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I – Justice sociale et inégalités

Regards croisés

1 - Comment les pouvoirs publics peuvent-ils
contribuer à la justice sociale ?

Notions : Égalité

Fiche 111 – Justice sociale et égalité

I.

L’égalité, un concept protéiforme

Introduction- L’égalité, un concept complexe

C’est un concept très délicat à définir qui varie, en particulier, en fonction du niveau auquel on se place.
Mais aussi selon JP Fitoussi : « Une politique de l'égalité est d'autant plus complexe que la notion d'égalité est difficile à
définir, en raison de l'hétérogénéité des êtres humains et de la multiplicité des variables qui permettent d'apprécier cette
notion. La difficulté vient du fait que l'espace auquel peut s'appliquer le concept est multidimensionnel et que la
définition de l'égalité dans l'une de ses dimensions implique, au sens causal, l'acceptation d'inégalités en d'autres
dimensions. Par exemple, le principe " à travail égal, salaire égal " justifie que les rémunérations soient inégales lorsque
les occupations sont différentes. L'égalité des chances peut, elle aussi, s'accommoder de très grandes inégalités de
réalisation et donc de positions. Mais ces inégalités seraient jugées inacceptables si la société avait l'impression que le
principe initial - l'égalité des chances - n'avait pas été respecté et les sujets d'examen connus à l'avance par certains. »

A. Egalité de droit- Egalité de fait
1. Le principe de l’égalité de droit
Selon l’article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 : « les
hommes naissent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur
l’utilité commune. » Les mêmes règles s’appliquent à tous ; c’est une égalité de droit : l’égalité devant
la loi. Cette conception est à la base la démocratie libérale.

2. La critique de cette conception
Cette vision a été critiquée par Marx qui considère :
 qu’il s’agit d’une démocratie formelle conférant au peuple des droits et des libertés précieux ,
mais pas les moyens de les exercer. Ainsi, le maître de forges et son ouvrier sont libres et égaux
en droit, mais le second est surtout libre de mourir de faim s’il ne se vend pas.
 qu’il s’agit d’une démocratie bourgeoise, assurant sous la fiction de la souveraineté populaire, la
domination des propriétaires des moyens de production. Cette égalité est donc théorique et non
réelle.
 qu’il s’agit d’une démocratie représentative organisant la passivité et la dépolitisation du
peuple, en même temps que l’autonomie des élus par rapport aux électeurs.

B. Egalité des chances-égalité des résultats
Cette distinction porte sur le moment choisi pour mesurer l’égalité ou l’inégalité : au départ ou
à la fin.
La distinction remonte à Aristote qui l’a formulé le premier. Aristote distinguait :
 l’égalité arithmétique ou selon les besoins : tous les hommes doivent être traités de
la même manière,

de l’égalité des chances ou méritocratique : les rétributions que l’individu retire de la
participation à la société doivent être proportionnelles aux contributions qu’il lui
apporte. R Boudon écrit ainsi : « il ne serait pas juste que celui qui n’a pas travaillé
reçoive autant que celui qui s’est beaucoup efforcé ».

Toute la difficulté vient de ce que, comme Aristote l’avait noté, les deux formes sont
difficilement conciliables.

1. L’égalité de départ ou égalité des chances
a. Les principes

Cette forme d’égalité consiste à traiter tous les individus de la même manière au départ et à
accepter les différences de situations. Elle s’en prend aux diverses modalités de l’héritage : le
patrimoine économique, mais aussi le patrimoine culturel et social

Le principe est « à chacun selon ses mérites ». L’égalité consiste à mettre les individus dans la
même situation de départ. C’est une égalité des chances : deux enfants disposant de talents
identiques et fournissant un même effort, obtiendront des récompenses égales. Il y a égalité des
chances au départ, mais à l’arrivée inégalités de situations .

Cette conception, que R Boudon qualifie de méritocratique, prétend établir une
correspondance rigoureuse entre les contributions des individus et leurs statuts. Une fois tout le
monde mis sur le même pied, on fait l’hypothèse que les gagnants ne peuvent être que les
meilleurs. En revanche, la méritocratie accepte des disparités éventuellement très fortes dans la
hiérarchie statutaire.

b. Les limites
La notion d’égalité des chances masque les inégalités et permet donc de légitimer les inégalités
sociales, puisque tous les individus ont eu les mêmes chances au départ. Le problème n’est donc pas
social, mais individuel

2. L’égalité d’arrivée ou égalité des résultats
a. Les principes

R Boudon écrit ainsi : « aujourd’hui , ce n’est pas seulement l’égalité de départ qui est
revendiquée, c‘est aussi l’égalité des résultats. Ce n’est plus seulement le privilège de la
naissance qui est scandaleux, c’est l’existence même d’un écart entre les performances des
divers concurrents qui est tenue pour suspecte. » L’égalité des résultats consiste à traiter les
individus de la même manière à l’arrivée.

L’égalitarisme est ainsi fondé sur l’égalité de situations. Les différences doivent être rejetées
quelles que soient les origines et les institutions doivent, autant que possible, rapprocher la
situation des hommes sans se soucier de leurs actes. Chacun doit donc disposer de ce dont il a
besoin et cela indépendamment de son activité. Le principe est donc« à chacun selon ses
besoins »

b. Les limites

La difficulté, selon R.Boudon, sera de définir de manière précise les besoins :
 soit on peut considérer comme le fait le RSA, que les besoins concernent seulement le
minimum vital,
 soit on considère que les besoins sont relatifs, qu’ils dépendent de la richesse de la société.
Il peut, en effet, apparaître scandaleux , que dans des sociétés où une majorité de citoyens
a toute latitude de gaspiller , une minorité ne dispose pas d’un minimum d’éducation de
culture et de santé .

II.

Selon Boudon, « une stricte égalité des résultats, avant ou après redistribution, ne peut être
obtenue que moyennant une organisation sociale extrêmement contraignante, que les
idéologies solidaristes cherchent à légitimer par l’invocation de l’intérêt général. L’égalitarisme
des résultats conduit à une réduction parfois dramatique des libertés individuelles. Il ne limite
pas seulement la liberté de ceux au détriment desquels le transfert de ressources est opéré. Il
institue aussi une sorte de tutelle sur ceux pour le bénéfice desquels il a lieu »

Quels principes de justice sociale ?
A. Justice sociale et équité

La justice sociale est un principe moral et politique qui vise à l'égalité des droits et à la
solidarité collective permettant une répartition équitable des richesses.
Or, cette notion d’équité reste subjective :
 elle peut évoluer dans le temps et différer selon les lieux.
 Car elle est finalement fondée sur ce qui est socialement inacceptable en matière d'inégalités. Or, toutes les sociétés n’ont
pas la même perception de ce qui est égalitaire et inégalitaire

1. La conception d’Aristote

L’équité est une notion ancienne : selon Aristote, c’est le principe qui caractérise la justice
distributive : donner à chacun son dû selon sa situation particulière, sa valeur, son mérite.
Ainsi, en matière de justice sociale et de répartition, l’équité conduit à proportionner des
rétributions à la situation des individus en fonction des critères de justice. Cela conduit
nécessairement à considérer que des distributions inégales peuvent être plus justes que des
rétributions égales.

2. Un concept de plus en plus ambigu
Cette notion est devenue aujourd’hui ambigüe, car elle est utilisée de manière contradictoire par :
 les auteurs libéraux qui préconisent au nom de la justice sociale et de l’efficacité une distribution inégale des richesses
proportionnée aux mérites des individus. On est donc dans la logique de la conception d’Aristote.
 Les tenants des politiques de discrimination positive vont considérer que l’équité vise à moduler les droits afin de donner
plus à ceux qui ont moins ou souffrent de handicaps (naturels et / ou socio-culturels) ou de discriminations. Il s’agit donc
d’une inégalité juridique compensatrice (exemple : la politique d’affirmative action aux EU ou les ZEP, la parité en
France )

3. Pour les plus motivés : Comment concilier égalité et équité: L’analyse de Rawls
J Rawls a déplacé le débat en proposant une définition originale de la justice sociale. Sur quoi doit
porter l’unanimité? Non sur les résultats des interactions économiques, mais sur les règles de
fonctionnement de la société
Son analyse peut se décomposer en trois temps :
 Rawls commence par définir une situation ayant des propriétés telles que tout individu
acceptant de raisonner dans son cadre serait contraint de faire un choix identique en ce qui
concerne les institutions souhaitables de la société idéale. Cette situation imaginaire,
éminemment adaptée à la double condition d’unanimité et de justice est celle de la position
originelle. La caractéristique principale de cette position est l’ignorance : aucun individu n’est
censé avoir la moindre information sur sa situation future, sa richesse. Tout ce qu’il a droit c’est
d’être rationnel et égoïste.
 L’individu étant, dans ces conditions, parfaitement conscient du fait qu’il pourra occuper, dans
la société réelle, n’importe quelle position parmi toutes celles qui correspondent à la répartition
des revenus sera naturellement incité à adopter une attitude d’impartialité. En effet, un

-

comportement de prudence élémentaire fait que comme personne ne sait qui sera le plus
défavorisé (voile d’ignorance), tous recherchent une société qui soit juste.
 Situés de la sorte en position de négociation collective, équitable et égale, les individus
s’accorderont selon Rawls sur 2 principes fondamentaux :
o d’abord le principe de liberté qui ouvre à tous dans des conditions
d’équité suffisante les fonctions et conditions sociales. Chacun peut ainsi entreprendre
ce que bon lui semble pour obtenir la réalisation des fins qu’il se propose. Rawls écrit
ainsi : « chaque personne doit avoir le droit à la plus grande liberté fondamentale,
compatible avec une liberté semblable pour tous »
o
Mais ces avantages étant reconnus, il se trouve que des inégalités vont se manifester:
les plus forts, les plus doués, les plus favorisés par le sort vont s’imposer
progressivement, de sorte que les inégalités vont se renforcer mutuellement, puis se
perpétuer. D’où l’affirmation d’un principe de différence: « les inégalités sociales et
économiques doivent être aménagées de telle sorte qu’elles soient :
assurées, en dernière analyse, pour le plus grand profit des plus défavorisés,
attachées à des emplois et à des postes accessibles à tous dans des conditions d’égalité équitable
des chances ».

Remarque : Toutefois, le premier principe primant le second, on ne doit pas, pour combattre les
inégalités, aller à l’encontre de libertés fondamentales. J Rawls considère que du point de vue
économique et social, l’état le plus juste d’une société est celui qui, parmi tous les états possibles,
assure au membre le plus défavorisé une position maximale. Au demeurant, il peut arriver que
s’améliore la situation des plus défavorisés sans que se réduise l’écart les séparant des plus favorisés.
Dès lors il peut être utile d’appliquer une politique de discrimination positive qui favorise les
individus les plus défavorisés. Cette politique inégalitaire semble plus équitable que la politique de
l’égalité des chances.

B. Des principes de justice sociale qui dépendent du type d’égalité
Pour contribuer à la justice sociale, il faut agir sur les différentes dimensions de l’égalité. Aristote déjà dans l’antiquité distinguait
plusieurs types de justice qui permettent d’atteindre une forme d’égalité.
Egalité
Egalité des droits

Justice sociale
La justice commutative ou universaliste sanctionne les infractions au droit. C’est
une situation dans laquelle les individus disposent d’une stricte égalité des droits.

Egalité des chances

La justice distributive ou différentialiste consiste à proportionner les charges et
les honneurs au mérite de chacun.
Dans cette optique, on cherche à égaliser d’un individu à l’autre les rapports entre
la rémunération sociale et l’apport de chacun.
C’est l’action qui vise à compenser des inégalités de situations initiales pour
établir une égalité des chances.

Egalité des résultats

Justice corrective consiste à corriger les inégalités de départ pour tendre vers
une égalité à l'arrivée.