Javier Mateo Giron – Stagiaire/Rédacteur Web Le marché carbone.

Panorama et enjeux de la question
''Déléguer la résolution des problèmes est devenu pour les pays développés un réflexe conditionné, en même temps qu'une forme de déni de la réalité''1

De quoi parle-t-on quand on évoque la « compensation carbone » et le « marché carbone » ? Pour mieux comprendre, rappelons d'abord les mécanismes internationaux mises en place pour lutter contre le changement climatique. Depuis la fin de la décennie de 1990, la communauté internationale s'est engagée peu à peu sur la voie de la réduction des émissions des gaz à effet de serre 2. Ainsi, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a été rédigée en 1995 et a donné lieu au Protocole de Kyoto en 1997 signé par plus de 182 Etats3 et qui est entré en vigueur en 2005. Pour arriver à des résultats tangibles, il importe de changer et de modifier les comportements des acteurs étatiques et non étatiques face aux questions climatiques. Comportements liés notamment à des activités économiques et industrielles telles que l'usage de l'énergie dans les logements, le transport, l’ industrie ou l’agriculture. Le Protocole a signifié - la naissance des quotas d'émission (avec des maximums permis), la monétarisation des émissions par tonne de CO2 (le ''crédit-carbone''), - le système MOC (Mise en Oeuvre Conjointe, permettant aux différents pays d'échanger des crédits carbone par des investissements) - le déploiement des systèmes de compensation carbone ou MDP (Mécanismes pour un Développement Propre, adressés notamment aux pays en développement qui sont moins pollueurs et ont des excédents de quota d'émission4). C’est ainsi qu'on a vu l'essor des ''énergies vertes'' mais aussi la mise en place d'un ''marché carbone'' fondé sur les échanges internationaux des droits d'émissions. Ainsi, en ce qui concerne l'Union Européenne on a connu la ''phase test'' du marché carbone entre 2005 et 2007. Dans cette "phase test" le but était d'établir un prix de marché pour le carbone. La seconde phase se déroule entre 2008 et 2012 et vise à développer le marché carbone et à établir des quotas nationaux et pour les particuliers, leur contraignant à adapter leurs émissions. Cette adaptation est faite soit en réduisant leurs émissions, soit en achetant des quotas supplémentaires dans le "marché carbone". Enfin, la troisième phase devra se dérouler dans une échéance 2013 – 2020 et vise à réduire de 20% les émissions européennes en élargissant le système et en réduisant progressivement les
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Voir FRAGNIERE, Augustin (2009) La compensation carbone: illusion ou solution?, PUF, Paris, page 130. Les gaz à effet de serre sont tous ceux soupçonnés d'être à l'origine du changement climatique dû notamment à leurs effets pervers sur l'atmosphère terrestre et sur ses capacités de stabiliser les températures de la planète en limitant l'impact des rayons solaires. Voir, parmi d'autres, le méthane ou encore le dioxyde de carbone. Et une partie non négligeable de ces émissions proviennent de toute activité humaine concernant les énergies fossiles. Seuls les Etats Unis ont signé mais pas ratifié le Protocole en 2009. En d'autre termes, des acteurs étatiques et non étatiques du Nord sont encouragés a payer pour ses émissions; ''pouvant acheter'' les excédants des pays du Sud soit en finançant des projets sur des énergies renouvelables dans ces pays soit en achetant directement l'excédant des quotas.

quotas. L'exemple européen nous montre la création en 2008 d'un vrai marché européen et global dans lequel les Etats et les multinationales interagissent pour obtenir la ''neutralité carbone'': limiter les émissions tout en compensant les émissions existantes par le biais de l'investissement en ''énergies vertes'' dans un autre lieu ou l'investissement en des ressources naturels absorbant les émissions de CO2 (dont certaines forêts tropicales). D’autres Etats tels que le Costa Rica, la Norvège ou encore l'Islande se sont engagés début 2008 pour orienter leur économie vers la neutralité carbone. Toutefois, des critiques ont été formulés par certains pays du Sud et quelques ONG5 lors de la Conférence de Copenhague de fin 2009 qui a connue un l'échec relatif. Quel bilan peut-on dresser sur la question? le marché carbone est-il un bon système pour atteindre les objectifs de Kyoto et lutter contre les changements climatiques? Quels sont les rapports de pouvoir Nord-Sud derrière le marché carbone? Plusieurs remarques sont ici à faire

Le système du marché carbone est fortement critiqué car il n'envisage pas de réduire les émissions de carbone, mais de les substituer pour des investissements diverses censés compenser les effets des émissions. Donc la quantité totale des émissions de CO2 permises pour les pays européens et les émissions réalisées par des autres pays émergents fortement pollueurs demeurent toujours croissante6. La conséquence principale de privilégier une ''logique de marché'' pour la question du carbone a été de créer un marché spéculatif souvent opaque7 au Nord tandis qu'on dispense les pays en développement de faire des efforts pour réduire ces émissions (même s'ils y obtiennent des nouvelles voies pour attirer des ressources financières)8. Le marché carbone tel qu'il est à présent néglige totalement la question posée par certains pays du Sud de la ''responsabilité historique'' des pays du Nord dans les changements climatiques9. En plus, en privilégiant une logique de marché par le biais de la règle ''si tu payes, tu pollues; si tu pollues, tu payes'', la communauté internationale néglige les aspects sociaux et politiques du développement, ainsi que les inégalités sociales et d'accès au marché carbone dans les pays du Nord. Enfin, on pourrait s’interroger sur l’usage des termes de ''compensation'' et ''neutralité'' en ce qui concerne les émissions de carbone, si le débat a contribué à sensibiliser tous les acteurs économiques à l'échelle mondiale sur les questions climatiques, rien n'est gagné. Les données disponibles montrent l'augmentation incontrôlée des émissions globales et sont de plus en plus en décalage avec le discours de la neutralité du marché carbone.

Voir par exemple le rapport publié en 2007 par l'ONG Carbon Trade Watch, The Carbon Neutral Myth: Offset indulgences for your climate sins. Disponible sur ligne, http://www.carbontradewatch.org/pubs/carbon_neutral_myth.pdf 6 Les quantités de carbone émises pourraient double d'ici 2050. Voir le rapport 2006 de PriceWaterhouseCoopers sur la question intitulé The World in 2050. 7 Voir le rapport de 2009 du International Institute for Sustainable Development, Les mécanismes internationaux du marché du carbone au sein d’un accord post-2012 sur les changements climatiques. http://www.iisd.org
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Telle est la postures des ONG comme Greenpeace, voir: http://www.ushuaia.com/info-planete/actu-encontinu/nature/foret-greenpeace-denonce-le-marche-au-carbone-4327453.html . Consulté le 2 avril 2010. Voir FRAGNIERE, Augustin (2009) La compensation carbone: illusion ou solution?, PUF, Paris.

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