You are on page 1of 15

Charles Baudelaire

Les Fleurs du Mal 1857

Vu l’article 8 de la loi du 17 mai 1819. 81. dans le but qu’il voulait atteindre et dans la route qu’il a suivie. l’article 26 de la loi du 26 mai 1819 . 81 et 87 du recueil. 80. 30.Vu également l’article 463 du Code pénal . 39. En ce qui touche la prévention d’offence à la morale publique et aux bonnes mœurs « Attendu que l’erreur du poète. renvoie les prévenus des fins de poursuites . lequel contient des passages ou expressions obscènes ou immorales . dans les pièces incriminées. quelque effort de style qu’il ait pu faire. 80. ne saurait détruire l’effet funeste des tableaux qu’il présente au lecteur. 39. Attendu que Baudelaire.Que lesdits passages sont contenus dans les pièces portant les numéros 20. Poulet-Malassis en publiant. Poulet-Malassis et De Broise chacun à 100 francs d’amende . à Paris et à Alençon. 30. Condamne Baudelaire à 300 francs d’amende. « Condamne les prévenus solidairement aux frais. quel que soit le blâme qui précède ou qui suit ses peintures. l’ouvrage intitulé : Les Fleurs du mal. et qui.Publié le 21 août 1857 par La Gazette des tribunaux et par L’Audience. En ce qui touche le délit d’offence à la morale religieuse : Attendu que la prévention n’est pas établie. savoir : Baudelaire. 87 du recueil . vendant et mettant à la vente. conduisent nécessairement à l’excitation des sens par un réalisme grossier et offensant pour la pudeur . en publiant . » . Poulet-Malassis et De Broise ont commis le délit d’outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs.Ordonne la suppression des pièces portant les numéros 20.

Les Châtiments (1853). posthume) • Hugo Orientales (1829). ou Les Destinées (1864. Les Rayons et les Ombres.Romantisme et poésie • Lamartine 1820 Méditations poétiques de Lyrisme (tourments d’une âme) Réconfort dans la nature • Alfred de Musset Les Nuits (1835-37) • Vigny Poèmes antiques et modernes (18261837). Les Contemplations (1856) .

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres. De colline en colline en vain portant ma vue. Là le lac immobile étend ses eaux dormantes Où l'étoile du soir se lève dans l'azur. Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes . tristement je m'assieds. Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente N'éprouve devant eux ni charme ni transports . Je promène au hasard mes regards sur la plaine. Cependant. Un son religieux se répand dans les airs : Le voyageur s'arrête. Au coucher du soleil. Et le char vaporeux de la reine des ombres Monte. et blanchit déjà les bords de l'horizon.L'isolement Souvent sur la montagne. s'élançant de la flèche gothique. de l'aurore au couchant. Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds. Le crépuscule encor jette un dernier rayon . Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante : Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts. et s'enfonce en un lointain obscur . » . Je parcours tous les points de l'immense étendue. Il serpente. à l'ombre du vieux chêne. Et je dis : « Nulle part le bonheur ne m'attend. Du sud à l'aquilon. et la cloche rustique Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

rochers. forêts. . Un seul être vous manque. ces palais. Mes yeux verraient partout le vide et les déserts : Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire . Je ne demande rien à l'immense univers. Vains objets dont pour moi le charme est envolé Fleuves. et tout est dépeuplé Que le tour du soleil ou commence ou s'achève. Qu'importe le soleil ? je n'attends rien des jours. En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève. ces chaumières. Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière. solitudes si chères. D'un œil indifférent je le suis dans son cours .Que me font ces vallons.

je m'enivrerais à la source où j'aspire . Vague objet de mes vœux. paraîtrait à mes yeux ! Là. Quand la feuille des bois tombe dans la prairie. Là. Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux. Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons . Et moi. Ce que j'ai tant rêvé. porté sur le char de l'Aurore. je suis semblable à la feuille flétrie : Emportez-moi comme elle. je retrouverais et l'espoir et l'amour. m'élancer jusqu'à toi ! Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore ? Il n'est rien de commun entre la terre et moi. Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre.Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère. orageux aquilons ! . Et ce bien idéal que toute âme désire. Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour ! Que ne puis-je.

tout a droit de cité en poésie". un voyant. .Victor Hugo. Préface des Orientales (1829) • " Tout est sujet. Sous le monde réel. tout relève de l’art . il existe un monde idéal qui se montre resplendissant à l'œil de ceux que des méditations graves ont accoutumés à voir dans les choses plus que les choses…« • le poète romantique doit être un mage. • " Le domaine de la poésie est illimité. qui doit guider le peuple et remplir une mission à la fois politique. religieuse et poétique.

L'envie et la dérision.Victor Hugo. FONCTION DU POËTE. Il inonde de sa lumière Ville et désert. 1839 • • • Peuples ! écoutez le poëte ! Écoutez le rêveur sacré ! Dans votre nuit. sans lui complète. Marche. Dieu parle à voix basse à son âme Comme aux forêts et comme aux flots. A tous d'en haut il la dévoile. humaine ou divine. Car la poésie est l'étoile Qui mène à Dieu rois et pasteurs ! . il est doux comme une femme. Il rayonne ! il jette sa flamme Sur l'éternelle vérité ! Il la fait resplendir pour l'âme D'une merveilleuse clarté. malgré les épines. Et les plaines et les hauteurs. Des temps futurs perdant les ombres. Ramassant la tradition. Louvre et chaumière. Lui seul distingue en leurs flancs sombres Le germe qui n'est pas éclos. Lui seul a le front éclairé. Homme. Tout ce que le ciel peut bénir. Qui prend le passé pour racine A pour feuillage l'avenir. Toute idée. courbé dans vos ruines. De la tradition féconde Sort tout ce qui couvre le monde. C'est lui qui.

. maladroits et honteux. L'autre mime. l'infirme qui volait! • Le Poète est semblable au prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l'archer. • A peine les ont-ils déposés sur les planches. Le navire glissant sur les gouffres amers. vastes oiseaux des mers. Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Comme des avirons traîner à côté d'eux. pour s'amuser. Exilé sur le sol au milieu des huées. qu'il est comique et laid! L'un agace son bec avec un brûle-gueule. indolents compagnons de voyage. en boitant. Que ces rois de l'azur. naguère si beau. comme il est gauche et veule! Lui. • Ce voyageur ailé. Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. Qui suivent.Charles Baudelaire L’albatros • Souvent. les hommes d'équipage Prennent des albatros.

vastes oiseaux des mers. les hommes d'équipage Prennent des albatros.Charles Baudelaire L’albatros • Souvent. Le navire glissant sur les gouffres amers. indolents compagnons de voyage. Qui suivent. Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Comme des avirons traîner à côté d'eux. comme il est gauche et veule! Lui. maladroits et honteux. l'infirme qui volait! • Le Poète est semblable au prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l'archer. en boitant. • Ce voyageur ailé. qu'il est comique et laid! L'un agace son bec avec un brûle-gueule. naguère si beau. Exilé sur le sol au milieu des huées. . pour s'amuser. Que ces rois de l'azur. Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. L'autre mime. • A peine les ont-ils déposés sur les planches.

Charles Baudelaire (1821-1867) par Etienne Carjat .

.

Les Fleurs du Mal «Spleen et Idéal» (poèmes I à LXXXV) «Tableaux parisiens» (poèmes LXXXVI à CIII) «Le Vin» (poèmes CIV à CVIII) «Les Fleurs du mal» (poèmes CIX à CXVII) «Révolte» (poèmes CXVIII à CXX) «La Mort!» (poèmes CXXI à CXXVI .

despotique. Ainsi que des esprits errants et sans patrie Qui se mettent à geindre opiniâtrement. et l'Angoisse atroce.Spleen Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis. sans tambours ni musique. l'Espoir. comme une chauve-souris. . Quand la terre est changée en un cachot humide. Et que de l'horizon embrassant tout le cercle II nous verse un jour noir plus triste que les nuits. Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux. . Vaincu.Et de longs corbillards. Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. Où l'Espérance. S'en va battant les murs de son aile timide Et se cognant la tête à des plafonds pourris. Quand la pluie étalant ses immenses traînées D'une vaste prison imite les barreaux. pleure. Défilent lentement dans mon âme. Des cloches tout à coup sautent avec furie Et lancent vers le ciel un affreux hurlement.

mon âme est fêlée. Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente! Moi. Les souvenirs lointains lentement s'élever Au bruit des carillons qui chantent dans la brume. II arrive souvent que sa voix affaiblie Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie Au bord d'un lac de sang. près du feu qui palpite et qui fume. dans d'immenses efforts. .La Cloche fêlée II est amer et doux. alerte et bien portante. Jette fidèlement son cri religieux. Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux Qui. D'écouter. sans bouger. et lorsqu'en ses ennuis Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits. pendant les nuits d'hiver. malgré sa vieillesse. sous un grand tas de morts Et qui meurt.