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Ottawa, le 18 avril 2016

L’Honorable Jody Wilson-Raybould
Ministre de la justice du Canada
Jody.Wilson-Raybould@parl.gc.ca
Madame la Ministre, Wilson-Raybould :
Objet : Affaire Hassan Diab et la protection des citoyens canadiens
L'Association des libertés civiles de l'Ontario (ALCO) est profondément préoccupée
par l'absence de protection légale et judiciaire des citoyens canadiens, qui a été
mise en évidence dans l’affaire en cours du Dr Hassan Diab.
La Loi sur l'extradition, 1999 du Canada admet que des preuves inacceptables dans
la loi canadienne peuvent être utilisées par un pays étranger pour poursuivre et
emprisonner un citoyen canadien.
En tant que solution partielle, la Cour suprême du Canada a ordonné (« Ferras »):1
Pour que l’intéressé bénéficie d’une audience d’extradition
équitable, le juge d’extradition doit être en mesure d’évaluer
la preuve, y compris sa fiabilité, afin de déterminer si elle est
suffisante pour justifier l’incarcération.
Le juge d'extradition dans l’affaire Diab a choisi de ne pas donner effet à sa décision
au sujet de la fiabilité et de la suffisance de la preuve, ignorant de ce fait son
obligation constitutionnelle.2
Cela a été aggravé par la Cour d'appel de l'Ontario, qui a rejeté la proposition selon
laquelle il existe une obligation constitutionnelle de ne pas extrader quelqu'un s’il
est possible que des rapports non-vérifiables des services de renseignement seront
utilisés contre la personne lors du procès de la personne dans l'État requérant
l’extradition.3

1

États-Unis d'Amérique c. Ferras; États-Unis d'Amérique c. Latty, [2006] 2 RCS 77, 2006
CSC 33 (CanLII), <http://canlii.ca/t/1nzc1>, au para. 41.
2 Attorney General of Canada (The Republic of France) v. Diab, 2011 ONSC 337 (CanLII),
<http://canlii.ca/t/flqqb>, para. 195; et voir Ferras, para. 42.
3 France v. Diab, 2014 ONCA 374 (CanLII), <http://canlii.ca/t/g6w4d>, paras. 208-209.

2
La Cour suprême du Canada a choisi de ne pas examiner la décision de la Cour d'appel, en dépit
d'une nette divergence entre les cours d’appel de l'Ontario et la Colombie-Britannique en ce qui
concerne l'interprétation de Ferras.4
Le long supplice de M. Diab a commencé quand il a été arrêté au Canada en 2008. Cela fait
maintenant 17 mois qu’il est en détention provisoire en France. Il a été extradé alors que son
épouse, citoyenne canadienne était enceinte de leur deuxième enfant.
C’est une situation inhumaine et indécente : L’ ALCO demande au gouvernement canadien
d'intervenir pour la libération et le retour au Canada du Dr. Diab, et de demander au
gouvernement français de ne pas utiliser une preuve qui serait inadmissible dans un procès
criminel au Canada.
Dans un contexte plus général, l’ALCO observe que le Canada est entré dans un régime juridique
où les droits naturels de justice sont structurellement refusés en permettant des substituts
pour des source d’informations connue de l’accusé, entièrement divulguées, et une preuve
entièrement testable, dans des cas qui conduisent à des expulsions et emprisonnements ou pire.
L’information basée sur un rapport des services d’intelligence est, dans ces contextes, souvent
rien de plus que des accusations d'un État, où le fardeau de la charge de la preuve à réfuter ces
accusations prises pour argent comptant retombe sur l’accusé. Ceci est une réalité légale
immorale existant actuellement au Canada. L’ALCO demande à ce qu'elle soit corrigée.
A titre d'exemple, l'ALCO constate que, dans les circonstances de ce cas, la déclaration de la
Cour d'appel de l'Ontario :
Nous ne pensons pas qu'il devrait y avoir une règle d'exclusion
catégorique contre le recours à des informations fondées sur les services
de renseignement dans ce genre de situations. Imposer une telle règle
aurait pour effet d’affaiblir la capacité des autorités canadiennes et
internationales à traduire les terroristes en justice parce que la preuve
dans de tels cas est très souvent procurée par les agences de
renseignement internationales. (Traduit de l’anglais.)
méprise les principes de justice naturelle, et donne le feu vert aux gouvernements pour
emprisonner toute personne qu'ils estiment être un «terroriste».
Malheureusement, les tribunaux canadiens ont montré leur flexibilité en ce qui concerne les
principes fondamentaux de justice. Il est donc nécessaire pour le gouvernement d'adopter une loi
qui consacre ces principes sans compromis, plutôt que de permettre que des personnes soient
persécutées en l'absence de protection universellement établies. Cela est particulièrement vrai
dans le contexte moderne des machinations géopolitiques et des réponses terroristes.

4

Voir : United States of America v. Graham, 2007 BCCA 345 (CanLII), <http://canlii.ca/t/1rvr9>, paras. 19
à 30.

3
Bien à vous,

Joseph Hickey
Directeur exécutif
Association des libertés civiles de l’Ontario (ALCO) http://ocla.ca
613-252-6148 (c)
joseph.hickey@ocla.ca
c.c. Comité de soutien à Hassan Diab (diabsupport@gmail.com)