09/05/2010

17/04/2010 À 00H00

«Onfray réhabilite un discours d’extrêm…

«Onfray réhabilite un discours d’extrême droite»
L’historienne Elisabeth Roudinesco dénonce la «volonté de nuire» du «Crépuscule d’une idole».
Pa r ROBERT MA GGIORI

«Un brûlot truffé d’erreurs et traversé de rumeurs»,«hâtif et brouillon», animé par la «haine», qui «se présente comme capable de décrypter des légendes déjà invalidées depuis des décennies», qui «réhabilite le discours de l’extrême droite française (Pierre Debray-Ritzen et Jacques Bénesteau notamment) avec lequel il entretient une réelle connivence», qui «traite les Juifs, inventeurs d’un monothéisme mortifère, de précurseurs des régimes totalitaires, Freud de tyran de toutes les femmes de sa maisonnée et d’abuseur sexuel pervers de sa belle-sœur : homophobe, phallocrate, faussaire, avide d’argent, faisant payer ses séances d’analyse 450 euros», et fait de la psychanalyse «une science fasciste fondée sur l’adéquation du bourreau et de la victime». Outrée. Historienne de la psychanalyse renommée («et non hagiographe !»), Elisabeth Roudinesco (1) est absolument furieuse, outrée. La publication de l’ouvrage de Michel Onfray, le Crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne, est à ses yeux un événement scandaleux, nous dit-t-elle, que seules des «considérations marchandes» peuvent expliquer. Dangereux par «la prolifération des rumeurs les plus extravagantes» qu’il favorise : «Les médias ont déjà annoncé que Freud avait séjourné à Berlin durant l’entre-deux-guerres, qu’il avait été le médecin d’Hitler et de Göring, l’ami personnel de Mussolini et un formidable violeur de femmes !» Néfaste par ce qu’il contient : «Quand on sait que huit millions de personnes en France sont traitées par des thérapies qui dérivent de la psychanalyse, on voit bien qu’il y a dans le livre et dans les propos tenus par l’auteur une volonté de nuire qui ne pourra, à terme, que soulever l’indignation de tous ceux - psychiatres, psychanalystes, psychologues, psychothérapeutes - qui apportent une aide indispensable à une population saisie autant par la misère économique, les enfants en détresse, les fous, les immigrés, les pauvres, que par une souffrance psychique largement mise en évidence par tous les collectifs de spécialistes.» Vilenies. Lui reprochant de «n’être pas historien», de tout ignorer «des travaux produits depuis quarante ans par les véritables historiens de Freud et de la psychanalyse», de n’être pas au fait des recherches historiographiques du monde anglophone, germanophone et latino-américain, de n’avoir consulté aucune archive («ni à la Library of Congress de Washington ni au Freud Museum de Londres»), Elisabeth Roudinesco se réserve le droit d’énumérer une à une, dans des articles détaillés, ce qu’elle estime être les vilenies, les fausses allégations et les erreurs factuelles d’Onfray. Mais considérant que le livre ouvre un débat qui «dépasse largement celui entre adeptes et tenants de la psychanalyse», elle diffuse auprès de tous les médias, via Internet, un communiqué de près de vingt pages où, retournant aussi vers la biographie de Onfray ce que Onfray voit dans la biographie de Freud, elle avance les arguments d’une critique de la critique susceptible de désamorcer ce qu’elle considère comme un «furieux réquisitoire» du philosophe. (1) Historienne de la psychanalyse, directrice de recherches à l’université Paris-VII-Diderot.

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