El cono sur

ardiente
publication à numéro unique sur la guerre sociale en Argentine, Chili et Uruguay 2006-2008

Bruxelles - mai 2008

CONTENU
ARGENTINE
Cinq ans après... vengeurs et vigilants La réconciliation démocratique Les larves Mutinerie et mort: le coeur ne plie pas La solidarité est une arme: aiguisons et visons Destruction - construction L’athenée anarchiste Angela Fortunato et les arréstations de 2006 A propos de ce qui s’est passé autour de l’athénee anarchiste Angela Fortunato Avortement: contrôle et désespoir p3 p4 p5 p7 p8 p9 p 11 p 12 p 33
Cette publication à numéro unique a été faite en trois langues: néerlandais, français et espagnol.

Pour toute correspondance: Boîte Postale 30, 9000 Gand 1 (Belgique)

URUGUAY
En soutien aux vandales de Casa Vieja Les raisons d’une opposition aux usines de cellulose Séditieux d’hier, répresseurs d’aujourd’hui Dans les mains de l’Etat... Solidarité avec les mutins Avorte... et tu payeras... p 15 p 17 p 20 p 21 p 22 p 32

CHILI
Jours de furie, nuits de rage La dictature du capital - l’assassinat de Rodrigo Cisternas La lutte contre le Transantiago 11 septembre: jour de lutte contre le terrorisme d’Etat Solidarité avec les fugitifs et les prisonniers du néoliberalisme Une lettre des compagnons arrêtés Marcelo, Freddy en David Quand l’expropriation et la défense des faits deviennent nécessaires Nous avons attaqué les bourreaux du commissariat n° 26 p 23 p 24 p 25 p 26 p 28 p 29 p 30 p 40 p 35

CHRONOLOGIE

LACUNAIRE DE LA GUERRE SOCIALE AU

CONO SUR

COORDONÉES & PUBLICATIONS
URUGUAY Publicacion Acrata Macul y Grecia, deciembre 2006 (publication) Ediciones Septiembre Negro edicionesseptiembrenegro@yahoo.es ARGENTINE Cruz Negra Anarquista Buenos Aires & Motin (publicatie) cruznegraanarquista_bsa@yahoo.com www.klinamen.org/motin Grupo anarquista Libertad & publicatie Libertad publicacion_libertad@yahoo.com.ar www.geocities.com/grupo_libertad/

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Coordinación anticarcelaria del Río de la Plata, Casilla postal 14037, Montevideo www.anticarcelaria.info Biblioteca Anarquista del Cerro esq. Viacava (Montevideo) CHILI El Albigense edicionespiratas@riseup.net Editorial Afinando la Punteria

Ediciones Detonador Los sucesos de Avellaneda / la revuelta de Haedo (avec le CNA) ediciones_detonador@yahoo.com.ar EUROPE Dans le journal Cette Semaine vous trouverez beaucoup de correspondance de Amérique Latine. Nous en avons bien fait usage pour cette publication. BP 275 54005 Nancy Cedex - France http://cettesemaine.free.fr cettesemaine@no-log.org

En décembre 2001, s’est produit l’Argentinazo, une explosion insurrectionnelle secouant tout le pays qui se trouvait dans une situation de misère grandissante, avec un fort taux de chômage, de bas salaires, l’augmentation du coût de la vie, la dévaluation de la monnaie et la crise du logement. Cette crise affectait à la fois la classe pauvre et la classe moyenne. L’explosion qui s’est déclenchée a donné lieu à des rassemblements et des manifestations populaires qui ont tourné en émeutes incontrôlées et spontanées. La rage s’est

exprimée de diverses formes, des destructions aux barricades, en passant par les pillages, les coupures de routes et la prise de bâtiments publics. Face à l’intensité de ces actions, le Président De la Rua a proclamé l’état de siège, ce à quoi les argentins ont réagi en descendant dans la rue en criant « El estado de sitio que se le metan por el culo !! Que se vayan todos !! » (l’état de siège, qu’ils se le foutent au cul !! Qu’ils se barrent tous !!) Cette situation a provoqué la spectaculaire fuite en hélicoptère du président, la chute de son gouvernement

ainsi que de ceux qu’on a tenté de former ensuite (il n’y eut pas de gouvernement fixe jusqu’en 2003 et l’élection de Nestor Kirchner, péroniste de gauche). Malheureusement, au cours des mois suivants cette explosion fut rapidement récupérée par les groupes gauchistes, altermondialistes, les ONG, les mouvements religieux et les syndicats qui canalisèrent peu à peu la majorité des « citoyens » vers une normalité « démocratique », légaliste et non violente.

CINQ ANS APRÈS…
VENGEURS ET VIGILANTS

La révolte qui a explosé en décembre 2001 signifie pour beaucoup d’entre nous un avant et un après, une réaffirmation de nos valeurs et nos pratiques anarchistes. A présent, qu’ils ferment leur gueule ceux dont les partis ne cherchent que des militants, faire de la propagande, des votes, etc. et qu’ils cessent de diffamer les compagnons qui ont agi avec leurs principes. Des compagnons qui ont compris qu’il ne peut y avoir de différence entre théorie et pratique, que le reste n’est que pur cynisme de librepenseurs, pure pose «libertairement correcte», des compagnons qui ont compris qu’on peut agir, que cela dépend de nous, et que les morts, nos morts, seront vengés. Pour que la prochaine fois les entreprises capitalistes soient rasées par centaine, de même que les antennes de la presse bourgeoise (cette presse qui manipule en fonction des intérêts de ses patrons et qui se permet de pester contre ceux qui décident reprendre ce qui leur appartient, de toutes les manières, en les appelant dégénérés, fous, malades, etc.), pour que les policiers soient envoyés à l’hôpital par centaine (et qu’ils n’en sortent qu’en cerArgentinazo cueil) et pour que cette fois oui, ils s’en aillent tous et qu’il n’en reste pas un (mais après nous avoir rendu des comptes, à nous l’ensemble des exploités de son ordre économico-politique). Pour les morts, pour nous et ceux qui viendront, nous sommes là... Pour l’anarchie !

L

E 20 DÉCEMBRE dernier, fut le 5e anniversaire de la révolte populaire qui ce mois-là, bien au-delà des appareils politiciens et des intérêts égoïstes de la classe moyenne supérieure, a créé pour les gens une nouvelle manière de comprendre leurs propres affaires. Ainsi, se produisirent un peu partout des assemblées de quartier, des blocages de route, des saccages de supermarchés, des occupations d’usines, des barricades coupant la route, des occupations d’immeubles et de terrains et un rejet de la classe politique dominante. Le temps, l’intromission des partis, l’ingénuité de croire en la rénovation d’une classe politique auparavant houspillée et les limites de ses consignes réformistes ont fait que tout continue comme avant, ou pire encore, que l’Etat encourage l’idée de libre participation citoyenne et d’espaces soidisant autonomes. Comprenant cela et loin de toute interprétation folklorique de cette date, pas non plus prêts à se joindre à la procession menée par les partis de gauche dont le degré de responsabilité dans notre misère quotidienne est égal à celui des autres, un bloc anarchiste a décidé de mettre en pratique ce qui se clame tant dans certains périodiques et qu’on ne voit jamais : l’action directe. Pas moins de 40 compagnons (anarchistes ou non) ont attaqué divers symboles du capitalisme et de la démocratie pacificatrice avec lesquels ils prétendent nous tenir en respect (Banco Provincia, Banco Francés, Banco HSBC, les magasins McDonald’s et El Cabildo, une antenne de la chaîne de télévision TELEFE, l’assurance Franco-Argentina, etc...), produisant également des affrontements avec les forces de police, et cinq de ces serfs du pouvoir ont fini à l’hôpital. Comme d’habitude sont apparus les «flics du mouvement». Cette fois ceux qui se sont chargés de cette tâche navrante furent les militants de la CCC [maoïstes du PCR-PTP], mais on ne peut pas dire qu’ils ont réussi à accomplir leur devoir. La détermination et le courage des compagnons leur a fait savoir que nous ne sommes pas tous prêts à nous vendre pour les miettes du pouvoir en place.

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[Tiré de Motin n°5, bulletin de la CNA de Buenos Aires, novembre/décembre 2006]

A RGENTINE

LA RÉCONCILIATION DÉMOCRATIQUE
L
A DÉMOCRATIE RÉGNANTE est le triomphe de la dictature. Et il faut bien dire que le mot démocratie n’a nullement besoin de guillemets, ni de qualificatifs qui insistent sur sa supposée fausseté parce que bourgeoise, représentative ou imparfaite. Son édénique origine athénienne n’a pas été corrompue, ni sa finalité sociale trahie. Ceci est véritablement la démocratie parce qu’au-delà de ses mutations dans le temps et l’espace, son caractère reste identique : la servitude volontaire, la participation des opprimés à la construction de leur propre prison. Bien sur qu’elle n’est pas parfaite, comme certains le déplorent ; elle contient des erreurs, et encore bien… La dictature n’est pas une erreur de la démocratie. Elle est toujours gardée à portée de main, callée derrière la ceinture de celle-ci, prête à être dégainée quand les circuits de dialogue entre la société et l’Etat - c’est-à-dire, la politique - ne suffisent plus à maintenir l’ordre. Elle sort alors des casernes pour formater la démocratie, extraire les écueils de son processus normal, la servitude volontaire. Le processus de réorganisation de la démocratie, la dictature, c’est-à-dire l’extermination systématique des opposants qui menacèrent l’extermination systématique normale perpétrée par la bourgeoisie, a atteint ses objectifs. Des objectifs que les forces militaires s’étaient fixés dans des délais plus ou moins précisés à l’avance. En Argentine, le retour à la démocratie s’est vu précipité parce que les dirigeants militaires ont excédé leur fonction d’extermination interne pour s’aventurer au hasard dans la guerre des Malouines. Par contre, au Chili, la réorientation démocratique n’a pas été négociée avec l’opposition tolérée, mais elle fut le fruit des mécanismes institutionnels que la direction militaire avait elle-même fixé. Le triomphe de la démocratie - c’est-à-dire, de la dictature - dépend de sa légitimation comme ordre social ; celle-ci reposant aussi bien sur l’acception d’utopie améliorable que sur celle de moindre mal. Mais par-dessus tout, la mentalité qui traverse les différentes acceptions et qui constitue le pilier de la légitimation de la démocratie est la réclamation de la mise en accusation de ceux qui ont directement mis en œuvre l’extermination. La réconciliation nationale réclamée par les secteurs réactionnaires, et repoussée par la gauche, est menée précisément en mettant en avant la légalité et l’Etat, avec la police, la prison, les juges et toutes les institutions répressives comme les garants du respect humain. La réconciliation de l’Etat avec la société est le principal résultat de ces réclamations et de la mise en marche de son autoépuration conforme aux exigences actuelles. Ce processus n’a pas été sans contradictions. A la fin des années 80, les premières tentatives n’ont pas pu accumuler suffisamment de force civique et médiatique et l’épuration étatique n’est pas allée bien loin. Les secteurs agissants du Processus ont progressivement perdu leur capacité de résistance, d’une part, grâce au consensus démocratique croissant qui montrait qu’ils étaient dépassés et inutiles et, d’autre part, à cause des plaintes du mouvement pour les droits de l’homme qui firent écho dans les classes moyennes et hautes de la société. Ceci favorisa, dans le cadre d’un courant international qui réaffirme le caractère absolu de la Loi et lui donne le dessus par rapport aux relativités nationales, le déplacement de ces éléments usés vers les espaces physiques du résidu social, c’est-à-dire, la prison, et leur utilisation comme stigmate de l’irrationalité étatique dans l’imaginaire collectif. Les morts et les disparus représentaient la part visible et manifeste du Procès (1) tandis que la peur, qui était encrée plus profondément dans la conscience collective, a poussé toute une génération sociale à se réfugier auprès de leurs bourreaux, ceux-là mêmes qui hier ont massacré 30.000 personnes. Les centres de détention légaux sont alors brandis en réponse à ceux qui n’étaient pas sanctionnés par la Constitution. La prison, la même torture que l’on exhibait dans les rues il y a des siècles et qui est aujourd’hui dissimulée dans l’ombre et le ciment, est légitimée comme dispensatrice de ce qui est humainement juste, et le juge et le maton en deviennent les garants fondamentaux. Une fois « pardonnés et oubliés » « les responsables intellectuels », les bénéficiaires de la dictature - la bourgeoisie - renient les tactiques employées dans le passé et se débarrassent de leurs vieux chiens. Ceux-ci courent toujours, bien dressés, se méfiant de leurs maîtres qui ne furent pas aussi loyaux qu’eux… Les forces de l’ordre, une fois accomplie leur fonction d’instaurer la démocratie, sont maintenant appelées à se réorganiser en accord avec les exigences de la légalité. Les éléments régressifs et réticents sont lavés ou mis en accusation en partant de cette exigence qui est légitimée comme légalité protectrice et garante d’humanité. Les éléments directement affectés résistent en insistant sur l’importance pour la sécurité de l’Etat de la fonction qu’ils ont assuré. Ecartés par l’Etat qui cherche à les remplacer par une nouvelle génération en accord avec les fonctionnalités conjoncturelles, ils évoluent dans les limites de la légitimité que celui-ci redéfinit aujourd’hui, soutenu par les mouvements qui, historiquement, ont réclamé son actualisation. Dans les cas de Julio López et Luis Gerez - ce dernier étant complètement officialisé et serviteur inconditionnel du parti au pouvoir -, le gouvernement s’est mis à la tête de la réclamation de ces mouvements. Tout comme hier, l’Etat s’est approprié des vies de milliers de personnes, tout comme hier, il s’est approprié des enfants de disparus, aujourd’hui, l’appropriation des disparus par l’Etat est de les revendiquer après les avoir torturés, les porter aux nues après les avoir jetés depuis des avions, les réhabiliter après les avoir électrocutés et les avoir étouffés… Le pouvoir s’est érigé en piétinant les corps et il cherche aujourd’hui à se revêtir de la lutte qu’une génération de jeunes a offerte. Muets, muselés dans les fosses, sous les eaux, dans le ciment des colonnes ; l’assassin s’érige en porte-parole de ses victimes et s’approprie du droit de vengeance, faisant du sadisme sa justice. Une telle appropriation n’est possible qu’avec cette réconciliation sociale, le résultat d’une progressive reddition de « tout ». A.G.
[Publié dans Libertad, n° 40, janvier-février 2007, Buenos Aires]

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(1)Le Processus de Réorganisation Nationale est le nom que s’est donné la dictature argentine qui commença avec le coup d’Etat contre le gouvernement de Perón en 1976. La démocratie s’étant révélée incapable de rétablir la paix et l’ordre dans le pays, une junte s’est installée avec à sa tête les commandants des forces armées. Durant la dictature, des milliers de personnes furent interrogées, torturées et exécutées puis enterrées dans des fosses communes ou balancées dans la mer. La chute du Processus suit la défaite contre le Royaume-Uni dans la guerre des Malouines en 1983. NdT.

A RGENTINE

Gare de Haedo en périphérie de Buenos Aires, 1er novembre 2005. Suite à un énième mauvais fonctionnement du service, les passagers se rebellent. 15 wagons sont brûlés, une partie de la gare aussi, des commerces pillés et de nombreuses vitrines brisées, deux voitures de police incendiées. L’émeute a duré cinq heures face aux balles en caoutchouc et aux lacrymos. On compte 113 arrêtés, dont sept sont envoyés dans les prisons de Eseiza et Marcos. Le dernier incarcéré, Roberto Cantero, soutenu par la CNA de Buenos Aires, ne sortira qu’en juin de cette année. Gare Constitución à Buenos Aires, 15 mai 2007. Un des plus grands terminaux de train d’Amérique du Sud où passent 400 000 voyageurs par jour. Face à une énième paralysie du trafic éclate une nouvelle émeute spontanée, comme le 28 décembre 2001 où 9 wagons avaient flambé : cette fois, c’est le bureau d’information qui est saccagé et incendié, avant que n’y passent à leur tour les guichets dont les employés et les gardes s’enfuient. Les distributeurs de tickets et les téléphones publics sont défoncés. Le commissariat est attaqué, ses portes en bois arrachées

et incendiées tandis qu’une moto de la police vient alimenter le brasier. Une foule immense affronte pendant plus d’une heure les bleus à coups de pierres et de tout ce qui peut être démonté. On compte 16 flics blessés et autant de personnes arrêtées. Gare de Temperley, ligne de train entre Glew et Burzaco, 21 juin 2007. Suite à l’annulation d’un train vers minuit, les passagers se révoltent et boutent le feu à trois wagons. S’en suit un affrontement avec les keufs qui laisse l’un d’eux blessé. On lira ci-dessous le récit d’un compagnon argentin qui éclaire à la fois la misère des transports de la capitale fédérale, et celle des conditions de survie quotidienne. Lorsque les deux se mêlent, le cocktail peut détonner comme en mai/juin derniers. Quelques mois auparavant, la Gare du Nord à Paris était aussi ravagée, suite à un contrôle de ticket qui avait tourné en une puissante manifestation de solidarité. A la même période, le nouveau système de transport à Santiago avait aussi donné lieu à deux mois d’émeutes dans plusieurs quartiers de la capitale chilienne. Quelques mois plus tard, l’entreprise des transports en cmmun de

Bruxel est le cible d’une série d’attaques (molotovs contre les bus, affrontements avec les contrôleurs,...) suite à une intensification des contrôles. Au cœur des métropoles, de Buenos Aires à Santiago ou Paris, là où se concentrent les marchandises, ceux qui les défendent et ceux qui peinent pour y avoir accès, dans ces lieux de passage et d’ennui que sont devenues les gares, la masse d’inconnus qui d’ordinaire s’ignorent peut se transformer en un éclair en une nuée de groupes d’individus portés par un même élan : la destruction de l’oppression matérielle quotidienne. Retrouvant aussi un peu du goût pour la révolte collective et, qui sait, un intérêt commun. Dans cette joyeuse spontanéité, tout redevient alors possible, le meilleur comme le pire. Et le meilleur aussi. La vraie question reste alors la même que celle concernant le grand incendie de novembre 2005 en France : non pas pourquoi ça explose, mais pourquoi ça n’explose pas plus souvent ? Non pas qui sont précisément ces émeutiers et pourquoi ils agissent ainsi, mais ce que nous voulons, nous.

LES LARVES J

Station Haedo, 1 november 2005

E ME LÈVE, il pleut et fait encore nuit. Je m’habille, comateux, et vais me réveiller dans la salle de bain, j’embrasse mon fils qui dort encore, salue ma compagne et m’en vais en trottinant… Quatre pâtés de maison jusqu’à l’arrêt de bus, vingt mètres avant d’y parvenir. Le bus blindé de gens passe sans s’arrêter. Soupirant avec colère et mauvaise humeur, je pense : «aujourd’hui, ça va être une de ces journées longues, poisseuses et épuisantes…» La première file d’attente est celle du bus, suivra ensuite celle du train, encore plus longue et désespérante. On y voit passer les trains devant soi tandis que le garde et les gendarmes contrôlent que tous paient bien leur ticket, observant indifférents la queue de 30 mètres pleine de gens en train de se tremper sous la pluie. Larves… Jusqu’à ce que quelqu’un, indigné ou par peur de perdre son travail, décide de sauter le tourniquet face au garde et aux gendarmes, vite suivi par d’autres. Il ne s’agit pas de «réclamer» des améliorations des moyens de transport, mais de détruire le système en place, ce système qui gère et contrôle notre temps sans nous laisser d’autre alternative que de voyager comme du bétail qui va à l’abattoir dans des conditions d’entassement extrêmes. Les trains de Hitler se répètent encore une fois dans l’histoire avec la différence qui le four a été remplacé par la mort lente dans les sociétés éxploiteurs dans le monde entier... Accroché à porte avec la pluie qui bat mon visage, je finis de me réveiller. Passant par Haedo, je vois les gendarmes postés aux endroits «stratégiques» par le gouvernement, comme pour exorciser le fantôme de l’incendie d’il y a un an. Dans leurs récits policiers, les bourgeois l’ont nommé «un jour de fureur». Aujourd’hui encore, ceux qui n’ont pu échapper aux caméras et à la répression sont encore incarcérés et torturés. Le train me crache à la gare suivante, où une nouvelle file

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A RGENTINE

d’attente sans fin consume ma vie. Le dernier bus me laisse à deux angles de là, je suis en retard, et comme la pointeuse ne pardonne pas, elle me jette. Je vois descendre de sa camionnette «brillante» à la porte de l’usine la grande larve à lunettes, l’exploiteur et le consommateur de ma fatigue : le patron. Derrière lui est garé son fils, nommé gérant par héritage, un abruti aux traits enfantins, un «enfant bien» certainement qui n’en reste pas moins arrogant, inutile et fainéant. «Il ne sait même pas se torcher le cul tout seul» disent les travailleurs les plus vieux. Tout au long de sa vie végétative il a eu des domestiques pour ne pas avoir à bouger le petit doigt pendant qu’il s’engraissait en compagnie de son père. Pourtant, si quelqu’un n’hésitera pas une seconde à leur torcher le cul à tous les deux, c’est notre petit-chef. Oui, la larve exploitée fouet en mains qui est toujours à leur service. Il entretient pour l’apparence une fausse amitié avec les travailleurs qui ne trompe personne, immergé dans la même trahison putride où flottent la majorité des ouvriers actuels. Larves… Dix heures plus tard, le temps et le corps sucés jusqu’à la moelle, je sors de ma prison salariale. Le retour est une nouvelle odyssée qui ferait fondre la patience et altèrerait le système nerveux de n’importe qui. Le train notamment est une cocotte-minute sur le point d’exploser et d’expulser les corps par ses portes et fenêtres. Avec un peu de chance et d’agilité, l’un d’eux réussira à s’aplatir un peu plus. «Ras les couilles» disent les jeunes dans le wagon. On peut choisir entre finir congelé accroché à la porte qui ne ferme pas, être asphyxié par la pression, dormir debout ou être agressé par la roue d’un vélo. «L’esprit est la dernière chose qui se perd» disait mon grand-père : un homme grand, fort comme un chêne, une vie dure passée entre expropriations et prisons. Il nous a toujours mis en garde contre ces larves. Il a terminé cloué sur un lit d’hôpital, les docteurs —dont un qu’il a essayé d’étrangler pour mauvais traitement—lui avaient diagnostiqué un cancer des os et une démence sénile. Parvenu à la gare de Morón, le train bloque ses freins, créant une avalanche humaine. En imaginant la raison, nous com-

mençons à sauter du train et à marcher le long des voies. «Juste maintenant, il faut qu’il y ait un con qui vienne se tuer» commente un passager énervé. «Je vais mettre trois heures de plus à rentrer chez moi» rajoute un autre. Je me rapproche de l’accident et vois le morceau d’un homme de 30 à 40 ans. «On l’a pas vu venir, il était sur une autre planète» m’explique une vieille. «Mon pauvre. Vous êtes pressé, non ?», ajoute-t-elle. Je lui réponds : «c’est sûr, on a tous le même problème, madame» avant d’aller affronter l’arrêt du bus. Pour beaucoup, la perte d’une vie se réduit à une perte de temps. Eludant, par ignorance ou consciemment, que le temps que le système nous fait perdre revient à perdre la vie… Après 50 mètres de queue, 20 litres de pluie sur mes vêtements et le passage devant mes yeux de 10 bus bondés, je peux rentrer. Comme une bonne blague de la nature, juste avant que j’atteigne la maison, le ciel s’éclaircit, cédant place à un arc-en-ciel spectaculaire. Je n’ai pu m’empêcher de réveiller mon fils de 7 mois et d’inviter ma compagne à profiter du paysage formé par le ciel, le soleil et les nuages noirs qui s’éloignent, dessinant une peinture aux couleurs vives, un merveilleux tableau entre les arbres et les trains. Dans les yeux du môme se reflète ma fatigue, il ne comprend pas encore pourquoi je lui souris avec ce visage vieilli, il est simplement content de me voir. Il ne s’agit pas seulement d’un corps et d’un esprit épuisé, mais de quelque chose de bien plus déprimant et désespérant : il s’agit du devenir de nos enfants, compagnons, et de celui des enfants des larves. Leur futur dépend de comment nous luttons pour abolir un héritage de larves et de corps putréfiés qui forment de longues files d’attente ; de cadavres humains faisant la queue pour balancer dans un coin du cimetière leurs chairs consumées et abîmées. Des restes que ce système balance et qui finissent rongés par d’autres vers [Ndt : gusanos signifie à la fois vers et larves], sans vêtements. De nous tous qui aimons la liberté dépend que de ces cocons —ceux qui existent déjà et ceux qui viendront— sortent des chiens enragés qui blessent tout ce qu’ils foulent de leurs pattes empoisonnées par l’autorité, ou bien des papillons volant librement et qui, où qu’ils se posent, trouvent des fleurs… Haedo, Constitución, «Ras les couilles»… cancer, démence sénile, nous tirons à la fin… Tremblez, patrons et bourgeois : Larves ! Le jour de la grande fureur est inévitable… Vilchesz

Station Haedo, 1 november 2005

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[Tiré de Libertad n°43, juillet-août 2007]

A RGENTINE

Le 5 novembre 2007 à Santiago del Estero (ville située à plus de mille kilomètres au nord-ouest de la capitale, Buenos Aires), les prisonniers se sont révoltés. 35 en sont morts. Les autorités ont d’abord parlé de tentative d’évasion, avant

d’évoquer largement des incendies dont la fumée aurait provoqué le décès des enfermés. Pour qui est habitué aux mensonges permanents de toute administration pénitentiaire, ce ne sont certainement pas les «fumées» qui ont blessé les

matons de manière contondante ni fait claquer des coups de feu. De toute manière, toute mort en prison est un assassinat d’Etat.

MUTINERIE ET MORT, LE COEUR NE PLIE PAS
EAUCOUP DE CHOSES ont été écrites sur ce qui s’est passé dans la prison pour hommes de Santiago del Estero le 5 novembre dernier. Les organisations droitdel’hommistes, les groupuscules gauchistes, jusqu’aux évêques, psychologues, sociologues, philosophes et autre classe de penseurs et de faiseurs d’opinion ont donné leur avis sur la question. Les médias du pouvoir ont échafaudé des versions plus ridicules les unes que les autres sur de prétendues bagarres internes au cours desquelles les détenus auraient mis le feu aux matelas et se seraient laissés asphyxier dans leurs cellules (c’est ce que le juge Ramon Tacchini a eu le culot de soutenir), affirmant qu’il ne se serait agi que d’une simple tentative d’évasion ratée, etc. Tandis que les chroniqueurs télé disaient que la situation était sous contrôle, les caméras qui transmettaient en direct, sans possibilité de monter les images, montraient en arrière-plan les policiers pénétrant dans la prison en tirant, et les corps à demi nus des prisonniers traînés par terre par les cheveux jusqu’aux ambulances ou aux patrouilles, les cris déchirants des proches et amis, et les gaz censés tout cacher, mais ne rendant que plus évidente encore la douleur et la rage accumulées. Pour revenir sur les faits ponctuels, la mutinerie s’est déclenchée dans le pavillon 2 de la prison, en protestation face à la réduction des horaires de visite, aux fouilles violentes qui avaient lieu sans cesse depuis quelques jours, aux mauvais traitements infligés aux proches des détenus (surtout les femmes, fiancées, mères, soeurs etc, entre autre obligées de se déshabiller et contraintes au toucher vaginal, parfois en présence de matons hommes, soi-disant pour vérifier qu’elles n’avaient dissimulé aucun objet dangereux) ainsi que face aux vexations continuelles imposées aux détenus séquestrés là. Il faut ajouter à cela les conditions de torture, le manque d’hygiène (on obligeait les prisonniers à pisser dans des bouteilles et à chier dans des sacs plastiques), l’absence totale de soins médicaux et la surpopulation, puisqu’il y avait 450 prisonniers pour une capacité de 250 places. Les prisonniers ont donc décidé de mettre le feu aux matelas en signe de protestation et de s’armer avec ce qu’ils pouvaient contre leurs bourreaux. Au fil des heures, trois pavillons de plus se sont joints à la révolte, brisant les cadenas des cellules et s’emparant des couloirs. Pendant ce temps à l’extérieur, les proches, amis et voisins solidaires s’affrontaient avec la police, balançant des bouteilles, des pierres et brûlant des pneus, prêts à donner leur vie pour un être cher, ce que ne comprendront jamais les sous-hommes retranchés derrière leurs boucliers. Les forces de l’ordre n’ont pas tardé à entrer, il s’agissait en

B

ce cas du Geteoar (Grupo Especial de Tareas y Operaciones Armadas : Groupe Spécial de Missions et Opérations armées) sous les ordres du gouverneur de la province, Gerardo Zamora. Cet immonde fléau a dit textuellement : « nous sommes ouverts aux besoins exprimés dans la prison, nous avons un stock de 100 caisses en bois (une référence aux cercueils), mais nous ne pensons pas qu’il en faille autant ». Un exemple de sa lâche mentalité de bourreau qui dirige et gère l’ordre en place. Il ne fallait pas tant de caisses, ça c’est certain, seulement 35, un nombre qui importe peu à la société en général. 35 prisonniers morts. Il y a deux ans, dans la prison de Magdalena, 33 avaient péri dans des circonstances très similaires. Ces dernières années, et selon les chiffres «officiels», ce sont près de 350 morts qui ont eu lieu dans les prisons argentines. Sans compter celles qui se produisent dans les commissariats ou qu’ils essaient de faire passer pour des suicides. Prisonniers. Morts. Cette équation plaît à la société policière. Mais pour notre part, nous voulons dire autre chose sur ces faits. Ce qui s’est passé dans la prison de Santiago del Estero n’est pas un fait isolé, ce n’est pas un incident sans cause ni le produit d’un problème mental ou moral de ceux qui y subissaient l’enfermement. Le problème vient de dehors, des responsables directs, Kirchner, Gerardo Zamora, du ministre de la justice Ricardo Daives, du directeur de la prison Rodolfo Camaño et de chacun des matons qui y exercent leur sale boulot. Le problème réside dans l’ordre social dépourvu de valeurs humaines, qui repose sur le pilier sacré de la propriété privée et qui se maintient par l’exploitation, l’exclusion et l’abêtissement de la grande masse moutonnière formant l’opinion publique. Un Etat toujours plus rigide dans son usage du pouvoir judiciaire ne peut se permettre le luxe de laisser des prisonniers se rebeller et poser sur la table leurs revendications et dénonciations de ce qui se passe dans ces camps d’extermination.Un capitalisme qui se renforce toujours plus ne peut permettre que quelqu’un décide de prendre ce qui de toutes manières lui appartient, c’est pour cela qu’il l’enferme, le punit ou le rééduque (lui lave le cerveau) et l’assassine si nécessaire. Il faut comprendre une fois pour toutes que nous sommes tous prisonniers de ce système de domination et de contrôle

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: le prisonnier qui se lève à six heures du matin pour l’appel, le citoyen (employé, ouvrier) qui jour après jour vend son temps et sa dignité en échange de quelques sous pour ensuite s’enfermer derrière les grilles de sa maison, l’enfant qui va à l’école, est obligé de se mettre en rang et d’entonner l’hymne national dans le plus pur style militaire, etc. Le problème est profond et ne se résout ni par des réformes, ni en faisant campagne pour de meilleures conditions, même si nous savons bien que c’est un changement important pour celui ou celle qui est privé du peu de liberté qu’il reste ici, dehors. Poursuivre et diffuser une pratique anarchiste qui ne laisse pas de trêve à nos ennemis dans cette guerre sociale, c’est le moyen que nous voyons pour nous réaffirmer comme des amants de la liberté, contre l’injustice et toute autorité. Nous n’exigeons ni procès ni châtiment pour les coupables, nous ne voyons là rien qu’une extension de la logique carcérale et inhumaine qui a rendu possible le massacre de Santiago del Estero. Nous ne nous lasserons pas de répéter et d’argumenter que TOUTE MORT EN PRISON EST UN CRIME D’ETAT. Nous ne faisons pas la charité aux prisonniers en vue d’apporter de l’eau à notre moulin et d’en tirer quelque intérêt politique. Nous nous solidarisons avec des hommes et des femmes rebelles de coeur et d’esprit ! Comme à tant d’autres, connus ou inconnus, nous reste la douleur et la rage, rage et douleur que nous braquons contre l’existant de domination dans lequel nous mourons lentement.Nous en sommes là et luttons pour cela, et nous encourageons tous les compagnons à mettre l’accent dans leurs débats sur le thème de la prison, des prisonniers et de la solidarité et à agir comme chacun le jugera adéquat. La solution est radicale et révolutionnaire : FIN DE TOUS LES LIEUX D’ENFERMEMENT. DESTRUCTION DE L’ETAT ET DU SYSTEME ECONOMIQUE QUI L’ACCOMPAGNE. LIBERTE POUR TOUTES ET TOUS. Parce que nous savons que nous sommes prisonniers et parce que nous ne parlons ni avec distance ni par ignorance. Cruz Negra Anarquista Buenos Aires [Publié sur klinamen.org le 17 novembre 2007]

LA SOLIDARITÉ EST UNE ARME
AIGUISONS ET VISONS
L EST SOUVENT NÉCESSAIRE et indispensable de générer des discussions autour de notre conception de ce qu’est l’anarchisme et la projection sociale qu’il devrait avoir. Cela dit, le fait que nous ayons des appréciations si ambiguës à l’heure de définir ce que signifie pour nous la solidarité, une qualité qui a toujours caractérisé les anarchistes, est quelque chose qui ne manque pas de nous surprendre. C’est pour cela qu’il nous semble nécessaire de considérer une position comme acquise suite à quelques discussions au sein du mouvement. Avant tout, les compagnons qui, comme nous, encouragent la lutte contre les prisons et la solidarité avec les prisonniers, le font comme une forme d’extension de la guerre sociale et la portent sur le plan concret de la lutte contre l’Etat et le Capital. Il peut paraître illusoire d’expliquer quelque chose de si évident, mais il semble que certains ont parfois du mal à comprendre qu’il n’est pas dans notre intention de promouvoir le prisonniérisme ou un assistantialisme avec les détenus ou d’autres questions réformistes, au-delà du fait que puissent exister ce type de tendances. Nous sommes convaincus que notre lutte dépasse les limites qui nous sont imposées par le système. De la même manière, quand nous parlons de solidarité, nous concevons celle-ci comme un moyen et comme une fin. Ceci signifie que nous avons une éthique et une série de valeurs que nous considérons comme la forme de rapports la plus adéquate. C’est enfin, une attitude à laquelle nous tentons de donner un sens révolutionnaire. Quand nous exprimons que la solidarité est une arme, nous sommes en train de dire que nous nous identifions aux opprimés qui d’une façon ou d’une autre luttent pour détruire le système d’exploitation et de domination existant. A partir de là, nous reconnaître et nous sentir solidaires avec eux, c’est générer un moment de rupture avec le Pouvoir, et suivre une dynamique révolutionnaire et de complicité. Alors, répéter que la solidarité est une arme, ce n’est pas la comprendre comme quelque chose de ‘jetable’, comme disent certains. Pour nous c’est une condition mais aussi une fonctionnalité, et dans tout les cas une arme peut être chargée des milliers de fois si nécessaire. Par exemple, quand nous mettons en pratique la solidarité avec nos compagnons, c’est parce que nous les sentons comme nos frères et nous considérons leur lutte comme la nôtre. Nous ne les voyons pas comme des outils utilisables, et nous n’avons pas une vision mercenaire de la vie comme il a été dit. Une telle déclaration mérite au moins une explication. D’un autre coté nous soutenons qu’à l’intérieur de la lutte et de ses variables, il y a différentes formes de participation au conflit social. Dans un contexte de profonde restructuration démocratique, où le capitalisme est consolidé, et où les mécanismes de contrôle social sont de plus en plus perfectionnés, à un moment où le Pouvoir tente de récupérer et de neutraliser les différentes luttes et d’éloigner et d’isoler de celles-ci les mi-

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norités les plus radicalisées, c’est alors que nous envisageons et donnons lieu à différentes pratiques d’agitation, de coordination et d’intervention dans les révoltes sociales. Celles-ci n’ont évidemment pas toujours l’orientation radicale et révolutionnaire que nous recherchons, puisqu’elles sont souvent spontanées et dépourvues d’un caractère idéologique défini, mais au bout du compte, elles font partie d’une même réalité qui est la guerre sociale dans laquelle nous sommes des protagonistes. Transformer et profiter de ces moments de révolte pour les radicaliser le plus possible et leur donner un sens véritablement révolutionnaire est, supposément, notre tâche. Par conséquent, analyser et étudier cette réalité et nos possibilités, n’est en aucune façon, assumer le rôle que nous donnent les bourgeois pour agir sur leur terrain, puisqu’il s’agit du terrain de cette guerre sociale. Tâcher de comprendre les stratégies politiques du pouvoir, ou le « développement des forces productives », est une manière d’avoir une notion minimale des progrès du capitalisme et de l’Etat, et de donner à l’anarchisme la force et la vitalité nécessaires à créer une dynamique qui soit capable de promouvoir une lutte réelle dans une guerre qui a

commencé il y a bien longtemps. Et quand nous nous référons à ceci nous ne parlons pas d’une proposition « conjoncturelle ou stratégique adaptée aux temps qui courent », ou de dispenser des cours d’économie ou de philosophie politique. Il s’agit simplement de sortir dans la rue en connaissant l’ennemi le mieux possible. Avant tout, fatigués de théoriser sur la question, nous préférons que les faits parlent d’eux-mêmes. Nous ne disons pas qu’il est mieux de « dire que de faire ». Nous encourageons à la propagande, au débat et à l’action. Nous disons qu’il est nécessaire de dire et de faire, sinon il vaut mieux ne rien dire.

[Publié dans Motin, n°9, publication du CNA de Buenos Aires, juillet-août 2007]

DESTRUCTION CONSTRUCTION
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A CONTINUITÉ DE LA LUTTE ANARCHISTE dépendra aussi bien des capacités d’analyse de la conformation de ce présent, que de la création de noyaux organisationnels et directs dans les revendications minimales et maximales que portent les compagnons. Le champ de lutte, le tissu social dans lequel nous sommes plongés. Nous nous trouvons face à des réalités qui sont familières aux compagnons : le sujet travailleur et par conséquent exploité, l’inégalité socio-économique, la répression systématique et dirigée contre ceux qui luttent. La colonne vertébrale de la structure autoritaire et verticaliste, c’est-à-dire, l’exploitation de l’homme par l’homme perdure visiblement (et nous la subissons), l’illusion démocratique à laquelle il faut ajouter la culture du progrès et l’inclusion fictive que le capitalisme a développé à travers la consommation a généré de nouveaux rapports. Des rapports superficiels remplacent peu à peu les rapports directs, de la maison au boulot, du boulot au centre commercial, aussi bien dans les quartiers périphériques que dans les centres de consommation, et rendent difficile la rencontre et la reconnaissance en tant qu’égaux et en tant qu’Exclus. Sans aucun doute, une des taches de l’Etat argentin a été de rétablir et de reprendre le rôle de l’Etat, après les révoltes de 2001 au cours desquelles une capacité d’auto-organisation sociale avait semblé pointer le bout du nez, donnant le jour à de nombreux projets sociaux contre la politique étatique. Celle-ci fut éteinte par l’intervention des partis politiques de gauche qui cherchaient à rediriger ces projets selon leurs programmes et objectifs stratégiques. Cette intervention fit perdre beaucoup d’énergie et d’espoir et fut la cause de nombreuses ruptures dans la plupart des assemblées de quartiers, qui en sortirent affaiblies pour la plupart ou complètement dissoutes pour les autres. D’autres encore furent prises par les partis, ce qui était sans doute un des objectifs des autoritaires et des manipulateurs

avec leurs discours anticapitalistes et de classe en quête d’une acceptation et de participation dans la lutte sociale. La récupération d’espaces en dehors du pouvoir étatique s’est peu à peu affaiblie et avec elle aussi leur idées et leur raison d’être, sans qu’on cesse pour autant de voir une certaine classe renflouée économiquement après avoir été privée de ses possibilités économiques bancaires, comme toujours le pouvoir sait à qui il ne faut pas s’en prendre. Les capacités d’intervention des compagnons anarchistes n’ont pas été exceptionnelles, que ce soit à cause du peu de contacts qu’ils avaient entre eux ou du manque de connaissance réciproque, ou à cause du peu de force qu’ils avaient, au-delà des exposés clairs et adaptés à la réalité de cette période, à une époque qui demandait bien plus de force, pour regrouper des projets, coordonner de manière directe des luttes concrètes dans et en dehors du mouvement anarchiste, en tenant compte du fait que ce mouvement est vitalement social sans quoi il n’aurait pas de raison d’exister. De toute cette expérience a surgi un intérêt, un certain écart d’avec la politique conventionnelle, un intérêt croissant pour les idées de liberté absolue et de réalisation de l’être humain libre. Surmontant une certaine stagnation des organisations anarchistes et leurs problématiques internes de capacité et de réponses aux inquiétudes du devenir social. Quelques interventions plus tard, dans les luttes pour la réappropriation d’usines, les résistances aux expulsions

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anarchistes, groupes, collectifs, individus et organisations en quête de la lutte sociale pour l’anarchie. Le débat organisationnel devra être mené dans le cadre des problématiques sociales, et ce aussi en dehors du mouvement anarchiste, des débats sur des accords idéologiques qui nous appellent à la lutte sociale, en tant qu’anarchistes cherchant à réaliser l’idée. Nous insistons sur le fait qu’il est vital de nous rencontrer, de nous reconnaître, des nous connaître les uns les autres, d’exercer cette pratique d’entr’aide, de solidarité, de projets en commun, d’intervention dans les luttes. Avec l’insistance et la Bonne intention réciproque. Nous abandonnons une bonne fois pour toutes, la catharsis, le favoritisme, la compétence, les arguments dépassés. Avec un certain désenchantement, nous observons le peu d’intérêt qui est témoigné, aussi bien au niveau individuel que collectif, pour maintenir des contacts à travers des activités de soutien aux prisonniers et des luttes sociales. Nous attribuons Le symptôme d’un manque de pratique solidaire et d’intérêt réel en partie, justement, à l’absence d’espaces où nous rencontrer en dehors des groupes et des collectifs pour arriver à des accords minimaux de débat et de compréhension. Nous réaffirmer en tant qu’anarchistes n’est pas une tâche facile, elle répondra sans doute aux problématiques qui nous entourent et aux envies objectives de traiter celles-ci avec tout leur poids, parfois ingrat. La communication entre les groupes, collectifs éditeurs, est vitale, pourvu que nous dépassions le virtuel et que se génèrent des espaces autonomes de débat. Selon les circonstances et les possibilités des compagnons. La raison pour stimuler cette dynamique que nous considérons comme vitale, n’est pas de crier sur tous les toits l’unité du mouvement anarchiste ni de produire conjointement une déclaration de principes, nous voulons reproduire autant que possible la lutte contre l’Etat et le Capital, en rejetant la politique (instrument d’administration de pouvoir), les relations hiérarchiques, les institutions répressives, l’exploitation sous toutes ses formes sans ignorer les conditions des femmes et des minorités sociales. Générant la participation réelle et active là où elle n’y a pas de séparation entre la théorie et la pratique, tentant par nos moyens l’agitation et la propagande, mais surtout renforçant dans la pratique les valeurs anarchistes, renforçant les relations entre compagnons et exerçant une de nos pratiques les plus concrètes, la solidarité comprise sous toutes ses formes destructives/constructives.
[Publié dans Motin, publication du CNA de Buenos Aires, n°11, novembre-décembre 2007 ]

et les espaces occupés, auxquels les compagnons ont participé avec leur éthique d’action directe et d’entr’aide en exerçant la solidarité contre la propriété privée et l’appareil répressif, fidèles à leurs idées, mais en partant d’une déstructuration participative, au point de rendre insignifiante la formation de noyaux et la participation du mouvement anarchiste dans son ensemble, il fallait poser des bases plus solides en partant de la propagande (que nous comprenons comme théorie/pratique) ainsi que de l’entr’aide et des relations militantes. A partir de l’insistance dans l’agitation, de la pratique de la propagande, des éditions, journaux, pamphlets, causeries, projections de films, de la présences dans les manifestations, des tags, des campagnes pour les prisonniers sociaux, au fil des ans, une nouvelle restructuration a commencé dans les débats et les analyses des différents groupes. Aussi bien dans leurs contenus structurés et lourds que dans les dynamiques élastiques, ainsi que dans les secteurs plus culturels, certaines organisations qui formaient le noyau de l’idée anarchiste, avec certaines caractéristiques socialistes étatistes ou de caractère politico-populaire, se sont prononcées comme proches de la lutte et se sont situées comme des partis de gauche dans nombre de leurs pratiques.

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Tous ces mouvements de protestations et de restructuration minimes ne sont pas sortis d’un chou, mais ils sont à mettre en rapport avec les « conjonctures actuelles », intégrées aux problématiques d’exploitation de l’homme par l’homme et aux déclarations de lutte contre l’autorité et l’exploitation, sans séparer ces signalements, entre la pratique des fins et des moyens que nous considérons un même développement idéologique et éthique. C’est une époque où exercer en « pratique » des accords de valeurs anarchistes, en renforçant les rapports entre compagnons

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A PROPOS DE L’ATHENÉE ANARCHISTE ANGELA FORTUNATO ET LES ARRÉSTATIONS DE 2006

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E 23 JANVIER 2006 À l’aube, l’Athénée Anarchiste “Angela Fortunato” de Buenos Aires a été investi par la DDI de Avellaneda, au cours d’une opération conjointe avec la division de vols et délits de la police fédérale. D’autres perquisitions ont également eu lieu aux domiciles de quatre compagnons. C’est donc à cela qu’a abouti la dénonciation faite à la police par une personne un moment proche d’un des compagnons et ainsi que s’est conclue une spirale répressive qui s’intensifiait depuis déjà quelques temps. Suite à cette opération, deux compagnons ont été incarcérés dans un camp de concentration de sécurité maximale de la Province de Buenos Aires et un troisième compagnon est recherché, car il ne se trouvait dans aucun des domiciles perquisitionnés. Sur l’athénée, on peut dire qu’il comprenait un centre de documentation, une bibliothèque, des archives, et que tout au long de ces trois ans d’existence s’y sont déroulées diverses activités et initiatives, généralement en rapport avec la répression sur toute la planète et pouvant aller de projections de vidéos à des débats et discussions, jusqu’à des manifestations et autres activités pratiques. Tout ceci a attiré l’attention des forces de l’ordre qui ont commencé, d’abord timidement puis ostensiblement, à harceler les personnes qui s’y trouvaient, en les observant depuis les célèbres Ford Falcon (typiques de la dictature) garées pendant des heures devant le local, en les filmant des mêmes voitures, en suivant les compagnonNEs jusqu’à faire des irruptions nocturnes sous n’importe quel prétexte, et en mettant leur téléphone sur écoute. Tout ceci a généré un climat d’inquiétude et de persécution. Ce contexte n’était pas facile pour les compagnonNEs qui ont décidé de continuer. Finalement, la plainte de la personne mentionnée implique directement trois compagnons pour leur participation supposée à un braquage, et au cours de la série de perquisitions, l’argent dont nous disposions pour le local a été “saisi”. Les arrestations, la large répercussion médiatique, la confusion initiale et les craintes logiques ont déterminé la fermeture du local ainsi que le silence que nous avons gardé jusqu’à aujourd’hui, mis à part le communiqué dans lequel nous annoncions la fermeture du local. Pour ce qui est des compagnons incarcérés, ils viennent d’être jugés en première instance et condamnés à 10 et 11 ans de prison. Le troisième compagnon, qui à ce moment là s’occupait de la Cruz Negra Anarquista (ABC), est toujours en fuite et recherché. Les perquisitions n’ont pas apporté de preuves concrètes liées à ce qui leur est reproché, mais on a saisi chez lui un important matériel de propagande et des photos, ainsi que le disque dur de son ordinateur. Si aujourd’hui nous rendons tout cela public, c’est pour étendre la solidarité avec les compagnons et amis emprisonnés à la suite de cette manœuvre policière, notamment parce que, n’étant pas

détachés de la réalité, leurs maigres ressources économiques ne leur permettent pas de faire face à la situation. Par ailleurs, il est très important pour tous et toutes que s’ouvre un débat sur la solidarité, ici et maintenant, avec ceux qui subissent les coups de la répression. Nous terminons pour le moment en exprimant notre solidarité aux compagnes et compagnons réprimés et poursuivis, et en saluant celles et ceux avec qui nous partageons le chemin.

En 1922, les troupes du Colonel Varela vont au bordel après avoir fusillé près de 1500 ouvriers au cours des confits agitant la Patagonie subversive d’alors. Dans ces terres marquées par l’horreur, alors que le vent porte encore l’odeur du sang, les cinq femmes travaillant dans le bordel la Catalana de San Julian reçoivent les soldats à coups de balais et de bâtons, au cri de “jamais nous ne coucherons avec vous, bande de lâches et d’assassins !”. Bien sûr, on les arrête et on les enferme, mais l’anecdote raconte qu’elles seront finalement libérées de peur que cet épisode ne se diffuse. Nous ne savons pas quelle fut la vie de ces femmes, mais ce que nous retenons ici, c’est ce geste et leur dignité, lorsqu’un jour elles dirent NON. Angela Fortunato fut l’une d’elles... Nous ouvrons cet athénée dans l’intention de créer un espace où la priorité soit la rencontre, le développement et le renforcement d’affinités et la constitution de forces capables d’agir dans la guerre sociale….[...]
[Extrait de la présentation de l’Athenée Anarchistc Angela Fortunato publié dans Libertad, n° 26, juillet-août 2003]

Quelques compagnes et compagnons anarchistes de l’Athénée “Angela Fortunato” 30 september 2006 angelafortunato@no-log.org

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A PROPOS DE CE QUI S’EST PASSÉ AUTOUR DE

L’ATHENÉE ANARCHISTE ANGELA FORTUNATO
dre (de concrétiser) les principes que l’anarchisme cherche à forger. Nous pensons que partant de là tout devient «idéologique», dans le sens de domaine des idées. Dans l’immense quantité d’événements (incidents) sociaux qui se déchaînent chaque jour, nous trouvons des motifs d’interroger pourquoi ils reposent ou ne reposeraient pas sur les idées. Il faut expliquer un certain nombre de choses. Bien sûr, nous pouvons ne pas être d’accord sur la manière de rechercher des compagnonNes, et nous ne parlons pas là du rapport entre les moyens et les fins, car ce sujet est parfaitement clair pour nous, compagnonNes de l’Athénée, mais de la manière d’affronter cette recherche, dans l’informalité et en imaginant des formes différentes et non conventionnelles de nous relationner et de faire de l’agitation en relation avec les faits. C’est à partir de cette conception que nous avons commencé à donner forme et vie à ce projet. Une bibliothèque, une vidéothèque, une maison pour les compagnonNes qui se rapprochaient de toutes parts. C’est dans ce contexte que cet espace a grandi et pris vie.Il faut ainsi comprendre que l’Athénée Anarchiste “Angela Fortunato” n’a jamais appartenu à aucun groupe, mais que ce projet s’est mis en place à partir de quelques individus qui pensaient, et pensent encore, qu’il faut multiplier les bibliothèques et les lieux de rencontre partout, voilà tout. Et si par la suite des personnes de divers groupes ou leurs groupes respectifs se sont retrouvés là, c’est qu’ils se sont identifiés à cet espace. Ce point de départ est à la fois introductif et explicatif. Mais la principale raison d’être de ce texte consiste à faire naître le débat lâchement occulté. Lâchement, car deux compagnons sont actuellement en prison avec des condamnations de 10 et 11 ans, alors qu’un troisième est en clandestinité

Une explication nécessaire Tout d’abord, nous pensons que la discussion et le débat prennent un tour plus salutaire lorsqu’ils se basent sur des expériences concrètes. A partir de cela, le débat enrichit d’une manière réelle les possibilités

depuis plus d’un an maintenant. Passé le temps de la récolte La répression a donc touché trois compagnons de l’athénée, dont l’un (celui qui est en cavale) s’occupait de la Cruz Negra Anarquista (ABC) de Buenos Aires. Ils sont accusés d’un cambriolage ayant eu lieu le 18 décembre 2005 dans la maison de production Ideas del Sur, propriété de Marcello Tinelli, entrepreneur médiatique et directeur de télé, connu pour son ample oeuvre d’ ”élévation culturelle” de la population. Le compagnon le plus compromis, balancé par une de ses “connaissances”, a décidé de reconnaître les faits, sachant que cela relâcherait d’une certaine manière l’énorme pression exercée par les forces de sécurité en quête de coupables, d’autant plus que la compagnie chargée de la sécurité de la maison de production (et appartenant à la police) devait justifier les énormes sommes qu’elle percevait et éviter d’être la risée générale. L’autre compagnon a été condamné selon la Loi Blumberg de présomption de culpabilité, alors qu’il lui restait encore deux mois de conditionnelle à accomplir. Son inculpation reposait sur un seul élément matériel : un portefeuille qu’on lui avait offert et qui aurait figuré parmi les objets soustraits au cours du braquage. Cette preuve a été écartée par la suite. Il n’a été reconnu que par l’un des agents de sécurité agressés et seulement à la deuxième confrontation. Mais il vivait dans un bidonville, il est bronzé et de “peu de ressources”. Le juge s’est permis d’énoncer les condamnations tout en arrangeant son repas avec sa belle-mère et sa partie de golf, entre blagues et éclats de rire. De la peur, de la confusion et du si-

d’action et d’affirmation de nos idées, puisqu’il se nourrit de l’expérience vécue, du fait de se connaître et de se reconnaître dans ses propres limites et possiblilités. Commençons par le début

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Dès son ouverture mi-2003, l’Athénée anarchiste “Angela Fortunato” de Avellaneda, à Buenos Aires, a voulu être un espace physique tentant de participer et d’influer sur l’agitation pour un changement social révolutionnaire. Anarchistes, nous pensons que l’idée anarchiste est sociale, c’est à dire qu’elle se projette dans l’ensemble de la société, tentant d’attein-

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lence initial, en passant par les communiqués et les informations diverses que nous avons sortis pour tenter de soutenir les compagnons réprimés*, jusqu’à la réalité de la réponse exprimée par un mouvement anarchiste qui face aux faits gênants s’est réfugié derrière une série de faux arguments, ressort la nécessité d’un débat que nous considérons comme indispensable. Surtout si l’on tient compte des commentaires qu’il nous est encore donné d’entendre tous les jours sur ce qui s’est passé. Certains soutiennent que ces personnes ne sont pas anarchistes, que seul l’un des prisonniers est un compagnon, mais qu’en réalité aucun ne le serait vraiment, que l’information est confuse, qu’ils ont fait ça pour leur propre compte, qu’on aurait trouvé des plans à l’Athénée... et que tout ce que nous y avons vécu n’est que mensonge, que nous mentions, que nous sommes tous des menteurs et que l’Athénée n’avait rien à voir avec la politique. Nous répondrons simplement qu’il y a eu une perquisition dans un local anarchiste [le 23 janvier 2006], qu’il y a eu deux détentions avec des condamnations de 10 et 11 ans et qu’un compagnon est toujours en fuite. Nous répondrons simplement que les commentaires cités précédemment émanent de personnes qui n’ont rien à voir avec nos idées.Ces phrases parlent d’elles mêmes... nous avons conscience des effets dévastateurs de la répression, surtout lorsqu’on se les prend en pleine gueule... mais ces personnes nous avaient condamnés avant la police. Nous n’avons pas l’intention de résoudre ici leur misère, il ne s’agit ici ni de rancoeur ni de ressentiment. En rester à cela reviendrait à réduire ces faits à une question personnelle et à éviter d’aborder un thème, dont nous pensons qu’il nous concerne en tant qu’ensemble, en tant qu’idées que nous prétendons faire avancer, parce que nous avons aussi souvent entendu ceux qui disent qu’ils n’ont rien à voir avec cette histoire, qu’ils

ne s’en sont pas mêlés... C’est ainsi qu’on aboutit à étouffer un débat, à nous faire taire. Il nous semble important de citer ces détails, car cela met en évidence la réalité du “mouvement” et cela reflète en même temps une attitude profonde. Même vu de loin, cela ne devrait pas nous surprendre, c’est la projection d’une attitude que nous avons pu observer dès que la répression a commencé à rôder autour de l’espace et de ceux qui y agissaient [filatures, présence de flics devant l’athénée ou de domiciles privés] ; tandis que l’encerclement policier se resserrait et que nous n’étions pas capables de poser le débat des “différences politiques”, d’opportunes distances étaient prises. Nous voyons la nécessité de parler, entre autres choses, un peu de nousmêmes, car une critique et une discussion approfondie nous transforment en force sincère cherchant à croître et à s’améliorer. Ceci pour ne pas finir par nous caricaturer nous-mêmes et ajouter encore à la caricature que nous combattons. De plus, il serait facile de voir uniquement chez les autres les attitudes que nous rejettons, parce que nous comprenons que c’est aussi devenu une habitude. Et comme nous nous identifions à un courant de pensée, nous ne pouvons ni voulons nous poser comme étrangers à ce qui se passe et qui est également une expression de ce mouvement. Nous avons en effet aussi porté des discussions, des débats, des activités et des projets, de par les situations et les expériences communes que nous avons générées et rendu possibles. Et nous ne faisons pas allusion au seul fait ponctuel [du cambriolage en question]. Il est indubitablement important de revoir la manière de nous relationner et de prendre aussi en compte le fait que nous avons probablement d’une certaine manière contribué à la légèreté ambiante, surtout lorsqu’il s’agit de traiter certains sujets. Nous disons simplement que la réa-

lité que nous vivons dans l’ensemble est extrêmement dure et si contraire à ce que nous voulons avancer, que la seule manière d’en sortir renforcéEs est de l’assumer. Parce que nous découvrons aussi les resssources inépuisables et combien l’être humain peut être merveilleux lorsqu’il se propose de voir une réalité qu’il croit trop difficile à assumer. Contrairement à ce qui se produit quand nous nous demandons tous les jours comment la mort, la faim et l’injustice peuvent passer sous les yeux de milliers de personnes qui les considèrent comme normal. Dans notre cas, nous regardons vers le passé, nous commentons les grands événements à 15 000 km de nous [c’est-à-dire ce qui se passe en Europe] ou nous critiquons la gauche, mais nous ne voyons pas ce que nous avons en face de nous, nous ne nous voyons pas nous-mêmes. C’est ce mécanisme qu’utilise le pouvoir pour soumettre l’ensemble de la population. Il se renforce de nos faiblesses, qui en sont dans la mesure où nous ne les assumons pas. Et si nous ne rompons pas avec cela, nous portons à notre tour le message du pouvoir. Porter à partir de cela un message d’agitation, est pour le moins grave. Nous avons pour référence des idées, ainsi qu’une éthique. Les idées et l’éthique que nous voulons nourrir et

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dont nous nous nourissons nous posent la recherche et le défi d’un nouvel être humain, de nouvelles valeurs et c’est ce qui fait la différence avec les politiciens, qui disent une chose et en font une toute autre. Il n’est guère besoin d’en parler davantage, car la plupart des gens le savent plus ou moins consciemment. En ce moment, on parle du développement de l’anarchisme, d’encourager la révolte [sociale], de lui donner un caractère politique, et on prétend de cette manière agglutiner des personnes au mouvement et propager les idées dans la population. Nous considérons pour notre part depuis le début ce qui s’est passé en soi comme la possibilité de générer de nouvelles situations, de renforcer nos mots en actes, dans les comportements quotidiens et d’abandonner définitivement ce dualisme entre les mots et les actes qui rapporte tant au

nous faire parvenir d’autres lattitudes. Aujourd’hui et maintenant Celles et ceux qui parlent d’insurrectionalisme veulent se détacher d’une réalité inconfortable, en prenant leurs distances à partir d’une dénomination différenciée. Pour nous, il n’y a pas d’insurrectionalisme. Il s’agit des différents modes d’intervention dans le conflit qu’adoptent les anarchistes, des différentes manières de s’organiser et des différents champs ponctuels d’où l’on se projette. L’appellation insurrectionnelle, lorsqu’elle ne se réfère pas à un angle particulier, sert aux bureaucrates à se distancier et aux mauvais garçons à être plus mauvais encore. Mais les révolutionnaires inébranlables ne sont pas disposéEs à faire mauvais effet devant la bande toujours avide du dernier texte de Bonnano. Ceci dit parce qu’on parle beaucoup de culture de la sécurité, mais peu de la culture de la peur qu’ils cherchent à nous imposer. Nous n’allons pas nous étendre sur la solidarité et ses mille manifestations, pas plus que sur les sensibilités particulières, mais la réalité est que nous n’avons pas eu la force de poser une réponse en condition, pour dépasser les limites de l’assistantialisme que nous critiquons tant. La poignée de compagnonNEs qui a assumé la situation s’est heurtée en premier lieu à une attitude où primait le sauve qui peut, le «ne t’en mêles pas» et le choeur des silences, quand ce n’était pas la diffamation des inculpés, des prisonniers et des pourchassés. Nous replier sur nous-mêmes ne nous paraît pas être une alternative. Nous ne voulons pas non plus attendre que les intellectuels déchiffrent ce qu’est l’Etat pour pouvoir agir. Nous ne voulons pas renforcer cette fausse dichotomie entre celui qui jette des

pierres et celui qui écrit, pas plus que courir nous réfugier dans les cathédrales du savoir institutionnel en quête d’adhérents moins problématiques pour leur donner des cours, car tant que nous continuerons à préférer la sécurité à l’exploration de nos possibilités, nous continuerons à soutenir ce présent. Nous reste l’amère sensation de savoir qu’une réponse décidée aurait pu déterminer une autre réalité, que nous aurions pu construire un autre présent et que nous pourrions être en train de parler d’autre chose, peut être avec l’un des compagnons aujourd’hui séquestrés. Mais pour l’heure, l’Etat et la police nous ont arraché des compagnons et un local, et la répression semble pouvoir faire de nous ce qu’elle veut.Nous reste la joie de nous rencontrer, de nous connaître et de nous reconnaître, de savoir que cette situation nous a renforcés dans les liens qui nous unissaient et qui maintenant nous lient plus fortement encore, la solidarité, l’afl’affinité. La police ne nous a pas fait renier nos amis et compagnons, elle ne nous a pas poussés à nous justifier par des phrases qui annulent tout débat que certainEs refusent d’affronter par peur même de la répression. La police ne nous a pas briséEs, particulièrement nous. Nous saluons avec une rage infinie au coeur et le geste haut les compagnons et amis emprisonnés, ainsi que toutes celles et tous ceux avec qui, d’une manière ou d’une autre, nous partageons le chemin. Que tombe l’Etat et toutes ses prisons. Pour la liberté absolue. Que vive l’anarchie! AmiEs et compagnonNEs de l’Athénée.

Draden doorknippen...

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pouvoir et fait tant de ravages parmi les révolutionnaires. Nos compagnonNes d’Italie qui subissent une répression très dure (et peut être pour cela même) l’ont également entendu de cette manière. Avec les compagnonNes de France et d’Espagne, ils et elles ont répondu présents dans ce débat, par la pratique concrète, par l’inestimable soutien qu’ils ont apporté aux inculpés et continuent de

[Publié dans le bulletin n°3 de la Coordinadora anticarcelaria del Rio de la Plata, hiver 2007]

A RGENTINE

Les 4 et 5 novembre 2006 se tenait à Montevideo en Uruguay le 16e Sommet ibérico-américain des chefs d’Etat. Plus d’un an après l’arrivée au pouvoir dans ce pays du Frente Amplio, coalition qui a rassemblé la plupart des partis de gôche et les espoirs de changement de nombreuses personnes, le gouvernement assume le contrôle de l’Etat et ses promesses de transformation sociale se bornent à l’illusion d’un possible capitalisme à visage humain, dans un contexte régional marqué par Chavez au Vénézuela, Lula au Brésil et Kirchner en Argentine, puis encore Bachelet au

Chili et Morales en Bolivie. Les politiques libérales n’ont pas cessé et les exguerilleros uruguayens des Tupamaros à présent au pouvoir tentent avec un discours populiste d’unir leurs efforts pour la cause capitaliste. Un an plus tôt, les 4 et 5 novembre 2005 à Mar del Plata en Argentine, lors du 4e sommet des Amériques qui réunissait la totalité des présidents des démocraties capitalistes d’Amérique, l’hypocrisie du gouvernement uruguayen s’était manifestée une nouvelle fois, puisqu’il passait des accords commerciaux avec Bush en même temps qu’il dialoguait avec ses prétende critiquer les “mauvais comportements”. Ils ont dit que si les dégradations étaient prévisibles, certaines n’en restaient pas moins inadmissibles, comme celles causées à de petits commerces ou à des voitures. Se faire bien voir, c’est tout ce qui reste à ceux qui attendent les masses, à ceux qui sont disposés à tout abandonner pour la propagande. II

dus alliés privilégiés, les “gouvernements capitalistes progressistes”. Le 4 novembre à Montevideo, la manifestation contre ce Sommet se terminait par des attaques et affrontements à Ciudad Vieja (le quartier des affaires), des flics qui tirent, quinze arrestations et quatre incarcérations basées sur un article pêché dans le code pénal de 1934 et jamais abrogé, celui portant sur la “sédition”. Ils ne sortiront de prison que le 9 décembre, grâce à une campagne de mobilisation à l’extérieur qui mettait notamment l’accent sur les contradictions des ex-guerilleros fraîchement élus.

EN SOUTIEN
AUX VANDALES DE CASA VIEJA
E QUI S’EST PASSÉ, nous a placés face à ce que nous savions déjà : c’est dans les conflits que l’on peut voir qui sont les défenseurs de l’ordre existant et ceux qui veulent en finir avec lui. Les défenseurs de l’ordre contre les vandales. Comme auparavant à Tres Cruces, Euskalerria ou dans la banlieue de Los Bailes, les accusations contre les dégradations ont fusé, toujours de la part des mêmes gauchistes ou droitistes unis pour défendre l’Etat, pour défendre l’ordre. Il ne faut pas se tromper, ces dégradations, ces attaques contre les biens (interdites, déniées), ces attaques contre le capital, ne sont pas en soi révolutionnaires (en ce qu’elles ne signifient pas la destruction totale de l’ordre actuel). Nous n’avons jamais prétendu cela. Ce qui s’est passé nous a placés face à ce que nous savions déjà : certains feront l’impossible pour agrémenter le capital et son nouveau gouvernement. Le pouvoir, aujourd’hui de gauche, doit faire la démonstration de ce qu’il peut mieux gérer le capital en développant l’exploitation sans qu’il y ait de problèmes. L’idée de la “gauche du changement” consiste à ramper pour attirer les investissements, à maintenir l’ordre. Les nouveaux gestionnaires de l’exploitation ont fait savoir qu’ils sont des maîtres qui en valent la peine, tout en essayant de nous humilier avec des bavardages à deux balles. Les faits ont montré, et ce n’est pas un hasard, que parmi les diverses manifestations contre Bush qui ont eu lieu ici, une seule a réellement été anti-capitaliste. Elles ont montré que de nombreuses personnes sont même disposées à presque tout abandonner pour la propagande. Mis à part le PCU, le MPP et autres partis de gouvernement, véritable ligue de défense de la démocratie capitaliste, de nombreux groupes de gauche sont immédiatement sortis mais pour s’empresser

C

Les personnes qui participaient à la manif s’en sont pris aux banques et autres institutions, sans doute de manière un peu hâtive. Quelques tags ont suffi pour que se répande le désordre, terme qu’aiment à employer les dirigeants révolutionnaires et les orateurs politiques en général. Le manque d’organisation de la violence s’explique très simplement : elle est partie de différents endroits de la rue et de différents groupes de personnes, qui n’avaient pas forcément l’expérience de ce genre de choses. Les habitués des jets de pierres se sont certainement trouvés mélangés à des jeunes qui n’en avaient jamais lancé et ne calculaient pas les rebonds, ou ce genre de trucs. Mais ce n’est pas ce qui nous intéresse. L’important c’est qu’une grande rage se soit déchaînée alors qu’aujourd’hui c’est un privilège que de pou-

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ATTAQUE D’UN
COMMUNISTE À

LOCAL DU PARTI

MONTEVIDEO

« La nuit dernière, 23 octobre 2006, un cocktail molotov (bien rempli d’essence) a été lancé contre un local du parti communiste. Celui-ci fait également partie du Frente Amplio (alliance de gauche actuellement au pouvoir), qui comme n’importe quel gouvernement se contente de gérer notre misère et l’exploitation au profit des intérêts des puissants. C’est contre cela que nous nous rebellons. Quel plaisir pour les yeux de voir partir en flammes un des locaux de la police rouge!! A BAS LE SOMMET ! * VIVE LA REVOLUTION SOCIALE ! La Furia de Kronstadt »

voir en venir aux mains avec le monde, avec le capital, et de pouvoir affronter dans la rue les larbins ou leurs balances. Sans doute, a-t-on pu voir un manque d’expérience dans les affrontements de rue, mais on remédie facilement à cela avec un peu de pratique. Or, cette pratique tend à s’étendre après des années de contention et de perte d’habitude. La démocratie du Capital s’est introduite non seulement dans le discours des militants et des journalistes, mais durant des années, elle a généré une pratique du ne rien faire et favorisé une morale de la défense de la marchandise ainsi qu’une pacification générale.

La vraie question, la plus importante, ce sont précisément les méthodes qui la posent ; ce qui détruit doit être supprimé, c’est ce qu’ont clairement affirmé les pierres. Laisser de côté la question de ce qui s’est passé et de comment ça s’est passé, est une vaine tentative de justification. Les vandales ne faisaient aucune sorte de marketing ou de propagande de gentils garçons responsables et préoccupés par l’état du monde lorqu’ils en finissaient avec la marchandise qui leur est interdite, ou avec les symboles de ce qui les exploite et les agresse au quotidien. Au contraire, ces vandales se battaient à ce moment-là pour eux-mêmes. La propagande n’était pas le plus important, mais les envies débridées d’attaquer le capitalisme financier, les banques, les bureaux, les voitures et autres. S’il y avait eu des cas de vol —en réalité on ne sait pas si ça a été le cas ou pas—, d’autres encore se seraient épouvantés et seraient venus plus nombreux à la rescousse de la propagande qui formate pour justifier l’ordre à respecter. Du point de vue des militants de l’ordre existant, des apôtres du droit, de la propagande, de la marchandise, les révoltés n’avaient aucune raison valable qui justifierait ce qu’ils ont fait. Mais ils ont proclamé leurs raisons dans leurs actions, ont mis leurs slogans en actes, ont parlé avec leurs mains, sans aucun intermédiaire. IV Malgré tous leurs efforts, ils n’ont pas réussi à se faire bien voir, pour la simple raison que ce n’était pas ce qui était recherché. Le “Tour anticapitaliste” en a été tout chamboulé. On n’a pas cherché de soutien des “masses contemplatives”, répétons-le. Le sens s’est inversé, on s’est battu pour ceux qui voulaient se battre, pour nous-mêmes. Ceux qui espéraient une marche commune se sont vus pris dans ce qu’elle est devenue, une attaque sans médiation ni médiateurs. Le fait de convaincre et la propagande ont laissé place à la transformation réelle. Il y a eu une rupture dans la politique de l’apparence. Les faits nous mettent au pied du mur, ou on rejette l’ordre et on le transforme, ou on continue le rituel de la protestation. Nous pourrions dire beaucoup d’autres choses encore. Ce n’est pas que nous croyions qu’un coup dur ait été porté au capital ou quelque chose comme ça, mais nous voyons comment les faits créent des moments pour dire et pour faire, pas pour les grands discours. Ceux qui brisent l’ordre sont des délinquants, nous ne pouvons qu’appuyer la dissolution d’une société d’exploitation et de misère, de la même manière que nous soutenons les actes qui la dissolvent. Nous sommes des délinquants. [Tract qui a circulé à Montevideo en novembre 2005]

Mais le mécontente* Ndt : Sommet Ibéro-Américain ment a triomphé, des des 4 et 5 novembre 2006. jeunes, garçons et filles, échappant à la retenue du progressisme et de sa politique et ne participant pas au mensonge généralisé, ont laissé libre cours à leur imagination. Ce sont leur tripes qui ont décidé du cours qu’a pris la journée. III Juste après les faits, le progressisme a lancé sa condamnation et beaucoup de gauchistes sont sortis, quand ce n’était pas pour condamner la journée, pour en souligner les erreurs et parfois même pour se dissocier. C’est que le cauchemar de nombreux militants s’était réalisé, les personnes présentes ont vandalisé la protestation, ont oublié la propagande et ont fait ce que disaient leurs slogans. Beaucoup aussi ont été tentés de sortir pour donner des explications qui sonnaient comme des excuses, se distanciant ou se refusant à mentionner les méthodes. Mais, comment ne pas mentionner les méthodes ? Ceux qui se distancient des moyens de détruire le capital veulent certainement le maintenir en place ou le gérer. En bons défenseurs de la société, ils essaieront de zapper le sujet de la question réelle. Le capital ne peut être géré sympathiquement, car ce n’est pas comme ça qu’on en finit avec la domestication et l’exploitation que nous subissons.

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Arrivée aux affaires en mars 2005 pour la première fois de l’histoire de l’Uruguay, la gôche a fait du slogan développer le «pays productif» son leitmotiv. Montrant encore une fois la continuité entre la main gauche et droite du Capital, elle a continué d’encourager les investisseurs à piller le territoire et exploiter sa main d’oeuvre. Sa grande affaire est à présent l’implantation d’usines de pâte de cellulose (qui transformée une fois exportée deviendra du papier) des entreprises finlandaise et espagnole Botnia et Ence.

La première, construite le long du fl euve Uruguay, un affl uent du rio de la Plata qui fait frontière avec l’Argentine, a suscité l’opposition des riverains. Du côté argentin, cela fait des mois que le pont de Fray Bentos qui enjambe le fleuve est bloqué de façon permanente par les membres de l’Assemblée de Gualeguaychú, tandis que les deux autres, à Paysandú et Salto —uniques autres postes-frontière par la route— le sont aussi régulièrement. Face à cela, le gouvernement du Frente Amplio («Front large», coalition de centre-gauche) use sans vergogne

de l’arme du nationalisme le plus outrancier pour souder la population derrière lui. De son côté, le syndicat unique, le PIT-CNT, a mis son opposition initiale auprojet en veilleuse, à l’image de toute cette gôche para-institutionnelle qui apporte son soutien “critique” au gouvernement. Les anarchistes semblent bien être les seuls à peindre encore régulièrement les murs de la ville pour exprimer leur opposition radicale aux usines de cellulose ou à la rappeler dans les tracts distribués à d’autres occasions.

LES RAISONS D’UNE OPPOSITION
AUX USINES DE CELLULOSE
D’énormes usines de cellulose sont en train de s’installer en ce moment en Uruguay. L’une appartient à l’entreprise Ence (Espagnole) et l’autre à Botnia (Finlandaise), sans compter une troisième, de l’entreprise Stora Enso (Suédo-finlandaise), qui est déjà en train d’acheter une partie des 100 000 hectares qu’elle nécessite pour obtenir la base de son négoce, les eucalyptus. La cellulose est la matière première qui sert à la fabrication de papier. Dans ce genre d’usine, on extrait la cellulose des arbres, on la blanchit puis on la transforme en une pâte qui —dans ce cas— sera exportée dans d’autres pays pour en faire du papier. L’approvisionnement de ces entreprises nécessite de grands domaines de monocultures d’arbres (principalement de l’eucalyptus), c’est pour cela qu’elles sont propriétaires et/ou liées à des entreprises de déforestation, Ence avec Eufores et Botnia avec Forestal Oriental. La coupe indiscriminée et la consommation des forêts primitives sur toute la planète provoqueraient une déforestation accélérée de 15 millions d’hectares (quasi un Uruguay) par an. Plus précisément, les pays riches déjà saturés par de hauts niveaux de pollution et lancés parfois dans des campagnes de sauvegarde de leurs sols et eaux ont décidé —vu qu’ils ne souhaitent pas faire baisser leurs niveaux de consommation— de transférer leurs industries les plus polluantes dans le Sud [et l’Est de l’Europe ou la Chine]. On peut interroger le pourquoi de la production de tant de papier qui sert essentiellement les intérêts du Capital : pensons par exemple au bombardement de propagande qui arrive dans chaque habitation sous forme de dépliants aux couleurs chatoyantes, pour tenter de vendre quelque chose. C’est-à-dire pour continuer de soutenir le spectacle de la marchandise. Pensons aussi à tout le papier d’emballage ou aux factures et autres formulaires administratifs... Au total, on arrive à une forte concentration et transnationalisation de la terre, à des domaines extensifs de monoculture de soja transgénique ou de riz destinés à l’exportation, à des cultures forestières intensives pour produire de la pâte de cellulose. Les exportations minières et celles de l’industrie de la pêche méritent aussi notre attention. Ils sont en train d’accélérer la mise en œuvre du Plan IIRSA, lié au Plan Puebla-Panamá qui prévoit l’installation de bases militaires nord-américaines en Amérique du Sud liés à des centres de recherche en biotechnologies et accompagnés de fortes pressions pour obtenir de ces pays des TLC (Traités de Libre Commerce). L’Uruguay compte d’abondantes réserves d’eau douce, de larges prairies naturelles et d’excellentes terres cultivables. Au cours des décennies 1930-60, à la demande du marché international, s’est développé un modèle qui a favorisé l’industrialisation en textiles,

cuirs, viandes, laits, etc. Ces dernières décennies, les usines de transformation de matières premières ont été démantelées pour exporter directement ces dernières. Aujourd’hui, comme on le sait, les Etats gouvernent moins, au profit des transnationales. Celles-ci, profitant de la servilité des derniers gouvernements ont commencé à modifier la donne. Et les pressions des organismes internationaux comme la Banque Mondiale, le FMI ou le BIRD ont commencé à tomber comme des pluies acides (qui ne manqueront pas de le faire une fois que les usines de cellulose commenceront à fonctionner),. En 1987 par exemple, une loi de promotion forestière (n°15.939) est passée, à laquelle se sont ensuite ajoutées des subventions étatiques en tous genres, des exonérations d’impôts, des zones franches et, comme si cela ne suffisait pas, en cas de guerre, catastrophes naturelles ou insurrection (espérons-le) qui portent atteinte à ces entreprises forestières, l’Etat devra payer des indemnisations conséquentes. Ce dernier point figure dans l’Accord de Protection des Investissements signé le 21 mars 2002 entre l’Uruguay et la Finlande, et qui concerne Botnia.

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L’impact des monocultures forestières Plantés en rang d’oignon comme des militaires, il ne pousse rien en dessous, parce qu’ils prennent tant d’espace que pas même le soleil ne parvient au sol pour effectuer la photosynthèse. Il n’y a pas un brin d’herbe. Dans ce paysage de mort, on n’entend pas un chant d’oiseau, il règne un silence sépulcral, qui n’est rompu que par le bruissement des feuilles sèches lorsqu’on s’y promène. L’eucalyptus consomme de grandes quantités d’eau (c’est pour cela qu’il pousse plus rapidement ici), appauvrissant la terre et empêchant que l’on puisse planter autre chose près de ces monocultures. Preuve en est que la mairie doit fournir l’eau aux petits producteurs de la zone alentour qui auparavant l’extrayaient des puits. Ces monocultures détruisent toute biodiversité, et comme nous en faisons partie, nous détruit peu à peu. Comme nous en dépendons aussi, elle laisse de nombreux individus sans moyens de subsistance, donc sans autonomie. Une fois que la terre ne donne plus rien, ils sont ensuite souvent acculés à la vendre à vil prix à des entreprises qui créent de grandes propriétés. Des populations entières, après avoir parfois résisté, finissent par aller grossir les périphéries de misère.

des arbres du lever au coucher du soleil, dormant dans des tentes et soumis aux intempéries, afin de pouvoir porter chaque fin de semaine de quoi manger à leur famille. Leur salaire n’est qu’une vaste blague dont plus d’un tiers part de toute façon dans la nourriture que leur vend le magasin monté par le patron dans le campement où ils vivent. Bien entendu, les prix sont supérieurs à n’importe quel autre endroit. Ils sont employés par des tiers, des intermédiaires sans scrupules (comme tout capitaliste) permettent aux entreprises de garder «les mains propres» en cas d’accident. Accidents fréquents, vu qu’il n’existe de toute façon aucun équipement de sécurité et qu’ils sont obligés de couper les arbres par tous les temps, y compris en cas de tempêtes. Les cas de bûcherons écrasés par un arbre ne sont ainsi pas rares mais, comme d’habitude, «on n’a rien vu». Pas question d’électricité ou d’eau potable : bien plus, l’eau consommée vient de sources superficielles contaminées par les fertilisants et les maladies liées à l’eau stagnante. Je pense que ces quelques exemples suffisent à esquisser la situation des travailleurs forestiers, une situation courante, alimentée tant par la pauvreté matérielle que spirituelle de ce monde. Comme une étrange réminiscence, elle ne semble pas si éloignée de celle du Chiapas mexicain des années 20 décrite par B. Traven dans La révolte des pendus. Production de cancers Au terme d’un voyage qu’on ne pourra jamais se payer, un sourire d’idiot aux lèvres et le symbole du dollar brillant dans les yeux, ces «respectables» messieurs viennent investir dans «notre pays», accompagnés par le disque rayé des médias qui répètent à l’envie que «nous avons besoin des investissements pour améliorer l’économie, pour que de l’argent entre dans le pays». Et tout le monde en tire l’interprétation stupide que si de l’argent entre dans le pays, nous verrons le résultat dans notre portefeuille. C’est aussi vrai que lorsqu’ils nous assurent que la technologie dernier cri de ces usines ne générera aucune pollution. Evoquons par exemple la pollution organique persistante, de type bio-accumulative (ce qui signifie qu’elle n’est pas dégradable mais reste dans le temps et l’espace pour s’accumuler dans divers organismes) comme par exemple la dioxine ou les fluorures polychloratés, extrêmement toxiques. Cette contamination touchera le fleuve Uruguay, l’air et —par les pluies acides— entrera dans le sol, c’està-dire touchera les cultures et chacun de nous. La catastrophe de Valvidia Dans la ville de Valvidia au Chili, on peut croiser le rio Cruces, zone humide qui contient une riche diversité de plantes aquatiques, poissons, oiseaux. Un animal particulier est le cygne à col noir, avec sa manière élégante de nager. Ce petit paradis a pourtant été anéanti le 30 janvier 1994 avec la mise en service de l’usine de cellulose Arauco, du groupe Angelini, un des principaux producteurs mondiaux de farine de poisson, ayant également des intérêts dans les combustibles et l’industrie forestière. Ses principaux actifs se trouvent réunis dans Empresas Copec. Cette dernière est à présent une entreprise diversifiée qui détient une participation importante dans le commerce forestier à travers sa filiale Celulosa Arauco, et est devenue la plus grande entreprise chilienne en terme de capitalisation boursière. Il n’a pas fallu un mois après sa mise en service pour que les habitants des villes limitrophes de Valvidia protestent contre les odeurs insupportables qui provenaient de l’usine de cellulose, pourtant dotée de la dernière technologie finlandaise. Rapidement, les cas de

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Ce qui était vie avec toute sa biodiversité n’est à présent qu’un paysage de mort, une vision unique de voir les choses où le profit prime sur tout. La réalité des travailleurs forestiers Il y a entre 40 et 50 000 bûcherons qui travaillent pour cette industrie. Si on entend le travail salarié comme un esclavage, alors il se montre ici sous son visage le plus brutal. Chassés par la misère jusque dans les monts, ils passent cinq jours par semaine à tailler

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problèmes respiratoires, d’allergies et d’irritations ont commencé à se multiplier. Quant à la population de cygnes à col noir, elle a chuté de 12 000 spécimens à 1 500. Pourquoi un tel carnage ? Parce que les eaux de rejet dans le fleuve ont exterminé la plante aquatique dont ils ne nourrissaient, c’est-à-dire qu’ils sont morts lentement et douloureusement de faim. Le fleuve qui auparavant coulait de son bleu azur n’est à présent qu’un cloaque maronnasse où on distingue bien peu d’êtres vivants. Face à tout cela, la population a commencé à se mobiliser, tardivement, parce que comme d’habitude ils se sont fait endormir par «le travail», «le progrès», «le bien du pays». Pourtant en janvier 2005, ils ont obtenu la fermeture provisoire de l’usine, ce qui nous montre qu’on peut gagner contre le monstre et que cela ne dépend que de nous. La monoculture d’arbres date de plans vieux de plusieurs décennies, dans ce cas du gouvernement Pinochet. Ils ont ensuite été renforcés par les gouvernements démocratiques... Le nationalisme comme arme des riches Le fleuve Uruguay où se déverseront les déchets de Botnia partage les Etats argentin et uruguayen, et la protestation n’a donc pas surgit qu’en Uruguay, mais aussi en Argentine, précisément à Gualeguaychú, dans la province d’Entre Rios dont les côtes sont baignées par le fleuve Uruguay. Là s’est formée l’Asamblea Ciuadana Ambiantal de Gualeguaychú (ACAG : assemblée citoyenne et environnementale de Gualeguaychú), qui est celle qui a réellement mis les pieds dans le plat, celle qui s’est mobilisée avec beaucoup de force et qui, à travers des blocages de route aux postes frontières (ininterrompu de décembre 2005 à mai 2006 puis de novembre 2006 à aujourd’hui), font pression contre l’Etat uruguayen pour qu’il renonce à autoriser l’installation des usines de cellulose. Si pour notre part nous voyons comme une limite que l’assemblée ne s’oppose qu’à l’usine Botnia, oubliant par exemple de critiquer au moins le modèle forestier en général, voire la logique capitaliste qui les sous-tend, la résistance de «notre» côté du fleuve a eu au début un peu de force. Des groupes se sont créés à Fray Bentos, Mercedes, Montevideo et d’autres localités. Il y a eu des mobilisations variées, comme celle de «l’accolade sur le pont» du 30 avril 2005 où des milliers d’opposants des deux rives du fleuve se sont donnés une accolade chaleureuse au milieu du Pont San Martin (qui unit Fray Bentos à Gualeguaychú). Le 30 avril 2006, à l’occasion du premier anniversaire de cette accolade, 100 000 personnes des deux rives du fleuve rééditeront la rencontre sur le pont. Les protestations ont surgi de plusieurs milieux, avec divers points de vue, et nous autres, anarchistes, ne nous sommes pas fait attendre. Il y a eu pendant un temps un groupe spécifique contre «l’exploitation industrielle forestière et les usines de cellulose», des débats, des blocages de rues, des rassemblements ont été organisés, il y a eu beaucoup de propagande de rue. Par hasard, nous avons aussi eu connaissance d’autres activités comme le trashage des façades de Ence et Botnia à plusieurs occasions ou cette action qui a attiré l’attention : la destruction de milliers de plants d’eucalyptus dans une pépinière de l’entreprise Botnia dans le département de Paysandú en mai 2006. Les voleurs laissèrent un papier qui précisait «ils ne sont pas invulnérables». «Avec pour seule complicité la nuit, nous avons pu atteindre l’apparente invulnérabilité du grand monstre. La nuit du lundi 8 mai, des centaines de milliers d’arbres ont été saccagés dans les entrailles de la pépinière pour éviter que des milliers d’hectares ne soient transformés en champs d’arbres. La chaîne de production a été rompue, les spéculateurs sont perplexes... to be continued» précisait le communiqué sur indymedia Uruguay. *

Depuis plus d’un sa production à Fray Bentos. Depuis an, les médias ont 16 janvier 2008, Ence a commencé lancé une campal’implantation de l’usine à Punta gne extrêmement Pereira. Deux autres entreprises nationaliste, avec construiront des usines de celludes arguments du lose: Stora-Ensa et Portucel. type «les argentins veulent les usines En plus, il y a encore quatre autres pour eux seuls et projets pour ces usines de mort: Inveulent nous emternational Paper, Nippon Paper pêcher d’avoir du Group, Weyer-Haueser et Tapebicuá travail» (bien qu’il (Fanapel). semble qu’il n’y aura que 300 emplois directs, si on compte la première étape liée à la construction) et «nos représentants disent qu’elle ne polluera pas, alors pourquoi mentez-vous ?». Comme des supporters de foot, les uruguayens endossent le maillot de ces entreprises et rugissent contre les «méchants argentins», agitant le drapeau d’un Etat créé pour les intérêts commerciaux de la couronne anglaise. Pendant que quelques chefs d’entreprise trinquent dans leurs fauteuils, deux peuples se disputent au nom des intérêts de ces entreprises [le nationalisme uruguayen régénérant à présent le nationalisme argentin]. Entre autres faits ridicules, citons l’annonce du gouvernement en octobre 2006 qu’il enverrait les militaires protéger l’emplacement de Botnia contre de «possibles attaques argentines» ou, plus récemment, la nouvelle démonstration de chauvinisme à Montevideo le 5 février 2007 lorsque quelques membres des assemblées argentines sont venus distribuer des tracts plaza Independenzia avec l’appui d’un petit groupe d’uruguayens, et se sont fait pratiquement lyncher à coups de pierres, coups, insultes et crachats par une foule d’une centaine de personnes «indignées» défendant «la souveraineté du pays». On apprit le lendemain que la camionnette diffusant les consignes de haine au haut-parleur avait été louée par Esteban Valenti, le responsable de la dernière campagne du Frente Amplio au pouvoir. Comme à l’aube de la première guerre mondiale, resurgit cette même arme du nationalisme déjà utilisée par la bourgeoisie pour tenir en échec le prolétariat international, une arme qui a démontré son efficacité. Mais, compagnons, même lorsqu’il semble que nous ayons tout pour perdre et qu’au premier signe de résistance nous nous ferons empaler, depuis quand cela nous-a-t-il empêchés de réagir ? Nous avons aussi tout un arsenal à notre disposition et une confiance dont nous saurons user, rien ne nous a jamais retenus, et d’où nous sommes nous saurons bien employer toute notre énergie à changer l’état des choses. Il est toujours temps d’agir. Depuis les rues de Montevideo, avril 2007, un anarchiste débordant de vitalité et d’énergie qui ne pense pas baisser les bras. [Extrait de “Cette Semaine” n°92, mai 2007] * Quelques autres attaques: 19 juin, Montevideo : vers 3h20 du matin dans un entrepot du port éclate un incendie volontaire dans un dépôt de bois de l’entreprise Forestadora Oriental (filiale forestière de Botnia). 2000 m3 sont partis en fumée. 10 juillet, Montevideo : gigantesque incendie dans le bâtiment de Ence situé au croisement de Camino Durán 4195 et Coronel Raíz, dans le quartier de Peñarol. Une machine détruite et 40 000 m3 de bois en fumée rendent l’usine inopérante.

En novembre 2007 Botnia a demarré

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SÉDITIEUX D’HIER, RÉPRESSEURS D’AUJOURD’HUI
OMME DANS DE NOMBREUX PAYS d’Amérique du Sud, la gôche est arrivée au pouvoir en Uruguay il y a peu de temps, mettant fin à la domination des deux partis (colorado et national) qui régnaient sans partage depuis 1865. Le Frente Amplio (FA) créé fin 1970, vaste coalition de partis réformistes (des ex-Tupamaros au Parti communiste, en passant par les socialistes et des démocrates-chrétiens), a gagné l’élection présidentielle en octobre 2004, et ce dès le premier tour. Tabaré Vásquez, un socialiste déjà maire de Montevideo depuis 1990, prend ses fonctions le 1er mars 2005 en disposant d’une majorité au Parlement. Et en un peu plus de deux ans, on peut dire que la main gauche du Capital n’a pas chômé dans ce petit pays d’un peu plus de 3 millions d’habitants. Après une dictature militaire de 1973 à 1985 qui s’est employée à liquider l’explosion sociale de la fin des années 60 tout en préservant les intérêts des latifundistes exportateurs (viande, cuir, riz, laine et produits lactés) restés au temps de l’économie-à-papa, est donc venu le temps pour la gauche d’achever le travail commencé dans les années 90 par ses prédécesseurs libéraux pour créer un marché intérieur et une classe moyenne dans le cadre d’un Mercosur (marché commun regroupant Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, Venezuela) qui favorise l’intégration régionale dans la division mondiale du travail. Comme les pays voisins,

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Populaire contrôlé par les ex-Tupamaros du MLN), majoritaire dans la coalition du FA, et d’un Parti communiste qui a conservé une influence à travers le PIT-CNT, confédération syndicale unique, est donc non seulement de faire passer les réformes à grands coups de propagande, mais aussi d’un quadrillage étroit des quartiers. Le Plan d’Urgence destiné aux plus pauvres permet par exemple d’assurer un contrôle social par la distribution directe d’argent, tandis que la naissance d’une nouvelle bureaucratie offre la possibilité de créer un clientélisme par les postes de travail liés à la nouvelle administration (dans la fonction publique, mais aussi à travers Antel, la compagnie nationale de télécommunication, ou la pieuvre Ancap, qui possède raffineries, cimenteries et gère la distribution d’essence et de canne à sucre). Quant à la propagande, elle va du culte de la personnalité (pour Sendic, un dirigeant historique des Tupamaros mort en 1989 ou plus récemment pour l’ex-tupamaro Mujica, ministre de l’Agriculture) à une mobilisation permanente à travers le nationalisme (contre l’Argentine ou avec l’exaltation du «libérateur national» Artigas) et des médias qui ont remplacé les comités de base comme relais : les mots d’ordre du gouvernement comme le «pays productif» sont répétés à satiété. Il s’agit là de faire accepter de force pas moins que l’accroissement permanent du fossé entre les riches et les pauvres à l’heure où beaucoup croyaient au «changement», ce qui s’accompagne clairement par une forte militarisation de l’espace social. Outre une police et des vigiles armés qui ont carte blanche contre une délinquance croissante (la seule nouveauté du FA en matière de police fut d’y implanter son propre syndicat corporatiste), ce sont 1 100 nouvelles places de prison qui sont en cours de livraison et un projet d’en construire 2 000 autres pour pas moins de 15 millions de dollars. De même, la zone de Santa Catalina va recevoir un port militaire, dans la grande tradition de la dictature d’installer des casernes dans chaque quartier populaire de Montevideo. Au même moment, à l’autre bout de la ville dans la une zone bien bourgeoise (Carrasco), ce sont trois nouveaux quartiers privés, avec mur d’enceinte, caméras et gardes, qui vont surgir de terre sur 200 hectares. En mars, le gouvernement a aussi, dans la même veine sécuritaire, proposé de réintroduire le service militaire obligatoire ou d’étendre la gratuité du transport public à plus de deux agents par bus. A un niveau plus que symbolique enfin, pour un pays qui compte plusieurs ministres ex-Tupamaros ou communistes dont les militants

ont été incarcérés, systématiquement torturés, assassinés et incarcérés durant la dictature, la présidence de gôche a accepté en avril 2007 une proposition de loi de «Réparation aux victimes de la subversion» lancée par le député d’extrême-droite colorado Daniel Garcia Pinto, visant à verser une indemnisation de 150 000 dollars à chaque famille des ordures victimes d’accidents mortels du travail sous les coups de la guérilla de 1962 à 1976 (18 militaires, 34 policiers, 16 bourgeois). Et pour boucler l’ignominie, elle y a inclut 26 familles de desaparecidos (et uniquement celles-là, les seules officiellement reconnues par la Commission pour la Paix, sur les quelques 260 desaparecidos, sans compter les dizaines d’assassinés dans la rue ou par les Escadrons de la Mort). Le nouveau Président Tabaré Vásquez avait d’ailleurs déjà précisé le 2 mars sa théorie des «deux démons» (militaires et guérilleros sur le même plan), posant l’équivalence du terrorisme d’Etat et des attaques armées des révoltés, lors d’un meeting-bilan de ses deux années aux affaires devant 60 000 personnes : «face aux générations futures, disons plus jamais, plus jamais d’uruguayens contre d’autres uruguayens». En même temps, il y a pour la première fois depuis le retour de la démocratie en 1985 un nouveau prisonnier incarcéré pour «sédition» (deux années de prison minimum), comme au bon vieux temps où régnaient ses nouveaux amis : Fernando, qui a eu le tort de briser les vitres d’un McDo lors de la visite de Bush le 9 mars dernier. Pour terminer d’illustrer cette politique qui ne leurre que les sourds et les aveugles (une des premières décisions de Vásquez fut de renier une promesse du FA en posant son veto personnel à la légalisation de l’avortement), au lendemain de l’incarcération de Fernando le Parlement adoptait à l’unanimité droite/gauche la modification de l’article 394 du code pénal. Désormais sera punie de prison «l’occupation arbitraire, partielle ou totale d’un terrain ou immeuble», sachant que «la plainte pourra être portée par toute personne et à n’importe quel moment». Les dizaines de milliers de squatters survivant dans les bidonvilles en périphérie n’ont qu’a bien se tenir. L’Uruguay a souvent été considéré comme un modèle en matière sociale sur le continent (et l’est encore par les citoyens-flics du Monde Diplomatique, voir leur numéro de février dernier). S’il s’agit d’un modèle, il s’agit de celui d’une gauche latino en matière de pacification sociale dans un pays aux dimensions de laboratoire. Mais ce serait oublier encore une fois la mauvaise volonté de tous ces pauvres qui n’ont pas plus de choses à perdre qu’avant, et l’illusion en moins qu’une politique, même de gôche, peut changer leur vie. Vive la subversion ! [Extrait de “Cette Semaine” n°92, mai 2007]

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l’Uruguay a donc implanté de vastes zones de soja transgénique, développé son industrie forestière avec par exemple le projet de deux grosses usines de cellulose (la première sera inaugurée en septembre prochain) mais a aussi misé sur l’informatique en devenant producteur reconnu de software. Enfin, le pays a signé en octobre 2006 avec les Etats-Unis un Accord cadre sur le commerce et les investissements (TIFA) qui pourrait déboucher rapidement sur un Traité de libre commerce (TLC). Bien entendu, les espoirs suscités par le nouveau gouvernement ont été vite déçus. Le travail du MPP (Mouvement de Participation

URUGUAY

Le 9 mars 2007, une mobilisation a eu lieu contre la visite de Bush en Uruguay. Celle-ci s’est différenciée des autres par l’attitude combattive des manifestants qui ne faisaient pas partie du troupeau PIT-CNT (le seul syndicat en Uruguay). Il y eu des tags sur tout le parcours et six commerces ont été cassés (deux desquels étaient des McDonald’s), la vitrine d’un opticien a été pillée et un local de l’Eglise Universelle du Règne de Dieu a été attaquée. Une vingtaine de jours plus tard, la police a arrêté Fernando Masseillot pour avoir cassé une vitre de McDonald’s, l’ayant identifié grâce aux images que la presse avait remis aux services de renseignements.

Fernando a déclaré devant la juge qu’il était « contre la venue du plus grand génocidaire du monde, qui peut condamner à mort tous les jours des millions de personnes dans le monde entier, rien qu’en signant un bout de papier ». Accusé de ‘sédition’, il a passé six mois en cabane avant d’être relâché le 3 octobre 2007 et a réaffirmé à sa sortie qu’il ne regrettait rien. Au cours de cette période, différentes manifestations ont eu lieu pour exiger sa liberté. Par exemple, le 29 aout des mobilisations ont eu lieux à Montevideo et à Buenos Aires, devant l’ambassade uruguayenne pendant laquelle 15 compagnons ont été arrêtés.

ENTRE LES MAINS DE L’ETAT, LA VIOLENCE S’APPELLE LOI, ENTRE LES MAINS DE L’INDIVIDU, ELLE RECEVRA LE NOM DE DELIT
En 1844, Max Stirner avait déjà bien compris que l’état cherchait à avoir le monopole de la violence. Aujourd’hui comme alors, tout individu, seul ou organisé, qui se rebelle contre une institution ou une propriété sera réprimé et emprisonné. Quelle que soit la forme d’organisation de l’état (dictature militaire, dictature stalinienne ou démocratie), la violence est toujours exercée contre les individus par le pouvoir et en son nom. Que ce soit par l’école, l’esclavage salarié, la pauvreté et la faim, le contrôle de tous les aspects du milieu social et la marchandisation de nos vies ; ou grâce à ses moyens répressifs : la technologie, la police et l’armée, la presse, la psychiatrie, ses tribunaux et en prison.

dernier recours la

C’est là la véritable violence et elle n’est pas comparable à celle qu’exerce l’individu en attaquant ces structures ou les personnes qui les maintiennent, que ce soit de manière spontanée ou organisée, que ce soit au quotidien en générant des espaces de confrontation contre toutes les formes de domination. Nous voyons et nous soutenons ces attaques comme une façon valable et souhaitable de détruire tout ce qui nous convertit en esclaves. Soyons réalistes, ce n’est qu’à partir d’une offensive individuelle ou généralisée contre l’état/capital que nous pourrons arriver à vivre avec plus de liberté et d’autonomie. C’est pour cette raison que nous accompagnons la pratique de Fernando et de tous ceux qui ont exprimé et matérialisé leur rage durant la manifestation du 9 mars contre la visite de Bush et l’accueil servile que lui a fait le président Tabaré. Celui-ci, au nom d’un ‘pays productif ’, passe avec lui des accords économiques qui impliquent encore plus d’exploitation, de dévastation de l’environnement, de militarisation, plus de faim et de misère, plus de répression et de contrôle social. La juge Graciela Gatti, sous les directives du procureur Moller (et tout comme l’avait ‘intelligemment’ annoncé Pepe Mujica), a repris le tiroir fourre-tout de ‘sédition’. Le juge Lechini l’avait déjà appliquée pour la première fois sous un gouvernement progressif le 4 novembre 2005 aux rebelles de Cuidad Vieja. Cette opération répressive, qui ne fut possible que grâce au travail conjoint de la presse et du service de renseignements, a impliqué des perquisitions, un emprisonnement, des enquêtes en cours et la menace de ‘sédition’ qui pèse sur nous pour tenter de paralyser toute lutte contre le système. Ces tentatives ne suffiront cependant pas à faire taire notre lutte. Nous exigeons la liberté de Fernando et de tous les prisonniers de la guerre sociale. Nous nous solidarisons avec tous ceux qui participent d’une manière ou d’une autre à la révolte pour détruire cet existant. POUR POUR POUR POUR LA FIN DES PRISONS, LA LIBERTE DE FERNANDO, LA LIBERTE DE TOUS LES PRISONNIERS, L’ANARCHIE !

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Quelques anarchistes solidaires Début avril 2007

[Publié dans El mundo al réves, numéro unico para la guerra social, Montevideo, janvier 2008]

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8-9 juin, Santiago Vázquez & Melo : des mutineries éclatent dans ces deux prisons. Dans la première, seule l’intervention des forces de police a pu réduire les mutins, dont ceux du módulo 3, montés sur les toits, qui les ont accueillies en balançant de nombreux objets. La police a répliqué par des coups de feu. Il n’y a offi ciellement pas de blessés. Comme mesure de rétorsion, les parloirs ont été suspendus. Dans la prison de Melo, situé à Cerro Largo, les mutins ont réussi à

faire plusieurs blessés, dont le directeur, Mario Silveira. Les révoltes ont continué les jours suivants dans d’autres prisons : au COMAR (mineurs), elles ont aussi donné lieu à des tentatives d’évasion, tandis qu’à Salto, un prisonnier réussissait à se faire la belle. Les jours suivants, le tract ci-dessous a été distribué à Montevideo.

SOLIDARITÉ AVEC LES MUTINS !
Ces derniers jours, plusieurs mutineries et tentatives d’évasion (une d’elle victorieuse) se sont déroulées dans les prisons de l’Etat uruguayen. Face à de tels faits, comme face à tout acte rebelle, on ne peut que se solidariser et exprimer notre joie, qui s’allume avec chaque étincelle de liberté. Selon la presse bourgeoise, le directeur de la prison de Melo a été attaqué vendredi 8 juin au cours d’une mutinerie ; des révoltes et des tentatives d’évasion se sont produites dans le COMAR cette fin de semaine, tandis qu’un prisonnier s’est enfuit de la prison de Salto. En attaquant ce sinistre personnage (le directeur de la prison de Melo), les prisonniers s’attaquent à un des responsables des humiliations et des mauvais traitements auxquels ils sont soumis tous les jours, c’est pourquoi nous saluons leur geste. La torture que représente l’enfermement, les humiliations, les mauvais traitements physiques et psychologiques auxquels sont soumis les prisonniers et leurs proches, tout comme les fouilles, les abus physiques et sexuels et l’isolement poussent forcément l’individu à défendre sa dignité en détruisant l’espace où il est reclus et en attaquant ses bourreaux.

Dans les prisons (pour majeurs et mineurs), nous voyons la menace permanente du pouvoir contre tous ceux qui, choisissant ou non, vont au-delà de la misère à laquelle ils sont soumis, et en même temps la vengeance étatique contre ceux qui sont tombés aux griffes de la justice. Exiger l’amélioration des centres de réclusion et du système judiciaire c’est en définitive défendre le perfectionnement de la machine qui non seulement assassine des millions de prisonniers, mais aussi nous rend esclave afin que les puissants de service vivent au prix de notre sueur et de notre sang. Elles nous menacent, parce que le fait même de décider de vivre nos vies et nous relationner librement est en soi la négation de la domestication à laquelle ils souhaitent nous soumettre. De l’endoctrinement scolaire à la soumission absolue au travail, en passant par stigmatisation psychiatrique, ceux qui détiennent le pouvoir ou y aspirent souhaitent nous faire croire que leur déléguer nos vies est l’unique option possible. Elles nous menacent… mais nous y opposons notre détermination à agir directement contre l’oppression et toute violence imposée. La prison est un cimetière d’hommes et de femmes vivants ; Lutter pour la liberté de tous et toutes c’est les maintenir vivants.
[Tract distribué à Montevideo début juin 2007]

COMBIEN D’HORREUR F AUDRA-T-IL VOIR, COMBIEN DE GENS DEVRONT MOURRIR

?

Les capitalistes du monde entier exercent leur violence par les humiliations, vexations, tortures, faim, privations et abus. En sont la preuve les keufs, une grande partie de la population qui vit des poubelles, les milliers de personnes sequestrées et torturées dans les prisons, les commissariats et les centres d’enfermement, l’ensemble de la planète qui risque d’être contaminée, la répression et les guerres de tous côtés, les zones militarisées, etc. Même si ça c’est le pire, ce qui nous dégoûte aussi, c’est qu’il soit soutenu par la population. Car qui leur permet de mener à bien ce désastre ? Face à cette situation, la gauche progresse dans le Cône Sud, avec sa propre logique au service du Capital. Il est temps que cela prenne fin, et la seule manière d’y parvenir c’est de se rebeller contre le Système et de forger une manière différente, libre et anti-autoritaire, de vivre nos rapports.
[Affiche publiée dans le n°2 du journal de la Coordinacion anticarcelaria del Rio de la Plata, printemps 2006]

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Le 29 mars, «Dia del Joven Combatiente », est la date à laquelle, en 1985, les frères Vergaras – militants du MIR (Mouvement de Gauche Révolutionnaire) furent assassinés par la police. C’est depuis lors devenu un jour traditionnel de protestations et d’affrontements. Ces dernières années, les émeutes se sont étendues et les affrontements sont devenus de plus en plus durs. Les tirs contre les keufs sont venus s’ajouter aux pierres et aux molotovs.

En 2008, les affrontements ont touché, à part la capitale, les zones de Peñalolen, Estación central, Pudahuel et Conchali où des barricadas ont été incendiées et ou les keufs ont mangé des pierres. Les affrontements se sont soldés par plus de 200 arrestations et deux morts du coté des manifestants. René Eduardo Palma Mancilla, qui fut pris pour un flic en civil, s’est fait tirer dessus par des individus masqués et est mort d’une balle dans le thorax. Tandis que Jhonny Cariqueo Yánez est mort d’une crise cardiaque le 31 mars, suite aux coups reçus en garde à vue le 29.

JOURS DE FURIE, NUITS DE RAGE
ES RUES DU CENTRE de Santiago et de tant d’autres villes ont à nouveau été perturbées par le combat de rue de centaines de jeunes et par la destruction impétueuse de la propriété privée, le saccage et le vandalisme, tandis que la périphérie s’est montrée rebelle et furieuse, déchargeant sa haine contre les flics et les journalistes répugnants. Tous sont des prolétaires dégoûtés de leurs vies routinières. Que nombre de ces rebelles n’interrogent pas le petit confort de ce monde et son existence inutile est vu comme un mauvais présage pour la lutte de classe. Et pourtant les choses sont comme cela pour le moment, même si on a quand même vu un accroissement des conflits sociaux et des actions d’une plus grande radicalité, en témoignent tous les combats de rue qui avaient pour racine le mécontentement et la rage face au dénommé Transantiago. Une preuve de plus de la tentative de la bourgeoisie de capter la totalité du temps des exploités et d’imposer de façon violente l’usage de la voiture, une invention qui ne fait qu’encourager l’individualisme bourgeois. Mais ce n’est pas passé, et ça ne passera pas tant que les prolétaires descendront dans la rue pour exprimer en actes leurs vies de merde et leur rage, avec leurs corps, leurs pierres, leurs cocks et leurs balles. Que pouvons nous espérer de cette grandiose révolte ? TOUT. Parce que si nous n’en pouvons rien espérer, autant se contenter des revendications de salaires dignes, d’une éducation publique de qualité ou du transport gratuit [allusion aux revendications réformistes des gauchistes des derniers mouvements sociaux], le tout géré par l’Etat, et retourner s’asseoir à la maison pour regarder tranquillement la télévision. Si les bombes, les pillages, les coups de feu et les affrontements à coup de pierres et de cocktails molotov ne sont pas étrangers à ce jour-là, ni à la révolte, mais bien des actes qui, au cours des siècles d’exploitation et de lutte, montrent la rage de tous les exploités en furie. La réalité n’est pas la réalité des

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médias, qui nomment lumpen, vandales ou délinquants les protagonistes de ces conflits, les excluant ainsi de cette réalité de lutte, disant qu’elle ne leur appartient pas. Ils oublient que l’intensification des conflits et leur création, c’est la classe elle-même qui les produit, et que ceux-là mêmes qu’ils appellent lumpen, vandales ou infiltrés et ces actes qu’ils nomment destruction, pillage ou violence sont une conséquence de la situation sociale. Les médias de non-communication, idiotiseurs mentaux des personnes, créateurs de la soi-disant opinion publique, génèrent une pensée unique sur les émeutes et leurs conséquences, afin d’appeler à une condamnation hystérique de chaque acte de violence contre la police et ses blindés, ceux-là mêmes qui peuvent faire éclater et détruire un corps rien qu’en le touchant. Et pourtant ils s’horrifient d’un jet de pierres ! Ces mêmes médias qui ne se gênent pas pour serrer la main aux curés pédophiles et assassins, sont les premiers à montrer du doigt et de la caméra tout ce qui brise l’ordre social, parlant de la délinquance comme d’un phénomène séparé des conflits sociaux, créant cette fausse dichotomie délinquance/société. Ce mensonge est une falsification typique de la société du spectacle, car les effets de la dite délinquance ne sont qu’une contradiction de plus de cette société malade qui voudrait justifier chaque chose à partir des seuls paradigmes de ses responsables ou de ses pompiers moralistes. A part désinformer et semer la méfiance entre les gens, les médias ne font que se ridiculiser. Leur jeu médiatique protégé par l’Etat, porte ses fruits et envoie en prison bon nombre de « délinquants potentiels », un nombre qui s’élèvera énormément en juillet, quand l’Etat approuvera la loi des mineurs qui permettra d’envoyer directement en prison des jeunes de 16 ans bien qu’il le fait déjà depuis des années.

Ce spectacle est la façon de valider ses agissements répressifs face à l’opinion publique. Ces gens qui sont incapables de comprendre ce qui se passe et croient aveuglément ce que dit la télé, jusqu’au comble des conneries à propos des « vandales ». C’est pour ça que

l’Etat fait appel à ces gens, pour qu’ils valident en mots et en actes la persécution et la répression contre tous les rebelles. Les deux compagnons arrêtés à l’université technologique métropolitaine (UTEM) le 26 mars, à la veille du jour du jeune combattant, en sont la preuve. Suite à une sortie dans la rue, ceux-ci ont été livrés aux autorités après avoir été enfermés dans une salle de l’université par des étudiants en ingénieur informatique abrutis par leur soif de protéger leur université du lumpen vandale. Une université pour laquelle ils sont prêts à dépenser des millions et perdre les belles années de leur vies pour les domestiquer et les soumettre à l’esclavage salarié appelé travail. Les universités, les écoles, les

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maisons de redressement, les asiles psychiatriques et toutes ces institutions se veulent des enclaves de bonne conduite, ne peuvent être réformées ou améliorées mais elles doivent être détruites, il n’y a pas de bonne université, il n’y a que celle qui éduque à esclavage. C’est pourquoi nous pensons que nous avons raison de critiquer ceux qui face à des actions violentes, comme ils les appellent, ont choisi d’accuser et de criminaliser. Ils n’ont plus qu’à se pendre avec leurs propres cravates de bons étudiants avant de se faire défoncer par les hordes de barbares insurgés. La révolte, les actions des insurgés, qu’elles soient individuelles ou collectives, ne font que rendre peu à peu la vie à des centaines de milliers de personnes, en brisant pendant quelques minutes la paix sociale qui les bat avec le fouet cruel du capital, en faisant preuve de joie, de destructions, de passion et en créant de nouveaux rapports. La révolte n’est rien d’autre que la récupération momentanée de nos vies et la destruction des relations médiées par le capital. En fin de compte, la délinquance met en évidence la révolte d’un secteur exploité contre la société de classes, tandis que le système doit cacher ses contradictions en « gérant » le phénomène délictueux. En définitive la délinquance ne fait que montrer de manière explicite la lutte des classes elle-même. Parce que chaque jour est un jour de combat contre l’Etat et le Capital, Contre l’existant, ses défenseurs et ses faux critiques, Guerre sociale

[Traduction inspirée de “Cette Semaine” n°92, mai 2007]

Le 3 mai 2007, Rodrigo Cisternas, ouvrier forestier de 26 ans employé de l’entreprise Bosques Arauco, a été assassiné par la police. Sa mort s’est produite vers 22h dans la région de BioBio, alors que près de 1000 travailleurs en grève depuis 45 jours bloquaient la route afin d’obtenir

des hausses de salaire et de meilleures conditions de travail. Une fois la route coupée, les gardiens du capital sont arrivés et les affrontements ont commencé. Pour dégager les lieux, la police a utilisé force lacrymos et balles en caoutchouc, blessant une dizaine d’ouvriers et détruisant au

passage les véhicules des manifestants qui bloquaient la route. Rodrigo s’est alors emparé d’un tractopelle, son outil de travail, réussissant à renverser le canon-à-eau, avant d’être abattu par les armes automatiques des chiens en uniforme.

C’est ça leur paix, c’est ça leur démocratie

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DICTATURE

ceux qui s’entassent au centre et à la périphérie de toutes les villes, alors que si cela ne tenait qu’à lui, il nous aurait déjà tous assassinés pour renforcer ses projets. Assez de plaintes et de processions misérables qui ne cherchent qu’à calmer et à faire taire les voix dissonantes, ouvrant ainsi grand les portes à la répression contre tout ce qui brise l’ordre social. Comprenons une fois pour toutes que les morts suite à un assassinat par les flics, à un accident du travail ou dans les bidonvilles ne sont pas uniquement provoquées par ceux qui appuient sur la gâchette ou commettent une erreur, mais que le responsable, disons-le clairement, est le capitalisme dans son ensemble, la bourgeoisie dans son ensemble, indépendamment de qui a ordonné les tirs. Cet assassinat ne doit pas servir à renforcer les chaînes qui nous emprisonnent mais à transformer la guerre qu’ils mènent en une guerre sociale contre tous les exploiteurs. Et pour ce faire, il faut d’abord aller au-delà de la dénonciation des flics et de leur répression, et attaquer afin de détruire l’Etat et le Capital. Contre leur ordre démocratique, feu, pierres et subversion Balayons avec détermination toutes les formes de capitalisme
[Traduit de El Albigense n°0, juin 2007]

DU CAPITAL
L Y A QUELQUES JOURS est mort le jeune Rodrigo Cisternas, abattu d’une centaine de balles par les carabiniers du Gope et les keufs. Les mêmes balles, les mêmes armes nous assassinent aujourd’hui comme hier. Nous ne le disons pas d’une manière plaintive, vu que Rodrigo avait transformé l’engin qui l’assassinait quotidiennement par l’esclavage salarié en une arme dirigée contre les défenseurs du Capital, attaquant avec toute sa rage non seulement des voitures de la police mais aussi les assassins directement : en visant leurs corps. L’Etat n’est en effet pas seulement composé d’institutions et de leurs relations sociales, mais aussi de ceux qui dirigent et obéissent, d’individus avec un nom et un prénom. Et c’est lorsque nous attaquons non seulement leurs intérêts mais aussi leurs corps qu’ils commencent à avoir peur. La détermination et le courage de Rodrigo ont montré l’espace d’un instant qu’ils ne réussiront jamais à éteindre la guerre entre les classes, et que tous les appels au calme larmoyants des syndicats et des partis (à droite ou à gauche du capital) ne cherchent qu’à construire l’unité lui permettant de consolider ses projets. Nous ne demandons rien au gouvernement, parce que nous voulons seulement sa ruine. Il nous fait entendre des lamentations hypocrites sur ces gens qu’il déteste,

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LA LUTTE CONTRE LE TRANSANTIAGO
RANSANTIAGO EST LE NOM du nouveau système de transport collectif de la capitale, Santiago du Chili, entré en vigueur le 9 février 2007. Il a modifié les trajectoires des bus, leur fréquence, les entreprises chargées du service et imposé un billet électronique. Les centaines de micro-entreprises de transport qui assuraient le service public et couvraient toute la périphérie ont été remplacées par dix concessions. La révolte est venue des quartiers et communes périphériques pauvres de la capitale : Maipú, Cerro Navia, Huechuraba, Recoleta, San Bernardo, Pudahuel, Pedro Aguirre Cerda, Nuñoa, Estación Central (où est situé Villa Francia), Lo Barnechea. Dans certaines zones, les bus ne passent plus (les bidonvilles en particulier), obligeant ses habitants à marcher plus d’un kilomètre avant le premier arrêt, dans d’autres ils passent très peu en journée et pas la nuit, bloquant les habitants dans leurs quartiers. Il s’agit bien sûr, sous prétexte de «modernisation», d’isoler certains quartiers des zones plus riches dans une logique de contrôle social et d’autre part de coupler le transport public à une seule logique marchande (horaires de travail et d’école exclusivement, et une fréquence liée aux zones rentables : des quartiers bourgeois et classes moyennes vers les lieux de consommation), condamnant les pauvres à toujours plus de misère en les enfermant loin de toute activité. Tout le mois de mars, ces zones se sont donc insurgées contre le Transantiago avec des manifestations de centaines de personnes auto-organisées par quartiers, des blocages de routes, des barricades, et de durs affrontements avec les forces spéciales, de jour comme de nuit. Il n’est pas rare que ces derniers se prennent en plus des pierres ou d’une camionnette enflammée (le 14 mars à Lo Barnechea), des molotovs et des tirs d’armes à feu (à Villa Francia en particulier). La presse aussi a été prise pour cible à

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partir de ses premiers articles contre la “révolte des usagers”. De nombreux bus et camionnettes furent aussi attaqués et détruits, le mobilier urbain également (les feux de circulation par exemple), certaines nuits furent ponctuées de pillages ou d’incendies (un concessionnaire automobile rempli de voitures neuves le 12 mars). L’électricité a été plusieurs fois coupée dans les quartiers par les insurgés pour faciliter leurs déplacements et attaques sur un terrain qu’ils connaissent à fond, contrairement aux keufs. Suite aux incarcérations régulières (souvent de mineurs), des commissariats furent aussi attaqués (comme le 14 mars à Nuñoa) en une tentative de délivrer leurs amis, voisins et complices. Le 20 mars, tout type de manifestation liée au Transantiago est interdite, ce qui ne diminue pas les ardeurs combattantes. Les tirs d’armes à feu contre les keufs se multiplient dans les secteurs comme Villa Francia lors d’émeutes qui durent jusqu’aux premières lueurs du jour. Le gouvernement agite le spectre de «groupes paramilitaires» d’extrême-gauche et la présidente Bachelet finit le 26 mars par virer le ministre des Transports, celui de la Justice, de la Défense et de la Présidence, reconnaissant piteusement que «les gens de Santiago et les plus pauvres en particulier méritent des excuses de nous tous» tout en annonçant 5600 bus supplémentaires. Nous ne disposons pas de beaucoup d’informations sur la fin de ce conflit. Ce qui est par contre révélateur là-bas comme ici, comme ce fut le cas en Argentine en 2001 ou en France en 2005, c’est que les gouvernements sont assis sur les barils de poudre de la misère et des humiliations, accumulées par des années d’exploitation et de domination, qui peuvent s’enflammer au moindre prétexte. Reste à savoir comment ces explosions peuvent s’étendre jusqu’à supprimer définitivement les causes du problème, l’Etat et le Capital. [Extrait de “Cette Semaine” n°92, mai 2007]

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(AFP, 12/11/07) SANTIAGO - Un policier a été tué et 41 autres blessés dans la nuit de mardi à mercredi à Santiago, au cours d’incidents lors de manifestations pour le 34e anniversaire du coup d’État du général Augusto Pinochet au Chili, ont annoncé les autorités. Plus de 216 manifestants, selon le dernier bilan, ont été interpellés, essentiellement dans la capitale chilienne, à la suite d’affrontements avec les forces de l’odre qui ont éclaté dans plusieurs quartiers pauvres à la périphérie de Santiago. La victime, le caporal Cristian Vera Contreras, un policier de 36 ans et père de deux enfants, a reçu une balle dans la tête et est décédé quelques heures plus tard à l’hôpital, a indiqué le ministre de l’Intérieur Belisario Velasco. Selon des sources hospitalières, le policier aurait été mortellement touché par un coup de fusil. L’un des policiers blessés, qui a été brûlé par un jet d’acide, se trouve dans un état grave, a précisé le sous-secrétaire d’État à l’Intérieur Felipe Harboe, dénonçant une « situation inacceptable ». « Ce que nous avons vu cette nuit n’a rien à voir avec le 11 septembre avec la commémoration), c’est de la délinquance », a afirmé M. Harboe. Une enquête a été ouverte sur la provenance des armes de gros calibre dont plusieurs manifestants étaient en possession. Les Chiliens commémoraient mardi le coup d’État du 11 septembre 1973 qui renversa le président socialiste Salvador Allende, instaurant la dictature militaire de Pinochet (1973-1990). Au Chili, cette manifestation dégénère souvent au cours de la soirée en échauffourées. L’an dernier, plus de 230 manifestants avaient été interpellées.Cette année, la manifestation, qui se tenait pour la première fois depuis la mort de Pinochet, décédé à 91 ans en décembre dernier, s’était pourtant déroulée de manière plus pacifique. Une brève cérémonie avait été organisée par la présidente socialiste Michelle Bachelet au palais de la Moneda.

JOUR DE LUTTE CONTRE LE TÉRRORISME D’ETAT
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NE FOIS DE PLUS ce 11 septembre, la rage prolétarienne s’est manifestée, multipliant la révolte de toutes parts, avec des pillages, la destruction de la propriété privée, des barricades et des affrontements armés avec la police. Une fois de plus sont apparues les contradictions de ce monde, mettant clairement en évidence que le prolétariat éprouve de la rage, de la haine et surtout qu’il ne trouve pas meilleure manière de décharger son malaise face à la vie de misère à laquelle le contraint la bourgeoisie que de tirer des pierres, des balles et de mettre des barricades en feu. On peut peut-être questionner le fait que cette rage manque d’un certain degré de conscience ou ne s’organise pas de meilleure façon, mais cette manière d’agir en marge des partis, des syndicats et de toute bureaucratie est aussi ce qui fait peur à la bourgeoisie, puisqu’il est beaucoup plus difficile d’administrer des calmants à une rage qui déborde et devient incontrôlable. Ce 11 septembre n’a surpris personne car depuis plusieurs années ce mois est devenu un moment non seulement de souvenir, mais aussi d’intensification de la lutte, des idées, des pratiques. Cela n’a surpris que ceux qui, aliénés dans les canapés confortables de leurs maisons ou bureaux, contemplent le déroulement des événements en marge de la réalité. Et la réalité, qu’ils le veuillent ou non, c’est que Septembre sera un mois de révolte, un mois de mémoire historique, un mois de subversion, un mois où la jeunesse insurgée, celle qui ne se distingue pas par l’âge et qui est en marge de la politique, sort dans la rue se souvenir de tous ceux qui sont tombés, pour détruire un bout même minime de ce monde, reprendre en main sa vie. En effet, bien que la classe politique dise le contraire, la révolte et les explosions diffuses du prolétariat lui rend pour un instant sa vie dont il reprend le contrôle, révélant à grands traits que la guerre entre les classes existe et que cette guerre se livre au quotidien. Personne ne peut être surpris par le délice avec lequel les révoltés ont célébré la mort du sale flic à qui, ce qu’on espérait tous les jours, justice a été faite d’une balle en pleine tête dans le quartier populaire «La Estrella» de Pudahuel Sur. Quoi qu’en disent les médias bourgeois –car selon les premières informations qu’ils avaient fournies il avait d’abord été déclaré mort, avant que cela soit ensuite démenti–, c’est bien une mort immédiate qui lui a été administrée, cela n’a été qu’une question de minutes, et la balle était létale. Et comment ne pas rire de la mort de quelqu’un qui t’opprime au quotidien ou qui te pousse au sous-monde de la pasta base (1), lorsqu’ arrive ce grand moment ? Cette mort ne représente pas pour nous qu’un simple décès, mais la vengeance et le règlement de comptes (pour le moment) pour tant de compagnons anonymes ou pas qui ont laissé leur vie au combat et à qui le destin a joué un sale tour. Cette balle n’a pas seulement été tirée par celui qui a appuyé sur la gâchette, mais par tous les assassinés par les keufs, Claudia López, Rodrigo Cisterna, Daniel Menco, Cristian Castillo (2) et un interminable etc... Cette balle continuera à faire justice et à tirer les comptes au clair dans cette longue guerre sociale. Récemment, les rues de nombreux quartiers populaires se sont montrées rebelles d’un feu incandescent. L’action des keufs a été dépassée par la rage incontrôlée des manifestants qui, faisant usage de leurs armes à feu de gros et de petit calibre, ont fait reculer l’ennemi et en ont laissé plus d’un avec une grande peur ou une bonne blessure. La journée s’est soldée par plus de 40 keufs blessés plus ou moins gravement et plus de 300 arrestations, dont de nombreux mineurs ou de jeunes

11 SEPTEMBRE

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âgés de moins de 20 ans. Et c’est sur ce fait ponctuel que la bourgeoisie et les médias ont mis l’accent, parlant de ces jeunes comme d’inadaptés, de délinquants et de vandales sans perspectives politiques, qui n’ont pas vécu la dictature –eux– et qui n’étaient pas là lors du coup d’Etat de 73, comme si la rage et la misère se limitaient aux années 80 et comme si ce n’était pas le même malheur qu’ils nous obligent à vivre aujourd’hui, comme si de nos jours ce n’était pas au même esclavage que nous mène le travail et comme si ce n’était pas la même société esclavagiste qui contrôle chacun de nos pas. Quiconque croit que la démocratie est quelque chose de différent de la dictature se trompe. Ce n’est qu’une fausse dichotomie pour nous faire croire que ce monde est de loin le meilleur des mondes possibles, alors que la dictature comme la démocratie ne sont qu’une manifestation de plus des deux faces de la même monnaie : la tyrannie capitaliste contre l’humanité exploitée. En définitive, les temps n’ont pas changé, une dictature néfaste continue d’exister, oui, sans bottes militaires, sans violence obtuse, mais une dictature de la plus atroce violence qui assassine dans notre quotidien, dans les écoles, au coin des rues avec les drogues et surtout les conditions de vie qu’ils nous imposent, ça c’est la dictature du Capital. Il est possible que ces jeunes n’aient pas une tendance politique claire, pire, ils doivent haïr la politique, mais ce sont bien eux qui, année après année, sortent brûler des barricades et s’affronter à la police. Pour notre part, nous ne faisons pas de différence entre conscient ou pas, parce que dans la rue nous fraternisons dans la lutte et c’est là que se matérialise le changement dans les relations sociales, là où la barricade sépare les classes, d’un côté les journalistes et les flics qui servent l’ordre démocratique, de l’autre des jeunes de tous âges qui attaquent durement la police et il n’y a pour nous rien de plus beau [sic]. Si nous parlons de la violence dans les quartiers de manière si naturelle, ce n’est pas parce qu’elle n’existe que dans ces lieux, mais parce qu’elle s’y concentre, là où la majorité des jeunes n’a aucune possibilité dans ce monde, là où leur vie “sans valeur” est un nombre de plus sur l’échelle de la compétition du marché capitaliste, là où leurs conditions de vie ne les mènent qu’à voler, se droguer ou se tuer au travail salarié ; c’est la seule vérité. Une fois de plus, il a été démontré que la rage et la révolte se sont manifestées à cette date et que la jeunesse combattante, celle qui balaie les idéologies et les théories usées, montre sa claire détermination à combattre et à se battre et c’est ce que craint le pouvoir : que tous les petits signes d’insatisfaction, dont on ne peut nier l’existence, puissent se reconnaître dans un projet insurrectionnel. C’est pourquoi l’Etat sait bien que ces petites manifestations de rage et de haine qui génèrent de petites ruptures avec l’existant, comme c’est le cas lors du 11 septembre ou de la journée du jeune combattant, laissent entrevoir le chemin à parcourir, sans concessions, sans égards, sans partis ni syndicats.Finalement, ce qui fait le plus peur au pouvoir, c’est d’une part l’existence d’hommes et de femmes qui, face à la paix sociale et au manque apparent de critique

de l’Etat et du Capital, continuent à parler d’insurrection comme possible début d’une révolution qui mette fin à la tyrannie de l’autorité et de la marchandise, et d’autre part tous les individus anonymes qui commettent mille et une actions d’attaque contre les structures de la domination et de l’exploitation.

Pour tous les révolutionnaires tombés. Révolution sociale. Notre justice sera la vengeance de classe.

ecionespiratas@riseup.net 19 septembre 2007

NOTES (1) La pasta base est un dérivé bon marché de la cocaïne qui ruine le cerveau en peu de temps. (2) L’anarchiste Claudio López a été tué par les flics lors de la manifestation du 11 septembre 1998. Rodrigo Cisternas, un grèviste, fut assassiné par les flics le 3 mai 2007 en renversant une autopompe avec un tracteur. (voir un page avant) Daniel Menco a été assassiné par les flics lors des manifestations des étudiants le 19 mai 1999.

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Le 18 octobre 2007, la banque Security de Santiago du Chili est expropriée. Au cours de l’action, un agent des forces répressives (le brigadier Moyano) est tué. Suite à un énorme déploiement de police, une personne est arrêtée. Elle avoue et balance « le reste de la bande ». Commence alors la traque médiatique et policière contre les supposés braqueurs, Marcelo Villarroel, Freddy Fuentecilla, Juan Aliste et Carlos Gutiérrez, qui face à cela disparaissent dans la nature. Quelques mois plus tard, trois personnes sont arrêtées, parmi lesquelles Axel Osorio, prétendument impliqué dans un réseau de soutien qui aurait été sur le point d’envoyer des armes à l’un des fugitifs. Ces personnes sont actuellement détenues au pénitencier de Santiago1.

D’autre part, Marcelo et Freddy ont été fait prisonniers le 15 mars dernier en compagnie de David Cid (qui les aurait aidés dans leur fuite), dans la localité de San Martin de los Andes, dans le Sud de l’Argentine. Ils sont accusés de port d’armes illégales, de faux papiers et d’avoir menacé les agents de sécurité d’un night club. Marcelo et Freddy ont milité au sein du Mapu Lautaro et du MIR (Mouvement gauche révolutionnaire) qui ont combattu la dictature de Pinochet et poursuivi la lutte après l’avènement de la démocratie. A présent, Marcelo et Freddy se trouvent dans la prison de Zapala en Patagonie et David a été extradé au Chili où le réclamait la justice chilienne pour avoir aidé ses compagnons.

SOLIDARITÉ AVEC LES FUGITIFS ET LES DÉTENUS DU NÉO-LIBÉRALISME
A propos de l’emprisonnement de Freddy et Marcelo en Argentine
E 14 MARS PASSÉ, alors qu’ils entraient dans un bar de San Martin de Los Andes, Marcelo Villaroel et Freddy Fuentevilla ont été arrêtés avec David Cid Aedo par des militaires et des gendarmes de ce pays. Aujourd’hui, Marcelo et Freddy sont encore détenus à Junin de los Andes tandis que David se trouve à Zapala. Le gouvernement chilien demande leur extradition en raison d’un hold-up dans une banque Security de Santiago auquel auraient supposément participé Villaroel et Fuentavilla et d’autres combattants. Durant ce hold-up, un policier est mort et un autre fut blessé. En Argentine, on les accuse de port d’armes illégal et de menaces.

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pulaire. Marcelo a passé 11 ans de sa vie en prison, des années au cours desquelles il n’a jamais cessé de lutter ni ne s’est repenti. Au cours de cette période, il s’est éloigné de son ancienne organisation (Movimiento Lautaro) et du paradigme marxiste-leniniste. En prison, il prit part au collectif Kamina libre. Freddy a un frère qui fut prisonnier politique pendant la démocratie et il a lutté activement pour sa liberté. Ils se trouvaient en Argentine parce qu’ils étaient recherchés par la justice chilienne et qu’ils avaient déjà été condamnés, à travers et avec la complicité des médias, par le chef des carabiniers – le général Bernales - et par le gouvernement de Bachelet avant même d’avoir été jugés. L’ordre était claire : les capturer morts ou vifs et, comprenons bien leurs persécuteurs, plutôt morts que vifs. Pour le gouvernement concertationniste, il est important de les montrer en exemple et de punir nos compagnons, pas tellement pour les supposés délits qui leur sont imputés, mais, pardessus tout, pour donner une leçon au peuple qui continue à lutter contre ses exploiteurs malgré le fait que ceuxci se cachent derrière un masque démocratique. Ces défenseurs de l’ordre sont ceux qui prétendent effacer le conflit social historique encore bien vivant au Chili : l’histoire d’un peuple qui refuse de vivre sous le joug néo-libéral. Ce sont les mêmes qui veulent que le peuple arrête (par la force) de célébrer et de commémorer l’assassinat des frères Vergara Toledo le 29 mars 1985. Date renommée “jour du jeune combattant”, et qui, 23 années après, continue à allumer les barricades dans les rues de

Santiago et des autres grandes villes du Chili. Ce sont eux qui dirigèrent les balles contre Ariel Antonioletti, Claudia Lopez, Alex Lemún, Rodrigo Cisternas et Matías Catrileo, tous assassinés par balles par les sbires de l’Etat démocratique. Une génération entière de personnes en lutte fut emprisonnée, poursuivie ou se retrouva morte entre les mains de la démocratie concertationniste qui négocia avec la droite la “transition”, processus qui ne fut rien d’autre que le blanchiment du modèle économique imposé par la dictature de Pinochet. Nous ne voulons pas faire de nos compagnons des héros ou des victimes, le discours débile de la gauche s’en charge. Nous ne voulons pas réclamer justice à la démocratie et à ses juges de merde qui n’ont fait que remplir les prisons de combattants, de guerriers sociaux ou de personnes qui, à cause de la misère créée par le capitalisme, se voient dans l’obligation de se débrouiller en marge de la Loi. Nous n’espérons pas non plus la miséricorde du procureur Rebeco. On ne peut rien attendre de la part d’un porc qui, à la fin des années ‘80 et durant les années ‘90, en tant que greffier du procureur Torres, fut impliqué dans plusieurs cas de torture. Ceci est un appel à prendre conscience de la guerre qu’ils ont entreprise depuis longtemps à notre encontre. Que les manifestations pacifistes devant les ambassades et les consulats aillent se faire foutre. La meilleure solidarité envers toutes les fugitifs, les emprisonnés, et tous ceux qui subissent l’acharnement du capitalisme est de continuer la lutte là où nous sommes. Ici, là-bas au Chili, en Argentine, partout, se solidariser activement avec tous les prisonniers pour lutter, partout dans le monde. Les prisons ne nous font pas peur. Elles ne font qu’accroître et organiser notre haine. [Traduit de www.klinamen.org, 7 avril 2007]

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Ces deux accusations sont niées par nos compagnons. Au-delà de ces accusations, au-delà du fait de savoir s’ils sont innocents ou coupables - notions qui n’existent pas dans notre vocabulaire - nous devons réaffirmer quel est le vrai motif de cette persécution spectaculaire entreprise par le gouvernement de Michelle Bachelet : chacun des détenus a une réputation de guerrier social et de combattant po-

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LETTRE

OUVERTE DES COMPAGNONS

ARRETES EN

ARGENTINE

d’un Peuple Entier, qui vit en paix avec les assassins d’hier et avec les mercenaires assassins d’aujourd’hui. Où sont les photos des assassins d’Eduardo, de Rafael et de Pablo Vergara Toledo? Dans quelle prison se trouvent les DIPOLCAR qui ont assassiné Norma Vergara Cáceres? Quel est le visage de l’assassin de Daniel Menco ? Qui Juge les flics qui ont tué Claudia Lùopez B. ? Combien de condamnations à perpétuité pour les flics qui ont tué Yuri Uribe, Alejandro Sosa et Raúl Gonzáles dans ce bus au croisement de Apoquindo et Manquehue en Octobre 1993 ? Les cas où les faits parlent d’eux-mêmes sont innombrables et les raisons pour s’Organiser et Lutter sont infinies et nous n’avons pas pu, ni voulu faire la sourde oreille comme de lâches complices d’une histoire qui nous afflige jour après jour. Nous portons fièrement en nous les morts Rouge et Noir. Toutes et tous ceux du MIR qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour « Devenir Libres en Luttant ». Nous portons en nous avec Joie et Dignité tous les morts du Lautaro, qui avec une claire radicalité ont Lutté pour « Vivre et Faire la Victoire ». Nous portons fièrement en nous Alex Lemún, Rodrigo Cisternas, Luciano Aedo, Matias Catrileo et toutes et tous les Anonymes qui meurent tous les jours dans les commissariats, et dans les soi-disant « Accidents de Travail ». Familles, Frères et Sœurs, Ami(e)s, Compagnon(ne)s : Notre situation actuelle n’a en rien été facile, mais au moins nous avons la quiétude de savoir que nous avons été conséquents avec l’histoire de nos vies et avec le choix de lutte qui nous guidera jusqu’à notre dernier souffle… Pour ceux d’hier, pour ceux d’aujourd’hui, pour ceux qui viendront. LUTTER, LUTTER, LUTTER !!!!! Tant qu’il y aura de la misère, la rébellion existera! Ce n’est que par la lutte que nous serons libres ! ¡KIÑE NEWEN TÜIN! Marcelo Villarroel Sepúlveda Freddy Fuentevilla Saa David Cid Aedo Prisonniers Politiques Libertaires et du MIR en Argentine

* A nos familles, ami(e)s et compagnon(ne)s : * Aux individu(e)s, Collectifs, Organisations et Noyaux qui ont suivit notre situation actuelle avec un sain souci : Aujourd’hui emprisonnés à Junin de Los Andes, dans la province de Neuquen, en Patagonie argentine, nous voulons vous saluer d’un énorme baisé rempli d’Amour fraternel et d’une bonne part de cette fierté Subversive inépuisable pour tous vos soucis, vos gestes et vos complicités ; en ces temps ou l’Etat Policier Chilien, Criminalise, Réprime et Poursuit chacune de nos actions qui cherchent simplement une Vie Digne, Libre et Heureuse. Une fois de plus le coté le plus difficile de l’histoire nous revient, celui qui nous est réservé, à nous qui ne nous vendons pas. A ceux qui, comme nous, ne se résignent pas à la Paix Sociale des Riches qui nous Condamne, en tant que Peuple Pauvre, à vivre dans l’exploitation permanente, en baisant la tête, contraints à la normalité des salaires de misère, Condamnés dans leurs Prisons pour être les Enfants Rebelles du Prolétariat. Une fois de plus, nous voyons comment le Pouvoir se réjouit avec sa presse servile, en vendant des mensonges comme autant de vérités officielles qui facilitent ouvertement et d’une manière éhontée la Répression contre toutes les formes de Rébellion Populaire et de Protestation Sociale qui vont en grandissant bien que l’état chilien cherche à l’occulter. Bon nombre de faits le montre, ainsi que les conséquences qui en découlent. Quand l’Etat et ses Policiers Assassinent, Torturent et Mentent, cela prend le nom de « Justice », « Procédures Légales », « Preuves Irréfutables ». Quand nous, les pauvres, nous nous organisons et nous agissons dans la Réalité Sociale, nous sommes appelés « Terroristes », « Délinquants », « Antisociaux », « Vandales ». C’est tout le poids de la loi qui nous est destiné, avec tout le soutien de la classe politique et de la gauche pathétique qui fait continuellement preuve de bonne conduite, sans aucune dignité, pour recevoir sa petite Part de Pouvoir. C’est dans ceci que s’inscrivent ceux qui se croient maîtres des Morts-Disparus-Exécutés de la Dictature. C’est ici que se trouvent ces misérables avocats qui se battent pour les droits de leur porte-monnaie en s’attribuant les rôles de Paladins de la Justice. C’est ici que l’on trouve encore les Syndicalistes qui se disputent année après année le contrôle d’une CUT qui ne représente que les mafias du travail et qui n’ont rien à voir avec la vie quotidienne de millions d’Exploités. C’est de ce coté du trottoir qu’on trouve les Flics Rouges des Mouvements Patriotiques qui collaborent avec la Police Verte tous les 1er mai et 11 septembre, à la Chasse aux Incontrôlé(e)s qui, avec une Rage toute justifiée, attaquent les symboles et les expressions du Pouvoir et du Capital. Pendant les 17 années de dictature militaire nous avons grandi comme des enfants et adolescents Rebelles ; pendant 18 années de dictature du Capital, l’Etat Policier s’est consolidé plus que jamais de par le passé au Chili et en tant que Jeunes plus agés, nous avons du affronter la Persécution-Mort-Prison de centaines de Lutteurs Sociaux et de Combattants Populaires pour lesquels il n’y a pas de Justice… Comme par hasard : PINOCHET RIME AVEC BACHELET !! La droite-concertation-gauche sont la même merde ; une merde qui a mis à prix nos morts, qui a négocié avec l’Histoire de Lutte

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[Traduit de www.klinamen.org, 25 mars 2008]

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QUAND L’EXPROPRIATION ET LA DÉFENSE DES FAITS DEVIENNENT NÉCESSAIRES...
A propos d’un braquage de banque et de la mort d’un policier.

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E MONDE DE LA MARCHANDISE règne de manière ininterrompue et sans dégoût. Cela, tandis qu’ils nous imposent de manière violente la dictature du marché par-dessus nos nécessités humaines. Pour cela, le capitalisme a du mener une guerre tenace contre les exploités en assassinant, massacrant, enfermant et torturant, mais aussi à l’aide de maladies, de travail salarié et d’une vie pleine de misères. Aujourd’hui, en célébrant les 100 ans de l’assassinat de milliers de prolétaires lors du dit « massacre de santa maria de Iquique » au Chili, l’Etat et le Capital continuent à assassiner, peut-être pas via de grands massacres comme ceux de jadis, mais via la violence la plus silencieuse et la plus atroce, celle qui remplit les prisons et crée de nouveaux centres de torture légiférés par leurs lois putrides. La terreur d’Etat se fait sentir à chaque pas que nous faisons, s’accaparant de plus en plus d’espace et de temps. La garde blanche du capital nous envoie son message, toute personne qui ne rentre pas dans son rang “civilisé” sera terrassée par le pouvoir d’Etat, à l’aide de son appareil répressif. Les moyens de non-communication nous bombardent

me forme de rapport. Il faut dire que l’opinion publique n’est rien qu’un troupeau de moutons silencieux qui suivent sans penser les entraves de la bourgeoisie et répètent les commandements de la sacro-sainte propriété privée et de sa démocratie. Les citoyens répètent les stupidités qui émanent de la presse, se distanciant ainsi de ceux qui ne peuvent pas – ou ne veulent pas – faire partie du troupeau qui va pacifiquement vers sa propre mort. Face à une réalité aussi stupide et pénible, la société se trouve consternée par le braquage d’une banque et la mort d’un policier. Les imbéciles qui louent et réclament à corps et à cris le châtiment de la part des justiciers ne se rendent pas compte que la police et les banques sont les principaux soutiens de la colonne vertébrale de la société de classes. Tandis que les policiers armés jusqu’aux dents garantissent la propriété privée en prenant sa défense, les banques sont les coffres du commerce au service de la production et de la circulation des marchandises.

Une fois choisi pour l’affrontement avec l’Existant,...

La devise de la paix sociale se répand, tandis que l’on condamne à mort ou à perpétuité ceux qui ont le courage d’aller arracher une partie du capital dans les centres d’accumulation, refusant ainsi d’être vilipendé par le travail salarié. Le prolétariat ne connaîtra pas de victoire tant qu’il fera confiance et qu’il reproduira le langage des administrateurs de sa misère. Il continuera à être massacré certains et humilié tant qu’il ne remettra pas radicalechoix deviennent ment en question le monopole de la violence, necessaires et qu’il ne luttera pas pour arracher les armes à l’ennemi ; ne serait-ce que pour les détruire. L’Etat se prépare et pratique son terrorisme le plus brutal. Avec des perquisitions, des coups, des interrogatoires, des agressions sur des compagnons, des prises d’otages, des harcèlements, des mesures d’exceptions, etc. ; il en profite au passage pour continuer la militarisation des terres ancestrales mapuches en lutte ainsi que tous les quartiers qui mènent une guerre sans relâche contre l’Etat. La répression, sous toutes ses formes, tombe sur les nouveaux personnages poursuivis dans cette nouvelle – mais déjà bien connue – chasse aux sorcières. Juan

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constamment d’imbécilités à propos de la délinquance, du vandalisme et de la violence. Créant ainsi un consensus auprès de la dite opinion publique à propos de ces actes, appelant à grands cris à endurcir et à punir avec plus de fermeté ceux qui dépassent la loi et qui ne se laissent pas soumettre par le joug de la caste oppressante, introduisant dans la conscience de l’esclave des valeurs qui le font se distancier de ses frères de classe, tombant dans la compétition et l’avarice, niant la solidarité com-

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Aliste, Fredy Fuentevilla, Marcelo Villaroel, Carlos Gutiérrez sont accusés non plus d’un braquage de banque, mais de l’assassinat de sang froid d’un vil policier, chose qui pour nous ne veut rien dire, puisqu’il faudrait qu’on soit vraiment mal pour en venir à critiquer et à condamner quelqu’un ayant tué un policier où ayant volé un riche pour défendre sa liberté ou pour exprimer sa révolte. Les compagnons ont lutté contre la dictature du cerbère Pinochet, prenant une position active et déterminée pour en finir avec toute trace d’inhumanité. Ils ont lutté contre la transition signée entre les militaires et les sociaux-démocrates, pacte qui ne put sonner aux oreilles de ces jeunes rebelles que comme le revêtement d’un monde de misère par une joie qui n’arriva jamais. Entre 1990 et 1994, toutes les expressions subversives qui se sont affrontées pas à pas, arme contre arme à cette dictature du capital furent désarticulées, exterminées et massacrées. Pour ceux que l’Etat ne put assassiner, il n’y avait que la prison. La prison ne tarda pas à se convertir en un nouvel espace de lutte pour ces jeunes rebelles, lesquels, de par leur rage, ont put retourner leur situation ainsi que celle de leurs compagnons. Evasions, mutineries, grèves de la faim, attaques aux gendarmes, destructions – non pas symboliques, mais bien tangibles – de parties de prisons, de caméras de surveillance et de microphones ; contre-culture, écrits, poésie par delà le dédale pénitentiaire et son institution pourrie. Ce sont eux qui parvinrent à réduire en miettes une prison de haute sécurité construite pour leur extermination. Et c’est ainsi qu’ils construisirent leur liberté pendant leurs 14 années d’enfermement, pour ensuite continuer la lutte une fois dans la rue. La liberté ne nous sera jamais donnée par la caste qui nous opprime, elle ne sera jamais le résultat d’une médiation ou phagocytée par les récupérateurs de tous bords. La liberté se construit à travers la lutte, sans cajoleries ni misère.

Il est de notre devoir de se solidariser et de se faire les complices actifs contre cette nouvelle attaque de l’Etat et avec tous ceux qui rompent la paix sociale du Capital de manière quotidienne. Il nous faut abandonner le discours victimiste, qui nous a fait tant de mal durant des siècles de lutte, et passer à l’offensive contre ce monde en dynamitant toute imposition bourgeoise qui se retrouve dans sa juridiction. La culpabilité tout comme l’innocence sont des étiquettes que cette société du spectacle colle sur les personnes, pour les révolutionnaires et les rebelles ces termes n’ont pas de valeur en soi.
la seule vraie question qui se pose alors

Que les compagnons soient coupables ou innocents, cela ne nous intéresse pas, nous laissons cela aux institutions bourgeoises de l’Etat et à sa gamme colorée de partis politiques qui n’hésiteront pas à massacrer les prolétaires en révolte. Et de toutes façons, ici, le seul coupable est l’exploité qui a conscience de ce qui se passe et ne fait rien pour renforcer le camp de ceux qui luttent. Des « phénomènes » tels que les expropriations ou les exécutions de policiers ne peuvent pas être vus comme des faits isolés ou étrangers à la lutte des classes. Ce sont des actes inséparables, une manifestation de plus du processus de révolte à travers lequel les exploités récupèrent petit à petit leurs vies. La guerre sociale s’empare de tous les espaces et tous les endroits, elle devient nécessaire et urgente, mais elle se fait aussi de plus en plus inévitable. Contre les prisons et l’Etat ! Faisons de la solidarité une arme efficace !

... est si t’as a ta disposition les armes qui annulent tous les autres...

ta determination et le desir revolutionnaire de la LIBERTE !

CHILI

Aussi bien au Chili qu’en Uruguay et en Argentine, comme dans la grande majorité de l’Amérique Latine, l’avortement est interdit et le tabou moral des institutions religieuse pèse lourdement. Tout comme dans le reste du monde, le patriarcat y est imbriqué dans un complexe de rapports de pouvoir et de domination. Dans différents pays d’Amérique Latine, une lutte est menée contre la répression de l’avortement. Les articles qui suivent s’inscrivent dans ce contexte. Dans l’article ‘Contrôle et désespoir’, une critique pertinente de la lutte pour la légalisation de l’avortement est formulée. Cet article place aussi la légalisation de l’avortement dans le cadre

plus large de la lutte des classes et de la domination comme contrôle démographique. Bien que nous partagions largement cette analyse, il nous semble qu’il y manque une position de base, qui est que tout individu devrait être libre de décider de l’interruption de sa grossesse. Ce choix individuel (quelle qu’en soit la raison) est pour nous central et est le seul point de vue amoral qui offre une perspective anarchiste contre l’intrusion de la domination dans le fait d’avoir des enfants. Somme toute, cet article a été écrit à un moment spécifique et analyse une possible tendance au sein du système (la légalisation) qui ne correspond pas à la réalité, l’Etat argentin a en effet endurci la loi sur l’avortement et augmenté les peines début 2008.

Ni légal, ni illégal: avortement libre !

AVORTE... ET TU PAYERAS...
C
ONTRÔLE MÉDICAL, contrôle du corps par l’Etat, morale chrétienne, intérêts économiques… tous des fils d’une même pelote. L’avortement est de nos jours pénalisé en Uruguay, et l’histoire judiciaire de ces cinq dernières années compte trois cas de femmes poursuivies pour s’être fait avorter clandestinement. Le dernier de ces cas est récent : il s’agit d’une jeune de 20 ans poursuivie pour le délit d’avortement avec consentement, dénoncée par l’hôpital ou elle s’est fait soigner pour interrompre les hémorragies. Ce qui se passe généralement dans ces cas là, c’est que la femme fait alors partie de l’enquête visant à poursuivre les responsables des cliniques clandestines. C’est-à-dire que l’application de la législation actuelle dépend de l’interprétation qu’en fait le juge. Ce n’est pas par hasard si les règles du jeu se renversent dans le cadre légal quand le sujet est sur le tapis depuis un bout de temps. Au parlement, on commence de nouveau à discuter du projet de loi sur la santé sexuelle et reproductive présenté par des sénateurs et députés de différents secteurs du Frente Amplio. Et les poursuites qui servent à donner une leçon sociale et politique sont devenues un outil habituel du gouvernement, qui prend pour excuse l’indépendance du système judiciaire dans la prise de décisions. Mais l’hypocrisie sociale saute aux yeux : ceux sur qui retombe tout le poids de la loi sont les pauvres, qu’ils soient hommes ou femmes. Dans ce cas ci, il s’agit des femmes ; et décider de ne pas avoir un enfant, légalement c’est un délit, moralement un assassinat, socialement une irresponsabilité (l’argument typique étant qu’il fallait y penser avant), politiquement une justification de la pénalisation, économiquement une bonne affaire pour tous ceux qui profitent de la pénalisation en ouvrant des cliniques clandestines (médecins, sages-femmes, infirmières, etc.). Et n’oublions pas les laboratoires qui se remplissent les poches en vendant des pastilles qui sont rarement utilisées contre les ulcères et servent généralement à avorter (misoprosol). Et l’autoritarisme qui émane du gouvernement a pour figure suprême le président, qui est disposé à employer tous les moyens nécessaires pour continuer à traiter la pratique de l’avortement comme un crime. Cette attitude est confortée par la première dame (qui porte le nom de la vierge) qui prêche les valeurs de l’église catholique partout où elle va. Une église raciste, homophobe, qui craint les « rebelles », qui méprise les pauvres, les noirs, les femmes, les homosexuels et qui salue et protège les politiciens, les riches qui trouvent en elle un anesthésiant social et une justification de la société de classes. Tandis que meurent des milliers de femmes et que la justice réactionnaire poursuit l’une d’entre elles, la question de l’avortement se débat en terme de pénalisation et de dépénalisation de la pratique. Pendant qu’on discute de termes légaux, la sphère d’influence de l’Etat garde le contrôle. Et l’Etat est un outil qui fonctionne avec l’approbation des riches, des politiciens qui assument le rôle d’amortisseurs entre la fiction de la démocratie populaire et la réalité de la dictature du capital. En tant qu’anarchistes, nous refusons toute forme de contrôle ; et l’Etat est la forme de contrôle suprême qui, dans le cas de l’avortement, se manifeste à travers les médecins et la médecine, les juges et les lois, le parlement et ses décisions, l’église et sa morale. Il n’y a pas de loi qui protège ceux qui, comme nous, n’ont pas l’usufruit des bénédictions de ce système. La loi fait partie d’un système judiciaire qui a recours à l’ordre social qui s’impose au détriment des pauvres, puisque c’est la loi qui nous enferme, nous poursuit, nous criminalise. Par dessus tout, nous tenons à l’autonomie et au pouvoir de décision sur nos corps. Ce n’est pas le « droit » de décider que nous voulons, mais l’autonomie de nos décisions et de nos actions au-delà de tout contrôle social. Nous ne voulons pas la légalisation de l’avortement, nous voulons l’avortement libre.
(1) Il y a une législation en rigueur depuis 2002 qui n’impose pas aux fonctionnaires de dénoncer judiciairement les patientes, mais les oblige à signaler les faits au MSP (Ministère de la Santé Publique) endéans les 72 heures avec le plus de renseignements possibles. Ces renseignements servent aux statistiques.

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[Traduit de El mundo al Revés, número único para la guerra social, Montevideo, janvier 2007] [Publié dans Publicación Ácrata n°1, Hiver 2007]

URUGUAY

AVORTEMENT: CONTRÔLE ET DÉSESPOIR N
OUS N’ENVISAGEONS PAS DE SOLUTIONS pour le système dominant actuel, nous posons des problèmes. En d’autres mots, la solution des nombreux problèmes sociaux passe par l’abolition de l’Etat et de l’exploitation de l’Homme par l’Homme. Ces derniers jours, une succession de cas qui résument la criminalité et la douleur produites tous les jours par la civilisation bourgeoise, qui a pris un caractère public et médiatique, a lancé une discussion autour de la légalisation de l’avortement. Face à la délicatesse et au caractère tragique de ces cas ponctuels, les mots nous manquent. Nous prenons ici position face aux implications de la discussion, aux situations de désespoir social et au cadre d’un consensus croissant. Bien qu’elle ait encore un certain poids, l’opposition aux moyens de contraception et à l’avortement de l’Eglise catholique et des secteurs qui lui obéissent, n’a plus la même force qu’elle avait il y a quelques décennies. Face à l’accentuation des conflits sociaux et aux évidences établies, l’Eglise catholique a dû s’adapter aux exigences de l’actualisation pour ne pas perdre son influence et ses espaces de pouvoir. La reconnaissance du génocide indigène et de l’Inquisition, l’acceptation des théories scientifiques et la participation active à celles-ci, ainsi que la tolérance et la permissivité dans les questions civiles (comme le divorce ou les mariages entre individus d’un même sexe, etc.) font partie des éléments de cette adaptation face aux transformations et aux besoins historiques. Ces adaptations n’ont jamais été immédiates ni dépourvues de contradictions internes, elles ne signifient pas non plus un progrès ni une amélioration puisqu’elles sont fonctionnelles à la perpétuation institutionnelle et religieuse. Les changements de position de l’Eglise face à certaines questions ont toujours eu lieu. Sur à la question de l’avortement, le refus ecclésiastique actuel date de la moitié du XIXe siècle ; jusqu’alors il n’était pas condamné mais permis. Au IVe siècle l’Eglise condamne uniquement l’avortement dans les cas où la conception était le produit d’un adultère. Pour les principaux théologiens de l’Eglise, comme Saint Thomas d’Aquin et Saint Augustin – comme avant eux pour Aristote -, le fœtus n’avait pas d’âme le premier mois de gestation, et ce n’était que passé ce délai que l’avortement devenait condamnable. Actuellement, on peut s’attendre à un nouveau changement de positions, si ce n’est officiellement, au moins de certains secteurs, si l’on tient compte du consensus social croissant à ce sujet et des exigences politiques et démographiques qui demandent sa dépénalisation. Il y a en effet de larges secteurs catholiques organisés en faveur de l’avortement. Le Pouvoir n’est pas uniforme, il a des disputes internes, des secteurs plus démocratiques ou plus conservateurs, réactionnaires et progressistes ; des gauches et des droites qui canalisent les différentes tendances dans la même orbite étatique.

La question de l’avortement et de la contraception a sa place dans la problématique actuelle à laquelle doivent faire face les capitalistes et leurs représentants, celle de l’explosion démographique mondiale. Les 6 ou 7 milliards d’habitants que compte la planète auxquels viennent s’ajouter annuellement presque 95 millions, les millions de personnes sous-alimentées, les millions de personnes potentiellement dangereuses parce qu’elles constituent un excédent du marché mondial sont une menace qui se manifeste par des vagues d’immigration depuis les zones périphériques vers les centres de l’opulence, comme l’Europe et les Etats-Unis. Les immigrants sont concentrés dans des camps de détention quand les fortifications sont franchies, ou, une fois installés, ils produisent des explosions comme celles qui ont eu lieu en France. Le gouvernement des Etats-Unis veut maintenant construire un mur hautement technicisé qui parcourra des kilomètres de frontière avec le Mexique parce que les barbelés et les patrouilles ne suffisent plus. Le terrorisme religieux et la délinquance augmentent comme réponse désespérée à la situation créée. A cela il faut encore ajouter la déprédation environnementale dont la production capitaliste a besoin et la conséquente diminution des ressources naturelles et la hausse du prix de celles-ci, l’entassement et l’insuffisance des palliatifs du don et de la charité, ainsi que la menace de réduction des niveaux de vie privilégiés des classes dominantes. Le système se retrouve alors dans l’obligation d’envisager des formes de contrôle démographique pour prévenir des crises futures et présentes. Il n’empêche que les mécanismes de contrôle démographique continuent à rencontrer des réticences et des oppositions de la part de certains secteurs du Pouvoir. Mais de nombreux gouvernements ont dépénalisé l’avortement et lancent des campagnes d’éducation sur les moyens de contraception. Dans la chine maoïste, dès les années 70, le gouvernement a établi un plan de planification familiale strict, basé sur un système de primes et de sanctions, quand il n’était pas directement imposé, afin de réduire le taux de croissance de la population. Avortements, abandons d’enfants et infanticides féminins en furent les résultats. Les bourgeois sont les premiers intéressés par ce type de contrôles, ce sont les financiers du bateau-clinique qui parcourt les côtes des pays où l’avortement n’est pas légalisé ; ce sont eux qui soutiennent les ONG qui financent les interventions et sont à l’origine des campagnes. En Argentine, l’actuel ministre de la santé, Ginés González García, ainsi que différentes personnalités artistiques, intellectuelles et politiques sont en faveur de la dépénalisation. Parmi celles-ci, des députés de différents partis ont lancé des projets de loi sur le sujet. Il y a plus de 200 ONG locales qui participent à la campagne pour la légalisation. Le débat largement diffusé dans les médias, sur un thème qui était tabou jusqu’il n’y a pas longtemps, montre le niveau de consensus que la chose est en train d’acquérir. Au débat sur l’avortement vient s’ajouter, et ce n’est pas par hasard, celui sur l’éducation sexuelle – c’est-à-dire, la contraception – dans les écoles, non sans l’opposition des

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secteurs les plus conservateurs qui sont assez discrédités par les générateurs de l’opinion publique.* Les secteurs nantis peuvent payer des avortements dans des cliniques ou des centres spécialisés à des prix que la majorité des gens ne peuvent se permettre. Les pratiques ‘maison’ rudimentaires produisent des taux de mortalité élevées et de nombreuses lésions chez les femmes qui n’ont pas accès à ces lieux. Indépendamment d’une sensibilité fortuite et d’un humanisme stimulé, l’intention qui pousse certains secteurs du Pouvoir à légaliser les interventions et la prévention est de contrôler l’augmentation de la pauvreté étant donné sa dangerosité potentielle, en effet les secteurs privilégiés ne courent pas de risques dans des avortements illégaux. Ceci n’empêche pas que le besoin, le problème, la sensibilité et les intentions de ceux qui se joignent au mouvement soient bien réels. Ce que nous disons, c’est que l’augmentation du consensus à ce sujet est dans la logique et la fonctionnalité du système. La même chose se reflète dans la campagne en faveur du don d’organes. L’insistance de l’Etat sur ce point ne signifie en rien que les morts qu’ils provoquent font de la peine aux puissants, elle veut simplement dire qu’ils ont besoin d’un marché d’organes, légitimé et approuvé par la majorité, pour avoir à leur disposition un réservoir d’organes, que nous sommes, comme faisant partie de leurs ressources. Nous répétons qu’au-delà des problématiques personnelles, de la douleur et des souffrances qui sont bien réelles, le système a des mécanismes qui lui permettent de tirer parti de celles-ci. Le consensus grandissant en faveur de la légalisation de l’avortement se rattache aux mouvements féministes, apparus dans les pays économiquement les plus opulents, qui se développent depuis les années 60. Il faut souligner la fonctionnalité de ce mouvement. Quand le machisme était fonctionnel au système de stratification social, celui-ci était stimulé et encouragé. Maintenant que le capitalisme doit incorporer plus qu’avant l’autre moitié de la population – celle de sexe féminin – pour son exploitation ; le machisme comme mentalité dominante est condamné à reculer. Ce processus ne va pas sans contradictions ni obstacles, mais comme tendance, la participation de plus en plus grande du sexe féminin est évidente, aussi bien dans les domaines de l’administration et de la répression que dans celui du travail. La participation de la femme par l’intermédiaire du vote aux élections gouvernementales, instauré dans ce pays dans les années 50, ne peut pas être vu comme une conquête du sexe féminin mais comme une inclusion aux mécanismes de la domination démocratique. La manifestation de ce processus d’inclusion croissante se voit jusque dans la langue espagnole où, dans un large spectre politique et jusque dans le « mouvement » anarchiste, on se consacre à une distinction générique du langage. L’utilisation étendue d’un nouvel « esperanto » – fait de ‘x’ et d’arrobas – en est un échantillon. (1)

Toute cette situation culturelle, encouragée par la publicité et l’enseignement, à laquelle il faut ajouter le report de l’âge du mariage par rapport aux générations passées que permet une indépendance professionnelle et économique relative, fait en sorte que les classes moyennes et hautes soient les plus réceptives au féminisme et qu’elles soient, pour des raisons économiques, entre autres, celles qui réduisent les naissances ou directement les annulent. Des raisons économiques autres que les pressions de survie qui acculent ceux qui sont noyés dans la misère. Cette inclusion du sexe féminin dans les positions sociales – et les implications culturelles qui l’ont rendue possible – contribue, par rapport au sujet de la légalisation de l’avortement à établir les préceptes argumentatifs de la campagne pro légalisation. Un des principaux arguments invoqués est que la décision d’interrompre la grossesse revient entièrement à la femme parce que la gestation se produit dans son corps : l’exclusivité de la décision me parait discutable. Sur le même plan, ce qui est réclamé, c’est le droit de décider, mais comme la revendication est dirigée à l’Etat, celui-ci est légitimé comme tel, par conséquent c’est lui qui doit prendre la décision qui concède le droit. L’idée que c’est l’Etat, c’est-à-dire la Loi et la police, qui doit garantir la liberté de décision est la maxime de la mentalité étatiste – oppressive – selon laquelle c’est le Pouvoir en place qui est le régulateur de la sociabilité. En même temps, cela renforce l’idée que c’est l’Etat et la légalité qui définissent le concept et les limites de l’humanité, une conceptualisation qui était jusqu’ici le patrimoine exclusif de l’Eglise, que celle-ci se dispute et que l’on prétend transférer au gouvernement laïc. […] Aujourd’hui et demain, acculés par la misère, la faim et les maladies ; face au froid, à l’entassement et aux décharges ; dans les rues, sous les ponts, sur les places ; dans les colonies, les villes et les couvents ; mendiant ou traînant des charrettes, se nourrissant des poubelles ; dans les prisons, les commissariats et les containers ; dans les champs, les mines et les usines : nous ne montrons pas du doigt les issues désespérées. Nous pointons du doigt les plus grands criminels de l’histoire : la bourgeoisie et son système. A.G.
* Je ne suis pas disposé à considérer l’insensibilité, les mensonges et les positions réactionnaires des secteurs fascistes qui s’opposent à l’avortement et à la contraception. (1) En espagnol, les terminaisons masculines (le plus souvent ‘o’) ou féminines (le plus souvent ‘a’) sont dans le langage écrit politiquement correcte remplacés par des ‘x’ ou des ‘@’. (NdT) [Extrait de la publication anarchiste Libertad, Nº 38, septembre-octobre 2006, Buenos Aires]

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CHRONOLOGIE LACUNAIRE DE LA GUERRE SOCIALE DANS LE CONO SUR
2006
Montevideo, Uruguay 24/10 – Attaque avec cocktail molotov contre un siège du Parti Communiste. Revendiqué par La Furia de Kronstadt. Buenos Aires, Argentine 09/12 – Dans le quartier de Lanus se produisent des affrontements avec la police après qu’un café où deux sorteurs avaient tué un garçon ait été incendié. Il y a des blessés et des arrestations. Chili 10/12 — La mort de l’exdictateur chilien, le général Augusto Pinochet, décédé dimanche à 91 ans a été marquée par de violents incidents à Santiago et dans sa périphérie ainsi que dans d’autres villes du pays. Au moins six policiers ont été blessés et plusieurs personnes arrêtées. Buenos Aires, Argentine 20/12 – Cinq ans après les émeutes de 2001, plusieurs banques et commerces sont détruites. Des flics sont attaqués, dont cinq sont blessés. Chili 21/12— Le GOPE (Groupe d’opération de police spéciale) de carabiniers a détruit une bombe artisanale posée sur le fronton du Conseil de Défense d’Etat, situé dans le centre de Santiago. L’engin explosif consistait en une bonbonne de gaz de 5 kilos munie d’un système d’horlogerie. L’action a été revendiquée par le groupe Tamayo Gavilan. Chili 26/12 –Un groupe d’inconnus a lancé une attaque incendiaire qui a consumé deux engins forestiers à l’intérieur de la ferme Las Praderas, propriété de l’entreprise Mininco, à 40 kilomètres de la ville de Temuco. De plus furent incendiés 0,7 hectares de mètres cube de bois, pour un dégât estimé à 100 millions de pesos (140.000 euros). Rappelons que ces gigantesques exploitations forestières chassent les gens de leur terre et appauvrissent les sols, ruinant les possibilités d’agriculture vivrière et donc d’autonomie. Buenos Aires, Argentine 27/12 – Des proches et amis d’une jeune fille assassinée par balles en novembre attaquent un commissariat, incendient une voiture et détruisent un véhicule de police dans le quartier de Lanus. Ce sont près de 50 personnes qui sont entrées dans le commissariat, détruisant tous les meubles et le matériel, tandis que d’autres jeunes se déchaînaient au dehors. Providencia, Chili 14/02— Une bombe explose peu avant minuit devant le siège du Cantón de Reclutamiento [caserne militaire], détruisant sa porte d’entrée. Action revendiquée dans des tracts trouvés sur place par la Federación Revuelta 14F - Brigada Gaetano Bresci. Le texte précise notamment que «le Transantiago signifie l’imposition d’un système qui provoque exclusion et soumission sociale.» La Rioja, Argentine 15/02 – Plusieurs prisonniers de l’aile des mineurs (moins de 21 ans), commencent une révolte contre les mauvais traitements et réussissent à s’emparer de trois autres ailes, où se produisent de durs affrontements avec les matons (nombreux blessés de ce côté-là aussi). Les familles qui se rassemblent à l’extérieur sont dispersées à coups de lacrymogènes et balles en caoutchouc. Formosa, Argentine 05/03 – Un groupe de 90 détenus du bâtiment des hommes se mutine, brûlant des couvertures et exigeant la présence du juge pour lui remettre leurs revendications. Santiago, Chili 06/03 – Des centaines de personnes lapident des bus, élèvent des barricades incendiées et frappent sur des casseroles pour protester contre le nouveau système de transport Transantiago. Les manifestations durent jusqu’à l’aube et des affrontements armés ont lieu entre les manifestants et la police. La Plata, Argentine 10/03 – Dans le commissariat n°11 (les grands commissariats servent aussi de prison face à la surpopulation), 14 détenus se mutinent et prennent des flics en otage. Ils réclament de meilleures conditions et un rapprochement familial.

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Formosa, Argentine 03/01 – 200 prisonniers se mutinent pendant quatre heures, prenant des matons en otage et brûlant plusieurs cellules. Mar del Plata, Argentine 01/02 – Toutes les vitres de la permanence du Frente Para la Victoria, de tendance kirchnérienne [Kirchner est président], sont détruites. Le local avait été inauguré il y a peu. La même nuit, un local de la chaîne de supermarchés Toledo, responsable de l’exploitation de centaines de travailleurs dans la ville, subit de gros dégâts. Les deux actions sont revendiquées par des anarchistes. Buenos Aires, Argentine 04/02 – Le consulat espagnol est repeint avec des slogans en solidarité avec les prisonniers du 4F de Barcelone [incarcérés à l’époque]. La nuit même, un engin explosif est déposé à la Banca Nazionale del Lavoro, revendiquée en solidarité avec les prisonniers du 4F et tous les compagnons réprimés.

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CHRONOLOGIE

Buenos Aires, Argentine 15/03 Manifestation devant l’Ambassade du Danemark en solidarité avec les 197 camarades incarcérés à Copenhague lors de l’expulsion du squat historique Ungdomshuset (1982). Santiago, Chili 15/03 – Nouvelles manifestations contre le Transantiago, des barricades sont levées et les protestations incluent l’usage d’armes à feu et de cocktails molotov. Trois mineurs ont été arrêtés. Santiago, Chili 16/03 – 90 étudiants détenus et un carabinier blessé pendant une marche contre le Transantiago qui réuni plus de 2000 personnes. Corrientes, Argentine 19/03 – Les prisonniers de l’Unidad Penitenciaria n°1 se mutinent. On compte deux morts et un blessé grave lors de la répression. Une grève de la faim éclate la semaine suivante. Ushuaia, Argentine 21/03 – Une mutinerie éclate dans la Préfecture de Police. Elle a duré de sept heures du soir à quatre heures du matin, les détenus brûlant des matelas et rompant les vitres. C’est le commando anti-mutineries et les pompiers

Action revendiquée par le Grupo de la Cólera. Santiago, Chili 28/03 – À la veille du Jour du Jeune Combattant quatre bombes sont déposées aux divers points de la ville. Une bombe a été déposée devant un distributeur de véhicules de luxe Atal et détruit les vitres. Sur le lieu, des tracts sont laissés contre le Transantiago. A Maipú, un engin explosif touche un parking payant devant un Mc Donald’s. Santiago, Chili 28/03 – Un engin explosif est trouvé et détoné par la police à 100 mètres du palais présidentiel de La Moneda. Quatre autres attaques furent reportées dans la capitale Santiago, trois bombes ont provoqué des dégâts, sans laisser de blessés. Chili 29/03 – Divers affrontements avec les forces de l’ordre ont lieu durant toute la journée, pendant les protestations du Jour du Jeune Combattant. Des centaines de personnes furent arrêtées et tant de policiers blessés. Pendant la nuit se sont produits des affrontements armés entre manifestants et carabiniers, dans différents quartiers. Chili avril – Pendant tout le mois d’avril, différentes actions et mobilisations sont organisées contre l’imposition du nouveau système de transport Transantiago. Buenos Aires, Argentine 12/04 – 10 flics blessés lors de la tentative d’expulsion d’un terrain occupé depuis des années par des familles, à Lanus. Les affrontements ont vu d’un côté les boucliers, les matraques et les flingues, de l’autre des molotovs et des barres de fer. Providencia, Chili 12/04 — Le siège du parti Juventud Socialista (JS) a été attaqué par des inconnus qui ont lancé un engin incendiaire contre l’immeuble. La porte s’est consumée

pendant de nombreuses minutes et sa façade a subi des dégâts. Action revendiquée par Fuerzas Autónomas y Destructivas León Czolgosz. Buenos Aires, Argentine 13/04 – Des inconnus ont balancé deux molotovs à Villa Mercedes contre la maison de la sénatrice Liliana Negre de Alonso [PJ, parti du président] et de son mari, le Procureur d’Etat Mario Alonso. Uruguay 16/04 – Deux bombes incendiaires type ‘molotov’ sont jetées contre une vitre du siège du Cercle Policier de Uruguay. Les rideaux et le mobilier sont incendiés et une partie de la façade et de la cuisine ont été endommagés. Sur un bâtiment devant le siège apparaît le slogan « Vive la sédition ! ». Rio Gallegos, Argentine 24/04 – Un groupe de détenus de l’Unité 6 de cette prison pénale s’est mutiné, brûlant des matelas et refusant d’accomplir leur travail. Ils réclament l’accélération des jugements et plus de visites. Catamarca, Argentine 30/04 – Mutinerie dans le commissariat de femmes et de mineurs. Quatre mineurs et un policier sont hospitalisés pour débuts d’asphyxie. Quatre mineurs avaient commencé par brûler leurs matelas et ont ainsi provoqué l’intervention de la police. Buenos Aires, Argentine 10/05 – Mutinerie dans la prison pour mineurs de Agote. Suite aux affrontements, neuf prisonniers sont blessés. Ils brûlent des matelas et des draps et réclament des meilleures conditions de détention. Uruguay 14/05 – Le siège du Cercle Policier souffre une nouvelle attaque. Temuco, Chili 14/05 – Suite à une descente brutale dans les cellules, 11 détenus sont tabassés et torturés. Deux semaines plus tard, 600 prisonniers entament une grève de la faim.

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volontaires qui y ont mis fin. Deux détenus avec débuts d’asphyxie sont emmenés vers l’hôpital. Buenos Aires, Argentine 24/03 – Incendie du jardin et de la porte d’une Eglise pour mettre en évidence «la relation active de l’Eglise avec cette culture assassine, comme elle le fut en 1976 lors du coup d’Etat militaire».

CHRONOLOGIE

Buenos Aires, Argentine 15/05 – Des centaines de passagers enragés s’affrontent avec la police et détruisent une bonne partie du hall de la gare Constitución. Ils pillent des magasins et incendient les guichets de l’entreprise Metropolitano dans une protestation spontanée qui se produit suite à des retards des trains de la Ligne Roca. Les affrontements se terminent avec 21 blessés – 12 policiers et 9 passagers – et 16 arrêtés, deux d’entre eux mineurs. Santiago, Chili 21/05 – Deux engins explosifs sont détonés. Un devant l’Inspection du Travail dans la commune de Providencia, qui provoque des dégâts aux vitres et un autre, plus tard, devant le siège du Parti de la Démocratie dans le centre, résultant dans des dégâts dans une grande partie des vitres et du mobilier à l’intérieur. Concepción, Chili 07/09 – 18 personnes sont arrêtées suite aux affrontements qui se produisent dans les environs de l’Université et qui se prolongent pendant plus de six heures. Vázquez, Uruguay 08/06 – Après une descente de la police, une émeute éclate dans la prison. Deux détenus sont blessés avec des ‘coupures’. Dans le module 3, différents détenus sont montés sur les toits, mais descendus quelques minutes après par la police. Melo, Uruguay 09/06 – Une émeute éclate également dans la prison de Melo. Différentes personnes sont blessées, dont le directeur de la prison, Mario Silveira. Buenos Aires, Argentine 15/06 – Un engin incendiaire est déposé devant l’établissement du Congrès de la Nation. La porte principale est endommagée. Montevideo, Uruguay 17/06 – Un cocktail molotov est jeté à la porte de l’ambassade française. A quelques mètres du lieu avait été tagués « Vive les révoltes en France ».

Montevideo, Uruguay 19/06 – Un incendie éclate dans un entrepôt d’exportation de bois de l’entreprise Forestadora Oriental (filiale forestière de Botnia). 2000 m3 sont partis en fumée. Montevideo, Uruguay 21/06 – Un cocktail molotov est jeté contre le Lycée Militaire de Prado et explose près d’une bonbonne de gaz et produit des dégâts. Buenos Aires, Argentine 22/06 – Suite à une annulation d’un service dans la gare de Temperley de la ligne Roca, des passagers ont protesté énergiquement et ont bouté le feu à trois wagons. Après les destructions, un affrontement a eu lieu entre les passagers et les policiers. Un policier a été blessé à la tête par des pierres. Buenos Aires, Argentine 23/06 – Deux attaques incendiaires contre un siège de PRO. Chol chol, Chili 09/07 – Emeute dans le Centre de Réhabilitation de la Conduite. Les détenus montent sur le toit et y boutent le feu. Les dégâts sont estimés à 19 millions de pesos (30.000 euros). Montevideo, Uruguay 10/07 – Gigantesque incendie dans le bâtiment de Ence. Une machine détruite et 40 000 m3 de bois en fumée rendent l’usine inopérante pendant quelques jours. Buenos Aires, Argentine 14/07 – Rassemblement devant la prison de Devoto, où un communiqué est lu, des tracts distribués, des discussions se déroulent avec les prisonniers, les murs de la taule et les camions de l’administration pénitentiaire sont tagués, malgré les matons qui mettent en joue les manifestants. Chile 15/07 – Un explosif éclate devant l’ambassade de Grande Bretagne et produit des dégâts aux fenêtres. L’action est revendiquée par le groupe anarchiste Fuerzas Autónomas y Destructivas León Czolgosz.

Chol Chol, Chili 16/07 – Une trentaine de prisonniers se mutine dans la prison de mineurs de Sebame et boutent le feu au toit. D e u x jeunes profitent de l’occasion pour s’évader, mais sont repris plus tard par le personnel de sécurité. Santiago, Chili 21/07 – Un engin explose dans une poubelle devant la maison du ministre du Logement Patricia Pobrete. Il n’y a pas de dégâts. Tacuarembó, Uruguay 4/08 – Cinq mineurs se révoltent dans la prison INAU. Ils possédaient dix couteaux et deux fusils de chasse. Dans la journée, des fenêtres et des portes de l’aile d’isolement pour mineurs ont été détruites. Buenos Aires, Argentine 21/08 – Une mobilisation convoquée à la Casa de Santa Cruz se termine, après des affrontements avec la police, avec 44 arrêtés. Chile 25/08 – Une 40-aine d’encapuchonnés descendent dans la rue contre la prison du capitalisme, suite à l’enfermement de deux compagnons. Montevideo, Uruguay 29/08 – Manifestation en solidarité avec Fernando Masseilot, enfermé depuis 5 mois et accusé de sédition. Argentine 29/08 – Simultanément à la manifestation à Montevideo, une manifestation de solidarité a lieu devant l’ambassade d’Uruguay et se solde par en 15 personnes arrêtées, qui sont libérées après. Santiago, Chili 29/08: Une manifestation contre la politique de la présidente Michelle Bachelet s’est embrasée à Santiago du Chili. Au cours de cette journée de mobilisation, au moins 750 personnes ont été interpellées. Au moins 50 manifestants (10 dans un état grave) et 48 policiers ont été blessés. Les

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CHRONOLOGIE

manifestations s’étendaient du centreville à plusieurs quartiers populaires, des magasins ont été pillés et les manifestants ont élevé des barricades de pneus qui ont été enflammées. D’autres rassemblements ont eu lieu en province, notamment dans le port de Valparaiso, à Rancagua, et à Concepción. Santiago, Chili 31/08 : Un attentat à l’explosif a causé de nombreux dégâts dans les infrastructures aux abords du Canal 13 de Télévision. On a trouvé dans le secteur des tracts faisant allusion à un groupe subversif non identifié et dénonçant les medias, accusés “d’être avec le pouvoir capitaliste”. De même, ce groupe anarchiste appelle à une protestation violente le prochain 11 septembre. Santiago, Chili 11/09 : Un policier a été tué et 41 autres blessés dans la nuit de mardi à mercredi à Santiago, au cours d’incidents lors de manifestations pour le 34e anniversaire du coup d’État du général Augusto Pinochet au Chili, ont annoncé les autorités. Plus de 216 manifestants ont été interpellés, essentiellement dans la capitale chilienne, à la suite d’affrontements avec les forces de l’ordre qui ont éclaté dans plusieurs quartiers pauvres à la périphérie de Santiago. Le caporal Cristian Vera Contreras, a reçu une balle dans la tête et est décédé quelques heures plus tard à l’hôpital.

Buenos Aires, Argentine 22/09 – Une succursale de la chaîne immobilière Arkis, est taguée de slogans en solidarité avec Giannis Dimitrakis, compagnon anarchiste séquestré par l’Etat grec : «Giannis Dimitrakis dehors !», «A bas les murs de toutes les prisons !» Santiago, Chili 24/09 – Attaque à la bombe contre l’église de Santa María. Montevideo, Uruguay 28/09 – Les serrures de l’Institut Goethe et d’Iberia (compagnie aérienne espagnole) sont sellées. « Solidarité avec Gabriel et José » et un A encerclé sont écrits à côté. Buenos Aires, Argentine 28/09 – L’ambassade d’Allemagne est inondée de fax et d’appels téléphoniques. Buenos Aires, Argentine 10/10 – Attentat au concessionnaire Volkswagen en solidarité avec Gabriel Pombo da Silva et José Fernandez Delgado, qui sont détenus dans les centres d’extermination allemands et pour la liberté de tous les détenus du monde. Revendiquée par las Celulas Negras Revolucionarias Brigada Kurt Gustav Wilckens. Buenos Aires, Argentine 10/10 – Manifestation de solidarité avec Gabriel et José. Chili 10/10 – Cinq prisonniers Mapuche entament une grève de la faim pour exiger la libération de

tous les Mapuche enfermés et la démilitarisation des zones. Après deux mois, trois des cinq arrêtent la grève pour des graves problèmes de santé. Santiago, Chili 18/10 – Braquage de la banque Security. Les expropriateurs s’emparent de 21 millions de pesos (30.000 euros). Un policier meurt. Chile, novembre – L’État donne les noms de quatre compagnons comme principaux suspects du braquage de banque Security. Ils prennent la fuite. Santiago de Estero, Argentina 05/11 – 35 prisonniers meurent durant une émeute. Temuco, Chili 11/11 – Les forces répressives font une descente dans la communauté de Temucuicui et tirent de coup de feu de près. Un garçon de 10 ans est blessé au thorax, ses jambes et mains. Santa Fe, Argentine 29/11 – Treize détenus de la prison de San Lorenzo s’enfuirent après avoir réalisé un trou de 60 centimètres au plafond plâtré. Temuco, Chili 05/12 – Six personnes blessées après une tentative d’émeute dans la prison de Temuco. Une dizaine de prisonniers ont essayé de s’opposer à une descente de routine de police à la fin d’année et ont attaqué des gendarmes à coups de poings et de pieds. Les forces anti-émeute sont intervenues pour contrôler la situation.

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CHRONOLOGIE

Santiago del Estero, Argentina 06/12 – Deux prisonniers boutent le feu aux matelas et à l’aile. Une émeute éclate et se termine avec dix blessés. C’est la troisième émeute en un mois. Santiago, Chili 14/12 – Attaque à la bombe contre la Chambre espagnole du Commerce en solidarité avec les Mapuche. Santiago, Chili 18/12 – Engin explosif contre un local de la compagnie Telefónica. Santiago, Chili 19/12 – Attaques à la bombe contre une caserne de carabiniers et contre une succursale de la banque Santander. Santiago, Chili 20/12 – Engin explosif contre la succursale d’une banque dans le centre.

Devoto, Argentine 24/02 – Manifestation devant la prison de Devoto, en solidarité avec les prisonniers anarchistes en grève de la faim. Montevideo, Uruguay 27/02 : Attaque contre l’Institut Goethe, détruisant toutes ses vitres, en solidarité avec les prisonniers en grève de la faim. Montevideo, Uruguay 29/02 : La serrure du portail d’entrée de la Chambre de Commerce SuisseUruguay est bloquée. Sur les murs de la façade, le tag: “avec la grève de la faim des prisonniers, pour la liberté” avec un A cerclé... est laissé. Santiago, Chili 13/03 – Découverte d’un tunnel de 85 mètres dans les environs de la prison de haute sécurité de Santiago qui était muni d’un système d’éclairage et d’extraction d’aire. San Martin de los Andes, Argentina 15/03 – Deux personnes sont arrêtées et inculpées du braquage de la banque Security, de possession d’armes illicite, de faux papiers et de menaces à un agent de sécurité d’un night-club. Une troisième personne est arrêtée, comme complice de leur fuite. Providencia, Chili 18/03 – Une bombe éclate devant le siège de la Banque de Crédit et d’Investissement. L’explosion détruit un distributeur de billet et le premier étage. Revendiquée par las Columnas armadas y desalmadas Jean-Marc Rouillan. Santiago, Chili 23/03 – Deux séries de bombes sonores, fabriquées avec un extincteur avec une charge explosive, éclatent devant une succursale de la Banque Estado et provoquent des dégâts aux fenêtres. A l’extérieur se trouvent des tracts sur la commémoration du Jour du Jeune Combattant. Buenos Aires, Argentine 26/03 : Après deux semaines de grève et de barrages routiers, l’une des plus importantes révoltes rurales de l’Argentine s’est exacerbée au lendemain d’un discours de

la présidente Kirchner.

péroniste

Cristina

Santiago, Chili 29/03 – Durant les émeutes nocturnes dans les bidonvilles à l’occasion du Jour du Jeune Combattant, un manifestant meurt et 9 carabiniers et un garçon sont blessés. 232 manifestants sont arrêtés. Un engin explosif a été désactivé par les carabiniers près de la Cathédrale Castrense. Santiago, Chili 31/03 - Un jeune homme meurt d’une crise cardiaque suite aux tabassages dans le commissariat après son arrestation deux jours auparavant pendant les émeutes. Buenos Aires, Argentine 07/04 – A l’occasion d’un appel international de mobilisations en solidarité avec les trois compagnons accusés du braquage de banque Security, une manifestation a lieu dans les rues du centre. Des tracts sont distribués, des slogans tagués et criés et des affiches collées. Chile 25/04 – Mille étudiants manifestent dans divers endroits du pays contre la nouvelle loi d’éducation. Après un fort déploiement de force, plus de 500 manifestants sont arrêtés. Las Condes, Chili 25/04 – Une bombe à bruit éclate dans l’Université d’Opus Dei à Los Andes. Valparaiso, Chile 30/04 – Un groupe de personnes occupent le consulat argentin à Valparaíso avec le consul dedans, expliquant les exigences de liberté, d’asile politique et de refuge humanitaire pour les compagnons Freddy Fuentevilla, David Cid, Marcelo Villarroel, Esteban Huiniguir, Marcelo Dotte, Flora Pavez et Axel Osorio détenus en Argentine. Les forces spéciales de carabiniers font une descente avec le GOPE et arrêtent les personnes de force. Pendant 9 heures, celles-ci sont soumises à des interrogatoires ‘spéciaux’ et le procureur ouvre une enquête pour ‘désordre aggravé’. Deux jours après, David Cid Aedo est expulsé de la prison de Zapala vers le Chili.

2008
Vilcún, Chili 03/01 – Dans les environs d’un propriété du paramilitaire fasciste Jorge Luchsinger, un jeune étudiant Mapuche Matías Catrileo est assassiné par les balles de l’État. Il réalisait des récupérations de terre avec un groupe de comuneros Araucaria, Chili 25/01 – Aux 108 jours de grève de la faim de Patricia Troncoso, un groupe attaque des carabiniers. Plusieurs policiers sont retenus et un policier est blessé par un coup de feu. 13 arrestations. Chili 30/01 – Patricia Troncoso Chepa, la seule qui était encore en grève de la faim, arrête après 112 jours. Un accord a été conclu où des améliorations lui sont accordées à partir de mars, ainsi qu’à deux autres prisonniers Mapuche. Ils sont transférés vers un centre d’Etudes et du Travail. Buenos Aires, Argentine 18/02 – Des bombes de peinture sont lancées contre une succursale de la banque Itaú en solidarité avec les prisonniers anarchistes en grève de la faim dans différents pays.

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CHRONOLOGIE

18 mai 2008 - Attaque contre un commissariat au Chili

NOUS AVONS ATTAQUÉ LES BOURREAUX DU COMMISSARIAT N°26

Nous reviendrons pour faire plus, nous apparaîtrons où ils nous attendent le moins, guidés par la logique antiautoritaire de l’insurrection permanente, du sabotage, de l’action directe, de la belle vengeance qui nous apporte ne serait ce qu’un mètre supplémentaire de liberté, de cette liberté qu’ils nous volent chaque jour, qu’ils restreignent avec chacune de leurs lois nauséabondes. Nous sommes là depuis des siècles, nous dispersant maintenant dans le peu d’herbe qui pousse dans la ville pourrie. Quand ils nous chercheront, nous aurons déjà disparu. Quand tu liras ceci, vautour de chasseur, notre groupe informel sera déjà dispersé … peut être en train de faire les courses à coté de toi au supermarché ou te demandant l’heure à la sortie du boulot, accumulant les connaissances nécessaires pour, le moment venu, créer un nouveau groupe, avec d’autres personnes peut-être et mener ainsi une attaque toujours plus certaine. Les brèves minutes de terreur qu’ils ont senties aujourd’hui, s’intensifieront demain. Cela n’a été qu’un avant-goût. Pour mener à bien notre action, nous n’attendons l’autorisation de personne, la permission d’aucun illuminé qui donne le signal de départ. Nous décidons seuls du temps, du lieu et du comment, attachés à nos convictions et à notre analyse. La vieille rengaine selon laquelle il n’est pas encore temps de lutter et l’heure de l’attaque n’est pas encore venue, cette ritournelle putride sert à endormir leurs enfants. Répresseurs en puissance si nous ne nous décidons pas à faire quelque chose. Pour l’assassinat, pour le vol de la vie de notre compagnon Jhonny, nous ne voulons pas de commissions d’enquête, de querelles ou de sanctions juridiques. Nous n’attendons pas impavides que les assassins, leurs chefs et leurs complices prennent des mines affligées à la télévision. Ni leur préoccupation, ni leur repentir ne nous intéresse. Jhonny, guerrier, jamais martyre, exige la vengeance de chaque coeur anarchiste. Notre action ne prétend pas donner de leçon ni dire à personne comment mener l’insurrection. Car celle-ci n’est pas un schéma programmatique qui puisse être appliqué aveuglément comme une formule mathématique. Elle n’est pas morte. Elle se réinvente chaque jour, chacun apporte de nouveaux éléments et de nouvelles formes pour la faire éclater. L’important est ce qui se fait, qui vainc la peur et se libère des griffes de la répression. Qui approfondit l’apprentissage de l’un des plus beaux arts : LE SABOTAGE. Illuminant son visage du feu de l’insurrection. CHACUN DE VOS EFFORTS POUR NOUS FAIRE TAIRE VOUS REVIENDRA COMME UNE BOMBE. ET SI VOUS DORMEZ TRANQUILLES, NOUS VIENDRONS JUSQUE LA … CELLULE ANTIAUTORITAIRE INSURRECTIONNELLE JHONNY CARIQUEO YAÑEZ
[Traduit de www.hommodolars.org]

U

N TUBE REMPLI DE POUDRE ET UN SYSTÈME D’HORLOGERIE, voilà ce que nous avons utilisé aujourd’hui pour attaquer le commissariat n°26 de Pudahuel, l’un des centres de torture et de surveillance des exploitéEs, mettant par là même en évidence sa vulnérabilité. Démontrant la facilité de l’attaque. Concrétisant le rejet des gardiens de l’ordre des riches. La raison de cette attaque a un nom et un prénom, Jhonny Caiqueo Yañez, jeune anarchiste arrêté quelques minutes après l’inauguration à Pudahuel de la place 29 de Mayo dédiée aux combattants populaires tombés sous la dictature et la démocratie.

Jhonny et d’autres compagnons ont été interceptés par un fourgon du GOPE. Après avoir été tabassés, ils ont été arrêtés et amenés au commissariat n°26 de Pudahuel, où ils ont continué de subir d’incessantes agressions verbales et physiques. Suite au tabassage, Jhonny a commencé à ressentir des douleurs cardiaques. Lorsqu’il a demandé une assistance médicale, il n’a reçu que davantage de coups. Il est mort d’un infarctus le lundi 31 mars. Les coupables de sa mort se cachent derrière les murs que nous avons attaqués aujourd’hui. Unis par l’affinité de reconnaître notre ennemi et les moyens à utiliser, nous avons adopté l’organisation informelle pour le venger. Cette forme est dynamique, mobile et instable dans ses composantes particulières, mais constante et immuable dans le projet insurrectionnel, c’est-à-dire l’attaque permanente contre le capital, l’Etat et ses complices. Nous partageons avec d’autres compagnons qui ont mené différentes attaques contre des institutions du capital la nécessité d’agir directement contre la classe dirigeante dans ses quartiers, dans ses maisons !! Nous nous reconnaissons et nous communiquons avec ces frères de classe au travers des actions. Mais cette fois, l’urgente vengeance ne peut attendre et nous avons choisi comme priorité de faire chanceler la sécurité de ces criminels en uniformes. Aujourd’hui, le sol a tremblé sous leurs pieds. Aujourd’hui pour quelques minutes, une infime fraction de la terreur quotidienne qu’ils nous infligent leur a été retournée. Tenez bouchers … la voilà votre mort, regardez vous dans la glace et vous verrez le sang couler à flots sur vos gueules. Vous avez assassiné un de nos compagnons et vous allez le payer. Oui, vous le paierez !! Un cœur qui battait pour de magnifiques désirs de liberté, un cœur a été détruit dans un de ces cachots, cloaques du capital. ASSASSINS !! Nous viendrons vous chercher, vos vies et tout ce que vous avez construit. De votre société malade nous ne voulons rien, nous ne sommes ni marxistes, ni des communistes plus ou moins radicaux, nous ne cherchons pas de part du pouvoir. NOUS VOULONS LE DETRUIRE !! Nous ne voulons pas créer un nouvel Etat où nous serions à la tête des privilèges, ni humaniser le capitalisme. NON !! Avec chacun de vos luxes, de vos biens, de vos lois et constitutions, de vos drapeaux et hymnes, nous raviverons le brasier qui incendiera tout souvenir de votre monde de merde. Et du ciment éclaté resurgira la terre, libre de toute autorité. Nous plaçons notre action vengeresse dans le contexte de l’insurrectionalisme anarchiste, qui revendique, entre autres méthodes, la violence s’opposant radicalement à la misère humaine à laquelle ils veulent nous réduire.