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« Le royaume de France n’a jamais eu d’autre roi que le sien propre, et qu’il n’a jamais connu

aucun supérieur quel que fût l’empereur régnant » argumentaient les légistes de Philippe le Bel sur
la question de l’indépendance du royaume. C’est au temps de ce roi que c’est posé en France la
question de l’indépendance des deux puissances qui traditionnellement était en mesure de
revendiquer le dominium mundi : l’empereur et le pape. Une telle conception est au coeur d’une
longue lutte de près de deux siècles ( 1061 - 1250 ) entre le pape et l’empereur au cours duquel on
voit la papauté opérer la distinction entre l’autorité superlative qu’elle prétend détenir et la
protestas des princes qui ne peut être qu’une simple charge subordonnée.
Le texte ainsi étudié est une décrétale, lettre par laquelle le pape, en réponse a une consultation,
édicte une règle considérée comme source de droit. Ce document intitulé « Per venerabilem ,
voulant dire « le vénérable » est écrit en 1203 par Innocent III. Lotario Conti, élu pape le 8 janvier
1198 sous le nom de Innocent III, est considéré comme l’un des plus grands papes du moyen-Age.
Voulant renforcer son autorité suprême en garantissant la justice et la puissance du saint-siège,
gage selon lui de la cohésion de la chrétienté, il développa la lutte contre les hérésies et lança la
quatrième croisade. Dans cette décrétale, le compte William de Montepelier, Guilhem VIII
demande au pape Innocent III la légitimation de ses enfants adultérins, que le pape refuse au motif
qu’il n’est pas l’être compétent pour agir sur des affaires au temporel. Il profite ainsi de l’occasion
pour injecter dans le courant dominant du droit canonique médiéval une série de déclarations
d’une grande portée concernant les droits juridiques du pape dans les conflits laïc. La décrétale a
été incluse d’abord dans la non-officielle compilation de Alanus. Le développement rapide de la
souveraineté royale dans la seconde moitié du XIIIe siècle, et la capacité du souverain pontife à
intervenir dans la vie religieuse des états représentait un facteur de tension qui devait
obligatoirement conduire a repenser les rapports de France avec le Saint-Siège. C’est dans ce
nouveau contexte, que le Capétien devient de plus en plus intransigeant, face a toute atteint qui
pouvait lui être portée. De son côté, le Saint-Siège victorieux dans sa lutte contre l’empire en
profite pour élaborer toute une doctrine qui tend a créditer l’idée selon laquelle le pape peut
intervenir au temporel dans certains cas. Cette nouvelle vision des rapports entre les deux
pouvoirs ont été imaginées par l’entourage de Gregoire VII.
Cet équilibre difficile devient précaire lorsque le pape prétendit au nom de la morale et de la
religion, pouvoir intervenir dans le royaume pour orienter ou même limiter l’action du souverain.
Le pape a-t-il ainsi, toute autorité à intervenir dans les affaires temporelles pour ainsi légitimité des
enfants adultérins ?
L’autorité a légitimité des enfants adultérins serait une prérogative du pontife ( I ), mais ses
attributions s’étendraient bien au-delà de sa fonction spirituelle ( II ).

I - La question de l’autorité à la légitimité
Le Saint-Siège serait en mesure de légitimer les enfants adultérins ( A), cependant Innocent III
décline la requête et déclare que cette question est purement temporelle ( B )
A) Le siège apostolique possédant le pouvoir de légitimer
Le siège apostolique à la prérogative de légitimer des enfants nés d’un adultère pour qu’ils
puissent succéder : « Il semble en effet que le siège apostolique ait plein pouvoir en cette
matière » ; «  Des enfants, naturels mais même des adultérins ».

Le pape n’avait surement pas voulu ériger en principe une souveraineté absolu du roi de France
mais, simplement constaté qu’elle était effective dans ce cas précis. En dehors de l'exception que
constitue la légitimation des enfants de rois, car il n’a pas d’autre supérieur au-dessus de lui que le
pape, ce dernier ne veut ainsi pas légitimer.

B) Le refus de la légitimité des fils du compte

Prenant l’exemple du Roi Philippe II Auguste. II. alors que le souverain de France n’admet aucun supérieur. le pouvoir est réparti entre le pouvoir spirituel attribué à l’église et le pouvoir temporel au souverain. Les légistes royaux tirent ainsi argument du décrétale. le pontife romain décline la demande du compte et s’appuie sur des arguments pour expliquer que l’affaire n’est pas la même : « Par contre. mais s’étend au-delà. formant ainsi deux juridictions distinctes. pour affirmer que le roi ne saurait relever d’aucune puissance temporelle. peut intervenir dans le temporel sur son domaine et sur d’autre territoire : « Le siège apostolique peut agir librement dans le patrimoine de Saint-Pierre où il exerce le pouvoir du grand pontife et où il possède les pouvoirs du prince suprême » . l’église va dépasser de sa fonction et ainsi s’attribuer une partie de la puissance temporelle. le spirituel se voit exercer des prérogatives du temporel (A). « Le roi n’est notre sujet seulement au spirituel » . nous décidons de surseoir à ta pétition et de rejeter présentement tes suppliques » . mais pourtant ce dernier n’a que le roi comme supérieur ( B ) A) Le siège apostolique et le pouvoir temporel sur son territoire Le siège apostolique détenant le monopole du pouvoir spirituel. mais aussi occasionnellement.Le pouvoir temporel subordonné au spirituel Dans l’occident chrétien. « le roi fut séparé de la reine par un jugement de l’archevêque de Reims » « lI eu une progéniture avant d’avoir reçu l’interdiction de contracter un autre mariage » L’autorité compétente a légitimé reviendrait au pouvoir temporel. le pape reconnaît la prépondérance du pouvoir temporel du roi : « De plus. mais il n’accordera pas sa qualité à l’exercer. « Nous exerçons notre juridiction non seulement dans le patrimoine de l’église. B) La prépondérance du roi au temporel Pourtant. Titulaire du pouvoir spirituel. après avoir examiné le cas dans d’autres régions » Le Saint-Siège ne limite pas son pouvoir temporel à son domaine. Cependant. puisque le roi ne connait aucun supérieur au temporel » . sur lequel nous avons plein pouvoir au temporel.