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Chapitre changement et solidarités sociales

Notions du référentiel : lien social, socialisation, solidarité mécanique/organique, risques sociaux, Etat-Providence, assistance, redistribution

Fiche1 – Les instances d’intégration et de socialisation (repris en partie du manuel en ligne Brises)

En première a été étudié ce que les sociologues appellent les instances de socialisation, c’est-à-dire les institutions ou groupes qui transmettent la culture d’une société, ses normes et ses valeurs. Nous allons reprendre l’étude de ces instances, mais sous un angle un peu différent, pour voir non pas tant comment elles construisent l’individu en le socialisant, mais comment cette construction produit de la solidarité entre les individus d’une même société. Il y a bien sûr une multitude d’instances d’intégration, mais nous allons nous concentrer sur les principales : le travail, la famille, l’école et la citoyenneté. Pour voir les critères de classification des groupes : ici un diaporama de J.Dornbush: La cohésion sociale et les instances d'intégration

Un article des cahiers français d'octobre 2009 sur les différentes formes d'intégration:lapeyronnie.pdf [PDF, 85.3 ko]
Deux articles de Sciences humaines: Lien social Aux sources du lien social

Partie 1- Le travail , parce qu’il donne une identité professionnelle, un revenu et des droits sociaux, est le pilier essentiel de l’intégration
Le travail comme activité centrale dans la société, comme activité donnant statut et rôle à l’individu, n’apparaît en tant que tel qu’au 18è siècle, selon certains philosophes comme D.Méda. Sa place sociale s’est considérablement accrue depuis cette époque et le travail est « le » moyen pour l’individu de se construire une identité professionnelle et sociale, de s’assurer un revenu, et d’obtenir des droits sociaux.

I.

Le travail crée une complémentarité entre les individus : l’analyse de Durkheim

Le rejet de l’analyse libérale de la division du travail Postulat expliquant selon les libéraux l’apparition de la division du travail : Selon les économistes, la division du travail peut être analysée comme la réponse à un problème auquel sont confrontés les individus. La division du travail doit donc être vue comme un construit humain : les individus ayant intérêt à se partager les tâches afin d’accroître le rendement de la collectivité, ou plus exactement d’être plus productif que leurs concurrents et de gagner des parts de marché ( les deux visions n’étant pas contradictoires mais complémentaires, vu les bienfaits de la concurrence ) . Les économistes libéraux basent donc leur analyse sur l’utilitarisme et l’individualisme méthodologique. Ils partent d’un individu représentatif, l’homo oeconomicus qui est égoïste et rationnel (comportement naturel à l’homme ). Ils étudient les actions de cet individu : en recherchant son intérêt personnel, il a intérêt à diviser le travail. Puis ils agrègent ces comportements individuels afin de faire apparaître la société qui en est le résultat. Durkheim s’oppose à cette conception en la réfutant sur plusieurs points : ici

Un article de Sciences humaines: Les ressorts économiques du lien social

A. Les deux formes de solidarité ( 7 et 8 p 388)
Durkheim, comme de nombreux sociologues de son temps, va être frappé par la disparition de l’ordre social traditionnel qui s’opère sous ses yeux et va se demander par quoi le remplacer. Il va pour cela s’appuyer sur une analyse développée par F Tonnies qui oppose deux types de solidarité qui se succèdent : la communauté ou gemeinschaft et la société ou gesellsachft. Pour l’analyse de Tonnies : ici Durkheim va reprendre et développer l’analyse de Tonnies , en insistant plus particulièrement sur les progrès de la division de travail qui témoigne du passage des sociétés à solidarité mécanique aux sociétés à solidarité organique , dont on peut résumer les caractéristiques par le tableau suivant . SOLIDARITE MECANIQUE SOLIDARITE ORGANIQUE OU PAR SIMILITUDE Sociétés primitives ou archaïques sociétés modernes restreinte l’individualisme est totalement inconnu, -l’individu est soumis à la communauté -les individus sont semblables densité forte La conscience collective est largement dépassée par les consciences individuelles - les individus se sont émancipés des contraintes imposés par la collectivité:les individus sont libres - les individus sont différents et complémentaires il doivent prendre conscience de cela pour concourir au bon fonctionnement de la société. L’individu préexiste à la communauté, le consensus qui va générer la communauté résulte de la différence de l’hétérogénéité de la complémentarité des individus le droit perd son caractère répressif, devient un droit restitutif qui ne recoure plus essentiellement à la punition mais à la réparation: droit commercial, droit civil

TYPE DE SOCIETE TAILLE DE LA COMMUNAUTE PLACE ET ROLE DE L’INDIVIDU

PLACE ET ROLE COMMUNAUTE

DE

TYPE DE DROIT

LA la communauté préexiste à l’individu, en fonction de la tradition, la communauté établit des valeurs, des règles , un sacré auxquels l’individu doit se conformer subordination des individus à la conscience collectif, le droit est répressif en cas de violation des règles édictées par la communauté, car elle se sent attaquée dans ce qu’elle a de plus fondamental : droit pénal;

La question est alors de savoir quelles sont les raisons qui expliquent le passage de la solidarité mécanique à la solidarité organique. Pour l’origine de la division du travail (10 à 13 p 389-390): ici Pour l’analyse de Durkheim des défauts d’intégration : ici Sur Sciences humaines: Émile Durkheim (1858-1917) - Le père de la sociologie

II.

Le travail permet de se construire une identité professionnelle

Nous avons vu au chapitre précédent que la division du travail permet à chacun de se rattacher à un collectif intermédiaire entre la société et l’individu : le « métier », la profession, la catégorie sociale. Par le travail on peut d’une part se reconnaître des semblables, qui partagent notre profession ou notre situation économique et sociale, et d’autre part se distinguer d’autres personnes, qui exercent un métier différent, et ont donc d’autres valeurs, d’autres référence, avec qui on peut même être en conflit. Cela peut paraître paradoxal, mais un individu a besoin de ce double mouvement de différenciation et d’assimilation pour s’intégrer. L’identification à autrui nous rattache à la société, fait exister le collectif, et la différenciation nous donne une place dans ce collectif. Dans le travail, cette « place » va se caractériser par un statut social – en quelque sorte le rang du travailleur dans les différentes hiérarchies sociales (prestige, pouvoir, mais aussi richesse) – et un rôle social – c’est-à-dire l’utilité du travailleur dans l’entreprise et au-delà dans la société, ce à quoi « il sert ».

III.

Le travail assure un revenu et la participation à la société de consommation.

Travailler, plus précisément être actif, s’est s’assurer un revenu, qui est déjà une reconnaissance de l’utilité sociale de ce que l’on fait. En ce premier sens, déjà, le travail est intégrateur. Mais le revenu permet aussi à l’individu de consommer les biens valorisés par la société, et donc de s’y faire reconnaître. Si nous consommons tous à peu près les mêmes choses (voitures, logement, loisirs, vêtements, etc.) ce n’est pas seulement parce que ces biens sont objectivement utiles ou nécessaires, mais aussi parce qu’ils nous donnent un certain statut social. Pensez à ce que cela peut représenter en termes d’autonomie et d’identité personnelle d’acheter sa première voiture.

IV.

Le travail assure des droits sociaux.

Les droits sociaux sont les prestations sociales constitutives de l’Etat providence dont on reparlera à la deuxième section de ce chapitre. C’est, par exemple, la possibilité d’une indemnisation pour les salariés qui se retrouvent au chômage. Ces droits sociaux matérialisent la solidarité entre les individus, et plus encore l’appartenance à la société : c’est bien parce qu’on travaille en France que l’on bénéficie d’une panoplie de droits et de prestations, qui diffèrent d’un pays à l’autre, chaque société organisant sa sphère de solidarité.

Conclusion :
Le travail, parce qu’il permet à l’individu d’acquérir un statut social, de disposer de revenus et d’accéder à des droits et des garanties sociales, est donc devenu un pilier de l’intégration sociale. La nécessité impérieuse (pas seulement matériellement mais aussi socialement) d’avoir un emploi, la volonté très marquée dans les enquêtes d’opinion de s’épanouir dans son travail, montrent bien que le travail n’est pas seulement une activité parmi d’autres. Le travail est plus que cela, il est fortement chargé symboliquement, autrement dit il fait partie du registre des valeurs. Pour plus de développement : ici

Sur Sciences humaines: Les formes d'intégration professionnelle
Sur le site de l'ENS

L'entretien avec Michel Lallement et la présentation générale de son ouvrage sur le Travail.
Ecouter l'intégralité de entretien.Le podcast. L'audio. Question 1: Sur le choix des chapitres : di-vision / individuation / intégration / régulation. Ecouter. Question 2: La di-vision engendre des divisions. Illustration par le genre et le sexe. Ecouter. Question 3: De la logique de compétence...Ecouter. Question 4: Les apports de la sociologie contemporaine pour penser la pluralité des modèles d'organisation du travail. Ecouter. Question 5: Conséquences et contradictions de l'individuation dans le procès de travail. Ecouter. Question 6: De l'aliénation à l'identité au travail. Ecouter. Question 7:L'influence de l'environnement institutionnel sur les conceptions du rapport salarial. Une approche comparée entre la France et l'Allemagne. Ecouter. Question 8: Des spécificités des relations de travail françaises. Ecouter. Question 9: Les conséquences de la mondialisation et de la construction européennes sur les relations de travail. Ecouter. Question 10: La conclusion: le travail a plus que jamais un statut d'institution. Ecouter.

Partie 2 – La famille a un rôle fondateur dans l’intégration
C’est dans la famille que se passe une bonne partie de la socialisation primaire des individus. C’est là d’abord que sont transmises les normes et les valeurs en vigueur dans la société. Mais la famille est aussi un réseau d’entraide et de solidarité qui contribue à la cohésion sociale.

I.

La famille transmet les normes et les valeurs en vigueur dans la société.

Ce mécanisme de la socialisation familiale a été abordé en classe de première : la famille transmet le langage, les mœurs, les rôles sociaux (à commencer par ceux de parents et d’enfants !). Nous n’allons pas analyser ce processus ici, mais simplement rappeler son importance pour bien s’intégrer à la société L’exemple de la langue est le plus parlant (si on peut dire !) : comment ne pas se sentir étranger dans une société si on n'en parle pas la langue ? Comment interagir avec les autres si on ne peut se comprendre ?

II.

La famille est le lieu d’activités communes.

C’est vrai évidemment pour les activités quotidiennes, comme les repas par exemple. Ces activités donnent lieu à un partage des tâches à l’intérieur de la famille, un peu comme le travail est divisé dans l’entreprise, qui organise des rôles familiaux (qui prépare le repas, qui s’occupe des tâches ménagères, des courses, des démarches administratives, etc.). Les loisirs pris en famille permettent aussi de tisser des liens de socialisation . Enfin, la famille peut aussi être un lieu d’activité économique, comme dans les familles d’agriculteurs traditionnelles ou chez les ouvriers du textile au début du 19ème siècle (les « canuts » lyonnais par exemple).

III.

La famille constitue un réseau de solidarité.

Il est évident que la famille implique un ensemble d’obligations et de droits réciproques permanents entre ses membres, tant sur le plan légal que sur le plan affectif. C’est notamment la relation entre parents et enfants, bien plus durable que la relation de couple par exemple, ou encore la relation entre grands-parents et petits-enfants, avec ce qu’elle implique souvent en termes d’échange de services ou de transferts financiers. Mais quel est l’impact de ces liens sur l’intégration ? Comme le travail, la famille est un « échelon intermédiaire » entre la société et l’individu, où celui-ci peut prendre place, donner du sens à sa présence parce qu’elle s’insère dans un tissu de relations de proximité. La famille est en fait un « lieu », un espace de partage où la solidarité prend une dimension concrète. La famille est souvent, pour l'individu, le premier recours en cas de « pépin », mais aussi un recours pour organiser au mieux sa vie matérielle (par exemple, la garde des enfants par les grands-parents, occasionnellement ou régulièrement).

Un article des Cahiers français: Familles et inégalités sociales Un diaporama de Sciences Po Paris: Microsoft PowerPoint - Sociologie de la famille Une conférence de F.de Singly à l'Université de tous les savoirs: - La famille, première et seconde modernités La vie des idées Ethnologie de la parenté

Partie 3- Le rôle de l’école
Avec la famille, l’école joue un rôle important dans la socialisation des futurs citoyens. Elle contribue donc à l’intégration sociale des membres de la société, en transmettant des normes et des valeurs, mais aussi en favorisant l’épanouissement individuel et en préparant l’entrée dans la vie active.

I.

Le rôle traditionnel de l’école : la transmission d’une culture commune.

L’ « école républicaine », celle qui s’est construite au cours de la 3è République, en particulier avec les lois de Jules Ferry rendant la scolarité obligatoire, est d’abord celle qui a comme objectif de « fabriquer des bons français ». Elle a imposé la langue française au détriment des langues régionales de manière très systématique (et vous savez depuis la classe de première combien la langue est un élément essentiel de la culture d’une société). Elle a valorisé la science et la raison, et à travers elles, l’idée d’une culture universelle dépassant les particularismes religieux. Elle a diffusé tout un ensemble de valeurs patriotiques (les grandes dates de l’histoire de France, les « grands hommes », le drapeau français, la Révolution française, etc) qui ont contribué à construire réellement la Nation française : les enfants, une fois passés par l’école, avaient à la fois une langue, des références culturelles et des racines historiques communes, quelle que soit leur origine sociale, régionale, religieuse ou ethnique. On mesure à quel point ce fonctionnement était en effet intégrateur.

II.

La préparation à la vie active.

L’école prépare à l’entrée dans le monde du travail en dispensant des qualifications et en les validant par des diplômes. On retrouve dans cette fonction utilitaire de l’école un peu la même fonction intégratrice que la division du travail : donner une place à chacun en lui donnant une identité professionnelle. Le diplôme, c’est la reconnaissance de capacités et donc d’une sorte « d’utilité sociale », mais c’est aussi le début de l’appartenance à un monde professionnel.

III.

La construction des individus.

L’école doit permettre à l’enfant de développer sa personnalité, de s’épanouir, donc de construire son identité personnelle, par définition différente de celle des autres enfants. Cela peut paraître paradoxal de dire que la construction de l’identité individuelle concourt à l’intégration sociale, mais le paradoxe n’est qu’apparent. Emile Durkheim avait déjà souligné que l’individu était

nécessairement une construction sociale : ce n’est que dans un cadre social, par opposition avec les autres et plus généralement dans l’interaction avec les autres que l’on peut affirmer une personnalité propre.

Conclusion :
L’école rencontre aujourd’hui des difficultés dans sa mission intégratrice, mais ces difficultés, largement évoquées dans les médias, ne doit pas conduire à sous-estimer le rôle de l’école dans la cohésion sociale. Le développement de la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, le prolongement et la démocratisation des études font que le poids de l’école dans le processus d’intégration s’est considérablement renforcé au cours du 20ème siècle.

Une vidéo de Canal U: L’école, respect de la diversité face aux risques du communautarisme Sur le portiques revues :L'école, facteur d'exclusion ou d'intégration ? Sur la vie des idées, La mixité sociale à l’école : une affaire de famille ?

Partie 4 – Le rôle de la citoyenneté
I. Qu’est-ce que la citoyenneté ?

La citoyenneté est d’abord politique. On peut dire que c’est la capacité à être membre d’une communauté politique et, à ce titre, à participer à la prise des décisions. Ces décisions sont celles qui concernent la vie en société et en particulier la façon de régler les conflits surgissant entre les membres de la société. La citoyenneté s’exerce au travers d’un certain nombre de droits (égalité juridique des citoyens, droit de vote, etc…) et de devoirs (défense du pays, financement des dépenses collectives, etc).

II.

En quoi la citoyenneté est-elle intégratrice dans une société démocratique ?

Chaque citoyen, au-delà de toutes les différences qu’il peut avoir avec les autres citoyens, est dépositaires d’une parcelle de légitimité. A ce titre, il dispose des mêmes droits et devoirs que les autres, et il est appelé à les exercer concrètement. C’est cette égalité entre les individus et l’implication dans le gouvernement de la société qui est intégrateur. La Nation se veut intégratrice de ses membres au-delà de leurs différences religieuses, ethniques, ou de genre (homme/femme). Elle transcende donc tous les particularismes au nom des valeurs universelles (égalité, démocratie, liberté). Enfin, pour conclure, on peut remarquer que si l’exercice traditionnel de la citoyenneté politique semble aujourd’hui en déclin, il y a sans doute des formes nouvelles d’exercice de cette citoyenneté : quand on voit le nombre d’associations s’accroître, le nombre de gens qui s’impliquent bénévolement, par exemple, dans les Restos du Cœur, on peut penser qu’il y a là de nouvelles formes de participation, qui sont essentiellement politiques

Une vidéo de Canal U : La notion de citoyenneté

Partie 5- Le rôle de la protection sociale
Le développement de la protection sociale et des solidarités collectives est caractéristique du 20 ème siècle, surtout dans sa deuxième moitié, dans les pays développés. C’est l’Etat qui en a été l’artisan, d’où son appellation, Etat providence, pour signifier que l’Etat, donc la solidarité nationale, allait prendre en charge les individus, un peu comme auparavant, on se confiait à la providence divine et à l’église.

I.

Le développement de l’Etat-Providence

Il faut comprendre d’abord pourquoi l’Etat providence s’est créé, en réponse à quels besoins. Nous pourrons voir ensuite quelles sont les grandes logiques qui président au développement des Etats providence et quelle typologie on peut faire, dans la mesure où les formes qu’ont prises les solidarités collectives sont variées. Une vidéo d’écodico de BNP Paribas sur l’Etat-Providence : ici

A. L’Etat-Providence est un système de redistribution des revenus visant à protéger les individus contre les risques sociaux

Pour mieux comprendre cette définition de l’Etat providence, il est nécessaire d’abord de clarifier la notion de risque social. Ensuite, nous pourrons voir en quoi consiste concrètement la « protection sociale » avant d’examiner les mécanismes de redistribution des revenus qu’elle implique.

1. Définition des risques sociaux
Les risques sociaux peuvent être définis comme des évènements incontrôlables provoquant soit des dépenses importantes pour l’individu (la maladie ou l’accident, par exemple), soit une diminution sensible de ses revenus habituels (chômage, cessation d’activité, par exemple). Ces risques ont bien sûr toujours existé : la vieillesse ne date pas d’aujourd’hui (même si beaucoup plus de gens l’atteignent aujourd’hui qu’avant) ! Mais dans une société traditionnelle, c’est essentiellement la famille, dans une moindre mesure la paroisse (c'est-à-dire l’Eglise), qui assurent cette prise en charge des individus subissant des risques sociaux. Les liens de dépendance sont alors très forts, en particulier entre les enfants et les parents. La révolution industrielle et les transformations de la société qui l’ont accompagnée ont bouleversé ces solidarités traditionnelles : l’urbanisation et la faiblesse des rémunérations des travailleurs imposent la réduction de la taille des familles, la taille des logements rend impossible la prise en charge de parents âgés, etc Parallèlement, les individus, se différenciant de plus en plus, revendiquent une autonomie personnelle grandissante : ils préfèrent pouvoir s’adresser à une entité abstraite, l’Etat providence, expression de la solidarité collective, plutôt que de dépendre de leur famille, par exemple. Le risque vieillesse par écodico de BNP Paribas : ici 2. Définition de la protection sociale

La protection sociale est donc un système qui offre aux individus une protection collective, déshumanisée (car administrative) contre les risques sociaux. Cette protection sociale a aussi comme avantage d’être (ou du moins c’est son objectif) universelle, c’est-à-dire de concerner l’ensemble des personnes vivant sur le territoire national. Concrètement, la solidarité s’exprime à travers le financement de la protection sociale : tous les citoyens sont appelés à financer les dépenses de protection sociale, indépendamment de leur situation personnelle face aux divers risques sociaux. Ainsi, un salarié sans enfant paie des cotisations pour financer les allocations familiales, et un travailleur peu exposé au chômage ou à la pauvreté contribue néanmoins au financement de l’UNEDIC ou du RMI. Mais tous en profitent selon leurs besoins le moment venu, quand ils sont malades, au chômage ou trop vieux pour continuer à travailler. 3. La redistribution des revenus

La protection sociale se traduit par une importante redistribution des revenus. Cette redistribution est d’abord horizontale, c’est-àdire indépendante du revenu des personnes. C’est le cas des remboursements maladie, par exemple : les personnes en bonne santé, qu’elles soient riches ou pauvres, financent par leurs cotisations les dépenses des personnes malades, qu’elles soient riches ou pauvres. Mais elle peut aussi être verticale, c’est-à-dire redistribuer l’argent des plus riches vers les plus pauvres. C’est le cas notamment du RMI qui est financé par les impôts payés par l’ensemble des Français, et notamment les plus riches, mais dont les prestations sont réservées aux ménages les plus modestes. Une vidéo d’écodico de BNP Paribas sur les risques sociaux : ici

B. Deux types de solidarité mis en œuvre par l’Etat-Providence
On distingue en général deux sortes d’Etats providence, en fonction de la logique qui préside au système de protection sociale mis en place. Après avoir présenté les deux logiques possibles, et pour les illustrer, nous essaierons de caractériser le système français en fonction de ces deux logiques.

1. La logique de l’assurance
Chaque actif cotise proportionnellement à son revenu et il reçoit des prestations proportionnelles à ses cotisations. Pour les personnes qui ne travaillent pas, il faut envisager un système d’aide sociale particulier. Ici, il n’y a donc pas a priori de volonté de réduire les inégalités, la redistribution s’effectuant entre actifs en bonne santé et malades, entre actifs et retraités, entre actifs sans enfant et actifs ayant des enfants, etc. Le versement des prestations est « sous condition de cotisation », c’est-à-dire qu’il faut avoir cotisé pour en bénéficier. On parle parfois de « système bismarkien », du nom du Chancelier Bismark, qui mit en place le système d’assurances sociales en Allemagne à la fin du 19ème siècle.

2. La logique de l’assistance

La protection sociale est un système redistributif visant à assurer une plus grande égalité entre tous en couvrant les besoins considérés comme « de base ». Dans ce type de système, tous les individus sont couverts quelle que soit leur situation professionnelle (c’est le principe d’universalité) ; les prestations dépendent des besoins et non du montant des cotisations, elles sont même parfois « sous condition de ressources », c’est-à-dire que la prestation décroît avec le niveau de revenu, ce qui accroît l’effet redistributif du système (les plus riches cotisent plus et perçoivent moins). Le système est géré par le service public et financé par l’impôt : la participation au système doit être obligatoire pour qu’il y ait redistribution des revenus, sinon les plus riches, qui sont en quelque sorte les « perdants » dans cette logique, refuseraient d’y participer. On parle parfois de système beveridgien, du nom de Lord Beveridge qui publia pendant la seconde guerre mondiale à Londres un rapport célèbre sur le « Welfare State » (Etat providence), et qui inspira notamment le système de protection sociale britannique d’après guerre. ( 4 p 203 ) Une vidéo d’écodico de BNP Paribas présentant les deux logiques : ici 3. Le système français

En France, comme dans d’assez nombreux pays, le système mis en place aujourd’hui tient un peu des deux logiques, assurance et assistance.

La protection sociale est en principe liée aux cotisations sociales versées : pour bénéficier de prestations, il faut avoir cotisé, c’est-à-dire avoir travaillé. C’est l’activité qui est à la source de la protection sociale. On cotise pour chacun des « risques » (vieillesse, maladie, maternité-famille, chômage, accidents du travail). Tout assuré social a droit aux prestations sociales, c’est-à-dire à des revenus versés quand les conditions requises sont remplies (allocations familiales, remboursement de frais de maladie, etc…).On retrouve donc ici la logique de l’assurance. Mais depuis peu, grâce à la C.M.U. (Couverture Maladie Universelle), des personnes non assurées sociales peuvent bénéficier d’une couverture sociale en cas de maladie, ce qui n’était pas le cas auparavant. La protection sociale est donc maintenant en principe « universelle », ce qui la rapproche de la logique d’assistance. De même, le système assure aussi une fonction redistributrice : les prestations ne dépendent souvent pas des cotisations. Ainsi, un père de famille assure le droit aux prestations à son épouse si elle est inactive et à tous ses enfants mineurs. Un célibataire ayant le même salaire que ce père de famille paiera la même cotisation mais disposera de beaucoup moins de prestations (pas d’allocations familiales, beaucoup moins de remboursements de frais de maladie, etc). La redistribution se fait surtout des célibataires vers les familles et des actifs vers les personnes retraitées. Enfin, depuis le début des années 1970, se sont développées des prestations sous condition de ressources, comme par exemple les « bourses de rentrée scolaire». On est ici tout à fait dans une logique d’assistance. Par ailleurs, le système français se caractérise aussi par ce qu’on appelle le paritarisme : les institutions qui gèrent la protection sociale sont distinctes de l’Etat (La Sécurité sociale pour la maladie, la vieillesse et la famille, l’UNEDIC pour le chômage). Leur budget est supérieur, en montant, à celui de l’Etat. Elles reçoivent les cotisations et versent les prestations. La Sécurité sociale et l’UNEDIC sont gérées par les partenaires sociaux : cela signifie que leurs conseils d’administration sont composés, en principe, pour un tiers de représentants des employeurs, pour un tiers de représentants des salariés et pour le dernier tiers par des représentants de l’Etat. Autrement dit, la Sécurité sociale, l’UNEDIC, ce n’est pas la même chose que l’Etat. Ce sont des Administrations publiques au même titre que l’Etat et les Collectivités territoriales.

Un exemple par écodico de BNP Paribas , le financement des retraites : ici Pour les différences de système entre pays (p214) : ici Une fiche résumé de l'académie d'Orléans-Tours:Fiche problématique : Assiste-on à un déclin des instances d .. Sur la vie des idées L’avenir du système de santé américain Lire aussi, en fin d’article, la mise à jour du 29 mars 2010

Chapitre changement et solidarités sociales

Notions du référentiel :lien social, intégration, individualisme,universalisme/communautarisme/ corporatisme

Fiche 2 – La cohésion sociale en crise ?

Comme à la fin du 19ème siècle, quand Durkheim écrit la « division du travail social »notre société est confrontée à la question de la cohésion sociale. Après avoir présenté l’analyse du précurseur Durkheim, et ses principaux apports, nous nous intéresserons à la crise du lien social aujourd’hui. Les institutions traditionnellement créatrices de lien social (famille, religion, syndicat) comme les outils (le travail) connaissent actuellement de profonds bouleversements dans la société française (et plus largement dans l’ensemble des sociétés industrielles). Ces mutations ne mettent-elles pas en péril la cohésion sociale en affaiblissant voire en brisant les liens qui unissent les membres d’une société.

Partie 1 – Le travail condition nécessaire et suffisante pour créer du lien social ? I. Le développement du chômage peut créer une perte de lien social

A. Le chômage crée l’exclusion
A Gorz écrit : « le travail désigne aujourd’hui cette activité fonctionnellement spécialisée et rémunérée en raison de son utilité au système social. Aussi longtemps que le fonctionnement du système social, sa production et reproduction exigeront du travail humain, le travail, si réduit que soit le temps qu’il occupe dans la vie de chacun, sera indispensable à la pleine citoyenneté » .Les individus qui sont privés d’emploi ne peuvent participer à la production de la société et par cette participation ne peuvent « acquérir sur la société des droits et des pouvoirs ». En effet, comme le dit D.Schnapper , nos sociétés sont fondées sur la production et la consommation . Or la production nécessite du travail, nos sociétés sont donc basées sur le travail. Ceci va générer un cercle vicieux qui va renforcer l’exclusion du chômeur.

B. Le cercle vicieux du chômage
« si le pire survient et que l’on connaît une longue période de chômage, alors se manifeste la crise du sens dans toute son ampleur: le chômeur, déjà exclu du cercle professionnel, s’exclut progressivement de ces autres sphères de sens que sont les relations amicales, les projets, les loisirs, et ne peut même plus s’évader dans la consommation. Surtout plus le temps passe, et plus il perd à ses yeux sa valeur personnelle, plus se brouille la direction de sa propre vie »; l’individu perd ses relations sociales et le risque s’accroît que l’individu tombe dans ce que R Castel a appelé : « la zone de désafilliation (qui) conjugue l’absence de travail et l’isolement social » .Il est donc nécessaire face à ce risque d’essayer de réinsérer les individus dans la société , en leur donnant les moyens financiers qui leur permettront de ne pas tomber dans le dénuement , mais aussi en leur proposant des stages de réinsertion qui faciliteront le retour sur le marché du travail . C’était tout l’objectif du RMI. Pour plus d’informations : ici un entretien avec D.Schnapper sur Melchior:ici

La vie des idées: Les impensés du travail

II.

Mais ce n’est pas automatique

A. Le travail n’a pas pour objectif de créer du lien social
Le travail n’a pas été inventé dans le but de voir des individus rassemblés réaliser une oeuvre commune. Dès lors, le travail est, certes, un moyen d’apprendre la vie en société, de se rencontrer, de se sociabiliser, voire d’être socialement utile, mais il l’est de manière dérivée ». En effet le but du travail, en particulier dans l’analyse libérale, est de satisfaire ses besoins matériels, non pas de générer une relation sociale.

B. Le travail peut ne pas créer du lien social
On voit bien que le travail n’est pas capable d’assurer du lien social, puisque c’est la crise du travail qui est à l’origine de l’exclusion comme le constate R Castel: « quel peut être le destin social d’un jeune homme ou d’une jeune femme - ces cas commencent à se présenter - qui après quelques années de galère devient Rmiste à 25 ans ». La question est d’autant plus grave que les capacités d’exclusion du marché du travail semblent se concentrer sur les populations défavorisées. On peut ici opposer deux modèles:

durant les 30 glorieuses les populations non qualifiées issues de l’exode rural ou de l’immigration ont pu obtenir un emploi, car dans le cadre du fordisme les entreprises avaient besoin de salariés solides physiquement pour travailler à la chaîne , c’était alors la seule qualité qu’on leur demandait . Ces populations ont pu s’intégrer au mode de vie dominant par les augmentations de salaire qui leur ont permis d’acquérir les biens typiques de l’american way of life , ce qui leur a permis de fournir des débouchés aux entreprises qui ont pu embaucher. On avait alors un cercle vertueux de l’intégration par le travail. Au contraire aujourd’hui les qualités requises par les entreprises ont beaucoup évolué « connaissances et savoir-faire spécialisé sont, certes, plus que jamais nécessaires pour occuper certains emplois, mais en règle générale, cela ne suffit plus: la valorisation de la compétence technique suppose une capacité de mise en situation , des compétences sociales telles que le langage, la flexibilité comportementale, l’intuition stratégique , tout ce qui permet d’agir au sein d’un système social différencié, de participer à des activités collectives nécessitant des formes élaborées de coopération . (...) Or les compétences sociales sont, par nature, plus difficiles à identifier et à évaluer et pratiquement impossibles à formaliser dans des diplômes ou des qualification reconnues ».

Dès lors, le marché du travail devient beaucoup plus sélectif, et les populations défavorisées qui présentent mal, qui ont un langage moins recherché, risque d’être exclues du marché du travail , ce qui renforcera le risque d’exclusion sociale . On assiste alors à un cercle vicieux : plus l’individu est intégré à la société, appartient à une catégorie favorisée plus ses chances d’obtenir un emploi seront élevées, et inversement. Quand le marché du travail devient demandeur, la file d’attente pour trouver du travail s’allonge, et les entreprises sélectionnent les individus qui sont les plus conformes à leur souhait. Si les catégories défavorisées ont une telle probabilité d’être au chômage c’est que la file d’attente est longue, et que leur espoir de retrouver un emploi demeure réduit tant que ceux qui sont devant dans la file d’attente n’ont pas retrouvé un emploi. Pour plus de développement :ici

Un entretien avec D.Méda: "Vivre le travail autrement", entretien avec Dominique Méda Un travail du cnamMeda D. "Le travail, une valeur en voie de disparition" Le travail a-t-il toujours la cote ? - Le journal du CNRS – CNRS

Partie 2- La famille : un groupe régulateur en crise ou en adaptation continuelle ?
Pour un texte de Martine Segalen , spécialiste de la famille ici Le discours sur la famille mêle sans toujours s’en rendre compte les paradoxes et les contradictions : • d’un premier point de vue qui remonte au début de la révolution industrielle la famille est en crise , elle s’est coupée de la communauté, elle a perdu la majorité de ses fonctions, elle s’est donc appauvrie. Dés lors cela peut déboucher sur deux discours contradictoires : - selon certains elle ne sert plus à rien, elle est condamnée à disparaître sous sa forme actuelle, il faut réinventer une famille différente. Au contraire selon d’autres il faut revenir au modèle familial traditionnel (lequel ? ) car la famille est la cellule de base de la société ; la crise de la famille équivaut alors à la crise de la société.

d’un second point de vue la famille demeure aujourd’hui le seul point d’ancrage d’une société en crise . Les individus investissent énormément dans la famille : Selon un sondage la croix la famille est la valeur la plus importante (58 % des personnes interrogées loin devant l’argent (6 %) la réussite (5 %). Selon P Broussard (le monde du 25 09 1994) : « Les adolescents ces 6 millions de 13 - 20 ans dont on prétend qu’ils ne croient plus en rien, considèrent bien la famille comme le plus sûr des refuges, contre les bourrasques de l’époque. Par gros temps, elle demeure le seul point d’ancrage qui vaille, un îlot d’affection et de sécurité .

I.

La famille en crise

A. Constat
Constat : Comme l’indique F Aballea Jusqu’aux années 70 un modèle caractérise les sociétés industrielles:


jeune âge au mariage des conjoints (24,5 pour les hommes en 72) nombre d’enfants assurant le renouvellement des générations (supérieur à 2.1 enfants par femme) taux de divorces faibles.

Une remise en cause de la norme traditionnelle ? : • • Par rapport à ce modèle familial considéré comme la norme, la maternité solitaire, le concubinage, le divorce sont considérés comme déviants. D’ailleurs les politiques d’aide aux familles au logement ont été conçues par rapport à ce modèle. Mais à partir des années 70 tous les pays européens quelque soit leur culture, leur tradition, leur religion connaissent une rupture. Le modèle dominant semble alors entrer en crise:

Pour les chiffres : ici Conclusion : Le cercle des familles se rétrécit, et l’instabilité des couples atomise de plus en plus de foyers

B. Les déterminants
On peut donc selon de nombreux auteurs parler de crise de la famille, elle résulte de déterminants divers mais convergents : • Cette crise de la famille semble s’inscrire dans un mouvement général de sécularisation et de privatisation de la vie conjugale et de dénégation de la légitimité de toute autorité à légiférer en matière de rapports personnels. • elle est en cohérence avec l’état d’une société caractérisée par le salariat, donc la perte de fonctions économiques et patrimoniales de la famille (cf. la thèse de Talcott Parsons). • Elle résulte aussi de la perte d’influence de la famille dans les processus de socialisation des enfants avec le développement du système éducatif. • Elle reflète enfin la montée de l’individualisme, l’exacerbation de l’autonomie des personnes et de l’égalité des sexes, la contestation de l’autorité. Mais cette crise de la famille n’est pas sans avoir des effets sur l’intégration des individus dans la société.

C. Les répercussions sur l’intégration des individus
1. L’analyse durkheimienne

On peut reprendre l’analyse de Durkheim dans laquelle la famille occupe une place essentielle dans le processus d’intégration des individus dans la société. Le concept d'intégration va servir de fil directeur à l'explication de ces résultais, et la famille va fournir à Durkheim le modèle réduit de la société. La famille protège du suicide, puisque les gens mariés se suicident moins que les personnes seules, célibataires. veuves ou divorcées. Mais le lien lui même entre un homme et une femme n’est pas l'essentiel. Tout tient à la taille de la famille, comme le montre un dossier copieux de statistiques complémentaires. Famille nombreuse, famille solide, famille solidaire, famille cohérente, voilà le noyau de l'intuition durkheimienne : la famille relie fortement les uns aux autres les individus qui la composent. Elle les intègre, et, du même coup, les protège. L'intégration est une fonction fondamentale, au sens biologique de ce terme. Une société, et il peut s'agir pour Durkheim aussi bien d'une famille, d'une nation, d'une religion, d'un village, n'existe que dans la mesure où elle maintien: son unité contre les différences .individuelles. Et une société protège d'autant plus du suicide qu’elle est plus cohérente SOURCE : C Baudelot et R Establet, le suicide , l’évolution d’un fait social, économie et statistiques , 1984. Pour étudier l’analyse durkheimienne : ici Introduction à la sociologie de la famille.» • Le texte de Durkheim en format Word 2001 à télécharger • Le texte de Durkheim en format PDF (Acrobat Reader) à télécharger

2. rupture du lien familial et exclusion .
Comme l’indique C Martin dans « l’exclusion : l’état des savoirs » : « la rupture familiale contribue au risque d’exclusion : • non seulement du fait de l’appauvrissement qu’elle engendre, • 0mais plus fondamentalement encore du fait de l’isolement, de la perte de sociabilité, de soutien et d’intégration qu’elle provoque. • Ne pas appartenir à un tissu de relations familiales, à un réseau de sociabilité et de solidarité privée est ainsi construit comme un risque : un risque solitude en quelque sorte ».

Constat : Ce risque solitude s’accroît : • avec l’âge, • avec l’insuffisance des moyens matériels (un tiers des familles monoparentales font l’objet de mesures de revenu minimum, elles représentent 8 % de la population mais 20 % des bénéficiaires du RMI, les personnes seules représentant quant à elles 60 % des bénéficiaires), • avec la perte du réseau familial Conclusion : il joue donc comme un cumul de handicaps. INSEE Première: les familles monoparentales, des difficultés à travailler et à se loger

La vie des idées Le déclin du mariage, un problème social ?

II.

Une crise à relativiser

La crise de la famille qui fait aujourd’hui les gros titres des journaux en particulier en raison de la démission des parents qui serait à l’origine de la violence des jeunes doit être relativisée. En effet : • le réseau d’entraide familial n’a jamais été aussi vivace, • les processus de déstructuration des familles sont accompagnés de processus de recomposition, • enfin le célibat, la famille monoparentale peut résulter d’un choix qui ne se traduit pas toujours par une perte du lien social.

A. Un réseau familial bien vivant
Contrairement à ce qu’affirmait Parsons en 1955 : • l’évolution économique n’a pas fait disparaître la famille élargie en l’isolant de son réseau de parenté. • Bien au contraire il semble que la solidarité familiale joue à plein en temps de crise : - une personne de plus de 60 ans sur trois aide financièrement son entourage familial. - Les grands-parents assurent ainsi une fonction redistributrice, et se substitue à la défaillance des mécanismes de protection sociale. - Les grands-parents se consacrent aussi à la garde des petits enfants (un tiers des enfants de moins de trois ans sont gardées par les grands-parents) . - Le réseau de parenté constitue donc un groupe intermédiaire qui a 2 fonctions essentielles : une fonction de protection : la parenté protège l’individu contre les risques de la vie sociale, en apportant une aide financière, une disponibilité en temps une fonction d’insertion dans laquelle la parenté se mobilise en faisant jouer son capital relationnel afin d’insérer l’individu dans l’environnement social en lui trouvant un travail, un logement On assiste à : • un développement de ces solidarités familiales depuis le début des années 80, avec la crise de l’Etat-Providence qui a tendance aujourd’hui à désinvestir le social en se reposant sur les solidarités familiales. • Mais cette évolution n’est pas sans risques : - En effet, on constate que plus le niveau de vie est élevé, plus les aides à la parenté sont variées et fréquentes. - On risque donc d’observer un accroissement des inégalités si l’Etat se désinvestit trop ; les familles les plus fragiles (ouvriers , employés ) ayant la plus forte probabilité d’avoir un de leurs membres frappés par le chômage ou l’exclusion et n’ayant pas les moyens financiers d’assumer cette charge . INSEE Première, la famille, pilier des identités

B. La recomposition des familles
• • Selon H Tincq : « les divorces sont trois fois plus nombreux aujourd’hui qu’au début des années 60. (Mais) après le divorce on se remarie ou, le plus souvent, on cohabite. Cela donne les fameuses familles recomposées c’est à dire les situations d’après divorce quand le couple est multiplié par deux et que les enfants ont deux foyers de référence. Comme l’explique M Segalen « plutôt que soustraction, il y a alors abondance de parents. L’enfant ne dispose plus d’un père mais de deux pères, un père biologique et un père social » ».

Conséquences : On peut donc dire que la famille semble faire preuve d’une certaine capacité d’adaptation et d’inventions de nouveaux modèles.

Une émission de C dans l'air ,La carte de la famille redessinée vendredi 11 avril 2008 La vie des idées L’origine interdite Entretien avec I.Théry

VOIR L'EMISSION

C. L’invention de nouvelles formes familiales
Au moment où on observe un développement des divorces, un effondrement de la fécondité ( d’ailleurs à relativiser d’après Le Bras ) , on constate symétriquement l’invention de nouvelles formes familiales

1. la question de la filiation est aujourd’hui débattue
jusqu’à une époque récente, les droits et les devoirs qui y étaient rattachés relevaient du mariage qui confondait le lien biologique et le lien social. Les filiations sont aujourd’hui dissociées puisqu’on peut être élevé par le compagnon de sa mère ; certains pères sociaux militent donc afin de voir reconnu dans la loi un lien avec les enfants qu’ils ont élevés. En même temps, le développement des techniques de la reproduction assistée et les progrès de la biologie ouvre des débats sur la filiation qui ne sont pas véritablement tranchés

2. la question du couple évolue aussi
l’impossibilité de former certains couples est vécue comme une injustice (cas des homosexuels ) ; les catégories touchées par cette exclusion ont donc revendiqué une reconnaissance de leur vie de couple par un contrat auquel seraient associés des droits fiscaux, d’héritage , de responsabilité mutuelle .

3. Le PACS une solution ? :
Le PACS est moralement révolutionnaire et oppose 2 conceptions antinomiques de la famille : • la première considère que : - la famille est une structure à composition fixe qui joue un rôle essentiel de reproduction sociale et qui doit donc être protégée contre la tendance des individus à vouloir s’émanciper de leurs devoirs Les partisans de ce courant considèrent que le PACS ne va faire qu’aggraver la crise de la famille et risque, à terme, de mettre en danger la relation de filiation, si les familles pacsées obtiennent, comme certains le demandent , le droit à l’adoption conjointe et à l’assistance à la procréation • le second courant considère : - au contraire, que la désaffection à l’égard de la famille et les multiplications des formes familiales sont les symptômes d’une crise de la famille que l’on doit prendre en compte et à laquelle on doit apporter des solutions sous peine de voir la société déstabilisée. - Pour les tenants de ce courant, le PACS n’est que la reconnaissance légale d’une situation de fait . La vie des idées, Les usages du pacs Conclusion : Parler aujourd’hui de crise de la famille comme un fait accompli n’est pas aussi évident que l’on pouvait a priori le penser : • Certes les indicateurs démographiques sont dans le rouge, certes les signes d’un trouble profond se multiplient. Mais la famille apparaît plus que jamais comme la valeur de référence, au plan individuel comme au plan collectif. Nous assistons aujourd’hui à la disparition d’un modèle (celui qui a domine durant les trente glorieuses) • mais le nouveau modèle qui est en train de se construire n’a pas encore imposé sa cohérence. Ces flottements se traduisent donc par la recherche de nouveaux équilibres . • On retrouve alors le véritable sens du terme crise qui correspond pour reprendre les termes de Schumpeter un processus de destruction créatrice : - aujourd’hui nous vivons une période de remise en cause d’un modèle qui n’apparaît plus adapté aux évolutions de la société, - et les individus inventent, par un processus de tâtonnements comportant des essais et des erreurs de nouvelles formes familiales qui se substitueront à celles qui existent . Sur contre-feux: Crise de la famille ou recomposition ? - Contre-Feux.com

Une vidéo de Canal U: La crise de la vie conjugale Un article de Sciences humaines:Lien social. Crise et recomposition

Partie 3- La crise de l’Etat-Providence (p 204-206)

On parle aujourd’hui beaucoup de crise de l’Etat providence, mais qu’est-ce que cela veut dire ? D’abord que le fonctionnement de la protection sociale pose problème. Pendant les années de forte croissance, l’enrichissement de la société permettait de financer des prestations sociales toujours plus grandes et l’on pouvait penser – naïvement, sans doute – que cela permettrait de réduire les inégalités, de permettre à tous l’accès à la société de consommation et la protection contre les risques de la vie. Aujourd’hui, la crise économique rend les ressources plus rares et l’on découvre les difficultés qu’a l’Etat providence à atteindre les objectifs qu’on lui avait assignés. Mais la crise de l’Etat providence signifie aussi que, face à ces difficultés de fonctionnement, celui-ci doit se transformer, et que la nature de cette transformation, ce sur quoi elle doit déboucher, fait débat dans nos sociétés contemporaines. L’Etat providence s’est construit sur un certain consensus : c’était aux pouvoirs publics de prendre en charge des fonctions de solidarité et de distribution traditionnellement dévolues à d’autres (familles, Eglises, …), mais que ceux-ci ne pouvaient plus remplir compte tenu de l’évolution de la société. Toutefois, on se demande aujourd’hui jusqu’où doit aller le rôle de l’Etat, et où commence la responsabilité individuelle. Et nombreux sont ceux qui pensent qu’une protection collective trop étendue entraîne des effets pervers.

I.

La crise financière (2 p 204)

Il y a crise financière de l’Etat-Providence parce que le financement de la protection sociale est de plus en plus difficile, sous l’effet conjugué de la hausse des dépenses et du ralentissement des recettes lié au ralentissement de la croissance.

A. La hausse des dépenses sociales
La hausse des dépenses de protection sociale est la conséquence du vieillissement de la population et de la montée du chômage :

-

-

L’allongement de l’espérance de vie, qui est une bonne chose en soi, accroît toutefois la part des personnes âgées dans la population. Il faut donc dépenser plus pour les retraites (voir aussi le paragraphe 24 de ce chapitre), mais aussi plus pour la santé : on a généralement plus besoin de soins médicaux à 70 ans qu’à 20 ans ! De plus, ceux-ci se sont renchéris avec le progrès technique et les découvertes médicales. Ainsi, la consommation médicale en France (soins et médicaments) est-elle passée de 100 milliards d’euros en 1995 à 147,6 milliards en 2004 (Source : France, portrait social 2005-2006, INSEE, 2005). Par ailleurs la montée du chômage accroît les besoins d’indemnisation, ainsi que les dépenses de solidarité avec les plus pauvres (voir le paragraphe 23 de ce chapitre). On le voit, tout concourt à une hausse des dépenses de protection sociale.

B. Les recettes augmentent peu
Les recettes de l’Etat -Providence, par contre, marquent le pas. C’est d’abord la conséquence du ralentissement économique : le taux de croissance annuel moyen du PIB a pratiquement été divisé par deux depuis la fin des « Trente Glorieuses », et contrairement aux dépenses, les recettes ne peuvent guère augmenter plus vite que la richesse nationale. les prélèvements obligatoires servant à financer les prestations sociales sont encore beaucoup calculées en fonction des salaires (les fameuses « charges sociales »). Or, depuis les années 80, avec la montée du chômage et l’austérité salariale, les salaires constituent la catégorie de revenu qui augmente le moins vite. C’est d’ailleurs pour cela qu’a été instituée la CSG (Cotisation Sociale Généralisée) qui pèse non plus sur les seuls salaires mais sur l’ensemble des revenus des ménages.

II.

La crise d’efficacité (6 p 205)

Un deuxième élément de la crise de l’Etat -Providence est sa difficulté croissante à atteindre les objectifs qu’il s’était donnés.

A. Une faible réduction des inégalités
L’Etat -Providence actuel réduit peu ou mal les inégalités • • On s’aperçoit tout d’abord que le « filet » de la protection sociale « a des trous », c’est-à-dire qu’une partie de la population ne bénéficie pas du système de protection et reste exposée aux risques sociaux. Le système français, bâti dans les années 50, est adapté pour protéger les travailleurs stables et leurs familles. Mais les jeunes chômeurs, les chômeurs en fin de droits, les mères célibataires ne pouvant pas cotiser, ne bénéficiaient pas des prestations. Il a fallu la création du RMI et de la CMU pour corriger un peu cette défaillance

Mais le système de protection sociale redistribue parfois « à l’envers » de ce qui était prévu, et profite plus aux riches qu’aux pauvres. C’est par exemple le cas des dépenses maladie. En effet, les personnes de milieu favorisé vivent plus longtemps et surtout ont plus spontanément recours aux soins médicaux : ils profitent donc plus de la couverture maladie que les plus pauvres

B. Un gaspillage d’argent public
Les dépenses de protection sociale sont mal régulées ce qui conduit à un gaspillage de l’argent public. Quand on dit que les dépenses sont « mal régulées », cela signifie que l’on n’arrive pas à les contrôler, c’est-à-dire à sélectionner celles qui sont justifiées au regard des objectifs que l’on poursuit. C’est tout particulièrement le cas des dépenses de santé. Comme l’assurance maladie les rembourse aux patients, ceux-ci n’ont aucun intérêt à en limiter l’usage (elles ne leur coûtent rien, et de toute façon, les malades sont rarement en position de juger de la pertinence des soins qu’ont leur propose). Mais les professions médicales n’ont pas non plus intérêt à freiner les dépenses de santé qui constituent leur source de revenu. On a ainsi une envolée des dépenses, sans rapport forcément avec l’efficacité médicale.

III.

La crise de légitimité (5 p 205)

La crise de légitimité de l’Etat- Providence est une interrogation sur la justification morale et politique des systèmes de protection sociale. Jusqu’où l’Etat doit-il prendre en charge les individus ? Doit-il se substituer aux mécanismes de solidarité traditionnels ? Et à trop vouloir protéger les individus contre les risques de la vie, ne va-t-on pas les déresponsabiliser ? On a là une rediscussion des objectifs de la protection sociale. Par ailleurs, et dans le même ordre d’idée, se pose aussi la question de la rationalité économique des dépenses de protection sociale.

A. Le risque de déresponsabilisation individuelle
On reproche souvent à l’Etat providence de développer une culture de l’assistance, de faire perdre aux individus les sens de leur responsabilité. Dès lors que la société procure une aide en cas de difficulté, on n’a plus à se soucier de risques que l’on court, on se repose sur l’idée que la collectivité interviendra en cas de malheur. Par exemple, la gratuité des secours en haute montagne incite les touristes à prendre de plus en plus de risques inconsidérés. De même, pourquoi un travailleur chercherait-il un emploi payé au SMIC s’il peut bénéficier sans travailler d’allocations d’un montant voisin du SMIC. Au-delà de cet effet pervers sur le comportement des individus, on peut dénoncer ici un recul du lien social dans la mesure où les individus ne pensent plus qu’à leurs droits sur la société (et donc sur les autres) et oublient les devoirs qu’ils ont envers elle (et donc envers les autres). C’est en cela que l’on peut parler de déresponsabilisation.

B. Un affaiblissement de la protection sociale
La protection sociale peut paradoxalement affaiblir le lien social. Il y a un risque, que certains dénoncent, d’affaiblissement du lien social engendré par le système de protection sociale : l’Etat ayant pris en charge la protection des individus, ceux-ci se sont dégagés des liens et des solidarités traditionnelles - notamment les solidarités familiales et de voisinage. C’est potentiellement une forme d’individualisme triomphant qui se développe : dès lors que l’on a payé nos impôts, nous ne nous sentons plus responsable d’autrui (pourquoi m’occuper de mon voisin puisque l’Etat a mis en place un système qui est précisément sensé pourvoir à ses besoins ?). Cela peut expliquer en partie l’exclusion : ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ne sont plus protégés par le système, ne trouvent plus aucun secours dans la société, et sont renvoyés à leur responsabilité individuelle sur un mode très culpabilisant.

C. Des dépenses rationnelles ? 1. Une conception libérale
C’est une des questions cruciales qui est invoquée pour remettre en cause l’Etat providence. Toutes les ressources utilisées pour financer les prestations sociales font défaut aux dépenses qui assurent la compétitivité de l’économie, sa capacité d’innovation et donc de croissance. Une forte critique adressée par les économistes libéraux à l’Etat providence est que les sommes ainsi détournées de l’investissement ralentissent la croissance économique et donc la capacité à financer la protection sociale. Nos sociétés modernes vivraient « au-dessus de leurs moyens », plus soucieuses qu’elles sont de dépenser leurs richesses plutôt que de les produire. 2. Qui peut être critiquable

On voit qu’on assiste à une remise en cause assez radicale de la solidarité collective. Que peut-on en penser ? Il y a incontestablement des dérives de l’Etat providence, mais les résultats obtenus dans les pays en pointe pour le recul de la protection sociale publique, comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, laissent sceptiques. Dans ces pays, en effet, des coupes claires ont été opérées dans les budgets sociaux. Dans le même temps, les inégalités se sont fortement accrues, le nombre des gens sans protection sociale s’est fortement accru, ce qui se traduit par un recours plus difficile au système de soins et par des conditions de vie de plus en plus précaires pour une partie croissante de la population, y compris parfois celle ayant un emploi. Une vidéo d’écodico de BNP Paribas sur la crise de l’Etat-Providence : ici

Sur Alternatives économiques: Reconstruire le lien social Un article de Sciences humaines: Protection sociale : où va-t-on ? Sur la vie des idées, un entretien avec S.Paugam sur pauvreté et solidarités: ici et La société française à l’épreuve de la réforme des retraites

Partie IV – Les raisons de cette évolution
I. La montée de l'individualisme rend plus difficile le fonctionnement des instances d'intégration sociale (repris de brises)

Tout le monde semble s’entendre aujourd’hui pour dire que les sociétés modernes sont individualistes – on dit même parfois que la civilisation occidentale a « inventé » l’individualisme. Mais la signification exacte de cette montée de l’individualisme n’est pas toujours très claire. De même, on convient généralement de ce que cet individualisme menace la cohésion sociale, mais sans préciser par quels mécanismes. C’est donc à ces questions que nous allons essayer de répondre maintenant. Nous montrerons aussi que l’individualisme n’est pas forcément un phénomène négatif, même du point de vue de l’intégration sociale.

Les liens familiaux fragilisés par l’individualisme. La réduction de la taille des familles, conséquence des divorces et du plus petit nombre d’enfants, diminue de manière mécanique le nombre de personnes avec qui l’individu a des liens familiaux. Cela signifie que la solidarité familiale sera limitée à un nombre réduit de personnes. La diminution du nombre de mariages et la hausse des naissances hors mariage montrent aussi ce qu’on peut appeler une désinstitutionnalisation de la famille : elle est de moins en moins une institution normée (toutes les familles ont les mêmes formes), et repose de plus en plus sur les choix des individus. Rester ensemble ne va plus de soi, et le lien familial est plus fragile. La socialisation et le contrôle social qu’exerçait la famille, c’est-à-dire transmettre des normes et des valeurs et veiller à leur respect, sont plus difficile à exercer, parce que, dans une société individualiste, la tolérance et l’épanouissement personnel sont devenu primordiaux. L’école face aux comportements calculateurs. Nous avons vu plus haut le rôle de l’école dans la construction d’une culture commune. Mais du fait de l’importance du diplôme dans l’accès à l’emploi, les familles développent des stratégies scolaires vis-à-vis des diplômes : choisir la bonne filière, le bon lycée, la bonne option, la bonne université, etc. Le calcul l’emporte de plus en plus sur le rapport gratuit à la culture : l’élève veut bien travailler, mais à condition que « ça rapporte ». Ces comportements sont compréhensibles dans la mesure où l’accès à l’emploi est de plus en plus difficile, mais ils vont à l’encontre de certains objectifs de l’école. L’égalité des chances, par exemple, est remise en cause par la différenciation précoce des parcours scolaires. De même, la diffusion d’une culture commune est parfois sacrifiée au profit de l’acquisition de compétences « utiles » pour le cursus scolaire et l’intégration professionnelle. L’engagement citoyen est confronté aux calculs d’intérêt. La crise de la citoyenneté politique, qui se manifeste surtout par le développement de l’abstention, peut être analysée comme une conséquence de l’individualisme. Dans une société ou les individus ont accès à un certain confort matériel, les citoyens sont moins intéressés par les affaires publiques, qui ne les concernent pas directement. Déjà au 19ème siècle, Alexis de Tocqueville prédisait que la démocratie serait un jour confrontée à l’indifférence des citoyens : est-on en train de vivre ce phénomène ? Il faut d’ailleurs le rapprocher du comportement de « passager clandestin » qu’on a étudié dans le cas des conflits sociaux. Cependant, l’individualisme n’est pas l’égoïsme, et il n’est pas forcément négatif. Dans le langage courant, on tend parfois à assimiler l’individualisme et l’égoïsme, mais c’est abusif. Alors que l’égoïsme est le fait de faire passer avant tout son intérêt personnel, l’individualisme consiste en un développement dans la société des droits et des responsabilités individuelles, favorisant l’initiative et l ‘indépendance des individus. Mais on peut être individualiste et altruiste, si l’on se soucie des autres par une inclination de sa propre volonté, pas au nom d’un devoir social. De plus, la montée de l’individualisme n’est sans doute pas aussi dangereuse qu’on veut parfois le croire. Par exemple, les liens familiaux, s’ils se transforment, restent souvent extrêmement vivaces : les liens intergénérationnels sont encore très forts, l’enfant devenant une valeur centrale de la famille. Ils se

développent même avec l’allongement de l’espérance de vie des grands-parents. De même, si la participation politique décline, l’investissement citoyen reste fort mais sous des formes renouvelées, notamment dans des associations humanitaires dont le caractère politique est évident. On le voit, si la montée de l’individualisme complique beaucoup la mécanique de l’intégration sociale, c’est sans doute surtout parce qu’il l’oblige à s’adapter à une nouvelle mentalité, à de nouvelles valeurs.

Un article de P.Y.Cusset: [Horizons stratégiques] - Les évolutions du lien social, un état .

II.

Universalisme, communautarisme et cohésion sociale : de qui doit-on être solidaire ? (repris de Brises)

Un autre défi auquel doivent faire face les sociétés modernes est la montée du communautarisme : la nécessité du lien social ne semble plus aller de soi aujourd’hui, et il y a une tendance à se replier sur la communauté ethnique ou religieuse, la région, ou même sur la sphère privée (soi-même, la famille). Alexis de Tocqueville avait déjà envisagé ce repli des individus sur des appartenances intermédiaires et le délitement du lien politique et social national dans les sociétés démocratiques modernes. Nous allons tenter d’expliquer cette mutation et d’en montrer les dangers potentiels.

Le modèle de l’individualisme universaliste. Le modèle de cohésion sociale qu’appliquent les sociétés modernes est fondamentalement basé sur l’individualisme. En effet, il s’est construit sur la fin des solidarités intermédiaires (famille, religion, ethnie, territoire, …), affaiblies par les mutations sociales comme l’urbanisation, la déchristianisation, la réduction de la taille des familles. Le développement d’un lien politique national, d’une culture et d’une protection sociale nationales a renforcé ce mouvement d’individualisation en même temps qu’il s’appuyait dessus. Tout se passe comme si aujourd’hui le lien social se tissait directement entre l’individu et l’ensemble de la société représenté le plus souvent par l'Etat ou les Adminsitrations publiques, ce qui permet d’un point de vue positif d’émanciper la personne des vieilles attaches issues de la société traditionnelle. Il y a aussi une forme de rationalisation de la solidarité, dont on recherchera l’efficacité et dont on discutera les buts. On est dans ce qu’on appelle un individualisme universaliste : « individualisme » parce qu’on met en avant les droits individuels, « universaliste » parce que ces mêmes droits sont reconnus à tout le monde.

Les limites d’un universalisme trop abstrait. L’inconvénient de ce modèle de solidarité est qu’il débouche sur une pratique « froide » du lien social, parce qu’anonyme et administrative. Les prestations sociales, par exemple, ne s’accompagnent certainement pas d’autant de chaleur humaine, de liens affectifs, que l’entraide familiale ou de voisinage. De même, quand on paie ses cotisations sociales ou ses impôts, on fait un acte de solidarité, mais qui peut ne plus être perçu comme tel, ni par soi, ni par ceux qui en profitent, parce qu’il passe par l’interface de la Sécurité Sociale ou de l’Etat. A la limite, cette anonymisation du lien détruit le sentiment de solidarité parce que les individus se sentent dispenser personnellement du devoir d’entraide dès lors qu’il est assumé collectivement. Ce mouvement est renforcé aujourd’hui par l’affaiblissement des identités nationales dans un contexte de paix durable (les conflits aident à « souder » les communautés nationales !) et de mondialisation économique et culturelle. Le communautarisme et la recherche d’un lien social moins abstrait. A l'opposé du mouvement d’universalisation et de rationalisation du lien social que nous venons d’évoquer, on constate aussi une tendance inverse de reconstitution de liens communautaires, basés sur l’appartenance, sur l’identification de l’individu à un groupe intermédiaire. On trouve ainsi, par exemple, des médias de type communautaire (« Pink TV », « Filles TV »). Vous avez aussi entendu parler des revendications régionalistes (Corse, Pays Basque, Lombardie, …) : utilisation de la langue régionale comme langue administrative ou langue d’enseignement (ce qui discrimine évidemment ceux qui ne sont pas originaires de la région), autonomie financière qui remet en cause la redistribution fiscale entre régions et donc la solidarité nationale. Le développement des signes d’appartenance religieuses ostensibles (on pense bien sûr au voile, mais ce n’est pas le seul exemple) est également l’indice d’une montée du communautarisme religieux. Ces mouvements peuvent être vus comme l’expression d’une forme d’individualisme : les individus affichent leurs particularités pour marquer leur autonomie vis-à-vis de la société (c’est surtout vrai pour les identités minoritaires). En ce sens on peut parler d’individualisme communautaire. Mais ce sont aussi des formes de lien social moins abstraites, peut-être aussi plus spontanées, et qui tissent souvent des solidarités de proximité. Il est par exemple plus facile de se fabriquer une identité en marquant son appartenance à un groupe clairement différencié des autres. Et des mouvements de solidarité de voisinage (en cas de catastrophe naturelle par exemple) sont plus ressentis comme des gestes personnalisés. Mais le communautarisme peut déboucher sur une remise en cause de la cohésion sociale. Le communautarisme menace le lien politique, car si on cultive les différences entre les groupes constituant la société, on met forcément à mal l’idée de citoyenneté qui se fonde justement sur les points communs et non les différences entre individus. Dans les cas extrêmes, on peut arriver à ce que les groupes aient des représentations politiques distinctes. Un autre danger du communautarisme est qu’il peut limiter l’ampleur de la solidarité en la réservant au groupe (un parti politique français demande par exemple des systèmes de sécurité sociale séparés pour les immigrés et les Français).

Un article du Monde Patrick Lozès : "la lutte contre le communautarisme ne peut être …
Sur Scéren, Interview de Dominique Schnapper Sociologue, directrice d’études à l’EHESS À lire L’universel républicain revisité Dominique Schnapper À lire (PDF, 107 ko)

Une vidéo de Canal U: Multiculturalisme, pluralisme et communautarisme
Pour la crise du lien social fondé sur la religion : ici

Deux articles de Sciences humaines :Lien social. Crise et recomposition Le lien social en crise ? Un podcast d'une interview de R.Castel sur La vie des idées: Retour sur la question sociale

Chapitre changement et solidarités sociales

Notions du référentiel : exclusion, pauvreté, anomie, déviance

Fiche 3 – L’exclusion, la question centrale du XXI° siècle

Introduction :
Comme l’indique S Paugam dans l’exclusion : l’état des savoirs : « En France l’exclusion est devenue au cours des dix dernières années, une notion familière presque banale, tant il en est question dans les commentaires de l’actualité, dans les programmes politiques et dans les actions menées sur le terrain (...). L’exclusion est désormais le paradigme à partir duquel notre société prend conscience d’elle-même et de ses dysfonctionnements, et recherche, parfois dans l’urgence et la confusion des solutions aux maux qui la tenaillent. La communauté scientifique peut ,à juste titre, relever le caractère équivoque de cette notion si diffuse qu’elle en perd toute signification et souligne les incohérences du débat qu’elle suscite ». Il semble que cette citation résume en partie toutes les difficultés à définir le terme exclusion : • c’est un mot d’usage récent : - il apparaît dans les année 60 pour caractériser la situation d’une population identifiée comme faisant partie du quart-monde qui malgré la forte croissance économique des années 60 n’arrive pas à s’intégrer au modèle de consommation qui se développe alors. - Puis ce terme disparaît pour réapparaître au début des années 80 mais en prenant un sens différent : l’exclusion résulte désormais de la dégradation du marché de l’emploi et d’affaiblissement des liens sociaux. • C’est un terme équivoque, mal ou peu défini et dont en plus la définition évolue au cours du temps. • C’est un terme qui est utilisé par des acteurs sociaux différents pour caractériser des réalités n’ayant que peu de points communs ; et porter des jugements sur les populations concernées antinomiques ( des victimes de la société ou des parasites sociaux) • C’est un terme qui est assimilé à des mots décrivant des réalités différentes : les exclus contrairement à ce qui est souvent affirmé ne sont pas des marginaux.
L a distinction exclu, marginal et déviant : comme l’indique D Schnapper : Le marginal vit en marge de la société mais il est dans la société , l’exclu lui se trouve en dehors . L’exclu ne peut être non plus assimilé sans risque au déviant : on retrouve ici un jugement de valeur considérant que les exclus les pauvres sont , comme l’écrivait Chevallier , des classes laborieuses donc des classes dangereuses

Partie1 – Pauvreté et déviance : des concepts différents I. Définitions et mesures de l’exclusion .

Comme l’écrit P Rosanvallon dans la nouvelle question sociale tous les phénomènes d’exclusion comportent la même leçon : « l’approche statistique classique est inadéquate à leur compréhension (...) : • Cela n’a aucun sens d’essayer d’appréhender les exclus comme une catégorie, ce sont les processus d’exclusion qu’il faut prendre en compte. • La situation des individus concernés doit en effet être comprise à partir des ruptures des décalages et des pannes qu’ils ont vécus Conséquence : Il ne sert donc pas à grand chose de compter les exclus : • Cela ne permet pas de les constituer en objet d’action sociale. • L’important est d’abord de bien analyser la nature des trajectoires qui conduisent aux situations d’exclusion en tant qu’elles sont chaque fois les résultantes d’un processus particulier ». La méthode à utiliser : La compréhension de l’exclusion nécessite donc avant tout : • de multiplier les analyses biographiques pour mieux saisir comment les exclus sont arrivés dans la situation dans laquelle ils se trouvent. • Il faut étudier précisément les trajectoires, les ruptures qui de la précarité ont pu à terme faire tomber l’individu dans l’exclusion . • On se rend alors compte qu’aujourd’hui l’exclusion résulte d’un faisceau de causes dont l’essentielle ( mais pas la seule : cf. la solitude des personnes âgées qui se sentent abandonnés , cf. les paysans étudiés par P Bourdieu qui ont l’impression d’avoir perdu leur vie quand leurs enfants ne veulent pas prendre leur suite ) semble bien être la perte de l’emploi. Pour plus de précisions: ici Conséquences : On peut donc penser que l’exclu : • n’est pas seulement celui qui n’a pas un revenu suffisant pour s’intégrer au mode de vie moyen de la population,

et donc que les mesures de traitement social de l’exclusion, telles que le RMI, aussi essentielles soient-elles ne permettront pas à elles seules de réinsérer les individus dans la société.

La dimension économique de l’exclusion par BNP Paribas : ici Sur le site Vie publique Un exclu est-il encore un citoyen ? - Une citoyenneté en crise …

II.

La déviance

A. Un concept difficile à définir
Selon HS Becker la déviance a reçu plusieurs définitions qui sont plus contradictoires que complémentaires et qui contribuent à entretenir le flou sur cette notion :

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une première approche de la déviance est statistique : est déviant tout ce qui s’écarte par trop de la moyenne, cela n’explique ni comment est définie la déviance, ni de quoi elle résulte. Une deuxième approche définit la déviance comme quelque chose de pathologique révélant l’existence d’un mal social. Cette conception n’est pas sans poser des problèmes : quel mal, quelle origine. Cela conduit souvent à reprendre le jugement profane qui considère que la déviance ne vient pas du corps social, mais de l’individu. une troisième approche , celle des fonctionnalistes , que seraient déviants, dysfonctionnels les éléments qui remettent en cause la stabilité , l’équilibre d’une société . Cela suppose qu’il y a accord de tous les membres de la société sur les fonctions qui assurent la stabilité, ce qui n’est pas généralement le cas. Une quatrième approche serait de considérer comme déviants les individus qui ne respectent pas les normes définies par le groupe. Ceci suppose qu’il existe un accord sur les normes. selon Becker: Est déviant celui que la société étiquette comme déviant parce qu’il ne correspond pas aux normes que la société a édicté. Becker démontre que l’individu qui est désigné par la société comme déviant n’a pas forcément transgressé les normes de la société, ce n’est pas lui qui rejette la société, c’est la société qui le rejette.

• •

B. L’analyse de Merton
Merton dans son analyse distingue deux éléments : • La société définit des objectifs légitimes qui sont hiérarchisés en fonction de la valeur que la société leur accorde, les individus cherchent donc à atteindre ces objectifs mais alors se pose le problème des moyens que l’on peut utiliser pour y arriver

Comme pour les objectifs Merton considère que la société définit des moyens légitimes pour atteindre les buts valorisés, moyens qui ne remettent pas en cause l’équilibre de la société. Se pose alors le problème de la congruence entre les objectifs légitimes et les moyens légitimes dont disposent les individus - soit les individus peuvent atteindre par des moyens légitimes les buts valorisés par la société et l’équilibre est alors maintenu soit la société n’est pas capable d’assurer la congruence entre moyens et objectifs légitimes, alors les individus qui peuvent atteindre les objectifs légitimes par les moyens légitimes vont adopter un comportement qui les conduits à utiliser les moyens les plus efficaces pour atteindre leurs buts même si cela doit se faire en dehors du cadre défini par la société . La société devient alors instable et présente des phénomènes d’anomie (attention la définition de l’anomie au sens de Merton est différente de celle de Durkheim ).

Certains individus adoptent alors un comportement : l’innovation : ceci correspond au comportement déviant selon Merton :

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la société incitant les individus à valoriser plus les objectifs légitimes (la réussite sociale par exemple) que les moyens légitimes pour les atteindre l’individu va utiliser les moyens qui lui semblent les plus efficaces , seul le résultat final étant pris en compte . Ce comportement selon Merton est caractéristique de la société américaine qui valorise tellement la réussite sociale qu’elle conduit les individus à contourner les normes qu’elle a pourtant définies.

Pour les 5 types d’adaptation des individus : ici

C. L’analyse interactionniste de la déviance
Pour une critique de l’analyse de Merton de la déviance : ici 1. Une création de normes

Il paraît donc important de savoir comment et par qui sont créées les normes : • Becker considère qu’elles sont le fait de véritables croisés qui veulent extirper le mal, le vice de la société, qui considèrent que le mauvais fonctionnement de la société résulte de l’absence de normes. Ils vont alors définir des normes qui correspondent à leur vision de la société qui semble à Becker intransigeante. • Une fois la norme fixée, il faut déterminer des individus, des populations qui se situent en dehors de la norme et qui seront alors considérées comme déviantes, qui seront stigmatisées pour leur non-conformité ou mis en dehors de la société . • l faut donc faire respecter les normes,ce qui nécessite la création d’un corps de professionnels qui font respecter les règles, qui par leur action déterminent une population déviante a priori. 2. Les répercussions du processus de stigmatisation : La théorie de l’étiquetage

On peut alors se demander à quel point le fait d’être défini comme déviant ne conduit pas l’individu à adopter un comportement déviant ? C’est la théorie de l’étiquetage qui considère que : • l’on devient délinquant quasiment par héritage social. Le criminel se trouve en présence de systèmes de valeurs concurrents, et il va construire sa personnalité en prenant en compte les opinions des autres à son égard. • Le simple fait d’appartenir à un milieu social où règne la délinquance va lui permettre de se construire une identité par réaction et en intégrant les attentes de ceux qui littéralement lui collent une étiquette de mauvais garçon. • Le déviant est ainsi celui qui est désigné comme tel par le reste de la société conformiste. Pour un exemple de déviance : les bandes dans les banlieues (cf dossier 4 p 208-209) : ici Sur Melchior, Melchior - Le site des sciences économiques et sociales: 2.4 Sur le site de L.Mucchieli, Déviance

Un cours de Bordeaux II , LES THEORIES DE LA DEVIANCE Introduction : La déviance dans les ...

Partie 2 – Les solutions mises en œuvre en France I. Le Revenu Minimum d’Insertion :une réponse utile mais limitée à l’exclusion

A. Présentation
Le 1er décembre 1988 la France se dotait d’une nouvelle loi sur le traitement de la pauvreté et de l’exclusion qui était l’expression d’une volonté collective de renforcer la cohésion sociale. Cette loi reposait sur deux logiques complémentaires : • assurer un revenu minimum aux plus démunis qui permet aux allocataires de couvrir leurs besoins fondamentaux, mais dont en même temps les modalités d’application sont suffisamment restrictives pour ne pas être désincitatives au travail : le RMI est ainsi nettement inférieur au salaire minimum (ceci relève de la logique méritocratique). • Réinsérer les individus dans la société en leur donnant des moyens financiers leur permettant de restaurer leur image sociale, mais surtout en leur donnant une formation qui devrait déboucher à terme sur un travail . L’allocataire est donc, de ce point de vue obliger de faire des stages démontrant sa volonté de sortir de l’exclusion . On retrouve ici l’idée traditionnelle selon laquelle les pauvres ont des efforts à faire. Pour les publics touchés : ici

B. Un constat ambigu
1 - les effets positifs
La perception du revenu minimum a permis aux allocataires de couvrir un certain nombre de besoins essentiels : • La sécurité matérielle a été complétée par l’amélioration importante de la couverture maladie qui bénéficie désormais à 97 % des Rmistes. La création de la CMU a permis de rendre universelle la prise en charge de la couverture maladie. • L’ouverture des droits a, de surcroît, permis aux allocataires d’améliorer leurs conditions de logement. • il semble aussi que le RMI ait renforcé la solidarité familiale. • Mais surtout le RMI a permis aux allocataires, selon B Perret et G Roustang: « de disposer d’argent (ce qui) dans notre société est une composante essentielle du statut personnel. Pouvoir payer, au lieu d’utiliser des bons alimentaires, change l’image des Rmistes pour eux-mêmes et leur entourage. • Grâce au RMI, certains peuvent posséder à nouveau ou pour la première fois un carnet de chèques, signe visible de l’intégration économique sinon sociale. » Remarque : en 1999 a été votée la loi créant la Couverture Maladie Universelle qui est destinée à favoriser l’accès aux soins des plus démunis et donc à garantir une couverture aux 6 millions de personnes qui avaient renoncé à se soigner faute de ressources suffisantes.

2 - les limites .
Néanmoins le RMI n’a pas véritablement atteint ses objectifs qui étaient de réinsérer par le retour à l’emploi l’individu dans la société : • En effet une majorité de Rmistes ne sont pas sortis du RMI, par exemple en 1991, seuls un tiers des allocataires inscrits un an plus tôt ont un emploi ou suivent une formation • Ceci entraîne une forte augmentation du nombre d’allocataires qui est passé de 335 000 en 1998 à près de un million aujourd’hui. Conclusion : On peut alors en conclure que le RMI qui devait correspondre à une période transitoire de la vie d’un individu est entrain de s’inscrire dans la durée : quand on devient Rmiste on a une forte probabilité de le rester. Les explications : Cette absence de perspective d’avenir pour les allocataires résulte de la faillite du système d’insertion qui est due principalement à trois raisons : • manque de mobilisation des acteurs locaux ( entreprise, collectivités locales , élus) en faveur de l’insertion qui s’est parfois traduite par la non dépense des sommes affectées à l’insertion . Ainsi le taux d’insertion varie de 30 à 80% selon les départements. • paradoxalement on observe aussi une insuffisance des moyens affectées à la formation : la formation représente seulement 20 % de l’allocation elle devrait au minimum en représenter 60 % . Dés lors les stages sont des stages parkings qui n’offrent pas véritablement de formation et qui ne débouchent pas sur un emploi. • L’allocataire est aujourd’hui obligé de suivre des stages pour s’insérer mais en contrepartie l’Etat n’a aucune obligation d’insertion de l’individu il y a de fait selon Perret et Roustang « une certaine inégalité entre les deux parties » . L’insertion ne pouvant être réalisée tant qu’un nombre insuffisant d’emplois est créé. Finalement on peut se demander avec Roustang et Perret si l’allocation n’avait pas pour but de freiner la dérive de l’illégalité comme le dit un Rmiste « si on ne l’avait pas, on serait où, au bord de la révolution ? ».

II.

Vers une activation du RMI : Le Revenu Social d’ Activité (RSA)

Pour une présentation du Revenu Minimum d’Activité proposé par le gouvernement Raffarin : ici

A. Le constat établi par M Hisrch pour justifier la création du RSA
M.Hirsch note : • le nombre de Rmistes n’a pas diminué • pour un Rmiste, il n’est pas toujours intéressant financièrement de reprendre un travail Pour l’analyse de M.Hirsch : ici

B. Qu’est ce que le RSA ?
Le RSA est une prestation qui se substitue et transforme le RMI, l’API et, le cas échéant, d’autres minima sociaux, les systèmes d’intéressement des minima sociaux et la PPE. La substitution permet la simplification et la transformation permet l’efficacité. Juridiquement, c’est une prestation sociale qui : – remplace le RMI, l’API et, le cas échéant, d’autres minima sociaux, en l’absence de revenus d’activité ;

– complète les revenus d’activité en fonction de la composition de la famille quand un ou plusieurs membres de la famille travaillent, en remplaçant la PPE. Le RSA offre à ses bénéficiaires un complément de revenu qui s’ajoute aux revenus d’activité quand la famille en perçoit, pour leur permettre d’atteindre un niveau de ressources qui dépend de la composition familiale et du montant des revenus du travail. L’allocation perçue est égale à la différence entre ce revenu garanti et les ressources du foyer. Contrairement au RMI qui est une allocation différentielle, le RSA est un dispositif dont le montant diminue chaque fois que les revenus augmentent mais dans une proportion moindre que cette augmentation, garantissant ainsi une progression régulière des ressources globales du ménage. Il s’agit en substance de permettre aux bénéficiaires de cumuler les revenus tirés du travail et une fraction de prestation sociale en faisant en sorte que les revenus du travail soient le socle des ressources. Pour en savoir plus : ici Le site du gouvernement : http://www.rsa.gouv.fr/

C. Les objectifs du RSA
Selon M Hirsch les objectifs du RSA sont :  « Le RSA sera incitatif au retour à l’emploi ?donnera de la visibilité aux personnes sans emploi sur l’évolution de leur revenu en cas de reprise d’emploi.La création du rSa doit permettre, pour les personnes exerçant une activité faible ou nulle,quelle que soit la situation de départ, que le produit de chaque nouvelle heure travaillée puisse améliorer le revenu final de la famille en supprimant les « effets de seuil ».Il s’agit de rendre le retour à l’emploi ou l’augmentation du temps de travail financièrement intéressants, tout en les facilitant par un meilleur accompagnement.  Le RSA augmentera le soutien financier à destination des ménages pauvres qui travaillent à temps partiel ou de façon intermittente et ne touchent pas aujourd’hui la PPE. Pour les personnes avec une activité professionnelle à temps partiel ou discontinue, la prestation doit garantir que les ressources globales permettent de franchir le seuil de pauvreté avec une quotité de travail plus faible qu’aujourd’hui tout en créant les mécanismes d’accompagnement permettant d’accéder à des emplois de meilleure qualité. Le rSa assurera un soutien financier à destination de tous les ménages à revenus modestes. Pour les personnes avec une activité professionnelle à temps plein ou proche du temps plein, il permet d’assurer un complément de revenu significatif et adapté à la configuration familiale.  Le RSA rendra les systèmes de prestations sociales de soutien aux revenus plus compréhensibles par les citoyens. Pour tous, la création du RSA permet de simplifier le système des aides et de rendre l’ensemble plus lisible pour les bénéficiaires, les revenus plus prévisibles pour les familles, les transferts plus faciles à expliquer et à solliciter pour les accompagnants sociaux. »  Le RSA réduira le nombre d’interlocuteurs pour les familles en situation de pauvreté.  Le RSA préviendra les ruptures dans les parcours d’insertion professionnelle en évitant l’entrée et la sortie dans des prestations cloisonnées.  Le RSA mettra fin à la stigmatisation des bénéficiaires de minima sociaux en les rendant bénéficiaires d’une prestation large, plus universelle. Pour tous, il accroîtra les incitations à sortir du secteur informel et luttera contre le travail dissimulé, au bénéfice des salariés concernés. »

Le figaro : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2009/11/30/04016-20091130ARTFIG00680-le-rsa-a-atteint-un-quart-de-sa-cible-enquatre-mois-.php http://www.lefigaro.fr/economie/2009/06/01/04001-20090601ARTFIG00001-le-rsa-entre-en-vigueur-et-se-substitue-aurmi-.php http://www.lefigaro.fr/economie/2009/05/22/04001-20090522ARTFIG00029-les-tests-du-rsa-se-revelentconcluants-.php Libération : http://www.liberation.fr/economie/0101602796-le-rsa-contribue-a-favoriser-l-emiettement-du-travail http://www.liberation.fr/societe/0101570581-il-y-a-des-risques-de-derives
Sur la vie des idées , Le RSA et les défis de la solidarité

Pour un bilan du workfare et de l’activation de la protection sociale

III.

La nécessité d’une politique plus préventive .

Cette idée d'un continuum allant de l'intégration à l'exclusion et sur lequel peuvent se dessiner des zones de sécurité (maximale), de fragilité et d'insécurité (maximale), avec des lignes de glissement et de rupture, a été approfondie récemment par R. Castel Son hypothèse est que toutes les situations sociales aujourd'hui problématisées expriment un mode particulier de dissociation du lien social, qu'il appelle la désaffiliation. La désaffiliation sociale est, dans l'hypothèse-de Castel, l'effet ou la résultante de la, conjonction de deux processus : un processus de non-intégration par le travail (et dans le monde du travail) d'une part, et un processus de non-insertion dans les réseaux proches de sociabilité familiale et sociale. Le croisement de ces deux axes (Intégration-non-intégration par le travail et Insertion-non-insertion dans des réseaux de relations sociales) permet alors de distinguer les diverses zones suivantes entre lesquelles les frontières sont poreuses et qui désignent plusieurs types de statuts sociaux (voir schéma ci-dessus) : - zone d'autonomie (intégration + insertion) : les "intégrés-insérés" (statut social le plus favorable) - zone d'individualisme sans attaches (intégration sans insertion) : les "individualistes-autosuffisants" - zone de vulnérabilité (intégration et insertion miniminales) ; les "vulnérables » - zone d'assistance (non-intégration + insertion) : les "assistés" - zone de désafiiliation maximale (non-intégration + non-insertion) : les "exclus" (statut social le plus défavorable). En savoir plus : ici A travers l’analyse de R Castel on se rend bien compte que les mesures telles que le RMI pour nécessaire qu’elles soient ne sont en aucun cas suffisantes , elles devraient être couplées avec des mesures préventives qui auraient pour objectif de ne pas faire tomber les individus dans l’exclusion (ou plus exactement dans la désaffiliation pour parler comme Castel). Pour l’analyse de P.Rosanvallon : ici Sur la vie des idées , Pauvreté et solidarité : entretien avec Serge Paugam