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L’ACCORD DU 5 FEVRIER 2016, UNE

SYMPHONIE INACHEVEE
Par Chantal Volcy Céant
L’accord du 5 février 2016 avait, entre autres effets inavoués, de placer le
gouvernail de l’appareil exécutif de l’état haïtien entre les mains de
détenteurs du Pouvoir Législatif.
Contrairement aux objectifs de la
Constitution dite amendée, il opérait ainsi une confusion des pouvoirs,
anti démocratique, compte tenu du principe de la Séparation des
Pouvoirs. En effet, l’indépendance des pouvoirs de l’Etat que protège
cette séparation indispensable constitue l’un des principaux piliers de la
démocratie, d’où les précisions de l’article 60.1 qui stipule :
-

Aucun d’eux (des trois pouvoirs de l’Etat) ne peut sous aucun motif,
déléguer ses attributions en tout ou en partie, ni sortir des limites
qui lui sont fixées par la Constitution et par la loi.

En fait, si on insiste pour qualifier cet accord de « politique », c’est qu’il
s’agit exactement de camoufler cette collusion dont l’exécution
s’apparente à un coup de force porté par les élus du Palais Législatif.
Cet accord, inter alios, conclu entre le Président de la République sortant,
le Président du Sénat et le Président de la Chambre des Députés, d’une
manière générale, excluait de tout son processus tous les autres acteurs
de la vie nationale,
les leaders de la scène politique et, tout
particulièrement, les dirigeants des partis politiques représentés au
Parlement. N’était-ce pas, dans ce cas, un contrat de droit civil entre
tiers, convenu entre les citoyens Michel Martelly, Jocelerme Privert et
Cholzer Chancy, à titre personnel ? En ce sens, il faut s’arrêter sur la
question de la qualité des signataires.
Les trois signataires, identifiés en bas de page, agissaient en leur nom
propre, sans mandat spécifique ni accompagnement règlementaire des
institutions auxquelles ils appartenaient.
Ainsi, ils ont laissé leur
instrument vide de tout sens constitutionnel ou légal par rapport aux
prescrits relatifs aux Accords, ou par rapport aux attributions spécifiques
de l’Assemblée Nationale. Encore faut-il qu’il fût question d’acte du
Parlement et non d’un accord dont les protagonistes n’ont pas qualité

pour engager ces deux pouvoirs, l’un envers l’autre. L’intitulé de leur
engagement, précédant l’article premier, en est la preuve.
Outil dont se sont servis des hommes politiques pour se dégager du
corset constitutionnel, cet accord fait référence à ceux qui « se sont
engagés à sa mise en application comme étant les représentants des
deux (2) pouvoirs politiques, Co dépositaires de la souveraineté
nationale ». Il est triste de constater que la Nation ne peut plus se fier au
bon jugement de ceux-là mêmes en qui elle a placé sa confiance
puisqu’ils tordent le cou à l’article 59 qui devrait pourtant revêtir la plus
grande importance à leurs yeux, en vertu de sa lettre.
C’est en
application de ces normes qu’ils sont investis de leurs fonctions :
« Les citoyens délèguent l’exercice de la Souveraineté Nationale à trois
pouvoirs :
1- Le Pouvoir Législatif ;
2- Le Pouvoir Exécutif ;
3- Le Pouvoir Judiciaire.
Le principe de la séparation des trois (3) pouvoirs est consacré par la
Constitution ».
En vue de s’y conformer, ne fallait-il pas une intervention du Pouvoir
Judiciaire, d’une part, et, d’autre part, ne fallait-il pas que le Président de
la République soit assisté par les membres du Gouvernement en place
pour que le Pouvoir Exécutif soit valablement engagé au niveau de cet
accord ? Apparemment, une certaine approche théorique se développe
pour diminuer l’importance du Pouvoir Judicaire et faire, du même coup,
des deux autres pouvoirs dits politiques, deux éléments prépondérants
par rapport au troisième.
Certes, de par sa nature, le Judiciaire demeure le plus éloigné de l’arène
politique, le plus apte à faire preuve d’impartialité aussi. En effet, les
Juges, à cause de la pondération qu’exige l’exercice quotidien de leur
profession de distribuer la Justice avec justesse, se distinguent comme les
êtres les plus capables de s’élever au-dessus de la mêlée et de placer
l’intérêt général au-delà des préoccupations politiques.
Cette
compréhension de la fonction judiciaire commandait la lecture originelle
de l’article 149 de la Constitution de 1987 qui voulait que toute
présidence provisoire soit assumée par la Cour de Cassation.
De même, il n’est pas certain que les signatures qui y sont apposées à
titre respectif de Président du Sénat et de Président de la Chambre des
Députés évoquent les fonctions relevant de l’Assemblée Nationale,
troisième entité unique et spéciale, différente des deux autres qui forment
l’ensemble du Parlement, c’est-à-dire, le Sénat et la Chambre des

Députés. Par ailleurs, ayant rédigé leur papier en trois originaux, chacun
des signataires a probablement eu droit à une copie ; mais n’étant point
revêtu du sceau de la République, il n’a pu être transmis au journal
officiel, Le Moniteur. Cette procédure lui aurait conféré un caractère
officiel et exécutoire et en aurait fait un document historique, témoin d’un
moment exceptionnel de l’histoire d’Haïti, tout illégal et inopérant qu’il
soit. Où se trouve le texte originel de cet accord ?
On peut comprendre que la recherche d’une solution non-inscrite dans la
Constitution ne peut se faire que conformément à l’esprit de la
Constitution qui maintient, à tout moment, la possibilité de contrôle sur
l’Exécutif. Si l’Assemblée Nationale pouvait choisir le Président provisoire
en tant que détentrice de la souveraineté nationale, il est tout aussi
indiqué que ce dernier ne puisse être un membre du Législatif. Le Pouvoir
Législatif devait donc garder sa neutralité, son objectivité et son
indépendance, pour un contrôle efficace de l’Exécutif. De plus, cette
prérogative appartient à l’Assemblée des parlementaires et non aux
présidents des deux Chambres.
Les principes juridiques formulent des normes qui tiennent lieu de lignes
directrices, capables d’orienter la conscience et les actes des hommes et
des femmes de bonne volonté. Encore faut-il que ces derniers le soient
pour s’en inspirer et s’y attacher ; l’application de ces normes se basant
sur l’obligation pour les membres de toute société de faire primer, dans
tous les domaines de la vie nationale, l’intérêt général sur les intérêts
particuliers.
Ainsi, le jeu bien calibré de la représentation et de la participation du
peuple dans la direction des affaires nationales, à travers les fonctions
que remplissent les responsables de l’Etat, vise à prévenir et à empêcher
toute distorsion dans l’interprétation et l’application des lois, susceptible
d’entrainer les abus de pouvoir ou la dictature. On comprend alors tant la
spécialisation que l’interaction entre les différents espaces d’expression
de la souveraineté nationale dont la dénomination spécifique – le Sénat, la
Chambre des Députés, le Parlement, le Corps Législatif, le Pouvoir
Législatif, ou l’Assemblée Nationale, sert à en distinguer les
caractéristiques particulières et essentielles.
Pour simplifier, on peut dire, au départ, que chaque Chambre d’élus
détient des attributions propres que lui octroie la Constitution en vue
d’assumer le plein exercice du Pouvoir Législatif ; et qu’ensuite, la mise en
commun des travaux du Corps Législatif s’achève au niveau du Parlement.
Enfin, ces deux Chambres se trouvent exceptionnellement réunies en
assemblée unique, c’est-à-dire, en Assemblée Nationale, afin d’acquitter
les attributions que leur a confiées la Constitution, celles les plus cruciales

pour le bon fonctionnement du pays.
En ces instants, c’est la
manifestation, à son plus haut degré, de l’expression la plus parfaite de la
souveraineté nationale, la volonté du peuple haïtien.
Comment
comprendre alors la rédaction d’un quelconque accord avec l’impossible
vertu de convoquer une Assemblée Nationale, hors les prescrits
constitutionnels ?
Par ailleurs, il y a aussi nécessité d’appréhender les modalités de
l’exécution de l’accord du 5 février 2016 puisqu’on a pu constater la
disparition progressive des parties au contrat, ce qui ne laissait plus
personne ayant la responsabilité ni la capacité de s’assurer de son
application. Ce manquement explique un peu l’imbroglio actuel quant à
l’interprétation et l’application de l’alinéa 7 de sa section I traitant « Du
départ du Président du pouvoir le 7 février 2016 » qui trace une procédure
devant aboutir à l’élection d’un président provisoire et fixe, à terme, le
mandat de ce dernier. Il y est stipulé que « le mandat du Président
provisoire est de 120 jours maximum à partir de la date de son
installation.
Le cas échéant l’Assemblée Nationale prendra les
dispositions qui s’imposent ».
Aujourd’hui, tous les éléments stipulés au niveau des cinq sections de cet
accord se trouvent épuisés pour avoir été soit exécutés, mis de côté,
périmés ou violés. En effet, la première section de l’accord (Du départ du
Président du pouvoir le 7 février 2016) visait à constater la fin du mandat
du Président sortant et à aménager en douceur son départ du pouvoir,
vue l’absence au 7 février 2016 d’un président élu en mesure de prendre
son investiture comme prévu par la Constitution. Par conséquent, dès
cette date, Michel Martelly n’y tenait plus aucun rôle ; son mandat, qui
n’était que la durée de son séjour au Palais national, était arrivé
fatalement à terme. Mort subite.
Ensuite, la plus grave erreur, une supercherie de plus, résidait, en ce sens,
dans la candidature à la présidence provisoire du Président du Sénat luimême. Une fois élu, ce dernier s’effaçait à son tour du cadre de l’accord
comme partie signataire, capable de veiller à sa bonne exécution et au
respect de ses provisions. C’est le cas de l’exécution post mortem des
dispositions de dernières volontés. Par surcroît, ce dernier devenait en
tant que nouveau Président provisoire, bénéficiaire de son œuvre et
achevait par là son coup de force. Entre ces parenthèses, la ténacité à
s’accrocher au pouvoir se justifie ; l’auteur psychologique révélant qu’il y
a eu préméditation, préparation et perpétration de l’acte.
Relevons en passant les tâches confiées au Président Provisoire au niveau
de la section II (De la part du Président provisoire de la République) et de
la section IV (De la redynamisation du Conseil électoral provisoire (CEP)

qui n’indiquait nullement la formation d’un nouveau CEP puisqu’il
s’agissait de la reprise des activités en cours, dans le respect du décret
électoral en vigueur. Ces tâches donc visaient principalement :
1) Les consultations politiques devant aboutir à l’entrée en fonction d’un
Premier ministre ;
2) L’initiative de convoquer les secteurs ayant délégué des représentants
au précédant Conseil électoral provisoire (CEP) aux fins de confirmer
ou de désigner de nouveaux membres en vue de la reprise des
activités au CEP (entendez par là, l’organe du CEP).
Il ne restait plus, dès ce moment, que Cholzer Chancy comme seule partie
prenante au contrat, demeurant encore dans ses capacités de Président
de la Chambre des Députés. A ce niveau, on doit noter qu’il n’a pas été
procédé à l’élection d’un nouveau Président du Sénat et qu’ainsi, la
Chambre Haute n’aurait, à sa tête, qu’un Président a.i. qui ne détient pas
toute la latitude que confère la fonction, qui n’exerce point sur ses paires
l’influence qu’accorde la légitimité du vote, et qui n’assume pas non plus,
de manière automatique, la fonction constitutionnelle de Président de
l’Assemblée Nationale, selon les articles 99 et 99.1 de la Constitution.
Le coup de force du 5 février 2016 s’est concrétisé par le non-respect des
termes essentiels dudit accord lui-même.
La procédure qui y est établie constatait la situation exceptionnelle
provoquée par les graves évènements d’octobre 2015 qui n’ont point
abouti à l’élection d’un Président légitime, d’où la nécessité d’appliquer
l’alinéa 8 de l’article 98.3 de la Constitution qui donne à l’Assemblée
Nationale l’attribution de « concourir à la nomination d’un Président
Provisoire, conformément à
l’article 149 de la Constitution ».
Au
contraire, on a préféré évoquer le fait que ce dernier article n’avait point
prévu cette situation exceptionnelle afin d’éviter de l’appliquer, en profiter
pour sortir du rempart des normes constitutionnelles et s’engouffrer dans
les méandres d’un accord partisan, illégal, inopérant et incertain dont
l’inapplicabilité prévisible a abouti à la périphrase devenue célèbre, à
savoir, « le cas échéant, l’Assemblée Nationale prendra les dispositions
qui s’imposent ». Il se trouve que cette Auguste Assemblée demeure
assujettie à l’application de l’article 149 qui veut, selon ses trois
paragraphes, dans un premier temps et en toute célérité afin d’assurer
immédiatement la continuité de l’Etat, que « le Conseil des Ministres, sous
la présidence du Premier Ministre, exerce le Pouvoir Exécutif jusqu’à
l’élection d’un autre Président ».
Donc, on savait ce qu’il fallait faire au 7 février 2016 mais on a écrit un
texte avec le Président sortant, sans y mêler les membres du

gouvernement en place qui n’auraient pas souscrit aux termes de la
section III (De la part du Parlement) qui prévoit la nomination d’un
nouveau Premier Ministre.
Dans le but d’opérer des changements
politiques en profondeur, le grand prétexte évoqué fût que cette situation
ne correspondait à celles prévues au niveau des deuxième et troisième
paragraphes de l’article 149 amendé. Néanmoins, le mandat de cent vingt
jours accordé au Président provisoire semblait s’inspirer de cet article
auquel on refusait opiniâtrement de faire référence tandis que la nécessité
demeurait de pourvoir le Pouvoir Exécutif haïtien, bicéphale selon les
normes constitutionnelles, d’un Président au plus vite.
Pourtant, il fallait tenir compte de la crise politique existante, de
l’obligation de réaliser les élections générales en cours – raison pour
laquelle, s’il fallait recourir à un accord politique au départ du Président
Martelly, il fallait aussi le faire avec un consensus le plus large possible,
incluant toutes les composantes de la société ou tout au moins le secteur
politique. En ce sens, on peut citer en exemple l’expérience de l’accord
du 11 janvier 2015, quoiqu’elle fût tentée sans conviction, elle a pourtant
abouti au dégel de la situation préoccupante qui prévalait à la fin de
décembre 2014. De toute façon, étant l’œuvre d’un secteur particulier,
cet aménagement politique de 2016 qui permettait la mise à l’écart du
gouvernement en place lors, l’effacement total tant du Pouvoir Judiciaire
que des principaux acteurs politiques, constituait, par conséquent, une
main mise sur l’appareil de l’Etat, un accaparement des rennes du pouvoir
par une frange du Pouvoir Législatif.
De plus, en sa section V (De la poursuite du processus électoral initié au
cours de l’année 2015), l’accord affectait au Conseil Electoral Provisoire,
« redynamisé » de la manière qu’il indiquait, la tache de relancer, en
application du Décret Electoral de 2015, le processus électoral entamé
avec l’obtention, à date certaine, de résultats spécifiques, c’est-à-dire :
Au 24 avril 2016, l’organisation :
- du deuxième tour des élections présidentielles ;
- des élections législatives partielles ;
- des élections locales ;
Au 6 mai 2016 : la proclamation des résultats définitifs ;
Au 14 mai 2016 : l’installation du Président de la République.
A cet effet, les actions menées et les dispositions prises tant par le
Président provisoire lui-même que par le Conseil Electoral qu’il a mis en
place diffèrent totalement des missions qui leur ont été confiées et des
objectifs cités par ledit « Accord politique ». Certains diront que ces
dispositions furent mises à l’écart ou même violées.

Si, aux termes de l’article 136 de la Constitution, il revient au Président de
la République d’assurer, entre autres, le fonctionnement régulier des
pouvoirs publics, il faut croire que les auteurs avisés dudit accord
s’attendaient à ce que le Président provisoire puisse effectivement
conclure l’échéance électorale établie dans le temps qui lui était imparti.
De plus, le Président du Sénat d’alors, accédant lui-même de manière
insolite à la magistrature de l’Etat, devait être certain de s’en acquitter,
sans manquement, afin d’éviter au pays de tomber dans le flou dangereux
de l’interprétation de « le cas échéant » ainsi que des dispositions à
prendre par une certaine Assemblée Nationale au cas où cette présidence
provisoire manquerait à cette tâche ; une attribution parlementaire
supplémentaire qui ne figure point dans la liste établie par la Constitution
en ce qui a trait à l’Assemblée Nationale.
Ou alors, la prévision de cette circonstance singulière et de l’interprétation
à accorder au cas échéant, puisqu’il s’agissait spécialement de tenir des
élections au plus vite, faisait-elle partie d’un deuxième volet du coup de
force, compte tenu du fait qu’une prolongation additionnelle était déjà
contenue dans l’accord lui-même, l’installation du Président élu au 14 mai
2016 entrainant de fait la sortie du Président provisoire et les cent vingt
jours s’arrêtant au 14 juin suivant ? A ce stade, la Nation se retrouve
bloquée dans l’inconcevable, un président déchu qui ne quitte pas le
pouvoir, faisant frôler au pays, une fois de plus, une situation inédite,
susceptible d’agitations prévisibles et des troubles politiques les plus
graves.
Pour masquer la honte générale que provoquent de telles vilenies, en
toute bonne foi, maints secteurs en appellent au sauvetage national, à la
préservation d’une fausse stabilité politique, pour justifier que les
Parlementaires accordent à l’ancien président une prolongation, difficile à
définir, tandis que d’autres soutiennent la conclusion d’un nouvel accord
politique inclusif, dans le but de conclure les joutes électorales
préalablement entamées. Une question peut être posée : N’était-ce pas
voulu ou pour mieux dire, n’a-t-on pas provoqué, en connaissance de
cause, une telle confusion, puisqu’il était évident que ces élections
générales, vu les circonstances particulières actuelles, ne pourraient être
menées à bon port dans le délai imparti ; sauf la poursuite dans cet
intervalle d’un second tour ordonné par l’accord, et encore !
Depuis près de quinze ans, Haïti vit un état de crise politique chronique ;
crise généralisée par la non tenue des élections et aggravée par l’impasse
électorale de 2015. A ce propos, il importe de rappeler que ces deux
dernières années ont été marquées par la production d’une dizaine de
propositions de sortie de crise, avancées par divers secteurs tant sociaux
que politiques. Malgré leurs divergences, on y relevait au moins un point

commun : la nécessité d’un consensus politique large, aboutissant à la
formation d’un gouvernement de transition pour arriver à la normalisation
de la vie politique, compte tenu de la gravité de la situation et des
multiples et difficiles étapes qu’elle requiert. Généralement, on reconnait
que seul un Président constitutionnel, légal et légitime peut œuvrer à
l’établissement d’un climat de sérénité et de concorde, favorable à la
recherche d’une solution viable et pérenne aux problèmes haïtiens.
Pourtant, des politiciens avides, pressés de se couper une part du gâteau
qu’est devenu le pays, ont voulu faire croire que cette œuvre difficile
pouvait être accomplie dans le court terme.
Cette expérience cauchemardesque d’un pouvoir exclusivement
parlementariste s’est révélée inopérante et négative pour le pays ; elle
n’a même pas permis à ses concepteurs de consolider les effets du coup
de force amorcé. Malgré tout, on s’entête à se détourner des termes
applicables de l’article 149 pour la remise, pure et simple, de l’exercice du
Pouvoir Exécutif au gouvernement en place, sous la baguette du Premier
Ministre, assurant ainsi la continuité de l’Etat selon les prescrits de la
Constitution.
Ensuite, il aurait été possible d’envisager un accord
politique inclusif et réaliste pour la réalisation des élections libres et
sincères, devant doter le pays au 7 février 2017 tant d’un Président de la
République légitime que des autres mandataires du peuple, capables
d’adresser ensemble, les grandes questions nationales et de relever, en
consensus, les défis de l’heure.
Face au mépris envers les intérêts supérieurs de la Nation qu’expriment
les accapareurs de pouvoir, il convient de souligner à leur attention qu’il
est de mauvais gout de chercher à profiter de ses manquements
volontaires car « nul ne peut se prévaloir de sa propre faute ». En matière
politique, force est d’admettre que celui qui a induit la Nation en erreur,
aura démérité de sa confiance et ne saurait bénéficier de sa part d’une
seconde chance – voir de la lui réclamer, ou pis encore, de fait, de vouloir
la lui imposer.
Hélas ! Le sort d’une Nation est suspendu à la malice d’une phrase
perverse : « Le cas échéant, l’Assemblée Nationale prendra les
dispositions qui s’imposent ».
Le coup de force du 5 février 2016 est condamné à demeurer inachevé
car le peuple haïtien souhaite tourner l’ancienne page et avancer
assurément et résolument vers la démocratie.

Port-au-Prince, le 1er juillet 2016.

Chantal Volcy Céant
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