Hors-série

Fête du Trône

«Le “nouveau concept de l’autorité”
est un complément indispensable de
l’évolution démocratique du Maroc»
Le discours de 1999 a d’abord permis au Souverain marocain de définir les
principales responsabilités des autorités, consistant «à assurer la protection
des libertés, à préserver les droits, à veiller à l'accomplissement des devoirs et
à réunir les conditions nécessaires qu'exige l'État de droit».
Entretien réalisé par El Mahjoub Rouane

CHRISTOPHE
BOUTIN, politologue
français, professeur
des universités à
l'Université de Caen.

Le Matin : Le 12 octobre 1999 à Casablanca,
proximité, qui prend en compte les spécificités locales, et
S.M. le Roi Mohammed VI a défini, dans un
dans laquelle l’agent d’autorité intervient pour réguler et
discours prononcé devant les responsables des
pour arbitrer bien plus que pour imposer.
régions, des wilayas, des préfectures et des
C’est pourquoi, et c’est sans doute le troisième point essenprovinces du Royaume, les cadres de l'administiel du discours de 1999, le souverain invitait les agents de
tration et les représentants des citoyens, le
l’État à sortir «des bureaux administratifs» pour rechercher
nouveau concept de l'autorité. Quel regard porune concertation avec les administrés sur le terrain «en les
tez-vous sur ce concept ?
associant à la recherche des solutions appropriées». C’est
Christophe Boutin  : Le «nouveau concept de l’autorité» ce que l’on nomme parfois la démocratie participative,
est un complément indispensable de l’évolution démocra- dans laquelle la société civile, sans d’ailleurs concurrencer
tique du Maroc. Le discours de 1999 a d’abord permis au les instances représentatives institutionnelles, est consultée
Souverain marocain de définir les prinlors de la prise de décision. Respect
Le discours de 1999 a
cipales responsabilités des autorités,
de l’État de droit, proximité et parconsistant «à assurer la protection des
ticipation, nous sommes bien avec
permis au Souverain de
libertés, à préserver les droits, à veiller à
ce «nouveau concept» voulu par
définir les principales
l'accomplissement des devoirs et à réuMohammed VI (et le terme «nouresponsabilités des
nir les conditions nécessaires qu'exige
veau» montre aussi qu’il s’agissait
l'État de droit». Il s’agit donc de placer
de tourner la page de pratiques anautorités, consistant «à
au premier plan le respect d’un cadre
térieures) dans la redéfinition d’un
assurer la protection
juridique résultant d’ailleurs à la fois de
cadre démocratique et moderne
des libertés, à préserver
textes marocains et de conventions ind’action de l’État. On en trouve une
ternationales.
expression récente au titre XII de la
les droits, à veiller à
On pourrait dire que le point focal
Constitution marocaine de 2011,
l'accomplissement des
de cette approche est le rejet de l’arbi«De la bonne gouvernance», et le
devoirs et à réunir les
traire : ce n’est plus son statut qui légifait d’avoir ainsi constitutionnalisé
time l’action de l’agent d’autorité, c’est
ces éléments, les plaçant au plus haut
conditions nécessaires
son rôle d’instrument d’application de
niveau de la hiérarchie des normes,
qu'exige l'État de droit».
la norme. Mais le discours de 1999 a
montre leur place éminente.
aussi permis au souverain de préciser
comment devait être conçue cette application. Le nouveau
Le Maroc a aussi connu en 2008 une réforme
concept, déclarait-il en 1999, est «fondé sur la protection du cadre juridique régissant le statut des agents
des services publics, des affaires locales, des libertés indivi- d'autorité selon une vision moderniste à même
duelles et collectives, sur la préservation de la sécurité et de d'accompagner les mutations imposées par l'oula stabilité, la gestion du fait local et le maintien de la paix verture de l'administration territoriale sur son
sociale». Et il devait insister quelque temps après sur l’ar- environnement. Peut-on parler d'une redéfiniticulation nécessaire entre ce nouveau concept d’autorité tion du rapport administration-citoyen durant
et l’activité économique. On touche ici à une politique de le règne de S.M. Mohammed VI ?
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18 • H ORS-SÉRIE FÊTE DU TRÔNE • AOÛT 2014

la participation à la vie politique locale est la meilleure école de formation du citoyen. le citoyen. c’est une même logique de dialogue qui sous-tend l’approche des rapports entre administration et citoyens. s’ils «assistent» les exécutifs des collectivités. sera sans nul doute un moment fort de la vie politique marocaine des prochaines années. La coupure est ensuite assumée entre élus locaux et agents d’autorité. Pour autant. En posant ces principes à l’article premier de sa Constitution. me semble-t-il. Elle est fondée sur une régionalisation avancée». titulaire de nouveaux droits dans tous ces domaines. social. un des éléments clefs apportés par le Roi Mohammed VI à la vie politique marocaine. d’une part. On peut être plus réservé sur le fait qu’ils «exercent le contrôle administratif». 167 de la Constitution. Elle doit aussi renforcer la participation de la femme à la gestion des affaires régionales et. Elle s’harmonise par ailleurs avec la prise en compte officielle. ce n’est que pour mieux intégrer les décisions locales dans des plans de grande envergure. d’autre part. au long de ces quinze années de règne. C’est le sens des réformes administratives qui ont été faites au Maroc ces dernières années. la possibilité d’engager le dialogue avec les collectivités ou la société civile. 37 walis et gouverneurs que le Souverain a nommés à l'administration centrale et territoriale du ministère de l'Intérieur. car des «mécanismes participatifs de dialogue et de concertation» (art. annoncée par le Souverain dès le début de son règne. En conclusion. le citoyen doit garder à l’esprit que tout ne peut être satisfait. Économie. et entre collectivités et agents d’autorité. environnement. vise à favoriser cette participation. Pour Tocqueville. là où la hiérarchie entre autorités est la règle. l’un des grands chantiers mis en œuvre par Mohammed VI. mais aussi la création. Le Souverain marocain a enfin pleinement conscience des deux principales menaces qui pèsent sur le fonctionnement tout administration. Comment évaluez-vous cette nouvelle approche des affaires locales ? «L’organisation territoriale du Royaume est décentralisée. de nouvelles unités administratives adaptées à l’évolution de la donne démographique. avec la démocratie représentative. Quant à la place laissée aux agents d’autorité dans l’article 145 de la Constitution. la démocratie participative se combine 22 janvier 2009 • S. mais il faut attendre la mise en œuvre de ces principes. sans que soit mentionné dans le texte constitutionnel le recours au juge qui semble le complément logique du contrôle de légalité.M. Pour que les réponses soient adaptées et efficaces. avec en sus l’aide de l’Instance nationale ad hoc prévue à l’art. et le risque de la corruption. dans le sens de la consécration de sa représentativité territoriale des régions. Il appartient aux juges de les faire reculer. La mise en place de ce nouvel équilibre entre centre et périphérie. d'une manière générale. la possibilité de s’exprimer (prévus par exemple à l’art. au Maroc comme ailleurs  : la culture de l’impunité. se tourne – parfois d’ailleurs de manière excessive – vers un État qu’il estime à même de répondre à ses attentes. amazighe et saharo-hassanie» qui enrichissent l’identité marocaine. délicate. 118 de la Constitution). laissant des dysfonctionnements non sanctionnés. avec non seulement de nouveaux rapports entre autorités. en lieu et place des gouverneurs et des walis. du discours royal de 1999 à 2014. des composantes «arabo-islamique. Même dans le domaine de la déconcentration. dans le Préambule de la Constitution de 2011 par exemple. la possibilité enfin de contester la décision (art. en passant par la Constitution de 2011. conférer aux présidents des conseils régionaux le pouvoir d'exécution des délibérations desdits conseils. Et cette volonté de passer du monologue au dialogue est. au Palais Royal à Fès. le Roi Mohammed VI recevant. avec la création d’instances de concertation). à l'exercice des droits politiques et procéder à la refonte de la composition et des attributions de la Chambre des conseillers. les autorités locales doivent avoir. Trois éléments doivent prévaloir dans le dialogue entre l’administration et les citoyens : l’information. 139 de la Constitution) sont prévus. dans leur ressort. La régionalisation avancée doit. et la régionalisation avancée. selon la Constitution. «Des régions et des autres collectivités territoriales». n AOÛT 2014 • H ORS-SÉRIE FÊTE DU TRÔNE • 19 . puisque l’article 138 de la Constitution fait des présidents des collectivités leurs organes exécutifs. ne serait-ce que parce qu’il faut parfois concilier entre elles certaines des aspirations divergentes qu’il présente. autant que de besoin. il faut dépasser une excessive centralisation. en effet. le Maroc fixe un cadre qu’éclaire le titre IX du même texte. Dans cette décentralisation.●●● ❘ ●●● L’administration doit être capable de répondre à des demandes de plus en plus nombreuses et diverses formulées par les citoyens. 13 de la Constitution.