés pratiquèrent ensuite la continence parfaite. dans l'Eglise). ajoute Epiphane. Ceux-ci. Une objection tirée des épîtres pauliniennes paraît à certains décisive : l'Apôtre n'a-t-il pas demandé que l'évêque."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Ces trois décrétales sont d'une importance primordiale pour l'histoire des origines du célibat des clercs. à partir du diaconat. est blâmée comme étant contraire à la tradition apostolique.

C'est avant tout la polémique contre les détracteurs de la chasteté sacerdotale qu'étaient Jovinien et Vigilance. (l'Apôtre) a en effet parlé d'un homme qui a (déjà) des enfants.. comparée aux étoiles. Ainsi. soit unius uxoris vir. est une anthropologie que l'on peut légitimement qualifier d'intégrale. Il doit être d'autant plus pur qu'elles sont saintes.. d'inspiration paulinienne. étant donné qu'ils tiennent la place du Christ. Dans l'Adversus Jovinianum.. il répond à l'objection tirée des lévites de l'Ancien Testament. dont « il tient chaque jour la place ». l'Apôtre ne leur a pas pour autant reconnu la liberté du commerce conjugal . et il est effectivement son vicaire . 366-384) : Cet auteur inconnu traite à deux reprises de la continence des clercs. Les exigences requises du sacerdoce sont exceptionnelles. un passage qui montre bien quelle était la pensée théologique de l'auteur. La même idée est exposée dans les Quaestiones veteris et novi Testamenti. et que. tout entière dominée par un sens aigu de la transcendance de Dieu. parce que fondées sur le caractère exceptionnel de ses fonctions. il en est. nous le voyons ainsi commenter à son tour l’unius uxoris vir de la première 8 de 48 . et doit pouvoir « vaquer à la prière » et à son ministère de façon constante. sans aucune exception . en sorte que ce qui est permis pour les autres ne l'est pas pour lui. il passe pour son représentant personnel.. mais non aux autres. comparé à la clarté de Dieu. L'anthropologie sous-jacente. les étoiles sont obscures. si par ailleurs il s'abstiennent désormais de l'usage du mariage ». C'est pour cela que le prêtre de Dieu doit être plus pur que les autres . C'est pourquoi les prêtres de Dieu doivent être plus purs que les autres. mais sordides . 347-419) revient plusieurs fois sur le problème de la continence des clercs."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" — L'Ambrosiaster (v. au contraire « qu'ils sachent bien qu'ils pourront obtenir ce qu'ils demandent. et il en est qui sont permises à certains moments. comparées à la lumière des lampes. 333-397) commente lui aussi l’Unius uxoris vir de saint Paul de la même manière que Sirice : « Ce n'est pas à engendrer des enfants pendant (sa carrière) sacerdotale que l'invite l'autorité apostolique . comme ses contemporains. Ministre du Christ. ou le futur évêque. contrastant avec le pessimisme manichéen ou la méfiance encratiste de « l’œuvre de chair ». il est voué à « la cause de Dieu ». » (29) Dans un autre texte. les choses qui. sont licites et pures. qui nous vaut de sa part des réflexions particulièrement appropriées. d'autre part. pourquoi n'est-il pas permis aux prêtres de prendre femme ? Autrement dit. toutes bonnes qu'elles soient. le soleil n'est qu'une nuit. — Saint Jérôme (v. et des Pères dans leur ensemble. les choses de son ministère. — Saint Ambroise de Milan (v. Dans un commentaire de la 1ère épître à Timothee (27). dans ce second texte. sur la hiérarchie de valeurs entre la continence parfaite des ministres du Christ et le mariage chrétien : « On dira peut-être : s'il est permis et bon de se marier. Il faut citer. qui sont permises aux uns. la lumière d'une lampe n'est que brouillard.. en effet. en justifiant par un a fortiori. en effet. » (28) Ce texte témoigne d'une saine vision de la sexualité ennoblie par le Créateur. la continence parfaite requise des prêtres de la Nouvelle Alliance (30). par rapport à nous. les ténèbres sont non seulement obscures. non de quelqu'un qui en engendre (d'autres) ou qui contracte un nouveau mariage. mais non à d'autres. et que nous retrouverons chez Ambroise et Jérôme : en demandant que le futur diacre. pourquoi les hommes ordonnés ne peuvent-ils plus s'unir (à une épouse) ? C'est qu'en effet il y a des choses qui ne sont permises à personne. tandis que. elles ne conviennent cependant pas à la personne de Dieu. il développe une argumentation semblable à celle de Sirice. En effet. comparées au soleil.. sont comme illicites et impures par rapport à la dignité de Dieu .

s'il s'agissait de remédier à des 9 de 48 . mais nous n'en avons pas non plus qui en infirme valablement l'existence. si on prévoit des peines canoniques pour les contrevenants. prêtres et diacres sont choisis vierges. Or. de prendre en compte la revendication d'une origine de la loi remontant aux apôtres. ou veufs . une fois reçu le sacerdoce. LE CONCILE D'ELVIRE Le premier est le 33ème canon du concile d'Elvire. Relisons ce texte bien connu : « Il a paru bon d'interdire absolument aux évoques. C'est pourquoi il est tout à fait légitime."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" épître à Timothée dans le même sens que Sirice : Il s'agit d'un homme qui a pu avoir des enfants avant son ordination. si quelqu'un le fait. Nous n'avons aucun texte relatif à cette obligation du célibat pour les trois premiers siècles. de façon indirecte. et la discipline de la continence parfaite. Ambroise ou Jérôme. la Vierge Marie ont pour chaque sexe consacré les débuts de la virginité . Surtout. ils observent la chasteté parfaite. comme c'est le cas ici. Plusieurs documents affirment l'origine apostolique de l'une comme de l'autre. les apôtres furent ou vierges. est justement célèbre par la référence à de vastes régions de l'empire : « Que feraient les Eglises d'Orient ? Que feraient celles d'Egypte et du Siège apostolique. rien n'est dit de la liberté d'user du mariage qu'auraient eu jusqu'alors les clercs mariés. » (32) L'Adversus Vigilantium. On n'impose pas brusquement à des époux la rude ascèse de la continence parfaite. comme les décrétales de Sirice. en tout cas. pour sa part. aux prêtres et aux diacres. Evêques. mais non moins certaine. et conforme aux principes d'une bonne méthode historique. ou les conciles africains . La lettre à Pammachius. comme on vient de le voir. enfin. il convient d'examiner quelques documents de la même période qui soulèvent un problème particulier. telle qu'elle s'exprime au 4ème siècle. souligne le lien de dépendance entre la continence des clercs et celle du Christ et de sa Mère vierges : « Le Christ vierge. à la suite de Funk (35). En revanche. d'avoir des relations (conjugales) avec leur épouse et d'engendrer des enfants . En effet. imposant aux clercs mariés avant leur ordination l'abstention des rapports conjugaux. Pour qui réfléchit à la nature des exigences posées. elles qui n'acceptent les clercs que s'ils sont vierges ou continents. qu'il soit exclu de la cléricature. largement attestées dès le 4ème siècle par les meilleurs représentants de l'époque patristique. d'autres. C) EXAMEN DE QUELQUES PROBLÈMES PARTICULIERS: Par manière de contre-épreuve. que dans le cas contraire. non de quelqu'un qui continuerait ensuite à engendrer (31). » (34) Certains auteurs modernes. sans dire pourquoi ce qui était jusqu'alors permis devient tout à coup défendu. un examen tant soit peu attentif du document manifeste à l'évidence une pré-histoire. dont la date incertaine est généralement située dans les premières années du 4ème siècle. sont donc. le silence des législateurs sur ce point se comprend plus facilement dans le cas où ils réitèrent et confirment une pratique déjà en vigueur. l'Ambrosiaster. que s'ils ont renoncé à la vie matrimoniale. soit (encore) à tous les clercs employés au ministère. Certains en termes explicites. veulent y voir la première tentative officielle pour inaugurer une discipline de continence parfaite pour le clergé. comme Epiphane. ou continents après le mariage. ou (s'ils ont eu) une épouse. » (33) La discipline prohibant le mariage après l'ordination.

au sujet de cet épisode est celle de sa provenance. que des vérités de foi d'abord admises par tous firent l'objet de définitions dogmatiques et que des traditions observées depuis les origines de l'Eglise revêtirent une forme canonique. il n'est possible de trouver une réponse satisfaisante. une sœur. se serait déroulé au concile de Nicée. aujourd'hui encore."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" infractions à une règle déjà ancienne. tenus à la continence parfaite. Quand ils évoquent le cas de l'épouse. qui achève son Histoire ecclésiastique vers l'an 440. à moins que ce ne fût une mère. Convoqué pour juger l'arianisme. et qui ferait tort à l'Eglise. on comprend que les évêques espagnols n'aient pas éprouvé le besoin de justifier une mesure aussi sévère (36). et en un mot à tous les membres du clergé d'avoir avec eux une femme « co-introduite ». Un assez grand nombre de points touchant à la doctrine et à la discipline n'ont pas fait à l'origine l'objet d'une explicitation. En supposant même que le décret d'Elvire soit le premier. lui. intitulé « Des femmes qui cohabitent avec des clercs ». les prêtres et les diacres. ce qui est peut-être un signe indiquant que l'arrière-plan de la décision de Nicée est la discipline de la continence parfaite. La première question que se pose l'historien moderne. pour susciter la méfiance des critiques. tant en Orient qu'en Occident. a été. ce concile nous a laissé une liste de vingt canons disciplinaires. Socrate. 10 de 48 . Il faut nous arrêter un instant sur un épisode qui. (37) LE CONCILE DE NICÉE Un autre texte d'interprétation parfois controversée est un canon du concile oecuménique de Nicée (325). aux prêtres et aux diacres. soupçon. les évêques. « D'où vient-il ? quel en est l'auteur ? quelle en est la date ? » A aucune de ces questions. chronologiquement parlant. Ce n'est qu'avec le temps. d'ordinaire soucieux de références. à l'abri des tentations féminines et garantir leur réputation. et sous la pression de circonstances inédites. y ont toujours été soumis. dont le troisième. selon l'historien grec Socrate. Ceci est d'autant plus plausible que les premiers nommés. Il en faut bien moins. sans aucune exception. Elle entrait par là dans la catégorie des femmes « qui échappent à tout soupçon ». ne cite ici aucune source. par la suite constamment interprété par les papes et les conciles particuliers dans le même sens : mettre les évêques. sur quoi. mais à la condition expresse qu'elle ait fait elle aussi profession de continence. et auquel certains. serait intervenu avec chaleur pour dissuader l'assemblée de voter une pareille loi. dont les décisions furent « la règle fondamentale qui servit de modèle aux conciles locaux et oecuméniques ultérieurs dans les dispositions qu'ils prirent (39) ». un Père du nom de Paphnuce. Le concile aurait donc abandonné le projet et laissé chacun libre d'agir comme il le voudrait (40). une tante. cela ne signifie pas que la pratique antérieure de l'Eglise ait été différente. nouvelle assurait-il. continuent de faire confiance sans esprit critique. ou enfin les seules personnes qui échappent à tout. est le premier (et pratiquement le seul) à mentionner cette anecdote . évêque de la HauteThébaïde. D'après ce récit. Ce principe bien connu de méthodologie générale sur la formation des normes juridiques de l'Eglise peut éclairer de façon juste l'histoire antérieure du concile d'Elvire. alors qu'il s'agit d'un fait extrêmement important. » (38) On remarque que le concile ne mentionne pas les épouses parmi les femmes que les membres du clergé sont autorisés à garder sous leur toit. soit plus de cent ans après le premier concile oecuménique. c'est généralement pour l'autoriser à vivre avec son mari ordonné. en général. aborde un sujet qui intéresse l'histoire du célibat ecclésiastique : « Le grand concile a défendu absolument aux évêques. Un autre indice de grande portée est que ce Sème canon du premier synode général. prêtres et diacres d'avoir des relations avec leur épouse . les Pères du synode auraient voulu interdire aux évêques.

"CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Ce récit tardif a d'autre part contre lui le témoignage de nombreux représentants de l'époque postnicéenne. Tout ceci ajoute au nombre des arguments qui réfutent l'authenticité de la prétendue intervention de Paphnuce au concile de Nicée. mais attester la haute antiquité de la discipline de la continence parfaite pour le clergé. « dont les décisions ont fait loi pendant longtemps et continuent à être prises en considération (43) ». tendant à démontrer de façon assez décisive que le personnage de Paphnuce mis en vedette dans le récit de Socrate est « le produit d'une affabulation hagiographie progressive ». plus remarquable encore. Il n'est pas surprenant. Même lorsqu'ils commentent le 13ème canon du concile in-Trullo par lequel. Sirice et Innocent I. dans ces conditions. l'épisode rapporté par Socrate. car cette décision laissait les évêques libres d'user du mariage. On ne peut imaginer de démenti plus net à l'encontre de la véracité de l'histoire de Paphnuce. Même silence. la question du célibat occupe une place importante. LES CLERCS MARIÉS AUX PREMIERS SIÈCLES DE L'EGLISE — La question du mariage des Apôtres 11 de 48 . au même titre que les prêtres et les diacres. Epiphane. ne fasse aucune allusion à la décision que les Pères de 325 auraient prise sur la proposition de Paphnuce. en témoignant toujours d'un respect inconditionnel pour la règle fondamentale qu'était à leurs yeux le premier concile oecuménique. dans l'immense littérature patristique. Zonaras et Balsamon. tout en citant par ailleurs le 3ème canon de Nicée. maintiendra strictement la loi de continence parfaite pour l'évêque. on a voulu corriger « quod ea de causa fit in Romana Ecclesia ». Winkelmann. Néanmoins. dans la forme où nous le connaissons. longtemps encore après la fin du 7ème siècle. et dont la sincérité ne peut être a priori mise en doute. contrairement à ce qu'on a parfois soutenu. comme nous l'avons vu. Un autre important argument de critique externe a été développé récemment. seront tenus à la continence temporaire. — ou à l'écarter comme légendaire —. C'est aussi et surtout le cas pour l'épiscopat africain. l'anecdote de Socrate n'est nullement en harmonie avec la pratique de l'Eglise grecque au sujet du mariage des clercs. L'histoire de Paphnuce est si peu en harmonie avec la discipline orientale que les Byzantins ont continué à l'ignorer. partant de la constatation que le nom de Paphnuce ne figure pas parmi les évêques signataires du concile de Nicée sur les meilleures listes de souscriptions qui nous sont parvenues. Qui plus est. Paphnuce n'est pas mentionné (42). Il a été exposé en 1968 par le professeur F. nous voyons des personnalités bien informées sur le concile de Nicée et sur la vie de l'Eglise. Aucun concile antérieur à Nicée n'a jamais autorisé les évêques et les prêtres à contracter mariage. disent-ils. au 11ème siècle. Il importe en outre de remarquer que. ni à user du mariage qu'ils pouvaient avoir contracté avant leur ordination. on cherche en vain. tandis que les autres membres du clergé supérieur. que le concile de 691. il vote et reconduit de synode en synode un décret sur la continence parfaite des clercs en affirmant qu'il s'agit là d'une tradition venue des apôtres. et c'est pourquoi les critiques sont quasi unanimes aujourd'hui pour rejeter comme un faux. Ces conclusions du professeur Winkelmann sont aujourd'hui généralement admises dans les milieux scientifiques (41). Le concile Quinisexte qui. dans les grands commentaires du Syntagma canonum (composé à Byzance au 12ème siècle) par les canonistes Aristène. au temps même de saint Augustin : avec la volonté d'agir en pleine conformité avec les décisions de Nicée. les trois érudits byzantins se taisent sur l'histoire de Paphnuce (44). C'est notamment le cas pour Ambroise. non seulement ignorer le fameux épisode. Pour toute la période allant de 325 à 440. opposa le moine Nicetas Pectoratus et les Latins. Jérôme. quant à lui. une allusion à l'intervention de Paphnuce. Les gens qui auraient dû savoir et qui auraient eu tout intérêt à parler ne manquaient pourtant pas. autorisés à vivre avec leur femme. et ne réclamait d'aucun d'entre eux une continence temporaire. fixera de façon définitive la législation byzantine. Dans la polémique qui.

quel qu'il fût. à Alexandrie."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Un autre problème qui mérite l'examen est celui qui est posé par l'existence de nombreux clercs mariés aux premiers siècles de l'Eglise. considéraient en effet comme une chose normale d'admettre au ministère sacerdotal des hommes mariés. pour le Royaume de Dieu.Hormis le cas de Pierre. et constitue un solide argument de tradition. Les documents publics et les textes patristiques que nous avons lus attestent indirectement l'existence de ces clercs monogames. à cause du Royaume de Dieu. Mais il y a plus. Nous avons là un écho de la prédication officielle des premiers siècles dans les grands centres chrétiens (dès la fin du 2ème siècle et le début du Sème. et l'apôtre Paul. avec Tertullien). qu'une majorité de Pères estiment n'avoir jamais été marié. comme l'affirment les documents du 4ème siècle que nous avons rencontrés. prêtres et diacres ayant eu femme et enfants. selon eux. en même temps qu'au choix du Seigneur qui avait appelé Pierre. 2. frères. dès lors qu'il s'agit de vérifier si la loi de la continence parfaite pour les ministres sacrés peut remonter à une origine apostolique. il n'existe pas de tradition assez générale et constante sur laquelle on pouvait se fonder pour affirmer. de tel apôtre qu'il avait eu femme et enfants. à tout quitter pour le suivre. je me bornerai aussi à présenter ces personnages. qui avaient une épouse lorsque le Christ les a appelés à le suivre. nul n'aura quitté maison. prenant la parole. Me limitant ici aux quatre premiers siècles. qu'une tradition assez unanime reconnaît avoir été vierge . Le sentiment commun des Pères. ou." (Mt 19. était donc que les Apôtres avaient été les premiers à tout quitter. Question d'un intérêt primordial.. y compris éventuellement leur femme. je vous le dis. — Exemples de clercs mariés aux quatre premiers siècles Il y eut.. ou de tel autre qu'il était célibataire. Pierre dit à Jésus : "Eh bien ! nous. 27) Il leur dit : "En vérité. et peut-être d'autres Apôtres. avec Clément. Il est l'expression de la mémoire collective des Eglises apostoliques regardant l'exemple laissé par les Apôtres aux générations futures. 28-30). les Douze ont laissé à la postérité. avec la même assurance. joua un rôle déterminant dans la vie de l'Eglise et dans l'organisation de sa discipline. à travers les sources disponibles. et en Afrique. Leurs noms figurent de plein droit dans le dossier des origines du célibat sacerdotal. sans surcharger la lecture de références 12 de 48 . avoir été veuf. Ce remarquable consensus des Pères sur un point aussi important constitue une herméneutique autorisée des passages d'Evangile où il est fait allusion au détachement des disciples : « Alors. femme. une liste de clercs mariés pouvant offrir une base de réflexion suffisamment large (45). les Pères affirment tous.Concernant le genre de vie des Apôtres au lendemain de leur vocation. C'était là un hommage rendu à la sainteté du mariage. Aussi me suis-je efforcé de répertorier. car la vérité et la science historiques ont tout à gagner à la connaissance des faits de ce genre. parents ou enfants. Quand les Pères africains de 390 assurent vouloir observer « ce que les Apôtres ont enseigné ». Deux exceptions cependant : l'apôtre Jean. qui vivaient intensément du souvenir des Apôtres. Le Nouveau Testament ne nous fournissant qu'un seul renseignement sûr: le mariage de Pierre. aux premiers siècles de l'Eglise. Une enquête aussi complète que possible à travers la littérature chrétienne de l'époque conduit aux conclusions suivantes : 1. nous avons tout quitté et nous t'avons suivi. Car on peut être assuré que cet exemple. Et tout d'abord par la situation de Pierre. de très nombreux évêques. c'est évident. c'est à la Tradition des origines qu'il faut demander des indications supplémentaires. qui ne reçoive bien davantage en ce temps-ci et dans le temps à venir la vie éternelle » (Lc 18. ils se réfèrent non seulement à un enseignement oral mais avant tout à l'exemple que. et peut-être d'autres hommes mariés. Les Communautés chrétiennes de l'époque. par exemple. en tout cas. car les récits du temps et l'épigraphie nous ont conservé le souvenir d'un bon nombre et souvent plus d'une information utile à leur sujet. que ceux d'entre eux qui pouvaient avoir été mariés ont ensuite cessé la vie conjugale et pratiqué la continence parfaite. sans exception.

Ici encore. son successeur . qui s'enfuit « avec sa compagne » dans la montagne d'Arabie pour échapper à la persécution de Dèce . Le récit des Actes de son martyre ne dit rien sur sa vie conjugale. malgré sa jeunesse. pour le troisième siècle. en Pannonie."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" bibliographiques qui ne sont pas nécessaires. et encore moins sur la discipline de l'époque. dont parlent les Actes des Apôtres (6. qui mentionnent ces deux personnages. pour les raisons que nous connaissons. qui. et un diacre anonyme d'Asie. évêque de Nilopolis. il avait fort bien pu pratiquer la continence parfaite si telle était la discipline à son époque. qui avait plusieurs fils. au martyre en déclarant qu'il avait accompli le précepte du Seigneur : « Celui qui aime son père. L'un est le diacre de Jérusalem Nicolas. qui assista « avec joie » au martyre de sa fidèle épouse . ou quelle était la discipline de leur temps. dont l'élection ne fut acceptée par la communauté chrétienne d'Alexandrie que lorsqu'on apprit qu'il avait toujours gardé la continence avec son épouse . et il faut se garder de conclure. comportait également l'observation de la continence parfaite. 5) . mais il reste néanmoins un renseignement intéressant à noter. en Egypte. Comme pour le premier siècle. dans un sens comme dans l'autre. Ces Pères du 4ème siècle. sa mère. évêque d'Antioche. un évêque anonyme du Pont. soit quarante six évêques. par la voix de ses évêques. dont parle saint Cyprien dans une de ses lettres. On peut toutefois observer que tous sont prêtres d'une Eglise qui affirmera au siècle suivant. ses frères ou ses parents plus que moi. au dire de saint Irénée. qui fut le père de l'hérétique Marcion. père de l'évêque Domnus. nommé Valens. Démétrien. sans céder aux larmes de sa femme et de ses enfants. alla. s'était laissée séduire par Marc le magicien. et Martial. ou sa femme. C'est au total une liste de soixante et onze clercs.Exemples de clercs mariés au troisième siècle : Nous connaissons. et Tertullien. que la continence parfaite des membres supérieurs du clergé est une tradition d'origine apostolique. ou ont-ils vécu dans la continence parfaite ? L'histoire ne le dit pas. qui subit le martyre avec ses quatre enfants . l'examen de chaque cas laisse entière la question de savoir quel genre de vie ces hommes avaient mené avec leur femme après l'ordination. . Le récit sur Demetrius d'Alexandrie a été sans doute enjolivé par la légende. On doit faire la même remarque à propos de Martial de Merida.Exemples de clercs mariés au premier siècle : Indépendamment du cas des Apôtres. brutalisa sa femme et la fit avorter . ils n'auraient pu prétendre que leur décision était conforme à l'enseignement 13 de 48 . dont parle saint Polycarpe dans sa lettre aux Philippiens . l'autre. Une fois ordonnés. Demetrius. dont la femme. Irénée. cinq évêques qui étaient (ou avaient été) mariés : Chérémon. il est évident que ces deux brèves notices n'autorisent par elles-mêmes aucune conclusion concernant la façon dont ces époux consacrés vivaient leur vie conjugale. l'évêque d'Origène. du temps de Cécilien de Carthage et des autres. du moins si l'on veut en croire saint Jérôme qui nous assure qu'il était prêtre. évêque de Merida. qui connaissaient leur histoire au moins aussi bien que nous. Saturnin d'Abitina. Novatus de Carthage. n'est pas digne de moi ». nous ne connaissons pour le premier siècle que deux exemples de clercs mariés. Cinq noms de prêtres mariés figurent également dans l'histoire du troisième siècle. ne permettent pas de répondre. ce qui reflète la rareté de la documentation dans tous les domaines pour cette période. Dans le cas contraire. dix-sept prêtres et huit diacres. auquel avant de mourir il confia sa femme et ses enfants . . prêtre de Carthage.Exemples de clercs mariés au deuxième siècle : Deux noms aussi seulement pour cette période : un prêtre de Philippos en Macédoine. . jeune évêque de Sirmium. Quant à Irénée de Sirmium. son esprit de détachement total à l'heure du martyre montre que. semblent ainsi nous indiquer que la discipline de l'Eglise d'Afrique. ami intime de saint Cyprien. en Espagne. entre autres forfaits. Chérémon de Nilopolis et Démétrien d'Antioche usaient-ils du mariage ou pratiquaient-ils la continence parfaite ? Les notices d'Eusèbe de Césarée. ces deux hommes ont-ils continuer à mener la vie conjugale. Ils appartiennent tous à l'Afrique : Cécilien. martyr. ou ses enfants. Numidicus de Carthage. sinistre individu qui.

parce que « après s'être séparé de sa femme. et Aper (*). Verthanès (*). A Chypre. et Anysius."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" des Apôtres sans qu'on leur opposât justement ces exemples notoires de leur propre Eglise. Julius. et en avait eu des enfants » . — Dans le diocèse d'Asie : Antonin. père d'Apollinaire évêque de la même ville. Calpornius (Kalfurnus). et Nersès le Grand (*). Patroclus . évêque d'un siège inconnu. à une discipline formelle. et Fl. ami de saint Paulin de Nole. diacre de Salone. un exemple remarquable. Les noms suivis d'une astérisque (*) sont les clercs mariés dont les notices biographiques spécifient qu'ils vécurent dans la continence parfaite après leur ordination. En Phénicie. — Dans le diocèse d'Egypte : Philéas. aïeul de l'historien grec Philostorge. pape. Sévère (*). deux prêtres anonymes . Simplicius d'Autun et Sévère de Ravenne —. évêque d'Apamée . père du préfet du prétoire Dexter . Spiridon. Urbicus (*). évêque de Césarée de Cappadoce. évêque d'Italie méridionale. nous offre un nombre important d'exemples de clercs mariés. Grégoire « l’Illuminateur » (*). prêtre de Borille en Cappadoce. évêque de Botolius . Simplicius (*). évêque d'Ephèse. Grégoire. évêque d'Auvergne . . Memor. père du pape Damase . évêque de Tripoli. et trois anonymes. prêtre. évêque espagnol d'un siège inconnu . classée d'après le cadre géographique : A) Préfecture d'Orient — Dans le diocèse du Pont : Eulalius. Yousik (*). père de Julien d'Eclane . père de deux fils. En Arménie encore. — Dans le diocèse d'Afrique : Victor. les prêtres Gaudentius. aïeul de Nersès le Grand . père d'Eusthate de Sébaste . Verthanès et Aristakès. Leontius et Limenius. père de l'évêque Dictinius son successeur. évêque de Nysse . En voici la liste. le prêtre Pac. et quatre diacres : Severus. Léon. père de saint Grégoire de Nazianze . futur évêque d'Ibérie et d'Albanie . père du futur catholicos Yousik et de Grégoire. Asroug et Pharen (patriarche). ils obéissent. son 14 de 48 . Au total quarante évêques. Pacien (*). Les catholicos arméniens de la lignée grégoride présentent. évêque de Clermont . il est clair que. prêtre. tous trois de Rome . qui mourut martyr. évêque d'Antioche . père du futur catholicos Sahaq le Grand. Pelage (*). En Arménie. il avait repris la vie commune avec elle. évêque de Thmuis. évêque d'Ucresium en Numidie. Hilaire (*). évêque de Nazianze. père du diacre Calpornius. Réticius (*). Ajax (*). évêque d'un siège suburbicaire de Rome. évêque d'Astorga. les évêques Khat. père (?) du pape Innocent I . évêque d'un siège inconnu . père de saint Patrick. de leur côté. évêque d'Autun .Exemples de clercs mariés au quatrième siècle : L'Eglise du 4ème siècle. et Apollinaire. prêtre de Laodicée. aïeul de saint Patrick . B) Préfecture des Gaules — Dans le diocèse d'Espagne : Cartérius. qui fut condamné par un concile de Constantinople présidé par saint Jean Chrysostome. Pour trois d'entre eux. Marcel. — Dans le diocèse d'Orient : En Syrie. Grégoire « l’Illuminateur ». prêtre de Mélos. Philogonius. — Urbicus de Clermont. évêque de Barcelone. évêque de Ravenne . Petronius Dextrus. diacre. — Dans le diocèse des Gaules : Artémius (*). de Rome. — Dans le diocèse de Bretagne: Potitus. ce faisant. Grégoire dit l'Ancien. onze prêtres et six diacres. père du diacre Florentius . Symposius. évêque d'Autun . — Dans le diocèse d'Illyrie : Melon. évêque de Laodicée . Léonce. quand ce n'était pas plus tôt. qui se développe et s'organise à la faveur de la paix constantinienne. évêque de Poitiers . et six évêques anonymes de la région d'Ephèse. Antonius. dont un de Rome et un de Florence (*). un évêque anonyme d'un siège inconnu (46) . qui furent l'un et l'autre ses successeurs sur le siège du catholicos . évêque de Trimithus. C) Préfecture d'Italie — Dans le diocèse d'Italie : Anastase I.

sur plusieurs générations. et que. les récits nous prouvent que certains vécurent dans la continence parfaite par soumission à une discipline bien établie. les Pères africains. La liste nous montre qu'il n'existe aucun exemple de clerc marié dont on puisse affirmer qu'il a vécu maritalement avec son épouse après l'ordination en conformité avec une coutume reconnue ou une discipline officielle. contrairement à ce qu'a fait trop souvent supposer le légendaire épisode de Paphnuce. Une liste aussi complète que possible des clercs mariés aux premiers siècles de l'Eglise s'avère ainsi indispensable à la recherche. ou éluder la question. Bretagne. « le dernier mot de la discipline ecclésiastique pour l'Eglise grecque (48) ». pour cette région d'Orient. comme pour l'Arménie en communion avec Rome. le document essentiel est celui du concile Quinisexte. la tradition des Eglises orientales qui admettent à l'ordination des hommes mariés et ne leur demandent par la suite qu'une continence temporaire pose une question de grande actualité à laquelle il est auparavant nécessaire de répondre. ne 15 de 48 . comme dans les Gaules ou en Italie. qui est la connaissance des faits. il faut le dire. Afrique et Illyrie) connaissaient tous une discipline de continence parfaite. pour une évaluation adéquate de la réalité clérogamique aux origines de l'Eglise. surtout à partir du 3ème siècle. Etait-ce seulement en vertu d'une option personnelle ? Ou faut-il y percevoir l'indice d'une discipline en vigueur dans leur Eglise ? Quand on voit la continence associée de façon aussi régulière. les clercs supérieurs mariés des deux préfectures d'Italie et des Gaules (Espagne. faisons en sorte nous aussi de le garder ». qui reste. son petit-fils Yousik et son arrière petit-fils Nersès ont tous vécu dans la continence parfaite. ont exprimé la vérité de l'histoire. d'une règle de continence sacerdotale identique à celle que connaissaient les Eglises d'Occident (47). Non seulement les documents contemporains du Magistère et les témoignages de représentants hautement crédibles de la Patristique le confirment. L'examen de chaque cas fait ressortir l'importance du concept de célibat-continence. mais aucune voix autorisée au cours des siècles précédents ne contredit la leur. A ce sujet. Italie. on peut le supposer avec raison. nous pouvons déjà le présumer. Néanmoins. LA DISCIPLINE DES EGLISES D'ORIENT L'analyse des documents des quatre premiers siècles de l'Eglise relatifs au célibat sacerdotal offre à la synthèse des bases suffisantes pour faire du canon de Carthage de 390 une clé d'interprétation parfaitement valable. ou a-t-il vécu dans la continence parfaite ? Ignorer. au choix des catholicos. En affirmant : « Ce que les Apôtres ont enseigné et ce que l'antiquité a toujours observé. C'en est aussi le premier. — ou de continence parfaite —. on peut se demander si les catholicos arméniens du 4ème siècle ne sont pas les témoins privilégiés. Et si on se souvient que l'Eglise d'Arménie était alors rattachée à Césarée de Cappadoce et en étroite communion avec Rome."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" fils Verthanès. n'a pas laissé les clercs libres d'user du mariage. comme on le fait parfois. c'est méconnaître un trait essentiel de la physionomie du sacerdoce à cette période. Elle répond avant tout à l'exigence première de la critique historique. Car avant ce concile tenu à la fin du 7ème siècle à Constantinople aucun synode oriental. Gaules. On ignore même si celle-ci était encore de ce monde lors de l'ordination du mari. La question à laquelle doit s'efforcer de répondre un historien averti est celle-ci : ce clerc marié a-t-il continué à vivre maritalement avec son épouse après son ordination. Le contexte législatif éclaire l'histoire. Elle nous confirme ensuite ce que nous apprennent les documents législatifs et patristiques. rien n'est dit souvent de leur épouse. Pour les autres clercs de la liste. Il convient de se rappeler que les décrétales de Sirice concernaient l'ensemble des provinces d'Occident. comme on l'a justement souligné. Bien plus. mais a voté une loi sur les cohabitations féminines qui suppose avec assez de certitude la discipline de la continence parfaite. la question n'est pas vaine. Dans d'autres cas. à savoir l'existence d'un nombreux clergé marié. par conséquent. Le concile de Nicée. dit in-Trullo.

alors que la discipline de la continence parfaite dans l'Eglise latine serait le fruit d'une évolution tardive. ainsi que les lévites. est. comme nous le verrons encore mieux plus loin. sur le point de la continence parfaite pour les évêques. la tradition de l'Eglise indivise. En dépit de leurs entorses au canon africain. lui. C'est l'Eglise latine qui a conservé. en effet. le concile Quinisexte.. le témoin principal sur lequel s'appuie le Concile in-Trullo pour justifier l'usage du mariage pour les prêtres. leur caractère apocryphe ne permet pas de les reconnaître comme un témoin sûr de la discipline. D'autre part. Qui plus est. II. inaugurée par les Apôtres. touchent à la question. les diacres et les prêtres aussi. L'assemblée byzantine de 691 adopta sept canons relatifs au mariage et à la continence des clercs. les Pères réunis « sous la Coupole » innovent. et décident « que les sous-diacres. sont invoquées par le canon trullien : le concile de Carthage de 390 et le 6ème des canons dits « apostoliques ». C'est ainsi qu'on ne peut faire 16 de 48 ."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" vota une loi contraire aux règlements sur la continence parfaite des membres supérieurs du clergé. la mention des évêques a disparu... Tout en assurant vouloir se conformer « à l'antique règle de la stricte observation et de la discipline apostolique ». A propos de ces derniers... et la continence demandée aux clercs « qui touchent aux saints mystères » n'est plus que temporaire. Mais les textes retenus ici sont les pièces principales du dossier.. est en fait un document conciliaire qui. et cette omission intentionnelle laisse perplexe. d'une manière ou d'une autre. L'objectivité historique ne paraît donc pas pouvoir fonder avec la certitude qui serait nécessaire l'hypothèse selon laquelle les Eglises d'Orient dépendraient d'une tradition apostolique. Y a-t-il erreur de traduction. tels que nous les connaissons par les textes que nous avons rencontrés dans les siècles antérieurs. ils montrent par les références mêmes qu'ils citent pour justifier leur décision qu'ils s'écartent de la ligne primitive. s'abstiennent de leurs femmes pendant les périodes qui leur sont particulièrement (assignées ) » (kata tous idious orous). un inventaire critique et aussi complet que possible des documents qui. Elle exigea en particulier la séparation de l'évêque marié d'avec son épouse (c. et interdit aux prêtres comme aux diacres de contracter mariage après leur ordination (c. et ne rien ajouter qu'ils ne contiennent pas. en raison de circonstances particulières. s'en démarquent et orientent l'avenir de leur clergé dans une direction nouvelle (49). Mais sur le point de la continence requise des prêtres et diacres mariés. ne parle plus que des prêtres et des diacres. alors qu'on peut lire dans le 6ème canon : « Qu'aucun évêque. l'objet d'une modification. ».SYNTHESE HISTORIQUE REMARQUES PRÉLIMINAIRES La partie analytique d'une étude sur le célibat des clercs aux origines de l'Eglise comporte. les Pères byzantins de 691 s'y réfèrent comme à un jalon essentiel pour remonter aux temps apostoliques. la citation du canon de Carthage. 3 et 6). tandis que les évêques orientaux de la fin du 7ème siècle. 12 et 48). elle aussi. empruntée au Codex canonum Ecclesiae Africanae de 419.. et montrent par là toute l'importance du concile de Carthage de 390 pour l'histoire de la loi sur la continence sacerdotale. diacres et sous-diacres. demande à ceux-ci la continence parfaite et fait remonter cette obligation aux origines de l'Eglise. Tout indique plutôt le contraire. Là où les Pères africains disent : « Il convient que les saints évêques et les prêtres de Dieu. Les limites de cet article imposent un choix. observent une continence parfaite ». ou truquage ? Il n'est pas facile de répondre. et permettent de vérifier l'application du principe fondamental de la recherche historique énoncé plus haut : tirer des textes tout ce qu'ils contiennent. Quoi qu'il en soit. prêtres et diacres. Deux autorités traditionnelles. Ainsi. en autorisant ces clercs à garder leurs épouses et à n'observer qu'une continence temporaire (c. en conservant plus d'un usage conforme à ceux de l'Eglise universelle. prêtre ou diacre ne renvoie son épouse sous prétexte de piété. comme on vient de le voir. 13). de façon incontestable. les Byzantins corrigent..

que le plan confusément entrevu dans un premier temps de la recherche prend les contours plus précis qui annoncent la synthèse. Les fouilles qu'il met au jour et qu'il voit s'organiser sous ses yeux. ou la détermination du sens authentique des textes par le recours à la philologie ou à l'étude comparative —. plusieurs refusent de se prononcer. L'historien. à chaque pas. attestent la nécessité d'une analyse rigoureuse. c'est par ce va-et-vient constant entre le réel qui peu à peu se révèle et l'hypothèse critique d'elle-même qui. par l'inquiétude qu'elle entretient et l'insatisfaction foncière jusqu'à l'étape finale. S'il est vrai que l'histoire est inséparable de l'historien. le document est par lui-même essentiellement « relatif-à ». et s'efforcer d'acquérir encore plus de certitude. sont désormais là. La part de subjectivité inhérente à la démarche n'empêche pas une soumission totale à la vérité de cette histoire qui a un jour existé en dehors de l'esprit qui la cherche. aujourd'hui à reconstituer. se reprend et n'a de cesse qu'elle ait rétabli entre tous les témoignages le réseau de relations qui donne sens. et d'en noter objectivement l'originalité par rapport à la discipline antérieure. et étroitement liée à elle. il faut se souvenir ici d'un point capital dans le développement du christianisme : à côté de la tradition écrite. confiée ensuite par ceux-ci à des hommes également sûrs. — tels l'élimination de pièces suspectes comme la prétendue intervention de Paphnuce au concile de Nicée. comme l'architecte. Le plan d'ensemble n'est pas chez lui un a priori. rassemble ses matériaux en fonction d'un tout. l'historien des premiers siècles de l'Eglise est un archéologue. à la disposition du public qui peut en juger et imaginer pour son propre compte la reconstruction qu'elles suggèrent. puisqu'il équivaut à rejeter dans l'inconnaissable une période capitale de l'histoire de l'Eglise et du célibat et à en inférer que les choses ont seulement commencé d'exister à partir du moment où elles ont laissé des traces écrites dans les documents. grâce certes à son travail personnel. détachées de lui. Mais tandis que celui-ci ne perd jamais de vue le plan qu'il a conçu. interroge. il n'en va pas tout à fait de même pour l'historien."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" dire au 33ème canon du concile d'Elvire plus qu'il ne contient en affirmant indûment qu'il marque un tournant dans la législation sur la continence des clercs . Au terme de notre partie analytique. et procède librement au tri de ce qui est nécessaire à la construction. et d'ajustement des pièces les unes par rapport aux autres et avec le contexte. Plus qu'un architecte. et prenant corps parfois 17 de 48 . Parce qu'il a déjà appartenu à un ensemble. Or. nous pouvons déjà avoir une certaine idée de la façon dont les divers documents étudiés s'agencent mutuellement. et c'est la prise de conscience de cette relation qui met le chercheur sur la voie de la synthèse. LA TRADITION ORALE Il faut toutefois aller plus loin. Ces quelques problèmes. et la reconstitution d'une histoire de la continence parfaite des clercs ayant son point de départ au temps des apôtres apparaît déjà comme l'aboutissement normal d'un faisceau de témoignages convergents. mais sans toujours se rendre compte que ce refus par lui-même implique une prise de position. existe aussi une tradition orale. pourrait-on dire. Ce caractère relationnel du document n'est pas toujours discernable au premier abord. mais se dégage lentement dans son esprit au fur et à mesure de la découverte et de l'analyse des données que lui fournit l'histoire. La rareté des documents aux trois premiers siècles de l'Eglise indique qu'il serait vain de partir à la recherche de textes jusqu'ici introuvables prouvant sans conteste possible que la discipline de la continence parfaite remonte bien aux Apôtres. qui a fixé dans des livres la prédication des Apôtres. C'est également être fidèle aux déclarations du concile Quinisexte de 691 que d'en souligner le lien avec la tradition apostolique par l'intermédiaire des conciles africains. et bien d'autres encore. Transmise par les Apôtres à leurs successeurs. ce n'est en définitive qu'après un long travail de rapprochement et de comparaison des textes entre eux. Partant de cette constatation. elle la favorise même. et il nécessite dans tous les cas une vérification . comme le veulent Sirice et les Africains du 4ème siècle. et c'est respecter le contenu spécifique des décrétales de Sirice et du concile de Carthage que de prendre en compte la revendication à l'apostolicité qui s'y affirme.

et tous expriment la même conviction : c'est demeurer dans l'ordre apostolique que de s'attacher aux traditions reçues « de vive voix. à l'instar du baptême des petits enfants et de la prière pour les morts. et aux Chrétiens de Corinthe. en revanche. des considérations qui touchent à la doctrine : fonction d'intercession du ministère sacerdotal. Les écrivains patristiques font souvent référence à ces paroles de saint Paul. ce n'est pas au détriment de la valeur de la méthode. doit se doubler d'un théologien. Se demander. pour ce faire. — et peut-être unique —. grâce auquel on peut savoir ce qui a été vécu dans l'Eglise avant même d'être dit. mais c'est au contraire doter celle-ci de l'outil de recherche le plus approprié à son objet pour les premiers siècles du christianisme. » (51) Certaines de ces traditions ne connurent qu'une brève existence. En effet. C'est à une tradition apostolique de ce type que nous renvoient les témoignages du 4ème siècle et de l'époque patristique dans son ensemble. la part qui revient aux usages touchant la discipline et la vie liturgique dans ce dépôt apostolique transmis oralement reste considérable. On a pu aller jusqu'à dire que « l'idée de traditions non écrites paraît surtout être née d'une réflexion sur la discipline et le culte ecclésiastiques. qui comporte un enseignement implicite sur le purgatoire. mais c'est la condition même d'une spécificité requise par l'objet de la recherche. par exemple. outre la fidélité à la tradition. Il faut insister sur l'importance de ces traditions orales dans le développement organique de la vie de l'Eglise. les raisons invoquées pour justifier la discipline de la continence parfaite pour le clergé supérieur sont. supériorité de la virginité et de la continence sur le mariage. cette tradition non écrite est parvenue jusqu'à nous et se fera entendre de la même manière jusqu'à la fin des temps. LE PRINCIPE AUGUSTINIEN SUR LES TRADITIONS APOSTOLIQUES Il est temps de faire un pas de plus. Sur ces divers points. de vive voix ou par lettre » (2 Th 2. prêtres et diacres n'est pas. sans avoir été établi par les 18 de 48 . si la discipline de la continence parfaite pour les évêques. Si l'historien. il énonça un principe devenu fondamental en théologie historique : « Ce qui est gardé par toute l'Eglise et a toujours été maintenu. la discipline byzantine qui se définit au concile in-Trullo de 691 est elle-même en parfait accord avec toute la pensée patristique (52). c'est se priver d'un instrument de connaissance utile. tenez bon. il adresse ce compliment : « Je vous félicite de ce qu'en toutes choses vous vous souvenez de moi et gardez les traditions. telles que je vous les ai transmises » (1 Co 11. dans sa controverse avec les Donatistes. Les sous-estimer. L'existence en est attestée par saint Paul dans deux de ses épîtres. une tradition non écrite d'origine apostolique est une question non seulement légitime mais qu'il n'est pas scientifique d'éluder. mais d'autres se renforcèrent avec le temps. ou encore l'habitude de prier pour les défunts. Le recours aux traditions non écrites pour l'élucidation d'un point d'histoire de l'Eglise peut donc être reconnu comme une exigence propre de la méthode historique."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" dans des institutions qui en restent comme la mémoire permanente. Nul n'a mieux répondu à cette question que saint Augustin. En tenir compte n'est pas être infidèle à la méthode historique. 15) . » (50) Si le domaine des traditions non écrites est avant tout celui des vérités de foi. lorsque. 2). gardez fermement les traditions que vous avez apprises de nous. et surtout écrit (53). lié au dogme du péché originel . Dans la deuxième aux Thessaloniciens. rapport entre la continence et l'efficacité de la prière. et d'essayer de discerner à quelles conditions il est possible de déterminer si une tradition est vraiment d'origine apostolique. comme le craignent certains pour qui seul le document écrit fait loi. il recommande aux fidèles : « Frères. comme nous y invitent les Pères. un phénomène que l'on observe en particulier pour les usages qui impliquent des positions doctrinales : le baptême des petits enfants.

c'est-à-dire avant tout par les Eglises qui ont été personnellement fondées par les Apôtres (Rome. 2) On se demandera également si le point en question est gardé par les Eglises apostoliques.. des docteurs les plus célèbres."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" conciles. comme étant les porte-paroles de beaucoup d'autres. à qui leurs contemporains comme la postérité reconnaissent une valeur exceptionnelle. proviennent des premières par voie de fondation directe ou manifestent une « consanguinité de doctrine » qui les maintient en communion avec elles.. Celles-ci sont au nombre de deux : il faut qu'un point de doctrine ou de discipline ait été « gardé par toute l'Eglise ». comme ce fut le cas pendant les premiers siècles. ou encore par les Eglises qui. C'est à leur sujet que Bellarmin écrit : « On doit croire.). et qu'il « ait toujours été maintenu. c'està-dire par ceux qui. » Une discipline « gardée par toute l'Eglise » Les principales conditions à remplir pour qu'un point de doctrine ou de discipline puisse être considéré comme « gardé par toute l'Eglise » à une époque donnée de son histoire sont. de conserver le dépôt transmis. et non d'innover . Alexandrie. il s'agit des Pères les plus influents. tout en précisant les conditions nécessaires pour éliminer les risques d'erreur. s'enrichit même. sans avoir été fondées par les Apôtres. à mon avis. qu'une chose vient d'une tradition apostolique si elle est tenue pour telle dans les Eglises où existe une succession sans faille et continue depuis les Apôtres. sans l'ombre d'un doute. La tendance générale de l'époque patristique est de garder. à telle enseigne que les hérétiques eux-mêmes cherchaient à couvrir leurs nouveautés du manteau des Apôtres. Certes. par la grâce de l'Esprit comme la bouture de la semence apostolique (56). aussi longtemps qu'elles conservent entre elles le lien de l'unité et la communion avec Rome. ont été établis successeurs des Apôtres et détiennent. Il n'est pas nécessaire de recueillir la totalité de leurs témoignages . l'évêque d'Hippone reconnaît que cette tendance garantit la possibilité de remonter à la source apostolique. d'une diversité d'usages. un grand nombre d'hommes jouissant d'une grande autorité morale et intellectuelle dans l'Eglise partagent sur le point en question les mêmes sentiments. Mais il n'en va pas de même pour les questions importantes. dans l'Eglise. pour la période envisagée. » (55) Sur des points importants de doctrine ou de discipline. En formulant son principe. » La partie synthétique de notre étude consiste ainsi à vérifier dans quelle mesure la discipline de la continence parfaite des clercs attestée par les documents à partir du 4ème siècle peut être dite avoir été « gardée par toute l'Eglise » et si oui ou non elle a été « toujours maintenue. comme c'est le cas pour la discipline de la continence parfaite des clercs. il est en effet difficilement pensable que des divergences sensibles se produisent entre les Eglises apostoliques. L'unanimité des évêques sur une question de doctrine ou de discipline se constate. des évêques les plus en vue. 3) On se demandera enfin si le point en question est gardé par l'ensemble des évêques. Antioche. Pour les premiers siècles. dans les synodes et assemblées épiscopales qui se 19 de 48 . est regardé à très juste titre comme n'ayant pu être transmis que par l'autorité apostolique » (54) La valeur de ce principe augustinien tient essentiellement au fait que la fidélité envers la tradition des origines constitue la règle de vie ecclésiale des premiers siècles. les suivantes : 1) On se demandera d'abord si. Ephèse. L'accord des Eglises apostoliques est donc essentiel pour vérifier les titres de cette discipline à l’apostolicité. on peut se contenter de l'accord représenté par ceux qui ont un rôle de premier plan. considérée à l'époque comme engageant des prises de position scripturaires et doctrinales. cette communion s'accommode fort bien.

à partir des décisions conciliaires. au dire de saint Irénée. il n'existe aucune Eglise apostolique dont le témoignage pourrait être invoqué comme attestant une discipline différente. c'est-à-dire la reconnaissance du droit à user du mariage pour les évêques. une forte présomption pour penser que l'Eglise d'Arménie. l'Ambrosiaster. comme nous l'avons vu. par filiation directe et par « consanguinité de doctrine ». révèle au contraire l'existence d'une discipline antérieure . ainsi qu'à celles du Siège apostolique lui-même. n'en sont pas moins apostoliques au sens défini plus haut. C'est donc une valeur particulière qu'il convient d'accorder aux déclarations des évêques collégialement unis à l'évêque de Rome. mais il n'y a pas de question importante intéressant la vie des Eglises qui puisse être tranchée sans qu'on ait pris son avis. comme Eusèbe de Césarée. a été conservée la Tradition qui vient des Apôtres. quant au premier concile oecuménique de Nicée. au 4ème siècle. aux premiers siècles de l'Eglise. Et enfin il existe. qu'en autorisant la cohabitation des clercs avec « les femmes au-dessus de tout soupçon ». Nous avons d'une part le témoignage d'hommes jouissant d'une grande autorité morale. on pourra constater que ces conditions se trouvent amplement réalisées . l'Eglise d'Espagne et l'Eglise des Gaules qui. loin de marquer un « tournant ». comme le constatait l'historien byzantin Socrate au 5ème siècle. saint Cyrille de Jérusalem. désigna très tôt la ville où Pierre avait siégé —. pour sa part. se porte témoin de l'origine apostolique de la tradition de la continence parfaite pour le clergé . quand elles se réclament d'une tradition remontant aux Apôtres. — elle en qui toujours. apporte une troisième et importante confirmation : le concile d'Elvire. saint Ambroise. le concile de Carthage de 390. Successeur de Pierre. et bien entendu le pape Sirice (59). doit nécessairement s'accorder toute Eglise. en raison de son origine plus excellente. il est possible de répondre par l'affirmative à la question de savoir si la discipline de la continence parfaite des clercs était « gardée par toute l'Eglise » au 4ème siècle. comme je l'ai fait remarquer à propos de la dynastie grégoride. prêtres et diacres mariés avant l’ordination. en communion avec Rome. La vérification. » (61) Mais nous avons aussi le témoignage de saint Jérôme. au bénéfice de ces gens de partout. ou oecuméniques. l'évêque de Rome est reconnu pour être le gardien par excellence de la tradition apostolique. Non seulement « il n'y a jamais de Concile oecuménique qui ne soit comme tel confirmé. lesquels « possèdent le caractère d'infaillibilité dans les décisions dogmatiques et de souveraineté sans appel dans les décisions disciplinaires. L'histoire des nombreux recours au « Siège apostolique ». saint Ephrem. chef de l'Eglise fondée « par les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul » (saint Irénée). saint Jérôme. est une illustration de cette prééminence reconnue à l'évêque de Rome et du rôle unique qu'il exerça pour identifier les vraies traditions. saint Epiphane. Nous avons encore le témoignage de certaines Eglises. l'interprétation constante de son 3ème canon par les papes et les conciles ultérieurs indique avec assez de certitude. tant de la part des Orientaux que des Occidentaux. qu'il n'y a pas lieu de récuser. le témoignage de l'Eglise de Rome est garanti par les décrétales de Sirice . d'Egypte et du Siège apostolique » tiennent fermement la discipline de la continence parfaite pour le clergé. et aucune voix influente ne leur inflige un démenti (60). ou au moins reçu par le successeur de Pierre » (58). affirmant à Bethléem que « les Eglises d'Orient. montre que l'épiscopat africain. nous pourrions nous en tenir à elle « car avec cette Eglise (de Rome). Pour ce qui est des Eglises apostoliques. — titre qui."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" réunissent pour en traiter et où sont prises en commun les décisions jugées conformes à la tradition. sans avoir été fondées par les Apôtres (sauf peut-être celle d'Espagne). Elles se vérifient tout spécialement dans les conciles généraux. est elle aussi un témoin de l'existence et de l'antiquité de la même discipline pour la préfecture d'Orient. comme l'Eglise d'Afrique. sans autre détermination. c'est-à-dire les fidèles de partout. Tous sont d'accord pour voir dans la discipline en question une tradition d'origine apostolique. En se reportant à la partie analytique de cette étude. » (57) Ceci est d'autant plus vrai que le facteur essentiel qui confère au collège des évêques leur autorité est le lien d'unité avec le Pontife romain. le concile désignait par là les épouses ayant fait profession de continence parfaite pu celles qui avaient notoirement cessé la vie conjugale avec leur époux 20 de 48 . En sens inverse. en dernier lieu.

dans le temps et l'espace. Quand le point en question n'est contesté que par des particuliers. de façon historiquement vérifiable. mais c'est seulement au cas où une contestation aurait été soulevée de la part d'une Eglise apostolique. Helvédius et Jovinien ont contesté le bien-fondé de la continence sacerdotale. la possibilité d'une tradition ininterrompue depuis les origines n'est pas mise en cause. le point en question n'a jamais fait l'objet d'une contestation au nom d'une tradition contraire de la part d'Eglises apostoliques. sont néanmoins en harmonie profonde avec l'enseignement de l'Ancien et du Nouveau Testaments. des gens pour refuser tel ou tel aspect du dépôt reçu des Apôtres au nom d'une autre tradition prétendument apostolique. et atteste ainsi l'ancienneté de la discipline. comme ce fut le cas dans la controverse baptismale où se disputa entre Rome et Carthage la question de savoir s'il fallait rebaptiser les hérétiques convertis au catholicisme (64). de ces synodes. ou.. étant donné la portée limitée.. il faut examiner si celle-ci aboutit à la reconnaissance de deux traditions parallèles. dès les débuts du christianisme. pour les mêmes raisons. aucune décision émanant d'une instance hiérarchique autorisée ne prouve l'existence antérieure d'une croyance ou d'une pratique contraire. car il ne pourrait y avoir tradition apostolique là où il y aurait désaccord avec la Parole de Dieu écrite. comme ce fut le cas dans la querelle quarto-décimane. comme le sont les livres du Nouveau Testament. si une pratique était contredite par l'Ecriture. le Siège apostolique. surtout quand il s'agit des Ecritures qui ont fixé une partie de la prédication de ces mêmes Apôtres. 2) Si. Il y a toujours eu. au cours de la même période. En d'autres termes. ou par des groupes séparés des Eglises apostoliques.. elle serait contredite par les Apôtres eux-mêmes. dans ce cas. Les traditions confiées oralement parles Apôtres à leurs successeurs. qu'un concile oecuménique. Il importe également de se rappeler que l'interprétation authentique de l'Ecriture se fait au sein de la Tradition vivante. Croire que cette pratique « a toujours été maintenue » et lui chercher des titres à l'apostolicité serait une gageure. le sens de certains textes par eux-mêmes susceptibles d'explications diverses et parfois contradictoires ne 21 de 48 . Des décisions de conciles particuliers qui seraient éventuellement contraires à ce point de doctrine ou de discipline ne suffiraient pas à affirmer qu'il n'a pas « toujours été maintenu » dans toute l'Eglise. au cours des quatre premiers siècles. prirent leur autonomie sur le plan doctrinal ou disciplinaire (Eglises novatiennes. ). ariennes. 3) Si le point en question ne se trouve pas en contradiction formelle avec un texte de l'Ecriture. alors même qu'elles ne sont pas contenues sous une forme ou sous une autre dans la Sainte Ecriture. et qu'en particulier. il n'est aucun concile particulier de cette période dont on puisse dire qu'il témoigne sûrement de l'existence d'une tradition différente (62). S'il y a eu contestation. nestoriennes. Une discipline qui a « toujours été maintenue » On peut ensuite considérer qu'un point de doctrine ou de discipline a « toujours été maintenu » dans l'Eglise lorsque se trouvent réalisées les conditions suivantes : 1) Si. entre le moment où on peut observer avec suffisamment de certitude que ce point est « gardé par toute l'Eglise » et les origines chrétiennes. Cette instance hiérarchique ne pourrait être. ou au rejet de l'une des deux. qui en l'an 154 opposa Polycarpe de Smyrne et le pape Anicet sur la question de la date de Pâques (63). mais leurs assertions n'engageaient qu'eux-mêmes. Un raisonnement analogue s'impose pour les Eglises qui furent entraînées dans l'hérésie ou la dissidence. Il n'est pas concevable que les Apôtres aient demandé l'observation de quelque chose qui aille à l'encontre des Ecritures."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" ordonné. En sens inverse. dont « les décisions possèdent le caractère d'infaillibilité dans les questions dogmatiques et de souveraineté sans appel dans les questions disciplinaires ». et. qu'il conviendrait de mettre sérieusement en doute les témoignages permettant de penser que cette discipline « a toujours été maintenue ».

selon laquelle il convient de se demander si le point en question ne se trouve pas contredit par l'Ecriture nous invite à examiner par priorité les objections qui furent soulevées du temps de Sirice. confirme au contraire par son témoignage indépendant les affirmations du pontife romain. En fait. cette Eglise passée au nestorianisme aux lendemains du concile de Chalcédoine (451) ne peut être considérée comme une Eglise apostolique. pourquoi l'interdire aux prêtres de la Nouvelle Alliance ? La réponse de Sirice est basée sur un a fortiori. devra-t-il s'abstenir en permanence des rapports conjugaux. la date tardive de ce concile ne permet pas de le faire intervenir dans l'examen des conditions requises pour vérifier si la continence parfaite du clergé a « toujours été maintenue » dans l'Eglise. autorise le mariage des clercs à tous les degrés de la hiérarchie. Nous avons vu par ailleurs que les Pères byzantins de 691 se réfèrent au concile de Carthage de 390. Quant à la discipline particulière qui sera légalisée par le concile Quinisexte de 691. l'absence de tout désaccord à propos de la continence sacerdotale dans les annales des premiers siècles est à noter. sont à même de « lire et (d')interpréter l'Ecriture sainte avec le même Esprit qui l'a fait écrire » (65). que les contestataires du 4ème siècle aient pu encore chercher à s'inspirer de ce modèle lévitique. Le Christ est venu parfaire la Loi. Ceci est particulièrement remarquable lors de la publication des décrétales de Sirice en 385-386. Elles sont au nombre de deux : 1 — Du moment que les Lévites de l'Ancien Testament pouvaient continuer à engendrer des enfants. mais parfaire ». Mais il faut surtout remarquer que la continuité institutionnelle s'accompagne d'un changement qualitatif 22 de 48 . on en vint à un réel affrontement entre les Eglises d'Asie et le Siège apostolique. Quand on voit que pour la seule question de la date de Pâques. mais en vertu d'une logique profonde de continuité qui commença à déployer ses conséquences aux origines mêmes du christianisme. Conformément au principe fondamental énoncé par le Seigneur : « Je ne suis pas venu abolir. et que les législateurs aient pris au sérieux l'objection. Si le modèle lévitique exerça une influence sur l'organisation de la hiérarchie ecclésiastique. exercé par des hommes qui. et la chasteté de ses ministres est du même coup devenue plus parfaite. ce ne fut pas par suite d'une régression à un stade pré-chrétien. si fermement attachée à ses propres traditions et au concile de Nicée. lesquelles ne suscitent aucune protestation de la part des Eglises apostoliques. cet examen portant sur la période allant du 4ème siècle aux origines du christianisme. avec le 3ème canon. L'Eglise d'Afrique. mais nous donnent à son sujet. nous ne trouvons au cours des quatre premiers siècles aucune trace d'une tradition contraire. à partir de 484. à combien plus forte raison le prêtre. ni en Occident ni en Orient. puisque ce sont les premières dont l'histoire ait gardé le souvenir. La troisième condition. La question qui se pose à un esprit moderne est celle de la justesse de cet a fortiori. Il faudra attendre la fin du 5ème siècle pour assister à un premier clivage disciplinaire : l'Eglise persane. dans ces conditions. De même. Du côté des Eglises apostoliques. On peut comprendre. et d'élucider sans ambiguïté ce qu'ont voulu dire les auteurs inspirés. chargé d'une prière continuelle pour le peuple de Dieu. non seulement ne renferment aucune décision permettant de nier l'existence antérieure de la discipline de la continence sacerdotale. outre que nous sommes déjà au Sème siècle. héritiers de l'enseignement total des Apôtres. Mais. si saint Paul recommande aux époux de s'abstenir l'un de l'autre pour vaquer à la prière. et notamment les Apôtres. qui semble trop abonder dans le sens d'une conception judaïsante du sacré et d'une pureté essentiellement rituelle. les structures de la primitive Eglise se sont édifiées sur les assises institutionnelles de l'Ancien Testament. — le seul concile oecuménique du 4ème siècle qui se soit occupé de la chasteté des clercs —."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" peut être déterminé avec certitude que le magistère de l'Eglise. un indice assez sûr d'ancienneté. il convient d'abord de remarquer qu'il n'y a pas eu solution de continuité entre l'économie vétérotestamentaire et le régime de la Loi nouvelle. Nous avons vu que les documents du concile de Nicée. comme à un chaînon essentiel de leur tradition.

laissent de côté la question du mode de vie exigé des hommes mariés après leur ordination. Le mariage est saint. est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu. car on ne rencontre chez les Pères aucune opinion contradictoire (69). Nouveau Moïse. presbytes et diacres. prêtres et diacres la continence parfaite (67). mise en pleine lumière par la réflexion théologique de l'épître aux Hébreux (66)."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" radical avec la nouveauté du sacerdoce chrétien inauguré par Jésus. 26 . 1). S'il n'essaye pas d'argumenter à l'aide des passages évangéliques sur le renoncement requis pour s'attacher totalement au Seigneur (Lc 14. 29). ou simplement les polygames ? (70) Mais ces deux types d'interprétation. mais propter continentiam futuram. insolite. qui sera entérinée par ses successeurs : Paul n'a pas parlé d'un homme qui persisterait dans le désir d'engendrer. Mais elle soutiendra avec la même force que la continence est supérieure à l'usage du mariage dès lors qu'il s'agît de remplir des fonctions d'un tout autre ordre que celles de la génération terrestre. sans jamais les séparer. pris d'entre les hommes. Or. entraîne également une vision nouvelle des exigences propres aux ministres associés à la médiation de Celui qui est désormais le Prêtre unique. L'accent n'est plus mis sur la pureté rituelle. ne sont plus de mise dans le dialogue avec le Dieu transcendant. pour nos esprits modernes ? Dans leur grande majorité. ce que veut montrer le pontife romain. En écrivant : « homme d'une seule femme ». Remarquons d'abord que le pape accepte de répondre à l'objection parce qu'il est bien conscient des conséquences que l'interprétation de ces textes pauliniens pouvait avoir sur la conception à se faire de l'origine de la continence sacerdotale. Cette nouveauté. 11-12). Cette exégèse joua un grand rôle dans le recrutement du clergé aux premiers siècles de l'Eglise. — la sainteté du mariage et la nécessité de la continence parfaite pour le prêtre chargé « d'intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu » —. c'est que la continence parfaite dont il rappelle l'obligation n'était pas à l'origine quelque chose de simplement conseillé. Il concentre donc son raisonnement sur l'exégèse de l'expression « mari d'une seule femme ». « Tout grand prêtre. Elle est reprise par les successeurs de Sirice et d'assez nombreux écrivains patriotiques . en y lisant implicitement le devoir de continence pour l'homme marié admis aux ordres. il faut bien le dire. les exégètes contemporains commentent la consigne de saint Paul à Timothée et à Tite en discutant sur les conditions préalables requises pour l'admission aux ordres : la formule « homme d'une seule femme » vise-t-elle les hommes remariés. associés à sa prière sacrificielle. et l'Eglise des premiers siècles ne cessera jamais de défendre ce point de doctrine contre les hérésies qui prétendaient le contraire. entre lesquels se partageaient déjà les écrivains patristiques. et c'est cette fonction d'intercession qui devient à l'époque patristique la motivation principale (mais non unique) pour réclamer des évêques. bonnes en elles-mêmes. en effet. c'est sans doute parce que la perspective envisagée dans ces textes est celle d'une option libre. 18. et il faut de notre côté les garder présents simultanément à l'esprit pour éviter de regrettables contresens sur leur pensée. doivent maintenant prêter le concours de leur intercession. celui-ci ne pourrait que la compromettre en s'adonnant à des activités qui. voire sur leurs expressions (68). mais sur l'engagement existentiel requis pour l'exercice efficace de la prière salvifique du prêtre de Jésus-Christ. les Pères les tiennent ensemble. on peut supposer qu'elle était généralement admise à l'époque. Paul a-t-il parlé 23 de 48 . 2 — La deuxième objection scripturaire formulée au temps de Sirice était tirée de la recommandation paulinienne à Timothée et à Tite sur le choix des épiscopes. afin d'offrir dons et sacrifices pour les péchés » (He 5. le Christ est l'unique et souverain médiateur à qui tous les autres prêtres. Que pouvons-nous penser aujourd'hui de cette herméneutique. fixa par écrit les qualités qu'il convenait d'exiger des ministres de l'Eglise. ou sur les « eunuques » volontaires (Mt 19. Tout entier à sa fonction. Ces deux points. mais un mode de vie positivement voulu par l'Apôtre qui. L'expression « mari d'une seule femme » n'implique-t-elle pas normalement le droit à user du mariage pour les monogames ainsi admis aux ordres ? Nous connaissons la réponse de Sirice. faite en fonction d'un charisme personnel. le premier.

toute notre étude sur l'histoire des premiers siècles montre au contraire que le sentiment d'un grand nombre de représentants de l'époque patristique était à l'opposé. elles peuvent être retenus comme des indications supplémentaires (73). Ecriture et Magistère de l'Eglise . sinon davantage. il me paraît certain que. elles ne disent mot de sa conjointe. et cette relation sponsale exclut tout autre lien conjugal. de façon cohérente. estime-t-on. d'origine syriaque. ou de l'avoir forgée dans le but de se couvrir d'une autorité scripturaire. La réponse à cette question d'herméneutique dépend de la connexion. de la Potterie a fait ressortir. Le prêtre. de façon très éclairante. » (72) Notre propos étant ici de vérifier autant qu'il est possible de le faire la justesse de l'exégèse de Sirice. la richesse biblique et théologique de l'expression « homme d'une seule femme ». Si l'on favorisait cette interprétation. il convient également d'attirer l'attention sur le parallélisme de deux expressions dans la même épître à Timothée. Le rapprochement avec la consigne pour le choix des épiscopes est suggestif. selon laquelle saint Paul aurait demandé qu'on choisisse pour l'épiscopat les veufs qui ne s'étaient pas remariés après la mort de leur première femme. avec la même cohérence. en montrant qu'il s'agit d'une formule d'Alliance. pour avoir joué un rôle important dans l'histoire des origines du célibat sacerdotal. vivement perçue depuis Vatican II. ont codifié la loi de la continence parfaite pour le clergé. entre Tradition. et celle utilisée par le Testamentum Domini Nostri Jesu Christi. à celle du chef de la Communauté. comme découlant du même principe à partir du moment où. comme on l'objectait au pape Sirice. Le Père I. La tournure grammaticale employée par saint Jérôme dans l’Adversus Vigilantium. les « hommes d'une seule femme » ne seraient-ils pas aussi. d'accueillir leur exégèse comme une invitation motivée à soumettre la consigne. de prêtres et d'évêques mariés ont accepté de vivre le renoncement aux relations conjugales qui leur était demandé. S'agissant de veuves. en se demandant si l'Apôtre n'aurait pas eu effectivement en vue « la continence future » des candidats aux ordres."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" d'un homme « qui persisterait dans le désir d'engendrer ». Le « unius uxoris vir » du 3ème chapitre a en effet son exact correspondant dans le règlement concernant les veuves. Celles-ci doivent être « unius viri uxor ». est devenu l'époux de l'Eglise unique. Saint Paul n'a-t-il pas en vue des situations similaires ? Si ces femmes « épouses d'un seul homme ». sont bien évidemment des veuves. Il est raisonnable. à côté des 24 de 48 . et si des générations de diacres. interdiction pour les clercs mariés de se remarier après la mort de leur femme. il est clair que saint Paul fait allusion à une situation matrimoniale révolue. à partir du 4ème siècle. — qui fuit unius uxoris vir —. ce texte paulinien peut aussi servir aujourd'hui à se faire de cette histoire une idée plus juste. au chapitre 5ème. paulinienne de 1'unius uxoris vir à un nouvel examen. — qui unam habuerit uxorem —. dont il est ici question. qu'en autorisant les hommes mariés à devenir ministres de l'Eglise . Si les législateurs. écrite ou transmise » (71). Or. comme le Christ. la discipline relative au mariage des clercs: interdiction d'admettre les hommes remariés. et on ne peut guère les soupçonner d'avoir émis à la légère une interprétation si grosse de conséquences. Sirice et ses successeurs étaient conscients qu'il leur appartenait « d’interpréter de façon authentique la parole de Dieu. interdiction pour les clercs célibataires de se marier. Même les relations sexuelles au sein d'un mariage légitime apparaissent comme une « violation du lien matrimonial » avec l'Epouse du Christ pour celui qui. dans l'esprit de l'Apôtre. par l'ordination. est devenu « l'homme de (cette) femme unique. vont dans le même sens . Ces divers indices permettent de penser que saint Paul avait probablement envisagé de préférence la sélection de monogames veufs pour l'épiscopat. au contraire. c'était en particulier parce qu'ils avaient sur ce point la conviction que saint Paul lui-même avait indiqué la direction à suivre. l'Apôtre leur reconnaissait le droit d'user du mariage. Alors qu'elles insistent sur la bonne conduite de ses enfants. dont la réputation importe au moins autant. La continence parfaite pour les clercs supérieurs mariés aurait été conçue. on comprendrait assez bien comment s'est développée par la suite. bien qu'il n'ait pas toujours été souligné comme il le mérite. des hommes actuellement libérés du lien matrimonial par la mort de leur épouse ? On remarquera aussi le silence des épîtres à Timothée et à Tite sur une éventuelle épouse de l'épiscope. ou a-t-il parlé « en vue de la continence que cet homme aurait à pratiquer (propter continentiam futuram) ? » La question est généralement passée sous silence parce qu'il va de soi.

sur la virginité ou la continence volontaires pour le Royaume des deux (Mt 19.CONCLUSION DE L'ETUDE HISTORIQUE L'ensemble des conditions se trouvent donc réunies. est encore à l'état de « grain de sénevé » . Le changement de perspective. mais à l'autorité dont jouissaient dans l'Eglise primitive les traditions de vive voix reçues des Apôtres. 10-12 . Nombreux sont encore ceux chez qui cette idée suscite l'étonnement. un témoin sûr des origines du célibat sacerdotal. soit du Lévitique soit des épîtres pauliniennes à Timothée et à Tite. la tradition relative à la continence parfaite des clercs s'est développée et explicitée au rythme de la croissance de l'Eglise. sous l'action de l'Esprit-Saint. fréquemment cités aujourd'hui. on peut bien le dire. ne sont pas non plus en contradiction avec les affirmations de Sirice et des législateurs qui. que suppose l'idée d'une origine apostolique de cette discipline équivaut. ajoute-t-on généralement. et de mentalité. de le garder ». Précisons encore seulement qu'il s'agit d'une tradition non écrite. III. faisons en sorte. Sa force ne tient pas à une expression canonique (il n'y en aura pas. 32-36). et. réclament du clergé la continence parfaite. Adoptant une position plus nuancée. comme on vient de le voir. Il n'est point besoin d'ajouter que les autres passages du Nouveau Testament. à une sorte de révolution sur le plan de l'histoire. ou encore sur le renoncement nécessaire pour marcher à la suite du Christ (Lc 14. on doit plutôt parler d'un germe. c'est toute l'Eglise qui. je pense. On aurait tort de la concevoir comme une loi . au 4ème siècle. et ipsa servavit antiquitas. L'analyse des documents et la synthèse historique que nous venons de faire le démontrent. Les objections faites du temps de Sirice à la loi sur la continence étaient tirées. car elle était déjà tout entière dans l'exemple et l'enseignement des Apôtres lorsque ceux-ci commencèrent à fonder les premières communautés chrétiennes. comme pour les Pères du 4ème siècle. à partir du 4ème siècle. pour des motivations étrangères à l'Evangile. aux temps apostoliques. mais peuvent y trouver un fondement solide. En fait. certains théologiens et 25 de 48 . 29). pour pouvoir affirmer raisonnablement que la discipline de la continence parfaite pour les membres supérieurs du clergé était. 18. Jusqu'à une époque encore récente. Il est entendu aux yeux de beaucoup que le célibat des prêtres n'a pu être introduit dans l'Eglise latine qu'à une date tardive. et ce que l'antiquité elle-même a observé. » Le principe augustinien permettant de reconnaître si une tradition est vraiment d'origine apostolique trouve ici une application adéquate et justifiée. Mais il n'est pas nécessaire de supposer de longs délais pour que ce germe fasse sentir ses effets dans l'organisation ecclésiastique. ces remarques suffisent pour nous assurer que les déclarations de Sirice et des conciles africains sur l'apostolicité de la continence parfaite des clercs non seulement ne sont pas en contradiction avec l'Ecriture. surtout quand on mesure les conséquences que ce changement entraîne pour la théologie et la spiritualité sacerdotales. Il faut le reconnaître. L'affirmation des Pères de Carthage reste pour nous. Et pour répondre à ces objections Sirice s'est limité à l'exégèse de ces textes. la primitive Eglise commença à admettre au sacerdoce des hommes dont la femme était encore de ce monde. les recherches tendant à établir que le célibat sacerdotal remonte aux Apôtres étaient considérées comme vouées d'avance à l'échec. Seule la discipline du clergé oriental peut prétendre à plus d'ancienneté. 26 . Elles peuvent même servir à les corroborer (74). à notre connaissance. avant le 4ème siècle). Une tentative de ce genre ne pouvait être qu'une impasse historique."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" célibataires et des veufs. nos quoque custodiamus » « Ce que les Apôtres ont enseigné. quand ce n'est pas l'incrédulité ou une fin pure et simple de non recevoir. avec toute la certitude possible. nous aussi. 29-31 . « gardée par toute l'Eglise » et avait « toujours été maintenue. semble-t-il. « Ut quod apostoli docuerunt. 1 Co 7. Quoi qu'il en soit.

au chapitre LVI de sa Confessio catholicae fidei christiana. Accessit completa literatura . sur une liste exceptionnellement fournie.. et qui s'est perpétuée jusqu'à. et Nuova giustificazione dei celibato sacro. Au 19ème siècle enfin. l'un des meilleurs théologiens de son époque. Mais on aime se souvenir du nom de quelques-uns parmi les plus célèbres : Au 16ème siècle. un nom domine les discussions du « Siècle des lumières ».. mais une certitude entièrement fondée. Il n'en a pas toujours été ainsi. et sa fidélité à bien d'autres coutumes de l'Eglise primitive qui m'étaient chères . tout ceci plaidait en faveur de la grande Eglise romaine. Au 18ème siècle. ce sont aussi César BARONIUS. un précieux ouvrage de référence : Coelibatus et Breviarium : duo gravissima clericorum officia. malgré ses limites. qui publie pour défendre le célibat des prêtres contre les violentes attaques dont il était l'objet deux volumes de polémique. partisan de l'origine apostolique. professeur d'histoire ecclésiastique au Collège de la Sapience à Rome. mais ils écartent toutefois l'hypothèse d'une « tradition apostolique ». due à l'action progressive du ferment évangélique dans la société chrétienne du temps.. Au 17ème siècle. FUNK soutint que 26 de 48 . ou encore le bollandiste Jean STILTINCK. que je reconnaissais comme apostolique. celui du jésuite François-Antoine ZACCARIA. auteur de l'Ancienne et nouvelle discipline de l'Eglise catholique touchant les Bénéfices et les Bénéficiers (75) . qui fait paraître dans les Acta Sanctorum deux dissertations critiques sur le sujet. mais d'une haute tenue scientifique : Storia polemica del Celibato sacro da contrapporsi ad alcune detestabili opere uscite a questi tempi. dont je viens de parler. Au cours des siècles. et ne conçoivent la discipline attestée à partir du 4ème siècle que comme le fruit d'une lente évolution. et également celui de l'orientaliste allemand Gustav BICKELL. nous de la manière la plus solennelle par les Pères. professeur d'histoire et de théologie à l'université de Tübingen. nous trouvons Louis THOMASSIN. le grand connaisseur des Pères de l'Eglise qu'était John-Henry NEWMAN prête aussi son témoignage : « Il y avait aussi écrit-il. LA TRADITION APOSTOLIQUE DU CÉLIBAT SACERDOTAL A ÉTÉ SOUTENUE PAR BEAUCOUP DE THÉOLOGIENS ET D'HISTORIENS AU COURS DES SIÈCLES. Prenant le contre-pied de Bickell. les Conciles et les Pontifes de l'Eglise romaine ». on retiendra le nom d'un théologien hongrois. A ces études ex professo. où il s'attriste de voir combattue « une discipline si sainte. et soutenu fermement dans leurs écrits ce qui était pour eux non une simple hypothèse. au point que la seule idée d'une tradition du célibat sacerdotal pouvant remonter aux Apôtres faisait figure d'anachronisme. avec deux articles dans le Zeitschrift für katholische Theologie en 1878 et 1879. auteur d'une vaste compilation qui reste encore. et le cardinal Stanislas HOSIUS. l'auteur réputé des monumentales Annales Ecclesiastici. intitulé : Coelibatum jure Apostolico rectissime annexum ordinibus sacris . e monumentis omnium seculorum demonstrata. plus d'un historien et d'un théologien catholiques ont reconnu l'origine apostolique du célibat sacerdotal. La liste en serait trop longue. le zèle avec lequel l'Eglise romaine maintenait la doctrine et la règle du célibat. et Frances Xaver FUNK. professeur à l'université d'Innsbruck et spécialiste des littératures syriaque et hébraïque."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" exégètes soulignent à juste titre les fondements scripturaires de la loi. opposa sur cette question deux érudits allemands : Gustav BICKELL. c'est le jésuite Robert BELLARMIN qui. Augustino DE ROSKOVANY. c'est en grande partie à la suite d'une fameuse controverse qui. venue des Apôtres. dans son grand ouvrage Disputationes de Controversiis Christianae fidei adversus hujus temporis haereticos consacre un chapitre entier à la question. » (76) LA CONTROVERSE BICKELL-FUNK DE LÀ FIN DU 19ÈME SIÈCLE: Si tous ces travaux étaient comme tombés dans l'oubli. à la fin du 19ème siècle.

DES ORIGINES À NOS JOURS : LES PRINCIPALES ÉTAPES DU DÉVELOPPEMENT DE LA LOI DU CÉLIBAT SACERDOTAL A partir de ce centre. d'un foyer de lumière et d'énergie qui n'est autre que le Seigneur Jésus lui-même. Cum in unum (Sirice. cela n'enlève rien. mais atteste au contraire une tradition antérieure. Depuis Vatican II. tandis que l'Occident avait à partir du 4ème siècle inauguré une législation jusqu'alors inédite. peut apporter une contribution positive au progrès de la réflexion théologique sur ce sujet de grande actualité et indiquer des voies nouvelles. mais qu'elles étaient plus que jamais sujettes à révision (78). on s'est de plus en plus rendu compte toutefois que les positions de FUNK étaient loin d'être définitives. La redécouverte des origines apostoliques de cette discipline. 386) et Dominus inter (Sirice ou Damase). C'est la raison pour laquelle je me suis attaché pour ma part à reprendre entièrement l'examen du dossier patristique sur les origines du célibat. puis dans le grand public. ainsi que le remarquait encore le pape Pie XI dans l'encyclique Ad catholici sacerdotii. dans l'ordre : . ce concile espagnol n'a pas marqué un « tournant ». mais généralement situé dans les toutes premières années du 4ème siècle . à notre connaissance. magis amica veritas. et de retrouver par-delà le 19ème siècle. en revanche. par se payer cher. c'est seulement parce qu'il s'agit d'un retour à la source. comme on avait pu le croire sur la foi de certains."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" l’Orient avait gardé la tradition primitive. Car les erreurs en histoire finissent. et de constater que la loi bimillénaire de la continence parfaite des clercs gravite autour d'un centre. le sentiment commun de toute l'Eglise. de date incertaine. de l'orientation nouvelle que le concile de Carthage de 390 me semblait donner à la recherche. Les résultats m'ont convaincu qu'il était nécessaire d'abandonner les idées de FUNK. depuis toujours. Mais. 386). amicus Plato. à chaque époque. à partir. sans craindre les forces de vieillissement qui. à leur suite. comme on l'a trop souvent répété sans esprit critique à la suite de FUNK. (80) . elle fut diffusée avec beaucoup de succès dans des revues spécialisées. ce qui avait été la conviction profonde de tant d'érudits catholiques au cours de l'histoire et. aux mérites que tout le monde s'accorde par ailleurs à lui reconnaître. Changement radical sans doute. tentent de le réduire. tôt ou tard. à vrai dire. si elle devait se prolonger. Ce sont. il apparaissait avec évidence que la question ne pouvait être tenue pour tranchée (79). et a appelé avec eux tous ceux qui. qui les a appelés à tout quitter pour Le suivre. en apportant sa propre personne qui avait été annoncée ». tout simplement parce que c'est bien ainsi que les choses se sont passées.Le 33ème canon du concile d'Elvire. Bien que la thèse de FUNK n'ait pas fait l'unanimité dans les milieux scientifiques allemands. Si on prenait le temps en effet de relire honnêtement les longs articles de la controverse Bickell-FUNK. la chronologie des principales dates de l'histoire de la discipline du célibat sacerdotal peut être précisée de la façon suivante : — Au 4ème siècle : Premiers documents législatifs qui. Il est peut-être temps de s'apercevoir d'une dérive qui. qui rappellent l'obligation de la loi. mais si on peut parler d'une sorte de révolution. sur des bases évidemment plus scientifiques. Car l'exemple et l'enseignement des Apôtres ne sont naturellement que le reflet et l'écho de ceux du Christ.Les trois décrétales Directa (Sirice. il va sans dire. c'est de cette nouveauté que le célibat des prêtres. seraient un jour les prêtres de la Nouvelle Alliance. disait saint Irénée . en garantissant par l'autorité de l'Eglise de 27 de 48 . Si l'éminent patrologue qu'était FUNK s'est trompé. « Il a apporté toute nouveauté. témoignent de l'existence d'une discipline de la continence parfaite pour les membres supérieurs du clergé. qui est à la fois un point de départ et un point de rayonnement. tire la sienne. comme je l'ai dit. risquerait de compromettre sérieusement l'avenir de la discipline du célibat sacerdotal. et servit jusqu'à nos jours de référence à la plupart des études historiques sur le célibat des clercs (77).

"CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Rome. pour accuser à gros traits ce qui les sépare. a été conservée la Tradition qui vient des apôtres ». prêtres et diacres sont tenus à s'abstenir des relations conjugales. en particulier par le canon de Carthage. Ainsi. de le garder ». qui certes n'est pas négligeable. Par la suite. les jours où ils se préparent à la célébration eucharistique. n'y fasse allusion dans son encyclique sur le sacerdoce (82). qu'il s'agit là d'une norme apostolique. dit in-Trullo. est la première assemblée orientale. je pense. les experts de la commission théologique chargée d'examiner les thèse luthériennes sur le mariage des clercs. plutôt que d'imaginer un processus de 28 de 48 . Saint Raymond Penafort. c'est « afin qu'ils puissent obtenir en toute simplicité ce qu'ils demandent à Dieu » (quo possint simpliciter quod a Deo postulant impetrare). . et interdisent le remariage des prêtres et des diacres. on l'a vu. se dit également convaincu. en communion avec Rome sur le plan doctrinal. On s'étonne aujourd'hui de ce que les Eglises d'Orient aient conservé pour l'évêque l'obligation de la continence parfaite. alors qu'elles ne voient aucune difficulté à l'usage du mariage pour ceux-ci après l'ordination. Il servit de relais à plusieurs reprises pour vérifier. Ce concile tenu à Constantinople. dans les temps modernes. qui. Le seul point de divergence. Au concile de Trente. parmi les théologiens orientaux. dans le sens restrictif que nous avons vu. Ce canon carthaginois. célibat pour les évêques. quant à lui. des ministres de l'autel est requise par leur fonction d'intercession. dont saint Augustin. Ce canon. au 13ème siècle. si les évêques. et notamment par le concile général de l'Eglise d'Afrique de mai 419. et l'autorisation de se remarier en cas de veuvage (83). d'une grande importance pour l'histoire. faisons en sorte.En 691. Continence temporaire des prêtres et diacres. les évêques sont tenus à la continence parfaite. de l'origine apostolique du célibat. ne pense pas pouvoir mieux faire que de le citer. et ce que l'antiquité elle-même a observé. Ces dispositions canoniques sont étayées par des raisons théologico-scripturaires communes à toute la période patristique : la continence. bien des théologiens et des historiens de la période post-tridentine et du « siècle des lumières » s'appuient sur ce texte comme sur un document majeur pour conclure à l'apostolicité de la discipliné du célibat sacerdotal (81).Le 2ème canon du concile de Carthage de 390. s'y réfèrent. nous aussi. Les premiers à y recourir officiellement furent les Pères orientaux du concile Quinisexte in-Trullo de 691. Ce n'est pas voir. parfaite ou temporaire. et les prêtres et diacres mariés avant leur ordination ne peuvent se remarier après le décès de leur femme. l'usage du mariage inconditionné pour tous les membres du clergé. — le prêtre étant avec le Christ médiateur entre Dieu et les hommes —. auquel participèrent 217 évêques. joua un rôle. Et il n'est pas jusqu'à Pie XI. le lien traditionnel de la discipline avec « l’enseignement des Apôtres ». toutes ces pratiques attestent chacune à sa manière que ce qui a précédé était une discipline de continence parfaite pour l'ensemble des membres supérieurs du clergé (84). et ceci est important à souligner. les promoteurs de la réforme grégorienne lui empruntèrent plus d'une fois un argument historique qu'ils jugent décisif. à ceci près néanmoins qu'il leur est demandé une continence temporaire. au bénéfice de ces gens de partout. pour expliquer aux princes allemands son refus de renoncer à la loi du célibat. Au 11ème siècle. qui est « le dernier mot de la discipline ecclésiastique pour l'Eglise grecque ». de premier plan dans l'histoire du célibat sacerdotal. « en qui. interdiction du remariage après l'ordination. est l'autorisation reconnue à ces prêtres et diacres mariés de poursuivre les relations conjugales. y discernent une anomalie et préconisent des mesures visant à uniformiser la discipline en autorisant également l'admission d'hommes mariés à l'épiscopat. le concile Quinisexte. renouvelé ensuite par tous les synodes africains. qui affirme on ne peut plus explicitement : « ce qu'enseignèrent les Apôtres. ou consolider. . En partie seulement. à prendre des décisions en partie contraires à la discipline du célibat jusqu'alors en vigueur dans toute l'Eglise. Aussi bien en Orient qu'en Occident. et elle se rattache aux origines de l'Eglise. D'aucuns. que ce qui est présenté comme une anomalie est au contraire un organe témoin de ce qu'était la discipline générale au temps de l'Eglise indivise. est aussi remarquable pour la motivation théologique privilégiée qui fonde à ses yeux le devoir de la continence parfaite . l'auteur des Décrétales de Grégoire IX. Pie IV. toujours. Car on a parfois trop tendance à laisser dans l'ombre les nombreux points communs entre la discipline latine et la discipline d'Orient.

Voici le texte du décret : « Ut autem lex continentiae et Deo placens munditia in ecclesiasticis personis et sacris ordinibus dilatetur. ni à la modifier. la discipline du célibat sacerdotal dans l'Eglise latine resta telle que le concile de Trente l'avait définie. et le clergé marié (tenu à la continence parfaite) l'exception. et qui s'avérera efficace. . . notamment la Révolution française. par une mesure canonique nouvelle. statuimus quatenus episcopi presbyteri diaconi subdiaconi regulares canonici et monachi atque conversi professi. en particulier la restauration du ministère épiscopal et l'insistance sur les responsabilités pastorales du prêtre. aujourd'hui encore. mais « l'exemple vivant » proposé à l'imitation du peuple de Dieu (87). (89) . ne réussirent pas à la faire abolir. Pour mémoire. s'étende à un nombre plus grand de membres du clergé orthodoxe. D'autres mesures contribuèrent fortement au succès de la réforme tridentine concernant le célibat. le deuxième concile du Latran met en quelque sorte le point final à la longue réforme grégorienne en déclarant invalide le mariage contracté après l'ordination.n'approuvera jamais une abrogation ou une mitigation de la loi du célibat. Huiusmodi namque copulationem. celui-ci n'étant pas seulement ministre du culte. dont l'Eglise latine se glorifie comme d'un ornement insigne. qui assura le recrutement et la formation de jeunes célibataires. les violentes attaques du « siècle des lumières ». le concile de Trente restaura la discipline du célibat ecclésiastique qui avait été sérieusement ébranlée par le grand schisme d'Occident (1378-1417) puis par les Réformateurs.1917 : Codex Juris Canonici. Les crises successives qui la mirent à l'épreuve aux siècles suivants.. separentur. qui date de l'antiquité. La plus importante fut sans doute l'institution des séminaires.. » (90) 29 de 48 .Au 16ème siècle. tenu en très haute estime par les Eglises d'Orient. matrimonium non esse censemus. la discipline traditionnelle. de droit ou de fait. et la crise moderniste. La « lex continentiae ».29 janvier 1920 : Lettre au P. Il devint par voie de conséquence moins nécessaire de faire appel à des hommes mariés pour le sacerdoce. On se demande vraiment pourquoi certains continuent. Le clergé célibataire devint la règle. Un retournement considérable par rapport à ce qui avait été la situation du clergé au premier millénaire et jusqu'à l'époque même du concile de Trente. fera sentir progressivement ses effets pour que la continence parfaite. archevêque de Prague : « Le Siège apostolique. Canons 132 et 1072. qui sanctum transgredientes propositum uxores sibi copulare praesumpserint. à prétendre que la loi du célibat ecclésiastique a été inaugurée par ce concile du 13ème siècle ! . Il ne fait que confirmer.Par la suite. » (85) Il est difficile de lire dans ce décret autre chose que ce qui y est écrit. (88) Documents de Benoît XV (1914-1922) : ."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" nivellement des lois orientales dans le sens d'une généralisation du mariage. s'opéra dans l'Eglise postconciliaire. il est vraisemblable que l'idéal du célibat sacerdotal. en prenant un certain nombre de décisions majeures qui devaient configurer pour les siècles futurs la physionomie du sacerdoce (86).4 août 1908 : exhortation apostolique Haerent Animo au clergé catholique sur la sainteté sacerdotale. quam contra ecclesiasticam reffulam constat esse contractam.En 1239. François Kordac. il suffit d'énumérer ici la suite des principaux documents du Magistère qui traitèrent la question jusqu'à Vatican II : — A l'époque moderne : Documents de Pie X (1903-1914) : . reste la même.

Pie XII fait dériver l'obligation du célibat de « l'excellente dignité du sacerdoce ». A l'instar de son prédécesseur. » (91) Documents de Pie XI (1922-1939) : . « nous ne voulons pas que ce que nous avons dit pour recommander le célibat. » Puis la citation du concile de Carthage de 390 : « ut quod Apostoli docuerunt. sur la sainteté de la vie sacerdotale.20 décembre 1935 : Encyclique Ad catholici sacerdotii. ajoute encore l'encyclique. qui fait du prêtre un « alter Christus. lequel « ne fait rien d'autre que donner force et s'ajouter à une certaine exigence. il lui donne au contraire d'engendrer à la vie éternelle et par là de vivre une paternité immensément supérieure à la première.et moins encore ne l'abolira. formulée pour la première fois au 4ème siècle. qui témoignent tous de « l'excellence du célibat catholique ».25 mars 1954 : encyclique Sacra Virginitas. dont l'exemple et l'estime pour la chasteté ont incité les ministres de la Nouvelle Alliance à « s'imposer spontanément la soumission respectueuse à ce mode de vie ».16 décembre 1920 : Allocution au Consistoire. conclut le pontife. » (94) Tout ce passage de l'encyclique. et ipsa servavit antiquitas. le célibat est en honneur et les évêques y sont tenus par une loi. nos quoque custodiam us. et il n'hésite pas à écrire que « en cette matière également l'harmonie régnait à cette époque entre l'Eglise latine et l'Eglise orientale là où on se conformait à une stricte discipline. on sent dans un document pontifical le souci de situer la discipline de l'Eglise latine face à celle de l'Eglise d'Orient. St Jean Chrysostome. montre bien sa perspective : la loi du célibat dans l'Eglise latine. rédigé avec un soin extrême par l'ex-préfet de la Bibliothèque Apostolique Vaticane qu'était Pie XI. L'offrande quotidienne du sacrifice eucharistique. est aussi une raison essentielle qui justifie le célibat. celui-ci ne prive pas le prêtre d'une paternité. Même dans les Eglises Orientales. Néanmoins. soit interprété comme s'il était dans notre intention de blâmer ou de désapprouver en quelque manière la discipline différente qui est légitimement en vigueur dans l'Eglise orientale. les Pères de l'Eglise orientale eux-mêmes garantissent les raisons du célibat sacerdotal et l'opportunité de la loi. » (93) Deux autres points sont à remarquer : une référence au concile d'Elvire. St Ephrem. ainsi que la chasteté parfaite du prêtre. l'Eglise leur permet d'accéder au plus haut degré de liberté spirituelle et de charité. Le pape cite St Epiphane. Pour la première fois.23 septembre 1950 : Exhortation apostolique Menti Nostrae. a une préhistoire . Enfin. que « le Siège Apostolique ne mitigera jamais la loi très sainte et très salutaire du célibat ecclésiastique t. pour ainsi dire. En imposant à ses prêtres le célibat. comme le rappelait Pie XI. qui tire son origine de l'Evangile et de la prédication des Apôtres. et affirme « solennellement ». » (92) Ainsi. dont beaucoup de membres militaient pour l'abolition du célibat : « Si l'Eglise latine est vigoureuse et florissante. sur la virginité consacrée. elle remonte aux Apôtres et au Christ lui-même. qui pour cette raison doit être conservé dans son intégrité ». le pape cite la lettre de Sirice à Himérius de Tarragone. elle doit en grande partie sa force et sa gloire au célibat des clercs. » (96) . L'exemple du Christ vierge est la raison suprême qui fonde la virginité consacrée. pour se donner entièrement à Dieu et au service du prochain. Le témoignage des Pères grecs et syriens va dans le même sens. ce qui serait ensuite sanctionne par une loi ecclésiastique. bien qu'il ne soit pas question de critiquer la discipline « légitime » de l'Eglise orientale. (95) Documents de Pie XII (1939-1958) : . Benoît XV approuve la dissolution de l'association sacerdotale Iednota."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" . (97) Documents de Jean XXIII (1958-1963) : 30 de 48 .

christologiques et eschatologiques qui seront longuement développées en 1967 par Paul VI dans l’encyclique Sacerdotalis coelibatus. . (100) . ne replie pas le prêtre sur lui-même. 3) D’où la loi en vigueur dans l'Eglise latine. et s'imaginer que l'Eglise catholique a l'intention ou estime opportun de renoncer à la loi du célibat ecclésiastique."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" . que le célibat. (98) . pour les raisons évoquées au début de cet article. » Suivent un bref énoncé des raisons théologiques justifiant le célibat. Il s'articule en trois paragraphes : 1) La continence parfaite et perpétuelle pour le royaume des cieux.En évoquant « la pratique de l'Eglise primitive et la tradition des Eglises orientales ».Le Concile Vatican II (1962-1965) : Il est question formellement du célibat sacerdotal dans deux documents du Concile : . 1965). A n'en pas douter. en revanche. On peut. sont toujours un rappel des luttes mémorables. observent la tradition vénérable du célibat sacerdotal.1 août 1959 : Encyclique Sacerdotii Nostri primordia. qui est « l'ornement le plus excellent de notre Ordre ». le concile se montre avant tout soucieux. et que confirme à nouveau le concile : « C'est donc pour des motifs fondés sur le mystère du Christ et sa mission. faire les remarques suivantes : .certains se laisser aller à des chimères (allucinationi cuidam indulgentes). d'abord recommandé aux prêtres. sur la formation sacerdotale (28 oct. où l'Eglise de Dieu fut appelée à de rudes combats et a remporté un triple triomphe : car c'est un signe de la victoire de l'Eglise du Christ que de lutter pour qu'elle soit libre. Justement appelé la « charte sacerdotale du concile » ce texte est l'aboutissement de longues discussions qui s'échelonnèrent sur plus de deux ans. et glorieuses de ces époques. a été ensuite imposé par une loi dans l'Eglise latine à tous ceux qui se présentent aux Ordres sacrés. Jean XXIII fait allusion à des défections retentissantes et à des critiques contre la loi du célibat : « Ce qui nous afflige particulièrement c'est de voir. l'argument historique. » (multimodam convenientiam cum sacerdotio habet) Le concile expose ici les motivations ecclésiologiques. 1965). recommandée par le Seigneur. La crise postconciliaire. l'affirmation de la supériorité de la virginité consacrée et le rappel des « secours humains et divins appropriés » qui aident à assumer le célibat dans la joie et la maturité.Le décret Presbyterorum ordinis. soient formés avec un soin diligent à cet état. (101) Il reconnaît l'existence d'un clergé marié 31 de 48 . et tenue en haute estime par l'Eglise. » Si les raisons théologiques justifiant le célibat sacerdotal sont explicitées avec beaucoup de force et de clarté. selon les lois saintes et fermes de leur rite propre. C'est ce que montrent « la pratique de l'Eglise primitive et la tradition des Eglises orientales. mais lui fait aimer les autres avec l'amour même de Dieu. n'est pas exigée par la nature du sacerdoce. » Le concile « n'entend aucunement modifier la discipline différente qui est légitimement en vigueur dans les Eglises orientales. a été l'occasion d'une nouvelle réflexion ecclésiale qui a finalement abouti à l'exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis du 25 mars 1992. La chasteté parfaite.Le décret Optatam totius Ecclesiae renovationem. de favoriser l’œcuménisme avec les communautés ecclésiales d'Orient. n'est traité que sommairement..26 janvier 1960 : Allocution au synode romain. » (99) De Vatican II à nos jours. dans l'esprit même des deux décrets Unitatis redintegratio et Orientalium ecclesiarum votés l'année précédente.. qui a été au cours des siècles et reste toujours l'ornement splendide et éclatant du sacerdoce. » 2) Mais le célibat « a de multiples convenances avec le sacerdoce. comme l'avait été Pie XI. la loi du célibat sacré et les soins à dépenser pour la faire observer soigneusement. chaste et universelle. Il est demandé que « les séminaristes qui. à ce propos. sur le ministère et la vie des prêtres (7 déc. les documents du Magistère sur le célibat sacerdotal se sont multipliés. sur saint Jean-Marie Vianney.

24 juin 1967 : encyclique Sacerdotalis coelibatus. . » Cela ressort également du fait que « cette législation. car ce qui est approuvé et confirmé aujourd'hui n'est autre que le célibat au sens strict. avant d'être ensuite « solennellement sanctionnée par le Concile de Trente et finalement insérée dans le Code de droit canonique » (105) . mais comme un règlement propter continentiam futuram. par don de la grâce. d'abord recommandé aux prêtres.. de la distinction entre « les prêtres qui choisissent."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" dès les temps apostoliques. auxquels renvoie le texte pour attester « la diffusion qu'avait prise chez les ministres sacrés. tant en Orient qu'en Occident. de presser l'Eglise de remettre en question (le célibat sacré) ». 2-5 et Tt 1. comme saint Jérôme et Epiphane. mais ne se prononce pas sur la question de la continence qui pouvait avoir été exigée des hommes mariés à partir de l'ordination. 6 —. (106) 32 de 48 . ce saint Concile l'approuve et la confirme à nouveau. est absente des perspectives de l'encyclique. les Pères tiennent à affirmer qu'ils n'entendent « aucunement modifier la discipline différente qui est légitimement en vigueur dans les Eglises orientales.. voire la nette volonté. » Dans ces conditions. Nous pouvons souligner ici la continuité profonde de l'encyclique avec la tradition des origines. spirituelles et autres qui motivent aujourd'hui encore le maintien de la discipline.. pensons-nous. et ne saurait être interprété comme une reconnaissance de l'antériorité de leur discipline par rapport à celle de l'Eglise latine. l'adverbe « légitime » employé ici fait référence à la législation particulière des Eglises orientales. ». — comme l'indique la référence à 1 Tm 3. mais une base historique plus large et plus critique eût sans doute permis de mettre en évidence la loi du « célibat-continence ».Reprenant à peu de chose près les termes de l'encyclique Ad catholici sacerdotii. Par ailleurs. et de la rattacher aux temps apostoliques. sont en réalité des témoins d'une discipline générale du « célibat-continence » remontant à la naissance même de l'Eglise. et expose les raisons théologiques.Le célibat envisagé dans le document conciliaire est celui d'hommes n'ayant jamais été mariés. les Pères laissent de côté la question soulevée par les documents pontificaux et les textes conciliaires des premiers siècles sur l'origine apostolique de la loi du « célibat-continence. le pape examine loyalement les objections soulevées. comme il le dit lui-même. paragraphe. historiques. Reconnaissant qu’ « à notre époque caractérisée par une transformation profonde des mentalités et des structures. Paul VI tient la promesse faite aux Pères du concile deux ans plus tôt. comme il ressort clairement. il n'est pas fait référence dans le document aux importantes décrétales du pape Sirice. Le célibat dont parle le document pontifical est le célibat au sens strict. de garder le célibat — ce que font les évêques » —. établissant par là que la loi du « célibat-continence » a son fondement dans l'Ecriture. Il n'est fait non plus aucune allusion à la continence temporaire des prêtres mariés prévue par la législation orientale. la pratique librement assumée du célibat ». invitant à la recherche. mais. puis renforcée et développée par l'autorité ecclésiastique à partir du 4ème siècle. qui interprète 1'Unius uxoris vir des épîtres pauliniennes non dans le sens d'un droit à user du mariage après l'ordination. Paul VI consacre à l'histoire du célibat ecclésiastique dans l'antiquité un assez long. une base solide pour prouver que la pratique du « célibat au sens strict » avait été d'abord librement assumée par un bon nombre de clercs. certains des écrivains patristiques. » Comme chez Pie XI. s'est fait jour entre autres choses la tendance. et les « prêtres mariés dont le mérite est grand. ce ne sont que de « brèves indications ». (102) . (103) L'idée qu'une loi de continence parfaite pouvait avoir été en vigueur aux origines de l'Eglise pour les clercs des Ordres supérieurs engagés dans les liens du mariage. en disant plus loin que « le célibat. et non une loi de célibat-continence telle qu'on la connaissait jadis. à été ensuite imposé par une loi dans l'Eglise latine à tous ceux qui se présentent aux Ordres sacrés ».. sans précision. La documentation utilisée par l'encyclique fournissait. (104) Or.. à propos du clergé oriental. ..

» Notons encore le passage sur la législation orientale.. qui les appela ses amis et frères. ces premiers « amis et frères » du Christ. (108) Des interventions faites au Synode. » Or. » On ne peut s'empêcher de penser qu'en écrivant ces lignes d'une grande portée théologique. « est resté durant toute sa vie dans l'état de virginité. a promis une récompense surabondante à quiconque aura abandonné maison. continue l'encyclique. l'histoire eût aussi manifesté son accord profond avec la théologie du sacerdoce développée par l'encyclique. C'est pourquoi. Ni le décret Presbyterorum Ordinis. ne se comprend qu'à la lumière de la nouveauté du Christ. différents épiscopats. du Canada et de Belgique.Septembre-novembre 1971 : Deuxième Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques. ou les Pères de Vatican II. qui choisit les premiers ministres du salut. en préconisant heureusement une plus grande ouverture au monde.. y compris leur épouse. qui a institué le sacerdoce ministériel comme une participation réelle à son sacerdoce unique. et confirme à sa manière ce que l'étude des documents des premiers siècles nous apprend sur les origines du « célibat-continence. l'encyclique de Paul VI vient à la rencontre de l'histoire. aient été si lents à comprendre que ceux d'entre eux qui pouvaient avoir été mariés n'aient pas tout quitté. ont été aussi les premiers à avoir l'intelligence de ce grand mystère de la nouveauté du sacerdoce du Christ et du lien qu'il impliquait avec la chasteté parfaite. gui est nouveau. épouse et enfants pour le royaume de Dieu. Pas plus que Pie XI. d'autre part. qui se veulent désormais plus proches du peuple de Dieu. En effet. famille. (107) Pour la première fois dans l'histoire.. demandent expressément qu'on autorise l'ordination d'hommes mariés. » Le lien entre sacerdoce et virginité dans le Christ « se reflète » donc dans les prêtres. Le concile lui-même. comme le dira Paul VI aux Pères synodaux. ou sur les possibilités d'adaptation.. un document pontifical identifie positivement les sources du droit canonique des Eglises d'Orient. » Six ans après la fin du concile. s'il est vrai que l'exigence de l'amour propre au sacerdoce ministériel pousse à « participer non seulement à (la) fonction sacerdotale (du Christ). certains réclamant qu'on n'étende pas l'obligation du célibat à tous ceux qui aspirent au sacerdoce . chez les catholiques eux-mêmes. mais à partager également avec lui l'état de vie qui est le sien ». pour répondre à l'appel du Maître ? N'ont-ils pas été les premiers à être « totalement et exclusivement appliqués aux affaires de Dieu et de l'Eglise comme le Christ ? » En mettant l'accent sur les fondements christologiques du célibat. Car. sur « le sacerdoce ministériel » et « la justice dans le monde."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Ce faisant. « le sacerdoce chrétien. notamment ceux de Hollande. qui signifie son dévouement total au service de Dieu et des hommes. l'encyclique ne se prononce cependant sur la question des origines de cette législation particulière du droit byzantin ni ne la fait remonter aux temps apostoliques. à savoir que les apôtres.. Le consensus général fut-pour le maintien du célibat. le Christ Médiateur et Prêtre éternel. Pontife suprême et Prêtre éternel. Paul VI a voulu nettement suggérer ce que l'histoire des premiers siècles qui lui servait alors de fil conducteur ne lui permettait pas d'affirmer avec certitude.. qui les voulut initiés à l'intelligence des mystères du royaume des cieux. se dégagent surtout deux sujets de discussion : d'une part on constate que l'affinité entre le sacerdoce et le célibat fait l'objet d'une contestation. « Jésus. (109) Approuvées et confirmées par 33 de 48 . . les apôtres. ni l'encyclique Sacerdotalis caelibatus n'ont mis en effet un terme aux questions que beaucoup continuent à se poser sur l'opportunité de la loi en vigueur dans l'Eglise latine. remplis de l'Esprit-Saint au jour de la Pentecôte. qui se réfère de façon précise au concile in Trullo de 691. a du même coup fait naître de nouvelles difficultés pour les prêtres. qui participent à Sa mission de médiateur et de prêtre éternel. les évêques réunis en synode à Rome mettent à nouveau à l'ordre du jour le célibat sacerdotal. peut-on penser un instant que les premiers dépositaires de l'Esprit du Christ.

(114) . fixe la législation sur le célibat dans l'Eglise latine selon les normes et l'esprit de Vatican II et des documents officiels postérieurs. Sans être le sujet principal de discussion. Une minorité d'évoques font remarquer de leur côté que le célibat n'est pas toujours apprécié pour ce qu'il entend représenter par la culture locale. théologique et pastoral."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Paul VI. sur « la formation des prêtres dans les circonstances actuelles.Octobre 1990 : Huitième Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques. qui est. Le pape y reprend 34 de 48 . . le célibat ecclésiastique fait au synode l'objet de maintes interventions. rien n'est dit de l'ancienneté de ces traditions par rapport à la discipline de l'Eglise latine. le Souverain Pontife a tenu à préciser ce qui suit : « On ne peut prendre cette solution en considération. On le sait. et non plus de « législation » de ces Eglises. par la publication de l'exhortation apostolique Pastores dabo vobis. sans qu'on puisse assurer toutefois qu'il y ait là une intention spéciale.1990-1991 : Code des canons des Eglises orientales. » Depuis Vatican II. (112) . A noter toutefois la brièveté de la référence à la discipline des Eglises orientales (111) . Les 41 « propositions ».25 mars 1992 : Exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis. ou « recommandations ». la possibilité de faire appel à des viri probati est trop souvent évoquée dans le cadre d'une propagande systématique hostile au célibat sacerdotal.25 janvier 1983 : Code de Droit canonique. les évêques demandant au Saint-Père de confirmer à nouveau la discipline et de la présenter aux candidats à la prêtrise « dans toute la splendeur de son contenu biblique. et tout particulièrement des travaux du Synode des évêques d'octobre 1990. Cette « Magna Charta » de la théologie du sacerdoce. ou encore que la pénurie dramatique de prêtres dans certaines régions devrait faire reconsidérer le problème. Le nouveau Code de droit canonique. » Jean-Paul fera droit à cette requête en 1992. votées à une très forte majorité et soumises à la fin du Synode à Jean-Paul II furent réservées au Souverain Pontife et aux membres de l'Assemblée épiscopale. » . Cette fois encore. comme on l'a surnommée. d'une manière de se conformer plus complètement. déjà « presque en totale communion » avec l'Eglise romaine. à Jésus. se situe dans la continuité des documents du concile Vatican II sur le sacerdoce et la formation des prêtres. mais la crise qui continue d'affecter le clergé appelle un supplément de réflexion sur la formation sacerdotale dans le monde moderne. Cette propagande trouve le soutien et la complicité de certains moyens de communication sociale. les conclusions du synode furent publiées par un rescrit du 30 novembre 197l. et d'un signe prophétique contrastant fièrement avec la permissivité sexuelle de notre époque. de nombreux documents pontificaux ou épiscopaux ont été consacrés au sacerdoce. Au sujet de l'ordination d'hommes mariés. à l'aide d'un langage plus positif : il s'agit d'un charisme. le "Code du Concile". C'est le premier code de droit canonique à l'usage des Eglises orientales catholiques dans toute l'histoire de l'Eglise. qui peut être considérée comme l'aboutissement réel de ce Synode auquel le pape a voulu attacher une importance toute particulière en assistant personnellement à toutes les séances générales. Il faut répondre à ce problème par d'autres moyens. selon le mot de Jean-Paul II. On sait toutefois qu'elles comportaient une nette réaffirmation du célibat sacerdotal dans l'Eglise latine. (110) On y retrouve les grandes idées du concile et de l'encyclique Sacerdotalis caelibatus. Beaucoup de rapporteurs font part du désir exprimé par leurs groupes de voir l'Assemblée réaffirmer la valeur du célibat sacerdotal dans l'Eglise latine. le document du Synode parle de « traditions ». (113) Le pape Jean-Paul II souligne que ce code s'inspire d'une sincère attitude oecuménique propre à favoriser les voies de l'unité avec les « Eglises-sœurs » orthodoxes.

A sa suite. mais aussi le fait historique fondamental de fidélités sans nombre. fourniraient à eux seuls la preuve manifeste que le célibat sacerdotal n'est pas le fruit d'une époque. allant à contre-courant de ce que l'on peut considérer comme la culture dominante de son temps. donnent à ce texte d'une grande richesse théologique un ton d'une sereine et intense gravité. une invention humaine. et par le Christ à l'Eglise. Prêtre Suprême et Bon Pasteur ». et s'est orientée vers la solution de choisir les candidats à l'Ordre sacré parmi les célibataires (cf. faute de la reconnaître. le synode a comme redécouvert la profondeur de l'identité sacerdotale."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" l'ensemble des réflexions et des orientations synodales pour élaborer une oeuvre collégiale en réponse à la question fondamentale : « comment former des prêtres qui soient vraiment à la hauteur des circonstances actuelles. 5 . il ne fait qu'un. 9 . 5. le célibat des clercs aurait depuis longtemps sans doute cédé sous les pressions visant à l'abolir. Serviteur et Epoux de l'Eglise. sacramentellement. » (115) En manifestant le « lien ontologique qui unit le prêtre au Christ. Un long chapitre y est consacré au célibat sacerdotal. 6-8). après deux mille ans. Il en est d'elle comme de cette maison dont parle le Seigneur : « La 35 de 48 . et lui communiqueront jusqu'à la fin des temps son dynamisme. Une juste théologie du sacerdoce est en effet la clé de la formation des prêtres. La prise de conscience de ce lien essentiel a pu parfois s'estomper des études historiques. c'est-à-dire dans l'Evangile. avec qui. Epoux de l'Eglise. 28-30). la valeur de la continence parfaite pour le sacerdoce catholique. 15 . par la mise en lumière de la nature du sacrement de l'Ordre qui « configure (le ministre) au Christ Tête et Pasteur. le prêtre assume librement ce don par la « charité pastorale » qui lui fait continuer au milieu des hommes la vie et l'action du Christ lui-même. depuis l'époque apostolique. 1 Co 7. S'il n'était pas vitalement relié aux Apôtres. » Donné tout entier par l'Eglise au Christ. 2 Th 2. 5 . » (116) CONCLUSION Des origines à nos jours. 2-12 . à savoir la pérennité de l'institution à travers les âges. la souffrance causée par les défections. 9. l'Eglise. nonobstant les obstacles parfois gigantesques qui s'y sont opposés. mais qu'il s'enracine dans le sol où se nourrit la sève même de l'Eglise. le célibat apparaît comme une exigence de radicalisme évangélique favorisant de manière spéciale le mode de vie « sponsal » qui découle logiquement de la configuration du prêtre à Jésus-Christ par le sacrement de l'Ordre. Cet important document publié par la Congrégation pour le Clergé est le dernier en date des actes du Magistère de l'Eglise sur le sacerdoce. les disciples ont "tout" laissé pour accomplir leur mission (Lc 18. capables d'évangéliser le monde d'aujourd'hui. comme à ceux dont l'exemple et l'enseignement lui ont donné son impulsion. On remarquera le passage sur la tradition venue des Apôtres : « Le Seigneur donne ici l'exemple. Tt 1. réaffirmer avec assurance. ces vingt siècles de fidélité à une discipline exigeant un renoncement particulièrement difficile à la nature humaine. motifs théologiques et spirituels du célibat . ne réussissent pas à s'expliquer. et c'est elle qui explique en définitive ce que beaucoup. a choisi librement de vivre le célibat. tout comme la constance inébranlable de la hiérarchie dans le maintien d'une discipline qui fait l'honneur de l'Epouse du Christ. Pour cette raison. mais la réalité profonde a toujours été là. Toutes les considérations développées dans Pastores dabo vobis sont reprises dans une sorte de résumé-synthèse : ferme volonté de l'Eglise pour le maintien de la loi . par son successeur sur le Siège apostolique. si généreuse et nécessaire fût-elle à un moment donné de l'histoire. Dans ce contexte. On y entend la voix de Pierre. Les crises traversées au cours des siècles. . lui qui.22 mars 1994 : Directoire pour le ministère et la vie des prêtres. 1 Tm 3. examen des difficultés et réponse aux objections. a voulu conserver le don de la continence perpétuelle des clercs.

il doit s'assurer les conditions requises pour une prière d'intercession efficace. dans une identification au Christ priant. c'est-à-dire le service de l'Eucharistie. comme on le fait trop souvent pour tenter de dévaluer le motif sous-jacent à la loi du célibat. les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre elle. comme le dit le canon. et elle n'a pas croulé : c'est qu'elle avait été fondée sur le roc. titre spécial et permanent. le célibat qui. c'est qu'ils sont. Mais si ces mêmes hommes se privent par leur faute de la liberté de parole. le Christ lui-même est présent. Ces expressions qualifient indistinctement les trois degrés supérieurs de la cléricature . « qui sacramentis inserviunt » (ceux qui sont au service des sacrements divins). et. elles indiquent qu'un commun caractère entraîne pour tous les mêmes obligations et que le service des sacramenta et de l'autel. de par son union intime avec l'unique Médiateur. (118) On peut mesurer par là combien il est inexact de parler de « continence cultuelle » ou de « pureté cultuelle ». Dans la célébration eucharistique. à la pratique de toutes les vertus et dialoguent ainsi en toute confiance avec Dieu."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" pluie est tombée. en est « l’ornement le plus excellent » joue au cœur de l'Eglise un rôle qu'aucun noble superlatif ne suffit à qualifier comme il le mérite. et. actualisant le mystère pascal. et s'offrant au Père pour le salut du monde. présente à Dieu les requêtes de ses frères humains. c'est la liturgie. les torrents sont venus. au 12ème siècle. la discipline de la continence parfaite des prêtres de la Nouvelle Alliance continue de s'édifier et d'édifier l'Eglise. entraîne le peuple chrétien. est le fondement spécifique de la continence qui leur est demandée. En montrant dans le ministre de l'Eucharistie un médiateur au service des hommes. et. qu'ils auront demandé. qui. qui. de quelle manière pourront-ils s'acquitter de leur tâche d'intercesseurs au profit d'autrui ? » (117) La motivation théologique centrale du célibat sacerdotal est ainsi directement inspirée de l'épître aux Hébreux. Si les évêques. S'ils s'exercent donc. En réalité. en lui prêtant des origines de qualité suspecte. ils obtiendront tout de go ce. mais c'est aussi pourquoi il fait du prêtre « l'intendant des mystères de Dieu ». à un. à l'imitation du Christ. — per Ipsum. C'est à n'en pas douter la raison pour laquelle on lui fait souvent la guerre. en particulier le devoir de paternité spirituelle (substitué à celui de la génération charnelle). le « serviteur de l'autel ». — cette pierre scellée sur la pierre qu’est le Christ —. de manière indispensable. Le concile de Carthage de 390 l'exprime dans une formule précise. Ce qui leur vaut cette place privilégiée dans le dialogue avec Dieu. et la chasteté parfaite. appelé à ce titre à une sainteté de vie caractérisé par la chasteté parfaite. pour justifier la discipline de la continence parfaite pour le clergé. selon le mot de Jean XXIII. (119) Ces expressions sont chargées de résonances païennes ou philosophiques (notamment stoïciennes) qui ne sont pas homogènes à l'esprit du christianisme. lui est une garantie d'exaucement. La liturgie eucharistique fait de celui qui est au service des mystères divins un médiateur qui. dans une certaine mesure. « qui sacramenta contrectant » (ceux qui sont en contact avec les mystères sacrés). établissant un lien entre la divinité et le reste des fidèles. la nécessité de renoncer à la « chair » pour approcher la « sainteté » de Dieu. Le commentaire du grand canoniste byzantin Jean Zonaras. dans la littérature patristique des premiers siècles. La prière d'intercession est en effet la motivation théologique fondamentale. l'exemple à donner aux vierges et aux continents. c'est « afin de pouvoir obtenir en toute simplicité ce qu'ils demandent à Dieu » (quo possint simpliciter quod a Deo postulant impetrare). demandent pour le monde entier le salut et la paix. celui qui. peut « intervenir en faveur des hommes » dans leurs relations avec le Maître de l'Histoire. A ce titre. prêtres et diacres doivent s'abstenir des relations conjugales. soulignera parfaitement cette idée maîtresse de la patristique : « Ceux-ci sont en effet intercesseurs entre Dieu et les hommes. « qui altari deserviunt » (ceux qui sont affectés au service de l'autel). cum Ipso et in Ipso —. » Sur le roc des Apôtres. 36 de 48 . elle situe dans une juste perspective les autres raisons invoquées à cette époque pour justifier le célibatcontinence. la disponibilité pour les tâches apostoliques. car pour qui est convaincu du caractère irremplaçable du ministère sacerdotal pour la vie de l'Eglise et du monde. toujours selon ce même concile. la liturgie eucharistique surtout.

elle exprime la volonté de l'Eglise. dont l'esprit sacerdotal s'efforce d'intérioriser tout ce qui se fait sur l'autel du sacrifice". au surplus. est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu. L'Eglise. de la part de tel ou tel. Même s'il a pu y avoir. quand ils expliquent le passage de la continence temporaire des Lévites à la continence perpétuelle des prêtres de la Nouvelle Alliance. Mais la volonté de l'Eglise trouve sa dernière motivation dans le lien du célibat avec l'Ordination sacrée. » Car ce serait fausser lourdement le sens de l'a fortiori utilisé par Sirice et les autres écrivains patriotiques. celui-ci est donc le centre et la racine de toute la vie du prêtre. si respectables soient-ils. et pour que cette imitation se perpétue dans leurs successeurs. c'est de l'Eucharistie que le prêtre reçoit la grâce et la responsabilité de donner un sens "sacrificiel" à toute son existence (n. nous pouvons ici relire un passage-clé de Pastores dabo vobis : « La charité pastorale. En nous renvoyant aux Apôtres comme aux promoteurs de la tradition du célibat sacerdotal. En tant que loi. et il exprime le service rendu par le prêtre à l'Eglise dans et avec le Seigneur » (n. Il faut le dire sans ambages : il y a autant de différence entre la « continence cultuelle » et la chasteté parfaite des prêtres de JésusChrist qu'il peut y en avoir entre les cultes païens."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Dieu-homme qui associe ses ministres à sa personne et à son sacrifice. trouve son expression plénière et son aliment principal dans l'Eucharistie : "Cette charité pastorale — lisons-nous dans le Concile — découle surtout du sacrifice eucharistique . que les Apôtres ont vécu et enseigné par leur exemple l'appel à tout quitter pour Le suivre. Le célibat sacerdotal alors.29). que d'y voir seulement un saut quantitatif. ce mystère qui dépasse l'homme et le dépasse lui-même. que cette tradition est homogène à l'Evangile. encore que d'une importance tout aussi incontestable. pris d'entre les hommes. même avant que le sujet exprime sa volonté d'y être disponible. même si l'accent s'est déplacé parfois sur des motivations comparativement secondaires. en effet. C'est par imitation du Christ. De même. afin d'offrir dons et sacrifices pour les péchés » (He 5. gui a sa source spécifique dans le sacrement de l'Ordre. loin de lui être étrangère comme le voudraient ses détracteurs. et le sacrifice de la Croix. 23). le don total du Christ à son Eglise. Il est particulièrement important que le prêtre comprenne la motivation théologique de la loi ecclésiastique sur le célibat. L'histoire et la théologie du sacerdoce ne font qu'un dans l'affirmation que la continence des prêtres de Jésus-Christ se modèle sur celle de l'unique Prêtre de la Nouvelle Alliance. alors que l'Eucharistie réalise une mutation radicale. et devenir ainsi étroitement associés à sa médiation rédemptrice. 1). est don de soi dans et avec le Christ à son Eglise. C'est en effet dans l'Eucharistie qu'est représenté — plus précisément rendu à nouveau présent — le sacrifice de la Croix. le don de son corps livré et de son sang répandu. et non divinité impersonnelle ou abstraite génératrice de tabous irrationnels. faisant de la chasteté de ses ministres une nouveauté elle aussi sans précédent. Serviteur et Epoux de l'Eglise. Car ce qui est dit du Christ dans le Nouveau Testament a depuis toujours été compris comme étant dit aussi de ses prêtres : « Tout grand prêtre. mais trouve dans la célébration de celle-ci sa plus haute réalisation. Au cours des siècles. les Pères du 4ème siècle nous assurent. le Christ « a apporté toute nouveauté. qui configure le prêtre à Jésus-Christ Tête et Epoux de l'Eglise. C'est précisément pourquoi la charité pastorale du prêtre non seulement naît de l'Eucharistie. comme témoignage suprême de sa qualité de Tête et Pasteur. l'Eglise n'a jamais perdu de vue cette ligne essentielle. une tendance à revenir à l'Ancien Testament en « fonctionnalisant » le service sacerdotal et en oubliant qu’en apportant sa propre personne. comme Epouse de Jésus-Christ veut être aimée par le prêtre de la manière totale et exclusive avec laquelle Jésus-Christ Tête et Epoux l'a aimée. 37 de 48 . Pour résumer la pensée de toute la Tradition. C'est pourquoi l'identité du prêtre.

et Jean Chrysostome. de nombreuses personnes s'adressent à lui en demandant ses prières. dès lors qu'il s'agit d'une de ces « sublimes réalités » que la parole humaine est impuissante à décrire. de mettre fin aux troubles. transporte le lecteur sur un sommet de la pensée chrétienne : « Un homme qui est l'ambassadeur d'une ville entière. dans laquelle toute l'Eglise. (Ibid. Je pense à la merveilleuse prière du Bréviaire. en quelques lignes. Il est « le sel de la terre » et « il faut non seulement qu'il soit pur pour être jugé digne d'un tel service. quel doit-il être ? Quant à moi je pense que la confiance de Moïse et celle d'Elie ne suffisent pas pour une telle supplication. demandant la paix. ainsi il s'avance devant Dieu. car le prêtre est "pris d'entre les hommes et établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu" (121) Comme le prêtre est an médiateur entre Dieu et les hommes. que dis-je d'une ville ? de toute la terre et qui prie Dieu d'être indulgent aux fautes de tous.. ont vécu leur sacerdoce qu'en lisant ces pages brûlantes où une authentique humilité. — celle du Magnificat —. l'abondance et une délivrance rapide de tous les maux qui menacent chacun dans le domaine privé et en public.. Autant il faut qu'il soit supérieur en toutes choses sur tous ceux pour lesquels il prie. mais encore de ceux. en même temps et en permanence. Il ne doit pas moins connaître les choses de la vie que ceux qui vivent dans le monde. mais encore qu'il soit très averti et qu'il possède une expérience étendue. où le placerons-nous? dis-moi. confère au prêtre une dignité que les Pères de l'Eglise exaltent sans complexe. le priant d'éteindre partout les guerres. le sanctuaire dans son ensemble) et tout l'espace autour de l'autel sont remplis de puissances célestes en l'honneur de celui qui est là. de ces hauteurs. spécialement comme pasteur. auquel nous sommes envoyés. En effet. les anges se tiennent autour du prêtre et tout le bêma (i. Et. célèbre le don reçu de Dieu comme une merveille incomparable. prie avec le Christ. La conscience sacerdotale ne se limite pas à quelque chose de personnel. et que rappelait encore tout récemment le pape Jean-Paul II : « L'identité sacerdotale est une question de fidélité au Christ et au peuple de Dieu. en effet. (122) On ne peut se faire une meilleure idée du climat théologique dans lequel ces évêques et ces prêtres des premiers siècles. qui sont partis. Alors qu'il appelle l'Esprit Saint. le prêtre soit désormais absent ou ignorant des choses de ce monde. en un certain sens. qu'il est en rapports constants avec le maître commun de tous. autant il convient que celui qui est à la tête de la communauté l'emporte sur ceux qui forment la communauté. quelles doivent être les mains qui accomplissent un tel service. pour qui également le sacerdoce « se place parmi les choses célestes » et imite « le service des anges ». Tout au contraire. mariés pour la plupart. Ceux-là. comme s'il avait la charge du monde entier et s'il était lui-même le père de tous. par la bouche de ses ministres. quelle doit être la langue qui exprime de telles paroles . a cette envolée qui.e. qu'il accomplit le sacrifice qui inspire une immense crainte."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" ne peut être mieux exprimée que par la parole de l'épître aux Hébreux qui a servi de motivation théologique à la loi du célibat dès les origines de l'Eglise. 38 de 48 . » (123) Non point que. l'un et l'autre dans des traités qui servent d'inspiration à des générations d'évêques et de prêtres. C'est une réalité qui est constamment examinée et ressentie par les hommes. « s'élèvent au-dessus de la multitude par leur vertu et leur familiarité avec Dieu. Officium divinum.) » Ce caractère de médiateur. La prière. non seulement des vivants. Quelle pureté et quelle piété exigerons-nous de lui ? Imagine. donné par le sacrement de l'Ordre. avec un Grégoire de Nazianze ou un Jean Chrysostome. "crée" donc le prêtre. Les grands théologiens orientaux donnent le ton de la littérature patristique sur le sacerdoce. tenant le rôle de l’âme par rapport au corps ou de la pensée par rapport à l'âme » . sur qui ne doit-elle pas l'emporter en pureté et en sainteté l'âme qui va recevoir cet Esprit ? Alors. chaque prêtre "se crée soi-même" grâce à la prière. dira Grégoire en parlant des pasteurs. Ils ne connaissent pas nos timidités d'hommes modernes.

c'est que la conscience de cette dignité exceptionnelle. qu'ils n'avaient jamais eue et n'auraient jamais dans aucun autre système de pensée. Car « nul ne s'arroge à soi-même cet honneur. que cette manière de vivre était dans la logique de leur sacerdoce . faut-il le souligner. ont accepté sans réserve la discipline de la continence parfaite à partir de leur ordination. Sévère de Ravenne. sans tapage médiatique. avait fait naître un peuple de prêtres.. renonçant comme Lui aux joies légitimes de la famille pour se donner tout entiers à leur mission de médiateurs. n'étaient pas sans avoir expérimenté les joies de la vie sexuelle et de l'harmonie conjugale. les disciples de Celui qui. (tout cela exige) beaucoup de souplesse et de perspicacité. mais le don de leur liberté répondant à un don divin sans commune mesure. la sexualité et le mariage prenaient une valeur inestimable. les Pères des premiers siècles en avaient une conscience vive et le vivaient spontanément. Car ce sont ces mêmes hommes bien entendu qui. le prix inaliénable de la liberté individuelle. il ne leur venait certes pas à l'esprit qu'en leur demandant la continence on leur faisait payer une sorte de droit de péage pour accéder aux honneurs de la cléricature. non. très souvent. et le choix de Dieu fait de la liberté qui accepte d'y répondre une liberté plus parfaite. ce sont ces hommes qui la détiennent. et feindre de l'ignorer ou le taire. il faut qu'il soit divers. qui possèdent des serviteurs. et jusqu'à une époque tardive. qui ont des charges importantes. Ainsi. était assez vive pour justifier un sacrifice souvent héroïque. Même si la vox populi les élisait à leur corps défendant. à qui la sexualité humaine faisait peur ou inspirait une méfiance morbide. dès les temps apostoliques et à chaque génération. pour n'en grossir que davantage à des fins trop évidentes le triste bilan des défections. qui gèrent les affaires de l'Etat. riches d'une expérience humaine et professionnelle souvent déjà longue. qui sont environnés de grandes richesses. sans faire de théories. tous se fussent indignés que l'idée d'un tel marchandage puisse effleurer l'esprit quand il y va d'une dignité comme celle du sacerdoce. par son exemple et son sacrifice.. Pacien de Barcelone. ne serait que tentative infructueuse et impardonnable abstraction. les époux ordonnés manifestaient concrètement. Paulin de Noie. ont légiféré pour le maintien de la discipline dans les divers conciles ou synodes régionaux. et qu'ils devenaient ensuite. Ces hommes mûrs. ont prouvé par leur fidélité quotidienne."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" mais il doit se tenir éloigné de toutes ces choses plus que les moines qui ont gagné les montagnes. la supériorité de la virginité et de la continence. c'étaient des hommes choisis parmi les meilleures familles. par leur seule démarche. dans lequel le corps humain. les « gardiens de la pureté » au sein du peuple de Dieu dont ils avaient la charge. En se soumettant en particulier à la discipline de la continence parfaite. et avec eux la foule immense des évêques. prêtres et diacres qui.. Ils n'étaient pas des « refoulés ». accueillie comme un don gratuit. la sainteté du mariage. Hilaire de Poitiers. Ces époux. C'est en toute connaissance de cause qu'ils franchissaient le pas de la continence. et mûris par tout ce que la vie conjugale peut apporter de plénitude. manifestaient à l'ordination. non un fardeau inhumain imposé de façon arbitraire sur leurs fragiles épaules. comme les Apôtres. absolument comme Aaron ». comme ce fut parfois le cas. la vraie réponse aux objections soulevées à toutes les époques contre la loi du célibat ecclésiastique. tant de couples chrétiens des premiers siècles. que la révolution anthropologique opérée par le Christ avait créé un monde neuf.. grâce à leur proximité des temps apostoliques. jusqu'au seuil du Sème millénaire. » (124) Si tant d'hommes mariés. C'est de ce fait incontournable qu'il faut avant tout tenir compte quand on retrace l'histoire du célibat à travers les siècles. qui élèvent des enfants. Comme il lui faut vivre en compagnie d'hommes qui ont une femme. à leur tour. ayant élevé leurs enfants dans les bonnes mœurs et jouissant de l'estime sociale. qui ne les élevait que pour élever par là-même leurs frères humains vers les hauteurs de la divinité. pour ne citer que quelques-uns. Tout ce que Vatican II mettra en pleine lumière sous l’éclairage évangélique : la dignité de la personne. Eucher de Lyon. qu'ils étaient les disciples de Celui qui avait fait « toutes choses nouvelles » . on y est appelé par Dieu. 39 de 48 .

suscita dans l'Eglise de nombreuses vocations à la virginité et à la vie monastique. Mais cela ne signifie pas pour autant que le mouvement en faveur de la virginité soit antérieur. connaissent des difficultés particulières. comme de la vie religieuse des vierges et des continents de leur communauté. la conviction de se soumettre à une discipline qui repose non sur des décisions contingentes."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Les nombreux exemples de clercs mariés. Sous l'influence des théories jovinianistes. 40 de 48 . mais plutôt un ralentissement de l'élan primitif. S'il en avait été ainsi. fût-ce de l'autorité ecclésiastique elle-même. prêtres et diacres. Le climat général du 4ème siècle est marqué au contraire par une violente crise qui secoue la vie religieuse et le clergé. libérés pour un amour sans condition de leur Eglise et pour leur mission de pasteurs du troupeau. on choisissait mal les évêques. Il est certain que ces deux phénomènes réagirent l'un sur l'autre. Ceci nous amène à dire un dernier mot sur les rapports entre la discipline de la continence parfaite pour les membres supérieurs du clergé et le mouvement qui. (125) Au total. Les jeunes Eglises de Gaule ou d'Espagne. par suite de l'accroissement numérique des convertis. l'estime croissante de la virginité avaient suffi à franchir un nouveau seuil. Les historiens soulignent aussi à juste titre le relâchement des mœurs qui s'introduisit dans l'Eglise au lendemain des persécutions. prêtres ou diacres qui. on aurait plus rapidement abouti à une loi exigeant des candidats aux ordres qu'ils ne fussent pas mariés. par imitation de l'exemplaire virginité du Christ. à qui la porte ne fut pas toujours fermée. des couvents se vident.tout particulièrement. clergé. Il convient de souligner cet aspect comme il le mérite. et moins encore soit la cause directe de la discipline de la continence parfaite pour les évêques. Parce que le sacerdoce avait fait d'eux. conscients qu'il est de leur devoir de rester fidèles malgré tout à la tradition reçue. dans les provinces d'Occident. si le climat général de l'époque. et c'est là sans doute la conclusion la plus sûre de l'enquête historique sur les origines du célibat sacerdotal. et que l'estime de la virginité. ils vivaient désormais cette sexualité à un niveau supérieur. bien des nonnes et des moines se marient. des « gardiens de la pureté » (pudicitiae custodes). si l'on en juge par les lettres de Sirice et d'Innocent I se plaignant que. est un facteur d'équilibre psychologique et de stabilité en profondeur qui a fait ses preuves aux premiers siècles de l'Eglise et a solidement structuré à toutes les époques la personnalité des prêtres célibataires. avec leur épouse. Le statut des évêques connut quant à lui une transformation sensible grâce à la conversion des empereurs au christianisme. c'est rien moins qu'un mouvement propice à la continence parfaite pour le clergé qui se propage. surtout à partir du Sème siècle. comme on continua de le faire pendant des siècles. ces pays de mission plus vulnérables au paganisme ambiant. de privilèges. sont une sorte de « lieu théologique » fournissant à la réflexion sur la spiritualité et la théologie du célibat sacerdotal un ensemble de faits et une base empirique d'une richesse inappréciable. selon le mot du concile de Carthage. ont pratiqué fidèlement la continence parfaite avec l'assurance que leur donnait l'ancrage sur une tradition qui remontait aux Apôtres. On ne voit pas bien pourquoi les législateurs du 4ème siècle insistèrent tant pour montrer le rattachement de la discipline aux origines mêmes du sacerdoce chrétien. favorisant ainsi le développement de l'institution du célibat. et bien souvent de grandes richesses. responsables devant Dieu de la sainteté des époux. directement inspirée des conseils évangéliques. beaucoup devinrent de hauts personnages jouissant d'honneurs. De candidats prioritaires au martyre.. Car. mais sur une volonté positive des fondateurs du christianisme. C'est pour tenter d'y remédier que les législateurs du 4ème siècle invitent à un retour aux sources. Une carrière faite pour tenter les ambitieux. Les clercs des premiers siècles fidèles à la continence parfaite ne se sentaient nullement frustrés du droit à l'exercice de la sexualité que leur avait donné un mariage légitime. Il faudrait un livre pour exploiter la mine d'enseignements que renferme l'histoire de ces innombrables évêques. exerça pour sa part une influence marquante sur l'idée qu'on se faisait des obligations propres au. et on n'aurait pas favorisé le recrutement d'hommes encore liés à une épouse. Bien au contraire.

6."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Notons encore une réflexion de Sirice dans la décrétale aux évêques des Gaules : « Comment un évêque ou un prêtre oserait-il prêcher à une veuve ou à une vierge la continence ou l'intégrité. » Christian Cochini S. t. p. évêque de l'église de Potenza. vol I. Vatican II. que les très saints pontifes.A. 3. et ipsa servavit antiquitas. Acta Sanctorum Septembris. 7. 6 janvier 1996 en la fête de l'Epiphanie de Nôtre-Seigneur NOTES 1. Cf. saint Augustin. 216-218. 3 : L'évêque Aurèle dit : Dans un concile antérieur. faisons en sorte. 7... Voir plus loin. Pastores dabo vobis. XXII : MGH. Voir à ce sujet A. comme il convient (à leur état).). les chefs de l'Eglise avaient la conviction qu'ils devaient prêcher d'exemple et exhorter sans cesse (126). Coelibatus et Brevlarium : duo gravissima clericorum officiam e monumentis omnium seculorum demonstrata. I. Pastores dabo vobis. 2 : Les canons des synodes particuliers. Cf. sont associés par une sorte de lien de chasteté. cardinal STICKLER. 2. p. Ainsi par exemple : Stanislas HOSIUS. en vertu de leur consécration. Ce n'est pas un hasard si la plupart des traités patristiques sur la virginité. Storia polemica del Celibato sacro da contrapporsi ad alcune detestabili opere uscite a questi tempi. ou encore (comment oserait-il) exhorter les époux à la chasteté du lit conjugal. Ibid. la référence à leurs ouvrages. 351 . mais étroite. Cf. si lui-même s'est plus préoccupé d'engendrer des enfants pour le monde que d'en engendrer pour Dieu ? » L'idée que les pasteurs de l'Eglise sont responsables de la chasteté. De prohibenda sacerdotum incontinentia : MGH. Bernold de Constance. Dignitatis humanae. 1993. 1962. Tous les évêques déclarèrent : Nous sommes d'accord . Corpus Christianorum 149. les prêtres et les diacres. Tokyo. Exactement comme l'avaient fait les Apôtres : « Ut quod Apostoli docuerunt. p. 29. gardiens de la chasteté. ont été composés par des évêques (saint Cyprien. les prêtres de Dieu. ROSKOVANY Augustino de.J. Pastores dabo vobis. saint Athanase. can. qu'ils gardent une chasteté parfaite. Voici le texte voté au cours de ce concile de 419 : can. Basile d'Ancyre. Rome. les prêtres et les diacres. Fuligno.. où il était question de normaliser les règles de la continence et de la chasteté. Méthode d'Olympe. C'est moi qui souligne. de nous y tenir..M. nous aussi. Nitrae 1877 . dit : Il nous plaît que les évêques. V-VIII. « Gardiens de la pureté ».c. 8. 14.. touchent aux mystères sacrés. qui ont tant fait pour l'essor de la vie religieuse. Discipline générale antique. 13. Lumen Gentium. libelli de lite. Venise. Louis THOMASSIN.. 12. III.. 11. 1. en d'autres termes. t. qui conduit au Christ. afin de pouvoir obtenir en toute simplicité ce qu'ils demandent à Dieu . IX-X. (on s'occupa) des trois Ordres qui. Manegold de Lautenbach. observent une continence parfaite. nos quoque custodiamus. 10.. p. J'ai nommé : les évêques. Der Kleriker zölibat. 1785. tous ceux qui sont affectés au service de l'autel. o. t. 1774 . seine Entwicklungsgeschichte und seine theologischen Grundlagen. Accessit completa literatura. et ce que l'antiquité elle-même a observé.II. Nuova giustificazione del celibato sacro dagli inconvenienti oppostogli anche ultimamente in alcuni infamissimi libri dissertazioni quattro. JOANNOU. ce qu'enseignèrent les apôtres. 784-787. On fut d'avis. 41 de 48 . t.P. — de la chasteté conjugale des époux comme de la chasteté parfaite des vierges —. P. p. 1761. César BARONIUS. et tout autant les lévites. 5. 35-36. 4. 13. afin d'entraîner les fidèles sur la voie royale. 11. 4 : Faustin. c'est-à-dire ceux qui sont au service des sacrements divins. Ad Gebehardum liber. peut aussi aider à comprendre pourquoi la discipline de la continence sacerdotale à pu être conçue dès les origines comme une priorité d'où dépendait la perfection du peuple chrétien. I-IV Pestini 1861 . 1. sous toutes ses formes. Grottaferrata. 5. Kral Verlag. s'abstiennent (du commerce conjugal) avec leurs épouses. Robert BELLARMIN. 9. ceux qui. ZACCARIA F.

62-63 (PL 16. BICKELL Gustav. Funk fait preuve ici d'une confusion regrettable entre droit et loi écrite (Alfons Maria Kardinal Stickler. p.. est éclairante. III. p. 33. in Zeitschrift fur katholische Theologie. tandis qu'il avait été jusqu'alors permis de poursuivre la vie matrimoniale même après l'ordination si le mariage avait été contracté avant cette dernière » (Cölibat und Priesterehe im christlichen Altarium. 365 et 386-387 . 32. PL 13. Haer. Ce prêtre de la province proconsulaire. Der Kleriker Zölibat. . 1138a-1139a. PL 23. hom. 1879. 9. 43). 219-241.Saint Ambroise. L'original latin comporta une double négation. Commentaire sur la première épître à Timothée. Seine Entwicklungsgeschichte und seine theologischen Grundlagen. 10 et 21 . Apologeticum ad Pammachium."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" Nitrae 1881 . prouve toutefois le contraire. 340-341.T. 1897. Innocent I reprendra mot pour mot 1'explicatton de son prédécesseur pour réclamer des monogames admis à l'ordination la continence parfaite. 414-415. Adversus Haereses. Origines apostoliques du célibat sacerdotal. GCS 37. GCS 31. Abensberg 1993. restreignant l'admission aux Ordres aux seuls célibataires. Cochini. 790). Berolini 1839. Il se révéla finalement que les canons litigieux invoqués par Rome n'étaient pas de Nicée. 1181a-1194c. 104-105. Haer. p. Ignatius Press San Francisco. ne se sont pas purement et simplement contentés de leur faire écho. 36. 9 (QCS 23.. 49. 18. Nitrae 1888. je désigne ici la loi de continence parfaite pour les évêques. De ecclesiasticis officiis.Expositio fidei. l’édit de Dioclétien ordonna de « raser au sol les églises et de jeter au feu les Livres sacrés. 33 de ce synode impose en effet aux clercs supérieurs. 522. 111. prêtres et diacres mariés. 367. Par l'expression célibat-continence. 8 (PL 83. 33. p. Ces documents romains étant de quelques années seulement antérieurs au concile de Carthage de 390. 21 (GCS 31. excommunié par son évêque. 30. 25. p. 121-122). Ep. PL 13.Ambrosiaster. qui fait dire aux Pères espagnols le contraire du sens obvie. Dans ses lettres à Victrice de Rouen (404). protestèrent qu'ils n'y trouvaient pas ces décisions qu'on voulait leur opposer. puis à Exupère de Toulouse (405). Affirmer une chose oui eût été contraire à l'autorité indéniable du concile oecuménique de Nicée est tout simplement impensable de leur part. 1257a. 497.Eusèbe de Césarée. Adversus Jovinianum. Panarion (Adv. en particulier. Il faut aussi se rappeler que les archives des églises ont été souvent détruites au cours des persécutions : par là s'explique en grande partie la rareté des documents que nous ont laissés les premiers siècles de l'Eglise.Epiphane. 63. 2 vols. 27. 4. 28. Supplementa ad collectiones monumentorum et literaturae. PL 23. Canones Apostolorum at Conciliorum saeculorum IV-VII. 34. Plusieurs écrivains patristiques commentant aussi dans le même sens la consigne paulinienne de l’unius uxoris vir : . on pourrait se demander si les Pères africains. On peut difficilement témoigner d'une plus grande fidélité à la Tradition que l’Eglise d'Afrique ne l'a fait dans cette affaire. Le c.Saint Jean Chrysostome. 37. Cette exégèse de Sirice restera pendant longtemps l'interprétation officielle des pontifes romains. Qui plus est. III-IV. cap. 1257-1258).63. et le pape donna raison aux Africains. PL 17.. BRUNS. De officiis ministrorum. avait été réhabilité par le pape Zosime qui avait fait valoir en sa faveur de prétendus canons du concile de Nicée. 257. La démonstration évangélique. 783. Kral Verlag. H. 29.). Comme l'a justement fait remarquer un éminent canoniste. . CSEL 50. C. 23. Trad. Les évêques africains. le dépôt déjà considérable des archives et de la bibliothèque pontificales disparut dans les flammes. III. 26. 19. 257 . ils garantissent au nom de leur propre tradition. 17. Paderborn. AAS 28 (1936). . 35. 1131b-1147a. 792-799. SCh 211. PL 13. Ep.59. I. pour la distinguer de la loi qu'on peut appeler du « célibat au sans strict ». 340-341). 5. Adversus Vigilantium. 367 .26. que telle était bien la réalité de l'histoire. une continence absolue. 12 (PL 17.48. PL 23. 2 (PL 23. 13). Haer. t. ils se procurèrent à Alexandrie et à Constantinople d'autres verissima exemplaria du concile de Nicée. . 62-63. 1n Zeitschrift fur katholische Theologie. 497). II. 16. . qui possédaient dans leurs archives les actes authentiques du premier concile oecuménique. 1981. mais d'un concile particulier tenu à Sardique. En déclarant que la discipline du « célibat-continence » remonte aux apôtres. La fidélité notoire dé l'Afrique chrétienne à ses traditions. (C'est moi qui souligne) 22. Lettre à l'Eglise de Vercell. qui confirmèrent les leurs. hérésie 59 . GCS 31 . et sera largement diffusée par les grandes collections canoniques occidentales.Saint Jérôme. II. 365 et 386-387. 522). et à la Tradition universelle de l'Eglise. En 303. 2. 10 (PG 62. Dans la suite de cet article. Funk déclare tout de go : « Le synode d'Elvire de l'an 300 marque un tournant. » A Rome. Commentaire sur la première épître à Timothée. les deux expressions « loi de continence parfaite » et « loi de célibatcontinence » sont généralement identiques. PL 16. 34 . 21. 21. .). Paris Le Sycomore. Des scènes analogues se 42 de 48 . 547-549). 2. en accord complet avec les canons de Nicée. L'affaire d'Apiarius de Sicca.. . Panarion (Adv. 6. 1878. : The apostolic originis of priestly celibacy. 1990.Saint Isidore de Séville. Panarion. 31. I. ang. 15. Der Cölibat eine apostolische Anordnung. PL 16. 24. Ed. Lethielleux. 20. ils ne se contentent pas d'avaliser les décrétales romaines. Der Cölibat dennoch eine apostolische Anordnung. 26-64. en affirmant vouloir observer « ce que les Apôtres ont enseigné ». Expositio de fide. Haer. CSEL 54. Ep. CSEL 54.

aux mains des chefs musulmans. 1990. 41. 51. et les Pères d'Elvire n'auraient pu l'introduire sans soulever un tollé de protestations et s'attirer des démentis au nom de la tradition authentique. 52. 49. s'il a tant soit peu l'expérience des institutions ecclésiastiques . Vacandard. à notre insu. 1932.. continence temporaire pour les prêtres et diacres mariés. La méthode correcte. 46. PG 137. p. 3).P. nul n'en disconviendra. 1019s. Voir C. transmises secrètement. JOANNOU. 117. dans la semence ou dans la frêle plante à peine issue d'elle. AMMAN. Le pape Serge (687-701). 50. Le monde oriental de 390 à 1081. 1913. 562. 44. Toutes ont la même force au regard de la piété. » Il n'est pas du tout impossible qu'un ou d'autres canons semblables se trouvaient dans les archives incendiées durant les persécutions. Tout ceci explique pourquoi le concile Quinisexte s'ouvrit dans une certaine atmosphère d'hostilité vis-à-vis de Rome et prit ses distances par rapport aux traditions latines. un domaine où. Ces bouleversements politiques. seul Constantinople résiste encore. Zonaras. loin d'être un « tournant » à partir duquel on aurait commencé à imposer aux clercs la continence parfaite. de la tradition apostolique. à l'Evangile sur les points essentiels eux-mêmes. ou aller jusqu'à se croire obligé de nier cette réalité. » La mésentente ne fit que s'aggraver par la suite. 42. nous porterions atteinte. P. la lourde obligation de la continence parfaite aurait paru odieuse à plus d'un. qui eurent une profonde influence sur la civilisation hellénique. Gembloux-Paris. malgré des périodes de relative accalmie. en 451. o. de l'Asie proconsulaire et de la Thrace. l'auteur du « Syntagma Alphabeticum ». et ceci confirme encore l'impression que.. Ch. E. 3705s.. au 14ème siècle. Au cours de la longue période qui va du 4ème au 7ème siècle. Stickler a souligné dans la préface de mon livre : « L'évaluation historique (de l'auteur) se trouve appropriée à l'ensemble des phénomènes du développement doctrinal et disciplinaire dans l'Eglise primitive. III. I. car. y compris en Espagne. der Bekenner und Bishof. Nicée et Constantinople. la dissidence nestorienne. I. E. Les témoignages contemporains de Jérôme et d'Epiphane mentionnés ci-dessus peuvent être aussi une indication en ce sens. 38. grâce en particulier à l'action des conciles et des papes. emporté par la formidable tempête de l'Islam » (cf. 11. 25-26. San Francisco.c. 45. Cochini. —période de bouleversements s'il en fût —. in DTC 15. Voici par exemple ce que dit saint Basile. 112-147 . p. 1963. Le point de départ en avait été l'affaire du 28ème concile de Chalcédoine. 1936. de témoignages explicites et écrits. Paris. Diehl-G. op. qui reconnaissait à la « nouvelle Rome » une autorité patriarcale sur les métropolitains des diocèses du Pont. 255 s. 40. I. Probleme der koptischen Literatur — wissenshaftliche Beitrage der Martin-Luther-Universitat Halle-Wittenberg. 28 . Paris. 1. Paphnutios. la Palestine. p. on ne peut refuser d'admettre l'existence de ce qui ne se trouve pas explicitement affirmé. à l'époque. déclara de son côté « préférer la mort » à la reconnaissance de « certains canons (qui) étaient contre l'ordre de l'Eglise » (Mansi. s'il s'était agi d'une nouveauté. père du diacre Florentius. 275. auquel il a fallu du temps pour 43 de 48 . pp. Ortiz de Urbina. la discipline du célibat se maintient en Occident. consiste à dire que précisément à partir de l'arbre actuel. II s'agit peut-être de l'évoque Léon. PQ 120. Dans ces conditions. cit.). Byzance fait face aux invasions slaves et bulgares.WINKELMANN. En même temps. les 215 Pères grecs. 1968/1 (K2). II est d'autre part remarquable que personne. pp. SCh 17. dans un texte célèbre : « Parmi les "doctrines" et les "définitions" conservées dans l'Eglise. Vasiliev. ont leurs répercussions sur la vie intellectuelle et morale. p. PG 67.. orientaux ou arméniens réunis « sous la Coupole » du Palais impérial (in-Trullo) s'opposèrent plus d'une fois à Rome. En effet. C'est sans heurt que le 33ème canon d'Elvire fait son entrée dans l'histoire. 145-153. 87-123. syrien d'origine. p. Pour autant. Prenons une comparaison : on nierait qu'un arbre ait existé parce que. J. on peut seulement dire que le canon d'Elvire sur le célibat-continence est le premier de ce genre « qui nous ait été conservé. 37. D. le concile d'Elvire est au contraire un témoin privilégié de la fidélité de l'Eglise d'Espagne à une antique tradition. Des quatre patriarcats orientaux. 48. Byzance connaît des difficultés croissantes avec Rome. L'orthodoxie resta sauve. 101. Les normes de l'enseignement chrétien dans la littérature patristique des trois premiers siècles. XII. ne semble avoir accusé le concile de nouveauté.. 43. qui l'avait très probablement remarquée dans le Décret de Gratien. F. Or. Il n'en va pas de même en Orient. Le premier à rapporter 1'anecdote de Paphnuce en Orient est Matthaeus Blastares. Van den Eynde. Histoire ecclésiastique. Les origines du célibat ecclésiastique. p. 232-233). 211-249 . on manque pour établir la vérité. liste augmentée dans « The apostolic origins of priestly celibacy ». 39. le plus souvent. Paris. nous tenons les unes de l'enseignement écrit et nous avons recueilli les autres. l'apparition de l'Islam et la fin tragique de l'Afrique chrétienne. Histoire du Moyen-Age. de 835 à 642. la Mésopotamie et l'Egypte tombent l'une après l'autre. » (Traité du Saint-Esprit."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" produisirent dans toutes les provinces de l'empire. où la Syrie. Qu'on me permette de citer ce que le P. et avait été pour cette raison rejeté par le pape saint Léon comme étant « en opposition avec les canons de Nicée » et « contre les droits des églises particulières. 1933.A. 101b-104b. mais sur les questions de discipline cléricale et liturgique. 47. Histoire de l'empire byzantin. A. il était encore impossible de l'identifier ou de le reconnaître. marquée par l'écroulement de l'Empire romain d'Occident.. Paris. pp. les invasions barbares et la poussée de l'arianisme. Marçais. Les historiens de Byzance parlent d'une « décadence intellectuelle profonde. c'est aussi en tant que « serviteurs des mystères divins » et médiateurs du peuple par la prière que les clercs des ordres majeurs sont notamment tenus dans les Eglises d'Orient à s'abstenir des relations sexuelles : continence parfaite pour les évêques. Mais sur les frontières du nord. 53. Il semble que le monde chrétien soit à la veille de succomber. SOCRATE. au contraire. si nous essayions d'écarter les coutumes non écrites comme n'ayant pas grande force.

83. 68. Vatican II. Verbum Dei. PG 62. Saint Ambroise. et connut un règlement pacifique grâce à 1'entremise de saint Irénée. Les paroles de Jésus sur les « eunuques » volontaires pour le Royaume des Cieux proposent un idéal de vie à 44 de 48 . Il fondamento biblico del celibato sacerdotale.. (Pitra. 204-209. I. GCS 37. 619-638. p. prêtre nouveau selon le Nouveau Testament. 367 .. et. Card. cap. . voir mon livre. 34 . Le synode n'entend pas qualifier de « souillure » l'acte conjugal (ce qui. 171-176. Quand au concile de Gangres de 340. . . s'oppose nettement à une vue aussi négative. Adversus Haereses. dans son livre The pastoral epistles. la disponibilité pour les tâches apostoliques. id quod fuit permansit. chap. III. Deus homo factus est . Juris ecclesiastici Graecorum historia et monumenta. Ep. 5 . ». ed.. III. Voici les principaux auteurs patristiques chez lesquels on trouve un commentaire semblable à celui de Sirice : . » (C. 71. PL 26. 783. Vatican II. 8. Voir plus haut. 67. Dei Verbum. CSEL 54. II. 234-237. Tertullien et Origène sont hautement favorables de la continence parfaite pour le clergé. Panarion. Discipline générale antique. Adversus Jovinianum. mais il met l'accent sur l'incompatibilité de deux fonctions différentes qui ne sauraient se « mélanger ». Elle est. pp. serait une hérésie de type encratiste ou montaniste). est précisément une innovation par rapport à la règle générale qui reste en vigueur. VII. 2. Vanhoye. 55. de la Potterie. GCS 23. Voir à ce sujet H. saint Cyrille de Jérusalem et saint Ephrem. 365 et 386-387 . 10 et 21 . Sacerdoce et célibat. car « tous ces passages se réfèrent à un second mariage après que le premier mariage a été dissous par la mort. 56."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" se développer jusqu'à la forme qui permet de le bien connaître. rifflessioni sul celibato sacerdotale.. PL 16. 61. . Londres. Vatican II. l'attestation indirecte que ces prêtres mariés continuaient à mener la vie conjugale. dans Opera omnia. 10. Commentaire sur la première épître à Timothée. 1870. La démonstration évangélique. Commentaire sur l'épître aux Galates. 59. 1. et quod non erat assumpsit. 1993. Pour l'interprétation de certains passages de saint Ignace d'Antioche. Paris. le « mari d'une seule femme ». Vatican II. pp. on serait tenté au premier abord d'y voir une dépréciation du mariage et des relations conjugales légitimes.. Sur l'importance de l'épître aux Hébreux dans la réflexion théologique néotestamentaire sur le sacerdoce du Christ. 65. La décision qui a pu être prise au concile d'Ancyre de 314 (si elle l'a été) en faveur d'une certaine catégorie de diacres. » On trouve par exemple cet emploi du mot commixtio dans l'antienne des Laudes de l'office du 1 janvier : « Mirabile mysterium declaratur hodie : innovantur naturae. L'ambrosiaster. Clément d'Alexandrie. 12. la nécessité de renoncer à la « chair » pour approcher la « sainteté » de Dieu. III. 11-26. » 74. José T. Eusèbe de Césarée. lib. IV. apôtre de notre temps. I. 33. Rome. Crouzel n'a cependant pas dégagé avec assez de relief le rôle primordial joué par la théologie du sacerdoce ministériel dans la hiérarchie des motivations en faveur de la continence. Cette interprétation est aussi celle de l'exégète anglican bien connu A. PL 83. 60. l'interprétation « prédominante ». mais plus simplement « mélange » de deux ou plusieurs choses. 58. I. Saint Isidore de Séville. 2. P. Expositio fidei. le synode romain de la décrétale Dominus inter déclare : « Si la commixtion est une souillure (si commixtio pollutio est). les autorisant à se marier s'ils le voulaient. in Solo per amore. 10. 20. Lettre à l'Eglise de Verceil. Saint Jérôme. pp. GCS 31. l'exemple à donner aux vierges et aux continents. CSEL 51. dans la semence et dans la plantule. De ecclesiasticis officiis. 49. 54. 21. 237-243 et 267-272. 9. I. I. PL 23. 2340-341. saint Athanase et saint Grégoire de Nazianze. Prima controversia generalis de Verbo Dei. Saint Epiphane. o. Le désaccord éclata à nouveau à la fin du 2ème siècle entre le pape Victor et les évêques d'Asie conduits par Polycrate d'Ephèse. tant s'en faut. l'anathème qu'il porte contre les eusthatiens refusant la communion des mains d'un prêtre marié n'est pas. » 69. Paulina.c. XI. 259. 1864. . pour Eusèbe de Césarée. Les autres raisons invoquées par les Pères sont notamment le devoir de paternité spirituelle. p. 333-371. L'histoire donna finalement raison au pape Etienne contre saint Cyprien. c'est-à-dire la prière sacrificielle d'intercession. Ep. 218. 525. PL 17. Roma 1979. De baptismo contra Donatistas. Le célibat et la continence ecclésiastique dans l'Eglise primitive : leurs motivations. pp. 497. Voir mon livre. Paris. cap. à son avis.. III. prefazione di S. 57.P. Id° pp. Plumer. 31 . Lumen Gentium. de la même nature de l'arbre. S47-549. in Paul de Tarse. 522. on voudra bien se reporter à mon livre. hom. 63. Coppens. les unes qualifiées de « célestes ». . p. 1971. IV. comme on vient de le rappeler. dans J. lui qui va avoir à supplier pour les péchés d'autrui. 163-165. pp. 5. 12.. à défaut d'un célibataire. II. 2 . Voir l'excellente étude de Ignace de la Potterie. 8). Lumen Gentium. Apologeticum ad Pammachium. IX. . les autres définies par « le service de la génération humaine. Sanchez. hérésie 59 . pp. il est évident que le prêtre doit se tenir prêt à remplir ses fonctions célestes. 66. 43. 62-63. à proprement parler. Gembloux-Louvain. en utilisant une tournure grecque qui paraît bien impliquer le veuvage.. 64. On peut adjoindre à cette liste les Canons ecclésiastiques des saints apôtres qui mettent dans la bouche de saint Pierre la recommandation de choisir pour évoque. 73. non commixtionem passus neque divisionem. 1883. 790.E. Mais le contexte théologique de toute la pensée patristique sur le mariage. Saint Jérôme. 257 . Lorsque. Joannou. Cochini. 1257-1258. 72.. 1980. III. Crouzel. 10. Saint Jean Chrysostome. 417. Adversus Vigilantium. 244-245. « Mari d'une seule femme » Le sens théologique d'une formule paulinienne. On peut remarquer alors que le sens premier du mot commixtio n'est pas « union sexuelle ». 62.. pp. on pourra voir notamment A. 22. Prêtres Anciens. par exemple. 70. pp. 227-229. Commentaire sur la première épître à Timothée. dans une certaine mesure. PL 23. Au 3ème siècle. II. on peut conclure à l'existence originelle. 194-202. I. SCh 211.619-638).

p. can.1. Demetrius CONSTANTELOS. de l'érudition française et de l'Eglise. 81. N. C'est lui qui a uni l'appel au célibat et l'appel au ministère sacerdotal. Décret sur la réforme. Voir aussi l'excellent livre de Roman CHOLIJ. le Pontife éternel qui a voulu naître d'une Vierge. C'est moi qui souligne. Celui-ci ne consiste pas seulement.. Le 10ème de ces canons sur le sacrement de mariage souligne la supériorité du célibat sur le mariage : « Si quelqu'un prétend que l'état conjugal est préférable à l'état de virginité ou de célibat. 89. P. que soutenir le contraire n 'est rien d'autre que condamner le mariage . Seine Entwicklungsgeschichte und seine theologischen Grundlagen.. Oxford. 744-746). Décret sur la réforme. dans Esprit et Vie. Galot. Decrees of the Ecumenical Councils. 585-620 . ou au défaut des vierges. 755). p. at the Clarendon Press.. nonobstant la loi ecclésiastique ou le vœu . Kral Verlag. 84. can. pp. C'est dans ce dessein qu'il choisit des apôtres ou vierges pour toujours. notamment dans les premiers siècles de l'Eglise . 87. salvo praescripto can. il est certain par contre que le Christ leur a demandé le renoncement à la vie de famille et au mariage. R.§. vol. 18 (id° p. dans les premiers temps de l'Eglise. Néanmoins.) 75. parce qu'on n'avait pas suffisamment mis au point le concept de célibat propre à ces premiers siècles (et pas seulement à eux). et aucune autre explication avancée jusqu'ici ne s'impose avec autant de force que la sienne. 132-§ 1 : Clerici in maioribus ordinibus constituti a nuptiis arcentur et servandae castitatis obligatione ita tenentur. Sheed 7 Ward and Georgetown University Press 1990. des personnes dévouées à un célibat éternel . » (J. Svaglic. TANNER. Apologia pro vita sua. 275-302 . ainsi que le souligne justement le cardinal STICKLER dans son dernier livre. 730) . est aussi ancienne que l'Eglise . entre norme écrite et tradition orale. Pii X Acta. a voulu aussi que ses sacrificateurs fussent ses imitateurs. 886). being a history of his religious opinions. Der Kleriker Zölibat. la raison pour laquelle Sirice et les législateurs des premiers siècles ne s'y réfèrent pas directement. sinon commun. avec tout ce qu'impliqué cette dernière. 80. 750-753) . cas très fréquent. 85. et qu'il n'est ni meilleur. p. ut contra eandem peccantes sacrilegii quoque rei sint. can. 4. Cf. enfin. Décret sur la réforme générale. 198.14. p. fait remarquer le cardinal STICKLER : « Avant tout. p. Tratti salienti nella storia del celibato. CHOLIJ l'a très bien montré dans son livre. 7. votés au cours de la Session 24 du 11 novembre 1563 : « Si quelqu'un prétend que les clercs constitués dans les ordres sacrés."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" choisir en toute liberté. 77. FUNK fait preuve d'un manque d'esprit critique surprenant à propos de la prétendue intervention de Paphnuce au concile de Nicée. cit. 242-244. Session 22. on pourra se reporter à mon livre. 1993. pure et innocente. 15 (id° p. pp. par rapport aux Ecclésiastiques. 17. dans Salesianum 26 (1964). ni plus profitable de demeurer dans la virginité ou le célibat que de se marier. edited with an introduction and notes by Martin J. 76. dans l'interdiction de se marier.737-738) . 35. Voir surtout Session 22. XI : l'état de vie du prêtre. C'est sans doute. 1 (id° p.c. ou continents à l'avenir : c'est pour cela que les apôtres n'élurent pour être dépositaires et successeurs de leur royauté sacerdotale. à mon avis. qu'il soit anathème. 14. qui sont dans les Ordres majeurs. 25. parce que le débat avait pris un tour trop polémique pour permettre une appréciation sereine des arguments avancés de part et d'autre . 29 (21 juillet 1983). c'est-à-dire dans le renoncement à l'usage du mariage chez ceux qui étaient mariés avant 1'ordination. 214.. op. Il faut citer notamment les 'remarquables études du cardinal Alfons M. 82.792-794).. Le sacerdoce catholique. p. 1967. AAS 28 (1936). et surtout le célèbre Concile in-Trullo (691) qui montre comment les Byzantins eux-mêmes concevaient l'origine et le fondement de leur tradition. comme une victime chaste. II y a cela trois motifs principaux. mais encore dans la continence. et que ce contrat est valide. TANNER s. En voici le texte : can. STICKLER. 83. Voir plus haut. Clerical celibacy in East and West. » Une citation montrera comment Thomassin concevait les origines de la loi sur le célibat des prêtres : « Cette Loi. et qui a été lui-même une hostie virginale. Canones. cap.j. pp. Henri BREMOND a dit de Louis THOMASSIN qu'il était « l’honneur éternel de l'Oratoire. enfin c'est pour cela que ces divins disciples bannirent à jamais du sacerdoce virginal de l'Eglise ceux dont l'incontinence avait éclaté par un double mariage » (o. et que tous ceux qui ne pensent pas avoir le don de chasteté (même s'ils en ont fait le vœu) peuvent se marier : qu'il soit anathème. ou les religieux qui ont fait vœu solennel de chasteté. Fowler Wright Books. Concilium Lateranense II. 88. n. 1988. 424. pp.683 et pp. Décret sur la réforme. 681. can. in Concilium 1972 (78). La première de ces décisions est le 9ème des canons sur le sacrement de mariage. comme le Corpus Juris Civilis de Justinien. Session 25. Qui plus est. 79. cit. Décret sur la réforme. Galot a justement fait remarquer que « si la situation initiale des Apôtres ne nous est pas connue avec certitude au moment de leur appel. que des vierges. 78. Pour une présentation plus complète de cette controverse. p.. et surtout. op. ces paroles de Jésus peuvent âtre déjà perçues comme une exigence non facultative pour ceux qui dans l'Eglise sont appelés à un service plus grand. cb. p. 26. entraînant un don de soi complet au Royaume.6 (id° p. 86. I (P. dans Sacra Doctrina 15 (1970). 58. n. Session 23. » On peut ajouter que FUNK n'a pas fait état de certains documents de première importance pour l'histoire de la tradition orientale. Mariage et célibat du clergé dans l'Eglise orthodoxe. dont il a voulu qu'il se fit une immolation éternelle dans son Eglise par ceux qu'il a appelés à son divin sacerdoce.749. one Nicaea I to Lateran V. 54-57. AAS 28 (1936). p. » Les autres textes du concile de Trente ayant trait directement ou indirectement à la question du célibat sacerdotal sont les suivants : Session 21. TANNER. » (N. comme le croit trop souvent le profane. et offrissent leurs corps avec le sien. 45 de 48 . peuvent contracter mariage. parce qu'on n'avait pas suffisamment distingué. La continenza dei diaconi specialmente nel primo millenio della. J. in Norman P. ensuite. chiesa.

26.. Salve maneant Ecclesiarum Orientalium traditiones. et compte tenu du bien de l'Eglise universelle. p.899. 91. et Rerum Orientalium. » (n. 57-58. 16 juillet 1967.. Ainsi. Benoît XV avait institué en 1917 la Congrégation pour l'Eglise orientale. sur saint Josaphat. 226. les évêques eurent à choisir entre les deux formules suivantes : .. can. n. cit. ac si Nobis in mente esset absimilem illam disciplinam quoda. 585-588. « la virginité pour Dieu est un don spécial. ecclesiasticum caelibatum commendantes. verba fecimus non idcirco intellegi volumus. le 8 sept. et fondé la même année l'Institut pontifical d'Etudes orientales.Formule B : « Il appartient au seul Souverain Pontife. » (n. 96. AAS 46 (1954). sed. De même.cit. véhiculées par Leclercq et Vacandard.odo improbare ac redarguere. etc. 10 Non placet. 92. Presbyterorum Ordinis. « Hac etiam de re inter Latinam Orientalemque Ecclesiam tunc temporis consensionem iis in locis viguisse.Formule A : « Le droit du Souverain Pontife demeurant toujours sauf. avec 2 abstentions et 2 bulletins nuls. 5-6) ». AAS 32 (1950). » Il y eut 168 Placet. 663s. « Lex caelibatus sacerdotalis in Ecclesia Latina vigens integre servari debet. 188-189.. LXIV. t. suscepit. pp. 917. il ne la rattache pas non plus explicitement aux décisions du concile in Trullo. dans des cas particuliers. AAS 52 (1960). le Saint-Esprit a providentiellement et surnaturellement adapté son assistance. 1923 (AAS 15 (1923). le 12 nov. à un charisme spécial (cf. 102. et constitue la toile de fond historique qui s'impose encore bon gré mal gré à l'opinion. comme synonyme de « caelibatus » est lui aussi significatif. Clerici minores possunt quidem nuptias inire. » La première formule recueillit . 26.897s. cit. On peut. cela est dû aussi à des circonstances historiques différentes et propres à cette partie très noble de l'Eglise : à cette situation spéciale. L'absence d'allusion quelconque à ces documents essentiels pour l'histoire du célibat ecclésiastique que sont les décrétales du pape Sirice. n. l'ordination sacerdotale des hommes mariés n'est pas admise. encourageant de toute son autorité les Catholiques à mieux connaître leurs frères d'Orient. pp. p. cit. 108. 103. 44) . Voir à ce sujet R. 17) . 554s.36 106. n. 95. Mt 19. licet bona fide. l'emploi fréquent du mot « virginitas ». AAS 12 (1920). En ce qui concerne l'ordination d'hommes mariés. mais le propose comme libre obéissance à une vocation spéciale. 2-5 .. 10. n. On sait que la restauration de l'unité avec les Chrétiens orientaux fut l'une des préoccupations majeures du pontificat de Pie XI. ni non plus les apôtres à l'égard des hommes qui étaient préposas aux premières communautés chrétiennes (cf. » Doc. » p. 97. ipso iure e statu clericali decidant. « la virginité consacrée des ministres sacrés. p. n'exige point le célibat des ministres sacrés. in quibus severiori disciplinae obtemperaretur. 26) .. 6. noter également le canon 133 qui traite de la cohabitation des clercs avec les femmes. § 3. la législation conciliaire des premiers siècles et les témoignages des écrivains patristiques montre bien également l'intention du concile de ne pas traiter pour elle-même la question des origines de la loi du célibat. AAS 51 (1959). Jésus lui-même n'en a pas fait une condition préalable au choix des Douze. la seconde 87. Cath. 36 : « Si la législation de l'Eglise orientale en matière de discipline du célibat ecclésiastique est différente. « Caelibatus in Ecclesia Latina servandas. 13. 104. AAS 83 (1971). de permettre l'ordination sacerdotale d'hommes mariés. en raison des nécessités pastorales. selon ce qui fut finalement établi par le Concile In Trullo de 692 (can. Le 21 novembre 1964. ab eorundem ordinum exercitio prohibetur. En employant l'adverbe « legitima ». 12. Comme nous l'avons fait remarquer. 1928 (AAS 20 (1928). 98. Pie XI ne prend pas position sur les origines de la discipline orientale . 573-582). » (n."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" § 2. dans l'encyclique. op. CHOLIJ. quae in Orientalem Ecclesiam legitime invecta est ». n. 161-191. 1498. » . plus haut. où nous est gardée la doctrine du Christ et des apôtres. 1261. op. 110. Voir aussi R. la virginité n'est pas exigée par la nature même du sacerdoce. Tt 1. d'âge mûr et d'une probité éprouvée. 93. 35. 111. 21 Placet iuxta modum et 3 abstentions. sur la promotion des études orientales. reste prédominante jusqu'à l'époque du concile Vatican II... p. 11-12). pas même dans des cas particuliers. 99. 109. 1072 : Invalide matrimonium attentant clerici in sacris ordinibus constituti. prout nunc vigent 46 de 48 .107 suffrages . AAS 63 (1971). 1 Tm 3. 48) et ouvertement reconnu par le second Concile du Vatican (décr. 101. Pie XI leur donna un élan nouveau. Il consacra deux encycliques au problème de l'Unité avec les Eglises d'Orient : Ecclesiam Dei. op.. 100. n. p.mmd. Optatam totius Ecclesiae renovationem. op. l'influence des théories de Funk. Coniugatus qui sine dispensatione apostolica ordines maiores. p. nisi matrimonium fuerit nullum vi aut metu eisdem incusso. manifeste eh effet l'amour virginal du Christ pour l'Eglise.2. AAS 63 (1971). Cela ressort nettement du paragraphe où est accueillie 1'objection tirée du Nouveau Testament : « La première (objection) semble venir de la source la plus autorisée : le Nouveau Testament. 105. p. n. 94.16). 277-288). AAS 12 (1920). « Nihilo socius quae adhuc.. 28. 90. par exemple : « Certes. 191-192. p. CHOLIJ. 107.

Cf. a été imité par saint Grégoire le Grand dans sa célèbre « Règle pastorale.1995. 4. PL 13. » (Catholicisme. 113. Il appartient à 1'évêque diocésain d'édicter des normes plus spécifiques sur cette matière et de juger les cas particuliers concernant l'observation de cette obligation.5-6. COPPENS.. VERKAMP. Eglise grecque . éd. 117. Que les clercs se conduisent avec prudence avec les personnes dont la fréquentation pourrait mettre en péril l'observation de la continence à laquelle ils sont tenus où devenir une cause de scandale pour les fidèles. § 3.Pour qu'un sujet soit reconnu apte à l'épiscopat. I. § 2. Eglise syrienne (patriarchat). Cf. Canon 376. Eglise russe . classées suivant les Eglises-mères d'où elles tirent leur origine : I) Alexandrie : 1. le document de Vatican II sur la rénovation et l'adaptation de la vie religieuse (Perfectae caritatis). 5). 16. 490. 7. Les clercs sont obligés à observer la continence parfaite et perpétuelle pour le Royaume des cieux. 115. 21. d'un ordre sacré ou d'un vœu public perpétuel de chasteté. VI. Eglise copte (patriarchat) . 118. 121. seul il pouvait ouvrir le livre scellé des sept sceaux. 116. doit être honoré (in honore habendus est). Canon 769-§1.Les clercs célibataires et mariés doivent briller de l'éclat de la chasteté . comme le montre la tradition de l'Eglise universelle .Le célibat des clercs.. R. par lequel les ministres sacrés peuvent adhérer plus facilement au Christ d'un cœur sans partage et peuvent se consacrer plus librement au service de Dieu et des hommes. 2. 1141 . 277-§ 1. afin qu'ils s'aident mutuellement dans l'exercice de la vie spirituelle et intellectuelle et puissent être plus aptes à coopérer dans le ministère. 14. Canon 373. PL 20. Cath. 17. 10. SC 272. 1971. 333-371. Eglise bulgare . et qui a une si grande convenance avec le sacerdoce. 144 s. 3 . 17 avril 1894. 1) s'est toujours exercée et continue de s'exercer sous de multiples formes. 215. 112. ep. C. 8. 10."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" in variis territoriis. PL 13. . II) Antioche : 3. Eglise albanaise . Canon 374. pp. Doc. p. celui qui a fait une tentative de mariage. 319-321. Eglise italo-albanaise . March 1971. On remarquera que ce sont justement les évêques. Eglise ruthène . la vie commune louable entre les clercs célibataires. Eglise éthiopienne (patriarchat) . Eglise biélorusse . autant que faire se peut. même seulement civil. Voir par exemple B. Canon 758.(Des empêchements à recevoir ou à exercer les ordres sacrés). même simplement civil.. de toute nécessité.(Des conditions requises chez les candidats à l'ordination sacrée) §3: Pour ce qui est des hommes mariés admis aux ordres sacrés on observera le droit particulier de sa propre Eglise ou les normes spéciales fixées par le Siège Apostolique.. dans son sens "absolu". p. n. par. en vertu de cette responsabilité. Eglise hongroise . Eglise chaldéenne (patriarchat) . Synode des évoques sur la formation des prêtres dans les circonstances actuelles –« Lineamenta » (1989) .46 14 nov. p. ep. 590. Voici les canons relatifs au célibat et au mariage des clercs : Canon 180. Cité par Pastores dabo vobis. c'est-à-dire du collège des évêques uni au Souverain Pontife. 12 . où il traite de la grandeur du sacerdoce. soit (qu'il ait tenté de se marier) avec une femme validement mariée ou liée par le même vœu. H. can. 4. à l'égard de la vie religieuse (cf. On aimera se rappeler ici les admirables pages du P. Eglise melkite (patriarchat) . lequel est un don spécial de Dieu.Il faut favoriser. CROUZEL. Eglise ukrainienne . et sont donc tenus au célibat. avec les Supérieurs d'Instituts 47 de 48 . Cultic Purity and the Law of Celibacy. Dialogue sur le sacerdoce. dans J. qui ont élaboré. qui vivent en concubinage. III) Constantinople (ou Byzance) : 6. de même. dans Review for Religions (30) n. Eglise roumaine . Seul celui-ci pouvait "rompre le mystérieux silence des énigmes prophétiques". Eglise yougoslave. » 123. 2. n. 15. Sacerdoce et célibat. 11. 375. 3°. Canon 782. Eglise malankar .. p. » AAS 63 (1971). le statut des clercs engagés dans le mariage. unis au pape. 12. Eglise malabar. Eglise maronite (patriarchat) . 27 octobre 1995. choisi à cause du royaume des cieux. PG 138. n. DE LUBAC sur le rapport entre les deux Testaments : « Pour que l'Ancien Testament pût être compris dans son "vrai" sens. III. 5. Eglise arménienne (patriarchat).. sanctionné par la pratique de l'Eglise primitive et des Eglises orientales à travers les siècles. Innocent I. 7 . L'Autorité qui admet un candidat à l'ordination sacrée doit obtenir : 2° si le candidat est marié. fr. 125. c'est au droit particulier qu'il appartient de statuer sur les moyens opportuns à adopter pour atteindre ce but. 114. 32. 1164-1165. V) Chaldée : 20. soit que lui-même est sous le coup d'un empêchement à la célébration d'un mariage du fait d'un lien matrimonial. pp. 122. ep. Can. 317. 126. 13. il fallait donc. On sait que le Discours de saint Grégoire de Nazianze « sur sa fuite ».C. §1 Contracte un empêchement à recevoir les ordres sacrés. causent un scandale public ou persistent dans une autre faute extérieure contre le sixième commandement de Dieu. un certificat de mariage et le consentement de l'épouse donné par écrit. Sirice. 119. 916.I. O.. 124 Ibid. 9. Aux canons 1394 et 1395 sont prévues des sanctions canoniques pour les clercs qui violent la loi de célibat par une tentative de mariage. p.). Eglise slovaque . doit être partout tenu en très grande estime (ubique permagni faciendus est). Discours pour le Trentième anniversaire de « Presbyterorum ordinis ». Cette responsabilité des pasteurs. Cf. n. p. 120. Voici la liste de ces 21 Eglises. IV) Arménie : 19. Le célibat et la continence ecclésiastique dans l'Eglise primitive : leurs motivations. 18. VI. il est requis qu'il soit non lié par un mariage (vinculo matrimonii non ligatus). tout comme ce sont eux qui ont pris l'initiative du récent synode sur la vie religieuse et ont réfléchi. que les temps fussent révolus et que le Christ fût venu. Gembloux-Louvain.. 2092.

» 48 de 48 ."CE QUE LES APOTRES ONT ENSEIGNE" religieux. à « la vie consacrée et sa mission dans l'Eglise et le monde.