Achéménides

Carte de l'empire achéménide aux alentours de 500 av. J.-C.

L’Empire achéménide (Vieux perse : Hakhāmanishiya), est le premier des Empires perses à régner sur une grande partie du Moyen-Orient. Il s'étend alors au nord et à l'ouest en Asie Mineure, en Thrace et sur la plupart des régions côtières de la mer Noire ; à l'est jusqu'en Afghanistan et sur une partie du Pakistan actuels, et au sud et au sud-ouest sur l'actuel Iraq, sur la Syrie, l'Égypte, le nord de l'Arabie saoudite, la Jordanie, Israël, le Liban et jusqu'au nord de la Libye. Le nom « Achéménide » se rapporte au clan fondateur qui se libère vers 556 av. J.-C. de l’État des Mèdes, auparavant son suzerain ; ainsi qu'au grand empire qui résulte de la fusion des deux ensembles. L'empire fondé par les Achéménides menace par deux fois la Grèce antique, conquiert l’Égypte et prend fin, conquis par Alexandre le Grand, en 330 av. J.-C.

Conditions d'études
Une des spécificités des Achéménides est de n'avoir laissé que peu de témoignages écrits de leur propre histoire (à la différence des rois assyriens par exemple) : ceux-ci sont essentiellement constitués d'archives administratives, satrapiques ou royales, dans lesquelles étaient reportées les décisions les plus importantes (mouvements de terre, documents fiscaux). C'est plutôt grâce aux écrits de leurs sujets et de leurs ennemis qu'on connaît l'histoire achéménide, notamment par les auteurs grecs comme Hérodote, Strabon, Ctésias, Polybe, Élien et d'autres. Dans la Bible, le Livre d'Esdras et le Livre d'Esther contiennent aussi des références aux Grands Rois. Les auteurs anciens ont également écrit au sujet de la Perse, dans des ouvrages appelés les Persika, ouvrages dont la connaissance se limite à quelques fragments, le reste ayant été perdu. Les grands rois achéménides ont par ailleurs laissé bon

nombre d'inscriptions royales, sources de renseignements sur l'activité de construction des sites et sur leur vision de l'empire. Les inscriptions livrent en effet de nombreux indices qui, mis en perspective avec le contexte historique d'époque, permettent de comprendre la volonté politique des rois et leur façon de concevoir l'exercice du pouvoir1. La documentation sur les Achéménides est donc en fin de compte importante et variée. Les éléments iconographiques sont nombreux, mais leur analyse pose problème car ils sont très inégalement répartis dans l'espace et dans le temps. En effet, il existe peu ou pas de documentation écrite sur certaines régions, alors que d'autres comme le Fars, la Susiane, l'Égypte, la Babylonie sont très bien documentées. De plus, si les documents sur les règnes de Cyrus II, d'Artaxerxès Ier et de Darius II abondent, il n'en est pas de même pour d'autres époques.

Histoire
Origines de la dynastie

Localisation des principales villes achéménides. Le fondateur de cette dynastie serait Achéménès (en vieux perse : Haxāmaniš, en grec ancien Ἀχαιμένης, ou ‫ هخامنش‬en persan moderne qui signifie « d'un esprit amical »). Il s'agit d'une personne dont l'existence reste controversée (voir plus bas), chef d'un clan perse régnant probablement sur d'autres tribus perses dès le IXe siècle av. J.-C. Installés au nord de l'Iran (à proximité du lac d'Orumieh), les Achéménides sont alors tributaires des Assyriens2. Sous la pression des Mèdes, des Assyriens et des Urartiens, ils migrent vers le sud des monts Zagros et s'installent progressivement dans la région d'Anshan vers la fin du {Ie millénaire}}3. Teispès aurait agrandi le territoire achéménide en conquérant le royaume d'Anshan et le Fars, gagnant ainsi le titre de Roi d'Anshan tandis qu'Assurbanipal prend Suse et que le royaume élamite disparaît temporairement. Teispès est le premier roi achéménide à porter le titre de Roi (de la ville) d'Anshan. Des inscriptions révèlent que lorsque Teispès meurt, le royaume est partagé entre deux de ses fils, Cyrus Ier (Kurāsh ou Kurāš), souverain d'Anshan, et Ariaramnes (Ariyāramna, "Celui qui a amené la paix aux iraniens"), souverain de Parsumaš. Leurs fils respectifs leur succèdent : Cambyse Ier (Kambūjiya, « l'aîné ») sur le trône d'Anshan, et Arsames (Aršāma « Celui qui a une puissance héroïque ») sur Parsumaš. Ces rois n'ont qu'un rôle restreint dans la région, qui est alors dominée par les Mèdes et les Assyriens. L'existence de Cyrus et son règne sur Anshan est attestée par un sceau portant la mention Kurāš d'Anšan, fils de Teispès. Toutefois,

une inscription datée de 639 mentionne le paiement d'un tribut à Assurbanipal par Kurāš de Parsumaš, ce qui suggère que le roi de Parsumaš serait le même Cyrus, unifiant les deux couronnes. Cet élément pourrait alors synchroniser les histoires persanes et assyriennes4. Cependant, cette interprétation est discutée, et Parsumaš, Pars et Anshan semblent devoir être distingués3. Après la chute du royaume assyrien, les Achéménides reconnaissent l'autorité des Mèdes. Bien qu'Hérodote ait écrit « il y avait longtemps que les Perses prenaient mal leur parti d'être commandés par les Mèdes »5, les origines et modalités de cette sujétion restent encore inconnues. Darius Ier est le premier à parler d' Achéménès, qu'il présente comme l'ancêtre de Cyrus le Grand (576 av. J.-C.- † 529 av. J.-C.) ; ce qui ferait de lui le fondateur de la lignée des souverains achéménides. Cependant, quelques spécialistes soutiennent qu'Achéménès est un personnage fictif utilisé par Darius usurpant le trône persan afin de légitimer son pouvoir6. Si l'on se réfère aux premiers souverains, la dynastie des rois achéménides s'étend de 650 av. J.C. à 330 av. J.-C. environ.

Souverains achéménides
Non attestés Les témoignages épigraphiques de ces souverains ne peuvent être confirmés et sont souvent
considérés comme étant inventés par Darius Ier

-688/-675

Achéménès

roi d'Anshan

-675/-640

Teispès

roi d'Anshan, fils d’Achéménès

-640/-600

Cyrus Ier

roi d'Anshan, fils de Teispès

-6??/-6?? :

Ariaramnes

fils de Teispès et co-souverain avec Cyrus Ier.

-600/-559

Cambyse Ier

roi d'Anshan, fils de Cyrus Ier

-6??/-5??

Arsames

fils d'Ariaramnes et co-souverain avec Cambyse Ier

Attestés

-559(-550?)/529(-530?)

Cyrus II le Grand grand roi de Perse, fils de Cambyse Ier, souverain d'Anshan dès 559 av. J.-C.– s'empare de la Médie en 550

av. J.-C.

-529/-522

Cambyse II

grand roi de Perse, fils de Cyrus le Grand

-522/-522

Bardiya (ou Smerdis)

L'usurpateur (?), grand roi de Perse, fils présumé de Cyrus le Grand

-522(-521?)/486

Darius Ier le Grand

grand roi de Perse, beau-frère de Smerdis et petit-fils d'Arsames

-486(485?)/-465 Xerxès Ier

grand roi de Perse, fils de Darius Ier

-465/-424

Artaxerxès Ier Longue Main

grand roi de Perse, fils de Xerxès Ier

-424/-424

Xerxès II

grand roi de Perse, fils d'Artaxerxès Ier

-424/-424(423?)

Sogdianos

grand roi de Perse, demi-frère et rival de Xerxès II

-424(-423?)/404(-405?)

Darius II Nothos

grand roi de Perse, demi-frère et rival de Xerxès II

-404/-359

Artaxerxès II Mnémon

grand roi de Perse, fils de Darius II, (voir aussi Xénophon)

-359(-358?)/338

Artaxerxès III Ochos

grand roi de Perse, fils d'Artaxerxès II

-338/-336

Arsès

grand roi de Perse, fils d'Artaxerxès III

-336/-330

Darius III Codoman

grand roi de Perse, arrière-petit-fils de Darius II (conquêtes
d’Alexandre le Grand)

Construction et extension de l'empire
En 559 av. J.-C., Cyrus II dit Cyrus le Grand succède à son père Cambyse Ier sur le trône d'Anshan. Ayant également pris la succession d'Arsames (de son vivant) sur la couronne de Parsumaš, Cyrus unifie donc les deux royaumes perses et est ainsi considéré comme le premier véritable roi de la dynastie achéménide, ses prédécesseurs étant encore asservis aux Mèdes. Entre 553 et 550, une guerre éclate entre les Mèdes et les Perses à l'issue de laquelle Cyrus II bat Astyage, roi des Mèdes et s'empare d'Ecbatane (Hagmatāna « La ville des rassemblements », l'actuelle Hamadan). Il déclare à cette occasion que les Perses, « autrefois esclaves des Mèdes, sont devenus leurs maîtres »7. Cyrus laisse la vie sauve à Astyage, entreprend de se conduire comme son successeur légitime. Selon Ctésias et Xénophon, il épouse Amytis, fille d'Astyage. Ecbatane reste une des résidences régulières des Grands Rois, car elle présente une importance stratégique certaine pour qui veut contrôler l'Asie centrale8. La prise de la Médie par les Perses est alors un bouleversement important, à l'échelle du Moyen-Orient. Le fait que Cyrus se présente comme l'héritier d'Astyage le conduit à se heurter aux puissances voisines de Lydie et de Babylone. Crésus, roi de Lydie, et beau-frère d'Astyage, « inquiet de la ruine de l'empire d'Astyage et soucieux de l'accroissement des affaires des Perses » attaque Cyrus en 547-546. Mais les Perses contre-attaquent et poursuivent Crésus jusqu'à sa capitale, Sardes, qui tombe rapidement aux mains de Cyrus. Crésus se constitue prisonnier, puis recevra finalement une ville de Médie dont les revenus le feront vivre9. À partir de 546, Cyrus repart d'Asie Mineure sans avoir soumis les cités ioniennes et éoliennes. En effet, le roi entreprend une nouvelle campagne, car Babylone, la Sacie, la Bactriane et l'Égypte sont menaçantes. Cette période est mal connue, mais il semble que Cyrus prenne Babylone en 539, puis soumette les Bactriens et les Saces en 540. C'est peutêtre à cette époque que Cyrus a conquis Parthie, Drangiane, Arie, Chorasmie, Bactriane, Sogdiane, Gandhara, Scythie, Sattagydie, Arachosie, et Makran. Darius au début de son règne, présente en effet ces pays comme acquis. Politiquement habile, Cyrus II se pose en "sauveur" d'une nation qui était en bons termes avec les Mèdes, auxquels elle avait prêté allégeance. La politique générale des Achéménides s'inscrit dans la continuité de celles des Babyloniens et des Assyriens. Les populations sont encouragées à se déplacer et à se mélanger, afin de diluer toute volonté nationaliste. Cette mesure vise à pacifier les relations entre les peuples, et l'époque achéménide reste connue pour son calme relatif en comparaison avec d'autres périodes de l'histoire de l'Asie centrale. Après la prise de Babylone, Cyrus permet aux Judéens exilés de rentrer à Jérusalem, donnant instruction à ses sujets de faciliter ce retour. Il ordonne également la reconstruction du Temple de Jérusalem. Il conquiert ensuite la Transeuphratène et soumet les Arabes de Mésopotamie. Chypre se rend d'elle-même par la suite. En revanche, on ne sait pratiquement rien des

relations qu'entretenait —— à cette époque — l'empire avec d'autres régions du pays d'Ebir Nāri (Syrie, Phénicie, Palestine). Après Cyrus, son fils Cambyse II conquiert l'Égypte en 525-522. Il s'agit alors de maintenir la puissance de l'empire et d'étendre les conquêtes vers la seule autre puissance qui compte encore dans la région10. Après la campagne d'Égypte, Cambyse reprend à son compte les ambitions des pharaons qui l'y avaient précédé. Il soumet ainsi les royaumes de Libye, de Cyrénaïque et de Nubie. Au cours de son séjour en Égypte, Cambyse semble être pris de folie, comme le laissent à penser les actes qu'il commet à cette époque : il massacre des Perses de haute distinction, viole d'anciennes sépultures, se moque de statues dans les temples égyptiens11. L'attaque sans préparatifs de l'Éthiopie et de l'oasis d'Ammon, qui se solde par des échecs, serait également à mettre sur le compte de cette démence. Contredisant la thèse expliquant le comportement de Cambyse contre son entourage en Égypte par la seule folie, l'hypothèse de l'intérêt politique est aussi avancée. Selon Briant, Cambyse prenait aussi des mesures de représailles contre des grandes familles qui se seraient opposés à ses décisions12. Rappelé en Perse par une rébellion contre son pouvoir, il quitte l'Égypte en 522, se blesse à la cuisse en Syrie et meurt de gangrène. La révolte est alors menée par un groupe de prêtres ayant perdu leur pouvoir après la conquête de la Médie par Cyrus. Ces prêtres, qu'Hérodote nomme mages, usurpent le trône afin d'y placer l'un des leurs, Gautama, qui prétend être le plus jeune frère de Cambyse II, Smerdis (ou Bardiya), probablement assassiné trois années plus tôt. En raison du despotisme de Cambyse et de sa longue absence en Égypte, "le peuple entier, Perses, Mèdes, et toutes les autres nations"13, reconnaissent cet usurpateur comme leur roi, et ce d'autant plus facilement qu'il leur accorde une remise fiscale d'impôts ou de taxes, pour trois années. Selon l'inscription de Behistun, Smerdis règne sept mois avant d'être renversé en 552 av. J.-C. par un membre éloigné de la branche familiale des Achéménides, Darius Ier (du vieux persan Dāryavuš, également connu sous Darayarahush ou Darius le Grand). Les "mages", bien que persécutés, continuent d'exister. L'année qui suit la mort de Gautama, ils tentent de réinstaller un second usurpateur au pouvoir, Vahyazdāta, qui se présente comme fils de Cyrus. La tentative remporte un succès transitoire puis échoue finalement.

Darius Ier le Grand

Selon Hérodote, l'aristocratie locale débat alors de la meilleure forme de gouvernement pour l'Empire. Il rapporte qu'il a été évoqué que l'oligarchie les diviserait les uns contre les autres et que la démocratie provoquerait le règne de factions dont le résultat serait d'amener un chef charismatique à prendre le pouvoir, provoquant ainsi le retour à la monarchie. Par conséquent, le choix se porte alors directement sur la monarchie, étant acquis que les aristocrates sont alors en position de choisir le souverain. Darius Ier est donc choisi comme roi : cousin de Cambyse II et de Smerdis, il se réclame d'Achéménès, leur ancêtre. Darius poursuit ensuite l'expansion de l'Empire. Il fait exécuter Oroitès, satrape de Sardes, qui s'est rebellé vers 522-520, puis souhaite étendre sa domination aux îles de la mer Égée. Il conquiert Samos vers 520-519, puis marche sur l'Europe. Il passe le Bosphore, laisse des troupes grecques à l'embouchure du Danube (cités de l'Hellespont et de la Propontide) et marche vers la Thrace. Celle-ci revêt en effet une grande importance pour les Perses, car la province est riche en produits stratégiques : bois nécessaire aux constructions navales et métaux précieux14. Darius Ier s'attaque ensuite à la Grèce, qui avait soutenu les rébellions des colonies grecques alors sous son égide. En raison de sa défaite à la bataille de Marathon en 490 av. J.-C., il est forcé de restreindre les limites de son empire à l'Asie Mineure. C'est sous le règne de Darius Ier, dès 518-516 av. J.-C., que sont construits les palais royaux de Persépolis et Suse, qui serviront de capitales aux générations suivantes des rois achéménides.

L'effritement du pouvoir perse
Xerxès Ier (vieux perse : Xšayārša "Héros parmi les rois") succède à son père Darius vers 486485. Des révoltes ayant éclaté en Égypte et en Grèce, Xerxès commence son règne en conduisant une expédition contre l'Égypte. Après une rapide reconquête, Xerxès marche sur la Grèce et défait les grecs aux Thermopyles. Athènes est conquise et mise à sac, le Parthénon est incendié. Athéniens et spartiates se retirent derrière leur dernières lignes de défense sur l'isthme de Corinthe et dans le golfe Saronique. Les premières années du règne de Xerxès sont marquées par un changement de politique à l'égard des peuples conquis15. Au contraire de ses prédécesseurs qui respectaient les sanctuaires des peuples soumis, Xerxès fait procéder à la destruction de temples en Babylonie, à Athènes, en Bactriane et en Égypte. Les titres de Pharaon et de Roi de Babylonie sont abandonnés et les provinces réorganisées en satrapies. Les Égyptiens réussissent par deux fois à regagner leur indépendance. D'après l'étude de Manéthon, les historiens égyptiens font correspondre les périodes de domination achéménide en Égypte avec respectivement les XXVIIe (525 - 404 av. J.-C.) et XXXIe dynasties (343 - 332 av. J.-C.) À Artémision, la bataille rendue indécise à cause d'une tempête détruisant les navires des deux camps, s'arrête prématurément à l'arrivée de la nouvelle de la défaite des Thermopyles. Les Grecs décident alors de battre en retraite. Finalement, la bataille de Salamine le 28 septembre 480 av. J.-C. est remportée par les Athéniens. La perte des voies de communication maritimes avec l'Asie force Xerxès à se retirer à Sardes. L'armée avec laquelle il quitte la Grèce, placée sous le commandement de Mardonios, subit encore une défaite lors de la bataille de Platées en 479 av. J.-C. Une nouvelle défaite perse à Mycale encourage alors les cités grecques d'Asie Mineure à la révolte. Ces révoltes voient la fondation de la ligue de Délos, et les défaites perses qui s'ensuivent consacrent ces pertes territoriales en mer Égée.

Carte historique de l'Empire achéménide Néanmoins, au Ve siècle av. J.-C., les souverains achéménides règnent sur des territoires couvrant approximativement ceux des pays actuels suivants: Iran, Irak, Arménie, Afghanistan, Turquie, Bulgarie, Grèce (partie orientale), Égypte, Syrie, Pakistan (grosse partie), Jordanie, Israël, Palestine, Liban, Caucase, Asie centrale, Libye, et Arabie saoudite (partie nord). L'empire devient par la suite le plus grand du monde antique, avec un territoire couvrant approximativement 7,5 millions km². Les défaites de Xerxès sont omises dans les inscriptions de propagande royale16. Certains grecs se rallient tout de même à Xerxès, comme Pausanias, commandant la flotte grecque en 478 ou Thémistocle, le vainqueur de Salamine. Ce qui permet à l'empire perse de garder bon nombre d'alliés dans les cités grecques d'Asie Mineure. À l'issue de problèmes de succession, Xerxès, qui n'avait pas désigné de successeur légitime, est assassiné, peut-être par un de ses fils17. Artaxerxès Ier, un des fils de Xerxès, monte sur le trône en 465 av. J.-C. Juste après sa prise de pouvoir, il fait face à une révolte en Bactriane, dont il vient à bout. Artaxerxès modifie l'étiquette de la cour et redéfinit sa hiérarchie, ce qui semble marquer la redéfinition des rapports entre le Grand Roi et l'aristocratie18. Il continue les travaux à Persépolis, entre 46419 et 460-45920, et le rôle de la capitale perse semble changer : elle est moins fréquemment occupée, au profit de Suse et Babylone. Les hypothèses suggérant un changement de rôle de Persépolis devenant alors « un sanctuaire plutôt qu'une ville » restent incertaines21. Après la Bactriane, c'est l'Égypte qui se soulève contre l'autorité du Grand Roi Achéménide. Diodore rapporte que la nouvelle de l'assassinat de Xerxès et les troubles qui s'ensuivent poussent les égyptiens à chasser les leveurs de tributs perses et à porter un certain Inaros au pouvoir royal (463-462). Inaros propose une alliance aux grecs, qui l'acceptent et envoient une flotte vers le Nil22. L'alliance entre grecs et égyptiens dure six ans (460-454). En 454, l'armée et la flotte perse libèrent les perses retranchés et assiégés à Memphis. Des inscriptions gravées en Égypte à cette époque laissent penser que seule la région du Delta du Nil s'était soulevée. Les révoltes de cette période sont révélatrices de lacunes dans la domination territoriale des perses23. Dans les années 450, les combats reprennent entre Athènes et la Perse. La documentation connue de l'époque ne nous permet pas de connaître les évolutions territoriales perses en Asie Mineure : seules les listes des tributs attiques et perses permettent de savoir que les positions dans cette région ont pu évoluer d'une année sur l'autre. Artaxerxès Ier meurt à Suse, son corps est ramené à Persépolis pour être enterré auprès des sépultures de ses ancêtres. Son fils aîné, Xerxès II, seul fils légitime d'Artaxerxès, lui succède immédiatement, mais est assassiné par un de ses demi-frères, Sogdianos, quarante-cinq jours

plus tard24. Ochos, un autre demi-frère de Xerxès, alors à Babylone, rassemble ses soutiens et marche sur la Perse. Il met l'assassin à mort et est couronné Roi des Rois sous le nom de Darius II en 423. Le déroulement de cette succession pose de nouveau un problème, Ochos et Sogdianos ayant certainement mené chacun une campagne de propagande visant à recevoir l'appui du peuple persan et ainsi démontrer la légitimité de leur accession au trône25. À partir du règne de Darius II, les documents retrouvés sont plutôt rares et ne renseignent que sur la situation des marches occidentales de l'empire, où les hostilités entre les cités grecques et les Perses continuent. Entre 411 et 407, les athéniens reconquièrent une partie de l'Asie Mineure, aidés en cela par les initiatives désordonnées et concurrentes des satrapes contrôlant ces régions26. Darius II meurt en 405-404. À l'instar de celle d'autres Grands Rois précédents, sa succession provoque de nouveau une opposition entre deux de ses fils, Arsès et Cyrus. C'est Arsès, l'aîné, qui monte sur le trône sous le nom d'Artaxerxès II en 404. Cyrus lui conteste le pouvoir et une guerre s'ensuit entre 404 et 401. Cyrus lève une armée, s'appuyant principalement sur des Perses d'Asie Mineure, mais également sur des mercenaires grecs (les « Dix Mille27 »). Les deux frères s'affrontent à Counaxa, en Mésopotamie, en 401. Cyrus tué au cours de cette bataille, Artaxerxès II entame immédiatement un processus de relégitimation de son pouvoir royal28. L'Égypte profite de ces troubles pour se révolter et se soustraire à la domination perse sous la conduite d'Amyrtée. Les satrapies et les villes d'Asie Mineure qui s'étaient rangées sur côté de Cyrus sont confiés à Tissapherne afin qu'il remette en ordre la région. Artaxerxès II compte en effet reprendre le contrôle du littoral égéen. Ceux qui refusent de se soumettre se tournent vers les grecs, et plus particulièrement Sparte, pour les aider. Agésilas II mène la campagne militaire spartiate en Asie Mineure, sans grands succès29. Il est rappelé à Sparte car d'autres cités grecques, dont Athènes, menacent la ville. Les Persans se retrouvent par la suite pris entre les combats des Athéniens et des Lacédémoniens qui se déroulent en Asie Mineure vers 396. Artaxerxès II doit ensuite combattre les attaques et alliances d'Évagoras de Salamine à Chypre et en Égypte, entre 391 et 387. Épuisées par les guerres continuelles, les cités grecques aspirent à la paix30. En 386, Artaxerxès II impose sa paix (également connue sous le nom de « paix d'Antalkidas ») aux cités grecques, qui l'acceptent toutes à l'exception de Thèbes. Le Roi a besoin de libérer ses armées pour s'occuper de l'Égypte, qui est elle aussi rentrée en rébellion. Vers 381-380, les Perses auraient subi une défaite contre les égyptiens, qui réussissent à reprendre leur indépendance31. Suite à cette défaite, les armées achéménides quittent l'Égypte sans réussir à reprendre le contrôle du pays. La paix de 386 avec les Grecs est confirmée à deux reprises, en 375 puis en 371. Peu après, entre 366 et 358, l'empire connaît des troubles : des satrapes se rebellent en Cappadoce, en Carie, en Lycie, les égyptiens mènent une offensive contre les perses. Les révoltes d'Asie Mineure n'auront guère de conséquences. Conjuguées à l'échec en Égypte, ces évènements semblent montrer une certaine instabilité du pouvoir impérial et son incapacité à venir à bout des mouvements de révolte32. C'est au cours du règne d'Artaxerxès II que commencent à être adorés Anahita et Mithra, alors que les rois perses précédents ne citaient qu'Ahura Mazda dans leurs inscriptions. Les historiens s'interrogent toujours pour savoir si c'est une réelle nouveauté introduite par Xerxès ou si la pratique existait déjà auparavant.

Les dernières années d'Artaxerxès se déroulent parmi les complots. Le Roi avait trois fils légitimes, Darius (l'aîné), Ariaspès et Ochos, et de nombreux bâtards de ses concubines. Selon Plutarque, le Roi désigne Darius comme héritier33. Darius fomente un complot contre son père, est découvert, jugé et mis à mort. Ochos, par des manœuvres, déstabilise son frère Ariaspès, qui se suicide. Il supprime ensuite un autre de ses demi-frères, Arsamès. C'est dans ce contexte que le roi Artaxerxès II meurt de vieillesse en 359/358. Ce récit n'est corroboré par aucun autre auteur, et il convient plutôt de penser qu'avant la mort du roi, la cour était agitée par des complots entre factions rivales34.

Chute de l'empire

Alexandre sur son cheval Bucéphale
Détail de la mosaïque romaine représentant la Bataille d'Issos opposant Alexandre le Grand à Darius III

Ochos monte sur le trône sous le nom d'Artaxerxès III (-358--338). Dès le début de son règne, Artaxerxès III doit faire face à des troubles: des combats opposent les alliés d'Athènes aux perses en Asie Mineure, des révoltes ont lieu en Phénicie et à Chypre entre 351 et 345. L'armée perse subit également un nouvel échec en Égypte en 351. En -343 Artaxerxès III bat Nectanébo II et reconquiert l'Égypte, qui devient encore une fois une satrapie perse. En Grèce, la Macédoine commence à affronter l'empire perse sur son front occidental35. En -338, Philippe II de Macédoine unifie certains États grecs, les autres qui s'opposent à Philippe II comptent sur l'aide du Grand Roi. Les relations exactes sont peu connues, mais Briant dit que la « cour [du Grand Roi] était informée des opérations de Philippe II ». En cette même année 338, Artaxerxès III est empoisonné par son ministre, l'eunuque égyptien Bagoas. Il est dit que « Par ce meurtre, Bagoas détruit l'Empire perse »36. Arsès succède à Artaxerxès III sous le nom d'Artaxerxès IV, et est également empoisonné par Bagoas deux ans après. Bagoas aurait tué non seulement tous les enfants d'Arsès, mais aussi plusieurs autres princes locaux, sans doute des satrapes. Bagoas place alors sur le trône Darius III (-336 - -330), un cousin d'Artaxerxès III. Pour les macédoniens, Bagoas aurait porté un de ses amis esclaves au pouvoir sous le nom de Darius III37. Pour les Perses, Darius a été porté au pouvoir parce qu'il a fait preuve d'un courage exceptionnel lors d'un duel singulier contre les Cadusiens38. L'accession au trône de Darius III est entourée de violences, et des incertitudes demeurent sur les conditions d'accès au trône. Briant rapporte que Darius III était un membre de la « souche royale », présenté comme un guerrier d'élite et appuyé par une grande partie de l'aristocratie et de l'armée39. Darius III, bien qu'auparavant satrape d'Arménie, n'a aucune expérience impériale. Néanmoins, il prouve son courage la première année de son règne d'empereur en forçant personnellement Bagoas à avaler un poison. En -334, alors que Darius vient juste de réussir à

re-soumettre l'Égypte, Alexandre attaque en Asie Mineure. En réponse à l'agression macédonienne, les satrapes de l'ouest se mobilisent et viennent à la rencontre de l'envahisseur. Darius III et plusieurs de ses satrapes font appel à des mercenaires grecs pour renforcer ses armées. Il subsiste de nombreuses interrogations sur le rôle des mercenaires grecs dans la décadence de la puissance militaire perse d'après les récits des différentes sources40. L'armée perse essuie alors une première défaite au Granique face aux troupes Macédoniennes aguerries à la bataille. S'ensuivent les défaites aux batailles d'Issos (-332), de Gaugamèles et de Babylone (-331). Les populations conquises par les macédoniens apparaissent plutôt soulagées de la libération du joug perse selon différents auteurs41. Poussant toujours plus loin, Alexandre marche ensuite sur Suse qui capitule et restitue un vaste trésor. Le conquérant se dirige alors vers l'est en direction de Persépolis qui se rend au début de -330. Darius trouve alors refuge à Ecbatane et rassemble une armée autour de lui. De Persépolis, Alexandre va ensuite vers Pasargades un peu plus au nord, où il traite avec respect la tombe de Cyrus II. Il se dirige ensuite vers Ecbatane. En chemin, des satrapes de Darius III se rendent à Alexandre devant les rapports de force défavorables. Lors de la fuite de Darius III, les satrapes les plus proches du roi semblent avoir organisé un complot autour de sa personne. Darius III est assassiné par plusieurs de ses satrapes, qui se rendent à Alexandre ou bien retournent dans leur province pour se faire proclamer roi41. Sur ordre d'Alexandre, les honneurs sont rendus au corps du souverain qui est acheminé vers Persépolis pour y être inhumé. L'empire Achéménide termine avec la mort de Darius III41. Après la conquête et le règne d'Alexandre s'ouvre l'ère des Séleucides, dynastie issue d'un des généraux d'Alexandre le Grand, qui succèdera à celle des Achéménides.

Politique et administration

Darius reçoit l'hommage de personnages hauts-placés (trésor de Persépolis, reproduction) L'Empire perse achéménide est un État multinational hiérarchisé dominé par les Perses qui y occupent très largement les postes civils et militaires d'importance. L’État est organisé suivant une division en provinces, appelées « pays » par les Persans42 et « satrapies » par les Grecs43. Couvrant des superficies dont l'étendue est très variable, l'organisation des satrapies reprend

en partie les structures préexistantes, laissant partiellement subsister les anciens domaines d'autorités locales (princes, dynastes). Héritage de l'époque indo-iranienne, la société impériale est féodale basée sur une loyauté personnelle entre le roi et chacun de ses sujets44. Dans l'entourage immédiat du roi se trouve la noblesse formant la cour. Les autorités de l'empire, qu'elles soient administratives ou militaires sont appelés « vassaux » ou « suiveurs »45. Leur loyauté était récompensée généreusement par le roi, alors que leur déloyauté était très sévèrement punie46. La société tout entière était assujettie au roi, qui est lui-même assujetti à Ahura Mazda. Le fait que des classes ou castes aient existé de manière très institutionnalisée ne peut pas être prouvé2. Le caractère persan, et plus généralement aryen (dans le sens de iranien) du roi, de sa descendance et de son Dieu (Ahura Mazda, aussi appelé « Dieu des Aryens » sur l'inscription de Behistun) est régulièrement souligné par les différents rois. Le règne des achéménides parait avoir été assez libéral, accordant une grande autonomie aux peuples de l'empire2. L'unification des peuples se fait sur le plan administratif, en dehors de toute intention d'établir une unité culturelle. Chaque peuple a la possibilité de maintenir ses coutumes, ses formes d'organisation, sa langue et sa religion ; tant que l'administration reste sous contrôle perse. Le travail en communauté des nombreux peuples dans les grandes villes de l'empire (comme à Suse ou à Persépolis lors des grands travaux) a beaucoup joué pour la tolérance mutuelle et l'assimilation des peuples2.

Gouvernement et centres administratifs

Les ruines des palais des Achéménides, Persépolis. Le centre administratif de l'empire est le palais royal, où le système administratif est organisé sur le modèle babylonien. La chancellerie est tenue de manière très précise, à la fois à la cour et dans les autres autorités administratives. La langue diplomatique et de communication est l'araméen, qui est ensuite utilisé dans tout l'empire à partir de Darius (voir plus bas). À l'époque de Cyrus, le siège du gouvernement était situé à Ecbatane. Suse devient la capitale administrative de l'empire probablement à partir de l'époque de Darius. En fait, les auteurs grecs précisent que les rois achéménides déplaçaient leur capitale selon la saison : en hiver, les rois sont à Suse, en été à Ecbatane, en automne à Persépolis et le reste de l'année à

Babylone47. Cependant, Pasargades et Persépolis ne fonctionnent pas vraiment comme des sièges administratifs, mais plutôt comme des villes d'apparat.

Satrapies
L’organisation de l’empire en satrapies est présente dès Cyrus. Les autorités locales ayant subsisté en partie gardent autorité sur leurs domaines, séparés les uns des autres. La stratégie idéologique développée par Cyrus et Cambyse, reprise ensuite par leur successeurs, vise en effet à asseoir la domination sur une idéologie faisant appel à la collaboration avec les structures de pouvoir locales. Les conquérants cherchent ainsi à apparaître plus comme protégeant les traditions et sanctuaires que comme les bouleversant. Les élites locales sont ainsi associées à la bonne marche du nouvel empire48. Les satrapies sont gouvernées par les satrapes, nommés par le roi sans limitation de durée. Comme le signifie leur titre, les satrapes sont des « protecteurs du royaume » et non des rois tributaires. Cependant, ils sont directement responsables vis-à-vis du roi en le représentant dans les provinces. Leurs attributions sont vastes : ils sont responsables de la collecte du tribut et des taxes, de la justice et de la supervision de l'économie de leur province. Ils ont aussi le pouvoir de négocier avec les états voisins et de faire la guerre. Les satrapes sont généralement choisis parmi la noblesse perse et mède, voire parmi des princes royaux. Hystapes, père de Darius, était satrape de Parthie49, Masistès, frère de Xerxès, était satrape de Bactrie50. Les satrapes eux-mêmes subissent des inspections de la part des inspecteurs royaux, appelés les « yeux » ou les « oreilles du roi »51. Ces inspecteurs voyagent dans tout l'empire, accompagnés de troupes suffisantes en cas d'action immédiate nécessaire. Ils font des visites non annoncées afin d'inspecter l'administration des satrapes ou d'autres membres de l'administration royale et rapportent ce qu'ils voient directement au roi. Comparable au pouvoir d’un roi, le pouvoir des satrapes s’exerce à une échelle plus petite. Cependant, on note qu’au fur et à mesure, certains satrapes ont fait preuve de désobéissance au pouvoir royal, se comportant comme de véritables rois. Avec le temps, le pouvoir au sein de l’empire achéménide s'est en effet déplacé vers les satrapes2.

Réformes de Darius

Poids en bronze en forme de lion, trouvé dans l'acropole de Suse.
conservé au Musée du Louvre

Lors de son règne, Darius réforme l’organisation de l’empire. Il adopte un nouveau mode d'administration et abandonne le gouvernement local. Les pays doivent alors payer un tribut (voir plus bas) et obéir à la loi du roi. Seuls les Persans sont exemptés du tribut et ne sont pas gouvernés par un satrape mais par le roi lui-même52.

Les réformes de Darius permettent de réorganiser l'administration provinciale. En effet, au début du règne de Darius, la division de l'empire en satrapies est donnée par l'inscription de Behistun, où 23 pays sont énumérés53 : Perse, Élam, Babylonie, Assyrie, Arabie, Égypte, les peuples de la mer, Lydie, Ionie, Médie, Arménie, Cappadoce, Parthie, Drangiane, Arie, Chorasmie, Bactriane, Sogdiane, Gandara, Scythie, Sattagydie, Arachosie et Maka. Cependant, pendant le règne de Darius, des changements ont eu lieu puisque de nouveau noms apparaissent : Saggartie, Inde, Thrace, Libye et Carie. Les raisons des modifications des frontières et des divisions des satrapies sont inconnues. On peut cependant supposer que le nombre tend à augmenter avec le temps, afin de rendre les satrapies plus petites et donc plus faciles à contrôler2. Les autres réalisations du règne de Darius incluent l'unification des poids et mesures, la mise en place d'une monnaie de l'empire, la construction d'un système légal et la construction d'une nouvelle capitale à Persépolis, où les états vassaux offrent des tributs annuels à l'occasion de Norouz, la fête traditionnelle iranienne célébrant l'équinoxe de printemps.

Lois et Justice [modifier]

Le Cylindre de Cyrus conservé au British Museum.
Livius.

Cyrus II et Darius Ier introduisent chacun nombre de nouvelles lois. Celles-ci, particulièrement la loi civile, se basent sur la loi persane antique fortement influencée par les celles des autres royaumes du proche orient antique54. Aucun code de loi n'a malheureusement survécu, en dehors du cylindre de Cyrus qui de plus n'en est pas vraiment un. Ce document, parfois considéré comme le premier texte connu traitant des droits de l’homme, décrit une vision politique altruiste de la société de cette époque55 :
• • • • •

Le texte établit le consentement des sujets à la souveraineté, et la résolution pacifique des conflits. Il interdit l’esclavage et le travail forcé, reconnaît le droit au salaire, le droit au travail, et à la propriété. Il garantit la liberté de religion et de conversion, de circulation, et le respect des traditions et coutumes. Il introduit le principe de la responsabilité individuelle de la faute. Il consacre le respect des droits édictés, la lutte contre l’oppression, et affirme le droit à la vie.

Inscription de succession du roi Xerxès Ier, découverte à Persépolis.
conservée au Musée national d'Iran.

Si les rois achéménides sont tous des législateurs, Darius se distingue particulièrement par l’ampleur de sa réforme du système légal. La réorganisation de l’empire suppose en effet d’importants aménagements des lois, composantes essentielles de l’ordre public. Toutes les inscriptions laissées par Darius soulignent ainsi son rôle de législateur, et lient la loi du roi à la loi de dieu56. Le législateur royal accorde cependant une certaine importance aux lois et aux coutumes locales, comme le montre l'exemple de Darius faisant compiler la loi égyptienne et lui accordant une validité57. De même, la Bible mentionne les efforts du scribe Esdras pour codifier la Loi Mosaïque pour la communauté juive qui rentre d'exil. Cette codification est achevée sous Artaxerxès Ier58. L'autorité judiciaire est assurée par le roi et par des « juges royaux »59. Ces juges royaux sont persans, et sont nommés à vie par le roi, dont le principe du pouvoir absolu ne peut donc pas être remis en cause. Le rôle de ces juges est de donner la justice et d'interpréter les lois antiques. Hérodote décrit ainsi les principes qu’ils doivent suivre en toute circonstance60 : examen attentif des faits, puis, examen du crime au regard des actions précédentes de l'accusé (ce type de jugement est à comparer avec la conception zoroastrienne de jugement après la mort). Les Achéménides accordent une grande importance à la justice : les auteurs grecs rapportent la mise à mort de juges corrompus. Les punitions et condamnations sont cruelles, comme toutes celles pratiquées au Moyen-Orient à cette époque (Exécution, crucifixion, empalement, mutilation, bannissement, etc.)61

Économie
Système monétaire [modifier]

Double sicle de Pharnabaze, satrape à Tarse, en Cilicie. Argent, 380-375 av. J.-C.
conservé au Cabinet des médailles.

Darius Ier semble être le premier roi achéménide à frapper sa monnaie62. Mais la monnaie, en véhiculant une représentation d'un roi en posture guerrière, a plus une fonction idéologique

qu'économique. Les échanges se font aussi en argent massif63. Darius œuvre par la suite à imposer l'adoption d'un étalon pondéral dans tout l'état achéménide, qui sert principalement à assurer l'équité dans les pesées des tributs64. L'unification du système monétaire permet alors de faciliter le commerce et les activités bancaires65. Le nouveau standard monétaire est le darique (dareikos en grec), fait d'or très pur (23,25 carats) et pesant environ 8,34 grammes. 3 000 dariques forment un talent, qui est la plus grosse unité de poids et monétaire. La frappe des pièces d'or est une prérogative du roi. Il existe aussi des pièces d'argent (pur à 90 %) appelées shekels ou sicles (síglos en grec), pesant environ 5,56 grammes. Vingt shekels ont la valeur d'un darique. Les pièces d'argent et de cuivre peuvent être frappées occasionnellement par les satrapes. La transition vers ce système monétaire est aussi attestée par les tablettes retrouvées à Persépolis. Durant les premières années du règne de Darius, les salaires sont payés en nature ; pendant les décennies suivantes, les paiements en monnaie augmentent fortement, de sorte que le système monétaire est complètement établi à la fin du règne de Xerxès Ier. Cependant, le commerce avec les autres pays reste plutôt basé sur des échanges en nature, la monnaie perse joue surtout un rôle dans le commerce avec les provinces grecques. Cependant, cette réforme du système monétaire ne reste que partielle, car les rois achéménides préfèrent thésauriser les valeurs dans leurs trésors royaux, de sorte que la plupart des métaux précieux ne sont jamais transformés en pièces de monnaie.

Impôts et tributs

Lettre de Darius Ier à Gadatas, satrape en Ionie, sur sa gestion d'un paradis (jardin royal)
conservée au musée du Louvre.

Durant le règne de Cyrus et Cambyse, les rois persans recevaient des cadeaux de la part des pays conquis. À partir du règne de Darius, tous les districts fiscaux (qui correspondent presque aux satrapies) doivent payer un tribut fixe, dont le montant est défini en poids d'or et d'argent, additionné de biens en nature selon les ressources économiques du district (bois, chevaux, grain, etc.). L’apparition de cet impôt s’explique par le fait qu'afin de mener à bien sa réforme de l’empire, Darius a besoin de doter son administration de financements reposant

sur une nouvelle base économique. Pour cela, il crée et impose un tribut fixe à chaque pays conquis (à l'exception du Fars, région d'origine des Persans). Il s’agit en effet de lever des sommes suffisantes permettant de financer les dépenses de l'état et du roi : paiement des serviteurs et des officiels royaux, financement de travaux publics ou d'apparat (construction des palaces, des routes et des canaux par exemple)2. Pour contrebalancer la relative indépendance locale accordée aux provinces via le système des satrapies, les inspecteurs royaux parcourent l'empire. Appelés les « yeux et les oreilles du roi », ils lui font parvenir des rapports sur les affaires locales. Des statistiques détaillées sur les tributs sont données par Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne] III, Thalie.90-95. Les tributs de chaque district sont calculés avec une grande exactitude, mais ils ne changent pas. Au fur et à mesure que la situation économique se dégrade, le poids du tribut devient de plus en plus lourd pour les districts. Ces tributs semblent constituer la plus importante source de revenus de l'empire. L'or et l'argent collectés vont rejoindre les trésors royaux (ganza en vieux-persan) de Suse, Ecbatane ou Persépolis66. L’administration des trésors donne lieu à inventaires et comptabilités, rapportés sur de très nombreuses tablettes en élamite, dont l’examen permet de reconstituer l'activité des fonctionnaires des impôts. Des tablettes mentionnent également d’autres sources de revenus du trésor, constituées par les taxes commerciales et douanières perçues sur les routes royales ou aux portes des villes. Toutefois, aucun détail n'en est connu aujourd'hui.

Commerce et communications
Le commerce international connaît un fort développement au cours de la période achéménide. Cela est dû en particulier à l'introduction du système monétaire et d'un système de poids et mesures unifié qui facilitent les paiements et créent des conditions favorables au développement des échanges2. La grande taille de l'empire rend également nécessaire le développement de routes commerciales : l’administration impériale doit donc faciliter le transport de marchandises sur les énormes distances qui séparent les différentes parties de l’empire. Darius Ier ordonne la construction de routes afin de rendre plus rapide le voyage des caravanes commerciales, des troupes et des inspecteurs du roi. Les vingt satrapies sont alors reliées par un réseau routier connectant Suse et Babylone avec les capitales provinciales. La partie la plus impressionnante de ce réseau est la Route Royale, qui s’étend sur plus de 2 500 km entre Suse et Sardes, construite sur une commande de Darius Ier67. Cette route compte 111 stations (stathmoi), et des relais de courriers à cheval permettent d'atteindre les territoires les plus reculés en quinze jours. Ces routes étaient surveillées par des patrouilles, comme le racontent les auteurs grecs. De plus, le commerce par voie d’eau est également facilité par le percement du canal de Suez antique, qui relie la Méditerranée à la mer Rouge. Prévu par le pharaon Nékao II, ce canal est en fait achevé par Darius Ier68. Outre la consolidation des routes commerciales de l’empire, de nouvelles voies commerciales sont prospectées : Darius finance également des expéditions comme celle de Scylax de Caryanda, qui découvre les bouches de l'Indus en suivant la route côtière depuis le golfe Persique69. Le Périple de Scylax de Caryanda constitue le premier élément d'information sur l'Inde connu en occident.

Agriculture et irrigation

Entrée d'un Qanat à Kashan, province d'Isfahan L’époque achéménide apporte d’importants changements à l’agriculture, un des piliers de la vie économique de l'empire. L'amélioration de l'irrigation est notable, notamment dans les régions qui disposent de peu d'eau : Égypte, Babylonie, Iran, Asie centrale. Le système d'irrigation appelé qanat, qui fournit encore de l'eau en Iran et en Afghanistan aujourd'hui, se développe en effet à cette époque2. C'est le roi lui-même qui fait construire ces canaux souterrains d'irrigation, et qui les loue ou en donne l'usufruit pendant cinq générations à la famille qui participe à sa construction70. Les propriétaires agricoles les plus importants sont le roi, les familles nobles (iraniennes pour la plupart), les temples et les grands entrepreneurs2. Ces grands domaines qui donneront par la suite naissance aux jardins persans, se composent de terres agricoles cultivées71, et de réserves de chasse ou botaniques que les Grecs appelaient paradeisoi (qui a donné le mot paradis). La situation économique, très variable d’une province à l’autre, décline cependant à partir du IVe siècle av. J.-C. : les taxes deviennent de plus en plus lourdes et pèsent sur l'économie locale qui pâtit également du stockage de l'or et de l'argent versés aux mercenaires. L'administration royale échoue à maintenir des conditions économiques satisfaisantes dans l’empire.

Qanat

Alignement des "puits de visite" de khettaras près de Arfoud, Maroc Un qanat (en persan : ‫ )قنات‬est un système d'irrigation souterrain permettant de récolter les eaux d'infiltration. Il est aussi appelé foggara dans les régions du Gourara et d'Adrar et au Mzab, etc., en Algérie et khettara au Maroc. Il est donc différent d'un aqueduc car l'eau est déjà là. Un qanat est construit par le perçage d'un tunnel dans une falaise, un scarp ou une base d'un secteur montagneux, suivant une formation aquifère. Le but est d'apporter l'eau à la surface où elle peut être utilisée pour l'irrigation des terrains agricoles. L'eau n'est pas apportée jusqu'à la surface mais plutôt à l'extérieur : sur la surface irriguée. Les tunnels sont extrêmement horizontaux et précis, avec une pente pour permettre à l'eau de s'écouler à la surface du sol. On trouve de nombreux qanats en Iran à fleur de terre notamment à Yazd. On en trouve aussi en Chine1, dans toute la partie méridionale de l'Afghanistan (où on les appelle qarez (orthographiés aussi karez)), en Libye, etc. Les qanats fonctionnaient si bien sans entretien qu'au XXe siècle leur caractère artificiel avait été oublié et que l'eau qui en sortait était considérée comme venant d'une source, ce qui paraissait impossible aux géologues. On effectua alors des recherches qui établirent leur caractère de réalisation humaine2

Les Qanats (ou Foggara)
Les qanats constituent peut-être l'avancée technologique la plus importante de toute l'histoire de l'irrigation en Iran. Les premiers d'entre eux auraient été creusés au nord-ouest du plateau iranien vers la fin du Ier millénaire av. J.-C., à partir de techniques minières. D'après Henri Goblot, les mineurs de charbon avaient développé ce système de canaux afin d'extraire l'eau3 des mines4. Le qanat, qui est comparable à un aqueduc souterrain, s'est ensuite répandu sur le plateau iranien et encore plus loin au temps des achéménides, permettant d'ouvrir de nouvelles zones au peuplement humain. Au contraire des barrages sassanides, demandant de nombreux ouvriers durant des périodes courtes pour la construction et la maintenance, la construction des qanats ne faisait appel qu'à peu de main d'œuvre mais la mobilisait sur un temps plus long. Trois personnes pouvaient suffire : une qui creusait et étayait la galerie, une qui envoyait la terre excavée dans une peau, et une qui vidait la peau à la surface (le travail ne progressait que de quelques mètres par jour).

Escaliers menant à un qanat, Kashan. Malgré les variations de caractéristiques (longueur, profondeur, type de sol creusé…) que l'on peut trouver entre les qanats, ils mesurent typiquement plus de 500 m et le "puits mère" où commence le canal est profond de plus de 10m. Le plus long qanat connu mesure plus de 50 km (à Kerman) et le puits mère le plus profond mesure plus de 300 m (à Gonabad). Yazd, Kerman et Gonabad sont les zones les plus connues pour leur dépendance à un système extensif de qanats. La manière de construire les qanats diffère beaucoup de la méthode de construction des barrages et demande une organisation politique et une planification beaucoup moins grande. Le type d'investissement demandé par la construction et la maintenance d'un qanat est plus adapté à l'environnement des hauts plateaux. Les marchands ou les propriétaires terriens se rassemblaient en petits groupes afin de financer la construction d'un qanat. L'unification politique n'a donc pas été facilitée par ce procédé. Quand les parts d'un qanat sont disproportionnés, des problèmes existent quant à la maintenance du système, et ces difficultés ont été citées dans les arguments contre la réforme agraire des années 1960. Au milieu du XXe siècle, il est estimé qu'environ 50 000 qanats étaient en exploitation en Iran. Le système a l'avantage de subsister aux désastres naturels (tremblements de terre, inondations…) et humains (destructions en temps de guerre), et d'être peu sensible aux niveaux de précipitation. Un qanat délivre typiquement un débit de 8000 m³ par période de 24 heures.

le captage de l’eau
Il existe 3 sources possibles pour l’eau d'irrigation :

La nappe phréatique : l’eau qui coule doucement sous l’erg, dans les anciens cours de rivières vient de l’Atlas saharien. L’eau est alors à quelques mètres seulement et on peut creuser des puits. C’est le cas pour les oasis du Taghouzi. La nappe des foggaras : plus profonde que la précédente, elle se rapproche de la surface dans le plateau du Tadmaït ce qui permet de la rejoindre en creusant des galeries horizontales, les foggaras.

La nappe albienne : très profonde (plusieurs centaines de mètres), immense (elle recouvre tout le Sahara central jusqu'en Libye), elle semble être inépuisable. Elle est donc utilisée pour des projets impressionnants d’irrigation (comme près d’Adrar).

Les Foggaras

Foggara, coupe de principe. Ce type d'irrigation, profondément original, donne aux oasis du Gourara leur spécificité : on ne le retrouve nulle part ailleurs au Sahara (sauf dans le Touat Adrar (région d'Algérie). La tradition veut que ce système d'irrigation soit venu de l'Iran actuel, peut-être vers le XIe siècle. [réf. nécessaire] . Par contre, les historiens du monde Ibadites, ils signalent que la partique de l'irrigation à l'aide de système des fougaras à Gourara est tellement anciens et que nul ne sait l'origine 5. Les fougaras seraient probablement l'invention des Berbères zénètes judaïsés 6 et cela bien avant le Xe siècle. Il consiste à créer des « sources » artificielles en creusant des galeries en pente très faible qui vont rejoindre la nappe. L'eau suinte le long des parois et forme un ruisseau permanent. Ces galeries sont marquées en surface par des regards pour l'entretien et un survol de la région montre l'ampleur du réseau ainsi créé : on estime à des milliers de kilomètres l'ensemble des foggaras du Gourara et du Touat. Le travail de creusement a évidemment été colossal et n'aurait pu se faire sans le travail de nombreux esclaves. Actuellement le problème est d'entretenir les foggaras qui peuvent s'effondrer ou s'ensabler. C'est l'enjeu de la période actuelle : saura-t-on redonner aux jardins l'eau dont ils ont besoin ?

La distribution

Émergence d'une foggaraà Oasis de Timimoun en Algérie.

Peigne (kesria) de répartition. Pour se répartir l'eau issue de la foggara, les oasiens du Gourara ont mis au point un système aussi efficace qu'esthétique : les peignes (kesria). Un spécialiste, le kiel el ma, mesure le débit qui passe entre chaque dent et refait l'opération chaque fois que la foggara est recreusée ou entretenue ou quand un propriétaire terrien achète le droit à l'eau d'un autre. L'eau circule ensuite dans des canaux, les seguia, qui l'emmènent jusqu'au bassin, le majen, où elle s'accumule jusqu'à ce que le cultivateur irrigue ses cultures.

Notes et références
1. ↑ dans la région autonome du Xinjiang, où ils portent le nom de karez 2. ↑ Qanats, article dans Scientific American 3. ↑ Le problème de l'extraction de l'eau dans les mines de charbon est réel. Les houillères de Lorraine, par 4. 5. 6.
exemple, produisaient chaque jour trois fois plus d'eau (non potable) que de charbon, en tonnage. Bertrand Schwartz, Cours d'exploitation des mines, 1957 ↑ Henri Goblot, Les Qanats : une technique d'acquisition de l'eau, Paris, École des hautes études en sciences sociales, 1979. ↑ Les Berbers dans l'histoire: Les Ibadites Par Mouloud Gaïd, page 93 ↑ Jardins au désert: évolution des pratiques et savoirs oasiens : Jérid tunisien Par Vincent Battesti, page 16 livre en ligne [archive]

Jardin persan

Œuvre d'art représentant deux hommes dans un jardin Persan. Les Jardins Persans font référence à une tradition et à un style de conception de jardins qui a ses origines en Perse, (plus connue aujourd'hui sous le nom d'Iran). Traditionnellement, de tels jardins étaient clos. Le mot persan (en langue Avestique) pour « espace fermé » était pairi-daeza qui s'est transmis dans la Mythologie judéo-chrétienne sous le nom de Paradis, le Jardin d'Éden. Son rôle était, et est toujours, de procurer de la relaxation sous plusieurs formes : spirituelle et récréative (comme rencontrer des amis), en fait, c'est essentiellement un paradis sur terre. La façon selon laquelle le jardin est construit peut être très formelle (l'accent est mis sur la structure) ou plus informelle (l'accent est mis sur les plantes) et respectent quelques règles simples de conception - afin de maximiser, en termes de fonction et d'émotion, ce qui peut être fait dans le jardin. On estime que l'origine des jardins persans remonte à 4000 av. J.-C. On trouve sur les poteries de cette époque des plans en croix typiques des jardins persans. Le concept persan d'un jardin idéal, semblable au paradis est parfaitement rendu au Taj Mahal. C'est Babur qui a introduit le concept de jardin persan en Inde, et le jardin Aram Bagh d'Âgrâ, maintenant négligé est le premier des nombreux jardins qu'il a créés. Le Taj Mahal est l'un des plus grands jardins perses du monde.

Histoire

Jardin Hafezieh, Shiraz, Iran. Le style peut remonter aux temps anciens bien avant l'ère moderne. Par exemple, les contours du Jardin de Cyrus Ier, qui jouxtait un palais, sont toujours visibles aujourd'hui - il a été bâti aux alentours de 500 av. J.-C. Pendant le règne des Sassanides (3e au VIIe siècle de notre ère), et sous l'influence du Zoroastrisme, la présence de l'eau dans l'art a pris de l'importance - qui se manifeste par la présence de fontaines et bassins dans les jardins. Pendant l'occupation par les Arabes, l'aspect esthétique du jardin a encore pris de l'importance, surpassant même l'utilité du jardin. C'est à cette époque que les règles esthétiques définissant le jardin se sont développées - un exemple de ceci se retrouve dans le chahar bagh (‫ ,)چهارباغ‬une forme de jardin qui tente de simuler l'Éden - ayant quatre rivières et quatre quadrants, représentant le monde. La conception intègre parfois un axe plus long que les autres, des canaux d'eau courante répartis dans les quatre parties du jardin se connectant dans un bassin central. L'invasion de la Perse par l'Empire Mongol au XIIIe siècle a vu une accentuation des structures ornementales poussées dans les jardins, avec par exemple l'utilisation des pivoines et des chrysanthèmes. L'Empire Mongol a ensuite porté la tradition du jardin persan dans d'autres territoires de l'empire (notamment l'Inde). La dynastie Safavide (XVIIe-XVIIIe siècle) a construit et développé la grandeur et les ornements - avec des jardins qui vont bien au-delà d'une simple extension du palais et qui deviennent une partie intégrante fonctionnellement et esthétiquement de celui-ci. Dans les siècles suivants, les dessins de jardins Européens ont commencé à influencer la Perse, particulièrement les dessins français et, dans une moindre mesure, les jardins Russes et du Royaume-Uni. Ces changements qui sont attribués à l'Occident concernent l'utilisation de l'eau et les espèces utilisées. Les formes et styles de jardin traditionnels ne sont plus présents parmi la population en Iran. Ils peuvent cependant être trouvés dans les monuments historiques, les musées et accolées aux maisons des classes riches traditionnelles.

Éléments du jardin Persan

Les éléments du jardin persan comme le pavillon central, le bassin et la végétation attenante peuvent être observés au Bagh-e-Fin de Kashan. La lumière du soleil et ses effets ont été un facteur important de structuration des jardins persans, des textures et des formes choisies par l'architecte pour réduire l'impact de la lumière. À cause de la position géographique en latitude de l'Iran, l'ombre est extrêmement importante dans le jardin, sans laquelle celui-ci ne pourrait avoir d'espace utilisable -les arbres et les treilles servent d'ombrage naturel; les pavillons et les murs servent eux-aussi à bloquer le soleil. Les jardins persans représentent donc un espace de verdure et de fraîcheur dans un pays caractérisé par sa chaleur fréquente et sa sécheresse. L'autre caractéristique liée à la chaleur dans les jardins est l'importance de l'eau. Une sorte de tunnel souterrain, sous la nappe phréatique, appelé Qanat est utilisé pour irriguer le jardin et ses alentours. Des structures semblables à des puits sont ensuite connectées au Qanat, permettant ainsi de ramener l'eau à la surface. Alternativement, un puits persan utilisant la force animale peut être utilisé pour ramener l'eau à la surface. De tels systèmes peuvent aussi être utilisés pour déplacer l'eau dans le système aquatique de surface comme ceux qui existent dans le style appelé chahar bagh. Les arbres étaient souvent plantés dans un fossé appelé Jub, ce qui réduisait l'évaporation de l'eau et permettait à l'eau d'atteindre plus rapidement les racines. Le style persan essaie souvent d'intégrer les parties "intérieures" avec les parties "extérieures" - ceci est souvent réalisé à travers un jardin entourant une cour intérieure. Des éléments architecturaux comme des arches voûtées permettaient d'ouvrir l'espace entre l'extérieur et l'intérieur.

Descriptions
Les plus vieilles descriptions et illustrations de jardins iraniens nous viennent des voyageurs qui ont atteint l'Iran venant des pays plus à l'ouest. Ces récits incluent ceux de Ibn Battuta au XIVe siècle, Ruy Gonzáles de Clavijo au XVe siècle et Engelbert Kaempfer au XVIIe siècle. Battuta et Clavijo ne font que des références furtives aux jardins et ne décrivent pas leur plan. Kaempfer réalisa des dessins précis et les a convertis en gravures à son retour en Europe. Elles montrent des jardins de type chahar bagh contenant les éléments suivants: un mur d'enceinte, des bassins rectangulaires, un réseau intérieur de canaux, des pavillons et des plantations luxuriantes. Des exemples survivant de ce type de jardin peuvent être vus à Yazd (Dowlatabad) et à Kashan (Bagh-e Fin). L'emplacement des jardins représentés par Kaempfer à Esfahan peut être identifié.

Styles
Les six styles primaires de jardin persan peuvent être vus dans le tableau suivant, qui les remet en perspective de leur fonction et de leur style. Les jardins ne sont pas limités à un style particulier, mais les intègrent souvent ou possèdent des parties possédant leurs propres styles et fonctions. Classique Formel Informel Public Hayat Meidan Park Privé Hayat Chahar Bagh Bagh

Hayat
Publiquement, c'est un style persan classique avec un fort accent sur l'esthétique par rapport à sa fonction. Les structures faites de main d'homme dans le jardin sont particulièrement importantes - avec des arches et des bassins (qui peuvent être utilisés pour le nettoyage). Le sol est souvent couvert de gravier ou d'une autre substance dérivée de la pierre. Les plantations sont d'ordinaire très simples - des arbres en lignes, qui ont aussi une fonction d'ombrage. Dans la version privée, ces jardins sont souvent centrés autour d'un bassin et là encore très structurés. Le bassin sert de point d'attention mais sert aussi à humidifier l'atmosphère ambiante. Là encore, il y a peu de plantes - cela est souvent dû aux limitations quant à la quantité d'eau disponible en zone urbaine.

Meydan
C'est un jardin public, formel où l'accent est davantage mis sur les éléments naturels que dans le hayat et où l'importance de la structure est minimisée. Les plantations consistent en arbres, buissons, herbes et parterres de plantes. Ici encore, des éléments comme le bassin et les allées de gravier divisent la pelouse. Quand les structures existent, elles ont souvent une fonction d'ombrage comme un pavillon.

Chahar Bagh
Ces jardins sont privés et formels - leur structure de base consiste en 4 coins divisés. Ceux-ci sont généralement séparés par des canaux ou des allées. Traditionnellement, de tels jardins étaient utilisés dans des fonctions liées aux occupations des riches (comme les relations avec des ambassadeurs). Ces jardins présentent des structures équilibrées avec la verdure - les plantes sont souvent situées autour de la structure du bassin et des allées.

Parc
Comme de nombreux autres parcs, le parc persan sert une fonction publique et informelle mettant l'accent sur la vie végétale. Ils fournissent des allées et des endroits où s'asseoir, mais sont limités en termes d'éléments structurels. Le but de ces lieux est la relaxation et la socialisation.

Bagh
Comme l'autre jardin informel, le parc, le Bagh met l'accent sur l'aspect vert et naturel du jardin. Contrairement au parc, le bagh est souvent un espace privé accolé aux maisons et consiste en pelouse, arbres et plantes basses. Les voies d'eau et les allées sont moins importantes que dans les autres jardins plus formels et sont très largement fonctionnelles. La fonction première de tels espaces est la relaxation en famille.

Références
1. Persians: Masters of Empire, p. 62, ISBN 0-8094-9104-4 2.

Paradis

Le jardin d'Éden, volet gauche du triptyque Le Jardin des délices de Jérôme Bosch Du persan pairi daiza signifiant jardin clôturé (Paradiso ou paradeiso en vieux-perse), et du sanskrit "pardis", le paradis ou jardin d'Éden est un concept important présenté au début de la Bible, dans le livre de la Genèse. Il a donc un sens particulier pour les religions abrahamiques. Dans un sens plus élargi, le concept de paradis est présent dans presque toutes les religions. Il représente souvent le lieu final où les hommes seront récompensés de leur bon comportement. Les croyants parlent aussi du Royaume de Dieu qui sera manifesté à la fin du monde.

Ce terme est également entré dans le vocabulaire usuel pour désigner certains concepts variés, à connotations positives.

Origine grecque
Xénophon raconte dans l'Anabase l'expédition des 10 000 et en particulier qu'à Sardes en Asie Mineure Cyrus leur fait visiter son jardin. Les Grecs sont éblouis, ils ne connaissent rien de semblable et pour nommer cette splendeur Xénophon emploie le mot perse pour jardin entouré de murs : paradeiso, d'où vient paradis.

Origine perse
Lorsqu'un roi perse voulait honorer quelqu'un qui lui était cher, il le nommait « compagnon du jardin », et lui donnait le droit de marcher dans le jardin en sa compagnie. On trouve probablement un écho de cette pratique dans la Bible, où Dieu est décrit à l'image du roi: « ils entendirent le Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin au souffle du jour » (Gn 3:8).

Selon le judaïsme
Le livre hébreu de la Genèse ne parle que du "Jardin d'Eden" (Gan 'Eden). Traduction œcuménique de la Bible, livre de la Genèse : 2:8 « Le Seigneur Dieu planta un jardin en Éden, à l'orient, et il y plaça l'homme qu'il avait formé. Le Seigneur Dieu fit germer du sol tout arbre d'aspect attrayant et bon à manger, l'arbre de vie au milieu du jardin et l'arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. » 3:23 « Le Seigneur Dieu l'expulsa [Adam, le premier homme] du jardin d'Éden pour cultiver le sol d'où il avait été pris. Ayant chassé l'homme, il posta les chérubins à l'orient du jardin d'Eden avec la flamme de l'épée foudroyante pour garder le chemin de l'arbre de la vie. » On trouve le mot hébreu Pardès, seulement dans le sens de "verger", en trois occurrences de la Bible hébraïque : Cantique des Cantiques 4, 13, Ecclésiaste 2, 5 et Néhémie 2,8. Mais dans la Septante cela devient «un paradis en Éden», et ainsi de suite. Dans la littérature de l'époque du Second Temple, le paradis est parfois assimilée à la troisième ciel. Par exemple dans la soi-disant Apocalypse de Moïse.

Selon le christianisme
Dans la religion chrétienne, il y a deux paradis : le paradis terrestre et le paradis céleste.

Le paradis terrestre
Le paradis terrestre1, lieu créé par Dieu où Adam et Ève devaient vivre ainsi que leurs descendants. Le paradis terrestre, appelé aussi jardin des délices ou jardin d'Éden, est décrit dans la Bible dans le livre de la Genèse comme un jardin merveilleux où poussaient toutes

sortes d'arbres et de plantes aux fruits délicieux, et où tous les animaux vivaient en harmonie sous la direction de l'homme. Les hommes pouvaient jouir librement du paradis, à une seule condition : ne pas manger du fruit d'un seul arbre, celui de la connaissance du bien et du mal. Cependant, le serpent, compris par la suite comme représentant Satan (voir apocal.12:9), tenta Adam et Ève et leur fit manger du fruit défendu, ce qui leur valut d'être chassé du paradis terrestre. Le serpent fut également maudit entre tous les animaux et fut privé de ses pattes. La catholicisme reconnaît le caractère métaphorique de ce paradis[réf. nécessaire], d'autres confessions fondamentalistes chrétiennes croient en sa réalité littérale.

Le paradis céleste
Selon l'idée commune, le paradis céleste est la demeure des âmes des justes après leur mort. Ce n'est pas un lieu matériel mais un lieu spirituel, où les justes connaîtront le bonheur éternel, parfait et infini dans la contemplation de Dieu2. Le paradis terrestre était l'image du paradis céleste. Par opposition, les âmes des damnés vont en enfer. Dans l'Évangile selon Luc, chapitre 23 verset 42, le bon larron, crucifié à côté de Jésus lui demande : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton règne. » Jésus lui répondit : « Amen je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le paradis. »3 Remarque : D'autres traductions rendent ce texte ainsi : « Je te le dis aujourd'hui que tu seras avec moi au paradis » s'appuyant sur le fait que Jésus n'a été ressuscité que trois jours après et non le jour même de sa mort. De plus, après sa résurrection, Jésus déclare à Marie Madeleine : « Ne me touche pas; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » (Jean 20:17) Cela laisse supposer que la promesse de Jésus faite au malfaiteur ne sera accomplie que le jour de la Résurrection comme annoncée par Jésus lui-même en Jean 5. 28-29.

Selon le protestantisme
La pensée libérale protestante envisage plutôt la conception du ciel dans le sens d'un « service de Dieu au bénéfice d'un progrès moral universel ».

Dans l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours

La définition du paradis, pour l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours ou Église mormone, est fondée sur le chapitre 76 de Doctrine et Alliances, et sur 1 Corinthiens, dans la Bible, version du roi Jacques. L'au-delà est tout d’abord divisé en deux parties jusqu'au Jugement dernier; il est ensuite divisé en quatre niveaux, dont trois sont qualifiés de degrés de gloire qui, à titre d'illustration, sont comparés à des corps célestes. Avant le Jugement dernier, les esprits, séparés de leur corps physique au moment du décès, vont soit au paradis, soit vers la prison des esprits en fonction de leurs mérites acquis dans la vie. :
• •

Le paradis est un lieu de repos tandis que ses habitants continuent apprendre et se prépare pour le Jugement Dernier. La prison des esprits est un lieu d'angoisse et de souffrance pour les méchants et les impénitents, mais l’œuvre missionnaire est accomplie parmi ces esprits en prison afin de leur permettre de se repentir, d’accepter l’Évangile, l’expiation et de recevoir le baptême, par la pratique du baptême pour les morts.

Après la résurrection et le jugement dernier, les gens sont envoyés dans l’un des quatre niveaux:

Le royaume céleste qui est le plus haut niveau, avec sa puissance et la gloire comparable au soleil. Ici, les fidèles et courageux disciples du Christ qui ont accepté la

plénitude de son Évangile et gardé leurs alliances par l’intermédiaire des prophètes de leur dispensation respective sont réunis avec leur famille et avec Dieu le Père, JésusChrist et le Saint-Esprit pour toute l'éternité. Ceux qui auraient accepté l'Évangile de tout leur cœur s’ils en avait eu la possibilité dans la vie (suivant jugement par le Christ et Dieu le Père) vont également dans le Royaume céleste. Les saints des derniers jours ne croient pas en la notion du péché originel, mais pensent être des enfants innocents à travers l'expiation. Par conséquent, tous les enfants qui meurent avant l'âge de responsabilité hériteront de cette gloire. Les hommes et les femmes qui ont contracté le mariage céleste sont admissibles, sous la tutelle de Dieu le Père, à devenir des dieux et de déesses en tant que co-héritiers avec Jésus-Christ.

Le Royaume terrestre, dont la puissance et la gloire sont comparables à celle de la lune, est réservé à : o ceux qui ont entendu et rejeté le plein Evangile dans la vie, mais ont vécu une vie juste, o ceux qui ont accepté l'Évangile mais n’ont pas gardé leurs alliances, par la poursuite du processus de la foi, la repentance et le service aux autres, o ceux qui sont morts sans loi (D&A 76:72) mais ont accepté le plein Evangile et se sont repentis après la mort grâce à l’œuvre missionnaire effectuée auprès des esprits en prison.

Dieu le Père ne vient pas dans le royaume terrestre, mais Jésus-Christ les visite et le SaintEsprit est avec eux.

Le Royaume téleste qui est comparable à la gloire des étoiles. Ceux qui vont dans le royaume téleste subissent les douleurs de l'enfer après la mort parce qu'ils ont été menteurs, meurtriers, adultères, blasphémateurs, etc Ils sont finalement sauvés de l'enfer et sont rachetés par le pouvoir de l'expiation à la fin du millénaire. En dépit de sa condition moindre dans l'éternité, le royaume téleste est décrit comme étant meilleur que la Terre dans son état actuel. La souffrance est le résultat d'une pleine connaissance des péchés et des choix qui ont définitivement éloigné une personne de la joie extrême qui vient d'être en présence de Dieu et de Jésus-Christ, même si elles ont le Saint-Esprit avec eux. Le royaume de perdition, ou les ténèbres, est le niveau le plus bas et n'a aucune gloire. Il est réservé à Satan, ses anges, et ceux qui ont commis le péché impardonnable. C'est l'état le plus bas possible dans les éternités et auquel très peu de gens nés dans ce monde parviendront, puisque le péché impardonnable exige que la personne sache avec une parfaite connaissance que l'Évangile est vrai et puis l’a rejeté et s’est ensuite opposé à Dieu. Le seul fils de perdition est Cain, mais il est généralement admis qu'il ait probablement toujours vécu en traversant les siècles.

Selon l'islam
Le Coran emploie le plus souvent le mot jardin (arabe : janna ‫ ,)جنة‬au singulier ou au pluriel ّ pour désigner le paradis. À onze reprises, l'expression « jardin d'Éden » est employée (ʿadn ‫ ,عدن‬Éden). On trouve aussi à deux reprises le mot « paradis » (firdaws ‫ ,فردوس‬pl. farādīs ‫ ,فراديس‬venant du persan pārādīs ‫ ,پاراديس‬jardin ; vignoble

Le Coran en donne aussi des descriptions : « Et quant à ceux qui ont cru et fait de bonnes œuvres, bientôt Nous les ferons entrer aux Jardins sous lesquels coulent des ruisseaux. Ils y demeureront éternellement. Il y aura là pour eux des épouses purifiées. Et Nous les ferons entrer sous un ombrage épais5 » On y trouve des fleuves comme dans le paradis terrestre de la Genèse, mais il n'y coule pas seulement de l'eau : « Il y aura là des fleuves dont l'eau est incorruptible, des fleuves de lait au goût inaltérable, des fleuves de vin, délices pour ceux qui en boivent, des fleuves de miel purifié. Ils y trouveront aussi toutes sortes de fruits et le pardon de leur Seigneur6 » Il y a des vierges éternelles : « Là, il y aura des vertueuses et des belles. Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous ? Des houris cloîtrées dans les tentes, Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous ? qu'avant eux aucun homme ou djinn n'a déflorées. Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous ? Ils seront accoudés sur des coussins verts et des tapis épais et jolis. Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous7 ? »

Et des éphèbes : « Parmi eux circuleront des garçons éternellement jeunes, avec des coupes, des aiguières et un verre (rempli) d'une liqueur de source qui ne leur provoquera ni maux de tête ni étourdissement; et des fruits de leur choix, et toute chair d'oiseau qu'ils désireront. Et ils auront des houris aux yeux, grands et beaux, pareilles à des perles en coquille en récompense pour ce qu'ils faisaient8. » On peut y boire du vin car il n'enivre pas : « On leur sert à boire un nectar pur, cacheté, laissant un arrière-goût de musc. Que ceux qui la convoitent entrent en compétition (pour l'acquérir) Il est mélangé à la boisson de Tasnîm, source dont les rapprochés boivent. » « Certes, ceux qui ont cru et accompli des actes pieux, voilà les meilleures des créatures, leur récompense sera auprès de Dieu, les jardins d'Eden sous lesquels coulent des fleuves. Ils y demeureront pour l'éternité, Dieu les agrée et eux L'agréent, voilà pour quiconque craint son Seigneur. » Sourate 98. La preuve (Al-Bayyinah). Verset 7-8

Selon les spiritualités modernes
Selon l'ésotérisme
D'après les ésotéristes modernes, à savoir le théosophisme d'Helena Blavatsky, l'anthroposophie de Rudolf Steiner, Omraam Mikhaël Aïvanhov et tant d'autres, réincarnationnistes, il y a, après la mort du corps physique, survivance de certains corps subtils, puis enfer et paradis, enfin réincarnation. Aïvanhov écrit : à la mort, « vous quittez les différents corps dont vous devez vous libérer les uns après les autres : d'abord le corps physique, puis, quelque temps après, une semaine ou deux, le corps éthérique ; ensuite, le corps astral, et, là, c'est beaucoup plus long, parce que, dans le plan astral, sont entassés les passions, les convoitises, tous les sentiments inférieurs. Et c'est cela l'Enfer : le plan astral et le mental inférieur [le corps mental] où l'on doit rester quelque temps pour se purifier. Ensuite, vous vous libérez du corps mental, et c'est là que commence le Paradis, avec le premier ciel, le deuxième ciel, le troisième ciel... La tradition rapporte qu'il y en a sept. Ce n'est qu'après s'être complètement dépouillé qu'on entre nu dans le septième ciel ; 'tout nu' c'est-à-dire purifié, sans entraves. Et c'est le retour de l'homme sur la Terre, la naissance de l'enfant. Il s'habille tout d'abord de ses corps subtils (âtmique, bouddhique, causal), puis de ses corps mental, astral, éthériquee, et enfin du corps physique »(L'homme à la conquête de sa destinée, Éditions Prosveta, 1981, p. 161-162).

Selon les philosophies spiritualistes
D'après les oeuvres d'Emanuel Swedenborg et d'Allan Kardec, plus une personne progresse et développe ses qualités durant sa vie terrestre, plus le monde qui l'accueille dans l'au-delà est évolué10.

Notes et références
1. ↑ L'expression "paradis terrestre" n'existe pas dans le texte hébreu de la Genèse. Il s'agit d'un titre de
chapitre rajouté dans certaines éditions (comme celle de la Vulgate), afin de rendre le texte original plus facile à lire. Le texte original de la Genèse est écrit sans aucune tête de chapitre (voir par exemple la Bible de Jérusalem) et ne mentionne donc aucun "paradis terrestre". ↑ Cette idée d'une éternité passée à contempler Dieu n'apparaît pourtant dans aucun passage Bible. ↑ Traduction officielle de l'Église catholique romaine pour la liturgie. ↑ Coran, La caverne XVIII; 107 et Les croyants XXIII ; 11 ↑ Coran, Les femmes, IV; 57 ↑ Coran, Muhammad, XLVII; 15 ↑ Coran, Le Miséricordieux, LV ; 70-77 ↑ Coran, L'inéluctable, LVI ; 17-24 ↑ Coran, Les fraudeurs, LXXXIII ; 25-28 ↑ "La vie dans les mondes supérieurs est déjà une récompense, car on y est exempt des maux et des vicissitudes auxquels on est en butte ici-bas. Les corps, moins matériels, presque fluidiques, n'y sont sujets ni aux maladies, ni aux infirmités, ni aux mêmes besoins. Les mauvais Esprits en étant exclus, les hommes y vivent en paix, sans autre soin que celui de leur avancement par le travail de l'intelligence. Là, règnent la véritable fraternité, parce qu'il n'y a pas d'égoïsme ; la véritable égalité, parce qu'il n'y a pas d'orgueil ; la véritable liberté, parce qu'il n'y a pas de désordres à réprimer, ni d'ambitieux cherchant à opprimer le faible. Comparés à la terre, ces mondes sont de véritables paradis ; ce sont les étapes de la route du progrès qui conduit à l'état définitif. La terre étant un monde nférieur destiné à l'épuration des Esprits imparfaits, c'est la raison pour laquelle le mal y domine jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu d'en faire le séjour des Esprits plus avancés. C'est ainsi que l'Esprit, progressant graduellement à mesure qu'il se développe, arrive à l'apogée de la félicité ; mais, avant d'avoir atteint le point culminant de la perfection, il jouit d'un bonheur relatif à son avancement. Tel l'enfant goûte les plaisirs du premier âge, plus tard ceux de la jeunesse, et finalement ceux plus solides de l'âge mûr." Allan Kardec, Le Ciel et l'Enfer, Chapitre 3, paragraphe 11.

2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10.

Armée

Lancier, détail de la frise des archers du palais de Darius à Suse. Briques siliceuses à glaçure, vers
510 av. J.-C. conservé au Musée du Louvre

À l'époque de Cyrus Ier, tous les hommes persans devaient se battre pour le roi. Outre son importance stratégique militaire, l’armée impériale joue également un rôle politique important, assurant le maintien de l'union politique de tous les territoires réunis sous la direction des Achéménides2. Son élite est constituée par le corps des 10 000 Immortels72, dont sont issus les gardes des palais royaux. Le chef de cette unité (appelé hazāparati), en tant que « second du roi »73, assurait également le commandement de toute l'armée impériale. L'armée de terre était divisée entre des fantassins et des cavaliers, tous recrutés parmi la noblesse. Dans les inscriptions, cette armée est appelée kāra. L'armée possédait des garnisons permanentes dans tout l'empire, commandées par des officiers persans. Les garnisons étaient placées à des points stratégiques : Les forts situés sur le grandes routes de l'empire, aux frontières ou même dans des colonies militaires (Comme à Éléphantine à la frontière égypto-nubienne). Ces garnisons étaient composées d'éléments persans, mèdes, grecs, chorasmiens, et plus particulièrement de juifs74. Les satrapes sont chargés de l’approvisionnement, de l’entretien et du financement de ces forces armées stationnées sur leur domaine administratif, ils ne sont en revanche, pas en charge de leur commandement militaire. Celui-ci est en effet assuré par une hiérarchie distincte et soumise à l’autorité royale75. En temps de paix, l’armée est essentiellement composée de persans76 et de mèdes. En temps de guerre, cette armée de métier était supplée par des troupes levées parmi les différentes peuples de l'empire77. Cette armée « de réserve » était alors divisée en unités nationales et équipées selon leurs coutumes nationales2. Si l’on en croit les écrits d’Hérodote décrivant les revues de son armée menées par Xerxès Ier en Thrace ou à proximité de l’Hellespont, l’armée impériale est en effet très hétérogène et bigarrée. Très importante (7 jours et 7 nuits sans interruption lui sont nécessaires pour franchir un pont), elle se compose alors de 67 contingents ethniques issus des différents peuples de l’empire. Ces contingents commandés par des perses de haute lignée se répartissent en 3 catégories : infanterie, cavalerie, et marine78. Infanterie et cavalerie comportaient chacune des contingents d’archers79.

Les tenues et équipements des soldats des contingents décrits par Hérodote sont extrêmement hétéroclites, fonction du peuple considéré. Ils rendent compte d’une importante diversité78 :

Vêtements de peaux (éthiopiens, outiens, myques, paricaniens), enduits corporels de plâtre ou vermillon (éthiopiens), coiffes de renard et bottes en peaux de faon (thraces) ; Boucliers d’osier (perses) ou de peau (paphlagoniens, éthiopiens), casques de bois (colchidiens) ou de bronze (assyriens) ; Masses de bois garnies de clous (assyriens), haches (saces), pointes de flèches en pierre taillée et piques en corne de gazelle taillée en guise de fer de lance (éthiopiens), cordages lancés pour immobiliser les jambes de l’adversaire et poignards (sagartiens) ; Cavaliers montant chameaux (arabes) ou chevaux, chars attelant des chevaux ou des ânes ;

Cette hétérogénéité des troupes, de leurs armements et équipements, et de leurs techniques de combat, pose naturellement la question de l’efficacité du commandement et de la difficulté de coordination des manœuvres au combat. Quinte Curce souligne même que la diversité est telle que le roi ne connaissait pas tous les peuples composant son armée, et que les peuples ignoraient qui étaient leurs alliés. Pour Briant, si cette diversité a pu être avancée en premier lieu pour expliquer les défaites perses contre les grecs et les macédoniens, elle ne tient pas compte du fait que les contingents décrits par Hérodote n’ont en fait jamais participé aux combats, qui impliquaient surtout des troupes d’élites essentiellement issues du plateau iranien. Les combattants engagés aux Thermopyles étaient ainsi perses, kissiens, et gardes immortels ; ceux engagés à Platées étaient perses, mèdes, bactriens, indiens, saces, et mycales78. Briant observe que les revues d’armées par Xerxès, s’inscrivaient plutôt dans un cadre cérémonieux : le roi prenant acte de sa puissance au travers de la présentation de son armée. L’objectif n’y était pas de compter les forces militaires disponibles, mais pour le roi de prendre connaissance de la diversité de son empire et de stimuler le moral de ses troupes. Partant de l’interprétation de Quinte Curce, il établit donc une distinction entre ces troupes de parades mises en scènes afin de représenter l’espace impérial jusque dans ses peuples les plus marginaux, et les troupes combattantes en majorité iraniennes et sélectionnées78. À la fin de l'époque achéménide, les soldats persans ont de plus en plus été remplacés par des mercenaires grecs.

Culture

Inscription de Behistun, Colomne 1 (DB I 1-15), relevée par Fr. Spiegel, en 1881.

Langue
La langue administrative de l'empire est l'araméen, qui sert également à la communication interrégionale. Cependant, d'autres langues ont une utilisation plus limitée dans l'espace et dans le temps. Le néo-élamite est ainsi la langue officielle de la cour dans le Fars, comme l'attestent les tablettes trouvées à Persépolis (datées entre 509 et 458)80. D'autres langues ont une utilisation locale, comme l'égyptien, le grec, le lydien ou le lycien. L'élamite et le néo-babylonien sont employés dans les inscriptions royales, comme le vieuxpersan, qui est une langue dont l'écriture est inventée à l'époque de Darius Ier. Ce dernier l'utilise surtout à des fins représentatives, comme c'est le cas sur l'inscription de Behistun.

La vie durant l'époque achéménide

Reconstruction du toit de l'Apadana à Persépolis. Vie à la cour royale La cour royale semble être le lieu par excellence du pouvoir dans l'empire achéménide : c'est là que vit le roi, avec sa famille et ses familiers. C'est également là que les nobles doivent résider, que sont prises les décisions administratives et stratégiques, que les satrapes sont convoqués ou reçus. Cependant, les documents portant sur la vie de la cour sont rares et inégalement distribués81. Le Roi achéménide se déplace périodiquement entre les différentes résidences royales (Persépolis, Suse, Ecbatane, etc.), accompagné de la cour et de ses différents services. Lors des voyages, le souverain loge dans une tente très luxueuse dressée au milieu du camp et pourvue de signes distinctifs82. Briant admet que ces tentes pouvaient être des répliques des palais de Suse et de Persépolis. La vie à la cour royale semble réglée par des règles d'étiquette aulique très strictes83. Le Roi est entouré de hauts officiers de cour, chargés de s'occuper de différentes affaires (Trésor Royal, chancellerie), et qui lui rendent compte directement. Un personnel nombreux est également chargé du service des audiences. En effet, les solliciteurs et suppliants se présentent à la porte du roi. Ces visiteurs transmettent leur messages à des

gardiens ou à des porteurs de message, et ne sont reçus devant le roi que sur convocation84. Toute personne s'approchant du roi sans avoir été convoquée est condamnée à mort85. Le roi prend généralement ses repas seul, par souci de sécurité. Lors des banquets, la place des convives est soigneusement choisie, à la fois pour témoigner des faveurs du roi et pour assurer sa sécurité. Les auteurs grecs sont tous frappés par le luxe et l'apparat des banquets de cour. Les vivres et aliments du roi sont transportés à part, comme ceux des Immortels86. Les empoisonnements sont courants au sein de la cour ; le Roi emmène donc partout avec lui de l'eau du Choaspes, la rivière qui coule à Suse. L'eau est bouillie et transportée dans des vases d'argent87. De même, la fonction d'échanson est très importante à la cour ; le Roi boit un vin qui lui est réservé, et l'échanson fait également office de goûteur88. Ces mesures ne servent pas seulement à souligner la place particulière du roi, elles semblent aussi être destinées à préserver sa santé89. Les médecins tiennent donc également une place importante dans l'entourage royal. Proches du roi comme les échansons, il leur est facile d'empoisonner le monarque. Ces fonctions se destinent donc à des personnes de confiance. Les médecins royaux sont principalement grecs et égyptiens. Parmi le personnel de la cour se trouvent également les eunuques, divisés en deux catégories : ceux faisant partie de l'entourage proche du roi, et les autres, domestiques. Le service du roi et des princesses royales exige une nombreuse domesticité d'eunuques. Leur rôle est de veiller sur la chambre du roi et des princesses90. Ils sont généralement originaires de pays soumis, et leur statut est proche de celui d'esclaves, même si leur intimité avec le roi leur confère un statut particulier91.

Sceau-cylindre représentant une scène érotique. Marbre jaune, VI-IVe siècles av. J.-C. Provenance : Suse. conservé au Musée du Louvre De nombreux auteurs anciens nous apprennent que le Roi, et d'autres personnes, pratiquent la polygamie et ont de nombreuses concubines92. Les princesses royales, et toutes les femmes en général, disposent d'appartements particuliers. Des concubines résident dans une « maison des femmes » après avoir passé une nuit avec le Grand Roi93, et restent auprès de lui. Les princesses royales disposent d'une plus grande autonomie et voyagent, comme l'attestent les tablettes de Persépolis. Elles gèrent également leurs terres, leurs domestiques, voire leurs ateliers94.

La chasse est sûrement le loisir favori des rois. Elle présente en effet l'avantage de constituer une très bonne préparation physique pour le jeune noble, et un évènement au cours duquel il peut montrer son courage, son habileté et sa puissance (le premier trait lui est réservé). La chasse est pratiquée dans les pairidaeza, parcs clôturés de grande étendue: le mot signifiant en effet « ayant une clôture de tous les côtés ». Ces jardins sont à la fois des lieux de détente et d'agrément, aménagés par des horticulteurs, et d'immenses réserves de chasse95. Les techniques de chasse sont variées : à pied, à cheval, en char ; utilisant l'épée, l'arc, le javelot, ou le filet. Une lettre adressée par darius à Gadatas, qui transplante des fruits entre l'Euphrate et les côtes asiatiques, fait état de l'intérêt du grand roi pour l'horticulture. Vie hors de la cour royale Compte tenu de la nature des documents de l'époque, le quotidien des sujets de l'empire est encore moins bien connu que celui des gens de cour : si les plans des palais royaux sont bien connus, ceux des maisons particulières de l'époque ne l'est pas en dehors de celles de la Babylone achéménide. Les murs sont constitués de briques d'argile crues ajustées avec un mortier d'argile et de paille. L'isolement des parties murales basses est réalisé avec du bitume. Les maisons achéménides semblent être construites autour d'une cour donnant sur un portique, peut-être à une ou deux étages95. Concernant le mobilier, la qualité et le caractère précieux des meubles, tapis et autres objets précieux perses sont très réputés.

Amulette-pendentif à la tête de lion. Faïence, œuvre achéménide, fin du VIe-IVe siècle av. J.C. conservé au Musée du Louvre Les tenues vestimentaires sont surtout connues au travers des nombreuses représentations de sujets sur des œuvres d'art de l'époque achéménide. Les Perses portent alors des longues robes plissées, avec ou sans manches, soutenues par une ceinture, en guise de survêtement. Ils connaissent également les sous-vêtements (sous la forme d'un pantalon de cuir ou d'étoffe fine), qu'ils portent surtout pour monter à cheval. Les chaussures sont de deux types : des souliers plats fermés avec 3 ou 4 lacets, ou des bottes. Les couvre-chefs sont de formes et matériaux variés : allant du simple serre-tête à la casquette sphérique, au chapeau à cannelures ou aux feutres et bonnets. La couleur des vêtements sert à distinguer les classes sociales tout au long de l'époque achéménide. Le rouge est la couleur des guerriers, le blanc, celle des prêtres et le bleu celle des paysans. Le roi porte des vêtements dans toutes ces couleurs pour montrer son autorité sur les trois classes sociales. Ce sont les reliefs de Persépolis qui indiquent ces renseignements sur l'habillement des hommes95. Les diverses sources connues donnent très peu d'informations sur l'éducation des jeunes. Même si l'éducation est en principe ouverte à tous les Perses, les enfants de paysans restent très largement illettrés. D'après les textes connus, il semble que l'éducation des jeunes nobles

achéménides commence dès l'âge de cinq ans, et dure de dix à vingt ans selon les sources. Strabon dit que les jeunes s'exercent à la gymnastique, sont entraînés à la chasse à l'arc, à la lance et à la fronde, et apprennent à planter des arbres, à cueillir des plantes et à fabriquer des vêtements et des filets. Xénophon signale que leur éducation comprend aussi une partie destinée à développer leur sens de la justice, leur obéissance, leur endurance et leur maîtrise de soi95.

Religion
C'est durant la période achéménide que le zoroastrianisme atteint le sud-ouest de l'Iran, où il est adopté par les souverains, devenant à travers eux un élément déterminant de la culture persane. Sous le patronage des rois achéménides, vers le Ve siècle av. J.-C., le zoroastrisme devient de fait la religion de l’État et atteint les limites de l'empire. Dans le même temps, la religion est sujette à un fort syncrétisme, en particulier avec les religions de la Mésopotamie, dont les divinités prennent un aspect astral et planétaire. Au milieu du Ve siècle av. J.-C., c'est-à-dire pendant le règne de Artaxerxès Ier et Darius II, Hérodote écrit : « les Perses n'ont pas d'images de Dieu, pas de temples ni d'autels, et considèrent leur utilisation comme une folie. Cela vient, je pense, du fait qu'ils ne croient pas que les dieux ont la même nature que les hommes, comme les Grecs l'imaginent. » Affirmant également que les persans offrent des sacrifices « au soleil et à la lune, à la terre, au feu, à l'eau et aux vents », il donne également des précisions : « Ce sont les seuls dieux dont l'adoration trouve son origine dans les temps passés. Plus tard, ils ont commencé à adorer Urania, qu'ils ont emprunté aux arabes et aux assyriens. Mylitta est le nom sous lequel les Assyriens connaissaient cette déesse, que les arabes appellent Alitta et les persans Anahita. » En fait, il s’agirait plutôt de Mithra, depuis longtemps confondue avec Anahita. Les deux déesses sont en effet couramment adorées dans les mêmes temples. Concernant les sacrifices, Hérodote ajoute « ils n'élevaient pas d'autels, n'allumaient pas de feu, ne versaient pas de libations. » On peut noter que cette phrase est souvent interprétée à tort comme faisant référence à des pratiques zoroastriennes : l’érection d’autels et l’utilisation rituelle du feu, ainsi que le service du Yasna, correspondent à des pratiques zoroastriennes modernes, n’étant pas encore développées à cette époque.

Pendentif achéménide représentant le dieu égyptien Bès maîtrisant deux chèvres. Or, fin du VIe-IVe siècles av. J.-C. Provenance : Syrie. conservé au Musée du Louvre Confirmant les écrits d’Hérodote, l’utilisation de représentations matérielles divines par les perses semble débuter avec l’érection de statues par Artaxerxès II. Le prêtre-savant babylonien Bérose rapporte en effet qu’Artaxerxès est le premier à rendre hommage aux statues de divinités et qu'il en a placé dans les temples des villes principales de l'empire96. Hérodote observe aussi qu’aucune prière ou offrande ne peut être faite sans la présence d'un mage. Traditionnellement responsables des rituels et services religieux, les mages ne sont pas associés à une religion particulière. En outre, leur fonction de prêtre se transmet par hérédité. Le règne de Darius Ier voit la religion devenir particulièrement liée à l’idéologie monarchique. Les multiples témoignages laissés par Darius puis son fils Xerxès Ier sur les inscriptions et reliefs royaux de Behistun, Persépolis, ou Suse, attestent d’un souci constant de légitimer le pouvoir royal et la succession de Darius par la volonté d’Ahura Mazda. Persépolis exprime ainsi l’image d’un pouvoir royal souverain et illimité, le roi assurant l’unité du monde par ses vertus conférées par la protection d’Ahuramazda97. Le dieu, alors invoqué comme étant le plus grand, représente la source du pouvoir et du rayonnement royal98. Un des reliefs du palais des 100 colonnes de Persépolis décrit ainsi l’ordre des choses, montrant de haut en bas : Ahura Mazda, le roi sur son trône, puis plusieurs rangs de soldats le soutenant. Le message délivré par ce relief est clair : le roi tient son pouvoir d’Ahura Mazda qui le protège, et commande l’armée qui porte son pouvoir99.

Art
L'art achéménide est un art de dignification, servant à l'échelle de l'empire à glorifier la dynastie régnante2. L'extension de l'empire achéménide permet un développement de l'art à sa mesure. L'apogée de l'art achéménide culmine au moment où le pouvoir persan est également à son apogée, notamment grâce aux tributs récoltés dans tout l'empire.

Architecture et urbanisme
Voir aussi : Persépolis

Colonne de l'Apadana, par Eugène Flandin, 1840. Une des caractéristiques de l’empire achéménide est l’érection dès le règne de Cyrus le Grand de constructions monumentales palatines en totale rupture avec l’absence de telles constructions au cours des périodes antérieures. En effet, les Perses ne possédaient pas à l’origine de bagage architectural propre : il s’agissait en effet d’un peuple semi-nomade de pasteurs et cavaliers100. Ils font donc appel au savoir-faire d’ouvriers, artisans et architectes provenant de toutes les nations de l’empire, intègrent ces influences et proposent rapidement un art original dont le style est marqué par la combinaison d’éléments issus des civilisations assujetties. Il ne s’agit pas d’une hybridation, mais plutôt d’une fusion des styles qui en créent un nouveau. L’architecture perse est utilitaire, rituelle, et emblématique101. Présent au moyen orient avant les Perses, le principe d’espaces internes créés par des supports et plafonds en bois évolue, la salle hypostyle devient l’élément central du palais. L'apport des techniques grecques permet à l'architecture perse d'aboutir à des constructions différentes où l’espace a des fonctions différentes : le dégagement de vastes espaces au moyen de colonnes hautes et fines constitue une révolution architecturale propre à la Perse. Les salles hypostyles y sont destinées aux foules et plus seulement aux prêtres comme en Grèce ou en Égypte102. Du fait de l’inclusion de l’Ionie dans les satrapies de l’empire, l’architecture perse achéménide est marquée par une forte influence grecque ionienne, particulièrement visible dans les salles hypostyles et les portiques des palais de Persépolis103. Des architectes lydiens et ioniens sont en effet engagés sur les chantiers de Pasargades, puis plus tard sur ceux de Persépolis, et Suse. Ils en réalisent les principaux éléments, et on trouve ainsi des graffitis en grec dans les carrières proches de Persépolis, mentionnant les noms de chefs carriers. Ils jouent un rôle majeur dans l’éclosion du style perse, autant dans l’appareil que dans la maçonnerie. La participation de Grecs à l’érection de colonnes et à l’ornement de palais en Perse est également mentionnée par la charte de Suse, ainsi que par Pline l'Ancien104,105. Les palais achéménides portent également les marques d’influences mésopotamiennes (en particulier dans la formule palatine associant deux palais, l’un pour l’audience publique et l’autre pour

l’audience privée), babylonienne (reliefs émaillés et polychromes), assyriennes (orthostates ornés de bas reliefs, hommes-taureaux ailés des portes), égyptiennes (gorges des corniches surplombant les portes, portiques)101,106. C'est Cyrus qui, le premier, utilise l'architecture et l'urbanisme pour exprimer la diversité culturelle de l'empire et affirmer la force du pouvoir central. Pasargades est conçue par le roi et ses conseillers, et les travaux sont réalisés par des artisans lydiens et mésopotamiens, dont la présence est attestée par des tablettes107. Les emprunts stylistiques aux régions anatoliennes, assyro-babyloniennes voire phéniciennes et égyptiennes sont nombreux à Pasargades. Le résultat n'est cependant pas une juxtaposition de styles hétérogènes mais bien un nouvel ensemble qui s'inscrit dans un programme impérial et dynastique107. Pasargades marque donc une première étape dans le développement du style architectural et urbanistique perse : située dans une plaine au sein d’un vaste parc irrigué et dominé par une forteresse, sa structure couvre environ 10 hectares et est organisée selon un plan orthogonal mais pas encore symétrique. Des pavillons carrés ornés de colonnades en façade forment les accès aux différentes zones de l’ensemble qui comprend également deux palais hypostyles asymétriques. L’un flanqué latéralement de 2 grands portiques de longueur inégale revêt ainsi une forme de « H » ; l’autre, véritable ébauche stylistique, annonce les futurs apadana de Suse et Persépolis. Ses ailes asymétriques ainsi que la présence de renfoncements latéraux sont révélateurs de recherches et tâtonnements architecturaux encore inaboutis108. Afin de marquer son avènement au pouvoir, et d’assurer sa légitimité au trône, Darius le Grand lance par la suite un gigantesque programme de construction, de transformation et d'embellissement à Pasargades, puis à Suse, et surtout à Persépolis. Il mène ensuite plus avant ce travail d'urbanisation en créant Naghsh-e Rostam et entreprend des travaux à Babylone, et Ecbatane. Les inscriptions et les dépôts de fondation indiquent clairement que Darius veut montrer l'image de son pouvoir souverain et illimité109. Ce programme monumental sera ensuite repris par ses successeurs : Persépolis reste ainsi en construction jusqu'à la chute de l'empire Perse. Le style architectural perse est alors à son apogée. Le plan de Persépolis est ainsi rationalisé et équilibré : le plan carré est systématisé, les espaces hypostyles sont généralisés. Les colonnes sont strictement arrangées, y compris dans les annexes des palais. Autre innovation majeure : les transitions des portiques aux côtés latéraux sont assurées par des tours d'angle à l'Apadana. Des grandes portes et différents passages distribuent la circulation vers les bâtiments majeurs110.

Statue de Darius Ier construite sur ses ordres afin d'être placée à Héliopolis pour montrer que « le persan a pris l'Égypte ». Elle a ensuite été ramenée à Suse par Xerxès Ier après avoir brisé une révolte en Égypte.
conservée au Musée national d'Iran

Les artisans qui ont travaillé sur ces chantiers devaient suivre à la lettre les consignées données par les conseillers du roi. Les emprunts aux arts antérieurs de la région sont alors fondus en un art royal qui suit un programme précis : montrer la domination du Grand Roi sur les peuples conquis (comme le montrent les proclamations écrites ou représentations figurées de Suse, Persépolis et Naghsh-e Rostam par exemple) ; mais aussi montrer que le Grand Roi assure l'unité du monde tout en soulignant sa diversité ethnique et culturelle sous la protection d'Ahura Mazda109. Tous les palais achéménides avaient systématiquement des murs en brique crue, ce qui peut paraître surprenant dans une région où la pierre de construction est disponible en quantité. C'est en fait une caractéristique commune à tous les peuples de l'Orient, qui ont réservé les

murs de pierre aux temples et aux murailles. Aucun mur de Persépolis n'a donc survécu, les éléments encore dressés sont les chambranles des portes et les colonnes de pierre110.

Sculpture
Le forme la plus connue et la plus répandue de sculpture achéménide est le bas-relief, particulièrement à Persépolis, où les bas-reliefs décorent systématiquement les escaliers, les côtés des plateformes des palais et l'intérieur des baies. On suppose également qu'ils étaient utilisés dans la décoration des salles hypostyles. On peut y voir des inspirations égyptiennes et assyriennes, voire grecques pour la finesse de l'exécution. On y rencontre la plupart des stéréotypes des représentations orientales antiques : tous les personnages sont représentés de profil ; si la perspective est parfois présente, les différents plans sont généralement rendus l'un sous l'autre ; les proportions entre les personnages, les animaux et les arbres ne sont pas respectées ; le principe d'isocéphalie est strictement appliqué, y compris sur différentes marches d'escalier. Les sujets représentés sont des défilés de représentants des peuples de l'empire, de nobles perses et de gardes, des scènes d'audience, des représentations royales et des combats entre un héros royal et des animaux réels ou imaginaires. Ces bas-reliefs sont remarquables pour leur qualité d'exécution, chaque détail y est rendu avec une grande finesse110.

Statue d'un chien, provenant de la tour sud-est de l'Apadana, Musée national de Téhéran. On connaît très peu de sculpture achéménide en ronde-bosse ; celle de Darius, retrouvée à Suse est la plus connue (voir ci-contre). Il ne s'agit cependant pas d'un exemple unique ; par exemple, Plutarque mentionne qu'à Persépolis se trouvait une grande statue de Xerxès Ier111. Cependant, de nombreux éléments de décoration peuvent être considérés comme de la rondebosse. Elle est surtout utilisée pour des représentations d'animaux réels ou mythologiques, souvent inclus comme éléments architecturaux dans les portes et les chapiteaux. Ce sont essentiellement des taureaux qui sont représentés comme gardiens des portes, ainsi qu'au portique de la salle des Cent Colonnes. Les chapiteaux de colonne se terminent par des impostes de protomes animaliers : taureaux, lions, griffons… Les animaux sont très stylisés, sans aucune variation110. Quelques statues entièrement en ronde-bosse ont également été retrouvées, telle celle représentant un chien, qui décorait une tour d'angle de l'Apadana.

Polychromie]

Sphinx du palais de Darius à Suse. Briques siliceuses à glaçure, vers 510 av. J.-C. conservé au Musée du
Louvre

Contrairement à Persépolis, les palais de Suse ne présentent pas de bas reliefs taillés dans la pierre. La décoration y est assurée par des ensembles en brique émaillée réalisant de vastes panneaux de céramique polychrome d’inspiration mésopotamienne. Y sont déclinées des figures animales (lions, taureaux, griffons) et des représentations de Mélophores comme celles des reliefs persépolitains. La polychromie joue donc un rôle considérable dans l’art représentatif achéménide, transfigurant les personnages et figures représentés, donnant aux palais un éclat coloré112. Nonobstant la découverte de céramiques polychromes de Suse, l’utilisation de peintures colorées à Persépolis a souvent été mésestimée du fait des nombreuses altérations que subissent les pigments au cours du temps. La mise en évidence de multiples couleurs sur de nombreuses pièces issues de la plupart des palais et bâtiments persépolitains atteste de la richesse et de l’omniprésence de peintures polychromes à Persépolis. Il ne s’agit pas seulement de preuves reposant sur des traces pigmentaires persistant sur des objets, mais de preuves consistantes comme des agglomérats de peintures formant des grumeaux, de couleurs ayant pris en masse dans des bols retrouvés en de multiples endroits du site. Ces couleurs étaient utilisées non seulement sur les éléments architecturaux (murs, reliefs, colonnes, portes, sols, escaliers, statues), mais aussi sur les tissus et autres décorations. Briques vernissées, revêtement de sols en chaux colorée à l’ocre rouge ou gypseux vert-gris, colonnes peintes et

autres tentures paraient ainsi les intérieurs et extérieurs des palais. La grande palette des couleurs retrouvées donne en effet une idée de la richesse polychromique présente à l’origine : noir (asphalte), rouge (verre rouge opaque, vermillon, hématite de l’ocre rouge), vert, bleu égyptien, blanc, jaune (ocre ou doré). L’utilisation de pigments végétaux est évoquée, mais n’est à ce jour pas démontrée113.

Orfèvrerie de Cour

Anse de vase en forme de bouquetin ailé. Argent partiellement doré, IVe siècle av. J.-C.. L’orfèvrerie est un domaine capital du tribut imposé aux nations assujetties par les souverains perses. Les reliefs des tributaires ainsi que les tablettes de Persépolis mettent en évidence l’importance du drainage d’œuvres d’art par les perses au travers de toutes leurs possessions114. Les multiples découvertes de nombreuses pièces de vaisselle en métaux précieux (or, électrum, argent) datant de l’époque achéménide témoignent de l’importance d’un art d’apparat au service de banquets somptuaires lors de fêtes cultuelles. Directs héritiers de l’art métallurgique de Marlik ou d’orfèvres grecs, des rhytons d’or et d’argent sont remarquables par leur maturité esthétique et leur perfection technologique. De même, amphores d’argent,

coupes, et plats à goderons, vases, bijoux, parures, armes d’apparat, mêlent classicisme et syncrétisme. À l’instar des autres domaines artistiques perses, l’orfèvrerie intègre donc des influences et savoir-faire multiples provenant de tout l’empire, qu’elle combine en un nouveau style royal perse propre et original114. Si le travail de l’or était déjà développé sur le territoire correspondant à l’empire Perse à Hasanlu, en Amlach, ou dans l’Urartu, la similitude entre certaines pièces d’orfèvrerie achéménide et d’autres provenant de Marlik est telle qu’elles semblent sortir des mêmes ateliers, bien que réalisées parfois à quelques décennies voire siècles d’écart. Certaines analogies stylistiques et de thèmes se rencontrent en Anatolie, en Grèce, en Perse, et jusqu’en Thrace, et témoignent de l’importance des diffusions de style au travers de tout l’empire au travers notamment de migrations tribales Scythes114.

Bilan du règne des Perses dans le Proche-Orient ancien
Dans l'histoire du Proche-Orient ancien, l'empire Achéménide a une place particulière. C'est sous le règne de Achéménides qu'ont été réunis des royaumes auparavant concurrents dans une même formation étatique qui s'étendait entre l'Indus et la mer Égée. Les royaumes précédents ont effectivement disparu, remplacés par l'organisation administrative de l'empire ; empire qui a d'ailleurs conservé les différentes traditions des empires conquis et les a refondés en un nouvel ensemble en y introduisant une idéologie nouvelle comme le montrent notamment l'art achéménide ou certaines traditions administratives. Les éléments proprement iraniens sont prépondérants dans celles-ci. C'est vraisemblablement à travers l'appui que trouvaient les Rois sur la noblesse Perse que les Grands Rois Achéménides ont réussi à assurer leur pouvoir aussi longtemps115. Cependant, l'extrême diversité des peuples qui composent l'empire rend difficile toute vision précise de la nature exacte de l'emprise du pouvoir royal sur les différentes nations de l'empire. Mais sa structure rendait peut-être difficile sa transformation en État-nation. Cette faiblesse permet aux macédoniens de faire aboutir leurs attaques sur l'empire perse. Alexandre reprend à son compte une partie du modèle achéménide et se pose en successeur de Darius III, ce qui lui attire l'opposition de la noblesse macédonienne, qui n'arrive pas à organiser la succession d'Alexandre après son expédition en Inde115. La création des grands royaumes séleucides et hellénistiques qui a suivi dans la région est en partie intervenue dans la continuité des pratiques achéménides. Certains rois des pays helléniques et balkaniques reprennent même à leur compte des pratiques sociales des Perses pour créer une communauté de culture avec les nobles du pays conquis115.

Persépolis
. Persépolis (grec ancien Περσέπολις [Persépolis], « la cité perse »), Parsa en vieux-persan, (persan ‫[ تخت جمشید‬Takht-e Jamshid], « le Trône de Jamshid »), était une capitale de l’empire

perse achéménide. Le site se trouve dans la plaine de Marvdasht, au pied de la montagne Kuhe Rahmat, à environ 70 km au nord-est de la ville de Shiraz, province de Fars, Iran. Sa construction commence en 521 av. J.-C. sur ordre de Darius Ier. Elle fait partie d’un vaste programme de construction monumentale visant à souligner l’unité et la diversité de l’empire perse achéménide, et à asseoir la légitimité du pouvoir royal. Elle fait appel à des ouvriers et artisans venus de toutes les satrapies de l’empire. L’architecture résulte d’une combinaison originale des styles issus de ces provinces créant ainsi le style architectural perse ébauché à Pasargades, également retrouvé à Suse et Ecbatane. Cette combinaison des savoir-faire marque également les autres arts perses, comme la sculpture ou l’orfèvrerie. La construction de Persépolis se poursuit pendant plus de deux siècles, jusqu’à la conquête de l'empire et la destruction partielle de la cité par Alexandre le Grand en 331 av. J.-C. Le site est plusieurs fois visité au cours des siècles par des voyageurs occidentaux, mais ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’il est authentifié comme étant les ruines de la capitale achéménide. De nombreuses explorations archéologiques permettent par la suite d’en mieux appréhender les structures, mais aussi l’aspect et les fonctions passés. Persépolis comprend un vaste complexe palatin érigé sur une terrasse monumentale qui supporte de multiples bâtiments hypostyles. Ces palais ont des fonctions protocolaires, rituelles, emblématiques, ou administratives précises : audience, appartements royaux, administration du trésor, accueil. À proximité de la Terrasse se trouvaient d’autres éléments : habitations de la ville basse, tombes royales, autels, jardins. De nombreux bas-reliefs sculptés sur les escaliers et portes des palais représentent la diversité des peuples composant l’empire. D’autres consacrent l’image d’un pouvoir royal protecteur, souverain, légitime, et absolu, ou désignent Xerxès Ier comme successeur légitime de Darius le Grand. Les multiples inscriptions royales persépolitaines cunéiformes rédigées en vieux-persan, babylonien, ou élamite, gravées à divers endroits du site, procèdent des mêmes buts, et précisent également pour certains bâtiments le roi ayant ordonné leur érection. L’idée que Persépolis n’avait qu’une occupation annuelle et rituelle dédiée à la réception par le roi des tributs offerts par les nations assujetties de l’empire à l’occasion des cérémonies du nouvel an perse a longtemps prévalu. Il est maintenant certain que la cité était occupée en permanence et tenait un rôle administratif et politique central pour le gouvernement de l’empire. De nombreuses archives écrites sur des tablettes d’argiles découvertes dans les bâtiments du trésor et les fortifications ont permis d’établir ces rôles, et livrent des renseignements précieux sur l’administration impériale achéménide et la construction du complexe. Persépolis est classée patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO depuis 1979.

Grands Rois Achéménides

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Cyrus II (-559(-550?)/-529(-530?)) Cambyse II (-529/-522) Bardiya (-522/-522) Darius Ier (-522(-521?)/-486) Xerxès Ier (-486(485?)/-465) Artaxerxès Ier (-465/-424) Xerxès II (-424/-424) Sogdianos (-424/-424(-423?)) Darius II (-424(-423?)/-404(-405?)) Artaxerxès II (-404/-359) Artaxerxès III (-359(-358?)/-338) Arsès (-338/-336) Darius III (-336/-330)

Historique
Construction

Darius le Grand, par Eugène Flandin (1840)

Historique présumé des constructions1. 1re période : Darius Ier (518 à 490 av. J.-C.)
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Terrasse Apadana (palais, escalier Est)

Trésor 2 période: Darius Ier - Xerxès Ier (490 à 480 av. J.-C.)
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Tachara Escalier de Persépolis Porte de toutes les nations

Apadana (escalier Nord) 3 période : Xerxès Ier (480 à 470 av. J.-C.)
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Hadish Harem Tripylon

Palais D 4 période: Artaxerxès Ier
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Palais des 100 colonnes Palais d’Artaxerxès Ier

• Garnison 5e période • • • • • •

Darius choisit pour site de construction le bas de la formation rocheuse du Kuh-e Rahmat qui devient ainsi le symbole de la dynastie achéménide. Il y fait ériger la Terrasse, des palais (Apadana, Tachara), les salles du Trésor, ainsi que les murailles Est. Il est difficile de • Tombe inachevée dater avec précision la construction de chaque Inconnue monument. La seule indication irréfutable est fournie par des tablettes retrouvées sur le site qui • Constructions Sud attestent d’une activité au moins dès 509 av. J.C., lors de la construction des fortifications. On peut en revanche attribuer la plupart des constructions aux périodes correspondant aux règnes des différents souverains4. Les constructions de Darius sont ensuite terminées et complétées par ses successeurs : son fils

Tombe d’Artaxerxès II Palais d’Artaxerxès III Salle des 32 colonnes Tombe d’Artaxerxès III Allée des processions Porte inachevée

Après avoir continué l'œuvre de Cyrus II à Pasargades et parallèlement aux importants travaux de construction entrepris à Suse, Darius Ier décide d'établir une nouvelle capitale ; cette décision est généralement interprétée comme une volonté de se distinguer de la branche aînée des Achéménides, à laquelle Pasargades est fortement liée. Il choisit pour cela une ville identifiée depuis comme étant Uvādaicaya (Matteziš en babylonien). Cette ville doit déjà avoir une certaine importance politique puisque c'est là que Darius fit exécuter Vahyazdāta, son principal opposant perse, en 521 av. J.-C.. Par ailleurs, la présence de palais et de portes monumentales remontant à Cyrus et Cambyse II est attestée, ainsi qu'un tombeau inachevé probablement destiné à Cambyse. Des tablettes babyloniennes montrent qu'il s'agit alors d'un centre urbain développé, actif et peuplé, ayant des relations commerciales avec la Babylonie, capable d'assurer les moyens logistiques et alimentaires pour un chantier de cette ampleur2. Pierre Briant, historien de la Perse achéménide, note en effet que la mise en œuvre chronologiquement proche de chantiers importants à Suse et Persépolis suppose la mobilisation de moyens considérables. De fait, ces constructions entrent dans le cadre d'un plan global de réaménagement des résidences royales visant à montrer à tous que « l'avènement du nouveau roi marque une refondation de l'empire »3.

Xerxès Ier ajoute au complexe la Porte de toutes les nations, le Hadish, ou encore le Tripylon. Sous Artaxerxès Ier en -460, on dénombre 1149 artisans présents sur les chantiers5. Le site reste en construction au moins jusqu’en -424, et peut-être même jusqu’à la chute de l’empire achéménide : une porte reste en effet inachevée, ainsi qu'un palais attribué à Artaxerxès III6. Au contraire d'autres constructions monumentales antiques grecques ou romaines, la construction de Persépolis ne doit rien à l’esclavage. Elle est entièrement assurée par des ouvriers venant de tous les pays de l’Empire : Babylonie, Carie, Ionie, ou Égypte7.

Destruction

L’empire achéménide Protégée par sa situation au cœur de l’empire achéménide, Persépolis ne dispose pas de solides défenses. En outre, la position au pied du Kuh-e Ramat représente un point faible à cause du faible dénivellement à l’Est, entre la Terrasse et le sol. Ce côté était protégé par un rempart et des tours8,9. Les connaissances de la prise et de la destruction de Persépolis, attribuées à Alexandre le Grand, proviennent essentiellement des écrits d’historiens antiques, au premier rang desquels Plutarque10, Diodore de Sicile11, et Quinte-Curce12. Certains éléments archéologiques corroborent leur dires, mais leur version de la destruction de la cité est contestée : Duruy la met en doute puisqu’ « on voit peu de temps après la mort du conquérant, le satrape Peucestès y sacrifier aux mânes de Philippe et d’Alexandre » 13.

Buste d’Alexandre le Grand (British Museum de Londres) D’après Plutarque, Diodore de Sicile et Quinte-Curce, Tiridate, gardien du trésor, fait porter à Alexandre, dont l’armée approchait, une lettre de reddition l’enjoignant à se rendre à Persépolis en vainqueur. Les richesses lui seraient ainsi rapidement acquises. Les écrits ne mentionnent cependant pas la réponse d’Alexandre. Diodore et Quinte-Curce racontent

également la rencontre en route pour Persépolis, de 4 000 prisonniers grecs mutilés ou ayant subi de mauvais traitements de la part des Perses. La chute de Persépolis est suivie du massacre de ses habitants et du sac de ses richesses. Après avoir pris la cité en 331 av. J.-C., Alexandre y laisse une partie de son armée et poursuit sa route, ne revenant à Persépolis que quelque temps après. À l’issue d’une journée de beuverie en l’honneur de la victoire, Persépolis est incendiée sur ordre du conquérant en mai 330 av. J.-C.14. Les raisons ayant motivé cette destruction sont controversées. Plutarque et Diodore relatent qu’un Alexandre ivre de vin aurait jeté la première torche sur le palais de Xerxès à l'instigation de Thaïs, maîtresse de Ptolémée, qui jette la seconde. Thaïs aurait exhorté Alexandre et ses compagnons d’armes à venger ainsi le sac passé d’Athènes par Xerxès Ier. Cette hypothèse pourrait se trouver accréditée par l’intensité des destructions du Tripylon et du Hadish, qui montre que ces bâtiments construits par Xerxès ont plus souffert de l’incendie que d’autres15. Certains avancent que la rencontre des prisonniers mutilés, provoquant colère et tristesse du souverain, aurait constitué un motif supplémentaire de représailles. En réalité, il est maintenant admis par les historiens que la raison de la destruction de Persépolis est plus vraisemblablement d’ordre politique. La décision d’Alexandre semble effectivement réfléchie. Alors que le vainqueur prend soin d’épargner les villes prises et notamment Babylone, ne ménageant aucun geste pour se concilier la population perse, il accomplit à Persépolis un geste d’une haute portée symbolique dictée par le contexte perse : le cœur idéologique du pouvoir achéménide se situant toujours en les capitales perses. La population, ayant fait acte de soumission forcée ou volontaire, reste attachée au souverain légitime et est en mauvais termes avec les conquérants. La décision est donc prise d’incendier le sanctuaire dynastique perse afin de signifier à la population le changement de pouvoir16. Duruy dit ainsi qu’« Alexandre voulut annoncer à tout l’Orient, par cette destruction du sanctuaire national, la fin de la domination persique »13. Les écrits anciens mentionnent les regrets exprimés plus tard par un Alexandre honteux de son geste. Pour Briant, ces regrets impliquent en fait qu'Alexandre, reconnaissant son échec politique, en tirait les conclusions par ce geste17. La destruction de Persépolis marque la fin du symbole de la puissance achéménide. Le premier empire perse disparaît complètement avec la mort de Darius III, dernier empereur de sa dynastie. L’hellénisation commence avec les Séleucides. Persépolis a continue à être utilisée par les dynasties perses suivantes. Au pied de la Terrasse se trouve un temple, peut-être construit par les Achéménides, et réutilisé par les Séleucides, puis par les Fratadaras (gardiens du feu)18. La ville basse est progressivement abandonnée au profit de sa voisine Istakhr, à l'époque parthe. Des graffitis, attribuables aux derniers rois de Perse sous les Parthes ou au début de l'ère sassanide, montrent que le site est cependant resté lié à la monarchie perse, au moins symboliquement. En effet, une inscription en Pehlevi relate qu'un fils de Hormizd Ier ou Hormizd II y donne un banquet et y fait procéder à un service cultuel. Persépolis a donc pu continuer à servir de lieu de culte plusieurs siècles après l'incendie de 330 av. J.-C. Persépolis sert également de référence architecturale pour certains éléments des constructions sassanides telles le palais de Firouzabad19.

Inscription en Pehlevi, Musée de Persépolis Graffiti sassanide montrant un cavalier, Musée de Persépolis

Premières visites des ruines : le temps des voyageurs

Persépolis vue du Sud, par Jean Chardin (1711) Les ruines sont connues par les Sassanides sous le nom moyen-persan de st stwny (« les cent colonnes »)19, et depuis le XIIIe siècle, sous celui de Chehel minār (« les quarante colonnes »). Le nom actuel de Takht-e Jamshid semble provenir d’une interprétation des reliefs les reliant aux exploits du héros mythique Jamshid9. Le site fait l’objet de nombreuses visites par les occidentaux du XIVe au XVIIIe. Aux simples observations anecdotiques des débuts se substituent progressivement des travaux descriptifs de plus en plus poussés :9,20,21,22,23

De passage vers Cathay en 1318, Odoric de Pordenone, moine voyageur vénitien passe par Chehel minār sans s’attarder sur les ruines. C’est le premier Européen à mentionner le site. Il est suivi après plus d’un siècle (1474) par un autre voyageur vénitien : Josaphat Barbaro. Le missionnaire portugais, Antonio de Gouvea, visite le site en 1602. Il y remarque des inscriptions cunéiformes et des représentations d’« animaux à têtes d’homme ».

Bas-relief, par Eugène Flandin (1840)

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L’ambassadeur d’Espagne auprès de Shah Abbas Ier, Don Garcias de Silva y Figueroa, décrit longuement le site dans une lettre datant de 1619. S’appuyant sur les textes grecs, il fait clairement le lien entre Persépolis et Chehel Minār. De 1615 à 1626, le Romain Pietro Della Valle visite de nombreux pays d’Orient. Il rapporte de Persépolis des copies d’inscriptions cunéiformes qui servirent plus tard au déchiffrage de l’écriture. Il est suivi par les Anglais Dodmore Cotton et Thomas Herbert de 1628 à 1629, dont le voyage a pour objet l’étude et le déchiffrage des écritures orientales. De 1664 à 1667, Persépolis est visitée par les Français Jean Thévenot et Jean Chardin. Thévenot note à tort dans son ouvrage Voyage au Levant, que ces ruines sont trop petites pour être la demeure des rois de l’ancienne Perse. Chardin attribue clairement le site à Persépolis. Il s’attache les services du dessinateur Guillaume-Joseph Grelot et décrit la cité royale dans un ouvrage dont la qualité est saluée par Rousseau. En 1694, l’Italien Giovanni Francesco Gemelli-Carreri reporte les dimensions de toutes les ruines auxquelles il accède, et étudie les inscriptions. En 1704, le Hollandais Cornelis de Bruijn observe et dessine les ruines. Il publie ses travaux en 1711 : Reizen over Moskovie, door Persie en Indie, puis 1718, en français : Voyages de Corneille le Brun par la Moscovie, en Perse, et aux Indes orientales.

Missions archéologiques : le temps des scientifiques

Persépolis vue d’oiseau, par Charles Chipiez (1884) Le XIXe, puis le XXe siècle voient se multiplier les missions scientifiques sur Persépolis :14,21,24,25,26,27

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En 1840 et 1841, le peintre Eugène Flandin et l'architecte Pascal Coste, attachés à l'ambassade de France, visitent plusieurs ruines en Perse parmi lesquelles Persépolis. Ils en établissent un relevé topographique et descriptif. Les premières véritables fouilles archéologiques sont réalisées en 1878. Motamed-Od Dowleh Farhad Mirza, gouverneur de Fars, dirige des travaux dégageant une partie du Palais des 100 colonnes. Peu après, les Français Charles Chipiez et Georges Perrot réalisent une exploration très importante du site. Grâce à une étude architecturale poussée des ruines et des débris excavés, Chipiez dessine de saisissantes reconstructions des palais et monuments tels qu’ils lui semblent avoir dû être à l’époque achéménide. Le savant allemand Franz Stolze explore également les sites archéologiques de Fars et en publie le résultat en 1882. Les archéologues français, Jane et Marcel Dieulafoy, réalisent deux missions archéologiques en Perse (1881-82 et 1884-86). Ils explorent Persépolis dont ils ramènent pour la première fois des documents photographiques. Ils réalisent également des reconstructions et rapportent de nombreuses pièces archéologiques. De 1931 à 1939, des fouilles sont réalisées par les Allemands Ernst Herzfeld puis Erich Frederich Schmidt, missionnés par l’Oriental Institute de l’université de Chicago. Au cours des années 1940, le Français André Godard, puis l’Iranien A. Sami, poursuivent les fouilles pour le compte de l’Iranian Archeological Service (IAS), depuis intégré à l'Organisation de l'héritage culturel d'Iran. Par la suite, l’IAS sous la direction d’Ali Tajvidi dirige des travaux d’excavation et de restauration partielle en coopération avec les Italiens Guiseppe et Ann Britt Tilia, de l’Instituto Italiano Per il Medio ad Estremo Oriente. Ces fouilles ont révélé l’existence probable de deux autres palais attribués à Artaxerxès I et Artaxerxès III, qui ont disparu.

Toutes les structures de Persépolis ne sont pas encore fouillées. Il reste deux monticules à l’Est du Hadish et du Tachara dont les origines ne sont pas encore connues6.

Histoire récente
Des cérémonies fastueuses, en tenue d’époque achéménide, se sont tenues sur trois jours en 1971 à Persépolis, à l’occasion de la célébration des 2500 ans de la monarchie. Le shah Mohammed Reza Pahlavi convie alors de nombreuses personnalités internationales. Le faste des cérémonies, mobilisant plus de 200 serviteurs venus de France pour les banquets, suscite une polémique dans la presse et contribue à ternir l’image du Shah. Le montant des dépenses est évalué à l'époque à plus de 22 millions de dollars US, le financement est réalisé au détriment d’autres projets d’urbanisme ou sociaux. En outre, les festivités s’accompagnent d’une répression des opposants au Shah28. Après la révolution iranienne et dans un but d’éradiquer une forte référence culturelle à la période préislamique et à la monarchie, l’Ayatollah Sadeq Khalkhali tente avec ses partisans de raser Persépolis à l’aide de bulldozers. L’intervention de Nosratollah Amini, gouverneur de la province de Fars, et la mobilisation des habitants de Shiraz s’interposant devant les engins permettent alors de sauver le site de la destruction29. Persépolis est un milieu fragile dont la préservation peut être compromise par l’activité humaine. La question de la nocivité de certains composants chimiques issus de pollutions agricoles est soulevée30. Un programme de protection du site a récemment commencé, visant à limiter les dégradations liées à l’érosion et au passage de visiteurs : des toitures ont déjà été mises en place protégeant certains éléments comme l’escalier Est de l’Apadana, et il est prévu de recouvrir le sol d’un plancher sur les lieux de passage31. La construction d’un barrage proche de Pasargades entretient une polémique entre le ministère iranien de l’archéologie et le ministère de la culture et du patrimoine. La montée des eaux pourrait endommager nombre de sites archéologiques de la région, dont Persépolis32. De plus, la construction d’une ligne de chemin de fer dont le tracé pourrait passer à proximité de Persépolis et Naqsh-e Rostam fait également redouter des dommages pour ces sites, ce qui pourrait faire passer certains de la liste du patrimoine mondial à celle des sites en danger par l'UNESCO33. Des actions en justice menée par l'Office de Fars de l'Organisation de L'Héritage Culturel et du Tourisme ont déjà abouti à la condamnation du ministère des transports33. En parallèle, une demande de rattachement des sites voisins de Naqsh-e Rostam, Naqsh-e Rajab, Ishtakr, et Kuh-e Ramat au classement de Persépolis par l'UNESCO est en cours34, ce qui pourrait contrarier le tracé actuel du chemin de fer. De plus, Persépolis est régulièrement victime de vols liés au trafic d’antiquités35, voire de vandalisme36. Le site subit également des dégradation du fait de négligences comme à l'occasion de la réalisation de films37 . Une extension du musée est également prévue, dont les modalités exactes ne sont pas encore définies : le classement du site au patrimoine mondial interdit en effet toute modification38.

Persépolis, vue du Kuh-e Rahmat

Vue aérienne du complexe

L'art persépolitain
Architecture
Les Perses ne possèdent pas à l’origine un bagage architectural propre : en effet, il s’agit initialement d’un peuple semi-nomade de pasteurs et cavaliers39. Or, dès sa fondation par Cyrus le Grand, l'empire perse se dote de constructions monumentales. D'abord inspirés par les peuples conquis, les architectes achéménides intègrent ces influences et proposent rapidement un art original. Si, à Pasargades, le plan général montre encore des influences nomadiques avec ses bâtiments étirés, dispersés dans un immense parc, cinquante ans plus tard celui de Persépolis fait preuve de rationalisation et d'équilibre : le plan carré est systématisé, les colonnes sont strictement arrangées (6x6 pour l'Apadana, 10x10 dans le palais des Cent Colonnes...), y compris dans la plupart des petites salles du Harem et les annexes des palais. Les transitions des portiques aux côtés latéraux sont assurées par des tours d'angle à l'Apadana, une autre innovation majeure. Les deux grandes portes et les différents passages distribuent la circulation vers les bâtiments principaux40. Ces réalisations sont des créations originales dont le style résulte de la combinaison d’éléments issus des civilisations assujetties. Il ne s’agit pas d’une hybridation, mais plutôt d’une fusion des styles qui en crée un nouveau. Issue du savoir faire d’architectes et ouvriers de tout l’empire, l’architecture perse est utilitaire, rituelle et emblématique. Persépolis montre ainsi de nombreux éléments attestant de ces sources multiples41.

Corniche de style pharaonique égyptien

Lamassus de style assyrien

Du fait de l’inclusion de l’Ionie dans les satrapies de l’empire, l’architecture perse achéménide est marquée par une forte influence grecque ionienne, particulièrement visible dans les salles hypostyles et les portiques des palais de Persépolis42. L’essor du style ionien en Grèce est brisé net après l’invasion perse, mais il s’exprime de manière éclatante en Perse, au moyen de monuments grandioses. Des architectes lydiens et ioniens sont en effet engagés sur les chantiers de Pasargades, puis plus tard sur ceux de Persépolis et Suse. Ils en réalisent les principaux éléments, et on trouve ainsi des graffitis en grec dans les carrières proches de Persépolis, mentionnant les noms de chefs carriers. Ils jouent un rôle majeur dans l’éclosion du style perse, autant dans l’appareil que dans la maçonnerie. La participation de Grecs à l’érection de colonnes et à l’ornement de palais en Perse est également mentionnée par la charte de Suse, ainsi que par Pline l'Ancien43,44. Les colonnes de Persépolis sont effectivement de style ionien, avec un fût cannelé et mince : le diamètre est inférieur au dixième de la hauteur, aucune colonne de Persépolis n'est large de plus d'1,9 m. Certains chapiteaux portent des griffons inspirés des griffons de bronze archaïques grecs41. Parmi les éléments de style pharaonique égyptien aisément reconnaissables, on citera les gorges des corniches surplombant les portes, ainsi que le départ des chapiteaux41. Certains attribuent également aux Égyptiens l'apport du portique40. L'influence de la Mésopotamie est bien sûr très présente, en particulier dans la formule palatine associant deux palais, l’un pour l’audience publique et l’autre pour l’audience privée. Cette influence est également visible dans les motifs de palmettes ou de rosaces fleuries décorant reliefs et palais, ou dans les merlons crénelés rappelant la forme des ziggourats, ornant les escaliers des palais. Des reliefs émaillés et polychromes sont d’inspiration babylonienne. Enfin, les orthostates ornés de bas reliefs de l’Apadana, les hommes-taureaux ailés des portes sont de style assyrien41. Présent au Moyen-Orient avant les Perses, le principe d’espaces internes créés par des supports et plafonds en bois évolue, la salle hypostyle devient l’élément central du palais. L'apport des techniques grecques permet à l'architecture perse d'aboutir à des constructions différentes où l’espace a des fonctions différentes : le dégagement de vastes espaces au moyen de colonnes hautes et fines constitue une révolution architecturale propre à la Perse. Les salles hypostyles y sont destinées aux foules et plus seulement aux prêtres comme en Grèce ou en Égypte45. La plupart des colonnes sont en bois, reposant éventuellement sur une base de pierre ; elles ont toutes disparu. C'est seulement lorsque la hauteur est trop importante que la pierre est utilisée comme celles de l'Apadana et de la Porte de toutes les nations. Les colonnes de pierre ayant subsisté sont très composites et montrent une influence des différentes civilisations de l'empire, ce qui n'est peut-être pas innocent : la base campaniforme est une création achéménide mais sans doute d'inspiration hittite ; le fût cannelé est ionien ; le chapiteau, d'une hauteur démesurée pouvant aller jusqu'au tiers de la colonne commence par un chapiteau de style égyptien suivi d'un pilier carré à double volute, une création iranienne inspirée par des motifs assyriens. Le tout est surmonté d'une imposte thériomorphe (de forme animale), autre motif importé de Mésopotamie cette fois, mais dont la fonction de soutien de poutres est inédite. On peut voir dans cette composition un résumé de la diversité de l'empire40. Comme tous les palais achéménides, ceux de Persépolis avaient systématiquement des murs en brique crue, ce qui peut paraître surprenant dans une région où la pierre de construction est disponible en quantité. C'est en fait une caractéristique commune à tous les peuples de

l'Orient, qui ont réservé les murs de pierre aux temples et aux murailles. Aucun mur de Persépolis n'a donc survécu, les éléments encore dressés sont les chambranles des portes et les colonnes de pierre40. Bien que sa construction se soit étalée sur deux siècles, Persépolis montre une remarquable unité de style caractérisant l'art achéménide : initié à Pasargades, achevé sous Darius à Persépolis, on ne note plus d'évolutions notables tant dans l'architecture que dans les décorations ou les techniques. Seules les dernières tombes royales perdent une branche par rapport à celles de Naqsh-e Rostam, sans doute par manque de place mais leurs bas-reliefs sont strictement identiques à celle de Darius40.

Sculpture

Détail montrant la signature de l'artiste (Tripylon). La forme la plus connue et la plus répandue de sculpture achéménide est le bas-relief, s'exprimant particulièrement à Persépolis. Ils y décorent systématiquement les escaliers, les côtés des plateformes des palais et l'intérieur des baies. Les œuvres sont réalisées en série, et signées par le sculpteur. On suppose qu'ils sont également utilisés pour la décoration des salles hypostyles. On peut y voir des inspirations égyptienne et assyrienne, voire grecque pour la finesse de l'exécution. On y rencontre la plupart des stéréotypes des représentations orientales antiques. Ainsi, tous les personnages sont représentés de profil. Si la perspective est parfois présente, les différents plans sont généralement rendus l'un sous l'autre. Les proportions entre les personnages, les animaux et les arbres ne sont pas respectées. En outre, le principe d'isocéphalie est strictement appliqué, y compris sur différentes marches d'escalier. Les sujets représentés composent des défilés de représentants des peuples de l'empire, de nobles perses, de gardes, des scènes d'audience, des représentations royales et des figures de combats opposant un héros royal à des animaux réels ou imaginaires. Ces bas-reliefs sont remarquables pour leur qualité d'exécution, chaque détail y est rendu avec une grande finesse40.

Statue d'un chien, provenant de la tour Sud-Est de l'Apadana, Musée national de Téhéran. On connaît très peu de sculptures achéménides en ronde-bosse. Celle de Darius, retrouvée à Suse est la plus connue mais il ne s'agit cependant pas d'un exemple unique. Plutarque mentionne par exemple qu'une grande statue de Xerxès Ier se trouvait à Persépolis10. Cependant, de nombreux éléments de décoration peuvent être considérés comme de la rondebosse. Elle est surtout utilisée pour des représentations d'animaux réels ou mythologiques, fréquemment inclus comme éléments architecturaux dans les portes et les chapiteaux. Ce sont essentiellement des taureaux qui sont représentés comme gardiens des portes, ainsi qu'au portique du Palais des Cent Colonnes. Les chapiteaux de colonne se terminent par des impostes de protomés animaliers : taureaux, lion, griffons… Les animaux sont très stylisés, sans aucune variation40. Quelques statues entièrement en ronde-bosse ont également été retrouvées, telle celle représentant un chien, qui décorait une tour d'angle de l'Apadana.

Polychromie

Grumeaux de boue pigmentée provenant des murs, Musée de Persépolis. L’utilisation de couleurs a souvent été mésestimée du fait des nombreuses altérations que subissent les pigments au cours du temps. Intempéries, fragilité des enduits, ou périssabilité des pigments organiques en sont les raisons principales. D’autres dégradations peuvent également survenir du fait de manipulations, de traitements de conservation et de rénovation des pièces. Nettoyages, applications de vernis, d’enduits protecteurs, voire retouches colorées ont été ainsi mis en cause dans l’apparition de fausses teintes ou la dégradation d’objets. Ces

manipulations, comme la mise en évidence de composants artificiels de peintures modernes sur certaines pièces, poussent les scientifiques à examiner avec prudence et minutie toute découverte de traces colorées sur des sculptures et objets achéménides. 46 La mise en évidence de multiples couleurs sur de nombreuses pièces issues de la plupart des palais et bâtiments persépolitains atteste de la richesse et de l’omniprésence de peintures polychromes à Persépolis. Il ne s’agit pas seulement de preuves reposant sur des traces pigmentaires persistant sur des objets, mais de preuves consistantes comme des agglomérats de peintures formant des grumeaux, de couleurs ayant pris en masse dans des bols retrouvés en de multiples endroits du site46.

Carreau émaillé azur, Musée de Persépolis. De telles couleurs étaient utilisées non seulement sur les éléments architecturaux (murs, reliefs, colonnes, portes, sols, escaliers, statues), mais aussi sur les tissus et autres décorations. Briques vernissées, revêtement de sols en chaux colorée à l’ocre rouge ou gypseux vert-gris, colonnes peintes et autres tentures paraient ainsi de multiples couleurs les intérieurs et extérieurs des palais. Des traces de couleur rouge ont également été retrouvées, il y a peu, sur la statue de Darius conservée au musée national d’Iran à Téhéran47,46. La grande palette des couleurs retrouvées donne en effet une idée de la richesse polychromique présente à l’origine : noir (asphalte), rouge (verre rouge opaque, vermillon, hématite de l’ocre rouge), vert, bleu égyptien, blanc, jaune (ocre ou doré). L’utilisation de pigments végétaux est évoquée, mais n’est pas à ce jour démontrée46 . Il peut néanmoins être difficile de reconstituer précisément la véritable palette de couleurs présente en un lieu précis, plusieurs reliefs ou palais ayant été reconstruits ou restaurés en utilisant des pièces ou des fragments réassemblés provenant en fait de plusieurs endroits. L’examen des différences entre certains reliefs et leur dessins antérieurs par Flandin, a permis par exemple de mettre en évidence des erreurs de restaurations portant sur un sphinx46.

Complexe palatin
Terrasse

Plan de Persépolis Le complexe palatin de Persépolis repose sur une terrasse de 450 m sur 300, et 14 m de haut, qui présente quatre niveaux de 2 m. L’entrée débouche sur le niveau réservé aux délégations. Les quartiers des nobles sont sur un niveau supérieur. Les quartiers réservés au service et à l’administration sont situés sur le plus bas niveau. Les quartiers royaux sont sur le plus haut niveau, visibles par tous. Le calcaire gris est la pierre la plus utilisée pour la construction. L'organisation des constructions suit un plan rigoureusement orthogonal suivant une organisation hipoddamienne48,49. Le côté est de la terrasse est formé par le Kuh-e Rahmat, dans la paroi duquel sont creusées les sépultures royales qui surplombent le site. Les trois autres côtés sont formés par un mur de soutènement dont la hauteur au sol varie de 5 à 14 m. Le mur est composé d’énormes pierres taillées, ajustées sans mortier et fixées au moyen de chevilles métalliques. La façade Ouest constitue le front du complexe et présente l’accès principal à la Terrasse sous la forme d’un escalier monumental50. Le nivellement du sol rocheux est assuré par le comblement des dépressions avec de la terre et des pierres. Le terrassement final est réalisé au moyen de lourdes pierres également fixées entre elles par des chevilles métalliques. Au cours de cette première phase préparatoire, le réseau de drainage et d’adduction d’eau est mis en place, parfois taillé à même le roc14. Les blocs ont été découpés et formatés à l’aide de burins et de barres à mine, permettant la fragmentation des pierres en surfaces planes. Le levage et le positionnement des pierres ont été assurés au moyen de madriers51. Sur la façade Sud, des inscriptions trilingues cunéiformes ont été retrouvées. Le texte, rédigé en élamite, se rapproche d'une inscription des palais de Suse, et proclame : « Moi, Darius le Grand Roi, roi des rois, roi des pays, roi sur cette terre, fils d'Hystapes, l'Achéménide. »

Et Darius le roi dit : « en cet emplacement où cette forteresse-ci a été construite, là ou auparavant aucune forteresse n'avait été construite. Par la grâce d'Ahuramazda, cette forteresse-ci, moi je l'ai construite ainsi qu'en était le dessein d'Ahuramazda, tous les dieux (étant) avec lui, (à savoir) que cette forteresse fût construite. Et je l'ai construite, parachevée et rendue belle et résistante, ainsi que cela m'avait été prescrit ». Et Darius le roi : dit « Moi, qu'Ahuramazda me protège, tous les dieux (étant) avec lui, et aussi cette forteresse-ci, et encore ce qui a été aménagé pour cet emplacement. Ce que pensera l'homme qui est hostile, que cela ne soit pas reconnu ! »52 Ces inscriptions pourraient correspondre à l’emplacement de l'entrée initiale du complexe, avant la construction de l’escalier monumental et l’ajout de la Porte de toutes les nations53. La configuration de la Terrasse suggère que sa conception a également pris en compte des impératifs de défense du site en cas d’attaque. Un mur et des tours en constituaient le périmètre, doublé à l'Est par un rempart fortifié et des tours. L’angulation des murs est en effet réalisée de façon à ouvrir un champ de vision maximal aux défenseurs vers l'extérieur54. La Terrasse supporte un nombre impressionnant de constructions colossales, réalisées en calcaire gris provenant de la montagne adjacente. Ces constructions se distinguent par l’utilisation importante de colonnades et de piliers, dont un bon nombre est resté debout. Les espaces hypostyles sont constants, quelles que soient leurs dimensions. Ils associent des salles comptant 99, 100, 32, ou 16 colonnes suivant des arrangements variables (20x5 pour une salle du Trésor, 10x10 pour le Palais des 100 colonnes). Certaines de ces constructions n’ont pas été achevées. Des matériaux et déchets utilisés par des ouvriers ont même été retrouvés, n’ayant pas été nettoyés27. Des fragments de récipients ayant servi à stocker de la peinture ont été ainsi mis au jour par hasard en 2005 à proximité de l’Apadana. Ils confirment les indices déjà connus attestant de l’utilisation de peintures pour la décoration des palais55,56.

La Terrasse vue du Sud-Ouest. Conduite d'eau en terre cuite Noter le remblai visible au travers Alvéole de pivot pour garnissant les drains (musée de Tracé d'un drain taillé d'un écroulement partiel du mur gond de porte dans la pierre de surface Persépolis) Livius Livius de la Terrasse Livius

Escalier principal (ou escalier de Persépolis)]

Escalier principal L’accès à la Terrasse se fait par la façade Ouest au moyen d’un escalier monumental symétrique à deux volées divergentes puis convergentes. Ajouté par Xerxès, cet accès remplace l'accès initial qui se faisait par le Sud de la terrasse. L'escalier devient alors la seule entrée importante. Des accès secondaires ont pu exister notamment sur le versant Est dont la hauteur est moindre en raison de la déclivité du sol. Il est construit avec des blocs massifs de pierre taillées et chevillées. Chaque volée comporte 111 marches, larges de 6,9 m, profondes de 31 cm, et présentant une déclivité de 10 cm. La faible côte réalisée autorise ainsi l’accès aux cavaliers et chevaux. Certaines pierres permettent à elles seules la taille de cinq marches. L’escalier était fermé en haut par des portes de bois dont les charnières pivotaient dans des alvéoles taillées au sol. Il débouche sur une petite cour ouvrant sur la porte de toutes les nations48.

Porte de toutes les nations

Taureaux de la Porte des nations (accès Ouest)

Porte des nations (vue Ouest)Lamassus de la Porte des nations (accès Est)

La Porte de toutes les nations, ou Porte de Xerxès, a été construite par Xerxès Ier, fils de Darius le Grand. La date présumée de sa construction est -47557. Son entrée Ouest est gardée par deux taureaux colossaux qui en composent les montants et mesurent 5,5 m de haut, d’inspiration assyrienne. Elle donne sur un hall central de 24,7 m². Des bancs de marbre longent les murs du hall qui était couvert à l’origine. Son toit était supporté par quatre colonnes de 18,3 m de haut, symbolisant des palmiers, et dont les sommets sculptés représentent des feuilles de palme stylisées58. À l’entrée Ouest s’ajoutent deux sorties : une vers le Sud ouvrant sur la cour de l’Apadana, et une vers l’Est ouvrant sur l’Allée des processions. Cette dernière est gardée par une paire de statues colossales représentant des hommes-taureaux ailés, ou lammasus59. Ces figures protectrices sont aussi présentes sur des chapiteaux de colonnes du Tripylon. On en observe également des restes de pieds à la base de montants de la Porte inachevée60. Chaque entrée de la Porte de toutes les

nations était fermée par une porte de bois à deux battants dont les charnières pivotaient dans des alvéoles taillées dans le sol. Les portes étaient ornées de métaux précieux61.

Porte des Nations : inscription royale cunéiforme de Xerxès Une inscription cunéiforme est gravée au-dessus des taureaux de la façade Ouest dans les trois langues majeures de l’empire (vieux-persan, babylonien, et élamite) : Ahuramazda est le grand dieu, qui a créé cette terre ici, qui a créé ce ciel là-bas, qui a créé l’homme, qui a créé le bonheur pour l’homme, qui a fait Xerxès roi, unique roi de nombreux, unique souverain de nombreux. « Je suis Xerxès, le grand roi, le roi des rois, le roi des peuples aux nombreuses origines, le roi de cette terre grande au loin, le fils du roi Darius l’Achéménide. » Le roi Xerxès déclare : « Grâce à Ahuramazda, j’ai fait ce Portique de tous les peuples ; il y a encore beaucoup de bon qui a été fait dans cette Perse, que moi j'ai fait et que mon père a fait. Tout ce qui a été fait en outre, qui paraît bon, tout cela nous l'avons fait grâce à Ahuramazda. » Le roi Xerxès déclare : « Qu’Ahuramazda me protège, ainsi que mon royaume, et ce que j'ai fait, et ce que mon père a fait, qu'Ahuramazda protège cela aussi. »62 Cette inscription laisse donc penser que la Porte de toutes les nations a été nommée ainsi par Xerxès en référence aux multiples peuples et royaumes composant l’empire achéménide58. Cette inscription est également retrouvée au-dessus des lammasus63.

Allée des processions et Porte inachevée
Longeant d’Ouest en Est la partie Nord de la Terrasse, l’allée des processions mène de la Porte de toutes les nations à une construction similaire : La Porte inachevée (aussi appelée le Palais inachevé), appelée ainsi car sa construction tardive n'était pas terminée lors de la destruction du site par Alexandre. Cette porte se trouve donc à l’angle Nord-est de la Terrasse, et compte quatre colonnes. Elle débouche sur une cour qui ouvre sur le Palais des 100 colonnes. Un double mur bordait l’allée sur ses deux côtés, protégeant l’Apadana et les palais privés des regards. Des salles de garde et des réserves s'y trouvaient dans des appendices. Seules les parties basses de ces murs subsistent à ce jour, mais certains pensent qu’ils atteignaient la hauteur des statues de lamassus. Dans une alcôve sur un côté de l’allée, on peut observer deux têtes de griffons partiellement restaurées qui semblent n’avoir jamais été montées sur des colonnes. Elles peuvent avoir été destinées à une construction ultérieure64.

Allée des processions (vue Ouest)

Chapiteau de colonne à protomés de griffons (allée des processions)

Porte inachevée (vue Sud)

Apadana (ou Hall d’audience de Darius)

Détail d´un relief de la délégation Lydienne (Apadana, escalier Est) L’Apadana a été construit par Darius le Grand. La date du début de son érection serait 515 av. J.-C., selon deux tablettes d’or et d’argent retrouvées dans des coffres de pierre insérés dans les fondations. Darius y a fait graver son nom et le détail de son empire. La construction aurait duré longtemps et aurait été achevée sous Xerxès Ier65. L’Apadana est avec le Palais des 100 colonnes, la plus grande et la plus complexe des constructions monumentales de Persépolis. Il se trouve au centre de la partie Ouest de la Terrasse. Placé sur un haut niveau, il est accessible par deux escaliers monumentaux en double rampes symétriques et parallèles, qui flanquent le soubassement des côtés Nord et Est66. Palais Le palais a un plan carré de 60,5 m de côté. Il comporte 72 colonnes dont 13 sont encore debout. Mesurant près de 20 m de haut, les colonnes ont probablement été érigées au moyen de rampes de terre permettant d’amener, puis de positionner les pierres à hauteur voulue. Les rampes sont probablement élevées au fur et à mesure de l’avancement des colonnes, puis la terre est évacuée67. témoignant de l'influence ionienne, les colonnes de l'Apadana présentent le même diamètre et une hauteur proche de celles du temple d’Héra à Samos, en outre, elles présentent des cannelures similaires68.

Colonnes ioniennes et éléments de Chapiteau de colonne à protomé de Éléments en marbre gris, remontés d'une taureau (Apadana) colonnes (Apadana) colonne de l'Apadana. Musée national d’Iran, Téhéran

Les plans initiaux du palais sont plus simples : l’escalier de Persépolis et la Porte de toutes les nations ayant été ultérieurement construits, un accès au palais par le Nord devient nécessaire. Cela explique l’ajout d'un escalier sur le flanc Nord du soubassement. La partie centrale, une grande salle hypostyle de forme carrée, comporte 36 colonnes ordonnées en six rangées. Elle est entourée à l’Ouest, au Nord, et à l’Est, par trois portiques rectangulaires portés chacun par douze colonnes ordonnées en deux rangées. La partie Sud consiste en une série de petites salles, et s’ouvre sur le palais de Darius, le Tachara. Les coins étaient occupés par quatre tours. Ces éléments angulaires assuraient le contreventement efficace des espaces aériens du palais69,70,71. Le plafond était soutenu par des poutres reposant sur des protomés de taureaux et de lions. Opposés, les protomés forment une selle sur laquelle une poutre principale était posée. Les deux têtes faisant ainsi protrusion latéralement sur environ un mètre. Des poutres transversales étaient également posées directement sur les têtes, stabilisées par les oreilles ou les cornes de l’animal sculpté. Ces éléments des animaux sont fixés par des gougeons de fer et assujettis au plomb. Les poutres transversales joignaient les colonnes des rangées voisines, les espaces restant étaient alors couverts par des poutres secondaires. L’ensemble était calfaté et recouvert par une couche de mortier de boue séchée. Les poutres étaient en chêne, en ébène, et en cèdre du Liban72,69. L’utilisation de toitures légères en cèdre s'ajoutant aux techniques des colonnades ioniennes permettent la libération d'un espace important : l’entre-axe des rangées de colonnes de l’Apadana est de 8,9 m, pour un rapport entre diamètre des colonnes et distance entre les fûts de seulement 1 pour 3,6. En comparaison, celui de la salle hypostyle du temple de Karnak est de 1 pour 1,2. La stylisation du pelage montre une volonté de s’affranchir du réalisme pour des animaux emblématiques69. L’ensemble était richement peint comme en attestent les multiples traces de pigments retrouvées sur les bases de certaines colonnes, les murs et les bas-reliefs des escaliers. L’intérieur de la gorge d’un lion sculpté porte encore des traces distinctes de couleur rouge. Couverts d’une couche de stuc dont on a retrouvé des fragments, les murs étaient également ornés de tentures brodées d’or, carrelés de céramiques, et décorés de peintures représentant des lions, taureaux, fleurs et plantes. Les portes de bois et les poutres portaient également des plaques d’or, des inclusions d’ivoire et de métaux précieux. Les ornements des chapiteaux de colonnes diffèrent selon leur position : taureaux pour les colonnes du hall central et du portique Nord, autres figures animales pour les portiques Est et Ouest73,74.

Chapiteau de colonne à protomé de lion (Apadana)

Toit de l’Apadana, par Charles Chipiez (1884)

Reconstruction de l'Apadana, par Charles Chipiez (1884)

Tête de lion et base campaniforme de colonne (Apadana)

Selon l'archéologue David Stronach, la configuration d’un palais comme l’Apadana répond à deux fonctions principales. Ses dimensions autorise la réception de 10 000 personnes, ce qui assure une audience importante au roi. D’autre part, sa surélévation permet au roi d’observer cérémonies et parades se tenant dans la plaine74. Des fouilles réalisées à Suse, dans un palais également réalisé pour Darius Ier, ont mis au jour une dalle dans l’Apadana, située dans l’axe du palais en regard du mur Sud. La comparaison montrant que les deux palais ont des conceptions voisines, l’existence d’un trône fixé au sol de l’Apadana de Persépolis est probable. De plus, deux passages proches permettaient au roi de se retirer dans les appartements et quartiers royaux adjacents75,76. Quand Alexandre le Grand a incendié Persépolis, le toit de l’Apadana s’est écroulé vers l’Est, protégeant les reliefs de cette partie de l’usure pendant près de 2100 ans. Une tête de lion massive a été retrouvée dans une fosse proche du mur séparant l’Apadana du Palais des 100 colonnes. Elle semble avoir eu pour fonction de soutenir une poutre principale du toit. Sa présence dans une fosse située sous le niveau du sol est cependant inexpliquée. Une réplique du portique de l’Apadana se trouve au musée du site et donne une idée de la magnificence du palais77. Escalier Est [modifier]

Schéma de l’escalier Est de l’Apadana

Panneau central et ses triangles (Apadana, escalier Est)

Crête ornée de merlons crénelés (Apadana, escalier Est)

Recouvert par les débris du toit incendié de l'Apadana, l’escalier Est a été remarquablement préservé. Il se divise en trois panneaux (Nord, central, et Sud) et en triangles sous les marches. Le panneau Nord montre la réception de Perses et de Mèdes. Le panneau Sud montre la réception de personnages provenant des nations assujetties. L’escalier comporte de multiples symboles de fertilité : germes et fleurs de grenade, rangs séparés par des fleurs à douze pétales, ou arbres et graines décorant les triangles78. Les arbres, pins et palmettes, symbolisent les jardins du palais79. Les panneaux portent des inscriptions indiquant que Darius a construit le palais, que Xerxès l’a complété et a demandé à Ahuramazda de protéger le pays de la famine, de la félonie, et des tremblements de terre80. Les personnages des reliefs

observent un port altier. Les caractères ethniques sont méticuleusement reportés, et les détails sont ouvragés avec finesse : pelages, barbes, cheveux sont ainsi représentés en petites bouclettes, vêtements et animaux sont caractérisés avec minutie. L’examen de scènes non finies plaide pour une organisation postée du travail, faisant appel à une spécialisation de l’ouvrier (visages, coiffures, parures)81. Les artistes et ouvriers qui ont participé à la construction ne disposaient d’aucune liberté de création : ils devaient suivre de façon rigoureuse les orientations fournies par les conseillers du roi. La réalisation des œuvres suit en effet un programme qui ne laisse aucune part à l’improvisation82. Initialement polychromes, les frises répondaient aux impératifs fixés par le souverain : mise en valeur de l’ordre et de la rigueur. Ces caractères entraînent un statisme des représentations faisant penser aux orthostates des palais assyriens. La distribution par registres en rangs définis, la raideur des sujets évoquent l’influence du style ionien sévère83. Triangles et panneau central. Les triangles sont occupés par des reliefs symbolisant le nouvel an : un lion dévorant un taureau. L’équinoxe de printemps montre un ciel où la constellation du Lion est au zénith, tandis que celle du Taureau disparaît à l’horizon Sud. Norouz marque donc le début de l’activité agricole après l’hiver. La signification du panneau central est religieuse. Il montre Ahuramazda gardé par deux griffons à têtes humaines, surplombant quatre gardes perses et mèdes. Les Perses tiennent de la main gauche un bouclier rond typique, les sagaies sont tenues de la main droite80. Comme sur les autres reliefs du site, les gardes perses sont vêtus d’une longue robe drapée, et portent des coiffes cannelées. Les Mèdes portent des manteaux courts et des pantalons, et sont coiffés de bonnets ronds ou plissés, avec parfois une queue84. Panneau Nord. Le panneau Nord est divisé en trois registres et montre la réception du nouvel an sous la forme d’une parade85. Du centre vers l’extrémité Nord, le registre supérieur montre des immortels suivis par une procession royale. Les immortels portent un bonnet, et sont équipés de lances et de carquois lestés par des pommeaux reposant sur leurs pieds. La procession royale se décompose en un officiel mède précédant les valets puis les porteurs de chaise royale. La chaise royale est portée au moyen de sangles harnachées à l’épaule, soutenant deux bambous passés au travers de la chaise. La chaise elle-même est composée d’un cadre de bois sculpté, dont les pieds ont des formes de pattes animales. Un valet porte l'escabeau utilisé par le roi qui ne saurait toucher la terre. Ses jambes abîmées portent les traces d’une réparation fixée par des clamps de fer. La procession se poursuit par le responsable mède des écuries royales, à la tête des chevaux du roi, chacun dirigé par un page. Les chevaux sont finement ouvragés laissant voir le détail des mors. Le cortège est fermé par deux chariots menés par un élamite. Les chevaux de trait sont plus petits et plus fins que les précédents, donc d’une autre race. Ils tirent deux chariots dont les roues ont douze rayons (symbolisant les douze mois de l’année) et dont les essieux sont sculptés. Le premier chariot diffère de l’autre : des lions sculptés sur la caisse semblent indiquer qu’il s’agit d’un attelage de chasse ou de guerre86. Les registres inférieur et moyen montrent également des immortels suivis par des nobles perses (coiffes crénelées ou à plumes) et mèdes (coiffe arrondies avec une petite queue) alternés. Certains portent des bagages, d’autres des germes et des fleurs de grenadiers. Des différences subtiles dans leurs vêtements et bijoux suggèrent des fonctions ou des statuts différents. Les nobles sont représentés discutant et souriants. Leur attitude est détendue et non cérémonieuse. Ils se tiennent parfois par la main, se tournent l'un vers autre, ou posent la main sur l'épaule du précédent dans des attitudes bienveillantes symbolisant leur unité86,87. Les immortels du

registre inférieur sont perses ; armés de lance, arcs et carquois, chacun scande une marche de l'escalier dans une représentation d'ascension. Ceux du registre moyen portent un bonnet et sont seulement armés de lances88.

Les 3 registres du Panneau Nord (Apadana, escalier Est)

Nobles perses et mèdes (Apadana, escalier Est) Livius

Chariot de la procession royale (Apadana, escalier Est) Livius

Porteurs de chaise royale (réparation d'époque à l'aide d'agraffes métalliques) (Apadana, Triangle (Apadana, escalier Est) escalier Est)

Panneau Sud. C’est un panneau remarquable car il représente l’arrivée des délégations provenant de vingttrois nations assujetties, alternativement conduites par des guides perses et mèdes. Chaque délégation est séparée par des pins, le guide mène le délégué de tête par la main. La qualité de la finition diffère pour chaque ouvrage : tous les reliefs n’ont pas été polis, et leur détail est variable. Ce défilé présente près de 250 personnages, quarante animaux, et des chars. Hauts de 90 cm, les registres ont une longueur totale bout à bout de 145 m 89,90. Pour Dutz, les symboles de Persépolis sont lourds de sens, et leur organisation ne relève pas du hasard. L’agencement des représentations pourrait donc correspondre à un ordre protocolaire, sans que l’on puisse savoir si un tel ordre suit une séquence déterminée par les rangées horizontales ou verticales (voir schéma). Dans tous les cas, il apparaîtrait clairement que les Mèdes sont les premiers, et les Éthiopiens les derniers. De plus, aucun des arrangements ne suit la liste séquentielle des satrapies données par l’inscription du roi. L’agencement des délégations ne semble pas non plus suivre l’ordre d’incorporation des différentes satrapies dans l’empire. En revanche, il pourrait être fonction du temps de voyage les séparant de Persépolis89. Ce raisonnement s’appuie sur les écrits d’Hérodote : « de toutes les nations, les Perses honorent en premier celles qui leur sont le plus proche, en second celles qui sont plus distantes, et portent le moins d’estime pour les plus lointaines »91. On sait par les tablettes du Trésor que les offrandes portées par les délégations ne correspondent pas à un impôt. Elles correspondent donc à des cadeaux destinés au roi ou à un usage cérémonial92. En l’absence d’inscription, l’identification des délégations reste toujours un problème car elle se fonde surtout sur les costumes, et offrandes. Malgré les rapprochements avec d’autres représentations, il subsiste de nombreuses incertitudes. En effet, la présence, l'exclusion, l'ordre de citation ou de présentation, voire la dénomination de chaque peuple de l'empire est très variable tant dans les sculptures que dans les inscriptions royales. Ces dernières ne

constituent pas un inventaire administratif réalisé pour la postérité, mais correspondent plutôt à la vision idéelle de l'empire dont le roi souhaite laisser la trace93.

Satrapies composant l’empire Livius

Délégations de nations assujetties (Apadana, escalier Est)

Délégation des Siliciens (Apadana, escalier Est)

Détail de la délégation Lydienne (Apadana, escalier Est)

Reconstitution des délégations d’après Dutz94, Stierlin95, et Briant96:

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1 Mèdes : conduite par un Perse, cette délégation est la plus importante. Les sujets apportent des vêtements, des bracelets ou des torques, un glaive, des pots et un vase. Il s’agit probablement d’autres tribus mèdes que celles qui servent l’empire depuis sa fondation, ce qui expliquerait le statut d’assujettis. Au début de l’empire, de telles tribus étaient restées fidèles à Astyage, les autres ayant rejoint Cyrus. 2 Élamites : l’Élam est perse depuis la fondation de l’empire par Cyrus le Grand. La délégation conduite par un Mède offre une lionne et deux lionceaux, ainsi que des glaives et des arcs. 3 Arméniens : cette délégation porte un vase à deux anses finement ouvragé, et un cheval. 4 Arachosiens (ou Aryens) : Les pantalons sont encore portés au Baluchistan. Un des sujets est vêtu d’une peau de félin. Les offrandes consistent en un chameau et des pots. 5 Babyloniens : cette délégation offre un taureau, des bols, et une tenture identique à celles de représentations dans le palais des 100 colonnes, le Trésor ou le Tripylon. 6 Assyriens et Phéniciens (ou Lydiens) : ce relief est très détaillé. Les offrandes consistent en des vases et coupes ouvragés (vases à gros goderons, de bronze ou d'argent, à doubles anses figurant des taureaux ailés), des bijoux (bracelets à fermoir ornés de griffons ailés), et un char attelé avec des chevaux de petite taille. Vêtements et coiffures des sujets sont très ouvragés, on distingue même des papillotes toujours portées par les juifs orthodoxes. L’identité vestimentaire entretient une controverse entre les origines de ces délégations. 7 Aryens (ou Arachosiens) : les sujets de cette satrapie correspondant aux régions d’Herat et de Mashhad sont pratiquement indifférentiables des Arachosiens. Les offrandes consistent en un chameau et des vases. 8 Ciliciens ou Assyriens : provenant du Sud de l’Asie Mineure, cette délégation offre deux béliers, des peaux, un vêtement, des coupes et des vases. Cette représentation est minutieusement ouvragée, et laisse apparaître le détail des vêtements (lacets, ceintures, coiffes).

Mèdes (Apadana, escalier Est) Livius

Élamites (Apadana, escalier Est) Livius

Arméniens (Apadana, escalier Parthes (Apadana, escalier Est) Livius Est) Livius

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9 Cappadociens : caractérisés par l’attache de leur cape au-dessus de l’épaule, ils appartiennent au même groupe que les Arméniens, Mèdes, et Sagartiens. Ils font présent d’un cheval et de vêtements. 10 Égyptiens : le haut du relief représentant cette délégation a été sévèrement endommagé par la destruction de l’Apadana. Les parties inférieures subsistantes suffisent néanmoins à identifier l’origine des sujets grâce aux caractéristiques de leur robe. 11 Scythes (aussi appelés Sakas): cette satrapie s’étendait de l’Ukraine aux steppes nord-caucasiennes, jusqu’au Nord de la Sogdiane. Les sujets sont coiffés d’un bonnet scythe typique. Ils amènent un cheval, des vêtements, et ce qui pourrait être des bracelets à fermoirs. 12 Lydiens ou Ioniens : ces satrapies grecques étaient fusionnées et administrées depuis Sardes. Les sujets sont habillés de la même façon. Ils amènent tissus, pelotes de fil et coupes contenant peut-être des teintures. 13 Parthes : sous les Achéménides, les Parthes étaient assujettis, et ce n’est qu’après la période grecque séleucide qu’ils dominent la Perse. La Parthie correspond à l’actuel Turkménistan. La délégation apporte vases et chameau. Les sujets sont coiffés d’un turban entourant également le cou. 14 Gandhariens : cette satrapie se trouve en amont de l’Indus, entre Kaboul et Lahore, dans l’Ouest de l’actuel Pendjab. Les sujets offrent des lances ainsi qu’un buffle asiatique. 15 Bactriens : la délégation apporte un chameau et des vases. Originaires de Bactriane au Nord de l’Afghanistan, les sujets sont coiffés d’un bandeau. 16 Sagartiens : leurs habits et présents (vêtements et cheval) sont similaires à ceux des Mèdes, Cappadociens et Arméniens, ce qui suggère l’appartenance à un même groupe. Leur terre d’origine est mal connue : voisine de la Thrace en Asie Mineure, ou proche de la mer Noire et du Caucase, voire située dans les steppes d’Asie centrale proche de la Bactriane.

Babyloniens (Apadana, escalier Est) Livius

Bactriens (Apadana, escalier Gandhariens (Apadana, Lydiens (Apadana, escalier Est) Livius escalier Est) Livius Est) Livius

17 Sogdiens : ayant pour origine la Sogdiane, actuel Pakistan, cette ethnie appartient au groupe des Scythes dont ils portent le bonnet. Ils amènent un cheval, des haches, des objets pouvant être des torques, et un glaive.

18 Indiens : venant du Sind, basse vallée de l’Indus, ces sujets sont vêtus d’un pagne, et chaussés de sandales. Ils amènent un âne, des haches, et des paniers de provisions portés sur le dos au moyen d’une balance. 19 Thraces (ou Scythes) : la Thrace se situait entre la mer Égée et la mer Noire, sur un territoire aujourd’hui partagé entre Grèce, Turquie, et Bulgarie. Les sujets mènent un cheval. Ils portent un bonnet pointu à longues pattes, semblable aux bonnets scythes. 20 Arabes : ces sujets viennent de Phénicie-Assyrie. Ils sont chaussés de sandales, et vêtus de tuniques aux bordures brodées. Ils apportent un dromadaire et un vêtement identique. 21 Drangianiens : il n’y a pas d’accord entre les auteurs concernant l’origine de cette délégation. Pour certains, il s’agit d’individus venant de Merv en Bactriane (états actuels d’Afghanistan, d’Ouzbékistan et du Tadjikistan). Pour d’autres, les sujets viennent de la région de Kerman, dans l’est de l’Iran. En outre, leur style de coiffure plaiderait pour une origine proche de Kandahar, de même que leur bouclier, lance, et le type du bœuf qu’ils amènent. 22 Somalis (ou Lydiens) : l’origine de cette délégation est controversée. Accompagnés d’un chariot, les sujets apportent un koudou ou un bouquetin, sont vêtus de peaux, mais ne sont pas négroïdes. Le type morphologique des individus ainsi que la présence d’un chariot indiquerait une origine libyenne, alors que l’antilope et les parures de peaux plaident pour une origine située plus au Sud (Yémen ou Somalie). 23 Nubiens (ou Éthiopiens ou Abyssiniens) : il s’agit de sujets négroïdes, qui apportent un okapi ou une girafe, des défenses d’éléphant et un vase.

Escalier Nord

Gardes (Apadana, escalier Nord) Livius

L'escalier Nord de Détail de gardes mède l'Apadana Livius (gauche) et perse (droite)

Inscription de Xerxès II (Apadana, escalier Nord) Livius

L’escalier Nord a été ajouté par Xerxès Ier (r. 486 - 465 av. J.-C.) afin de faciliter l’accès à l’Apadana à partir de la Porte de toutes les nations. Les reliefs de cet escalier déclinent les mêmes thèmes que ceux de l’escalier Est mais sont plus dégradés97. Le panneau central montrait initialement Xerxès Ier, Darius le Grand et un officiel. Ce dernier pourrait être un ganzabara (gouverneur du Trésor), ou un chiliarque (officier commandant la garde). Ce relief a été par la suite déplacé au Trésor, et a été remplacé par un autre montrant huit gardes. Une inscription cunéiforme trilingue également présente sur l’escalier Est reprend en grande partie le texte de celle de la Porte de toutes les nations, sans préciser le nom du bâtiment.

Tachara

Escalier Sud du Tachara (Apadana en arrière plan)

Tachara

Roi combattant le mal (Tachara)

Escalier Ouest du Tachara Livius

Ainsi nommé par une inscription située sur un montant de sa porte Sud, le Tachara, ou palais de Darius, est situé au Sud de l’Apadana. C’est le seul des palais à avoir un accès sur le Sud au moyen d’un portique. L’entrée du palais se faisait initialement de ce côté par un double escalier. Construit par Darius Ier, le palais est ensuite complété par Xerxès Ier qui l’étend, puis par Artaxerxès III (r. 359 - 338 av. J.-C.) qui y ajoute un second escalier à l’Ouest. Cette nouvelle entrée crée une asymétrie inédite. Les vêtements des personnages mèdes, siliciens et sogdiens qui y sont représentés sont différents de ceux des autres escaliers antérieurs, ce qui suggère un changement de mode, et renforce l’idée d’une construction ultérieure98. Les écoinçons de l’escalier Sud présente des symboles de Norouz : lion dévorant un taureau. Les parties ascendantes représentent des Mèdes et Arachosiens apportant animaux, jarres et outres. Il s’agit probablement de prêtres venant de lieux saints zoroastriens tels le lac d'Orumieh en Médie et le lac Helmand en Arachosie, et qui portent le nécessaire pour des cérémonies98. Le panneau central montre deux groupes de neufs gardes et trois panneaux portant une inscription trilingue de Xerxès II indiquant que ce palais a été bâti par son père ; le tout est surmonté par le disque ailé, symbole soit d'Ahuramazda soit de la gloire royale, encadré de deux sphinx99.

Reconstruction du Tachara, par Charles Chipiez (1884)

Prêtres mèdes et arachosiens

Étude du toit du Tachara, par Charles Chipiez (1884)

L’entrée du palais se fait par une salle, via une porte où un relief représente des gardes. Cette salle est suivie d’une autre porte ouvrant dans le hall principal, sur laquelle se trouve un relief représentant le roi combattant le mal sous la forme d’un animal. Ce thème est également décliné sur d’autres portes du palais, dans le Palais des 100 colonnes, et dans le harem. La figure maléfique est tantôt symbolisée par un lion, un taureau, ou un animal chimérique. Le type de figure pourrait avoir un rapport avec la fonction de la pièce concernée, ou avec des thèmes astrologiques100. Une porte ouvre dans la salle de bain royale. Elle est ornée d’un relief montrant un roi apprêté pour une cérémonie et suivi de deux serviteurs tenant une ombrelle et un chasse-mouches. Le roi est couronné, vêtu d’une riche parure agrémentée de pierres et pièces précieuses. Il porte également des bracelets, et des bijoux sont accrochés à sa barbe tressée98. Un autre relief montre probablement un eunuque, seule représentation imberbe du site. Il porte une bouteille

d’onguent et une serviette. La circulation d’eau était assurée par un canal couvert au sol passant au milieu de la pièce. On peut observer des reliquats du ciment rouge qui tapissait le sol de la salle100. Des inscriptions gravées datant de la période islamique peuvent être vues sur des montants de porte du palais. Le palais comporte également deux autres petites salles situées sur ses flancs. Le portique Sud ouvre dans une cour bordée par les autres palais. Sur chaque linteau des portes et fenêtres est gravée une curieuse inscription : « fenêtre en pierre faite dans la maison de Darius ». Le nom de Tachara provient d'une inscription cunéiforme trilingue sur chaque montant du portique Sud : « Darius le grand roi, le roi des rois, le roi des peuples, le fils de Vistaspa, l'Achéménide, qui a fait ce Tachara ». Cependant, il est douteux que ce mot, dont la signification exacte reste inconnue, désigne le bâtiment lui-même : on a en effet retrouvé des bases de colonnes en d'autres endroits de Persépolis portant des inscriptions de Xerxès et mentionnant ce mot : « Je suis Xerxès, le grand roi, le roi des rois, le roi des peuples, le roi sur cette terre, le fils du roi Darius, l'Achéménide.» Le roi Xerxès déclare : « J'ai fait ce Tachara. »62

Tripylon

Détail bas d’un relief du Tripylon Tirant son nom de ses trois entrées, le Tripylon, ou hall d'audience de Xerxès, ou Palais central, est un petit palais situé au centre de Persépolis. Il est accessible au Nord par un escalier sculpté dont les reliefs montrent principalement des gardes mèdes et perses. D’autres reliefs représentent des nobles et des courtiers en route pour un banquet. L’escalier Sud du Tripylon se trouve au musée national d’Iran à Téhéran. Un couloir ouvre à l’Est sur une porte ornée d’un relief montrant :

en haut, Darius sur son trône devant Xerxès en prince couronné, abrités sous un auvent orné de symboles divins, taureaux, lions et glands ; roi et prince tiennent à la main des feuilles de palme, symboles de fertilité ; en bas, les sujets issus de vingt-huit nations les portent.

Ce relief désigne clairement à tous la volonté de Darius de désigner Xerxès comme successeur légitime au trône101.

Hadish

Procession royale (Hadish) Le Hadish, ou palais de Xerxès, se trouve au Sud du Tripylon ; il est bâti sur un plan similaire au Tachara mais deux fois plus grand. Son hall central comportait trente-six colonnes de pierre et de bois. Il s’agissait de troncs d’arbres de grandes tailles et grands diamètres dont il ne reste plus rien. Il est entouré à l’Est et à l’Ouest par des petites chambres et couloirs, dont les portes présentent également des reliefs sculptés. On y trouve des processions royales représentant Xerxès Ier accompagné de serviteurs l’abritant sous une ombrelle. La partie Sud du palais est composée d’appartements dont la fonction est controversée : un temps décrits comme servant à la reine, ils sont plutôt considérés comme des magasins ou annexes du Trésor102. L'accès au Hadish se fait par un escalier monumental à l'Est, à double volées divergentes puis convergentes, et un escalier plus petit à volées convergentes à l'Ouest ; les deux présentent le même décor que l'escalier Sud du Tachara : taureaux et lions, gardes perses, disque ailé et sphinx103. Hadish est un mot vieux-persan figurant sur une inscription trilingue en quatre exemplaires, sur le portique et l'escalier : il signifie « palais ». C'est l'usage des archéologues de nommer ce palais hadish, le nom original n'étant pas connu. L'attribution à Xerxès est certaine puisque celui-ci, outre ces quatre inscriptions, a fait graver son nom et sa titulature pas moins de quatorze fois62.

Palais des 100 Colonnes
Aussi nommé salle du Trône, il a la forme d’un carré de 70 m de côté : c’est le plus grand des palais de Persépolis. Lors de sa première excavation partielle, il est apparu qu'il était recouvert par une couche de terre et de cendres de cèdre de plus de trois mètres d’épaisseur. Sévèrement endommagé par l’incendie, seuls les bases des colonnes et les montants des portes ont survécu 25 .

Deux taureaux colossaux constituent les bases des colonnes principales de 18 m qui soutenaient le toit du portique de l’entrée, au Nord du palais. L’entrée se faisait par une porte richement décorée de reliefs. Parmi ces représentations, l’une décrit l’ordre des choses, montrant de haut en bas : Ahuramazda, le roi sur son trône, puis plusieurs rangs de soldats le soutenant. Le roi tient donc son pouvoir d’Ahuramazda qui le protège, et commande l’armée qui porte son pouvoir104.

Palais des 100 colonnes (vue Nord) Taureau (Portique Nord) Garde des immortels (Palais des 100 colonnes)

Roi luttant contre le mal (Palais des 100 colonnes)

Le Palais des 100 colonnes reconstruit par Charles Chipiez (1884)

Étude du toit du Palais des 100 colonnes, par Charles Chipiez (1884)

Détail bas du relief Sud Détail haut du relief Sud Relief Sud du Palais des 100 colonnes

Le palais est décoré de nombreux reliefs en remarquable état de conservation, représentant des taureaux, des lions, des fleurs et des glands105. La porte Sud du palais présente un relief complètement différent. Il symbolise le soutien apporté au roi par les différentes nations composant l’empire. Les soldats des cinq rangs inférieurs appartiennent en effet à plusieurs nations, reconnaissables à leur coiffe, tenues, et armements. Tourné vers le Trésor, ce message s’adresse plutôt aux serviteurs et leur rappelle ce que les richesses transitant par cette porte servent à la cohésion de l’empire. Des tablettes cunéiformes détaillent les archives des tributs, donnant ainsi un aperçu des richesses ayant transité par ces portes106. Si les reliefs des entrées Nord et Sud du palais concernent essentiellement l’affirmation de la royauté, ceux des parties Est et Ouest présentent comme pour d’autres palais, des scènes héroïques de combats du roi contre le mal63.

Trésor

Darius reçoit l'hommage d'un Officiel, Trésor de Persépolis, musée national d’Iran à Téhéran, Livius

Le Trésor (vue Nord-Est)Livius Construit par Darius le Grand, il s’agit d’une série de salles située dans l’angle Sud-Est de la Terrasse, qui s’étendent sur une surface de 10 000 m². Le trésor comprend deux salles plus importantes dont le toit était supporté respectivement par 100 et 99 colonnes de bois107. Des tablettes de bois et d’argile y ont été retrouvées, qui détaillent le montant des salaires et avantages payés aux ouvriers ayant construit le site7. D’après Plutarque, 10 000 mules et 5 000 chameaux auraient été nécessaires à Alexandre le Grand pour l’acheminement du trésor de Persépolis10,108. D’après certaines tablettes, 1 348 personnes travaillent au Trésor en 467 av. J.-C. Le Trésor est plusieurs fois reconstruit et modifié. Plusieurs inscriptions y ont été retrouvées sur des blocs massifs de diorite, mentionnant le roi Darius109. On y a également retrouvé deux reliefs dont l’un provient de l’escalier Nord de l’Apadana. Ce dernier se trouve maintenant au musée de Téhéran et représente Darius le Grand sur le trône. Le roi reçoit un officiel mède incliné vers l’avant qui porte sa main droite aux lèvres en signe de respect. Il pourrait s’agir d’un chiliarque, commandant 1 000 gardes, ou d’un gouverneur du trésor (ou Ganzabara). Xerxès et des nobles perses se trouvent debout derrière le souverain. Deux porteurs d’encens se trouvent entre le roi et les dignitaires110. Lors des fouilles, ce bâtiment a rapidement été identifié comme étant le Trésor car malgré sa superficie importante, l'accès ne se fait que par deux petites portes étroites111.

Garnison et salle des 32 colonnes

Sur le versant Est du complexe, entre le palais des 100 Colonnes et la montagne se trouvent de multiples salles formant les quartiers des serviteurs et des soldats, la chancellerie, et des bureaux. Plus de 30 000 tablettes et fragments de tablettes en élamite y ont été retrouvées110. D’après Quinte-Curce et Diodore, Alexandre aurait laissé sur place 3 000 soldats, ce qui donne une idée des capacités de garnison de Persépolis12,11. Au Nord de ces baraquements, on trouve les restes d’une salle qui comportait trente-deux colonnes, dont la fonction n’est pas clairement connue.

Harem et musée

Le Musée de Persépolisù

Inscription de Xerxès (Musée national d'Iran, Téhéran). Une inscription similaire est exposée au musée de Persépolis On accède au Harem par la porte Sud du Palais des 100 Colonnes. Le bâtiment a une forme de « L » dont l’aile principale a une orientation Nord-Sud. Son centre consiste en une salle présentant des colonnades, ouverte au Nord sur une cour par un portique. Cette salle avait quatre entrées dont les portes étaient décorées par des reliefs. Les reliefs latéraux montrent encore des scènes de combat héroïques évoquant celles du Tachara ou du palais des 100 Colonnes. Le roi est en effet montré en lutte avec un animal chimérique (taureau-lion cornu et ailé, cou de corbeau, queue de scorpion) pouvant être une représentation d’Ahriman, divinité maléfique. Le héros plonge son épée dans le ventre de la bête qui lui fait face. Le relief Sud montre Xerxès Ier suivi de serviteurs selon une scène identique à celles du Hadish. La partie Sud de l’aile et l’autre aile la prolongeant vers l’Ouest consistent en une série de 25 appartements, hypostyles de 16 colonnes chacun. Le bâtiment présente en outre deux escaliers le reliant au Hadish, et deux courettes qui pourraient correspondre à des jardins clos63,112. Il n’est pas certain que le Harem ait pu être un lieu de résidence des femmes. Selon certains, la section centrale aurait pu être destinée à la reine et à sa suite. D’autres pensent que les

femmes résidaient à l’extérieur des murs63. La fonction du bâtiment reste donc controversée. La présence de reliefs élaborés, de même que sa situation sur un haut niveau évoque un bâtiment ayant une fonction importante. A contrario, sa taille et sa position suggèrent plutôt une fonction administrative110,63. En fait, il est probable que l'appellation de "Harem" soit erronée : les chercheurs occidentaux ont projeté leur vision des harems ottomans sur la Perse achéménide qui n'en avait pas113. Le Harem a été excavé et partiellement restauré par Herzfeld au moyen d'un procédé d'anastylose. Il reconstruit plusieurs salles dont il se sert comme ateliers de restauration et de présentation des pièces retrouvées sur le complexe. Une partie du Harem est alors transformée en musée114. Le musée du site présente une grande variété d’objets retrouvés sur le site :
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poteries, assiettes et gobelets en terre cuites, carreaux de céramiques ; pièces de monnaie d'époque; outils de tous genres comprenant des outils de maçonnerie, de taille, de cuisine, ou ustensiles de bouche, mortiers ; ferronneries, pointes de lance et de flèches, fragments de trompettes ou d’ornements métalliques, chevilles métalliques ; restes d’étoffes ou reliquats de bois composant l’infrastructure ; mors métalliques et pièces de trait ; tablettes gravées.

Récipient de parfum en marbre (Musée de persépolis)

Assiette en Marbre (Musée de Persépolis)

Mortiers (Musée de Persépolis)

Vase à anses en formes de bouquetins (Musée de persépolis)

Plat de pierre à poignées en formes de canards (Musée de Assiette de pierre (Musée persépolis) de persépolis)

Rhyton en terre cuite (Musée de persépolis)

Oeil de statue (Musée de persépolis)

On y trouve également des pièces retrouvées dans les environs datant d’occupations postérieures (sassanides et islamiques), antérieures, et même préhistoriques. La grande diversité des pièces relevant d'usages quotidiens constitue autant de sources permettant d’avoir une idée de la vie à l’époque. De plus, la comparaison des pièces avec

certaines de leur représentation picturales (mors, lances) donnent une idée de la minutie du travail des ouvriers lors de la taille des reliefs110.

Autres constructions

Pierres taillées munies de cornes (Terrasse, angle Sud-Ouest) Un palais semble avoir été construit dans l’angle Sud-Ouest de la Terrasse, appartenant à Artaxerxès Ier. Les ruines qui y sont observées ne correspondent pas à ce palais, mais à une construction résidentielle post-achéménide appelée Palais H. Des sculptures représentant des cornes ont été disposées près du mur de la Terrasse, dont on ne connaît pas la fonction ; elles ont été retrouvées enterrées au pied de la Terrasse. Une autre structure appelée Palais G se trouve au Nord du Hadish, qui correspond également à une construction post-achéménide. Il semble qu’elle ait été réalisée sur l’emplacement d’une structure détruite qui pourrait être le palais d’Artaxerxès III. De même, des restes d’une construction appelée Palais D ont été retrouvés à l’Est du Hadish. Comme les précédentes, cette construction postérieure à la dynastie achéménide a réutilisé des débris et des ornements provenant des ruines de la Terrasse63,115.

Éléments annexes
De nombreux éléments ont été retrouvés hors des murs de la Terrasse. Il s’agit de restes de jardins, d’habitations, de sépultures post achéménides, ou de tombes royales achéménides. De plus, un réseau complexe de canalisations d’eau intra et extra muros est en cours d’exploration.

Habitations

Habitations de la ville basse Des ruines n’ayant pas encore été complètement fouillées sont visibles à 300 m au Sud de la Terrasse. Probablement antérieures aux palais, ces constructions comportent plusieurs maisons. La plus large consiste en un hall central accessible par un escalier et entouré de salles secondaires. Elles semblent donc avoir été destinées à des personnes de haut rang social. Une construction se trouve également au Nord de la Terrasse, dont la fonction reste inconnue116.

Jardins
Des explorations géologiques récentes ont mis en évidence les ruines de jardins achéménides et leurs canaux d’irrigation à l’extérieur du complexe. Une partie en a été endommagée en 1971, lors des cérémonies de célébration des 2500 ans de la monarchie en Iran. D’autres dommages ont été causés par la construction d’une route asphaltée après la révolution. De tels jardins appelés Pairidaeza (mot perse ancien dont est issu le mot « paradis »), étaient souvent réalisés à côté des palais achéménides117.

Réseau hydraulique
Le système de canalisation de la Terrasse renferme encore de précieux secrets motivant des fouilles approfondies. Il s’agit d’en extraire et analyser les sédiments. Plus de 2 km de réseau ont été découverts, parcourant la Terrasse et ses environs, et passant sous les palais. Les dimensions très variables des canaux (60 à 160 cm de large, 80 cm à plusieurs mètres de profondeur) expliquent l’importance du volume sédimentaire et la valeur du potentiel archéologique. Les débris qu’ils contiennent peuvent ainsi s’avérer précieux : une partie du trône présumé de Darius a été retrouvée, ainsi que de nombreux fragments de poteries ayant conservé leur couleurs. Les travaux se heurtent toutefois à un problème complexe : le retrait des sédiments permet l’infiltration d’eau, ce qui risque d’endommager la structure du complexe118,119. Le réseau de drains et de canaux d’eau traverse les fondations et le sol de la Terrasse. Il est donc probable que les plans de la totalité du complexe étaient précisément établis avant sa construction14. Taillés à même la pierre à la base des murs avant leur érection, les drains permettaient ensuite d’en assurer la protection en évacuant les infiltrations pluviales51.

Sépultures royales

La tombe d’Artaxerxès II

La tombe d’Artaxerxès III La tombe inachevée de Darius III

Situées à quelques dizaines de mètres de la Terrasse, deux tombes creusées dans la roche du Kuh-e Ramat dominent le site. Ces tombes sont attribuées à Artaxerxès II et Artaxerxès III. Chaque sépulcre est entouré de sculptures à colonnades représentant des façades de palais, surplombées de gravures. Ces représentations comme celles des tombes de Naqsh-e Rostam, ont permis de mieux comprendre l'architecture des constructions palatines perses. Au-dessus du sépulcre d’Artaxerxès III, le roi est représenté sur un piédestal à trois niveaux, faisant face à Ahuramazda et à un feu sacré également surélevé. Un mur présente une inscription trilingue qui rappelle que Darius le Grand a donné une descendance, qu’il a construit Persépolis, et liste ses biens. Chaque version diffère légèrement des deux autres. Une troisième tombe inachevée se trouvant plus au Sud est en cours de restauration. Elle semble avoir été destinée à Darius III, dernier roi achéménide120,121. Des restes de sépultures post-achéménides ont également été retrouvés au pied de la montagne, à un kilomètre au Nord de la Terrasse63.

Tablettes de Persépolis

Tablette cuneiforme d'argile (Musée de Persépolis) Durant les fouilles d’Ernst Herzfeld et de Erich Frederich Schmidt, deux séries d’archives comprenant de très nombreuses tablettes cunéiformes de bois et d’argile ont été découvertes à Persépolis.

La première série, découverte par Herzfeld, est connue sous le nom de « Tablettes des fortifications de Persépolis » car elle a été trouvée dans la zone correspondant à des fortifications à l’angle Nord-Est de la Terrasse122. Elle comporte environ 30 000 pièces dont 6 000 sont lisibles. Le contenu de 5 000 d’entre elles a déjà été étudié mais n’est pas encore publié en totalité. Elles contiennent principalement des textes administratifs rédigés en élamite, langue des chanceliers, entre –506 et –497, mais des tablettes rédigées en araméen à partir desquelles environ 500 textes ont été déchiffrés123, une tablette en akkadien, une en grec, une dans une langue et graphie d'Anatolie124, une en vieux perse125 ont également été retrouvées. Ces tablettes peuvent être classées en deux sous-groupes. Le premier concerne le transport de matériaux d’une place à l’autre de l’empire ; l’autre s’apparente plus à un registre de comptes. Ces pièces ont permis d'obtenir des renseignements précieux permettant de comprendre le fonctionnement de l’empire et de son administration dans des domaines aussi divers que la construction, la circulation, les courriers, passeports, ou finances. Certains corps de métiers ont ainsi pu être connus comme le gouverneur du Trésor (ou ganzabara). Les tablettes ont même permis de connaître le nom des personnes ayant travaillé à Persépolis, du simple ouvrier au gouverneur du Trésor. En outre, certaines permettent de préciser le statut de femmes de tout horizon social à l’époque achéménide122,18,126. L’autre série, découverte par Schmidt et connue sous le nom de « Tablettes du Trésor de Persépolis », compte 139 pièces décrivant des paiements réalisés en or et argent entre -492 et –458. Plusieurs d’entre elles sont marquées de l’empreinte de sceaux, et constituent des lettres et mémorandums adressés par des officiels au gouverneur du Trésor122,127. L’étonnante conservation de tablettes d’argile séchée s’explique par le fait qu’elles ont été cuites à haute température par l’incendie de Persépolis. Cette transformation involontaire en terre cuite a paradoxalement permis leur meilleure résistance au temps en leur évitant de tomber en poussière63. Représentant un patrimoine scientifique inestimable, elles ont également contribué à une meilleure connaissance linguistique de l’élamite et du vieux persan et de l’organisation politique et des pratiques religieuses des Achéménides. 122. Ce patrimoine se trouve actuellement au centre d’une polémique d’ordre politique : un procès vise à en obtenir la saisie pour réaliser une vente au profit des « victimes du terrorisme du Hamas » 128. L’oriental Institute de l’Université de Chicago a en effet la garde des tablettes depuis leur découverte.

Controverses sur les fonctions de Persépolis

Taureaux colossaux (porte inachevée)

Détail d'un relief suggérant que le roi tient son pouvoir d’Ahuramazda L’empire perse achéménide a en fait plusieurs capitales. Pasargades est celle de Cyrus le Grand, Suse, Ecbatane, ou Babylone sont celles de ses successeurs. La plupart des auteurs s’accordent sur l’importance des fonctions protocolaires et religieuses de Persépolis illustrées par le fort symbolisme des ornements14. Toutefois, l’interprétation des reliefs reste délicate car ceux-ci présenteraient en fait la vision idéalisée que Darius le Grand avait de son empire9. Pour Briand, l’image donnée est celle d’un pouvoir royal souverain et illimité, dans un lieu conçu pour exprimer la domination perse et la Pax persica. Par ses vertus conférées par la protection d’Ahura Mazda, le roi assure l’unité d’un monde dont la diversité ethnoculturelle et géographique est soulignée129. Une controverse existe quant à la réalité des cérémonies décrites par les reliefs, et plusieurs points de vue s’expriment alors. Certains ne voient en Persépolis qu’un lieu réservé à des initiés. Cette hypothèse s’appuie surtout sur le peu d’écrits anciens mentionnant le site avant sa prise par Alexandre le Grand, qui contraste avec le nombre et la diversité des peuples assujettis. Autant de délégations auraient dû assurer à Persépolis une notoriété plus importante. Selon ce point de vue, aucune réception ne se serait réellement tenue à Persépolis130. Pour d’autres, de telles réceptions ont clairement eu lieu. Ils s’appuient sur l’organisation en niveau de la Terrasse qui répondrait à une fonction clairement définie de séparation des habitants selon leur rang social. L’organisation des reliefs marquant la progression du tribut jusqu’au trésor, l’existence de chemins séparés menant soit à l’Apadana soit au Palais des 100 colonnes, sont autant d’arguments allant dans ce sens. Selon ce point de vue, la fonction protocolaire et religieuse de Persépolis s’exerce au travers des célébrations du nouvel an (Nowrouz). Le roi des rois reçoit les offrandes et perçoit l’impôt des délégations provenant de toutes les satrapies14. le cérémonial obéit à des règles strictes dictées par le respect de l’ordre des choses : les délégations suivent un ordre précis, et une séparation claire reflète les différentes classes sociales (roi et personnes de rang royal, nobles perses et mèdes, peuples perses et mèdes, assujettis). Celles-ci non seulement ne sont pas admises aux mêmes niveaux, mais suivent aussi des chemins différents130,63. Après que l’arrivée des délégations eut été annoncée par des sonneurs, elles sont menées par la Porte de toutes les nations. Tandis que les assujettis suivent l’allée des Processions jusqu’à la Porte inachevée pour être ensuite reçus au Palais des 100 Colonnes. Les nobles empruntent l’autre issue de la Porte de toutes les nations pour se rendre à l’Apadana. La magnificence et le faste des lieux auraient alors pour but d’impressionner les visiteurs, et d’affirmer la puissance de l’empire131.

Trompettes de bronzes servant aux sonneurs (Musée de Persépolis) Henri Stierlin, historien d'art et architecture, abonde également dans ce sens. Les espaces libérés par l'architecture des palais comme l'Apadana permettent la tenue de grandes réceptions, de banquets et rites auliques. Les usages de libations et de banquets royaux se répandent en effet depuis la Perse, jusque dans la plupart des satrapies : Thrace, Asie Mineure, ou Nord de la Macédoine, intègrent en effet de telles traditions. De plus, la découverte de nombreux objets d’orfèvrerie achéménides ou d’inspiration achéménide consacrés aux arts de la table témoigne de l’importance de tels banquets pour les Perses. Configuration du site et arrangement des accès témoignent d’une volonté de rendre la personne royale inabordable pour certains. Elle permet le suivi d’une étiquette rigoureuse conférant au souverain un caractère presque divin132. Une controverse existe également quant à l’occupation de Persépolis. Compte tenu des reliefs, R. Ghirshman suggérait une occupation annuelle transitoire de Persépolis. Occupée seulement durant les festivités de Nowruz, la cité n’aurait alors qu’une fonction rituelle133. Cette thèse est de plus en plus contestée134,74, et Briant note que si l’existence de fêtes et cérémonies à Persépolis ne fait aucun doute, de nombreuses objections peuvent être formulées quant à l’hypothèse d’une occupation se limitant au nouvel an. Les tablettes prouvent indubitablement que Persépolis est occupé en permanence, et qu’il s’agit d’un centre économique et administratif important. En outre, il fait remarquer que la cour achéménide étant itinérante arpente l’empire, et que les textes anciens ne font état de sa présence en Perse qu’à l’automne et non au printemps. Si on ne peut exclure l’existence des cérémonies de Nowruz, il est possible que reliefs et tablettes se rapportent à des offrandes et tributs perçus au cours des voyages des souverains nomades135: Enfin pour David Stronach, il faut plutôt considérer la fonction de Persépolis sous un angle politique, en tenant compte des conditions d’accession de Darius au pouvoir (Darius avait dû vaincre une opposition136). De tels monuments n’auraient pas pour fonction littérale de refléter la puissance ou les richesses de l’empire, mais plutôt de répondre à des impératifs politiques immédiats. Construit peu après l’avènement de Darius, Persépolis consacre en premier lieu la légitimité de son accession au trône et affirme son autorité jusqu’aux confins de l’empire. En outre, la répétition de motifs représentant Darius le Grand et Xerxès suggère la volonté de légitimer son successeur. De même, la multiplicité des références à Darius par Xerxès Ier suggère la volonté de consolider et sécuriser la succession au trône74,9.

Citations
- Jean Chardin :

« Je ne sais si ma Description, & les Figures qui l’accompagnent, en donneront une grande idée ; mais je puis assurer que celle qu’on en conçoit par la vue, va au-delà de toutes les expressions : car enfin je n’ai jamais rien vu, ni conçu, de si grand ni de si magnifique. Combien de milliers d’hommes y doivent avoir travaillé, & durant combien d’années ? Ce n’est pas seulement ici un Chef-d’œuvre, où il ne soit allé que du travail & de la peine, comme aux Pyramides d’Égypte, qu’Horace a bien raison d’appeler une merveille Barbara, puisque ce n’est après tout que un amas de pierres : ici il y a de l’art infiniment, de l’ordre, & de l’industrie ; & l’on peut dire que c’est un ouvrage digne des plus grands Maîtres, & des savantes mains qui l’ont formé.137 » - Arthur Upham Pope : « La splendeur de Persépolis n’est pas la contrepartie accidentelle de la monumentalité et du faste, c’est le produit de la beauté reconnue comme valeur suprême.138 » - Roman Ghirshman: « Jamais dans l’antiquité, l’art n’avait fait preuve d’une telle audace.69 » - Marcel Dieulafoy : « Lorsque j’essaye de faire revivre dans ma pensée ces grandioses édifices, lorsque je vois ces portiques aux colonnes de marbre ou de porphyre poli, ces taureaux bicéphales dont les cornes, les pieds, les yeux et les colliers devaient être revêtus d’une mince feuille d’or, les poutres et les solives de cèdre de l’entablement et des plafonds, les mosaïques de briques semblables à de lourdes dentelles jetées en revêtement sur les murs, ces corniches couvertes de plaques d’émaux bleu turquoise que termine un trait de lumière accroché à l’arête saillante des larmiers d’or et d’argent ; lorsque je considère les draperies suspendues audevant des portes, les fines découpures des moucharabiehs, les épaisses couches de tapis jetées sur les dallages, je me demande parfois si les monuments religieux de l’Égypte, si les temples de la Grèce eux-mêmes devaient produire sur l’imagination du visiteur une impression aussi saisissante que les palais du grand roi.13 »

Darius Ier

Darius Ier Darius Ier (né vers -550, mort en -486 ; en vieux-persan Dārayawuš, en grec ancien Δαρεῖος / Dareios), dit Darius le Grand, est un grand roi de l'Empire perse ; il appartient à la dynastie des Achéménides. Darius est le fils d'Hystaspès, et le petit-fils d'Arsamès. Dans son inscription à Behistoun, Darius se présente comme descendant en droite ligne d'Achéménès, mais il s'agit sans doute, contrairement à ce qu'il affirme, d'une branche qui n'a pas produit de rois jusqu'à lui. Darius porte les titres auliques de « porte-carquois » de Cyrus II, puis de « porte-lance » de Cambyse II lors de la conquête de l'Égypte. Il épouse une des filles de Gobryas, l'un des sept conjurés, qui lui donne trois fils dont Artobarzanès l'aîné, et Ariabignès.

Généalogie [
Darius Ier
Naissance Père

vers -550 Hystaspès

Décès

-486 Grand-père paternel inconnu Grand-mère paternelle inconnue

Grands-parents paternels

Mère

Grands-parents maternels

Grand-père maternel inconnu

Grand-mère maternelle inconnue
Fratrie 1re épouse

Atossa

Enfant(s)

Xerxès Achéménès Hystaspès Masistès Arsamès Gobryas Artazostre, épouse de Mardonios Ariomardos pas d'enfant connu Abrocomes Hypherantes Artobarzanès Ariabignès Ariamenes Arsamenes L'épouse de Artoces L'épouse de Daurises L'épouse de Himeas Sandauce Ištin Pandušašša

2e épouse

Artystonè

Enfant(s)

3e épouse 4e épouse 5e épouse 6e épouse 7e épouse

Parmys Phaidimè Phratagounè une fille de Gobryas inconnue

Enfant(s) Enfant(s) Enfant(s) Enfant(s) Enfant(s)

Titulature
Nom d'Horus
Translittération (Unicode) hr Transcription Traduction

mnx-ib

Horus Menekhib « Horus rend efficient le cœur »

Nom de Nesout-bity
Hiéroglyphe

Codage Translittération (Unicode)

( N5 S29 X1:X1 G43 )

Stwt-Rˁ

Transcription Traduction

Setoutrê ou Stoutrê « Celui qui parle en bien de Rê ou L'homologue de Rê »

Nom de Sa-Rê1
Hiéroglyphe

Codage Translittération (Unicode) Traduction

( W25 U33 E23 M8 )

Jntrwš « Darius »

Règne
Darius Ier
Période Dynastie Fonction Prédécesseur Prise du pouvoir Dates de règne Successeur

Achéménides, Basse époque XXVIIe dynastie (première domination perse) Grand roi achéménide Bardiya, en Perse Cambyse puis Magi, en Égypte coup d'État -521 à -486 Xerxès Ier

L'accession au pouvoir

Darius, vase grec Le règne de Bardiya a provoqué le mécontentement de l'aristocratie perse, au point que le général Otanès décide de le renverser quelque mois seulement après son avènement en -522. Il rassemble autour de lui cinq autres conjurés, dont Gobryas qui finit par faire appel à Darius, auquel il est lié par un échange de mariages (Gobryas a épousé une sœur de Darius). Le coup d'État est présenté par Hérodote comme l'œuvre d'un petit groupe, se glissant discrètement dans le palais et assassinant Bardiya dans son lit, mais Darius dans l'inscription de Behistoun se présente comme « chef d'une armée de Mèdes et de Perses ». Il est plus probable que le renversement de Bardiya a fait l'objet de batailles militaires, les insurgés le poursuivant et l'exécutant dans une place forte où il s'était réfugié. Hérodote (III, 80-83) écrit que les débats sur la succession de Bardiya tournent autour de trois options : l'isonomie, l'oligarchie et la monarchie, celle-ci étant proposée par Darius, mais cette discussion semble refléter des considérations du monde Grec de l'époque, et non nécessairement celles des Perses. Après qu'il a choisi de continuer la monarchie, et comme il n'y a pas d'héritier direct, toujours selon Hérodote (III, 86-87) les conjurés se rassemblent à l'aube et décident que le premier dont le cheval hennira devant le soleil levant sera roi ; le palefrenier de Darius fait sentir à son cheval l'odeur d'une jument, ce qui le fait hennir. Là encore, il est plus probable que Darius a fini par faire l'objet d'un consensus entre les conjurés, après qu'Otanès se fut retiré de la discussion. Selon la coutume qui voulait que le nouveau roi épousât les femmes de son prédécesseur, mais également pour renforcer ses liens avec la branche régnante des Achéménides, Darius épouse deux des filles de Cyrus II, Atossa, veuve de Cambyse II et de Bardiya/Smerdis, et Artystonè, une de ses petites-filles, Parmys, ainsi que Phaidimè, veuve de Bardiya/Smerdis mais également fille d'Otanès. Plus tard il épouse Phratagounè, fille de son frère Artanès.

Les révoltes des provinces

La prise du pouvoir par Darius provoque immédiatement des révoltes en Élam, rapidement écrasée, et en Babylonie, plus difficilement maîtrisée. Alors qu'il se trouve à Babylone, la plupart des autres provinces se soulèvent : la Perse, l'Élam à nouveau, la Médie, l'Assyrie, l'Égypte, la Parthie, l'Arménie, la Margiane, la Sattagydie, et les Saces. Darius se vante d'avoir vaincu tous ces rebelles en l'espace d'une seule année, ce qui paraît peu crédible. Les batailles sont menées sur plusieurs fronts simultanément par les généraux de l'armée de Darius, celui-ci dirigeant les opérations depuis Babylone, puis depuis la Médie. L'ordre est finalement rétabli dans l'empire à la fin de l'année -521, à l'exception de l'Arménie ; l'Élam se révoltera encore en -519, puis les Saces. Les chefs rebelles et leurs suites sont systématiquement suppliciés et exécutés. Ces révoltes montrent que la légitimité de Darius ne faisait pas l'unanimité, puisque même la Perse se souleva sous la conduite d'un prince se présentant comme le vrai Bardiya. Elles révèlent aussi à quel point l'empire perse n'était politiquement et administrativement pas stable, au point d'éclater à la première succession difficile. Enfin, le poids des tributs et la crainte des noblesses locales de perdre leurs prérogatives face aux dirigeants perses ont joué un rôle non négligeable. Par contre, ces soulèvements ne semblent pas avoir été populaires, ce qui conforte l'image d'une domination perse plutôt bien acceptée par les populations locales.

Réorganisation de l'Empire
Darius revoit complètement le système des satrapies, établies par Cyrus. Le tribut de chaque satrapie est fixé par le pouvoir central, et non plus pas le satrape car c'était une des raisons des révoltes du début du règne. Seule la satrapie de Perse est exemptée de tribut. Dans chaque satrapie, la justice est rendue selon les traditions locales ; en Égypte, Darius commande une compilation de tous les textes de loi jusqu'à Amasis. Si chaque satrapie conserve son administration propre, le pouvoir achéménide reste très présent et intervient fréquemment. De même que les Perses n'ont pas diffusé leurs lois, ils n'imposent pas non plus leur langue : c'est l'araméen, lingua franca d'une grande partie de l'empire, qui est utilisée pour les communications entre les satrapies et le pouvoir central, les ordres étant ensuite traduits en langue locale.

Le roi bâtisseur

Statue de Darius, -Ve siècle , 2,36 m sans la tête. D'abord placée à Héliopolis, elle fut ensuite ramenée à Suse par Xerxès Ier. Conservée au musée national d'Iran. Après l'écrasement des révoltes, Darius entreprend la construction d'un monument destiné à proclamer sa légitimité, un immense bas-relief sur la falaise de Behistoun. On y voit Darius en Grand Roi écrasant Gaumata, et les neufs rois menteurs enchaînés. Le bas-relief est encadré d'un texte traduit en trois langues, vieux-persan, élamite et babylonien, racontant le renversement de Gaumata, la répression des rois menteurs, et donnant toutes les justifications sur la légitimité de Darius, comme sa lignée et le soutien reçu d'Ahura Mazda. Darius entreprend d'importants travaux de construction à Suse. Si la ville avait été une capitale pour ses prédécesseurs Cyrus et Cambyse, ils n'y avaient fait aucun travaux notables et Suse avait conservé son aspect de capitale élamite. Sur l'impulsion de Darius, c'est toute la ville qui est remodelée : des nouvelles fortifications sont élevées, et on construit des terrasses, un apadana, un palais, des maisons, une porte monumentale. Il est probable que les travaux se sont poursuivis pendant tout le règne de Darius et au-delà, car on note l'emploi d'artisans ioniens et cariens déportés après la révolte de l'Ionie ; le plan d'ensemble a cependant certainement été dessiné au début du règne de Darius. Les chantiers s'étendaient sur 70 hectares, dont 12 hectares pour la seule terrasse des palais ; comme à Persépolis, d'immenses terrasses furent construites pour accueillir les palais.

Darius décide de construire une nouvelle capitale : ce sera Parsa (Persépolis en grec). Comme à Suse, les palais seront construits sur une immense terrasse fortifiée de 125 000 m². On peut dater du règne de Darius : le Trésor, le palais de Darius, le grand escalier sud (remplacé par l'escalier ouest sous Xerxès) et possiblement le Triptylon. Mais comme à Suse, il est probable que l'ensemble du site a été conçu sous Darius, et que ses successeurs ne feront généralement que poursuivre sa vision. En Égypte, Darius fait remettre en état le canal des pharaons reliant la Mer Rouge à Bubastis, dans le delta du Nil, entrepris sous Nékao II. Un temple d'Hibis est construit en son nom dans l'oasis de Kharga, et celui de Nekheb fut reconstruit. À Babylone, on note un palais construit pour Darius. À Jérusalem, alerté par le gouverneur qui s'inquiétait de la ferveur autour de la reconstruction du temple, Darius ordonne la poursuite des travaux, pour lesquels il fait un don. L'immense réseau des routes et postes royales, entrepris sous Cyrus, est poursuivi pour relier l'ensemble des satrapies.

Les conquêtes
Les conquêtes de Darius vont se porter vers l'ouest de l'empire; elles apparaissent comme un effort de consolidation et de sécurisation des frontières héritées de Cyrus et Cambyse, plutôt que comme une volonté d'expansion. Le premier territoire conquis, vers -519, est Samos, qui n'intègre cependant pas l'empire mais est confiée au tyran Syloson, obligé de Darius. C'est la première incursion des Perses dans la mer Égée. En -513, suite à une guerre civile à Cyrène, la plus grande partie de la Libye est soumise. L'expédition en Scythie Également en -513, Darius prend en personne la tête d'une expédition vers la Scythie, dont l'objectif final reste incertain. Selon Hérodote (IV, 87), elle rassemblait 700 000 hommes, accompagnés de 600 navires, les effectifs étant principalement fournis par les cités de l'Hellespont. La flotte se dirige vers le Danube, tandis que Darius soumet une partie de la Thrace et les Gètes. Rejoignant la flotte à l'embouchure du Danube, l'armée s'enfonce en territoire scythe, mais les populations locales, très diverses, résistent tout en refusant l'affrontement ouvert. Darius est finalement obligé de battre en retraite, le Danube marquant ainsi une frontière définitive de l'empire perse. Sur le chemin du retour, la conquête de la Thrace est achevée. Devant la menace, la Macédoine se soumet sans combat et devient un protectorat. La révolte de l'Ionie En -500, suite à l'appel à l'aide de tyrans de Naxos chassés par leur peuple, le tyran de Milet, Aristagoras propose au satrape Artaphernès de prendre Naxos, et de là, les Cyclades et l'Eubée. L'expédition est approuvée par Darius, mais des dissensions dans le commandement la font échouer, et pour éviter le châtiment du Grand Roi, Aristagoras se rebelle, déclare l'Ionie indépendante et impose l'isonomie. Il obtient le soutien d'Athènes, qui envoie 25 navires. La première attaque a lieu en -499 contre Sardes, qui est incendiée mais l'acropole reste imprenable ; les rebelles subissent une lourde défaite près d'Éphèse, et Athènes retire son soutien. Cependant, le soulèvement se propage dans toute la région, de Byzance à la Carie et à

Chypre. Après quelques premiers succès contre l'armée perse, le rapport de force s'inverse et les cités retombent aux mains des Perses l'une après l'autre. Aristagoras meurt dans un combat contre les Thraces. La flotte ionienne est finalement vaincue à Ladè en -494, et Milet tombe. Les Perses se montrent impitoyables envers les vaincus. En -493, Darius envoie son gendre Mardonios en Asie Mineure, d'où il intègre la Macédoine à l'empire, ainsi que les Bryges et Thasos. La mer Égée La conquête de la Grèce se prépare dès -491, pour laquelle toutes les cités d'Asie Mineure sont mises à contribution ; le premier objectif semble être la capture des îles de la mer Égée : Naxos tombe en -490, puis Délos, Carystos, et l'Eubée. La domination perse sur la mer Égée est ainsi complète. La deuxième partie sera rapidement interrompue : les Perses débarquent dans la plaine de Marathon, où ils sont écrasés par les Grecs coalisés menés par les Athéniens, et doivent battre en retraite. Le peu d'insistance des Perses montre que l'objectif principal de cette expédition était bien la mer Égée et non la Grèce continentale. L'empire perse a alors atteint son extension maximale.

La mort de Darius

Une tombe royale de Naqsh-e Rostam. Hérodote (VII, 1,4) raconte que Darius se met aussitôt à préparer une nouvelle expédition contre la Grèce, qu'il mènerait personnellement, mais il est interrompu par une insurrection en Égypte en -486. Alors qu'il s'apprête à intervenir, Darius meurt de maladie, en novembre -486.

Il est inhumé dans un tombeau rupestre qu'il avait fait construire de son vivant, à Naqsh-e Rostam. Son fils Xerxès lui succède à la tête de l'Empire.

Notes La graphie curieuse du nom de fils de Rê :

1. est expliquée dans Peust, Egyptian Phonology, p. 88. Selon cet auteur, le « d » de l'égyptien était à
l'époque une spirante. L'égyptien tardif ne disposait donc plus de consonne propre à rendre le « d » de Darius. Pour l'approximer, les scribes ont donc occasionnellement eu recours à un digramme, qu'il faut comprendre comme « n+t ». Le même phénomène existe en grec moderne, où ντ note le /d/.

Jamshid
Jamshid ou Jamshēd (persan: ‫ ) جمشید‬est un nom de garçon iranien. Le nom tire sa popularité du légendaire Shah Jamshid, le 4e et plus grand des premiers Shahs de l'humanité dans le Shâh Nâmâ de Ferdowsi. Le nom fut aussi translitéré Jamshyd. Le Shah Jamshid de la mythologie perse est basé sur le personnage de Yima Xšaēta dans l'Avesta, texte sacré du zoroastrisme. Yima Xšaēta est lui-même basé sur un personnage héroïque proto-indo-iranien, *Yamas dont le Yama Vedique dérive lui-aussi. Dans l'Avesta, Yima était le fils de Vivaŋhat, qui correspond dans les Vedas à Vivasvat, "celui qui rayonne", une des divinités du soleil.

Étymologie
Le nom Jamshid est à l'origine composé de deux parties; Jam et shid, correspondant aux noms avestiques Yima et Xšaēta, dérivé du proto-iranien Yamah Xšaitah. Yamah et le terme sanscrit qui lui est lié peut être interprété par "le jumeau" ou "celui qui retient". Par l'intermédiaire de changements phoniques réguliers (y → j et la perte de la dernière syllabe) le nom devint Jam en persan. Cependant, en persan plus tardif, jam signifie "pur". Le mot Jam n'est pas lié au mot arabe ʿajam "étrangers, Persans", qui s'écrit à l'aide de la lettre ʿ, ʿAyn. Xšaitah signifie "brillant, lumineux". Par des changements phoniques réguliers, (initial xš → š (sh); ai → ē; t → d entre les voyelles et l'abandon de la dernière syllabe) xšaitah devint shēd en persan. Dans les variantes occidentales du Persan, la voyelle ē s'est transformée en i. Par conséquent, Jamshēd, qui est encore prononcé ainsi au Tadjikistan, est maintenant prononcé Jamshid en Iran. Le suffixe -shid est le même que celui qui est trouvé dans d'autres noms persans tels que khorshid ("le soleil", à l'origine, "le soleil radieux", en Avestique hvarəxšaēta).

Yima dans l'Avesta
Les citations dans le paragraphe qui suit sont tirées de la traduction du Vendidad de James Darmesteter [1], telle qu'elle a été publiée dans l'édition américaine de 1898 de Sacred Books of the East ("Livres sacrés de l'orient") par Max Müller

Yima, dans la mythologie zoroastrienne, est le fils de Vivanghat ainsi que le premier homme mortel à pouvoir converser avec le grand dieu Ahura Mazda. Dans le deuxième chapitre du Vendidad de l'Avesta, le créateur omniscient Ahura Mazda demande à Yima, un bon berger, de recevoir sa loi et de l'amener aux hommes. Cependant, Yima refuse et Ahura Mazda le charge donc d'une autre mission: régner sur la terre et la nourrir, s'assurer que les êtres vivants prospèrent. Yima accepte celle-ci, et Ahura Mazda lui présente un sceau d'or et une dague incrustée d'or. Yima règne comme roi pendant 300 ans, et bientôt la terre était pleine d'hommes, de troupeaux d'animaux et d'oiseaux. Ahura Mazda lui rend visite une nouvelle fois, le mettant en garde sur la surpopulation. Yima, resplendissant, fit face au sud et pressa le sceau d'or contre la terre et enfonçant dans celle-ci le sceau dit "O Spenta Armaiti, ouvre cette terre et gonfle-la afin de supporter les troupeaux." La terre gonfla et Yima régna pendant 600 autres années avant que le même problème ne se répète. Encore une fois, il pressa le sceau et la dague contre la terre et lui demanda de gonfler pour supporter plus d'hommes et la terre gonfla encore. 900 ans plus tard, la terre était de nouveau pleine. La même solution est employée et la terre gonfla encore. La partie suivante de l'histoire raconte la rencontre de Ahura Mazda et des Yazatas dans l'Airyanem Vaejah, le premier des mondes parfaits. Yima y assiste avec un groupe du "meilleurs des mortels", et Ahura Mazda le prévient d'une catastrophe imminente: "O Juste Yima, fils de Vivaŋhat! Sur le monde matériel sont près de tomber les mauvais hivers, qui amèneront le féroce et mortel froid; sur le monde matériel s'abattront les mauvais hivers, qui feront tomber la neige à gros flocons, et même d'un arədvi d'épaisseur sur les plus hauts sommets des montagnes." Ahura Mazda conseille à Yima de construire un Vara (Enclos en Avestique) sous forme d'une caverne enterrée à plusieurs niveaux, de 3,5 km de long sur 3,5 km de large; et de la fournir en eau et vivres récoltés l'été précédent. Cela afin de la peupler des plus résistants des hommes et des femmes, ainsi qu'un mâle et une femelle de chaque animal, oiseau et plante. Yima créé le Vara en écrasant la terre sous son pied puis en la modelant comme le ferait un potier. Il crée des villes et des bâtiments et amène environ 2000 hommes pour y vivre. Il crée la lumière artificielle et finalement scelle le Vara avec un anneau d'or.

Jamshid de la mythologie Perse
Au cours du temps, le héros avestique Yima Xšaēta devint Jamshid, le Shah régnant sur le monde de la légende et de la mythologie Perse. D'après le Shâh Nâmâ du poète Ferdowsi, Jamshid était le quatrième roi du monde. Il commandait aux anges et aux démons du monde et était à la fois roi et grand prêtre de Hormozd (Ahura Mazda en moyen persan). Il fut responsable de nombreuses inventions qui

rendirent plus sûre la vie des hommes: la fabrication des armes et des armures, le tissage et la teinte de laine, de soie et de chanvre, la construction de maisons de briques, la recherche des joyaux et des métaux précieux, la fabrication des parfums et la navigation des eaux du monde. Le sudreh et le kushti du zoroastrisme lui sont aussi attribués. Des hommes vêtus de peaux de bêtes vivant au temps de Kayumars, l'humanité avait atteint le niveau du grande civilisation au temps de Jamshid. Jamshid divisa le peuple en 4 groupes:
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les prêtres, qui s'occupaient de la vénération de Hormozd les guerriers, qui protégeaient les gens par le pouvoir de leurs armes les fermiers, qui faisaient pousser le grain nourrissant le peuple les artisans, qui produisaient des biens pour faciliter la vie des gens.

Jamshid était alors devenu le plus grand monarque que la terre ait jamais porté. Il lui fut accordé le farr (Aique:hvarəna), une splendeur radieuse qui brillait autour de lui en signe de faveur divine. Un jour, il s'assit sur un trônevest recouvert de joyaux et les divs qui le servaient ont levé son trône en l'air et il vola dans le ciel. Ses sujets, toutes les personnes du monde, l'admirèrent et le prièrent. En ce jour, qui était le premier du mois de Farvardin, ils célébrèrent Nawrōz ("nouveau jour"). Certains zoroastriens appellent encore aujourd'hui ce jour Jamshēd-i Nawrōz. On dit de Jamshid qu'il possédait une coupe à sept anneaux magiques, la Jām-e Jam, qui était remplie d'élixir d'immortalité et lui servait à observer l'univers. Persépolis, qui était connue pendant des siècles (depuis 1620) sous le nom de Takht-i Jamshēd, le "Trône de Jamshid" fut prise à tort pour la capitale de Jamshid. Cependant, Persépolis était la capitale des rois Achéménides et fut détruite par Alexandre le Grand. Jamshid régna pendant 300 ans. Pendant son règne, la longévité augmenta, les maladies furent bannies et la paix et la prospérité régnaient. Mais la fierté de Jamshid grandit avec son pouvoir, et il commença à oublier que tous les bienfaits de son règne venaient de Dieu. Il se vanta auprès de son peuple pour dire que toutes les bonnes choses venaient de lui seul, et demanda à ce qu'on lui accorde des honneurs divins, comme s'il était le créateur. A partir de ce moment, le farr ne brilla plus autour de Jamshid, et le peuple commença à se rebeller contre lui. Jamshid se repentit, mais sa gloire ne lui revint jamais. Le vassal qui régnait sur l'Arabie, Zahhāk, sous l'influence de Ahriman, fit la guerre à Jamshid, et fut bien accueilli par de nombreux sujets insatisfaits. Jamshid fuit de sa capitale et parcourt la moitié du monde, mais est finalement rattrapé par Zahhak et tué brutalement. Après un règne de 700 ans, l'humanité redescendit des hauteurs de la civilisation pour rentrer dans un âge sombre.

Jamshid dans la tradition musulmane
Tabarî évoque Jamshid à deux reprises dans La Chronique1. La première évocation de Jamshid est dans la réponse à la question : « Quel fut le premier homme qui introduisit le culte des idoles ? ». Cette question, avec 27 autres questions, aurait été posée par les Juifs à Mahomet pour décider s'il est un véritable prophète. A cette question, Mahomet aurait répondu :

« Le culte des idoles vint du roi Djemschîd. La cause de cela fut que Djemschîd était ce roi qui s'était emparé de la souveraineté de tout l'univers. Or Djem signifie, en langue persane, une chose que rien ne surpasse en beauté. Partout où Djemschîd allait. L'éclat qui sortait de sa personne se réfléchissait sur les portes et sur les murailles. Il posséda l'empire pendant mille ans, et pendant ces mille ans il ne fut pas un seul instant incommodé ou malade1. » Iblis vient tenter Jamshid en se faisant passer pour un ange et lui dit qu'il est le Dieu de la terre et du ciel. Jamshid demande une preuve de cette assertion. Iblis donne pour preuve : 1. Tu me vois, bien qu'aucune créature ne puisse voir un ange 2. Voilà que depuis mille ans tu n'as pas eu de maladie et tus n'as jamais été vaincu Jamshid accepte ces deux « preuves » et demande à Iblis de lui donner le moyen d'aller au ciel. Iblis lui dit de faire un grand feu et de convoquer la population et de leur dire : « Je suis Dieu; quiconque se prosternera devant moi et m'adorera pourra se retirer; et quiconque ne voudra pas le faire, je le brûlerai dans ce feu1. » Ensuite Jamshid fait fabriquer cinq idoles qu'il fait placer dans cinq provinces afin que les habitants se prosternent devant elles. Jamshid meurt peu après. Les idoles ont pris le nom des des lieutenants de Jamshid qui les avaient érigées : Yaghûth, Sûwa`, Ya`ûq, Wadd et Nasr. Ces cinq noms d'idoles sont ceux qui sont cités dans le Coran dans la sourate LXXI (Noé, 2224). D'après le Coran, l'adoration de ces idoles a valu aux hommes le châtiment du Déluge.

Jamshids dans l'histoire
Le nom Jamshid fut aussi porté au cours de l'histoire par plusieurs monarques, certains plus célèbres que d'autres. Les personnages ayant porté ce nom incluent:

Sultan Jamshid, quatorzième roi du Cachemire. Jamshid succéda à son père Shamsu'dDin mais ne règna que 14 mois avant de tomber avec son frère. Dans une confrontation armée qui s'ensuivit dans le village de Vantipore, Sultan Jamshid fut défait, après quoi son frère Sultan 'Alau'd-Din monta sur le trône en 1347. Sultan Jamshid (Sultan Jamshid Qutb, Shah de Golkonda (règne: 1543-50) était un monarque légendaire de Qutb Shahi, une dynastie chiite du Deccan. Le père de Jamshid était Sultan Quli Qutb Shah était le premier Shah de la dynastie et vécut jusqu'à plus de 90 ans. La rumeur dit que son fils Jamshid était si impatient de prendre le pouvoir qu'il fit poignarder son père à mort pendant qu'il était en train de prier dans une mosquée. Sultan Jamshid laissa une très jolie tombe octogonale à dôme comme témoignage de son règne. Sultan Sayyid Jamshid bin 'Abdullah, Sultan de Zanzibar, 1963-1964 (né à Zanzibar, le 16 septembre 1929) fut destitué à la suite de la révolution de Zanzibar en 1964.

Notes
1. Tabari (trad. Hermann Zotenberg), La Chronique, histoire des prophètes et des rois, vol. I, Actes-Sud,
coll. « Sindbad » (ISBN 978-1742-733170), « De la création à David », p. 67-68 et 97-100

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