Bulletin d’information

24 MAI 2010 Syndicat national des journalistes CGT (La Nouvelle République )

Grève jeudi contre le plan de rigueur
Aucune augmentation pérenne sur les salaires ; PNH transformée en prime (très) aléatoire d’intéressement ; allongement considérable du temps de travail par l’introduction du forfait annuel en jours, synonyme de suppression des RTT : voilà quelques-unes des mesures que le directoire, ne s’interdisant pas de dénoncer les accords existants, veut nous imposer, en même temps qu’une extraordinaire intensification du travail. Le SNJ-CGT appelle les journalistes à se mobiliser massivement jeudi 27 mai contre ce plan de rigueur qui, engendrant des conditions de travail lamentables, ne peut aboutir qu’à une catastrophe, tant humaine qu’économique.
demande de la direction, demande à laquelle les syndicats ne se sont pas opposés) de la prime exceptionnelle de 200 €, censée compenser partiellement la perte de 2008 enregistrée dans toutes les entreprises de PQR. Problème : elle n’est pas pérenne, et son attribution à la NR ne change rien au gel de la valeur du point ni au retard sur l’évolution SPQR. Une piste de réflexion de l’intersyndicale consisterait à l’intégrer à la PNH. Cette solution nous paraît la meilleure. Alors que l’inflation de l’année 2010 est prévue à 1,97 %, et que notre contribution aux fameux “gains de productivité” de l’entreprise ne cesse de croître (par la diversification et l’intensification de notre travail), il n’est pas question pour nous de céder sur la question des salaires. L’intersyndicale, en réclamant comme base de la négociation l’application de l’augmentation indicielle nationale (0,70 %) et un rattrapage de 0,30 % au titre du retard pris ces dernières années, fait preuve, quoi qu’en dise le directoire, d’une grande responsabilité face à la situation économique de l’entreprise. PNH. – Le directoire a fait connaître ses projets concernant l’avenir de la prime non hiérarchisée. Afin de réduire ses cotisations sociales, il envisage, dès 2011, de transformer cette prime, qui possède le caractère obligatoire d’un salaire, en prime d’intéressement. C’est tout bonnement illégal : le Code du travail (article L. 3312-4) prévoit expressément que l’on ne peut substituer un mécanisme d’intéressement « à aucun des éléments de rémunération (…) en vigueur dans l'entreprise ou qui deviennent obligatoires en vertu de dispositions légales ou de clauses contractuelles. » De toute façon, quelle cohérence y aurait-il pour nous à accepter une telle substitution, qui reviendrait à contourner la loi pour priver les caisses de la Sécurité sociale des ressources dont elles ont besoin, tout en nous battant pour le financement des ces mêmes caisses, afin d’assurer la pérennité de notre protection sociale et de nos retraites ? Si la situation n’était pas si grave, on pourrait s’interroger sur l’humour noir de la direction : sur quoi porterait cet “intéressement” ? Sur les résultats ? Compte tenu des prévisions, on est en droit de se demander lesquels. Sur les performances ? En général, ce substantif flou fait référence à « l'atteinte d'objectifs » ou à « l'amélioration de la productivité, les paramètres choisis devant toujours être

RÉGRESSION SOCIALE = RÉGRESSION ÉCONOMIQUE

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’aucuns pensaient peut-être que la saignée que nous avons subie il y a quelques mois – destruction de 116 emplois dans l’entreprise (plus de 180 dans le groupe) et du quart de l’effectif de la rédaction – annonçait une trêve relative dans le calendrier de régression sociale concocté par la direction. Le plan soumis aux représentants du personnel lors de la NAO (négociation annuelle obligatoire) apporte un démenti brutal à cette éventuelle illusion. Le PSE, combattu l’an dernier par les salariés et leurs représentants, n’est, comme annoncé, que le point de départ d’un plan général de casse sociale, visant à la fois les salaires, le temps de travail, la charge de travail, et dont la prochaine étape, si nous ne réagissons pas avec la vigueur nécessaire, est… tout de suite. SALAIRES. – Comme on pouvait le craindre, la direction refuse d’appliquer l’accord national sur les salaires réels des personnels de la NR, les privant ainsi de l’augmentation, pourtant bien modeste, de 0,70 % au 1er avril. Cela signifie, comme nous l’avons exposé dans notre bulletin du 17 mai, que la valeur du point « journalistes » et donc notre salaire mensuel demeureront inchangés. Cette disposition est, pour nous, inacceptable : elle creuserait encore notre retard réel par rapport à l’évolution du barème SPQR, le portant à 5,06 % (3,96 points accumulés depuis le 1er janvier 2005 + 1,10 point datant de 1990-1991), et représenterait une nouvelle perte de pouvoir d’achat pour les salariés de la NR. Seul point sur lequel s’engage le directoire : le paiement (en deux fois, à la

objectifs, quantifiables et vérifiables par rapport à une situation clairement établie » (source : Éditions législatives)1. En clair, à tout ce que nous craignons justement de voir mis en œuvre : l’intensification du travail, l’allongement de la durée du travail… Par ailleurs, la loi oblige l’intéressement collectif à « présenter un caractère aléatoire », ce qui signifie notamment qu’il est interdit à un accord de prévoir un montant minimum d’intéressement. Dans son communiqué du 19 mai adressé à tous, le directoire affirme que « la transformation de la PNH 2011 en prime d’intéressement » se ferait « sans impact sur ce que toucherait chacun » (communiqué du directoire du 19 mai). Faux ! Cette allégation est à la fois illégale et mensongère. La PNH est un des éléments conventionnels de notre rémunération, qu’on n’y touche pas, si ce n’est pour lui inclure les 200 € de prime “exceptionnelle” (voir plus haut) ! DURÉE EFFECTIVE DU TRAVAIL ET FORFAIT EN JOURS SUR L’ANNÉE . – C’est une vieille obsession du directeur des Relations sociales : imposer aux cadres et aux journalistes, en matière de durée du travail, le forfait en jours sur l’année (article L. 3121-43 du Code du travail). Pour résumer, il s’agirait de ne plus faire référence à la durée légale du travail (trente-cinq heures hebdomadaires), donc de ne plus quantifier la durée quotidienne ou hebdomadaire du travail, et de fixer un maximum de jours de travail annuels – en l’occurrence, 218, au lieu de 201 actuellement et 193 avant la NRD ; 218 jours, cela nous ramènerait exactement à la situation précédant les lois Auroux de 1982 ! –, jours à durée effective de travail indéterminée. Autant dire que c’est la porte grande ouverte à l’allongement indéfini de la durée quotidienne, hebdomadaire, mensuelle, annuelle du travail. Cette proposition se heurte pourtant à quelques obstacles de taille :  notre convention collective, en son article 29, fait référence explicite à la durée hebdomadaire et mensuelle de travail effectif et exclut toute référence à l’année, ne prévoyant que « des réductions de travail quotidiennes, hebdomadaires ou mensuelles » ;  l’exercice réel de notre profession ne correspond pas à la définition d’autonomie requise par la loi pour le forfait en jours, puisque nous sommes soumis à des horaires collectifs, et que le chef de service définit notre planning et nos repos hebdomadaires2.

Bref, outre que cette disposition nous ferait régresser de près de trente ans en supprimant la quasi-intégralité des jours RTT, elle ne peut s’appliquer à nous. Nous en combattrons l’instauration par tous les moyens. Pour parfaire le tableau, il nous faut rappeler que, pour parvenir à ses fins, la direction ne s’interdit pas d’avoir recours à la dénonciation d’accords existants, synonyme de remise en cause des garanties sociales (un CE extraordinaire a failli être convoqué à cet effet). Et que la liste des atteintes à nos “avantages sociaux” n’est pas exhaustive : on pourrait aussi citer, par exemple, la révision de la grille d’entreprise, dont on peut prévoir que notre employeur ne l’envisage pas à la hausse. Les représentants du personnel sont peut-être, comme l’écrit de façon passablement injurieuse le directoire (dans son communiqué du 19 mai), « dans l’incapacité de comprendre, de mesurer et d’expliquer les difficultés auxquelles l’entreprise est confrontée ». On peut néanmoins se poser légitimement la question : une nouvelle fois, le directoire ne serait-il pas dans l'incapacité de comprendre et de mesurer l'exaspération que ressentent les salariés face à sa politique essentiellement fondée sur la régression sociale ; dans l'incapacité de comprendre et de mesurer que seule une prise en compte effective des revendications relayées par leurs représentants peut éviter que la situation n'empire ; dans l’incapacité de comprendre que l’entreprise a besoin de nous et de notre force de travail intacte pour que le journal vive ? La non-reconnaissance du travail, de l’élévation de la qualification qu’il requiert, l’intensification du travail et l’allongement quasi illimité de sa durée, la dégradation inéluctable des conditions de travail qu’elles génèrent sont des garants non de “gains de productivité”, mais au contraire de l’aggravation de la souffrance au travail, de l’absentéisme, de la démobilisation. Bref, d’une catastrophe sociale, humaine et économique.     Contre le plan de rigueur ; contre les attaques sur les rémunérations ; contre l’intensification du travail et l’allongement de sa durée ; pour une véritable négociation aboutissant à la prise en compte des besoins des salariés en général, des journalistes en particulier, seule capable de créer les conditions d’un redressement économique ;

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L’article L. 3314-2 du Code du travail stipule : « Pour ouvrir droit aux exonérations prévues aux articles L. 3315-1 à L. 3315-3, l'intéressement collectif des salariés doit présenter un caractère aléatoire et résulter d'une formule de calcul liée : « 1° Soit aux résultats ou aux performances de l'entreprise au cours d'une année ou d'une période d'une durée inférieure, exprimée en nombre entier de mois au moins égal à trois ; « 2° Soit aux résultats de l'une ou plusieurs de ses filiales au sens de l'article L. 233-16 du code de commerce, dès lors que, à la date de conclusion de l'accord, au moins deux tiers des salariés de ces filiales situées en France sont couverts par un accord d'intéressement. » Le directeur des Relations sociales persiste à ne retenir de l’article 29 de notre convention collective que le début de phrase du troisième alinéa : « Les parties reconnaissent que les nécessités inhérentes à la profession ne permettent pas de déterminer la

AVEC L’INTERSYNDICALE, NOUS APPELONS L’ENSEMBLE DES JOURNALISTES A SE METTRE EN GRÈVE JEUDI 27 MAI ET A PARTICIPER A L’AG DU PERSONNEL CE MÊME 27 MAI, AU SIÈGE. Notre adresse : dscgt.journalistes@nrco.fr
répartition des heures de travail », et en oublie tout le reste, ne serait-ce que la fin de la même phrase et la suivante : « le nombre de ces heures ne pourra excéder celui que fixent les lois en vigueur sur la durée du travail. Les dérogations exceptionnelles rendues nécessaires par l'exercice de la profession et les exigences de l'actualité donneront droit à récupération. » Récupération qui, on le sait, devrait largement excéder le nombre de jours actuel de RTT, et dont l’existence conventionnelle suffit à exclure le recours au forfait en jours.

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