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analyse

ÎRLDC 6224

L’authentification problématique
des actes quasi publics dans le
cadre du commerce international
La circulation des actes publics pose la délicate question de leur authentification. Les solutions
juridiques ne semblent pas à la hauteur des attentes pratiques du commerce international, tant
au regard des relations avec les États tiers qu’entre États membres de l’Union européenne.

Par Julie CLAVELTHORAVAL
Maître de conférences,
Université du Maine

Les entreprises sont fréquemment confrontées
au problème de présentation de documents
publics dans un autre État que celui dans lequel elles sont établies. Elles doivent faire face
à une multitude de démarches administratives.
Or, si l’utilisation des actes publics ne pose pas
de problèmes dans le cadre interne, il faut pouvoir certifier de leur authenticité en tant qu’actes
publics dans un État tiers afin que ces actes
conservent leur intérêt. À défaut, leur circulation
est compromise, faute de prouver leur origine.
Ainsi, à  titre d’exemple, pour ouvrir un compte
bancaire d’une de ses sociétés dans un État autre
que celui de sa constitution, le dirigeant devra
face à un processus complexe et prouver l’authenticité des statuts, des soldes des comptes,
de sa conformité avec la réglementation ou de
ses pouvoirs de représentation de la société, etc.
Cette certification est parfois longue et coûteuse,
ce qui freine les échanges commerciaux internationaux, y compris dans le cadre intraeuropéen.
Il ne semble pas exister de solution permettant
de totalement exclure les contrôles afin de fluidifier la circulation de ces actes. Néanmoins, les
acteurs du commerce international s’emploient à
trouver des remèdes toujours plus performants
pour permettre de la rendre plus efficace.
Le premier problème que rencontre la circulation
des actes publics tient au fait qu’un acte est ou
non qualifié d’acte public en fonction de chaque
État. La qualification de l’acte dépend donc de
l’État d’origine, c’est-à-dire de celui où a été
fait l’acte, et s’opère selon la loi de cet État. Un
acte peut donc être d’origine publique pour un
État et privée pour un autre. Or, les traditions
juridiques sont importantes et très variables
(v. Rev. crit. DIP 2003, p. 356).
Ainsi, en France, l’acte public peut se définir comme
le rapport individuel de droit privé au sein duquel
s’est produite une intervention de l’autorité publique

Numéro 140 I Septembre 2016

(Callé P., L’acte public en droit international privé,
préf. Mayer  P., Economica, 2004). Cette notion
inclut des actes qui ont pour dénominateur commun «  l’administration publique du droit privé  »
(Pamboukis Ch., Rép. intern. Dalloz, V° Acte public
étranger, déc. 1998). L’acte public serait donc « tout
acte élaboré ou prononcé par un organe public »
(Pamboukis Ch., L’acte public étranger en droit international privé, LGDJ, 1993, p. 3). Outre les actes
édictés par l’État, les actes publics sont également
ceux d’origine privée mais de «  confection publique », dits actes « quasi publics » ou « semi-publics  » (Pamboukis  Ch., V° Acte public étranger,
précité, n°  4), c’est-à-dire de ceux émanant d’officiers publics ou pris par les autorités publiques
françaises (v.  Pamboukis  Ch., L’acte quasi public
en droit international privé, Rev.  crit.  DIP  1993
p. 565 et s.). Par exemple, un acte purement privé
va être considéré comme un acte public ou quasi public lorsqu’il a été établi par un notaire. En
Europe, cette notion d’acte public fait l’objet d’une
définition autonome dans le cadre des instruments
européens.
Parmi la multitude d’actes publics, les actes d’administration publique du droit privé intéressent spécifiquement le commerce international (Pamboukis  Ch.,
V° Acte public étranger, précité, n°  6  ; v.  Pamboukis Ch., L’acte quasi public en droit international
privé, précité  ; Bollée  S., L’extension du domaine
de la méthode de reconnaissance unilatérale,
Rev. crit. DIP 2007, p. 307). Il peut s’agir d’actes très
variés dans divers domaines tels que, par exemple,
la propriété intellectuelle, les statuts des sociétés,
les pouvoirs des représentants légaux ou bien encore en matière de brevets, de marques ou de droit
immobilier. Ces actes sont si variés qu’il existe de
nombreux effets pouvant être recherchés par les acteurs du commerce, notamment l’authentification,
l’exécution forcée, la reconnaissance (v. Mayer P., La
distinction entre règles et décisions et le droit international privé, Dalloz, 1973).

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