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Document 1 – Une crise alimentaire majeure se profile Il y a un an, à la fin du mois de janvier, quand les Mexicains sont descendus dans

la rue pour protester contre l'augmentation du prix de la galette de maïs, beaucoup ont souri. En septembre, quand le même motif a poussé les associations de consommateurs italiens à boycotter vingt-quatre heures durant l'achat de pâtes, le folklore a également semblé prévaloir. A tort, dans les deux cas. Ces mouvements sont en fait le reflet d'une crise majeure : les difficultés accrues que rencontrent de par le monde des centaines de millions de personnes pour se nourrir. La raison est simple : viande et céréales sont devenus inabordables pour les plus modestes, dans les campagnes mais aussi dans les villes, un phénomène nouveau. Le Mexique et l'Italie ne sont pas des cas isolés. Les émeutes de la faim se multiplient. Le Maroc, l'Ouzbékistan, le Yémen, la Guinée, la Mauritanie et le Sénégal ont également été le théâtre de manifestations directement liées à l'augmentation du prix de produits alimentaires de première nécessité. "Ce phénomène inquiète bien davantage les gouvernements que l'augmentation du prix de l'essence", confiait, au Forum de Davos en janvier, le responsable d'un grand organisme international. Signe de l'inquiétude grandissante : alors que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) tente de boucler dans les semaines à venir un accord libéralisant les échanges de produits agricoles, les pays sont, au contraire, de plus en plus nombreux à limiter les exportations de céréales, en instaurant des quotas ou en relevant les taxes de manière parfois prohibitive. Après l'Argentine et l'Ukraine, la Russie et la Chine (exportatrice de maïs) viennent d'adopter de telles politiques restrictives. Leur objectif est clair : privilégier le marché intérieur pour éviter les tensions sociales. L'envolée des prix en 2007 est, il est vrai, impressionnante. Sur un an, l'indice de la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, a bondi de près de 36 %. "En valeur absolue, nous ne sommes pas à des records historiques, mais on a rarement vu de telles variations", constate Abdulreza Abbassian, économiste à la FAO. Plusieurs facteurs se conjuguent. L'augmentation de la demande, la stagnation de l'offre et les coûts croissants du transport maritime. L'augmentation de la demande est une bonne nouvelle. En s'embourgeoisant, Brésiliens, Chinois et Indiens adoptent de nouveaux goûts alimentaires. En moins d'une génération, la consommation de viande par Chinois est passée de 20 à 50 kilos, ce qui a une incidence directe sur la demande de céréales fourragères. Vue la croissance économique des pays émergents, tout indique que ce phénomène va se poursuivre. Comme on dénombre par ailleurs 28,5 millions de bouches supplémentaires à nourrir par an - la population doit passer de 6,5 milliards aujourd'hui à environ 9 milliards dans la deuxième moitié du siècle -, la demande n'est pas près de diminuer. De son côté, l'offre est à la peine. En raison d'aléas climatiques, les récoltes ont souvent été médiocres voire mauvaises dans plusieurs greniers de la planète comme l'Ukraine et l'Australie. Les stocks n'ont jamais été aussi bas depuis trente ans. L'Europe, qui croulait jadis sous ses réserves, devrait cette année importer 15 millions de tonnes de céréales. Un record. La flambée des cours du pétrole provoque, de son côté, un double effet négatif : elle renchérit le coût du transport maritime, qui représente désormais le tiers du prix des céréales. Surtout, elle rend les biocarburants de plus en plus attractifs. Sucre, maïs, manioc, oléagineux sont donc détournés de leur finalité nourricière. "Dans certains pays africains, l'huile de palme est directement indexée sur le prix du pétrole. Les Africaines qui font leur marché n'ont plus les moyens de s'en procurer", constate Josette Sheeran, directrice général du Programme alimentaire mondial (PAM). Celle-ci tire la sonnette d'alarme. "Le PAM nourrit environ 90 millions de personnes sur les 860 millions qui souffrent de la faim. L'augmentation des céréales nous oblige à faire un choix : soit nourrir 40 % de moins, soit diminuer de 40 % les portions offertes", résume-telle. En Haïti, les plus pauvres en sont réduits à se nourrir de galettes d'argile. Pression démographique, croissance économique, réchauffement climatique... A ces trois raisons souvent mises en avant s'en ajoute une quatrième, tout aussi fondamentale : l'erreur des politiques menées jusqu'à présent. Dans son rapport sur le développement publié en octobre 2007, la Banque mondiale le reconnaît sans fard : pendant vingt ans, les responsables ont tout bonnement oublié l'agriculture. Alors que 75 % de la population pauvre mondiale vit dans les espaces ruraux, seulement 4 % de l'aide publique va à l'agriculture dans les pays en développement. Prenant le contre-pied de la politique privilégiée jusqu'ici par le Fonds monétaire international (FMI) et par elle-même, la Banque mondiale reconnaît que la croissance de l'agriculture et donc la réduction de la pauvreté dépendent d'investissements publics dans les infrastructures rurales (irrigation, routes, transports, énergie...).

Ces efforts seront d'autant plus nécessaires que le réchauffement climatique constitue, d'après les experts, un danger majeur pour l'agriculture mondiale. "Les zones touchées par la sécheresse en Afrique subsaharienne pourraient augmenter de 60 à 90 millions d'hectares (...) d'ici à 2060. (...) Le nombre de personnes souffrant de malnutrition pourrait augmenter de 600 millions d'ici à 2080", prévoyait l'ONU en 2007. Chaque étude semble plus pessimiste que la précédente. Le 1er février, la revue Science a publié les prévisions de l'université Stanford de Californie selon lesquelles le sud de l'Afrique pourrait perdre plus de 30 % de sa production de maïs, sa principale récolte, d'ici à 2030. De leur côté, l'Indonésie et l'Asie du Sud-Est verraient leurs principales cultures diminuer d'au moins 10 %. "C'est inquiétant. On ne pensait pas que cela irait si vite", reconnaît la FAO. Il va donc falloir produire davantage. Certains préconisent d'augmenter les surfaces agricoles, mais le réchauffement climatique et l'urbanisation croissante vont plutôt réduire l'espace disponible. Accroître le rendement est également possible. Mais l'agriculture intensive consomme davantage d'eau, un bien qui devient rare et précieux. Reste le développement des organismes génétiquement modifiés, mais leur utilisation est, on le sait, contestée. A l'aube du XXIe siècle, l'agriculture est donc redevenue un problème majeur pour l'humanité.
Frédéric Lemaître LE MONDE | 08.02.08

Document n. 2 - Une nouvelle crise alimentaire menace le monde On n’avait pas connu cela depuis trente ans : les stocks de céréales n’assurent plus que cinquante-sept jours de nourriture à la population mondiale. La réduction dramatique de l’approvisionnement alimentaire risque de plonger le monde dans la plus grave crise qu’il ait connue depuis trente ans. De nouvelles statistiques montrent que les récoltes de cette année seront insuffisantes pour nourrir tous les habitants de la Terre, pour la sixième fois depuis sept ans. Les hommes ont jusqu’ici mangé à leur faim en prélevant sur les stocks constitués durant les années de vaches grasses, mais ceux-ci sont désormais tombés au-dessous du seuil critique. En 2006, selon les estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du ministère américain de l’Agriculture, la récolte de céréales diminuera pour la deuxième année consécutive. Selon la FAO, elle dépassera à peine 2 milliards de tonnes, contre 2,38 milliards en 2005 et 2,68 milliards en 2004, alors que l’appétit de la planète ne cesse de croître, à mesure que sa population augmente. Les estimations du gouvernement américain sont encore plus pessimistes : 1 984 milliards de tonnes, soit 58 millions de tonnes de moins que la consommation prévue pour cette année. La crise qui se dessine est passée largement inaperçue parce que, pour une fois, les récoltes ont chuté dans les pays riches comme les Etats-Unis et l’Australie, qui, en temps normal, sont exportateurs de denrées alimentaires, et non dans les pays les plus affamés du monde. Aussi, ni l’Afrique ni l’Asie n’ont-elles souffert de grande famine. L’effet du déficit se fera sentir progressivement, lorsque les populations pauvres ne pourront plus acheter des aliments devenus trop chers, ou lorsque leurs propres récoltes baisseront. A travers le monde, plus de 800 millions de personnes souffrent de la faim. De 1950 à 1990, les rendements céréaliers ont plus que doublé, et la production est passée de 630 millions à 1,78 milliard de tonnes. Mais, depuis quinze ans, les rendements progressent bien plus lentement, et la production atteint péniblement 2 milliards de tonnes. "Les paysans ont obtenu un résultat extraordinaire en triplant quasiment la récolte mondiale", note Lester Brown, qui préside actuellement l’Earth Policy Institute, un institut de recherche respecté de Washington. "En une seule génération, ils ont presque doublé la production céréalière par rapport aux 11 000 années qui avaient précédé, depuis le début de l’agriculture. Mais maintenant, le ressort est cassé". Outre l’amélioration des rendements, une autre méthode traditionnelle pour doper la production consiste à agrandir la superficie des terres arables. Mais cela n’est plus possible. A mesure que la population s’accroît et que les terres cultivables servent à la construction de routes ou de villes - et s’épuisent en raison de la surexploitation -, la quantité de terres disponible pour chaque habitant de la planète diminue. Elle a chuté de plus de moitié depuis 1950 [de 0,23 à 0,11 hectare par personne]. Pourtant, la production alimentaire permettrait de nourrir correctement tout le monde si elle était bien distribuée. Certes, les habitants des pays riches mangent trop et ceux des pays pauvres pas assez. Mais des quantités énormes de céréales servent également à nourrir les vaches - et les voitures. A mesure que les gens s’enrichissent, ils consomment plus de viande, et les animaux d’abattoir sont souvent nourris au grain. Ainsi, il faut 14 kilos de céréales pour produire 2 kilos de boeuf, et 8 kilos de céréales pour 2 kilos de porc. Plus d’un tiers de la récolte mondiale sert ainsi à engraisser les animaux.

Les voitures sont devenues un autre sujet de préoccupation, depuis que l’on encourage la production de carburants verts pour combattre le réchauffement climatique. Une "ruée vers le maïs" s’est déclenchée aux Etats-Unis, avec l’utilisation d’une partie de la récolte pour produire un biocarburant, l’éthanol - grâce aux subventions considérables du gouvernement Bush qui voudrait de cette façon contrer les critiques concernant son refus de ratifier le protocole de Kyoto. Un seul plein d’éthanol pour un gros 4 x 4, rappelle Lester Brown, nécessite autant de céréales qu’il en faut pour nourrir une personne pendant une année entière. En 2006, la quantité de maïs américain utilisée pour fabriquer du carburant sera égale à celle vendue à l’étranger. Traditionnellement, les exportations américaines contribuent à nourrir cent pays, pour la plupart pauvres. A partir de l’année prochaine, le volume consommé par les automobiles américaines sera supérieur à celui des exportations, et la part disponible pour nourrir les pays pauvres risque bientôt de se réduire. Les usines de production d’éthanol existantes ou en projet dans l’Iowa, la grande région céréalière des Etats-Unis, absorberont pratiquement toute la récolte de cet Etat. Les pauvres affamés seront alors mis en concurrence avec les propriétaires de voitures. Un combat perdu d’avance, si l’on considère qu’ils consacrent déjà 70 % de leurs maigres revenus à la nourriture. Fabriquer des voitures moins gourmandes et manger moins de viande atténuerait le problème, mais la seule solution à long terme est de permettre aux pays pauvres et particulièrement à leurs populations les plus défavorisées - d’accroître les cultures vivrières. Le meilleur moyen d’y parvenir est d’encourager les petits paysans à privilégier des cultures respectueuses de l’environnement. Les études menées par l’université de l’Essex montrent que cela permet de doubler les rendements. Mais le monde doit prendre conscience de l’urgence de la situation. "Nous sommes au bord du gouffre", met en garde Lester Brown. "L’Histoire juge les dirigeants sur leur capacité à faire face aux grands problèmes. Et pour notre génération, le grand problème risque fort d’être la sécurité alimentaire."
Geoffrey Lean The Independent on Sunday Publié en français dans le Courrier International 828 - 14 sept. 2006

Document n. 3 - Le point sur les crises alimentaires En dépit des récoltes record ou abondantes enregistrées en 2006 dans plusieurs régions du monde, notamment dans la plupart des pays d'Afrique et d'Asie, les dernières estimations de la FAO indiquent que des crises alimentaires persistent dans 34 pays à travers le monde. Dans 18 de ces pays, la crise alimentaire résulte en tout ou en partie de troubles civils ou de conflits en cours ou récents; dans les autres pays, elle est due principalement à l'impact des mauvaises conditions météorologiques sur une ou plusieurs des campagnes agricoles les plus récentes. En ce qui concerne l'Afrique de l'Ouest et centrale, au Tchad, la dégradation des conditions de sécurité et l'accroissement des déplacements de population pourraient compromettre la culture de berebere (mil de contre-saison) et limitent considérablement l'accès aux réfugiés soudanais. En Mauritanie et au Niger, les populations déjà touchées, en certains endroits, par les effets cumulés du recul de la production ces dernières années, ont de nouveau rentré de mauvaises récoltes, du fait des conditions météorologiques défavorables, et la situation de la sécurité alimentaire restera précaire. Une aide alimentaire d'urgence reste nécessaire en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Libéria, en Sierra Leone et en République centrafricaine pour un grand nombre de PDI et de réfugiés, suite aux troubles civils. En Afrique de l'Est, les effets des inondations, l'actuelle flambée de fièvre de la Vallée du Rift qui frappe tant le bétail que les humains, la sécheresse localisée et les conflits passés ou en cours continuent de saper la sécurité alimentaire d'un grand nombre de personnes. En Somalie, les conditions dans les districts pastoraux et agro-pastoraux de la région du Juba inférieur, en particulier ceux de Afmadow et Badhadhe, sont particulièrement inquiétantes en raison des inondations survenues à la fin 2006. Selon les estimations actuelles, plus de 450 000 personnes seraient touchées. Après la récolte "gu" (campagne principale) réduite, rentrée en août, au moins 1,8 million de personnes connaîtront des difficultés d'accès à la nourriture, selon les estimations. En Érythrée, un grand nombre de personnes rendues vulnérables par les effets des conflits passés et la sécheresse ont encore besoin d'assistance. En Éthiopie, malgré une bonne récolte, le Bureau de la sécurité alimentaire (FSB) estime qu’environ 7,3 millions de personnes exposées à l'insécurité alimentaire chronique sont tributaires de l'argent liquide ou de l'aide alimentaire fournis par le Programme de protection sociale fondé sur les activités productives et que 2,3 millions d'autres personnes ont besoin de secours alimentaires d'urgence. Au Kenya, les pluies exceptionnellement violentes et les inondations qui ont dévasté certains endroits du pays ont été suivies par une récente flambée de fièvre de la Vallée du Rift, ce qui a accentué le niveau déjà extrême d'insécurité alimentaire dans les zones pastorales. Au Soudan, plus de 4 millions de personnes, principalement dans le sud et l'ouest, restent tributaires de l'aide alimentaire

d'urgence, principalement du fait du conflit. En République-Unie de Tanzanie, les pluies violentes et les inondations constatées en certains endroits ont touché des centaines de foyers. En Ouganda, le conflit, associé à une mauvaise campagne agricole, continue d'affecter la sécurité alimentaire de nombreuses personnes dans le Karamodja. En Afrique australe, les quelques semaines qui précèdent la prochaine récolte, en avril, seront particulièrement cruciales pour les populations vulnérables dans plusieurs pays, du fait de l'épuisement des stocks et du renchérissement des denrées alimentaires. Au Zimbabwe, la crise économique ne cesse de s'accentuer; selon les estimations, 1,4 million de personnes vivant dans les campagnes ne peuvent pas se procurer les céréales nécessaires pour couvrir leurs besoins minimums pendant la campagne 2006/07. Au Lesotho et au Swaziland, les récoltes céréalières ont de nouveau été mauvaises en 2006, ce qui exclut toute possibilité d'amélioration de la sécurité alimentaire dans ces pays. En Angola, en dépit de la croissance économique et de l'augmentation des revenus tirés du pétrole, une insécurité alimentaire localisée continue de toucher environ 800 000 personnes vulnérables. À Madagascar, la situation de la sécurité alimentaire a empiré dans le sud du fait de la sécheresse qui a sévi pendant la dernière campagne et du temps sec persistant au cours de la présente campagne. Dans la région des Grands Lacs, la persistance des troubles civils en République démocratique du Congo a touché de nombreuses personnes qui ont besoin d'une aide alimentaire. Une aide alimentaire est également nécessaire au Burundi suite au faible volume de cultures vivrières rentré en 2006, auquel il faut ajouter la réinstallation des rapatriés et des PDI. En Extrême-Orient, de graves problèmes d'insécurité alimentaire persistent au Sri Lanka, en raison de l'instabilité politique dans les districts du nord-est et des pluies de mousson anormales tombées dans les districts du centre, du sud et de l'est. Au Timor-Leste, la situation des approvisionnements vivriers reste critique pour quelque 100 000 personnes déplacées qui ne peuvent toujours pas rentrer chez elles. Une situation vivrière précaire est signalée au Népal, en particulier dans les districts durement touchés par les sécheresses et les inondations l'an dernier. Aux Philippines, quelque 100 000 personnes dans la région de Bicol, dévastée par quatre typhons consécutifs, ont encore besoin d'une aide alimentaire. La situation des disponibilités alimentaires pour des millions de personnes en République populaire démocratique de Corée donne toujours matière à préoccupation, du fait de la nette diminution de l'aide alimentaire. Au ProcheOrient, en Iraq, le conflit et l'insécurité continuent de perturber l'existence d'un grand nombre de personnes, entraînant le déplacement de centaines de milliers d'entre elles. Dans les pays asiatiques de la CEI, un grand nombre de personnes sont aux prises avec l'insécurité alimentaire en Arménie, du fait des récoltes réduites par la sécheresse rentrées l'an dernier. En Amérique centrale, une aide reste nécessaire en Haïti, en raison des problèmes d'insécurité et de la crise économique qui persistent.