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La traduction du père Amiot : une imposture !

Publié le 13 octobre 2015 par Yann Couderc

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L. Giles ne portait vraiment pas haut dans son estime la traduction du père Amiot…
En 1910, le sinologue Britannique Lionel Giles publiait sa traduction anglaise de L’art de
la guerre . Il y écrivait en préface : « La soi-disante « traduction » du Sun Tzu [par le
père Amiot] n’est rien moins qu’une imposture […]. Elle contient beaucoup de propos
que Sun Tzu n’a pas écrits, et très peu de ce qu’il a réellement écrit ». Le jugement est
dur, mais il est pourtant exact que bien souvent, les préceptes figurant dans la traduction
du jésuite ne se retrouvent dans aucune version moderne. Le chapitre 5 commence par
exemple ainsi :
[1]

« Sun-tse dit : Ayez les noms de tous les officiers tant généraux que subalternes ;
inscrivez-les dans un catalogue à part, avec la note des talents et de la capacité de
chacun d’eux, afin de pouvoir les employer avec avantage lorsque l’occasion en sera
venue. Faites en sorte que tous ceux que vous devez commander soient persuadés que
votre principale attention est de les préserver de tout dommage. »
Rien de ce qui est écrit ici ne figure dans le texte de Sun Tzu ! Si ces propos pourraient
toutefois n’être vus que comme une extrapolation des enseignements de L’art de la
guerre, il y a pire : les faux-sens ! Les idées de Sun Tzu se révèlent en effet bien souvent
incorrectement rendues. Ainsi lorsque le père Amiot traduit au chapitre 6 :

« Si, lorsque [les bataillons ennemis] prennent la fuite, ou qu’ils retournent sur leurs pas,
ils usent d’une extrême diligence et marchent en bon ordre, ne tentez pas de les
poursuivre ; ou, si vous les poursuivez, que ce ne soit jamais ni trop loin, ni dans les
pays inconnus. »
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Publié dans Etudes historiques | Mots-clés : Amiot | Laisser une réponse

1772, Sun Tzu atteint l’Occident
Publié le 7 octobre 2015 par Yann Couderc

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La toute première version de L’art de la guerre du monde occidental
En 1772 paraissait à Paris sous le titre « Les treize articles sur l’art militaire, par Sun-tse
» (par endroits abrégé en « Les treize articles de Sun-tse ») la toute première traduction
française – et du monde occidental – de L’art de la guerre. Le traité ne constituait pas
encore un livre en lui-même : il n’était que l’un des textes regroupés dans un recueil plus
général intitulé « Art militaire des Chinois ».
Sa traduction en avait été assurée depuis la Chine par un jésuite missionnaire, le père
Joseph-Marie Amiot. Ce dernier répondait à la commande du ministre français Henri
Bertin qui se montrait très désireux « d’avoir des connaissances sur la Milice Chinoise ».
Le texte, parti de Chine en 1766 et arrivé à destination l’année suivante, fut publié cinq
ans plus tard (après quelques corrections cosmétiques) par l’orientaliste Joseph de
Guignes au sein du recueil sus-évoqué. Le Mercure de France de 1772 indique que l’Art

S’il fut correctement recensé et commenté dans toute la presse de l’époque (L’année littéraire. etc. etc.). les sciences. le traité passa ainsi totalement inaperçu. il plongea aussitôt dans l’oubli et ne fut plus cité que très épisodiquement durant les deux siècles qui suivirent. Histoire du texte | Laisser une réponse L’art de guerre réimprimé Publié le 1 octobre 2015 par Yann Couderc Répondre . Lire la suite → Publié dans Etudes historiques | Mots-clés : Amiot. Les principales raisons en furent qu’à cette époque. Cette nouvelle édition connut malheureusement le même sort. des Chinois par les missionnaires de Pé-kin ». les mœurs. Le journal encyclopédique. et surtout que paraissait la même année l’Essai général de tactique du comte de Guibert qui focalisa toute l’attention sur le plan militaire. et le traité de Sun Tzu sombra aussitôt dans l’oubli. n’étant plus cité que très épisodiquement par quelques rares érudits orientalistes durant les deux siècles qui suivirent. les arts. la Chine avait arrêté de fasciner la France. les usages. Le journal des savants. A une exception près . sans plus de précisions. [1] Une réédition de cet Art militaire des Chinois paru pourtant bien en 1782. sous la forme du septième tome (sur quinze) d’une monumentale encyclopédie de la Chine intitulée « Mémoires concernant l’histoire.militaire des Chinois ne parut qu’à « un très petit nombre d’exemplaires ».

donnant presque une impression de livre premier prix alors qu’il s’agit véritablement du meilleur. passant de 9. seule la couverture a été changée.20 € à 6. selon nous. est tout simplement celle que nous trouvons la meilleure ! Bonne nouvelle : le prix baisse. il est juste regrettable que cette mention du prix soit imprimée en pastille jaune sur la couverture. Par pur souci d’esthétisme. et à un prix totalement scandaleux au regard du formidable travail effectué par Jean Lévi… Source de l’image Publié dans Actualité de Sun Tzu | Mots-clés : Parution | Laisser une réponse . disponible en langue française. l’une des très nombreuses sur le marché.Tout simplement la meilleure édition disponible ! Une nouvelle édition de L’art de la guerre vient-elle de paraitre ? Non : la mention « Inédit » figurant sur la couverture est trompeuse : le texte est la copie conforme de la traduction de Jean Lévi parue en 2000 . Rappelons que cette version du traité de Sun Tzu. ce qui rend ce livre totalement incontournable. Mais ne boudons pas notre plaisir : l’ouvrage est toujours disponible (alors que d’autres versions de qualité ont disparu). même face aux multiples versions du père Amiot qui apparaissent et disparaissent régulièrement.90 €. Cette mue est une simple conséquence de l’intégration en 2010 d’Hachette Littératures et de sa collection de poche « Pluriel » à Fayard (autre maison du groupe Hachette).

En outre. Il suffit pour cela de se demander : Qui a les meilleures institutions ? Qui a le meilleur général ? Qui a les conditions climatiques et géographiques les plus favorables ? Qui a la meilleure discipline ? Qui a l’armée la plus puissante et les soldats les mieux aguerris ? Qui possède le système de récompenses et de châtiments le plus efficace ? La réponse à ces questions permet de déterminer à coup sûr le camp qui détient la victoire. Soit comme guide du général. etc. il ne précise par exemple pas comment faire atteindre à ses troupes le niveau suprême d’entraînement qui leur permettra de « ne plus avoir de forme ». La question. pas « manuel » : Sun Tzu ne livre pas toujours les explications qui seraient nécessaires pour mettre en œuvre ses préceptes . « Guide ». occultée.). L’art de la guerre décrit ce qu’est le génie militaire et l’idéal dont devra s’approcher l’élu. les cinq facteurs permettent une évaluation exacte du rapport de forces. l’important pour la victoire est de mettre en œuvre plus de procédés que l’adversaire : « Pris en compte dans les calculs. » (chapitre 1) . « le général doit ». qui en a peu sera vaincu. » (chapitre 1) Et : « Qui additionne de nombreux atouts sera victorieux.A qui s’adresse L’art de la guerre ? Publié le 25 septembre 2015 par Yann Couderc Répondre Quel destin possible à celui qui maitriserait L’art de la guerre ? Il existe deux façons de lire L’art de la guerre : Soit en tant que miroir des princes : il faut dans ce cas y chercher le portrait du général idéal que devra sélectionner le souverain afin de diriger ses armées. n’a pourtant rien d’anodine. même si Sun Tzu apparait très injonctif dans ses recommandations (« il faut ».

mais s’avère également source d’un possible rejet pour cause d’« immoralité ». L’exemple le plus emblématique en est probablement son rejet des croyances religieuses : « La prévision ne vient ni des esprits ni des dieux .Lire la suite → Publié dans Etudes générales sur le traité | Laisser une réponse Sun Tzu est-il immoral ? Publié le 19 septembre 2015 par Yann Couderc Répondre Sun Tzu : un exemple à ne plus suivre ? En recherchant le pragmatisme et l’efficacité. Il en est ainsi de sa préconisation du pillage : . » (chapitre 13) « Faites taire les rumeurs. » (chapitre 11) Ce pragmatisme est une des principales raisons de l’intemporalité du traité. Sun Tzu parvient à se détacher grandement du bain sociétal de son époque. elle n’est pas tirée de l’analogie avec le passé pas plus qu’elle n’est le fruit des conjectures. proscrivez les sorts et vos hommes vous suivront jusque dans la mort. Elle provient uniquement des renseignements obtenus auprès de ceux qui connaissent la situation de l’adversaire.

de sorte que. N’ayant plus rien à perdre. puisqu’ils n’ont nulle part où aller. » (chapitre 2) …ou de son injonction de placer ses propres hommes dans des situations désespérées pour les obliger à se battre comme des lions. il leur faut défendre chèrement leur vie. . ils ne cèdent pas d’un pouce. « On jette [ses soldats] dans une situation sans issue.« En appâtant [ses hommes] par la promesse de récompenses. » (chapitre 11) Lire la suite → Publié dans Réflexions diverses | Laisser une réponse Peut-on se fier aux commentateurs historiques ? Publié le 13 septembre 2015 par Yann Couderc Répondre Une version de L’art de la guerre avec commentaires Nonobstant le besoin d’élever la lecture de L’art de la guerre pour en percevoir la substantifique moelle. Des soldats qui n’ont d’autre alternative que la mort se battent avec la plus sauvage énergie. [le général] les incite à attaquer l’ennemi pour s’emparer du butin. ne pouvant trouver le salut dans la fuite. certains propos de Sun Tzu peuvent se révéler en eux-mêmes obscurs. ils n’ont plus peur . D’où l’apport appréciable des commentaires juxtalinéaires qui permettent d’éclairer telle ou telle formulation sibylline.

Celles réputées les plus pertinentes nous sont parvenues et quelques extraits en figurent dans les traductions françaises réalisées par Jean Lévi.Comme nous l’avons récemment vu. Mais comme en français le mot retenu pour la traduction est directement le bon. sans ambigüité possible. il aura plus de forces »… Pire. l’un après l’autre. le commentaire historique apparaît redondant avec le propos originel et devient dès lors inutile. les idéogrammes utilisés pouvant être sujets à de multiples interprétations. à raison : bien souvent. qui se complaisent à les expliquer longuement. les commentateurs ne font qu’expliciter. » [1] Une des raisons au fait que beaucoup de « commentaires » s’avèrent être de la pure recopie du propos originel pourrait être que le texte commenté par les exégètes historiques étant en chinois classique. Lire la suite → Publié dans Etudes générales sur le traité | Laisser une réponse De la disparité des explications de texte Publié le 7 septembre 2015 par Yann Couderc Répondre . en commentaire de la maxime « En règle générale. Cao Cao note : « Ainsi. Samuel Griffith (traduit de l’anglais) et Valérie Niquet). illustrer ou développer les propos de Sun Tzu. les 2000 ans d’immobilisme de la pensée stratégique chinoise ont conduit à générer une quantité colossale de ces exégèses et commentaires. D’où la nécessité pour les commentateurs de préciser leur sens. La sélection opérée par les traducteurs est drastique. le premier arrivé est dispos. cette langue était beaucoup moins précise que ce que l’est aujourd’hui le chinois moderne. A titre d’exemple. sur la maxime « Si on me demande : « Que doit-on faire au cas où l’ennemi fond sur vous avec des troupes nombreuses et en bon ordre ? » » (chapitre 11) le commentaire de Cao Cao est : « Il s’agit d’une question »… Samuel Griffith s’en amuse d’ailleurs : « Le fait que cette série de versets soit rédigée en termes élémentaires n’arrête pas les commentateurs. il a tout loisir de recevoir l’ennemi » (chapitre 6).

« qi »). si l’on sait que l’ennemi s’attend à une embuscade de notre part. En outre. peuvent être traitées de façon fort différente. Il va de l’absence pure et simple d’explication (Luo Shenyi) à des chapitres complets consacrés à cette notion en complément du texte (Jean Lévi. adhérant à cette idée. Le niveau de détail fourni par les traducteurs sur cette notion est extrêmement divers. peu familier des Occidentaux. Mao Zedong. les moyens ordinaires sont tous les procédés auxquels s’attend l’adversaire. tandis que les moyens extraordinaires recouvrent au contraire ceux auxquels il ne s’attend pas. des moyens « ordinaires » ( 正. L’énumération suivante est ordonnée selon la chronologie de parution des traductions françaises : Lire la suite → Publié dans Etudes générales sur le traité | Laisser une réponse . entretenait ainsi parallèlement l’Armée Populaire de Libération (moyens ordinaires) et les milices populaires (moyens extraordinaires). cette dernière sera le moyen ordinaire et l’attaque frontale le moyen extraordinaire. comme une ruse. groupe Denma et James Trapp).Comment les traducteurs français expliquent-ils ces deux symboles ? Dans les versions françaises de L’art de la guerre. De façon simplifiée (et forcément réductrice). A titre d’illustration. de façon non-intuitive. les notions spécifiquement chinoises. La situation peut cependant être plus subtile qu’une simple transposition avec l’attaque directe et l’attaque indirecte. non immédiatement traduisibles. Ainsi. et ce même après sa victoire en 1949. Ils constituent le thème principal du chapitre 5. « zheng ») et « extraordinaires » ( 奇. le moyen extraordinaire peut également être immatériel. nous allons détailler l’exemple.

des maximes aussi fondamentales que « Toute guerre est basé sur la tromperie » passant purement et simplement à la trappe. ne gardons que le texte Nous avions en son temps signalé la sortie de The art of war visualized de Jessica Hagy. comme le sont les bandes dessinées. limite psychédélique. Nous nous étions à l’époque montré dubitatif vis-à-vis de cette représentation graphique des propos de Sun Tzu. et nous ne voyons aujourd’hui vraiment pas qui cette transposition pourrait intéresser… L’ouvrage de Jessica Hagy ne peut en effet déjà pas être considérée comme une transcription graphique de L’art de la guerre. Cinq mois seulement après sa parution outre-Atlantique. Notre opinion s’est consolidée depuis. car le traité n’est pas rendu dans son intégralité. Il s’agit plus exactement d’une interprétation sous forme de diagrammes et schémas d’une sélection de propos de Sun Tzu. Mais surtout. l’impression qui ressort de l’étude des schémas de Jessica Hagy est plus celui d’un flash artistique. sous-titrant d’ailleurs notre billet « Un OVNI énigmatique ». l’ouvrage arrive traduit sur nos côtes.Visualiser L’art de la guerre : Une nouvelle traduction française de Sun Tzu Publié le 1 septembre 2015 par Yann Couderc Répondre Oublions les schémas. que d’une véritable transcription . « Sélection ».

L’un.-C. vit sa pensée stratégique occultée par les échecs et les erreurs indéniables du Kuomintang avant sa « retraite stratégique » à Taiwan en 1949. En effet. e A la différence du Japon qui s’adapta au même moment aux bouleversements civilisationnels qu’il connut. La chute de l’empire chinois en 1912 marqua la fin de cet immobilisme. Mao Zedong. la Chine ne sut éviter l’effondrement de son Empire. une formidable période de réflexion stratégique qui vit notamment naître L’art de la guerre de Sun Tzu. et le rapport avec le texte originel lointain : Lire la suite → Publié dans Actualité de Sun Tzu | Mots-clés : Parution. e . Cette richesse conceptuelle resta cependant liée à cette période historique : une éclipse de la pensée stratégique de près de 2000 ans eut ensuite lieu. la représentation qu’en donne l’illustratrice est bien souvent inattendue. J. De cette période confuse. émergèrent deux acteurs dont la renommée en tant que stratèges fut directement liée au rôle qu’ils tinrent dans l’histoire de la Chine moderne et contemporaine. Tchang Kaï-chek (Jiǎng Jièshí en pinyin).graphique d’un propos. Transpositions | Laisser une réponse Sun Tzu en Chine (3/3) – L’art de la guerre au XXe siècle Publié le 1 août 2015 par Yann Couderc Répondre Une véritable renaissance seulement à partir des années 80. bénéficia de l’aura du vainqueur tandis que l’autre. Nous avons vu précédemment que le monde chinois connut à partir du V siècle av. qui s’étendit de la fin du XIX siècle à la prise de pouvoir par les communistes en 1949.

Mao. le recrutement des officiers se fera jusqu’en 1905 – date de l’abolition des examens impériaux – par concours administratifs . certaines citations tirées des écrits militaires de Mao laissent penser que ce dernier avait bien intégré l’enseignement du maître.Tchang Kaï-chek faisait explicitement référence à Sun Tzu dans ses écrits. A l’instar des fonctionnaires civils. Lao Tseu. a souvent nié avoir été influencé par les traités militaires de la Chine ancienne. oscillant entre la rupture avec un passé qu’il jugeait sclérosant et le recours à une tradition nationale flatteuse. La Révolution culturelle l’a d’ailleurs conduit à fermement rejeter Sun Tzu avec les autres « vieilleries » (Confucius. d’autant plus que le Kuomintang se présentait comme le conservatoire de la culture chinoise classique. …). il semble avoir été beaucoup plus influencé par les stratèges occidentaux ou japonais qui offraient une image moderniste à laquelle la Chine nationaliste souhaitait adhérer. Pourtant. au moins de façon inconsciente. dans sa pratique de la guerre. Nous avions dédié un billet complet à cette ambivalence de Mao vis-à-vis de Sun Tzu. Lire la suite → Publié dans Etudes historiques | Laisser une réponse Sun Tzu en Chine (2/3) – 2000 ans d’éclipse de la pensée stratégique chinoise Publié le 26 juillet 2015 par Yann Couderc Répondre Une réflexion stratégique figée pendant plus de 2000 ans. Cependant. A contrario. bien que « l’homme nouveau » ne devait pas se bâtir sur le passé (mais l’attitude des communistes a beaucoup varié sur ce point). concours .

a dès lors placé tout ce qui touchait au domaine de la guerre dans une position totalement subordonnée par rapport au civil. en tant qu’entité culturelle comprenant également les dynasties « barbares » progressivement sinisées. e e . la Chine. et contre les siècles de combats incessants qui avaient précédé la fondation de l’Empire. plutôt qu’une solution purement militaire de dernier recours (à noter qu’il s’agit encore aujourd’hui de la stratégie adoptée par la Chine dans ses relations avec ses voisins proches ou lointains). ne se concevra plus vraiment d’ennemi extérieur digne de sa puissance. Ce courant de pensée. Nous nous appuierons largement pour cela sur les études de Valérie Niquet. Nous nous proposons ici de revenir sur les 2000 ans d’immobilisme qu’a connu la pensée stratégique chinoise. qui pouvait déboucher sur le renversement de la dynastie. au premier rang desquels figurait L’art de la guerre de Sun Tzu. Pour comprendre cela. la dynastie des Han s’est tout de suite appuyée sur une réhabilitation d’idées confucianistes (« réhabilitation ». La pensée stratégique se fondant sur la perception que l’on a de ce qu’est « l’autre ». et par extension le militaire. signe du non-respect des rites et des vertus morales . à l’intérieur de l’Empire comme sur ses marges. et notamment son opuscule Les fondements de la stratégie chinoise (éditions Economica. fondée sur des incitations économiques et des pressions diplomatiques. comme les Yuan mongols au XIII siècle ou les Qing mandchous à partir du XVII siècle. le confucianisme a constitué le fondement officiel du bon gouvernement du pays. Élevé au rang d’idéologie d’État (même si par endroit réinterprété par le pouvoir impérial…).fondés sur quelques épreuves pratiques (contrôle des qualités de cavalier et d’archer). qui a profondément affecté sa perception de ce que pouvaient être une guerre : pendant près de 2000 ans. il convient de revenir à la situation géostratégique de l’Empire du milieu. d’un soulèvement paysan. pourtant très « civilisés ». l’emploi des militaires se percevra dès lors plus comme une opération de police que comme une véritable guerre. la guerre. En effet. la sanction du prince : la perte du « mandat du ciel ». signifiait l’irruption de la violence déstabilisatrice dans la société. au même titre que les tremblements de terre ou les comètes. le gouvernement préférait de toute façon choisir une solution politique. En période d’hostilité. elle annonçait. d’une association de brigands ou d’une tentative de renversement de la dynastie. En réaction contre les excès militaristes de la première dynastie légiste des Qin. qu’il s’agisse d’une incursion barbare. mais surtout sur une connaissance totalement livresque des classiques chinois de la stratégie. étaient-ils considérés comme hiérarchiquement inférieurs aux fonctionnaires civils. sur lequel se basait aussi le recrutement des fonctionnaires. 1997). Chaque guerre sera ainsi perçue comme la répression d’un acte de rébellion contre l’ordre du monde « sous le ciel » : l’usage de la force n’était toléré que pour remédier à la transgression de l’ordre civilisé. Ainsi les vertus militaires étaient-elles particulièrement dédaignées et les fonctionnaires militaires. bien qu’elles n’avaient en fait jamais été mises en pratique).

L’introduction de Philip J. Elle souffre toutefois de menues erreurs de traduction en français des concepts militaires (« point critique » au lieu de « point de bascule ». Une nouvelle traduction française de L’art de la guerre vient de paraître aux éditions Synchronique. Ivanhoe parue en 2011. Le texte présenté apparait de bonne facture et nous n’y avons rien décelé de surprenant comparé aux autres versions françaises du texte. Ivanhoe Publié le 20 juillet 2015 par Yann Couderc Répondre Une très bonne version de L’art de la guerre.Lire la suite → Publié dans Etudes historiques | Laisser une réponse L’art de la guerre traduit par Philip J. on ne pourra que regretter la trop grande brièveté de cette partie. Ivanhoe présentant l’environnement du traité chinois est complète et synthétique. Ce dernier est professeur de philosophie à l’Université de Hong-Kong et a servi dans sa jeunesse chez les Marines. Il s’agit de la traduction française (signée Aurélien Clause) de la version américaine de Philip J. « formation de l’espace de combat » au lieu « façonnage du champ de bataille » …). axée sur quelques idées précises. Au final. . La partie intitulée « idées centrales » relative à une véritable interprétation du système suntzéen expose une vision intéressante.

peu avant le père Amiot) en font un objet relativement esthétique. Nous aurions préféré qu’elles soient incorporées en bas de page pour faciliter la lecture. comme dans la version originale.Il est dommage que l’index qui figurait dans la version américaine n’ait pas été repris dans la version française. Source de l’image Publié dans Actualité de Sun Tzu | Mots-clés : Parution | Laisser une réponse Sun Tzu en Chine (1/3) – Les débuts de L’art de la guerre Publié le 14 juillet 2015 par Yann Couderc Répondre De l’origine de L’art de la guerre . Le livre lui-même est en effet plus petit qu’un traditionnel livre de poche.90 € en librairie. Sa couverture rigide fermée par un bandeau élastique marque-page. son dessin de couverture et ses illustrations intérieures en couleur (pour la plupart œuvres de Giuseppe Castiglione. Le texte est présenté brut. les quelques notes explicatives étant renvoyées en fin d’ouvrage. jésuite-peintre du XVIII siècle. mais le très petit format du livre ne le permettait sans doute pas. e Au final. son papier glacé. 12. une version de L’art de la guerre tout à fait correcte et de surcroit élégante.

très peu nous sont parvenus. Au I siècle ap. poussant chaque réformateur à fonder ses actions sur un retour au passé. [2] Le début très brillant de la pensée stratégique chinoise dans lequel s’inscrivit la réflexion de Sun Tzu tourna cependant court. La pensée confucéenne qui a triomphé de ses rivales après l’unification de l’empire chinois. dont toute copie avait disparu depuis le début de l’ère chrétienne. écrivait dans ses Mémoires Historiques : « Quand les gens parlent de stratégie militaire. L’exemple le plus emblématique en est sans doute L’art de la guerre de Sun Bin. J. un déclin progressif de la réflexion stratégique. la réputation de son Art de la guerre. a connu. la Chine impériale. e e er [1] Il semble cependant bien que Sun Tzu ait été l’auteur le plus profond à avoir écrit durant cette période. à tel point que l’authenticité du texte a été mise en doute jusqu’à ce qu’un exemplaire (partiel) soit miraculeusement retrouvé en 1972 lors de fouilles archéologiques.Comme nous l’avons vu dans notre billet L’environnement philosophique au temps de Sun Tzu. Contrastant d’une manière saisissante avec l’effervescence intellectuelle de la période des Royaumes combattants. chroniqueur de la dynastie des Han antérieurs (-206 à -9) et principale source d’une biographie de Sun Tzu. après avoir fait le deuil de sa violence originelle.-C. Très tôt. a dominé celle des autres ouvrages. il vénérait les écrits anciens. aux V -IV siècles av. J. tous mentionnent les treize chapitres de Sun Zi ainsi que le traité de Wu Qi ».. reléguée parmi les tâches inférieures. a sans doute dû beaucoup à cette sclérose de la pensée stratégique : fondé sur la vertu.. Malheureusement. Lire la suite → Publié dans Etudes historiques | Mots-clés : Chine | Laisser une réponse Les grands principes de Sun Tzu ne sont pas impérissables Publié le 8 juillet 2015 par Yann Couderc 4 . L’art de la guerre a été composé durant un âge d’or de la pensée stratégique chinoise. Un siècle avant Jésus-Christ. le Livre des Han dénombrait ainsi plus de soixante-dix ouvrages consacrés à l’art de la guerre. Sima Qian. qui lui a succédé et lui a manifestement emprunté.-C. dès l’avènement de la dynastie des Han en 200 av J. ainsi que celle du Traité militaire de Wou Tseu (ayant beaucoup moins bien survécu à l’épreuve du temps). ce courant de pensée disqualifiait la guerre.-C. apparait inférieur en profondeur car trop ancré dans son époque. En outre. Même L’art de la guerre de Sun Bin.

» (chapitre 3) « Il existe cinq cas où l’on peut prévoir la victoire : Qui sait quand il faut combattre et quand il faut s’en abstenir sera victorieux. Malheureusement. ensuite ses alliances . Qui sait commander aussi bien à un petit nombre qu’à un grand nombre d’hommes sera victorieux. » (chapitre 1) « Le mieux. le troisième la topographie. le quatrième le commandement. Celui qui affronte un ennemi qui n’est pas préparé remportera la victoire. ces derniers ont pour la plupart très mal vieilli : « La guerre est subordonnée à cinq facteurs […] Le premier est la vertu. » (chapitre 3) . le second le climat. le cinquième l’organisation. en dernier ses villes. à la guerre. consiste à attaquer les plans de l’ennemi . certains propos vieillissent mal… Sun Tzu énonce clairement de grands principes de la guerre. Celui dont les officiers sont compétents et n’a pas à pâtir de l’ingérence du souverain remportera la victoire. Celui qui sait harmoniser la volonté des inférieurs et des supérieurs aura la victoire. » (chapitre 1) « Qui a les meilleures institutions ? Qui a le meilleur général ? Qui a les conditions climatiques et géographiques les plus favorables ? Qui a la meilleure discipline ? Qui a l’armée la plus puissante et les soldats les mieux aguerris ? Qui possède le système de récompenses et de châtiments le plus efficace ? La réponse à ces questions permet de déterminer à coup sûr le camp qui détient la victoire.Même gravés. ensuite ses troupes .

L’art de la guerre abonde d’énumérations. il y a (que) un facteur 5 entre le chapitre le plus long (le 11 chapitre.« A la guerre. Rien. Le traité de Sun Tzu n’est pas aussi harmonieusement construit que notre formalisme occidental le souhaiterait. la météo. Pour le reste. e e Fidèle au style littéraire de son époque (si tant est que cette vision ne relève pas de l’anachronisme). complètent toutes celles relatives à la thématique de la forme de L’art de la guerre. livrées en vrac. ou de la classification des différents types d’agents . le terrain. avec 375 mots). Force est de constater que la quasi-totalité d’entre elles ont très mal vieilli. le nombre n’est pas un facteur décisif . il convient avant tout de ne pas rechercher les hauts faits d’armes. avec 1733 mots) et celui le plus court (le 8 . n’est véritablement hors norme : en terme de longueur. » (chapitre 9) Lire la suite → Publié dans Etudes générales sur le traité | 4 Réponses Considérations sur la forme de L’art de la guerre Publié le 2 juillet 2015 par Yann Couderc Répondre Dernières considérations sur la forme de L’art de la guerre Note : ces quelques pensées. Il en est ainsi par exemple des cinq grands facteurs auxquels toute guerre est subordonnée (l’influence morale. le commandement et la doctrine). il suffit de savoir concentrer ses forces. cependant. évaluer l’adversaire et se gagner le cœur des hommes.

être homme d’honneur et être compatissant). il se prépare une offensive générale. sacrifiés et préservés) du chapitre 13. être irascible. et vice-versa. plus pernicieusement. Comme nous l’avions détaillé dans notre billet Des niveaux tactique et stratégique. retournés. intérieurs. si les quadrupèdes fuient. faute de risquer de corrompre la pensée de Sun Tzu sans s’en rendre compte. Source de l’image Publié dans Etudes générales sur le traité | Mots-clés : Forme du texte | Laisser une réponse Des idées en désordre. ». Mais ce n’est pas parce que cela est possible que cela est correct : un tel détournement peut très bien ne pas correspondre à la pensée suntzéenne ou. Pour autant. chapitre 2) à la microtactique (« Si les oiseaux s’envolent. chérir trop la vie. La tentation de tels détournements est très forte. il y a embuscade. Bien pire. ou encore des cinq traits de caractère énumérés au chapitre 8 qui présentent un danger pour le général (ne pas craindre la mort. ».(indigènes. chapitre 9). le spectre couvert par L’art de la guerre va de la grande stratégie (« Jamais il n’est arrivé qu’un pays ait pu tirer profit d’une guerre prolongée. avec la précédente maxime sur les oiseaux et les quadrupèdes. C’est donc là un art difficile que d’évaluer jusqu’où un précepte de Sun Tzu peut être appliqué à différents niveaux sans que cela trahisse le système qu’il expose. Une des grandes difficultés du texte est que ces niveaux d’application ne sont pas précisés. Ainsi. ils peuvent être poreux : il est ainsi toujours possible d’extrapoler des préceptes micro-tactiques pour leur faire dire des généralités d’un niveau plus élevé. ne pas faire partie de son système sans toutefois le contredire. il est parfaitement possible d’extrapoler que le général doit être attentif à tous les signaux qui lui parviennent et ne pas rester cantonné à son idée de manœuvre de base. il convient d’y prêter une grande attention. suite Publié le 26 juin 2015 par Yann Couderc Répondre . les préceptes étant livrés dans le désordre.

architecturé selon une logique démonstrative et présenté dans une succession cohérente. qui ne sait faire usage d’éclaireurs sera dans l’incapacité de profiter des avantages topographiques. Qui ignore les objectifs stratégiques des autres princes ne peut conclure d’alliance. Ils sautent très fréquemment du coq à l’âne : « Si elle est privée de ses fourgons. une armée est menacée d’anéantissement. Elle exige que l’on sache se diviser et se regrouper pour produire toutes sortes d’effets de surpris. de ses vivres ou de ses réserves. Les propos.L’ordre n’est pas le point fort du texte de Sun Tzu [Ce billet complète Des idées en désordre ?] Apparaissant comme une concaténation de maximes disparates. qui ignore la nature du terrain – montueux ou boisé. il n’y a que très peu de liant entre les différentes idées : le texte de Sun Tzu ne peut se lire comme un traité moderne. » (chapitre 7) . bien que rassemblés sous forme de chapitres. La principale difficulté à aborder conventionnellement le traité vient surtout de la disparité de volume nécessaire au traitement des idées : alors que certains thèmes sont développés sur de nombreux paragraphes (par exemple la nécessité d’être renseigné). d’autres ne sont exposés qu’à travers une phrase laconique noyée dans le texte (par exemple le motif profond des guerres : « La guerre a le mensonge pour fondement et le profit pour ressort ». la compréhension du système suntzéen ne peut dès lors s’obtenir qu’en se détachant de la structure en chapitres. La guerre a le mensonge pour fondement et le profit pour ressort. n’ont pas d’ordre précis ni de liens entre eux. En outre. accidenté ou marécageux – ne pourra faire avancer ses troupes . S’attacher à – l’aujourd’hui – conventionnel découpage par chapitres et prétendre y lire une réflexion organisée et structurée thématique par thématique serait une erreur. chapitre 7).

Prenons un exemple : [1] « Si des troupes peuvent parcourir mille lieues tout en restant fraîches et disposes. c’est qu’elles ne rencontrent pas d’ennemi sur leur chemin. présentant une succession de préceptes courts parfaitement compréhensibles . » Un effort de réflexion est donc nécessaire à l’issue de la lecture de cette phrase pour en saisir le véritable sens. La sensation d’accessibilité qui ressort d’une lecture rapide du traité s’avère en réalité une fausse impression. il faut choisir un itinéraire où l’on est sûr qu’elles ne rencontreront pas d’ennemi sur leur chemin. le traité de Sun Tzu n’est pas toujours aussi facile à lire que sa quarantaine de pages traduites dans un français parfaitement intelligible le laisse croire de prime abord. Pourtant. Mais le véritable message de Sun Tzu est probablement : « Pour que des troupes puissent parcourir mille lieues tout en restant fraîches et disposes. L’emploi de mots simples n’est pas synonyme de démonstration claire. .Lire la suite → Publié dans Etudes générales sur le traité | Mots-clés : Forme du texte | Laisser une réponse Sun Tzu n’est pas si clair qu’il y parait Publié le 20 juin 2015 par Yann Couderc Répondre Des mots simples. » (chapitre 6) Cette maxime pourrait passer pour un truisme. loin du volumineux et rêche De la guerre de Clausewitz. mais une pensée parfois cryptique La lecture de L’art de la guerre donne l’impression d’un style simple et clair.

Par exemple je dévie ma route afin de distraire l’ennemi par l’appât d’un gain fictif si bien que. Voilà ce qui s’appelle posséder à fond la dialectique du direct et de l’indirect. j’arrive le premier sur l’objectif. En les étudiant plus avant. » (chapitre 6) « Il faut savoir faire du chemin le plus long le plus court et renverser le désavantage en avantage. avec pour origine une sortie de leur contexte des propos de Sun Tzu. » (chapitre 7) Lire la suite → Publié dans Etudes générales sur le traité | Mots-clés : Forme du texte | Laisser une réponse Des propos contradictoires de L’art de la guerre Publié le 14 juin 2015 par Yann Couderc 1 Quelques contradictions internes au texte s’avèrent difficiles à expliquer. sur la question de savoir si l’on peut ou non recourir à la guerre à seule fin de s’enrichir.Bon nombre de préceptes nécessitent également d’être muris sous peine d’apparaitre comme des conseils inapplicables du type « Il suffit d’être bon pour gagner la guerre » : « Celui qui sait employer ses hommes au combat leur insuffle la puissance de pierres rondes dégringolant mes pentes abruptes d’une montagne haute de dix mille pieds. Sun Tzu semble à la fois confirmer sa position que « la guerre a le profit pour ressort » (chapitre 7) : . je puis toujours les mettre dans l’impossibilité de combattre. » (chapitre 5) « Pour important que soient les effectifs alignés par l’ennemi. nous constatons que la plupart de ces incohérences ne sont qu’artificielles. Nous avions établi dans notre billet Peut-on trouver tout et son contraire dans L’art de la guerre ? un recensement de couples de maximes de Sun Tzu en apparente contradiction. parti après lui. Par exemple.

Certains principes majeurs paraissent également entrer en conflits entre eux :  l’injonction de retourner la force de l’adversaire contre lui au regard de celle d’empêcher ce même adversaire de porter ses coups .« Il n’est rien de plus funeste que de remporter des victoires et de conquérir des provinces dont on ne sait pas exploiter les fruits. en dévoyant la véritable finalité de cette maxime de Sun Tzu. quelques phrases plus loin.  la prescription de la marche à l’ennemi et celle du modelage de l’ennemi . comme la nécessité de recourir aux alliances ou la mise volontaire de ses propres troupes dans une situation désespérée afin d’accroitre leur ardeur au combat. demeurent pour nous de véritables contradictions.  le commandement d’une posture attentiste tout en enjoignant à l’initiative . Des positions tenues à un endroit du traité paraissent ainsi véritablement être contredites à d’autres. Certaines idées. [1] Lire la suite → Publié dans Etudes générales sur le traité | Une réponse L’art de la guerre est-il un système complet ? Publié le 30 mai 2015 par Yann Couderc Répondre . toutefois.» (chapitre 12) … mais. » (chapitre 12) Nous avions montré que c’était l’extraction de la seconde maxime de son contexte qui créait cette contradiction. c’est un gaspillage inutile de forces. il livre une injonction a priori contradictoire : « On ne combat pas lorsqu’on n’est pas menacé.

L’exemple le plus immédiat est la posture en réaction préconisée par Sun Tzu. pourra avoir une interprétation différente des mêmes maximes. A l’instar de tous les classiques. Mais il sera toujours selon nous possible d’en tirer une ligne de conduite. l’application des préceptes de Sun Tzu nous livre-t-elle sans ambiguïté une seule solution possible ? Nous pensons que oui. Dans le cas qui nous intéresse. Cela signifie-t-il pour autant que le stratège chinois a produit une théorie complète.Peut-on sortir victorieux d’une guerre en se basant seulement sur le traité de Sun Tzu ? Nous venons de voir que les notions militaires apparues au fil de la conceptualisation de la stratégie militaire paraissaient systématiquement trouver un traitement dans L’art de la guerre. comme la marche à l’ennemi). il est à noter qu’une application contemporaine et occidentale de L’art de la guerre s’avèrerait profondément différente de celles auxquelles aboutiraient nos MPO et autres COPD . autosuffisante pour guider à chaque instant la conduite d’une guerre ? Autrement dit : face à un scénario donné. . mais bien comme un support à la construction intellectuelle du chef militaire. gardons à l’esprit qu’il ne serait être question d’avoir une application intransigeante d’un unique traité. L’art de la guerre ne doit en effet pas être considéré comme un manuel de référence que l’on pourrait appliquer à la lettre. totalement opposée à la culture actuelle faisant manœuvrer pour agir sur le centre de gravité adverse identifié. chaque culture. Au bémol près que L’art de la guerre indique plus une direction qu’une route à suivre : chaque époque. fut-il le manuel de doctrine officiel de l’armée. [1] Même si Sun Tzu semble donc bien avoir écrit un traité complet. Le système suntzéen couvrirait ainsi l’intégralité des concepts militaires en vigueur aujourd’hui (et même ceux passés de mode.

l’impression qui découle est que L’art de la guerre ne serait qu’un catalogue de citations. le plus habile consiste à vaincre l’ennemi sans combat ». …). cela signifierait que l’humanité n’aurait pas été capable de perfectionner sa réflexion. en cent combats ne sera point défait ».Lire la suite → Publié dans Etudes générales sur le traité | Laisser une réponse Sun Tzu a-t-il un avis sur tout ? Publié le 23 mai 2015 par Yann Couderc Répondre Le stratège antique semble bien avoir pensé à tout L’utilisation commune du traité de Sun Tzu consiste à y piocher la citation à même d’illustrer un propos. en 2500 ans d’histoire. « Remporter cent victoires après cent batailles n’est pas le plus habile . de centre de gravité. Partant de ce constat. d’autres sont toutefois apparus depuis et s’avèrent aujourd’hui incontournables. nécessité de créer l’incertitude chez l’adversaire. Il en est ainsi des notions d’état final recherché. Le panel est en général d’ailleurs relativement réduit : « Qui connaît l’autre et se connaît. d’idées certes novatrices mais insuffisantes à couvrir toutes les problématiques de la guerre. Si nous n’avons encore jamais trouvé par écrit cette conclusion. de brouillard de la guerre ou encore de friction. Un principe aussi fondamental que la constitution de réserves (même s’il est très enseigné mais dans la pratique peu appliqué) est absent. Ce constat n’a rien de surprenant : dans le cas contraire. sans oublier au passage les citations apocryphes ! Si un nombre de concepts explicitement traités par Sun Tzu demeurent encore d’actualité (subordination du militaire au politique. fut-elle sur la guerre. renseignement. nous percevons pourtant qu’elle est celle de bon nombre de penseurs .

sous quelle forme ? Sont-ils nommés explicitement ? Sont-ils globalement évoqués sans pour autant être explicités en un endroit précis ? Doivent-ils être déduits de la philosophie globale du traité ? Ou bien sont-ils réellement absents ? Et. Celui qui serait capable de réciter L’art de la guerre et d’en expliquer chaque passage (comme il l’a été demandé pendant près d’un millénaire aux fonctionnaires militaires impériaux chinois) ne saurait pas pour autant triompher d’une bataille. En désaccord avec cette opinion latente que L’art de la guerre serait trop incomplet pour pouvoir être considéré comme une référence autosuffisante sur les problématiques guerrières. ne sachant clairement quelle importance accorder à ce traité non-occidental au propos imprécis. dans ce dernier cas. nous allons ici nous interroger sur son exhaustivité : si l’on étudie les concepts militaires contemporains. mal à l’aise face à cet ancêtre de la pensée stratégique. Jean Lévi rapporte d’ailleurs cette anecdote : [1] . la face du monde serait bien différente. les retrouve-t-on tous chez Sun Tzu et.militaires. si oui. pourquoi ? Parce qu’ils n’avaient encore pas été imaginés ou parce que la déclinaison du système suntzéen conduit à une opposition à ce concept ? Chacun de ces cas de figure existe : Lire la suite → Publié dans Etudes générales sur le traité | Laisser une réponse Appliquer Sun Tzu permet-il de remporter la victoire ? Publié le 13 mai 2015 par Yann Couderc Répondre Défilé de la victoire en l’honneur de Sun Tzu en Chine Le militaire qui mettrait rigoureusement en pratique L’art de la guerre serait-il certain de remporter toutes les batailles ? Évidemment non : si un tel traité existait.

la réussite dépend donc plus de celui qui applique les principes que des principes eux-mêmes. Sun Bin et Wou Tseu : [2] « Ceux qui savent agir ne savent pas tous parler. mais finalement. en dépit de sa jeunesse. familiarisé dès l’enfance avec la littérature stratégique. Pourtant. Il ne suffit pas de combattre dos à une rivière pour triompher d’un adversaire ou bien d’acculer ses troupes pour qu’elles se battent avec fougue. à tel enseigne que celui-ci n’avait pas hésité à lui confier. il avait forcé l’admiration d’un génie militaire tel que Tchou-ko Leang par sa compréhension du Sun-tzu et des autres manuels militaires. La déconfiture du général Ma Sou devant Sse-ma Yi à la passe de Kie-t’ing en porte témoignage. Il faut en prendre son parti : la stratégie est un art et non une science .Bien des stratèges chinois ont raison « sur le papier » ou dans le discours. » . confrontés à la réalité de la bataille. ils sont piteusement défaits. Comme le cite Sima Qian en clôture de sa biographie des trois grands stratèges chinois Sun Tzu. tant ils savent jongler verbalement avec les règles énoncées par les manuels. et ceux qui savent parler ne savent pas tous agir. des responsabilités importantes au sein de l’armée.